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14.06.2026 à 10:42

Rutger Bregman, l'anti-milliardaires devenu homme-sandwich pour Anthropic

Thomas Beaufils

Au menu d'Absurditech aujourd'hui : comment un célèbre conférencier anti-milliardaires est devenu magiquement pro-IA (et plus vraiment anti-milliardaires).
Texte intégral (3833 mots)
Rutger Bregman, l'anti-milliardaires devenu homme-sandwich pour Anthropic

Comme nombre d'entre vous, je pense, j'ai déjà vu passer de courts extraits vidéos des interventions de ce garçon : Rutger Bregman.

Néerlandais de son état, historien, conférencier et auteur, il a publié quatre livres touchant à des sujets aussi vastes et divers que l'histoire, la philosophie, l'économie...

Un "toutologue" en puissance, donc. Ce qui constitue sans doute un premier point d'attention.

Rutger Bregman, l'anti-milliardaires devenu homme-sandwich pour Anthropic
Capture d'écran de la célèbre prise de parole de Bregman au Forum de Davos en 2019 (Now This).

Bregman est également un excellent orateur, habitué des estrades conférencières du monde entier, dans des raouts prestigieux tel que le fameux sommet de Davos, lieu de ce qui fut son intervention la plus célèbre. Il faut dire qu'elle était à propos, forte en gueule, et infligée tout sourire.

Le sommet de Davos ? Le grand rassemblement annuel, en Suisse, du "Forum Économique Mondial" dont la devise est "d'améliorer l'état du monde" (pendant que son PDG est englué dans l'affaire Epstein).

Davos. Voilà qui constitue un second point d'attention, on y reviendra.


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Merci et bonne lecture !


Dans ses prises de parole les plus connues, Bregman se focalisait jusqu'à récemment sur les ultra-riches. Il aimait particulièrement brocarder leur propension à ne pas payer d'impôts, leur préférant cette arnaque typique du capitalisme qu'est la philanthropie. En deux mots : plutôt que de participer à l'effort collectif, placer l'argent dans les causes et organismes qui nous semblent plus pertinentes que d'autres, sans approche démocratique, le tout en défiscalisant un max au passage, bien sûr.

Des accusations fort pertinentes qui lui ont valu, il y a quelques semaines encore, de discuter avec notre Gabriel Zucman national, par exemple.

Disons que jusqu'ici, si je ne connaissais pas très bien le bougre, il me semblait être un personnage médiatique intéressant, allant sur des plateaux loin d'être acquis à la cause pour balancer de belles vérités fiscales.

Mais les choses ont changé ces derniers mois.

Précisons d'abord que, d'un point de vue économique plus large, Rutger Bregman est un grand défenseur de la notion de revenu universel (c'est même principalement pour ce point qu'il est connu aux Pays-Bas) et estime que l'avenir nous réserve des semaines de travail de 15 heures.

Et c'est là que celleux qui se frottent un peu au discours pro-développement à tout crin de l'intelligence artificielle commencent peut-être à relier les points.

Car Bregman a un nouveau cheval de bataille : convaincre les gauchistes (dont il se réclame) qu'ils et elles ont tort de s'opposer à l'essor de l'IA, notamment générative.

Mais pas à l'essor de ChatGPT, par contre, outil qu'il faut quitter à tout prix ! Vous ne trouvez pas ça clair ? Moi non plus.

Car j'ai déjà cité Bregman récemment dans cette infolettre. J'y parlais de son soutien très vocal à l'initiative "QuitGPT", lui préférant en sous-texte un concurrent pseudo-mieux-disant : Anthropic, l'entreprise derrière le célèbre LLM Claude.

On l'a dit, Bregman est un excellent orateur. Et de fil en aiguille il est devenu une figure médiatique importante, en Europe et au delà. Il dispose aujourd'hui, sur ses réseaux sociaux, d'une plateforme non négligeable, touchant une communauté en propre de près de 640 000 abonné·es sur Instagram, par exemple. Ses extraits vidéos y dépassent régulièrement les 8 millions de vues et les 500 000 likes.

Il s'est récemment lancé sur Youtube pour diffuser des formats longs, avec un succès plus limité mais très respectable. Il vient également de lancer sa propre newsletter (sur Substack, une platforme de gauchistes, c'est connu).

Et c'est notamment l'un de ces premiers papiers (doublé d'une vidéo) qui est au coeur de notre analyse du jour.

Rutger Bregman, l'anti-milliardaires devenu homme-sandwich pour Anthropic
Un montage élégant, plein de jeux de mots de qualité (que je ne renierai peut-être pas, si l'analogie n'était pas aussi désastreuse) et un titre pas du tout pompier, de la part de Rutger... au moins, ce n'est pas de l'IA ?

Bregman y délivre une analogie pour le moins douteuse. Il estime en effet que si "il y a 20 ans, le climato-scepticisme était un problème de droite, aujourd'hui c'est l'IA-scepticisme qui constitue un problème, mais de gauche. Avec des conséquences potentiellement encore plus dramatiques."

Oh boy. Déplions ce gros paquet de bullshit.

Déjà, il faut le dire, son papier est blindé d'inexactitudes, voire de mensonges, suivant presque mot pour mot le narratif corporate d'Anthropic.

Ma première réaction fut la suivante :

"Bregman a pété un boulon, mais c'est toujours un peu pareil avec ce type de profils hyper médiatisés : ils n'existent à terme que dans ce rôle de figure médiatique, passant d'un cheval de bataille à l'autre sans rien maitriser du fond."

Il ne fait pas de doute, pour moi, que Bregman est en effet un de ces conférenciers professionnels sans colonne vertébral, qui a parfaitement sa place à Davos, où le grand monde se donne des petites tapes dans le dos entre deux bons mots.

Mais je me trompais néanmoins sur un point : les choses sont sans doute encore plus claires que cela, à la lecture d'autres sources.

Et s'il fallait lire et écouter les analyses de Bregman sous un nouveau prisme ? N'est-il pas ce qu'on appelle un "altruiste efficace" ?

Je parlais de la mouvance de "l'altruisme efficace" dès juin 2024 dans un papier sur les courants idéologiques (voire théologiques) traversant la tech et la Silicon Valley... jusqu'au Vatican ?

Voici ce que j'en disais alors :

"Cette idéologie consiste, si l'on cite Wikipédia, en "une démarche analytique afin d’identifier les meilleurs moyens d’avoir un impact positif sur le monde". Voilà qui sonne bien. Sauf que les altruistes efficaces du monde de la tech pensent que la meilleure façon de faire le bien, c'est de devenir très très riche. On est tout simplement face à une version poussée à son paroxysme de la philanthropie à la mode américaine. [...]
Parmi les grands défenseurs de l'altruisme efficace, il y a Dustin Moskovitz, l'un des fondateurs de Facebook. Mais l'exemple le plus criant est sans doute celui de Sam Bankman-Fried, fondateur de la plateforme d'échanges de cryptomonnaies FTX, mais aussi de la FTX Foundation, qui a financé de nombreuses organisations liées à l'altruisme efficace. Le problème : SBF, comme on l'appelle, est depuis derrière les verrous. Pourquoi ? Parce qu'à vouloir devenir riche très vite pour "servir le bien commun", il a détourné dans ses propres poches des milliards de dollars de son entreprise. [...]
C'est cette mouvance altruiste efficace qui demande d'intégrer au maximum l'éthique dans le développement de l'intelligence artificielle. Elle porte même l'idée d'une pause dans la recherche sur ces sujets, pour éviter qu'un développement trop rapide ne fasse courir des risques à l'humanité. Cela dit, elle croit aussi en l'avènement prochain d'une pseudo Intelligence Artificielle Générale, qu'elle appelle de ses vœux… mais une AIG développée non pas dans un but commercial mais dans un but "humaniste". Oui, l'altruisme efficace à un rapport très paradoxal à l'IA. L’un de ces arguments étant que, comme l’AGI arrivera quoi qu’il arrive, autant être là pour l’influencer dans la bonne direction. La "bonne" direction n’étant définie que par leur propre vision de la société : "humaniste", mais pas démocratique.
La différence principale que l'on peut noter entre l'altruisme efficace et l'accélérationnisme efficace, c'est la question du temps. Les accélérationnistes veulent agir dès maintenant et le plus vite possible ! Les altruistes, eux, sont plus "prudents". Ils veulent diminuer les impacts négatifs de l'IA et de la technologie aujourd'hui, pour garantir une pleine adoption de ses bénéfices dans le futur."


Bregman peut-il être considéré comme un altruiste efficace, alors même qu'il est un très vocal critique de la démarche philanthropique, et plus généralement de ces milliardaires fuyant l'impôt ?

On retrouve en tout cas dans ses dires, et cela avant ses prises de position pro-IA, les idées de revenus universels et de semaines de travail réduites. Des propositions qui, dans l'esprit altruiste efficace, visent à mieux faire accepter l'arrivée de l'IA dans toutes les composantes de nos vies. Car ce serait bien l'IA qui permettra ces progrès sociaux ! On attend les preuves, puisque pour le moment c'est l'exact inverse qui se produit.

Notons aussi qu'il y a 4 ans déjà, quand l'IA générative n'avait pas encore fait une entrée fracassante dans nos vies, Bregman intervenait en connaissance de cause auprès de cercles de fidèles de l'altruisme efficace.

Et que dans son dernier bouquin, il abandonne la critique des ultra riches, se fixant plutôt sur l'idée de demander à ces mêmes riches de faire "le bien". De l'altruisme efficace stricto-sensu. Et ce qui se rapproche tout de même beaucoup de... la philanthropie ?!


Mais le point clé, selon moi, porte un nom : Dustin Moskovitz.

Moskovitz, co-fondateur le moins connu de Facebook, est un grand défenseur et argentier de la mouvance altruiste efficace. Et il se trouve que ce Moskovitz est justement l'un des financiers des actions de Bregman, au travers de son fond Coefficient Giving !

Un fond qui a également financé OpenAI à hauteur de 30 millions de $, le "Centre pour l'altruisme efficace" à hauteur de 13 millions, ou bien le très controversé "Future of Humanity Institute" à hauteur de 12 millions.

"L'École pour l'ambition morale" de Bregman (un branding d'une humilité rare) est d'ailleurs également financée par la Fondation Gates. Une Fondation dont la devise est "Toutes les vies ont une valeur égale". Et dont le co-fondateur Bill Gates est englué dans l'affaire Epstein. À croire que, de Davos à Seattle, les devises, c'est du flan ? 🙃

On rappellera également le volteface de Bill Gates sur la question environnementale, ce qui ajoute une saveur particulière à l'analogie climatique de Bregman.

Un conférencier anti-milliardaires financé par des milliardaires ? Et bien pourquoi pas, écoutez 🙃 🙃

Rutger Bregman, l'anti-milliardaires devenu homme-sandwich pour Anthropic
Capture d'écran des dernières vidéos Youtube postées par Bregman. De l'anti-Chat GPT et du pro IA à la sauce Anthropic. Bregman est-il finalement devenu un homme sandwich pour Claude ? On se demande bien ce que Gabriel Zucman est venu faire là.

 

Voilà donc ce qu'est Bregman depuis le début : un altruiste efficace.

Il est en tout cas un homme convaincu (philosophiquement ou financièrement) que c'est la technologie et l'IA (enfin celle d'Anthropic) qui sauvera le monde des menaces.

Des menaces (climatiques, politiques, économiques, sociales) pourtant grandement renforcées par le développement de la technologie, et de l'IA.

C'est vrai ça, font chier ces gauchistes à critiquer l'IA pour sa gigantesque consommation d'électricité et d'eau, pour ses conséquences sur l'éducation ou notre accès à une information sûre, tout ça pour des retours sur investissements pour la société quasi-inexistants à ce stade, même du point de vue scientifique. La bulle de l'IA ? Une chimère d'après Bregman, comparaisons éclatées au sol à l'appui.

Toutes ces problématiques majeures, il les écarte désormais de la main en quelques phrases franchement peu convaincantes, loin de sa verve habituelle. Le partage des richesses ? C'était pour la façade, visiblement, car peu importe qu'il y ait des riches s'ils agissent pour le bien commun, même depuis Davos, même depuis leurs jets privés qu'il aimait pourtant tant moquer !

L'IA magique est développée grâce à des pauvres dans des pays où Bregman ne fait étonnamment jamais de conférences ? Bah, on n'a pas dit que les semaines de 15 heures, c'était pour tout le monde 😉 

Ma proposition est donc la suivante : il faut voir Bregman pour ce qu'il est. C'est à dire, soit un idiot utile au service d'Anthropic, soit un mesquin conférencier prêt à toutes les prises de position edgy pour se garantir des conférences grassement payées jusqu'à la fin de ses jours.

 

Une chose est sûre : Anthropic continue à faire un boulot de communication assez impressionnant, parvenant à se faire passer pour les "bon élève de l'IA" auprès de pseudo-gauchistes médiatiques comme Bregman, d'auteurs en déshérence créative comme Damasio, ou même auprès du Pape (on l'évoquait il y a peu).

Pourtant, il me semble utile de rappeler une dernière fois les bases : le mieux est souvent l'ennemi du bien, et j'ai désormais beaucoup plus peur des dérives "camouflées" d'un Anthropic en pleine bourre, que de celles d'un OpenAI affaibli.

Et cela même si Anthropic appelle de ses voeux un "moratoire mondial concerté sur le développement de l'IA" ; ce qui doit nous rappeler les arguments altruistes efficaces classiques, et d'innombrables discours bullshit sur le sujet.

Et ce que j'appellerais surtout, pour ma part, une nouvelle pirouette de comm' pour préparer l'introduction en bourse de l'entreprise ; qui devra de toute façon être massive pour financer ses investissements délirants.

La thune, toujours la thune, pour Bregman comme pour Anthropic.


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Télex d'actu:

Puisque nous parlions de gens sans colonne vertébrale éthique, évoquons à nouveau le cas Julie Martinez : l'ancienne de l'entreprise techno-fasciste Palantir est une des têtes pensantes du nouveau "think tank" du Parti Socialiste. Mais à quoi joue le PS ? ✂️ Vous allez beaucoup entendre parler de l'introduction en bourse de Space X ces prochains jours, je vous conseille alors cet article pour mettre les mots sur ce que représente cette opération. ✂️ Au passage, le rôle de Musk dans les émeutes de Belfast ne fait aucun doute. Rassurez-moi, vous avez bien quitté TwiXter ? ✂️ Il est rare de voir tant de figures politiques parler d'une seule voix pour s'inquiéter d'un manque de souveraineté numérique. Le problème étant qu'à peu près aucune d'elle ne dispose de visée critique sur l'IA, alors on n'est pas sorti de l'auberge.


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Thomas ✊

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30.05.2026 à 08:14

IA : des chiffres et des lettres

Thomas Beaufils

Au menu dans ce numéro : des chiffres sur l'impact et l'économie de l'IA, et des propositions pour repenser la sémantique autour de cette industrie
Texte intégral (3786 mots)
IA : des chiffres et des lettres

Est-ce parce que nous venons de traverser une inquiétante semaine de canicule précoce, que j'ai décidé de titrer ce numéro de l'infolettre d'après une émission animée par un ancien présentateur météo ?

Mon esprit est certes aussi "circonvolutionné" que ma phrase précédente, mais pas du tout.

Ces derniers jours, différents textes et initiatives manoeuvrant chiffres et sémantique autour de la thématique de l'IA (générative) et de son impact, m'ont simplement sauté aux yeux.

J'ai donc décidé, dans ce nouveau numéro d'Absurditech, de vous en faire un rapide compte-rendu.

D'abord, les chiffes.


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Bonne lecture !

IA : des chiffres et des lettres

L'Arcep, c'est un acronyme pour dire : "Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse." Un nom sans doute un brin vintage, mais qui n'empêche pas l'agence publique de "dire les termes", ou plutôt les nombres.

Elle a ainsi publié le 21 mai dernier un rapport intitulé : "Intelligence artificielle générative : quels défis environnementaux ?"

On y retrouve nombre (!) de données intéressantes, même si, de l'aveu même de l'agence, "l’impact environnemental des IA génératives est encore difficile à mesurer en raison du manque de transparence des acteurs."

Comme le note Le Monde, dans un article qui déplie les données du rapport de l'Arcep :

"Le gendarme des télécoms a étudié, en 2024, les émissions de gaz à effet de serre de 160 centres, représentant environ la moitié du parc actif cette année-là. Celles-ci ont progressé de 23 % sur un an, à 178 000 tonnes de CO2.
Ces émissions progressent surtout « à un rythme de plus en plus soutenu », insiste l’Arcep, puisque leur croissance était de 13 % en 2023, et de 4 % en 2022. C’est l’essor de la consommation électrique des data centers, aux équipements toujours plus puissants et gourmands en énergie, qui explique cette escalade. En 2024, celle-ci a progressé de 12 %, à 2,7 térawattheures, après avoir crû de 8 % en 2023, et de 14 % en 2022."

Des chiffres que se sont bien abstenu·es de commenter Emmanuel Macron ou sa "ministre de l'IA" (et du numérique, mais la notion globale arrive significativement après), Anne Le Hénanff, trop occupée à nous expliquer qu'il ne faut surtout "pas rater le virage de l'IA".

Des chiffres à mettre également en lien avec mes récentes publications autour des data-centers, à Marseille spécifiquement, ou au niveau national.

IA : des chiffres et des lettres
Page de garde du rapport de l'Arcep

Un second "rapport", si je puis dire, m'a particulièrement marqué, ces derniers jours.

L'initiative "Is AI profitable yet" est un site désarmant de simplicité, mais c'est souvent en faisant simple qu'on marque les esprits.

Mis en place par un développeur solo qui regroupe l'intégralité des chiffres publics sur les investissements et revenus dans le domaine de l'IA, il permet de se rendre compte plus rapidement d'une info qui est pourtant partagée depuis des mois voire des années par des analystes comme Ed Zitron :

l'IA n'est pas profitable, et c'est même plutôt un gouffre financier sans espoir de retours sur investissements à court ou moyen terme. Le long terme paraissant lui aussi bien lointain et hypothétique à ce stade.

Résultat des courses : à date, on est à 1,4 trillions de dépenses, pour 613 milliards de recettes déclarées. Les comptes ne sont pas bons, Kévin. Laissez d'ailleurs tourner le petit compteur bleu en laissant la page ouverte quelques temps, et vous vous rendrez mieux compte de la gabegie.

Le site découpe ensuite les chiffres par acteurs clés. Tout le monde est fauché dans le milieu... sauf Nvidia, sans surprise, en tant que fournisseur hégémonique des composants qui font tourner le tout.

On peut y voir aussi la taille riquiqui du "champion français" Mistral AI. Autant dire que si la France veut gagner la bataille de l'IA, vous pouvez faire une croix sur l'hôpital public et l'éducation de vos gamin·es.

Mais, hey, il faut savoir prioriser !

IA : des chiffres et des lettres
Capture d'écran du site "L'IA est elle profitable à ce stade". La réponse est non (largement).

Alors, si pour prendre le "virage de l'IA", il faut non seulement détruire notre planète (ça intéresse seulement les gens de gauche, apparemment), mais aussi notre économie (ce qui intéresse aussi les gens de droite, paraît-il), tout ça pour un truc pas si efficace que ça...

Peut être que le virage de l'IA n'est finalement qu'une impasse ?

Puisque l'on est désormais dans le domaine des jeux de mots, parlons donc... de lettres.


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IA : des chiffres et des lettres

Les choix sémantiques faits autour de l'IA nous disent beaucoup de la mythologie qui entoure cette industrie. Peut-on vraiment parler "d"intelligence" ? Le mot "générative" n'est-il pas abusif ou trompeur ? 

Petit tour d'horizon.

👉 DÉSARMER, verbe transitif en 8 lettres

Commençons par le plus marquant, peut-être, ces derniers jours. Et une nouvelle preuve de la dimension mythologique, voire théologique ici, des discours autour de l'IA.

Le Pape Léon XIV a en effet inscrit dans sa première encyclique (nommée "Magnifica Humanitas", ce qui donne le ton) un appel à "désarmer l'IA". Une IA qui mènera selon lui à de "nouvelles formes d'esclavage".

Si, dans l'idée, je trouve plutôt intéressant de voir une figure traditionnellement si déconnectée des réalités s'inquiéter de problèmes réels et concrets, le ton utilisé pose grandement question.

Tout comme la proximité d'un ponte de chez Anthropic d'ailleurs, qui continue son ethic-washing, à tel point que certain·es virent dans le corpo-complotisme.

Primo, comme l'explique le chercheur Irénée Régnauld, "on aurait pu s'attendre, venant du Pape, à des appels plus concrets à limiter les usages [...]. Ou encore, à ce que le texte dégonfle mieux la hype : pas sûr que ce pari soit gagné. Il faudra ausculter de plus près les compromis qui ont abouti à ce texte qui semble peiner à aller au bout de la critique, mais qui ne dit pas rien non plus."

Deuxio, comme le pose la journaliste Mélinée Le Priol pour La Croix (évidemment), "désarmer" l'IA est-il même possible ? Elle demande ainsi :

"Cette technologie, qui nécessite énormément de puissance de calcul et toute une infrastructure logicielle, peut-elle échapper à une logique de domination et d’exploitation ?".

L'usage même du mot "désarmé" veut tout dire : on est là dans les discours faisant de l'IA un objet mythologique surpuissant, capable de détruire l'humanité, Terminator-style.

Un angle tout à fait en ligne avec des visées "doomistes" qui arrangent parfaitement les géants de l'IA, comme le rappelle Olivier Tesquet chez France Culture.

IA : des chiffres et des lettres
Image de la première page de ladite "encyclique" (je ne connaissais pas le mot avant, moi non plus).

👉 INTELLIGENCE, nom féminin en 12 lettres

Dans une tribune pour le magazine Sciences Humaines, le professeur et conférencier Benoit Heilbrunn pose une théorie intéressante : pour lui, l'intelligence artificielle n'a tout simplement pas eu lieu.

Son analyse s'inspire beaucoup de Jean Baudrillard, philosophe et théoricien de la communication dont j'ai mangé quelques livres étudiants (ça remonte un peu, et je dois avouer de ne pas y avoir pris beaucoup de plaisir alors).

Les mots de Benoit Heilbrunn sont assez forts pour que je ne m'embarrasse pas de vous les reformuler platement. Je vous conseille donc grandement la lecture de son article. Mais voici comment il le résume dans un post par ailleurs :

"Certes l’IA produit des réponses, des synthèses voire des équivalents de raisonnement. Mais elle produit surtout l’effet social de l’intelligence. Elle met en circulation moins la pensée elle-même que sa forme disponible, consommable, exploitable et monétisable.

C’est peut-être là le point décisif. L’IA ne pense pas, n’habite aucun monde, n’éprouve rien, ne doute pas, ne désire pas. En revanche, elle produit avec une efficacité spectaculaire les signes extérieurs de la pensée : phrases bien formées, plans clairs, raisonnements plausibles, styles imitables, réponses instantanées. Elle ne nous donne la forme opérationnelle de l'intelligence.
Et ce déplacement n’est pas neutre. Car ce que l’IA transforme en profondeur, ce n’est pas seulement l’organisation du travail ou la hiérarchie des compétences. C’est notre définition même de l’intelligence. À mesure que ces outils s’imposent, nous en venons à appeler intelligent ce qui produit rapidement une réponse exploitable. Il s'agit moins de penser que d'optimiser la circulation."

Le danger n’est peut-être pas seulement que la machine finisse par nous ressembler. Le danger est que, fascinés par sa fluidité, nous finissions par ressembler à l’idée rétrécie de l’esprit qu’elle rend possible.
Ce qui a peut-être eu lieu sous le nom d’intelligence artificielle, ce n’est pas encore l’irruption d’une pensée machinique. C’est la victoire culturelle d’une définition minimale, opérationnelle et rentable de l’intelligence."

Un raisonnement réellement intelligent, pour le coup. Et qui permet de mettre nos analyses sur le sujet en perspective, nous offrant de nouveaux angles intéressants.

Que dire en lieu et place d'intelligence artificielle, dans ce cas ?

Question ouverte.

👉 GÉNÉRIQUE, adjectif en 9 lettres

Abel Quentin est un écrivain et avocat français qui prend beaucoup la parole sur le sujet de l'IA générative ces derniers temps, proposant des analyses notamment sémantiques. Les mots, c'est son créneau, c'est cohérent.

Il faut aussi dire que le vrai nom d'Abel Quentin est Albéric de Gayardon de Fenoyl ; autant dire qu'Abel Quentin sait quelque chose du poids que peuvent porter les mots.

Dans une intervention récente chez France Inter (pour présenter un livre à la teneur critique vis-à-vis de l'IA), il propose une distinction entre les IA dites génératives, et des IA "étroites" plus utiles pour la recherche selon lui.

IA : des chiffres et des lettres
Abel Quentin / (LTD/Celine Nieszawer/Leextra via opale)

L'argument m'intéresse : quand j'explique qu'à mes yeux, l'IA générative et les modèles associés posent beaucoup plus de problèmes à l'humanité qu'ils ne lui offrent d'opportunités, on m'oppose généralement toujours la même réponse : "oui, mais les progrès scientifiques que cela va permettre ! Les avancées médicales que cela permet déjà d'ailleurs !"

En contre-point, je balbutie généralement une réponse convaincue mais peu précise sur le fait qu'il ne faut pas mélanger IA générative et IA de manière générale, ou que les types de modèles varient selon les usages, et que ChatGPT n'a rien à voir avec un modèle utilisé pour détecter des cancers sur un scanner...

Mais mes connaissances scientifiques sur le sujet sont plus que limitées, et si les connaissances d'Abel Quentin sur le sujet sont probablement bien supérieures, il n'est pas scientifique.

Toujours est-il que les expressions "intelligence artificielle générative" et "intelligence artificielle étroite" ne sont pas claires, à mon humble avis.

"Étroite" d'abord, me semble être un terme qui pourra facilement passer pour péjoratif, quand "spécialisé" me semble sonner bien mieux tout en étant plus précis. Quand on parle d'un·e spécialiste de quelque chose, tout le monde comprend qu'il ou elle n'a pas l'esprit étroit et connaît son sujet. (Oui, je fais une comparaison avec des humain·es, ce n'est pas bien vu le sujet, mais vous avez l'idée).

L'adjectif "générative", ne me semble pas précis non plus. L'idée de "génération" est un peu trop magique à mon goût : on y a l'impression qu'un LLM génère de la matière du vide sans bien comprendre de quoi il retourne.

Pourquoi ne pas préférer l'adjectif "générique" ? Il illustrerait bien le fait que les LLM largement utilisés, par les scientifiques et surtout les autres, manoeuvrent des quantités de données pharaoniques pour accomplir des tâches généralement... soit hyper spécialisées, ou bien à l'inverse ultra simplistes ?

A-t-on besoin pour cela de "grands modèles" génériques intégrant un niveau de donnée ultra profond sur tous les sujets, ce qui a des conséquences massives sur le poids desdits modèles et l'énergie demandée pour les faire tourner ? Bref, avez-vous besoin d'un truc qui a ingurgité plusieurs fois tout internet pour faire votre recherche Google ? Sur ce dernier point, je me permet de repartager cet outil, d'ailleurs.

"Intelligence artificielle générique" versus "intelligence artificielle spécialisée"... trouvez-vous donc ces expressions plus claires, comme je le trouve ?

Ce n'est qu'une idée en l'air pour questionner notre approche sémantique de l'IA, marquée par un marketing féroce des Big Tech. N'hésitez pas à me faire part de vos propres idées. Ou à me dire si cette proposition de distinction contient des imprécisions techniques. C'est, réellement, une question ouverte. À nouveau.


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12.05.2026 à 08:14

Amazon en France, libertariens en Europe, et Claude dans la sauce

Thomas Beaufils

Au menu d'Absurditech aujourd'hui : les investissements massifs d'Amazon en France, les libertariens débarquent de ce côté de l'Atlantique, et Claude tourne sur le data-center le plus polluant du monde (+ des alternatives).
Texte intégral (4542 mots)
Amazon en France, libertariens en Europe, et Claude dans la sauce

Une fois n'est pas coutume, ce numéro d'Absurditech évoquera plusieurs sujets plus courts, parmi lesquels vous pourrez picorer.

On y parlera, comme le titre l'indique, des annonces récentes d'Amazon et des parallèles que l'on peut y faire avec la destruction de nos services publics, mais aussi d'une autre annonce du côté d'Anthropic (et plus largement d'alternatives aux modèles d'IA dominants), pour finir par une solide cartographie des data-centers français.

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Bonne lecture !


L'internationale libertarienne, main dans la main avec les Big Tech pour détruire nos services publics

 

Le géant Amazon vient d'annoncer qu’il va investir plus de 15 milliards d’euros en France, sur trois ans. Une annonce poussée à l'aide d'un plan de communication en béton, repris par tous les grands médias, avec un manque de cadrage évident. C'est malheureusement une habitude. La croissance et le business avant tout, peu importe si on ne pourra jamais en taxer les revenus, et si les emplois ainsi créés seront aliénants et précaires.

Cette annonce est à mettre en parallèle avec une autre : les services postaux sont attaqués par un nouvel acteur qui n'est autre... qu'Amazon. Avec Amazon Supply Chain Services, la boîte créée par Bezos a des intentions très claires, comme l'explique Frandroid : "proposer en marque blanche son système de livraison et faire à la logistique ce que le géant a fait au cloud avec AWS."

Amazon en France, libertariens en Europe, et Claude dans la sauce

Autrement dit, après avoir fragilisé le vivre ensemble en détruisant les commerces de proximité, c'est aux services postaux (ou ce qu'il en reste) que s'attaque Amazon. Vos futur·es facteurs et factrices risquent d'être un poil plus tendu·es. Et surtout : sans bureaux de postes et sans commerces, les bourgs de France ne seront donc bientôt plus peuplés que de banques et d'assurances, comme c'est déjà le cas dans bien des petites communes.

Les rencontres ont désormais lieu dans des espaces aseptisés et privatisés, les fameux centres commerciaux Leclerc ou Carrefour, désormais affublés de leurs bars, restaurants, fast-foods, et boulangeries. Et bientôt de leurs salles de livraison Amazon Supply Chain Services, donc, sans aucun personnel pour les gérer bien entendu. Si dans les grandes villes, le retour de commerces de proximités est à la mode, quid des plus petites villes ?


Dans le même temps, les AI enthusiasts nous annoncent déjà la disparition des docteur·es et des professeur·es, grand-remplacé·es par une IA évidemment "plus efficace et moins couteuse" (deux arguments faux ou non étayés). Des services qu'on peut déjà imaginer être dispensés en ligne, bien sûr... ou pour les plus récalcitrants, dans des cabines aseptisées, future nouvelle entité "peuplant" nos centres commerciaux ?

Il ne va plus rester grand monde pour nous sortir de nos sphères privées. Si ce n'est justement au travers d'opérateurs et d'outils privés, qui ont et auront pour seul but de nous rendre plus dépendant·es à leurs services pour en tirer un maximum de revenus. Et enrichir au passage une poignée de milliardaires qui n'en demandent pas tant.

PS : Amazon a aussi récemment "remarketé" Amazon Leo, un concurrent du Starlink d'Elon Musk destiné également à remplacer à terme les opérateurs téléphoniques locaux grâce à des satellites basses-orbites.

Certes, cela fait un moment que France Telecom n'est plus un service public... mais le ciel, qui restait un magnifique bien commun que riches et pauvres partageaient sans équivoque, est lui aussi en passe d'être privatisé.

 

La grande marche de privatisation de nos vies par les Big Tech pourrait pourtant être stoppée par des décisions politiques fortes. Mais alors que la partie gauche de la sphère politique française et européenne semble enfin prendre à son compte le besoin de réguler et ralentir l'essor des multinationales de la tech en Europe, que ce soit pour des raisons écologiques ou de souveraineté... la partie droite n'a pas l'air de comprendre les enjeux. Ou alors elle s'en moque.

On l'a bien vu avec les grands raouts d'Emmanuel Macron déroulant le tapis rouge aux géants (notamment états-uniens) de l'IA. Nous en parlions encore dans notre dernier numéro. Preuve par l'exemple de ce "souveraineté numérique-washing" :

Campus IA, le data-center géant pseudo-souverain qui doit être construit en Seine-et-Marne prochainement, annoncé lors d'un de ces "sommets de l'IA" est en fait détenu à 70% par des fonds émiratis. Vous me direz, ça change des états-uniens. Et puis on est habitués à vendre des trucs aux qataris, dans ce pays.

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Plan du futur "Campus IA" présenté en réunion publique dans la région du village de 600 âmes, Fouju, qui doit réceptionner cette installation pseudo-souveraine. Seul le maire a l'air d'être content.

Mais on peut imaginer aisément que les droitiers à la papa, les gaullistes de l'ancien temps, de Chirac à Giscard, n'auraient pas vu d'un très bon œil cette invasion qui ne dit pas son nom par des acteurs principalement états-uniens, ou cette destruction méthodique de nos traditions françaises de ruralité et d'état-providence. On dira ce qu'on veut (et il y a des choses à dire) de Giscard puis Chirac, ils n'étaient pas Tatcher ou Reagan.

 

Pourtant la droite française et européenne d'aujourd'hui semble s'en moquer éperdument, comme le démontre le vote récent de "l'Omnibus IA", comme l'explique la députée européenne Leïla Chaibi :

"Au nom de la "simplification" et sous les menaces de Trump et la big tech étatsunienne, on détricote l'IA Act… avant même l’entrée en vigueur d’une grande partie de ses protections."

"Simplification" toujours : la fameuse loi "simplification de la vie économique" que nous évoquions déjà le mois dernier à propos de l'installation des data-centers en France. Une intention très claire se fait jour, en parfaite concordance avec l'agenda des géants de la tech :

Détruire méthodiquement ce qui reste en Europe d'état-providence et de régulation, pour installer des acteurs privés en lieu et place, dans une omniprésence aussi bien physique que numérique, au nom d'une sacro-sainte efficacité, d'une supposée productivité, d'une impossible croissance.

Et quand on ouvre ainsi les vannes au privé sans régulation aucune, qui débarque pour décrocher la timbale, à votre avis, comme depuis des décennies ? Meeerica, fuck yeah 🇺🇸 💥

Car toutes ces "simplifications" suivent le même raisonnement qui sous-tend la mise en place du DOGE de Musk : son "ministère de l'efficacité gouvernementale", organe ploutocratique éphémère destiné purement et simplement à vider les structures gouvernementales de leur efficacité et de leur staff, dans une pirouette assez contre-intuitive, à l'aide d'une armée de tech-bros à la pensée sacrément torturée.

Elon Musk est en effet le parfait trait d'union entre l'extrême droite états-unienne et les Big Tech. Symbole aussi d'un mouvement dont nous avons également déjà parlé dans cette infolettre : le libertarianisme.

Un courant ultra-individualiste qui vise, en substance, à la destruction de l'état pour lui préférer des "associations volontaires", laissant sur le carreau les plus faibles, les minorités, celleux déjà abandonné·es par le capitalisme... les "losers", dirait surement un tech-bro (qui ne serait rien d'un "winner" sans l'héritage familial).

Pour caricaturer, c'est Musk détruisant notre planète dans le but chimérique d'emmener une poignée de gus avec lui sur Mars pour créer son "utopie" privatisée.

Or, comme dans une suite logique, voilà que la droite et l'extrême droite s'emparent des codes du libertarianisme cher à Musk, ou Javier Milei et sa tronçonneuse argentine. De David Lisnard à Guillaume Kasbarian, d'Éric Ciotti à Sarah Knafo. Mais aussi, dans une autre mesure et supposément moins droitière, jusqu'à Christelle Morançais, membre du parti Horizon d'Édouard Philippe.

Les attaques de cette dernière contre les médias dits "traditionnels", leur préférant des alternatives privées d'entrepreneurs très tech-compatibles, étaient un avant-goût des débats actuels sur l'audiovisuel public, portés par un Bolloré, là encore trait d'union entre extrême droite et extrême richesse.

Tout un joyeux aréopage de dangers publics (mais aussi privés 😇) encore minoritaires mais dont les initiatives infusent dans les partis politiques et influent sur le débat public, jusqu'à vouloir peser sur les présidentielles à venir.

Tout une galaxie de nationalistes qui nous raconte des chimères racistes contre l'immigration, tout en ne s'inquiétant visiblement pas d'une réelle colonisation numérique et financière.

Vous me direz, les anciens colons à leur tour colonisés, n'est-ce pas là un juste retour de baton...

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Elon Musk, Guillaume Kasbarian, Éric Ciotti, Sarah Knafo, David Lisnard et Javier Milei. © Photo illustration Sébastien Calvet / Mediapart avec AFP

 
Il va donc indéniablement falloir se réveiller, en France et en Europe, à gauche comme à droite, si l'on souhaite sauver ce qui reste de nos services publics et même de notre mode de vie, face à la fronde d'une internationale libertarienne boostée par l'argent de milliardaires aux intérêts variés (Musk et Bolloré n'ont pas tant de points en commun, si l'on met de côté leur richesse héritée, leur racisme, et leur psychopathie), mais alliés de circonstance.

Pour aller à contre-courant des attaques systématiques contre tout ce qui dévie du principe d’accumulation privée, demandons à l'inverse, en tant que citoyen·es européens, des alternatives numériques publiques, communes, libres. Des initiatives comme La Suite.

De vrais services publics numériques, au fond.

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Claude est aussi délétère que ChatGPT, et il va falloir songer à des alternatives

Claude est-il un modèle d'IA aussi éthique qu'on le prétend ? En tout cas, il tournera bientôt grâce au data-center le plus polluant du monde.

Anthropic vient en effet d’annoncer un partenariat avec nul autre qu’Elon Musk (encore lui) pour faire tourner son LLM, Claude, sur “Colossus 1”, le data-center de xAI, à Memphis, aux États-Unis.

Anthropic, souvent présentée comme une alternative plus raisonnable à OpenAI et son ChatGPT, notamment suite à sa résistance (bien orchestrée du point de vue de la communication) au Ministère de la Guerre états-unien il y a quelques semaines, rappelle donc qu’elle est prise de la même folie des grandeurs que la boîte de Sam Altman.

Anthropic, c’était pourtant les “good guys” de l’IA, à en croire Rutger Bregman, très vocal soutien de l’initiative "QuitGPT". Des “good guys” qui signent des deals avec le techno-fasciste en chef, donc, dans un data-center si polluant qu’il menace très directement la vie de milliers d’habitants dans la région de Memphis, au Tennessee, comme le démontre un important reportage de More Perfect Union.

Et encore, on vous épargne le délire sur les data-centers dans l’espace...

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Capture du documentaire de "More Perfect Union", montrant les générateurs ultra-polluants utilisés par Colossus 1 et xAI


Alors, QuitGPT, ok. Mais ne faudrait-il pas plutôt "quit Big AI" ?

C'est ce que propose le compère James Martin sur son blog, et ses pistes sont assez rafraîchissantes.

👉 Pour commencer, je questionnerais personnellement la pertinence même de nos usages de chatbots IA de manière générale, car beaucoup de ces usages sont de confort, pour le dire poliment. Alors même que leur impact est déjà massif, même si mal mesuré (comme on le disait déjà en 2024, alors imaginez aujourd'hui)

👉 Mais James va plus encore dans le détail et pose la question : avez-vous vraiment besoin d'un si gros modèle que cela, pour votre usage spécifique ? Car les grands modèles type ChatGPT ou Claude sont littéralement des "bazookas que l'on utilise pour écraser une mouche". Il évoque notamment Bearing, un outil qui vous propose un LLM adapté (parmi une sélection de 30, plus ou moins grands) selon les besoins que vous avez défini.

👉 James liste également plusieurs alternatives, auxquelles je retrancherais Qwen (Alibaba = Big Tech) et j'ajouterais Euria, des suisses d'Infomaniak, par exemple.

👉 On peut également étudier les possibilités offertes par l'hébergement en local de votre modèle ; même si j'aimerais vraiment voir une étude sérieuse sur l'impact qu'un tel usage a sur les composants que vous utilisez en local, justement.

Merci en tout cas à Ketan Joshi et James Martin pour les sources et le relai de l'info !

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Cartographie inédite des data-centers en France

Puisque l'on a encore parlé pas mal ici de centres de données... je viens de découvrir une super cartographie des data-centers en France, nommée #DCWatch, créée par une petite structure nommée Hubblo. C'est une vraie base de données ouverte et collaborative des data centers et de leurs empreintes sociale et environnementale.

Datant d'avril dernier, elle nous permet d'identifier les quelques 300 data centers en activité en France, par site, par date de mise en exploitation, par puissance installée et par opérateur.

La carte couvre pour l'instant 434 sites en exploitation en France, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg. Elle complète la cartographie libre et participative d’OpenStreetMap, portée par le collectif marseillais "Le nuage était sous nos pieds", dont je parlais dans notre dernier numéro.

Un outil très pratique à garder de côté, dispo à l’adresse :

datacenters.hubblo.org

Merci à Arnaud (soutien de longue date de cette infolettre) pour le partage, et à AEF Info pour cet article récap !

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Image de l'outil DCWatch d'Hubblo, couvrant la France, la Belgique, la Suisse et le Luxembourg

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Et enfin, parce que c'était un compte Twitter que j'adorais quand j'étais encore présent sur ce réseau désormais voué à l'infamie, je vous conseille d'aller jeter un oeil au compte Disruptive humans of Linkedin. Sans oublier d'aller suivre, sur la même plateforme, le compte d'Absurditech, bien sûr.

PS : oui, je sais, Zuckerberg c'est pas beaucoup, beaucoup mieux que Musk. Mais des alternatives crédibles n'existent pas aujourd'hui, à l'inverse du cas Twitter, de Bluesky à Mastodon.


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Un grand merci, et à bientôt,
Thomas ✊

PS : Absurditech est garanti sans IA générative, pas sans fautes.

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28.04.2026 à 08:21

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.

Thomas Beaufils

Au menu d'Absurditech aujourd'hui, pour le salé comme le sucré, on parlera de Marseille ! De ses câbles sous-marins, de ses centres de données... et de la résistance qui y monte.
Texte intégral (6289 mots)
Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.

Depuis quelques mois, je vous écris cette infolettre depuis Marseille, où je suis nouvellement installé. Et la découverte la plus étonnante que j'ai faite depuis mon installation dans le coin, ce ne sont pas les couchés de soleil sur les calanques ou les "navettes" à la fleur d'oranger, mais bien... la place très encombrante des data-centers dans la ville.

Découvrant au passage que cet état de fait était très peu connu en France, et même assez peu par les marseillais·es elleux-mêmes, et bien je me suis dit qu'il fallait raconter cette histoire.

Bonne lecture !

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
"Drill, baby, drill".

"Fore, bébé, fore", en substance. C'est avec ce gimmick grossier, à son image, que Donald Trump a résumé sa politique énergétique toute en nuances : potards à fond sur les hydrocarbures. De cela a découlé un enlèvement illégal et politiquement inutile du président vénézuélien, tout ça pour un pétrole quasiment inexploitable.

C'est désormais dans une guerre en Iran en forme de fiasco que le grand stratège Trump est englué. Une guerre qui révèle une nouvelle fois son incompétence, pour ne pas dire plus... et qui pourrait bien avoir des conséquences fâcheuses pour lui, à domicile. C'est ce que semble déjà dessiner l'explosion du prix de l'essence outre-Atlantique, lubrifiant de l'économie et de la vie quotidienne encore plus important là bas que de ce côté ci.

L'or noir, encore lui.

Pourtant, dans le fameux détroit d'Ormuz et dans le (moins connu mais tout aussi stratégique) détroit de Bab-el-Mandeb, il n'y a pas que des bateaux remplis de pétrole et de gaz qui passent. Une autre denrée de valeur y est convoyée : la donnée. Au fond de ces détroits serpentent en effet de nombreux câbles sous-marins, transportant des données vitales pour l'économie mondiale, et que les dirigeants iraniens et leurs alliés ont déjà menacé de vive voix.


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Ok Thomas, mais c'est quoi le rapport entre des détroits au Moyen-Orient et Marseille, au juste, puisque c'est le titre de ton article ? Patience cher·e lecteur·ice, j'y viens : ces fameux câbles sous-marins partent pour beaucoup du port de la cité phocéenne, point stratégique pour Orange Marine (filiale spécialisée d'Orange) et surtout pour le leader mondial du secteur, Alcatel Submarine Networks, entreprise possédée à 80% par l'état français depuis 2024.

Et on comprend la raison stratégique d'un tel achat gouvernemental : plus de 95% du trafic internet intercontinental passe par des câbles de fibre optique posés sur le plancher océanique.

Marseille est justement le point d'arrivée de pas moins de 18 câbles intercontinentaux connectés, et un point stratégique de l'internet mondial. Depuis 2015, la région de Marseille est en effet passée de quarante-quatrième à sixième ou cinquième (selon les sources) hub mondial du trafic de données.

La ville de Marseille est donc déjà le cinquième ou sixième point au monde par où le plus de données par voie câble transitent. Et cela de par son positionnement stratégique : point d'accès idéal pour les connexions avec l'Afrique, l'Asie et le Moyen-Orient, elle présente l'avantage de pouvoir rejoindre Paris puis Londres et l'Allemagne sans obstacle géographique majeur (des montagnes), contrairement à Gênes ou Barcelone.

Autre info à noter, la ville de Marseille compte 900 000 habitants environ, et son aire urbaine, 1.6 millions d'habitants. Cela pose nombre de questions sur l'ampleur des impacts de l'installation d'infrastructures numériques, quand l'on sait que la population de hubs internet mondiaux de taille approchante sont pour la plupart bien supérieure : Hong Kong (plus de 7 millions d'habitants), Singapour (5,5 million d'habitants), Francfort (3 millions d'habitants) sans parler de Paris (11 millions pour l'Île de France) ou Londres (14 millions).

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Zoom méditerranéen de la super Submarine Cable Map. La prépondérance de Marseille en tant que point de départ/arrivée de nombreux câbles sous-marins y apparait très clairement, notamment en comparaison avec le reste de la France.


De ce point découle un autre : le meilleur moyen de garantir un ping (basiquement : le temps de réponse d'un point A à un point B sur le réseau) bas, c'est de coller les data-centers au plus près du point d'arrivée des câbles. De fil en aiguille, les dits "centres de données" se sont ainsi multipliés à Marseille ces dernières années.

La proximité du point d'arrivée des câbles n'est pas la seule raison. Citons ainsi le collectif d'associations marseillais (dont on reparlera) "Le nuage était sous nos pieds" :

"Au point d'arrivée [des câbles sous-marins], dans le grand port de Marseille, Digital Realty, leader mondial des data-centers dits de
« colocation » y a vu une opportunité pour développer un marché. Dans une zone où le foncier était relativement peu cher, avec des pouvoirs publics locaux peu regardants et bénéficiant du réseau électrique français à la fois disponible et bon marché, l’entreprise Nord-Américaine a décidé d’y implanter massivement ses data centers".

Depuis 10 ans, une dizaine de centres de données sont ainsi apparus dans la ville et aux alentours. Une dizaine de projets supplémentaires seraient déjà à l'étude, en périphérie de Marseille. Digital Reality, que nous citions précédemment, opère à elle seule 5 data-centers majeurs dans le centre de Marseille (1 des 5 est encore en construction). Et elle souhaite créer en 2028, à Bouc-Bel-Air (à l'est de l'aéroport de Marignane), un centre de donnée presque aussi vaste que tous ses sites marseillais réunis.

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Carte des data-centers présents à Marseille, par l'association "le nuage était sous nos pieds", dont les 5 de Digital Reality, MRS1 à 5.


En 2025, Digital Realty assumait consommer 20 mégawatts (MW) d'électricité, l'équivalent d'une ville de 25 000 habitants, pour faire tourner à l'époque ses 4 data-centers en opérations. Mais avec l'avènement des usages d'IA générative, cette consommation va fortement augmenter d'ici à 2030, comme le pointe Hugues Ferreboeuf, chef de projet numérique The Shift project :

"Il y a un point d'interrogation sur la capacité à desservir ces data centers sans renier sur l'électricité qui serait accessible, par exemple, pour l'électrification des voitures, pour l'électrification des chauffages".

On commence à toucher ici du doigt les conséquences de l'installation de ces data-centers dans des communes et régions spécifiques, même s'il est toujours aussi difficile d'avoir des données précises sur leur impact environnemental ; et c'est volontaire. Les signaux alarmants s'empilent pour autant de plus en plus vite.

Alors, en cas de pénurie énergétique, quand il faudra choisir entre les data-centers et les autres infrastructures de la ville, quel choix sera fait ?

On peut déjà imaginer la suite sur la base de quelques indices. Voici ce que disait Patrick Robert, engagé dans l’un des CIQ [Comité d'Intérêt des Quartiers] du 15ᵉ arrondissement de Marseille, à Socialter, en 2025 :

Les data centers ont accaparé toute la puissance électrique et il n’y en a plus pour l’électrification du port qui permettrait aux bateaux à quai de ne plus faire tourner leurs générateurs au fioul, et nous épargnerait les nuisances sonores et la pollution”.

L'électrification du port de Marseille, qui accueille de plus en plus de gigantesques bateaux de croisière, et permet aussi de réparer nombre de grands navires de la région, est en effet un sujet majeur dans la citée phocéenne. Les retards récurrents sur le sujet pourraient-ils être imputés à une priorité donnée au numérique ? Selon les autorités du port, 100 à 120 mégawatts sont en tout cas nécessaires à son électrification, mais les centres de données en exploitent déjà 70.

Au niveau du port, c'est également l'espace pris par les data-centers qui pose question : le sujet du foncier devient tendu à Marseille, et le port commence à être étroit, aussi large soit-il de fait. D'où l'émergence de plus en plus de projets plus loin dans les terres autour de Marseille, soulevant de nouvelles questions.

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Système d'électrification à quai, pour les bateaux de croisières du port de Marseille, une autre belle industrie verte de la Méditerranée


Autre élément très concret : l’utilisation d’eau de qualité potable, puisée dans une galerie souterraine de Marseille pour refroidir les serveurs. Si on connaît peu pour le moment les conséquences pour les habitants et la région, l'arrivée de nombreuses installations supplémentaires et les sécheresses de plus en plus intenses avec le changement climatique, ont de quoi inquiéter.

Citons ainsi un exemple un peu plus au sud, en Espagne, raconté par la Quadrature du Net :

"Parfois, ces systèmes de refroidissement, quand ils ne sont pas reliés au réseau d’eau potable du territoire les accueillant, captent directement l’eau potable de nappes phréatiques, de fleuves ou de lacs à proximité. C’est le cas par exemple du data center de Facebook situé sur la ville espagnole de Talaveira de la Reina, dans la région de Castilla-La Mancha en Espagne, que le collectif Tu Nube Seca Mi Rio (« Ton nuage assèche ma rivière ») dénonce, entre autre pour son utilisation de plus de 200 millions de litres d’eau par an, équivalent à la consommation de 4 181 habitant⋅es de la région. [...] D’une puissance de 248 Megawatt, étendu sur plus de 300 000 m2 de terrain, ce data center géant bénéficie d’un soutien politique national et local. Bien que la zone de son implantation connaisse un fort stress hydrique permanent depuis des décennies, d’abord de par sa situation géographique et son climat quasi désertique, et désormais par la crise environnementale qui l’aggrave, le coût du litre d’eau y est faible. Ici encore, l’implantation des data centers sur le territoire est régie par des impératifs avant tout économiques, et non par des critères sociaux ou environnementaux."

Généralement, l'argument que l'on met face des craintes environnementales est économique : cela va créer de l'emploi, c'est tout de même le plus important non ! Il faut bien la remplir de pâtes cette assiette, quand bien même ces pâtes seront bourrées de cadmium !

Manque de pot, les data-centers, ça ne créé que très peu de boulot. C'est ce que démontre une étude récente menée par l'association états-unienne Food & Water Watch : l'industrie des data centers, malgré sa croissance exponentielle, génère en effet bien peu d'emplois stables. L'investissement nécessaire pour un seul emploi serait ainsi près de 100 fois supérieur à la moyenne des industries, tandis qu'en parallèle la consommation de ressources, elle, explose bien plus fortement. Voilà qui remet nettement en cause les bénéfices économiques promis aux communautés.

On estimait ainsi qu'en 2024, seulement 23 000 personnes occupaient des postes stables dans des data-centers aux États-Unis, soit environ 0,01 % de l'emploi total du pays. Un chiffre à mettre en regard des plus de 4 % de la consommation électrique nationale estimée pour l'industrie du numérique... et cela avant même le boom de l'IA.

Voilà qui est particulièrement problématique pour une ville comme Marseille, dont la population a besoin d'emplois, pas de colonisation de ses terres par des acteurs technologiques.

On pourrait aussi parler de souveraineté numérique face à la domination états-unienne, notamment... manque de pot : la majorité des industriels de data-centers sont aussi états-uniens, comme Digital Reality, et loue leurs services à des acteurs comme Microsoft, Google, Amazon, et consorts, états-uniens dans leur vaste majorité.

On pourrait enfin citer d'autres conséquences moins directes mais tout à fait locales du développement de l'industrie numérique, allant du très déprimant, comme l'utilisation illégale de la reconnaissance faciale assistée par IA par la police marseillaise... au plus prosaïque, comme ces petites beautés de cartes postales qu'on voit de plus en plus en ville 😅

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Photos de cartes postales vendues par un magasin de souvenirs marseillais, cartes toutes générées par IA, dont l'une écrit même Marseille avec 3 L. C'est Marseillle BBB ! (Merci à Mirabelle pour la photo).


Malgré ses conséquences claires et ses bénéfices discutables, et bien la situation ne va pas aller en s'améliorant. Pas à l'ère de l'IA générative poussée dans tout et n'importe quoi, jusqu'au fond de nos gorges par les sales petits doigts de Sam Altman et consorts (pardon pour l'image si vous êtes au petit dej).

Une IA générative dont les impacts (économies, sociaux, politiques, artistiques, philosophiques) dépassent d'ailleurs déjà largement celui du développement des data-centers, et que l'on a déjà évoqué à de nombreuses reprises dans cette infolettre.

Pour reboucler avec ce que nous disions au début de ce papier, rappelons donc ce que proclamait Emmanuel Macron lors du "Sommet pour l'Action sur l'IA" en février 2025, en référence à son "bon ami" (ses mots, pas les miens) Donald Trump :

"Plug, Baby, Plug".
Branche toi, bébé, branche toi.

Macron, jamais avare en gimmicks débiles surtout quand il cite son poto Donald (on n'oublie pas le légendaire "Make Our Planet Great Again" qui n'était là que pour la façade), dit ainsi l'essentiel : grâce au nucléaire, énergie visiblement magique et inépuisable, il veut positionner la France en marché idéal pour les géants mondiaux de l'IA, en terre d'accueil adéquate pour un maximum de data-centers.

La machine est déjà en marche : il y a quelques jours, l’Assemblée Nationale et le Sénat votait la loi de "simplification de la vie économique". L’article 15 de cette loi prévoit que les data-centers d’envergure soient qualifiés de « projets d'intérêt national majeur » (PINM), ce qui permettra aux industriels comme Digital Reality d'accélérer leurs projets... et de ne pas se prendre la tête avec les obligations environnementales et de consultations du public habituelles sur de tels projets. Youpi la dérégulation !

Et comme le rappelle Data for Good, la course à l'installation de data-centers a déjà commencé : 63 nouveaux projets de data centers “clés en main” ont déjà été annoncés (dont de nombreux à Marseille).

À cela, il faut ajouter un chantier pharaonique à venir, qui permettra justement de convoyer l'équivalent de l'énergie produite par un demi-réacteur nucléaire, et cela juste pour répondre aux besoins de data-centers principalement dédiés à l'IA, à Marseille.

Un rappel toujours utile enfin, étudions la composition des votants pour la loi de simplification dont nous parlions plus haut. Ils et elles sont au nombre de 275 : 135 sont d'extrême-droite, 100 sont LR et affiliés, 34 sont LIOT et Ensemble. Matthias Renault, député RN de la Somme, disait ceci à l'issue du vote  : “Cette petite loi de simplification, c’est un petit apéritif par rapport à ce que fera le RN si on arrive au pouvoir. Ce sera puissance 10 et on le fera par ordonnance.”

Mais au delà même des questions éthiques et politiques, la question technique demeure. Les 63 nouveaux projets dont nous parlions équivalent à une puissance totale recherchée de 28,6 GW.… soit la moitié du parc nucléaire français.

Alors, le nucléaire, énergie magique, vraiment ? En tout cas, aux États-Unis, malgré les appétits nucléaires des boites de la tech, comme le racontait jeudi dernier Olivier Tesquet chez France Culture, ce sont bien les industries fossiles qui prennent le relai.

La tech peut bien nous parler de "nuage", ses limites sont physiques, comme pour toutes les autres industries.

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Data-centers de Digital Reality intégrés dans la zone portuaire de Marseille


Une dernière question, enfin : toute cette puissance, toutes ces conséquences, et pourquoi faire ?

Comme le racontait Synth Média dans un article récent, certains s'en contrefichent pas mal, comme le maire des Pennes-Mirabeau, au sud de Marseille :
« Qu’il soit à Marignane ou à Vitrolles, ça ne change rien. Autant qu’il soit chez nous, comme ça, on prend les taxes ! [...] Peu importe ce que vous faites, les gens le veulent ailleurs ! La question, c’est : est-ce que l’on veut faire le virage de l’IA en France ? ».

Le maire du Bouc-Bel-Air (LR) lui estime que « c’est une infrastructure qui répond à un besoin. »

Mais quel besoin exactement ? Toujours chez Synth Média, Antoine Devillet de l’association le Nuage était sous nos pieds : « Les promoteurs prétendent qu’ils ne font que répondre à des besoins en augmentation. Or les infrastructures sont construites avec une volonté de modification des usages. »

J'ajouterais que vous connaissez déjà mes doutes sur l'utilité réelle de l'IA générative, même au nom de la sacro-sainte productivité, puisqu'aucune étude sérieuse, à ce stade, ne vient prouver ce pseudo-état de fait.

Mais dans l'idée de rester relativement bref, je ne citerai qu'un exemple final, très parlant selon moi : Microsoft a utilisé l'an dernier un data-center basé aux Pays-Bas pour stocker les données de surveillance de citoyens palestiniens sur demande de l'armée israélienne. Une entreprise US, un data-center européen, des données en provenance du Moyen-Orient. Le techno-fascisme se déploie, et cela n'a rien de magique ou d'intangible, mais c'est difficile à traquer, néanmoins.

Et vous voudriez de cela dans votre jardin, vous ?

Mais au fond, tant pis si les riverains et tout l'écosystème d'une région en souffrent. Tant pis si les retours économiques sont faméliques. Tant pis si l'utilité réelle reste à prouver, et tant pis si on ne contrôle rien de ce qui se passe dans ces grosses boites. L'important c'est le business, c'est la hype. Pas n'importe quelle hype. La AI hype ! La Data-Center-hype !

From Marseille BB to Marseille DC?

Peut-être. Ou peut-être pas, car la résistance s'organise.

 

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.

Dans le monde réel, la résistance s'organise

Le tableau dressé plus haut n'est pas joyeux, joyeux. Mais la résistance s'organise, et pas qu'un peu.

Et je ne parle pas là des quelques faits divers ayant marqué une radicalisation nette du rejet de l'IA outre-Atlantique. Reflets à la fois de la violence meurtrière inhérente à la culture états-unienne, et des dérives doomistes les plus zinzins ; entendre par doomistes les gens qui pensent que l'IA va se transformer en Skynet, des narratifs entretenus par les géants de la tech eux-mêmes pour maintenir la hype autour de leurs outils. Mais signes également d'une détestation de plus en plus large de l'IA (notamment générative) que les grands pontes de la tech n'ont pas encore tout à fait intégré.

Non, je parle d'autres moyens de résistance, intéressants et déjà à l'œuvre partout dans le monde.

Il y a d'abord le recours légal, et les choses commencent à devenir très intéressantes aux USA, berceau pourtant du numérique comme on le connaît aujourd'hui, et actuellement dirigés par un allier opportuniste des géants du sujet.

Pourtant, le Maine est devenu récemment le premier état états-unien à voter un moratoire sur la construction de "grands data-centers", et la ville de Monterrey Park est la première en Californie, au coeur du réacteur, à bannir la construction de tout data-center sur son territoire.

Aux USA toujours, le projet Data Center Watch estime dans un rapport que l’opposition citoyenne obtient des victoires importantes, puisqu'entre mars et juin 2025, 8 projets de data-centers y ont été arrêtés, et 9 temporairement bloqués.

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Image de manifestant·es s'opposant à un projet de data-center, aux États-Unis

En Uruguay, c'est au cœur d'une sécheresse terrible que la population locale s'est soulevée contre un data-center Google en cours de construction. Face à la fronde citoyenne, le gouvernement n'a su répondre que : « vous ne pouvez pas obtenir cette information [sur la consommation en eau], car elle est soumise au secret commercial de Google. » L’affaire a finalement été portée devant les tribunaux, et les citoyen·nes ont obtenu gain de cause !


Revenons en France, et même à Marseille, épicentre d'une résistance française aux data-centers qu'il va être très intéressante de voir grandir. De nombreuses voix locales s'élèvent en effet pour alerter contre le déploiement massif de data-centers dans la région, et cela depuis le début des années 2020.

Et le mouvement se renforce. Mi-mars 2025, un forum "Stop data centers" faisait ainsi salle comble, regroupant associations, citoyens et élus, sous l’impulsion de Sébastien Barles (Les Écologistes), adjoint à la transition écologique de la Ville qui, avec d'autres, avait déjà demandé un moratoire sur le sujet en 2024. Rappelons que l'autorisation d'implantation des data-centers est gérée par la métropole, dirigée jusqu'à il y a peu par la LR Martine Vassal, et conservée par la droite à l'issue des dernières législatives (ce qui n'augure rien de bon).

Le gigantesque projet à Bouc-Bel-Air est au coeur est un des nombreux projets qui élargissent la problématique et la résistance à toute la région, au delà de Marseille.

Mais c'est bien de la cité phocéenne que part le mouvement, et c'est notamment grâce au collectif "Le nuage étant sous nos pieds", dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises.

Ce collectif regroupe au moins 3 entités : La Quadrature du Net, défenseur des libertés fondamentales dans l’environnement numérique, Technopolice, structure d'analyse et de lutte contre les technologies de surveillance, et le collectif des Gammares, mouvement d’éducation populaire dédié aux enjeux de l’eau. J'ai eu le plaisir de participer à une récente réunion publique du collectif, et c'est grâce à leur travail que j'ai découvert l'ampleur du problème. Alors déjà, pour commencer : merci à elleux.

Je ne pouvais malheureusement être là, il y a une dizaine de jours, pour leur festival. J'aurais notamment pu y participer à ce qui constitue un peu leur "marque de fabrique" : des balades autour des data-centers de Marseille pour bien comprendre leur impact sur la ville et ses habitants. Mais le podcast Azerty nous permet de revivre une de ces balades au format sonore, et c'est vraiment passionnant.

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Photo d'une balade passant sur les hauteurs devant l'un des data-centers de Digital Reality, dans le port de Marseille. Crédits : Azerty podcast / Le nuage était sous nos pieds


C'est aussi leur engagement qui a poussé le Mucem à rompre son partenariat avec Digital Reality, dans le cadre du conflit israelo-palestinien.

On peut aussi citer leur traduction française d'une brochure de la chercheuse et professeur canadienne Anne Pasek "Lutter contre les data centers", ainsi que leur carte des data centers, des projets et surtout des contestations face à ces projets, en France.

Autant de preuves que, si la résistance est certes jeune, elle n'est pas désorganisée, loin s'en faut.

Ce qui constitue une piste de nouvel engagement local personnel, pour ma part. Marseillais, marseillaises qui lisez cet article, on s'y retrouve ?


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Thomas ✊

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04.04.2026 à 08:21

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech

Thomas Beaufils

Au menu d'Absurditech aujourd'hui : un parallèle entre deux industries omnipotentes pour le salé 🧂 et une potentielle alternative low-tech pour le sucré  🍰
Texte intégral (7842 mots)
La voiture : illustration absurde des outrances de la tech

Pour débuter ce mois d'avril, nous avions l'embarras du choix, le petit mais dinguo monde de la tech étant, encore une fois, en ébullition.

Nous aurions pu parler des détournements industriels de Pokémon Go, des non-sens "artistiques" de Nvidia, du rythme de travail "augmenté" des startups françaises... L'IA était comme toujours dans toutes les bouches, même si de premiers dominos commencent à tomber. Hashtag Bubble.

De ces sujets, chez Absurditech, nous avons bien parlé, sur des réseaux variés. (N'hésitez d'ailleurs pas à vous abonner sur la plateforme de votre choix, pour ne pas rater les sujets qui ne sont pas tous traités ici 🤗).

Mais dans ce nouveau numéro de l'infolettre, en revanche, je n'avais ni envie de vous parler d'IA, ni de revenir sur des sujets déjà abordés... du moins pas de la même manière.

Non, cette fois, je vais vous parler d'autre chose. D'un sujet qui me trotte dans la tête depuis un moment, en fait.

Qui me roule dans la tête depuis un moment, devrais-je dire...

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech

Aujourd'hui, dans Absurditech, nous allons ainsi tenter un parallèle entre l'industrie de la tech et une autre industrie qui a eu assez de puissance, au cours du siècle dernier, pour modifier en profondeur nos modes de vie et de pensée, nos cultures toutes entières.

En ce sens, ce sont sans doute les deux seules industries comparables du point de vue de leurs impacts sur nos existences, depuis la révolution industrielle elle-même. L'une ne reflèterait-elle pas l'avènement de la société de consommation, quand l'autre refléterait celui de la société de l'information (puis de la désinformation) ?

Nous allons parler aujourd'hui de l’automobile.
De la voiture, la bagnole, la tire, la caisse, des bolides, des tacots.

Car si un sujet en particulier encapsule les excès technologiques actuels, comme il encapsulait parfaitement les excès industriels du monde d'avant : c'est bien l'industrie automobile.

Cela ne vous paraît pas évident de prime abord ? Laissez moi m'expliquer.


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En 2026, la voiture est tout sauf un "objet" neutre. C'est un élément désormais chargé politiquement, socialement, économiquement, philosophiquement même.

C'est parce qu'on a touché à la bagnole que la crise des "gilets jaunes" a commencé. Elle a aussi été un sujet majeur des élections municipales qui viennent de se conclure (sauf peut-être à Clichy, tiens 😅), opposant hypothétiquement les bobos en vélo des grands centres-villes et les ruraux et banlieusards qui ont besoin, elleux, de leurs bagnoles.

D'ailleurs, certain·es pensent que c'est à cause des bagnoles si les petits centre-villes meurent, quand d'autres pensent que c'est leur absence forcée qui en est la raison.

C'est aussi en grande partie parce que nos bagnoles nous sont vitales que l'on s'inquiète, aujourd'hui, de la guerre au Moyen-Orient. Et puis n'est-ce pas à coups de grandes marques automobiles que les pays les plus riches comparent la taille de leur pot d'échappement ?

La bagnole questionne aussi notre rapport à la violence, elle est un symbole chargé du point de vue du genre... Je peux continuer à lister les occurrences ainsi pendant encore un paquet de paragraphes, mais avançons.

Si tout cela est vrai en France, ça l'est sans doute encore davantage de l'autre côté de l'Atlantique. La voiture y est le symbole absolu de la réussite par la consommation, elle y est un fort marqueur social également, elle porte en elle à la fois le "rêve américain", et son jumeau aventurier, le roadtrip.

Elle représente aussi parfaitement l'individualisme propre à la mythologie US. Dans sa Cadillac, on peut manger, boire son café, on peut même aller au ciné, retirer son cash... ou prier.

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
La "Daytona Beach Drive-In Christian Church" en Floride. Rien à ajouter de plus (Amy Kiley / WMFE)

Des "vieilles américaines" aux muscle cars, des monster trucks aux SUV arborant des calandres aussi hautes qu'un gamin de 14 ans (et qui ne sont désormais plus si rares en Europe)... les grosses bagnoles y sont l'attribut principal de la puissance, de la virilité, d'un folklore très MAGA compatible, au fond.

Pourtant, l'Amérique du Nord n'a pas toujours été une terre de goudron et de caoutchouc. Elle a d'abord été traversée de part en part par les chemins de fer, et ses villes étaient les mieux desservies en tramways et cable cars, restés symboliques dans seulement quelques villes, comme à San Francisco.

Les réseaux de métros y étaient très larges, mais leur développement a stagné bien plus qu'ailleurs, quand les freeways, elles, se sont multipliées, striant le coeur des villes nord-américaines comme nulle part ailleurs dans le monde.

Si je ne vais pas vous détailler par le menu les raisons de cette transition délétère (ce que fait en revanche très bien cette vidéo), on peut citer tout de même une occurence particulièrement marquante. Déjà à l'époque derrière l'une des premières grandes campagnes de lobbying de l'histoire, l'industrie automobile a en 1938 l'idée d'une sacrée manoeuvre économique.

National City Lines, une entreprise de transports en communs propriété de General Motors (les bagnoles), Firestone (les pneus) et Standard Oil (le carburant) prend cette année là le contrôle des réseaux de tramways d'une cinquantaine de villes aux États-Unis, dont New-York, Los Angeles ou Chicago. Résultat : trams à la casse, voies dédiées remplacées par des bus à essence, agrandissements des espaces réservés aux voitures...

Le périph' est bouclé. Ça ne s'invente pas.

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
Les ricains sont assez forts pour rendre une bretelle d'autoroute sexy, certes, comme dans cette géniale scène d'intro de La La Land. Cela reste néanmoins une bretelle d'autoroute embouteillée, et la meilleure illustration de l'ambivalence de Los Angeles : point central du rêve américain et plus terrible labyrinthe d'asphalte au monde.

Après ce court cours d'histoire états-unienne, parlons maintenant de la réalité de l'industrie automobile d'aujourd'hui. Et faisons un constat : le plus gros objet tech dont vous disposez à la maison n'est sans doute pas votre ordinateur ou votre écran TV. C'est votre voiture.

Précisons une chose : j'ai depuis près de 15 ans un rapport très distancié à la voiture, en tant que bobo citadin. Mais ça n'a pas toujours été comme ça. J'ai grandi dans un petit bled ou ne pas avoir de bagnole était presque impossible.

Vous les connaissez de plus ou moins près, ces bleds péri-urbains à 30-40 minutes d'une grande ville (Nantes, dans mon cas) où ce qu'il reste de l'ancienne gare a été abandonné, les voies ferrées revenant-elles doucement à la nature, dans un non-sens historique criant, aujourd'hui.

À 18 ans, la première chose à faire quand vous grandissez dans un bled comme ça, c'est passer votre permis. De mon côté je n'avais pas trop le choix : à la rentrée suivante je devais me rendre à l'IUT (Saint-Nazaire represent) chaque matin en voiture, habitant alors de l'autre côté de l'estuaire.

J'ai ensuite évolué vers des études et des jobs, à Nantes puis Paris, où j'ai lentement délaissé ma vieille Opel Astra couleur sable. Mais les choses auraient pu être différentes.

Bref, si je ne dépends pas à titre personnel d'un véhicule au quotidien, je connais beaucoup de monde pour qui c'est le cas. Et si je n'ai pas fait d'études sérieuses sur le sujet, j'entends toujours le même discours : avoir une bagnole, ça a toujours couté cher, mais c'est de pire en pire.

Je ne parle pas là du prix de l'essence, même si cela fait l'actualité. Non, je parle bien des voitures elle-mêmes, et des pièces qui vont avec. Les trucs sont désormais plus bardés d'électronique qu'un programme Apollo tout entier.

Mais ne me prenez pas au mot : c'est littéralement ce que dit le "Chief Technical Officer" de Stellantis, soit le patron de la technique chez l'un des plus gros groupes automobile du monde, regroupant rien moins que Citroën, Peugeot, Fiat, Chrysler ou encore Jeep.

Sa phrase exacte est la suivante : "Les voitures sont trop complexes, avec trop de circuits intégrés."

De la même manière, écouter les garagistes nous expliquer ce qu'est devenu leur métier est assez édifiant : "on ne parle plus de mécanicien automobile, mais de technicien après-vente". Omniprésence de l'électronique embarquée, nouvelles technologies de diagnostic, importance croissante des compétences en informatique. Le garagiste est-il devenu un informaticien comme un autre ?

Prenons un exemple que je trouve très parlant : avant, quand on pétait son rétroviseur (accident fréquent, avouons-le), il suffisait de trouver le même bloc plastique dans une casse pas trop loin, et basta cosi!

Maintenant, c'est une installation technique complexe qui va vous coûter plusieurs centaines (voire milliers) d'euros, parce que la glace y est dégivrante, le clignotant y est répliqué, il y a un radar de présence, et parfois même un affichage augmenté.

Si les améliorations visant à la sécurité sont les bienvenues, n'en fait-on pas un peu des caisses, c'est le cas de le dire ? A-t-on besoin de deux iPads de chaque coté de sa voiture ?

Et cela, c'est sans parler des multiples écrans qui peuplent désormais l'intérieur de nos véhicules, jusqu'à l'absurde (merci, Tesla). Ce qui pose des questions sur la réparabilité desdits véhicules, mais aussi sur la sécurité de tels dispositifs ; à tel point d'ailleurs que les organes européens et chinois dédiés ont dû intervenir.

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
Ceci est une vraie photo d'une Byton M-Byte, prise pendant le CES 2019, à Las Vegas. Ça se passe de commentaire, non ?

Ce n'est pas moi qui vais vous dire "c'était mieux avant", mais avouez que sur ce point, on frôle le ridicule. La surcharge des gadgets tech est désormais une constante qui me saute aux yeux, notamment avec mon rapport distancié aux voitures que j'évoquais plus haut.

Il m'arrive de louer des voitures une ou deux fois par an. Ce sont généralement des modèles récents. Et quand je repense à mon Opel Astra, je me dis pas que certains changements n'étaient pas bienvenus... mais tout de même.

L'été dernier, je me suis retrouvé pour la première fois avec une Cupra dans les mains. Ancienne division sportive de Seat (auto emoción 💃) et propriété de Volkswagen, c'est désormais une marque qui propose visiblement tous types de modèles. Là, on se parlait d'une électrique compacte avec de la patate, pour résumer.

Et j'ai un peu halluciné : des radars et des caméras de partout, l'inévitable retour de force quand vous passez une ligne (qui manque de me foutre dans le décor à chaque fois), le logo de la marque projeté sur le sol sous les portières (😭), la détection de l'absence d'un passager qui éteint automatiquement la clim de ce coté de la bagnole, un écran central de la taille de mon mac book...

C'est trop, les gars.

Nos voitures sont devenues des iPhones, et les constructeurs s'inspirent des codes de la tech pour nous pousser à acheter des choses dont nous n'avons pas besoin :

les voitures, comme les smartphones, souffrent désormais d'obsolescence programmée du fait de leur surcharge électronique. Toutes leurs ventes reposent sur des dépenses marketing gigantesques ; y'a-t-il autre chose que des publicités pour des téléphones, des bagnoles et du parfum, à la télé ? Et puis, la surcharge d'options que nous évoquions, c'est un peu comme le nombre de méga-pixels de votre smartphone : ça ne sert à rien, mais ça fait joli sur la plaquette chez le concessionnaire, aka la boutique Orange.

Comme les smartphones, voici qu'arrivent bien sûr les bagnoles... boostées à l'IA ! J'en veux pour preuve cet article du Monde : "C’était l’une des voitures stars de l’ouverture du Salon automobile de Bruxelles, le 9 janvier : la XPeng P7+, lancée officiellement sur le marché européen. « Un véhicule défini par l’intelligence artificielle », selon la communication de l’entreprise". Yes, génial.

Il est bien évidemment l'heure de parler de l'éléphant dans la pièce : les voitures autonomes !

C'est le rêve moite d'Elon Musk, qui nous promet (comme il le fait pour tous les projets où il est impliqué) que c'est pour l'année prochaine, depuis 10 ans. Les taxis et véhicules autonomes, ce serait la prochaine révolution qui vient, celle qui va tout changer.

Citons un journaliste tech dont je tairais le nom, mais que je caractériserais comme un homme sandwich télévisuel plutôt qu'un journaliste, au fond. Ce qui devrait suffire à pas mal d'entre vous pour identifier le bougre.

Bref, voici ce qu'il disait il n'y a pas très longtemps sur un plateau télé, de retour du CES : "aux Etats-Unis, ça fait déjà partie de la vie quotidienne. On a testé les robotaxis Zoox, qui se baladent dans les rues de Las Vegas, sans conducteur, sans volant ni pédales. Impressionnant. Sentiment que c'est le sens de l'histoire et que leur déploiement à grande échelle n'est qu'une question de temps (et que l'Europe a, comme souvent, un gros coup de retard)."

Zoox, encore un nouvel acteur sur la marché des voitures autonomes, qui excite donc notre excité en chef. Zoox, une filiale d'Amazon créée il y a 12 ans déjà, qui ne fait tourner que 50 voitures en tout, avec pour seul lieu de commercialisation publique à l'heure actuelle Las Vegas, justement.

À titre de comparaison, l'entreprise Waymo (propriété de Google) a été lancée il y a déjà 22 ans, et n'opère aujourd'hui de manière commerciale que dans 5 villes aux États-Unis. Avec un succès mitigé ? En tout cas, ça fait de belles photos.

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
Une véhicule opéré par Waymo, brulé lors des manifestations anti-ICE de juin 2025, à Los Angeles.

Alors, les voitures autonomes, est-ce vraiment l'avenir de l'industrie automobile et de notre quotidien ? Quelques clarifications me semblent nécessaires.

Déjà, l'adjectif autonome me semble très abusif. Comme pour l'IA générative, comme pour les robots humanoïdes, c'est du bullshit complet dans une vaste majorité de cas.

Tout le système de ces véhicules dits autonomes dépend largement d'opérateurs et opératrices, les habituelles petites mains qui contrôlent nos outils "magiques" dans des conditions déplorables à l'autre bout du monde, comme l'admet un des boss de Waymo lui-même, ou le raconte cet article de Wired.

Pour résumer : prendre un taxi "autonome" à ce stade, c'est simplement déplacer votre chauffeur de la banlieue de votre ville à l'autre bout du monde. La lutte des classes version 2026 : plus moderne, plus chic, plus global.

Bon, et puis il faudra aussi parler de la sécurité réelle desdits véhicules, parce que il n'y aura pas toujours un remote operator pour gérer le bousin à votre place. La dangerosité serait à ce stade maîtrisée d'après les principaux acteurs du marché (qui n'iront pas dire le contraire).

Même si l'une des parties les plus longues de la page wikipédia de Waymo est dédiée aux accidents et problèmes juridiques impliquant ses véhicules, et même si on jette un oeil à ce Cybertruck en mode self driving qui tente de sauter par dessus le bord d'un pont sans raison aucune...

Au-delà de la dangerosité elle-même se pose surtout la question de la responsabilité en cas de problème. Comme avec l'usage de l'IA dans le cadre de conflits armés (en ce moment en Iran, au hasard), les implications sont vertigineuses. Et encore ne parle-t-on ici que de quelques centaines de véhicules dans le monde. Quand ces entreprises souhaitent en imposer partout sur nos routes.

Bah, un véhicule autonome qui s'en sort à peu près sur les artères larges comme des stades de foot de Vegas, ok. Mais hâte de voir ça se démmerder dans les petites rues européennes, entouré de chauffeurs (-ards ?) parisiens ou marseillais, notamment.

"L'Europe a, comme souvent, un gros coup de retard", nous disait ainsi plus haut l'homme sandwich. Quel intérêt aurions nous à rattraper ce retard là ? Toujours ce même discours de la course à l'armement, quand on ne sait toujours pas si celle en cours sur l'IA nous apportera quoi que ce soit de bon.

Que font d'utile nos amis les tech bros avant le temps soi disant offert par l'arrivée des chatbots IA ? Que feront-ils d'utile avec le temps offert par l'arrivée des voitures autonomes ?

Commençons déjà par électrifier le parc automobile neuf, avant de commencer à vouloir créer des trucs qui demandent encore plus de composants électroniques (de plus en plus rares) et d'énergie (autre ressource qui va manquer si on suit la courbe actuelle des usages de l'IA). Car la principale révolution utile à l'industrie automobile sera cette électrification.

Et encore, devrait-on parler d'une révolution ou même d'une évolution, quand on sait que les premiers modèles d'automobile étaient pour beaucoup électriques ? Une découverte que j'ai faite dans le super Rétrofutur Museum, mais une situation qui ne plaisait alors pas aux lobbys de l'hydrocarbure. Mais je ne vais pas vous refaire une leçon d'histoire, j'ai déjà donné dans ce papier.

 

Voilà, vous l'aurez compris : à mes yeux, industries tech et automobile ne feront symboliquement bientôt plus qu'un, dans leurs approches techniques et commerciales, dans leur lobbying incessant (l'industrie tech faisant désormais plus fort que celle de l'automobile sur ce dernier point).

Une fusion déjà très concrète quand on voit le succès (certes vacillant), en une décennie à peine, d'une marque comme Tesla, ou bien la nature des marques chinoises inondant désormais le marché. Les voitures sont désormais des objets tech comme les autres.

Mais dans cette période politique trouble, où la tech expose nos vies et explose nos démocraties, il est bon de finir sur quelques autres parallèles. Rappelons ainsi les liens très resserrés entre les grands constructeurs automobiles allemands et le régime nazi naissant puis au pouvoir d'Adolf Hitler, symbole d'une entente entre le grand capital et le fascisme le plus pur qui ne peut que faire écho à notre époque.

Rappelons aussi ce qui se passait déjà de l'autre côté de l'Atlantique, avec Henry Ford, patron omnipotent de Ford, et son antisémitisme chevillé au corps, ses amitiés bien documentées pour le nazisme, et ces projets qui, là encore, en rappellent d'autres. Comme le racontent, dans leur livre Apocalypse Nerds, Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet :

"Pendant ce temps, au Texas, l'oligarque Elon Musk construit sa propre cité ouvrière, baptisée Starbase. Pensée pour accueillir les employés de ses entreprises, en particulier Space X, cette cité privée dispose de ses propres lois, administrations, centres de santé et écoles. Starbase accueille déjà 500 résidents, dont 100 enfants, précise le New York Times. Ce modèle de cité-entreprise gérée par un patron réactive une utopie du XXè siècle, lorsque des industriels comme Henry Ford se piquaient de bâtir leurs propres "company towns". Au Brésil, Fordlândia, devenue au fil du temps une ville fantôme, est un vestige de cette ambition à la fois coloniale et féodale."

La tech est l'industrie automobile du XXIè siècle en cela qu'elle est l'industrie la plus puissante de l'époque, l'industrie qui change nos vies. Pour le meilleur, pensions-nous, mais plus probablement pour le pire.

C'était vrai en 1930-40, ce sera vrai en 2020-30.

Alors, ami·es des villes et des champs, cyclistes et automobilistes, accordons-nous sur un ennemi commun :

La tech veut nous enfermer dans des algorithmes délétères et des cocons technologiques aliénants, où nous devenons bêtes et méchants.

Comme les groupes automobiles et leurs alliés hydrocarbures voulaient nous enfermer, le plus seul possible, dans des habitacles où nous devenons bêtes et méchants.

Arrêtons de nous chamailler pour des histoires de type de véhicules et de plateformes, et attaquons nous plutôt à ceux qui posent problème, à ceux qui nous exploitent et nous appauvrissent. Résistons aux grands groupes automobile comme aux grands groupes de la tech, et à tout ceux qui leur servent la soupe.

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech

Des alternatives aux voitures traditionnelles, ça existe. De petits véhicules de natures variées sortent un peu partout, même si la tendance (purement créée par le marketing) du SUV ne se dément pas pour le moment, et même si des marques comme Smart font des choix difficilement compréhensibles.

Il y a Citroën avec sa très reconnaissable Ami, citadine électrique ultra-compacte – même si son achat par nombre de familles bourgeoises en guise de voiture sans-permis pour leur riche progéniture en fait un bel effet rebond.

Mais il y a mieux : il y a les propositions en provenance de la démarche low-tech !

C'est ce qu'évoque cet article que Jacques Tiberi, rédacteur en chef du Low-Tech Journal, m'a gentiment permis de vous partager ici. Un article rédigé par Timothée Fustec, personnalité bien connue de l'écosystème low-tech français.

PS : le Low-Tech Journal, super mag des alternatives frugales et des bifurcations écolos, vient de lancer sa campagne de financement participatif. Allez donc les soutenir si vous le pouvez, à la hauteur de vos moyens !

(Disclaimer : j'accompagne Jacques en indépendant sur cette campagne, précisons-le).


La voiture : illustration absurde des outrances de la tech

[Extrait du Low-Tech Journal n°24]

J'ai testé pour vous La Bagnole du constructeur français Kilow. Un mini pick-up électrique, original et léger, aux airs de buggy solarpunk !

Savez-vous à quoi ressemblait la première voiture ? Conçue en 1871 par Joseph Cugnot, le "chariot à feu" était un prototype d’automobile pouvant atteindre 4 km/h. À l’avant de ce véhicule de plus de 7 mètres : une énorme cocotte-minute qui, grâce à un souffle de vapeur, actionnait une roue permettant de faire avancer le véhicule. Apparemment, il fallait descendre toutes les douze minutes de la machine pour la recharger en bois.

Malgré l’intérêt limité d’un tel bolide, on ne peut qu'avoir une étincelle d’émerveillement face à cette innovation du passé. Serait-ce grâce aux écrits de Jules Vernes ? Aujourd’hui, la voiture prend trop de place. Dans nos villes comme dans nos vies. Temps de trajets, statut social… Pour autant, peut-on totalement se passer de véhicules individuels ?

Depuis ma campagne Bretonne, je vous avoue qu'un petit quadricycle électrique, modulable et léger me serait bien utile... Et si j'essayais La Bagnole ?

15 000 € en précommande, c'est low-cost !

Je ne résiste pas à vous rappeler ce qu'en disait le Low-Tech Journal dans un dossier sur les véhicules intermédiaires publié dans son n°6 : "La Kilow ? Un énième gadget cyberpunk pour adulescent ou gosse de riche néo-rural sans permis et accro à l’adrénaline (0 à 40 km/h en 4 sec). Bon sang, un autre fun est possible !". Correspondant trait pour trait à cette description, il était tout naturel que je teste pour vous ce tacot dépouillé !

Le bon rapport sobriété-performance ?

En bon lautéqueur, j'ai commencé par interroger mon besoin. Je dirige un centre de formation et de séminaires qui se veut un exemple de soutenabilité. J'étais donc à la recherche d’un moyen d’effectuer les trajets professionnels quotidiens en toute sobriété. Mes trajets ? Des allers-retours à la gare (21,3 km), et le tour des commerçants pour faire les courses (~8 km). Les routes me menant à ces deux points sont toutes limitées à 80 km/h.

Enfin, puisque le centre de formation est autonome en électricité, grâce à ses panneaux photovoltaïque, une voiture électrique à faible consommation était toute indiquée. J’ai donc porté mon dévolu sur ce pot de yaourt, il y a un peu plus de trois ans, en faisant une veille sur les innovations frugales françaises. J'ai passé la pré-commande alors que la machine n’était pas encore en production. J'ai déboursé la somme de 15 000 € pour acquérir l’engin. Ce prix hors taxe comprend la livraison, ainsi que les différentes options. Ces dernières sont nombreuses et assez utiles, notamment les portes, les gardes boues, le coffre, etc. Moins essentiel, le volant "sport" nous a été offert.

Premiers émois

Les problèmes ont commencé quand il a fallu assurer la bête. Les six grandes enseignes la classaient parmi les voitures sans permis et exigeaient des tarifs affolants ! Une fois ce problème résolu, je décidais, enfin, de prendre le volant pour une première course. Il me fallait livrer quelques paquets de Biochar à un paysan du coin. Un collègue débonnaire et moustachu m’accompagne. À bord de l’habitacle, on s'installe sur des sièges, a priori peu confortables. Il n’en est rien : un levier sous l’assise permet de faire glisser le siège d’avant en arrière. Je règle les rétroviseurs en... passant la main par la fenêtre. So 1980 !

Pas de rétroviseur en haut du pare-brise, les deux à bâbord et tribord, particulièrement larges, suffisent. Le tableau de bord est en bois, on y retrouve toutes les commandes sous forme de switchs ; les clignotants à gauche du volant, les feux de routes, les essuies glaces… Je m’attache, et après avoir vérifié que mon copilote en avait fait de même, tourne la clé dans la serrure.

Le petit panneau d’affichage s’éveille de lettres écrites dans une lumière blanche, le capot émet un son électrique et aigu, puis tout devient silencieux. Déporté légèrement vers le centre de l’habitacle, deux pédales. Leur positionnement permet une bonne conduite, mais on ne peut s’empêcher de se poser la question : pourquoi sont-elles autant sur la droite !? Après avoir déverrouillé le manche du frein à main, j’appuie du pied sur le champignon. Sans aucun bruit, elle s’élance sur l’asphalte campagnard et les arbres commencent à défiler.

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
Timothée posant avec la "Bagnole" de Kilow

Une Tesla derrière moi

Dès les premiers virages, je prends conscience de la superbe visibilité qu’offre le pare-brise droit et large qui lui confère sa silhouette anguleuse. C’est tout juste s’il y a un angle mort. Je commence à slalomer à 50 km/h entre le bocage breton. C’est là que je remarque la dureté du volant dans les virages serrés. C'est un fait : la Bagnole n'est pas très maniable. Sa petite taille laissait pourtant croire qu'elle se conduirait comme un kart. Je vois un stop au bout de la route, je freine, un crissement, la voiture s'arrête, ouf !

Un regard dans mon rétroviseur m’avertit qu’une Tesla est derrière moi. La gueusaille n’a qu’à bien se tenir ! Je quitte le Stop pour entrer sur la départementale. C’est le moment de voir ce qu’elle a dans le ventre. Je switche pour activer le clignotant… Tiens donc, pas le tictac caractéristique. C’est perturbant, mais on s’y fait.

Je monte rapidement à 80 km/h. La sensation de vitesse est décuplée par le large panorama et la faible distance au sol : seule une fine couche d’acier sépare mes guiboles du bitume, une trentaine de centimètres plus bas. Nous voici donc, filant à vive allure, probablement sous le regard hagard de notre poursuivant technosolutionniste, qui pensait avoir affaire à une caisse sans permis limitée à 50'.

Dans le bourg, les passants tournent la tête face à mon nouveau tape-cul. On sourit. Arrivé à destination, je remarque que les portes s'ouvrent de l'intérieur via une simple sangle qui court le long de la porte. Un dispositif particulièrement original et agréable à manipuler.

En revanche, fermer la porte depuis l’extérieur est une expérience un peu plus fastidieuse : il faut juste la... claquer très fort (?). Mon colis déposé chez notre ami paysan low-tech, nous repartons.

Une petite bruine commence à tomber, mais, pour activer l'essuie-glace, je dois tendre le bras jusqu'à un switch, placé de l'autre côté de la console. Je me rends alors compte que l'essuie-glace n'a qu’une seule vitesse... Adaptée aux pluies drues. Faut s'y faire !

Vitesse max

En plus de la vitesse, l’écran du tableau de bord affiche l’autonomie du véhicule qui s’élève au maximum à 147 km. Les petites batteries se vident rapidement, mais se rechargent aussi vite sur le secteur. Une simple prise 220 volts suffit. Très pratique.

Je vous fais la confidence que, pédale au plancher, j'atteins les 84 km/h. D'accord, ça tremble un peu. Et mon passager sue à grosses gouttes. Mais on sent bien que le moteur n'a pas dit son dernier mot. Un logiciel doit probablement brider la machine à sa limite légale. Ce qui est une bonne chose, selon mon passager. Moi ? J'ai profité d'une joyeuse expérience de pilotage frugal !

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech
Les mensurations de la bête

Qu'est-ce qu'on en pense ?

Sur le papier, La Bagnole n'a rien d'une folle aventure. 400 kg, 80 km/h max, pas d'auto-radio ni de siège chauffant. On est très loin des délires masculinistes, du buggy ou du Cybertruck. Pourtant, La Bagnole attire. Elle surprend. Et c’est certainement là son plus bel atout. Une option "sociale" qui surpasse ses défauts de jeunesse.

Ce SolarTruck a une allure. D’un glaz tirant sur le vert, elle a la dégaine des jeeps du débarquement, ou même d’une Ford T des années folles. C’est sûrement dû à ses deux phares ronds, ce petit capot et ce grand pare-brise. À l’époque, l’aérodynamisme était superflu. Ce charme rétro-futuriste est assurément l’avantage le plus important de La Bagnole.

Dans un monde où la petite voiture est une forme d’aveu de faiblesse, La Bagnole renverse la vapeur. Les gens tournent la tête dans les villages, on s’intéresse, on veut la tester. On retrouve l’étincelle d’émerveillement du "chariot à feu". Elle est désirable. Et c’est indispensable.

En effet, tout l’enjeu est de convaincre le plus grand nombre d'aller vers une mobilité plus légère, moins émissive. Il faut convaincre Richard Gere de ne pas prendre la limousine blanche pour retrouver Julia. Il faut convaincre Tom Cruise de réaliser son ultime Mission Impossible en véhicule intermédiaire. Ce pick-up pourra-t-il nous mener vers un futur plus low-tech ? Je le crois.

Surtout quand il y aura la version quatre places pour toute la famille Pierrafeu. La Bagnole est plus proche d’un Key Car que d'un VéLi, qui lui-même est plus proche d’un vélo… La Bagnole est plus low-tech qu’une voiture, mais plus high-tech qu’un Vhélio.

Pour autant, je crois, et même j’espère, que c’est la première d’une longue série de véhicules plus sobres, plus légers et plus locaux. Cette guimbarde low-tech est une étape indispensable pour démocratiser les alternatives sobres. Grâce à son style, et sa vitesse indispensable en milieu rural, elle répond à un besoin actuel pour un futur désirable.

Comme disait Doc Brown dans Retour vers le futur, "quitte à voyager à travers le temps au volant d’une voiture, autant en choisir une qui ait de la gueule".


Encore un grand merci à Jacques et Timothée pour la rédaction et l'édition de cet article du Low-Tech Journal.

Pour rappel, la campagne de financement participatif du Low-Tech Journal est en cours, allez y jeter un oeil :)

La voiture : illustration absurde des outrances de la tech

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Thomas ✊

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06.03.2026 à 08:55

Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?

Thomas Beaufils

Au menu d'Absurditech aujourd'hui : une candidate socialiste au CV étonnant pour le salé 🧂 et des propositions politiques numériques stylées pour le sucré 🍰
Texte intégral (3764 mots)
Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?

Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?

UPDATE :

Face à la quantité invraisemblable de retournements de situations à Clichy (92), je me devais de caler ici de rapides mises à jour, même si on s'éloigne grandement de la tech.

Primo : Julie Martinez, candidate pour le PS et ancienne salariée du géant techno-sécuritaire Palantir, s'est donc inclinée de justesse au deuxième tour des municipales, face au "Républicain"* Rémi Muzeau.

Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?
Résultats détaillés de l'élection, capture d'écran du site du Monde.

Secondo : une vidéo de Julie Martinez, filmée le soir des résultats du second tour, la montre déclarant qu'elle est prête à "faire mourir Rémi Muzeau en prison", "parce que c'est là où il appartient (sic)". Du pain bénit pour le candidat LR qui peut donc jouer les victimes apeurées sur les plateaux télés.

Il faut croire que la brutalité des méthodes de Palantir a infusé chez Mme Martinez. Qui l'eût cru ?

Tertio : on apprenait dimanche soir, 29 mars, dans un article du Parisien, que des fraudes ont été constatées durant l'élection :

"Des procurations ne figurant pas sur le registre de la préfecture des Hauts-de-Seine, des électeurs qui se retrouvent nez à nez avec des inconnus votant à leur place… À Clichy, 7 plaintes ont été déposées pour usurpation d’identité. La candidate PS Julie Martinez (PS) a formulé un recours après la réélection de Rémi Muzeau (LR)."

La bataille pour la mairie de Clichy fait donc les prolongations. Et elle compte déjà assez de rebondissement pour en tirer une série Netflix. Disons "House of Clichy" ?

Il y aura un problème, cependant : il sera bien difficile de s'attacher aux personnages, tant ceux-ci ont tous l'air détestables.

*je mettrais dorénavant toujours des guillemets au terme républicain quand il s'agit d'évoquer le partie politique du même nom, tant celui-ci est à mes yeux désormais un parti d'extrême droite, tout à fait sorti de l'axe républicain, si tant est que cette notion est encore un sens en 2026.


ARTICLE ORIGINAL :

Le premier tour des municipales, c'est presque dans une semaine. Déjà 😱

Dans un contexte politique tendu sur tous les fronts, ce scrutin local aura évidemment une importance nationale au vu des thématiques soulevées, et du fait d'une banalisation toujours plus grande de l'extrême droite.

Et voilà qu'une candidature en particulier, au sein d'un parti décidément pas avare en surprises ces temps-ci, ajoute une dimension toute à fait "tech" et internationale au schmilblick.

Je vous présente Julie Martinez, candidate à la Mairie de Clichy (92) pour le Parti Socialiste, et directrice d'un think tank qui a l'air trop sympa : France Positive.

Sur un compte Instagram tout en good vibes, on balance des reels en mode influenceuse cuisine tout en critiquant (à juste titre, je présume) les méthodes du maire sortant ; on propose de "créer du lien" avec de jolis visuels colorés ; on va rendre le logement accessible et construire des pistes cyclables.

Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?
Affiche de campagne de Julie Martinez aux élections municipales 2026, à Clichy (92)

Sur le papier, moi, je suis un bobo. Ça me va super bien.

Sauf que quand on regarde le CV de Mme Martinez, il y'a un truc qui saute aux yeux. Elle a au moins le mérite de ne pas le cacher, c'est écrit noir sur blanc sur son compte Linkedin :

Julie Martinez a travaillé pendant trois ans et demi, et jusqu'en octobre dernier, pour Palantir.

Elle a été avocate intégrée à l'entreprise pendant plus de deux ans, avant d'en devenir la "responsable de la protection des données" pendant près d'un an et demi.

Palantir, ça vous dit quelque chose ? Mais siiiiii, cette sympathique entreprise dont on a déjà parlée à plusieurs reprises dans cette infolettre. Une entreprise dédiée à la surveillance de masse, le bras armé technologique de l'administration Trump, comme l'expliquait Olivier Tesquet dans une chronique récente sur France Inter (complété depuis par un papier pour le Grand Continent).


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Le premier client historique de Palantir n'était autre que la CIA, avec un logiciel nommé Gotham, dont le principe était effrayant de simplicité : Palantir ne collecte pas les données, elle les connecte. Le but : pouvoir dire où une "cible" se trouve, et avec qui s'y trouve-t-elle.

Gotham ? Oui, la ville de Batman. Le nom "Palantir" est lui à aller chercher du côté du Seigneur des Anneaux. Olivier Tesquet :

"Dans le folklore du Seigneur des Anneaux, le Palantir est une pierre qui permet de tout voir tout le temps, un outil très puissant et très dangereux. L'omniscience, c'est ce qui est visé dans son nom même. Palantir est une entreprise du XXIe siècle au sens chimiquement pur : ils ont commencé avec les services de renseignement, ils ont été financés par la CIA, et depuis, ils vivent des crises, que ce soit le terrorisme, le Covid ou les guerres en Ukraine et à Gaza."

Et avec le retour de Trump aux affaires, Palantir a pu confirmer son statut de partenaire technologique privilégié du gouvernement états-unien. Il faut dire que l'entreprise représente l'outil idéal pour identifier ces fameuses "cibles", qu'il s'agisse de "terroristes" à éliminer (ce qualificatif étant un brin galvaudé dans la bouche de Trump), ou de migrant·es à expulser via l'ICE.

Mais ces "produits" sont aussi utilisés en France, par la DGSI, par exemple. Ce qui au delà de toute considération éthique, pose aussi des questions de souveraineté assez majeures.

Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?
Extrait du CV de Julie Martinez sur Linkedin. J'imagine que ça fait cool de se dire "legal ninja", même quand c'est pour une boite dédiée à la surveillance de masse dirigée par des crypto-fascistes 🫰

Batman, Lord of the Rings : on est, comme souvent avec la Silicon Valley, dans le royaume des geekos mascus et malsains qui n'ont rien compris au bouquin.

Car Palantir a été créé par un techno-fasciste pur jus. Pas aussi connu que l'autre geeko-facho de service, Elon Musk, mais sans doute plus dangereux encore : Peter Thiel. Son nom vous est sans doute familier, d'autant que sa récente venue à Paris a fait couler pas mal d'encre.

Si vous ne le connaissiez pas, désolé : je vais devoir faire les présentations.

Issu comme Musk de la PayPal Mafia, Peter Thiel est clairement le "techno-fasciste" le plus chaud de ta région. Ses obsessions religieuses pour "l'Antéchrist" et l'extrémisme de ses visées libertariennes l'ont longtemps cantonné à un rôle de "trublion bizarre", dangereux certes, mais surtout isolé au sein de la Silicon Valley.

Pourtant, il a depuis été l'acteur majeur du rapprochement de Trump et des Big Tech 🇺🇸 grâce à son poulain J.D. Vance, dont il a financé l'entrée en politique. Il est désormais au coeur du projet trumpiste, se présentant comme le liant entre les AI-enthusiasts les plus acharnés et la droite religieuse états-unienne la plus dure.

Certes, Thiel ne dirige plus aujourd'hui Palantir, dont il s'éloigne actuellement. Mais il ne reste pas moins le concepteur de la matrice qui a vu naitre cette entité. Surtout, l'actuel PDG de l'entreprise et son co-fondateur aux côtés de Thiel, Alex Karp, n'est pas un joli coeur non plus.

Karp ne cache pas son ambition : faire de l'Amérique de Trump un "Empire Technologique" qui écrase toutes les autres nations, grâce à l'IA et à la maitrise des flux de données. Un nationaliste viriliste parfaitement décomplexé.

Maintenant qu'on a dit tout ça, on peut quand même revenir à nos moutons franchouillards :

Qu'est ce qu'une candidate socialiste aux municipales, qui souhaite "créer du lien" et proposer "des options végétariennes et bio à la cantine", a bien pu faire dans une boîte comme Palantir ?

Au soutien de fascistes libertariens comme Thiel et Karp ?

Julie Martinez a été salariée de l'entreprise jusqu'en octobre dernier. En parallèle, elle était alors porte-parole du PS pour les sujets technologiques, et notamment sur l'IA. Ce qui n'avait pas manqué alors de faire lever quelques sourcils.

Martinez expliquait à l'époque à Libération que «[son] métier était de veiller à ce que la réglementation européenne soit appliquée » par Palantir. Une manière de dire qu'elle aurait donc tenter de rendre le géant de la surveillance "meilleur" ? On s'esclaffe.

On peut plaider la prise de conscience et le pivot éthique. Je veux dire : j'écris ces lignes critiques sur la tech depuis 2 ans alors que j'ai été un salarié de Microsoft quelques années plus tôt. Donc les prises de conscience, je peux piger.

Mais dans le cas de Julie Martinez, pardon, ça ne prend pas. Elle a démissionné de son job chez Palantir seulement en octobre dernier, et encore y a-t-elle été forcée par la polémique. La rapidité du pivot est impressionnante, et on ne change pas de vision sur le monde en 6 mois.

Par la même occasion, elle quittait d'ailleurs son job de porte parole "tech" du PS. On se dit alors qu'il s'agissait là d'une simple erreur de casting. D'un manque de "background check", certes coupable, mais oubliable du parti... et on passe à autre chose. Que nenni : le PS l'intronise donc dans la foulée candidate à Clichy, en connaissance de cause !

En juin dernier, alors pleinement intégrée à la machine Palantir, elle disait ceci dans un papier toujours en ligne sur le site du Parti Socialiste : "La technologie n’est jamais neutre : elle prolonge le projet politique de ceux qui la possèdent".

Julie Martinez sait donc très bien ce qu'elle fait, et ce serait hilarant si ce n'était pas terrifiant. Dr. Jekill et Mr. Hyde.

Comment le Parti Socialiste peut-il présenter une telle candidate aux municipales dans ce contexte politique, technologique, international ?

Comme Julie Martinez peut-elle se sentir crédible quand elle parle de ses "propositions pour l'école publique" quand elle a servit des figures libertariennes comme Thiel ?

Comment peut-elle porter un programme social "créant du lien" quand elle a ramassé les (gros) chèques d'une entreprise dont le métier est la surveillance de masse au bénéfice du programme fasciste de Donald Trump ?

Alors que la défiance de la population française est au plus haut face à ses représentant·es politiques corrompu·es et déconnecté·es de leur réalité, je ne vois pas comment un parti prétendument socialiste peut soutenir la candidature de quelqu'un capable de se dédoubler ainsi.

Julie Martinez redéfinit la notion même de "double casquette", même si cette dernière est au placard (depuis à peine 6 mois). C'est à se taper la tête contre les murs.

Et c'est en même temps tellement symbolique de l'absurdité de 2026.


Bien que je sais qu'il est désormais coutumier, "dans la France de Macron", de faire preuve de mansuétude vis à vis du fascisme, y compris dans les rangs socialistes... là on va quand même dans une direction toute aussi déroutante que, disons, si notre Assemblée Nationale observait des minutes de silence pour des néo-nazis.

Oh, wait.


Pour conclure : merci à Thomas Le Bonniec pour sa lettre ouverte. Si je connaissais déjà le cas Martinez suite à la polémique puis à sa double démission d'octobre dernier... j'avais complètement raté cet épisode municipale lunaire, comme beaucoup de monde, j'ai l'impression. Je l'ai découverte grâce à son alarme.


Juste une parenthèse pour vous dire que je ne parlerais pas du sujet "QuitGPT" dans le détail, pour le moment.

Deux mots cependant : on peut se réjouir d'un départ en masse des utilisateurs et utilisatrices du service d'OpenAI pour protester contre le soutien de son leadership à Donald Trump, puis plus récemment de son intégration à l'outil guerrier états-unien.

M'enfin, évitez à mon humble avis de dresser trop rapidement des lauriers à Anthropic et Dario Amodei, qui se positionne de manière tout à fait marketée en "résistant". Bon après, c'est vous qui voyez. À chacun ses good guys 🤗


Une candidature « made in Palantir » aux municipales ?

On en parle régulièrement ici : le rapport au numérique de nos élu·es est bien souvent tout à fait à côté de la plaque, du cas qui nous intéressait aujourd'hui aux prises de position régulières d'Emmanuel Macron sur le sujet.

Mais il y a aussi de supers initiatives qui peuvent aider la sphère publique française à aller vers le meilleur, et ce sera notre dessert du jour 🍰

Car dans le genre super initiative, on peut parler de "Désascalade numérique", 10 propositions co-écritent par des associations et coopératives françaises de grande qualité, de Commown à Lève les yeux, de Techologie à Génération Lumière.

Le but est d'éduquer les élu·es et futur·es élu·es aux risques posés par le numérique et aux avantages qu'une forme de décroissance numérique pourrait nous offrir en tant que société.

Pourquoi choisir les municipales ? Je les cite :

"Les menaces que fait peser l'industrie numérique sur le vivant, l'emploi ou les libertés fondamentales peuvent sidérer en donnant le sentiment de phénomènes planétaires insaisissables. Pourtant, agir à l'échelle locale, à partir des communautés dans lesquelles nous vivons, est non seulement possible, mais décisif. C'est l'échelle plus efficace pour sortir de l'impuissance et recréer des liens fragilisés par le déferlement technologique. Pour se donner les moyens, progressivement, de reprendre la main sur les objets qui nous entourent et sur nos besoins fondamentaux."

J'ai justement assisté hier soir à Marseille à une réunion très intéressante du collectif "Le nuage était sous nos pieds", qui veut remettre au centre du débat public les installations de centres de données, notamment sur le territoire marseillais. J'en reparlerai forcément, bientôt.

En attendant, je vous laisse découvrir les 10 propositions détaillées du collectif Désescalade Numérique, des directions ultra pertinentes à creuser, et à pousser auprès de vos mairies et de vos élu·es.

Parce que résister localement un peu partout est peut-être le meilleur moyen d'avoir un impact global.

👉 https://www.desescaladenumerique.org


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