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Scientifiques en Rebellion

Face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire.


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17.11.2025 à 01:00

Pour la première fois, cinq scientifiques français condamnés pour activisme climatique

Pour la première fois, cinq scientifiques français condamnés pour activisme climatique

Cinq Français membres de Scientifiques en rébellion ont été condamnés à des amendes de 11 000 € au total le 17 novembre par le tribunal de district de Munich pour avoir mené des actions de désobéissance civile non-violente. Cette décision marque un tournant dans la répression des mouvements écologistes : en dépit de l’augmentation inquiétante du nombre de condamnations, les autres procès impliquant plusieurs scientifiques français·es s’étaient jusqu’ici toujours conclus par des relaxes. Les scientifiques dénoncent le fait que, tout au long d’une procédure-bâillon de 3 ans, la justice bavaroise a refusé de discuter de la légitimité de la désobéissance civile contre l’inaction climatique, et n’a pas hésité à leur faire subir une semaine de détention préventive. La procédure a néanmoins permis de réduire nettement les amendes par rapport aux réquisitions initiales exorbitantes du procureur et des multinationales BMW et BlackRock.

Alors que l’échec de l’Accord de Paris sur le climat est patent dix ans après sa signature, Scientifiques en rébellion poursuit la mobilisation, avec une série de conférences à Paris dans le cadre de l’AlterCOP30 et une performance artistique et scientifique de 10h lectures et de musique le samedi 22 novembre au Trocadéro.

Arrestation d'un membre de Scientist Rebellion lors d'une action contre BlackRock à Munich en octobre 2022.

Cinq scientifiques ont été condamnés à des peines de 1350 € à 2700 €, pour un total de 11 250 €. Une sixième scientifique qui n’avait participé qu’à une partie des actions a été relaxée, mais le parquet peut encore faire appel. C’est la première fois que plusieurs scientifiques français sont condamnés suite à un procès pour une action de désobéissance civile en faveur du climat. Les procès précédents se sont jusqu’ici soldés par des relaxes (notamment pour état de nécessité) : à Paris suite à une conférence-occupation au Muséum national d’histoire naturelle en 2022 ; au Havre suite au blocage d’un pont contre la construction d’un terminal méthanier en 2024 ; à Bobigny, suite à une occupation du tarmac de l’aéroport de Roissy.

Hugo Raguet, scientifique poursuivi en Allemagne, a déclaré à la sortie de l’audience : « La peine disproportionnée infligée par le tribunal de Munich illustre l’acharnement des entreprises climaticides contre les mobilisations écologistes, avec la complicité des États. Les lanceurs et lanceuses d’alerte comme nous sont emprisonnés et poursuivis pour des actions non-violentes, alors que les véritables criminels climatiques continuent à causer des souffrances à des millions de personnes pour préserver leurs profits. »

Les scientifiques poursuivi·es devant le tribunal de district de Munich devaient répondre de plusieurs chefs d’accusation, notamment de dégradation, d’intrusion et de coercition, à la suite d’actions non-violentes au cours desquelles ils et elles s’étaient introduit·es dans les bureaux du fonds d’investissement BlackRock, s’étaient collé les mains à une voiture de luxe dans un salon d’exposition BMW, et avaient bloqué une intersection au centre de Munich. Ces actions ont été menées à l’occasion d’une campagne de désobéissance civile non-violente du collectif Scientist Rebellion, en octobre 2022, à Berlin et Munich, pour dénoncer le manque de mesures de lutte contre le changement climatique. Leurs arrestations à ce moment-là, impliquant 20 personnes au total, avaient déjà été suivies de détentions préventives durant jusqu’à 6 jours, ce qui avait suscité une tribune de soutien de 1200 scientifiques. Cette audience arrive après des ordonnances pénales d’amendes individuelles exorbitantes (excédant largement le seuil conférant un casier judiciaire) immédiatement contestées, puis trois années de procédure impliquant trois déplacements en personne en Allemagne.

La persévérance des scientifiques poursuivi·es et de leurs avocat·es a cependant permis de faire très nettement diminuer le montant initial des amendes (environ 50 000 € pour 6 personnes) et l’estimation des dommages matériels causés aux multinationales BMW et BlackRock (40 000 €). L’exagération des dommages a d’abord été clairement démontrée par une contre-expertise des frais de nettoyage des bureaux de BlackRock, divisant par quatre l’estimation initiale. Les avocat·es de la défense ont ensuite montré le peu de sérieux des estimations des dommages causés aux voitures exposées dans le showroom BMW, qui s’élevaient à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Ils et elles ont montré que l’expert mandaté par le tribunal n’avait pu physiquement accéder aux voitures concernées et encore moins aux pièces remplacées. Ils et elles ont contesté la méthode d’expertise et ont fait apparaître sa situation de conflit d’intérêts : vendeur de voitures, il promeut la voiture thermique individuelle et a reconnu lors de l’audience croire les déclarations de BMW sans les vérifier.

On ne peut que regretter que le tribunal ait refusé de débattre de la seule question qui compte vraiment : les actions de désobéissance civile menées par ces scientifiques étaient-elles légitimes et proportionnées face à l’urgence climatique, au manque d’actions du gouvernement allemand, et à la responsabilité de BMW et de BlackRock dans l’obstruction aux politiques écologiques ? Alors que de nombreuses juridictions à travers le monde ont reconnu la légitimité de ce type de mobilisation ou condamné des États pour inaction climatique, le tribunal de district de Munich s’est contenté de débattre des détails des actions menées. Dans leur déclaration commune lors de l’audience du 17 novembre, les scientifiques poursuivi·es ont dénoncé : « S’il y a des criminels dans cette affaire, ce sont BMW, BlackRock, et les gouvernements qui les soutiennent aveuglément contre l’intérêt commun. », regrettant que « les lois accordent encore une place prépondérante à la propriété privée et aux intérêts à court terme, escamotant l’importance de la crise écologique et ne permettant pas de protéger la population ».

Trois ans après les actions poursuivies, leurs motivations sont plus que jamais d’actualité puisque le gouvernement de Friedrich Merz et BMW continuent d’entraver la lutte contre le changement climatique en défendant la production de SUV (qui, même hybrides ou électriques, restent une aberration écologique et de santé publique) et en contestant l’interdiction de la vente de voitures thermiques en 2035 dans l’Union européenne. Quant à BlackRock, il a officialisé son absence d’engagement pour le climat en se retirant en 2025 de l’initiative Net Zero Asset Managers, qui consistait pourtant surtout à du greenwashing.

Les activistes et Scientifiques en rébellion dénoncent une disproportion dans la réponse judiciaire faisant une large place à des demandes financières de criminels climatiques à l’abri du besoin (p. ex. 5 milliards de dollars de bénéfices pour BlackRock en 2023). Cette procédure-bâillon fait écho à un climat d’étouffement répressif des mobilisations écologistes en Allemagne comme ailleurs. Cet acharnement judiciaire contre des scientifiques ayant mené des actions essentiellement symboliques illustre une dynamique dangereuse plus large dénoncée par Michel Forst, rapporteur spécial des Nations Unies sur les défenseurs et défenseuses de l’environnement. Dans son rapport publié le 28 février 2024 intitulé « Répression par l’État des manifestations et de la désobéissance civile environnementales : une menace majeure pour les droits humains et la démocratie », il préconise aux États de veiller à ce que les décisions de justice ne contribuent pas à restreindre la liberté d’expression. Ce 3 juillet dernier, dans son rapport « Attaqué·es pour avoir défendu la planète », Amnesty International dénonçait la montée des pratiques autoritaires envers les défenseuses et défenseurs de l’environnement partout dans le monde, à rebours de l’urgence, des attentes de la population et des libertés individuelles nécessaires à l’État de droit.

Hasard du calendrier, le 17 novembre se tient aussi à la Cour d’appel de Paris le procès de deux activistes écologistes pour une action non violente menée en février 2020 par Youth for Climate et Extinction Rebellion contre le siège de BlackRock France. En disproportion totale avec les faits reprochés, deux militants non violents avaient été condamnés à de la prison avec sursis en première instance, assortis d’une amende et d’une interdiction de paraître à Paris.

Scientist Rebellion est un mouvement international de scientifiques et d’universitaires de plus de 32 pays qui appellent à la désobéissance civile pacifique face à l’échec politique de la crise climatique. Sa branche française Scientifiques en rébellion comprend 500 membres et 3500 sympathisant·es.

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15.11.2025 à 01:00

Scientifiques en rébellion à l’AlterCOP30 –<br> Académie du Climat

Résidence du 17 au 21 novembre 2025

Scientifiques en rébellion (SeR) participe à la deuxième semaine de l’AlterCOP30 organisée par l’Académie du Climat. Venez nous rencontrer, échanger et participer à nos ateliers et débats !

Un duplex Paris-Belem aura lieu tous les jours à 17h.

Lundi 17 novembre, 18h-20h

Rencontre : Jusqu’où s’engager ? Échange avec les activistes SeR en procès
Six membres français·es de Scientifiques en rébellion passent en audience au tribunal à Munich pour des actions de désobéissance civile non violente menées en 2022 dans le cadre de la campagne internationale Unite Against Climate Failure. Ces activistes, confronté·es à des chefs d’accusation comme la dégradation, l’intrusion et la coercition, risquent des amendes pouvant atteindre 10 000 € par personne, commuables en 5 mois de prison. Venez échanger sur leur vécu, les enjeux de justice climatique et les perspectives d’action. En savoir plus

Mercredi 19 novembre, 14h-16h

Arpentage du rapport sur la désinformation climatique
Le rapport « Cartographie de la désinformation climatique dans les médias français et brésiliens » (Data For Good, QuotaClimat, Science Feedback) révèle des conclusions alarmantes sur la manipulation de l’information climatique. SeR propose un arpentage collectif : une méthode de lecture partagée pour analyser et discuter ce rapport de 120 pages, et réfléchir ensemble à la lutte contre la désinformation. En savoir plus

Jeudi 20 novembre, 14h-16h

Atelier : Santé et justice climatique
Le changement climatique et les bouleversements environnementaux n’ont pas les mêmes impacts sur toutes les populations, notamment en matière de santé. Cet atelier propose un arpentage du rapport annuel de The Lancet sur les effets quantifiables des crises écologiques, suivi d’une réflexion sur les inégalités et les solutions possibles. En savoir plus

Vendredi 21 novembre, 14h-16h30

Projection & débat : Islande, Terre de Sprakkar
Projection du film « Islande, Terre de Sprakkar », suivi d’un débat sur le leadership féminin face aux bouleversements systémiques. Avec la réalisatrice Doris Buttignol et des intervenantes engagées : Hala Bounaidja (éco-féministe décoloniale), Alicia Lachaise-Kondracki (Les Impactrices), Laureline Fontaine (droit constitutionnel), Ariane Lambert-Mogiliansky (économie et corruption), et Aude Carreric (climatologue, SeR). En savoir plus

Vendredi 21 novembre, 18h-19h30

Atelier : Sciences et justice environnementale – Tensions et paradoxes
Les sciences de la Terre et de l’environnement alertent depuis longtemps sur les crises écologiques. Mais sont-elles toujours au service de la justice environnementale ? Cet atelier participatif explore les tensions entre sciences, politique et justice, avec des débats sur la géo-ingénierie, le techno-solutionnisme et l’écart entre savoir et action. En savoir plus

Infos pratiques

Lieu : Académie du Climat, 2 Place Baudoyer, 75004 Paris
Buvette : Ouverte du mercredi au samedi de 11h à minuit. Plats végétariens, végan, sans gluten, et boissons locales.
Tous les événements de l’AlterCOP30 : Académie du Climat
Pourquoi participer ? Ces événements sont l’occasion de nous rencontrer, scientifiques engagé·es, de débattre des enjeux climatiques et de découvrir des initiatives concrètes pour la justice environnementale et sociale.

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12.11.2025 à 01:00

Verdict attendu le 17 novembre pour les scientifiques en procès pour activisme climatique en Allemagne

Verdict attendu le 17 novembre pour les scientifiques en procès pour activisme climatique en Allemagne

La quatrième et probablement dernière audience du procès de 6 Français·es membres de Scientifiques en rébellion se déroulera le 17 novembre au tribunal de district de Munich. Les scientifiques dénoncent le fait que, tout au long d’une procédure-bâillon de 3 ans, la justice allemande a refusé de discuter de la légitimité de la désobéissance civile contre l’inaction climatique. Un verdict devrait être rendu, avec des amendes et des dommages et intérêts de plusieurs milliers d’euros par personne. Malgré une nette réduction vis-à-vis des réquisitions initiales du procureur et des multinationales BMW et BlackRock, ces réponses judiciaires disproportionnées (notamment une semaine de détention préventive) n’en participent pas moins à la criminalisation des mobilisations écologistes, alors que l’échec de l’Accord de Paris sur le climat est patent dix ans après sa signature. Un autre procès se tiendra d’ailleurs à Paris le 17 novembre suite à une action de Youth for Climate et Extinction Rebellion contre BlackRock en 2020.

Arrestation d'un membre de Scientist Rebellion lors d'une action contre BlackRock à Munich en octobre 2022.

Les scientifiques poursuivi·es doivent répondre de plusieurs chefs d’accusation, notamment de dégradation, d’intrusion et de coercition, à la suite d’actions non-violentes dans les bureaux du fonds d’investissement BlackRock, dans un salon d’exposition BMW et à une intersection bloquée au centre de Munich. Ces actions ont été menées à l’occasion d’une campagne de désobéissance civile non-violente du collectif Scientist Rebellion, en octobre 2022, à Berlin et Munich, pour dénoncer le manque de mesures de lutte contre le changement climatique. Leurs arrestations à ce moment-là, impliquant 20 personnes au total, avaient déjà été suivies de détentions préventives durant jusqu’à 6 jours. Cette audience arrive après des ordonnances pénales d’amendes individuelles exorbitantes (excédant largement le seuil conférant un casier judiciaire) immédiatement contestées, puis trois années de procédure impliquant trois déplacements en personne en Allemagne.

La persévérance des scientifiques poursuivi·es et de leurs avocat·es a cependant permis de faire très nettement diminuer le montant initial des amendes (environ 50 000 € pour 6 personnes) et des dommages et intérêts à verser aux multinationales BMW et BlackRock (40 000 €). L’exagération des dommages a d’abord été clairement démontrée par une contre-expertise des frais de nettoyage des bureaux de BlackRock, divisant par quatre l’estimation initiale. Les avocat·es de la défense ont ensuite montré le peu de sérieux des estimations des dommages causés aux voitures exposées dans le showroom BMW, qui s’élevaient à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Ils et elles ont montré que l’expert mandaté par le tribunal n’avait pu physiquement accéder aux voitures concernées et encore moins aux pièces remplacées. Ils et elles ont contesté la méthode d’expertise et ont fait apparaître sa situation de conflit d’intérêts : vendeur de voitures, il promeut la voiture thermique individuelle et a reconnu lors de l’audience croire les déclarations de BMW sans les vérifier.

On ne peut que regretter que le tribunal ait refusé de débattre de la seule question qui compte vraiment : les actions de désobéissance civile menées par ces scientifiques étaient-elles légitimes et proportionnées face à l’urgence climatique, au manque d’actions du gouvernement allemand, et à la responsabilité de BMW et de BlackRock dans l’obstruction aux politiques écologiques ? Alors que de nombreuses juridictions à travers le monde ont reconnu la légitimité de ce type de mobilisation (allant jusqu’à admettre dès la première instance l’état de nécessité pour des actions impliquant Scientifiques en rébellion au Havre ou à Paris) ou condamné des États pour inaction climatique, le tribunal de district de Munich s’est contenté de débattre des détails des actions menées. Trois ans après les actions poursuivies, ses motivations sont plus que jamais d’actualité puisque le gouvernement de Friedrich Merz et BMW continuent d’entraver la lutte contre le changement climatique en défendant la production de SUV (qui, même hybrides ou électriques, restent une aberration écologique et de santé publique) et en contestant l’interdiction de la vente de voitures thermiques en 2035 dans l’Union européenne. Quant à BlackRock, il a officialisé son absence d’engagement pour le climat en se retirant en 2025 de l’initiative Net Zero Asset Managers, qui consistait pourtant surtout à du greenwashing.

Les activistes et Scientifiques en rébellion dénoncent une disproportion dans la réponse judiciaire faisant une large place à des demandes financières de criminels climatiques à l’abri du besoin (p. ex. 5 milliards de dollars de bénéfices pour BlackRock en 2023). Cette procédure-bâillon fait écho à un climat d’étouffement répressif des mobilisations écologistes en Allemagne comme ailleurs. Cet acharnement judiciaire contre des scientifiques ayant mené des actions essentiellement symboliques illustre une dynamique dangereuse plus large dénoncée par Michel Forst, rapporteur spécial des Nations Unies sur les défenseurs et défenseuses de l’environnement. Dans son rapport publié le 28 février 2024 intitulé « Répression par l’État des manifestations et de la désobéissance civile environnementales : une menace majeure pour les droits humains et la démocratie », il préconise aux États de veiller à ce que les décisions de justice ne contribuent pas à restreindre la liberté d’expression. Ce 3 juillet dernier, dans son rapport « Attaqué·es pour avoir défendu la planète », Amnesty International dénonçait la montée des pratiques autoritaires envers les défenseuses et défenseurs de l’environnement partout dans le monde, à rebours de l’urgence, des attentes de la population et des libertés individuelles nécessaires à l’État de droit.

Hasard du calendrier, le 17 novembre se tiendra aussi à la Cour d’appel de Paris le procès de deux activistes écologistes pour une action non violente menée en février 2020 par Youth for Climate et Extinction Rebellion contre le siège de BlackRock France. En disproportion totale avec les faits reprochés, deux militants non violents avaient été condamnés à de la prison avec sursis en première instance, assortis d’une amende et d’une interdiction de paraître à Paris.

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27.10.2025 à 01:00

Des scientifiques en procès en Allemagne le 27 octobre pour avoir dénoncé l’inaction climatique

Des scientifiques en procès en Allemagne le 27 octobre pour avoir dénoncé l’inaction climatique

La troisième audience du procès de 6 Français·es membres de Scientifiques en rébellion s’est déroulée aujourd’hui 27 octobre au tribunal de district de Munich. L’audience a été levée une fois de plus sans qu’aucun verdict ne soit prononcé.

Action contre BMW à Munich en octobre 2022.

La journée d'audience a été marquée par de longues discussions sur l'expertise BMW, qui estime des dommages de plusieurs milliers d’euros sur la voiture d’exposition alors que les scientifiques avaient utilisé de la colle facilement lavable. Les avocat·es de la défense ont notamment contesté la méthode utilisée par l’expert et ont fait apparaître un possible conflit d’intérêts de ce dernier. Ils et elles ont fait la demande d’une contre-expertise, sur laquelle le juge n’a pas statué aujourd’hui. Le procureur a ensuite essayé de démontrer les charges de coercition en appelant à témoigner trois policiers et en visionnant les images de surveillance de l’action de la rue Brienner Straße, qui, à l’inverse, montraient qu’aucune voiture n’avait été bloquée. Les avocat·es de la défense ont donc demandé à ce que les charges de coercition soient levées. Aucun accord ni verdict n’ayant été conclu aujourd’hui, le procès continue. La prochaine audience se tiendra le 17 novembre.

Les activistes, ainsi que Scientifiques en rébellion, dénoncent la lenteur et le poids des poursuites judiciaires qui épuisent les personnes impliquées tout en ne permettant pas de débattre sereinement des vraies causes qui les ont amené·es à agir. Ils et elles dénoncent également les peines très sévères et disproportionnées demandées par la justice bavaroise, participant à la criminalisation des actions non-violentes qui visent à attirer l’attention sur l’urgence climatique et écologique. Face aux alertes de plus en plus fortes des scientifiques et de la société civile, la réponse des gouvernements ne doit pas être la répression, mais l’adoption de mesures politiques à la hauteur des enjeux.

Les scientifiques alertent depuis des décennies sur l'accélération du dérèglement climatique, la perte de biodiversité et l'aggravation des injustices qui accompagnent l'effondrement écologique. Fort·es de ces consensus scientifiques, des membres de Scientifiques en Rébellion accusé·es dans ce procès présenteront, lors d’une conférence en ligne le 7 novembre à l’occasion de la « Sustainability Week » organisée par Centre Munichois de la durabilité (Münchener Zentrum für Nachhaltigkeit), les raisons de leur engagement dans la désobéissance civile non violente comme forme délibérée de communication climatique. Ils et elles évoqueront également les poursuites judiciaires engagées contre eux par l'État bavarois, ainsi que les implications éthiques, politiques et professionnelles d'une telle action.

Rappel du contexte

Les scientifiques poursuivi·es doivent répondre de plusieurs chefs d'accusation, notamment de dégradation, d’intrusion et de coercition, à la suite d’actions non-violentes dans les bureaux du fond d’investissement BlackRock, à une intersection bloquée au centre de Munich, et dans le salon d’exposition BMW. Ces actions ont été menées à l’occasion d’une campagne de désobéissance civile non-violente du collectif Scientist Rebellion, en octobre 2022, à Berlin et Munich, pour dénoncer le manque de mesures de lutte contre le changement climatique. Leurs arrestations à ce moment-là, impliquant 20 personnes au total, avait déjà été suivies de détentions préventives durant jusqu’à 6 jours. Leur incarcération avait provoqué une vive réaction de la communauté scientifique : 1300 scientifiques avaient signé une lettre ouverte en soutien à leurs collègues. Par la suite, des amendes individuelles très élevées ont été requises contre les prévenu·es, s’élevant à près de 10 000 euros par personne, pouvant être commuées en 5 mois de prison. Ces amendes ont été systématiquement et formellement contestées, ouvrant ainsi la voie à une série de procès au tribunal de district de Munich.

Scientist Rebellion est un mouvement international de scientifiques et d'universitaires de plus de 32 pays qui appellent à la désobéissance civile pacifique face à l'échec politique de la crise climatique. Sa branche française Scientifiques en rébellion comprend 500 membres et 4000 sympathisant·es.

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07.10.2025 à 02:00

Des scientifiques luttant contre l’injustice écologique sont jugé·es à Munich

Des scientifiques luttant contre l’injustice écologique sont jugé·es à Munich

Action contre BMW à Munich en octobre 2022.

Six militant·es climatiques français·es, dont cinq scientifiques, ont participé le 7 octobre 2025 à la seconde audience de leur procès au tribunal de district de Munich en Allemagne. Ils et elles doivent répondre de plusieurs chefs d’accusation, notamment de dégradation, d’intrusion et de coercition, à la suite d’actions non-violentes dans les bureaux du fonds d’investissement BlackRock, à une intersection bloquée au centre de Munich, et dans le salon d’exposition BMW. Ces actions ont été menées au sein du collectif Scientist Rebellion en octobre 2022. Leurs arrestations à ce moment-là, impliquant 20 personnes au total, avaient déjà été suivies de détentions préventives durant jusqu’à 6 jours. Le procureur avait alors requis des amendes individuelles allant jusqu’à 12 800 euros, pouvant être commuées en 5 mois de prison.

Pendant l’audience, les six inculpé·es ont pu insister sur la finalité des actions de désobéissance civile non-violente visant à alerter sur la gravité des crises écologiques et le dommage déjà établi et à venir sur les populations de toute la planète. Ils et elles ont pu justifier le choix des deux multinationales, BlackRock et BMW, en portant à la connaissance du juge des études scientifiques et enquêtes d’ONG démontrant leur rôle dans l’obstruction climatique. Le choix de cibler une voiture de luxe n’avait pas non plus été fait au hasard puisque le rôle de la construction d’une image de la voiture désirable, mais aussi la structuration de la société via des décennies de politiques publiques influencées par les lobbies des grandes entreprises, a également été démontré. L’une des revendications de l’action était l’engagement de politiques publiques en faveur des transports en commun et l’adoption d’une vitesse limite sur les autoroutes allemandes, afin de réduire l’impact catastrophique des voitures individuelles sur la santé humaine, notamment dû à la pollution atmosphérique. Une autre revendication était l’annulation de la dette des pays du Sud global, les moins responsables du dérèglement climatique et pourtant les plus exposés à ses impacts. Cette revendication continue d’avoir tout son sens comme on le verra très certainement lors la prochaine COP30 où les enjeux de financement mais aussi de justice climatique seront comme chaque année sur le tapis. Enfin, les six inculpé·es ont signalé le contexte d’aggravation de la répression des activistes défenseurs de l’environnement qui fait l’objet de nombreuses alertes sur l’atteinte aux droits fondamentaux notamment de la part du rapporteur spécial Michel Forst et d’Amnesty International.

Vers 16h, l’audience a été levée car l’avocat de BMW a montré des images des traces de colle sur la voiture auxquelles les avocats des prévenu·es n’avaient pas eu accès. Le procès reprendra le 17 octobre.

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25.09.2025 à 02:00

Deux procès historiques en France et en Allemagne : les Scientifiques en rébellion défendront la nécessaire transition écologique et la science

Deux procès historiques en France et en Allemagne : les Scientifiques en rébellion défendront la nécessaire transition écologique et la science dans un contexte de répression accrue

Les attaques contre l’écologie et les sciences du climat se multiplient à travers le monde. Malgré leurs discours, les États européens sont loin d’être des modèles. Pour alerter sur la gravité de la crise environnementale, des scientifiques mènent des actions de désobéissance civile non violente. Et se retrouvent parfois en procès pour cela. En ce mois d’octobre, à l’approche de la COP30 et des dix ans de l’Accord de Paris, ce sera le cas pour 10 d’entre elles et eux lors de deux procès qui se tiendront en France et en Allemagne. Les scientifiques en rébellion défileront lors de la marche « Climat, Justice, Liberté » du 28 septembre prochain en soutien aux inculpé·es.

Conférence-occupation au Muséum national d’histoire naturelle en avril 2022, et action contre BMW à Munich en octobre 2022.

Dans la soirée du 9 au 10 avril 2022, une trentaine de scientifiques et militant·es d’Extinction Rebellion s’installaient dans une galerie du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), à Paris, pour alerter, sans violence ni dégradation ni gêne pour le public, sur l’effondrement de la biodiversité et la crise climatique au travers d’une conférence-occupation intitulée « La nuit de l’Extinction ». En octobre de la même année, plusieurs dizaines de scientifiques de France et d’autres pays menaient une série d’actions de désobéissance civile non-violente à Berlin et Munich pour dénoncer le manque de mesures pour lutter contre le changement climatique. Ils et elles se sont notamment collé les mains à une voiture de luxe dans un salon d’exposition de BMW et introduit·es dans les locaux du fonds d’investissement BlackRock. Trois ans plus tard, deux procès se tiendront à quelques jours d’écart en France et en Allemagne, témoignant de la poursuite de la répression à l’encontre de ces lanceurs et lanceuses d’alerte climatique.

Le procès en France se tiendra devant la Cour d’appel de Paris le 10 octobre contre quatre scientifiques et militant·es. Il fait suite à une relaxe en première instance au nom de l’état de nécessité. Le juge avait reconnu « l’imminence et l’actualité » de la menace ainsi que la proportionnalité entre l’action de désobéissance civile, qui n’avait occasionné aucun dégât matériel, et sa finalité. Pourtant, le parquet a fait appel de cette décision, comme il l’avait fait lors de précédentes décisions similaires (e.g. le décrochage des portraits d’Emmanuel Macron à Lyon, l’action d’Extinction Rebellion dénonçant l’agroindustrie à La Rochelle ou le blocage du port du Havre par des militant·es et des scientifiques). Si la Cour d’appel de Paris confirmait le jugement de première instance, à savoir la relaxe pour état de nécessité, comme le plaidera l’avocat des prévenue·es Me Thomas Brédillard, il s’agirait d’une décision historique en France : jusqu’à aujourd’hui, les relaxes ont été prononcées au nom de la liberté d’expression.

Le procès en Allemagne se tiendra au tribunal de district de Munich le 7 octobre contre six scientifiques français·es. Le procureur a requis au printemps 2024 des amendes individuelles allant jusqu’à 12 800 euros, pouvant être commuées en 5 mois de prison. Ces peines sont particulièrement sévères, et viennent s’ajouter aux six jours de détention préventive déjà subis à la suite de l’action. Les prévenu·es ont refusé de conclure un accord de réduction de peine, dénonçant l’estimation démesurée des dommages et intérêts demandés par BMW, qui s’élèvent à plusieurs dizaines de milliers d’euros alors que les scientifiques avaient utilisé de la mélasse et de la colle facilement lavables.

Les avocat·es allemand·es des scientifiques, appuyé·es par des avocat·es français·es (Mes Vincent Brengarth, Sarra Dajean et Églantine Roland), plaideront la relaxe au nom de l’état de nécessité et la liberté d’expression. Défendre devant un tribunal la finalité et les modalités d’action est un exercice très différent de l’écriture d’articles scientifiques ou de tribunes. Ces actions et les procès qui en découlent sont pensés pour stimuler les sursauts sociétaux nécessaires et renforcer l’action d’autres collectifs. Tous deux mettent en lumière les blocages systémiques : dans le cas de l’action de Munich, les secteurs de l’automobile et de la finance.

Cet acharnement judiciaire contre des scientifiques ayant mené des actions essentiellement symboliques dans deux pays européens illustre une dynamique dangereuse plus large dénoncée par le rapporteur spécial des Nations Unies sur les défenseurs et défenseuses de l’environnement Michel Forst. Dans son rapport publié le 28 février 2024 intitulé « Répression par l’État des manifestations et de la désobéissance civile environnementales : une menace majeure pour les droits humains et la démocratie », il préconise aux États de veiller à ce que les décisions de justice ne contribuent pas à restreindre la liberté d’expression. Ce 3 juillet dernier, dans son rapport « Attaqué·es pour avoir défendu la planète », Amnesty International dénonçait la montée des pratiques autoritaires envers les défenseuses et défenseurs de l’environnement partout dans le monde, à rebours de l’urgence, des attentes de la population et des libertés individuelles nécessaires à l’État de droit. Face aux multiples attaques contre la science et les mobilisations écologistes, Scientifiques en rébellion mobilisera tous les recours juridiques nécessaires pour que les lanceurs et lanceuses d’alerte de la crise environnementale ne soient pas bâillonné·es en Europe. Le 28 septembre prochain, en participant aux marches « Climat, Justice, Liberté » au côté de nos collègues poursuivi·es, nous continuerons à affirmer haut et fort nos positions.

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