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23.01.2026 à 07:00

Qui veut encore faire un doctorat en informatique aux USA ?

Charles CUVELLIEZ

Les États-Unis sont confrontés à un manque de spécialistes en informatique de niveau doctorat. Un rapport de l’Académie des sciences états-uniennes analyse le problème et propose des solutions. Comme la question se pose aussi en Europe et que l’APEC vient de publier des résultats intéressants pour l’emploi des cadres-docteurs, Charles Cuvelliez et Jean-Jacques Quisquater discutent […]

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Texte intégral (3091 mots)

Les États-Unis sont confrontés à un manque de spécialistes en informatique de niveau doctorat. Un rapport de l’Académie des sciences états-uniennes analyse le problème et propose des solutions. Comme la question se pose aussi en Europe et que l’APEC vient de publier des résultats intéressants pour l’emploi des cadres-docteurs, Charles Cuvelliez et Jean-Jacques Quisquater discutent ce rapport pour Binaire (Serge Abiteboul et Thierry Vieville et Ikram Chraibi Kaadoud).

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Aux USA, la demande de titulaires de doctorats en informatique explose, et pas seulement au sein des grandes entreprises technologiques. Des secteurs aussi variés que l’agriculture, la santé et la finance recrutent des docteurs parce qu’ils ont besoin de spécialistes plus compétents que les niveaux de licence ou de master, plus spécialisés parfois. Les docteurs en informatique, attirés par des salaires élevés et la promesse de travailler sur des technologies de pointe, se tournent de plus en plus vers l’industrie. Dans le même temps, les universités, en particulier celles axées sur l’enseignement et les institutions spécialisées sur la délivrance de diplômes de premier cycle, peinent à recruter suffisamment d’enseignants-docteurs, ce qui menace la filière qui forme précisément les talents dont l’industrie a besoin. L’Académie américaine des Sciences y a consacré un rapport qui vient d’être publié et annoncé avec des propositions de solutions.
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Les étudiants internationaux obtiennent la majorité des doctorats en informatique aux États-Unis

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Elle constate que la composition de la filière des doctorats en informatique a radicalement changé. Les étudiants internationaux obtiennent désormais la majorité des doctorats en informatique aux États-Unis, passant d’un peu moins de la moitié (48.5 %) il y a une décennie (2012) à environ trois cinquièmes (60.9 %) en 2022 et, pour ne rien arranger, la plupart viennent de Chine et d’Inde. Le nombre de ces doctorats décernés à des étudiants nationaux a augmenté de 15,8% entre 2012 et 2022 (de 785 à 909), mais la part globale des étudiants nationaux dans les programmes doctoraux a diminué. Ceci rend les États-Unis de plus en plus dépendants des talents venus de l’étranger._____

Cette dépendance est risquée. Les politiques migratoires des US, les opportunités économiques dans les pays d’origine des étudiants et la concurrence mondiale accrue pour les chercheurs peuvent à tout moment tarir cette source. Elle n’est pas appropriée non plus, lit-on, pour des postes de sécurité nationale qui exigent la citoyenneté américaine. Autrement dit, le pays construit son futur vivier de spécialistes en informatique sur des fondations légères, très légères.

Le paradoxe, c’est que sur le papier, il ne devrait pas y avoir de pénurie de candidats potentiels au doctorat. Les universités américaines délivrent un nombre record de diplômes de premier cycle en informatique, et les écoles doctorales les plus sélectives refusent la grande majorité des postulants. Pourtant, relativement peu d’étudiants nationaux choisissent de poursuivre une thèse : ils sont dissuadés par des années de rémunération plus faible, la longueur de la formation et l’incertitude qui entoure les carrières académiques à l’heure où les postes d’enseignants se font chroniquement rares. C’est la double peine : peu de postulants et des écoles doctorales très sélectives pour les plus courageux.

Y remédier demandera plus que de simples ajustements à la marge et c’est bien l’objet du rapport de l’Académie américaine des Sciences.

Être Exposé à la recherche.

Les choix des étudiants de licence de poursuivre ou non en doctorat d’informatique dépendent d’une combinaison de facteurs qui dépassent largement la question de l’argent. Ils se heurtent souvent à un manque de visibilité sur la recherche, à des attentes floues pour constituer un bon dossier et à une procédure d’admission perçue comme opaque, en particulier dans les établissements de premier cycle, les universités régionales et les community colleges, où les carrières de recherche sont peu connues. La recherche est rarement intégrée au cœur des cursus, peu mise en avant dans l’orientation, et même dans les universités de recherche, beaucoup d’étudiants ignorent à la fois ce que font les doctorants et enseignants-chercheurs, et le fait que la plupart des doctorants en informatique sont financés par des bourses ou des contrats de recherche.
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Les rares données disponibles montrent que les étudiants passés par un projet de recherche en licence sont environ deux fois plus susceptibles de candidater à un doctorat en informatique, et ont de meilleures chances d’être admis, mais ces opportunités ne concernent qu’une petite minorité, d’autant plus restreinte que les effectifs en études informatique explosent. Des programmes nationaux rémunérés offrent des expériences de recherche, souvent dans une autre université, mais le nombre de places ne suit pas la croissance des inscrits, et les aides couvrent mal les frais de logement ou de déplacement. Les indemnités y restent inférieures aux salaires de base du secteur des services et très en deçà de celles des stages en entreprise. Ceux-là, on les met de plus en plus souvent dans les cursus et ils ne sont généralement pas centrés sur la recherche.
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Les choix des étudiants de licence de poursuivre un doctorat d’informatique dépendent d’une combinaison de facteurs, pas juste de l’argent.

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Face à ce constat, Il n’y a qu’une chose à faire, dit l’Académie : ceux qui financent les programmes de recherche, les départements d’informatique, les sociétés savantes et les entreprises doivent élargir l’exposition des étudiants à la recherche et aux carrières scientifiques: davantage d’informations concrètes sur la recherche en informatique, les compétences requises, les dispositifs de financement du doctorat et donc des offres de projets dès la licence. Les universités de recherche et les établissements d’enseignement axés sur le premier cycle doivent aussi nouer des partenariats pour ouvrir leurs laboratoires aux étudiants, tandis que les acteurs industriels doivent offrir des stages véritablement orientés recherche ou cofinancer des programmes de recherche de premier cycle au sein des campus.
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Admission holistique et transparence

Les procédures d’admission en doctorat d’informatique restent souvent un labyrinthe pour les candidats. Les attentes sont floues, les données sur le caractère sélectif de telle ou telle filière sont difficiles à trouver, et le processus paraît particulièrement opaque pour ceux qui n’ont ni mentor ni conseiller académique. La situation est encore plus complexe dans les départements où chaque directeur de thèse choisit «ses» doctorants, rendant l’évaluation de ses chances d’admission presque impossible.

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Les acteurs industriels doivent offrir des stages orientés recherche ou cofinancer des programmes de recherche de premier cycle au sein des campus

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D’un programme à l’autre, les critères varient fortement. La valorisation systématique de l’expérience de recherche pénalise les étudiants issus d’établissements de premier cycle, ceux dont très peu de diplômés partent en doctorat. Les grandes écoles doctorales, submergées de dossiers solides, n’ont pas la capacité d’admettre tous les meilleurs profils nationaux, en partie à cause de la concurrence d’excellents candidats internationaux. Les étudiants américains recalés se tournent plus volontiers vers l’industrie que vers des programmes jugés «moins prestigieux», et renoncent souvent à retenter leur chance, laissant la majorité des candidatures dans les autres universités aux étudiants étrangers.
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Face à ce système, les auteurs appellent à une approche plus globale de la sélection. Les départements d’informatique sont encouragés à mieux accompagner les candidats, notamment les profils nationaux, avec peu de recherche à leur actif, ceux issus d’autres disciplines ou ceux qui n’ont pas encore défini de sujet précis. Les programmes sont invités à publier des informations claires: volume de candidatures, taux d’admission, exemple d’un dossier solide, conditions concrètes d’étude, financement, possibilités de report d’inscription.
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Les décisions d’admission devraient combiner la sélection par les enseignants-chercheurs, en fonction de leurs thématiques, et l’examen de dossiers prometteurs de candidats aux parcours moins classiques ou encore indécis sur leur spécialisation. Tous les candidats devraient recevoir une réponse, et les profils jugés prometteurs mais non retenus – en particulier nationaux – devraient, quand c’est possible, recevoir un retour constructif et (pour) être encouragés à candidater de nouveau. Enfin, insistent les auteurs, les départements sont invités à créer des programmes «de transition», par exemple sous forme de master passerelle, offrant un temps supplémentaire pour combler les prérequis, un mentorat rapproché et un soutien financier via des postes d’enseignant ou d’assistant, afin d’ouvrir la voie du doctorat à des talents qui échappent aujourd’hui au système.

Les décisions d’admission devraient combiner la sélection par les enseignants-chercheurs, en fonction de leurs thématiques, et l’examen de dossiers prometteurs.
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Pas assez valorisé

En informatique, à la différence d’autres disciplines STEM (sciences, technologie, engineering et mathématiques), le doctorat n’est pas indispensable pour faire carrière: des postes bien rémunérés et des trajectoires attractives s’ouvrent dès le niveau licence. Les programmes de doctorat offrent des financements via des bourses et des contrats d’enseignant ou de chercheur, mais les montants restent loin des salaires d’entrée dans l’industrie et, dans beaucoup d’universités, ne suffisent même pas à assurer un niveau de vie correct, même pour un étudiant seul.

Les auteurs appellent donc les établissements et organismes qui financent ces bourses à relever significativement leurs niveaux, afin de rendre les études doctorales plus compétitives face au marché du travail et plus attractives pour les étudiants nationaux. Ils recommandent d’augmenter les minima de financement en informatique, de les indexer sur l’inflation et de créer des dispositifs complémentaires couvrant logement, assurance santé des ayants droit, congé parental et garde d’enfants, pour sécuriser financièrement le parcours doctoral.
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Retenir les candidats docteurs
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Une stratégie clé pour augmenter le nombre de doctorats en informatique consiste à faire grimper les taux de soutenance. Obtenir un doctorat reste un parcours long et exigeant, avec une durée médiane d’environ sept ans entre l’entrée en master et la fin de la thèse.
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Les départements d’informatique, appuyés par les sociétés savantes, sont appelés à renforcer l’encadrement et le mentorat, en particulier pour les doctorants nationaux, afin de limiter les abandons. Des organismes professionnels sont encouragés à diffuser des guides de bonnes pratiques en matière de mentorat et de suivi des étudiants.

Formons tous les enseignants-chercheurs au rôle de directeur de thèse.

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Les départements devraient aussi former systématiquement tous les enseignants-chercheurs au rôle de directeur de thèse, avec un accompagnement structuré des jeunes maîtres de conférences pendant leurs trois premières années, centré sur leurs fonctions de chercheurs, d’enseignants et de mentors. Pour les doctorants qui arrivent sans directeur identifié, un référent de département devrait être nommé dès le début du parcours.

Une fois le doctorat en poche, les débouchés sont nombreux, surtout dans les sous-domaines en forte demande, et ne se limitent plus à l’université. Ce n’est pas une raison pour couper le lien avec les universités. Au contraire car la pratique consistant pour des universitaires à occuper des postes en entreprise tout en conservant un pied en académie est une solution et elle gagne du terrain, heureusement. Elle se diffuse largement dans l’écosystème de l’informatique.
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Lien avec l’industrie

Les auteurs plaident enfin pour que les entreprises et les laboratoires publics financent des doctorats en informatique pour leurs salariés, en échange d’un engagement à revenir travailler chez eux une fois la thèse terminée. L’idée part d’un constat simple: une grande partie des diplômés en informatique part directement dans le privé, tandis que les besoins en profils doctoraux, notamment en IA et en sécurité nationale, restent difficiles à couvrir.

En contrepoint, industries, agences fédérales et programmes de recherche sont encouragés à investir dans leurs propres talents, via de nouvelles bourses et contrats doctoraux assortis d’obligations de service, par exemple sous forme d’années d’enseignement en faculté. L’objectif est double: alimenter en docteurs à la fois les entreprises, les administrations et le monde académique, en particulier dans les domaines les plus stratégiques.

Les départements d’informatique sont aussi invités à revoir leur définition du mérite dans le recrutement et la promotion des enseignants-chercheurs. Il s’agirait de ne plus se limiter aux indicateurs classiques (nombre de publications, prestige du doctorat), mais de valoriser davantage la qualité du mentorat, la préparation des étudiants à leurs carrières futures. C’est l’apport sociétal global qui est alors valorisé.

Cerner le problème est difficile

Les données sur l’embauche dans le secteur privé restent partielles: elles ne sont ni ventilées par domaine, ni complétées par des chiffres sur le recrutement de faculté dans les établissements qui ne délivrent pas de doctorat. Les offres d’emploi ne distinguent pas clairement les postes exigeant un doctorat en informatique. C’est simple de mesurer l’offre — le nombre de doctorats délivrés chaque année — mais beaucoup plus difficile d’évaluer la demande réelle pour ces profils.

Pour y voir plus clair, des experts appellent à suivre de près: le nombre de candidats aux doctorats en informatique, le nombre d’admis chaque année, la durée moyenne des études et les taux de réussite comme d’abandon.

En France, 18 % des offres destinées aux docteurs étaient en CDD (contre 6 % au total), synonyme de risque de précarité.

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Reconnaissons-le, les pistes évoquées par l’académie US des Sciences vont au-delà du refrain trop connu du salaire…. Mais reconnaissons aussi que le constat qu’ils font concernant les États-Unis reste vrai de ce côté de l’Atlantique, et que les politiques publiques pourraient s’en inspirer. En France, cela s’accompagne d’un système qui privilégie les écoles d’ingénieurs, qui poussent encore peu vers le doctorat (même si cela évolue positivement).

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L’APEC, l’Association pour l’Emploi des Cadres, vient de donner un message en double teinte à destination des docteurs (ou futurs docteurs) : la dégradation du marché du travail affecte moins les docteurs. Le recul des offres d’emploi pour docteurs a reculé de 12 % contre 17 % globalement. Ce sont les spécialités hautement techniques qui l’emportent. 38 % des offres sont en région parisienne. Des régions comme l’Auvergne-Rhône-Alpes s’en sortent car elles disposent de pôles industriels (15 % des offres) et/ou l’Occitanie et la Provence grâce à l’aéronautique. Plus gênant : côté France, d’après l’APEC, 18 % des offres destinées aux docteurs étaient en CDD (contre 6 % au total). Et cerise sur le gâteau, le dispositif Crédit Impôt Recherche (CIR) avait été arrêté en France ? Les entreprises françaises n’ont plus d’encouragements fiscaux pour recruter les jeunes docteurs pour leur premier CDI. Or, c’était très utilisé en France pour développer/consolider les pôles de R&D en entreprises, même chez les grands groupes.

Qu’en pensera un futur doctorant ? Si la carrière académique paie mal et si le privé n’est pas une porte de sortie, à quoi bon ?

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Charles Cuvelliez, Jean-Jacques Quisquater

Pour en savoir plus :

 

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16.01.2026 à 06:54

IA génératives : le contre et le pour

Serge ABITEBOUL

Les IA génératives ont animé les causeries en famille ou entre amis, autour de bons verres, pendant les fêtes de fin d’année. Vont-elles nous rendre encore plus débiles que nous ne le sommes déjà ? Détruisent-elles nos emplois ? Et nouvelles facettes des débats sur l’environnement, pourrissent-elles la planète ? Cette dernière question est le […]

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Texte intégral (2023 mots)
Les IA génératives ont animé les causeries en famille ou entre amis, autour de bons verres, pendant les fêtes de fin d’année. Vont-elles nous rendre encore plus débiles que nous ne le sommes déjà ? Détruisent-elles nos emplois ? Et nouvelles facettes des débats sur l’environnement, pourrissent-elles la planète ? Cette dernière question est le sujet principal de notre article car cette technologie est véritablement énergivore. Ikram Chraibi Kaadoud et Chloé Mercier.

Sans vouloir être exhaustif sur tous leurs méfaits, la commission pour l’IA a identifié, dans un rapport de 2024, l’ensemble des risques présentés dans le graphique ci-dessous.

cartographie des risques des IA Génératives

Des incidents ont confirmé la survenance de certains de ces risques, comme la production de rapports par un cabinet de conseil contenant de fausses citations d’articles fictifs, ou encore la tragique mort d’un adolescent, dont les parents attribuent la responsabilité à un agent conversationnel. D’autres impacts additionnels ont émergé depuis, comme ceux sur les impacts cognitifs qui commencent à être documentés, par exemple dans ces travaux de recherche du MIT: https://arxiv.org/pdf/2506.08872v1. Et il y a enfin tous les impacts, déjà largement documentés et pourtant largement invisibilisés, communs à l’utilisation de tout terminal numérique. On peut notamment citer, sur le plan sanitaire, l’extraction de minerais comme le coltan en République démocratique du Congo, nécessaire à la fabrication des équipements et à l’origine de nombreux conflits armés. Le numérique pose déjà des questions environnementales ; les IA génératives sont, hélas, un accélérateur de ces impacts.

Des impacts environnementaux directs…

L’ensemble de la matérialité du numérique (terminaux, infrastructures, réseaux, centres de données) est source d’impacts environnementaux tout au long du cycle de vie des équipements, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à leur fin de vie. C’est ce qu’on appelle les impacts environnementaux « directs » du numérique, déjà considérés comme non soutenables  avant même l’émergence des IA génératives. L’émergence de ces nouveaux besoins nous éloignent d’autant plus des numériques futurs compatibles avec notre monde fini. En effet, la consommation excessive de matériel et d’énergie nécessaire au fonctionnement des IA génératives accroît significativement les impacts directs du numérique et accentue les dynamiques de croissance des impacts dans les travaux prospectifs, éloignant le numérique d’une trajectoire de soutenabilité.

… mais aussi indirects

Mais au-delà des impacts directs, le numérique agit également comme un catalyseur : il a la capacité d’optimiser et d’améliorer les performances de tous les systèmes auxquels il s’applique. Et quand on l’utilise pour accélérer la consommation de ressources non renouvelables ou pour accroître la productivité d’industries consommant des énergies fossiles, le numérique contribue à ce qu’on appelle la grande accélération, c’est-à-dire l’augmentation rapide des pressions exercées par l’activité humaine sur l’ensemble du système Terre. De par les gains de productivité rendus possibles par l’utilisation des IA génératives, celles-ci risquent donc d’augmenter significativement cette empreinte environnementale « indirecte » du numérique, et c’est probablement le risque environnemental le plus important : qu’au lieu d’être mises au service des enjeux environnementaux, les IA génératives soient majoritairement mises au service des usages délétères du numérique.

Leurs vertus

Avant d’agir trop violemment contre les IA génératives, il est bon de rappeler qu’elles n’ont pas que des effets négatifs. Les journalistes et les politiciens, en particulier en France, soulignent régulièrement (à juste titre) des problèmes posés par la technologie, notamment les intelligences artificielles génératives. Pourtant, si le grand public, les entreprises, les services de l’État, les associations, les élèves… adoptent si rapidement les IA génératives, ce n’est pas seulement par masochisme, pour devenir débiles, pour pourrir le débat public, pour détruire la planète… C’est sans doute aussi parce qu’ils y trouvent quelque chose. Sans chercher une quelconque exhaustivité, on peut citer :

  • Des gains de productivité : une part du travail humain peut être remplacée par l’IA. Si on mesure encore mal quelle part, on s’attend à ce que ce soit de plus en plus dû aux progrès des IA génératives. La productivité n’est pas en soi une bénédiction, mais elle permet notamment d’envisager de mieux vivre et de travailler moins…
  • Remplacer les humains : Bien sûr, si les IA peuvent  améliorer la productivité des humains, en évitant les tâches fastidieuses, elles peuvent aussi les remplacer. C’est positif quand il s’agit de remplacer des humains dans des travaux inhumains, comme le nettoyage de lieux radioactifs, ou de donner un coup de main quand la main-d’œuvre manque, comme dans la médecine ou l’enseignement, en particulier dans certaines régions du monde. Cela soulève évidemment des questions sociétales fondamentales, notamment la redistribution de la valeur produite : cette question qui date du début de l’automatisation n’a malheureusement jamais été traité.
  • Les progrès scientifiques : la recherche s’appuie de plus en plus sur les IA génératives, ou pas. Cela est vrai dans de plus en plus de domaines, notamment, la médecine, la physique, la chimie… jusqu’au sciences humaines et sociales.
  • Art : Pour la littérature, les arts plastiques et la musique, les IA génératives peuvent apporter une aide considérable aux créateurs. Bien sûr, le risque est qu’on se contente de la laisser créer plutôt que de l’utiliser comme outil. Que devient l’art quand l’artiste est artificiel ?
  • Apporter le langage : on s’est parfois trouvé dans l’incapacité d’échanger avec quelqu’un en raison de l’absence de langue commune. Cela n’a plus lieu d’être. Plus dramatique, on peut considérer la difficulté des demandeurs d’asile qui ne maîtrisent pas notre langue pour expliquer leur parcours ou simplement rédiger un CV. Enfin, plus généralement, il faut rappeler que de nombreuses personnes n’arrivent pas à exprimer leurs idées, leurs sentiments, leur colère … parce qu’elles ne maîtrisent pas suffisamment la langue. Les IA génératives leur redonnent la parole. L’utilisation de ces outils pour quelqu’un d’instruit est de l’économie d’effort, voire de la paresse. Pour ceux qui n’ont pas eu la grande chance de longues études, c’est une libération.

Tout cela n’annule certainement pas les problèmes que causent les IA génératives. Mais cela exige d’être prudent quant aux solutions proposées pour limiter leurs usages, voire les interdire.

Les appels à arrêter 

En réaction à l’adoption rapide et à marche forcée poussée par des intérêts économiques de quelques acteurs et dopée par l’adoption enthousiaste des utilisateurs, différents collectifs proposent de résister à ce déploiement technologique, par exemple :

Ne nous faisons pas trop d’illusions : le train est lancé et, du fait de la compétition internationale, il ne semble pas qu’on puisse l’arrêter. Mais on pourrait au moins le ralentir et en focaliser les usages sur les usages positifs. Mais, ce n’est pas simple. On ne peut pas, par exemple, mettre un policier à côté de chaque lycéen pour l’autoriser à utiliser des IA pour mieux faire ses devoirs et lui interdire le gaspillage débile. (Peut-être pourrait-on mettre une IA-policier.) Mais est-ce le monde dans lequel nous voulons vivre !?!

Alors, quoi faire pour limiter les effets délétères des IA génératives sur l’environnement, ou, plus généralement, sur le numérique ? Qu’une grande partie des ressources du secteur numérique (actuellement non soutenable, rappelons le) soit consacrée à la pub ou au marketing ne semble pas, par exemple, raisonnable. La loi et la régulation pourraient y remédier, et il est urgent d’avancer dans cette direction. Une planification environnementale du numérique apparait comme indispensable, et l’introduction en décembre 2025 du numérique dans le Projet de Stratégie National Bas-Carbone N°3, prônant la sobriété du secteur, est un pas en avant.

Les entreprises, et notamment celles du numérique, doivent aussi prendre leur part de responsabilité en évitant le gaspillage d’énergie et d’équipements pour des gadgets numériques sans véritable utilité sociétale.

Les modèles économiques, les stratégies de captation, les biais et les questions de souveraineté derrière les plateformes proposant des services d’IA Générative doivent être également mis sur la table : toutes les solutions ne se valent pas sur ces plans.

Enfin, poser le pied sur le frein passe inévitablement par une nécessaire prise de conscience des utilisateurs. Utiliser une IA générative pour trouver la capitale de l’Argentine ou l’actrice principale de « Quand Harry rencontre Sally », est-ce bien raisonnable ? Interroger des sources d’information directes comme wikipedia génère beaucoup moins d’impacts, chacun dispose d’une énorme responsabilité dans son utilisation des technologies.

Pour que chacun puisse faire des choix éclairés, la formation au numérique et à ses impacts directs et indirects, est plus que jamais indispensable.

Benjamin Ninassi, Inria, Serge Abiteboul, Inria et ENS Paris, Thierry Viéville, Inria, et Frédéric Alexandre, Inria.

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10.01.2026 à 06:48

IA, création audio générée en temps réel concert

Thierry VIEVILLE

Cause commune est « la voix des possibles » une radio généraliste libre et indépendante sur les ondes en Ile de France et sur Internet partout dans le monde. Elle donne la parole à qui veut aider le monde à aller mieux et aide à décloisonner la culture et les savoirs. Ses contenus sont partagés comme des […]

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Texte intégral (658 mots)
©CC-BY

Cause commune est « la voix des possibles » une radio généraliste libre et indépendante sur les ondes en Ile de France et sur Internet partout dans le monde.
Elle donne la parole à qui veut aider le monde à aller mieux et aide à décloisonner la culture et les savoirs.
Ses contenus sont partagés comme des biens communs, pour toutes et tous.

 

Quand on se questionne sur l’IA, on pense toute de suite à ce qu’elle crée, presque comme voir mieux que des humains. Ici, Ninon Devis Salvy de l’IRCAM, remet l’IA à la place d’outil, complètement disruptif, et en fait … un instrument de musique. Animée par Serge Abiteboul, on aborde dans cette émission radiophonique des questions qui le passionnent autour de la création, de la créativité, de l’évolution du rôle de l’artiste au contact des productions générées par l’IA.  Chloé Mercier et Thierry Viéville.

– Le parcours multidisciplinaire de Ninon Devis Salvy
– La création d’un nouvel instrument de musique : le Neurorack
– La créativité : définition et complexité
– L’IA au service de la créativité humaine vs. l’IA créatrice autonome
– Les risques d’homogénéisation créative
– La divergence active et l’appropriation créative des outils IA
– Les défis éthiques, techniques et philosophiques

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01.01.2026 à 06:05

Bonne année non binaire !

Thierry VIEVILLE

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26.12.2025 à 07:18

Tout ne se calcule pas … et pas que l’amour :)

Thierry VIEVILLE

Allez avouez-le : quand on observe certains de nos congénères, ne souhaite-t-on pas aux ordinateurs de surtout pas devenir « intelligents » comme nous ? Bonne nouvelle pour ces machines : ça fonctionne vraiment différemment de notre cerveau. Oui … mais comment ces machines peuvent-elles exécuter des algorithmes aussi déraisonnablement efficaces au quotidien que ce dont nous […]

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22.12.2025 à 12:22

IA ou environnement : faut-il choisir ?

Serge ABITEBOUL

Jacques Sainte-Marie est mathématicien à l’Inria et à Sorbonne université. Il s’intéresse à la modélisation et à la simulation numérique des phénomènes géophysiques (risques naturels et environnementaux, dynamique océanique…). Parallèlement il étudie les impacts positifs et négatifs du numérique et de l’IA sur divers secteurs notamment l’environnement, l’agriculture. Il nous propose une réflexion sur le […]

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12.12.2025 à 06:48

De l’impact de l’IA sur l’analyse des données de santé

Thierry VIEVILLE

La Société Informatique de France (SIF) partage sur binaire un cycle d’interviews sur l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur les métiers. Ici  Myriam Maumy-Bertrand, Enseignante-Chercheuse aborde l’évolution de l’analyse des données de santé à l’heure de l’IA. L’interview réalisée Erwan Le Merrer, président du conseil scientifique de la SIF. Serge Abiteboul et Pierre Paradinas. Erwan : […]

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05.12.2025 à 06:36

Parlez-moi d’IA !

Serge ABITEBOUL

Cause Commune est « la voix des possibles » une radio généraliste libre et indépendante sur les ondes en Ile de France et sur Internet partout dans le monde. Elle donne la parole à qui veut aider le monde à aller mieux et aide à décloisonner la culture et les savoirs. Ses contenus sont partagés comme des […]

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21.11.2025 à 07:03

Les 10 problèmes de Hilbert de la cybersécurité.

Charles CUVELLIEZ

À la fin du XIXe siècle, le mathématicien David Hilbert posa une liste de 23 problèmes (l’hypothèse de Riemann, par exemple) dont la résolution serait d’un intérêt fondamental pour les mathématiques : ils ont orienté fortementles recherches depuis lors. Dans le même esprit, le Clay Mathematics Institute, à la fin du XXe siècle, décida d’attribuer […]

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14.11.2025 à 07:18

De l’impact de l’IA sur les auteurs

Thierry VIEVILLE

La Société Informatique de France (SIF) partage sur binaire un cycle d’interviews sur l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur les métiers. Ici  Stéphanie Le Cam, Enseignante-Chercheuse et Directrice de la Ligue des Auteurs Professionnels aborde l’enjeu du métier d’autrice ou auteur à l’heure de l’IA. Interview réalisée Erwan Le Merrer, président du conseil scientifique de […]

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