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Tristan NITOT
sur la technologie, l'Internet et les libertés numériques

Standblog


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10.09.2026 à 12:43

Les vacances furent bonnes ?

Tristan Nitot

Vallée du Lot, juillet 2026 : la rivière et un espace où l'herbe est brulée

Les vacances furent bonnes ?

C’est la question que tout le monde pose à tout le monde. C’est normal, c’est la rentrée. Sauf que j’ai passé des vacances de merde. Et je me retrouve donc face à une alternative : soit je mens et je dis “très bien, et toi ?” et on passe à autre chose, soit je dis la vérité et j’étale ma colère.

Manque de bol pour les gens dont je suis proche, avec lesquels j’ai une relation franche, j’ai tendance, avec eux, à opter pour la 2e solution. Mais pourquoi ai-je passé des vacances pourries ?

C’est simple, la première vague de chaleur, avant même l’été, m’a mis en rogne. Ce qu’il faut savoir, c’est que d’une part je ne supporte pas la chaleur et d’autre part mon appartement monte rapidement en température. Je n’habite pas sous les toits (spéciale dédicace à Yann Barthès qui aurait mieux fait de se taire), mais c’est tout comme. Franchement, une vague de chaleur si tôt dans l’année, ça augurait mal. Et ça s’est confirmé : les vagues de chaleur, les canicules, se sont accumulées. La sécheresse s’est installée, et c’était visible au quotidien. On battait des records de température, des records de durée presque quotidiennement. Par dessus ça, les multiples feux de forêts nous ont tenu en haleine. Ça n’est pas juste qu’il faisait beaucoup trop chaud, mais des villages, des maisons, des campings étaient menacés et disparaissaient.

Là dessus, j’ai du annuler mon voyage à vélo prévu en Bretagne. On avait pourtant choisi la Bretagne précisément pour éviter la chaleur. C’était loupé. Alors on a décidé de faire plus court, avec moins de kilomètres et en Normandie à la place. Encore loupé. Nous avons eu le droit à la canicule et fait de ce fait beaucoup moins de kilomètres que prévu. Il y a eu des fois où, avec 35°C et un vélo chargé de bagages et un soleil de plomb, je ne pouvais juste pas pédaler (cardio dans le rouge), et donc obligé de pousser le vélo pendant plusieurs kilomètres. Pas exactement des vacances de rêve.

En fait, c’était pénible, mais c’était amplifié par deux choses. La première, c’est la solastalgie, la souffrance de voir s’abimer des endroits que j’aime, et donc de devoir en faire le deuil.

La deuxième chose qui s’est combinée et a amplifié la douleur, c’est que ça fait des années que j’aborde ces sujets, que j’ai fait évoluer ma carrière dans ce sens. Il y a quelques années, juste après le COVID, j’ai cru que les gens allaient enfin s’intéresser au sujet du changement climatique et des limites planétaires. En 2026, il est devenu clair que ça n’avait été qu’une mode, forcément passagère, et qu’on était revenu comme avant à prôner la croissance infinie dans notre monde fini, il faut dire que l’IA, c’est beaucoup plus excitant que l’écologie. Bref, j’ai aussi du faire le deuil de ma capacité à pousser l’écologie dans mon métier et dans les entreprises. Et franchement, le deuil, c’est super pénible.

Voilà pourquoi j’ai passé des vacances de merde. Alors, si vous me posez la question, sachez que je pourrais bien vous raconter tout ça. Ou vous envoyer lire cet article sur le Standblog ?

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31.08.2026 à 17:30

L'économie de la solitude

Tristan Nitot

Lecture super intéressante de cette interview de Paul Klotz, essayiste : « La solitude est devenue une ressource délibérément recherchée et exploitée par les acteurs du numérique ».

En substance, pour maximiser leurs revenus, basés sur la publicité ciblée, les réseaux sociaux (mais pas que, les Youtube et Tiktok & co aussi) ont compris qu’il fallait que les gens restent scotchés à leurs écrans le plus possible, pour consommer le plus de pub possible. C’est ce qu’on a appelé l’économie de l’attention. Comme cela fonctionne sur la captation de données personnelles (plus on capte de données personnelles, plus on sait ce qui vous intéresse et plus vous cliquez sur les pubs), on a aussi appelé cela le capitalisme de surveillance. Des astuces pour vous garder captif, comme le scroll infini ont été développées. Au final, cela crée une addiction, et c’est bon pour les affaires (mais pas pour les gens). Et plus on subit cette addiction, plus on est dans la solitude. Miracle du capitalisme, on peut faire plus de business avec les gens souffrant de solitude (qui empire à cause des réseaux sociaux) : on leur vend plus de choses en ligne pour alléger leur misère, et maintenant, avec l’IA, on peut aussi leur vendre des compagnons virtuels (des genres d’amis imaginaires, mais à base d’IA). Mais Paul Klotz l’explique mieux que moi (j’ai ajouté le gras) :

Extraits :

Je définis le « capitalisme de la solitude » comme un système économique dans lequel la solitude est passée du statut de phénomène non intentionnel à celui de ressource délibérément recherchée et exploitée. Il est principalement le fait des acteurs du numérique dont les services produisent de la solitude, l’entretiennent et en tirent profit, notamment avec les réseaux sociaux ou les « compagnons IA ». Ce système n’est pas le fruit du hasard ou des circonstances : même s’il est formellement impossible d’établir une intentionnalité, plusieurs indices convergents démontrent qu’il y a un intérêt économique à la création et à l’alimentation de l’isolement. Le modèle économique des plateformes, on le sait, repose sur le temps d’usage de l’utilisateur. Plus il passe de temps à surfer et à scroller sur un réseau, plus il livre de données personnelles qui seront revendues à des annonceurs voulant acheter son attention. Or, pour maximiser ce temps d’usage, il faut mettre en place des mécanismes addictifs qui éloignent l’utilisateur de ses sociabilités réelles. Ainsi, le premier maillon du système produit de l’isolement, puisque l’utilisateur est littéralement captivé : à mesure qu’il scrolle, ses compétences relationnelles s’atrophient, et le coût de sortie de la plateforme devient de plus en plus élevé. Ensuite, une personne seule a davantage de valeur sur le « marché de l’attention », et cela pour deux raisons : elle produit un volume de préférences plus dense, donc davantage d’annonceurs se la disputent, et son isolement prédit également une consommation matérielle future plus grande. L’utilisateur seul est donc celui qui génère le plus de revenus pour la plateforme. Enfin, troisième canal : la tech vend des services payants contre la solitude, promettant aux utilisateurs de sortir de l’isolement qu’elle a elle-même créé. C’est le rôle des applications de rencontre, des sites pour se faire des amis, ou plus récemment des compagnons IA, ces agents conversationnels spécifiquement conçus pour créer et entretenir des relations affectives. Le fonctionnement de ces « compagnons », dont le modèle économique repose sur l’aspiration d’un maximum de données de l’utilisateur, est élaboré pour créer un véritable verrou émotionnel dont il est difficile de sortir. L’impact est considérable : aux Etats-Unis, 20 % des adolescents disent préférer passer du temps avec une intelligence artificielle (IA) plutôt qu’avec un camarade. En France, selon le Baromètre du numérique − cité dans une note du Crédoc de juin intitulée « L’IA émotionnelle, un ami qui vous veut du bien ? » −, 23 % des moins de 40 ans disent recourir à une IA comme « soutien psychologique », « ami », ou « amoureux ».

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31.08.2026 à 16:56

En vrac de juillet aout 2026

Tristan Nitot

Complètement en vrac

À propos d’un autre numérique

À propos de vélo

À propos de l’IA

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À propos de Vélorutopia

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29.06.2026 à 11:24

En vrac de juin 2026

Tristan Nitot

Des nouvelles de l’IA

Faire de la meilleure informatique

En vrac

Des nouvelles de mon égo

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31.05.2026 à 20:22

En vrac de Mai 2026

Tristan Nitot

En Vrac

  • Je découvre avec plaisir la notion de Hopepunk, “un sous-genre des littératures de l’imaginaire, qui est conçu comme l’opposé des dystopies des sous-genres grimdarket cyberpunk. Les œuvres de ce sous-genre traitent de personnages qui luttent pour un changement positif, en coopérant avec une solidarité et une bienveillance radicales pour apporter des solutions communautaires aux problèmes.” Ma nouvelle Vélorutopia pourrait-elle être qualifiée de Hopepunk ? Pourquoi pas !
  • Les médias sociaux n’en sont plus, ou comment nous sommes passés d’un numérique qui pouvait maintenir du lien (en échangeant sur les médias sociaux avec nos proches) en endroits où on consomme du contenu créé par des influenceurs et des célébrités. Je me permets de citer les mots éternels du grand Georges Abitebol : “Monde de merde”. (vidéo).
  • Sous la pression des algorithmes : quand contrôler les pauvres les conduit à renoncer à leurs droits. Il explique, à propos des allocations familiales : “Les familles monoparentales représentent ainsi 36% des contrôles à domicile, alors qu’elles ne constituent que 16% des foyers allocataires. La logique est circulaire : la précarité engendre l’instabilité des déclarations, l’instabilité engendre les erreurs, les erreurs engendrent les contrôles, les contrôles engendrent les sanctions. Et la boucle se referme sur celles et ceux qude la CNAF est censée protéger. (…) Conséquence : une partie des personnes concernées préfèrent désormais renoncer à leurs droits plutôt qu’à les faire valoir.” Lien trouvé via Hubert Guillaud qui le mentionne : Fraude sociale : l’industrialisation de la chasse aux pauvres continue.
  • J’apprends avec tristesse le décès de Pierre Ficheux, pilier du libre francophone et de l’embarqué…
  • Article passionnant mais malheureusement réservé aux abonnés du Monde : À Caen, la montée des eaux oblige à inventer un quartier démontable dans cinquante ans.
  • Rapport de l’association Parlons Climat qui est fascinant. Leur objectif : étudier “Quelles propositions font gagner ou perdre des voix lorsqu’un électeur choisit entre deux candidats ?”. Information clé : > Le climatoscepticisme assumé fait perdre des voix dans tous les électorats. Sur les enjeux de transition proposer de supprimer les mesures existantes car le changement climatique n’est pas de notre fait recueille 44,4% des choix au global, 40,0% au NFP, 41,5% au centre, 46,7% chez les LR et 47,3% au RN. Dans le même temps, Accélérer au-delà des mesures existantes est gagnant dans toutes les familles politiques, RN compris (51,0%).”

À propos de l’IA

IA illimitée : le début de la fin

Résilience

Des nouvelles de mon égo

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28.05.2026 à 17:00

Des datacenters dans l'espace ? Non, toujours pas

Tristan Nitot

Question lancinante (avec l’introduction en bourse dans quelques jours de SpaceX) s’il en est, avec un nouveau papier : Will We Really Put Data Centers in Space? (va-t-on mettre des datacenters dans l’espace ?). Ledit papier dit en gros oui, on pourrat mettre à court terme (2030) des datacenters dans l’espace. Mais le nombre de conditions assorties est tout simplement vertigineux. En voici quelques unes :

  • Si SpaceX arrive à faire des lanceurs Starship qui fonctionnent comme promis. (Notons que Musk promet l’autopilot sur les Tesla depuis 10 ans sans délivrer, même aux clients qui ont acheté l’option de leur voiture qui est bientôt obsolète. Sept. 2013: Musk tells the Financial Times that “we should be able to do 90 per cent of miles driven within three years.”).
  • Si on arrive à faire des panneaux solaires d’une technologie encore dans les labos sur terre qui seraient 13 à 28 fois meilleurs que ceux de l’ISS (notons que pour l’instant, ce ne sont que des prototypes).
  • Si le coût d’envoyer les satellites, les panneaux solaires, les panneaux de refroidissement et tout le reste (équipement réseau & co) chute dramatiquement
  • Si on accepte le fait que le matériel tombe en panne et qu’il est impossible de le réparer, donc ça augmente les coûts.
  • Si on accepte que tout le datacenter soit jetable après une durée de vie de 5 ans (même approche que Starlink, dont les satellites sont jetables au bout de 3 à 5 ans). Donc mettre des panneaux solaires jetables, des GPU jetables etc. Et quand c’est fini, on le jette où ? Dans l’atmosphère terrestre. Et c’est catastrophique. Ou bien le satellite reste en place et devient une menace pour les autres.

    Il y a quantité de problèmes non mentionnés :

  • le coût environnemental et carbone des très nombreux lancements ;

  • La latence des communications réseau ;
  • L’encombrement de l’orbite, qui va mener à une multiplication des accidents ;
  • Les radiations auxquelles sont exposé le matériel, avec les pannes que cela génère. Ah mais j’oubliais que tout cela était jetable !

Bref, 5 mois plus tard, même si Elon Musk parie que cela va être la plus grosse introduction en bourse, d’après moi c’est toujours non : Mettre un datacenter dans l’espace n’a pas de sens. Par contre on pourrait y envoyer les plus gros baratineurs. Ça, ce serait possible.

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