10.08.2026 à 19:17
aplutsoc
Le Conseil de l’Union européenne a pris la décision de prolonger jusqu’au 4 mars 2028 la protection temporaire, mise en place en mars 2022, destinée à donner droit au séjour, à l’emploi, aux études, à un hébergement, à des soins aux populations déplacées d’Ukraine, depuis l’invasion russe.
Le Comité français du RESU accueille avec soulagement cette décision de prolongation, mais en même temps, il exprime sa stupéfaction et son inquiétude de voir une catégorie de personnes exclues, à compter du 5 août 2026, du bénéfice de cette protection, à savoir les personnes arrivant d’Ukraine après cette date et qui ne seraient pas à jour de leurs obligations militaires en Ukraine. Nous sommes également inquiètes et inquiets de voir une première restriction mordre ce statut déjà fragile.
Le Comité français du RESU note que cette restriction relève d’une discrimination de nationalité et de genre, puisqu’elle vise les seuls hommes ukrainiens. Cette restriction pénalise la liberté de conscience puisqu’elle interdit à des hommes de faire défaut dans les rangs ukrainiens. Cette restriction est aussi en contradiction flagrante avec le droit des personnes à vivre en famille puisqu’elle va empêcher des hommes de rejoindre leurs conjointes et /ou leurs enfants résidant en Europe.
Enfin, cette restriction crée un grave précédent car on ne voit pas ce qui empêcherait demain le Conseil de restreindre encore le droit à la protection temporaire et d’en priver d’autres catégories de population.
Cette restriction, dans le droit fil de la surenchère anti-immigration au niveau européen, est une atteinte de plus à la liberté d’installation et de circulation.
Le Comité français du RESU, qui lutte pour la victoire de l’Ukraine, qui soutient la résistance armée et non armée et les forces combattantes d’Ukraine, civiles ou militaires, masculines ou féminines, volontaires ou non, exige le retrait de cette restriction.
Paris, le 7 août 2026
08.08.2026 à 19:25
aplutsoc
Présentation
Nous reproduisons ce texte d’Alain Dubois en guise de commentaires et discussion de l’appel paru initialement sur le site Vert appelant à une mobilisation nationale le 26 septembre. Outre la publication de cet appel, ce texte s’inscrit dans le fil de la nécessaire discussion née des contributions précédentes d’Alain (30 juillet 2026 ) et de Vincent (2 août 2026 ) autour des issues à la crise bioclimatique et les moyens de la résoudre.
Contribution d’Alain Dubois
Publié le 4 août par « Vert », l’appel sous-titré « Marche ou grève » rédigé par l’association « Bio Consom’acteurs » pour une manifestation nationale décentralisée le 26 septembre 2026 pour exiger « un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique » compte aujourd’hui plus de 4000 signatures. Une cinquantaine de mobilisations locales sont déjà en cours de préparation, avec l’objectif d’une par préfecture et sous-préfecture. À ce jour (6 août) 2000 membres (le maximum possible) ont rejoint la communauté WhatsApp du 26 septembre et un nouveau lien vers une seconde communauté ouvre : https://chat.whatsapp.com/GFFrmoK2pa04BeJdhBFaUI.
Il peut être partagé avec d’autres personnes souhaitant rejoindre le mouvement ou créer de nouveaux groupes.
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Une initiative opportune
Savoir reconnaître le basculement
Cette initiative « citoyenne » est extrêmement bienvenue et opportune. Elle vient remplir un vide que toutes les organisations « de gauche » (démocratiques, progressistes, ouvrières), partis, syndicats, ONGs, associations, y compris groupuscules « radicaux » et « révolutionnaires », ne semblent pas avoir encore perçu : avec la combinaison des canicules répétées, des mégafeux et de l’entêtement de l’État dans sa politique au service des intérêts d’une minorité, symbolisé par la loi Duplomb 2 et l’absence de réponse adéquate aux agressions environnementales majeures récentes, l’exaspération a maintenant gagné un grand nombre de pans de la population. Il s’agit d’un changement qualitatif, et surtout qui a maintenant de grandes chances de devenir irréversible, dans la mesure où ces agressions ne vont maintenant aller qu’en se multipliant, se diversifiant et s’aggravant. Après des dizaines d’années où nous n’étions qu’une poignée, puis un nombre croissant, mais encore restreint, à lancer des messages d’alerte que la propagande gouvernementale, médiatique et numérique parvenait à neutraliser en grande partie, nous sommes face à un début de basculement, auquel pour l’instant cet appel constitue la seule réponse à la hauteur. Même s’il demeure plus que jamais indispensable de continuer à communiquer sur les questions d’environnement, de biodiversité, de santé, d’agriculture, une nouvelle époque s’ouvre désormais : celle de l’action, et de l’action collective (pas encore massive, mais celle-ci pourrait arriver vite), démocratique et globale, c’est-à-dire dirigée contre l’État, ses institutions, et tous les intérêts privés que celui-ci soutient et protège, et qui sont responsables de la situation actuelle.
Les responsables « inconnus » (en tout cas du plus grand nombre) de cette action « citoyenne » ne sont manifestement pas nés de la dernière pluie : leur appel évite un bon nombre d’écueils habituels de telles démarches, comme la personnalisation de la direction, la hiérarchie gravée dans le marbre, la discipline centralisée, la méfiance pour l’initiative individuelle et les idées originales… La perspective mise en avant par les initiatrices et initiateurs de cette action reste délibérément « floue » dans ses détails, mais est pourtant très claire dans son objectif principal, qui est de combattre « les mensonges et les politiques menées contre le climat, contre le vivant, contre la biodiversité et contre les habitantes et habitants par la macronie, Les Républicains et le Rassemblement national ». C’est une orientation délibérément politique, se situant à l’échelle de l’État et du pouvoir, contrairement à celles de beaucoup d’« actions citoyennes » qui se restreignent délibérément à des objectifs locaux ou régionaux, souvent parés du titre d’« autogestion ».
L’appel s’adresse à « Monsieur le président de la République », mais c’est une figure de style. Il ne s’agit pas d’une « requête » respectueuse vis-à-vis du monarque garé à Versailles avec ses brioches et ses visiteurs de choix, puisque le texte ajoute immédiatement : « Nous ne venons pas vous demander de nous plaindre. Nous venons vous demander des comptes. Nous exigeons un plan d’urgence… ». Ce plan est formulé ainsi : « Un grand plan de reconstruction : un plan d’urgence, un plan d’adaptation, un plan d’atténuation face au dérèglement climatique. Sans attendre un été de plus. » Il n’est donc plus question de demander des promesses, des engagements, mais de préparer de pied ferme une action immédiate de la part du gouvernement. Cette demande ne s’appuie pas seulement sur des signatures (comme pour la loi Duplomb), sur lesquelles comme on l’a vu il est facile de s’asseoir. Elle appelle à une mobilisation pour une marche populaire « partout en France, dans les métropoles et dans les bourgs de mille habitant‧es, dans les centres-villes et dans les quartiers » ‒ mais cette marche n’est pas présentée comme le but unique de cette action, comme l’indique le sous-titre de l’appel initial : « Marche ou grève ». Pour qui sait lire, cela signifie que la démarche engagée dès maintenant pour préparer le 26 septembre est susceptible de mener, si elle n’aboutit à aucun résultat à la hauteur des attentes, à l’organisation de grèves, ou mieux d’une Grève Générale. Le type d’organisation proposé pour cette mobilisation, partant du « bas » (des comités locaux) et remontant progressivement vers le « haut », qui tranche avec les pratiques politiques habituelles, est particulièrement bien choisi.
Quels objectifs ?
Que signifient les quatre « plans » mentionnés dans l’objectif annoncé pour la marche : reconstruction, urgence, adaptation et atténuation ?
Le terme de reconstruction est très clair : il s’agit de s’engager pour mettre fin à la dernière période historique, période de destruction de la société humaine, et plus largement de la biosphère dont cette société fait partie. Sans que le texte le précise, cette destruction a été quasi-intégralement le résultat de l’activité « humaine » : or les humains ont été actifs sur cette planète depuis des centaines de milliers d’années sans avoir causé de tels désastres, donc c’est la société humaine actuelle qui est en cause, pas la simple existence des humains ou le mythe de la « nature humaine » qui seraient destructeurs. Cette constatation implique que, pour arrêter cette destruction et s’engager dans une reconstruction, c’est le mode même de fonctionnement de cette société qu’il faudra modifier, et il ne pourra s’agir de changements à la marge.
La notion d’urgence est, elle aussi, très claire : cela signifie que nous ne pouvons plus attendre, car c’est chaque année, chaque semaine, chaque jour, que des agriculteurs, éleveurs, pêcheurs font faillite ou se suicident, que des milliers de personnes de tous âges sont touchées par des maladies et épidémies causées par la pollution, la malbouffe, les nouveaux pathogènes, les canicules, incendies, inondations et autres « catastrophes naturelles » de moins en moins naturelles (comme hier soir une coulée de boue en Haute-Savoie), que la disponibilité, la qualité et le coût des services publics (santé, éducation, transports, justice) et des communs (eaux, sols, forêts, faune et flore) se dégradent, tandis que les profits des industriels, banquiers, actionnaires et de leurs chiens de garde s’envolent. Les promesses non tenues du passé se sont accumulées au point de saper toute confiance qui pourrait être accordée à toutes celles et tous ceux qui envisagent de nous en faire encore, notamment à l’occasion des prochaines élections à la présidence bonapartiste de la Ve République – « République » réactionnaire dont il est devenu plus qu’urgent de sortir. Si j’ai bien compris le texte de Vert, la marche du 26 septembre exigera des décisions immédiates, sans attendre ces élections « pestilencielles ». Quant à celles-ci, le mieux qui pourrait nous arriver serait qu’elles doivent être annulées en raison de la nécessité de convoquer des élections législatives anticipées pour mettre fin à la crise sociale et politique que le basculement évoqué ici pourrait déclencher.
La notion d’adaptation, elle aussi, semble claire. Elle demande d’agir dès maintenant pour modifier les facteurs les plus importants de souffrance des populations face au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité, avant même de s’attaquer aux causes de ces nuisances. Cette approche peut être entièrement contre-productive, comme dans l’exemple très démonstratif de la multiplication des « climatiseurs » domestiques, qui certes diminuent la température interne de certains logements mais augmentent celle de l’agglomération où ceux-ci se trouvent. D’autres modes d’adaptation sont plus justifiés. C’est le cas, lors de conditions météorologiques extrêmes ou de catastrophes environnementales, d’interventions rapides, avec des personnels et des équipements appropriés (par exemple des pompiers professionnels et des flottes aériennes suffisants pour lutter contre les méga-feux), selon des plans d’action bien conçus et financés, ainsi que d’hébergements, alimentation, habillement et soins pour toutes les victimes, d’espaces collectifs climatisés en accès libre, etc. À moyen terme, il peut s’agir de végétalisation des villes, d’isolation des logements et lieux de vie et d’activité, de transports publics, de prix accessibles pour les véhicules et les carburants, de suppression des péages autoroutiers, et d’une modification profonde des modes de gestion de l’eau, des sols, des forêts, des cultures. Toutefois l’adaptation ne peut constituer une « solution » à long et même à moyen terme aux problèmes considérables auxquels notre population, et l’humanité dans son ensemble, sont et surtout vont être confrontés : si l’on n’agit pas sur les causes profondes de ces agressions, qui sont liées avant tout à la nature des techniques utilisées depuis un bon demi-siècle dans l’ensemble de la planète dans le cadre d’un système économico-politique précis, le capitalisme, ces agressions iront en empirant et se multipliant, jusqu’à mener à un point de non-retour, parfois désigné du terme anglais de « collapse » (effondrement).
C’est ici qu’intervient le quatrième terme de la déclaration de Vert : l’atténuation. J’avoue avoir plus de mal à le comprendre que les précédents. Le texte le définit comme suit : « La fin de toutes les subventions aux énergies fossiles. L’interdiction pour toute entreprise française d’ouvrir de nouveaux projets fossiles, ici comme ailleurs. » [1]. Certes, certes… Mais un tel programme ressemble plus à un maintien du statu quo qu’à un ambitieux programme de « reconstruction ». Face à un malheur, une douleur, une violence, la perspective de « l’atténuer » est insuffisante, il faut y mettre fin, avant si possible d’en réparer les dégâts. Il est douteux que l’arrêt des subventions puisse être de nature à réduire l’extraction des énergies fossiles et leur emploi dans tous les domaines d’activité humaine. Et quid de la dépendance aux intrants agricoles, de la déforestation, de la destruction des zones humides, de l’envahissement de l’ensemble des terres, mers et même airs par des multitudes de polluants chimiques et biologiques de toutes natures, origines et aux conséquences multiples, dans notre alimentation, nos objets usuels, etc. L’objectif doit-il être d’« atténuer » les effets délétères de toutes ces interactions de nos techniques avec nos conditions de vie, d’activité et d’habitabilité, ou de les faire cesser ?
Quatre types de réponses
Il existe quatre modes principaux de réponses possibles à la crise actuelle de la biosphère.
La première est la fuite, qui est la seule actuellement envisageable pour certaines populations, ce qui constitue une cause majeure des « migrations » de plus en plus nombreuses dans diverses régions de la planète, auxquelles les réponses policières ou militaires n’apportent aucune solution pour personne mais constituent une honte indélébile pour les gouvernements qui les mettent en œuvre.
La deuxième consiste en la fameuse adaptation, parfois appelée « résilience », aux nouvelles conditions auxquelles l’humanité est soumise, sans agir sur leurs causes mais seulement sur leurs conséquences, seule solution soutenue par tous les pouvoirs actuellement en place. Comme nous l’avons vu, ce peut être une réponse à l’urgence, mais pas une solution à long ou même moyen terme ‒ au contraire en fait, car elle peut « endormir la vigilance » face aux attaques plus fondamentales contre l’environnement.
La troisième approche, souvent appelée « transition », ou « bifurcation » écologique, est la réforme de la société actuelle qui consiste à remplacer les techniques en vigueur (par exemple la voiture à essence) par des techniques alternatives (par exemple la voiture électrique) tout en maintenant les modes de vie et de relation de notre société avec l’environnement et le vivant, la « croissance », confondue avec le « progrès », restant la seule boussole. Les mesures préconisées par les partisans de la transition écologique consistent à agir séparément sur les différentes causes de la crise environnementale actuelle, comme si elles étaient indépendantes: émissions de gaz à effet de serre, intrants agricoles, monocultures, déforestation et assèchement des zones humides, mégabassines, suppression du bocage, pollutions de tous ordres, nouvelles autoroutes, etc. Mais la crise actuelle ne se réduit pas à une addition de crises isolées. Cette crise est systémique, ce qui signifie que ces différents problèmes sont des symptômes qui expriment une cause ultime unique, le système économico-politique du capitalisme universellement en vigueur aujourd’hui. Agir sur chaque cause prise à part est insuffisant et voué à l’échec. Seule la lutte contre ce système dans son ensemble serait susceptible de mettre fin aux nuisances résultant de l’ensemble de ces causes.
C’est ce qu’envisage la quatrième approche, qui met en avant des mots d’ordre comme l’expropriation et la collectivisation de l’industrie automobile et de l’industrie pétrolière mondiales, la réduction drastique du trafic aérien aux seuls vols indispensables (à l’exclusion de l’agrément et du tourisme), l’interdiction de transports d’animaux et de nourriture sur de longues distances, la fin de la « société de consommation » avec sa malbouffe et ses pathologies associées, la fin de la « société du spectacle » avec ses « grand-messes » sportives et musicales, etc. Il s’agit alors d’une perspective de changement de paradigme concernant la « croissance » et plus généralement les relations entre l’humanité et la biosphère, ce qui exige de résoudre la question du pouvoir dans notre société.
La question principale qui se posera alors à tout mouvement massif pour « changer la société », sera alors : faut-il procéder progressivement, en commençant par l’adaptation, puis en tentant la « transition », pour constater alors que celle-ci ne change rien au fonctionnement de base de la société (consommation excessive de ressources, extractivisme, relations de domination vis-à-vis de la nature comme entre êtres humains) et alors passer à la troisième solution – ou viser d’emblée une transformation drastique de la société en se donnant comme objectif immédiat la prise du pouvoir, la transformation de l’État et des rapports entre les classes sociales ?
Beaucoup de gens pensent que la solution « progressiste » est la meilleure, sinon la seule possible, car elle serait plus « pédagogique ». L’idée dominante à cet égard est que l’annonce de « catastrophes » aurait toujours un effet paralysant sur les humains. Ce point de vue schématique, qui attribue à la « pédagogie » des vertus que l’histoire n’a jamais confirmée, n’est pas partagé par tous [2], et surtout il est maintenant un peu tard, au bord du précipice, pour continuer à le privilégier, et à soutenir l’illusion que ces fragiles êtres que sont les humains doivent être protégés par des fables optimistes plutôt qu’éveillés à temps par des informations « effrayantes ». À cet égard, l’année 2026 en France a désormais joué un rôle déterminant et peut-être irréversible : c’est cette prise de conscience qui rend particulièrement opportun l’initiative des auteurs de cet appel, qui aurait été encore prématuré il y a encore quelques années.
J’ajouterai pour finir deux réflexions à ce qui précède.
Prise du pouvoir, démocratie, informations scientifiques
Contrairement à ce que certains imaginent, la solution face au désastre écologique ne peut résider en « une dictature d’experts qui puisse légiférer et décider selon leurs règles fondées, selon eux, sur la neutralité scientifique » [3]. Tout d’abord parce que cette « neutralité » n’est pas absolue et que de tels experts « omniscients » n’existent pas. Depuis quelques décennies la « liberté académique » a considérablement régressé, pas seulement aux USA de Trump, mais aussi en Europe, et les choix des sujets sur lesquels les chercheurs font porter leurs travaux leur sont imposés par les organismes qui les emploient, et sont largement inféodés aux priorités économiques du capitalisme : bon nombre de questions ne sont tout simplement pas étudiées. Néanmoins, sans être absolument neutres, les connaissances scientifiques ne reposent pas sur les opinions des membres de la communauté des chercheurs, mais sur une méthodologie partagée par l’ensemble de ceux-ci, qui comporte de perpétuelles vérifications et contre-vérifications, s’appuyant avant tout (quoique pas uniquement) sur le concept poppérien de réfutabilité : la science ne dit jamais qu’une affirmation est « vraie » mais que, jusqu’à preuve du contraire, elle n’a pas (encore) été démontrée fausse. Le corpus des connaissances scientifiques (incluant leurs aspects et conséquences technologiques) est constitué de connaissances partagées, produites par une véritable « internationale » et soumises en permanence à la critique et la correction par les pairs, ce qui fait du corpus de ces connaissances le socle le plus solide, et de loin, de toutes les connaissances partagées par l’humanité. C’est ainsi que les rapports produits par les grands organismes internationaux comme le GIEC et l’IPBES, fondés sur l’analyse comparative et critique de milliers d’articles scientifiques eux-mêmes déjà soumis avant publication au crible de l’évaluation par les pairs, constituent une base incomparable pour évaluer l’état du climat, de la biodiversité et de l’ensemble de la biosphère, et prévoir les grandes lignes de leur évolution dans les décennies à venir. Leur opposer à cet égard les opinions de personnes étrangères à cette communauté et à ses règles de fonctionnement établies collectivement par des décennies de travail est une insulte à l’humanité et ne peut s’expliquer que par l’inféodation de ces personnes à des intérêts particuliers, souvent opposés à l’intérêt collectif. Ceci vaut également pour la fétichisation, de mise actuellement dans certains milieux écolos, pour les « savoirs traditionnels », notamment ceux de quelques groupes sociaux subsistant dans des régions tropicales : tout comme les autres, ces savoirs doivent faire l’objet d’une évaluation scientifique.
Ceci étant, ces précieuses connaissances scientifiques ne procurent pas par elles-mêmes de guide objectif suffisant pour l’action. Celle-ci repose sur des évaluations éthiques et politiques qui doivent relever de la décision collective et démocratique impliquant les populations concernées, et pas seulement une soi-disant « élite » auto-désignée comme celle qui dirige actuellement le monde. Toutefois, le terme de « démocratique » dans cette affirmation mérite d’être examiné de près. Tout d’abord, quelle doit être la communauté amenée à prendre des décisions dans ce domaine ? Faut-il estimer que, comme le formule par exemple Bruno Latour [4], face au « péril écologique », tous les citoyens sont logés à la même enseigne et constituent tous ensemble une nouvelle « classe écologique » dont les membres ont les mêmes besoins et intérêts ? Ou au contraire que la société est encore, et même plus que jamais, divisée en classes antagonistes aux intérêts différents, que la grande majorité de la population subit les agressions écologiques causées par la minorité qui détient le pouvoir, et devrait s’organiser pour le leur retirer et gérer la société ? Ceux qui sont susceptibles de changer les choses sont ceux qui n’ont rien à perdre à la disparition du système économico-politique actuel, c’est-à-dire les travailleurs et travailleuses, les chômeurs et chômeuses, les jeunes.
C’est justement cette majorité qui, du fait de sa place dans les rapports sociaux et par son travail, ses compétences, son implication, permet à notre société d’exister comme société, de fonctionner, de nourrir la population, de l’éduquer, la soigner, la protéger, la loger, lui fournir les produits, objets, appareils et outils nécessaires. Et c’est à ce titre que, lors de toute l’histoire du mouvement ouvrier, celui-ci a pu mener les combats pour la reconnaissance puis le progrès des droits humains, l’instauration d’un État de Droit fondé sur la séparation des pouvoirs, etc. Dans tous ces domaines, les travailleurs se sont appuyés sur leur expérience et leur connaissance du fonctionnement des rapports sociaux pour mener les combats et imposer leurs revendications – jusqu’à un certain point seulement, puisqu’ils n’ont pas réussi, malgré des combats séculaires, à établir un État « ouvrier » durable, tous les essais dans ce domaine ayant été balayés plus ou moins vite par des contre-révolutions qui ont pris des formes diverses, dont la moindre ne fut pas celle du stalinisme, qui a laissé des traces encore bien vivantes dans la société actuelle.
Bien qu’elle date en réalité de plus d’un siècle, la « question écologique », restée souterraine pendant longtemps, finit aujourd’hui par émerger au grand jour. C’est à sa résolution que ceux qui se mobilisent et vont se mobiliser de plus en plus vont devoir se consacrer. Pour ce faire, l’expérience, positive et négative, des combats menés contre l’exploitation capitaliste, jouera certainement un rôle important. Notamment, le fait que les décisions devront se prendre de manière démocratique, et ne pas être imposées d’en haut, est une certitude. Mais cette expérience suffira-t-elle pour prendre les bonnes décisions ? Lorsqu’il s’agissait de questions liées au travail, au fonctionnement de la société, les travailleurs bénéficiaient d’une connaissance de première main, susceptibles de guider leurs décisions. Mais il n’en va de même concernant des questions scientifiques, concernant le fonctionnement de notre biosphère, dont la complexité est restée longtemps incomprise y compris de la communauté scientifique, du fait des interactions multiples qui le régissent. Ce que les progrès de nos connaissances dans ce domaine ont mis en évidence est, dans la majorité des situations et pour la majorité des problèmes, souvent bien éloigné de la conception qu’en avait la communauté scientifique il y a encore moins de 50 ans et, pour certains domaines, encore il y a 10 ans ou hier ! Prendre des décisions adéquates face à une telle complexité ne peut se faire sur la foi du bon sens [5] ou par la méthode du « doigt mouillé ». À cet égard, imaginer que, du fait de leur place dans les rapports sociaux les travailleurs seront amenés « par magie » à prendre les bonnes décisions relève d’un mode de pensée qui s’appelle l’ouvriérisme, qui ne rend pas service à leur cause et à celle du progrès.
Dans ce domaine, la démocratie qui ne s’appuie pas sur des connaissances n’est en aucune manière une garantie de bonnes décisions. La situation issue de la période actuelle de l’histoire de l’humanité, l’anthropocène tardif, qui date de la Deuxième Guerre mondiale, est nouvelle : sa solution ne reposera pas simplement sur le mot « démocratie » répété comme un mantra, mais sur l’équation « information + démocratie » ou l’inverse. Et ce sera à ceux qui souhaitent aboutir à cette solution de faire ce qu’il faut pour rendre cette équation fonctionnelle, ce qui exigera de dépasser le stade des opinions sur les questions écologiques pour faire la jonction avec ces connaissances scientifiques, parfois complexes, contre-intuitives ou même choquantes. La démarche commencée avec l’appel pour le 26 septembre est déjà en train de préparer et va aboutir à la création de nombreux « comités » locaux, qui espérons-le vont se fédérer du bas vers le haut, aux niveaux départementaux, régionaux et national. Leur fonction devrait être non seulement de débattre librement des orientations qu’ils souhaiteront développer dans cette campagne, mais également, et cela me paraît crucial, de réunir, diffuser et discuter les informations scientifiques disponibles sur la crise écologique, qui vont bien au-delà des grandes idées répétées sur tous les tons par tous les médias et commentateurs. Ceci exigera de faire l’effort de les comprendre et assimiler, et si possible d’impliquer des scientifiques dans leur diffusion. Je reviendrai sur cette question cruciale dans un prochain billet.
Adaptation, transition ou rupture ?
Pour revenir sur la question des principales orientations possibles pour la lutte pour changer les choses, il me semble qu’il est important de bien comprendre que maintenant les choses s’accélèrent et vont s’accélérer de plus en plus, et que nous n’aurons pas beaucoup de temps pour des « expérimentations », c’est-à-dire pour tenter des « transitions écologiques » respectant le cadre du capitalisme avant de constater, déçus, qu’elles ne changent rien au fond du problème. Ceci d’autant plus que chacune de ces éventuelles « étapes » sera susceptible d’être utilisée par le pouvoir en place et ses alliés technophiles pour diviser nos rangs, en jouant sur la crainte du changement et les menaces de chaos, pour tenter d’arrêter le processus en cours. Il ne faut pas rêver et il ne faut pas sous-estimer l’ennemi que le capitalisme représente pour l’humanité. Acculé, le système actuel pourra s’accommoder du passage de la voiture à essence à la voiture électrique et de divers autres changements, et même en partie de la réduction ou l’arrêt de l’exploitation des énergies fossiles, tant que subsistera le système économico-politique que basé sur la Bourse, les polices, les armées et aujourd’hui les réseaux numériques. Avec l’IA en cours d’instauration comme système mondial de contrôle des sociétés, il a devant lui encore de beaux jours et un boulevard de plus-values sans précédents. Mais il ne tolérera pas le passage de l’économie de la croissance au service de la plus-value à une économie de la décroissance au service des populations, qui est pourtant la seule solution pour l’humanité, et ceci peut-être non pas à moyen, mais bien à court terme. Perdre du temps à tenter des solutions bâtardes comme la « transition écologique » est lui donner la possibilité de s’organiser pour déclencher les guerres effroyables qui lui permettraient de bloquer le processus mettant fin à sa domination. Commencer dès aujourd’hui à préparer la prise du pouvoir et la destruction de ce système me paraît la première urgence.
Alain Dubois, le 6 août 2026.
Source :
https://lherbu.com/2026/08/appel-du-26-septembre-pour-un-plan-d-urgence-climatique.html
Notes
[1] Cette citation se poursuit par une phrase ambigüe qui est susceptible de ne pas faire l’unanimité parmi les partisans de l’appel : « Une sortie du fossile qui soit aussi une sortie des guerres qu’il finance. » Serait-ce que toutes les guerres actuellement en cours sur la planète seraient de la même nature ? Les guerres d’agression impérialiste ou colonialiste et la résistance des peuples à ces agressions ? Le sujet de la guerre n’est pas central dans cet appel et devrait y être évité pour ne pas ouvrir des polémiques nuisibles au projet qui, lui, devrait faire l’unanimité.
[2] Voir notamment Lucas Verhelst (dir.), Manuel d’un monde en transition(s), L’Aube, 2025.
[3] Voir Luis Martinez Andrade, « Sciences, pouvoir et savoirs émancipateurs », 24 juillet 2026, https://www.contretemps.eu/sciences-pouvoir-et-savoirs-emancipateurs.
[4] Bruno Latour et Nikolaj Schultz, Mémo sur la nouvelle classe écologique, Les Empêcheurs de penser en rond, 2022.
[5] Le bon sens est souvent mauvais conseiller lorsqu’il s’agit de comprendre le fonctionnement du monde, comme le soulignait Bertrand Russell en 1953 : « Nul ne veut rectifier le langage du bon sens, et cesser de parler du soleil qui se lève et se couche. Mais les astronomes préfèrent employer un langage différent, et je leur donne raison. J’en conclue que le bon sens ne connaît pas le sens des mots, et j’aimerais croire que cela devrait le laisser silencieux. »
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06.08.2026 à 18:39
aplutsoc
À la question : « qu’en est-il de la situation politique française ? », le réflexe convenu serait de partir dans des considérations sur les élections présidentielles. Erreur : le fait central de la situation politique française, si « situation politique » est une notion reposant sur ce qui touche directement l’immense majorité, est le choc thermique dénommé « canicule » et désormais « canicules à répétition », les titres les plus récents se demandant si arrive « la cinquième canicule » …
Le choc est terrible, il se mesure en milliers de morts (le bilan n’est pas fait), en mal-vie pour la grande majorité, en destruction de forêts et d’êtres vivants, et en catastrophe agricole scellant l’obsolescence des élevages industriels et annonçant une pénurie alimentaire sans précédent. Les « hommes politiques » et de pouvoir n’ont très généralement rien intégré de tout cela dans leurs discours, au-delà des phrases convenues et des « hommages aux pompiers ».
Et ce choc n’est pas que français, il touche tous les principaux pays d’Europe occidentale. Produira-t-il une « prise de conscience », un « effet Pearl Harbour » ? C’est là une question de rapport de force social.
Car les forces sociales au pouvoir, faisant fonction de l’accumulation et de la circulation accélérées du capital, n’ont aucun intérêt à agir sur les causes de la catastrophe montante. Leur propagande malsaine s’ajoute donc au choc thermique pour tenter de mettre à mal l’immense majorité de la population. Oh certes, les propos climatosceptiques classiques, du genre « c’est normal, c’est l’été », sont désormais ridicules, et à vrai dire font rire jaune, car ils sont, à juste titre, de plus en plus perçus comme criminels. Mais la stratégie du choc et la contre-attaque des dominants du capital, sous la forme d’un bruit de fond de réseaux sociaux et de médias, ont été immédiates.
La violence du propos indique une certaine conscience des enjeux, non pas climatiques (ils s’en foutent), mais « économiques » : « tout ça, c’est la faute aux écolos » ! Farpaitement ! Le caractère sidérant du mensonge vise à paralyser. Les réseaux RN et union des droites sont à la manœuvre. Pour faire passer ce à quoi les faux paysans, les patrons de la Coordination rurale appellent ouvertement et que ceux de la FNSEA organisent : l’irrespect systématique des circulaires préfectorales pour économiser l’eau – avec la bienveillance des mêmes préfets !
Ils préparent leur mainmise pour le moment – qui pourrait venir – où l’eau va manquer dans les robinets. Et, pour cela, ils viennent juste d’obtenir de l’union des droites à l’Assemblée nationale leur loi Duplomb II. La question des « bassines » est nationale : leur programme est de s’approprier l’eau dont seront privées zones humides et nappes phréatiques, et avec elles la population. Ils nous déclarent la guerre de l’eau.
Ce mensonge sidérant complète un discours officiel négationniste, non plus sous la forme du négationnisme climatique, mais de l’adaptationnisme : braves gens, il va falloir vous adapter !
Certes, mais si on ne stoppe pas les émissions de gaz à effet de serre, et donc si on ne réorganise pas la production et les transports de façon à arrêter la chaufferie, on ne pourra pas s’adapter ! La condition de l’adaptation : la révolution !
Enfin, dernier volet, la veille « psychologique » condescendante : « vous êtes éco-anxieux ? Vos enfants le sont ? Détendez-vous, soyez zen et résilients ! ». Ce gouvernement qui n’a rien fait pour avoir de quoi agir face aux méga-feux produit un discours tout à fait extraordinaire, que nul – même pas lui – ne prend au sérieux, mais dont la vraie fonction est, là encore, d’impuissanter et de sidérer. C’est le complément soporifique des discours violents.
L’urgence, pour eux, n’est en aucun cas climatique, ne repose en aucun cas sur les besoins du plus grand nombre. « Ceuta » est devenu le nom de leurs urgences, une provocation visant Espagne, Maroc et Europe, pour faire croire à une « menace migratoire » qui serait le premier danger. N’ayons aucune illusion : plus la catastrophe sera là, plus les faisant fonction du capital seront à l’offensive pour qu’elle nous écrase.
Mais soyons également conscients de notre force. Car ces campagnes d’abrutissement – « C’est la faute aux écolos ! », « Adaptez-vous ! », « Vous êtes éco-anxieux ? Soignez-vous ! », « Regardez le vrai danger : Ceuta, Ceuta, Ceuta ! » – sont à la mesure, préventive, de l’explosion réelle qui vient.
L’accumulation de colère sociale est immense et la catastrophe est en train de la chauffer à blanc. Dès ce 13 août, la totalité des organisations syndicales de pompiers tiennent un rassemblement devant le ministère de l’Intérieur.
Les conditions pour le bouillonnement au mois de septembre se réunissent sur la base de cette accumulation de colère. Certes, il y a dispersion, mais là, la dispersion commence à se transformer en accumulation.
Frapper fort en septembre, ce dont discute également Bloquons tout, et donc généraliser et centraliser, refaire en plus puissant ce qui s’est passé en septembre 2025, est une nécessité.
La coalition pour une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants, ce mouvement démocratique et féministe de fond de juin 2026 après le meurtre de la petite Lyhanna, est restée, après les rassemblements du 4 juillet, sur un appel à se retrouver le 10 septembre.
Un premier regroupement hétéroclite – et ce caractère hétéroclite est justement révélateur de la profondeur de ce qui se cherche – appelle à se rassembler contre l’« inaction climatique » du gouvernement », le 15 septembre à 19h 30 devant le ministère des Finances à Paris.
Surtout, à l’initiative d’une association de consommateurs, un appel à des rassemblements de masse, se référant aux luttes précédentes des pompiers, des enseignants, des hospitaliers, contre les méga-bassines, contre la loi Duplomb, le samedi 26 septembre, pour imposer « un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation » « sans attendre un été de plus », est en train de circuler de plus en plus largement.
Aplutsoc appuie cette initiative : un tel plan d’urgence est nécessaire immédiatement, et pour sa mise en œuvre, l’ordre social capitaliste et l’ordre politique de la V° République sont en cause.
La Fédération SUD-Commerce appelle au 26 septembre et soulève la question de la grève ce jour-là. Quelques jours plus tard, le mardi 29, les fédérations syndicales de la fonction publique ont dès début juillet appelé à une « journée d’action » qui, de fait, pourrait se trouver englobée dans le mouvement général nécessaire…
Tout cela relativise fortement « la campagne des élections présidentielles », non ? Certes, il faut la prendre en compte. Sa fonction sociale réelle est, premièrement, d’instiller l’idée, fausse, qu’il faut attendre avril-mai 2027 pour agir. Deuxièmement, l’idée, également fausse, que la majorité du pays serait RN ; en fait, une majorité électorale RN et alliés relative est possible, par rapport aux seuls votants et non à la majorité réelle, en raison de la division organisée à gauche qui a protégé les gouvernements Macron, tous illégitimes, depuis l’été 2024.
Le tout a pour fonction de remettre ce régime à neuf, si possible, en 2027, et certainement pas pour le climat !
À gauche donc, on a d’une part un émiettement, d’autre part la candidature Mélenchon qui se présente comme seule gagnante possible, mais à laquelle il convient de poser la vraie question, voire l’exigence : son but est-il vraiment de gagner et dans ce cas-là que doit-il faire pour l’unité tout de suite ?
Mais toutes ces questions sont et seront rebattues par la crise bioclimatique et sociale, en septembre au plus tard et peut-être avant, et rebattues aussi par la crise mondiale, la même crise globale.
C’est pourquoi le plus important, comme l’avait conclu notre réunion-débat du 5 juillet dernier, ce sont des comités d’action, comités du front commun, ou quelques noms qu’on leur donne, unissant sur l’urgence et contre ce qui menace :
05.08.2026 à 09:15
aplutsoc
La nouvelle urgence humanitaire causée par le double séisme qui a dévasté les villes et bourgs du littoral central du Venezuela le 24 juin dernier appelle toute notre solidarité. Une solidarité inconditionnelle avec des milliers de familles meurtries, en particulier des classes populaires, les plus vulnérables face aux catastrophes dites naturelles ; endeuillées ou sans nouvelles de proches ensevelis sous les décombres ; sans-abri et exposées aux prédateurs en tout genre, notamment les enfants et mineur·es devenu·es orphelin·es. Mais une solidarité lucide aussi, sur la situation politique et économique qui prévalait à la veille du séisme et en démultiplie les dommages matériels et moraux, sur les responsabilités nationales et internationales et sur les conditions d’une aide effective de l’extérieur.
Les Vénézuélien·nes ont subi depuis une dizaine d’années une crise économique inouïe, marquée par une urgence alimentaire et sanitaire aggravée par les embargos économiques des États-Unis, qui a plongé une majorité d’entre elles-eux sous le seuil de pauvreté et a poussé un quart de la population sur les routes de l’exil. À cela s’est ajouté un État d’exception prolongé et une répression politique et sociale croissante : homicides de manifestant·es ; détentions massives, tortures et condamnations iniques d’opposant·es politiques, syndicaux et associatifs comme de protestataires et citoyen·nes lambda ; exécutions sommaires dans les quartiers populaires au nom de la lutte contre la criminalité. En 2024, face à un État de plus en plus prédateur, le peuple a massivement voté contre un troisième mandat de Nicolás Maduro, qui a utilisé la terreur pour se maintenir au pouvoir. Enfin, en janvier dernier, Donald Trump a ordonné les bombes de l’US Army et l’enlèvement de Maduro pour mettre l’ex-vice-présidente Delcy Rodríguez à la tête d’un protectorat. Malgré une amnistie partielle et une reprise des protestations sociales, un demi-millier de citoyen·nes – parmi lesquel·les nombre de syndicalistes – restent emprisonné·es pour motifs politiques dans des conditions indignes.
C’est dans ce contexte d’incurie et de prédation étatique et impérialiste débridées que, le 24 juin, la terre a tremblé deux fois avec une violence rare (7,2 et 7,5 sur l’échelle de Richter). Cette catastrophe a suscité un élan massif de solidarité et de dignité dans la population, qui a pris en charge elle-même les premiers secours aux côtés des rares structures de base existantes (pompiers, sécurité civile…) et malgré l’absence quasi totale d’outils adéquats : déblaiements et excavations à mains nues, souvent à la lueur des lampes de téléphones portables. Des collectes de dons et de matériel nécessaire ont été organisées partout dans le pays et en lien avec la diaspora.
Le Collectif de solidarité internationale avec le peuple du Venezuela, fort de sa diversité et d’une connaissance plurielle du terrain, appelle à faire parvenir prioritairement les dons aux campagnes de collecte suivantes :
– avec l’Union syndicale Solidaires à destination du Comité national de Conflit – Travailleurs en Lutte (CNC-TL) ;
– avec la Confédération générale du Travail (CGT) et L’Avenir social, à destination de l’Alliance syndicale indépendante (ASI) et de la Centrale unitaire des Travailleurs du Venezuela (CUTV) ;
– avec l’ONG italienne No One Out et le courant vénézuélien Comunes, à destination de l’Association des employés administratifs de l’Université centrale du Venezuela.
Cette solidarité doit aller de pair avec une exigence de redémocratisation de la vie politique et sociale, loin des ingérences impérialistes, d’où qu’elles viennent. Elle accompagne les luttes de nos camarades sur place pour la levée totale des embargos économiques étatsuniens, la libération de tous·tes les prisonnier·es politiques et le rétablissement inconditionnel des droits et libertés fondamentales, et la mise en œuvre de procédures transparentes en vue de l’élection démocratique des autorités nationales au suffrage universel direct et du respect de la souveraineté populaire.
Paris, le 5 août 2026
Premières organisations signataires :
À Nous la Démocratie !, Arguments pour la Lutte sociale (Aplutsoc), Centre d’Études et d’Initiatives de Solidarité internationale (CEDETIM / IPAM), Collectif Correspondencia de Prensa, Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua, Confédération générale du Travail (CGT), Confédération paysanne, France Amérique latine, L’Alliance pour la République écologique et sociale, Les Écologistes, Les Verts populaires, Nouveau Parti anticapitaliste (NPA-A), Réseau Bastille, Réseau coopératif de Gauche alternative, Union syndicale Solidaires.
03.08.2026 à 18:21
aplutsoc
Simon Pirani, coordinateur de « Voices Against Putin’s War : Protesters’ Defiant Speeches in Russian Courts, » (Resistance Books, 2025) et auteur du blog People and Nature, intervient ici dans le cadre d’une discussion organisée par le Parti vert britannique sur la question de l’OTAN. Refusant aussi bien le « campisme » – qui assimile la résistance ukrainienne à une guerre par procuration de l’Occident – que le militarisme impérialiste occidentale, Pirani défend une position internationaliste qui conjugue soutien à la résistance ukrainienne et opposition au réarmement général et au génocide en cours à Gaza. Il revient sur les mythes campistes concernant les négociations d’Istanbul et l’argument nucléaire, et esquisse quatre axes d’action concrets pour la gauche. [AN]
Intervention présentée lors d’une discussion organisée par les Verts britanniques le 23 juin 2026 sur le thème « Le Parti vert et l’OTAN ». Simon Pirani participait à un panel aux côtés de Paul Ingram, chercheur affilié au Centre pour l’étude des risques existentiels de l’Université de Cambridge, de l’écrivain socialiste Gilbert Achcar, professeur émérite à la School of Oriental and African Studies de l’Université de Londres, et de Linda Walker du groupe de travail sur la paix, la sécurité et la défense du Parti vert.
Merci de m’avoir invité à prendre la parole. Je dirai quelques mots sur l’OTAN, la Russie et l’Ukraine, sujets sur lesquels j’ai effectué des recherches et pour lesquels j’ai écrit. Permettez-moi d’abord de poser deux points généraux qui encadreront mon propos.
Premièrement, avant de définir des revendications politiques au sens étroit – c’est-à-dire des demandes adressées à l’État – il nous faut parler des intérêts de la société dans son ensemble, de l’humanité, tels qu’ils s’expriment à travers le mouvement ouvrier et les mouvements sociaux et la société civile au sens large.
C’est le cœur de ma conception du socialisme. Cela nous aide à éviter de tomber dans le piège de définir nos objectifs avant tout en termes de politiques susceptibles d’être adoptées à court terme par le Parlement britannique.
Deuxièmement, lorsqu’on traite d’une question de politique étrangère aussi spécifique que l’appartenance à l’OTAN, il faut considérer l’ensemble des rapports entre le capital et la société qui constituent le contexte de l’OTAN et des autres alliances militaires.
Pour illustrer ce que j’entends par là. Examinons le grand crime de guerre du XXIe siècle : le génocide israélien à Gaza, et les guerres expansionnistes illégales d’Israël au Liban et en Cisjordanie.
On pourrait arguer que l’OTAN n’y est guère formellement impliquée. Ce serait absurde. Israël est reconnu et défini dans le droit américain comme un allié majeur de l’OTAN. L’Arabie saoudite et les autres États du Golfe entretiennent eux aussi d’innombrables liens avec les puissances de l’OTAN.
Les principales puissances de l’OTAN, dont le Royaume-Uni, ont activement facilité ce génocide.
Ces dernières semaines, alors que le Royaume-Uni piétinait le droit à la liberté d’expression en traitant les actions directes contre Israël comme du terrorisme, un autre pays de l’OTAN, la Suède, accueillait un salon d’armement d’Elbit Systems pour commercialiser ses technologies auprès des puissances de l’OTAN.
Tout cela suffit à nous faire souhaiter le démantèlement de l’OTAN – tout comme nous souhaitons la suppression du programme européen de réarmement, le désarmement nucléaire, et la redéfinition de la notion même de « sécurité » comme préoccupation humaine et non étatique.
Dans ce cadre, que penser de la Russie et de l’Ukraine ? L’Ukraine est soumise depuis 2014 à une invasion et une occupation, et depuis 2022 à une guerre totale menée par la Russie, qui n’est pas seulement une puissance extérieure à l’OTAN mais, dans le discours géopolitique, l’un de ses principaux ennemis.
Face à cela, les forces politiques « de gauche » en Europe, y compris au Royaume-Uni, ont adopté deux positions très distinctes.
La première est de reconnaître et de soutenir la résistance ukrainienne, comme les socialistes ont toujours reconnu le droit des peuples – des Fenians irlandais à nos jours – à résister au colonialisme.
Pour illustrer ce point : lors des grandes manifestations londoniennes pour Gaza, un groupe d’entre nous portait une banderole « De l’Ukraine à la Palestine, l’occupation est un crime ». La grande majorité des manifestants nous ont accueillis favorablement, mais pas les organisateurs de ces cortèges – la coalition Stop the War – qui ont évité de reconnaître le caractère justifié de la résistance ukrainienne et de dénoncer l’occupation des régions orientales de l’Ukraine par des régimes fantoches soutenus par la Russie depuis 2014.
Cette position, que l’on appelle le « campisme », repose sur la conviction que le camp géopolitique anti-américaniste de la Russie, de la Chine et de l’Iran serait d’une façon ou d’une autre moins dangereux que les États-Unis et leurs alliés. Les personnes plus âgées ici présentes y reconnaîtront une forte empreinte post-stalinienne [1].
La question politique concrète sur laquelle cette divergence est déterminante est celle des livraisons d’armes à l’Ukraine. Les « campistes » s’y opposent spécifiquement, se retrouvant ainsi du même côté que les partis d’extrême droite européens soutenus par Poutine.
Ma position est que nous ne pouvons pas nous opposer à ces livraisons, même si elles proviennent de puissances de l’OTAN qui arment simultanément Israël. Je rejoins les socialistes ukrainiens qui ont salué les appels des partis de gauche scandinaves à interdire les exportations d’armes vers tous les pays – sauf l’Ukraine [2].
Deux mythes campistes à déconstruire
Je voudrais mentionner deux mythes campistes invoqués pour justifier le refus de soutenir la résistance ukrainienne.
Le premier est que l’Ukraine mènerait une « guerre par procuration » pour l’OTAN, et que l’OTAN aurait en quelque sorte poussé la Russie à envahir l’Ukraine.
En réalité, l’élargissement de l’OTAN vers l’Europe de l’Est depuis les années 1990 visait d’abord à tenter de contrôler, puis à contenir la Russie – pas à la détruire. Rappelons que les puissances de l’OTAN ont pleinement soutenu le bain de sang russe en Tchétchénie au début des années 2000, et ont même envisagé que la Russie rejoigne l’OTAN elle-même.
Ensuite, l’élargissement de l’OTAN ne peut pas être compris comme le seul facteur, ni même le principal, dans l’évolution des relations entre la Russie et les puissances européennes. Il faut le mettre en regard avec l’intégration du capital russe dans le système mondial, la résurgence dans les années 2000 du capital russe d’une part, et l’émergence de puissants mouvements sociaux en Ukraine, en Russie et dans l’ensemble de l’ex-Union soviétique d’autre part – puis, sous Poutine, le revanchisme impérialiste russe.
Ce revanchisme est redouté non seulement en Ukraine, mais dans d’autres pays d’Europe de l’Est, les États baltes en particulier, et c’est la raison du soutien massif à l’appartenance à l’OTAN dans ces pays.
Au Mexique, les gens craignent un agresseur impérialiste. En Estonie, c’en est un autre.
C’est une raison de conjuguer l’opposition à l’OTAN avec des discussions concrètes sur les moyens dont disposent les populations de ces pays pour se protéger de l’agression impérialiste russe.
L’autre mythe, courant en 2022, était qu’il faudrait s’opposer à l’aide militaire à l’Ukraine parce que la Russie pourrait utiliser une arme nucléaire. Ce raisonnement minimisait :
a) Toute analyse de l’effet paralysant et terrorisant des armes nucléaires sur la société civile – un effet qui s’est prolongé bien au-delà de la guerre froide.
b) Les destructions réelles causées par les armes conventionnelles, comme la destruction du barrage de Kakhovka ou les actes provocateurs de la Russie à la centrale nucléaire de Zaporijjia [3].
c) Le contre-factuel : la situation dans laquelle se trouverait aujourd’hui l’Europe de l’Est si aucune aide militaire n’avait été fournie à l’Ukraine [4].
Quatre axes d’action pour la gauche
Pour conclure, je voudrais donner mon avis sur quelques questions politiques immédiates.
Premièrement, nous pouvons – et devons – nous opposer au programme massif de réarmement général.
Deuxièmement, nous pouvons soutenir les livraisons d’armes à l’Ukraine, non seulement par les États, mais aussi par le vaste effort de la société civile – notamment celui des Ukrainien·nes vivant en Europe occidentale et au Royaume-Uni.
Troisièmement, nous pouvons engager un dialogue avec le mouvement ouvrier et la société civile dans les pays d’Europe de l’Est où la crainte d’une invasion et d’une ingérence russes est très réelle – par exemple dans les États baltes.
Quatrièmement, nous devons réfléchir à notre réaction aux manœuvres de déstabilisation menées par la Russie en Europe occidentale, principalement par le biais du soutien à l’extrême droite. Nos réponses à ces manœuvres doivent s’inscrire dans notre effort de renforcement du mouvement ouvrier et des mouvements sociaux pour battre l’extrême droite – plutôt que de nous reposer uniquement ou principalement sur les réponses de l’État.
Notes sur deux points soulevés lors de la discussion
Le mythe des négociations d’Istanbul
Je fus surpris d’entendre à nouveau affirmer qu’en avril 2022 les pourparlers de paix d’Istanbul avaient échoué parce que Boris Johnson avait persuadé Volodymyr Zelensky de rejeter l’accord proposé. Je pensais que cette fable, un temps répandue dans certains cercles « de gauche », avait depuis été abandonnée. Avec quatre années de recul, il devrait être évident pour davantage de personnes que c’est un ensemble complexe de problèmes qui a torpillé les pourparlers de paix – au premier chef la question de quelles « garanties de sécurité » pouvaient être offertes à l’Ukraine, et par qui.
Rappelons la situation dans laquelle se trouvait le gouvernement ukrainien. Son pays venait d’être soumis à la plus grande invasion terrestre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Des informations leur parvenaient sur les crimes de guerre de l’armée russe à Boutcha et ailleurs. On leur demandait de consentir à céder des pans du territoire ukrainien en échange de « garanties de sécurité » trop vagues.
L’Ukraine avait renoncé à son arsenal nucléaire en 1994, en échange de garanties de sécurité de la part de la Russie et des puissances occidentales sur le respect de son territoire souverain – des garanties violées dès 2014, lorsque la Russie a apporté son soutien militaire aux « républiques » proto-fascistes du Donbas, tandis que la réaction des puissances occidentales restait limitée.
Boris Johnson est-il allé faire la leçon à Zelensky dans un sens agressif et anti-russe ? Probablement. Zelensky et ses collaborateurs étaient-ils assez imprudents pour prendre Johnson au mot, voire agir sur ses conseils ? Rien ne le donne à penser, comme l’ont fait remarquer à l’époque Taras Fedirko et Volodymyr Artiukh [5] [6]. La caricature de l’épisode d’avril 2022 a principalement servi les « gauchistes » occidentaux qui ne voulaient pas interroger la nature réelle des agissements de la Russie et du revanchisme impérialiste qui les sous-tend.
Répression en Ukraine et en Russie : une comparaison impossible
La question des atteintes aux droits humains et de la répression politique en Ukraine a été soulevée, et j’ai répondu qu’elles ne sont comparables ni dans leur ampleur ni dans leur nature à celles qui sévissent en Russie. Mon souci n’est pas de les minimiser, mais de contrer le minable récit « gauchiste » qui les invoque pour « prouver » que la guerre est menée par deux parties également responsables et également malveillantes, dont aucune ne mérite le soutien – ni, spécifiquement, des armes [7].
Les atteintes aux droits humains en Ukraine sont bien documentées, notamment par Zmina et le Groupe de protection des droits humains de Kharkiv [8]. Les mauvais traitements infligés aux civils accusés de « collaboration » avec les forces d’occupation russes, ainsi qu’aux prisonniers de guerre, sont répandus. Mais aucune comparaison sérieuse n’est possible entre ces faits et les océans de répression déversés au cours des quatre dernières années par le Kremlin dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie et en Russie même.
Il y a eu des dizaines de milliers de disparitions forcées de civils dans les territoires occupés et un enlèvement systématique d’enfants ; les organisations russes de défense des droits humains – toutes contraintes, à la différence de leurs homologues ukrainiennes, d’opérer hors du pays – estiment qu’il y a au moins trois mille prisonniers politiques ; et la terreur d’État contre toute forme d’activité politique a pratiquement éteint la liberté d’expression et la liberté de réunion.
De nombreux socialistes et libéraux russes qualifient cela d’une nouvelle forme de fascisme. Personne, au sein du Parti vert ou ailleurs, ne sera en mesure de décider que faire, sans une lecture claire de l’interaction entre guerre et dictature.
Simon Pirani
Simon Pirani est écrivain britannique, historien et chercheur en énergie, professeur honoraire à l’École des langues et cultures modernes de l’Université de Durham et ancien chercheur principal à l’Oxford Institute for Energy Studies (2007–2021). Il est l’auteur de Burning Up : A Global History of Fossil Fuel Consumption (Pluto Press, 2018) et tient le blog People and Nature.
Source : Simon Pirani, « In Mexico, people fear one imperialist aggressor. In Estonia, it’s a different one », People and Nature, 26 juin 2026. Disponible à :
https://peopleandnature.wordpress.com/2026/06/26/in-mexico-people-fear-one-imperialist-aggressor-in-estonia-its-a-different-one
Traduit pour ESSF par Adam Novak
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article79184
Notes
[1] Simon Pirani, « Socialisme européen, militarisme impérial et défense de l’Ukraine », Europe Solidaire Sans Frontières, mars 2026. Disponible à :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78318
[2] Sur la position de l’Alliance rouge-verte / Enhedslisten (Danemark) concernant les livraisons d’armes à l’Ukraine, voir : Bjarke Friborg (Enhedslisten), « Retour d’Ukraine », entretien conduit par Michel Lanson et Patrick Le Tréhondat, Réseau Bastille, 27 août 2025. Disponible à :
https://www.reseau-bastille.org/2025/08/27/retour-dukraine-interview-de-bjarke-friborg-de-lalliance-rouge-verte-danoise/.
Traduit en anglais pour ESSF :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article76041.
La position officielle de l’Alliance rouge-verte approuvée lors de son congrès est la suivante : soutien aux livraisons d’armes à l’Ukraine, interdiction des exportations d’armes européennes vers d’autres pays tels qu’Israël et la Chine.
[3] Le barrage de Kakhovka, sur le Dniepr, a été détruit le 6 juin 2023, inondant des centaines de milliers d’hectares et forçant des dizaines de milliers de personnes à fuir leurs habitations. Cet acte de guerre a également compromis l’approvisionnement en eau de la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe. La centrale, occupée par les troupes russes depuis mars 2022, a fait l’objet de tirs répétés et de coupures d’alimentation électrique, suscitant des alertes répétées de l’Agence internationale de
l’énergie atomique (AIEA).
[4] Pour l’analyse de Pirani sur l’argument nucléaire dans le contexte de la guerre de Russie contre l’Ukraine, voir : Simon Pirani, « Ukraine : the sources of danger of a wider war », People and Nature, 21 mars 2022. Disponible à :
https://peopleandnature.wordpress.com/2022/03/21/ukraine-the-sources-of-danger-of-a-wider-war/
[5] Taras Fedirko et Volodymyr Artiukh, « No, the West Didn’t Halt Ukraine’s Peace Talks with Russia », Novara Media, 17 octobre 2022. Disponible à :
https://novaramedia.com/2022/10/17/no-the-west-didnt-halt-ukraines-peace-talks-with-russia/
[6] Taras Bilous et Roman Talaver, « Épuisement ukrainien, négociations et la menace d’une mauvaise paix », Europe Solidaire Sans Frontières, février 2026. Disponible à :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78148
[7] Simon Pirani, « La guerre de la Russie : cessez de délégitimer la résistance », Europe Solidaire Sans Frontières, mars 2026. Disponible à :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78328
[8] Zmina est un centre ukrainien de défense des droits humains fondé en 2014 et dont le siège est à Kyiv. Il documente les violations des droits fondamentaux et soutient les victimes. Sur le travail de documentation de Zmina, voir : Adam Novak, « Sur deux fronts : comment la Russie et l’État ukrainien ont exercé des pressions sur la société civile en 2025 », Europe Solidaire Sans Frontières, Juin 2026. Disponible à :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78995 .
Le Groupe de protection des droits humains de Kharkiv (Харківська правозахисна група) a été fondé en 1998 et est l’une des plus importantes organisations ukrainiennes de défense des droits humains.
03.08.2026 à 17:45
aplutsoc
Marche ou grève. À l’initiative de l’association Bio Consom’acteurs, près de 1000 personnes ont signé une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, pour exiger un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. Elles et ils appellent à une mobilisation nationale le 26 septembre.
Monsieur le président de la République,
Le 31 décembre 2022, vous demandiez dans vos vœux : « Qui aurait pu prédire la crise climatique aux effets spectaculaires ? » La Gironde avait brûlé quatre mois plus tôt. Elle vient de brûler encore, plus fort qu’à aucun moment depuis cinquante ans, et la fumée est montée jusqu’aux villages du Cher.
Qui aurait pu prédire que 5 764 personnes mourraient de la canicule en quinze jours, sans que rien ne s’arrête ?
Qui aurait pu prédire que celles et ceux qui mourraient d’abord seraient les habitantes et les habitants des quartiers populaires, les familles précaires dans des logements sans isolation, les personnes âgées ou en situation de handicap restées seules, celles et ceux qui travaillent dehors et celles et ceux qui dorment dans la rue ?
Qui aurait pu prédire que les paysannes et les paysans perdraient entre 15% et un tiers de leurs récoltes selon les productions ?
Qui aurait pu prédire que des millions d’animaux d’élevage mourraient de chaud en quelques jours, les poules d’abord, entassées sous des toits de tôle, et qu’il faudrait rouvrir les fosses d’enfouissement de 2003 ?
Qui aurait pu prédire que d’innombrables mammifères, oiseaux et insectes brûleraient vifs dans les incendies, sans qu’aucun décompte ne soit seulement tenté ?
Qui aurait pu prédire que les coupes dans les services publics laisseraient les enfants dans des écoles surchauffées, les pompiers sans moyens et les hôpitaux à découvert au moment précis où nous en avions le plus besoin ?
Qui aurait pu prédire que TotalEnergies encaisserait 5,4 milliards de dollars en un seul trimestre, 102% de plus qu’il y a un an, sur la flambée du baril provoquée par les guerres pour l’accès aux ressources énergétiques et minières ?
Personne ne pouvait l’ignorer, parce que tout était écrit :
Les compagnies pétrolières, elles, savaient dès 1971. Elles ont préféré payer pour qu’on en doute. Le Giec avait prédit, depuis 1990. À de nombreuses reprises, par voie de presse, de pétition et même de manifestations, des milliers de scientifiques du monde entier ont tenté d’alerter les dirigeant·es politiques. Ils et elles ont été ignoré·es.
Depuis que vous avez été élu, nous nous sommes mobilisé·es par centaines de milliers dans les grèves, marches et pétitions pour le climat. Nous nous sommes mobilisé·es sur les ronds-points, quand la question du prix du carburant a rendu évident que la fin du mois et la fin du monde sont le même combat et que la nécessaire bifurcation écologique ne peut se faire au détriment des travailleurs et travailleuses pauvres de notre pays.
Nous nous sommes mobilisé·es aux côtés des exilé·es et déplacé·es notamment à cause des dérèglements climatiques, des guerres économiques et militaires menées dans leur pays d’origine.
Nous nous sommes mobilisé·es contre les mégabassines, pour que l’eau reste un commun et non le privilège de quelques exploitations.
Nous nous sommes mobilisé·es à deux millions de signatures contre le retour d’un insecticide interdit, parce que les sols, les rivières et celles et ceux qui les travaillent ne sont pas une variable d’ajustement.
Vous ne nous avez pas écouté·es. Vous nous avez traité·es d’exagéré·es, puis de radicaux, puis d’écoterroristes. Pendant ce temps, vous avez ramené le Fonds vert de 2,5 milliards d’euros à 837 millions, quand il permet aux communes de se protéger. Vous avez ajouté 6,7 milliards au seul budget des armées en une année. Et toute notre sécurité civile tient sous le milliard, avec douze avions bombardiers d’eau.
Nous ne venons pas vous demander de nous plaindre. Nous venons vous demander des comptes. Nous exigeons un plan d’urgence, parce que l’été prochain sera plus chaud que celui-ci. Des lieux frais accessibles dans chaque bassin de vie, en commençant par les quartiers populaires et les communes rurales.
Des écoles, des crèches, des hôpitaux et des Ehpad où l’on ne meurt pas de chaud. La protection des travailleuses et des travailleurs de la chaleur inscrite dans la loi. Un toit pour chacune et chacun, parce qu’on ne s’adapte pas au climat quand on dort dehors. Des moyens humains et matériels réels pour les secours. Un fonds pour les paysannes et paysans sinistré·es, et le sauvetage de la faune inscrit dans les plans de catastrophe.
Nous exigeons un plan d’adaptation, parce qu’aucune commune ne doit rester seule devant le feu et la soif. Le Fonds vert rétabli et l’ingénierie publique rendue aux territoires. La rénovation des logements engagée des passoires thermiques et du parc social, pour que l’isolation cesse d’être un privilège. Des forêts renouvelées, des sols restaurés, des haies replantées, des rivières et des nappes traitées comme des communs et non comme des stocks à privatiser.
Nous exigeons un plan d’atténuation, parce qu’on ne s’adapte pas indéfiniment à une catastrophe qu’on continue d’alimenter. La fin de toutes les subventions aux énergies fossiles. L’interdiction pour toute entreprise française d’ouvrir de nouveaux projets fossiles, ici comme ailleurs. Des transports publics accessibles partout avant toute taxe qui pèserait sur les plus modestes. Une sortie du fossile qui soit aussi une sortie des guerres qu’il finance.
Pour payer ces trois plans, nous exigeons que contribuent celles et ceux qui ont fabriqué la catastrophe et qui en tirent profit. Les superprofits des énergies fossiles, taxés dès la loi de finances 2027. Les superprofits de l’armement, dont les carnets de commandes n’ont jamais été aussi pleins. Un impôt climatique sur les patrimoines des plus riches, qui rapporterait entre quinze et vingt-cinq milliards d’euros par an. Trois Françaises et Français sur quatre veulent déjà que les entreprises fossiles paient davantage. Nous ne demandons rien d’autre que ce que ce pays réclame.
Le samedi 26 septembre 2026, partout en France, dans les métropoles et dans les bourgs de mille habitant·es, dans les centres-villes et dans les quartiers, nous serons dans la rue.
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Parmi les 1000 premiers signataires :