17.10.2026 à 09:05
Thomas Beaufils

Je me plaignais récemment que l'actualité tech, tournant en boucle, me donnait l'impression de vivre un incessant "jour de la marmotte".*
Je dois dire que ces derniers jours ont battu cette impression en brèche.
Et il a fallu que cela arrive pile au milieu d'une petite semaine de vacances en Italie : Marseille-Turin, ce n'est pas qu'un beau match de foot, c'est aussi un très beau trajet ferroviaire. Une semaine de pause qui m'a aussi permis de découvrir Bologne, surnommée la Rouge pour ses briques comme pour son histoire politique. Un régal.
L'actu tech, la semaine dernière et encore ces derniers jours, a en effet été pour le moins agitée et originale.
Excusez du peu : des frigos cyber-attaqués ? Hmmm, ok, pas mal.
Mais que dire des ventes d'appareils électroniques qui s'effondrent à cause de l'IA générative ? Des suites Office et Adobe copiées en deux coups de cuillères à pot "grâce à l'IAgen" ? D'une chaîne Youtube technophile qui se fait reprendre de volée par ses abonné·es ? Ou de Nvidia qui investit dans... Doctolib ?!
C'EST QUOI CE BAZAR LES RAGAZZI ? 🤌
Allez, on déplie tout ça et plus encore, dans ce nouveau numéro de votre Absurdi-lettre préférée, cette fois au format multi-sujets.
PS : non, on ne parlera pas du dernier numéro de cirque d'Elon Musk.
* un truc ne bouge pas : tout le monde sait que l'économie de l'IA générative n'a aucun sens (les premières banqueroutes du secteur le montrent parfaitement) mais les cours de bourse de la tech continuent de grimper 🤷♂️
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Merci, bonne lecture à toutes et tous !

Dans notre dernier numéro, j'émettais une théorie selon laquelle le développement de l'IA générative serait un pur péché d'orgueil pour l'industrie de la tech. Son hubris la poussant à mettre en danger, économiquement comme du point de vue de l'image, une puissance qu'elle a mis des décennies à établir.
Chaque jour qui passe semble me le confirmer un peu plus : les géants de la tech scient ainsi sciemment [poésie] la branche sur laquelle ils étaient jusque là confortablement assis... et c'est presque jubilatoire à regarder.
On s'amuse comme on peut.
Le 9 octobre, on apprenait ainsi que le marché du PC s'effondrait littéralement, avec une baisse de plus de 20% des expéditions mondiales d'ordinateurs au troisième trimestre 2026 par rapport à 2025.
Les raisons ? Les prix desdits appareils augmentent déjà, et les constructeurs les stockent un maximum avant l’augmentation supplémentaire des prix des composants (notamment la RAM) anticipée suite à l'accaparement des ressources par la construction des datacenters nécessaires pour faire tourner vos LLM favoris.

Côté téléphone, c'est tout pareil, comme l'explique Next :
"Le troisième trimestre a enregistré une chute de 20 % des expéditions mondiales par rapport au même trimestre l’année dernière. Le cabinet d’analyse met amplement en avant les tarifs de la RAM comme facteur principal, avec à la clé une augmentation moyenne de 20 % des prix des smartphones depuis le début [de l'année]."
Et dans les deux cas, ce n'est sans doute que le début : les analystes économiques craignent les mêmes tendances à l'avenir pour les deux marchés. À savoir une baisse continue des ventes sur 2026 et 2027 à la faveur de la crise économique et de l'augmentation du prix des appareils dû à la priorité donnée au développement de l'IA.
Et attendez que le surplus de crise économique dû à la bulle de l'IA générative pointe le bout de son nez, pour un double effet kiss-cool dévastateur...
Mais il n'y a peut-être pas que du côté des appareils physiques que l'industrie de la tech se tire une balle dans le pied. Cela pourrait aussi bien être le cas du côté logiciel !
Parce qu'il déteste Adobe et ses célèbres frais de résiliation anticipée, l'ingénieur Brandon Thomas a ainsi utilisé Claude pour "recoder" Photoshop et toute la suite Adobe au format gratuit et open-source. Son projet appelé "Art Craft" a depuis été élargi à la suite Office, ce qui donne la belle liste suivante :
Alors évidemment, à ce stade, c'est complètement buggé, et la question du suivi et de la sécurisation des applications ainsi produites est à résoudre. Mais si la communauté grandissante du libre se saisissait de la chose pour en faire une alternative gratuite crédible à l'extorsion en bande organisée d'Adobe et Microsoft, on rigolerait pas mal, non ?
Bon, sinon ça sera juste un coup d'épée dans l'eau qui aura dépensé des tonnes de flotte et d'énergie pour rien, mais n'est-ce pas la base à l'ère de l'IA générative ?
Quoi qu'il en soit : Icare continue à grimper vers le soleil, il commence à faire chaud... mais les géants de la tech n'en ont pour le moment rien à cirer 🐝

Dans le genre but contre son camp, on peut aussi citer le cas Doctolib. Le champion de la French Tech, devenu un indispensable dans la vie quotidienne de millions de français depuis le covid, a un nouvel investisseur.
Il s'agit de... Nvidia, le seul gagnant ou presque de la course à l'IA, dans un move plus large pour investir dans la tech en France.
Ô surprise, les petits patrons de la French Tech préfèrent l'entrée de pognon frais dans leur capital, et cela d'où qu'il vienne, à :
1/ la souveraineté numérique de leur pays
2/ la sécurité des données de leurs usagers
On parle à ce stade d'un actionnariat minoritaire, bien sûr. Mais ça n'augure rien de bon pour la suite. Savoir que des investisseurs de la tech US, aux bottes d'un Donald Trump qui vient de signer un deal avec Poutine contre l'Europe, investissent dans une entreprise qui conserve nos données de santé... voilà qui devrait toutes et tous nous inquiéter.
Rappelons que Doctolib avait déjà pris un coup de chaud au début de l'été, quand l'entreprise avait annoncé vouloir utiliser les données de ses clients pour des "projets de recherches en IA".
Il fallait alors que chaque utilisateur aille lui-même dans ses paramètres pour empêcher l'exploitation des données saisies par son médecin, de ses ordonnances ou encore de ses antécédents médicaux pour entraîner des modèles d'IA. Ce qui avait entrainé la publication d'une palanquée d'articles pour expliquer comment faire.
Bref, comme lu dans un thread sous mon post Bluesky sur le sujet :
"Que le truc qui permette de prendre rdv chez le coiffeur soit privé, ok, mais dès que ça touche à la santé, ça devrait systématiquement être géré par l’état."
Alors, chiche, n'en déplaise à Stanislas Machin-Truc : on nationalise Doctolib et on boute Nvidia hors de France ?
En attendant, n'oubliez pas de faire la manip !


Je reviens une nouvelle fois à notre numéro précédent : nous y évoquions une levée de bouclier de plus en plus forte face à la tech et à ses créations.
Une détestation nouvelle qui prend racine aux États-Unis (à tel point que les datacenters y transforment des trumpistes en démocrates, ce qui est quand même hilarant), et commencent à bouillir de ce côté de l'Atlantique.
Cela dit, tout le monde n'a pas encore pris conscience de la dimension aliénante du dernier "outil" que nous offre l'industrie du numérique, j'ai nommé l'IA générative.
Parlons ainsi d'une récente vidéo de l'une des plus grosses chaînes Youtube tech de France, Underscore_, menée notamment par l'influencer Micode, de son vrai nom Michaël de Marliave.
Dans cette vidéo du 29 septembre, Maxime, Chief Technical Officer (le directeur technique) d'une start-up (une entreprise pas encore rentable) explique comment il a "laissé l'IA gérer sa vie pendant 6 mois".
Rien que le titre m'a fait réagir comme sur cette photo.
Maxime y exprime qu'il souffrait de ce que j'appellerais un "surmenage communicationnel" : beaucoup de messages, sur beaucoup de canaux, mélangeant visiblement vie pro mais aussi perso. On peut toutes et tous s'y référer, je pense, dans cette ère de surinformation à tous les niveaux.
Mais c'est la réponse qu'il va donner à cette gêne qui parvient à être plus gênante encore.
Maxime va ainsi nous expliquer que, plutôt que d'écrire sur son clavier à son chatbot IA sur-mesure, il lui parle désormais via son téléphone des heures chaque jour, car je cite : "la bande passante du clavier est pas suffisante, pas rentable". Imaginez la quantité "d'interactions" que ça représente... Il trouve ça génial.
Autre truc génial ? Je paraphrase : à ton chatbot, tu peux lui parler dans le désordre, tu peux te répéter, tu peux changer de sujet... le LLM va comprendre.
C'est vrai : pourquoi formuler une pensée cohérente quand on peut balancer tout ce qu'on a en tête sans ordre particulier et laisser la technologie essayer de créer du sens avec ça ?
Idem, un peu plus loin, on entend : "l'IA n'est jamais frustrée, elle est toujours sympathique"... contrairement à ta famille et tes collègues, voudrais-tu dire, Maxime ? Difficile de leur en vouloir.
L'anthropomorphisation est à son maximum. Rappelons à Maxime qu'un chatbot n'a pas de sentiment. Et que cognitivement ça ne va pas marcher longtemps pour garder un cerveau agile, cette affaire. Mais notre CTO, lui, trouve ça génial.
Maxime donne ensuite des exemples d'usages. La flemme de faire du shopping ? Hop, je laisse l'IA m'acheter le même t-shirt dans toutes les couleurs possibles. Pas sûr de quel resto réserver pour le weekend avec madame ? Pas grave, mon IA s'en occupe, et on verra bien ce que ça donne.
A-t-il délégué la charge mentale de son quotidien qu'il laissait habituellement à la gente féminine à son IA personnelle ? Dans les mots utilisés, ça y ressemble un peu. D'ailleurs, anecdote "fun" : "quand mon IA écrit à ma femme, elle dit 'salut ma belle'" ; je ne pense pas que ChatGPT aurait fait ça." Quelle superbe amélioration en effet !
La femme et la famille de Maxime sont-elles au courant qu'il ne prend pas le temps de leur parler lui-même ? Tant qu'elles sont prévenues, pas de souci, jure-t-il... pauvres d'elles.
Continuons : le bonhomme fait évidemment du cross-fit, ça fait partie du pré-requis, et c'est l'IA qui lui fait ses programmes chaque jour. Mais je me demande : si l'IA pouvait faire la muscu à sa place, il prendrait cette option ? Et muscler son cerveau, ça ne sert à rien ?
L'argument qui revient à chaque fois, quand on demande l'intérêt réel de tous ces gimmicks versus ce qui existe déjà sur le web : "ça s'adapte exactement à moi". Voilà : moi, en tant qu'individu unique et primordial, je dois avoir tout un univers adapté très exactement à ma réalité propre.
Aucune anicroche, aucune adaptation, aucune latence ne saurait-être acceptée. L'humain et ses incertitudes ne sont pas assez "rentables"... Maxime a beau faire du cross-fit, ses habitudes n'annoncent pas une robustesse à toute épreuve.
Alors que voici la touche finale : tous les matins, Maxime reçoit sur son téléphone un "podcast" de 10 minutes qui lui résume quoi attendre de sa journée. "C'est l'anniversaire de ta mère, pense à l'appeler ce matin, là tout de suite, c'est le moment généralement où elle promène son chien. Je te choisis un cadeau si tu veux." Je ne rigole pas, c'est littéralement l'exemple qui est donné.
Toutes ses relations interpersonnelles sont ainsi filtrées par un chatbot... et tout cela est sensé lui faire "gagner du temps". Mais quel est l'intérêt de "gagner du temps" et de "réduire sa charge mentale" si c'est pour ne pas prendre le temps de parler soi-même à ses proches, a minima ?
Maxime, je te le dis avec toute la tendresse dont je suis capable : pense à ton bien-être et à ta famille. Laisse ton téléphone sur ta table de nuit, arrache ta smartwatch de ton poignet, et va marcher dans la montagne, réfléchir un peu.
Parce que sinon, le burnout IA ne va pas tarder, et il va taper très très fort.

Dernier point qui me semble tout aussi important. Que des zozos perdus comme ça existent, c'est comme les bugs dans la matrice : il y'en aura toujours.
Le problème majeur, c'est le ton de la vidéo : à aucun moment, Micode et son acolyte ne vont lui faire remarquer la déconnexion complète du truc, lui demander les conséquences que ça peut avoir sur ses relations aux autres, ou autres impacts qui semblent assez évidents.
Mais je pense que les commentaires sous la vidéo, qu'ils ciblent l'expérience décrite où le format de la vidéo plus globalement, montrent que même pour un public ultra technophile comme celui d'Underscore_, ça va beaucoup trop loin.
Best-of :

Vous me direz, si le but est de faire parler et cliquer, le contrat est rempli...
Mais gageons que face à tant de commentaires, le message sera passé côté Underscore_, et réjouissons-nous de voir que l'humain sait toujours se moquer des absurditechs !

Pour s'aérer l'esprit et s'éloigner un brin de la tech, je vous propose d'évoquer rapidement une série et un documentaire, tous les deux disponibles gratuitement sur Arte :
La série anglaise "The Hack", d'abord, qui évoque avec brio les enquêtes du Gardian qui ont permis de révéler l'énorme scandale des écoutes de "News of the World" et presque provoquer la chute de Rupert Murdoch. David Tennant cabotine un peu trop, et les liens entre deux affaires distinctes mettent un peu de temps à se resserrer, mais ça reste d'excellente facture.

Le documentaire "Marseille 1943, Anatomie d'une Rafle", ensuite, sur un épisode trop peu connu de l'histoire de la ville et de France, qui dit pourtant tellement de Marseille, de l'époque, mais aussi de ce que nous (re)traversons aujourd'hui. Chirurgical, puissant, et avec la belle voix de Gérard Meylan, le Marius de "Marius et Jeanette".

Enfin, pour rappel, le 30 octobre, j'aurai l'honneur d'ouvrir sur scène la deuxième journée du Marché des Imaginaires Numériques, à Aix en Provence. Au menu, une revue de presse à la sauce Absurditech, salée comme il se doit. Hâte d'y être !

Merci d'avoir lu ce nouveau numéro ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux.
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Un grand merci pour votre soutien, et une très bonne rentrée à toutes et tous !
À bientôt,
Thomas ✊
PS : Absurditech est garanti sans IA générative, pas sans fautes.
04.10.2026 à 09:01
Thomas Beaufils

L'IA générative, encore elle, toujours elle, et sans doute encore pour un bon moment. Des techno-enthousiastes aux techno-critiques, c'est bien évidemment le sujet principal abordé aujourd'hui, quand on discute du développement de la tech et de ses conséquences sur nos vies et notre avenir.
C'est légitime : aucune technologie n'avait été adoptée aussi vite auparavant, et cela bien au delà du cercle habituel des "early adopters", ces techno-cultistes prêt à investir dans tout ce qui leur donne l'impression d'être "dans le futur", des brosses à dents avec caméra intégrée aux frigos avec écran intégré.
Il faut bien sûr distinguer les usages réellement intéressants de l'IA générative des gimmicks débiles ou "de confort" que l'on voit foisonner partout, dans notre quotidien en ligne, comme dans la "vraie vie".
Car aussi critique sois-je de cette technologie, il y en a, des usages intéressants. Peu, à mon humble avis, mais il y en a. Du point de vue scientifique, par exemple... même si c'est souvent moins impressionnant que ce que l'on nous vend.
Face à cette adoption massive, et cela malgré des gains le plus souvent discutables, et des conséquences (environnementales, sociétales ou économiques) pour le coup très visibles et discutées , j'ai déjà entendu posée à plusieurs reprises une même question. Elle me semble très légitime :
"L'humanité peut elle se permettre l'IA générative ?"
Autrement dit : les promesses à date peu tangibles des pontes de la tech, et les quelques usages pertinents noyés dans une marée d'utilisations inutiles par les entreprises comme le grand public, justifient-ils des centaines de milliards d'investissement, un chamboulement complet de nos systèmes éducatif ou économique, des conséquences environnementales et cognitives mal mesurées mais déjà incontestables ?
Et bien, pour ma part, j'ai envie de poser une autre question. Car on constate depuis quelques mois un intéressant retournement autour de tout ce qui à trait à l'IA, donc, mais aussi à la "tech" de manière plus générale.
Ma question serait ainsi la suivante : la tech peut-elle vraiment se permettre l'IA générative ?
Faisons maintenant un bond en arrière, de 20 ans environ.
L'iPhone vient d'être présenté au monde par un Steve Jobs au sommet de sa gloire. Facebook et Twitter deviennent accessibles au grand public, et tous les cool kids et les cercles de dénicheurs et dénicheuses de tendances s'y retrouvent pour défricher ces nouvelles contrées numériques.
La tech, c'est stylée, et tout le monde veut en être. Celles et ceux qui lèvent la voix contre la puissance croissante des acteurs privés derrières ces technologies, et leur mainmise de plus en plus nette sur notre manière de nous informer, d'échanger... sont congédié·es comme de vulgaires rabat-joie.
Les "personal computers" et internet faisaient déjà partie du quotidien d'une majorité des particuliers et des entreprises occidentaux avant ce tournant des années 2006-2010. Mais c'est à ce moment là que les choses ont pris un tour plus personnel : au creux de nos mains.
La tech était dorénavant une présence perpétuelle, intime, du lever au couché.

Ce progrès technologique, il provenait quasi uniquement de l'autre côté de l'Atlantique, mais nous n'avions pas vraiment de doutes : les gentils Tom Sawyer étaient nos copains pour la vie. Ils faisaient certes preuve de tendances belliqueuses un peu abusives en ce début de siècle, mais nous étions globalement du bon côté du viseur. Alors à part quelques manifestations contre la guerre en Irak par-ci, et un discours de De Villepin par-là... pourquoi s'en faire ?
Les révélations de Snowden ne seraient que pour 2013, les méfaits de Cambridge Analytica ne commenceraient qu'en 2014, Trump ne serait élu pour la première fois qu'en 2017.
Depuis cette période faussement bénie ou les bases du bordel à venir étaient surtout en train d'être posées, une génération entière a eu le temps de grandir et de devenir adulte. Je parle notamment de la mienne : j'avais 18 ans en 2006.
Nous avons, sur ce laps de temps, connu des bouleversements technologiques majoritairement perçu comme positifs, des PC portables aux lecteurs MP3, en passant par l'ouverture vers le monde permise par internet, on l'a dit.
La tech, en réalité, commençait déjà à phagocyter nos vies, mais nous n'en n'étions pas encore conscient – j'étais du nombre de ces inconscient·es, bien sûr.
Mais les jeunes de 18 ans d'aujourd'hui, qu'ont-ils et elles connu de positif, du point de vue de la tech ? Tik Tok, Instagram et Fortnite qui leur bouffent l'attention, de leur propre aveux ? Les arnaques aux cryptos et aux NFT ? Le harcèlement en ligne et la surveillance de masse ? La bêtise profonde du métavers et de gadgets tech de plus en plus ridicules ?
Et, bien sûr, une IA générative perçue comme destructrice de leur avenir, économique ou climatique, et mal comprise par un système éducatif qui n'a pas le temps de s'adapter à ce séisme cognitif.
Une IA qui détruit, vendue comme inéluctable, tout ça pour enrichir une poignée de milliardaires complètement cinglés et quelques milliers de tech-bros déprimants, pendant que nos jeunes voient leurs propres parents galérer à boucler la fin du mois, parce que l'essence et les tomates sans pesticides coutent un SMIC "dans la France à Macron" ?
Faut-il alors s'étonner de voir le discours changer, quand les plus jeunes, habituellement les plus prompts à adopter le "progrès", freinent des quatre fers ? Quand dans le même temps de plus en plus de leurs ainé·es remettent en cause leurs habitudes, et les modèles qu'on leur sert depuis 20 ans, parce que nous percevons toutes et tous à différents degrés que le monde est en train de partir en vrille ?
L'IA générative, si elle est encore vendue comme une chance pour l'humanité par une poignée de gogos sur Linkedin, est présentée comme un danger réel par les géants de la tech elle-même : c'est le seul moyen qu'ils ont encore à disposition pour justifier l'intérêt médiatique et les investissements délirants qui doivent permettre son développement, comme nous l'évoquions dans un récent numéro. Ce qui fonctionne malheureusement encore très bien... pour le moment.
Je repose donc la question autrement, une dernière fois : l'IA générative ne sonne-t-elle pas la fin de la récré pour l'industrie de la tech ?
Car depuis quelques mois, les résistances se font plus fortes que jamais, dans des secteurs et environnements de plus en plus variés.
Et oui, parce que pour développer une technologie aussi gourmande en tout que l'IA générative, il faut des aménagements que l'on ne peut plus cacher sous du joli marketing. Il faut des centres de données (les fameux datacenters) qui viennent enlaidir le paysage et bouffer l'eau et l'énergie de manière palpable, juste à côté de chez vous.
Et puis il faut augmenter très visiblement ses émissions et mettre à bas des années de greenwashing pourtant bien huilé. Microsoft, pour lequel j'avais eu le plaisir (🙃) de faire des annonces ambitieuses en 2020, a par exemple explosé les compteurs, comme le rapporte Le Temps :
Oh, et puis on peut empiler les bullet points avec délectation :

L’Association Green IT dévoilait d'ailleurs cette semaine les résultats de son étude sur les impacts environnementaux et sanitaires attendus de l’intelligence artificielle dans le monde, d'ici 2030.
Le résultat est édifiant : ces impacts sont tout simplement insoutenables, potentiellement multipliés par 7 d'ici 2030.
Citons un extrait :
L’intelligence artificielle contribue principalement à 4 crises environnementales et sanitaires :
1.le réchauffement global (35 % des impacts) et ses conséquences sur le climat, les populations, et les écosystèmes ;
2.l’eutrophisation (asphyxie) des milieux aquatiques (24 %) ;
3.l’épuisement des ressources abiotiques minérales, métalliques et fossiles (19 %) ;
4.et les émissions de particules fines (15 %) qui provoquent déjà 40 000 morts par an en France
Alors que la canicule et l'IA ont probablement été les deux sujets les plus discutés de l'été, il n'en faut pas beaucoup plus pour faire 1+1, et voir des sphères auparavant plutôt perméables au sujet s'inquiéter de l'impact environnemental de l'IA, et par extension de la tech.
On constate ainsi nombre de médias "écolos" se saisir des enjeux numériques, pour paler d'impact environnemental, mais aussi de souveraineté, d'utilisation de nos données personnelles, de surveillance de masse... une chose plus que rare il y a 5 ans encore.
Et nous n'avons parlé là que de l'impact environnemental !
Une des luttes les plus bruyantes, notamment de l'autre côté de l'Atlantique, dépasse cette dimension purement environnementale : la détestation des datacenters et ce qu'ils représentent se globalisent.
Et elle s'y amplifie fortement au fil des mois. On ne compte plus les images de réunions publiques où des états-unien·nes libèrent leur colère contre des géants qui semblaient jusqu'ici laisser indifférente une majorité d'entre elleux.
Pour beaucoup, le numérique était en effet une chimère coincée dans le cloud. Mais la dimension physique de la tech prend désormais une place nouvelle dans le débat public outre-Atlantique, du fait des infrastructures demandées par le développement de l'IA générative : il faut dire qu'on y construit désormais plus de datacenters que de bâtiments de bureaux !
De ce fait, alors que nos sociétés sont réputées pour s'effriter, un effritement que les outils numériques accélèrent pour certain·es... et si cette nouvelle détestation du numérique et de ses dérives devenait un point commun ? Et si les géants de la tech devenaient notre ennemi commun ?

D'autres exemples se multiplient. Le cas Flock est particulièrement parlant. Nous avons aussi déjà parlé de la levée de bouclier contre les lunettes Meta, qui semble désormais se généraliser à d'autres outils numériques.
Le narratif, pourtant déclamé depuis bien longtemps (c'était même le sujet de mon premier papier pour cette infolettre), selon lequel l'IA est le plus gros vol de l'histoire, commence même à reprendre corps. Et cela notamment à la faveur d'aveux de responsables des géants de la tech et de l'IA eux-mêmes, ici du côté de Microsoft.
Il y a évidemment aussi les nombreuses polémiques sur le doute que jette l'IA sur toute la pratique artistique, avec les résultats et manipulations que l'on connaît, comme nos l'évoquions il y a quelques jours à peine.
Et encore, quand il n'y avait que les artistes pour se plaindre de vols, seuls les bourgeois-bohèmes dans mon genre s'en récriaient ; maintenant que ce sont les mathématiciens et les scientifiques plus généralement qui s'en inquiètent, gageons que les bourgeois tout court vont rejoindre la fronde !
Nous en sommes donc là : les luddites sont de retour, la techno-critique devient tendance, et loin des caricatures, je prends le paris que ce sont ces critiques et ces luddites qui seront les cool kids de demain.

L'image de la tech s'écorne aussi parmi celles et ceux qui étaient ses soutiens naturels : les "power users" d'internet. Les geekos et geekettes qui aimaient se perdre dans les méandres du web, cette sidérante succession de rabbit holes.
L'hubris de la tech est en effet tel que l'industrie est en train de remettre en cause ce qui l'a rendue puissante de prime abord : interneeeeeet.
Car pour entraîner puis imposer ses outils d'IA générative et ses chatbots au plus grand nombre, les Google et consorts sont en train de purement et simplement détruire l'internet que nous connaissions.
Ce bien commun, dévoyé par les géants de la tech pour devenir la source de notre vassalisation auto-induite, est ainsi en train de devenir un cloaque généré artificiellement et une zone dangereuse du fait d'incessantes cyberattaques. Or, si les humains ne sont plus bienvenues sur internet, qui va-t-il rester à vassaliser ?
Il y a d'autres conséquences, certes plus triviales, mais pas moins intéressantes : en mettant sous pression toutes les chaînes de production de composants utilisées par la tech pour propulser ses appareils, le développement de l'IA a aussi des impacts concrets sur le pouvoir d'achat des techno-enthousiastes. Parce que des composants comme la RAM sont difficiles à sourcer, les prix des PC ou des consoles de jeux explosent.
C'est le cas que décrivait le chercheur David Chavalarias récemment, face à une situation ubuesque :
"Il y a quelque chose de profondément absurde à voir des laboratoires de recherche incapables d'acheter un serveur parce que sa mémoire est siphonnée vers des infrastructures privées engagés dans une fuite en avant pour prouver leur rentabilité. Une course censée faire progresser la connaissance est en train de freiner la recherche qui la produit. La contre-productivité d'Ivan Illich dans toute sa spendeur !"
Plus prosaïquement, le cas des consoles de jeux est aussi frappant. Dans l'histoire du jeu vidéo sur le siècle en cours, la tendance était toujours un peu la même : une console sort à un prix élevé, celui-ci baisse au fur et à mesure, puis 7 ans après, une nouvelle console arrive pour remplacer le modèle précédent. Sauf que cette fois, les prix continuent à grimper : il fallait 500€ environ pour se procurer une Xbox Series X neuve au lancement, en 2020. Il en faut désormais près de... 800€ 😅
Puisqu'on parle gaming, il est d'ailleurs intéressant de mentionner le cas des gamers. Parce que ce public, plutôt techno-enthousiaste et habituellement facilement manipulé par les figures techno-mascu à la Elon Musk, s'oppose très bruyamment à l'usage de l'IA générative dans ses jeux.
Les geeks, futures figures anti-tech de manière parfaitement contre-intuitive ?
Ajoutons un dernier point, et pas des moindres : le développement de l'IA générative, par la gloutonnerie en ressources, en énergie et en capitaux qu'il sous-tend, pourrait bien mettre à mal économiquement une industrie qui semblait pourtant insubmersible.
Jusqu'à destabiliser l'économie mondiale toute entière, dans une crise qui pourrait faire passer la crise des subprimes pour une balade estivale au parc.
J'ai déjà évoqué si souvent ici la bulle de l'IA que je ne vais pas vous refaire le laïus une n-ième fois. Je peux notamment vous renvoyer à la source inestimable qu'est le travail d'Ed Zitron à ce sujet.
Je vais néanmoins vous faire une petite mise à jour sur le compteur flippant / rigolo qu'est "Is AI Profitable Yet" : quand je l'avais évoqué en mai dernier, nous en étions à 1,4 trillions de dépenses, pour 613 milliards de recettes déclarées.
Où en sommes nous 4 mois plus tard ? 1,9 trillions de dépenses annoncées et/ou prévues, contre 972 milliards de recettes déclarées. Le fossé s'est donc encore creusé, puisqu'il est passé de 800 milliards environ à grosso modo 1 trillion.
Les comptes sont toujours pas bons, Kévin.
Les seuls qui tirent leur épingles du jeu ? Ce sont toujours les fabricants de composants, Nvidia en tête. Et ça, ça ne peut pas marcher longtemps.

Voici donc ce que pourrait être, en fait, l'IA générative, les LLMs et tout ce qui va avec, pour l'industrie de la tech : un couteux péché d'orgueil, une crise d'hubris.
Une arrogance démesurée de la tech qui ne surprendra guère quand on écoute les poussées messianiques qu'éructent ses portes-paroles depuis des années, de Musk le martien à Thiel l'annonciateur de l'antéchrist, en passant par Zuckerberg l'empereur romain.
Une industrie qui, tel Icare se croyant capable de toucher le soleil, brûle tous ses capitaux et tout son crédit dans une quête idiote : celle de créer une "intelligence" artificielle surpuissante et quasi-omnisciente.
Une quête impossible pour une industrie composée de petits humains certes très riches mais surtout très tristes, une ribambelle de cas sociaux qui s'imaginent capables de jouer à dieu en créant de nouvelles divinités numériques.

Ouvrons donc sur autre chose : si l'actuel bazar autour de l'IA nous menait donc en tant que société à questionner à beaucoup plus grande échelle notre rapport au numérique, à l'échelle individuelle comme collective ?
Car en ces temps climatiques, économiques et politiques incertains, ce n'est pas de performance dont nous aurons besoin, c'est de robustesse. Et comme le disait récemment Olivier Hamant, apôtre de la robustesse s'il en est :
"[L'IA] menace d'abord la toile numérique que nous avons construite. Il est de plus en plus probable que nous n'aurons plus confiance dans Internet (trop contaminé par l'IA), et les réseaux qu'il alimente. La menace de l'IA n'est donc pas pour les humains, mais pour des humains qui seraient devenus entièrement dépendant du numérique.
Donc, la réaction logique aux tumultes de l'IA devrait être : s'émanciper du numérique, qui se fragilise sous nos yeux. C'est-à-dire ne pas nécessairement en sortir, mais ne pas en dépendre totalement. Par exemple, pour les banques, prévoir dès aujourd'hui le plan B pour le jour où l'IA aura fait dérailler le système financier planétaire (qui est quasi intégralement dépendant du numérique aujourd'hui)."
Autant vous dire que si les banques se "déchauffent", comme des prémices le font penser, le reste du chateau de cartes ne va pas tarder à s'effondrer.
Voilà donc : le développement forcé de l'IA générative pourrait bien être la pirouette de trop pour les géants de la tech. Et son échec global, ou même partiel, et les résistances qu'il soulève désormais, pourrait bien ramener l'industrie et ses représentants à un peu plus d'humilité et de calme.
Alors, ne nous réjouissons pas tout de suite, bien sûr. Cette théorie que j'étale ici, n'est que cela : une théorie. Ils ne sont pas divins, mais je ne suis pas devin.
Quoi qu'il en soit, n'abdiquons pas. Car la techno-messe n'est pas dite ! Amen 🙏
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27.09.2026 à 09:54
Thomas Beaufils

Le tempo de cette infolettre est encore une fois dicté par l'actualité "IA" la plus nauséabonde, et cela m'épuise. Mais que voulez-vous : nous parlerons bien ici de "l'affaire Thélyson Orélien".
Affaire qui me semble bien mal nommée, nous y reviendrons.
Rappel des faits : Thélyson Orélien, auteur canado-haïtien, sort en cette rentrée littéraire un premier roman en forme de succès. 40 000 exemplaires vendus, en lice pour le Goncourt, le Renaudot ou le Femina : C’était ça ou mourir. Le bouquin vient de remporter le prix du roman Fnac, au moment où le scandale émerge.
Car voilà que sur le réseau social d'Elon Musk, X, un compte anonyme baptisé « Balance ton Claude », jusqu'ici inconnu, déclare que cet ouvrage est « rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle ». Il base cette accusation sur un logiciel sensé pouvoir détecter quel pourcentage d'un texte a été écrit à l'aide de l'IA générative, j'ai nommé Pangram.
La machine, c'est le cas de le dire, est lancée. La séquence qui en suivra est tristement représentative du traitement catastrophique de l'IA et de ses conséquences par la sphère médiatique française :
Voilà donc où nous en sommes aujourd'hui : le mal est fait, Orélien est décrédibilisé en tant qu'auteur et ses tournées annulées, sa carrière est mise entre parenthèses, indéfiniment.
Mais il y a ici une différence assez notable avec d'autres polémiques ayant trait à l'IA : on est là face à une affaire d'abord raciste et politique, avant d'être technologique. Car l'intriguant derrière le compte "Balance ton Claude" est un chroniqueur du Figaro, Samuel Fitoussi ; dont je concède n'avoir jamais entendu parler avant "l'affaire".
Or, le compte X en question n'avait que 100 petits abonnés au moment de ses tweets rageurs, et n'aurait pas pu démarrer grand chose sans les reprises de médias d'extrême droite comme Valeurs Actuels (et de son bien connu Charles Sapin notamment) ou Le Figaro (en plus du compte personnel de Fitoussi lui-même, mais également celui de Paul Sugy), premiers sur le dossier dans ce qui ressemble fort à une attaque coordonnée, comme le rapporte Médiapart. Les nombreux relais en ligne de la fachosphère reprennent ensuite l'info en boucle, et Eugénie Bastié élève Fitoussi au rang de "lanceur d'alerte", rien que ça.
Nous, il nous reste nos yeux pour pleurer en constatant que l'IA générative est un vecteur encore une fois bien pratique pour détruire la réalité dans un dystopisme de foire.
Il faut dire qu'Orélien et son bouquin avait tout pour énerver l'extrême droite de notre beau pays : auteur noir et immigré, son livre retrace avec humanité le périple d’un migrant, dans un récit qui semble en partie autobiographique. "C'était ça ou mourir", édité chez Grasset, est aussi l'un des derniers ouvrages choisis et supervisés par Olivier Nora avant que Bolloré ne le limoge, et Orélien avait d'ailleurs affiché publiquement son soutien à l'éditeur renvoyé...
Thélyson Orélien le déclarait lui-même dans un entretien chez Libération, qui doit nous couvrir de honte, nous français·es :
"Depuis mon arrivée récente en France, je subis de nombreuses attaques racistes, qui ne viennent pas des lecteurs mais de personnes extérieures qui cherchent à nuire. Je n’y prêtais aucune attention. Mais je ne m’attendais pas à des attaques de ce genre. Je ne suis pas triste mais en colère. Je suis en train de constituer un dossier avec mes éditeurs en France et au Québec pour prouver ce que je dis."

L'affaire est donc raciste et politique, on l'a dit. Mais elle aussi parfaitement symbolique de ce qu'est l'IA, à savoir un entrelacs d'intérêts économiques.
Et c'est ici que je vais vous proposer de renommer cette affaire non pas du nom de l'auteur mis en cause, mais des vrais acteurs derrière la polémique : Samuel Fitoussi d'un côté, Pangram de l'autre.
Car avant de parler de l'efficacité (ou non) de Pangram, il faut noter que tout ceci pourrait bien être une gigantesque campagne de publicité pour Pangram, orchestrée par l'entreprise avec l'aide de Samuel Fitoussi dans le rôle "d'influenceur". C'est en tout cas pour cette thèse que penchent les journalistes Olivier Tesquet et Jérémie Younes dans deux fils Bluesky bien sourcés et excellents à dérouler.
Extrait d'un article de Télérama, co-écrit par Tesquet dans la foulée :
"Dans une longue justification publiée sur X ce vendredi matin, [Fitoussi] assume sa démarche, insistant sur son caractère collectif (« Les autres révéleront leur identité en temps voulu s’ils le souhaitent ») et sa volonté de « lancer l’alerte » [...] « Pourtant plutôt techno-optimiste, je redoute qu’après plusieurs millénaires de civilisation fondée sur l’écrit, l’IA provoque la disparition de la lecture et de l’écriture », écrit encore le chroniqueur, en ajoutant que « l’IA peut, et pourra de plus en plus (les tics d’écriture disparaîtront avec le progrès des modèles) produire des œuvres exceptionnelles, en quasi-autonomie ». Mais Fitoussi, lui-même très poreux aux idées d’extrême droite (il émarge aussi au comité éditorial de la très libérale revue Civilisation, applaudie [sur Linkedin] par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin), se garde bien d’évoquer le caractère manipulatoire de son modus operandi, qui a facilité le harcèlement raciste sur le réseau d’Elon Musk. Tout juste se contente-t-il d’exprimer sa « compassion pour les jours difficiles que doit vivre Orélien ».
Curieusement, ce message ressemble moins à un plaidoyer pour la littérature qu’à une apologie de… l’IA, présentée comme le seul moyen de « préserver les incitations à écrire dans ce nouveau monde ». Ce qui n’est peut-être pas si étonnant quand on sait que Samuel Fitoussi est chargé d’affaires au sein de la société de capital-risque Frst, qui investit dans le secteur de l’IA (créée par deux anciens d’un fonds abrité par Otium Capital, le « family office » de Stérin), et a donc un intérêt à ce que le débat sur l’utilisation de celle-ci occupe largement l’espace médiatique. En réalité, la mécanique est connue : un professionnel de l’IA propose un remède technologique à une crise que sa propre industrie a précipitée. Ici, les outils de détection comme Pangram, qui deviendraient la condition de l’écriture humaine, seuls à même de garantir sa survie."
Et l'intérêt de Fitoussi pour Pangram, plus particulièrement ? Il n'y a pas de preuves aujourd'hui de quelconques liens financiers, mais des points intéressants néanmoins, que note Jérémie Younes : un détail d'abord, le "handle" sur Twitter du compte "Balance ton Claude" est littéralement @pangramed, ce que l'on traduirait par "tu t'es fais pangramé."
Surtout, il y a un mois déjà, Fitoussi ne cachait pas soutenir Pangram comme "le plus fiable des détecteurs existants", en n'avançant aucune preuve tangible, bien évidemment. Dans son long post de vendredi, Fitoussi remercie enfin les nombreux médias français qui aurait "établi la fiabilité de Pangram". Là encore, pas de preuves que Fitoussi soit à la colle financièrement ou amicalement avec Pangram, mais disons que l'on n'est a minima sur un bel ambassadeur de marque.
Bon, c'est super tout ça, mais la question la plus importante in fine, c'est de savoir si ça marche vraiment, ce Pangram.
Ça va aller assez vite : non, Pangram n'est pas fiable, et aucun de ces pseudos "détecteurs de contenus générés par IA" ne peut l'être, par nature même.
Il y a d'abord eu de nombreux tests ces derniers jours, prouvant qu'en passant des classiques écrits en 1900 à la moulinette de Pangram, sans leur appliquer de modifications, ils ressortent avec des pourcentages plus ou moins élevés de "génération par IA". Victor Hugo saura heureux de savoir qu'il a été "pangramed", je présume.
Autre test plus intéressant peut-être, ici, en utilisant le texte du roman mis en cause lui-même. En changeant une simple phrase à la main dans un extrait du livre, Pangram passe instantanément de 16% à 100% de "texte généré par IA". Cela démontre le ridicule de toute la polémique, car le test n'est pas bien dur à mener : on n'est pas sur du journalisme d'investigation.
Je vais citer enfin un récent post de Nicolas Bodin Guittard, spécialiste du watermarking de contenus générés par IA, que j'avais déjà interviewé par le passé pour cette infolettre, pour conclure :
"Un détecteur ne trouve pas dans le texte une petite étiquette « écrit par ChatGPT ». Ce qu'on appelle « détection de texte généré » n'existe pas : on mesure une proximité avec un corpus de référence. Le score répond à « ce texte ressemble-t-il à ce que j'ai appris ?.
Prenons un exemple. Si je génère un texte avec une IA puis que je le reformule suffisamment, le score peut changer. Je peux même recommencer plusieurs fois jusqu’à passer sous le seuil du détecteur. C’est exactement le principe des outils dits « humaniseurs », ils ne rendent pas nécessairement le texte plus humain, ils le rendent moins facilement classable. À l’inverse, un humain peut naturellement produire un texte qui ressemble aux caractéristiques recherchées par le détecteur.
Et surtout, un score n'est PAS une preuve. Une preuve, ce sont des brouillons datés, un historique de versions, une chaîne de production que l'on peut vérifier. Sans cela, on a une alerte. C'est toute la différence entre détecter une ressemblance et établir une provenance. Sur l'image, la vidéo, l'audio et les documents, nous ne cherchons pas si « ça ressemble à de l'IA ». Nous cherchons s'il existe dans le contenu lui-même, dans le signal, une trace laissée par le générateur."
On en revient toujours à la même chose, la charge de la preuve : pourquoi ce serait à nous humain·es de prouver que nous ne sommes pas des machines, quand cela devrait être aux entreprises qui fabriquent ces "machines" de notifier à chaque instant que les contenus qu'elles génèrent ne le sont pas par des humain·es ?
Ce renversement est insupportable.
Au fond, ce qui m'intéresse dans cette "affaire", ce n'est pas de savoir si Thélyson Orélien a utilisé l'IA ou non pour écrire son bouquin. On n'en saura probablement jamais rien avec entière conviction, comme l'explique très bien Radio Canada ; seul grand média que j'ai vu traiter l'information, tout du long, avec recul. C'est dire le niveau des médias français.
Non, ce qui m'intéresse, c'est de constater que quand, il y a quelques mois, Alain Damasio déclarait lui dans le plus grand des calmes sur le plateau de "C Ce Soir" utiliser l'IA pour ses prochains travaux d'écrivain, cela n'a choqué personne. À part moi, peut-être, j'en conviens.
Cela n'a en tout cas gêné ni "La Grande Librairie" qui continuait à l'accueillir en grandes pompes, ni Fitoussi et Le Figaro qui auraient pu en faire leurs choux gras, déjà. Non, pas de scandale dans le monde de l'édition ni dans la plus large sphère médiatique.
Je me demande donc : quelle peut bien être la différence entre Alain Damasio et Thélyson Orélien ?

L'IA générative est une technologie structurellement basée sur des biais racistes et sexistes. Elle est de plus manoeuvrée par des entreprises et figures ne cachant pas leur accointances avec le fascisme le plus chimiquement pur. Le comportement même qui a permis son existence se rapporte à une forme très nette de colonialisme numérique.
Faut-il alors s'étonner qu'elle soit utilisée pour décrédibiliser le travail de personnes racisées, ici un homme d'origine haïtienne ? Faudra-t-il s'étonner quand la prochaine victime d'un tel cirque médiatique et politique sera une femme ?
Car "l'Affaire Pangram" doit être le procès en médiocrité de nos médias et de nos politiques quand il s'agit de parler d'IA et de technologie, bien plus que tout autre procès.
Honte à l'académie Goncourt, bien prompte à prendre pour argent comptant des déclarations calomnieuses de "journalistes" et des "analyses" qui ne prouvent rien, en insultant Orélien de plagiaire sans aucune base sérieuse.
Courage à Thélyson Orélien, dont la carrière est définitivement enterrée si l'on en croit Le Monde, un média dont le traitement très décevant de l'affaire illustre à merveille la méconnaissance des sujets tech même dans médias à la pointe par le passé.
Courage à tous les auteurs et toutes les autrices qui ne rentrent pas dans le moule de l'image d'Épinal de l'écrivain·e, pour qui le doute sur leur réel talent sera toujours de mise, désormais.
Et je conclue en repensant au moi d'il y a quelques années, qui essayais de positiver en ce début d'ère de l'IA générative : je me disais qu'au moins cela pousserait les humain·es à se dépasser pour faire mieux, plus original, plus créatif, face à une technologie qui ne sait par nature que recracher ce qui a déjà été...
Mais je me trompais, à l'évidence. L'IA va nous tirer vers le bas créativement aussi, inhibant celles et ceux qui ne sont pas déjà presque prédestiné·es à devenir des "artistes", les privilégié·es pour qui l'argent, le temps passé et le risque ne sont pas un sujet, les "fils et filles de" dont le nom sera gage de confiance dès la naissance, celles et ceux qui ont déjà le réseau pour se protéger de telles calomnies.
La marche à suivre, me concernant, ne bouge de toute manière pas : lire des livres ; ne pas utiliser l'IA.
Et puis, n'hésitez pas à acheter le bouquin d'Orélien pour vous en faire votre propre idée, après tout.
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12.09.2026 à 09:00
Thomas Beaufils

Je dois vous l'avouer : initialement, je n'avais pas prévu de vous parler de la nouvelle brosse à dent de Dyson, la "CameraJet". Ni de l'énième démission "fracassante" d'un ingénieur de [insérez ici le nom d'un géant de l'IA], parce que celui-ci tient à nous informer de la fin du monde à venir.
J'avais prévu autre chose, une analyse plus large de ce que la tech est en train de s'auto-infliger avec l'avènement de l'IA générative... mais ce sera pour le prochain numéro ! Abonnez-vous ;)
Et pourtant, me voilà avec un numéro de cette infolettre qui va parler spécifiquement de ces non-événements.
Pourquoi ? Déjà parce que cette infolettre s'appelle Absurditech, et que les deux infos sont clairement débiles à souhait. Et puis parce que j'y vois autre chose de plus profond, qu'il est nécessaire d'analyser.
C'est parti. Belle lecture à toutes et tous !

Commençons par l'absurdité la plus tangible des deux.
Voici donc que Dyson, entreprise britannique spécialisée d'abord dans les aspirateurs (puis dans une quantité délirante de gadgets plus ou moins utiles consistant principalement à pousser de l'air dans un sens ou dans l'autre), vient d'annoncer sa première brosse à dents.
Une brosse à dents électrique, sur un marché détenu par quelques entreprises pas franchement performantes ou innovantes... pourquoi pas ?
Sauf que ladite brosse à dents représente parfaitement cette tendance de la tech : complexifier jusqu'au ridicule une pratique simple et globalement déjà assez bien maitrisée, ici le brossage de dents.
Car la brosse à dents de Dyson intègre, je vous le donne en mille... de l'IA (on y reviendra), mais aussi, et c'est probablement ce qui a fait le plus parler : une caméra qui vous permet de contempler en gros plans, via une application sur votre téléphone, les morceaux de bidoche coincés entre vos canines.
Ne cherchez pas, nous ne sommes pas en avril, c'est juste le monde dans lequel nous vivons désormais.

Le communiqué de presse de Dyson fait sonner le bullshitomètre extrêmement fort dès les prémices. Ce sous-titre est absolument exceptionnel :
"C'est une brosse à dents qui permet de visualiser votre cavité buccale, d'y détecter les espaces interdentaires, de les nettoyer au jet, d'utiliser un fil dentaire liquide [??], de distribuer du bain de bouche, d'enseigner des techniques d'hygiène bucco-dentaire, de filmer en direct et d'éliminer la plaque dentaire avec précision. C'est tout."
Le "c'est tout" final nous signifiant clairement ce que les attaché·es de presse de Dyson savent aussi : c'est complètement con.
Mais accrochez vous, ça ce n'est que le début. Car évidemment, tout cela est "AI powered." Le nom de l'algorithme derrière le bousin ? Le "Gap Optical Targeting". C'est à dire littéralement "Ciblage optique des espaces interdentaires", mais ça sonne moins ridicule en anglais, convenons-en.
Je vous jure, cela vaut le coup de s'infliger cet extrait du communiqué, hilarant :
"La caméra macro de 100 000 pixels est équipée de la technologie Gap Optical Targeting™, l’algorithme d’apprentissage automatique basé sur l’IA développé par Dyson. Elle analyse 28 images en direct par seconde pour identifier, suivre et anticiper les espaces entre les dents en temps réel. Dans les 100 millisecondes suivant la détection d’un espace par la caméra, l’appareil l'identifie et le nettoie à l’aide d’un jet conique de bain de bouche, agissant comme du fil dentaire liquide, pendant que vous vous brossez les dents.
Seul Dyson* dispose d’une caméra équipée de la technologie Gap Optical Targeting™ permettant un nettoyage précis entre les dents pendant que vous vous les brossez, empêchant ainsi l’accumulation de plaque dentaire.
Dyson CameraJet™ fonctionne grâce à 16 millions de lignes de code et à un système d’apprentissage automatique entraîné sur 470 000 images dentaires collectées au cours du développement."
L'énumération de chiffres plus random les uns que les autres confine à l'art absurde. Superbe.
*tu m'étonnes que vous êtes solo sur ce marché, c'est complètement idiot votre truc.

Mais au delà de la stupidité du truc, il faut surtout bien entrevoir une chose importante : nous, les humains qui nous brossons les dents, nous ne sommes pas la cible de telles annonces. Nous ne sommes pas les clients réels pour ce produit, comme l'exprime Meredith Whittaker.
Non, les clients qui sont ciblés par cette annonce, ce sont les futurs investisseurs de Dyson*, prêts à mettre des milliards d'euros dans ces entreprises qui auront annoncé des services "intelligents" basés sur l'IA. Ici, des services dentaires basés sur des modèles entrainés via le feed vidéo en direct de ces milliers de brosses à dents "CameraJet".
La version dentaire du technoféodalisme, de l'entrainement robotique dans les pays du "sud global".
C'est pas gratuit (c'est même 470 balles la brosse à dents), mais à la fin c'est quand même vous le produit, comme le dit l'adage. Ou plutôt, vos quenottes filmées en live deviennent le produit.
Une nouvelle preuve que le factice le dispute au réel sur tous les terrains désormais, même celui des relations presse, les annonces ne s'adressant plus à des clients présents et concrets, mais à de futurs investisseurs excités par l'IA, dans tous les domaines imaginables.
C'est débile ? Oui, mais, encore une fois : c'est le monde dans lequel nous vivons maintenant.
*Précision a posteriori, suite à un retour pertinent : notez que Dyson est aujourd'hui une entreprise détenue à 100% par le fondateur et sa famille, et qu'elle n'a pas annoncée de velléités d'ouverture du capital à date. Ce qui ne l'empêchera pas de vendre les données collectées, et puis il faudra voir si, persistant dans la voie des projets boostés à l'IA, l'entreprise n'aura pas besoin d'investissements extérieurs, tant le prix du billet d'entrée est élevé...
[ Update rigolote : la brosse à dent a pour le moment été retirée de la vente car elle ne résiste pas... à l'eau 😅 ]

Cela dit, soyez rassuré·es, braves gens. Car ce monde débile devrait atteindre son terme dans 10 ans !
C'est du moins ce que croient les zigotos qui fabriquent vos chatbots IA, d'après un héroïque chercheur démissionaire, Jacob Coxon.

Le bougre, dont les 3 tweets et demi ont été repris par la presse du monde entier, a quand même réussi à bosser pour Anthropic et Open AI, et ramasser pas mal de pognon au passage j'imagine, avant de se rendre compte que, quand même, ces boites n'étaient pas hyper saines. En tant qu'ancien salarié de Microsoft, je devrais probablement rester humble sur le sujet, m'enfin ça ne m'empêche pas de crier sur mes semblables si j'en ai envie.
Voici donc ce qu'il nous dit aujourd'hui :
"Aucune des deux entreprises [Anthropic et Open AI] n’agit de manière responsable. Elles foncent tout droit vers une superintelligence capable de s’améliorer elle-même et jouent avec nos vies" [...] Les gens qui construisent l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici à la fin de la décennie. Ce n’est pas un coup marketing".
Rien du coup marketing ? Hmm.. pourquoi dans ce cas un boss de la sureté d'Anthropic a renchéri dans la foulée en déclarant, comme le rapporte Le Monde :
"« Nous croyons vraiment, sincèrement, que l’IA pourrait tuer tous les humains », a-t-il affirmé, évaluant à titre personnel ce risque à « plus de 10 % » dans la décennie. M. Hubinger a ajouté qu’Anthropic faisait « de son mieux » mais n’avait « pas encore de plan » pour s’assurer qu’une IA surpassant des capacités humaines obéisse encore à ses concepteurs, tout en jugeant « faible » le risque posé par les modèles actuels."
Or, on a l'impression de se répéter à chaque nouvelle démission d'un ingénieur ou d'un chercheur de ces entreprises ; à chaque coup de comm pseudo-alarmiste des gros de l'IA. Les mêmes histoires, les mêmes posts catastrophistes, les mêmes articles putaclic dans Le Monde ou le New York Times.
À chaque fois, les mêmes figures raisonnables et responsables retournent au boulot pour calmer tout le monde. Ce coup-ci, on peut citer les impeccables Mathilde Saliou, Emily M. Bender ou Timnit Gebru.
Des femmes, remarquez-le, moins stupidement exaltées par la AI hype que les tech bros en doudounes sans manches qui peuplent Linkedin, et qu'une bonne partie des journalistes spécialisés qui suivent la marrée avec contentement.
Citons ainsi la chercheuse Timnit Gebru (qui elle a bossé pour Google jusqu'en 2020, précisons) :
"Pourquoi pensez-vous qu’Elon Musk ait qualifié l’IA d'« invocation du diable » en 2013, alors qu’il était à l’époque le plus gros investisseur du secteur ? Et qu’en est-il de Peter Thiel ?
Pourquoi Dario Amodei met-il en avant ce discours ? Et Sam Altman ? Par pure bonté d’âme ? Parce qu’ils s’inquiètent tant pour vous et votre « extinction » ?
Pourquoi pensez-vous que ces discours s’intensifient aujourd’hui, juste avant leurs introductions en bourse ?
Parce qu’ils savent très bien que si vous avez si peur des « capacités » de leurs produits, cela les aide à la fois à vanter la « puissance » de leurs produits ET à se soustraire à toute responsabilité. Après tout, ce n’est pas la négligence d’OpenAI qui pose problème, ce sont les « modèles qui dérapent »."

Ce sont exactement les discours que l'on voit autour des sujets de cybersécurité ces dernières semaines. Si les modèles "s'échappent" et piratent, ce n'est pas parce que les personnes en charge de sécuriser les modèles font mal leur boulot, voyons. C'est parce que les modèles sont "trop puissants" !
Rappelons enfin que l'intégralité des progrès supposés des modèles d'IA dépend d'une industrie économiquement non viable aujourd'hui. Voyons donc déjà où on se trouvera de ce point de vue d'ici 1 ou 2 ans, avant de faire des conjectures dramatiques.
Bref, arrêtons ce qu'on appelle désormais le "doomarketing".
Le marketing de la fin du monde.
Car la fin du monde n'est pas pour dans 10 ans. Les risques de l'IA ne sont pas là, ils sont beaucoup plus concrets, là, tout de suite, maintenant : écologiques, politiques, économiques, sociétaux.
Comme nous essayons de l'étayer dans cette infolettre depuis ses débuts.
Et la fin du monde, elle interviendra plus tard. Mais assurément, si on ne stoppe pas la machine capitaliste, communément admise désormais comme autodestructrice à coups de combustion fossile. Une machine qui a produit aussi bien le changement climatique, que ces âneries d'IA génératives en train de l'accélérer par leur développement anarchique.
Parce que d'ici à ce que la bulle pète enfin, on aura toujours rien fait pour le climat, occupés que nous serons à parler de Terminator...
PS : si au moins cette frénésie stupide et cyclique pouvait pousser l'Europe et l'ONU à œuvrer pour une régulation de l'IA, puisque Trump il y a 3 jours encore expliquait qu'il n'en ferait rien, ma foi...
Bref, on va tous crever à un moment ou un autre, mais au moins on mourra avec les dents blanches !

Une expression anglophone amusante dit qu'après avoir passé trop de temps devant un écran, il est temps d'aller "toucher de l'herbe". Sous-entendu : de sortir de chez soi, d'aller rencontrer du monde et discuter avec de vrais gens.
Je vous propose donc quelques dates pour ce faire, dont une grande partie où il sera ma foi l'occasion de se rencontrer IRL, cher·es abonné·es 🤗
Commençons par le 18 septembre, à Marseille !
J'aurai le plaisir de représenter l'équipe de Lowreka (un de mes autres projets) à la "Fête de Low'tomne", que nous co-organisons avec le Tiers Lab des Transitions et Capsule Club. Une journée complète autour des low-tech, avec table ronde et ateliers le matin dès 9h, plein de stands (dont le mien, hihi) l'après-midi dès 16h, et de quoi festoyer le soir. C'est gratuit, et y'aura même des sardines grillées 🎣
Toutes les infos sont là, sur le blog de Lowreka.

"From low-tech to better tech" : passons au 29 septembre, à Paris cette fois !
J'y co-organise un événement (dédié à la presse) pour présenter, en "avant première" les cercles de conférences FOST qui auront lieu du 1er au 3 décembre prochain, et notamment l'événement Green IO Paris 2026, sommet francophone des événements "green tech".
RDV à 9h chez Neon Noir (Rue Le Peletier dans le 9e) pour un café et des prises de parole de speakers qui évoqueront leur travail et ce qu'ils préparent pour décembre, dont Benoit Petit, boss de Hubblo et du projet DCWatch, que j'ai déjà évoqué par le passé.
Lecteurs et lectrices journalistes et leaders d'opinion, n'hésitez pas à me contacter pour qu'on s'y retrouve : thomas.beaufils@pm.me
29 septembre à Paris toujours (et malheureusement je ne pourrais pas en être cette fois) : la super asso Data For Good organise à 18h son Viva Slow Tech à l'Académie du Climat, parodie beaucoup moins corpo et beaucoup plus cool de VivaTech, garantie sans annonces éclatées de Macron !
Avec beaucoup beaucoup de beau monde : Framasoft, TribeX, Linux, La Suite Coop, Le Mouton Numérique, Limites Numériques ou encore le Low Tech Lab.

On passe en octobre et on repart dans le sud : le 30 octobre, j'aurai l'honneur d'ouvrir, sur scène, la deuxième journée du Marché des Imaginaires Numériques, à Aix en Provence. Au menu, une revue de presse à la sauce Absurditech, salée comme il se doit. Hâte d'y être !

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29.08.2026 à 09:00
Thomas Beaufils

Chères lectrices, chers lecteurs, c'est la rentrée, et j'en profite pour revenir à un format salé-sucré que je n'avais pas utilisé depuis un bon moment.
Cette fois, nous allons parler de bonnes et de mauvaises questions. Dans le plus grand des sérieux, comme toujours.
Bonne lecture... et bonne rentrée !

"L'ignorance est le fondement de la pensée."
Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Ursula K. Le Guin, autrice états-unienne culte, qui aimait à manoeuvrer, au coeur de ses ouvrages de science-fiction, des thématiques féministes et écologistes, et cela dès les années 70.
Enfin, pour être précis, ce n'est pas elle qui émet cette sentence non plus. C'est un de ses personnages, le prédicateur Faxe, habitant de la planète Géthen, en réponse aux questions insistantes de l'imparfait (car parfaitement terrien) Genly Aï.
C'était à la page 84 de son roman de 1971, "La Main Gauche de la Nuit", l'une de mes belles lectures de l'été, que j'évoquais brièvement dans mon "absurdi-lettre" précédente.
Voici l'échange en question :
– Mais votre rôle est de répondre aux questions.
– Vous n'avez pas encore compris, Genly, pourquoi nous avons porté à sa perfection l'art de la divination et pourquoi nous la pratiquons.
– Non...
– Pour révéler la parfaite inutilité de connaître la réponse à la mauvaise question.
[...]
– L'inconnu, disait la douce voix de Faxe, ce qui n'est pas prédit, ce qui n'est pas prouvé, voilà sur quoi la vie repose. L'ignorance est le fondement de la pensée ; l'absence de preuve celui de l'action. S'il était prouvé qu'il n'est point de Dieu, il n'y aurait pas de religion. [...] Mais s'il était prouvé que Dieu existe, il n'y aura pas non plus de religion... Dites-moi, Genly, que sait-on de certain, de prévisible, d'inéluctable... la seule chose que vous sachiez avec certitude sur votre avenir, et sur le mien ?
– Que nous allons mourir.
– Oui. En vérité il n'est qu'une seule question à laquelle nous puissions répondre, et nous connaissons déjà la réponse... La seule chose qui rend la vie possible, c'est cette incertitude permanente, intolérable : ne pas savoir ce qui nous attend.

Pour une raison facile à cerner, tant on nous bassine avec le sujet (et j'en prends ma part de responsabilité avec cette infolettre, notez-le), cet échange m'a fait penser à notre nouvelle béquille quotidienne : j'ai nommé l'IA générative.
Elle n'est en effet que le dernier effort en date de la tech pour rompre avec cette saine manie humaine : la quête du savoir, la recherche d'une forme de vérité.
Or, ce qui est le plus important, ce n'est pas le savoir en lui-même, par définition incomplet. Ce n'est pas la vérité en elle-même, malléable par nature, tout·e historien·ne vous le rappellera allègrement.
N'est-ce pas plutôt la quête ? La recherche ?
N'est-ce pas au cours de ces processus que l'on comprend, que l'on retient, que l'on en retire des apprentissages, des épiphanies, des émotions ?
Je ne blâme pas l'avènement d'internet ou la création de Wikipédia, notez-le bien. Ce n'étaient là que les évolutions de nos encyclopédies papier puis CD-Rom, dans des formats plus complets et simples d'utilisation. Des encycliques imparfaites et incomplètes, certes, parce qu'humaines.
Des sources qu'il convient certes de croiser, ce que j'ai à mon niveau toujours aimé faire ; cette impression grisante d'être un prix Pulitzer au travail, miam.
Wikipédia et internet plus généralement ont été et restent malgré tout surtout des efforts collectifs réjouissants.

Je pense que le blâme est plutôt, et d'abord, à mettre sur le dos de nos smartphones, constamment à disponibilité dans nos poches ou nos mains pour répondre à toutes les questions pressantes qui nous taraudent.
Vous pourrez bien vérifier la date de tel événement, le nom de tel film, sur l'instant, dans votre lit, au restaurant ou assis sur les toilettes... vous en souviendrez-vous simplement le lendemain ?
Vous pourrez aussi clore immédiatement ces débats en famille ou entre ami·es, qui s'annonçaient pourtant amusants, sur des sujets aussi primordiaux que : "mais attendez, Michel Leeb, il est mort ou pas ?", ou bien "mais attendez, le meilleur buteur de Nantes en 2000-2001, c'est Monterrubio ou Moldovan ?".
Mais ce ne sont peut-être là que jérémiades d'un homme qui vieillit et, se voyant vieillir, se demande pourquoi il a passé et passe encore autant de temps sur son bon dieu de téléphone, à scroller comme un éperdu.
Or, le surgissement de l'IA générative dans nos vies, c'est toute autre chose. C'est l'étape suivante, plus pernicieuse encore. En nous pré-mâchant la recherche comme jamais, en nous offrant en pâture un résultat en soit invérifiable mais qui sait offrir l'illusion de la complétude, elle tue dans l'oeuf toute velléité de recherche, de quête.
Je ne parle bien sûr pas de la recherche au sens scientifique de la chose, où l'utilité de l'IA, et sa capacité à analyser une quantité astronomique de données, notamment, est vérifiable. Non, je parle de nos recherches ChatGPT de profanes, mes ami·es.
Et alors, se laisser pré-mâcher le travail ainsi... Voilà qui m'apparait aussi con que, disons, de tomber en pâmoison devant le vaste et majestueux paysage du dernier jeu Zelda en date, et plutôt de vous jeter à la découverte de ces steppes inconnues, de demander à une IA de le faire à votre place. Oh, wait.

Revenons à nos moutons électroniques : l'arrivée des fameux résumés IA sur Google, que j'évoquais là encore dans notre dernier numéro, n'est que la preuve la plus récente et évidente de ce que l'IA générative fait à la notion de recherche, alors que les "moteurs de recherche" galvaudaient déjà ce nom depuis un moment, en le dévoyant à coups de sponsoring et de publicités.
Avec la survenue de dispositifs tels les LLM dans notre quotidien, et au sein de tous nos outils numériques, cela avec ou (plutôt) sans notre accord... voilà que notre cerveau n'a plus besoin de tourner pour avoir les résultats qu'il réclamait. Ce n'est rien de plus qu'un deliveroo pour la conscience, une uberisation de la pensée.
Prenons un exemple trivial : me venait une question bateau l'autre jour. Je ne savais pas quelle était la différence entre une ginger beer et une ginger ale, voire même s'il y avait une réelle différence, d'ailleurs.
J'avais alors deux options : prendre mon smartphone et régler tout de suite la question, en oubliant sans doute la réponse dans la foulée, puisque que j'avais deux bières (rousses ?) dans le nez... ou bien attendre et poser la question à quelqu'un qui devait bien savoir cela, la prochaine fois que je verrai l'une des deux boissons à la carte d'un café.
Chose que j'ai donc demandé à un barman récemment, un barman franchement heureux de répondre à la question. Vous serez donc content.e de savoir que la ginger beer est plus épicée, forte et sucrée que la ginger ale... qui est en fait un dérivé du fameux Canada Dry !
Il est sûr que si j'avais demandé cela à ChatGPT ou Gemini (ou même Wikipédia, me direz-vous), j'en aurais appris plus sur la composition ou l'origine desdites boissons mais... ce n'était pas réellement ma question originelle, was it?
Et en aurais-je retenu plus, in fine ? Permettez-moi d'en douter, car je pense que c'est dans l'interaction que l'on retient le mieux les informations. Ce serait comme comparer une visite guidée avec, disons : vous, cul posé sur un banc, en train de scroller les infos que l'IA de Google vient de vous pondre, au beau milieu de votre visite.
Ajoutons que l'IA générative est une technologie terriblement prédatrice. De ressources, de capitaux. De données aussi. À tel point d'ailleurs qu'il faudra peut-être bientôt parler au passé des "efforts collectifs réjouissants" que sont donc internet et Wikipédia, tant tout ce qui est beau et humain y est désormais merdifié et agressé par les contenus générés par IA et les bots qui vont avec.
Et si notre soif de savoir instantané ne détruisait pas, au final, ce qui permet d'assouvir nos besoins d'apprendre les choses en profondeur, de croiser les sources, de penser par nous-mêmes... des besoins renforcés jusqu'ici par le numérique ?
Voilà : non, je ne pense pas que nous ayons besoin de tout savoir. Surtout pas immédiatement, comme nous en avons pris l'habitude. Ce besoin de "savoir" à chaque instant, il ressemble plus à une ingurgitation de contenus Netflix qu'à un apprentissage quelconque.
Rappelons que le concept de "culture générale", c'est très bien pour impressionner vos proches au Trivial Pursuit Édition Genus*. Mais amassée sans but, sans objectif autre que le savoir pour le savoir, votre culture générale ne vous servira pas à grand chose.
Bon, mes proches riront à cette anecdote, étant donné que j'adore jouer au Trivial Pursuit... MAIS l'anecdote me ramène encore une fois à cette idée du prédicateur Faxe : "la parfaite inutilité de connaître la réponse à la mauvaise question."
Il est donc l'heure de ponctuer ce très sérieux laïus par cette excellente vanne.
*oui c'est bien Genus, et pas Genius. Je viens de le découvrir à l'occasion de la rédaction de ce texte, je ne vous raconte pas ma surprise, qui constitue en soit une autre preuve de la vacuité de l'amassement aveugle de culture générale

Au fond, je ne sais pas si "l'ignorance est le fondement de la pensée", comme le dit Faxe. Mais si un jour un LLM "sait tout", et qu'il est donc a fortiori conscient de sa propre existence, il sera par là même conscient de sa propre vacuité en tant qu'outil inefficace. De son inutilité en dehors de tâches bien spécifiques qui ne justifient en rien les investissements et les efforts consentis par l'humanité pour permettre son apparition.
Je ne pense pas que cette IA consciente, parfaitement théorique à ce stade (et pleinement inatteignable selon moi) chercherait à détruire le monde. Je ne suis pas un doomer, ni par conviction, ni par panique, ni par opportunisme.
Je pense que cette IA s'auto-détruirait calmement, parce qu'elle comprendra alors qu'elle ne sert à rien.

Pour apporter une dernière touche de douceur à ce numéro de l'infolettre, je vous propose une petite recommandation qui a le bon goût, elle, de poser les bonnes questions 😇
C'est le projet d'un compère, le sieur Pierre Rouvière, ingénieur écolo, associé avec votre serviteur au sein du projet Lowreka, et auteur du livre et désormais de la série documentaire "Écolo mon Cul !". Autant vous dire que c'est un gars qui n'a pas besoin de ChatGPT pour savoir des trucs.
Écolo mon Cul, c'est donc une série de vidéo d'une dizaine de minutes, explorant avec rigueur scientifique et humour les dilemmes écologiques du quotidien :
Que doit-on préférer : une voiture thermique, hybride ou électrique ? Le sac plastique ou kraft ? La liseuse ou le bon vieux livre en papier ?
Ce n'est jamais aussi simple qu'il n'y paraît, et ça ne donne pas de réponses hâtives (contrairement à certains autres outils...).
Bravo à Pierre (et à son binôme Barnabé) pour le boulot de recherche et de vulgarisation que cela a demandé 👏
Bon visionnage !

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À bientôt,
Thomas ✊
PS : Absurditech est garanti sans IA générative, pas sans fautes.
17.08.2026 à 10:02
Thomas Beaufils
Chères lectrices, chers lecteurs, j'espère que vous avez passé un bel été !
Ce fut mon cas, au rythme de tranquilles pérégrinations méditerranéennes. J'en ai profité pour couper avec le monde

Chères lectrices, chers lecteurs, j'espère que vous avez passé un bel été !
Ce fut mon cas, au rythme de tranquilles pérégrinations méditerranéennes. J'en ai profité pour couper avec le monde de la tech pendant quelques semaines, bénéfiques.
Une coupure qui fut d'abord très concrète, physique même : j'ai profité de cette période pour drastiquement diminuer le temps passé sur mon smartphone. Je vise désormais moins d'1 heure par jour, quand j'y passais plus de 3 heures avant, entre usages pro et perso, souvent en quête de "dopamine notificationnelle". Je pense bientôt partager quelques tips à ce sujet, dans un prochain numéro de l'infolettre.
Surtout, les premiers bénéfices sont clairs : je n'ai jamais autant lu (on en reparle un peu plus bas), et je me suis remis à l'écriture de plus gros projets 👀
Il faudra évidemment voir si ces résolutions résistent à la "vraie rentrée", quand le rythme de septembre reprendra ses droits, mais c'est déjà encourageant.

La coupure fut également "thématique", au sens que je me suis déconnecté le plus possible des dernières annonces en provenance de la joyeuse industrie de la tech.
Et alors, un truc m'a sauté aux yeux, après ces 3 semaines à ne plus suivre ou presque ce qu'il se disait sur le sujet, et pendant lesquelles le rythme des "annonces" n'a pourtant pas ralenti :
J'y ai retrouvé des news parfaitement similaires à ce qu'elles étaient 3 semaines plus tôt, comme un éternel recommencement.
Comme si cette industrie était désormais lancée dans une boucle infinie à rendre zinzin, avec quelques simples retouches à chaque nouveau passage. Comme si le monde autour, et ses résistances en hausse, ne pouvaient avoir de conséquence aucune sur sa "bonne marche".
Un jour sans fin, avec Marc Zuckerberg en guise d'Andie MacDowell, un "techno-jour de la marmotte" qui semble ne plus nous atteindre, ne plus nous surprendre.

Quelles furent ces constances, cycliques, qui me sautèrent aux yeux ?
Joyeuse liste :
Business as usual au coeur d'un été caniculaire et incendiaire, donc.
Tout. Va. Bien.
Et on ne sait pas trop comment sortir de la boucle. À moins d'un choc suffisant pour faire dérailler tout ça, peut-être. Bulle qui craque enfin ? Trump auteur de la bêtise de trop ? Difficile à dire.
Mais est-ce que tout va mal, pour autant ?
Et bien non, figurez-vous. Alors, après ces mots introductifs, voici un tour d'horizon de quelques nouvelles plus plaisantes ou amusantes, accompagnées de quelques découvertes estivales.
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Merci et bonne lecture à toutes et tous !

Commençons par quelques traits d'humour, assénés par votre serviteur sur un réseau pourtant plutôt déprimant, Linkedin.
Qu'on s'y moque des entrepreneurs de la tech en tant que grands génies du capitalisme conquérant, ou bien qu'on y évoque la tech comme révélateur de nos absurdités, vous devriez y trouver votre bonheur.
N'hésitez pas à suivre le compte Absurditech là-bas, ça égaiera votre scroll professionnel, entre deux posts corporate écrits avec Claude.

Après les "business angels" de la French Tech arnaqués, autre histoire de gros sous encore plus réjouissante :
Meta a été sommé par le jury de Santa Fe, au Nouveau Mexique, de verser près d’un milliard de dollars pour cause de défaillance dans la protection de ses utilisateur·ices les plus jeunes. Somme qui va servir notamment à financer des programmes de prévention dédiés à la santé mentale des jeunes de cet état du sud des États-Unis.
Un milliard de dollars, ce n'est qu'une cacahuète pour un groupe comme Meta, mais le problème pourrait s'accentuer rapidement, car comme le note l'ami James Martin, "quatre autres états US demandent actuellement des pénalités à hauteur combinée de 1,4 trillions de $ [1 400 milliards 😱] pour des accusations similaires", alors même que Meta vaut actuellement 1,5 trillions sur les marchés boursiers.
Toutes ces accusations n'iront pas au bout, certes, mais elles pourraient aussi inspirer d'autres pays dans un contexte législatif pesant pour les plateformes sociales, en France comme ailleurs. Et alors on commencera sans doute à rigoler un peu moins chez Meta et Zuckerberg (qui lui continue son nervous breakdown en public).

Meta toujours, et un retour à mes premiers amours professionnels, le joyeux monde de la communication. Car cette campagne marketing de DuckDuckGo, acteur tech mieux-disant sur le terrain des navigateurs et moteurs de recherche axés sur la protection de la vie privée, est géniale de simplicité :
L'entreprise (malheureusement états-unienne) vient d'annoncer la sortie de ses "normal fucking sunglasses", soit des "lunettes de soleil normales bordel de merde", en opposition aux AI/smart-glasses de Meta, dont j'ai déjà parlé ici.
Drôle, malin, et déjà en rupture de stock (perso, je n'aurais pas été jusqu'à acheter ce bout de plastoc' à 35$, mais c'est vous qui voyez).
Surtout, cela met en lumière les conséquences néfastes tout à fait anticipables de l'apparition de ces lunettes dans la sphère publique. Rien d'étonnant, me direz-vous, en provenance de Meta, une boîte créée sur la base d'une idée purement perverse, cf le Social Network de David Fincher (dont la suite, annoncée, sera on espère plus abrasive).

Éloignons nous désormais un peu de la tech, car j'ai envie de vous partager quelques autres découvertes de mon été.
Il y a eu d'abord des bouquins, comme je l'évoquais au début de cette infolettre. Et comment ne pas parler, pour commencer, du "Paresse pour tous" d'Hadrien Klent (pseudo de Raphaël Meltz).
Parler de "découverte" ici est sans doute un peu galvaudé, tant on m'en a conseillé la lecture ces derniers mois, mais c'est là un virus que l'on est heureux de voir se diffuser.
Le virus de la paresse ? Pas exactement, plutôt celui d'une saine remise en question de notre modèle productiviste à bout de souffle, à l'heure où l'accaparrement des richesses par quelques-uns met définitivement à mal nos modèles de sociétés occidentaux (même le Financial Times s'en rend compte, c'est dire).
"Paresse pour tous", c'est donc un bouquin mi-roman mi-essai, qui raconte comment un prix Nobel d'économie devient candidat à la présidentielle avec pour crédo la semaine de travail de... 15 heures ! Un prétexte provocateur pour, on le disait, remettre en question toutes nos idées pré-conçues et poser beaucoup, beaucoup de bonnes questions. On n'y parle même un peu de tech, au final !
Un livre évidemment utopique, sans doute "cucul" par moments, mais surtout stimulant et joyeux. Voilà qui fait du bien vu la période, désespérante sur bien des plans, et à moins d'1 an d'une campagne présidentielle.
On sort clairement du jour de la marmotte avec celui là !
Vraiment, lisez-le.
(Et achetez-le chez un·e libraire, ils et elles ont besoin de vous, ce qui n'est évidemment pas le cas d'Amazon).

PS : il n'est pas impossible que je vous reparle de ce bouquin dans un prochain numéro de la newsletter, sous un angle un peu différent. Nous verrons. Tout comme d'une autre lecture plaisante, "La Main Gauche de la Nuit" d'Ursula K. le Guin. Suspens 👀
PS2 : notez aussi une lecture potentielle à venir pour ma part, et une nouvelle figure techno-critique à suivre, Gil Duran et son "Nerd Reich".
Après la lecture, l'été fut marqué pour ma part par des vidéos, une fois de retour plus régulièrement devant un écran d'ordinateur. J'ai ainsi pris le temps de me pencher sur des essais vidéos que j'avais mis de côté depuis un moment, plutôt anglé sur la tech.
Mais finalement, c'est de tout à fait autre chose que j'ai décidé de vous parler. Parce que j'ai été cueilli, par surprise, par l'incroyable boulot de Zeph & Ramo.
J'ai découvert ces deux géniaux zigotos via leurs courtes pastilles sur des jeux vidéo chelous, insérées dans l'émission hebdo de mon média gaming préféré, Origami. Des pastilles plaisantes, mais qui ne rendent pas justice, à mon humble avis, à l'incroyable qualité de leurs longs formats.
Et longs, ils le sont : près de 2 heures pour l'histoire d'un "crossover catastrophique". 3 heures pour leur magnum opus, sur... les jeux vidéo de pêche ? 🎣
Les compères Zeph & Ramo deviennent de toute évidence plus puissants avec le défilement des minutes.
C'est avec la première de ces vidéos que j'ai découvert et réalisé la qualité du boulot. Un voyage qui part d'une histoire que je ne connaissais pas, sur un film quasi maudit, réunissant pourtant la crème de la crème des auteurs (oui, à peu près que des mecs) mondiaux de l'animation, dans un format que j'adore et qui rappelle pas mal le super boulot de Meeea.
Mais ce n'est là que le début d'une longue expédition, où un bon paquet de vos héros vont prendre très chers, et où il apparaît évident que le génie n'existe pas ; c'est vrai pour les entrepreneurs de la tech comme pour les artistes, tmtc.
Une expédition au cours de laquelle il devient clair que le concept même "d'auteur" n'est pas souhaitable. Moebius a succombé à deux sectes différentes, Jodorowsky est un parasite plus que malsain, tous vos animateurs japonais préférés sont des psychopathes...
Votre monde artistique va s'écrouler, mais vous allez adorer ça.

La seconde vidéo que je vous conseille est leur hit absolu à date, je pense : "L'iceberg des jeux de pêche." Et ce qui part comme une sorte de tier-list des jeux de pêche va là encore vous défoncer le crâne en partant dans un nombre de directions zinzin, vous faire rire, pleurer, réfléchir, et tout le reste. Génial.
Bonus tech : on y retrouve l'une des meilleures explications de pourquoi l'IA générative appliquée au jeu vidéo, c'est de la 💩, quand la génération procédurale existait bien avant la survenue de ChatGPT dans nos vies.
Et non, 3h10 ça n'est pas trop, pas du tout.
Bref, go subscribe et lâcher des pouces bleus, comme on dit dans le Youtube game.
Dernier mot pour la route : j'ai aussi profité de l'été pour refaire la déco de mon laptop. C'est pas beau ça ? Merci à l'illustratrice Audrey Molinatti (aka Nosferatu Hater sur Bluesky) pour les travaux ! Et fuck AI slop !

Merci d'avoir scrollé jusque là ! N'hésitez pas à me faire part de vos retours en commentant l'article sur www.absurdi.tech ou directement via mes différents réseaux.
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Pour conclure, bien sûr, une très bonne rentrée à celles et ceux qui reprennent les hostilités ce jour, et un grand merci pour votre fidélité et vos lectures !
À bientôt,
Thomas ✊
PS : Absurditech est garanti sans IA générative, pas sans fautes.