04.04.2026 à 12:09
Romain Leclaire

Je me suis souvent demandé jusqu’où irait la soumission de Wall Street face aux caprices des géants de la tech. Aujourd’hui, nous avons un début de réponse et elle porte un nom: Grok. Alors que SpaceX s’apprête à réaliser ce qui s’annonce comme la plus grande introduction en bourse de l’histoire, Elon Musk vient d’imposer les règles du jeu avec un culot qui, sous couvert de “synergies”, frise l’extorsion décomplexée.
Les chiffres autour de l’I.P.O. de SpaceX donnent le vertige. Nous parlons d’une entreprise qui vise à lever plus de 50 milliards de dollars pour une valorisation estimée entre 1 000 et 2 000 milliards. La clé de voûte de cet empire ? Starlink, son service d’internet par satellite, qui génère à lui seul environ 8 milliards de revenus annuels et de gros flux de trésorerie.

Pour les banques d’affaires, faméliques après plusieurs années de vaches maigres sur le marché des introductions en bourse, c’est le contrat de la décennie. Les frais de conseil pourraient allègrement dépasser les 500 millions de dollars. Des géants comme Bank of America, Citigroup, Goldman Sachs, JPMorgan Chase et Morgan Stanley sont sur les rangs, prêts à tout pour obtenir le rôle principal dans cette opération.
Mais Elon Musk, conscient de son pouvoir absolu, a décidé de transformer cette avidité institutionnelle en levier pour ses propres intérêts périphériques.
Selon la presse américaine, le monde de la finance a reçu un ultimatum ahurissant: pour avoir le privilège de conseiller SpaceX, les banques, cabinets d’avocats (comme Gibson Dunn et Davis Polk) et auditeurs doivent souscrire à Grok. Le chatbot d’intelligence artificielle est désormais intégré à SpaceX suite à une fusion douteuse avec xAI (qui a elle-même racheté le réseau social X) en février dernier.
Je ne vous parle pas simplement de quelques abonnements symboliques de courtoisie. Ces institutions financières ont accepté de dépenser des dizaines de millions de dollars pour Grok et ont déjà commencé à l’intégrer dans leurs propres systèmes informatiques. Pour couronner le tout, Musk a également “suggéré” à ces banques d’acheter des espaces publicitaires sur X.
La manœuvre est un coup de force stratégique. Avant l’I.P.O., le patron milliardaire utilise artificiellement ses futurs partenaires financiers pour doper la branche entreprise (B2B) de son IA. C’est une façon voilente de gonfler les revenus d’un produit qui, sur le marché libre, peine à convaincre. Grok n’est en effet qu’un lointain quatrième dans la course à l’intelligence artificielle, loin derrière l’excellence technique d’OpenAI (ChatGPT), d’Anthropic (Claude) ou de Google (Gemini).
C’est ici que le cynisme de la situation devient insupportable. Que sont exactement en train d’acheter ces vénérables banques de Wall Street, si promptes à brandir leurs chartes de responsabilité sociale ?
Elon Musk a vendu Grok comme l’antidote suprême au “wokisme” et au politiquement correct. Mais dans les faits, ce positionnement s’est traduit par un désastre éthique et réputationnel sans précédent. Ces derniers mois, le chatbot a été englué dans des polémiques gravissimes: diffusion de contenus antisémites, apologie d’Adolf Hitler, génération d’images à caractère sexuel non consensuelles de femmes et de filles, et production de matériel d’abus sexuel sur enfants. La situation est tellement hors de contrôle que des pays comme l’Indonésie et la Malaisie ont banni l’outil, tandis que d’autres ouvrent des enquêtes judiciaires.
En forçant cette vente liée, Elon Musk, en plus de sécuriser la rentabilité de son écosystème enchevêtré (Tesla, SpaceX, xAI, X) teste les limites de son pouvoir personnel et démontre de manière implacable que face à un chèque d’un demi-milliard de dollars de frais bancaires, la morale, l’éthique et la conformité s’évaporent instantanément.

Voir les plus grandes banques du monde accepter de brancher une IA instable et controversée au cœur de leurs systèmes informatiques simplement pour ne pas froisser l’ego de l’homme le plus riche du monde est une leçon écoeurante d’économie contemporaine. Wall Street fait allégeance. Et cette dérive en dit bien plus long sur l’état du système financier américain que n’importe quel prospectus d’introduction en bourse.
03.04.2026 à 19:15
Romain Leclaire

Je me souviens encore de l’onde de choc qui a traversé les marchés l’année dernière. Lorsque le laboratoire chinois DeepSeek a dévoilé ses modèles à bas coût V3 et R1, nous avons assisté à une vente importante d’actions technologiques à l’échelle mondiale. Les investisseurs commençaient à douter sérieusement et à se demander si les entreprises américaines d’intelligence artificielle avaient vraiment besoin de dépenser des milliards de dollars en puissance de calcul. Depuis lors, l’anticipation autour de leur modèle de nouvelle génération, le DeepSeek-V4, n’a cessé de croître. Et les dernières révélations du média américain The Information confirment ce que je pressentais depuis un moment, une rupture d’ampleur est en cours.
Il semble en effet que DeepSeek ait fait un choix technologique courageux. Le modèle V4 tournera sur les toutes dernières puces conçues par Huawei Technologies. L’intégration entre le logiciel et le matériel qui s’opère sous nos yeux est parlante. Au cours des derniers mois, le laboratoire chinois a travaillé main dans la main avec Huawei, mais aussi avec Cambricon Technologies, un autre concepteur de puces local. Leur objectif conjoint a été de réécrire des pans entiers du code sous-jacent du modèle et d’optimiser les phases de test. C’est un mouvement fascinant car il traduit une volonté d’indépendance technologique quasi totale.
Cette quête d’autonomie s’illustre d’ailleurs par une rupture nette avec les pratiques de l’industrie. Comme l’avait déjà rapporté Reuters il y a peu, DeepSeek n’a pas accordé d’accès anticipé aux fabricants de puces américains pour l’optimisation des performances de son modèle phare avant cette grosse mise à jour. Au lieu de cela, ce privilège a été exclusivement réservé aux fournisseurs nationaux, Huawei en tête. À mes yeux, ce choix délibéré de tourner le dos aux standards occidentaux pour privilégier l’écosystème local est le signal d’un découplage qui s’accélère de façon spectaculaire.

L’impact de cette stratégie se fait déjà ressentir sur le marché intérieur chinois et l’échelle des opérations donne le vertige. Pour préparer le lancement du V4, prévu d’ici quelques semaines, les géants de la tech comme Alibaba Group, ByteDance et Tencent Holdings ont passé masse de commandes. Nous parlons de centaines de milliers d’unités de la future puce de Huawei réservées en un temps record. Cette confiance aveugle des mastodontes chinois montre qu’ils misent tout sur cette nouvelle infrastructure souveraine.
L’ambition de DeepSeek ne s’arrête d’ailleurs pas là. L’entreprise développe actuellement deux variantes supplémentaires du V4. Chacune de ces déclinaisons sera optimisée pour des capacités spécifiques et, bien entendu, construite pour fonctionner de manière fluide sur des semi-conducteurs chinois.
Nous assistons bel et bien à la consolidation d’une chaîne de valeur de l’IA entièrement souveraine en Asie. J’attends avec une immense impatience de voir les performances réelles de ce V4 lors de sa sortie prochaine, car il a le potentiel de bouleverser les règles du jeu de l’intelligence artificielle mondiale.
03.04.2026 à 11:57
Romain Leclaire

LinkedIn se présentait naguère comme le temple du networking professionnel. Un lieu de confiance où l’on tissait des liens, où l’on soignait sa carrière et où l’on espérait être vu par le bon recruteur. Mais derrière cette vitrine policée, un nouveau scandale éclaire une tout autre réalité, celle d’une machine d’espionnage à l’échelle planétaire, opérée par Microsoft au travers de sa filiale.
Selon l’enquête BrowserGate, menée par l’association allemande Fairlinked e.V., chaque visite sur linkedin.com déclencherait un code caché capable d’inspecter l’ordinateur du visiteur. Sans avertissement, sans consentement et sans la moindre mention dans la politique de confidentialité, ce script recense les logiciels installés et envoie ces informations vers les serveurs de LinkedIn. Pire encore, c’est aussi le cas vers des sociétés tierces, dont une entreprise américano-israélienne de cybersécurité.
Plus alarmant, la plateforme connaît nos noms, nos employeurs et nos postes. Ce ne sont pas des internautes anonymes qui sont auscultés mais bien des professionnels identifiés, opérant dans des entreprises parfois concurrentes de Microsoft. Autrement dit, le réseau professionnel le plus utilisé du monde serait devenu un gigantesque outil de cartographie économique, capable d’espionner (au sens juridique le plus strict) des millions d’entreprises chaque jour.
L’enquête révèle l’ampleur des dégâts. LinkedIn scannerait plus de 6 000 extensions et programmes, y compris des outils concurrents directs de ses propres produits commerciaux comme Lusha, Apollo ou ZoomInfo. En associant ces données aux identités professionnelles de ses membres, le réseau social pourrait reconstituer des listes clients, des préférences technologiques, voire des secrets commerciaux.
Ce n’est pas tout. Les scripts détecteraient aussi des extensions révélant la religion, les opinions politiques ou les handicaps des utilisateurs. Des données dites sensibles, ce que le droit européen n’autorise pas seulement à encadrer, mais interdit purement et simplement de collecter sans base légale. Or ici, il n’y a ni consentement, ni transparence, ni finalité légitime.
C’est donc moins un manquement qu’un abus structurel, un mode opératoire qui, s’il est établi, pourrait bien constituer l’un des plus vastes cas d’espionnage économique de l’histoire numérique.
Le timing ajoute à l’ironie. En 2023, l’Union Européenne a classé LinkedIn comme gatekeeper au titre du Digital Markets Act, lui imposant d’ouvrir son écosystème à des services tiers plus petits. Réponse de Microsoft, une manœuvre bureaucratique: deux API “officielles”, largement inutilisables, pendant que son API interne Voyager continue de traiter plus de 160 000 requêtes par seconde.
Et tandis que Bruxelles demandait à la plateforme d’encourager l’interopérabilité, cette dernière élargissait justement la liste de ses outils surveillés (de 461 à plus de 6 000 entre 2024 et début 2026). C’est une inversion cynique du règlement. L’Europe exige l’ouverture, LinkedIn renforce la surveillance.
Le dispositif technique se veut indétectable, un pixel de traçage invisible, hébergé par HUMAN Security (anciennement PerimeterX), plante discrètement des cookies. Un script de fingerprinting sur les serveurs de LinkedIn consolide la collecte. Google complète le tableau en apportant sa propre brique de suivi, enveloppée dans un cryptage opportun. Le tout se charge à chaque page, silencieusement, comme si rien n’existait.
C’est une leçon cruelle, dans l’économie des données, la transparence est une façade.
Que faire face à une multinationale dotée de 33 000 juristes et d’un budget de 15 milliards de dollars ? Fairlinked et la campagne BrowserGate appellent à documenter, alerter et financer des actions juridiques pour mettre fin à cette pratique. Mais au-delà du terrain judiciaire, c’est une prise de conscience collective qui doit émerger.
LinkedIn incarnait le visage du capitalisme de surveillance, un réseau « professionnel », utile, presque noble. Aujourd’hui, il nous force à poser une question dérangeante: combien vaut notre identité quand elle devient, sans notre accord, la matière première d’une stratégie d’espionnage ?
02.04.2026 à 17:54
Romain Leclaire

Depuis quelque temps déjà, Flipboard s’est imposé comme l’un des acteurs les plus curieux à observer dans le virage vers les médias sociaux décentralisés. L’entreprise, connue pour son application de lecture sociale, semble décidée à réinventer le lien entre les créateurs, les lecteurs et ce que l’on appelle désormais le « web social ouvert ». Sa dernière expérimentation, sobrement baptisée « social websites », va encore plus loin dans cette direction.
Mais qu’est-ce qu’un « social website » exactement ? Flipboard l’imagine comme une sorte de microsite hybride, un carrefour entre plusieurs univers: les publications issues de Mastodon, Bluesky ou Threads, des flux RSS classiques, mais aussi des contenus multimédias (podcasts, vidéos YouTube, newsletters). Le résultat, c’est un espace web vivant, où l’on peut naviguer à travers ce qui se dit dans la fédération sans devoir se battre avec la complexité technique des protocoles ou jongler entre dix comptes différents.
Le projet s’appuie sur Surf, le lecteur basé sur les protocoles ouverts que Flipboard a lancé récemment. Il permettait déjà d’agréger le contenu du fédivers, mais les « social websites » en sont une extension plus visible, plus communautaire. Parmi les premiers à s’être prêtés au jeu, on trouve Rolling Stone, avec un site dédié à sa couverture politique et le créateur David Rushing, qui a monté All Net, un espace dédié à la culture NBA mêlant posts de Bluesky, clips YouTube et discussions de Threads. L’idée est de rassembler des conversations éparses dans un même espace cohérent.

Le PDG de Flipboard, Mike McCue, ne cache pas sa vision. Il veut rendre le web social ouvert aussi simple à utiliser qu’un CMS moderne.
“En 15 minutes, n’importe qui devrait pouvoir créer sa communauté”, explique-t-il.
Et il faut reconnaître que c’est probablement là le vrai défi de la décentralisation: rendre l’écosystème accessible au plus grand nombre sans diluer ses principes fondateurs. On passe trop souvent des heures à expliquer ce qu’est un protocole ou un serveur fédéré, là où Flipboard choisit un vocabulaire plus humain (et c’est peut-être ce qui lui permettra d’attirer un nouveau public).

Pour les créateurs et médias, la promesse est de pouvoir reprendre la main sur leurs audiences. McCue résume d’ailleurs bien leur lassitude:
“Ils en ont assez d’investir dans une énième plateforme d’un milliardaire où la découverte se fait dans une boîte noire.”
En d’autres termes, Flipboard veut leur offrir une alternative concrète aux « jardins fermés » comme X, Instagram ou Facebook. Un endroit où l’on ne dépend pas d’un algorithme capricieux pour exister.
Reste à voir si cette expérimentation générera un véritable trafic. L’histoire récente montre que les plateformes décentralisées (Threads, Mastodon ou Bluesky) peinent encore à rediriger efficacement leurs utilisateurs vers les sites sources. Et face à la montée de la recherche dopée à l’IA, les éditeurs se demandent si le trafic propriétaire a encore un avenir.
Pour l’instant, Flipboard n’a lancé qu’une dizaine de ces social websites, mais n’importe qui peut déjà s’y essayer. Et en observant la direction que prend l’entreprise, on comprend que cette idée est une tentative de repenser l’expérience éditoriale à l’ère du fédivers, sans renoncer à la simplicité du web d’origine. Si cela fonctionne, le pari pourrait bien ouvrir une voie médiane entre le chaos des réseaux centralisés et la dispersion du web décentralisé.
02.04.2026 à 11:55
Romain Leclaire

En mars, un jury californien a reconnu Meta et YouTube coupables d’avoir nui à la santé mentale d’un jeune utilisateur via des fonctionnalités conçues pour capter son attention. Une décision qui pourrait ouvrir la voie à des dizaines d’autres poursuites aux États-Unis. Mais c’est en Europe que les initiatives se multiplient, portées par une conviction, il est inacceptable que nos enfants soient exposés, en ligne, à des contenus interdits dans la réalité.
Henna Virkkunen, commissaire européenne chargée des questions technologiques, l’a martelé il y a peu:
« Nous fixons une limite claire. On ne peut pas faire des affaires en nuisant à la santé mentale des gens. »
Une phrase qui résume l’ambition d’une Europe déterminée à façonner un internet plus bienveillant, où les algorithmes ne seraient plus des machines à addiction et où les mineurs seraient protégés des violences, des images pornographiques ou des discours de haine avant d’avoir atteint la maturité nécessaire pour les affronter.
L’arsenal européen se construit pièce par pièce. Depuis l’entrée en vigueur du DSA, qui impose aux grandes plateformes de surveiller de manière active les contenus dangereux, les régulateurs européens n’ont pas chômé. La semaine dernière, ils ont ouvert une enquête sur Snapchat pour son système de vérification d’âge, jugé inefficace. Snap a rétorqué que ses services intégraient sécurité et confidentialité, tout en réaffirmant son interdiction stricte pour les moins de 13 ans.
Pire encore, les enquêteurs européens ont pointé du doigt Pornhub et Stripchat, accusés de ne pas avoir identifié ni évalué les risques pour les mineurs sur leurs plateformes. Une négligence qui, si elle était confirmée, pourrait leur valoir des amendes salées. « Beaucoup de systèmes de vérification d’âge poussent les utilisateurs vers des sites moins régulés », a souligné un porte-parole de Pornhub, qui affirme collaborer avec la commission pour protéger les jeunes. Un aveu implicite que les solutions actuelles sont loin d’être parfaites.
TikTok, lui, se retrouve sous le feu des projecteurs pour son infinite scroll, son autoplay et ses algorithmes de recommandation, jugés addictifs et potentiellement contraires aux lois européennes sur la sécurité en ligne. La plateforme a annoncé vouloir contester ces accusations, mais le mal est fait. L’Europe semble décidée à briser l’hégémonie des designs conçus pour capter l’attention des adolescents, quels qu’en soient les coûts.
La question divise. La France, la Grèce, le Danemark et l’Espagne étudient la possibilité d’instaurer des âges minimums pour l’accès aux réseaux sociaux, suivant l’exemple de l’Australie, où une loi interdisant les plateformes aux moins de 16 ans a été adoptée fin 2025.
« Il n’y a aucune raison que nos enfants soient exposés en ligne à ce qui est interdit dans la vie réelle », a déclaré Emmanuel Macron lors d’un discours.
Une position qui pourrait se généraliser, surtout si l’Union Européenne adopte un portefeuille d’identité numérique permettant de vérifier facilement l’âge des utilisateurs. Pourtant, cette approche suscite des débats. Certains experts mettent en garde contre une approche trop large qui priverait les jeunes de compétences numériques essentielles. D’autres s’inquiètent des risques liés aux données biométriques ou à la cybersécurité.
Une grande partie des décisions européennes vise des entreprises non américaines: TikTok, propriété chinoise, ou Pornhub, basée au Canada. Mais le filet pourrait se refermer sur Meta, Google et consorts, plaçant notre continent en tension avec les États-Unis. L’administration Trump, farouchement opposée à nos régulations en matière de désinformation ou de transparence des algorithmes, pourrait-elle céder face à l’urgence de protéger les mineurs ? Les signes sont contradictoires.
D’un côté, des avancées judiciaires aux États-Unis: une cour du Nouveau-Mexique a jugé Meta responsable d’avoir permis l’exploitation sexuelle de jeunes utilisateurs, tandis que plusieurs États américains ont adopté des lois pour limiter l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. De l’autre, Donald Trump, souvent en désaccord avec Bruxelles, a laissé entendre que son gouvernement pourrait s’intéresser à la question.
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse la simple régulation. Il s’agit de revoir notre rapport à la technologie, surtout pour les plus vulnérables. Mais jusqu’où faut-il aller ? Faut-il accepter que nos enfants grandissent dans un internet aseptisé, ou leur apprendre à naviguer dans un monde numérique compliqué, quitte à en affronter les dangers ?
L’Europe, par son audace, montre la voie. « Nous devons protéger nos enfants sans les priver de leur avenir », a plaidé Ursula von der Leyen en réunissant un panel d’experts pour évaluer la pertinence d’une restriction paneuropéenne de l’accès aux réseaux. Une équation difficile, mais nécessaire.
Et vous ?
Comment voyez-vous l’équilibre entre protection et liberté en ligne pour les mineurs ? Pensez-vous que l’Europe va trop loin, ou pas assez ? Partagez vos réflexions en commentaire, et, si vous le souhaitez, en partageant cet article pour alimenter le débat.
01.04.2026 à 15:51
Romain Leclaire

Cette nuit, à 00h24 heure française, une fusée va rugir, marquant peut-être l’un des moments les plus symboliques de l’histoire spatiale contemporaine. La NASA s’apprête à lancer Artemis 2, sa première mission habitée vers la Lune depuis Apollo 17 en 1972. Et oui, 54 ans se sont écoulés depuis que les derniers humains ont foulé le sol lunaire.
Il était une fois, en 1972, la fin d’une époque. Les derniers pas d’Eugene Cernan sur la Lune, le dernier « Houston, nous avons un problème » résolu et puis… plus rien. Enfin, presque. Pendant des dizaines d’années, notre astre est devenu un objet de nostalgie, un décor de films et de rêves inassouvis. Puis, en 2017, Donald Trump, troisième président américain à relancer l’idée d’un programme lunaire, a signé l’acte de naissance officiel d’Artemis. Neuf ans plus tard, le projet est toujours là, malgré les retards, les budgets explosés et les promesses politiques qui, comme souvent, s’étirent plus longtemps que prévu.
Mais ce soir, tout est différent. Pour la première fois depuis plus de 50 ans, quatre êtres humains vont quitter l’orbite terrestre basse. Quatre astronautes, dont la première femme, le premier homme de couleur et le premier non-Américain à s’aventurer aussi loin. Une diversité qui n’est pas un hasard, la NASA a compris que pour conquérir l’espace, il fallait aussi conquérir les imaginaires. Et quoi de plus symbolique que de voir Christina Koch et Victor Glover, aux côtés de Reid Wiseman et de l’astronaute canadien Jeremy Hansen, symboliser cette nouvelle dynamique ?

Pour envoyer ces quatre pionniers vers la Lune, l’agence américaine compte sur le Space Launch System (SLS), un monstre de technologie (ou plutôt, un monstre de complexité administrative et budgétaire). Avec ses presque 100 mètres de haut, il est le plus puissant lanceur jamais construit par la NASA. Il développe plus de 8 millions de livres de poussée au décollage, grâce à ses quatre moteurs RS-25 et ses deux boosters à poudre, chacun mesurant plus de 50 mètres.

Mais soyons réalistes, le SLS, c’est un peu le cocotier spatial. Développé à coups de milliards de dollars, avec des années de retard et des dépassements de budget records, il est souvent critiqué pour son coût exorbitant (plus de 23 milliards de dollars depuis 2011, selon certaines estimations). Pourtant, c’est avec lui que la NASA compte réaliser son rêve, envoyer des humains vers la Lune, puis vers Mars.

Et ce soir, il va propulser la capsule Orion, coiffée comme un casque de motard futuriste, vers une orbite terrestre avant de la lancer vers la Lune. Une mission de 10 jours, dont 6 jours en transit vers notre satellite, avant un retour en splashdown dans le Pacifique.
Parce que cette mission va pousser les limites de ce que nous savons faire. Elle va tester la résistance du bouclier thermique (qui a montré des signes de dégradation lors d’Artemis 1), la fiabilité des systèmes de support vie et la faculté de l’équipage à gérer des imprévus. Et si tout se passe bien, elle ouvrira la voie à Artemis 3, puis à une présence humaine durable sur la Lune (et peut-être un jour, sur Mars).
Une fois en orbite terrestre, l’équipage va tester manuellement les systèmes de la fusée et vérifier que tout fonctionne comme prévu. Puis, après une orbite et demie, le moteur de l’étage supérieur va propulser la capsule vers la Lune avec 25 heures de vol et un survol à 8 889 km (un record pour un équipage humain depuis Apollo 13).
Pendant le trajet, les astronautes vont expérimenter l’apesanteur, tester la communication avec la Terre (qui sera coupée pendant 30 minutes lorsque Orion passera derrière la Lune), et même parler à l’équipage de l’ISS en audio uniquement. Une première.

Puis, après un survol lunaire à environ 10 300 km d’altitude, Orion reviendra vers nous, où elle amerrira dans le Pacifique, au large de San Diego. Un splashdown spectaculaire, qui rappellera à tous que l’aventure spatiale reste un sport à haut risque.
Chez nous, il faudra veiller tard. Le décollage est prévu à 00h24, avec une fenêtre de lancement de deux heures. La NASA propose une couverture en direct sur NASA+ et sur YouTube, avec des commentaires en anglais et des interviews des astronautes.
Mais attention, malgré les années de préparation, rien n’est garanti. Les retards ont été nombreux: fuites d’hydrogène, problèmes de valves, tempêtes hivernales… Et même aujourd’hui, la météo reste un facteur clé. Les prévisions annoncent 80% de chances de conditions favorables, cependant les nuages bas et les vents forts pourraient encore tout faire basculer.

Restons optimistes, vous voulez bien ? Car Artemis 2, c’est l’histoire qui se répète, mais en mieux. Contrairement aux missions Apollo, qui étaient des exploits solitaires, Artemis est un programme international, avec des contributions de l’Europe (via le module de service d’Orion), du Japon et du Canada. Une coopération qui rappelle que l’espace, malgré les tensions géopolitiques, reste un terrain de paix.
Et puis, il y a cette question existentielle: pourquoi retourner sur la Lune ? Parce que c’est là que se jouent les prochaines étapes de l’humanité. Parce que la Lune est un laboratoire idéal pour tester les technologies qui nous emmèneront plus loin encore. Parce que, tout simplement, l’espace nous rappelle notre place dans l’univers, pas au centre, mais bien au milieu d’un spectacle cosmique dont nous ne sommes qu’une infime partie.
Alors, prêt à vivre ce moment historique ?