01.11.2025 à 07:21
Thomas Beaufils
Coucou, c'est déjà re-moi, désolé pour la spam !
Et oui, 4 jours à peine après le dernier numéro de TFTT, je reviens avec un petit bonus, cher.e.s abonné.e.s.
Car la semaine a

Coucou, c'est déjà re-moi, désolé pour la spam !
Et oui, 4 jours à peine après le dernier numéro de TFTT, je reviens avec un petit bonus, cher.e.s abonné.e.s.
Car la semaine a été pour le moins riche en actualités tech, et cela m'a inspiré quelques textes qui, je pense, pourraient vous intéresser. Notamment parce qu'ils font des liens très nets avec des sujets que nous avons déjà évoqués ici.
Sur ce, bonne lecture à toutes et tous, et bon weekend !
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Bill Gates est un techno-solutionniste, on le savait. J'en avais même parlé dans le premier numéro de cette newsletter.
Mais il faut désormais se rendre à une seconde évidence : il s'est toujours moqué du changement climatique.
Et oui, le Billou s'est fendu d'une lettre, publiée en amont de la COP 30. Son discours de base, on le connaît : pas besoin d'être alarmiste sur la changement climatique, de toute façon la technologie va nous sauver.
Pourtant, de toutes ces technologies à venir qui doivent nous sauver, celles présentées comme telles par le passé par Gates, comme la captation de carbone par diverses méthodes, ne répondent pas du tout aux attentes.
Je ne vais pas vous faire l'offense de vous parler à nouveau des effets rebonds ou du paradoxe de Jevons (on en avait parlé là). Mais tout de même, quelles sont ces technologies qui vont nous sauver ?
La fusion nucléaire, une chimère qui mettrait de toute manière des décennies à être industrialisée et a déjà été préemptée par Sam Altman pour subvenir aux besoins en énergie de l'IA ?
Ou bien l'IA justement, une tech qui augurerait d'une superintelligence qu'on nous annonce tous les 4 matins, mais qui sert pour le moment surtout à la désinformation (notamment climatique), tout en ayant un impact en propre exponentiel ?
Ce qui est nouveau ici, c'est un nouvel argument de choc pour Gates. Il oppose les luttes : nous dépenserions trop dans la lutte contre le changement climatique, et pas assez dans celle contre la pauvreté 🤔
Tu sais Billou, si au lieu de faire de la philanthropie, toi et tes copains milliardaires payiez les impôts réels que vous deviez à la communauté, on pourrait régler la pauvreté ET le changement climatique très rapidement !
On en viendrait à se demander si, au fond, Gates n'a pas toujours été climato-sceptique.
Sauf que : Bill Gates n'investit pas que dans des programmes contre la pauvreté et pour soigner des maladies... nope, il investit aussi dans des projets miniers au Groenland, accessibles uniquement depuis les fontes de glace liées au réchauffement climatique, parmi d'autres joyeusetés que The Guardian résume très bien dans cette courte vidéo !
Donc climato-sceptique, sans doute pas. Climato-foutiste, plutôt !
Bon, et ajoutons que ce n'est probablement pas pour parler lutte contre la pauvreté que le Billou se pointe au dîners de Trump (qui a d'ailleurs repris la déclaration de Gates avec délectation) aux côtés des autres leaders de la tech, comme Satya Nadella de Microsoft, si ? 😅

J'ajouterai une chose, puisque l'on parle de Microsoft (dont je suis, pour rappel, un ancien salarié) : quand on parle de Bill Gates, on entend souvent l'envie de distinguer Gates de Microsoft, puisque s'il possède toujours 1% environ de la boîte (ce qui représente quand même énormément de pognon), il n'a plus de rôle officiel au sein de l'entreprise.
Mais distinguer Gates de Microsoft, sur les sujets environnementaux en tout cas, est pour moi une perte de temps : la vision de Microsoft découle très directement de celle de Gates.
Et alors que Gates apparaît désormais pour ce qu'il est, à savoir un climato-foutiste comme nous le disions avec verve, il faut rappeler que Microsoft a depuis longtemps abandonnés ses discours sur l'importance de son impact environnemental. Tout ça est parti en fumée et n'était que du greenwashing pur jus, nous l'avons déjà raconté par le passé.
Désormais, ce qui compte, c'est d'investir des centaines de milliards de dollars dans OpenAI et de ne pas fâcher Donald Trump. Ce qui fait l'entreprise laisse en tout détente ses mascottes devenir des symboles pour la propagande trumpiste, ce qui ne manque pas (enfin ?!) de faire réagir en interne.
Alors, on fait quoi ? On oppose les luttes comme Billou, ou on va vers la convergence ?
Vous connaissons ma réponse. Convergeons. Luttons contre le changement climatique. Et luttons contre la pauvreté.
Luttons, aussi, pour notre souveraineté face aux géants de la tech américains et chinois (y'a du boulot) et contre la morgue des Bill Gates de ce monde.
Et taxons les riches. Et mangeons les milliardaires 🤗

C'est reparti pour un tour : tous les tech enthusiasts en DSM* de Linkedin sont en train de se chauffer sur la prochaine "révolution qui vient" 🤖
Sauf que rien ne vient du tout, comme pour le metavers, comme pour la superintelligence, comme pour Mars.
Ils se chauffent pour quoi ? Pour le 1X Neo, soi disant le premier robot "aide ménager" qui va réaliser le rêve humide numéro uno des fans de science-fiction : une tech qui vous libère des tâches ingrates, vous permettant de vous concentrer sur les choses qui comptent vraiment, à savoir la création, l'art... ou plus probablement resté le cul posé dans le canap à regarder Netflix.

Bref, le plus intéressant est ailleurs : c'est du bullshit complet, sans surprise, et comme le dévoile une vidéo du Wall Street Journal déjà visionnée 1,3M de fois.
Le truc marche très mal, même pour des tâches hyper basiques, et a besoin d'un opérateur humain à distance pour fonctionner la plupart du temps, ce qui pose pas mal de questions du côté du respect de la vie privée... et du travail des petites mains de la tech, comme d'habitude.
Bah, après tout, c'est plus agréable de reléguer le petit personnel à l'autre bout du monde, j'imagine 🙃
Concluons sur un excellent commentaire sous la vidéo : "It’s the self-driving car stage where the ‘self’ part is just a guy in Bangalore with a joystick." Traduction : on est à l'étape du développement des voitures autonomes où le "autonome"est juste un mec tenant un joystick depuis Bangalore (une ville indienne).
Je ne sais pas si c'est en voyant les vidéos promos de la marque 1X (les tech bros ont vraiment un problème avec cette lettre) qu'Amazon a décidé de virer 30 000 personnes, mais qui sait.
*DSM, c'est l'acronyme de doudoune sans manche, que je vous propose d'utiliser davantage, collégialement.


Voilà, c'est tout pour ce Bonus, et c'est déjà pas mal !
On se retrouve bientôt pour un 21ème numéro de Tales From The Tech.
D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous (cela me ferait très plaisir) et à me faire part de vos retours (qu'ils me fassent plaisir ou pas).
Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.
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Merci à toutes et tous,
Thomas ✊
PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes
28.10.2025 à 09:13
Thomas Beaufils
Plusieurs personnes m'ont dit, après la lecture du dernier numéro de TFTT, qu'elles m'y avaient trouvé encore plus vindicatif qu'habituellement. Ce qui n'est pas peu dire.
Ces personnes, que je remercie ("feedback is gift&

Plusieurs personnes m'ont dit, après la lecture du dernier numéro de TFTT, qu'elles m'y avaient trouvé encore plus vindicatif qu'habituellement. Ce qui n'est pas peu dire.
Ces personnes, que je remercie ("feedback is gift"), avaient sans doute raison. Mais comme en plus d'être vindicatif, je suis aussi têtu, me voilà à leur répondre quelques semaines plus tard que la situation actuelle a de quoi rendre sacrément vindicatif. Et me voici à caler un gros mot dès le titre de ce numéro 20. Quelle tête de pioche.
Qu'est ce qui me rend vindicatif ? Je ne parle pas ici du budget Lecornu ou des soutiens de Sarkozy (qui me donne envie d'en prendre un pour taper sur l'autre, certes). Nope, je parle bien, comme trop souvent, des techno-fascistes, qu'il ne convient plus désormais de nommer autrement.
Et oui, j'ai enfin reçu le livre des journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet (que j'évoquais le mois dernier) chez mon libraire, et cela après pas mal d'attente. Ce qui est plutôt bon signe, je présume ?
Je ne vais pas vous en faire une analyse extensive, comme j'avais pu le faire par le passé avec l'essai "Vallée du Silicium" d'Alain Damasio. En tout cas pas encore 👀
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Je vous dirais en revanche une chose : il va vraiment, vraiment, être temps que la bulle de l'IA pète. Parce que je vous en parle depuis des mois et que je commence à fatiguer.
Il va falloir que la bulle pète parce l'IA générative est une forme ultime d'aliénation, imaginée par le techno-capitalisme conquérant main dans la main avec l'internationale fasciste. Une aliénation qui vient nier notre réalité commune, le peu qu'il nous reste de communs.
Il va falloir que la bulle pète parce nous allons toutes et tous devenir cinglé.e.s d'ici peu, dans le cas contraire. Pour preuve, le déluge de vidéos IA qui "inondent la zone de merde" depuis la sortie de Sora 2, nouvel outil vidéo de destruction massive du réel pondu par OpenAI.
Une inondation qui avait été théorisée par Steve Bannon, pour expliquer la stratégie de communication de Trump.
Tout se recoupe, symboliquement.
Explications, flashback 2019 :
Steve Bannon, ancien stratège de Trump, a théorisé une méthode passée désormais à la postérité via une expression : "flood the zone with shit".
Son objectif : saturer l’espace médiatique avec des polémiques incessantes, vraies ou fausses, pour empêcher tout débat de fond. Citation complète : "la vraie opposition, ce sont les médias. Et la façon de les gérer, c’est de les inonder de merde".
Cette stratégie est désormais déclinée par tous les partis de droite et d'extrême-droite (est-il encore utile de faire la distinction ?) du monde, de la France à l'Argentine, de l'Italie au Japon. Et les médias sont tous tombés dans le panneau.
C'est une évidence en France notamment, un effet renforcé bien sûr par les efforts des politiques et des milliardaires comme Bolloré, Stérin ou Pinault – ce dernier dont on parle moins, mais il va falloir commencer à le faire face aux dérives du Point, dont il est le propriétaire.
Nous en arrivons donc à la suite logique : après les médias, les social medias ! Voilà ce qui nous arrive désormais en plein face sur les réseaux sociaux, "grâce" à l'avènement de l'IA générative : slop / soupe IA qui pourrit nos feeds, incapacité à distinguer le vrai du faux, et polémiques incessantes et vides de sens.
C'est ainsi qu'il y a quelques jours, Trump, tout fâché par les millions de manifestant.e.s descendu.e.s dans la rue aux États-Unis pour le "No Kings Day", a décidé d'utiliser l'IA pour exprimer la supériorité de son intellect.
Il a ainsi posté un montage vidéo réalisé avec Sora 2, où on le voit aux commandes d'un avion de chasse qui lâche... des tonnes d'excréments sur des manifestants ?!

Voilà. Inonder la zone de merde, littéralement. Les médias du monde entier ont presque autant parlé de ce montage puéril que des manifestations regroupant des millions de personnes. Tout est dit.
Je le disais, il va être temps que la bulle pète, pour que la hype autour de l'IA s'explose au sol et que le rejet montant de cette technologie (et des plateformes qui ne la régule pas) continue de grimper en flèche.
L'avantage, c'est qu'elle va bien péter, cette bulle. Tout le monde le dit, même le Financial Times, et même les banquiers. Voici ce que déclarait ainsi la Deutsche Bank fin septembre : "la bulle de l'IA est la seule chose qui maintient l'économie américaine à flot."
La question n'est d'ailleurs pas tellement de savoir si elle va péter, mais plutôt de quelle ampleur sera l'explosion.

Cela ne sera fera en tout cas pas sans douleur, et c'est l'économie toute entière qui va en pâtir. On sait déjà que ce ne sont pas les tech bros qui vont le plus en souffrir. Comme les banquiers n'avaient pas été ceux qui avaient le plus souffert de la crise des subprimes. Le karma n'existe pas, et rien ne change.
L'autre avantage, c'est que même si les tech bros ne seront pas ceux qui souffriront le plus de la crise à venir, OpenAI est tout de même dans la panade. Si la boîte de Sam Altman ne trouve pas 400 milliards (de l'argent de poche, vraiment) dans les 12 mois qui viennent, elle aura de sérieux problèmes. Et la fuite en avant actuelle ne pourra pas continuer dans un contexte de crise étendu.
D'autant que Sora 2 coûte très cher à OpenAI à chaque génération de vidéo, bien plus que des réponses à des prompts classiques, et qu'un tel outil pourrait bien précipiter la chute de l'entreprise qui crame le plus de cash de l'histoire de l'humanité.
Concluons ce laïus en évoquant une dernière actu autour de l'IA qui a beaucoup fait parler ces derniers jours :
"des centaines d’experts et personnalités, dont des figures de l’IA moderne comme Geoffrey Hinton, prix Nobel de physique en 2024, ou encore Steve Wozniak, cofondateur d’Apple, appellent à stopper la course au développement et alertent sur les dangers que ferait courir l’avènement d’une IA capable de surpasser les capacités humaines."
Comme le rappelle Irénée Regnauld, un appel quasi similaire avait été lancé il y a déjà 10 ans. Appel qu'avait déjà couvert Le Monde en ces termes, comme le raconte Irénée :
"'Des scientifiques américains s'inquiètent de l'évolution de l'intelligence artificielle', dans un texte qu’on jurerait rétrospectivement copié-collé. À l’époque, Stephen Hawking et Elon Musk étaient aux manettes. Le Future of Life Institute est déjà là. On s’inquiétait alors que l’IA puisse 'dépasser l'humanité' (voire 'l’éradiquer'), tout en convenant de ses bienfaits pour 'éradiquer des maladies et la pauvreté'.
Pourtant n'est-on pas là devant un énième contre-feu alarmiste des tenants de l'intelligence artificielle ? C'est ce qu'exprime Mathilde Saliou :
"Un nouvel aiguillon qui nous poussent, surtout nous, européens, à nous considérer en retard ? En retard sur les US et la Chine, donc « obligés » d’investir massivement, y compris à l’aide de capitaux étrangers, dans un champ technologique dont la démonstration du retour sur investissements publics (et privés) n’a toujours pas été faite"
La "superintelligence artificielle", on nous la promet tous les 5 ans depuis 20 ans. Elle n'est toujours pas là, et elle n'est qu'un fantasme de geekos, rendu impossible par les simples limites énergétiques et matérielles de notre planète et de nos sociétés. Voilà qui rappelle les fadaises du techno-fasciste ultime, Elon Musk et ses promesses régulières au fil des années d'un voyage "dans 5 ans" sur Mars.
Le risque ne réside pas, demain, dans une "superintelligence" digne d'un mauvais film SF.
Le risque, il est concret, dès aujourd'hui, de voir nos sociétés imploser sous les coups de boutoir d'un fascisme techno-boosté. Plus rien en commun, plus rien de vraiment vrai, plus assez de flotte dans nos verres, plus assez d'énergie pour faire tourner le chauffage au cœur de l'hiver, plus assez de pognon pour payer les profs et le personnel hospitalier... parce que tout y sera passé.
Là sont les vrais risques de l'IA. Là sont les risques du techno-fascisme.

On n'a pas mal parlé d'OpenAI et de son patron Sam Altman, encore une fois, ce mois-ci. Mais saviez-vous que ce gai luron avait désormais accès à du plutonium de qualité militaire ? Ô joie. Qu'est ce qui pourrait mal se passer ? On en parlait déjà dans l'édito du n°9 de TFTT.

Au rayon des dernières délires de la tech, l'idée d'envoyer des datacenters dans l'espace (parce qu'il y fait froid) se positionne assez haut dans le classement. C'est pourtant bien le projet d'une start-up, ainsi que le sujet d'une "étude de faisabilité" par Thales. Cocoricon. Plutôt que des datacenters, j'irai bien mettre quelques entrepreneurs en orbite, je vous jure 🛰
Pour Ubisoft, combattre le KKK dans un jeu vidéo est désormais considéré comme "trop risqué politiquement". N'hésitez donc pas à jouer à Wolfenstein II, très jouissif de ce point de vue. Bon en même temps, c’est un jeu produit par Microsoft, entreprise qui permet ce genre de choses, alors… "No politics in my game" 🤡
Le parquet de Paris ouvre une enquête sur Siri suite à une plainte de la Ligue des Droits de l'Homme, appuyée sur le témoignage d’un lanceur d’alerte français. Apple est suspectée d’avoir utilisé des enregistrements d’utilisateurices à leur insu. Bon en même temps, pourquoi s'embêter à écouter vos conversations quand tout ce que vous direz à Atlas, le nouveau navigateur made in OpenAI, pourra être retenu contre vous 👀
Une enquête d'Amnesty International publié le 21 octobre démontre les effets néfastes du réseau social Tik Tok sur les ados, et annonce saisir l'Arcom en conséquence. On va suivre ça avec intérêt 🧐
La mobilisation, et les boycotts, ça paye ! Microsoft a annulé la construction d'un datacenter dans la banlieue de Milwaukee, aux États-Unis, suite aux résistances locales. Les réactions négatives à des projets de ce type se multiplient ces derniers mois, aux États-Unis et ailleurs 🙅
La super association Data For Good est en pleine levée de fond ! N’hésitez pas à soutenir leur super travail à la hauteur de vos moyens, comme je viens de le faire. Comme iels le disent : "Les technosolutionnistes accélèrent. Accélérons le contre-pouvoir tech citoyen" 🤗
Pendant que George Miller, le réalisateur de la série Mad Max, démontre qu'il n'a rien compris à ses propres films qui ont pour toile de fond une pénurie d'eau, le Grande Guillermo del Toro explique qu'il "préférerait mourir" plutôt que d'utiliser de l'IA. The Shape of Water💧


J'ai eu le plaisir, la semaine dernière, de participer à la soirée de lancement du dernier numéro de Climax, le fanzine le plus chaud que le climat. Un numéro 9 tourné vers un sujet (le génocide à Gaza) dont le lien avec l'écologie peut ne pas sauter aux yeux, mais qui s'inscrit pourtant dans une logique politique et sociale.
De la destruction pure et simple d'une zone géographique pour la rendre inhabitable aux liens très nets entre écologie et décolonisation, les connexions sont multiples.
Parmi les interventions de qualité, j'ai notamment été marqué par celle du journaliste Martin Lafréchoux, auteur d'un article sur la Start-Up Nation originelle, à savoir Israël. Dans lequel il enquête sur le rôle de cobayes des gazaouis, au profit des nombreuses entreprises israéliennes spécialisées dans la surveillance (des leaders mondiaux sur le sujet)... mais également pour de nombreuses entreprises internationales, comme Microsoft.

Puisque nous parlions d'événements, j'en profite pour conclure ce 20ème numéro de TFTT en évoquant l'actu d'un autre de mes projets, Lowreka – pour lequel je prends la pose régulièrement ! Vous le savez peut-être, je suis le co-fondateur de cette entreprise qui œuvre à la démocratisation des low-tech, des technologies douces qui aident à réduire notre impact environnemental.
Il se trouve que nous avons mené l'été dernier une campagne de financement participatif. Pour fêter son succès, on vous convie à une "Fête Low-tech" qui aura lieu à Paris, au Point Éphémère le 25 novembre prochain !
Au programme : une prise de parole pour vous tenir informé.es des avancées du projet Lowreka, des échanges avec l'écosystème low-tech de la région parisienne, de quoi boire et manger, et quelques surprises !
Si vous souhaitez m'y rencontrer et discuter (low-)tech, n'hésitez pas à venir y faire un tour, et le cas échéant à compléter ce rapide formulaire dédié (ça prend littéralement 5 secondes) pour nous aider à préparer la soirée dans les meilleures conditions 🥳

Voilà, c'est tout pour ce numéro 20, et c'est déjà pas mal !
On se retrouve bientôt pour un 21ème numéro de Tales From The Tech.
D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous (cela me ferait très plaisir) et à me faire part de vos retours (qu'ils me fassent plaisir ou pas).
Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.
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Merci à toutes et tous,
Thomas ✊
PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes
03.10.2025 à 07:56
Thomas Beaufils
Ce mois-ci dans Tales from the Tech, on va se... disperser ?
En ce début octobre, nous parlerons ainsi de "lunettes IA", de "techno-fascisme", des reculs de Microsoft, ou bien de nouvelles études sur l'impact environnemental de l'IA.

Ce mois-ci dans Tales from the Tech, on va se... disperser ?
En ce début octobre, nous parlerons ainsi de "lunettes IA", de "techno-fascisme", des reculs de Microsoft, ou bien de nouvelles études sur l'impact environnemental de l'IA.
Mais d'abord, en préambule, quelques mots plus personnels :
En cette rentrée, j'ai en effet relancé un projet qui traîne sur mes étagères depuis bien trop longtemps : j'ai repris l'écriture d'un bouquin qui me trotte dans la tête depuis 2 ans, au bas mot.
On dit souvent que parler d'un projet que l'on n'est pas sûr de finir, c'est transformer ledit projet en dette. Mais je crois que c'est ce dont j'ai besoin pour avancer enfin : faire de ce projet quelque chose de concret, en parler autour de moi, pour enfin mettre le coup de collier qu'il faut et le finaliser en 2026.
Ce bouquin, ce sera un roman ; il y a des gens bien meilleurs que moi pour écrire des essais, nous en parlerons un peu plus bas. Cette fiction évoquera de manière détournée mon expérience dans les boîtes de la tech, les délires de la start-up nation auxquels nous sommes habitués après 8 ans d'ère Macron... mais aussi, figurez-vous, de curry rouge et de Fernand de Magellan – en écho aux débuts de cette newsletter ?
Nous verrons bien si un jour quelqu'un souhaitera le publier quelque part. Mais au pire des cas, je vous le partagerai à vous, cher.e.s abonné.e.s 🤗
D'ici là, et même si mon temps n'est pas extensible, ma newsletter Tales from the Tech va continuer à vivre. Peut-être à un rythme différent, peut-être dans des formats qui changeront avec le temps. Je ne ferme aucune porte, et serai toujours preneur de vos retours.
En attendant, voici un numéro 19 en forme de best-of (ou de "worst-of", plutôt) de ces dernières semaines complètement folles dans le fâcheux monde de la tech.
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Comme je l'ai lu très justement sur Bluesky il y a quelques jours : "la tech en a rien à foutre du consentement et reviendra te proposer les produits que tu as déjà refusé, encore et encore".
Voilà qui condense bien ce que l'on est en train de nous servir avec les "lunettes boostées à l'IA", nouvelle resucée des lunettes connectées chères aux gros de la tech, qu'ils n'ont pourtant toujours pas réussi à rendre cool, bien au contraire.
Dernière offensive de la tech pour vous coller un truc sur la tronche : Zuckerberg et Meta ont dévoilé le 17 septembre une série de nouvelles lunettes à réalité augmentée, dont ce qu'ils ont présenté comme les "premières lunettes IA haute résolution", capables de projeter une image directement sur le verre droit, les Ray-Ban Display. Une paire disponible depuis quelques jours aux Etat-Unis pour la modique somme de 800$. Par bonheur aucune sortie n'est prévue en France pour le moment.
Le Monde résume assez bien le ressenti général à ce stade, dans un article publié le lendemain des annonces :
"Reste la question de l’utilité : que permettent-elles de faire mieux qu’un simple smartphone, dont nous sommes déjà équipés ? Envoyer des SMS, passer des coups de fil, se diriger par GPS, traduire des conversations en les sous-titrant, répond Meta… tout « en restant pleinement présent, et en conservant les mains libres », argue son communiqué de presse [...] Les Ray-Ban Meta permettent encore de communiquer avec l’intelligence artificielle Meta AI."
"Rester pleinement présent" avec cette saloperie collée sur le nez, alors que maintenir une conversation de plus de 5 minutes sans qu'une des personnes incluses ne jette un oeil à son smartphone tient déjà de l'exploit ! On a envie de s'esclaffer tristement...
Sur le lien avec Meta AI, notez que ce n'est pas une nouveauté, puisque cela serait simplement une version "plus fluide" d'une fonctionnalité déjà disponible avec le précédent modèle de lunette similaire, commercialisée en 2023 par l'entreprise, et écoulée à plusieurs millions d'exemplaires ; ce qui est à la fois peu pour un objet poussé par une entreprise d'une telle ampleur, et beaucoup trop quand on considère son intérêt.

Alors, pourquoi les tech bros n'arrivent-ils pas à rendre ces objets cools, malgré des dépenses faramineuses en R&D et en marketing ?
Primo : parce que les démos ne se passent jamais comme elles devraient, ce qui est rarement bon signe. Ce fut encore le cas ce 17 septembre, puisque que comme le raconte Futurism, cette conférence MetaConnect 2025 a vite sombré dans le chaos : les démonstrations prévues par Zuckerberg ont échoué à plusieurs reprises, provoquant regards gênés, silences assourdissants et rires étouffés au sein du public, comprenant un large parterre de journalistes tech du monde entier. Oupsie.
Une conférence contenant un bon paquet de moments déjà cultes, et qui confirment ce que l'on savait déjà : cette tech est loin d'être prête, ce qui n'empêchera sans doute pas des milliers de "AI enthusiasts" en doudounes sans manche de se jeter dessus parce qu'ils ont visiblement trop d'argent (et qu'il faut donc de toute évidence les taxer davantage).
Deuxio : parce que de plus en plus de monde sait bien désormais les questions que cela pose du point de vue de la vie privée. Perso, je supporte déjà de moins en moins quand des gens filment ou prennent des photos dans ma direction dans un lieu public, avec un simple téléphone… alors imaginer qu'un mec (oui, il est écrit à 99% que ce sera un homme) assez stupide pour se coller ça sur le nez puisse me filmer à mon insu sans que j'en sache rien, puisque la caméra et les actions de l'utilisateur sont généralement invisibles pour les gens autour !?
Accessoirement, on parle ici de Meta, une boîte qui s'est littéralement construite sur la violation de notre vie privée à toutes et tous, de ses origines jusqu'à aujourd'hui, en passant par le trop vite oublié épisode Cambridge Analytica.
Très concrètement, si un mec avec des lunettes Meta vissées sur le nez rentre dans un bar, et que votre serviteur y est sagement posé à siroter un café ou une bière, je lui demanderai gentiment de les enlever, ou l’un de nous devra sortir de la pièce. "Tu sors, ou je te sors, mais va falloir prendre une décision", comme on dit en Belgique 🤗
Tertio : parce que les gadgets tech qui couvrent le visage, aussi discrets deviennent-ils avec le temps, ne se sont jamais suffisamment vendus jusqu'ici. Les Google Glass ont été un échec retentissant, les casques de réalité virtuelle prennent la poussière, et l'Apple Vision Pro est déjà oubliée, avant sans doute une prochaine offensive de la boîte de Tim Cook.
Or l'objectif assumé du Zuck est de remplacer les smartphones avec ses lunettes, à terme. Pour y parvenir, il faudra d'abord faire disparaître des usages désormais ancrés plus que profondément, comme le rappelle le correspondant des Échos à San Francisco, en prenant l'exemple du selfie.
Je crois surtout que se coller un objet sur le visage rebutera toujours plus que de glisser un truc dans sa poche. C'est une forme de séparation ultime avec le réel, un form factor (le format d'appareil) qui fait peur et inspire des histoires et images effrayantes aux auteurs et autrices de science-fiction depuis des décennies, là où placer une petite dalle tactile dans le creux de nos mains paraît bien anodin en comparaison. C'est d'ailleurs ce qui rend l'emprise de nos smartphones si insidieuse.
La dimension repoussoir de ce form factor est d'autant plus forte quand on la charge de l'appellation "IA", notion floue qui passionne autant qu'elle effraie. Ben oui, imaginez deux secondes avoir sur le nez un outil qui permette de diffuser du texte et du contenu, à l'aune d'une époque formidable où il devient de plus en plus difficile de distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, entre ce que vous raconte des chatbots hallucinés et les fake vidéos avec lesquelles on nous bombarde...
Rappelons-le : les boîtes de la tech visent à la destruction des communs pour nous isoler et nous transformer en consommateurs constants de "contenus", que nous quittions le moins souvent leurs "plateformes" et leurs "écosystèmes". Pouvoir physiquement influencer notre vision, voilà le coup final d'une partie d'échec bien vicelarde.
Nous saurons sans doute rapidement si nous basculerons dans un tel monde ou si ces nouveaux dispositifs optiques se planteront comme leurs prédécesseurs. Mais alors que la ligne "techno-fasciste" qui se dessine aux US se clarifie plus que jamais, espérons que les réactions épidermiques face aux innovations tech mèneront à des levées de boucliers de plus en plus intenses.
Note finale : je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour les génies de Ray Ban, qui, en s'associant à ce gênant de Marc, vont peut-être bien transformer leur marque, icône du cool, en un truc has been à souhait 🤞

PS : je suis obligé de vous partager en bonus le post sorti hier par Data for Good, qui complète parfaitement cette chronique !

La rentrée littéraire n'est pas loin, et un livre fait l'actualité dans le petit monde des techno-critiques français... mais aussi bien au delà !
"Apocalypse Nerds : comment les techno-fascistes ont pris le pouvoir" est co-écrit par les journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, dont j'ai déjà partagé le travail à plusieurs reprises. Et il sort au meilleur (au pire ?) des moments, tant il résonne avec ce que nous vivons actuellement.
Le pitch de cet essai :
"Et si la Silicon Valley, longtemps perçue comme un bastion progressiste, était devenue le laboratoire d’une révolution autoritaire à l’échelle planétaire ? Nourris par d’obscurs penseurs étourdis de rêves fascistes ou monarchiques, des milliardaires de la tech appellent à la mort de l’État-nation et prophétisent la fin des démocraties libérales."
Je pense que la question est vite répondue comme le disait un philosophe, m'enfin gageons que ce livre l'expliquera avec moults exemples et exposés qui risquent de me tendre mais surtout de me passionner.
Vous l'aurez compris : je ne l'ai pas encore lu ! J'attends la réception de ma commande dans ma librairie de quartier comme si c'était noël en octobre. On s'en reparle prochainement. En attendant, vous pouvez écouter l'épisode du super néo-podcast Propagations qui accueillait Nastasia et Olivier le 9 septembre dernier.

Cette fébrile attente d'une lecture passionnante ne va pas nous empêcher de faire le pont avec l'actu outre-atlantique : le rapprochement entre les milliardaires de la tech et les trumpistes ne fait plus aucun doute, comme le rappelle cette revue de presse de France Culture en date du 13 septembre, avec l'excellent Olivier Alexandre au micro.
On y entend Tim Cook, le patron d'Apple, s'y répandre en compliments pour son nouveau maître, tandis que Zuckerberg donnait lui des chiffres d'investissement au hasard complet pour faire plaisir à Trumpy. Même le pseudo "good guy" de la tech, Bill Gates, était de la partie. Après tout, Trump et lui se sont probablement croisés sur l'île d'Epstein, alors ça doit leur rappeler des souvenirs du bon vieux temps.

On peut aussi faire le parallèle avec l'actualité jeux vidéo, qui n'est plus qu'une autre verticale "entertainement" pour la tech. L'un des derniers grands éditeurs indépendants de l'industrie est ainsi en passe d'être racheté à hauteur de 55 milliards de $ par le fonds public d’investissement d’Arabie Saoudite et Affinity Partners, la boîte du genre de Trump, Jared Kushner. L'objectif : virer un max de monde et foutre de l'IA partout, de l'aveu même du PDG, Andrew Wilson, qui restera en poste pour finir son entreprise de destruction massive. Une actu en forme de melting pot de mots peu ragoûtants, que vous résume toujours aussi bien Gauthier Andres alias Gautoz chez le média spécialisé jeu vidéo, Origami.
On pourrait parler de ce qu'il se passe à New York, où Trump aimerait faire déporter le favori surprise à l'élection municipale et grand pro des réseaux sociaux, Zohran Mamdani. Mais intéressons nous plutôt au berceau de la Silicon Valley, sur la côte opposée des États-Unis.
Le gouverneur de la Californie, Gavin Newsome, pourrait en effet rapidement nous donner des signaux très clairs quant à sa façon de traiter avec les GAFAM et consorts. Celui-ci doit décider très prochainement s'il donne son accord ou son veto à plusieurs projets de lois destinés à encadrer un tant soit peu l'industrie du numérique, et principalement le développement de l'IA, générative et autres.
Ce qu'explique avec une grande clarté la dernière newsletter de Brian Merchant :
"Ces projets de loi ne sont pourtant pas radicaux. La plupart sont des mesures simples et sensées, auxquelles seuls des libertariens purs et durs pourraient s'opposer. Il s'agit, par exemple, de lois qui garantiraient qu'une IA ne pourrait pas être utilisée pour sanctionner ou licencier des employés.
[...]
Ne vous méprenez pas : la Silicon Valley ne souhaite voir adopter aucun de ces projets de loi, et son armée de lobbyistes a déjà réussi à en affaiblir ou bloquer beaucoup, notamment un projet de loi intéressant qui limitait les possibilités de surveillance des travailleurs par l'IA, ou encore un autre qui garantit la supervision humaine des véhicules de livraison sans conducteur. Ces projets de loi ont été classés comme « bisannuels », ce qui signifie qu'ils seront réexaminés l'année prochaine.
C'est un moment crucial. Si même des lois basiques comme celles-ci ne pouvaient être adoptées, cela confirmerait une chose : Gavin Newsom préparant actuellement sa future candidature à la présidence des États-Unis, il ne veut pas contrarier la Silicon Valley et ses riches donateurs. Cela nous montrerait que, même dans une Californie supposément progressiste, l'emprise de la Silicon Valley est devenue presque indestructible, ce qui n'augure rien de bon quant aux espoirs futurs de soumettre un jour les géants de la technologie à quoi que ce soit ressemblant à une démocratie."
Personnellement, je n'attendaiss rien de bon de Gavin Newsom depuis que j'ai constaté la nature de ses méthodes de communication en ligne.
Maintenant que l'on a dit tout ça, une bonne nouvelle vient de tomber : Newsom a annoncé cette semaine une première loi pour encadrer et demander de la transparence autour du développement de l'IA au niveau Californien. Alors qui sait ? On croise les doigts.
Mais, depuis le temps, je pense qu'il faut arrêter d'imaginer que la solution à nos problèmes technologiques viendra du pays même qui en a créé une bonne majorité. L'Europe doit se réveiller, sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres.

Vous me direz, en France, c'est mal parti, même à "gauche" : saviez-vous que la nouvelle porte-parole du Partie Socialiste n'est rien de moins que... salariée de Palantir, la boîte de surveillance du techno-fasciste en chef, Peter Thiel ? La boîte copine de la NSA, celle qui vend des logiciels à l'ICE pour chasser les migrants dans l'Amérique de Trump, celle que plusieurs armées utilisent pour cibler leurs attaques de drones ?! Ce serait drôle si ce n'était pas dramatique. Bonne tribune sur le sujet ici. Précisons que son porte-parolat est centré sur les questions d'IA. De là à dire que par conséquent, ça devient cohérent...
Allez, finissons sur une note positive à propos des techno-fascistes bien de chez nous : sachez que ça ne va pas hyper bien pour Pierre-Édouard Stérin, le milliardaire nationaliste exilé fiscal et argentier de l'extrême droite française ! Bon, déjà, il commence à être bien connu dans la sphère médiatique française, et ses attaques de mauvais goût ne passent plus inaperçues.
Surtout, le dangereux zigoto serait à court de cash : manque de liquidités, changements de gouvernance et structure fragile de son groupe à multiples têtes, autant de problèmes qui ébranlent les ambitions politiques du gus. Ben oui, Pierre-Édouard, tu aurais mieux dû continuer à financer des startups de la tech en catimini en continuant à vendre tes smartboxs 💩 plutôt que de l'ouvrir trop grand ! Désolé pour la violence, mais vraiment : ça fait du bien.


En quelques jours, Microsoft aura donc cédé par deux fois.
Sur ses liens avec l'armée israélienne, d'abord. Liens dont nous avions déjà parlé ici avant l'été. Le 25 septembre, l'entreprise a ainsi annoncé dans un communiqué avoir "cessé et désactivé un ensemble de services destinés à une unité du ministère israélien de la Défense", comme le rapporte cet article de Cassim Montilla pour Frandroid. Son Président, Brad Smith, en profite pour faire amende honorable, avec une sincérité dont on pourra douter, mais admettant en tout cas que les révélations successives de plusieurs médias, dont The Guardian, sont authentiques.
The Guardian qui confirme d'ailleurs que les quelques 8000 To de données stockées par l'armée israélienne sur les serveurs de Microsoft ont été migré dès août... probablement vers les Amazon Web Service, ce que l'autre géant de Seattle a refusé de confirmer à ce stade. Rien ne se perd, tout se transforme.
En tout cas, Microsoft, de son côté, aura peut-être entendu raison après des mois de tensions en interne et d'appels au boycott en externe. À moins, comme certains esprits chagrins ne le notent, que Microsoft ait simplement perdu une remise à plat de l'appel d'offre ? Quel mauvais esprit 😇
L'autre sujet pour lequel MS est dans la sauce, c'est la fin du support de Windows 10 : et oui, dès le 14 octobre prochain, Microsoft devait arrêter le support logiciel de son OS datant de 2014. Alors que l'entreprise avait auparavant parlé d'une fin de support pure et simple, pour mettre en avant le nouveau venu Windows 11 (qui n'est franchement rien de plus qu'une skin visuelle), elle a tout de même joué les bonnes poires en annonçant tout aise qu'il y aurait une solution... payante !
En effet, pour continuer à utiliser Windows de manière sécurisée, les utilisateurs et utilisatrices auront finalement deux possibilités : passer à la caisse pour acheter un ordinateur récent compatible avec Windows 11, ou payer pour continuer à recevoir des mises à jour de sécurité sur Windows 10 ! Quel choix, la chance ! On sait pertinemment qu'une majorité de particuliers comme d’organisations ne penseront pas aux alternatives libres à Windows, et ne voudront ou ne pourront pas prendre en charge les frais demandés par Microsoft, entraînant des failles de sécurité massives ainsi que la potentielle obsolescence de près de 400 millions d’appareils.
Et surtout pensez à acheter reconditionné, hein.
Bon, cela dit, en bon prince, Microsoft a également cédé sur ce sujet... si l'on peut dire. Et c'est notamment par la France que c'est arrivé, grâce à l'excellent travail de la bien nommée association "Halte à l’Obsolescence Programmée". Elle avait ainsi contacté par courrier officiel Microsoft en juin dernier. Elle a enfin reçu une réponse, offrant "un an de sursis gratuit" pour les mises à jour de sécurité. Sauf que, comme le relate un article de BFM : l'obtention de l'année de sursis est communiquée en catimini, ne concerne que les particuliers, et demande de se connecter avec un compte Microsoft, ce qui est gageure en soit quand on connaît les interfaces de la boite, même pour qui sait gérer correctement un PC.
Et puis : pourquoi seulement un an ? Microsoft ne fait pas assez de thunes pour se permettre de continuer les updates de sécurité ? Ce n'est pas comme si la boîte pesait 3 800 000 000 $ en bourse, c'est vrai. (Oui je sais Arthur Mensch, les parts sociales et les valeurs boursières, ce ne sont pas du cash, du coup tu ne peux pas payer la taxe Zucman, pauvre loulou).
En neuf mot comme en cent : Microsoft a cédé deux fois, mais craint toujours autant 🙅♂️


Cet été, je disais mon incompréhension (ici et sur Linkedin) face à l'utilisation de l'IA générative par des militants, organisations et médias que l'on pourra qualifier "d'écolos". Parce que parmi beaucoup d'autres questions, l'IA générative pose notamment le problème de son impact environnemental.
Deux choses se sont alors imposées comme évidentes suite à une variété de retours :
1/ beaucoup de gens partagent mon avis mais ont du mal à avoir les données qui leur permettent de soutenir ce point
2/ beaucoup d'autres, pourtant engagés, n'ont pas en tête le problème environnemental que pose l'IA.
Par chance, les individus très solides que sont Lou Welgryn et Théo Alves Da Costa ont publié un ÉNORME papier sur le site du média écolo Bon Pote. Il résume ce que l'on sait aujourd'hui de l'impact de l'entraînement et de l'utilisation des IA génératives, et surtout ce que l'on ne sait pas ! Car les entreprises derrière les différentes solutions d'IA générative se gardent bien de révéler en détail ce qui se passe sous le capot... ce qui reste en soit un signal assez clair.
Sur ce point spécifique, citons donc l'article publié chez Bon Pote :
"A noter que pendant l’été 2025 ont été publiés par Mistral et Google deux études pour documenter pour la première fois quelques impacts environnementaux d’une requête “médiane” faite sur leurs IA grand public. Cependant ces études sont intentionnellement sélectives et ne donnent pas assez de détails pour permettre de comparer et comprendre les impacts tout en détournant l’attention des impacts globaux cumulés en mettant en valeur les gains d’efficacité et en sur-responsabilisant les individus.
En résumé, en 2025, même s’il est possible d’obtenir des approximations, nous ne connaissons pas la consommation électrique d’une requête sur ChatGPT, de la génération d’une image studio Ghibli ou d’un starter pack. Comme le résumait Sasha Luccioni pour Wired : “Cela me sidère qu’on puisse acheter une voiture et connaître sa consommation au 100 kilomètres, mais qu’on utilise tous ces outils d’IA tous les jours sans avoir la moindre mesure d’efficacité, aucun facteur d’émission, rien.”
Personnellement j'insisterai donc sur ce que l'on sait de manière macro, puisque c'est une galère d'obtenir les chiffres micro :

Voilà, la prochaine fois qu'un de vos proches utilise l'argument miteux selon lequel "non mais ChatGPT ça consomme beaucoup moins que de regarder un film sur Netflix", vous aurez des arguments et des sources pour lui dire poliment de retourner parler à des vrais gens plutôt que de demander à son assistant IA quoi bouffer ce midi.
Au pire des cas, vous pouvez aussi lui partager cette vidéo très drôle en provenance de chez Urbania.

On vient de le voir, les usages de l'IA font exploser tous les compteurs. Et on comprend pourquoi quand on constate à quel point l'IA, notamment générative, se glisse absolument partout, mais dans des endroits où on ne s'attendrait pas un instant à la voir.
Évoquons ainsi une anecdote rigolote (mais néanmoins tristement révélatrice) qui est arrivée à un collègue de la sphère low-tech : Jacques Tiberi, le rédac'chef du Low-Tech Journal ! Difficile de faire moins low-tech que l'IA générative, et pourtant...
Je laisse Jacques vous raconter ça :
"Vous ne l'avez peut-être pas remarqué mais, une des photos publiées dans le n°21 du magazine a été retouchée par I.A. Si, si ! Et pas qu'un peu ! En ouvrant le magazine fraîchement sorti des rotatives, Mathilde, notre graphiste, a eu un choc : la photo du Soleil Journal (dans le dépliant en triptyque)... était pleine de ces zigouigouis caractéristiques des images générées par I.A ! Enfer et damnation.

Pourtant, cette photo a été prise par nos amis de l'Atelier 21 qui n'ont rien à se reprocher de ce côté... Alors, comment ce fait-ce ??? Après enquête, il s'avère que Indesign (logiciel Adobe sur lequel nous créons le mag) nous a I.Acké à l'insu de notre plein gré, s'autorisant à retravailler cette photo - un peu petite pour le format - sans qu'on lui ai demandé quoique ce soit ! Ils veulent que tout soit liiiiisssse ! Alors, ils mettent de l'IA pour tout rendre bien parfaiiiit. Et, comme la machine ne sait pas reproduire les lettres, on se retrouve avec ce gloubiboulga en spirales."
Laissez nous tranquille, en fait !
Bref : si la low-tech (concept dont j'ai parlé souvent dans ses lignes) vous intéresse, n'hésitez d'ailleurs pas à vous inscrire à la newsletter du Low-Tech Journal (scrollez tout en bas de la page ;), ou bien à vous abonner à leur super magazine papier !
À noter, en bonus :
Voilà, c'est tout pour ce numéro 19, et c'est déjà pas mal !
On se retrouve bientôt pour un 20ème numéro de Tales From The Tech.
D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous, cela me ferait très plaisir. Et à me faire part de vos retours.
Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.
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Merci à toutes et tous,
Thomas ✊
PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes