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20.07.2026 à 13:12

20 juillet 2001 : Carlo Giuliani est tué par la police au contre-sommet du G8 de Gênes

Cet article revient sur le déroulé du contre-sommet du G8 de Gênes.
En pleine période altermondialiste ce contre-sommet marqua un tournant tant dans la répression de ce genre d'événement que dans l'histoire du mouvement.

Texte intégral (6328 mots)

Cet article revient sur le déroulé du contre-sommet du G8 de Gênes.
En pleine période altermondialiste ce contre-sommet marqua un tournant tant dans la répression de ce genre d'événement que dans l'histoire du mouvement.

Le contexte

En novembre 1999, à Seattle (USA) le sommet de l'Organisation mondiale du commerce est annoncé comme « historique ». Il doit sceller la puissance du capitalisme sur l'URSS tombée quelques années plus tôt. Mais le sommet officiel est très largement perturbé par des manifestant·e·s varié·e·s mais offensifs. C'est le début d'une nouvelle séquence de lutte qu'on appellera plus tard altermondialiste. Hétérogènes, ces manifestant·e·s s'opposent à l'ultralibéralisme, au changement climatique, à la spéculation financière et à la dette des pays émergents, et pour certains au capitalisme tout simplement. Un slogan relativement partagé de l'époque est « un autre monde est possible ».

En Europe, quelques contre-sommets significatifs sont organisés comme celui de Prague en septembre 2000 contre le Fonds monétaire international. Un mois avant Gênes, lors d'un sommet de l'Union européenne à Göteborg en Suède, un policier tire sur un manifestant et le blesse gravement. Le contre-sommet de Gênes arrive donc dans un contexte de montée en puissance de la contestation des règles du jeu des puissants. C'est tout à la fois une critique écologique, économique et politique des institutions qui (dé)régulent et gèrent le monde. Pour saisir aussi l'ambiance de l'époque il est alors globalement admis que les tactiques différentes de manifestations pouvaient « cohabiter » (non sans d'interminables polémiques stériles sur la violence et la non-violence) dans les mêmes rassemblements internationaux, à condition d'annoncer la couleur avant : « black », « pink », « rouge », « vert », etc.
Grâce à l'internet naissant, les groupes peuvent se coordonner comme jamais jusqu'ici.

Le contre-sommet de Gênes arrive aussi dans un contexte national particulier. En Italie, la répression contre les militants de la gauche radicale n'est pas encore un lointain souvenir et les années sanglantes du long Mai rampant ne se sont pas totalement estompées. [1]
Quelques mois avant le G8, Berlusconi arrive pour la première fois au pouvoir avec une coalition regroupant aussi de petits partis fascistes. Le sommet de Gênes semble être le parfait terrain pour un affrontement entre la gauche radicale italienne et la droite extrême de Berlusconi.

Dans les semaines qui précèdent le sommet, la tension monte en Italie et à Gênes en particulier. Plus les jours se rapprochent et plus l'occupation policière s'intensifie au point de mécontenter grandement les habitant·e·s. Les accords de Schengen sur la libre circulation des personnes en Europe sont levés. Les gares de Gênes sont fermées. Une zone rouge est dessinée dans les rues de la ville et matérialisée par une grille métallique de plusieurs mètres de hauteur. Cette zone est réservée au sommet officiel et aux résidant·e·s. Une grande zone jaune qui prend la moitié de la ville est interdite de toutes manifestations.

G8 genova map

Quelques jours avant le sommet, des colis piégés explosent dans des casernes. Des perquisitions se multiplient et les flics fouillent et menacent les personnes qui semblent être altermondialistes. L'État italien fait savoir par la presse qu'il a commandé 200 sacs mortuaires qui sont stockés dans une morgue de la ville… La veille de l'ouverture du Genoa Social Forum [2] la tension est grande.

Le contre sommet de Gênes

Le 19 juillet se déroule une manifestation unitaire de plusieurs milliers d'altermondialistes en soutien aux migrant·e·s. La consigne de ne pas faire déborder cette manifestation en raison de la présence de nombreux sans-papiers est respectée. De gros sound systems sont dans les rues sur le mode Reclame the street. [3] L'ambiance est festive, sans trop de présence policière. Des conteneurs ont été installés en travers de certaines rues pour compléter la grille de la zone rouge. La manif est un succès.

Le 20 juillet c'est la journée annoncée comme la plus offensive. Les groupes sont libres d'exprimer la diversité des tactiques de luttes. Il y a par conséquent plusieurs manifestations et rassemblements dans la ville ce vendredi. L'idée générale qui domine c'est de s'approcher au plus près de la zone rouge et de la prendre d'assaut si cela est possible.

Quelques pôles :

Les syndicats de bases autonomes, les Cobas, manifestent tout à l'ouest de la ville, loin des affrontements à venir.

Piazza Manin est un lieu de rassemblement autorisé ce 20 juillet à Gênes. Des militants non violents (genre chrétiens de gauches) tiennent un sitting sur la place à plusieurs centaines de mètres de la zone d'exclusion. Ils et elles ont les mains peintes en blanc.

Attac et cie se retrouvent devant la grille de la zone rouge à piazza Dante pour contester de manière pacifique et symbolique. Ils se feront tout de même repousser avec des lances à eau.

Le matin, un black bloc [4] regroupant plusieurs centaines de personnes occupe les rues du centre. Le black bloc semble délaisser la zone rouge et se concentre dans la zone jaune. Corso Torino, banques et symboles du capitalisme sont systématiquement attaqués. Des rues sont dépavées et les affrontements avec la police commencent. Des voitures sont incendiées, dont des voitures de police. Les affrontements sont cependant relativement épars et la police recule de nombreuses fois. En cours de journée, le black bloc se divise en plusieurs groupes dans la ville. Certains reviennent vers le centre de convergence dans le sud de la ville, d'autre s'affrontent à la mi- journée vers la gare de Brignolle. Une partie du bloc attaque une prison dans le nord de la ville avec des molotovs, puis il avance avec la police sur les talons en direction de la piazza Manin dans l'après-midi.

Au même moment, un pink bloc [5] de plusieurs centaines de personnes avec comme slogan « ni héros, ni martyres, ni machos » se faufile dans les rues au nord de la zone rouge et parvient par surprise à s'approcher des grilles piazza Corvetto. Vers 15h, des grappins prévus à cet effet sont lancés contre les grilles et les manifestant·e· tirent sur les cordes. Malheureusement ou très heureusement [6] les maillons de la grille lâchent avant les structures. La grille reste en place et la pression des lacrymogènes et des lances à eau se fait plus forte. Ce cortège reflue lui aussi en direction de piazza Manin dans un ordre relatif.

De l'autre coté de la ville s'élance l'immense cortège des tute bianche [7] et des désobéissants. Ce sont 15 000 à 20 000 personnes, dont plusieurs milliers équipés de boucliers en plexiglas, de mousse sur les avant-bras et de casques de moto qui part du stade Carlini à plus de 3km de la zone interdite de manifestation (la fameuse zone jaune). Le cortège est massif, déterminé, les sonos des camions lancent des « sans armes, sans pierres, sans bâtons ». Le cortège se veut offensif, mais dans une logique de désobéissance civile radicale. Aussi la stratégie retenue était de repousser les policiers le plus loin possible grâce à d'immenses barrières de plexiglas mobiles qui devaient servir de tampons entre les carabinieri et les manifestant·e·s.

Dans l'après-midi c'est déjà pas mal le chaos. Au nord de la zone rouge, la piazza Manin, seuls lieux autorisés pour un rassemblement et occupés par des pacifistes et des reliquats du pink bloc, se fait très violemment charger. Des personnes gisent dans des flaques de sangs. C'est un ballet d'ambulances incessant. Le black bloc qui avait traversé la place quelques minutes avant en provenance de la prison pour mineur de Marassi a continué son chemin et s'est dispersé plus loin sans oublier d'incendier nombre de voitures.

De l'autre côté, les désobéissants se font très violemment charger avec des camionnettes ou des blindés. Ils sont encore loin de la zone interdite, mais la police a décidé d'attaquer très tôt.
Dans un premier temps, le cortège encaisse. Mais sous les coups de pressions répétés (comprendre charges ultraviolentes) la tête commence à se désagréger et la colère à monter de plus en plus dans les cœurs des dizaines de milliers de manifestant·e·s. Il est clair que tenir l'assaut policier sans violence et sans pierres ne sera pas possible aujourd'hui. Alors la situation dégénère complètement.
Pendant des heures, ce sont des charges et des contres-charges. Via Tolemaide, des véhicules et une colonne de carabinieri doivent reculer dans la panique. Un militaire sort son arme de poing. Des véhicules militaires sont abandonnés, pillés puis incendiés. On verra des grenades lacrymos tirées en direction des policiers par des manifestants.

Du côté policier c'est la férocité en tous lieux. Les personnes qui ont le malheur de se retrouver à portée de matraques se font littéralement éclater. Hommes, femme, vieux ou jeunes : aucune pitié ! Des dizaines et des dizaines de personnes baignent dans leur sang, les sirènes d'ambulances sont constantes. Plusieurs personnes sont inconscientes au sol. Une sorte de « climat chilien » s'installe dans les rues. Le centre de convergence est attaqué, des blindés légers sont dans les rues. La situation en de nombreux points de la ville est incontrôlable. Depuis le matin, le bruit des hélicoptères de la police est permanent. Des centaines de personnes sont arrêtées dans la rue, ou à l'hôpital… Ces personnes sont emmenées dans des lieux réquisitionnés par la police, dont la sinistre caserne de Bolzaneto. [8]

Vers 17h, les combats de rues continuent. Déjà, des coups de feu ont été entendus. Une femme s'est fait renverser dans une charge de blindé, elle est dans le coma. La situation est confuse et le cortège principal des désobéissants a implosé dans le quartier du Corso Torino. Des membres du black block et d'autres tendances ont rejoint le cortège des désobéissants.
Lors d'une contre-charge de manifestant·e·s, une jeep des carabinieri se retrouve coincée et prise à parti par des émeutiers. À 17h26, Carlo Giuliani, génois de 23 ans, prend une balle en pleine tête tirée depuis l'arrière de la jeep. Il se fera par la suite rouler dessus par la jeep et laissé au sol piazza Alimonda. Il meurt sur le coup. [9]

Le soir, un calme relatif règne sur Gênes. Toute la ville est arrêtée, les bus sont coupés et c'est une ambiance de terreur dans la rue. Ceux et celles qui le peuvent se retrouvent au centre de convergence du Genoa Social Forum sur le front de mer. Tout le monde est choqué. Le stade Carlini où loge les tute bianche est encerclé. Des centaines de personnes passent la nuit au poste, la plupart seront copieusement tabassées et pour certaines torturées [10] par des carabinieri fascistes.
Tout le monde se demande comment la grande manifestation du lendemain va se passer.

Le 21 juillet, une manifestation unitaire monstre a lieu à Gênes. 200 000 à 300 000 personnes tentent de défiler comme elles le peuvent. En effet, la police va, dès le début, copieusement arroser le cortège de gaz lacrymogène. Un bon millier de personnes lui font face et lancent des projectiles au niveau du front de mer, là où se trouve le point de convergence des alters. Beaucoup scandent « assassini » en direction des policiers.

Puis c'est le délire. Après les provocations policières, c'est le gazage général de toute la manif et une charge extrêmement longue et brutale. La manif est coupée en deux. Une première partie continue sur le parcours officiel. L'autre moitié de la manifestation est chargée sans discontinuer avec parfois des blindés pendant de longues heures. Les manifestant·e·s de tout âge n'ont d'autres choix que de refluer. Les flics tabassent de sang-froid n'importe qui. Il y aura des centaines de blessés graves.

Le soir du 21 juillet, le centre média des altermondialistes situé dans l'école Diaz est pris d'assaut par 300 policiers qui défoncent les portes, matraquent encore sans vergogne la petite centaine de personnes présentes et détruisent méticuleusement le matériel de prise de vue et les ordinateurs.

Plusieurs dizaines d'entre elles partent sur les civières des urgences sous l'œil des caméras.
C'est une expédition punitive qui fait penser aux heures sombres des dictatures d'Amérique latine. [11]

Après le contre-sommet

Après ces jours tragiques, la tendance pour les « saigneurs du G8 » sera d'être moins ostensible. Les prochains sommets internationaux se réfugieront dans des stations de ski, des stations balnéaires (comme à Evian en 2003), de plus petites villes plus facilement contrôlables par les autorités. Les contres-sommets autorisés seront loin des centres de réunions officiels.
Cependant, l'image des « grands de ce monde » bunkerisés et en ruptures avec les populations ne se démentira jamais plus.

Le contre-sommet de Gênes a été un tournant pour le mouvement altermondialiste. Jusqu'à Gênes, la dynamique était avec les contestataires. Chaque sommet était l'occasion de se rencontrer, d'échanger des tactiques et expertises et d'approfondir la lutte. Une certaine candeur quant à la possibilité de changer le monde immédiatement est tombée ces jours de manifestation. Les événements nous ont rappelé que même dans un État dit « démocratique », la police et l'armée n'hésiteront pas à tirer sur la foule pour défendre les intérêts des puissants. La forme du contre-sommet aussi sera largement questionnée par la suite. Est-il pertinent de se retrouver à l'endroit choisi par l'adversaire avec une concentration de troupe à notre désavantage ? Ne suivons-nous pas le calendrier des puissants au lieu de fixer nos propres échéances ?
Malgré ces questions pas complètement résolues, la forme du contre-sommet a perduré comme le montre l'exemple récent du sommet contre le G20 d'Hambourg ou encore celui contre le G7 dans le Pays basque.

Pour en savoir plus :

  • Lire : Gênes multitudes en marche contre l'Empire Edition Reflex conçu par samizdat.net, Paris 2002
  • Regarder : Gênes juillet 2001, les droits bafoués
  • Regarder : Carlo Giuliani, ragazzo ; Un film de Francesca Comencini, 2002
  • Regarder : Don't Clean Up The Blood de Primitivi, 2001

[1] À ce sujet, lire par exemple La Horde d'or. La grande vague révolutionnaire et créative, politique et existentielle de Nanni Balestrini et Primo Moroni, l'Éclat (pour l'édition française), Paris, 2017.

[2] Le Genoa Social Forum (GSF) est une plateforme de coordination contre le G8. Elle regroupe beaucoup de tendances de la gauche italienne ainsi que des collectifs internationaux. Elle se dit ouverte à la « diversité des tactiques », mais exclut les actions violentes telles que l'émeute. Par conséquent la mouvance anarchiste et black bloc n'est pas représentée. C'est cette coordination qui sera en contact avec les autorités italiennes pendant toute la préparation et la tenue du contre sommet.

[3] Reclame the street est un groupe activiste anglais qui « inventa » la street party ou manifestive en français.

[4] Le black bloc n'est pas un groupe homogène de personnes, mais une tactique de manifestation offensive. Les participant·e·s s'habillent tou·te·s en noir pour se rendre anonyme.

[5] Le pink bloc à Gênes avait pour but de faire tomber le mur de la zone rouge sans employer les méthodes jugées virilistes des tute bianche. Le pink bloc était festif, radical, mais non violent. Il était composé de différentes tendances, dont des anarchistes, et de pas mal d'internationaux.

[6] Ce qui était envisagé par les manifestant·e·s c'était de pénétrer dans la zone rouge puis de se retirer tranquillement. Nous avons appris quelques mois plus tard que les ordres donnés ce jour-là étaient de tirer à balle réelle sur les personnes qui franchiraient la zone rouge.

[7] Les tute bianche sont appelés comme ça, car ils portent des combinaisons blanches jetables pour symboliser les « invisibles » ; s'anonymiser comme dans un black bloc, mais aussi pour signifier qu'ils n'ont rien à voir avec celui-ci. A Gênes, les tute bianche ont décidé d'enlever leur combinaison.

[8] Bolzaneto est une caserne à l'extérieur de Gênes où ont été amené·e·s de nombreux·ses manifestant·e·s. Particulièrement les personnes venant de l'assaut contre l'école Diaz, mais pas seulement.

Parmi les violences policières de la caserne de Bolzaneto :

  • Des manifestants sommés de chanter des chants fascistes sont insultés ;
  • Plusieurs ont dû rester des heures durant, les jambes écartées les bras tendus contre le mur ;
  • La plupart des manifestant·e·s arrêté·e·s ont été frappé·e·s à coups de matraque et giflé·e·s ;
  • Plusieurs manifestant·e·s ont été menacé·e·s de viol, ont été battu·e·s à coup de saucisson ou de matraque dans les parties génitales, d'autres à coup de poing, d'autres ont eu les côtes ou les bras fracturés, ont été brûlé·e·s à la cigarette ;
  • Plusieurs filles devaient tourner nues sur elles-mêmes sous les rires des policiers ;
  • Une jeune femme s'est vu retirer son piercing vaginal, malgré ses règles, devant cinq personnes.

Marco Poggi, un infirmier, a déclaré : « J'ai vu des détenus giflés, frappés à coups de poing ou de tête contre le mur. Pour certain·e·s, c'était un vrai lynchage. J'ai assisté à des choses que je croyais inimaginables. Pendant des jours, je me suis tu, puis j'ai fait la chose la plus juste… »
Lors du procès de mars 2008, sept ans plus tard, des peines pour un total de soixante-seize ans et quatre mois à l'encontre de 44 inculpés sont requises. Les policiers, carabiniers, agents pénitentiaires et médecins sont accusés d'abus de pouvoir, de violences privées, d'injures ou encore de coups.
En 2013, la Cour de cassation ne confirme que 7 condamnations.
Le 19 juillet 2017, le chef de la police italienne, Franco Gabrielli, déclare dans le journal La Repubblica que des manifestants ont été victimes d'« actes de torture » (source Wikipédia)

[9] L'affaire est classée sans suite par la justice italienne en 2003 en abandonnant toutes les charges contre Mario Placanica, le carabinier de 24 ans qui a tiré. La Cour européenne des droits de l'homme condamne l'Italie en première instance le 25 août 2009, pour des « manquements dans l'enquête sur la mort de Carlo Giuliani » et alloue « 15 000 euros aux parents de la victime et 10 000 à sa sœur ».
La même Cour a finalement acquitté l'État italien par un jugement définitif. En mars 2011, la Cour européenne des droits de l'Homme a en effet blanchi l'Italie de toute responsabilité dans la mort de Carlo Giuliani, « Le recours à un moyen de défense potentiellement meurtrier, tels des coups de feu, était justifié », estime dans son arrêt définitif la Cour de Strasbourg.(source Wikipédia)

[10] La Cour européenne des droits de l'homme a condamné l'État italien en avril 2017 pour torture lors de ce G8, notamment pour ce qui s'est passé à Bolzaneto.

[11] 60 personnes furent gravement blessées durant l'assaut policier. Plus de 90 furent embarquées par la suite. La police a reconnu par la suite que les cocktails molotovs retrouvés avaient été apportés par la police. Des policiers seront condamnés. En octobre 2017, la Cour européenne des droits de l'homme a condamné l'Italie pour cas de torture à l'école Diaz

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20.07.2026 à 13:12

Tour de France et insurrection communiste en Italie

Le 14 juillet 1948, une tentative d'assassinat dirigée contre le leader du Parti communiste italien plongeait le pays dans une situation insurrectionnelle. Selon la légende, c'est la victoire de Gino Bartali à Briançon qui ramènera le calme le 16 juillet.

Texte intégral (1831 mots)

Le 14 juillet 1948, une tentative d'assassinat dirigée contre le leader du Parti communiste italien plongeait le pays dans une situation insurrectionnelle. Selon la légende, c'est la victoire de Gino Bartali à Briançon qui ramènera le calme le 16 juillet.

Le 14 juillet 1948, alors qu'il quitte le Parlement avec la députée Nilde Iotti, le secrétaire général du Parti communiste italien (PCI) Palmiro Togliatti est victime d'une tentative d'assassinat. Antonio Pallante, catholique libéral et anticommuniste exalté, tire quatre balles de revolver sur Togliatti, dont trois atteignent leur cible. Le tireur avait déjà essayé d'approcher le dirigeant communiste à diverses occasions, notamment en demandant à le rencontrer dans le cadre de ses fonctions parlementaires. Cet événement plonge l'Italie dans une situation insurrectionnelle dont le traitement est inextricablement lié... à la 35e édition du Tour de France !

Soulèvement

L'annonce de l'attentat contre Togliatti provoque une série de manifestations violentes à travers le pays, qui font 14 morts (10 manifestants et 4 agents de police) et des centaines de blessés. À Rome, La Spezia, Abbadia San Salvatore, Naples, Gênes, Livourne, Taranto et Turin, la situation est insurrectionnelle. Des grèves sauvages, spontanées, se déclenchent dans la Péninsule. Giuseppe Di Vittorio, secrétaire général de la CGIL (Confédération Générale Italienne du Travail, équivalent de la CGT de l'autre côté des Alpes), décide d'accompagner le mouvement en rentrant prématurément de son voyage aux États-Unis et en appelant à la grève générale. Les lignes du téléphone public sont coupées et le trafic ferroviaire est à l'arrêt. Des sièges du parti démocrate-chrétien sont attaqués, des usines occupées. Des barricades sont dressées, et de nombreux ouvriers dépoussièrent leurs armes de partisans. À Turin, les ouvriers de la FIAT séquestrent le directeur général et président de l'entreprise, Vittorio Valletta. La conduite de l'action syndicale provoquera la scission de l'aile chrétienne-démocrate de CGIL dans la Confédération italienne des syndicats de travailleurs (CSIL). Togliatti est sur le billard, et les rumeurs de sa mort se répandent.

Pacification

Du côté du gouvernement, c'est la panique : on craint que le moment de l'insurrection communiste soit venu et que le Parti applique son mystérieux « Plan K », complot bolchévique fantasmé par la droite italienne et dont les émeutes seraient la première étape. Le 15 juillet Mario Scelba, ministre de l'Intérieur démocrate-chrétien, interdit les manifestations pendant que Giuseppe Di Vittorio donne des garanties au gouvernement : les délégués syndicaux font tout leur possible pour apaiser les ouvriers, tandis que la centrale syndicale appelle à cesser la grève le lendemain, 16 juillet, à midi. Le secrétaire général de la CGIL a été averti que Togliatti avait survécu à son opération, et savait qu'il appellerait au calme dès qu'il en serait physiquement capable. En attendant, de nouvelles manifestations et émeutes font 16 morts et 600 blessés les 15 et 16 juillet. Quand Togilatti sort du coma et du silence, ses premiers mots sont pour les ouvriers, qui attendent l'autorisation du Parti pour matérialiser leurs menaces de guerre civile et accomplir leur révolution : « Non fare fesserie » (Ne faites pas de bêtises). À la résurrection succède la pacification, fonction-même du PCI au sortir de la guerre : en 1946, le PCI soutient la loi d'amnistie des fascistes (dite « Amnistie Togliatti ») ; en 1949, après avoir utilisé la Volante Rossa (groupe d'anciens partisans connu pour avoir poursuivi l'épuration antifasciste sauvage après l'amnistie) comme service d'ordre, le PCI renie ses membres et les abandonne à la justice démocrate-chrétienne ; face à la contestation des années 1960 et 1970, le PCI dénonce les éléments les plus offensifs du mouvement ouvrier et révolutionnaire comme des « agitateurs » ; en 1973, en réaction au coup d'État de Pinochet, le secrétaire général du PCI propose un « compromis historique » aux démocrates-chrétiens dans l'espoir de participer à un « gouvernement de solidarité nationale ».

Cyclisme

Dans les rangs démocrates-chrétiens, plutôt que de remercier le PCI pour son rôle contre-révolutionnaire, qu'il continuera de remplir à merveille par la suite, on préfère trouver l'origine du retour au calme dans la performance exceptionnelle du cycliste Gino Bartali lors des 13e et 14e étapes du Tour de France (Cannes-Briançon le 15 juillet, Briançon-Aix-les-Bains le 16 juillet). Alcide De Gasperi, président du Conseil des Ministres, aurait appelé Bartali le 14 juillet pour lui ordonner de gagner le grand tour et sauver le pays de la division. Le cycliste italien confirmera plus tard que De Gasperi lui avait modestement demandé s'il se sentait capable de remporter la 13e étape, et niera toujours la moindre corrélation entre sa victoire et l'issue politique du soulèvement du 14 juillet. Pourtant, aujourd'hui encore, l'historiographie démocrate-chrétienne reproduit ce mythe du Tour de France. D'un côté, les communistes débattent du potentiel réel de la mobilisation insurrectionnelle ouvrière et de ses perspectives politiques, pour savoir si l'épisode représentait une occasion révolutionnaire ou se limitait à une simple explosion de colère spectaculaire. De l'autre, les démocrates-chrétiens élaborent le mythe d'une victoire sportive vertueuse, ayant permis de détourner le peuple du poison violent distillé par la démagogie soviétique du PCI, présenté par la même occasion comme un corps étranger à la société italienne. Une vile instrumentalisation de l'exploit sportif du Juste parmi les Nations.

Sources

Groupe Révolutionnaire Charlatan

Mail : contact_grc@protonmail.com
Twitter : https://twitter.com/GRCpaname
Lire sur le site : https://lacharlatanerie.wordpress.com/togliatti-bartali/

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19.07.2026 à 08:00

L'État offre à la police un permis de tuer

Le 7 juillet 2026, l'Assemblée nationale a voté en faveur d'une loi reconnaissant la présomption de légitime défense pour les forces répressives de l'État. Autrement dit, l'État offre à la police et à la gendarmerie un permis de tuer…

Texte intégral (790 mots)

Le 7 juillet 2026, l'Assemblée nationale a voté en faveur d'une loi reconnaissant la présomption de légitime défense pour les forces répressives de l'État. Autrement dit, l'État offre à la police et à la gendarmerie un permis de tuer…

Depuis l'adoption en 2017 de la loi Cazeneuve autorisant les forces répressives à tirer en cas de refus d'obtempérer, le nombre de personnes blessées ou tuées par la police a très significativement augmenté. Pour la seule année 2024, Basta ! a recensé 66 personnes tuées lors d'interventions policières, dont 27 par arme à feu, record absolu depuis 1967. L'ONU a pointé du doigt le fait que la France est déjà le pays de l'Union européenne comptant le plus grand nombre de personnes tuées ou blessées par des agents des forces répressives.

Le projet PPL n° 691 était porté par un député Droite républicaine (ex Les Républicains) ; il trouve ses origines dans le programme du Rassemblement national et a été soutenu par le gouvernement. Son adoption va aggraver la situation actuelle : en cas de violences, les forces répressives de l'État n'auront plus à faire la preuve qu'elles ont eu raison de tirer. Il sera encore plus difficile qu'auparavant d'obtenir la condamnation d'un agent des forces répressives de l'État ayant procédé à une exécution sommaire. Cette loi équivaut à rétablir la peine de mort, à ceci près qu'il ne sera désormais plus nécessaire de s'embarrasser des pesanteurs administratives d'un procès…

Dans un pays où d'une part les contrôles au faciès sont une réalité démontrée par plusieurs études et dénoncée par le Défenseur des droits, où d'autre part les agents des forces répressives de l'État votent massivement pour l'extrême-droite, il est évident que les personnes racisées et les personnes habitant dans les quartiers les plus défavorisés seront les premières victimes de cette nouvelle loi. La police aura le droit de tuer les pauvres, les précaires, les racisé·es s'iels sortent du seul cadre dans lequel on les accepte : celui de chair à patron faisant tourner la machine capitaliste !

Une pétition lancée par le père d'une victime de violences policières a recueilli plus de 500 000 signatures vérifiées en quelques jours. Prouvant une fois de plus que la « démocratie représentative » est une forfaiture, les député·es sont passé·es outre l'expression populaire. À l'automne, le projet doit encore être présenté au Sénat avant d'être adopté : il n'y a rien à espérer de cette institution antidémocratique et illégitime.

Des pétitions ne suffiront pas pour les arrêter… Une mobilisation massive est nécessaire. Il faut inverser le rapport de force et imposer une vraie démocratie ! N'attendons pas de voir exploser le nombre de nos morts et de nos mortes ! Donnons le pouvoir au peuple, pour le peuple !

NON À LAGALISATION DES VIOLENCES POLICIÈRES !
NON AU PERMIS DE TUER !

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19.07.2026 à 08:00

1er numéro du bulletin d'information de l'assemblée anticarcérale paname & environs (juin 2026)

Ce bulletin est édité par l'Assemblée Anti-Carcérale Paname & Environs, qui se réunit mensuellement. Les prochaines assemblées seront le 19 juillet à 14h à la Bourse du Travail d'Aubervilliers et le 30 août. Pour contribuer, témoigner, nous raconter des choses, être tenu·e au courant des nouvelles de l'assemblée ou y participer, il est possible d'envoyer un mail à l'adresse suivante : paname-anticarcerale @ riseup.net

Texte intégral (737 mots)

Ce bulletin est édité par l'Assemblée Anti-Carcérale Paname & Environs, qui se réunit mensuellement. Les prochaines assemblées seront le 19 juillet à 14h à la Bourse du Travail d'Aubervilliers et le 30 août. Pour contribuer, témoigner, nous raconter des choses, être tenu·e au courant des nouvelles de l'assemblée ou y participer, il est possible d'envoyer un mail à l'adresse suivante : paname-anticarcerale @ riseup.net

La prison est - et sera - toujours l'un des symbole les plus éloquents de la puissance de l'État, de sa capacité à réprimer, enfermer et isoler l'ensemble des individu·es qui menacent son existence. La prison est au centre même de l'appareil colonial qui constitue l'État français : elle sert à mater et punir les révoltes des colonies comme récemment en Kanaky, Guadeloupe ou Martinique, à intensifier le tri aux frontières comme à Mayotte, et à tracer des frontières intérieures en incarcérant massivement les populations racisées, colonisées et les plus pauvres. Une des prouesse des États dits « démocratiques », est d'avoir réussi à faire de la notion d'enfermement un impensé pour toute une partie de la population. Une situation si lointaine que l'on ne prend même pas la peine de l'envisager, alors que c'est pourtant le quotidien de beaucoup de personnes...

Rompre l'isolement des/avec les détenu·es est alors devenu rapidement pour les mouvements anticarcéraux un moyen d'affaiblir l'appareil carcéral et l'État colonial. En exposant la voix des personnes enfermé·es, on se donne le moyen de penser « la prison » (son fonctionnement, ses outils, etc.), mais aussi de la rendre moins « extérieure à nos vies ». Attaquer les lieux d'incarcération - par les mots, la solidarité, le feu ou la bombe - c'est alors s'attaquer à ses outils privilégiés.

L'Assemblée Anticarcérale Paris & Environs a pour vocation d'être un espace d'organisation ouvert se réunissant mensuellement afin d'agir collectivement en solidarité avec les mouvements des prisonnier·es et tisser des liens avec les prisonnier·es et leurs proches.

Ce bulletin mensuel se veut un moyen de diffuser la parole, en revenant sur des mouvements ou luttes dans les prisons, et faisant sortir les nouvelles de l'intérieur. Il se veut aussi comme un outil internationaliste pour mettre en lien la répression de toutes les luttes, diffusant nouvelles d'affaires et de procès, luttes et lettres de prisonnier·es du monde entier.

La troisième Assemblée Anticarcérale Paname & Environs aura lieu le dimanche 19 juillet à la Bourse du Travail d'Aubervilliers (1 rue des 21 appelés, Aubervilliers). Le lieu sera ouvert dès 14h pour s'installer, écrire ensemble des lettres à des prisonnier·es ou parcourir l'infokiosque, et l'assemblée même commencera à 14h30. On conseille d'essayer autant que possible de venir sans téléphone (ou au pire, de l'éteindre en avance) pour réduire la surveillance que l'on s'impose à travers l'omniprésence des mouchards technologiques dans nos milieux. Il y aura aussi un coin et des activités pour les enfants, pour permettre aux personnes qui ont des enfants de pouvoir participer à l'assemblée.

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17.07.2026 à 17:00

Canicule, agriculture en péril, grèves à la rentrée... Sans attendre les présidentielles, construisons des alliances !

Les prochains rendez-vous de Bloquons tout IDF, pour préparer la rentrée sociale.

Texte intégral (651 mots)

Les prochains rendez-vous de Bloquons tout IDF, pour préparer la rentrée sociale.

Bloquons contre l'inaction climatique dont nous subissons les conséquences ! Le 23 juin 2026, la France a affiché une température moyenne supérieure à 99 % de la planète.

Bloquons contre la loi “Permis de tuer” : le 7 juillet 2026, la loi dite de « présomption de légitime défense » des forces de l'ordre a été votée.

Reprenons une agriculture paysane : alors que les agriculteur.ices sont en détresse, que les sols sont asséchés, l'État n'apporte aucune aide publique.

Reprenons les droits du travail ! Luttons contre ces patron.nes qui augmentent la pression de la productivité et dégradent les conditions de travail des salarié.es.

Obtenons la régularisation de tous.tes les sans-papiers ! Abolissons les loi anti-immigré.es et ouvrons les préfectures pour les régulariser sans attendre.

Reprenons la protection de l'enfance ! La petite Lyhanna n'est pas un cas isolé, c'est tout un système qu'il faut abattre. Obtenons une loi-cadre intégrale dédiée à l'Enfance.

Reprenons la fête ! Mobilisons-nous contre la loi RIPOST qui réprime les free party. Cette loi attaque la liberté de se rassembler, danser, partager et vivre sa culture.

Reprenons l'éducation ! Ouvrons des postes d'enseignant.es et d'AESH, augmentons leurs salaires, réduisons les effectifs des classes, augmentons le budget de l'école publique, refusons la militarisation de l'école.

Venez discuter et préparer la mobilisation unitaire de la rentrée !

Prochaines réunions publiques à l'EDMP (8 impasse Crozatier, Paris 12e) :
Dimanche 19 juillet - 14h (présentiel* + visio)
Dimanche 9 août - 14h (visio)
Jeudi 27 août - 19h30 (en présentiel* + visio)

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17.07.2026 à 08:00

Le cul entre deux chaises. Une histoire intime de l'immigration yougoslave / Un feuilleton documentaire de Minuit Décousu

Une série documentaire arrivée à terme diffusée chaque semaine depuis janvier dans Minuit Décousu, qui raconte bout par bout l'histoire de Rahima et Rasim, qui ont immigré en France dans les années 1970. Entre foyers immigrés, déclin industriel, diaspora, identité musulmane et guerre en Bosnie-Herzégovine, iels racontent une histoire d'immigration universelle, mais aussi l'intimité d'une famille yougoslave.

Texte intégral (3924 mots)

Une série documentaire arrivée à terme diffusée chaque semaine depuis janvier dans Minuit Décousu, qui raconte bout par bout l'histoire de Rahima et Rasim, qui ont immigré en France dans les années 1970. Entre foyers immigrés, déclin industriel, diaspora, identité musulmane et guerre en Bosnie-Herzégovine, iels racontent une histoire d'immigration universelle, mais aussi l'intimité d'une famille yougoslave.

Minuit Décousu, c'est une émission de création sonore/documentaire de nuit sur Radio Canut (Lyon et alentours) et Cause Commune (Paris/IDF). Semaine après semaine pendant une heure, on en découd avec la nuit et on tire le fils de sons, de textes, d'archives et de voix qui s'entremêlent. Cette année, on a diffusé chaque semaine une série documentaire qu'on a réalisé Le cul entre deux chaises. Une histoire intime de l'immigration yougoslave . Maintenant que la série est arrivée à terme, on voulait la proposer à l'écoute indépendamment de notre émission.

Rahima et Rasim ont immigré en France au début des années 1970. À travers leur récit, Le cul entre deux chaises raconte une histoire d'immigration universelle, mais aussi l'intimité d'une famille yougoslave. Des foyers de travailleurs migrants au pavillon de la banlieue lyonnaise, des premiers signes du déclin industriel à leurs licenciements pour inaptitude physique, Rahima et Rasim témoignent des évolutions de la condition ouvrière de leur point de vue d'immigrés. Leurs efforts d'intégration sont constamment mis à mal par le racisme qu'ils rencontrent dans leur quotidien. La guerre en Bosnie-Herzégovine les renvoie à leur identité musulmane, fait éclater la diaspora yougoslave au sein de laquelle ils vivaient et marque la fin des rêves de retour au pays. Entre humour et mélancolie, anecdotes croustillantes et considérations géopolitiques, les 20 épisodes racontent sous la forme d'un dialogue les effets d'assignation et les faits marquants qui ponctuent leur trajectoire.

Une série à écouter ci-dessous pendant la pause estivale de Minuit Décousu, qui revient sur les ondes pour une 7e saison à la rentrée ! L'ensemble des épisodes est disponible sur notre audioblog (comme on fait les choses bien on l'a mise sous forme de playlist pour les amateurices d'écoute en continu) ou sur l'ensemble des applis de podcast. Bonne écoute ! 🎧

Épisode 1 – SOS Rasim
De l'obtention de papiers français à la location d'un appartement, les prénoms musulmans de Rasim et Rahima ne facilitent pas les choses. Le racisme ponctue le quotidien dans les rapports de voisinage comme avec les pouvoirs publics.


Épisode 2 – Yougo en exil
Rasim arrive en France en 1973 via une agence d'intérim qui recrute des travailleurs en Yougoslavie. Un an plus tard, Rahima le rejoint. Les premiers pas sont difficiles financièrement et dans un environnement qu'ils ne maitrisent pas.


Épisode 3 – France Travail
Rasim et Rahima enchaînent les boulots d'ouvriers. Les cadences soutenues, la pression élevée, les gestes répétitifs rythment des quotidiens de travail difficiles. Leur santé se dégrade inexorablement dans l'indifférence de leurs patrons.


Épisode 4 – Carnet rose
Rasim et Rahima se marient conformément aux traditions bosniaques. Rahima rejoint alors Rasim en France et ils commencent leur vie amoureuse au foyer de travailleuses et travailleurs migrants. Episode déconseillé aux mineurs.


Épisode 5 – L'éternel retour
Pendant des années, Rahima et Rasim se projettent dans un retour au pays où ils font construire une maison et où leurs enfants grandissent. Ils refusent cependant l'aide au retour de l'État français. Et finalement ils s'installent en France définitivement au début des années 1990.


Épisode 6 – L'assignation
La montée du nationalisme à la fin des années 1980 en Yougoslavie politise les appartenances religieuses. Alors que Rasim et Rahima se sentent profondément yougoslaves et que l'islam n'a guère de place dans leur vie quotidienne, ils sont alors assignés à leurs origines musulmanes.


Épisode 7 – Feu l'usine
Arrivés en France dans un période de plein emploi pour les ouvriers, Rahima et Rasim ont vécu le processus de désindustrialisation de l'intérieur. À mesure que les conditions de travail s'améliorent, l'emploi se déshumanise et se raréfie.


Épisode 8 – Enfants du bled
L'ainée et le cadet des trois enfants sont élevés en Yougoslavie par leurs grands-parents. En 1990, suite à la naissance de la benjamine, la famille se regroupe et lance le processus de naturalisation. Les enfants découvrent le français à l'école, tandis que Rasim et Rahima s'ancrent en faisant construire une maison.


Épisode 9 – Vanesa
Rahima et Rasim découvrent progressivement le français, entre bricolages et quiproquos. Lorsqu'il va déclarer la naissance de sa benjamine, Rasim oublie la lettre à son prénom qui aurait permis qu'il soit prononcé correctement en français. Vanesa deviendra Vanessa quelques années plus tard.


Épisode 10 – Aller simple
La guerre éclate en Yougoslavie. Rasim et Rahima rapatrient la famille en urgence en France, traversant les frontières qui se ferment juste derrière eux. Alors que les parents de Rahima ne devaient s'y réfugier que temporairement, la guerre s'éternise et ils ne repartiront jamais.


Épisode 11 – Sous-traitance atomique
Pendant trois décennies, Rasim travaille pour une société sous-traitante dans le nettoyage des centrales nucléaires. Lui et ses collègues sont exposés à de fortes radiations ; si le taux maximal est dépassé, l'entreprise les retire des centrales et les fait travailler ailleurs. Pour maximiser son salaire, il est souvent en déplacement et économise sur les indemnités forfaitaires en partageant des habitats précaires avec d'autres travailleurs immigrés.


Épisode 12 – L'écho du front
Durant quatre ans, Rahima et Rasim vivent la guerre en Yougoslavie à travers la télévision et la radio. Ils sont perpétuellement sous tension et en attente des nouvelles des proches, qui parviennent au compte-goutte et souvent tardivement. À défaut de s'engager dans les combats, ils tentent d'aider en envoyant des colis qui n'arrivent jamais. L'éclatement du conflit éveille aussi des soupçons en France : comme Rasim accède au cœur des centrales nucléaires, une enquête est diligentée pour vérifier ses intentions.


Épisode 13 – La fête est finie
Dans les années 1970 et 1980, Rahima et Rasim ont une vie sociale riche au sein de la diaspora yougoslave de l'est lyonnais. Le déclenchement de la guerre marque la fin fêtes hebdomadaires : Rasim et Rahima sont bosniaques, leurs proches d'origine serbe leur tournent le dos. Résonnance en France de la fin du rêve multiculturel yougoslave, cet éclatement soudain de leurs relations amicales contribue à entretenir, trente ans après la guerre, une forme de yougostalgie.


Épisode 14 – 50 000 lieues sur la terre
Depuis 1973, Rasim et Rahima font chaque année plusieurs allers-retours entre la France et l'(ex) Yougoslavie. Avant la modernisation des routes et des voitures, les trajets de trente heures sont éprouvants. L'été, c'est l'absence de climatisation qui fait défaut ; mais les hivers rigoureux compliquent aussi les choses.


Épisode 15 – Convois exceptionnels
Pendant la guerre, la solidarité s'organise pour aider la famille restée au pays ou réfugiée en Croatie. Rasim et Rahima collectent des denrées alimentaires et des vêtements et organisent des convois humanitaires avec la camionnette prêtée par le voisin. Les trajets sont aussi l'occasion de rapatrier les proches en Europe de l'ouest, en zigzagant entre les frontières qui se ferment.


Épisode 16 – Slobodan massacre
En Yougoslavie, les tensions politiques sont montées progressivement. La haine s'est immiscée dans la population, montant les communautés les unes contre les autres, jusqu'à l'éclatement du conflit. Trente ans après, la Bosnie est divisée entre territoires bosniaques, croates et serbes, les tensions demeurent et le nationalisme sature encore les discours politiques.


Épisode 17 – Non mais allô !
Les évolutions technologiques modifient la nature et le rythme des échanges avec la famille au pays. Le téléphone a d'abord succédé au courrier, internet permet aujourd'hui de se parler et de se voir à des milliers de kilomètres pour une somme modique. Mais la révolution numérique entraine aussi des difficultés pour Rahima et Rasim. Rasim ne s'est jamais converti au sms et la dématérialisation des services publics complexifie leurs démarches.


Épisode 18 – Téléfoot
Rasim et Rahima passent beaucoup de temps devant la télévision. La parabole matérialise le lien avec le pays et permet de regarder les films, les émissions musicales et le sport en bosnien. Et quand la France affronte la Bosnie au football, c'est Rasim qui commente…


Épisode 19 – Import Export
Les trajets entre la Bosnie et la France sont des occasions de s'approvisionner en spécialités culinaires, en cigarettes et en alcool. Rasim ne lésine pas sur les quantités de gnôle, mettant au défi les douaniers. Parfois, c'est le culot de Rahima qui sauve les précieuses marchandises. D'autres fois, il faut accepter d'abandonner quelques produits. Et surtout, il faut bien choisir le moment où on arrive à la frontière !


Épisode 20 – Grève générale
Rasim est surnommé Tito par ses collègues car il n'hésite pas quand il faut monter au front face aux patrons, quitte à risquer le licenciement. Son engagement pour les ouvriers conduit le syndicat à lui proposer de devenir « bureaucrate », ce qu'il refuse en raison de ses difficultés avec le français. Alors que les délégués négocient leurs promotions, Rasim ne se laisse jamais corrompre.

Minuit Décousu, le 23h-00h de création sonore/documentaire sur Radio Canut tous les mardis soirs et en rediff' sur Cause Commune à Paris/IDF 📻
En podcast ici ou sur toutes les autres applications de podcast :
https://audioblog.arteradio.com/blog/139527/minuit-decousu

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