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🖋 Marc ENDEWELD
Journaliste et écrivain

The Big Picture


▸ les 20 dernières parutions

11.06.2026 à 18:03

Entre Trump et Starmer, fritures sur la ligne

Marc Endeweld

Texte intégral (977 mots)

« No alliance lasts forever » (« Aucune alliance n’est éternelle »). Ce banc-titre apparaît dans le générique de la troisième saison de « La Diplomate », qui a pour héroïne une ambassadrice américaine à Londres, diffusée à l’automne dernier sur Netflix. Depuis trois ans, le succès de cette série confirme la fascination d’Hollywood pour le pouvoir américain. À moins que ça ne soit l’inverse : dès 2023, les rues de Washington étaient couvertes d’affiches promouvant la première saison, un marketing bien ciblé vers les milliers de fonctionnaires au cœur de la machine de la première puissance du monde. Aux manettes, la scénariste Debora Cahn a travaillé pour les séries fameuses « À la maison Blanche » et « Homeland » et a l’habitude de multiplier les interviews « off » auprès de diplomates, d’espions, de hauts fonctionnaires, pour préparer ses scénarios.

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Aucune alliance n’est éternelle ? L’effet dramatique est évident, mais il n’est pas si farfelu : depuis le Brexit – cela fera dix ans ce 23 juin – la « relation spéciale » entre le Royaume-Uni et les États-Unis n’a cessé de se disjoindre : derrière l’alliance sécuritaire – notamment dans le nucléaire militaire et le renseignement électronique – les divergences stratégiques se multiplient entre les deux pays depuis une dizaine d’années. Le révélateur Trump de ces dernières semaines dévoile comme souvent un état de fait plus profond.

Le sacro-saint point de vue français

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25.05.2026 à 20:08

Au Quai, la valse des ambassadeurs différée par l'Élysée : dispute autour du poste en Israël

Marc Endeweld

Texte intégral (787 mots)
Le ministère des Affaires Étrangères, au 37 du Quai d’Orsay, dans le 7e arrondissement de Paris.

Traditionnellement, le Quai d’Orsay procède à deux grands mouvements d’ambassadeurs chaque année, l’été et l’hiver. Les annonces des nominations se font au printemps et à l’automne. Mercredi dernier, justement, aurait dû être annoncée une série de mouvements, concernant une vingtaine de postes, selon mes informations. Si aucune grande ambassade (Washington, Londres, Berlin, UE) n’était concernée, plusieurs nouvelles nominations portaient sur des pays sensibles dans le contexte géopolitique actuel : le Canada, les Émirats Arabes Unis, l’Ukraine, et enfin Israël.

Selon mes informations, auraient dû être nommées les personnes suivantes :

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28.04.2026 à 22:57

Aux origines de la stratégie Křetínský

Marc Endeweld

Texte intégral (857 mots)
Première interview filmée en France de Daniel Křetínský en Novembre 2018.

Il est encore jeune, Daniel Křetínský (50 ans), et pourtant, en quelques années à peine, ce milliardaire tchèque francophone est devenu un pilier de la place de Paris. Celui qu’on décrit comme un amoureux de la France (il a fait des études de droit à Dijon), n’est pas qu’un financier froid et opportuniste, qui serait surtout avide de bons coups. Pourtant ses investissements tous azimuts dans les médias (Marianne, Franc-Tireur, Loopsider, la chaîne T18, et une participation dans TF1), dans l’édition (Éditis), la grande distribution (Casino, Fnac Darty), et dans l’énergie (Uniper, et bientôt TotalEnergies dont son groupe sera l’un des principaux actionnaires), rendent sa stratégie illisible aux yeux de bon nombre d’acteurs français. Pour y voir plus clair, il faut revenir en arrière…

À la table des Macron, apprécié des Arnault

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15.04.2026 à 18:29

Comment CMA-CGM compte racheter le groupe M6 plus vite que prévu

Marc Endeweld

Texte intégral (732 mots)

Depuis février, la nouvelle se répand dans les états-majors des médias français : le groupe M6, qui compte plusieurs chaînes de télévision (principalement M6, W9 et Paris Première) et plusieurs radios (RTL, RTL2, Fun Radio), pourrait bientôt être de nouveau à vendre. Son propriétaire, le groupe allemand Bertelsmann (qui le détient depuis la fin des années 1990), avait déjà tenté la vente en 2022, mais avait alors échoué devant de multiples contraintes réglementaires.

Multiples verrous dans les prochaines années ?

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02.04.2026 à 21:30

La communication financière d'Atos sous investigation de la justice

Marc Endeweld

Texte intégral (4730 mots)

On a assisté à un bien étrange chassé-croisé ce mardi 31 mars : d’un côté, l’AFP annonçait que l’État avait finalisé pour 404 millions d’euros le rachat auprès d’Atos de son entité de supercalculateurs, de nouveau dénommée Bull, nom historique de cette activité. De l’autre, on apprenait dans Le Monde, que le groupe Atos, déjà objet d’une enquête pour corruption et abus de bien social, était la cible d’une nouvelle enquête du Parquet National Financier (PNF), pour diffusion d’informations trompeuses sur sa situation financière, suite à un signalement de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). « La communication du closing entre l’État et Atos sur les supercalculateurs a fait réagir le PNF qui a souhaité communiquer lui aussi », croit savoir un acteur important du dossier Atos.

Signalements à l’AMF dès l’été 2023

La justice s’intéresse en particulier à la communication d’Atos lors du dévoilement aux marchés financiers, à l’été 2023, d’un projet de scission du groupe informatique en deux entités, et la reprise de l’une d’elles par le milliardaire tchèque Daniel Křetínský. Comme je l’avais révélé à l’époque dans plusieurs articles, le plan annoncé par la direction d’Atos comportait de nombreuses incohérences dans sa présentation financière, et beaucoup d’observateurs – tant les salariés que certains actionnaires ou acteurs du marché – dénonçaient l’opacité et l’invraisemblance d’une telle communication. Suite à de nombreux signalements auprès de l’AMF, le gendarme de la Bourse a donc considéré, après de premières investigations, que les faits reprochés – une éventuelle communication intentionnellement trompeuse – pourraient relever du pénal. L’institution de contrôle a donc décidé d’alerter le PNF. Contactés, ni l’AMF ni le PNF n’ont souhaité faire de commentaires.

Pour Atos, l’ouverture de cette enquête supplémentaire est bien sûr une très mauvaise nouvelle. Depuis 2023, les signalements se multiplient sur l’insincérité de la communication financière du groupe, malgré les changements de direction. « Il y a une connexité des faits. L’enquête ne va pas se limiter à l’été 2023 », m’assure l’un des auteurs de ces signalements.

À l’automne 2023, le banquier d’affaires René Proglio, jusqu’alors administrateur indépendant d’Atos, avait lui-même produit un signalement auprès de l’AMF. Peu de temps après, il avait également été auditionné longuement par la gendarmerie dans le cadre de la première enquête du PNF. Maintenant que la seconde enquête sur la diffusion d’informations trompeuses est ouverte, c’est toute la communication financière du groupe depuis bientôt trois ans qui risque d’être mise en doute par les marchés. Contacté dès hier, la direction de communication d’Atos m’assure en cette fin d’après midi vouloir répondre à mes questions demain en fin de journée.

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Doutes sur les dernières communications financières

En effet, plusieurs actionnaires d’Atos et acteurs de la place que j’ai interrogés émettent déjà des doutes sur la dernière communication datant du 6 mars sur l’exercice financier 2025 d’Atos. Dès la fin mars, le blog Atos a mis les pieds dans le plat dans un article tonitruant dont il a l’habitude : « EXCLU Blog : nous lançons une alerte sur une possible communication trompeuse d’Atos ». L’auteur du blog, Marc Prily, qui suit le dossier Atos depuis de nombreuses années a récemment gagné en justice contre l’entreprise qui avait décidé d’engager des poursuites judiciaires à son encontre.

Et Marc Prily de pointer une première évidence : Atos dans sa communication financière du 6 mars se réjouit de signes de reprise du commerce B2B (Business-to-Business) en se fondant sur le quatrième trimestre 2025. Or, sur cette période, le groupe a bénéficié de la signature d’un marché de 354,8 millions d’euros avec le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) pour la construction d’un futur supercalculateur (dénommé Alice Recoque)… Dans les prochains mois, cet argent ne tombera donc pas dans les poches d’Atos mais dans celles de Bull désormais étatisé.

De mon côté, des critiques que je recueille à l’encontre de la situation financière d’Atos, ressortent principalement trois grands axes :

  1. le groupe affiche une perte nette de 1,404 milliard d’euros, soit une baisse organique de 13,8 %, avec une variation nette de cash de –326 millions d’euros, et la consommation de 88 % du plan d’économies triennal Genesis en moins d’un an.

  2. l’amélioration de marge s’est faite dans un contexte de baisse de revenus, de réduction des coûts, de sortie de pays, de revue de portefeuille de contrats et d’incurrence accélérée d’une large part de l’enveloppe de restructuration de 700 millions d’euros. Enfin, le book-to-bill1 annuel de 89 % reste, par définition, inférieur à 100 %, donc inférieur à ce qu’exigerait une véritable logique de reconquête sur une base consolidée.

  3. selon des données internes collectées pour janvier et février 2026, le book-to-bill d’Atos France tomberait à 54 % en janvier et en février. Les contrats “red & black” qui désignent, en pratique, des contrats internes classés comme sous-rentables ou destructeurs de valeur suscitent également des interrogations.

Ces données n’empêchent pourtant pas Philippe Salle, PDG d’Atos, de se réjouir de la situation de son groupe : « Nous avons atteint ou dépassé nos objectifs financiers et amélioré la rentabilité du Groupe et la génération de trésorerie, assure le dirigeant dans son communiqué officiel. Nous avons renforcé les fondamentaux de notre modèle opérationnel le rendant plus résilient et axé sur la performance. D’importants succès commerciaux, une reconnaissance sectorielle et des positions de marché solides témoignent d’un regain de confiance croissant de nos clients dans l’ensemble de nos activités. »

L’assèchement du pipe de commandes

Or, malgré quelques signes encourageants à la fin d’année, dès l’été et l’automne 2025, les indicateurs virent au rouge écarlate. Aucun d’entre eux ne confirme alors un redressement : malgré les différentes opérations de communication de la direction, le cours de bourse ne remonte pas suffisamment, il végète à un niveau résiduel, sans rapport avec les valorisations de 2020 ; les prévisions de chiffre d’affaires 2025 sont une nouvelle fois revues à la baisse de plus de 700 millions d’euros ; la marge opérationnelle visée tourne alors autour de 3 %, là où elle dépassait 6 % il y a quelques années ; surtout, le book-to-bill s’affaisse alors autour de 66 %, révélant l’assèchement du pipe de commandes ; le PSE (Plan de Sauvegarde l’Emploi) est retoqué par l’auditeur social pour ses ciblages ad hominem et ses catégories artificielles (ce PSE est contesté par la CGT) ; l’omerta sur le cash persiste : les communications financières de l’entreprise sont « nettes de » – grâce notamment à l’affacturage, cette opération qui permet à une entreprise de céder ses créances clients (factures) à un organisme spécialisé pour obtenir un financement immédiat, améliorant sa trésorerie, ou grâce aussi aux effets de change entre les différents pays où Atos est présent –, sans vue claire au final de la trésorerie disponible ni du BFR (Besoin de fonds de roulement2).

Tableau issu de la communication financière du groupe pour le 3e trimestre (octobre 2025), disponible ici en PDF.

Le tableau est donc celui d’une entreprise en déliquescence accélérée, pas d’un groupe en voie de stabilisation. Pour maintenir financièrement à flot le bateau Atos, la direction joue en fait sur les coûts, et non sur l’activité qui se retrouve en forte baisse. Lors de la communication financière du groupe sur le troisième trimestre 2025, la baisse du chiffre d’affaires est particulièrement marquée sur les marchés de l’Amérique du Nord (– 28,8 % sur un an) et du Royaume-Uni/Irlande (– 30,5 %). C’est une chute significative, car la plupart des contrats d’Atos sont des contrats de long terme auprès d’entreprises dans lesquelles le groupe informatique envoie des équipes d’informaticiens détachés. Il est donc très rare qu’Atos soit confronté à des fortes variations de ce genre. « C’est simple, c’est du jamais vu ! », s’exclame l’ancien haut cadre que j’ai interrogé. Et cette situation s’est maintenue en fin d’année :

Tableau issu de la communication financière du groupe le 6 mars dernier. PDF à retrouver ici.

Pour contourner ces chiffres et ces faits, les communicants d’Atos affichent un optimisme déroutant, comme lorsqu’ils doivent justifier cette baisse soudaine du chiffre d’affaires pour l’Amérique du Nord dans le rapport financier de l’automne : « Cette baisse s’explique principalement par les sorties de contrats intervenues en 2024 et par une nette réduction de périmètre de certains clients existants. L’activité ne bénéficie pas encore de l’amélioration de la dynamique commerciale, même si des signes de reprise sont perceptibles, avec une hausse des prises de commandes d’une année sur l’autre ».

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L’État en plein manquement ?

Dans ce contexte particulièrement incertain pour l’avenir d’Atos, le comportement de l’État interroge. Pourquoi l’Agence des Participations de l’État (APE), en charge du rachat des activités supercalculateurs n’a pas souhaité négocier de nouvelles conditions auprès de la direction d’Atos, alors que les hauts fonctionnaires de Bercy ont reçu de nombreuses alertes concernant la situation économique du groupe ? Pourquoi ce rachat a-t-il été décalé d’un mois (6 avril au final) ? L’État, en continuant d’avancer sur l’achat des activités supercalculateurs d’Atos sans exiger de vérification indépendante, ne s’est-il pas placé lui-même en situation de manquement majeur ?

À toutes ces questions, l’APE et le service de presse de Bercy m’ont répondu : « pas de commentaire ». Absence de réponse également de la part du ministre de l’Économie, Roland Lescure, que j’ai interrogé via sa messagerie whatsapp (pour être précis, il m’a répondu tôt ce matin à 5h59 avant d’effacer son message que je n’ai donc pu lire). Selon mes informations, la commission d’enquête parlementaire sur les « fonds spéculatifs dans la production nationale » compte bien obtenir des réponses à ces questions en s’emparant dans les prochains mois du dossier Atos.

L’État a donc décidé d’engager 404 millions d’euros d’argent public et sa signature sans être certain de la base informationnelle du dossier. L’absence de toute réévaluation complète de l’opération par Bercy et l’opacité autour de la doctrine exacte qui a conduit l’APE à poursuivre ce calendrier après le 6 mars 2026 ne peuvent que susciter les interrogations. L’État ne serait pas seulement un acheteur mal informé ; il serait l’autorité qui a décidé de ne pas savoir.

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À relire :

Novasco, Atos : l’Etat plutôt complique qu’otage, The Big Picture, 10 janvier 2026.

Atos : « la bombe », le banquier et la justice, The Big Picture, 12 juin 2025.

« Qui veut la peau du groupe ? » : Atos, une liquidation qui ne dit pas son nom, Marianne, 30 janvier 2025.

Le géant informatique Atos bientôt liquidé aux frais de la princesse ? Marianne, 25 mai 2024.

Atos : la fuite en avant de Meunier et le bal des prédateurs, The Big Picture, 26 septembre 2023.

Atos / Eviden, les doutes de « la place de Paris », The Big Picture, 2 août 2023.

Rien ne va plus chez Atos : vers un démantèlement ? The Big Picture, 31 juillet 2023.

Le fiasco du projet de découpage d’Atos, The Big Picture, 15 avril 2023.

À écouter :

Atos, comment échouer dans un domaine à succès, France Culture, 7 mai 2023.

1

Le Book-to-bill désigne un ratio couramment utilisé dans le secteur industriel, en particulier dans le domaine des semi-conducteurs et de la haute technologie. Le ratio book-to-bill correspond au rapport entre les nouvelles commandes signées par l’entreprise (Bookings) et les facturations enregistrées au cours d’une période donnée (Billings), indiquant la dynamique commerciale. Un ratio > 1 signifie plus de commandes que de ventes (expansion), < 1 l’inverse (ralentissement), et peut correspondre à un risque d’épuisement du carnet de commandes.

2

En finance, le BFR est l'argent nécessaire pour financer le cycle d'exploitation (stocks, créances clients) avant que les ventes ne rapportent. Autrement dit, le BFR est la mesure des ressources financières qu'une entreprise doit mettre en œuvre pour couvrir le besoin financier résultant des décalages des flux de trésorerie correspondant aux décaissements (dépenses d'exploitation nécessaires à la production) et aux encaissements (commercialisation des biens et services) liés à son activité.

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21.03.2026 à 11:50

Rachida Dati, l'intouchable de la Macronie

Marc Endeweld

Texte intégral (921 mots)
Brigitte Macron, Rachida Dati et Yamina Benguigui dans la cour de l’Élysée le soir de la fête de la musique le 21 juin 2025.

Dans une récente dépêche, la très officielle AFP croit savoir qu’Emmanuel Macron a toujours été séduit par l’aspect « transgressif » de Rachida Dati. Pourtant, ce jugement est loin d’expliquer le poids que la candidate à la mairie de Paris continue à avoir auprès de l’Élysée. Pour quelles raisons Dati semble intouchable en Macronie ?

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Dans son article, l’AFP assure également que la mise en avant de Rachida Dati par le « Château » serait l’un des signes principaux de la « droitisation » du président de la République. Passons sur le fait qu’Emmanuel Macron a, dès 2017, toujours plus regardé sur sa droite que sur sa gauche. Surtout, les relations sont anciennes entre la Garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy et le président Macron… Il faut pour le comprendre, revenir à la campagne présidentielle de 2017.

« La concierge de la Vème République »

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14.03.2026 à 19:19

Vaste coup de filet policier dans une DZ Mafia en pleine recomposition

Marc Endeweld

Texte intégral (1610 mots)
Le 9 octobre 2024, des individus se présentant comme membres de la DZ Mafia se mettent en scène avec une déclaration diffusée sur X, “rappelant les méthodes du Front de libération nationale corse (FLNC)”.

L’opération est (et se voulait) spectaculaire. Nom de guerre: Octopus… En début de semaine, les gendarmes de la section de recherches de Marseille ont procédé à un vaste coup de filet à l’encontre de la DZ Mafia, organisation aux méthodes particulièrement violentes présente un peu partout en France. 42 personnes ont été interpellées dans la France entière, dont trois chefs présumés de cette organisation criminelle : Amine Oualane, Gabriel Ory et Madhi Zardoum. Ces trois hommes, qui étaient déjà emprisonnés puisque mis en examen pour de nombreux faits criminels, sont suspectés par les enquêteurs de continuer, derrière les barreaux, à diriger la DZ Mafia.

Cela n’empêche pas depuis des semaines, les ministres de l’Intérieur et de la Justice, Laurent Nuñez et Gérald Darmanin de multiplier les discours guerriers contre la DZ Mafia comme on mobiliserait la pensée magique. Dans le cadre de cette offensive de communication, le garde des Sceaux a été jusqu’à échanger sur la problématique du narcotrafic avec le journaliste italien Robert Saviano – tout un symbole – lui qui est poursuivi par la mafia italienne :

Ce coup de filet des gendarmes donne donc l’occasion aux deux ministres régaliens de s’auto-congratuler dans les médias. Voilà pour la communication. Ce n’est d’ailleurs pas la première opération d’envergure : fin 2024, une quarantaine de membres supposés de la DZ Mafia avaient déjà été interpellés.

L’opération de cette semaine s’est soldée par 26 mises en examen (dont quinze placements en détention provisoire) a annoncé samedi le procureur de Marseille. Neuf des mis en examen sont des femmes, ce qui témoigne, pour les autorités, d’une « véritable féminisation du narcobanditisme ». Deux rappeurs sont également mis en cause : Dika, mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, et KITKVT, lui placé en détention provisoire. Issu de la place marseillaise, Dika apparaît dans les années 2010 et compte quelques millions de vues sur YouTube. Au final, ceux que les autorités présentent comme les têtes de la DZ étaient déjà derrière les barreaux. Je vais vous le relater dans cet article mais bien d’autres figures du groupe criminel restent en liberté.

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L’enquête initialement dans les mains de la police judiciaire, et finalement confiée aux gendarmes en novembre 2024, ambitionnait de démanteler la structure même de la DZ Mafia, d’en attaquer « le cœur », selon les mots de Nicolas Bessone, le procureur de Marseille, en ciblant notamment la « direction d’un groupement criminel ayant pour activité le trafic de drogue », infraction qui peut valoir la prison à perpétuité. Pourtant, la DZ Mafia n’est pas une organisation à la hiérarchie claire et fonctionne avant tout par les réseaux sociaux et messageries sécurisées. Face à cette dématérialisation des échanges et organisation en ligne du crime, les services de l’État semblent démunis.

N’en déplaise aux ministres, la situation reste alarmante. C’est ce que concluait déjà un rapport édifiant de trente-cinq pages sur « les influences nationales du crime organisé marseillais », que j’ai pu consulter en janvier dernier. Rédigé le 21 juillet 2025, ce rapport a été produit par les policiers du SIRASCO (Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée), qui dépend de la direction nationale de la Police Judiciaire (PJ). Dans ce rapport, on trouve beaucoup éléments sur les récents interpellés mais également sur les nombreuses figures de la DZ qui restent en fuite, et poursuivent leur contrôle du narcotrafic en France depuis l’étranger. Les policiers ont ainsi listé toutes les zones où la DZ Mafia continue de développer ses activités…

« Des contacts noués en détention avec la criminalité corse »

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27.02.2026 à 10:37

Quand Epstein, Andrew et Barak chassaient les millions à l'international

Marc Endeweld

Texte intégral (8324 mots)
Photo prise dans la résidence de Jeffrey Epstein à New-York. De gauche à droite : Woody Allen, Jeffrey Epstein, Ehud Barak, et le milliardaire Thomas Pritzker.

C’est un document précieux : une conversation enregistrée début 2013 entre Jeffrey Epstein, Ehud Barak, l’ancien Premier ministre israélien, et Larry Summers, l’ancien secrétaire d’État au Trésor américain et ex-président de l’université d’Harvard. L’enregistrement de près de 3h30 – manifestement réalisé par Jeffrey Epstein lui-même – a été rendu public fin janvier par la justice américaine parmi les nombreux « Epstein files » . Ce document permet une plongée inédite dans l’intimité de travail d’une élite globalisée sans cesse en voyages et qui passe une bonne partie de son temps en avion. « Passer la plupart de mon temps hors du pays ne me pose aucun problème », confie Ehud Barak à ses amis.

Les trois hommes partagent un repas dans un lieu indéterminé – a priori dans l’une des résidences de Jeffrey Epstein – quelques semaines avant le départ d’Ehud Barak du gouvernement israélien à la mi-mars 2013. L’ancien Premier ministre israélien travailliste est alors ministre de la Défense d’un gouvernement de coalition dirigé par Benjamin Netanyahou. Fin 2012, il a déjà annoncé publiquement l’intention de mettre fin à sa carrière politique. Et c’est tout l’intérêt d’écouter en intégralité l’enregistrement. Avec Larry Summers (qui vient de démissionner de son poste d’enseignant à Harvard) et Jeffrey Epstein, Ehud Barak n’échange pas uniquement sur la situation politique et internationale, il évoque aussi longuement son avenir – il rappelle avoir 71 ans – et ses projets dans le monde des consultants internationaux, du conseil aux États et des jetons de présence dans les conseils d’administration des grandes multinationales ou des start-up de la tech.

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Polémique en Israël, attaques de Netanyahou

Dans la presse israélienne, un court extrait de cet enregistrement a suscité la polémique : lorsque Barak explique à Summers qu’il lui apparaît nécessaire de « contrôler la qualité » de l’immigration en Israël. Les «pères fondateurs» d’Israël «prenaient tout ce qui se présentait», et notamment les «vagues en provenance d’Afrique du Nord, des pays arabes ou d’ailleurs», assure-t-il. «Aujourd’hui, nous pouvons être plus sélectifs». Sa méthode ? «Ouvrir la voie à une conversion massive au judaïsme», propose Barak. Il s’agit donc d’assouplir les règles de conversion en «cassant le monopole du rabbinat orthodoxe », notamment sur le «mariage», les «funérailles» et la «définition d’un juif». L’ex-premier ministre fait le pari qu’avec un état d’esprit «beaucoup plus ouvert», Israël pourrait «facilement accueillir un million» de personnes en plus. «C’est un pays prospère, beaucoup vont postuler ». Ehud Barak fait référence à la vague d’immigration en provenance de l’ancienne Union soviétique dans les années 1980 et au début des années 1990. «Ce million de Russes a radicalement changé Israël», assure Barak. «Je disais souvent à Poutine : “Ce qu’il nous faut, c’est juste un million de plus”. [...] Beaucoup de jeunes filles viendraient, grandes, minces.»

Benjamin Netanyahou s’est immédiatement emparé de cette « révélation stupéfiante » pour critiquer Ehud Barak, cette ancienne figure de la gauche israélienne qui ne cache plus son envie ces derniers mois de revenir dans l’arène politique. «Lorsque la gauche et son messie Ehud Barak ne parviennent pas à remporter les élections, ils essaient de remplacer le peuple », a réagi Netanyahou. Sur X, l’actuel Premier ministre s’est servi de la relation étroite entre Barak et Epstein pour dire que cela prouvait que ce dernier ne travaillait pas pour Israël.

En novembre dernier, quand avaient été dévoilés des échanges entre Steve Bannon et Jeffrey Epstein qui affirmait soutenir un retour en politique du travailliste, Netanyahou avait étrangement répliqué sur X en publiant sans faire un commentaire un article du magazine américain Jacobin, dans lequel était pourtant évoqué une éventuelle collaboration de Jeffrey Epstein avec les services israéliens : « Il est grand temps de s'interroger sur les liens de ce milliardaire pédocriminel avec Israël », écrit en effet la publication américaine :

Cet échange sur l’immigration en Israël n’est qu’une petite partie de l’enregistrement, que j’ai écouté en intégralité. Bien d’autres éléments importants s’y trouvent qui permettent de mieux cerner le rôle du pédocriminel Epstein auprès de l’ancien Premier ministre israélien comme auprès d’autres grandes figures de la politique et de l’économie mondiale.

« Cela ne peut justifier notre faillite »

La conversation commence ainsi par l’analyse de la personnalité du président Obama, qui venait de commencer son second mandat à la Maison-Blanche. À ce moment là du repas, Jeffrey Epstein reste relativement silencieux, et préfère écouter (et enregistrer) ses convives discourir sur les grands de ce monde. « Obama m’a impressionné », confie Ehud Barak. Selon lui, le président américain est une personne qui fonctionne d’une manière particulièrement « autonome », contrairement à bien d’autres leaders qui cherchent avant tout l’assentiment de leur entourage ou de leur public. « Une force », ajoute-t-il, en précisant qu’Obama est aussi « extrêmement cérébral ». L’Israélien compare un tel fonctionnement avec un ex-président américain que les trois convives connaissent bien : « Je n’ai pas vu chez lui ce que nous connaissons chez Bill Clinton ». Ce dernier « voulait juste de l’amour », abonde Larry Summers, qui rappelle au passage qu’à l’inverse, Obama avait été surnommé durant ses campagnes le « Jésus Noir ».

Pour un prédateur qui cherche la compagnie des puissants, ces témoignages sont précieux. À l’origine, Jeffrey Epstein rencontre le président Clinton en 1993 ; il vient d’être élu quelques mois plus tôt. C’est en tout cas ce qu’affirme devant la justice américaine Ghislaine Maxwell, compagne d’Epstein à l’époque de la rencontre, qui se serait chargée des présentations. Très vite, les Epstein-Maxwell deviennent des habitués de la Maison-Blanche, où ils se rendent au moins 17 fois selon les registres officiels entre 1993 et 1995. Plus tard, Epstein finance la fondation caritative de l’ex-président. Selon les médias américains, Bill Clinton apparaîtrait 26 fois comme passager de l’avion d’Epstein, le tristement célèbre Lolita Express, entre son départ de la Maison-Blanche en 2001 et les derniers échanges connus entre les deux hommes en 2003. Sur ces éléments, Bill et Hillary Clinton sont entendus depuis hier par la commission d’enquête du Congrès américain portant sur l’affaire Epstein.

La conversation continue ensuite sur les enjeux géopolitiques du moment. L’Iran et son programme nucléaire, qui permettrait avant tout d’assurer « la continuité » du régime selon Ehud Barak, les besoins économiques des voisins d’Israël : les Égyptiens, mais également les Émiratis et les Saoudiens. « Je pense qu’il faut lancer une initiative américaine pour créer un système de sécurité régionale fondé sur l’Amérique, l’Europe, les pays modérés et Israël », explique alors celui qui est encore ministre de la Défense pour quelques jours. On comprend grâce à cet échange qu’un leader israélien comme Ehud Barak réfléchit dès cette époque aux futurs « accords d’Abraham » (signés en 2020) qui lient enjeux économiques, sécuritaires et diplomatiques entre les États signataires dans le cadre d’une normalisation de leurs relations avec Israël.

Les « leaders modérés et sunnites » du Moyen-Orient, « les monarques et les émirs », rappelle Barak, « ne s’intéressent pas aux Palestiniens », mais doivent gérer « les peuples dans leurs rues ». « Les gens sentent qu’on ne peut rien leur donner. C’est vrai. Pour les Palestiniens, on ne peut rien leur donner. Mais dès lors qu’on met dans l’équation le monde arabe modéré, ça s’arrêtera », ajoute-t-il. Ehud Barak semble ensuite se désoler de ce qu’il appelle ironiquement le « succès de Bibi », le fait d’avoir « réussi à convaincre » l’opinion publique israélienne « que nous avions fait notre part, que nous avions essayé », laissant à Yasser Arafat l’entière responsabilité de l’échec des négociations entre Israéliens et Palestiniens, « ce qui n’est pas vrai », ajoute l’ancien Premier ministre. Si Américains et Européens ont « fait des erreurs » et qu’Arafat est aussi « responsable », « Cela ne peut justifier notre… comment dire… notre faillite ».

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« Je cherche à faire plus d’argent »

Après ces propos, Summers questionne Barak sur ses expériences dans le secteur privé. C’est alors que l’ancien Premier ministre israélien lâche : « Je cherche à trouver des façons de faire plus d’argent ». Tout en ayant le souci de se lancer dans des activités de conseil qui ne l’empêcheraient pas de revenir un jour à la politique. Summers acquiesce et ajoute qu’il est encore plus difficile de trouver des domaines qui suscitent suffisamment d’« adrénaline ». Les trois amis passent alors en revue les États en recherche de conseils de haut niveau, notamment financiers. Epstein explique qu’il est nécessaire de parler aux dirigeants de « l’industrie », de « sécurité alimentaire » et des « ressources naturelles » pour les intéresser.

À ce stade de la discussion, le financier intervient davantage, multipliant les conseils à Ehud Barak, presque comme un coach. C’est alors que l’ancien Premier ministre israélien explique avoir déjà constitué par le passé un « groupe de consultations » avec l’Union Européenne et le diplomate norvégien Terje Rød-Larsen, l’un des architectes des accords d’Oslo, « pour donner des conseils stratégiques sur la macro-économie, la finance, la sécurité, et les relations internationales ». La valeur ajoutée de ce genre de conseils aux États est d’abord de faciliter les contacts avec les grandes puissances, de mettre à disposition les carnets d’adresse des uns et des autres auprès des dirigeants de pays étant loin d’avoir la capacité diplomatique de s’imposer dans les cénacles de la globalisation.

Dix ans auparavant, Nazarbaïev, qui dirige alors d’une main de fer le Kazakhstan, est ainsi venu solliciter Barak au sujet d’une enquête américaine visant son pays. Plus loin, l’israélien évoque également ses liens avec l’autocrate azerbaïdjanais Ilham Aliyev : « son père était le chef du parti communiste et le représentant du KGB », remarque-t-il. Et d’ajouter : « Nous devons avoir de bons contacts partout dans le monde. Quand j’ai pris les Mongols, ils m’ont demandé s’ils pouvaient parler à Poutine. C’est important pour eux parce qu’il y a beaucoup d’antagonismes » avec la Russie. L’ancien Premier ministre rappelle également à ses interlocuteurs que l’expérience d’Israël dans la « réutilisation de l’eau » et son « efficacité à utiliser l’eau » est un atout pour approcher les dirigeants. Et de se féliciter : « Nous avons l’agriculture la plus sophistiquée de la Terre ».

Ehud Barak au domicile new-yorkais de Jeffrey Epstein, en compagnie de son épouse, Nili Priel Barak.

Plusieurs pays africains sont cités comme des cibles à prospecter : l’Afrique du Sud, la République Démocratique du Congo, ou l’Angola, trois pays riches en ressources naturelles. Mais Epstein fait état de son scepticisme quant au continent africain qui manque « d’infrastructures », et où tout travail serait « très difficile ». On sent chez lui un mépris à l’égard de ces pays, qui n’est pas sans rappeler ses remarques racistes présentes dans de nombreux mails aujourd’hui dévoilés.

Promouvoir l’industrie de défense israélienne

Lui préfère évoquer le Kazakhstan, où il se rend régulièrement comme l’attestent également les Epstein files. Ce pays issu de l’ex-giron soviétique représente, selon lui « 80 milliards de dollars de richesse souveraine » et a l’avantage de vouloir « faire partie du monde occidental » et être « intégré au système financier ». Les Kazakhstanais souhaitent donc recevoir de « bons conseils » en toute « discrétion ». À cette époque, Washington cherche en effet à diminuer l’influence de Moscou dans toute cette région de l’Asie centrale. En Amérique du Sud, Epstein estime que « c’est le moment du Venezuela » : « Vous savez, Chavez va mourir bientôt. Je connais plein de gars dans le pétrole là-bas. Ce sont des réserves prouvées monstrueuses. Il y a beaucoup à faire. Une fois que Chavez sera parti, ça sera aussi le cas du système financier (…) Mais ils n’ont pas d’économie. »

À l’écoute de cet enregistrement, on comprend que Barak et Epstein envisagent de collaborer sur l’activité de conseil aux États. Et justement, dès avril 2013, Ehud Barak tout juste sorti du gouvernement israélien, se rend en Mongolie pour conseiller le pouvoir local. L'objectif principal de cette rencontre est de promouvoir l'implantation de l'industrie de défense israélienne sur le marché mongol, tout en recherchant des opportunités commerciales pour les clients de son cabinet de conseil. Au cours de sa visite, l’ancien Premier ministre israélien a visité le Centre d'entraînement des forces d'opérations spéciales près d'Oulan-Bator. Jeffrey Epstein, bien qu'absent physiquement, a joué un rôle déterminant dans la coordination des événements en coulisses, comme de nombreux mails dévoilés dès septembre 2025 par les journalistes de Drop Site News le montrent. Pour la Mongolie, en plus d’Epstein, Ehud Barak travaille aussi avec le diplomate norvégien Terje Rød-Larsen, Larry Summers et Kevin Rudd, l’ancien Premier ministre australien.

Durant sa visite, Ehud Barak envoie aussi un mail à l’oligarque russo-israélien Viktor Vekselberg, lui demandant de s’entretenir d’urgence avec lui par téléphone. Dans les jours précédant son voyage, Barak avait négocié un contrat de conseil pour développer les secteurs de l’énergie, des mines et d’autres opportunités industrielles pour le conglomérat Renova Group de Vekselberg. Le 28 avril, Barak écrit à Vekselberg : « Je suis en Mongolie. J’ai déjà rencontré la plupart des dirigeants, du président jusqu’aux échelons inférieurs, ainsi que plusieurs hommes d’affaires… J’ai une idée qui pourrait s’avérer utile. »

Cette activité de conseil aux États ne permet pas uniquement à Ehud Barak de faire fructifier son business et celui de ses amis. Quatre ans plus tard, tous ces voyages-discussions ont permis la signature d’un accord de sécurité entre Mongolie et Israël, jetant les bases d’une coopération dans le domaine des services d'urgence avec, en prime, l'intégration de technologies israéliennes de pointe au sein des services d'urgence mongols.

Ehud Barak en visite en Mongolie en avril 2013 pour ses activités de conseil.

Cet accès privilégié aux plus hautes autorités d’États permet de « faire beaucoup d’argent », assure Barak à Summers et Epstein. De son côté, l’ancien président d’Harvard, économiste de formation, explique qu’il a développé une activité de conseils auprès de fonds de haute technologie. Après une heure et demi de discussion, Summers prend congé de ses deux amis : « Je l’aime beaucoup. C’est un homme sophistiqué, confie Barak à son hôte. Qu’est-ce que tu en penses ? Il a l’appétit d’y aller ? ».

« Cette personne me doit une faveur »

Désormais, la discussion entre lui et Epstein se porte exclusivement sur la meilleure manière pour l’ancien Premier ministre de faire beaucoup d’argent en peu de temps. « Vous allez faire beaucoup d’argent. Vous allez faire beaucoup d’argent. Vraiment beaucoup (…) la question est de savoir à quel endroit vous le ferez », assure Epstein. Pour aider Barak, le financier n’hésite pas évoquer ses amis milliardaires comme l’Américain Tom Pritzker ou le Britannique Ian Osborne, qui semble conseiller Samsung pour 3 millions d’euros. Epstein demande alors à Barak de faire son « bilan personnel en termes de compétences ». Non sans une dose de paternalisme, Epstein semble doué pour « manager » les leaders politiques du type d’Ehud Barak : « Quels sont vos véritables atouts ? Quel est votre point faible ? L’un de vos points faibles est votre âge : 71 ans. Vous ne pouvez donc pas vous permettre d’être dans un secteur qui met vingt ans à être rentable (…) Nous devons générer des profits dans les trois prochaines années.»

Selon les dires d’Epstein, Pritzker conseille à Barak d’établir une liste des gens qui lui sont redevables dans son parcours : « Il a dit qu’il voulait vraiment que tu fasses cette liste : “Cette personne me doit une faveur. Cette personne me doit la vie. Cette personne me doit son travail. Cette personne me doit quelque chose” ». De son côté, Osborne y va aussi de ses conseils par l’intermédiaire de son ami Epstein : « Il a dit qu’il y avait une société qui s’appelait Lookout. Il a dit qu’il t’en avait parlé. Il pense qu’ils te paieront quelques millions de dollars pour siéger au conseil d’administration.»

Epstein propose ensuite à Barak de lui faire rencontrer Peter Thiel, fondateur de Palantir, une société spécialisée dans la data et qui travaille déjà pour une partie des services de renseignement américain : « Peter Thiel est l’un des meilleurs. Je ne l’ai jamais rencontré. Il va venir la semaine prochaine », explique alors le financier qui investira dans les années suivantes 40 millions de dollars dans une firme de capital-risque co-fondée par Thiel comme l’a révélé le New York Times en juin dernier. Dans ce domaine stratégique du financement des nouvelles entreprises de la tech, Epstein conseille également à Barak de rencontrer les fondateurs d’Andreessen Horowitz (connu sous le numéronyme a16z), l’un des fonds de capital risque les plus stratégiques de la Silicon Valley, qui « paient Larry des millions d’euros par an ».

Ces conseils semblent avoir été suivis à la lettre : en 2018, Ehud Barak co-fonde, avec des fonds apportés par a16z, la société Toka, connue pour proposer des solutions cyber offensives auprès des États, notamment Israël (à ce sujet, lire notamment cet article de Haaretz : « This ‘Dystopian’ Cyber Firm Could Have Saved Mossad Assassins From Exposure »). Sous la houlette de l’administration Trump, le fonds a16z a également participé à la prise de contrôle de la filiale américaine de TikTok, le réseau social chinois.

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« Tony Blair touche 5 millions de JP Morgan »

Autre piste pour Ehud Barak et son « avenir » : celui-ci fait état à son ami Epstein de discussions qu’il a entamées ces derniers mois avec une banque suisse sans la nommer. Comme je l’ai déjà rappelé, le système bancaire suisse dans son ensemble est alors dans le viseur des autorités judiciaires américaines qui multiplie les enquêtes contre des établissements financiers sur des soupçons d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent. « Ils ne veulent pas travailler avec les Américains », confie Barak à Epstein mais il ne lui donne pas d’autres éléments sur l’identité de la banque. « Toutes les grandes banques suisses de ce type ont fait l’objet d’enquêtes. La question est donc de savoir si elles ne le sont plus, expose Jeffrey Epstein. La question à poser aux banques est la suivante : avez-vous déjà traité avec des Américains ? Si elles ont traité avec des Américains par le passé, elles font l’objet d’une enquête. Toute personne ayant eu affaire à un Américain fait l’objet d’une enquête ». Le financier et pédocriminel américain est d’autant plus conscient de ces enjeux qu’il entre en négociation à cette époque auprès du groupe bancaire Edmond de Rothschild présent à Genève pour proposer ses propres conseils.

De son côté, Ehud Barak commencera à travailler à l’été 2013 pour le groupe zurichois Julius Baer. On ne sait pas si les conseils de Jeffrey Epstein ont porté ses fruits : « Il est important que la première offre soit élevée. Supposons donc qu’ils proposent 3 millions de dollars. Tony [Blair, ndlr] touche 5 millions de JP Morgan. JP Morgan est une structure bien plus importante, la plus importante. On sait donc que l’offre ne dépassera pas cinq millions. Le montant se situera donc entre un et quatre millions. Entre un et quatre millions. Voilà le chiffre réel. Si l’on croit que vous avez de nombreuses autres options, je pense que l’offre sera différente (…) Voilà le vrai chiffre. Donc, s’ils pensent que vous avez beaucoup d’autres options, je pense qu’ils vous proposeront un million et demi, voire deux, pour commencer, et on négociera ».

Concernant Tony Blair, Ehud Barak semble avoir d’autres informations sur son activité de conseil aux États : « Je crois que Tony Blair, par exemple, reçoit probablement 11 millions par an du gouvernement kazakhstanais juste pour les conseiller ». Mais Epstein le coupe et assure que « Tony reverse une partie de l’argent à quelqu’un d’autre parce que j’entends parler de sommes astronomiques versées à Tony » et le financier ne croit pas qu’il récupère pour lui toutes ces sommes : « Tony ne gagne pas 30 millions de dollars par an ».

« J’ai une très bonne relation avec Poutine »

La discussion se termine sur la capacité d’Ehud Barak à ouvrir les bonnes portes pour ses futurs clients, et notamment auprès des chefs d’État. Il explique alors à son ami Epstein qu’il peut avoir un accès direct au maître du Kremlin : « J'ai une très bonne relation avec Poutine (…) Je peux l’aborder et lui parler d’une manière que peu de gens, je crois, osent ou se sentent libres de faire. Je le trouve toujours réceptif, très chaleureux (…) Je lui dis la vérité à son sujet et je lui parle très franchement (…) Il écoute très attentivement, il respecte cette façon de parler franchement ». Ehud Barak explique ensuite à son ami qu’il peut très facilement proposer de dîner avec Poutine. Comme le dit Epstein, cette ressource rare sur le marché du conseil s’appelle pudiquement « l’accès aux États ». À coups de millions donc…

Toujours le mélange des genres, de la raison d’État au service d’intérêts privés, avec un autre ami d’Epstein, l’ex-prince Andrew. Entre 2001 et 2011, cette figure de la monarchie britannique a assuré le rôle de représentant spécial du commerce extérieur du Royaume en président l’UK trade & investment. Dans le cadre de ses fonctions, Andrew a franchi à plusieurs reprises les lignes rouges. C’est sur celles-ci que la justice britannique a décidé d’arrêter l’ex-prince Andrew le jour de son anniversaire, le 19 février dernier, pour l’interroger. En effet, plusieurs mails dévoilés dans les Epstein files montrent que ce dernier a transmis de nombreux éléments confidentiels de l’État britannique sur le commerce extérieur à Epstein. De son côté, l’ancien ministre Peter Mandelson, figure du parti du New Labour, et autre grand ami d’Epstein, a également été arrêté pour avoir divulgué des éléments confidentiels à Epstein.

Outre-manche, l’affaire prend donc une tournure particulière : la justice et la presse soupçonnent clairement les agissements passés du financier et du pédocriminel comme des actes de compromission de la sécurité nationale. Et tout complice pourrait être accusé de haute trahison. En attendant, le scandale ébranle le gouvernement de Keir Starmer, qui démissionne son chef de cabinet pour tenter l’extinction.

Les visites d’Andrew à Kadhafi, Nazarbaïev et Aliyev

Sur le volet financier de l’affaire, les alertes ont pourtant été nombreuses concernant l’ex-prince Andrew, comme le rappelle l’historien Andrew Lownie spécialiste de la famille royale, et auteur d’un ouvrage choc publié l’été dernier. En septembre 2007, la propriété de Sunninghill, offert à l’origine par la reine Elisabeth II à son fils, a été vendue pour 15 millions de livres (alors que le bien avait été mis en vente à 12 millions) à un magnat du pétrole du Kazakhstan qui n’est autre que le gendre de l’autocrate Nazarbaïev. Un an plus tard, Andrew fréquente un trafiquant d’armes libyen déjà condamné, Tarek Kaituni, alors qu’il est encore le représentant du Royaume pour le commerce extérieur. Ces habitudes à l’étranger interrogent Andrew Lownie : « Pourquoi tant de visites privées au Kazakhstan ? Le cadeau d’une maison d’un million de livres sterling à Abu Dhabi cadrait-il vraiment avec ses activités de promotion du commerce britannique ? L’achat de Sunninghill Park à un prix gonflé par un acheteur étranger lui avait-il imposé une quelconque contrepartie ? »

Autre objet de polémiques : durant cette période, le prince rend également régulièrement visite à Mouammar Kadhafi et son fils Saïf al-Islam (à trois reprises entre 2008 et 2009), qui a fait ses études à Londres et qui est également un très proche de Peter Mandelson. En juin 2009, Andrew a également dépensé 60 000 livres sterling de fonds publics pour affréter un jet privé de 15 places afin de se rendre en Azerbaïdjan et y voir son ami Ilham Aliyev, l’homme fort du pays, qu’il a rencontré douze fois jusqu’à aujourd’hui.

Dans les Epstein Files, les journalistes de la chaîne publique Channel 4 ont enfin découvert qu’Epstein avait demandé en 2010 à son ami Andrew de lui organiser un rendez-vous avec Mouammar Kadhafi, un projet resté finalement lettre morte. En février 2011, ses liens avec le régime libyen avaient contraint le prince Andrew à démissionner de son poste de représentant spécial pour le commerce extérieur. À l’époque, Stephen Day, l’ancien ambassadeur britannique en Tunisie, avait écrit pour demander le licenciement d’Andrew du fait de ses relations avec des hommes d’affaires louches, « portant gravement atteinte aux intérêts politiques, diplomatiques et commerciaux de la Grande-Bretagne et de la famille royale ».

« Les secrets les plus intimes d’Andrew vendus »

Au Kazakhstan, Andrew a ainsi été invité à de nombreuses reprises par Nazarbaïev et son gendre à rencontrer des « filles mises à disposition », selon Andrew Lownie, dans des maisons privées et des boîtes de nuit. Dès septembre 2019, la presse britannique faisait état des craintes des services du renseignement du Royaume sur la possibilité que la Russie ait pu obtenir des kompromats dans le cadre de l’affaire Epstein. De son côté, Lownie cite le journaliste Ian Halperin. Selon lui, « les secrets les plus intimes d’Andrew ont été vendus à plusieurs agences étrangères, notamment les services israéliens, saoudiens et libyens sous Mouammar Kadhafi ».

Aujourd’hui, l’ampleur prise par l’affaire Epstein, avec les documents révélés par la justice américaine, ébranle jusqu’aux cénacles de la globalisation. Dans le cadre du forum économique financier mondial, Jeffrey Epstein a en effet fait jouer « ses accès » pour faire rencontrer de nombreux dirigeants entre eux, au point d’être surnommé « le concierge de Davos », comme le révèle Bloomberg. Et ce n’est pas moins que l’actuel président de Davos, l’ex-ministre des Affaires étrangères norvégien, Børge Brende, qui a dû démissionner hier, pour tenter d’arrêter les révélations ? Avec Epstein, l’establishment globalisé est touché au cœur.

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Sur l’arrestation d’Andrew et l’affaire Epstein, vous pouvez visionner mon passage sur la chaîne France Info de la semaine dernière, dans le cadre de l’émission Sur le terrain présentée par Loïc de la Mornais.

À écouter, l’enregistrement de 3h30 entre Ehud Barak, Larry Summers et Jeffrey Epstein (Si vous avez des difficultés pour l’écouter, utilisez YouTube) :

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