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Démissionnaire de Microsoft. Chronique les dernières absurdités ourdies par nos maîtres non-élus, de Zuckergerg à Bezos, de Altman à Musk.
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25.02.2026 à 07:57

Alain Damasio et l’IA générative, histoire d’une balle dans le pied

Thomas Beaufils

Au menu d'Absurditech aujourd'hui : les errances génératives d'Alain Damasio pour le salé 🧂 et des romans de l'ère pré-GPT pour le sucré 🍰
Texte intégral (2647 mots)
Alain Damasio et l’IA générative, histoire d’une balle dans le pied

Alain Damasio et l’IA générative, histoire d’une balle dans le pied

Il est probablement l'auteur de science-fiction francophone le plus révéré. Il est aussi une figure techno-critique majeure du paysage culturel français, depuis une bonne dizaine d'années maintenant.

Il n'était donc pas tout à fait surprenant de voir Alain Damasio invité sur le plateau de l'émission C Ce Soir du 19 février dernier, pour un sujet tape à l'oeil qui n'augurait pas grand chose de bon : "IA : avons-nous perdu le contrôle ?".

Dans un débat au cadrage très discutable mais heureusement rehaussé par les apports de la chercheuse Ophelie Coelho et de la philosophe Anne Alombert, Damasio a déclaré ceci :

"Mon métier c'est de créer des univers imaginaires, des personnages et des trames narratives. L'IA arrive quasiment au même niveau que mon artisanat."

Se faisant, Damasio se tire ainsi une balle de LBD à bout portant dans le pied.

Il démontre, dans cette émission, son incompréhension du fonctionnement même de l'IA générative et des chatbots IA, et le déclin de ses visées techno-critiques et anti-capitalistes. Il admet aussi au passage avoir une bien piètre estime de ses propres écrits, lui qui parle pourtant souvent de son égo.

Sur son incompréhension de l'IA générative, d'abord : ne saisit-il pas que l'IA générative ne créé rien de nouveau et ne fait que remâcher l'existant, c'est à dire le contraire même de ce qui rend l'art intéressant ? De ce qui avait fait de sa Horde du Contrevent un chef d'œuvre pour beaucoup ?

Il semble pourtant comprendre que les LLM ne créent rien et ne sont que des "machines à probabilité" tout à fait mathématiques. Rien de créatif ni de magique là-dedans, mais cela ne force visiblement pas Damasio à se défaire de sa fascination malsaine.

Comme l'exprime la linguiste (atterrée) Laélia Veron, Alain Damasio a, dans nombre de ses écrits, "dénoncé l'automatisation et la privatisation du langage par la technologie". Le voir ainsi vanter et assumer l'utilisation de l'IA générative (et plus précisément le modèle Claude d'Anthropic), soit la forme de privatisation et d'uniformisation du langage la plus extrême qui soit, a de quoi décontenancer. Notamment dans cette période d'actualité orwelienne où les mots sont vidés de leur sens : guerre, paix ; ignorance, force ; fascisme, anti-fascisme.

Tous les discours anti-capitalistes et techno-critiques de l'auteur perdent en conséquence de leur substance. Moi qui avait fait une longue critique de son essai "Vallée du Silicium" dans cette infolettre il y a près de 2 ans, ne peux que refaire saillir avec plus de netteté encore les critiques alors exprimées : sa fascination bien plus que sa répulsion pour certains usages délétères de la technologie, ou son oblitération presque entière de l'enjeu écologique pour ce qui a trait à l'entraînement et développement des chatbots IA, notamment.

Pour quelqu'un se déclarant "bio-punk", c'est tout de même embêtant.

Rappelons d'ailleurs que Damasio a même récemment été jusqu'à fourrer son nez dans la fange des NFT, preuve d'une forme plus large de renoncement.

Alain Damasio, en bonne créature médiatique parlant d'IA qu'il est désormais, ne manque pas de verser dans les poncifs éculés : le plus grand risque qui nous guette avec l'IA est bien sûr la "superintelligence".

Il faut dire qu'il y est bien aidé par un cadrage de l'émission à côté de la plaque, nous le disions, et les interventions d'un journaliste du Point (média en pleine croisade anti-science par ailleurs, c'est à noter). Un cadrage qui ne parle que d'une hypothétique perte de contrôle d'une IA bientôt sentiente, en traitant tout autre risque comme trivial en comparaison.

La "superintelligence", une éventualité qui ne fait pourtant absolument pas consensus. Mais qui fait bien sûr jaser, cliquer. Une théorie à la Terminator qui permet surtout aux acteurs de la tech et de l'IA (comme Dario Amodei, le boss d'Anthropic dont Damasio semble gaga) de minimiser l'importance des autres conséquences concrètes et actuelles de l'IA : impacts écologiques, politiques, sociaux ou économiques, que nous évoquons souvent dans cette infolettre.

À mes yeux, si la machine dépasse un jour l'humain, ce sera parce qu'elle nous a rendu plus bête et dépendant que nous ne le sommes aujourd'hui. Pas parce qu'elle aura développé une "superintelligence" 🤗

Bref, dans le cadre d'une émission titrée "IA : avons-nous perdu le contrôle ?", fallait-il s'étonner de ce focus sur la superintelligence ? Car, si c'est moins sexy, il serait bon de rappeler que reprendre le contrôle du développement de l'IA générative ne serait pas si compliqué si l'on s'en donnait les moyens pour réguler, au niveau européen notamment, les quelques entreprises qui produisent ces modèles.

Il ne faut pas non plus oublier les limites intrinsèques au développement de l'IA, qui me font rire quand j'entends Damasio nous imaginer toutes et tous en balade avec notre "IA personnalisée". Des limites, peu évoquées lors du débat, et qui peuvent être :

  • économiques : coucou les doutes (enfin) autour de la solvabilité d'Open AI et des autres acteurs du marché puis la peur d'un effet domino, que s'apelerio la bulle.
  • techniques : où va-t-on trouver de nouvelles données pour entrainer et améliorer les modèles actuels, et est-on sûr·e des avancées promises par les Le Cun et consorts ?
  • environnementales : vos data-center de la taille de Manhattan, on va les alimenter avec la fusion nucléaire et de l'eau en poudre ?

À l'heure où Sam Altman démontre que son cerveau tourne moins bien encore que la dernière version de ChatGPT, où on découvre que l'un des plus gros donateurs de Donald Trump n'est autre qu'un des co(n)fondateur d'Open AI, et où les conquistadors sont plus que jamais de sortis, d'Anthropic à Mistral...

...il y a certes autour de l'IA des sujets bien plus importants à évoquer, en ce moment, que la "cyber-épiphanie" d'un auteur courrouçant sa fan base. Alors concluons.

Il ne faudra pas être surpris de voir Claude Damasio mettre moins de temps à publier son prochain roman, quand Les Furtifs lui avait pris 10 ans. Tout ça pour accoucher in fine à l'époque d'un patchwork de sujets assez indigestes, où il en venait à se singer lui-même ; le propre, déjà, d'une IA générative. On comprend donc sa fascination devant le miroir. Et de me rendre compte que le bougre n'a plus rien publié d'excellente facture depuis bientôt 15 ans, malheureusement.

Ne comptez donc plus sur moi pour lire ses prochains "écrits", et son roman à venir, visiblement porté sur l'eau. Combien de litres de flotte absorbés pour pondre ce prochain pavé ?💧

Vous me trouvez dur ?
Boh, ce n'est pas dans mes habitudes culinaires, pourtant, le trop plein de sel.

Surtout : la dureté de cette critique est à la hauteur de ma déception, et du sentiment de traitrise (le mot est lâché) qui m'habite, après avoir aimé et conseillé à tant de gens la lecture de sa Horde du Contrevent.

À croire que son chef d'œuvre virevoltant n'était peut-être, au fond, qu'un (très bel) accident.


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Alain Damasio et l’IA générative, histoire d’une balle dans le pied

Loin de moi, en vérité, l'idée de vous engager à ne lire aucun bouquin écrit depuis l'avènement de ChatGPT, en 2022, pour éviter toute mauvaise surprise. Vous l'aurez compris, un auteur peut dire n'importe quoi et vous gâcher le goût d'un chef d'œuvre même bien après sa sortie.

Je ne vais pas non plus vous conseiller de ne lire que des auteurs et autrices décédé·es pour avoir l'esprit tranquille, parce qu'un peu de modernité ne fait pas de mal ;)

Non, voici simplement quelques livres francophones que j'ai aimé lire ces derniers mois et années, sans autre règle particulière. Si ce n'est leur qualité à mes yeux, l'émotion tout à fait humaine qu'ils ont éveillé en moi.

Il y a d'abord "L'Art de Perdre", d'Alice Zeniter. Un fresque familiale formidable qui devrait être largement intégrée à notre programme scolaire tant il révèle de choses sur l'histoire commune de la France et de l'Algérie, tant il est pertinent dans la période de troubles nouveaux et en même temps anciens que nous traversons. Tant il est bien écrit, aussi.

Il y a ensuite "Le barman du Ritz", de Philippe Colin. En toute franchise, s'il n'est pas un grand roman (la dimension romantique de l'ouvrage est tout à fait passable), il n'en demeure pas moins un témoignage romancé mais circonstancié de la réalité politique parisienne sous l'occupation. Les séries de podcasts du même auteur chez Radio France, notamment celle sur la trajectoire de Pétain, sont encore davantage à conseiller. Les parallèles entre cette époque et la notre y sont souvent terrifiants.

Il y aussi les géniaux petits bouquins de Florent Oiseau, notamment mon chouchou "Les fruits tombent des arbres". Une lecture de l'ordinaire plutôt que de l'imaginaire, mais pas moins épique dans sa description du quotidien et des petites choses.

Il y a enfin, pour revenir à l'imaginaire, le travail de Jean-Philippe Jaworski. "Gagner la guerre" est notamment une œuvre majeure de la fantaisie francophone, modulo un choix scénaristique franchement discutable au milieu du récit, aussi détestable soit son anti-héros. Tous les ouvrages du cycle des "Récits du vieux royaume" que j'ai pu lire jusqu'ici sont parfaitement exaltants.

J'admets être moins client de son cycle celtique "Chasse Royale". Car, à l'instar de Damasio, l'auteur y frise l'auto-parodie à force de renforcer son style, tout en vocabulaire boueux et bagarreur. Espérons pour Jaworski une suite moins néfaste que celle de notre victime du jour !

Alain Damasio et l’IA générative, histoire d’une balle dans le pied

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Un grand merci, et à bientôt,
Thomas ✊

PS : Absurditech est garanti sans IA générative, pas sans fautes

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11.02.2026 à 07:08

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Thomas Beaufils

Au menu d'Absurditech aujourd'hui : la grève chez Ubisoft pour le salé 🧂 et des jeux "low-tech" & "solarpunk" pour le sucré 🍰
Texte intégral (7533 mots)
Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Jour de grève chez Ubisoft, fleuron français du jeu vidéo et « sanctuaire » qui s’effrite

En ce 11 février commence le deuxième jour d'une grève qui en comptera trois, chez Ubisoft. Elle fait suite à un appel commun lancé par les syndicats Solidaires-Informatique, STJV (Syndicat des travailleurs et travailleuses du jeu vidéo), CFE-CGC, CGT et Printemps écologique, en réponse à des annonces de suppressions de postes, de réorganisation plus large de l'entreprise et de mise à bas d'accords clés avec les salarié•es.

La grève aurait été suivie par au moins 1200 personne hier, selon le STJV. Elle intervient surtout dans la période de crise la plus intense que l'entreprise ait jamais connue... alors même que la crise est presque quotidienne depuis plusieurs années maintenant pour les quelques 17 000 employé•es d'Ubisoft, dont 4000 en France.


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Quelques éléments de contexte d'abord : Ubisoft, c'est une entreprise menée depuis 40 ans cette année par Yves Guillemot, membre d'une fratrie de morbihannais qui a beaucoup investit dans le jeu vidéo français. Ubi, comme on l'appelle, c'est le plus gros acteur du JV hexagonale et de loin, et l'un des plus gros d'Europe.

Ubisoft, c'était surtout cette grosse boite de jeu vidéo qui faisait les choses différemment, des états-uniens notamment :

  • des emplois nombreux – Ubisoft est l’un des plus gros employeurs du secteur, ce qui reste unique au regard de son chiffres d’affaires – et surtout bien protégés
  • la créativité longtemps portée aux nues et au-dessus du business
  • des studios du monde entier collaborant sur des projets de natures et tailles variées.

Ubi, c'était une boite à l'image de son patron, Yves Guillemot, petit gars avec une certaine bonhomie, qui débarque avec son accent français et sa voix fluette pour parler de l'importance de la créativité et des créatifs, les "joyaux de la couronne" d'Ubisoft.

Dans le même temps, c'est aussi une structure qui résiste aux tentatives de rachats agressives d'Electronic Arts à la fin des années 2000, puis du Vivendi de Bolloré en 2015. Bref, on aime bien Ubisoft, surtout en France, territoire jamais avare de chauvinisme.

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques
Assassin's Creed, symbole des succès et des errements d'Ubisoft (ici Unity, dont les balades sur les toits de Paris ont inspiré jusqu'à la cérémonie d'ouverture des JO de Paris)

Puis la machine s'est enrayée. Résultats en berne, approche créative critiquée, scandales à répétition... Pour enfin en arriver à la crise actuelle, faite de vagues de licenciements et de fermetures de studios (choses que l'on pensait impossibles il n'y pas si longtemps). Faite de promesses brisées et de salariées sacrifiées, aussi.

Tous et toutes les analystes du milieu y vont depuis de leur avis sur les raisons de ce déraillement.

Pour certain•es, c'est surtout lié à la crise plus large que traverse "l'industrie du jeu vidéo".

Une crise auto-infligée, à mon humble avis, pour cette industrie se croyant trop belle et puissante. Notamment pendant et à la suite de la période du covid, mirobolante du point de vue des chiffres, mais qui n’était qu’une anomalie. Mais quand les chiffres sont gros, les vautours rappliquent : tout le monde a voulu sa part du gâteau, des gros acteurs chinois au fond souverain d'Arabie Saoudite, en passant par Amazon ou Netflix.

S'en est donc suivi une crise, où les actionnaires ont récupéré un max, les salarié•es ont trinqué un max, les gros acteurs non-endémiques ont, au choix, retiré leurs billes non sans avoir laissé beaucoup de monde sur le carreau, ou bien remis une très grosse pièce dans la machine... mais pour résumer : c'est le bordel.

Et si là-haut, ça se parachute doré, en bas de la chaîne, il ne fait plus bon être un travailleur du JV.

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques
Photo de la grève, hier, devant le siège mondiale d'Ubisoft, à Saint-Mandé (94)

À mes yeux, cette conjoncture a peut-être accéléré les problèmes d'Ubisoft, mais rien d'autre. La responsabilité repose sur les épaules seules de la direction de l'entreprise.

Et comme d'habitude dans ces cas là : les gaillards veulent sauver leurs sièges, quitte à balancer tous les autres passagers du bateau dans la flotte, quitte à revenir sur toutes leurs promesses.

Je vais en venir à la raison de cette conviction dans un instant. Mais je me dois d'abord d'évoquer mon rapport particulier à Ubisoft.


Ubi a été ma première boîte. J'y ai démarré en stage de fin d'étude, et après quelques péripéties, y ai enchainé quelques CDD avant d'y signer mon premier CDI, tout ça dans les locaux de Montreuil et Saint-Mandé, en bordure de Paris.

Je l'ai rejointe en 2012, juste après une incroyable conférence à l'E3, le plus grand salon du milieu à l'époque. C'était un rêve de gosse, tout simplement. Je rejoignais par la fenêtre (stagiaire attaché de presse) un domaine qui m'avait toujours attiré, parce que rentrer par la porte (devenir développeur) m'avait semblé impossible avec mon niveau misérable en maths (oui, c'est stupide).

J'y ai passé près de 7 années, à divers postes liés à la communication, principalement dans la division EMEA (Europe, Moyen Orient, Asie) de l'entreprise. J'y ai rencontré des gens passionnants, et pas mal d'ami•es conservé•es jusqu'à aujourd'hui, aussi. J'y ai voyagé dans de nombreux studios, j'y ai bossé sur des projets qui sont devenus d'énormes succès quand d'autres n'ont jamais vu le jour in fine. J'ai fait des E3 et des Gamescom, et j'y vivais une fast life tout à fait grisante.

J'y ai croisé Yves Guillemot à quelques reprises. Une personne que j'ai trouvé sympathique, qui m'a semblé s'intéresser véritablement à ses "ouailles". Il prenait souvent la parole devant les employé•es, à l'époque, avec une certaine bonhomie, là encore.

Il n'avait pas la froideur que j'ai pu retrouver chez beaucoup de grands pontes à l'américaine (je vous raconterai un jour ma seule réunion avec Brad Smith, le numéro 2 de Microsoft... Mais pas aujourd'hui).

Guillemot, je me souviens qu'on l'appelait Tonton Yves, avec mes collègues. Il est né la même année que mes parents, ce qui renforçait peut-être cette impression "familiale".

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques
Ma tronche à l'E3 2016, il y a bientôt 10 ans donc 😱 Petit badge "We Are Ubisoft", filtre Instagram dégueulasse tout à fait d'époque à l'appui.

Mais je n'y ai pas vu et vécu que des trucs cools, chez Ubisoft.
Et on va en revenir à ce qui à mon avis est la raison de tout ce merdier.

En 2020 intervient le début des "embrouilles" pour Ubisoft. Libération révèle alors des récits de harcèlements et d'agressions sexuelles menés par certains cadres dirigeants de l'entreprise, notamment au sein de sa toute puissante "équipe éditoriale" basée à Paris, qui a alors le droit de vie ou de mort sur tous les projets menés chez Ubi.

Face à ce scandale, les réactions internes et externes de l'entreprise sont catastrophiques. Les profils mis en cause, protégés par les RH avant les révélations dans la presse, le sont toujours par la suite. Guillemot lui-même fera tout pour maintenir Serge Hascoët (directeur dudit "pôle édito") à son poste, malgré les accusations. Hascoët, qui a depuis été condamné à 18 mois de prison avec sursis et 45 000€ d'amendes.

Ce qui commence à se faire jour, c'est le revers de la médaille des discours d'Yves Guillemot sur les "créatifs" d'Ubisoft : on les protégera quoi qu'il arrive, quoi qu'ils fassent. Les "joyaux" d'Ubisoft sont plus important que tout le reste, peu importe si leurs comportements impactent négativement tout le reste de l'entreprise.

Dans la foulée, les langues se délient et nombre de scandales sont révélés, en France et au Canada notamment. Affaires de harcèlement moral et sexuel, toxicité manageriale généralisée, équipes des ressources humaines qui protègent les auteurs des méfaits et n'écoutent pas les victimes, direction qui ne mesure pas le malaise interne...

La boite sympatoche n'est peut-être pas si sympatoche que ça.


La toxicité et les errements manageriaux et RH d'Ubisoft, j'en ai eu des preuves sous le nez un bon bout de ma carrière dans l'entreprise, au delà du fait que la boite (en France en tout cas) était connue pour payer mal versus la qualité et la quantité de taff demandé ("métier passion", tu connais).

Je n'ai rien vécu de comparable avec ce qui a pu être décrit par d'autres. Pour autant, des boss toxiques, j'en ai eu et j'en ai vu quelques-un•es, chez Ubi.

Cependant, je pense qu'à l'époque, la tête dans le guidon, je ne réalisais pas être confronté à de tels comportements (a contrario, je les ai très bien identifiés sur le coup, ensuite, dans une boite comme Microsoft).

Pourtant il me semble évident aujourd'hui que ces comportements avaient des conséquences désastreuses, sur les gens qui les subissaient bien sûr, mais plus largement sur toute la boite.

À mon époque, la structure de la boîte elle-même était malsaine : le pôle publishing (où j’ai principalement évolué et qui incluait l’édition, le marketing et la communication) était ainsi divisé en deux parties, l'une basée à Paris, l'autre à San Francisco. L'une dirigée par un pote d'enfance d'Yves, l'autre par son cousin. Ça ne s'invente pas.

En substance : les européens contre les ricains, et autant vous dire que ça ne se passait pas dans la joie et la bonne humeur. Une espèce de compétition interne stupide éminemment contre-productive, et productrice de stress et de tensions pour tout le monde.

Ajoutons enfin que, sans arriver partout au niveau décrit dans le cas du "pôle édito", l'ambiance de boys club chez Ubisoft était indéniable. C'était mon premier boulot après l'école, alors ça non plus je ne l'ai pas compris tout de suite.

Mais au bout d'un moment, on se rend compte que ça n'est pas normal d'entendre les mêmes vannes dans un open space de boulot que quand tu traînais au pub avec tes camarades de classe de 20 piges à peine. Protéger les créatifs chez Ubisoft ? Peut-être, m'enfin c'était plus facile si vous étiez un mec.

Précisons sur ce dernier point que j’ai quitté la boite il y a 8 ans, et que l’ambiance aurait pas mal évoluée depuis… dommage qu’il ait fallu en arriver là pour que les choses bougent.

Bref, le plus important pour conclure cette partie : mes pensées aux victimes et toutes celles, tous ceux qui ont eu à subir des comportements déplacés au fil des années.

C'est à la suite de ces scandales que le fonctionnement interne d'Ubisoft, au delà de la toxicité que nous évoquions, est mieux compris à l'externe et notamment par la presse. Elle permet d’expliquer certains errement de l’entreprise.

La fameuse "équipe édito" qui faisait la fierté de l'entreprise n'était ainsi pas seulement dirigée par des individus peu recommandables. Elle est aussi à la source des obsessions stratégiques d'Ubisoft, de son orientation vers les gigantesques "monde ouvert" avec des mécaniques copiées d'une licence à l'autre. Ce qui deviendra la marque de fabrique d'Ubisoft avant de devenir une recette moquée pour sa répétitivité, et précipitera l'entreprise vers ses difficultés actuelles.

Idem avec cette envie, de la part du siège bien plus que des studios eux-mêmes, de suivre les tendances sans en maitriser les tenants et les aboutissants, et toujours avec un temps de retard.

Ou bien de vouloir créer des jeux pouvant plaire à tous les types de joueuses et de joueurs, alors même que celleux-ci sont de plus en plus exigeant•es et segmenté•es, sur un marché plus compétitif que jamais.

De la même manière, les tensions que j’avais pu ressentir en tant que membres des équipes publishing d’Ubi n’était pas un cas isolé. Pour en avoir discuté régulièrement au fil des années avec des gens en place chez Ubisoft, cette idée de « diviser pour mieux régner » reste un leitmotiv pour Yves, et dessine en creux le fonctionnement d’Ubisoft depuis très longtemps.

Europe contre US, mais également siège contre studios (un fonctionnement dont l’existence de l’équipe édito était l’un des symboles les plus forts), ou studios en bisbilles constantes avec le publishing

Voilà qui permettait à Tonton Yves d’être celui qui tranche in fine, avec un niveau de micro-management qui semble délirant pour une entreprise de cette taille. Difficile ensuite de nous faire croire qu’il ne savait pas ce qu’il se passait lors des divers scandales cités, mais passons.

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Serge Hascoët, boss du pole édito d'Ubisoft, le 2 juin au tribunal de Bobigny. (Xavier Galiana/AFP)


Depuis 2020, Ubisoft est en tout cas en perte de contrôle complète. La toxicité et les errements d'un leadership créatif hors-sol et imbu de lui-même, doublé du besoin de réunir des sommes importantes pour satisfaire des actionnaires en panique face à un cours de bourse au plus bas, a mené l'entreprise là où elle est aujourd'hui.

Où en est-elle, justement, l'entreprise ? Liste à la Prévert :

  • Parce que l'entreprise ne parvient plus à rassurer les marchés, elle se lance dans des montages financiers opaques qui semblent préparer la prise de contrôle de ses plus grandes licences par des acteurs externes, chinois notamment, ce qui n’augure rien de bon pour la suite (pour les salarié•es en tout cas).
  • Elle signe également des deals avec des acteurs à la moralité pour le moins discutable.
  • Elle ferme des studios et lance donc de larges campagnes de licenciements, abandonnant la politique qui en faisait une sorte de sanctuaire dans une industrie par ailleurs exsangue.
  • Elle assume la fin de la politique de télétravail qui a pourtant motivé de nombreux talents à rejoindre l'entreprise (et/ou à y rester malgré des salaires faibles par rapport à la concurrence), et cela malgré des promesses répétées de la direction sur le sujet ; et tout cela parce que Tonton Yves pense que les gens « bossent mieux en se voyant » alors même que le fait de faire bosser ensemble des studios séparés par des milliers de kilomètres fait partie intégrante de l’ADN d’Ubi depuis plus d’une décennie
  • Elle annule de nombreux jeux dont certains à quelques semaines de la sortie, ce qui démontre un manque de clairvoyance assez dramatique, notamment dans le cas du fameux remake de « Prince of Persia : les Sables du Temps », en développement depuis de nombreuses années

Comme d'habitude : ce sont les salarié•es de l'entreprise qui payent pour les décisions d'un leadership de plus en plus népotique (Tonton Yves place de nombreux membres de sa famille dans l'organigramme) et aux visées stratégiques désastreuses.

Pour conclure, je vous dirais tout de même que des solutions, je n'en ai pas. Et qui serais-je pour en avoir. L'avenir va être plus que cahoteux, même si le management déconnecté de l'entreprise (et principalement Yves) prenait enfin une bonne décision, en se retirant.

Il faudra en tout cas du courage aux employé•es d'Ubisoft. Qu'iels soient uni•es dans la crise. Parce que la disparition d'Ubisoft serait une catastrophe pour le jeu vidéo français, mais également bien au delà de nos frontières.

Ubisoft était une belle exception créative française. Une exception, on l'a compris trop tard, construite sur des privilèges en son sein – quoi de plus français, finalement.

Ubisoft était aussi un sanctuaire pour ses employé•es, au sein d’une industrie devenue folle. Mais l’entreprise n'est plus désormais qu'une banale tragédie dans l'industrie du jeu vidéo international : des salariées sacrifiées par un leadership déconnecté alors que la faute lui revient presque intégralement.

Soutien aux grévistes.

Et solidarité avec les petites mains de la boite. Toujours.
Comme dans toutes les boîtes de la tech, du gaming, et du reste.

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Telex spécial jeu vidéo :


Tout le monde se pose la question des liens qu'entretient son terrain de prédilection avec les Espstein Files. Côté jeu vidéo, il n'y a qu'un seul article à lire, c'est celui là.  ✂️  Après les réseaux sociaux, Macron s'attaque aux JV, en oubliant ses demandes et déclarations passées, et en prenant le problème par le mauvais bout, comme d'hab.  ✂️  Suite à l'annonce par Google de sa nouvelle "IA générative d’univers interactifs", Genie 3, les cours des entreprises du JV ont chuté en bourse... alors qu'il n'y a pas besoin de creuser longtemps pour voir que c'est du flan.  ✂️  Le retard annoncé par Steam de ses "Steam Machines" pour cause de problèmes d'approvisionnement en composants va peut-être permettre à certain•es de réaliser l'impact de l'IA générative sur nos ressources. ✂️ Discord anticipe les conneries des autres en les faisant siennes. Génies. Heureusement, il y'a des alternatives.

Et une vanne de qualité pour conclure notre partie salée 😇

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Par bonheur, le jeu vidéo, ce ne sont pas que des "AAA" et des vagues de licenciements.

Si le jeu vidéo indépendant souffre aussi de la crise que nous avons évoqué plus haut (notamment à cause des gros acteurs qui retirent leurs billes après avoir fait miroiter monts et merveilles), il n'a pour autant jamais été aussi dynamique et porteur de créativité.

Car désormais, et c'est sans doute une preuve de la nouvelle maturité de ce medium, c'est de créateurs et créatrices indépendant•es que vient l'innovation dans la majeure partie des cas.

Dans ce contexte bouillonnant, le jeu vidéo ne pourrait-il pas, de par son interactivité intrinsèque, devenir le meilleur moyen d'éduquer aux nécessaires changements qui arrivent ?

Et si ce medium impulsait sa mue pour sortir des mêmes formules usitées, de Call of Duty (tuer) à Pokémon (chasser) en passant par Civilization (coloniser) ?

Découvrons ensemble quelques douceurs vidéoludiques aux saveurs low-tech, bio-punk et sacrément innovantes, sorties ces derniers mois.

Synergy

Les jeux de gestion et autres "city builder". Il n'y a pas beaucoup de styles de jeu plus marqué par l'imaginaire colonial. C'est toujours à peu près la même sauce : on arrive sur une carte, on y construit des tonnes de trucs en allant défoncer toutes les ressources d'un petit coin de paradis, en tachant de garder les finances dans le vert et la satisfaction de nos administré•es à un niveau correct.

Mais il y a des exceptions, et c'est le cas de Synergy ! Au delà de son identité visuelle très inspirée par Mœbius, l'idée est ici de développer son village, certes, mais en y respectant et même en s'adaptant un écosystème difficile. Cette quête d'harmonie bio-punk est même constitutive du gameplay : la granularité des mécaniques va jusqu'à nous laisser choisir la méthode de récolte des plantes et ressources naturelles dont nous avons besoin, pour s'assurer d'impacter le moins possible notre environnement.

En promo à 12,49€ sur GOG 🇪🇺

PS : le studio derrière Synergy vient de mettre la clé sous la porte... 

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Flotsam

Pour rester dans le genre, on peut aussi citer le récent Flotsam, où l'on assemble une ville flottante à partir des déchets abandonnés par une (notre) société de consommation, après une montée des eaux visiblement assez dramatique. Alors, c'est d'une certaine manière du post-apo, m'enfin ce n'est pas Waterworld. Ici, on ne fait pas du jet ski pour harponner des pirates adverses, on part plutôt à la pêche aux composants en naviguant tranquillement d'îles en îles et en récupérant au passage les survivants qui y sont isolé•es.

Y'a un truc tout à fait poétique à voir ses ouailles recycler le plastique et le bois pour en fait la future place de votre village flottant et faire pousser des salades au milieu de l'océan. C'est très détente, et ça donne presque envie que l'eau grimpe un peu pour noyer quelques côtes trop bétonnées 😘

22,99€ sur GOG 🇪🇺

Bonus : dans le genre, on peut aussi citer les castors dépollueurs de Timberborn ou bien la création de village à dos de monstre géant de The Wandering Village.

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Spilled

Passons de l'eau salé à l'eau douce, avec Spilled! Un petit jeu où l'on dirige un bateau sur les eaux polluées d'une rivière. Notre but y est simple : dépolluer ladite rivière ! Développé en solo par une artiste néerlandaise sur son propre bateau (ça ne s'invente pas), Spilled! est une courte (ça se boucle en 1h) mais plaisante expérience, qui pourrait d'ailleurs tout à fait convenir à des enfants.

Avec notre petite embarcation, bardée d’un petit panneau solaire et de divers équipements étonnants, on nettoie donc les eaux fluviales couvertes de déchets et de nappes de pétrole, on y repêche des fûts abandonnés, on éteint des incendies, on sauve des animaux et on restaure la vie sous-marine au passage.

Au fur et à mesure de nos avancées, on ajoute des améliorations à notre bateau pour aller récupérer des déchets sous l’eau ou arroser des cibles à distance. Bon le final en mode Sea Shepherd est un peu moins cohérent, mais cela reste une aventure agréable et originale de par sa thématique, avec un décor un brin solarpunk, convoquant nature et installations renouvelables.

5,89€ sur Steam.

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

Trois Rivières 

Pour rester dans la dimension dépollution et éducation, on avait déjà parlé du très mignon "Alba" l'été dernier. Voici une autre proposition, gratuite mais surtout utile. C'est Trois Rivières, un jeu à visée éducative qui se boucle en 30 minutes et traite des impacts environnementaux et sociaux de la fabrication des équipements numériques (mine, usine d'assemblage, usine de recyclage) et les conséquences de ces industries sur notre écosystème. Top pour les jeunes ados notamment.

Pour y jouer, rien de plus simple, il suffit d'avoir un navigateur sur son ordi ou son mobile, et c'est parti : https://www.trois-rivieres.net/

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

 

Caravan Sandwitch

Finissons cette liste avec un autre titre made in France. Et ça se voit, avec un environnement fait de calanques et de références au sud de la France, jusque dans les noms des personnages, en variantes de plantes aromatiques. Nous y jouons donc Sauge, qui revient sur sa planète natale de Cigalo, abandonnée par un "Consortium" colonisateur.

Cigalo, on y vit dans une débrouille joyeuse, en bonne intelligence avec les populations natives pourtant grandement éprouvées. On profite du paysage, on répare des machines, on aide des robots à stocker leur data en local... Bref, c'est du perma-computing low-tech sous le soleil, et ça change un peu des thématiques habituelles des jeux d'aventures !

24,99€ sur GOG 🇪🇺

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques
Dialogue très "numérique responsable" dans Caravan Sandwitch
Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques
On s'y pose aussi des questions parfaitement low-tech

PS : vous trouverez ici une liste Sens Critique que je complète régulièrement avec de nouveaux jeux couvrant l'écologie de manière générale.


Pour conclure, parlons un peu d'autre chose que de jeu vidéo. Parce qu'une création récente m'a donné envie de jouer à un jeu de gestion où il s'agirait d'adapter nos villes au changement climatique : le documentaire "France : il était une fois demain" diffusé récemment par France TV !

Pour certain•es, ce documentaire réduit la transition écologique à un enjeu de désirabilité. Et honnêtement, je ne trouve pas non plus qu'il soit parfait : il verse parfois dans l'optimisme béat et le techno-solutionnisme simpliste : les paquebots nucléaires ou à hydrogène, bon... (même si ça ne va pas aussi loin que Terra Nil, par exemple).

Mais ce docu franchement solarpunk propose surtout d'imaginer un avenir plus positif que ce que l'on voit et entend partout, avec des solutions astucieuses et des explications claires. Et je pense que beaucoup de français ont besoin de ça pour s'engager vers des changements.

La transition écologique ne se limite certes pas à la désirabilité. Mais la désirabilité est importante néanmoins !

À noter : ce docu utilise l'IA générative sur quelques plans, et c'est déjà  trop, même si la grande majorité des visuels sont fait par des artistes. Mais ces plans utilisant l'IA générative ont au moins le mérite d'être clairement signalés pour ce qu'ils sont, et ils ne présentent (astucieusement) que les solutions trop couteuses et peu imaginatives (digues géantes devant Etretat, domes au dessus des villes...).

Jour de grève chez Ubisoft, et autres joyeusetés vidéoludiques

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02.02.2026 à 07:24

Interdire l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux : la fausse bonne idée

Thomas Beaufils

Lundi dernier, il y a tout juste une semaine, l'Assemblée Nationale adoptait l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Un texte qui proscrit également l'utilisation des téléphones mobiles dans l'enceinte des

Texte intégral (2921 mots)
Interdire l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux : la fausse bonne idée

Lundi dernier, il y a tout juste une semaine, l'Assemblée Nationale adoptait l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Un texte qui proscrit également l'utilisation des téléphones mobiles dans l'enceinte des lycées. Le texte doit également passer au Sénat, mais comme les parlementaires ne s'émeuvent généralement que des restrictions qui les touchent très directement, on se doute déjà de l'issue de leur vote.

La ministre déléguée chargée du numérique, Anne Le Hénanff, souhaite en tout cas que cette interdiction prenne effet dès la rentrée scolaire 2026, pour toute nouvelle inscription sur les réseaux sociaux en question. Mais également que ces plateformes vérifient l'âge de l'intégralité de leur base d'utilisateurs (ça veut dire vous toutes et tous, pas que vos gamin‧es, cher‧es abonné‧es) d'ici au 1er janvier 2027.

Il y a quelque temps, je vous avais parlé d'une annonce initiale sur le sujet par Macron et Catherine Vautrin (qui n'est plus ministre de la santé depuis, mais doit sûrement être ministre d'autre chose désormais), et des réactions qu'elle avait suscité. Je disais à l'époque : "mon point ici, honnêtement, ne va pas être de donner les bons et les mauvais points à chacune des positions. J'ai des convictions, mais je ne pense pas connaitre le sujet assez en profondeur pour trancher de manière claire."

Près de 6 mois plus tard, j'ai eu le temps d'en lire pas mal sur le sujet, et autant vous dire que je peux maintenant trancher :

Si cette décision part probablement de bonnes intentions et n'est donc pas absurde stricto sensu, elle n'en constitue pas pour autant une bonne idée.

Bien au contraire. 

Cette décision, aussi attirante soit-elle sur le papier, sera à mon humble avis contre-productive, et même dangereuse. Et cela pour plusieurs raisons... et aussi parce qu'on a des exemples pour s'en persuader.

Déjà, cette décision n'empêchera pas une grande partie des jeunes d'accéder aux réseaux sociaux s'ils ou elles le souhaitent vraiment. Pas besoin de dessiner des conjectures floues : c'est exactement ce qui est en train de se passer en Australie, où une interdiction similaire a été mise en place il y a quelques semaines. Si il est encore tôt pour en tirer des conclusions fermes, les premiers résultats sont parlants :

  • Une migration prévisible vers des applications non couvertes par la loi et donc encore moins encadrées que les réseaux initiaux
  • L'utilisation de VPN pour tromper la géolocalisation des outils de contrôles – ce qui reste un jeu d'enfant, c'est le cas de le dire
  • La production de faux documents d'identité pour tromper le contrôle, faux qui sont d'autant plus faciles à produire depuis l'avènement de l'IA générative

Surtout, les jeunes qui continueront à se rendre sur les réseaux sociaux le feront donc hors de toute législation, ce qui garantie aux plateformes de maintenir leur politique algorithmique délétère et prédatrice, et de pouvoir se dédouaner sans problème quand les enfants auront accès à du contenu violent ou humiliant, sexualisé voire pornographique... comme c'est déjà le cas aujourd'hui.

De plus, alors que l'on parle beaucoup des failles qui traversent notre société, quoi de pire que d'exclure la jeunesse de l'un des espaces d'échanges principaux de notre époque ? En l'obligeant à se créer de nouveaux espaces invisibles pour le reste de la population, leurs parents y compris ? D'autant plus alors que les espaces en lignes sont attaqués, à l'intérieur comme de l'extérieur, par des acteurs qui souhaitent en modifier l'angle et le ton : Musk avec TwiXter, fermes à bots russes ou iraniennes, "Tik Tokisation" de Bardella, etc.

Pour faire un parallèle qui vaut ce qu'il vaut : la politique française de prohibition et de repression limite-t-elle la consommation de cannabis ? Absolument pas, et au lieu de remplir les caisses de l'état, elle remplit celles de criminels. La comparaison reste bancale, mais elle illustre assez bien les risques auxquels nous nous exposons avec cette loi.

Mais ce n'est pas le pire : on l'a dit, pour mettre en place cette loi, il va falloir contrôler l'âge de TOUS les membres présents sur ces réseaux. Cela en poussera une frange minoritaire et éduquée aux risques à quitter ces réseaux, ce qui est sans doute une bonne chose...

Mais cela posera surtout un grand problème démocratique et de respect de la vie privée. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est rien moins que la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés), dès 2022.

Concrètement, un tel système va permettre à l'état de disposer d'un relevé très précis de qui fait quoi en ligne, jusqu'à nos informations les plus privées et sensibles, mais aussi de qui critique ses agissements, par exemple. Alors on entendra la rengaine habituelle : "je n'ai rien à me reprocher".

On en reparlera si le RN ou équivalent passe au pouvoir en 2027, cf ce qui se passe actuellement aux États-Unis. Pardon pour le point Godwin, mais c'est d'époque : qu'aurait pu faire l'ICE... pardon la Gestapo en 1930-40, si elle avait disposée d'une telle base de données ?

C'est d'autant plus vrai quand l'on sait que l'ICE utilise justement tous les outils technologiques possibles pour mener à bien sa terrible mission. Ce n'est pas comme si on n'avait pas prévenu.

Interdire l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux : la fausse bonne idée
Vous avez vraiment envie que ces gars là sachent tout de vous et de votre activité en ligne ?


Un autre point qui me semble important. Macron, à l'issu du vote, s'est fendu d'un tweet (lol) pour dire : "Interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans : c'est ce que préconisent les scientifiques." Vraiment ?

Comme souvent quand on essentialise la parole scientifique, c'est du pipeau. Il n'y a pas de consensus sur le sujet, et on a d'ailleurs vu certains profils, comme Danah Boyd à l'international ou Virginie Sassoon en France, rappeler des faits bien documentés sur les effets des réseaux sociaux : ils mettent au grand jour de réelles difficultés psychologiques, familiales, sociales que l'on avait du mal à identifier et quantifier. Il est plus facile, il est vrai, de couper cette source qui révèle les faillites de notre modèle, plutôt que régler le problème à la racine...

Avec de telles décisions politiques, tout ce que fait l'état, c'est s'acheter une paix auprès du grand public. Nos politiques pourront ainsi dire "on a fait quelque chose", et passer au prochain sujet polémique. Alors que leur décision ne règle pas le problème initial, et en créé de nouveaux.

Mais quelles seraient les solutions les plus efficaces, dans ce cas ?

La principale me paraît évidente : il faut RÉGULER. Les équivalents trumpistes de ce côté-ci de l'Atlantique voudraient nous faire croire que la régulation est une des faiblesse de l'Europe, c'est une force au contraire, cf le RGPD. Une force que les droites européennes sont en effet en train de détricoter par populisme et manque de courage.

Dans n'importe quel autre secteur d'activité, ce sont les fabricants qui doivent prouver que ce qu'ils proposent sur le marché n'est pas dangereux. Pourquoi cela serait différent pour la tech ? Pourquoi ne met-on pas ces entreprises devant leurs responsabilités ?

Cette interdiction des réseaux sociaux aux plus jeunes est un aveu de faiblesse pur et simple. Nous devons réguler les plateformes américaines et chinoises qui ne respectent pas nos idéaux égalitaires et démocratiques pour qu'elles s'y conforment. Nous devons proposer des alternatives européennes et open-sources pour juguler notre dépendance actuelle à ces plateformes, une nécessité que le contexte international nous rappelle désormais chaque jour !

Une régulation et des alternatives qui doivent s'accompagner d'une éducation critique à la tech, on l'a déjà dit ici.

Par ailleurs, la CNIL elle-même esquisse d'autres solutions envisageables.

Interdire l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux : la fausse bonne idée
FantomApp, une application gratuite développée par la CNIL

Pour conclure : c'est une annonce d'opportunité purement politique, qui sera sans doute appliquée de manière lacunaire et inefficace, créant des failles sécuritaires et démocratiques majeures, isolant davantage notre jeunesse à un moment où on ne devrait pas se le permettre.

Il serait beaucoup plus courageux et légitime de légiférer contre les plateformes existantes et leurs méthodes prédatrices, qui touchent aussi bien les jeunes que les moins jeunes.

Politiques de tous bords : commencez donc par interdire les outils de propagande comme TwiXter. Et pas que pour les enfants. Et même s'il s'agit là encore, de manière inexcusable, de votre moyen de communication préféré.

Une question provoc' pour finir. À votre avis, qu'est ce qui fera le plus de bien à notre pays : interdire les réseaux sociaux chez les jeunes, ou Cnews chez les vieux ? 😇
 

PS : j'en ai vu certains dans la sphère jeu vidéo française s'inquiéter de l'intégration de Roblox (plateforme de jeu massivement utilisée par les enfants et les ados) au pool des "réseaux sociaux" concernés. Si on peut s'inquiéter de la méthode comme je viens de le faire, je pense qu'intégrer Roblox (ainsi que Fortnite pourquoi pas) au groupe des applications posant problème pour leur modèle prédateur visant la jeunesse, est tout à fait légitime.

Interdire l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux : la fausse bonne idée
Une du Nouvel Obs de la semaine dernière
Interdire l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux : la fausse bonne idée

Télex de Janvier :

Même les mairies écolos succombent aux datacenters pour "répondre aux besoins de l’IA", comme à Bordeaux. ✂️ Cette daube de Stérin donne aussi dans l'obstruction climatique. ✂️ Le CNRS lance son blog. L'objectif : "repenser le numérique", et ça devrait être très cool. ✂️ Vous avez vu passer la news stupide qui consistait à vouloir envoyer des datacenters dans l'espace ? C'était pour la façade. ✂️ Aux US, les bibliothécaires sont désemparé.es face aux demandes de livres inventés par l’IA générative, relate Le Monde. ✂️ D'après une étude, ChatGPT utiliserait désormais le "Grokipedia" nazi de Musk comme source principale. ✂️ Les juges de l'affaire Ziad Takieddine ont coincé Carla Bruni grâce à l’application de santé de son téléphone. ✂️ Après avoir "anobli" Bernard Arnault, la voilà qui accueille Peter Thiel : l'Académie des Sciences Morales et Politiques n'a donc aucune morale.


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01.02.2026 à 09:12

Et "Tales from the Tech" devint... Absurditech !

Thomas Beaufils

Nous fêtons aujourd'hui les 2 ans de Tales from the Tech, et pour l'occasion... c'est la fin de "Tales from the Tech" ?! 😱

Non, pas vraiment. Mais il était temps, je pense, de renouveler l'identité de

Texte intégral (1537 mots)
Et "Tales from the Tech" devint... Absurditech !

Nous fêtons aujourd'hui les 2 ans de Tales from the Tech, et pour l'occasion... c'est la fin de "Tales from the Tech" ?! 😱

Non, pas vraiment. Mais il était temps, je pense, de renouveler l'identité de cette infolettre, pour plus de cohérence et de fraicheur.

Il y a plusieurs raisons qui m'ont poussé vers ce changement :

  • "Tales from the Tech", c'est un nom long et pas si accrocheur que ça. J'ai souvent dû le répéter pour bien faire comprendre ce que ça voulait dire. La référence aux Contes de la Cryptes reste elle... cryptique 😅
  • C'est un titre en anglais pur et simple. Et pour quelqu'un qui tape aussi souvent sur nos amis états-uniens et peste face à son usage trop fréquent des anglicismes, cela commençait tout simplement à me gêner.
  • J'avais enfin envie d'un changement de titre pour en impulser d'autres, de forme comme de fond.

Je vous présente donc... Absurditech !


Parce que cette infolettre aime à se moquer des absurdités du monde de la tech depuis ses débuts.

Mais le ton a évolué en 2 ans, j'en suis conscient. Je pense donc que ce titre résume mieux mon approche, qui s'apprécie avec une pincée de sel.

Il résume aussi mieux ce que la tech est devenue ces dernières années : c'était déjà un cirque, mais le chapiteau atteint des sommets inattendus. Cf, très littéralement, cet article lunaire du Financial Times encore inimaginable il y a quelques mois 🎪

Ce changement de forme va en amener d'autres :

👉 Bienvenue sur www.absurdi.tech : l'infolettre a désormais son propre domaine, où vous retrouverez les archives, et peut-être d'autres formats prochainement ;)

👉 Finito la numérotation des épisodes : on a désormais dépassé les 20 numéros, et leur format variait trop souvent. Il n'était plus si logique de continuer à faire le compte de cette manière.

👉 Un rythme de publication différent : il ne me semble plus vraiment pertinent de maintenir de très longs numéros, peu digestes. Ils couvraient plusieurs sujets, avec un rythme de publication pas toujours maintenu. Absurditech, ce sera 1 à 2 sujets plus courts par édition, avec plus de récurrence.

👉 En revanche, ça ne change rien pour vous ! Vous continuerez à recevoir la newsletter à votre adresse habituelle. Pour les soutiens (merci !), le système de facturation ne bouge pas. Je continue à utiliser l'outil Ghost, dont je suis satisfait, même si leur nouveau business model va me pousser à réaliser quelques changements.

👉 Une autre nouveauté : ces changements s'accompagnent de la création de pages sur Instagram et Linkedin où je vais poster des formats un peu différentes. Alors, je sais, être sur ces plateformes 🇺🇸, ce n'est pas d'une cohérence folle. Mais je vais là où le public est pour le moment. Et l'après est déjà prêt, via mes comptes Bluesky ou Mastodon (et bientôt Pixelfed), en attendant peut-être de nouveaux réseaux made in 🇪🇺

En conclusion : si vous aimiez Tales from the Tech, je vais tout faire pour que vous aimiez encore plus Absurditech !


Tous ces changements, et le nombre grandissant d'abonné.es que vous êtes (merci 🙏), amènent des frais. Sans compter le temps passé pour vos proposer ces articles, bien sûr. Alors n'hésitez pas à soutenir l'infolettre et mon travail !

Honnêtement, même un soutien régulier à hauteur de 1€ par mois, ou via un don ponctuel, peut vraiment faire la difference.

PS : le sujet de l'indépendance technologique européenne fait enfin parler (on connaît le contexte 🥲), et nous sommes ainsi de plus en plus nombreux.ses à passer aux services numériques européens. Si Proton vous intéresse, foncez, c'est solide (on en avait parlé il y a déjà un moment). Dans ce cadre, utiliser mon lien de parrainage Proton peut-être un autre moyen de soutenir Absurditech 🤗


Encore une fois, merci à toutes et tous pour vos lectures et vos retours !

Et "Tales from the Tech" devint... Absurditech !

La suite, c'est... DEMAIN dans vos boites aux lettres ! 🔥

On y reviendra sur l'actu chaude du moment, à savoir l'interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Il ne sera pas encore dans un format finalisé, mais on devrait se rapprocher du "produit cible".

Cette suite de l'histoire de TFTT, elle s'écrit avec vous : alors n'hésitez pas à me faire part de vos retours, qu'ils soient positifs ou négatifs, comme toujours.

📆 Dernière chose, un point agenda : pour celleux d'entre vous qui sont en région parisienne, j'aurais le plaisir de vous retrouver samedi prochain, le 7 février, en tant qu'intervenant à une table ronde organisée par la Fédération Envie, acteur français clé de l'économie circulaire.

Cette table ronde évoquera un vaste sujet : "repenser notre rapport au numérique". Impacts, enjeux, dans un contexte on ne peut plus particulier... on aura du pain sur la planche et de quoi discuter avec les autres invités, Floriane Didier de l'association "Lève les Yeux" et l'équipe du Garage Numérique.

RDV donc ce samedi 7 février à 15h à Envie Le Labo, 10 Rue Julien Lacroix, dans le 20e arrondissement de Paris. Toutes les infos et le lien d'inscription juste ici !

Et "Tales from the Tech" devint... Absurditech !


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Thomas ✊

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14.01.2026 à 08:25

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

Thomas Beaufils

Chères lectrices, chers lecteurs, je vous souhaite une très bonne année 2026 🤗

Et je vous souhaite, aussi cliché que cela puisse sonner, une année 2026 avec plus d'humanité, et moins d'IA géné

Texte intégral (3725 mots)
TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

Chères lectrices, chers lecteurs, je vous souhaite une très bonne année 2026 🤗

Et je vous souhaite, aussi cliché que cela puisse sonner, une année 2026 avec plus d'humanité, et moins d'IA générative.

C'est pour cela que j'ai d'ailleurs décidé de lancer l'année de Tales from the Tech avec un numéro qui ne parlera pas (ou si peu) d'intelligence artificielle.

Parce que je n'en peux plus de parler constamment de ça ici, et ailleurs.
Parce que je n'en peux plus de voir des pushs IA partout, même là où je l'attends le moins.

Parce que, pour citer cette comparaison accrocheuse lue ici : "l'IA aujourd'hui, c'est comme l'amiante hier. On en met partout, avec gourmandise. On consacrera demain des sommes folles et des efforts infinis pour dépolluer l'espace informationnel."

Et puis parce que, de toute façon, on arrêtera bientôt de parler d'IA générative pour parler de robots humanoides, paraît-il.

Et enfin parce que ChatGPT va bientôt mourir, d'après certains, et que Grok sera bientôt interdit si Musk continue dans cette direction.


Notez par ailleurs que, pour les 2 ans de cette infolettre (le 1er février prochain, déjà 😱) je vous prépare pas mal de choses... et notamment une nouvelle identité complète.

Se pourrait-il que cette édition de votre newsletter soit donc la dernière dans ce format ? Voilà qui est bien possible !

L'année s'annonce déjà absurde, alors autant se mettre au diapason 👀

Bonne lecture à toutes et tous !

Thomas 😇


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TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

On sait déjà quel sera le mot clé de l'année 2026 : ressources

On peut dire que l'année 2026 aura commencé sous des auspices particulièrement tendues : J2, et Trump enlève un Président – qu'on l'aime ou pas, là n'est pas la question. Après quelques mythos de circonstances, lui et son aréopage ont rapidement admis que le but principal de la manoeuvre était depuis le début de mettre la main sur le pétrole vénézuélien. Ce qui ne va d'ailleurs sans doute pas avoir le résultat escompté, mais passons.

Back in the 80s, les états-uniens avaient au moins l'élégance de faire semblant d'en avoir quoi que ce soit à faire du droit international. Ils montaient donc des opérations "discrètes" made by CIA pour prendre le contrôle de pays et/ou renverser les leaders qui ne leur convenaient pas assez.

PS : la France a longtemps fait pareil en Afrique, alors restons humbles sur le sujet. D'autant que l'on reparle d'un "impérialisme américain", que nombre de représentants français, portant Napoléon aux nues, ne rechigneraient pas d'imiter. Back in the 1800s ?

Bref, j'arrive à mon point principal : l'année 2026 sera probablement la première d'une "Guerre Mondiale Extractiviste" qui dit enfin son nom. De l'Ukraine au Groenland, du Vénézuela à Gaza, de la RDC à Taiwan... ce n'est pas un combat pour la "démocratie", la "liberté", ou pour un quelconque système de valeurs sociétales ou religieuses.

Le seul combat qui prévaut est celui des ressources : le pétrole, donc, au Venezuela. Mais pas seulement :

  • le Groenland fait évidemment l'actu, avec ses réserves de gaz et de minerais, ainsi que ses routes commerciales, toutes choses rendues disponibles par un climat détraqué, dans une concrétisation parfaite de l'expression "cercle vicieux"
  • Dans les sols de la République Démocratique du Congo, on trouve cobalt, lithium, coltan ou cuivre... autant de matériaux clés pour l'industrie tech, peu importe les méthodes et le contexte d'extraction... nous en avions déjà parlé. Les USA ont ainsi promis d’apporter leur soutien aux forces locales dans la lutte contre divers groupes armés en échange d'une priorité états-unienne sur les gisements susnommés.
  • Les États-Unis ont également signé des accords autour des terres rares avec des pays comme la Thaïlande, la Malaisie ou même l'Australie.
  • Il est également trop peu connu que la bande de Gaza abrite des gisements d'hydrocarbures importants, notamment de gaz, qui peuvent justifier l'intérêt supplémentaire de Trump pour ce petit bout de terre.
  • Une obsession pour l'accaparation des ressources qui frise le ridicule avec le cas Ukrainien, comme le raconte cet article de Vert.eco :
"'C’est vrai que Trump s’illusionne parfois assez largement', confirme Cédric Philibert [chercheur associé à l’Institut français des relations internationales et ancien analyste à l’Agence internationale de l’énergie]. '*Rappelez-vous le cinéma insensé qu’il s’est fait sur les terres rares de l’Ukraine, alors qu’il n’y a pas et qu’il n’y a jamais eu d’exploitation de terres rares en Ukraine !' Le pays compte moins de 1% de ces ressources mondiales et l’institut de géologie des États-Unis ne répertorie même pas l’Ukraine parmi les pays qui ont des réserves de terres rares."

La prédation comme mode de conduite, voilà qui a toujours été la devise du capitalisme conquérant, il faut le dire. C'est vrai pour les ressources physiques, comme pour les ressources numériques. Mais plus on se rapproche de la fin cahotante du modèle capitaliste, plus les ressources à s'accaparer se raréfient, et plus cette guerre extractiviste se fait / se fera intense. Un "néo-colonialisme tech" qui dépasse même le sujet de ressources, d'ailleurs.

Une connexion doit se faire alors : c'est la bulle de l'IA générative et la forme insolente (et en trompe-l'oeil) des "Magnificent 7" en bourse qui maintiennent l'économie américaine piteusement à flot. Voilà qui sauve pour le moment le "bilan" économique de Trump.

On se rend alors compte d'une chose simple : si tous les patrons de la big tech cirent les pompes de Trump pour s'éviter des problèmes, Trump n'est sans doute pas tellement plus indépendant de ces géants, et ira faire ce qu'il faut pour leur donner la matière nécessaire à leur développement, aussi néfaste soit-il.

Cela aurait-il été différent avec les Démocrates institutionnels type Harris ou Biden à la tête du pays ? Pour la méthode, sans doute. Pour le reste ? Je n'en suis pas si sûr.

Cet état de fait doit nous amener à nous poser deux questions :

  • celle de la souveraineté de nos moyens, que ce soit d'un point de vue numérique ou en termes de ressources plus largement
  • celle de nos usages individuels et collectifs quant à la consommation de matières et ressources dans un contexte de limites planétaires et de guerre extractiviste

Si les états-uniens et les russes ont une si grande emprise sur nous, c'est précisément parce que nous dépendons d'eux sur les points susmentionnés.

La souveraineté numérique ? Nous en avons déjà souvent parlé dans TFTT, notamment au moment de la réélection de Trump. Cela reste plus que jamais d'actualité. D'ailleurs, le super guide sur le sujet (en anglais) de Paris Marx a été mis à jour au vu du contexte.

La limitation de nos consommations de matières et de flux énergétiques. Ma foi, cela peut passer par la low-tech. Alors je vous donne...

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

...Quelques nouvelles en provenance du doux monde des low-tech !


Et oui, la démarche low-tech (dont on a déjà parlé dans TFTT) est un autre sujet qui me tient à coeur. Et cela notamment au travers du projet Lowreka ; qui vous souhaite d'ailleurs lui aussi une bonne année ;)

Quelles sont les nouvelles de ce côté ?

Je crois vraiment que la low-tech (ou les "technologies douces") va, avec d'autres sujets associés au concept de robustesse dans le contexte que nous connaissons, connaître un grand succès en 2026.

Déjà parce qu'elle fait appelle à des notions astucieuses qui plaisent, alors que plus que jamais les concepts Do-It-Yourself et débrouillards attirent. On peut citer le passage récent des copains de Regenbox au JT de TF1 ; on ne peut pas faire beaucoup plus mainstream que ça, en France. Vous ne connaissez pas la Regenbox ? Pas de panique, mais accrochez-vous, c'est génial.

Ensuite, parce qu'elle monopolise des imaginaires positifs, qui nous permettent d'envisager un avenir plus radieux que ce que le contexte du moment pourrait nous laisser penser. J'ai ainsi eu le plaisir de mener, avec le dessinateur solarpunk Dustin Jacobus, un travail prospectif dont vous trouverez le résultat ci-dessous. Je vous laisse découvrir plus de détails ici, si le sujet vous plaît.

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️
Dessin de Dustin Jacobus, accompagné des textes de votre serviteur, imaginant un 2040 en mode low-tech

PS : si vous avez besoin de ressources sur la démarche low-tech, on complète ici avec mes acolytes de Lowreka un corpus varié qui couvre, on l'espère en tout cas, la démarche dans sa globalité. N'hésitez pas à jeter un oeil à cette Bibli-lowtech 🤗

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

Saviez-vous que Christelle Morançais, présidente de la Région Pays de Loire et grande pourfendeuse des dépenses pour la culture, préférait à cette dernière investir dans des médias tous beaux, tous neufs... et surtout très droite-compatible ? Du trumpisme à la française, tout bonnement.

👉 Mon article sur Medium.

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️
Interview des fondateurs du "Crayon" et du "Média Positif" dans les pages du magazine de la région Pays de la Loire

Et savez-vous pourquoi Nicolas Sarkozy a choisi Guillaume Pley 💩 pour sa seule interview post-zonzon ? Parce que ce "journaliste" n'allait évidemment lui poser aucune question gênante, certes oui. Mais peut-être aussi parce que derrière son podcast, Legend, il y a l'agence Influx, dirigée par Manuel Diaz. Nul autre que l'ancien responsable numérique de la campagne 2007 de... Nicolas Sarkozy. Que le monde des trouducs est petit, c'est formidable !

👉 Mon (court) thread sur le sujet, inspiré par la vidéo de Blast sur Pley.


Qu'on le veuille ou non, la guerre contre la Russie a déjà commencé. Mais n'en déplaise aux rêves moites de nos généraux, le combat soldat contre soldat sur champ de bataille n'est pas pour demain. La baston sera d'abord numérique, et touchera des structures aussi pacifistes que... La Poste.


Enfin : le techno-solutionnisme se porte bien, merci pour lui. Vous trouverez que le film Geostorm avec Gerard Butler était complètement con ? Vous aviez raison, mais les gars derrière l'entreprise Stardust Solutions le sont peut-être encore plus, comme l'évoque un post du chercheur en sciences du climat Nelson Noumbissi.

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

Pas de réco ce mois-ci, mais un très beau meme qui pose une question fondamentale :

Si vous avez encore un compte sur X, vous attendez quoi pour le supprimer, en fait ? Que cette plateforme soit devenue une usine à monétiser du deepfake porno ? Oh wait...

TFTT #22 – Une belle année (extractiviste) à toutes et tous ⛏️

Voilà, c'est tout pour ce numéro 22... et c'est déjà pas mal !

On se retrouve dès le 1er février, où je vous en dirai plus sur le futur de cette newsletter :)

D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous (cela me ferait très plaisir) et à me faire part de vos retours (qu'ils me fassent plaisir ou pas).

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Thomas ✊

PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes

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21.12.2025 à 09:49

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Thomas Beaufils

Nous y voici, cher‧es abonné‧es ! Aujourd'hui c'est le solstice d'hiver, l'année tire presque sa révérence, et ceci est votre dernier numéro de Tales from the Tech pour 2025 🤗

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TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Nous y voici, cher‧es abonné‧es ! Aujourd'hui c'est le solstice d'hiver, l'année tire presque sa révérence, et ceci est votre dernier numéro de Tales from the Tech pour 2025 🤗

Nous y aurons BEAUCOUP parlé d'IA générative, et ce 21ème numéro de TFTT ne fera pas exception. Difficile de faire autrement, tant nous eu aurons toutes et tous parlé, à tort ou à raison, à tort et à travers.

Il est d'ailleurs probable que vous en parliez aussi pendant vos repas de noël, entre fromage et dessert, l'esprit aviné, ce qui promet des débats passionnants et sourcés, à n'en point douter !

Je vous fais donc une confidence pour 2026 : je prépare un numéro de janvier garanti 100% sans IA ! Je parle du contenu, bien entendu. Car il va sans dire que la rédaction de TFTT est depuis toujours garantie 100% sans IA, et voilà une chose qui ne changera jamais 👌

En attendant, je vous souhaite à toutes et tous de très belles fêtes et vous remercie comme toujours de votre lecture !

Thomas


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TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Il n'y a pas beaucoup d'arguments en provenance des "AI enthusiasts" qui m'énervent plus que celui-ci : "ChatGPT, c'est un outils génial pour mieux inclure les populations marginalisées." Les pauvres et les minorités, en substance.

Dans l'esprit techno-solutionniste des individus qui poussent ce narratif, l'IA générative ouvrirait ainsi à la plèbe l'accès à un savoir par ailleurs trop compliqué à obtenir via les sphères éducatives auxquelles elle peut aujourd'hui prétendre. Ces outils magiques lui ouvriraient des possibilités créatives inatteignables jusqu'ici : écriture, vidéo, musique, etc.

Quand vous opposez à ces arguments vos critiques sur cette IA générative, la réponse se veut cinglante : tu n'as donc pas envie que les défavorisés aussi puissent bénéficier de la toute puissance de la technologie moderne et du savoir disponible en ligne ? Ne serais-tu finalement pas qu'un petit bourgeois qui a peur de perdre tes acquis ?

Si vous vivez en France, et accessoirement pas dans une cave, il est probable que ces arguments vous en rappellent certains autres, balancés sur tous les plateaux télé par un groupe de gens peu recommandables : les représentants et partenaires en France de Shein, la marque chinoise d'ultra fast fashion.

Et bien je répondrai la même chose aux sbires de Shein et aux AI enthusiasts se rêvant en héros du peuple : vous êtes de bien piètres défenseurs des "populations marginalisées".

Faire société en incluant les personnes marginalisées parce que pauvres ou issues de minorités, quelles qu'elles soient, ce n'est pas leur refiler une version plus merdique de ce à quoi les favorisés ont accès. Explications.

Shein et sa "fashion" pour les pauvres existe à quel prix ? Produits non homologués et donc dangereux (sans parler de dérives plus graves encore qui ont fait du bruit médtiauement), terribles conditions de fabrication, impact environnemental démentiel... Je laisse notamment l'excellent Féris Barkat en parler mieux que moi. On pourrait aussi parler d'autres acteurs comme Temu ou Primark.


Et qu'en est-il du côté de l'IA générative en tant que solution magique à l'inclusion, maintenant ?

  • Primo : donner aux gamins plus pauvres un chabot IA en guise d'outil éducatif, c'est tout simplement partir du principe que ces gamins ne méritent pas d'être éduqués par de vrais profs, avec de vrais moyens, donnant accès à des sources sûres. N'en déplaise aux libertariens : dans un monde où tout l'argent magique jeté à la gueule des entreprises et startups du secteur de l'IA générative aurait servi à financer l'éducation de nos gamins, le Budget Lecornu aurait mis nettement moins de temps à être bouclé, notez.
  • Deuxio : dire que l'IA générative ouvre la possibilité de "créer" aux populations marginalisées (et à notre ancien ministre de l'éducation nationale aussi, visiblement ; tirez en les conclusions que vous voudrez) c'est ignorer sciemment que cette même IA générative risque de détruire tout le tissu culturel de nos sociétés en lui retirant ses moyens de subsistences. Et avec ce tissu, c'est également le monde associatif qui y est adossé qui peut flancher très vite.
  • Tertio : on a parlé des jeunes, mais quid des vieux ? Un autre argument que l'on peut entendre, c'est que les chatbots IA peuvent régler des problèmes de solitudes chez les personnes âgées (et pas seulement). Voilà qui revient à admettre que pour vous ces gens ne méritent même pas une vie sociale décente. Basta.
  • On peut aussi réfléchir de manière macro : c'est le procédé économique qui a permis la naissance d'acteurs comme Shein qui mène à la disparition d'emplois en France et donc à plus de pauvreté ici, comme là bas. Ne peut-on pas faire un parallèle, alors que les menaces (certes encore principalement théoriques) que l'IA fait peser sur de nombreux emplois se font de plus en plus visibles ?
  • Rappelons également que l'impact environnemental des datacenters nécessaires au bon fonctionnement de l'IA générative se concrétise principalement dans les zones défavorisées. L'exemple récent des générateurs utilisés pour alimenter le Grok de Musk est assez parlant sur le sujet. Bon et puis, un riche, ça peut toujours déménager.
  • Je n'ai survolé ici que les impacts les plus directs. Mais certain‧es vont beaucoup plus loin et avec une expertise bien supérieure à la mienne. On peut ainsi lire dans le dernier numéro de la newsletter "Dans les algorithmes" un échange avec le philosophe Arshin Adib-Moghaddam, pour qui l'IA n'a pas d'autre objet que de "peaufiner l'oppression". Et qui seraient donc ces opprimé‧es, si ce n'est les populations marginalisées, les minorités, les plus pauvres ?


Il faut donc être clair : cette approche de l'inclusion par les LLM, si elle peut être abordée en toute bonne foi par certain‧es, c'est simplement le (techno-)capitalisme qui trouve une nouvelle manière de justifier la course à la croissance et aux profits. Qui nous explique qu'il est la solution et que les états n'en sont pas une. Que financer publiquement l'éducation et la culture ne servira bientôt plus à rien.

Ce qui se dessine ainsi, c'est la fin d'une vision européenne basée sur la redistribution, la régulation des acteurs économiques et l'état providence. Une vision que nationalistes et droites conservatrices enterrent avec délectation ces jours-ci au sein des différentes instances continentales, sous les applaudissements feutrés des Trump, Poutine et Xi Jinping.

À mes yeux, plus que jamais, rejeter l'IA générative n'est donc pas un acte moral, mais un acte politique.

Ce qui n'empêche pas d'être lucide : c'est aussi un acte de privilégié.

Car encore faut-il pouvoir se permettre ce rejet, quand la vague de l'IA générative vous est présentée comme inéluctable. Quand la pression sur les populations (marginalisées ou non) pour utiliser ces outils, à l'école, au travail et partout ailleurs, est réelle.

Et encore faut-il pouvoir proposer des alternatives de qualité, sur les pans éducatifs et culturels notamment. Ce qui n'est pas gagné quand on voit les priorités gouvernementales, en France notamment.


Aussi tentant que cela soit ― pour moi notamment, je ne le cache pas ― le débat ne se situe donc sans doute pas au niveau individuel, et en tout cas pas seulement dans une forme de culpabilisation face à l'utilisation que tout un chacun fait de l'IA générative.

En lieu et place, l'approche techno-critique se doit de continuer à éduquer à la tech, à ses risques, aux forces en présence et aux alternatives existantes. Ces dernières étant présentes au sein-même et en dehors de sphères de l'IA générative.

Car si un rejet de l'IA générative existe dans certaines parties de la société, probablement déjà éduquées aux risques de la tech (comme pour les écrans, comparaison évidente), le risque est grand de voir une partie de la population ne plus interfacer le monde qu'au travers de LLM. Et les théories datées sur les "bulles de filtre" supposément induites par les réseaux sociaux nous apparaitront alors comme de bien petites problématiques.

Or, les fossés, divisions et dissensions au sein des 99% que nous sommes ne pourront qu'arranger le jeu des 1% qui nous poussent aujourd'hui l'IA générative au fond de la gorge, à coups d'emojis ✨.

L'année 2026 sera déterminante pour décider de quelle société nous voulons. Et l'espoir d'un monde plus humain et moins généré demeure, alors que la bulle dégonfle, que Frédéric Merlin est dans la sauce, et que nous avons encore notre destin politique en mains.

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Pendant ce temps, il n'y a pas que les 1% qui se mettent à l'IA générative, car voici qu'arrivent sur ce terrain des acteurs assez inattendus...

Bon, il y'en a qui font ça à peu près bien, comme Infomaniak (la suite de services que j'utilise pour ma vie perso) : en open source et avec quelques spécificités intéressantes sur l'enjeu de l'impact environnemental. Nous parlions au-dessus d'alternatives aux gros de l'IA générative, en voici peut-être une. Même si, perso, j'aimerais qu'ils produisent leurs efforts ailleurs :3

Mais passons, car il y a pire : Ecosia, le moteur de recherche "eco-friendly" qui plante des arbres, se lance donc dans l'IA... Je ne pensais pas devoir écrire un truc pareil un jour. Je ne suis pas le seul à être très surpris de ce choix stratégique.

D'autant que l'entreprise allemande a décidé d'utiliser GPT-4.1 et donc le boulot merdeux d'Open AI, quand l'entreprise aurait pu a minima se baser sur des modèles plus "vertueux" et souverains. Le tout en annonçant proposer l'IA "la plus green du monde", et ça sans aucune preuve pour corroborer cette affirmation tout de même puissante. WTF.

Heureusement, quand même Ecosia se met à parler d'IA avec pour seul argument "tout le monde le fait alors nous aussi" (NB : Firefox vient aussi de l'annoncer 🙄)... l'équipe de mon navigateur préféré, j'ai nommé Vivaldi, n'en a rien à foutre. Et ça me régale !

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨
Vidéo sur la roadmap de Vivaldi pour 2026. Comme vous allez le constater, c'est assez court.

Une nouvelle révélée par le média QG en date du 20 novembre dernier a bien trop peu fait parler à mon goût. Le sujet ? Le comportement de Jean de la Rochebrochard. Un nom qui fleure bon la méritocratie.

C'est qui ? (Moi non plus je ne le savais pas avant de lire l'article). C'est le boss de l'un des plus gros fonds d'investissements français dans la tech, et un grand business-copain de Xavier Niel.

Or, de la Rochebrochard aurait une méthode pour le moins particulière pour sélectionner les projets à financer, du moins quand ils sont dirigés par des femmes : séances de pitch transformées en piège dans des chambres d'hôtel, et accusations de viol et d'agressions sexuelles à la clé.

Il est sans doute un peu tôt pour parler de "Me Too de la Tech" comme le fait l'article au vu du peu d'écho de cette annonce (ce qui interroge) et l'isolement du cas ; alors même qu'un boys club comme la tech, en France comme ailleurs, ne doit pas manquer de matière première...

On peut en tout cas noter une chose : Xavier Niel, qui a fait fortune grâce au minitel rose, à l'habitude de s'entourer d'individus masculins fort peu recommandables. Rappelons ainsi l'affaire Sadirac au sein de l'école 42, que Niel a fondé.


Le deuxième événement dédié à l'IA voulu par Macron, Adopt AI, se tenait à Paris il y a quelques semaines. Et on y a beaucoup plus laissé parler des représentants des géants des énergies fossiles que des spécialistes de l'éthique ou de l'impact de l'IA, sans surprise. C'est ce que relate le toujours excellent James Martin ici.

C'est l'occasion de vous repousser l'interview de Will Alpine que j'avais réalisé il y a quelques mois, autour du rôle des big tech (et notamment de Microsoft) dans le maintien en vie de ces néfastes consortiums.


Vision de la liberté d'expression à géométrie variable, épisode 7463 :

Le Guardian révélait il y a quelques jours que près de 50 organisations associées au droit à l'avortement ou aux mouvements queers ont vu leurs comptes supprimés ou impactés par des actions de censure très directes par Meta ces derniers mois, aussi bien sur Facebook qu'Instagram ou Whatsapp.

Attendez... les grands discours de Zuckerberg sur la défense de la liberté d'expression n'étaient là que pour faire plaisir à Trump et libérer les vannes de l'extrême droite décomplexée ? Ça alors.


Nous en parlions il y a quelques mois : Samsung pousse désormais des pubs sur ses frigos connectés... Attachez vos ceintures pour l'épisode 2 :

Alors qu'Apple a poussé depuis sur lesdits frigos des pubs pour son show télé Pluribus, une femme atteinte de schizophrénie et portant le nom de Carol aurait été hospitalisée au UK, suite à un épisode psychotique face à la pub visible ci-dessous.

La source (un post sur Reddit) peut porter à caution. Il n'empêche, quelle preuve par l'exemple du niveau d'intrusivité atteint par la tech dans notre quotidien. Pluribus, show SF dont le sujet ne peut que faire penser à l'uniformisation de nos modes de communication depuis l'avènement de l'IA générative, soit dit en passant.

Pour rappel : personne n'a besoin d'un écran sur son frigo.

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Publicité sur frigo connecté pour la série Pluribus d'Apple TV+. On y lit : "nous sommes désolés de t'avoir bouleversé, Carole".

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Pour finir l'année, je vous propose quelques recommandations en vidéo, pour occuper les longues journées de glandouille que je vous souhaite de passer pendant ces vacances de noël 👌

Commençons par un truc pas forcément hyper fun, mais particulièrement important et bien construit pour qui s'intéresse à l'industrie du jeu vidéo. L'équipe fantastique de People Make Games, média gaming alternatif, vient de publier une super vidéo autour des liens entre Microsoft et l'armée israélienne, et le boycott de Xbox (la branche gaming de Microsoft) proposé en réponse.

On y voit notamment des développeuses et développeurs d'Arkane Lyon (seul studio français possédé par Microsoft, suite au rachat de Bethesda) demander un boycott de tous les jeux Microsoft, y compris le projet sur lequel ils et elles sont en train de bosser, tant que ces liens ne seront pas coupés. Des légendes.

Pour rappel, on a déjà parlé du sujet à plusieurs reprises dans TFTT, notamment en juin dernier.

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Après du contenu anglo-saxon, revenons au bercail avec la super émission Internet Exploreuses, menée là encore par un média gaming alternatif, Origami. Emission qui parle de notre rapport à la tech plus largement. Lucie Ronfaut et Héloise Linossier y accueillent cette fois Mathilde Saliou, journaliste tech qui fait un superbe taff chez Next.

Une émission de décembre qui pose une question particulièrement importante me concernant, puisque je passe beaucoup de temps ici à critiquer l'IA, et pas toujours avec des gants. Cela remet certaines choses en perspective et ne fait de mal à personne.

Dernier point, et pas des moindres : voir une émission tech / gaming animée exclusivement par des femmes, et dont les invités sont exclusivement des femmes, et ben ça fait du bien dans cette sphère mascu à souhait. Allez donc leur donner de la force !

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Reco médias français toujours, mais cette fois avec un angle plus écologique, même si le lien avec la tech est très clair, vous le verrez. Nous avons déjà parlé d'Anti Tech Résistance (ATR) ici, un mouvement radical opposé à toute forme de technologie et souhaitant un "retour à la nature" (expression particulièrement chargée, comme vous le verrez dans la vidéo).

Le média écolo Fracas a sorti la loupe pour disséquer en vidéo la pensée qui sous-tend ce groupe, et c'est pas joli joli. On pourrait se dire qu'avoir des zouaves un peu trop radicaux mais malgré tout en opposition à la tech pourrait servir la cause d'une manière ou d'une autre, mais il faut y voir clair : ces gens sont contre le progressisme sous toutes ses formes et la question de leur positionnement politique ne se pose pas vraiment. C'est bien bien réac'.

Seule critique à faire sur la vidéo, au niveau de sa conclusion : les visions techno-critiques et progressistes modernes existent, il n'y a pas tant que ça à construire. Mais il faut diffuser plus largement l'existant, ça, ça ne fait pas de doute.

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨

Finissons enfin avec un meme doublement d'actualité, vu sur Bluesky. L'occasion de vous rappeler que tous les films de Ghibli débarquent en ce moment un par un gratuitement sur France TV. Alors pourquoi ne pas en profiter pour lâcher votre abonnement à une plateforme US pour au moins quelques temps ?

Vu les montants annoncés autour du potentiel rachat de Warner (propriétaire notamment de HBO) par Netflix ou Paramount, une chose est claire : ces gars là n'ont pas particulièrement besoin de votre argent.

TFTT #21 – Shein et IA générative : mêmes arguments, même mépris ✨
Si vous n'avez pas la référence (ça arrive, mais dans ce cas allez donc voir Porco Rosso fissa, c'est trop bien) : ce meme est un détournement d'une célèbre scène du film, où Marco dit à son ancien camarade Ferrarin "I'd rather be a pig than a fascist". Phrase transformée ici en "than using Copilot", l'outil IAG que Microsoft essaye de pousser partout dans ces outils, ajoutant de la merde auxdits outils dont l'expérience utilisateur était pourtant déjà bien assez pérave.


Voilà, c'est tout pour ce numéro 21 et cette année 2025... et c'est déjà pas mal !

On se retrouve l'an prochain pour un 22ème numéro de Tales From The Tech.

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01.11.2025 à 07:21

TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️

Thomas Beaufils

Coucou, c'est déjà re-moi, désolé pour la spam !

Et oui, 4 jours à peine après le dernier numéro de TFTT, je reviens avec un petit bonus, cher.e.s abonné.e.s.

Car la semaine a

Texte intégral (2910 mots)
TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️

Coucou, c'est déjà re-moi, désolé pour la spam !

Et oui, 4 jours à peine après le dernier numéro de TFTT, je reviens avec un petit bonus, cher.e.s abonné.e.s.

Car la semaine a été pour le moins riche en actualités tech, et cela m'a inspiré quelques textes qui, je pense, pourraient vous intéresser. Notamment parce qu'ils font des liens très nets avec des sujets que nous avons déjà évoqués ici.

Sur ce, bonne lecture à toutes et tous, et bon weekend !


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TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️

Bill Gates est un techno-solutionniste, on le savait. J'en avais même parlé dans le premier numéro de cette newsletter.

Mais il faut désormais se rendre à une seconde évidence : il s'est toujours moqué du changement climatique.

Et oui, le Billou s'est fendu d'une lettre, publiée en amont de la COP 30. Son discours de base, on le connaît : pas besoin d'être alarmiste sur la changement climatique, de toute façon la technologie va nous sauver.

Pourtant, de toutes ces technologies à venir qui doivent nous sauver, celles présentées comme telles par le passé par Gates, comme la captation de carbone par diverses méthodes, ne répondent pas du tout aux attentes.

Je ne vais pas vous faire l'offense de vous parler à nouveau des effets rebonds ou du paradoxe de Jevons (on en avait parlé là). Mais tout de même, quelles sont ces technologies qui vont nous sauver ?

La fusion nucléaire, une chimère qui mettrait de toute manière des décennies à être industrialisée et a déjà été préemptée par Sam Altman pour subvenir aux besoins en énergie de l'IA ?

Ou bien l'IA justement, une tech qui augurerait d'une superintelligence qu'on nous annonce tous les 4 matins, mais qui sert pour le moment surtout à la désinformation (notamment climatique), tout en ayant un impact en propre exponentiel ?

Ce qui est nouveau ici, c'est un nouvel argument de choc pour Gates. Il oppose les luttes : nous dépenserions trop dans la lutte contre le changement climatique, et pas assez dans celle contre la pauvreté 🤔

Tu sais Billou, si au lieu de faire de la philanthropie, toi et tes copains milliardaires payiez les impôts réels que vous deviez à la communauté, on pourrait régler la pauvreté ET le changement climatique très rapidement !

On en viendrait à se demander si, au fond, Gates n'a pas toujours été climato-sceptique.

Sauf que : Bill Gates n'investit pas que dans des programmes contre la pauvreté et pour soigner des maladies... nope, il investit aussi dans des projets miniers au Groenland, accessibles uniquement depuis les fontes de glace liées au réchauffement climatique, parmi d'autres joyeusetés que The Guardian résume très bien dans cette courte vidéo !

Donc climato-sceptique, sans doute pas. Climato-foutiste, plutôt !

Bon, et ajoutons que ce n'est probablement pas pour parler lutte contre la pauvreté que le Billou se pointe au dîners de Trump (qui a d'ailleurs repris la déclaration de Gates avec délectation) aux côtés des autres leaders de la tech, comme Satya Nadella de Microsoft, si ? 😅

TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️
Bill et Donald discutent d'une prochaine invasion du Groenland, chill

J'ajouterai une chose, puisque l'on parle de Microsoft (dont je suis, pour rappel, un ancien salarié) : quand on parle de Bill Gates, on entend souvent l'envie de distinguer Gates de Microsoft, puisque s'il possède toujours 1% environ de la boîte (ce qui représente quand même énormément de pognon), il n'a plus de rôle officiel au sein de l'entreprise.

Mais distinguer Gates de Microsoft, sur les sujets environnementaux en tout cas, est pour moi une perte de temps : la vision de Microsoft découle très directement de celle de Gates.

Et alors que Gates apparaît désormais pour ce qu'il est, à savoir un climato-foutiste comme nous le disions avec verve, il faut rappeler que Microsoft a depuis longtemps abandonnés ses discours sur l'importance de son impact environnemental. Tout ça est parti en fumée et n'était que du greenwashing pur jus, nous l'avons déjà raconté par le passé.

Désormais, ce qui compte, c'est d'investir des centaines de milliards de dollars dans OpenAI et de ne pas fâcher Donald Trump. Ce qui fait l'entreprise laisse en tout détente ses mascottes devenir des symboles pour la propagande trumpiste, ce qui ne manque pas (enfin ?!) de faire réagir en interne.


Alors, on fait quoi ? On oppose les luttes comme Billou, ou on va vers la convergence ?

Vous connaissons ma réponse. Convergeons. Luttons contre le changement climatique. Et luttons contre la pauvreté.

Luttons, aussi, pour notre souveraineté face aux géants de la tech américains et chinois (y'a du boulot) et contre la morgue des Bill Gates de ce monde.

Et taxons les riches. Et mangeons les milliardaires 🤗

TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️

C'est reparti pour un tour : tous les tech enthusiasts en DSM* de Linkedin sont en train de se chauffer sur la prochaine "révolution qui vient" 🤖

Sauf que rien ne vient du tout, comme pour le metavers, comme pour la superintelligence, comme pour Mars.

Ils se chauffent pour quoi ? Pour le 1X Neo, soi disant le premier robot "aide ménager" qui va réaliser le rêve humide numéro uno des fans de science-fiction : une tech qui vous libère des tâches ingrates, vous permettant de vous concentrer sur les choses qui comptent vraiment, à savoir la création, l'art... ou plus probablement resté le cul posé dans le canap à regarder Netflix.

TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️
Image d'un salarié payé au lance pierre (et du robot qu'il pilote à distance) qui vous fait coucou depuis son micro-bureau basé à Pune, en Inde.

Bref, le plus intéressant est ailleurs : c'est du bullshit complet, sans surprise, et comme le dévoile une vidéo du Wall Street Journal déjà visionnée 1,3M de fois.

Le truc marche très mal, même pour des tâches hyper basiques, et a besoin d'un opérateur humain à distance pour fonctionner la plupart du temps, ce qui pose pas mal de questions du côté du respect de la vie privée... et du travail des petites mains de la tech, comme d'habitude.

Bah, après tout, c'est plus agréable de reléguer le petit personnel à l'autre bout du monde, j'imagine 🙃

Concluons sur un excellent commentaire sous la vidéo : "It’s the self-driving car stage where the ‘self’ part is just a guy in Bangalore with a joystick." Traduction : on est à l'étape du développement des voitures autonomes où le "autonome"est juste un mec tenant un joystick depuis Bangalore (une ville indienne).

Je ne sais pas si c'est en voyant les vidéos promos de la marque 1X (les tech bros ont vraiment un problème avec cette lettre) qu'Amazon a décidé de virer 30 000 personnes, mais qui sait.


*DSM, c'est l'acronyme de doudoune sans manche, que je vous propose d'utiliser davantage, collégialement.

TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️
  • Elon Musk a trouvé un nouveau cheval de bataille dans sa lutte stupide contre un complot mondial wokiste, en s'attaquant à Wikipedia avec un produit au nom encore une fois ridicule, Grokipedia. Comme l'exprime 404 Media : "Grokipedia est l'antithèse de tout ce qui rend Wikipédia pertinent, utile et humain". J'ajouterai que Grokipedia n'est pas un vrai concurrent de Wikipédia, et que cela va se planter lamentablement. N'en déplaise au Point, dont la ligne éditoriale ressemble de plus en plus à celle d'un média Bolloré, notez-le.
TFTT #BONUS – Bill Gates s'est toujours moqué du changement climatique 🤷‍♂️
Image : 404 Media
  • Finissons sur une note plus sympatoche : à votre avis c'est quoi le point commun entre des piles alcalines, de l'huile de ricin et des coquilles d'huitre ? Réponse juste ici.
  • Et puis si vous avez envie de déconnecter de toutes ses conneries, il y a aussi cette solution (coucou, y'a ma tête sur cette vidéo)

Voilà, c'est tout pour ce Bonus, et c'est déjà pas mal !

On se retrouve bientôt pour un 21ème numéro de Tales From The Tech.

D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous (cela me ferait très plaisir) et à me faire part de vos retours (qu'ils me fassent plaisir ou pas).

Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.

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Merci à toutes et tous,

Thomas ✊

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28.10.2025 à 09:13

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement

Thomas Beaufils

Plusieurs personnes m'ont dit, après la lecture du dernier numéro de TFTT, qu'elles m'y avaient trouvé encore plus vindicatif qu'habituellement. Ce qui n'est pas peu dire.

Ces personnes, que je remercie ("feedback is gift&

Texte intégral (4624 mots)
TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement

Plusieurs personnes m'ont dit, après la lecture du dernier numéro de TFTT, qu'elles m'y avaient trouvé encore plus vindicatif qu'habituellement. Ce qui n'est pas peu dire.

Ces personnes, que je remercie ("feedback is gift"), avaient sans doute raison. Mais comme en plus d'être vindicatif, je suis aussi têtu, me voilà à leur répondre quelques semaines plus tard que la situation actuelle a de quoi rendre sacrément vindicatif. Et me voici à caler un gros mot dès le titre de ce numéro 20. Quelle tête de pioche.

Qu'est ce qui me rend vindicatif ? Je ne parle pas ici du budget Lecornu ou des soutiens de Sarkozy (qui me donne envie d'en prendre un pour taper sur l'autre, certes). Nope, je parle bien, comme trop souvent, des techno-fascistes, qu'il ne convient plus désormais de nommer autrement.

Et oui, j'ai enfin reçu le livre des journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet (que j'évoquais le mois dernier) chez mon libraire, et cela après pas mal d'attente. Ce qui est plutôt bon signe, je présume ?

Je ne vais pas vous en faire une analyse extensive, comme j'avais pu le faire par le passé avec l'essai "Vallée du Silicium" d'Alain Damasio. En tout cas pas encore 👀


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Je vous dirais en revanche une chose : il va vraiment, vraiment, être temps que la bulle de l'IA pète. Parce que je vous en parle depuis des mois et que je commence à fatiguer.

Il va falloir que la bulle pète parce l'IA générative est une forme ultime d'aliénation, imaginée par le techno-capitalisme conquérant main dans la main avec l'internationale fasciste. Une aliénation qui vient nier notre réalité commune, le peu qu'il nous reste de communs.

Il va falloir que la bulle pète parce nous allons toutes et tous devenir cinglé.e.s d'ici peu, dans le cas contraire. Pour preuve, le déluge de vidéos IA qui "inondent la zone de merde" depuis la sortie de Sora 2, nouvel outil vidéo de destruction massive du réel pondu par OpenAI.

Une inondation qui avait été théorisée par Steve Bannon, pour expliquer la stratégie de communication de Trump.

Tout se recoupe, symboliquement.


Explications, flashback 2019 :

Steve Bannon, ancien stratège de Trump, a théorisé une méthode passée désormais à la postérité via une expression : "flood the zone with shit".

Son objectif : saturer l’espace médiatique avec des polémiques incessantes, vraies ou fausses, pour empêcher tout débat de fond. Citation complète : "la vraie opposition, ce sont les médias. Et la façon de les gérer, c’est de les inonder de merde".

Cette stratégie est désormais déclinée par tous les partis de droite et d'extrême-droite (est-il encore utile de faire la distinction ?) du monde, de la France à l'Argentine, de l'Italie au Japon. Et les médias sont tous tombés dans le panneau.

C'est une évidence en France notamment, un effet renforcé bien sûr par les efforts des politiques et des milliardaires comme Bolloré, Stérin ou Pinault – ce dernier dont on parle moins, mais il va falloir commencer à le faire face aux dérives du Point, dont il est le propriétaire.

Nous en arrivons donc à la suite logique : après les médias, les social medias ! Voilà ce qui nous arrive désormais en plein face sur les réseaux sociaux, "grâce" à l'avènement de l'IA générative : slop / soupe IA qui pourrit nos feeds, incapacité à distinguer le vrai du faux, et polémiques incessantes et vides de sens.

C'est ainsi qu'il y a quelques jours, Trump, tout fâché par les millions de manifestant.e.s descendu.e.s dans la rue aux États-Unis pour le "No Kings Day", a décidé d'utiliser l'IA pour exprimer la supériorité de son intellect.

Il a ainsi posté un montage vidéo réalisé avec Sora 2, où on le voit aux commandes d'un avion de chasse qui lâche... des tonnes d'excréments sur des manifestants ?!

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement
Extraits de ladite vidéo. Désolé si vous lisez TFTT en prenant votre petit dej. Il y en tout cas beaucoup à dire du point de vue psychanalytique.

Voilà. Inonder la zone de merde, littéralement. Les médias du monde entier ont presque autant parlé de ce montage puéril que des manifestations regroupant des millions de personnes. Tout est dit.

Je le disais, il va être temps que la bulle pète, pour que la hype autour de l'IA s'explose au sol et que le rejet montant de cette technologie (et des plateformes qui ne la régule pas) continue de grimper en flèche.

L'avantage, c'est qu'elle va bien péter, cette bulle. Tout le monde le dit, même le Financial Times, et même les banquiers. Voici ce que déclarait ainsi la Deutsche Bank fin septembre : "la bulle de l'IA est la seule chose qui maintient l'économie américaine à flot."

La question n'est d'ailleurs pas tellement de savoir si elle va péter, mais plutôt de quelle ampleur sera l'explosion.

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement
Graphique expliquant le mécanique de la création de la Bulle de l’IA entre un très petit nombre d’acteurs largement surévalués, via Bloomberg


Cela ne sera fera en tout cas pas sans douleur, et c'est l'économie toute entière qui va en pâtir. On sait déjà que ce ne sont pas les tech bros qui vont le plus en souffrir. Comme les banquiers n'avaient pas été ceux qui avaient le plus souffert de la crise des subprimes. Le karma n'existe pas, et rien ne change.

L'autre avantage, c'est que même si les tech bros ne seront pas ceux qui souffriront le plus de la crise à venir, OpenAI est tout de même dans la panade. Si la boîte de Sam Altman ne trouve pas 400 milliards (de l'argent de poche, vraiment) dans les 12 mois qui viennent, elle aura de sérieux problèmes. Et la fuite en avant actuelle ne pourra pas continuer dans un contexte de crise étendu.

D'autant que Sora 2 coûte très cher à OpenAI à chaque génération de vidéo, bien plus que des réponses à des prompts classiques, et qu'un tel outil pourrait bien précipiter la chute de l'entreprise qui crame le plus de cash de l'histoire de l'humanité.

Concluons ce laïus en évoquant une dernière actu autour de l'IA qui a beaucoup fait parler ces derniers jours :

"des centaines d’experts et personnalités, dont des figures de l’IA moderne comme Geoffrey Hinton, prix Nobel de physique en 2024, ou encore Steve Wozniak, cofondateur d’Apple, appellent à stopper la course au développement et alertent sur les dangers que ferait courir l’avènement d’une IA capable de surpasser les capacités humaines."

Comme le rappelle Irénée Regnauld, un appel quasi similaire avait été lancé il y a déjà 10 ans. Appel qu'avait déjà couvert Le Monde en ces termes, comme le raconte Irénée :

"'Des scientifiques américains s'inquiètent de l'évolution de l'intelligence artificielle', dans un texte qu’on jurerait rétrospectivement copié-collé. À l’époque, Stephen Hawking et Elon Musk étaient aux manettes. Le Future of Life Institute est déjà là. On s’inquiétait alors que l’IA puisse 'dépasser l'humanité' (voire 'l’éradiquer'), tout en convenant de ses bienfaits pour 'éradiquer des maladies et la pauvreté'.

Pourtant n'est-on pas là devant un énième contre-feu alarmiste des tenants de l'intelligence artificielle ? C'est ce qu'exprime Mathilde Saliou :

"Un nouvel aiguillon qui nous poussent, surtout nous, européens, à nous considérer en retard ? En retard sur les US et la Chine, donc « obligés » d’investir massivement, y compris à l’aide de capitaux étrangers, dans un champ technologique dont la démonstration du retour sur investissements publics (et privés) n’a toujours pas été faite"

La "superintelligence artificielle", on nous la promet tous les 5 ans depuis 20 ans. Elle n'est toujours pas là, et elle n'est qu'un fantasme de geekos, rendu impossible par les simples limites énergétiques et matérielles de notre planète et de nos sociétés. Voilà qui rappelle les fadaises du techno-fasciste ultime, Elon Musk et ses promesses régulières au fil des années d'un voyage "dans 5 ans" sur Mars.

Le risque ne réside pas, demain, dans une "superintelligence" digne d'un mauvais film SF.

Le risque, il est concret, dès aujourd'hui, de voir nos sociétés imploser sous les coups de boutoir d'un fascisme techno-boosté. Plus rien en commun, plus rien de vraiment vrai, plus assez de flotte dans nos verres, plus assez d'énergie pour faire tourner le chauffage au cœur de l'hiver, plus assez de pognon pour payer les profs et le personnel hospitalier... parce que tout y sera passé.

Là sont les vrais risques de l'IA. Là sont les risques du techno-fascisme.

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement

On n'a pas mal parlé d'OpenAI et de son patron Sam Altman, encore une fois, ce mois-ci. Mais saviez-vous que ce gai luron avait désormais accès à du plutonium de qualité militaire ? Ô joie. Qu'est ce qui pourrait mal se passer ? On en parlait déjà dans l'édito du n°9 de TFTT.

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement
La centrale nucléaire américaine de Three Mile Island, lieu d'une célèbre catastrophe nucléaire, va être réactivée notamment par Microsoft (image: Netflix)

Au rayon des dernières délires de la tech, l'idée d'envoyer des datacenters dans l'espace (parce qu'il y fait froid) se positionne assez haut dans le classement. C'est pourtant bien le projet d'une start-up, ainsi que le sujet d'une "étude de faisabilité" par Thales. Cocoricon. Plutôt que des datacenters, j'irai bien mettre quelques entrepreneurs en orbite, je vous jure 🛰


Pour Ubisoft, combattre le KKK dans un jeu vidéo est désormais considéré comme "trop risqué politiquement". N'hésitez donc pas à jouer à Wolfenstein II, très jouissif de ce point de vue. Bon en même temps, c’est un jeu produit par Microsoft, entreprise qui permet ce genre de choses, alors… "No politics in my game" 🤡


Le parquet de Paris ouvre une enquête sur Siri suite à une plainte de la Ligue des Droits de l'Homme, appuyée sur le témoignage d’un lanceur d’alerte français. Apple est suspectée d’avoir utilisé des enregistrements d’utilisateurices à leur insu. Bon en même temps, pourquoi s'embêter à écouter vos conversations quand tout ce que vous direz à Atlas, le nouveau navigateur made in OpenAI, pourra être retenu contre vous  👀


Une enquête d'Amnesty International publié le 21 octobre démontre les effets néfastes du réseau social Tik Tok sur les ados, et annonce saisir l'Arcom en conséquence. On va suivre ça avec intérêt 🧐


La mobilisation, et les boycotts, ça paye ! Microsoft a annulé la construction d'un datacenter dans la banlieue de Milwaukee, aux États-Unis, suite aux résistances locales. Les réactions négatives à des projets de ce type se multiplient ces derniers mois, aux États-Unis et ailleurs 🙅


La super association Data For Good est en pleine levée de fond ! N’hésitez pas à soutenir leur super travail à la hauteur de vos moyens, comme je viens de le faire. Comme iels le disent : "Les technosolutionnistes accélèrent. Accélérons le contre-pouvoir tech citoyen" 🤗


Pendant que George Miller, le réalisateur de la série Mad Max, démontre qu'il n'a rien compris à ses propres films qui ont pour toile de fond une pénurie d'eau, le Grande Guillermo del Toro explique qu'il "préférerait mourir" plutôt que d'utiliser de l'IA. The Shape of Water💧

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement
Del Toro sur le tournage de son prochain Frankenstein. Homme, machine, toussa, toussa. (Image : encore Netflix, jpp)

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement

J'ai eu le plaisir, la semaine dernière, de participer à la soirée de lancement du dernier numéro de Climax, le fanzine le plus chaud que le climat. Un numéro 9 tourné vers un sujet (le génocide à Gaza) dont le lien avec l'écologie peut ne pas sauter aux yeux, mais qui s'inscrit pourtant dans une logique politique et sociale.

De la destruction pure et simple d'une zone géographique pour la rendre inhabitable aux liens très nets entre écologie et décolonisation, les connexions sont multiples.

Parmi les interventions de qualité, j'ai notamment été marqué par celle du journaliste Martin Lafréchoux, auteur d'un article sur la Start-Up Nation originelle, à savoir Israël. Dans lequel il enquête sur le rôle de cobayes des gazaouis, au profit des nombreuses entreprises israéliennes spécialisées dans la surveillance (des leaders mondiaux sur le sujet)... mais également pour de nombreuses entreprises internationales, comme Microsoft.

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement
Photo des premières pages de l'article de Martin

Puisque nous parlions d'événements, j'en profite pour conclure ce 20ème numéro de TFTT en évoquant l'actu d'un autre de mes projets, Lowreka – pour lequel je prends la pose régulièrement ! Vous le savez peut-être, je suis le co-fondateur de cette entreprise qui œuvre à la démocratisation des low-tech, des technologies douces qui aident à réduire notre impact environnemental.

Il se trouve que nous avons mené l'été dernier une campagne de financement participatif. Pour fêter son succès, on vous convie à une "Fête Low-tech" qui aura lieu à Paris, au Point Éphémère le 25 novembre prochain ! 

Au programme : une prise de parole pour vous tenir informé.es des avancées du projet Lowreka, des échanges avec l'écosystème low-tech de la région parisienne, de quoi boire et manger, et quelques surprises !

Si vous souhaitez m'y rencontrer et discuter (low-)tech, n'hésitez pas à venir y faire un tour, et le cas échéant à compléter ce rapide formulaire dédié (ça prend littéralement 5 secondes) pour nous aider à préparer la soirée dans les meilleures conditions 🥳

TFTT #20 – Sora 2, ou comment "inonder la zone de 💩", littéralement

Voilà, c'est tout pour ce numéro 20, et c'est déjà pas mal !

On se retrouve bientôt pour un 21ème numéro de Tales From The Tech.

D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous (cela me ferait très plaisir) et à me faire part de vos retours (qu'ils me fassent plaisir ou pas).

Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.

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Merci à toutes et tous,

Thomas ✊

PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes

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03.10.2025 à 07:56

TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓

Thomas Beaufils


Ce mois-ci dans Tales from the Tech, on va se... disperser ?

En ce début octobre, nous parlerons ainsi de "lunettes IA", de "techno-fascisme", des reculs de Microsoft, ou bien de nouvelles études sur l'impact environnemental de l'IA.

Texte intégral (8136 mots)
TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓


Ce mois-ci dans Tales from the Tech, on va se... disperser ?

En ce début octobre, nous parlerons ainsi de "lunettes IA", de "techno-fascisme", des reculs de Microsoft, ou bien de nouvelles études sur l'impact environnemental de l'IA.

Mais d'abord, en préambule, quelques mots plus personnels :

En cette rentrée, j'ai en effet relancé un projet qui traîne sur mes étagères depuis bien trop longtemps : j'ai repris l'écriture d'un bouquin qui me trotte dans la tête depuis 2 ans, au bas mot.

On dit souvent que parler d'un projet que l'on n'est pas sûr de finir, c'est transformer ledit projet en dette. Mais je crois que c'est ce dont j'ai besoin pour avancer enfin : faire de ce projet quelque chose de concret, en parler autour de moi, pour enfin mettre le coup de collier qu'il faut et le finaliser en 2026.

Ce bouquin, ce sera un roman ; il y a des gens bien meilleurs que moi pour écrire des essais, nous en parlerons un peu plus bas. Cette fiction évoquera de manière détournée mon expérience dans les boîtes de la tech, les délires de la start-up nation auxquels nous sommes habitués après 8 ans d'ère Macron... mais aussi, figurez-vous, de curry rouge et de Fernand de Magellan en écho aux débuts de cette newsletter ?

Nous verrons bien si un jour quelqu'un souhaitera le publier quelque part. Mais au pire des cas, je vous le partagerai à vous, cher.e.s abonné.e.s 🤗

D'ici là, et même si mon temps n'est pas extensible, ma newsletter Tales from the Tech va continuer à vivre. Peut-être à un rythme différent, peut-être dans des formats qui changeront avec le temps. Je ne ferme aucune porte, et serai toujours preneur de vos retours.

En attendant, voici un numéro 19 en forme de best-of (ou de "worst-of", plutôt) de ces dernières semaines complètement folles dans le fâcheux monde de la tech.


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TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓

Grâce aux "lunettes IA", vous allez enfin voir le monde comme un tech bro

Comme je l'ai lu très justement sur Bluesky il y a quelques jours : "la tech en a rien à foutre du consentement et reviendra te proposer les produits que tu as déjà refusé, encore et encore".

Voilà qui condense bien ce que l'on est en train de nous servir avec les "lunettes boostées à l'IA", nouvelle resucée des lunettes connectées chères aux gros de la tech, qu'ils n'ont pourtant toujours pas réussi à rendre cool, bien au contraire.

Dernière offensive de la tech pour vous coller un truc sur la tronche : Zuckerberg et Meta ont dévoilé le 17 septembre une série de nouvelles lunettes à réalité augmentée, dont ce qu'ils ont présenté comme les "premières lunettes IA haute résolution", capables de projeter une image directement sur le verre droit, les Ray-Ban Display. Une paire disponible depuis quelques jours aux Etat-Unis pour la modique somme de 800$. Par bonheur aucune sortie n'est prévue en France pour le moment.

Le Monde résume assez bien le ressenti général à ce stade, dans un article publié le lendemain des annonces :

"Reste la question de l’utilité : que permettent-elles de faire mieux qu’un simple smartphone, dont nous sommes déjà équipés ? Envoyer des SMS, passer des coups de fil, se diriger par GPS, traduire des conversations en les sous-titrant, répond Meta… tout « en restant pleinement présent, et en conservant les mains libres », argue son communiqué de presse [...] Les Ray-Ban Meta permettent encore de communiquer avec l’intelligence artificielle Meta AI."

"Rester pleinement présent" avec cette saloperie collée sur le nez, alors que maintenir une conversation de plus de 5 minutes sans qu'une des personnes incluses ne jette un oeil à son smartphone tient déjà de l'exploit ! On a envie de s'esclaffer tristement...

Sur le lien avec Meta AI, notez que ce n'est pas une nouveauté, puisque cela serait simplement une version "plus fluide" d'une fonctionnalité déjà disponible avec le précédent modèle de lunette similaire, commercialisée en 2023 par l'entreprise, et écoulée à plusieurs millions d'exemplaires ; ce qui est à la fois peu pour un objet poussé par une entreprise d'une telle ampleur, et beaucoup trop quand on considère son intérêt.

TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓
Ces lunettes sont peut-être "smart", mais elles ne vous donnent pas l'air intelligent (Manuel Orbegozo/Reuters)

Alors, pourquoi les tech bros n'arrivent-ils pas à rendre ces objets cools, malgré des dépenses faramineuses en R&D et en marketing ?


Primo : parce que les démos ne se passent jamais comme elles devraient, ce qui est rarement bon signe. Ce fut encore le cas ce 17 septembre, puisque que comme le raconte Futurism, cette conférence MetaConnect 2025 a vite sombré dans le chaos : les démonstrations prévues par Zuckerberg ont échoué à plusieurs reprises, provoquant regards gênés, silences assourdissants et rires étouffés au sein du public, comprenant un large parterre de journalistes tech du monde entier. Oupsie.

Une conférence contenant un bon paquet de moments déjà cultes, et qui confirment ce que l'on savait déjà : cette tech est loin d'être prête, ce qui n'empêchera sans doute pas des milliers de "AI enthusiasts" en doudounes sans manche de se jeter dessus parce qu'ils ont visiblement trop d'argent (et qu'il faut donc de toute évidence les taxer davantage).


Deuxio : parce que de plus en plus de monde sait bien désormais les questions que cela pose du point de vue de la vie privée. Perso, je supporte déjà de moins en moins quand des gens filment ou prennent des photos dans ma direction dans un lieu public, avec un simple téléphone… alors imaginer qu'un mec (oui, il est écrit à 99% que ce sera un homme) assez stupide pour se coller ça sur le nez puisse me filmer à mon insu sans que j'en sache rien, puisque la caméra et les actions de l'utilisateur sont généralement invisibles pour les gens autour !?

Accessoirement, on parle ici de Meta, une boîte qui s'est littéralement construite sur la violation de notre vie privée à toutes et tous, de ses origines jusqu'à aujourd'hui, en passant par le trop vite oublié épisode Cambridge Analytica.

Très concrètement, si un mec avec des lunettes Meta vissées sur le nez rentre dans un bar, et que votre serviteur y est sagement posé à siroter un café ou une bière, je lui demanderai gentiment de les enlever, ou l’un de nous devra sortir de la pièce. "Tu sors, ou je te sors, mais va falloir prendre une décision", comme on dit en Belgique 🤗


Tertio : parce que les gadgets tech qui couvrent le visage, aussi discrets deviennent-ils avec le temps, ne se sont jamais suffisamment vendus jusqu'ici. Les Google Glass ont été un échec retentissant, les casques de réalité virtuelle prennent la poussière, et l'Apple Vision Pro est déjà oubliée, avant sans doute une prochaine offensive de la boîte de Tim Cook.

Or l'objectif assumé du Zuck est de remplacer les smartphones avec ses lunettes, à terme. Pour y parvenir, il faudra d'abord faire disparaître des usages désormais ancrés plus que profondément, comme le rappelle le correspondant des Échos à San Francisco, en prenant l'exemple du selfie.

Je crois surtout que se coller un objet sur le visage rebutera toujours plus que de glisser un truc dans sa poche. C'est une forme de séparation ultime avec le réel, un form factor (le format d'appareil) qui fait peur et inspire des histoires et images effrayantes aux auteurs et autrices de science-fiction depuis des décennies, là où placer une petite dalle tactile dans le creux de nos mains paraît bien anodin en comparaison. C'est d'ailleurs ce qui rend l'emprise de nos smartphones si insidieuse.

La dimension repoussoir de ce form factor est d'autant plus forte quand on la charge de l'appellation "IA", notion floue qui passionne autant qu'elle effraie. Ben oui, imaginez deux secondes avoir sur le nez un outil qui permette de diffuser du texte et du contenu, à l'aune d'une époque formidable où il devient de plus en plus difficile de distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, entre ce que vous raconte des chatbots hallucinés et les fake vidéos avec lesquelles on nous bombarde...

Rappelons-le : les boîtes de la tech visent à la destruction des communs pour nous isoler et nous transformer en consommateurs constants de "contenus", que nous quittions le moins souvent leurs "plateformes" et leurs "écosystèmes". Pouvoir physiquement influencer notre vision, voilà le coup final d'une partie d'échec bien vicelarde.


Nous saurons sans doute rapidement si nous basculerons dans un tel monde ou si ces nouveaux dispositifs optiques se planteront comme leurs prédécesseurs. Mais alors que la ligne "techno-fasciste" qui se dessine aux US se clarifie plus que jamais, espérons que les réactions épidermiques face aux innovations tech mèneront à des levées de boucliers de plus en plus intenses.

Note finale : je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour les génies de Ray Ban, qui, en s'associant à ce gênant de Marc, vont peut-être bien transformer leur marque, icône du cool, en un truc has been à souhait 🤞

TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓
La pub originale, titrant "For living in the moment"... pour vivre l'instant présent, en substance. Comment peut-on vivre l'instant présent quand on a l'oeil droit tordu vers un écran au creux même de ses lunettes ?! Quelle fumisterie.

PS : je suis obligé de vous partager en bonus le post sorti hier par Data for Good, qui complète parfaitement cette chronique !

TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓

Le “techno-fascisme” : menace pas si fantôme

La rentrée littéraire n'est pas loin, et un livre fait l'actualité dans le petit monde des techno-critiques français... mais aussi bien au delà !

"Apocalypse Nerds : comment les techno-fascistes ont pris le pouvoir" est co-écrit par les journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, dont j'ai déjà partagé le travail à plusieurs reprises. Et il sort au meilleur (au pire ?) des moments, tant il résonne avec ce que nous vivons actuellement.

Le pitch de cet essai :

"Et si la Silicon Valley, longtemps perçue comme un bastion progressiste, était devenue le laboratoire d’une révolution autoritaire à l’échelle planétaire ? Nourris par d’obscurs penseurs étourdis de rêves fascistes ou monarchiques, des milliardaires de la tech appellent à la mort de l’État-nation et prophétisent la fin des démocraties libérales."

Je pense que la question est vite répondue comme le disait un philosophe, m'enfin gageons que ce livre l'expliquera avec moults exemples et exposés qui risquent de me tendre mais surtout de me passionner.

Vous l'aurez compris : je ne l'ai pas encore lu ! J'attends la réception de ma commande dans ma librairie de quartier comme si c'était noël en octobre. On s'en reparle prochainement. En attendant, vous pouvez écouter l'épisode du super néo-podcast Propagations qui accueillait Nastasia et Olivier le 9 septembre dernier.

TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓

Cette fébrile attente d'une lecture passionnante ne va pas nous empêcher de faire le pont avec l'actu outre-atlantique : le rapprochement entre les milliardaires de la tech et les trumpistes ne fait plus aucun doute, comme le rappelle cette revue de presse de France Culture en date du 13 septembre, avec l'excellent Olivier Alexandre au micro.

On y entend Tim Cook, le patron d'Apple, s'y répandre en compliments pour son nouveau maître, tandis que Zuckerberg donnait lui des chiffres d'investissement au hasard complet pour faire plaisir à Trumpy. Même le pseudo "good guy" de la tech, Bill Gates, était de la partie. Après tout, Trump et lui se sont probablement croisés sur l'île d'Epstein, alors ça doit leur rappeler des souvenirs du bon vieux temps.

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Trump et ses nouveaux copains Zuck et Gates, à un dîner après avoir participé à la réunion d'un groupe de travail sur "l'éducation à l'intelligence artificielle", le 4 septembre. Rassurant. (AFP - Alex Wong)

On peut aussi faire le parallèle avec l'actualité jeux vidéo, qui n'est plus qu'une autre verticale "entertainement" pour la tech. L'un des derniers grands éditeurs indépendants de l'industrie est ainsi en passe d'être racheté à hauteur de 55 milliards de $ par le fonds public d’investissement d’Arabie Saoudite et Affinity Partners, la boîte du genre de Trump, Jared Kushner. L'objectif : virer un max de monde et foutre de l'IA partout, de l'aveu même du PDG, Andrew Wilson, qui restera en poste pour finir son entreprise de destruction massive. Une actu en forme de melting pot de mots peu ragoûtants, que vous résume toujours aussi bien Gauthier Andres alias Gautoz chez le média spécialisé jeu vidéo, Origami.

Trump et les techno-capitalistes, c'est une affaire qui roule, on n'est pas surpris. Mais quid des Démocrates ?

On pourrait parler de ce qu'il se passe à New York, où Trump aimerait faire déporter le favori surprise à l'élection municipale et grand pro des réseaux sociaux, Zohran Mamdani. Mais intéressons nous plutôt au berceau de la Silicon Valley, sur la côte opposée des États-Unis.

Le gouverneur de la Californie, Gavin Newsome, pourrait en effet rapidement nous donner des signaux très clairs quant à sa façon de traiter avec les GAFAM et consorts. Celui-ci doit décider très prochainement s'il donne son accord ou son veto à plusieurs projets de lois destinés à encadrer un tant soit peu l'industrie du numérique, et principalement le développement de l'IA, générative et autres.

Ce qu'explique avec une grande clarté la dernière newsletter de Brian Merchant :

"Ces projets de loi ne sont pourtant pas radicaux. La plupart sont des mesures simples et sensées, auxquelles seuls des libertariens purs et durs pourraient s'opposer. Il s'agit, par exemple, de lois qui garantiraient qu'une IA ne pourrait pas être utilisée pour sanctionner ou licencier des employés.
[...]
Ne vous méprenez pas : la Silicon Valley ne souhaite voir adopter aucun de ces projets de loi, et son armée de lobbyistes a déjà réussi à en affaiblir ou bloquer beaucoup, notamment un projet de loi intéressant qui limitait les possibilités de surveillance des travailleurs par l'IA, ou encore un autre qui garantit la supervision humaine des véhicules de livraison sans conducteur. Ces projets de loi ont été classés comme « bisannuels », ce qui signifie qu'ils seront réexaminés l'année prochaine.
C'est un moment crucial. Si même des lois basiques comme celles-ci ne pouvaient être adoptées, cela confirmerait une chose : Gavin Newsom préparant actuellement sa future candidature à la présidence des États-Unis, il ne veut pas contrarier la Silicon Valley et ses riches donateurs. Cela nous montrerait que, même dans une Californie supposément progressiste, l'emprise de la Silicon Valley est devenue presque indestructible, ce qui n'augure rien de bon quant aux espoirs futurs de soumettre un jour les géants de la technologie à quoi que ce soit ressemblant à une démocratie."

Personnellement, je n'attendaiss rien de bon de Gavin Newsom depuis que j'ai constaté la nature de ses méthodes de communication en ligne.

Maintenant que l'on a dit tout ça, une bonne nouvelle vient de tomber : Newsom a annoncé cette semaine une première loi pour encadrer et demander de la transparence autour du développement de l'IA au niveau Californien. Alors qui sait ? On croise les doigts.

Mais, depuis le temps, je pense qu'il faut arrêter d'imaginer que la solution à nos problèmes technologiques viendra du pays même qui en a créé une bonne majorité. L'Europe doit se réveiller, sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres.

TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓
Exemple de communications, AI & Trump-compatibles, utilisées par Newsom sur ses réseaux. PS : elle est chelou cette pelle. Source.

Vous me direz, en France, c'est mal parti, même à "gauche" : saviez-vous que la nouvelle porte-parole du Partie Socialiste n'est rien de moins que... salariée de Palantir, la boîte de surveillance du techno-fasciste en chef, Peter Thiel ? La boîte copine de la NSA, celle qui vend des logiciels à l'ICE pour chasser les migrants dans l'Amérique de Trump, celle que plusieurs armées utilisent pour cibler leurs attaques de drones ?! Ce serait drôle si ce n'était pas dramatique. Bonne tribune sur le sujet ici. Précisons que son porte-parolat est centré sur les questions d'IA. De là à dire que par conséquent, ça devient cohérent...

Allez, finissons sur une note positive à propos des techno-fascistes bien de chez nous : sachez que ça ne va pas hyper bien pour Pierre-Édouard Stérin, le milliardaire nationaliste exilé fiscal et argentier de l'extrême droite française ! Bon, déjà, il commence à être bien connu dans la sphère médiatique française, et ses attaques de mauvais goût ne passent plus inaperçues.

Surtout, le dangereux zigoto serait à court de cash : manque de liquidités, changements de gouvernance et structure fragile de son groupe à multiples têtes, autant de problèmes qui ébranlent les ambitions politiques du gus. Ben oui, Pierre-Édouard, tu aurais mieux dû continuer à financer des startups de la tech en catimini en continuant à vendre tes smartboxs 💩 plutôt que de l'ouvrir trop grand ! Désolé pour la violence, mais vraiment : ça fait du bien.

TFTT #19 – Vous allez enfin voir le monde comme un tech bro 👓
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve qu'il est difficile de trouver une plus belle tête de gland que ce bon vieux Pierre-Édouard

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Microsoft cède, par deux fois... mais craint toujours

En quelques jours, Microsoft aura donc cédé par deux fois.

Sur ses liens avec l'armée israélienne, d'abord. Liens dont nous avions déjà parlé ici avant l'été. Le 25 septembre, l'entreprise a ainsi annoncé dans un communiqué avoir "cessé et désactivé un ensemble de services destinés à une unité du ministère israélien de la Défense", comme le rapporte cet article de Cassim Montilla pour Frandroid. Son Président, Brad Smith, en profite pour faire amende honorable, avec une sincérité dont on pourra douter, mais admettant en tout cas que les révélations successives de plusieurs médias, dont The Guardian, sont authentiques.

The Guardian qui confirme d'ailleurs que les quelques 8000 To de données stockées par l'armée israélienne sur les serveurs de Microsoft ont été migré dès août... probablement vers les Amazon Web Service, ce que l'autre géant de Seattle a refusé de confirmer à ce stade. Rien ne se perd, tout se transforme.

En tout cas, Microsoft, de son côté, aura peut-être entendu raison après des mois de tensions en interne et d'appels au boycott en externe. À moins, comme certains esprits chagrins ne le notent, que Microsoft ait simplement perdu une remise à plat de l'appel d'offre ? Quel mauvais esprit 😇

L'autre sujet pour lequel MS est dans la sauce, c'est la fin du support de Windows 10 : et oui, dès le 14 octobre prochain, Microsoft devait arrêter le support logiciel de son OS datant de 2014. Alors que l'entreprise avait auparavant parlé d'une fin de support pure et simple, pour mettre en avant le nouveau venu Windows 11 (qui n'est franchement rien de plus qu'une skin visuelle), elle a tout de même joué les bonnes poires en annonçant tout aise qu'il y aurait une solution... payante !

En effet, pour continuer à utiliser Windows de manière sécurisée, les utilisateurs et utilisatrices auront finalement deux possibilités : passer à la caisse pour acheter un ordinateur récent compatible avec Windows 11, ou payer pour continuer à recevoir des mises à jour de sécurité sur Windows 10 ! Quel choix, la chance ! On sait pertinemment qu'une majorité de particuliers comme d’organisations ne penseront pas aux alternatives libres à Windows, et ne voudront ou ne pourront pas prendre en charge les frais demandés par Microsoft, entraînant des failles de sécurité massives ainsi que la potentielle obsolescence de près de 400 millions d’appareils.

Et surtout pensez à acheter reconditionné, hein.

Bon, cela dit, en bon prince, Microsoft a également cédé sur ce sujet... si l'on peut dire. Et c'est notamment par la France que c'est arrivé, grâce à l'excellent travail de la bien nommée association "Halte à l’Obsolescence Programmée". Elle avait ainsi contacté par courrier officiel Microsoft en juin dernier. Elle a enfin reçu une réponse, offrant "un an de sursis gratuit" pour les mises à jour de sécurité. Sauf que, comme le relate un article de BFM : l'obtention de l'année de sursis est communiquée en catimini, ne concerne que les particuliers, et demande de se connecter avec un compte Microsoft, ce qui est gageure en soit quand on connaît les interfaces de la boite, même pour qui sait gérer correctement un PC.

Et puis : pourquoi seulement un an ? Microsoft ne fait pas assez de thunes pour se permettre de continuer les updates de sécurité ? Ce n'est pas comme si la boîte pesait 3 800 000 000 $ en bourse, c'est vrai. (Oui je sais Arthur Mensch, les parts sociales et les valeurs boursières, ce ne sont pas du cash, du coup tu ne peux pas payer la taxe Zucman, pauvre loulou).

En neuf mot comme en cent : Microsoft a cédé deux fois, mais craint toujours autant 🙅‍♂️

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Page d'accueil du site de l'asso Halte à l'Obsolescence Programmée

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Des billes pour répondre à cette idiotie : "non mais Netflix ça consomme plus que ChatGPT"

Cet été, je disais mon incompréhension (ici et sur Linkedin) face à l'utilisation de l'IA générative par des militants, organisations et médias que l'on pourra qualifier "d'écolos". Parce que parmi beaucoup d'autres questions, l'IA générative pose notamment le problème de son impact environnemental.

Deux choses se sont alors imposées comme évidentes suite à une variété de retours :

1/ beaucoup de gens partagent mon avis mais ont du mal à avoir les données qui leur permettent de soutenir ce point

2/ beaucoup d'autres, pourtant engagés, n'ont pas en tête le problème environnemental que pose l'IA.

Par chance, les individus très solides que sont Lou Welgryn et Théo Alves Da Costa ont publié un ÉNORME papier sur le site du média écolo Bon Pote. Il résume ce que l'on sait aujourd'hui de l'impact de l'entraînement et de l'utilisation des IA génératives, et surtout ce que l'on ne sait pas ! Car les entreprises derrière les différentes solutions d'IA générative se gardent bien de révéler en détail ce qui se passe sous le capot... ce qui reste en soit un signal assez clair.

Sur ce point spécifique, citons donc l'article publié chez Bon Pote :

"A noter que pendant l’été 2025 ont été publiés par Mistral et Google deux études pour documenter pour la première fois quelques impacts environnementaux d’une requête “médiane” faite sur leurs IA grand public. Cependant ces études sont intentionnellement sélectives et ne donnent pas assez de détails pour permettre de comparer et comprendre les impacts tout en détournant l’attention des impacts globaux cumulés en mettant en valeur les gains d’efficacité et en sur-responsabilisant les individus.
En résumé, en 2025, même s’il est possible d’obtenir des approximations, nous ne connaissons pas la consommation électrique d’une requête sur ChatGPT, de la génération d’une image studio Ghibli ou d’un starter pack. Comme le résumait Sasha Luccioni pour Wired : “Cela me sidère qu’on puisse acheter une voiture et connaître sa consommation au 100 kilomètres, mais qu’on utilise tous ces outils d’IA tous les jours sans avoir la moindre mesure d’efficacité, aucun facteur d’émission, rien.”

Personnellement j'insisterai donc sur ce que l'on sait de manière macro, puisque c'est une galère d'obtenir les chiffres micro :

  • la consommation électrique est en train d'exploser partout dans le monde, et les projections sont effrayantes, comme le rapporte Le Monde en évoquant le dernier rapport du Shift Project, la structure menée notamment par Jean-Marc Jancovici :

    "Selon les calculs de ce think tank français œuvrant pour la décarbonation, la consommation électrique des data centers mondiaux pourrait atteindre 1 250 à 1 500 térawattheures (TWh) en 2030 contre 530 TWh en 2023, soit un potentiel triplement. Ce bond spectaculaire est en très grande partie nourri par l’essor rapide de l’intelligence artificielle (IA), qui représentera de 35 % à 55 % de la consommation électrique de ces centres de données, selon le rapport, contre 15 % aujourd’hui.

    Si tous les programmes liés aux 109 milliards d’euros d’investissements annoncés au Sommet de l’IA de Paris en février arrivaient à pleine capacité, la consommation des data centers pourrait monter jusqu’à environ 45 TWh en 2035, contre environ 12 TWh aujourd’hui, avance le Shift Project."


    Ce qui, pour rappel, amène Altman a dire qu'il lui faudra la fusion nucléaire pour maintenir ses objectifs ; je croyais qu'une requête ChatGPT ça consommait que dalle, Sam ?
  • Il y a l'électricité, et puis il y a l'eau. Sur ce point aussi, on manque de données claires. Mais des signaux faibles clignotent partout, des grands lacs américains aux terres plus sèches du Mexique.
  • Il y a enfin le bâti, pour lequel je trouve intéressant de noter ce graphique, qui montre que pour la première fois de l'histoire, est construit aux États-Unis plus de bâtiments privés liés aux data-centers et à la fabrication de composants électroniques que de bâtiments dédiés au commerce, et bientôt plus que de bâtiments de bureaux...C'est le timing qui est particulièrement intéressant : le boom n'intervient pas au moment ou juste après la période du covid, qui a été un gros boost pour les activités en ligne, de Netflix à l'adoption à grande échelle des appels en visio. Non, il intervient plus tard, en 2022, au moment de l'avènement des premiers modèles d'IA générative grand public.

    Voilà qui est sûrement un hasard.
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Voilà, la prochaine fois qu'un de vos proches utilise l'argument miteux selon lequel "non mais ChatGPT ça consomme beaucoup moins que de regarder un film sur Netflix", vous aurez des arguments et des sources pour lui dire poliment de retourner parler à des vrais gens plutôt que de demander à son assistant IA quoi bouffer ce midi.

Au pire des cas, vous pouvez aussi lui partager cette vidéo très drôle en provenance de chez Urbania.

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L'IA se glisse partout, même là où on ne l'attend (vraiment) pas

On vient de le voir, les usages de l'IA font exploser tous les compteurs. Et on comprend pourquoi quand on constate à quel point l'IA, notamment générative, se glisse absolument partout, mais dans des endroits où on ne s'attendrait pas un instant à la voir.

Évoquons ainsi une anecdote rigolote (mais néanmoins tristement révélatrice) qui est arrivée à un collègue de la sphère low-tech : Jacques Tiberi, le rédac'chef du Low-Tech Journal ! Difficile de faire moins low-tech que l'IA générative, et pourtant...

Je laisse Jacques vous raconter ça :

"Vous ne l'avez peut-être pas remarqué mais, une des photos publiées dans le n°21 du magazine a été retouchée par I.A. Si, si ! Et pas qu'un peu ! En ouvrant le magazine fraîchement sorti des rotatives, Mathilde, notre graphiste, a eu un choc : la photo du Soleil Journal (dans le dépliant en triptyque)... était pleine de ces zigouigouis caractéristiques des images générées par I.A ! Enfer et damnation.
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Pourtant, cette photo a été prise par nos amis de l'Atelier 21 qui n'ont rien à se reprocher de ce côté... Alors, comment ce fait-ce ??? Après enquête, il s'avère que Indesign (logiciel Adobe sur lequel nous créons le mag) nous a I.Acké à l'insu de notre plein gré, s'autorisant à retravailler cette photo - un peu petite pour le format - sans qu'on lui ai demandé quoique ce soit ! Ils veulent que tout soit liiiiisssse ! Alors, ils mettent de l'IA pour tout rendre bien parfaiiiit. Et, comme la machine ne sait pas reproduire les lettres, on se retrouve avec ce gloubiboulga en spirales."


Laissez nous tranquille, en fait !

Bref : si la low-tech (concept dont j'ai parlé souvent dans ses lignes) vous intéresse, n'hésitez d'ailleurs pas à vous inscrire à la newsletter du Low-Tech Journal (scrollez tout en bas de la page ;), ou bien à vous abonner à leur super magazine papier !

À noter, en bonus :

  • un récent papier écrit pour mon projet Lowreka par Jacques à propos d'un "téléphone minimal", le MP02 de Punkt.
  • et, puisqu'on parle de téléphonie, mon post de lundi sur le super "forfait engagé" de TeleCoop 🤗


Voilà, c'est tout pour ce numéro 19, et c'est déjà pas mal !

On se retrouve bientôt pour un 20ème numéro de Tales From The Tech.

D'ici là, n'hésitez pas à partager le format autour de vous, cela me ferait très plaisir. Et à me faire part de vos retours.

Vous pouvez le faire en commentant l'article sur tftt.ghost.io, ou directement via mes différents réseaux.

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Merci à toutes et tous,

Thomas ✊

PS : Tales from the Tech est garanti sans IA générative, pas sans fautes

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