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11.05.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 11 mai 2026

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04.05.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 4 mai 2026

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  • Inside Microsoft’s wave of executive departures (theverge.com)

    The departures have impacted every part of Microsoft, including CoreAI, Windows, Office, and GitHub. With previously unreported changes at Amazon weighing on employees’ minds, and GitHub growing increasingly less independent, Microsoft is now changing up its annual rewards and performance programs to respond to the departures.

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27.04.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 27 avril 2026

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20.04.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 20 avril 2026

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16.04.2026 à 20:59

L’internet post-étasunien

Framasoft

Voilà plus de 15 ans que le Framablog traduit les écrits du militant anglo-canadien Cory Doctorow. Le prolifique auteur d’ouvrage de fiction, d’essais (comme « Détruire le capitalisme de surveillance » (2020)), et d’innombrables billets de blog, est membre actif de l’Electronic … Lire la suite­­
Texte intégral (13517 mots)

Voilà plus de 15 ans que le Framablog traduit les écrits du militant anglo-canadien Cory Doctorow. Le prolifique auteur d’ouvrage de fiction, d’essais (comme « Détruire le capitalisme de surveillance » (2020)), et d’innombrables billets de blog, est membre actif de l’Electronic Frontier Foundation, une organisation qui lutte notamment en faveur du respect de la vie privée en ligne.

Fin 2011, Cory donnait une conférence mémorable au Chaos Communication Camp, que Framasoft avait traduite et relayée : « On ferme ! La guerre imminente contre nos libertés d’utilisateurs ».

Le 28 décembre 2025, l’hacktiviste faisait en quelque sorte une mise-à-jour avec une nouvelle conférence « Un Internet post-étasunien, conçu pour résister à la merdification », à l’occasion de la 39e édition du CCC à Hambourg en Allemagne.

Voici une traduction de la transcription de cette conférence, réalisée par Framalang.


L’internet post-étasunien.

Transcription de Cory Doctorow de sa propre conférence au 39C3. Traduction par Framalang (Ambar, Booteille, christian, Henri-Paul, Javier, jums, Kit, Lumi, MathildeC, pyg, retrodev, tcit).
Mise en forme pour le blog, mèmes, illustrations, hyperliens, : pyg. 

 


Vidéo de la conférence « Un Internet post-étasunien, conçu pour résister à la merdification »,
de Cory Doctorow, à l’occasion de la 39e édition du CCC à Hambourg en Allemagne.
.
(Sous-titres FRSous-titres EN)
 

 

La plupart d’entre vous savent que je suis militant engagé depuis bientôt 25 ans à l’Electronic Frontier Foundation (EFF). Mon regard est sans doute biaisé, mais, selon moi, aucun autre groupe au monde ne fait un aussi bon boulot que l’EFF pour défendre nos droits numériques.

Je suis donc militant à l’EFF, et, depuis un quart de siècle, je me suis engagé dans ce que j’appelle « La guerre de l’informatique grand public ».

Si vous étiez présent·e au 28C3, il y a 14 ans, vous avez peut-être assisté à l’une de mes conférences du même titre. C’est un de mes combats depuis mes premiers jours à l’EFF, notamment quand j’ai débarqué à Los Angeles, à l’inauguration d’un truc appelé Broadcast Protection Discussion Group, une alliance diabolique d’entreprises de la tech, de conglomérats médiatiques, de diffuseurs et de câblo-opérateurs.

Ils s’étaient rassemblés car Billy Tauzin, membre particulièrement corrompu du Congrès étasunien, leur avait promis une nouvelle réglementation : un texte interdisant la production et la vente d’ordinateurs, à moins que ces derniers ne soient paramétrés et bridés de sorte qu’ils ne puissent plus effectuer d’opérations jugées indésirables par les actionnaires des entreprises membres de l’alliance.
Cette règle, le « Broadcast Flag » avait été validée par la Commission fédérale des communications (FCC), organisme régulateur des télécoms étasuniens. Nous avons donc poursuivi la FCC devant la Cour fédérale et fait annuler ce texte de loi.

Nous avons gagné cette bataille, mais, les ami·e·s, j’ai de mauvaises nouvelles, des nouvelles qui ne vous surprendront pas. Malgré ce genre de victoire, depuis ces 25 dernières années, nous perdons la guerre de l’informatique grand public.

C’est pourquoi, plusieurs décennies plus tard, je suis de retour à Hambourg. Je tente, depuis des années, d’enfoncer une porte fermée à double tour : une porte qui mène à un Internet neuf et vertueux, un Internet qui nous offre à la fois l’autodétermination technologique de l’Internet d’autrefois et la facilité d’accès pour tous, nos semblables néophytes compris, de l’Internet 2.0. Cette porte, mes ami·e·s, vient de s’ouvrir.

Aujourd’hui, la voilà enfin entrebâillée. Enfin !

Et le plus étonnant dans tout cela, c’est que c’est grâce à Donald Trump.

Bien sûr, il ne l’a pas fait exprès ! Mais grâce à son agressivité incontrôlable, nous sommes à l’aube d’un Internet post-étasunien, un nouveau système nerveux numérique pour le XXIe siècle, un Internet qui pourra se construire sans que nous ayons à nous préoccuper des attentes et priorités des États-Unis.

Cependant ne vous méprenez pas, je n’apprécie ni Trump ni sa politique. Ne vous méprenez pas, car cela ne me fait pas plaisir que Trump soit au pouvoir et je suis encore moins fan de ses politiques. Mais, comme aime à le rappeler mon ami Joey DaVilla « Quand la vie te donne une épidémie, tu fais des vaccins ». Le seul truc pire que de vivre toute la terreur que Trump fait subir aux États-Unis et au monde entier, serait de subir tout cela sans réussir à en tirer quoi que ce soit.

C’est ce dont je veux parler aujourd’hui : l’internet post-étasunien que nous pouvons arracher au chaos créé par Trump.

Un internet post-étasunien est possible, car Trump a mobilisé une nouvelle coalition qui se bat à nos côtés. En politique, le plus important ce sont les coalitions. Chaque fois que vous voyez un groupe de personnes réussir d’un coup, là où elles avaient toujours échoué jusque-là, c’est que ces personnes ont réuni leurs forces dans une coalition, en mobilisant de nouveaux allié⋅es. Tous ne veulent pas la même chose, mais ont assez en commun pour se battre côte à côte.

Trump est un pur produit d’une de ces coalitions, tout droit sorti d’un agglomérat de milliardaires, de suprémacistes blancs, de chrétiens sectaires, d’autoritaires, de conspirationnistes, d’impérialistes, et de « libertariens » auto-proclamés qui ont une telle obsession avec la non-taxation qu’ils pourraient voter pour Mussolini s’il leur promettait de baisser les impôts d’un centime.

Ce qui me rend vraiment enthousiaste, c’est que nous avons une nouvelle coalition dans cette guerre de l’informatique grand public : une coalition qui inclut celles et ceux qui se battent pour nos droits numériques depuis des décennies, mais aussi des gens qui veulent transformer les milliards des géants du numérique étasuniens en milliards pour leur propre économie, et enfin des obsédés de la sécurité nationale inquiets, à juste titre, quant à la souveraineté numérique.

La thèse que je défends ici est que cette coalition est inarrêtable. Et ça, c’est une excellente nouvelle ! Pour la première fois depuis des décennies, la victoire est à portée de main.

Du coup, laissez-moi vous expliquer : il y a 14 ans, devant ce groupe, j’ai expliqué la « guerre de l’informatique grand public ». C’était mon petit nom accrocheur pour ce combat. Toutefois, le nom ennuyeux employé dans les textes législatifs est « anti-contournement ».

Selon les lois anti-contournement, il est illégal de modifier le fonctionnement d’un produit ou service numérique, sans le consentement du fabricant, et – point crucial – cela reste vrai même si cette modification n’enfreint aucune autre disposition légale.

Les lois anti-contournement nous viennent des États-Unis : la Section 1201 du Digital Millennium Copyright Act de 1998 définit le contournement par un « contrôle d’accès » d’une œuvre soumise au droit d’auteur comme un crime passible d’une peine de prison de cinq ans et d’une amende de 500 000 dollars dans le cas d’une première condamnation.

Section 1201 du Digital Millennium Copyright Act de 1998

Section 1201 du Digital Millennium Copyright Act de 1998. Source.

 

Donc, d’un point de vue pratique, si vous concevez un appareil ou un service doté d’un système, aussi fragile soit-il, qui empêche la modification du code de l’application ou du logiciel embarqué, alors la modification de ce code ou logiciel embarqué est un délit – passible de prison. Divulguer des informations concernant le contournement de ce contrôle d’accès est aussi un délit, ce qui signifie que des expert⋅es en sécurité informatique s’exposent à des poursuites pénales, même si elles ne font que décrire comment elles accèdent à un appareil ou à un système.

Avec les lois anti-contournement, n’importe quel fabricant peut facilement transformer son produit en une zone de non-droit, qui criminalise à la fois le fait d’examiner, rapporter et corriger ces failles.

Il s’agit d’une loi que Jay Freeman qualifie à juste titre de « outrage grave au modèle commercial ». L’anti-contournement est entré en vigueur en 1998 avec la signature du DMCA [ndt le Digital Millennium Copyright Act] par Bill Clinton. Mais avant que vous ne commenciez à railler ces stupides étasuniens, sachez ceci : tous les autres pays du monde ont voté une loi comme celle-là, depuis. Ici, en UE, c’est l’article 6 de la Directive européenne sur le droit d’auteur de 2001 qui marque le début de l’anti-contournement.

Il y a une certaine logique perverse à ce que les États-Unis promulguent une loi comme celle-ci. Après tout, ils sont la locomotive technologique du monde, berceau des plus grandes et plus puissantes entreprises de la tech. En rendant illégale la modification des produits numériques sans l’accord du fabricant, les États-Unis accroissent les capacités de rente extractive des entreprises les mieux cotées de la bourse étasunienne.

Mais pourquoi l’Europe aurait-elle passé une loi comme celle-là ? L’Europe importe massivement des technologies numériques. En élargissant la protection légale aux entreprises qui veulent voler les données et l’argent de leurs utilisateurices, l’UE permettait de faciliter un transfert de valeur à sens unique vers les États-Unis. Pourquoi l’Europe ferait-elle cela ?

Laissez-moi vous raconter les circonstances qui ont mené d’autres pays à promulguer leur loi anti-contournement et peut-être identifierez-vous un schéma qui répondra à la question.

L’Australie a eu sa loi anti-contournement via l’accord de libre-échange avec les États-Unis, obligeant l’Australie à promulguer une loi anti-contournement.

Le Canada et le Mexique l’ont eue via l’accord de libre-échange avec les États-Unis, obligeant le Canada et le Mexique à promulguer une loi anti-contournement.

Des nations andines comme le Chili ont eu la leur, via des accords bilatéraux de libre-échange avec les États-Unis, les obligeant à promulguer des lois anti-contournement.

Et des nations d’Amérique centrale ont eu la leur via le CAFTA – Central American Free Trade Agreement with the USA – (NdT : Zone de Libre-Échange de l’Amérique Centrale avec les États-Unis) qui les obligent à promulguer elles aussi une loi anti-contournement.

Mème : un cowboy, l'air peu rassuré, regarde au loin. Une astronaute le tient par l'épaule, montre le paysage de la main et dit, en souriant : « Des accords de libre-échange, Des accords de libre-échange partout ».

 

J’imagine qu’à ce stade, vous avez identifié le schéma : le représentant étasunien au commerce a obligé chacun de ses partenaires commerciaux à adopter une loi anti-contournement, pour faciliter l’extraction de données et d’argent de leur propre peuple par des entreprises étasuniennes. Mais bien sûr, cela ne fait que soulever une autre question : pourquoi tous les autres pays du monde accepteraient-ils de laisser les États-Unis voler les données et l’argent de leurs propres peuples, et empêcher leurs secteurs technologiques nationaux de faire des produits interopérables qui éviteraient ce vol ?

Voici une anecdote qui résout cette énigme : il y a de cela plusieurs années, avant que Viktor Orban n’accède au pouvoir, je donnais des conférences, en tant que conférencier invité, pour le programme doctoral d’été en sciences politiques de l’Université d’Europe centrale de Budapest. Et un été, à l’issue d’un cours portant sur la loi anti-contournement, un de mes étudiants m’approcha.

Il me dit qu’il avait été ministre de l’information d’un pays d’Amérique Centrale pendant les négociations du CAFTA et, un jour, il avait reçu un appel téléphonique de son négociateur commercial, qui appelait depuis la table des négociations. Le négociateur dit : « Tu sais à propos de ta consigne de ne donner aux étasuniens l’anti-contournement sous aucun prétexte ? Eh bien, ils disent qu’ils n’achèteront pas notre café à moins qu’on ne leur donne l’anti-contournement. Et je suis désolé mais nous ne pouvons tout simplement pas perdre le marché étasunien. Notre économie s’effondrerait. Donc on va leur donner l’anti-contournement. Je suis vraiment désolé. »

Voilà. C’est pour cela que tous les gouvernements du monde ont autorisé les géants du numérique étasuniens à déclarer ouverte la chasse aux données personnelles et aux profits faciles.Mème : deux boutons rouges, un dit « Filer nos données aux USA », l'autre « Ne plus vendre de produits aux USA ». Un homme tagué « Touts les États du monde (ou presque) » transpire en ne sachant sur quel bouton appuyer.

L’alternative c’était les droits de douane. Eh bien, je ne sais pas si vous êtes au courant, mais on a les droits de douane maintenant !

Je veux dire, si quelqu’un menace de brûler votre maison à moins que vous ne lui obéissiez et qu’ensuite il brûle quand même votre maison, vous n’êtes pas tenu de continuer à lui obéir. Alors… Vive la Libération ?

Jusqu’à présent, les pays du monde entier n’ont eu que deux réponses aux droits de douane de Trump.

La première était : « Donnons à Trump tout ce qu’il demande (sauf le Groenland) et peut-être qu’il arrêtera de s’en prendre à nous ». Celle-ci a été un échec absolu. Si vous donnez à Trump le doigt, il prend le bras. Il prendra ce fichu Groenland. La reddition est un échec.

Mais l’autre tactique n’est pas meilleure : les droits de douane en représailles. C’est ce que nous avons fait au Canada (comme tous les meilleurs Américains, je suis Canadien). Notre meilleure idée a été d’imposer des droits de douane sur les choses que nous importons depuis les États-Unis, ce qui a augmenté leur coût à l’achat. C’est une étrange manière de punir les États-Unis ! Comme se frapper soi-même très fort en espérant que le voisin du dessous dise « Aïe ! »

Et c’est sans distinction. Pourquoi coller des droits de douane sur le soja d’un pauvre fermier d’un État commençant et finissant par une voyelle ? Ce gars n’a jamais rien fait de mal au Canada.

Mais il y a une troisième réponse possible aux droits de douane. Une réponse qui n’attend qu’à être testée : et si on abrogeait les lois anti-contournement ?

 

Mème : sur l'autoroute, un panneau indique « Mettre des droits de douanes élevés sur tous les produits » tout droit et « Abroger les lois anti-contournement » sur la sortie à droite. Une voiture taguée « L'Europe » fait un dérapage pour prendre la sortie ; Texte 4 : « (dans un avenir idéal) ».

 

 

Si vous êtes un acteur de la Tech ou un investisseur installé dans un pays qui a abrogé sa loi anti-contournement, vous pouvez vous lancer dans la création de produits de dé-merdification, qui se branchent sur les technologies défectueuses exportées par les États-Unis pour permettre aux gens qui possèdent et utilisent ces produits de le faire à leur propre avantage, même si cela énerve les actionnaires.

Pensez aux tracteurs John Deere : quand le tracteur John Deere d’un fermier tombe en panne, on s’attend à ce qu’il le répare, en installant de nouvelles pièces pour remplacer ce qui ne fonctionne plus. Mais le tracteur ne reconnaît pas ces nouvelles pièces et refuse de démarrer tant que le fermier n’a pas dépensé quelques centaines de dollars pour faire appel à un réparateur John Deere officiel, dont le seul travail consiste à saisir un code de déverrouillage sur la console du tracteur, pour initialiser la pièce et l’associer à l’ordinateur central du tracteur.

Modifier un tracteur pour contourner cette étape d’activation est une violation de la loi anti-contournement. Cela signifie que des fermiers partout dans le monde sont coincés par cette arnaque, parce que leur propre gouvernement mettra sous les barreaux quiconque modifie un tracteur pour désactiver le système d’association de pièces de ce produit étasunien.

Mais que se passerait-il si le Canada abrogeait le projet de loi C-11 de la loi de modernisation du droit d’auteur de 2012 (c’est notre loi anti-contournement) ? Alors, une entreprise comme Honeybee, qui fabrique des capots de tracteurs, pourrait embaucher quelques bon·ne·s étudiant·e·s en informatique de l’Université de Waterloo, les mettre au travail sur le déverrouillage du logiciel des tracteurs John Deere, et le mettre à disposition du monde entier. Ils pourraient vendre la solution à toute personne disposant d’une connexion Internet et d’un moyen de paiement, y compris ce pauvre fermier étasunien dont nous avons soumis le soja à des droits de douane.

Il est difficile de mesurer les sommes en jeu ici. Prenons juste un exemple : l’App Store d’Apple. Apple force tous ses vendeurs d’application à utiliser son système de paiement, et prend une commission de 30 % sur chaque euro dépensé dans une application.

30 % ! C’est une affaire tellement rentable qu’Apple en tire 100 milliards de dollars chaque année. Si l’Union Européenne abrogeait l’article 6 de la Directive sur le droit d’auteur, quelques geeks malins en Finlande pourraient faire de la rétro-ingénierie sur les systèmes de démarrage d’App et créer un appareil qui déverrouille les téléphones afin qu’ils puissent utiliser des magasins d’application alternatifs. Ils pourraient vendre cet appareil, ainsi que l’infrastructure nécessaire pour faire tourner un magasin d’application à toute personne dans le monde qui souhaite entrer en compétition avec Apple pour capter ses utilisateurs et ses éditeurs d’applications.

Ces concurrents pourraient offrir une réduction de 90 % à tou·te·s les bricoleur·euse·s de Etsy, tou·te·s les artistes de Patreon, tous les médias d’actualité, tou·te·s les développeur·euse·s de jeux, tous les systèmes de VOD. Ils pourraient leur offrir 90 % de réduction sur les paiements et quand même gagner 10 milliards de dollars par an.

Peut-être la Finlande n’aura-t-elle jamais de nouveau Nokia, car c’est une affaire difficile à reproduire. Il faut fabriquer du matériel, ce qui est coûteux et risqué. Mais si l’Union Européenne légalise le déverrouillage, c’est Apple qui devrait engager tous les coûts et les risques de fabrication et de déploiement du matériel, tandis que ces geeks finlandais pourraient écrémer les 100 milliards de dollars qu’Apple pompe de l’économie globale par son arnaque à la rente illégitime.

Comme l’a dit Jeff Bezos aux éditeurs : « Vos marges bénéficiaires sont mes opportunités ». Avec ces gens-là, c’est toujours « disruption pour vous mais pas pour moi ». Quand ils nous font ça, ils appellent ça du progrès. Quand on le leur fait, c’est du piratage. Et tous les pirates veulent devenir des amiraux.

Eh bien, tant pis. Bougez vite et cassez les choses de Tim Cook. Bougez vite et cassez les rois ! [NdT : c’est une référence à la citation « move fast and break things » de Mark Zuckerberg. Doctorow emploie la formule « Move fast and break kings » dans la version originale aussi en référence au mouvement « No king » aux USA]

C’est marrant : j’ai passé 25 ans de ma vie à me faire botter les fesses par le bureau du représentant au commerce étasunien (pour ma défense, le combat n’était pas équilibré). J’ai développé une sorte d’admiration réticente pour leur capacité à lier le monde entier à un système commercial qui confère des avantages injustes aux États-Unis et à leurs entreprises, leur laissant le champ libre pour piller les données et les économies du monde. Il a donc été particulièrement impressionnant de regarder Trump démanteler en un clin d’œil le système commercial mondial et détruire la situation dans laquelle les affaires du monde étaient organisées pour protéger les intérêts de la classe capitaliste étasunienne.

Ce n’est pas le chemin que j’aurais choisi, évidemment. J’aurais préféré que cette avancée ait lieu sans Trump. Mais, si Trump insiste, j’accepte cet énorme but contre son camp. Je ne dis pas que je suis devenu accélérationniste, mais au point où on en est, je ne suis plus vraiment « non-accélérationniste ».

Vous devez avoir entendu dire que certains gouvernements ont tenté de pousser Apple à ouvrir son magasin d’application, et ils ont totalement échoué. Quand l’Union Européenne frappe Apple d’une ordonnance dans le cadre du Règlement sur les marchés numériques (DMA), Apple répond en proposant d’autoriser les magasins tiers, mais seulement s’ils vendent des applications qu’Apple a approuvées.

Mème : Anakin Skywalker (représentant Apple) dit « Nous allons autoriser d'autres appstores que le notre ». Padmé répond, sereine : « Et ces appstores pourront publier ce qu'ils veulent. ». Anakin a un sourire flippant. Padmé, moins rassurée, dit : « Et ces appstores pourront publier ce qu'ils veulent., hein ? » ;

Eh bien que ces magasins d’application puissent utiliser leurs propres systèmes de paiement, Apple leur facturerait tant de frais pourris que cela deviendrait plus cher. Et si Apple détermine qu’un téléphone a été utilisé hors de l’Union Européenne pendant plus de 21 jours, toutes les données et applications seraient supprimées.

Quand l’Union Européenne a expliqué que cela n’était pas conforme à la réglementation, Apple a menacé de se retirer de l’Union Européenne. Puis, une fois que tout le monde a cessé de rire, Apple a déposé plus d’une douzaine de recours bidon, dans le but de bloquer la situation dans les tribunaux pendant une décennie, tout comme Google et Meta l’ont fait pour le RGPD.

Il n’est pas clair que l’Union Européenne soit en capacité de forcer Apple à écrire du code qui ouvre la plateforme iOS à des magasins d’applications et des systèmes de paiement alternatifs. Mais il y a une chose que l’UE peut faire de manière fiable à 100 % : elle peut décider de ne pas laisser Apple utiliser les tribunaux européens dans le but de faire fermer les entreprises européennes qui déverrouillent les téléphones pour défendre les éditeurs, artistes, bricoleur·euse·s, médias d’actualité, développeur·euse·s de jeux et créateur·ice·s européen·ne·s contre les arnaques d’Apple.

Tout ce que l’Union Européenne a besoin de faire, c’est d’abroger l’Article 6 de la Directive sur le droit d’auteur et, ainsi, priver Apple du privilège d’utiliser le système judiciaire européen pour consolider sa taxe annuelle de 100 milliards de dollars sur l’économie numérique du monde. Les entreprises européennes qui réaliseront à quel point il est rentable de déverrouiller des iPhones auront des clients du monde entier, y compris des États-Unis, où Apple n’utilise pas seulement son veto pour décider quelles applications vous pouvez faire tourner sur votre téléphone pour siphonner 30 % de chaque dollar que vous dépensez, mais aussi pour retirer des applications qui protègent ses clients de la prise de pouvoir fasciste de Trump.

En octobre dernier, Apple a viré l’application « ICE Block » de l’App Store. C’est une application qui sert à prévenir les utilisateurs si une équipe de voyous masqués de l’ICE est dans les parages à la recherche de quelqu’un à kidnapper et à envoyer dans un goulag à l’étranger. Apple a classé en interne les kidnappeurs de l’ICE comme un « groupe protégé », et a déclaré que l’application ICE block était une atteinte aux droits de ces pauvres voyous de l’ICE.

 

Capture du site France Info : « Aux États-Unis, le succès d'ICEBlock, l'application signalant la présence d’agents chargés d’arrêter les sans-papiers »

Capture du site France Info : « Aux États-Unis, le succès d’ICEBlock, l’application signalant la présence d’agents chargés d’arrêter les sans-papiers ». Source.

 

Et puisque nous parlons des brutes de l’ICE, de nombreux techniciens qualifiés ont fui les États-Unis cette année, devançant les bataillons de l’ICE qui voulaient les placer ainsi que leurs enfants dans un camp. Ces hackers compétents vivent maintenant partout dans le monde, rejoints par des investisseurs qui aimeraient bien soutenir une affaire dont le succès sera déterminé par la qualité de ses produits, et non par le nombre de cryptomonnaies $TRUMP qu’ils achètent.

Les marges bénéficiaires d’Apple pourraient être leur opportunité.

Légaliser le déverrouillage, piller les activités aux plus hautes marges des entreprises les plus rentables des États-Unis est une bien meilleure réponse aux droits de douane de Trump que des représailles par droit de douanes.

En premier lieu, il s’agit d’une réponse ciblée : visez les marges des géants du numérique, et vous vous attaquez frontalement à ces entreprises dont les PDG ont chacun payé un million de dollars pour s’asseoir derrière Trump le jour de son investiture.

Piller les marges bénéficiaires des géants du numérique n’est pas une attaque contre le peuple des États-Unis, ni contre les petites entreprises des États-Unis qui se font arnaquer par les géants du numérique. C’est une attaque contre les entreprises qui arnaquent quotidiennement le monde entier comme les étasuniens. C’est un moyen de rendre chacun plus riche au dépend de ces entreprises arnaqueuses.

Et c’est vachement mieux que brûler des centaines de milliards de dollars pour construire des centres de données dédiés à l’IA dans l’espoir qu’un jour, un secteur qui a perdu un billion de dollars (mille milliards de dollars) pour produire des agents conversationnels pourris trouve enfin un usage aux cartes graphiques qui ne soit pas une hémorragie financière dès qu’ils les branchent.

Voilà donc nos nouveaux alliés dans la guerre de l’informatique grand public : des entrepreneurs et des techniciens qui veulent faire des milliards de dollars en pillant les marges bénéficiaires des géants du numérique, et des législateurs qui veulent que leur pays soit celui de la dé-merdification. Le pays qui n’a pas seulement protégé l’argent et la vie privée de son peuple en achetant des déverrouillages à d’autres pays, mais plutôt le pays qui a fait des milliards de dollars en vendant au reste du monde ces technologies de protection de la vie privée et du portefeuille.

C’est une alliance puissante, mais ce ne sont pas les seuls alliés que Trump a poussé dans notre camp. Il y a un autre allié puissant qui attend dans les coulisses.

Vous vous souvenez quand, en juin dernier, la Cour Pénale Internationale de la Haye avait publié un mandat d’arrêt contre le génocidaire Benjamin Netanyahou, et Trump avait désavoué la CPI, et la CPI avait alors perdu son accès à Outlook, ses archives email, ses fichiers de travail, ses carnets d’adresses, ses calendriers ?

 

Capture écran de l'article Next.ink : « Microsoft a supprimé le compte email du procureur de la Cour pénale internationale.

Capture écran de l’article Next.ink : « Microsoft a supprimé le compte email du procureur de la Cour pénale internationale. Source.

 

Microsoft a dit qu’ils n’avaient pas planté la CPI, que ce n’était qu’une coïncidence. Mais au petit jeu de « C’est lui qui l’a dit ! Non, c’est Clippy ! » entre les juristes de la CPI et les monopolistes condamnés de Microsoft, je sais qui croire.

C’est exactement le genre de risque infrastructurel dont on nous avait prévenu si nous laissions des entreprises chinoises comme Huawei fournir nos équipements téléphoniques essentiels. Quasiment tous les ministères, toutes les grandes corporations, toutes les petites entreprises et tous les foyers du monde se sont enfermés dans un service de cloud basé aux États-Unis.

La poignée d’entreprises du numérique étasuniennes qui fournissent les outils d’administration du monde entier sont vulnérables à la pression de l’administration Trump, et cela signifie que Trump peut planter une nation entière.

L’attaque contre la CPI était un acte de cyberguerre, tout comme les hackers russes qui arrêtent des centrales électriques ukrainiennes, sauf que Microsoft n’a pas besoin de pirater Outlook pour planter la CPI : elle possède Outlook.

En vertu du CLOUD Act de 2018, le gouvernement étasunien peut contraindre toute entreprise basée aux États-Unis à divulguer des données de ses utilisateurs – y compris celles de gouvernements étrangers – et peu importe l’endroit où sont stockées ces données. En juillet dernier, Anton Carniaux, directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France, a déclaré à une commission d’enquête du gouvernement français [NdT, en fait il s’agit d’une commission d’enquête parlementaire, pouvoir législatif, et non du gouvernement, pouvoir exécutif] qu’il ne pouvait pas « garantir » que Microsoft ne transmettrait pas des données sensibles françaises au gouvernement étasunien, même si ces données étaient stockées dans un centre de données européen.

Et toujours en vertu du CLOUD Act, le gouvernement étasunien peut imposer des obligations de silence aux entreprises qu’il force à cracher ces données, tant et si bien qu’il n’y aurait aucun moyen de savoir si cela a eu lieu ou si c’est déjà arrivé auparavant.

Ça ne s’arrête pas aux outils administratifs : souvenez-vous, en 2022, lorsque les voyous de Poutine ont pillé des tracteurs John Deere d’une valeur de plusieurs millions de dollars en Ukraine et que ces tracteurs sont apparus en Tchétchénie ? L’entreprise John Deere les a éteints à distance et les a rendus inutilisables.

John Deere est aussi vulnérable que Microsoft face à l’administration Trump, et ils peuvent rendre inutilisable la plupart des tracteurs au monde. Et ceux qu’ils ne peuvent pas désactiver sont probablement faits par Massey Ferguson, deuxième entreprise du cartel agro-technologique, qui est aussi une entreprise étasunienne et tout aussi vulnérable face aux attaques politiques du gouvernement étasunien.

Mais bon, rien de tout cela ne surprendra les dirigeants mondiaux. Même avant que Trump et Microsoft ne rendent la CPI inopérante, ils essayaient déjà de trouver un moyen d’atteindre la « souveraineté numérique ». Mais l’attitude et la rhétorique scandaleuses de l’administration Trump au cours des 11 derniers mois ont fait passer la « souveraineté numérique » de facultative à essentielle.

Alors enfin, des choses se mettent en mouvement, comme « Eurostack« , un projet visant à cloner les fonctionnalités des silos des géants du numérique étasuniens sous forme de logiciels libres/open source, et à construire des centres de données basés dans l’Union Européenne sur lesquels on pourra déployer le code de ces logiciels.

 

Capture écran du site Eurostack.

Capture écran du site Eurostack.eu

 

Mais Eurostack va au devant d’une crise. C’est super de fabriquer des services ouverts, hébergés localement, auditables et dignes de confiance qui répliquent les fonctionnalités utiles des géants de la tech mais on a aussi besoin de construire les outils d’interopérabilité antagonistes qui permettent d’exporter en masse des millions de documents, les structures de données sensibles et les historiques de modifications.

On a besoin de scrapers et de navigateurs sans interface graphique pour mettre au point l’interopérabilité antagoniste qui garantira une continuité de service aux institutions encore hébergées par des services cloud étasuniens, car les entreprises étasuniennes ne faciliteront pas d’elles-mêmes l’exode massif de leurs clients internationaux hors de leurs plateformes.

Il suffit de voir comment Apple a répondu à la demande, relativement mineure, d’ouvrir l’App Store de iOS, pour imaginer l’amplitude du traînage de pied, de la bouderie et de la conformité malveillante qu’ils appelleront à leur rescousse face au départ de nombre d’entreprises et de gouvernements dans un bloc de 27 nations remplies de 500 millions de riches consommateurs.

Toute velléité de souveraineté numérique nécessite des outils de migrations qui fonctionnent sans la coopération des géants du numérique. Sinon c’est comparable à construire des habitations pour des Allemands de l’est et les situer à Berlin ouest. Quelle que soit la taille des logements, votre audience cible va avoir du mal à déménager si vous ne détruisez pas d’abord le mur.

La première étape pour détruire ce mur est de tuer les lois anti-contournement, afin que l’on puisse faire tourner des outils virtuels pouvant être scriptés, casser les systèmes de démarrage pour changer les micrologiciels et plus généralement prendre le contrôle des moyens de calcul.

C’est le troisième bloc de l’armée de dé-merdification : pas seulement les hippies des droits numériques, comme moi, pas seulement les entrepreneurs et le secteur économique se frottant les mains à l’idée de transformer les milliards étasuniens en millions européens mais aussi tous les faucons sécuritaires qui sont totalement confortés dans leur peur de l’abandon complet de leur sécurité numérique nationale aux mains de plateformes étasuniennes qui ont montré leur manque complet de fiabilité.

C’est comme cela que nous aurons un internet post-étasunien : avec une coalition inarrêtable d’activistes, d’entrepreneurs et de conseillers en sécurité intérieure.

Cela vient de loin. Depuis l’ordre international mis en place après la guerre [NdT : la deuxième guerre mondiale], le monde a traité les États-Unis comme une plateforme neutre, un garant de confiance stable des systèmes essentiels aux échanges mondiaux. C’est ce que les politologues Henry Farrell et Abraham Newman appellent « l’Empire souterrain ». Mais lors des 15 dernières années, les États-Unis ont systématiquement brisé la confiance mondiale en leurs institutions, un processus qui n’a fait que s’accélérer sous Trump.

Prenez les câbles à fibre optique transocéaniques : la manière dont les routes que suivent ces câbles sont planifiées fait que la majorité d’entre eux font escale sur les côtes des États-Unis, là où les interconnexions sont gérées. Il y a de bons arguments en faveur de cette topologie de réseaux en étoile, surtout en comparaison avec la mise en place de liaisons directes entre tous les pays. Ce serait un problème de complexité O(N²) : relier directement chacun des 205 pays de la planète Terre les uns avec les autres nécessiterait 20 910 liaisons en fibre.

Capture écran du site https://www.submarinecablemap.com/

Capture écran du site https://www.submarinecablemap.com/ (oui, les fans d’histoire-géographie et de topologie y reconnaîtront quasiment trait pour trait une carte coloniale du 19e siècle)

 

Mais mettre tous les œufs des télécommunications mondiales dans le (même) panier étasunien ne marche que si les États-Unis ne tirent pas profit de leur centralité. Et alors que beaucoup de gens se souciaient de ce que les États-Unis pouvaient faire à la tête de l’infrastructure mondiale, ce n’est qu’avec les révélations de Mark Klein en 2006 sur les écoutes à l’échelle nationale de la NSA du réseau de fibres optiques de AT&T, et les documents d’Edward Snowden en 2013 qui montraient l’ampleur mondiale de ces écoutes, que le monde a dû se confronter à cette réalité indéniable : on ne pouvait plus faire confiance aux États-Unis comme centre mondial de la fibre.

Ce n’est pas que de la fibre. Le monde fait affaire en dollars. La plupart des pays maintiennent des comptes en dollars à la Réserve Fédérale étasunienne comme principale source de réserves de change. Mais en 2005, des fonds vautours étasuniens ont racheté des milliards de dollars de bons du Trésor argentin après que la nation souveraine d’Argentine se soit déclarée en faillite.

Ils ont convaincu un juge à New York de leur céder les avoirs étasuniens du gouvernement argentin pour percevoir le remboursement de prêts que ces recouvreurs de dette n’avaient pas émis, mais qu’ils avaient acheté pour une bouchée de pain. À ce moment-là, tous les gouvernements du monde ont dû se confronter au fait qu’ils ne pouvaient pas faire confiance à la Réserve Fédérale étasunienne pour leurs réserves de change. Mais qu’auraient-ils pu faire d’autre ?

Sans réponse claire, la domination du dollar continua, mais ensuite, sous Biden, les oligarques alignés avec Poutine et les entreprises russes ont perdu l’accès au système SWIFT [NdT, un réseau de messagerie sécurisé utilisé par les banques du monde entier pour se transmettre des ordres de paiement] pour le règlement en dollars. Puisque les biens – tels que le pétrole – sont vendus en dollars, ces acheteurs doivent seulement trouver quelqu’un qui échange leur propre monnaie en dollars, qu’ils peuvent alors échanger contre n’importe quel bien dans le monde.

Encore une fois, il y a un bon argument en faveur du règlement en dollars : il n’est tout simplement pas pratique d’avoir à gérer les quasi 200 devises du monde de pair à pair. C’est un autre problème de complexité O(N²).

Mais cela ne marche que si le dollar est une plateforme neutre. À partir du moment où le dollar devient un instrument de la politique étrangère étasunienne, que vous soyez d’accord avec cette politique ou pas, ce n’est plus une plateforme neutre et le monde entier se met à la recherche d’alternatives.

Personne ne sait ce que cette alternative sera, tout comme personne ne sait quelle disposition finiront par prendre les liaisons fibre du monde entier. Il y a des kilomètres de fibre déployées sur les fonds océaniques, et des pays sont en train de tenter des paris plutôt improbables en guise d’alternative au dollar, comme l’Éthiopie qui réévalue sa dette souveraine en renminbi chinois [NdT, nom officiel du yuan, la monnaie chinoise]. Sans une alternative claire aux plateformes américaines merdifiées, le siècle post-étasunien est bon pour un départ sur des chapeaux de roue.

Mais il y a un système post-étasunien qui est facile à imaginer.

Le projet de remplacer toutes les boites noires connectées au cloud, dotées de portes dérobées et auxquelles on ne peut pas se fier, qui font tourner nos institutions, nos implants médicaux, nos véhicules et nos tracteurs, par un code ouvert, libre, fiable, vérifiable et maintenu collectivement.

Ce projet est le seul qui tire profit des économies d’échelle au lieu de se retrouver paralysé par des crises exponentielles de mise à l’échelle. Cela vient du fait que n’importe quel outil libre et ouvert adopté par une institution publique – comme les services Eurostack – peut être audité, localisé, soumis à des tests de sécurité, débogué et amélioré par des institutions de tous les autres pays.

C’est un bien commun, plutôt comme une science que comme une technologie. Il est universel, international et collaboratif. Nous n’avons pas de principes concurrents pour l’ingénierie structurelle entre la Chine et l’Occident. Nous avons plutôt des principes universels pour nous assurer que les bâtiments ne s’écroulent pas, adaptés aux circonstances locales.

Nous ne tolérerions pas de secret dans les calculs effectués pour maintenir nos bâtiments debout et nous ne devrions pas tolérer d’opacité dans le logiciel qui maintient en activité nos tracteurs, prothèses auditives, ventilateurs, pacemakers, trains, jeux de console, téléphones, caméras de surveillance, serrures et ministères gouvernementaux.

 

Mème : dans le Seigneur des anneaux, Boromir, l'air inquiet, dit « On ne peut pas simplement redonner l'accès à nos outils du quotidien ».

 

Le fait est que le logiciel n’est pas un atout, c’est une responsabilité.

Les capacités que l’exécution d’un logiciel apporte – automatisation, production, analyse et administration – ça, ce sont des atouts. Mais le logiciel en lui-même ? C’est une responsabilité. Vulnérable, fragile, qui tombe sans cesse en panne au fur et à mesure que les logiciels en amont, en aval ou qui lui sont accolés sont mis à jour ou remplacés, révélant au passage des défauts ou des défaillances dans des systèmes qui ont pourtant bien marché depuis des années.

Passer à une production de logiciel basée sur les biens communs est un moyen de réduire les responsabilités que le logiciel impose à ses créateurs et utilisatrices, en répartissant cette responsabilité entre plusieurs acteurs.

Évidemment, les patrons du secteur du numérique sont complètement à l’ouest sur ce sujet. Ils croient que le logiciel est un atout. C’est pour ça qu’ils sont si excités par leurs chatbots qui chient des logiciels à des vitesses surhumaines. Ils pensent qu’il est bon d’avoir un chatbot qui « produit mille fois plus de code qu’une développeuse ».

Produire du code qui n’est pas conçu pour la lisibilité et la maintenabilité, mais qui est plutôt optimisé pour la vitesse de production est un moyen d’accumuler de la dette technique à grande échelle.

C’est un parfait résumé de toute cette histoire d’IA : le chatbot ne peut pas faire ton travail mais un commercial qui vend des IA peut convaincre ton patron de te virer et de te remplacer par un chatbot qui ne peut pas faire ton travail.

Ton patron est une cible facile pour le vendeur de chatbot qui racole, parce que ton patron te déteste. Les patrons savent bien que s’ils ne venaient pas travailler, les affaires continueraient à tourner toutes seules, mais si les travailleurs arrêtaient de se pointer, l’entreprise s’effondrerait instantanément.

Les patrons aiment à croire qu’ils sont à la place du conducteur, mais ce qu’ils redoutent le plus c’est d’être attachés à la banquette arrière avec un volant Fisher Price. Pour eux, l’IA est un moyen de relier directement le volant jouet à la transmission du véhicule. C’est l’accomplissement du fantasme de l’entreprise sans travailleuses.

Quand j’étais allé au piquet de grève à Hollywood pendant la grève des scénaristes, l’un d’eux m’a raconté qu’on prompte une AI de la même manière qu’un patron de studio donne ses mémos pourris à une équipe de scénaristes : « Faites moi E.T. mais centrez le autour d’un chien et donnez lui une histoire d’amour et une course-poursuite en voiture pendant le troisième acte ».

Dites ça à des scénaristes, iels vous traiteront d’idiot en costard et iels vous diront « Pourquoi tu retournes pas dans ton bureau sur ton fichier Excel. Ici, les adultes sont en train d’écrire un film ».

À l’inverse, si vous donnez ce prompt à un chatbot, il chiera allègrement un script qui colle à la demande. Le fait que ce script soit affreux et inutilisable est moins important que la perspective d’une vie de travail où personne ne vous traite d’idiot en costard.

L’IA fait miroiter la promesse d’une équipe de scénaristes sans scénariste, d’un film sans actrice, d’un hôpital sans infirmier, d’une agence web sans développeuse.

 

Mème : le méchant Gru fait un plan. Il est très exalté et sûr de lui sur les trois premières images où son plan est : « 1. S'inspirer d'un film à succès », « 2. Demander à l'IA quelques variations scénaristiques » et « 3. Se retrouver avec une grosse bouse qui fait un flop ». Sur la quatrième image, il devient soudain très incertain et penaud devant « 3. Se retrouver avec une grosse bouse qui fait un flop ».

 

Quand Mark Zuckerberg avait déclaré dans un podcast que l’étasunien moyen avait trois amis, mais qu’il voulait en avoir 15 et qu’il pourrait satisfaire ce besoin en nous donnant des chatbots comme amis, on lui est tous tombé dessus en le traitant de martien milliardaire déconnecté qui ne comprenait rien à la nature de l’amitié.

Mais la réalité, c’est que pour Zuck, vos amis sont un problème. Les interactions avec vos amis déterminent combien de temps vous passez sur ses plateformes et donc combien d’annonces publicitaires rémunérées il peut vous montrer.

Vos amis refusent obstinément d’organiser leur relation avec vous afin de maximiser la rentabilité pour ses actionnaires. Du coup Zuck est là-bas, à Menlo Park, en train de fantasmer furieusement sur le remplacement de vos amis par des chatbots, parce que, comme ça, il pourra enfin atteindre le rêve d’un service de média social sans aucune sociabilité.

Les riches et les puissants sont, à la base, des solipsistes. Le seul moyen d’amasser un milliard de dollars est d’infliger des misères et des privations à des pans entiers de la population. Le seul moyen de se regarder dans la glace après avoir fait ça, c’est de se convaincre que ces gens ne comptent pas et que, d’une certaine manière, ils ne sont pas réels.

Pensez à Elon Musk traitant quiconque n’étant pas d’accord avec lui de « PNJ » [NdT : un « personnage non jouable », i.e un personnage « figurant » non contrôlé par un joueur] ou pensez à tous ces « altruistes efficaces » qui pensent avoir une morale supérieure en prétendant se soucier de 53 billions d’humains imaginaires qui existeront dans 10 000 ans, au détriment de la considération morale due aux personnes vivantes d’aujourd’hui.

Ou encore à la manière dont Trump a viré tous les scientifiques du gouvernement étasunien, puis a annoncé le lancement du programme « Genesis », avec pour objectif que les États-Unis produiront des avancées scientifiques annuelles d’une magnitude comparable à un lancement vers la Lune, via un chatbot. La science sans scientifiques.

Les chatbots ne peuvent pas vraiment faire de science mais, aux yeux de Trump, ils seront toujours meilleurs que des scientifiques, parce qu’un chatbot ne lui dira jamais de ne pas regarder directement une éclipse ou de ne pas s’injecter de l’eau oxygénée dans les veines. Un chatbot ne lui dira même pas que les personnes transgenres existent ou que l’urgence climatique est réelle.

Les puissants sont à fond sur l’IA parce qu’elle alimente leurs fantasmes d’un monde sans humains : un patron, un ordinateur uniquement. Pas de confrontations avec des gens compétents en train de vous dire « non » qui leur ferait mal à l’égo.

L’IA est un moyen de produire de la dette technique à grande échelle, de remplacer des écrivains talentueux par des systèmes d’autocomplétion approximatifs et défaillants, et de perdre de l’argent dans des proportions jamais observées de mon vivant.

Comparez ça avec la construction d’un internet post-étasunien : qui réduit la dette technique, qui libère les billions du monopole étasunien, puis les répartit aux entrepreneurs du monde entier (pour qui cela représente des profits inouïs) et aux utilisateurices du monde entier (pour qui cela représente des économies inouïes) ; tout cela en consolidant résilience et souveraineté.

Bon, certain⋅es d’entre vous sont probablement un peu cyniques sur ce sujet à l’heure actuelle. Après tout, vos dirigeants politiques ont fait étalage d’une déférence inefficace et incompétente à l’égard des États-Unis pendant des décennies, et d’une incapacité à agir, même quand le besoin était urgent. Si nos dirigeants n’ont pas pu agir résolument face à l’urgence climatique, quel espoir avons-nous de les voir prendre ce moment historique au sérieux ?

Mais les crises accélèrent le changement. Vous vous souvenez quand un autre empereur fou – Vladimir Poutine – a envahi l’Ukraine et que l’Europe a dû faire face à une pénurie d’énergie soudaine ? En trois petites années, l’adoption du solaire a atteint des sommets sur le continent. L’UE est passée de 15 ans de retard dans la transition énergétique à 10 ans d’avance sur ses prévisions.

 

Mème : en haut, Sophie (représentant l'Europe) n'aime pas « 15 ans de retard sur la transition énergétique » ; en bas, Sophie aime « 10 ans d'avance sur les prévisions ».

 

Parce que quand vous tremblez dans le noir, beaucoup de batailles que vous ne pensiez pas dignes d’être menées deviennent soudainement des batailles existentielles que vous ne pouvez pas vous permettre de perdre.

Bien sûr, personne ne veut se chamailler avec un voisin pénible qui pique une crise de colère esthétique rien qu’à l’idée d’un panneau solaire accroché au balcon de son voisin. Mais quand vient l’hiver, qu’il n’y a plus de gaz russe et qu’on tremble dans le noir, alors cette personne peut prendre ses objections esthétiques, les replier plusieurs fois et se les fourrer dans le derrière.

De toute façon, nous n’avons pas besoin que l’Europe mène la charge vers un Internet post-étasunien en abrogeant les lois anti-contournement. N’importe quel pays pourrait le faire ! Et le pays qui le fait en premier va profiter du fait de fournir des outils de déverrouillage au reste du monde, il deviendra la Nation de la Dé-merdification, et le reste du monde pourra acheter ces outils et se défendre contre le pillage financier et de la vie privée des entreprises étasuniennes.

Il suffit qu’un seul pays brise le consensus, et les arguments pour que tous les pays le fassent n’ont jamais été aussi puissants. Avant, les pays qui dépendaient de USAID [NdT: l’Agence de Développement étasunienne, qui avait divers programmes d’assistance en place] risquaient de perdre un soutien alimentaire, sanitaire et monétaire s’ils se mettaient à dos les États-Unis. Mais Trump a détruit USAID, donc cette dépendance a disparu.

Pendant ce temps, la place des États-Unis en tant que plus gros consommateur de la planète a été démolie par des décennies de politiques anti-travailleureuses et pro-milliardaires. Aujourd’hui, les États-Unis sont aux prises avec leur troisième reprise « en forme de K » , c’est-à-dire une reprise économique où les riches s’enrichissent, et les autres s’appauvrissent. Pendant une génération, les États-Unis ont dissimulé cette inégalité grandissante avec des crédits faciles à obtenir, les étasuniens moyens finançant leur consommation avec des cartes de crédit et une seconde ou une troisième hypothèque.

Tant qu’iels pouvaient se permettre de continuer à acheter, les autres pays devaient se préoccuper des États-Unis en tant que marché d’export. Mais une extraction longue a laissé les 90 % des étasuniens les plus pauvres en difficulté pour acheter à manger et des produits de première nécessité, les frais de logement, d’éducation et de santé qui s’envolent produisant des dettes écrasantes qu’iels ne peuvent espérer rembourser, suite à 50 années de stagnation des salaires.

L’administration Trump s’est rangée fermement du côté des créanciers, des escrocs et des rentiers. Trump a neutralisé les plaintes contre les agences immobilières qui augmentent les loyers, telles que Realpage, relancé le recouvrement des dettes de 8 millions d’étudiant·e·s, et mis fin à un plan qui visait à rendre les médicaments essentiels un peu moins chers, laissant les étasuniens payer les prix les plus élevés au monde pour les médicaments.

Chaque dollar dépensé pour payer un emprunt est un dollar qui n’est pas dépensé pour la consommation. Et alors que toujours plus d’étasuniens glissent dans la pauvreté, les États-Unis détruisent les programmes qui profitent au public, comme SNAP, le programme de bons alimentaires qui évite la famine à une part toujours plus grande d’étasuniens.

Les États-Unis poursuivent le rêve d’un « monde sans les gens », dans lequel les travailleurs n’ont rien, ne dépensent rien, et donnent chaque centime à des rentiers qui injectent rapidement cet argent dans le marché financier, les crypto-merdes ou les sites de paris. Mais je me répète.

Même l’armée étasunienne – longtemps une institution sacro-sainte – est mise à genoux pour enrichir les rentiers. Le Congrès vient d’enterrer une loi sur le « droit à la réparation » militaire. Maintenant, les soldats étasuniens basés à l’étranger vont devoir poursuivre la fière tradition du Pentagone de renvoyer le matériel, des générateurs aux jeeps, jusqu’aux États-Unis pour qu’ils soient réparés par leurs fabricants avec une marge de 10 000 %, parce que le Pentagone signe régulièrement des contrats de maintenance qui interdisent d’apprendre à un Marine comment réparer un moteur.

Le monde post-étasunien est vraiment en train d’arriver à toute vitesse. Au fur et à mesure qu’on abroge nos lois anti-contournement, on n’a plus à se soucier de ce que pensent les États-Unis, on n’a plus à se soucier de ses droits de douane parce qu’ils sont déjà en train de nous taper avec des droits de douane ; et parce que les seules personnes qui peuvent encore s’acheter des choses aux États-Unis sont les riches, qui n’achètent pas assez de choses. Il y a une limite au nombre de Lambos [NdT, diminutif de la marque de voiture Lamborghini] et de Sub-Zeros [NdT, marque de réfrigérateur de luxe] qu’un ploutocrate, même le plus guillotinable, peut posséder.

Mais que se passerait-il si les entreprises européennes voulaient continuer à tirer profit des lois anti-contournement ? Eh bien il y a de bonnes nouvelles de ce côté-là également. « Bonnes nouvelles » parce que les entreprises européennes qui dépendent de l’anti-contournement sont impliquées dans les fraudes les plus sordides et dégoûtantes que l’on puisse imaginer.

Les lois anti-contournement sont la raison pour laquelle Volkswagen a pu s’en sortir avec le Dieselgate. En imposant une responsabilité juridique à ceux qui auraient pu découvrir ce crime létal en faisant de la rétro-ingénierie, l’article 6 de la loi sur le droit d’auteur a créé un effet dissuasif et des milliers d’européens sont morts chaque année.

 

Mème : dans une usine, un homme blasé s'apprête à remplacer le zéro par un autre zéro dans la phrase « zéro jours sans que des vies soient perdues à cause de lois à la con sur le numérique, visant à maximiser les profits ».

 

Aujourd’hui, les constructeurs automobiles allemands perpétuent la tradition du Dieselgate, en sabotant leurs voitures pour prélever de l’argent aux conducteurs. Cela va de Mercedes, qui vous loue la pédale d’accélération de votre voiture de luxe et ne vous débloque la pleine accélération du moteur qu’en payant une souscription mensuelle, jusqu’à BMW, qui vous loue le système qui diminue automatiquement vos feux de route lorsqu’il y a des véhicules qui arrivent en face.

Légalisez le déverrouillage et n’importe quel garagiste en Europe pourrait débloquer ces fonctionnalités qui marchent à l’abonnement pour un paiement en une fois, sans rien en reverser à BMW et Mercedes.

Et puis il y a Medtronic, une entreprise qui prétend être irlandaise. Medtronic est la plus grande entreprise technologique dans le secteur médical, ayant racheté tous ses concurrents, et qui a ensuite entrepris la plus grande « inversion fiscale » de l’histoire, en se vendant à une petite entreprise irlandaise de manière à transformer comme par magie leurs profits en un état de grâce fiscale qui flotte sur la mer d’Irlande.

Medtronic fournit au monde les ventilateurs les plus répandus et les a piégés de la même manière que John Deere piège ses tracteurs. Après qu’un technicien hospitalier remplace une pièce dans un ventilateur Medtronic, l’unité centrale du ventilateur refuse de reconnaître ce composant tant qu’une validation cryptographique n’a pas été effectuée, prouvant ainsi qu’un technicien habilité par Medtronic a été payé des centaines d’euros pour certifier une réparation que le technicien de l’hôpital aurait probablement pu faire lui-même.

C’est juste une manière de pomper des centaines d’euros des hôpitaux chaque fois qu’un ventilateur tombe en panne. En soi, c’est déjà assez vilain comme ça mais pendant les confinements dus au Covid, quand chaque ventilateur était d’une nécessité vitale et que les avions ne volaient plus, il n’y avait pas moyen qu’un technicien Medtronic vienne et bénisse les réparations techniques. Ce fut létal. Cela a tué des gens.

Il y a une autre société européenne qui compte sur l’anti-contournement dont je voudrais discuter ici parce que ce sont de vieux amis du CCC : il s’agit de la compagnie de trains polonaise Newag. Newag sabote ses propres locomotives, les piégeant de manière à ce que si jamais elles détectent qu’elles ont été déplacées dans le périmètre d’une compagnie concurrente, le train se met à l’arrêt. Quand l’opérateur du train appelle Newag à propos de ce mystérieux problème, la société se montre « aidante » en accédant aux ordinateurs de la locomotive pour effectuer des « diagnostics » qui ne sont rien d’autre qu’une commande de redémarrage qu’ils facturent 20 000 euros.

L’année dernière, des hackers polonais de la société de recherche en sécurité Dragon Sector ont présenté leurs découvertes sur cet odieux racket ici-même dans cette salle et, maintenant, ils sont poursuivis par Newag car dévoiler de manière avérée les produits intentionnellement défaillants de Newag contrevient aux lois anti-contournement.

Voici donc les acteurs en faveur des lois anti-contournement : les assassins du Dieselgate, les fabricants de voiture qui veulent vous louer vos phares et votre pédale d’accélération, le géant médical qui a planté tous les ventilateurs pendant la pandémie et la société qui a amarré la Pologne aux voies ferrées.

Je savoure l’opportunité de combattre ces bâtards à Bruxelles et de les voir se pointer et chouiner « Personne ne pense aux saboteurs de train ? ».

La merdification de la technologie, le délabrement des plateformes et systèmes sur lesquels on compte, a de nombreuses causes : l’effondrement de la compétition, la capture réglementaire [NdT, d’après wikipedia, « corruption de l’autorité qui se produit lorsqu’une entité politique, un législateur ou un organisme de réglementation est coopté pour servir les intérêts commerciaux, idéologiques ou politiques d’un membre mineur, tel qu’une aire géographique, une industrie, une profession ou un groupe idéologique »] et l’écrasement des travailleurs de la tech. Mais surtout, la merdification est le résultat de l’interdiction d’interopérabilité des lois anti-contournement.

En bloquant l’interopérabilité, en déclarant la guerre à l’informatique grand public nos décideurs ont créé un environnement merdigène qui a récompensé les entreprises qui se sont montrées merdiques et ont inauguré le merdocène, dans lequel tout est en train de se transformer en merde.

 

emoji "caca"

Vision de l’auteur concernant le monde merdifié. — Allégorie.                         (vous noterez au passage l’inventivité de nos traducteurices sur ce type de passages :) )

 

 

Marquons un temps d’arrêt dans la merdification.

Réapproprions-nous les moyens informatiques. Construisons des alternatives, gratuites, ouvertes, et auditables aux services et logiciels dont nous dépendons.

Mettons un terme à l’ère des silos. Je veux dire, est-ce que ce n’est pas foutrement bizarre à quel point on doit se soucier de savoir quelle application ou réseau une personne utilise si on veut communiquer avec elle ? Au lieu de juste avoir à se demander à qui on veut parler ?

Le fait qu’on ait à déterminer si la discussion à laquelle on veut se joindre se déroule sur Twitter ou Bluesky, Mastodon ou Instagram, c’est la manière la plus Prodigy/AOL/Compuserve [NdT, Fournisseurs d’Accès Internet américains historiques, chacun d’entre eux doté de son propre écosystème] de faire tourner un monde numérique. Je veux dire, 1990 a appelé, et il veut récupérer son jardin clos.

De puissants alliés se joignent à nous dans notre guerre de l’informatique grand public. Ce ne sont pas juste des gens comme nous, qui nous battons pour cela depuis que ce foutu siècle a commencé, mais aussi des pays qui veulent convertir les billions sur lesquels est assise la technologie étasunienne en combustible pour une fusée à usage unique qui propulse leur propre secteur technologique vers une orbite stable.

Ce sont les faucons de la Sécurité Nationale qui sont inquiets que Trump plante leurs ministères ou leurs tracteurs et qui sont aussi préoccupés, à juste titre, par Xi Jinping plantant leurs convertisseurs solaires et leurs batteries. Parce qu’après tout, l’internet post-étasunien est aussi un internet post-chinois.

Aucun champ de saisie ne devrait être conçu pour pouvoir être mis à jour sans l’autorisation de l’utilisateur. Rien de critique ne devrait être une boîte noire.

Comme je l’ai dit au début de cette conférence, je fais ce travail depuis 24 ans à l’Electronic Frontier Foundation, me jetant continuellement contre une porte verrouillée à double tour et maintenant que cette porte s’est entrouverte, bon sang de bonsoir, j’ai de l’espoir.

Je ne suis pas optimiste. Aux chiottes l’optimisme ! L’optimisme c’est l’idée que les choses vont s’arranger quoi qu’on fasse. Je sais que ce qu’on fait compte. L’espoir, c’est la conviction que si nous pouvons améliorer les choses, même de manière réduite, nous pouvons gravir la pente vers le monde que nous voulons et atteindre des points de vue plus élevés d’où nous verrons de nouveaux moyens d’action, invisibles à notre altitude actuelle, se révéler.

L’espoir est une discipline. Cela demande de ne pas céder au désespoir. C’est pourquoi je suis ici pour vous dire : ne désespérez pas.

Pendant toute cette décennie, partout dans le monde, des pays ont pris les armes contre des conglomérats de pouvoir concentré. Nous avons eu de grosses attaques bien musclées contre les grosses corporations étasuniennes (sous Trump I et sous Biden) ; au Canada, au Royaume-Uni, dans l’Union Européenne et dans des pays membres comme l’Allemagne, la France et l’Espagne, en Australie, au Japon, en Corée du Sud, à Singapour, au Brésil et en Chine.

C’est un retournement de conjoncture quasi miraculeux. Partout dans le monde, les gouvernements déclarent la guerre aux monopoles, la source de richesse et de pouvoir des milliardaires.

 

Mème. Texte 1 : « Gouvernements  ; Texte 2 : « Guerre contre les monopoles et les milliardaires » ; Texte 3 : « Société civile ».

L’auteur de ce mème est un peu moins enthousiaste que l’auteur de la conférence.

 

Même le vent le plus fort est invisible. Nous ne pouvons que voir ses effets. Ce que nous voyons ici c’est que quand un politicien décidé à limiter le pouvoir des conglomérats lève une voile, peu importe où se trouve ce politicien dans le monde, sa voile se gonfle de vent et propulse sa politique d’une manière que nous n’avions pas vue depuis plusieurs générations.

La longue accalmie de la bataille contre le pouvoir des conglomérats s’est terminée et un vent féroce et inarrêtable est en train de souffler. Il ne souffle pas qu’en Europe, au Canada, en Corée du Sud, au Japon, en Chine, en Australie ou au Brésil. Il souffle en Amérique également. N’oubliez pas qu’aussi foireux et terrifiants que soient les évènements aux États-Unis, le pays a traversé et continue de traverser un tsunami de projets de loi antitrust et de mesures coercitives à des échelles locales et fédérales.

Et n’oubliez pas qu’un internet post-étasunien sera bon pour les étasuniens. Parce que dans des États-Unis en forme de K, divisés et inégalitaires, les billions que pillent les entreprises étasuniennes ne ruissellent pas jusqu’aux étasuniens. L’étasunien moyen détient un portefeuille d’actions proche de zéro et cela inclut les actions dans la Silicon Valley.

L’étasunien moyen n’est pas actionnaire dans un géant du numérique, l’étasunien moyen est une victime des géants du numérique. Libérer le monde des géants du numérique étasuniens, c’est aussi libérer les États-Unis des géants du numérique étasuniens.

Cela a été la mission de l’EFF pendant 35 ans. Cela a été ma mission à l’EFF pendant 25 ans. Si vous voulez vous impliquer dans cette bataille, et j’espère que vous le voulez, cela peut être votre mission, à vous aussi. Vous pouvez rejoindre l’EFF dans votre pays, comme Netzpolitik ici en Allemagne ou l’Irish Council for Civil Liberties, ou La Quadrature du Net en France ou l’Open Rights Group du Royaume-Uni, ou EF Finlande ou ISOC Bulgarie, XNet, DFRI, Quintessenz, Bits of Freedom, Openmedia, FSFE ou n’importe laquelle des douzaines d’organisations autour du monde.

La porte est entrouverte, le vent souffle, l’internet post-étasunien est devant nous : un internet nouveau et bon, qui apporte toute l’autodétermination du bon vieil internet et la facilité d’utilisation du Web 2.0 pour que tout le monde puisse en profiter.

J’ai tellement hâte qu’on y traîne tous et toutes ensemble. Ça va être génial.

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13.04.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 13 avril 2026

Khrys

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  • Une bourse pour les femmes : la BCE peine à féminiser les rangs de la finance (lesnouvellesnews.fr)

    La Banque centrale européenne appelle des étudiantes à candidater à une bourse qui leur est réservée. Une tentative pour féminiser l’univers de la finance qui demeure largement masculin, malgré la présidence de Christine Lagarde.

  • Angle mort de la médecine, la ménopause toujours taboue (lesnouvellesnews.fr)

    La ménopause reste invisibilisée. Ce tabou permet à des traitements, non approuvés par les autorités de santé, de voir le jour, comme celui à base de testostérone vanté par de nombreuses influenceuses. Mais une bande dessinée saborde les injonctions pour les femmes à rester éternellement jeunes.

  • Aux États-Unis, certaines femmes militent pour la suppression… de leur droit de vote (slate.fr)

    Au sein de la King’s Way Reformed Church, les femmes portent un foulard noué en permanence sur leurs cheveux, signe visible de « soumission » à Dieu –et à leur mari. […] Dans cette théologie patriarcale, la hiérarchie est claire : le mari décide, la femme suit, y compris politiquement. À la tête de cette communauté en pleine croissance, le pasteur Dale Partridge, 40 ans, installé en périphérie de Prescott, prêche un retour au « patriarcat biblique ». Très suivi sur les réseaux sociaux, il multiplie les déclarations virulentes contre les féministes, les personnes LGBT, l’immigration, l’islam ou l’hindouisme, qualifiés de « démoniaques », et dénonce le droit de vote des femmes comme l’une des causes de la décadence américaine.

  • Le masculinisme, un tremplin vers des idéologies réactionnaires (theconversation.com)
  • Sluts, simps and body shaming : the rise of Africa’s manosphere (theguardian.com)

    Experts have been alarmed at the growth of deep misogyny dressed up as self-help on social media. We profile seven men from across the continent who are gaining traction

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06.04.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 6 avril 2026

Khrys

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  • Hommes au volant, mort au tournant : la mobilité, un enjeu féministe (lisbethmedia.com)

    Les clichés sur les femmes au volant ont la vie dure. Pourtant, les chiffres de la sécurité routière sont sans appel : les hommes sont largement plus responsables des accidents mortels. Derrière ces stéréotypes, la voiture reste un enjeu d’autonomie majeur, en particulier dans les territoires éloignés des grandes villes, où elle conditionne l’accès à l’emploi, aux soins et aux services publics. Mais entre le coût financier qu’elle représente et un secteur encore très masculin, elle constitue aussi un puissant facteur d’inégalités. Partout en France, des ateliers de mécanique féministes se multiplient pour se réapproprier des savoirs techniques et gagner en indépendance.

  • Repeupler la France, contrer la PMA : la méthode « naturelle » des catholiques réactionnaires financée par Stérin (reporterre.net)
  • Harcèlement sexuel au travail : une agence condamnée, l’emprise reconnue (lesnouvellesnews.fr)

    Dans le milieu branché de la com, l’ambiance hypersexualisée, qui autrefois, pouvait être considérée comme une forme d’humour auquel il fallait adhérer pour être intégré.e, est désormais appelée « harcèlement sexuel ». Et c’est une première dans l’histoire du droit social français.

  • Dans « Koh-Lanta » sur TF1, le sexisme n’est pas nouveau, mais cette année il s’est décomplexé (huffingtonpost.fr)

    « C’est le retour de bâton actuel avec des types qui revendiquent ouvertement leur masculinisme. Ça a toujours été le cas, mais dans notre époque ça nous choque encore plus »

  • Loana Petrucciani, 25 ans d’humiliation en direct (politis.fr)

    Depuis avril 2001, les médias ont refusé à Loana le droit d’être autre chose que la « go go dancer » de 23 ans qu’ils avaient adoré filmer et exploiter sous toutes les coutures. Et lorsqu’elle a cessé d’être cette femme-objet, on l’a rabaissée jusque dans sa mort.

  • Loana : première star de la télé-réalité et victime d’une industrie sexiste (lesnouvellesnews.fr)

    Suite à la disparition brutale de Loana Petrucciani, première star de télé-réalité française, les réactions pleuvent. Ceux qui ont instrumentalisé son image tentent de se donner le beau rôle… les féministes dénoncent la machine sexiste des médias.

  • Tariq Ramadan condamné à 18 ans de prison pour viol (lesnouvellesnews.fr)

    Après un parcours judiciaire de 9 ans, le prédicateur Tariq Ramadan a été condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle par la cour criminelle de Paris, pour des viols commis sur trois femmes. Une peine assortie de plusieurs mesures complémentaires. […] Tariq Ramadan, hospitalisé, échappe à la prison tant qu’il reste en Suisse, mais il risque une incarcération immédiate s’ils se rend dans l’espace judiciaire européen. […] Aujourd’hui condamné à 18 ans de prison en France, il avait déjà été condamné par la justice suisse pour viol.

  • Affaire des « disparus de l’Aveyron » : pourquoi il faut parler de « terrorisme masculiniste » (lesnouvellesnews.fr)

    L’homme suspecté d’avoir enlevé ses deux enfants et tué son ex-compagne et sa compagne actuelle a été arrêté. Qualifier son geste de « terrorisme masculiniste » permettrait de prévenir d’autres crimes.

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  • Microsoft Pulls Then Re-Issues Windows 11 Preview Update. Also Begins Force-Updating Windows 11 (slashdot.org)
  • Does Ubuntu Now Require More RAM Than Windows 11 ? (news.slashdot.org)
  • LinkedIn Is Illegally Searching Your Computer (browsergate.eu)

    Microsoft is running one of the largest corporate espionage operations in modern history. Every time any of LinkedIn’s one billion users visits linkedin.com, hidden code searches their computer for installed software, collects the results, and transmits them to LinkedIn’s servers and to third-party companies including an American-Israeli cybersecurity firm. The user is never asked. Never told. LinkedIn’s privacy policy does not mention it.

  • Proton Meet Isn’t What They Told You It Was (sambent.com)

    Proton built Proton Meet to escape the CLOUD Act. They built it on CLOUD Act infrastructure. Their website promises “not even government agencies” can access your calls. The company routing them hands your call records to the government when asked. Proton hid them from their privacy policy. […] Proton Meet is built entirely on LiveKit Cloud, a US company whose contracts are governed by California law, subject to the CLOUD Act, with an infrastructure chain made up exclusively of American companies.

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02.04.2026 à 16:17

Framadate peaufine sa peau neuve

Framasoft

Lors de notre campagne de dons 2025 en novembre, nous vous avons présenté la nouvelle version de Framadate (basée sur le logiciel Pollaris). Cette version en plus d’être plus ergonomique et d’avoir une interface utilisateurice plus moderne, ajoute une fonctionnalité … Lire la suite­­
Texte intégral (2296 mots)

Lors de notre campagne de dons 2025 en novembre, nous vous avons présenté la nouvelle version de Framadate (basée sur le logiciel Pollaris). Cette version en plus d’être plus ergonomique et d’avoir une interface utilisateurice plus moderne, ajoute une fonctionnalité attendue de longue date : la possibilité d’être utilisée en version mobile !

Ce qui lui manquait vraiment ? L’épreuve du feu de vos utilisations ! C’est en testant à grande échelle que les petites et grosses frictions apparaissent le mieux. En collectant vos retours sur notre forum et vos 4 945 réponses à ce Framaforms, ou les problèmes rencontrés sur notre page de contact, nous avons pu peaufiner le logiciel pour le rendre encore plus agréable.

Améliorations de l’expérience

Votes blancs

Le retour le plus fréquent que nous avons eu est celui de personnes qui indiquaient leur nom / pseudo et cliquaient directement sur le bouton de vote, sans avoir indiqué leurs choix : problématique pour un logiciel censé justement collecter les choix de chacun⋅e.

Pour éviter cela il est désormais obligatoire d’avoir voté pour au moins une option et d’avoir indiqué son nom pour pouvoir finaliser la participation. Le bouton Voter restera désactivé tant que ces deux actions ne seront pas réalisées.

Modifications des votes

La possibilité de modifier son vote sur l’ancienne version de Framadate consistait à devoir garder un lien spécifique qui s’affichait au moment du vote. Problème : ce lien était souvent ignoré ou perdu. Cela générait de nombreuses demandes d’assistance sur notre page de contact.

Modification d’un vote sur l’ancienne version

La nouvelle version procède autrement : un vote peut être simplement modifié dès lors que le même navigateur est utilisé.

Modification d’un vote sur la nouvelle version

Modification d’un vote sur la nouvelle version

 

Le système génère aussi quelques retours, et aucun système n’est parfait mais celui-ci devrait permettre de plus facilement modifier son vote car on garde plus souvent le même navigateur alors qu’on ne voit pas toujours un lien dans un encadré en haut d’une page.

Pour contourner une éventuelle perte de ce lien (en changeant de navigateur, par exemple), l’admin’ d’un Framadate peut cependant permettre à quiconque de modifier tous les votes (il faut évidemment être dans un climat de confiance). Il suffira alors d’aller sur le Framadate et de changer son vote (et pas celui des autres, hein).

Même demander l’adresse mail à laquelle envoyer le lien de modification entraînerait des erreurs (typo dans l’adresse), oubli, ou ne serait simplement pas vu… Cela demande aussi du développement plus complexe, mais la demande existe.

Déselection d’un vote

Jusque là il n’était pas possible de désélectionner un choix effectué : cela pouvait être gênant en cas d’erreur. Vous pouvez désormais enlever un vote en recliquant simplement dessus.

Nom unique

Pour éviter de se retrouver avec 5 Michel, 3 Marie, et 4 Coquelicot (ce prénom sera peut-être dans le top 3 en 2042, on ne sait pas), les noms doivent être uniques.

Expiration des sondages

Pour ne pas avoir votre page « Mes sondages » surchargée (et ne pas encombrer notre serveur), les Framadates expirés (ceux dont la date de fin est passée) sont désormais bien supprimés : 6 mois après leur expiration (ou 1 mois pour les sondages que vous aviez commencé à créer mais que vous n’avez pas finalisés).

Nous sommes tout UI

L’interface utilisateurice a elle aussi eu quelques améliorations pour rendre l’expérience plus fluide. Vous nous avez signalé qu’il était difficile de voter quand un Framadate avait du succès : le nombre de lignes à passer pour atteindre la zone de vote faisait que les options n’étaient plus visibles à l’écran (pas pratique de voter « à l’aveugle »). Nous avons donc rendu la ligne des votes fixe (et les propositions sont tronquées par défaut pour ne pas prendre trop de place – mais il est évidement possible d’afficher tout le contenu) :

De la même façon, le défilement horizontal n’était pas toujours bien visible : nous avons fait en sorte que l’on comprenne tout de suite qu’une partie des options du Framadate reste à découvrir et qu’il faut faire défiler à droite (soit avec la barre de défilement, la souris ou les flèches).

Ce n’est pas encore parfait, et des améliorations sont encore à venir de ce côté là, mais nous espérons que cela rend déjà l’expérience plus fluide et compréhensible !

En plus d’avoir rendu obligatoire le fait d’entrer son nom pour voter, nous avons rassemblé l’affichage de vos choix, le champ pour votre nom et le bouton de vote dans un seul cadre bien distinct :

Zone de vote – avant

Zone de vote – après

Nous en avons aussi profité pour ajouter les couleurs Framasoft pour que vous sachiez en un coup d’œil que vous êtes bien sur un Framachin :)

Pour la suite

Certaines améliorations sont en cours de développement : elles ne sont donc pas encore visibles sur Framadate mais le seront bientôt.

Partage du sondage par email et qrcode

En plus de copier simplement le lien du Framadate à communiquer aux participant⋅es, vous aurez la possibilité de créer un mail avec un modèle de texte. En cliquant sur le bouton Envoyer par mail votre logiciel de mail par défaut s’ouvrira avec le texte prédéfini : ne vous restera qu’à indiquer les adresses mails des personnes à qui vous souhaitez envoyer le sondage.

Vous aurez aussi la possibilité de copier le texte et le coller dans votre messagerie préférée (comme Signal, par exemple).

Le partage par qr code peut être plus pratique dans une utilisation mobile : vous aurez la possibilité de le diffuser par message en le copiant, ou bien l’imprimer sur une affiche en le téléchargeant.

Corrections de bugs

Pour le moment, le nettoyage des votes expirés dont la référence est enregistrée dans le navigateur ne se fait pas : cela sera corrigé prochainement.

Tout comme la perte des données d’une étape à l’autre quand on souhaite revenir en arrière : vous n’aurez plus à tout retaper.

Fin de l’ancienne version

Après 18 ans de bons et loyaux services, il est temps pour l’ancienne version de Framadate de partir à la retraite. Nous pensons que la nouvelle version est assez mure pour prendre dignement la suite !

À compter du 2 avril (aujourd’hui), vous ne pourrez donc plus créer (ni renouveler – si vous réutilisiez le même Framadate, il faudra le recréer sur la nouvelle version) de sondage sur l’ancienne version.

Vous pourrez cependant toujours accéder et voter sur vos anciens sondages pendant 6 mois (jusqu’en septembre 2026).

Ces améliorations, comme toutes nos actions, sont possibles grâce à votre généreux soutien ! Merci encore !

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30.03.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 30 mars 2026

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RIP

  • Lionel Jospin : la gauche d’un autre temps (politis.fr)

    Certains y verront un symbole facile. La disparition, ce 23 mars, de Lionel Jospin, l’homme qui a incarné « la gauche plurielle », survient au lendemain d’élections municipales qui ont plutôt validé la thèse des gauches irréconciliables.

  • Lionel Jospin, un héritage féministe inscrit dans la loi (lesnouvellesnews.fr)

    Parité, IVG, lutte contre les VSS, féminisation du langage, égalité pro, congé paternité… Lionel Jospin a inscrit dans la loi plusieurs réformes féministes majeures qui structurent encore les politiques d’égalité.

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26.03.2026 à 08:29

L’alternative

Gee

En ce moment, Gee a décidé de reprendre les bases… tout simplement parce que ce qui peut nous sembler évident, à nous libristes, ne l’est pas forcément pour tout le monde. L’alternative 💡 Les logiciels libres ont la fâcheuse tendance … Lire la suite­­
Texte intégral (2108 mots)

En ce moment, Gee a décidé de reprendre les bases… tout simplement parce que ce qui peut nous sembler évident, à nous libristes, ne l’est pas forcément pour tout le monde.

L’alternative

💡 Les logiciels libres ont la fâcheuse tendance à être présentés via un équivalent propriétaire : c’est le fameux « X est une alternative libre à Y ».

Un mec lambda demande à la Geekette, qui est derrière son ordi : « Tu connais une alternative libre à Photoshop ? » La Geekette : « GIMP ou Krita. » « Une alternative à Whatsapp ? » « Signal. » « À Youtube ? » « Peertube. » « À ChatGPT ? » « Ton cerveau. »

Alors heureusement, pas toujours.

Parfois, un logiciel libre est déjà leader dans son domaine.

Bizarrement, alors, il ne se passe jamais ça :

Un homme demande à une femme : « Dis, tu connaîtrais pas une alternative propriétaire et irrespectueuse de la vie prévie à OBS Studio* ? » La femme est dubitative.

OBS Studio est le logiciel de référence pour la diffusion de vidéo en direct, et il est libre. L’image ci-dessus a été réalisée pour illustrer un édito du Lama déchaîné que j’avais écrit sur ce sujet en décembre 2025.

⚠️ Mais même sans cela, il faudrait déjà ne pas se méprendre sur ce qu’on entend par « alternative ».

Le mec lambda, pas content, regarde son téléphone : « Enfin Peertube, y'a pas de monétisation, c'est nul. » La Geekette : « J'ai dit que c'était une *alternative*, pas un *équivalent*. Youtube, c'est une chaîne de télé, avec une éditorialisation et des annonceurs, Peertube ça fait juste de la vidéo décentralisée. Mais ça le fait bien. »

▶️ Un exemple qu’on prend souvent, c’est le vélo comme alternative à la voiture. Est-ce que le vélo est un moyen de transport équivalent à la voiture ? Évidemment que non.

Gee, sur un vélo, dit : « C'est sûr qu'on va pas faire Paris-Marseille en vélo… Mais avec une refonte profonde de l'aménagement du territoire complétée par des transports en commun, le vélo pourrait remplacer la voiture comme moyen de transport pour particulier par défaut. » Le smiley : « Ah ouais mais si on prend en compte le contexte, c'est pas du jeu. »

▶️ Car oui, la voiture et le vélo sont bien deux moyens de transport pour particulier, deux alternatives à la problématique consistant à se déplacer plus vite qu’à pied. Selon qu’on favorise l’un ou l’autre, on ne construit pas les mêmes villes et les mêmes territoires.

Un mec montre un schéma et dit : « Ouais OK, m'enfin la bagnole, c'est quand même plus rapide, plus confortable, ça va plus loin… » La Geekette en montre un autre et dit : « Et le vélo plus écologique, moins bruyant, ça tue moins et c'est soutenable à long terme…  Maintenant qu'on a vu les avantages et inconvénients de chaque, on avance ? »

⚠️ En effet, juger une alternative selon les standards de l’alternative dominante, c’est la condamner d’avance à paraître médiocre.

On voit un robot flambant neuf, brillant. Un homme ressemblant à Steve Jobs dit : « Notre iRobot a l'interface la plus léchée du marché, il s'interface parfaitement bien avec votre iPhone/iPad/iProut et il fait aussi le café et la vaisselle. »

Alors, qu’en vrai, si on commence à prendre d’autres critères, le libre éclate souvent le propriétaire à plates coutures…

La Geekette dit : « Voici Dédé le robot. Il est un peu moche mais il est bon marché, accessible, il ne vous espionne pas, il fait un seul truc mais il le fait bien. Et surtout, il vous fout la paix. » Smiley : « Ouais, en gros, il est moche, quoi. » Une flèche indique que le smiley est un commentateur moyen.

Bref, « alternative » n’est pas « équivalence »…

⚠️ Mais « alternative » ne veut pas non plus dire « concurrence » ! Parce qu’être en concurrence avec quelque chose, ça veut déjà dire se placer sur le même segment, avec les mêmes ambitions.

Et spoiler : souvent, c’est pas le but recherché.

Un type tout content montre un chat en disant : « Je vous présente le nouveau membre des CHATONS* ! Il propose du service web libre et décentralisé ! Vous pouvez même le papouiller ! » Un type en costard regarde d'un air hautain et dit : « Mouais, bah c'est pas avec ça que vous allez concurrencer Google et cie, hein. Bande de babos. »

« Collectifs des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires », voir aussi chatons.org.

▶️ Et en effet, si on présente souvent les CHATONS comme des « AMAP » du numérique, il faut bien comprendre qu’une AMAP est une alternative à un supermarché, mais qu’elle ne lui fait pas concurrence.

Un type de chez Carrefour dit : « Vous êtes mignons avec vos assos de paysans, mais nous chez Carrefour, on fait une distribution de masse que vous ne pourrez jamais faire. » Une paysanne dit : « OK. Ben nous, on fait dans le commerce de proximité. » L'autre : « Ouais, bah c'est pas comme ça que vous devriendrez une multinationale capitalisée en milliards. » Le paysan : « C'est pas le but recherché, en fait. »

« Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne », des structures qui permettent d’acheter régulièrement des produits alimentaires directement auprès de producteurs, pour une alimentation locale et de qualité, qui ne passe pas par la grande distribution.

💡 Quand on dit que Peertube est une alternative à Youtube, et qu’on nous répond que ça ne sera jamais un concurrent crédible…

Sepia, la mascotte de Peertube, dit : « Tant mieux ! J'ai pas la moindre envie d'un deuxième Youtube, moi, je veux juste faire autre chose. » Le logo de Youtube : « De kouwa ?! Tout le monde ne veut pas me ressembler à mouwa ?! »

▶️ Parce qu’en fait, le monde ne serait pas meilleur si Youtube était un logiciel libre… il serait meilleur si nous ne nous faisions pas constamment bouffer le cerveau par l’économie de l’attention*.

Le logo de Youtube : « Quand vous avez fini une vidéo sur Youtube, ça passe direct à la suivante. Peertube sait même pas faire ça, le nul ! » Sepia répond : « Ben si, on sait le faire. Mais on veut pas. » But de Youtube : vous faire bouffer du contenu le plus longtemps possible pour rendre votre cerveau disponible aux annonceurs. But de Peertube : vous donner un moyen de partager et de voir des vidéos de manière libre, décentralisée, sans dark pattern**, et sans dépendance à des multinationales du numérique qui cherchent juste à monétiser votre attention.

Voir ma dernière BD sur ce sujet.

✷✷ Un dark pattern est une interface utilisateur qui a été volontairement conçue pour tromper ou manipuler (dixit Wikipédia).

Alors vous allez me dire :

oui mais du coup, est-ce que c’est pas un peu vain, tout ça ?

⚠️ Si on considère que le capitalisme de surveillance est un problème, que l’hégémonie des GAFAM est un problème, et qu’on ne propose que des gouttes d’eaux propres dans un océan de merde, quel intérêt ?

Gee, avec une pelle, devant une tombe marquée « TINA — Ne manque à personne. », dit : « L'intérêt, c'est d'enterrer une bonne fois pour toutes cette saleté. » De la tombe, une voix dit : « Mais puisque je vous dit qu'IL N'Y A PAS D'ALTERNATIVEUUUH ! »

▶️ La nature a horreur du vide, et lorsqu’un géant du numérique vacille, alors quelque chose d’autre prend la place laissée vacante.

Alors autant préparer un « quelque chose » de chouette.

Le mec lambda : « Oh non ! Mon réseau social est devenu une chambre d'écho pour un techofasciste mégalomane ! » Un mastodon lui répond : « Bah viens à la maison, on est bien. Bon c'est un peu plus compliqué que chez le facho, mais c'est aussi plus tranquille. » Mastodon, alternative libre et décentralisée à Twitter/X.

💡 C’est d’ailleurs même souvent dans les moments les plus sombres que se préparent des réalités qui paraissaient jusqu’alors utopiques.

Un type montre un document appelé « Les Jours heureux » en disant : « Bon, on a des nazis qui défilent dans nos rues, des collabos au pouvoir et c'est la guerre partout… mais est-ce que ce serait pas le moment d'inventer le meilleur système de sécurité sociale au monde* ? » Gee, surpris : « Ah la vache, j'avais pas pigé que c'était un flashback des années 40, au début… »

Voir « Les Jours heureux », adopté comme programme du Conseil national de la Résistance en 1944, et qui a mené, entre autres, à la création de la Sécu après la guerre.

▶️ Et si nos ancêtres ont eu assez d’espoir sous l’Occupation pour préparer des lendemains meilleurs, ce n’est pas l’hégémonie GAFAM et les nazillons de pacotille qu’on honore à l’Assemblée qui doivent nous empêcher de construire, nous aussi, nos idéaux pour l’avenir.

Le mec lambda s'en va : « Tsss, le type à deux doigts de prétendre qu'un autre monde est possible… utopiste ! Ça me débecte, tiens. » Gee est blasé à côté. Note : BD sous licence CC BY SA (grisebouille.net), dessinée le 16 mars 2026 par Gee.

Crédit : Gee (Creative Commons By-Sa)

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24.03.2026 à 08:27

Framamèmes : une v2 financée par les soutiens de Gee !

Gee

Aujourd’hui, Gee nous présente la nouvelle version de Framamèmes, financée grâce aux dons qu’il a reçu pour le financement participatif de son blog Grise Bouille ! Si vous ne connaissez pas encore Framamèmes, découvrez-le via l’article de blog de son lancement ! … Lire la suite­­
Texte intégral (1621 mots)

Aujourd’hui, Gee nous présente la nouvelle version de Framamèmes, financée grâce aux dons qu’il a reçu pour le financement participatif de son blog Grise Bouille !
Si vous ne connaissez pas encore Framamèmes, découvrez-le via l’article de blog de son lancement !

C’était le premier méta-palier du financement participatif du blog, et il vient d’être atteint ! Je suis très fier de vous présenter la toute nouvelle version du générateur de mèmes libre Framamèmes, avec tout plein de chouettes trucs au programme !

La v2, toute belle, toute neuve !

Sauts de ligne automatiques

On commence par la fonctionnalité vedette de cette v2 : le redimensionnement dynamique des textes.

Auparavant, pour organiser vos textes dans le mème, vous deviez ajouter les sauts de ligne « à la main » ; le redimensionnement n’était qu’une bête mise à l’échelle. À présent, le texte est automatiquement organisé dans la boîte englobante, et le redimensionnement s’effectue de manière dynamique : si vous rendez la boîte plus étroite, le texte sera séparé en plus de lignes, et inversement.

À l’usage, c’est beaucoup plus agréable, et ça vous permet même de ne plus avoir à redimensionner le texte du tout lorsque vous partez des modèles existants : ainsi, sur le mème avec les panneaux autoroutiers, les boîtes englobantes par défaut sont réglées pour remplir les panneaux au maximum sans dépasser.

Barre de recherche

Lorsque la v1 est sortie en avril 2025, Framamèmes ne comportait que 7 modèles de mèmes. Un an plus tard, c’est une vingtaine d’images qui sont disponibles… ce qui est plutôt très cool.

Le problème, c’est que ça devient pénible de faire défiler tous les mèmes pour trouver celui qu’on cherche… alors pour que ce soit un peu plus simple et rapide, j’ai ajouté un champ de recherche : si vous voulez trouver le mème issu des Simpson, il vous suffit de taper « sim » et, très vite, vous ne verrez plus que le mème recherché s’afficher !

Les termes de recherche sont les noms des mèmes en versions anglaises ainsi qu’en versions françaises, agrémentés de quelques mots-clefs logiques (comme « Star Wars » pour le mème d’Anakin et Padmé).

Paramétrages des textes

Jusqu’à maintenant, tous les textes utilisaient la même police, Anton, police libre choisie pour sa ressemblance avec Impact, la police traditionnelle utilisée pour les mèmes (mais non-libre). Au niveau du style, tous les textes étaient centrés, en majuscules et en blanc avec un contour noir de taille fixe.

Tout cela est maintenant paramétrable :

  • vous pouvez choisir entre 5 polices (Anton, une police sans empattements/serifs, une avec, une monospace et une de style « BD ») ;
  • le style (gras, italique, normal, majuscules) est sélectionnable ;
  • la couleur du texte, du contour, et la taille du contour sont réglables ;
  • l’alignement est également réglable.

Chacun de ces paramètres est applicable à chaque texte séparément, mais le style choisi pour un texte peut être appliqué à tous les autres d’un simple clic.

Notez que les modèles existants de mèmes ont été mis à jour lorsqu’ils utilisaient un autre style que celui qui était uniquement disponible auparavant.

Images à la place des textes

Vous vous souvenez du mème de The Office ou Pam, la réceptionniste, fait chercher la différence entre deux images et précise que « c’est la même image » ? Avouons que ce mème ne rendait pas très bien avec des textes dans chacun des deux panneaux censés contenir des images…

Eh bien vous pouvez désormais remplacer chaque texte par une image, ce qui sera très pratique pour ce mème en particulier, mais pas seulement ! Et comme on n’oublie pas l’accessibilité, la zone de texte correspondante servira maintenant à la description de l’image (qui sera elle-même utilisée dans l’alt-text généré automatiquement).

Et non, on ne propose pas d’IA pour générer la description automatiquement à partir de l’image : l’accessibilité, c’est avant tout une question de communication humaine, on n’va pas laisser ça à une machine.

Flux RSS

Vous l’avez compris, des mèmes sont régulièrement ajoutés à ce générateur. Si vous voulez avoir une notification lorsqu’un nouveau mème est disponible, j’ai créé un flux RSS qui sert juste à ça. Parce que les flux RSS, c’est bien, et ça ne coûte pas grand-chose de le faire.

Au passage, merci à anorax qui m’a suggéré l’idée sur Mastodon !

Des petites améliorations en plus

Vous pourrez aussi trouver un bouton pour déplier la liste des mèmes (si vous préférez ça au champ de recherche, pour vous y retrouver dans la liste), un focus automatique sur les zones de textes quand termine un déplacement (ou quand on ajoute un texte), etc.

De manière générale, j’essaie toujours d’ajouter les petites améliorations d’interface qu’on me suggère, surtout quand c’est simple à faire et que ça permet de rendre l’utilisation un peu plus fluide.

C’est grâce à vous !

Cette v2 de Framamèmes a été débloquée par un « métapalier » du financement participatif du blog Grise Bouille (un palier calculé sur la saison complète et pas juste sur un mois). Un immense merci à toutes les personnes qui ont participé et ont rendu cette v2 possible !

Je vous rappelle que c’est grâce à ce crowdfunding permanent que je peux aujourd’hui produire de l’art libre, alors n’oubliez pas de soutenir ! Rappel : au prochain méta-palier, à 9 000 €, je commence à écrire la suite de mon roman de fantasy gauchiste Sortilèges & Syndicats.

Framamèmes v3 ?

Je n’ai pas vraiment de plan pour l’avenir de Framamèmes. Je ne crois pas qu’un logiciel doive nécessairement recevoir continuellement des mises à jour, et je ne souhaite pas faire de Framamèmes une usine à gaz. L’interface de la v2 me semble un bon compromis entre simplicité et exhaustivité des fonctionnalités.

La seule « fonctionnalité » qui pourrait avoir du sens est la gestion de langues multiples (avec notamment une version anglaise) : j’ai vu tourner certains mèmes sur des sites anglophones, preuve que c’est déjà utilisé. En même temps, les anglophones ont déjà pléthore de générateurs dans leur langue, et ne font en général pas partie de mes mécènes qui restent largement francophones. Bref, je garde l’idée en tête, mais ce n’est pas prioritaire.

Je compte évidemment continuer à ajouter de nouveaux mèmes, j’ignore juste jusqu’à quand (le réservoir est virtuellement infini…). Intégrer des images dessinées par d’autres personnes n’est pas à l’ordre du jour, dans un souci de cohérence graphique. Notez que vous avez déjà la possibilité d’importer vos propres images si besoin. Rien ne vous empêche non plus de forker le projet pour faire votre propre instance avec vos propres images à partir du code de Framamèmes : comme tout ce que je fais, c’est libre !

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23.03.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 23 mars 2026

Khrys

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière. Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer … Lire la suite­­
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Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.


Tous les liens listés ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez à activer votre bloqueur de javascript favori ou à passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)

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Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

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19.03.2026 à 10:25

La Suite numérique de l’État : critique des critiques

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Framasoft prend rarement position sur la politique numérique de l’État. La dernière fois où nous l’avions fait, c’était il y a 10 ans, en 2016, dans un article intitulé « Pourquoi Framasoft n’ira plus prendre le thé au Ministère de l’Éducation … Lire la suite­­
Texte intégral (13267 mots)

Framasoft prend rarement position sur la politique numérique de l’État. La dernière fois où nous l’avions fait, c’était il y a 10 ans, en 2016, dans un article intitulé « Pourquoi Framasoft n’ira plus prendre le thé au Ministère de l’Éducation Nationale ».

Si nous le faisons aujourd’hui, c’est parce que les débats autour de La Suite Numérique (« La Suite » : une suite d’outils libres et collaboratifs développée par l’État) nous paraissent révéler quelque chose d’important : la difficulté, en France (voire en Europe), à penser une politique publique du numérique qui soit à la fois libre, crédible et orientée vers l’intérêt commun.

Malgré sa longueur, cet article ne prétend pas aller au fond du sujet. Notre objectif est de proposer, début mars 2026, quelques clés de compréhension accessibles à un public large sur La Suite, ses critiques et les enjeux politiques qu’elle cristallise.

Pour en savoir plus sur le pourquoi et le comment de cet article, vous pouvez lire notre « Boîte noire » en bas de page.

Cet article s’inscrit dans un dossier que consacre Framasoft aux rapports entre les États et les modèles de développement et de financement des communs numériques :

  • L’article présent faisant l’historique entre l’État français et le logiciel libre, et précisant la position de Framasoft quant aux critiques faites à La Suite Numérique de la DINUM
  • Une (courte) tribune, parue dans l’Humanité fin janvier 2026, sur le fantasme de faire émerger, au niveau européen, un oligopole qui se poserait comme compétiteur aux GAFAM
  • Un article rappelant un modèle qui a très bien fonctionné ces dernières années pour les petites communautés du logiciel libre (dont Framasoft) : les bourses NLnet (à paraître début juin 2026)

Les faits

La Suite, c’est quoi ?

La Suite est une suite d’outils collaboratifs libres portée par la DINUM pour les agents de l’État. Son objectif est de proposer un environnement de travail cohérent couvrant les usages les plus courants :

 

Capture écran du site https://lasuite.numerique.gouv.fr

Capture écran du site lasuite.numerique.gouv.fr

 

  • Tchap : messagerie instantanée basée sur Matrix
  • Visio : visioconférence, basé sur LiveKit
  • France Transfert : envoi sécurisé de fichiers lourds
  • Messagerie : mails, contacts, rendez-vous
  • Fichiers : stockage et partage de documents

Mais aussi :

  • Grist : gestion de données et de formulaires
  • Docs : édition collaborative de documents
  • Assistant IA : basé sur Mistral

Il est à noter que l’ensemble de ces logiciels sont libres.

Mème : un cowboy, l'air peu rassuré, regarde au loin. Une astronaute le tient par l'épaule, montre le paysage de la main et dit, en souriant : « Logiciels libres, des logiciels libres partout ».

La Suite, c’est qui ?

Faire l’historique d’un tel projet est complexe, car malgré son jeune âge, il a déjà « pivoté » plusieurs fois.

Officiellement lancée en 2024, La Suite prolonge des initiatives plus anciennes, et s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’environnement de travail administratif, de protection des données publiques et de réduction de certaines dépendances technologiques (la fameuse « Souveraineté numérique »).

Wikipédia date ainsi la version 1.0 de Tchap (la messagerie sécurisée) en avril 2019. Mise en place par la direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État (DINSIC), celle-ci deviendra la direction interministérielle du numérique (DINUM), quelques mois plus tard, par le décret du 25 octobre 2019.

Fin 2021, sous l’impulsion de la DINUM, c’est le projet « Sac à dos Numérique de l’Agent Public » (SNAP) qui sera annoncé (et on se félicitera au passage que ce ne soit pas le nom final du projet qui ait été retenu 😅).

La DINUM est, toujours en citant Wikipédia, « un service du Premier ministre, elle est placée sous l’autorité du ministre de la Transformation et de la Fonction publiques. Elle a pour mission d’élaborer la stratégie numérique de l’État et de piloter sa mise en œuvre.
Elle est considérée comme la direction des systèmes d’information de l’État français. ».

Mème : deux boutons rouges, un dit « Sac à dos numérique de l'agent public », l'autre « La Suite ». Un homme tagué « l’État quand il doit faire des choix de noms de projets » transpire en ne sachant sur quel bouton appuyer.

 

 

La Suite, c’est pour qui ?

Dans cet article, nous parlons de La Suite opérée par la DINUM, destinée aux ministères et agences de l’État. Il existe d’autres dispositifs proches par le nom ou par l’esprit, notamment une Suite Territoriale pour les collectivités et LaSuite.coop pour d’autres organisations (qui fera l’objet d’un article/interview a part entière dans les semaines à venir).

Début 2026, cette Suite est déployée dans 15 ministères et de nombreuses administrations, accessible à environ 1,6 million d’agents, et utilisée chaque mois par plus de 500 000 personnes.

 

Mème : 3 spidermen se pointant du goigt les uns les autres : "La Suite de l'Etat", "La Suite de l'ANCT", "Lasuite.coop"

Entre lasuite.numerique.gouv.fr (agents de l’État), la suiteterritoriale.anct.gouv.fr (pour les collectivités) et lasuite.coop (pour les entreprises, coopératives, associations, etc, notamment de l’ESS), il ne faudra pas s’y perdre !

 

Il nous paraît difficile d’évoquer La Suite sans mentionner Apps.education.fr, autre suite d’outils libres portée cette fois par l’Éducation nationale.
Par souci de transparence, précisons que Framasoft intervient ponctuellement comme prestataire sur ce projet, via PeerTube, notre alternative à YouTube & co. Cette collaboration reste limitée à une petite part du financement global du logiciel. Nous citons néanmoins Apps.education.fr parce qu’il constitue, à nos yeux, un précédent important : celui d’une offre publique d’outils libres à large échelle, pensée pour un autre grand périmètre administratif. Cette suite ne bénéficie ni des moyens humains et financiers de La Suite, ni de sa force de frappe communicationnelle, ce que nous déplorons par ailleurs.

La Suite dans la tourmente

Ces deux dernières années, La Suite a suscité trois types de réactions : des alertes institutionnelles sur son coût et sa coordination, des critiques venues d’une partie de l’écosystème libre, puis des offensives plus intéressées venues des éditeurs propriétaires.

L’alerte institutionnelle de la Cour des Comptes

En juillet 2024, la Cour des Comptes publie un rapport intitulé « Le pilotage de la transformation numérique de l’État par la direction interministérielle du numérique » faisant état d’inquiétudes concernant La Suite (la mise en gras est de Framasoft) :

La faible coordination avec les besoins exprimés par les ministères pourrait se traduire par la création de produits numériques répondant imparfaitement aux besoins recensés. C’est notamment le cas de la suite numérique de l’État : alors que les premières briques de cette suite sont déjà peu utilisés et coûteux, le déploiement complet d’une alternative souveraine aux offres proposées par le secteur privé pourrait être une source de coûts croissants sans certitude quant à l’utilisation massive de cette suite par les agents. Seule une association forte des ministères, au niveau politique, doit permettre d’assurer un suivi étroit de cette suite qui doit pouvoir, si les résultats attendus d’un produit étaient insuffisants, revenir en arrière sur le déploiement d’une gamme d’outils encore mal coordonnés entre eux.

Ça pique un peu, hein ?
Pourtant, nous verrons plus loin que la situation est un peu plus complexe que cela.

La critique de l’écosystème libre

En août 2024, nos ami⋅es du CNLL (Conseil National du Logiciel Libre) publient un communiqué au vitriol contre La Suite. Il s’en suivra des échanges particulièrement houleux, notamment sur LinkedIn. Les principaux arguments du CNLL sont les suivants :

  • Concurrence irresponsable : selon le CNLL, la DINUM concurrence directement les éditeurs français de logiciels libres collaboratifs, avec un avantage déloyal : 100 % de financement public, moyens marketing de l’État, exemption de qualification SecNumCloud (sur ce dernier point, côté Framasoft, on n’a pas compris, car La Suite est bien qualifiée SecNumCloud) ;
  • Capacités insuffisantes et irréalistes : La DINUM n’aurait ni les effectifs, ni l’expertise, ni les moyens pour se substituer aux éditeurs logiciels, comme le démontre aussi l’échec du projet Messagerie Collaborative de l’Etat sur plus de 10 ans ;
  • Vision restrictive du Libre : selon le CNLL, la DINUM réduit le logiciel libre à la gratuité et à la défiance envers les éditeurs, sans comprendre qu’il nécessite un écosystème solide et une relation équilibrée avec les prestataires ;
  • Impact négatif sur l’industrie française : En opérant elle-même des services cloud et en développant des logiciels non spécifiques à l’État, la DINUM parasiterait les investissements des éditeurs privés français, décrédibiliserait le logiciel libre et favoriserait in fine les solutions américaines.

Là encore, les affirmations sont dures. Si certaines sont justes, nous verrons plus bas que certaines se sont révélées fausses ou ont été démenties par le temps.

L’offensive des acteurs propriétaires et de leurs relais

Début 2026, nouvelles attaques contre La Suite. Cette fois en provenance des éditeurs propriétaires. La Business Software Alliance (BSA), qui représente les principaux acteurs mondiaux du logiciel et du cloud, parmi lesquels figurent notamment Microsoft, Google, Amazon, Oracle, IBM ou encore Adobe (bref : pas nos copains) a publiquement mis en garde contre les orientations prises par les autorités françaises.

Les articles dans la presse spécialisée se suivent et se ressemblent un peu :

Mais pourquoi un tel déferlement de critiques ?

Gif animé de la pub Orangina avec un personnage criant "Parc'que !!!"

 

D’après nous, la source est initialement à rechercher en juillet 2025, lorsque l’entrepreneur Tariq Krim posta (sur LinkedIn et sur son site) une analyse très critique sur le rapport entre l’Etat et « la souveraineté numérique », avec plusieurs points plutôt légitimes. Mais le sujet est ensuite sorti du champ des spécialistes, au point que certains arguments furent même repris par… Sarah Knafo (oui oui, la députée d’extrême droite européenne, aujourd’hui candidate à la mairie de Paris), qui viendra rajouter son grain de haine (et de mensonge).

La cause, elle, est plutôt à chercher du côté de la crainte des éditeurs de solutions fermées. Voir l’État s’émanciper de leur giron pour se mettre à développer des logiciels qui fonctionnent ? Qui plus est sous licence libre ? Ça peut à terme signifier la perte de marchés importants pour eux. D’où des réactions très virulentes de leur part afin de décrédibiliser la suite logicielle de la DINUM.

Bref, c’est la mise en curée contre La Suite. Nos ami⋅es de Next.ink en feront d’ailleurs un excellent résumé (et on ne dit pas ça que parce que nous sommes cités dedans, promis !)

Prenons un peu (beaucoup !) de recul

Pour expliquer le point de vue de Framasoft, il faut faire un rapide rappel du contexte historique.

Hmm, non, en fait ce rappel ne sera pas rapide, puisqu’on va remonter jusque dans les années 60.

Notre objectif ici est de montrer les grandes lignes du rapport à l’État avec le logiciel libre, et notamment la stratégie du « Make » (« faire soi-même ses logiciels » ou « faire faire ses logiciels ») ou du « Buy » (« acheter » ou, plus souvent, « louer » ses logiciels auprès d’éditeurs).

Si on prend cette grille de lecture stratégique, on peut identifier différentes phases historiques structurantes. Désolé, c’est à gros traits, et sans doute pas exempts d’erreurs (n’hésitez pas à apporter vos corrections en commentaires).

Pour vous en faciliter la lecture, on vous a préparé rapidement une version plus graphique, sous la forme de chronologie.

capture écran d'une page représentant visuellement la chronologie qui suit

Cliquez pour ouvrir une représentation graphique de la chronologie ci-dessous

 

Années 1960-70 : l’ère du « Make » souverain

  • 1966 : Plan Calcul (de Gaulle) Création de la CII (Compagnie Internationale pour l’Informatique) en réaction au rachat de l’entreprise française Bull par l’américain General Electric. Et aussi au fait que de Gaulle a moyennement apprécié le fait que les États-Unis aient refusé d’exporter un supercalculateur destiné au CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) pour le programme nucléaire militaire français. Volonté explicite de souveraineté matérielle et logicielle. L’État finance massivement le développement national.
  • 1967 : Création de l’IRIA (qui deviendra l’INRIA en 79) Institut de recherche en informatique et automatique. Sa vocation : développer une capacité logicielle française publique.
  • 1976 : Fusion CII-Honeywell-Bull Le Plan Calcul s’essouffle. C’est le début d’un recul « pragmatique » vers des alliances avec des acteurs américains. Signal précoce que le « Make » national complet est difficile à tenir. C’est la fin du projet Unidata, qui était un grand consortium européen (CII, Siemens, Philips) surnommé « l’Airbus de l’informatique ». En s’alliant avec l’Américain Honeywell, la France a probablement sabordé l’Europe de l’informatique.

Années 1980 : le tournant de la micro-informatique et les premières externalisations

  • 1982 : paf ! le PAFE (Programme d’action pour la filière électronique). C’est l’arrivée de la gauche au pouvoir. Jean-Pierre Chevènement relance une politique industrielle volontariste (Plan Filière Électronique). Nationalisation de Bull, Thomson, etc. L’État veut « faire » l’informatique. (La nationalisation, pour les plus jeunes d’entre vous, c’est quand l’État pense qu’une entreprise est suffisamment importante pour le pays qu’il vaut mieux qu’elle appartienne… à l’État. Ça doit vous paraître une dinguerie aujourd’hui, mais ça se faisait, et ça marchait pas si mal… #soupir)
  • 1982-1987 : le Minitel comme « Make » réussi. Le Minitel a été un succès technique et logiciel français (développé par la DGT/France Télécom). Mais il a crée un tel effet de lock-in qu’il a retardé l’adoption d’Internet en France. Le logiciel est alors entièrement développé en interne ou par des prestataires français sous contrôle étatique.
  • 1989 : début de la pénétration de Microsoft dans l’administration. Les premiers contrats-cadres avec Microsoft pour équiper les postes de travail des ministères commencent à se mettre en place. Passage progressif du macroordinateur au PC, souvent avec des logiciels américains achetés « sur étagère » (typiquement, Microsoft Word est un logiciel « sur étagère » : vous l’achetez et vous l’installez, contrairement à un logiciel « sur mesure »).

Années 1990 : le basculement vers le « Buy »

  • 1994-1997 : multiplication des contrats-cadres Microsoft. L’administration française signe des contrats globaux (« contrats Open ») avec Microsoft pour la bureautique. Le « Buy Microsoft » devient la norme de fait, sans véritable mise en concurrence systématique.
  • 1994 : rapport Gérard Théry sur les autoroutes de l’information. Constat que la France a pris du retard sur Internet à cause du Minitel. Théry n’était pas vraiment un visionnaire : selon lui, le fonctionnement d’Internet « n’est pas conçu pour offrir des services commerciaux » et serait incapable d’offrir des services de qualité. Aucune recommandation forte sur le logiciel libre.

Années 2000 : l’émergence du logiciel libre comme alternative politique

  • Janvier 2004 : création de l’association Framasoft (qui existait de façon informelle depuis 2001)
  • 2006 : rapport « La sécurité des systèmes d’information ». Souligne la dépendance stratégique aux logiciels étrangers, mais sans mesures contraignantes.
  • 2006 : Loi DADVSI et lobbying Microsoft/industrie propriétaire. Débat sur le droit d’auteur numérique. Lobbying intense des éditeurs propriétaires. Le logiciel libre est menacé par certaines dispositions avant des amendements. Pour la petite histoire, la loi DADVSI est – pour caricaturer ­– la transposition dans le droit français de la directive européenne EUCD. L’association La Quadrature du Net (LQDN) a été fondée officiellement en 2008 par des militants issus de ces combats, même si plus spécifiquement pour lutter contre une autre loi : HADOPI (loi Création et Internet) et le « Paquet Télécom » européen.
  • 2007-2008 : la Gendarmerie passe à Ubuntu Linux. Migration de 70 000 postes de Windows XP vers GendBuntu (Ubuntu personnalisé). Économies annoncées : plusieurs millions d’euros/an. C’est une sorte de cas d’école international.

Années 2008-2012 : tensions entre libre et lobbying propriétaire

  • 2009 : 💸 contrat « Open Bar » #1 Microsoft au Ministère de la Défense. Le journaliste Marc Rees, du site PC-Inpact (ancêtre de Next.ink), révèle que le ministère de la Défense a signé un accord-cadre avec Microsoft (contrat dit « Open Bar ») permettant un accès illimité aux produits Microsoft pour environ 100 millions d’euros sur 4 ans. Ce contrat suscite une polémique massive :
    • Absence de mise en concurrence réelle invoquée par les défenseurs du libre.
    • Les associations du logiciel libre dénoncent une dépendance stratégique pour un ministère régalien.
    • Soupçons de liens entre décideurs militaires et Microsoft (pantouflage).
  • 2009 : référentiel Général d’Interopérabilité (RGI) v1.0. L’État impose officiellement l’utilisation de formats ouverts (ODF notamment) dans les échanges entre administrations. Victoire symbolique du « Make/Libre ».
  • 2010 : rapport Riester sur le libre et les administrations. Le député Franck Riester (futur ministre) produit un rapport assez tiède, ne remettant pas en cause la domination des éditeurs propriétaires. Sa v2 ne vaudra, selon nous, pas mieux.
  • 2011 : François Fillon annonce des investissements dans le « Cloud Computing ». Spoiler : ça sera un fiasco. On y reviendra plus bas.
  • 2011 : 💸 l’affaire Louvois (logiciel de paie militaire). Arrêtons nous une minute sur cette catastrophe industrielle, parce qu’elle fait partie des « traumas » de la stratégie numérique française. Le système Louvois (Logiciel Unique à Vocation Interarmées de la Solde) est en effet un désastre économique et humain. La page dédiée Wikipédia vous donnera tous les détails, mais pour résumer :
    • 2001 à 2003 : développé au départ sur la base d’un logiciel édité par l’entreprise Sopra.
    • 2004 à 2006 : repris en interne par le ministère de la Défense.
    • 2007 à 2008 : le logiciel est confié à l’entreprise Steria.
    • 2009 à 2011 : c’est… le bordel ! À cause de nombreux bugs, le logiciel repousse sans cesse sa mise en production.
    • 2011 à 2012 : le logiciel commence à être déployé, mais avec de telles erreurs qu’il fait légitimement un « bad buzz » sur les réseaux sociaux. Erreurs de paie touchant des dizaines de milliers de militaires (trop-perçus, sous-paiements, soldes à zéro).
    • 2013 : le Ministre de la Défense annonce que le projet sera abandonné dès que possible et sera remplacé par un autre logiciel développé par … Sopra Steria (oui oui, la fusion des deux entreprises précédentes)
    • 2016 : Louvois est définitivement abandonné. Au départ doté d’un Budget initial d’environ 80 millions d’euros, les dérapages ont été massifs. Suite à un rapport de la Cour des comptes, on parlera d’un « fiasco industriel et humain ». On parle d’une note autour de 500 millions d’euros, entre le prix d’achat et le coût des dysfonctionnements de Louvois ; cette somme ne tenant pas compte du coût de son remplaçant.
  • 2012 : circulaire Ayrault : « Usage du logiciel libre dans l’administration ». Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault signe une circulaire encourageant fortement l’usage du logiciel libre. Lire l’analyse de nos ami⋅es de l’April. Elle reconnaît aussi différents groupes de travail (par exemple MIMO) qui serviront à nourrir le SILL (Socle interministériel des logiciels libres, créé la même année et produisant une liste de logiciels libres recommandés. C’est un moment fort du « Make/Libre ». D’un point de vue politique en tout cas. Parce que d’un point de vue pratique, c’est loin d’être la fête.

Années 2013-2017 : l’ambivalence institutionnalisée

 

Mème : une réunion d'entreprise. Le patron dit : « Nous avons besoin d'équiper numériquement Les ministères de la défense et de l'education nationale ». Un employé propose : « Confions ça à mon cousin qui bosse chez Sopra-STERIA » ; sa collègue : « Confions ça à notre notre partenaire historique : Microsoft » ; un autre collègue, d'un air blasé : « Sinon, on peut privilégier des solutions libres... ». Cette dernière réplique rend le patron furieux : il éjecte ce dernier employé par la fenêtre.

Années 2017-2022 : l’ère Macron, discours de souveraineté, mais pratique de dépendance

  • 2017 : renouvellement (encore ! ! !) du contrat Open Bar #3 Défense-Microsoft
  • 2018 : dynamisme de « beta.gouv.fr » et des Startups d’État. Approche « Make » en rupture avec les pratiques historiques : de petites équipes agiles au sein de l’État développent des services numériques publics (Mes Aides, La Bonne Boîte, Signaux Faibles, etc.). Succès reconnu internationalement.
  • 2020 : scandale du Health Data Hub sur Microsoft Azure. Pensé en 2018 suite au (plutôt bon) rapport de Cédric Villani sur l’IA et mis en place en 2019, le Health Data Hub (plateforme nationale des données de santé) est hébergé chez Microsoft Azure, malgré les données de santé extrêmement sensibles de millions de Français.
  • 2019 : la DINUM remplace la DINSIC. La Direction Interministérielle du Numérique est censée renforcer le pilotage des projets numériques de l’État. Nadi Bou Hanna est nommé directeur (on n’en gardera pas le meilleur souvenir).
  • 2019 : Tchap (messagerie souveraine). L’État lance Tchap, une messagerie instantanée basée sur le protocole libre Matrix, pour les agents publics. Exemple positif de « Make » sur base libre, mais au coût particulièrement conséquent.
  • 2019 : doctrine « Cloud au centre » (première version). L’État commence à formuler une doctrine cloud, mais elle ne tranche pas entre souveraineté et pragmatisme.
  • 2020 : COVID et explosion des achats de licences
    • Achat massif de licences Zoom ou Microsoft Teams pour le télétravail des agents des trois fonctions publiques, malgré l’existence d’alternatives libres (Jitsi, BigBlueButton, Mattermost).
    • Le SILL recommandait des alternatives, mais elles n’ont pas été déployées à l’échelle.
  • 2020 : 💸 dérapage et queue de poisson de SIRHEN. Attendez, ça fait un peu longtemps qu’on a pas eu de fiasco logiciel, là, non ? Ça tombe bien, la Cour des Comptes (toujours elle) pointe le dérapage du logiciel de RH et paie de l’Éducation Nationale « système d’information de gestion des ressources humaines et des moyens (SIRHEN). Évalué initialement en 2007 à 80 millions d’euros, son coût a été plusieurs fois réévalué pour atteindre 323,3 millions d’euros en 2017, et 400 millions d’euros en 2020.
  • 2020 : Rapport Bothorel (mission parlementaire sur les données). Recommande l’ouverture des codes sources. Peu de choses sur le « Make vs Buy ».
  • 2021 : doctrine « Cloud au centre » (le retour)
    • Impose la qualification SecNumCloud pour les données sensibles.
    • 💸 Mais ouvre la porte aux offres de cloud américain sous licence (Bleu = Microsoft/Orange/Capgemini, S3ns = Google/Thales).
    • Critiques (légitimes) : cela revient à « acheter » du cloud américain avec un vernis français.
  • 2021 : suite collaborative de l’État. La DINUM développe une suite collaborative libre pour l’administration. C’est le « Sac à dos numérique de l’agent public » qui évoluera plus tard en « La Suite »
  • 2021 : rapport Latombe sur la souveraineté numérique. Le député Philippe Latombe produit un rapport sur la souveraineté numérique, critique envers la dépendance aux GAFAM dans l’administration et qui appelle à systématiser le recours au logiciel libre dans les administrations publiques en faisant de l’utilisation de solutions propriétaires une exception.
  • 2021 : rapport de la Cour des comptes sur les grands projets SI de l’État. Constat récurrent : dérapages budgétaires, dépendance aux ESN, perte de compétences internes. La Cours des Comptes défonce légitimement certains projets (dont les fiascos évoqués plus haut).
  • 2021 : 💸 l’affaire McKinsey et le conseil informatique à l’État
    • Le Sénat révèle l’ampleur du recours aux cabinets de conseil (McKinsey, Accenture, Capgemini, etc.) dans les décisions numériques de l’État.
    • Rapport sénatorial « Un phénomène tentaculaire » (McKinsey cité 477 fois dans le rapport).
    • Questions sur des conflits d’intérêts : McKinsey conseille l’État tout en travaillant pour Microsoft, Amazon AWS, etc.
    • Révélation que McKinsey ne paie pas d’impôt sur les sociétés en France.
    • Les montants dépensés en conseil (dont IT) atteignent plus d’un milliard d’euros par an.
  • Novembre 2021 : Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, annonce le plan d’action du Gouvernement en matière de logiciels libres et communs numériques dans l’Administration. Si on est encore loin d’une priorité effective au logiciel libre, ce plan pose des bases encourageantes pour une administration tournée vers les logiciels libres, et les communautés qui les font vivre.
Chaton pointant un flingue sur le visiteur. Légende : "McKinsey réclamant gentiment ses croquettes à l'État. --Allégorie"

McKinsey réclamant gentiment ses croquettes à l’État. –Allégorie

Années 2022-2026 : tentatives de rééquilibrage et résistances

  • 2022 : renforcement du SILL. Le Socle Interministériel de Logiciels Libres est enrichi et mieux promu par la DINUM. Un catalogue de près de 600 logiciels libres recommandés à ce jour (mars 2026).
  • 2022 : Code.gouv.fr. La DINUM lance un portail centralisant les codes sources ouverts par l’administration. Démarche positive de transparence.
  • 2022 : fin du contrat Open Bar Défense ? L’April annonce que l’accord n’a pas été reconduit. Cependant, le fait est que pendant plus de 12 ans au moins (2009-2020), Microsoft aura donc été très implanté dans l’Armée. D’autant que la fin de ce contrat ne signifie pas pour autant la fin de la dépendance technologique de l’administration aux solutions de Microsoft, le ministère passera désormais par l’UGAP (Union des groupements d’achats publics), une centrale d’achat public, pour prendre sa dose.
  • Janvier 2024 rapport sur le « piège Microsoft »
  • 2024 : débats sur l’IA souveraine. L’essor de l’IA générative (ChatGPT, etc.) relance le débat « Make or Buy ». L’État met en avant Mistral AI (startup française) mais les administrations utilisent massivement les outils Microsoft (Copilot) et Google (Gemini) ou même ChatGPT (souvent en *shadow IT*).
    • Fun fact : en avril 2023, Cédric O, qui venait tout juste de quitter son poste de secrétaire d’État au numérique achète 1,15 % des parts de Mistral AI pour… 176,10 €. En décembre 2023 (8 mois plus tard), ces actions sont valorisées… 23 millions d’euros. Jolie bascule. Espèrons qu’il a gardé ses actions, parce qu’elles devraient valoir autour de 130 millions d’euros aujourd’hui (mars 2026). Un rendement à 740 000 fois la mise en moins de 3 ans, ça fait combien, en pantoufles ?
  • Mai 2024 : la Suite numérique de l’État est annoncée. Déploiement de La Suite (webmail, messagerie instantanée, visioconférence, édition collaborative) basée sur des logiciels libres. Objectif : équiper 2,5 millions d’agents.
  • Avril 2025 : 💸 l’Europe achète pour 264 milliards d’euros en logiciels et clouds états-uniens. Le Cigref publie le rapport « La dépendance technologique aux softwares & cloud services américains : une estimation des conséquences économiques en Europe ». Le résultat met des chiffres sur ce que tout le monde savait déjà : l’Europe est droguée aux technologies US. Pourtant, d’après le CNLL, la réponse est prête et s’appelle Eurostack. Mais pour l’instant, l’Europe a du mal à passer du constat aux actes.
  • Janvier 2026 : des avancées pour le libre ? Suite à une question de la député écologiste au sujet des « impacts de la migration des serveurs publics vers Windows 11 », la ministre en charge de l’intelligence artificielle et du numérique, Anne Le Hénanff, répond et partage deux informations intéressantes : des réflexions sont en cours pour le développement de poste de travail libre et une évolution de la doctrine de l’État en matière d’achat public numérique.
  • Mars 2026 : 💸 le Ministère de l’Éducation Nationale renouvelle un contrat avec Microsoft. Malgré les circulaires Ayrault (2012), Castex (2021), Lecornu (2026), et malgré l’existence de LaSuite et surtout de Apps.education.fr, le M.E.N. renouvelle son contrat avec Microsoft jusqu’en 2029. 🤷

 

capture écran d'une page représentant visuellement la chronologie qui précède

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Le point de vue de Framasoft

Comme on vient de le voir, l’État a souvent vanté la souveraineté numérique sans aller jusqu’au bout (c’était un peu « Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais »).

Le libre a régulièrement existé comme solution crédible (à la dépendance des USA, ou aux entreprises qui facturaient 5 à 10 fois le prix), sans pour autant devenir une doctrine effective.

Pour nous, La Suite n’est peut-être pas un modèle parfait, mais ce n’est sûrement pas un fiasco. C’est une initiative publique louable, politiquement courageuse, et plus prometteuse que ne le disent ses détracteurs.

Sur la question du coût de La Suite

Mais… combien ça a coûté, en vrai ?

Pour le coût du projet, nous n’avons pas l’information (si vous avez des sources précises, n’hésitez pas à nous les communiquer en commentaire, nous amenderons l’article).

On peut cependant citer à minima ce même rapport de la Cour des Comptes, en citant la page 82 de ce rapport :

« Le coût total de déploiement était, à la fin de l’année 2023, de près de 9,3 M€ (concentré sur « Tchap » à 60 %). D’autre part, le coût annuel en maintenance était de 5 M€ (dont 40 % pour « Tchap »), sans compter les éventuels coûts des astreintes sur certains projets » (page 82 de ce rapport).

(Puis, juste après :)

« Selon la Dinum, ce niveau de dépenses doit être relativisé. Elle estime en effet que les dépenses engagées pour des licences privées ouvrant l’accès à une suite numérique (bureautique, messagerie, échange de fichiers) s’échelonnent entre 300 et 590 euros par an etpar agent. À ce jour, la suite numérique a un coût d’un peu moins de 15 M€ pour une utilisation en moyenne par moins de 200 000 agents, soit environ 75 € par agent et par an.

D’après nos informations (glanées auprès de différentes sources), La Suite, c’est environ 70 personnes travaillant sur le projet (développeur⋅euses, designers, administrateur⋅ices systèmes, chef⋅fes de projet, etc). À l’échelle de l’État, ce chiffre n’est pas très impressionnant, surtout au vu du nombre de bénéficiaires (voir plus bas).

Résumons : on sait ce qu’a coûté La Suite jusqu’à fin 2023 (en gros 10 M€). Puis la Cour des Comptes parle de 15 M€ « à ce jour », sans doute mi-2024. Après (en tout cas pour nous), c’est plus flou pour 2024 et 2025.

On sait que Tchap concentrait le gros des investissements (en gros 6 M€ jusqu’en 2023), et les 40 % restant étaient surtout consacrés à Resana et Osmose (gestion de fichiers), produits aujourd’hui « sortis » de La Suite.

Sans vouloir jouer les marchands de poissons, et en partant du principe qu’il y a eu une « montée en puissance » en 2024 et 2025, disons qu’on vous fait le total à, allez, 40 M€ et on vous offre le cabillaud en cadeau.

Si vous voulez les vrais chiffres, on vous laisse faire une demande CADA, nous on a d’autres chatons à fouetter caresser.

Est-ce excessif ?

La seule question valable selon nous est : « Est-ce que l’argent public est ici bien dépensé ? ».

Comme on l’a vu plus haut, la Cour des Comptes s’inquiétait, fin 2023, du coût de La Suite et de son faible nombre d’utilisateurs.

C’est là que notre historique peut aider à relativiser un peu.

Si on prend les coûts des trois fiascos logiciels cités plus haut (Louvois, ONP, SIRHEN), on arrive à un total de 1,25 milliard d’euros. Ou l’équivalent de plus de 30 fois notre évaluation au doigt mouillé du coût total de La Suite.

Alors évidemment, ça n’est pas un argument suffisant. Dire qu’un projet n’est pas du même ordre de grandeur qu’un triple fiasco financier et humain ne dit pas que l’argent a été bien dépensé.

Cependant, cela permet de mettre en perspective l’avis de la Cour des Comptes. Cette dernière a en effet vu l’État faire des dépenses faramineuses dans des logiciels peu, voire jamais utilisés. Ou dans des infrastructures comme Cloudwatt (150 millions d’argent public… disparus). Ou dans des cabinets comme McKinsey.

Bref, si on se met dans les souliers vernis d’un rapporteur de la Cour des Comptes, il paraît relativement logique qu’elle s’inquiète d’un nouveau dérapage. C’est son boulot.

Mais l’avis date de 2024, sur une étude qui portait, en gros, jusqu’à fin 2023. Or à ce jour (mars 2026), la situation a quand même beaucoup évolué :

  • côté « Drive », Osmose a été décommissionné et Résana laissera probablement peu à peu la place à « Fichiers »
  • côté usages, la Cour des Comptes parlait de 190 000 utilisateur⋅ices de Tchap dans son rapport. D’après le site officiel, la messagerie compterait aujourd’hui 600 000 utilisateur⋅ices au total. Même si d’après nos informations, les comptes actifs mensuellement seraient plutôt autour de 300 000, ce qui est – à notre sens – plus qu’encourageant, sachant d’où part l’administration en termes d’usages collaboratifs.
  • Dans sa dernière newsletter, la DINUM annonçait 100 000 utilisateur⋅ices de Visio en février 2026.

 

capture d'écran de statistiques d'usage de différents services de la Dinum

Statistiques d’usage de différents services de la DINUM (au 25/02/2026)

 

Donc, est-ce que le coût de La Suite est raisonnable ? Clairement, s’il n’y avait pas eu certaines itérations malheureuses avant 2023, cela aurait été largement le cas. Mais est-ce que ce coût est excessif ? D’après nous, non.

En tout cas, il nous paraît que le coût de développement (« Build ») et celui de l’exploitation (« Run ») soit, début 2026, plus que raisonnable au vu du nombre d’utilisateur⋅ices, et des impératifs de sécurité qui entourent un tel projet.

Mais alors, c’est bien ou pas ?

Oui, globalement, nous pensons que La Suite est une très bonne chose. Non parce qu’elle serait irréprochable, mais parce qu’elle constitue aujourd’hui l’une des rares tentatives crédibles de réintroduire du logiciel libre, des logiques de communs et une forme d’autonomie dans l’environnement numérique de l’État.

Typiquement, Framasoft est bien plus en faveur de solutions telles que Apps.education.fr, car le développement s’y fait avec des rapports plus étroits avec les communautés du libre. Et la réutilisation de logiciels libres existants y est bien plus forte. Pour caricaturer, on peut dire que là où la DINUM crée ce qui deviendra un commun, apps.education.fr contribue à des communs existants.

La situation est en réalité plus subtile que ça, car il s’agit plutôt de curseurs qui ne sont, pour une solution comme pour l’autre, pas positionnée aux extrêmes de l’échelle entre création et contribution. Mais vous avez l’idée.

Il y a aussi les interrogations sur l’avenir de La Suite, par exemple :

  • Les équipes seront-elles pérennisées ?
  • Le projet lui-même survivra-t-il aux changements politiques à venir ? (élections de 2027, mais pas seulement)
  • Est-ce à la DINUM non seulement de développer, mais aussi d’opérer/héberger les différents outils ?
  • Quel sera le coût du maintien du code ?
  • Quelles sont les articulations qui pourront être faites avec la société civile (dont Framasoft), les entreprises, et même avec les autres États ?

Tout cela est encore en construction. Mais quand on regarde la chronologie du rapport État // Numérique, et qu’on constate que La Suite a été annoncée il y a moins de deux ans, on peut aussi se dire que les réponses viendront en leur temps.

Concernant les critiques des éditeurs libres

C’est d’ailleurs pour cela que nous comprenons la frustration que certains éditeurs de logiciels libres ont pu exprimer. « Pourquoi développer des logiciels libres (de gestion de fichiers, par exemple) alors que des solutions libres existent déjà (Nextcloud, par exemple) ? ».

Cette critique nous paraît légitime dans son principe : lorsqu’un logiciel libre existe déjà, l’État doit pouvoir expliquer pourquoi il choisit de développer ou d’assembler autre chose.

Cependant, dans la forme de cette expression, nous avons surtout entendu la vexation que leur solution libre ne soit pas retenue.

Samuel Paccoud, chef de pôle de La Suite, répond plutôt clairement à cette critique dans le podcast « À la French » : dans une approche centrée sur l’utilisateur, il est souvent plus complexe, plus long, et souvent plus cher de travailler sur des dérivés de logiciels libres existants. Alors que construire sur des briques libres existantes, notamment les innombrables briques libres qu’il est possible d’assembler grâce à l’interopérabilité, peut être bien moins coûteux pour répondre aux besoins des utilisateur⋅ices.

 


Extrait de la l’épisode « À la french » du 24 février 2026 (aussi disponible en podcast ou sur YouTube)

Concernant les critiques des éditeurs non-libres

Mais le plus étonnant dans toute cette histoire, ça a sans doute été l’argument des éditeurs de logiciels propriétaires : « Oui, mais ça risque d’être la fin de la commande publique ! ! ! »

Tout doux, Bijou. Rappelons que ça n’est PAS le rôle d’un État de faire vivre cette commande publique. Le rôle de l’État, c’est ça :

la mission première de l’État est de permettre l’exercice de la souveraineté nationale qui appartient au peuple.

Ce n’est donc pas à l’État de financer des boîtes qui font du libre, et encore moins des boites qui font du propriétaire. C’est « logique » que l’État achète. Mais c’est pas un dû.

Donc venir couiner parce que l’État n’achèterait plus une licence Zoom (ou équivalent français), désolé, mais nous ne verserons aucune larme.

Ça serait d’ailleurs la même avec PeerTube : si l’État utilise massivement PeerTube et ne contribue pas, ça va nous fâcher, même si c’est un risque lorsque l’on fait du libre. Par contre, si l’État développe sa solution de diffusion de vidéos, en 100 % libre, et n’utilise pas PeerTube, Framasoft n’ira pas pleurnicher parce que Framasoft touche 0€. Comme tout éditeur de logiciel libre, nous aurons forcément envie de savoir pourquoi le choix serait de redévelopper une solution alors qu’une autre existe. Mais quiconque a déjà géré des projets logiciels sait que ces choix sont complexes et relèvent de nombreux facteurs.

Mème : deux images côte à côte. Sur la première, une femme taguée « Les grosses boites du numérique qui pleurent parce qu'elles ne pourront plus se gaver » crie sur quelqu'un hors-champ, retenue par une autre femme ; sur la seconde, un chat tagué « La Suite Numérique » fait des yeux méchants.

Par ailleurs, imaginer que l’État renoncerait à la commande publique est un argument inepte. L’État va continuer à acheter des chaises, des stylos, des ordinateurs (peut être bientôt équipés Linux ?) et… des logiciels.

Regardez cette annexe du Projet de Loi de Finances 2026. Les dépenses en logiciels de l’État, c’est quand même approximativement 2 211 millions d’euros (2023) et 2 401 millions d’euros (2024) (cf. page 177 du PLF). Et on ne vous parle même pas du numérique en général (les serveurs, les ordis, les souris, etc.). Et là, on vient gueuler parce que l’État a investi quoi ? 30 ou 50 millions (soit 1 à 2 % du total) pour des logiciels utilisés par des centaines de milliers, voire des millions d’agents ?

Page 177 du rapport sur l’impact environnemental du budget de l’État présentant les dépenses de l’État concernant le numérique. Et, oui, on parle en millions d’euros, là…

 

 

Il faut savoir raison garder. Ces éditeurs ont surtout perçu qu’une partie de l’énorme manne d’argent public dont ils ont largement bénéficié pendant des décennies, souvent en gonflant très largement les factures, allait être un peu moins énorme. Et ils ont donc fait de la communication du lobbying.

Et quand on connaît la capacité de lobbying des éditeurs logiciels, reconnaissons à la DINUM qu’elle a fait un choix politique courageux. Et qui est en train de payer quand on regarde l’adoption croissante des outils de La Suite.

Cependant, restons vigilant⋅es, il y a fort à parier que les Capgemini, Sopra Steria, Microsoft & co. ne prendront pas cette défaite comme signifiant la fin du combat. Ils ont le temps et l’argent nécessaires pour faire pression aux bons niveaux institutionnels afin de faire abandonner un tel projet.

Y arriveront-ils ? Nous sommes prêt⋅es à parier que nous n’aurons pas à attendre 10 ans pour vous apporter la réponse.

 

Mème : un astronaute regarde la Terre en disant « La Suite Numérique, c'est une belle victoire pour le libre, non ? ». Un autre, derrière lui, le tient en joue avec un pistolet et répond « Pour le moment, Pour le moment... » ; Texte 3 : « Microsoft ».

 

Conclusion

Oui, certaines critiques faites à La Suite sont légitimes, notamment lorsqu’elles portent sur la réutilisation de logiciels libres existants, sur la contribution aux communs, sur la pérennité des équipes ou sur la place que doit occuper la DINUM dans l’exploitation de tels outils.

Mais non, cela ne suffit pas à conclure que La Suite serait une mauvaise idée.

À nos yeux, c’est au contraire une initiative précieuse, parce qu’elle rouvre un espace politique que l’État français a trop souvent laissé se refermer : celui d’un numérique public plus libre, moins dépendant d’éditeurs ou de cabinet de conseils dont l’objet est moins de servir la population que de se servir sur les institutions.

Mème de Bernie Sanders : « I am once again asking... de ne pas jeter La Suite Numérique avec l'eau du bain libre. »

 

 

C’est trop long, j’ai pas le temps de tout lire

  • L’État, au travers de sa Direction Interministérielle au Numérique, s’est mis a développer ses propres logiciels (libres).
  • La Cour des Comptes, traumatisée par des échecs précédents, a fait son boulot en alertant sur des dérapages possibles. Mais au final, pour l’instant, les coûts n’ont pas dérapé, et ça se présente même plutôt bien.
  • Les éditeurs de logiciels libres ont grincé des dents, légitimement, parce que la DINUM a fait des choix qui ne retenaient pas forcément leurs solutions développées avec amour. Mais l’État est, eh bien, souverain. Et s’il serait bon que les raisons de ces choix soient transparentes et puissent être débattues publiquement, les choix faits par la DINUM nous semblent cohérents.
  • Les éditeurs de logiciels propriétaires crient au meurtre, affirmant que l’État doit passer par eux pour développer les logiciels utilisés par les agents de l’État, sinon ils ne pourraient pas se payer un troisième yacht. Mais il est bon de rappeler que ce sont nos impôts qui ont déjà payé les deux premiers, alors que le service rendu était parfois catastrophique. Et que les petits choux ont encore les dents largement suffisamment acérées pour se gaver sur la bête.
  • La Suite a fait largement parler d’elle dans les médias (jusqu’au New-York Times). Et ça, c’est bon pour le libre et les communs numériques.
  • Au vu des statistiques d’usage, bientôt une très large partie des agents publics utiliseront des logiciels libres collaboratifs dans leur quotidien. Et ça, ce n’était clairement pas un pari gagné.

Bref, arrêtons deux minutes de cracher dans la soupe : La Suite, c’est bien. C’est imparfait. Mais c’est bien.


Boite noire

Boite noire

Cet article est déjà bien long, mais l’auteur de ces lignes s’est dit que cela vaudrait la peine de faire une « boite noire » à la Médiapart (la moustache d’Edwy Plenel en moins).

Commençons par le début. Pourquoi Framasoft prend-elle la parole sur le sujet ?

Et bien pour au moins 2 raisons.

La première, c’est que nous en avons eu assez de répéter que nous souhaitions discuter à égalité avec les politiques. En effet, être élu, c’est évidemment un pouvoir, mais c’est aussi un devoir. Celui d’être au service de l’intérêt général. Or après plus d’une décennie de discussions avec des élus locaux ou régionaux, des secrétaires d’État, ou même des ministres, nous avons (comme beaucoup) eu un sentiment d’épuisement face aux comportements parfois plein de bonne volonté, parfois emplis de morgue et de suffisance. Épuisement renforcé par la technocratie intrinsèque à ce milieux, et par les calendriers électoraux, qui font qu’il est compliqué de nouer une relation de partenariat saine de plus de cinq ans avec un agent de l’État.

La seconde, c’est que le plaidoyer, c’est un métier.
Et un métier à temps plein. Un métier que nous respectons beaucoup, d’ailleurs. Big up aux camarades de l’April, évidemment. Mais aussi à celles et ceux de La Quadrature, d’Alternatiba, etc.
C’est d’ailleurs un ancien camarade de La Quadrature qui avait dit à l’auteur de ces lignes qu’il fallait trouver un équilibre entre les globules blancs (qui protègent et défendent le corps humain contre les agressions extérieures) et les globules rouges (qui transportent l’oxygène vers tous les organes et tissus du corps). Les deux sont indispensables, mais il est quasiment impossible d’être à la fois (ou même successivement) globule blanc, puis rouge.
C’est aussi pour cette raison que Framasoft signe peu de tribunes. Nous sommes humain⋅es, et notre énergie de globules rouges est donc limitée. Celle-ci est donc dirigée vers nos actions, qui sont – en toute humilité – tout à fait conséquentes pour une association de – seulement – 35 adhérent⋅es (vous pouvez lire notre rapport d’activité ou regarder nos statistiques pour vous en convaincre).

Alors, pourquoi cet article dix ans plus tard ?

Parce que les critiques adressées à La Suite nous paraissent, selon les cas, légitimes, exagérées ou franchement mal orientées. Et parce qu’au-delà du projet lui-même, ce débat dit beaucoup de la place du logiciel libre dans l’action publique.

Dans l’article, on voit que ce sont surtout les institutions (Sénat, Assemblée Nationale, Cour des Comptes) et les entreprises (du logiciel libre ou pas), qui se sont exprimées sur le sujet. Mais la société civile a peu pris la parole. C’est ce que nous essayons de faire aujourd’hui.

Nous souhaitions aussi, au travers de cet article, faire une rapide histoire du rapport entre l’État et le numérique libre. Et pour cela, nous avons fait le choix de remonter jusqu’à De Gaulle, car ce sont bien certaines décisions stratégiques de l’époque « pré-libre » qui nous ont mis dans la sauce.

Comme toute vision historique, la nôtre fait l’objet de choix et de biais. Cependant, je tiens à remercier chaleureusement Étienne Gonnu, chargé de mission Affaires Publiques à l’April, d’avoir bien voulu relire et amender cette partie là avant publication. L’April est probablement l’association la mieux placée aujourd’hui pour raconter cette histoire, et ses membres le feraient sans doute bien mieux que nous [rappelons au passage que Framasoft est membre de l’APRIL, donc tu es légitime, pyg 😉 NDLR]. Mais… on s’est dit qu’on allait se lancer, et que dans le pire des cas, cela donnerait envie à d’autre d’amender cette chronologie.

Enfin, pour l’anecdote, la rédaction de cet article s’est étalé sur près de trois semaines, essentiellement à temps perdu (souvent le soir et les week-ends). Il aura réclamé de très nombreuses heures de travail, essentiellement pour aller chercher les sources ou les vérifier (certains rapports ayant plus ou moins disparus d’Internet). Or, entre temps, les nouvelles concernant La Suite, et plus généralement la souveraineté numérique, ont continué de s’enchaîner.

Bref, « le monde il bouge, et il vous attend pas » (© OSS117), donc à un moment, il fallait bien clore cet article « critique des critiques », qui lui même fera l’objet, n’en doutons pas, de critiques (les commentaires du Framablog sont là pour ça). Si vous nous interpellez sur LinkedIn, il y a peu de chances qu’on vous réponde là-bas 😜 .

Pierre-Yves Gosset, le 13 mars 2026

 

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19.03.2026 à 10:21

Numérique : l’alternative ne viendra pas d’un champion européen, mais des communs

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Face à l’hyper-domination États-unienne dans le numérique, l’idée d’un compétiteur européen fait rêver les politiques… et quelques entrepreneurs. Pourtant, cette voie nous paraît sans issue, comme nous l’écrivions dans une tribune du Journal l’Humanité parue le 21 janvier 2026, que … Lire la suite­­
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Face à l’hyper-domination États-unienne dans le numérique, l’idée d’un compétiteur européen fait rêver les politiques… et quelques entrepreneurs. Pourtant, cette voie nous paraît sans issue, comme nous l’écrivions dans une tribune du Journal l’Humanité parue le 21 janvier 2026, que nous reproduisons ici.

Cet article s’inscrit dans un dossier que consacre Framasoft aux rapports entre les États et les modèles de développement et de financement des communs numériques :

  • Cette (courte) tribune, parue dans l’Humanité fin janvier 2026, sur le fantasme de faire émerger, au niveau européen, un oligopole qui se poserait comme compétiteur aux GAFAM
  • Un (long) article faisant l’historique entre l’Etat français et le logiciel libre, et précisant la position de Framasoft quant aux critiques faites à La Suite Numérique de la DINUM
  • Un article rappelant un modèle qui a très bien fonctionné ces dernières années pour les petites communautés du logiciel libre (dont Framasoft) : les bourses NLnet (à paraître début avril 2026)

Un an après l’élection de Trump, le constat s’impose : les géants américains du numérique n’ont opposé aucune résistance au pouvoir politique. Derrière les discours sur l’innovation, la disruption, ou la neutralité technologique, leur docilité révèle une réalité plus profonde : les grandes plateformes numériques sont aujourd’hui le socle d’un appareil économique, politique et géostratégique, qui semble mis au service d’un fascisme qui ne prend même plus la peine d’avancer masqué.

Face à la domination technique et économique des Big Tech, un fantasme revient régulièrement dans le débat public européen : il faudrait bâtir un « Airbus du numérique », un champion industriel capable de rivaliser avec les géants américains. Cette solution a le mérite de la simplicité, mais elle a le défaut de ne pas s’attaquer au cœur du problème.

En effet, les GAFAM ne sont pas de simples entreprises dont les capitalisations boursières battent des records, année après année. Elles forment un oligopole technique mondial contrôlant infrastructures, données, logiciels et usages. Pour cela, elles s’appuient sur un modèle économique nouveau : le capitalisme de surveillance. Un système basé sur la centralisation des infrastructures et l’extraction massive de données personnelles visant à transformer nos comportements en marchandises.

L’histoire industrielle européenne nous a appris qu’Airbus n’a jamais été un contre-modèle au capitalisme, mais une adaptation à ses contraintes. Transposer cette logique au numérique, c’est ignorer la spécificité politique des technologies de l’information. Car ici, il ne s’agit pas seulement de produire, mais de piloter les infrastructures qui structurent le débat public, l’accès au savoir, les relations sociales ou le fonctionnement même des services publics.

En réalité, « l’Airbus du numérique » reproduirait les mêmes travers toxiques et délétères que ses concurrents : dépendance aux marchés financiers, gabegie d’argent public, course à la croissance, concentration des données, impacts écologiques délétères, etc. Nous ne combattrons pas le capitalisme par le capitalisme.

Sortir de la servitude volontaire aux GAFAM suppose donc un changement de cap plus radical : sortir du marché comme horizon unique du numérique. Cela passe par le développement et la reconnaissance des communs numériques : logiciels libres, infrastructures décentralisées, interopérables, gouvernées collectivement et ancrées dans les territoires.

Des alternatives existent déjà, parfois depuis des décennies. Elles sont portées par des associations, des coopératives, des collectivités, des institutions publiques. Elles sont certes bien moins visibles que les grandes plateformes car elles ne promettent ni croissance infinie, ni domination mondiale, mais elles proposent en revanche un contre-modèle bien plus robuste : un numérique au service de l’intérêt général, de l’autonomie et de la démocratie.

 

Pierre-Yves Gosset, coordinateur des services numériques de l’association Framasoft
Tribune parue initialement dans l’Humanité, le 21 janvier 2026

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16.03.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 16 mars 2026

Khrys

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10.03.2026 à 08:44

Agent automate et insoumission : faut-il désynchroniser ?

Framatophe

L’émergence contemporaine de l’intelligence artificielle, et plus spécifiquement son glissement vers l’agent autonome, marque une rupture épistémologique que la pensée critique ne peut plus ignorer sous peine de sombrer dans l’anachronisme. Nous avons quitté l’ère du programme-outil pour celle de … Lire la suite­­
Texte intégral (2936 mots)

L’émergence contemporaine de l’intelligence artificielle, et plus spécifiquement son glissement vers l’agent autonome, marque une rupture épistémologique que la pensée critique ne peut plus ignorer sous peine de sombrer dans l’anachronisme. Nous avons quitté l’ère du programme-outil pour celle de l’opérateur capable de naviguer, de manipuler et de s’autocorriger. Cette mutation n’est pas une simple avancée incrémentale, mais l’aboutissement d’une trajectoire historique dont il faut saisir la profondeur pour armer notre résistance. Ce billet est surtout prospectif, il ne relève pas d’une pensée aboutie et encore moins prescriptive.

Éviter l’anachronisme

Historiquement, la machine était conçue comme une extension de l’organe ou une prothèse de l’intellect. C’est le concept d’outil chez Simondon. Ce dernier montrait que l’évolution technique tend vers la concrétisation : la machine devient de plus en plus cohérente en elle-même, la fonction implique la transformation de la machine (l’idée du progrès au XVIIIe siècle). Avec l’IA contemporaine (oui, parce qu’on parle d’IA depuis bien, bien longtemps), on quitte le stade de la simple prothèse (qui exécute une commande) pour entrer dans celui de l’agent (qui interprète une intention et produit une stratégie). La machine n’est plus seulement au bout de l’esprit, elle commence à occuper l’espace de la décision intermédiaire.

L’agentivité autonome actuelle rompt avec la linéarité qu’on tend généralement à supposer lorsqu’on parle d’histoire des techniques (si on n’est pas historien des techniques, la plupart du temps, c’est ainsi qu’on voit les choses). Le système technique n’est plus un simple intermédiaire entre une intention et un résultat, mais un dispositif capable de définir ses propres sous-objectifs et de corriger ses trajectoires d’exécution en temps réel. Cette autonomie opérationnelle déplace le curseur de la décision, créant un système technique où l’opérateur humain intervient par la consigne de haut niveau plutôt que par le pilotage de précision. Et le paradoxe, c’est que ce faisant, nous créons un système hiérarchique radical dans lequel la plupart des opérateurs humains deviennent eux-mêmes des rouages, lorsque par exemple l’algorithme impose sa loi au livreur, au manutentionnaire, au vendeur. Toutes les professions, y compris les plus intellectuelles, sont désormais destinées à produire ce que Cory Doctorow nomme des centaures inversés.

La violence technologique que je mentionne ces derniers temps dans mes écrits m’inspirant de la pensée de Detlef Hartmann, se superpose à cette lecture. Dans le capitalisme industriel, les individus sont dépossédés de leur autonomie et rendus étrangers à leur propre activité. Dès les années 1970-1980, cette logique d’aliénation s’étend de la production industrielle à la production symbolique et intellectuelle par l’informatisation des tâches, toujours au service du contrôle et de la rationalisation capitalistes. La violence technologique prolonge ainsi la violence structurelle du capital en cherchant à formater les dimensions qualitatives de l’existence humaine (l’intuition, l’émotion, l’imaginaire) selon les exigences d’un ordre rationnel formel. Cette normalisation constitue une violence en ce qu’elle privilégie l’accumulation et le contrôle, réduit la richesse des facultés humaines à des catégories limitées et entrave les pratiques d’émancipation ainsi que la capacité collective à transformer consciemment le monde.

L’introduction des agents dans le système technique numérique modifie la structure de la preuve et de la responsabilité technique. Dans le paradigme du logiciel classique, la réponse est déterministe et traçable dans le code. Avec les modèles d’action autonomes, le système procède par inférences probabilistes et par itérations imprévisibles sur des interfaces tierces. Cette opacité du processus décisionnel, cette boîte noire, remet en cause l’imaginaire de la maîtrise technique, où l’utilisateur est censé comprendre et contrôler chaque étape de la transformation du réel par la machine (même si dans bien des cas, c’est vraiment imaginaire).

En s’extrayant de la simple génération de texte pour interagir directement avec les systèmes d’exploitation et les réseaux, les modèles d’IA aujourd’hui créent un nouveau milieu. Elles deviennent des acteurs dans l’infrastructure numérique. Elles imposent une cohabitation dans laquelle les processus automatisés s’autoalimentent, réduisant ainsi la latence entre la conception et l’application, mais augmentant radicalement la complexité du système technique global.

L’anachronisme consiste à s’obstiner à analyser l’IA comme un simple automate sophistiqué. La spécificité de l’agent autonome réside dans sa capacité de planification et d’adaptation face à l’imprévu. Ignorer cette dimension conduit à une méprise sur la nature même de la puissance de calcul contemporaine : elle n’est plus seulement quantitative (vitesse de traitement), mais qualitative (capacité de médiation et de substitution dans des tâches cognitives et décisionnelles complexes).

Mechanical Head (The Spirit of Our Time), Raoul Hausmann (env. 1920). Wikipedia

L’IA dans l’histoire de l’arraisonnement technique

Pour comprendre l’IA, il faut l’inscrire dans l’histoire de l’informatisation des organisations amorcée dans les années 1960-1970. Nous sommes alors passés d’un moment technique à un autre, entre « faire travailler les machines » à notre place, à la constitution de « systèmes d’information ». Cela a transformé l’ordinateur en un pivot du management, visant la quantification du réel, et en particulier la productivité de l’homme et son comportement (marketing). Déjà à cette époque, le discours sur la « neutralité technique » servait de paravent à une volonté de monitoring social et de rationalisation productiviste.

Je ne peux m’empêcher de penser (c’est peut-être justement un réflexe anachronique, donc : prudence) que l’IA générative contemporaine marque l’aboutissement technique de ce que Marx nommait le « sujet automate » : un stade dans lequel le système de machinerie ne se contente plus d’assister l’homme, mais s’autonomise pour devenir un processus de production de valeur dont l’humain n’est plus que l’accessoire. Dans cette configuration, l’IA n’est plus un outil inerte, mais un agent capable de gérer ses propres itérations. Dans un récent article Matt Shumer (oui, encore un entrepreneur de l’IA, mais on peut aussi le lire, ce n’est pas inutile), mentionne le modèle GPT-5.3 Codex : la machine contribue désormais à sa propre création en déboguant son code de formation et en optimisant elle-même son déploiement. En fermant cette boucle de rétroaction, l’IA instaure un métabolisme technique qui s’autoalimente : elle écrit le code des générations futures, créant une accélération où la puissance de calcul se valorise elle-même.

Cette mutation transforme notre rôle : nous passons du statut d’opérateur pilotant une machine, ou d’opérateur annexe à la machine (le livreur surveillé par l’algorithme qui lui dit où déposer le colis et en combien de temps) à celui de simple fournisseur de ressources. À moins de faire partie d’une élite des big tech, nous sommes en train de passer du statut déjà peu enviable de périphérique biologique d’un système algorithmique à celui d’un terreau d’où le système extrait les données nécessaires à sa propre maintenance. Il en résulte une « seconde nature » technologique, telle que décrite par Jacques Ellul et Langdon Winner : un environnement si totalisant et si profondément imbriqué dans nos formes de vie qu’il devient invisible à nos yeux. Nous basculons alors dans un somnambulisme technologique, acceptant comme inéluctable un cadre de vie où la technologie dicte ses propres normes de fonctionnement1.

Le braconnage culturel est-il une impasse ?

Ces deux dernières années, je me suis appuyé sur deux concepts qui permettent de se figurer des méthodes d’émancipation de ce cadre de vie ainsi imposé. Celui de mètis repris de James Scott, dans L’œil de l’État, et celui de braconnage culturel, repris de Michel de Certeau, dans L’invention du quotidien (voir la troisième section de cet article). Autant mener résistance contre un système totalitaire par la ruse laisse au moins un horizon ouvert de techniques à tester et à éprouver (on pense par exemple au Fediverse et ses protocoles), autant les tactiques de M. de Certeau me semblent désormais quelque peu obsolètes. Que nous dit M. de Certeau ? Il nous parle des tactiques du quotidien qui permettent, par des usages imprévus, de détourner l’ordre imposé. J’y voyais comme lui autant d’actes possibles de résistance, comme détourner des objets de leurs finalités ordonnées par leur marchandisation. Souvenez-vous par exemple de la Pirate Box qu’il était possible d’installer sur un routeur TP-Link. Mais aujourd’hui, nous devons affronter quelque chose de beaucoup plus brutal : l’IA générative semble immunisée contre ce braconnage car elle ne se contente plus de prescrire un usage… elle l’absorbe.

Le braconnier joue sur les failles d’un système rigide. L’agent IA, lui, est par définition malléable et adore les déviations. Chaque tentative de détournement devient une nouvelle donnée d’entraînement, une itération supplémentaire qui permet au système de corriger ses erreurs et d’intégrer la subversion dans sa propre logique formelle. Le système se fiche du sens de votre révolte tant qu’il peut en modéliser le comportement. Le braconnage numérique risque donc de n’être qu’une collaboration involontaire à l’emprise algorithmique « voulez-vous que je vous aide à créer votre Pirate Box ? »

Quelle mètis pour l’insoumission ?

Dès lors, il ne s’agit plus de ruser dans le système, mais de ruser contre son intelligibilité. Notre mètis doit devenir une intelligence de la désynchronisation :

  1. Le sabotage de la prédictibilité : puisque le capitalisme de surveillance tend à une augmentation des degrés de certitude, l’insoumission passe par l’injection de « bruit » et l’entretien de zones de haute tension identitaire. On peut penser aux pratiques de data obfuscation. Il faut refuser la standardisation des subjectivités en multipliant les appartenances contradictoires que l’algorithme ne peut réduire à un profil de consommation cohérent. Hélas, le principal biais de cette approche, c’est l’épuisement à transformer notre quotidien en lutte permanente, coûteuse et aux résultats incertains, contre des machines qui, elles, ne s’épuisent pas. Reste à s’appuyer sur le droit et les garde-fous de type RGPD et AI-Act… suffiront-ils ? j’ai des doutes.
  2. Désynchroniser nos pratiques de l’ordre imposé : face à l’agent qui navigue pour nous, la ruse consiste à restaurer notre propre encapacitation par le recours aux Communs numériques et aux low-tech. C’est une forme de « désapprentissage » de la dépendance. L’objectif est de reconstruire des espaces d’autonomie technique où l’on refuse la médiation de l’agent propriétaire. Là, le logiciel libre a toutes ses cartes à jouer, et c’est maintenant ! il est presque déjà trop tard. À trop dénigrer les LLM et les services qui emmerdifient le web, nous avons laissé passer le train de l’adoption des usages : la seule solution consiste selon moi à utiliser les modèles existant et les détourner. C’est une réminiscence du braconnage culturel que je mentionnais plus haut, sauf qu’ici, il s’agit d’un geste technique, qui implique des communautés, et non plus le quotidien personnel de chacun de nous. Nous devons braconner ensemble. De petits LLM à l’usage concret et frugal.
  3. L’action préfigurative : j’en parle dans ce billet. Il s’agit de créer des « archipels » de liberté numérique qui échappent physiquement et logiquement au contrôle centralisé. Cela revient à refuser le somnambulisme technologique en organisant des espaces dans lesquels la créativité, le partage et la solidarité redeviennent les mesures de l’intérêt du monde numérique.

En acceptant les modèles d’IA comme des auxiliaires « pratiques », nous signons un contrat dont les clauses d’aliénation ne nous seront révélées qu’une fois que le verrouillage socio-technique sera total. Nous devons donc politiser non pas seulement l’usage, mais les conditions de possibilité de ces techniques. Si un système technique exige pour fonctionner une structure de commandement hiérarchique ou une extraction illimitée de données, il doit être combattu en tant qu’artefact intrinsèquement autoritaire. Notre mètis ne doit plus être celle du braconnier qui se cache dans la forêt, mais celle du constructeur d’une autre forêt, impénétrable (ou le moins possible).

Un monde sans les IA d’aujourd’hui (à moins d’une catastrophe) n’est plus envisageable. Et jamais, nous n’avons été autant dépossédés de notre cadre de vie. La menace est trop grande pour que nous puissions nous payer le luxe d’ignorer ou faire semblant d’éviter cet avancement technologique brutal et foudroyant. La question ne se limite plus à se demander si chacun d’entre nous utilise ou pas ces technologies. Elles s’imposent partout, et s’imposeront encore. Je ne vois donc qu’une seule possibilité : ruser. Ruser en utilisant ces techniques, en y opposant d’autres savoirs (et c’est en cela que la mètis est le miroir inversé de la technè) et en leur volant de la valeur. La transformer en commun. D’abord par la connaissance et la réappropriation cognitive, ensuite en désynchronisant l’usage de l’autorité.

Idées en vrac et à réfléchir ensemble :

  • des SLM (Small Language Models) à usage concret et frugal (avec une sorte de Huggingface vraiment communautaire, spécialisation fine de type LoRA),
  • des espaces numériques où la créativité redevient le moteur de la valeur ajoutée (un web off-line first, flux RSS, pages statiques, Fediverse),
  • reformer un web à part, un web « des gens », sans usages imposés, et lui aussi frugal.
  • Autres idées ? c’est le moment :)


  1. Je reprends ici deux expressions de Langdon Winner, dans La baleine et le réacteur, dont je conseille vivement la lecture.↩︎

Image d’entête de l’article : Parallax Immersion, de Thomas Canto, par Alessandra Ioalè, 2014 (source).

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09.03.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 9 mars 2026

Khrys

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02.03.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 2 mars 2026

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  • Dirty Data (dirtydata.earth),

    a collaborative project by the Environmental Reporting Collective (ERC), builds on this work by supporting nearly 40 journalists — reporters, photographers, editors, and designers — working on the issue across Asia, Latin America and Europe. Together, they are producing original reporting that contributes to a critical story still unfolding in communities around the world.

  • Chat Control : The EU’s CSAM scanner proposal (patrick-breyer.de)
  • Introducing Times New Resistance – a Times New Roman impersonator that autocorrects the autocrats. (abbyhaddican.com)

    Do you have access to the computer of an ICE apologist, white supremacist, Republican mouthpiece, right wing propagandist, or other morally bankrupt American ? Times New Resistance autocorrects specific words as they are typed. For example, the word ICE autocorrects to the Goon Squad and the word Trump autocorrects to Donald Trump is a felon. To the untrained eye, Times New Resistance looks just like Times New Roman – the official font of the U.S. State Department. When you install the font, it will appear in your font menus as Times New Roman, with an extra space between the words Times and New.

  • Observatoire des coupes rases (canopee.ong)

    Malgré la place croissante des coupes rases dans le débat public, leur suivi demeure lacunaire : les données disponibles sont le plus souvent agrégées et n’offrent pas d’information quant à leur répartition territoriale. Pour répondre à ce manque, Canopée a développé l’observatoire des coupes rases : un suivi des coupes rases fondé sur la détection satellitaire.

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  • LibreOffice Online : a fresh start (blog.documentfoundation.org)

    LibreOffice is a desktop application, but we get many requests for a web-based version of the suite that users can deploy on their own infrastructure. Several years ago, project members started to develop LibreOffice Online, but in 2022 the Board of Directors at The Document Foundation voted to freeze the project and put it in the “attic”, for reasons that have now been superseded. Earlier this month, the current Board of Directors decided to revoke those votes to give new life to the project

  • Breaking Free (forbrukerradet.no)

    In the new report Breaking Free : Pathways to a fair technological future, the Norwegian Consumer Council has delved into enshittification and how to resist it. The report shows how this phenomenon affects both consumers and society at large, but that it is possible to turn the tide. Together with more than 70 consumer groups and other actors in Europe and the US, we are sending letter to policymakers in the EU/EEA, UK and the US.

  • Le centre de notre Galaxie se dévoile aux yeux des astronomes (humanite.fr)

    Pour la première fois, des astronomes ont pu observer en détail ce qu’on appelle la « zone centrale moléculaire » de la Voie lactée.

  • SolarSystem Video (solarsystem.video), a federated video streaming platform for planetary science, brought to you by the Planetary Research Cooperative.
  • Fondation du Rien (fondationdurien.org)

    La Fondation du Rien vous fabrique du temps libre. Inscrivez-vous gratuitement à l’une de nos activités annulées pour jouir enfin tranquillement d’une plage de temps libre.

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23.02.2026 à 07:42

Khrys’presso du lundi 23 février 2026

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  • Leïla Shahid : ce soleil qui s’installe derrière l’horizon (humanite.fr)

    En français, en arabe, en anglais, la ferme tendresse de sa voix portait loin. De la rue aux rédactions des médias, jusqu’aux chancelleries du continent européen et du monde. Leïla Shahid était l’incarnation de la Palestine, de son peuple et de sa terre, de son histoire et de sa culture.

  • Mort de Susan George, figure inspirante de l’altermondialisme (basta.media)

    Susan George vient de décéder à l’âge de 91 ans, après avoir été de tous les combats altermondialistes, depuis le blocage de l’OMC à Seattle jusqu’à l’organisation des forums sociaux mondiaux.

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18.02.2026 à 07:45

Reprenons le contrôle de notre vie numérique dès maintenant !

Fla

J’ai écrit ce texte il y a un an, peu après la ré-élection de Trump. Il est resté en attente de publication car je voulais lui ajouter des illustrations, mais je ne suis pas graphiste. Finalement, la situation géopolitique est … Lire la suite­­
Texte intégral (1601 mots)

J’ai écrit ce texte il y a un an, peu après la ré-élection de Trump. Il est resté en attente de publication car je voulais lui ajouter des illustrations, mais je ne suis pas graphiste. Finalement, la situation géopolitique est maintenant encore pire qu’il y a un an, tant sur le territoire américain notamment avec l’ICE que dans les relations avec les autres pays, du Venezuela au Groenland. L’hypothèse d’un Trump qui couperait l’accès des européens aux entreprises américaines du numérique existe. Il est donc temps de publier cet article de rappel, même sans illustrations.

Je donne depuis 2012 des conférences sur la vie privée en ligne. J’y explique les mécanismes qui permettent aux fournisseurs de services numériques de collecter pléthore de données sur toutes les personnes qui les accèdent, même sans qu’elles y créent de comptes. Évidemment, je détaille aussi les enjeux, en répondant à la principale remarque : « je ne vois pas le problème, je n’ai rien à cacher ». J’explique, exemples à l’appui, que les données qu’ils collectent sur nous ont des conséquences importantes sur nos vies même pour des citoyens modèles toujours dans la légalité. Qu’elles leur permettent de maximiser notre tarif d’assurance, de nous accorder ou non un crédit immobilier, de nous refuser à un entretien d’embauche. Qu’elles leur permettent aussi d’influencer les opinions, et ainsi faire basculer le résultat d’élections ou de référendums (sans le rôle clé de Cambridge Analytica, le Brexit n’aurait probablement pas eu lieu et Donald Trump n’aurait probablement pas été élu en 2016).

Mais je souligne aussi toujours quelque chose d’essentiel, que l’on a trop vite tendance à oublier : rien ne disparaît dans le monde numérique. Ce que nous publions en ligne aujourd’hui restera enregistré pour toujours, et ce même si nous le supprimons. Or, les dirigeants et les lois eux, changent. Les informations accumulées sur la population sont disponibles, historique compris. Si l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir était encore hypothétique pour une grande majorité des pays il y a seulement 15 ans de cela, nous voyons aujourd’hui, années après années, sombrer l’État de droit dans laquelle une partie du monde a eu la chance de naître. La montée des partis haineux s’observe dans tous les pays, et ils arrivent maintenant régulièrement au pouvoir, et ce jusqu’au pays le plus puissant du monde : les États-Unis d’Amérique.

Si les conséquences de l’arrivée d’un régime oppresseur à la tête d’un pays sont déjà catastrophiques pour sa population, la ré-élection de Donald Trump change complètement d’échelle : elles deviennent mondiales. Il n’y a qu’une poignée de pays dans le monde dont la vie numérique ne dépend pas majoritairement des États-Unis. Imaginez-vous à quoi ressemblerait votre journée de demain si soudainement Google, Microsoft, Amazon, Apple, Meta, CloudFlare et toutes les autres entreprises américaines coupaient leurs services dans votre pays. Pensez à toutes les actions que vous ne pourriez plus faire. Plus de téléphone, d’ordinateur, de tablette ni de montre connectée. Dans l’ordre, à la sortie du lit : pas de réveil, pas de météo, pas d’agenda, pas de journal pendant le petit déjeuner, puis pas d’horaires ni de ticket de bus, ni d’accès au compte bancaire ni de moyen de paiement (Visa et Mastercard sont américains). Même si certaines applications ne sont pas fournies directement par Google, Apple, Microsoft ou Amazon, la très grande majorité d’entre elles utilisent leur infrastructure pour fonctionner et seraient donc immédiatement hors service. Vous n’avez même pas quitté votre logement que vous avez déjà utilisé ces multinationales des dizaines de fois. Se voir couper ces accès vous semble irréaliste ? C’est pourtant exactement ce qui est arrivé à Nicolas Guillou, juge français à la Cour Pénale Internationale, qui enquête sur les évènements en Palestine. Lire son témoignage. (Si cela vous inspire, vous pouvez rejoindre une réflexion collective sur le sujet).

Et bien, toutes ces actions qui pourraient ne plus être accessibles car elles dépendent de ces acteurs, sont aujourd’hui enregistrées et analysées. Les États-Unis, qui contrôlent et stockent la majorité des usages numériques mondiaux et connaissent donc en détail la vie d’une grande partie des humains de notre planète, sont maintenant gouvernés par un régime en roue libre qui a muselé les contre-pouvoirs, opprime les minorités, expulse la presse, parle d’annexer des territoires alliés comme le Groenland, soutient les autres régimes extrémistes en Allemagne et ailleurs, coupe les financements de la science et des aides au développement, sans parler de l’Ukraine et de la Palestine.

Il est d’une urgence absolue que nous soyons numériquement indépendants des services propriétaires fournis par des entreprises américaines.

Il s’agit bien sûr de développer et soutenir des logiciels libres, seuls garants d’un numérique respectueux car auditables par des tiers. Notre rôle de citoyens est évidemment de porter ce sujet à nos politiques, mais aussi à notre travail et, le plus facile, dans notre vie personnelle.

Il y a de nombreuses alternatives qui existent à tout un tas d’applications, services, logiciels que vous pouvez utiliser, mais pour ce premier article, je conclurai sur ces quelques recommandations, très facile à mettre en place pour démarrer :

Pour limiter la collecte de données :

  • Accédez au web avec un navigateur de confiance (je recommande Mozilla Firefox, sur ordinateur comme sur mobile) correctement configuré (installez les extensions uBlock Origin et LocalCDN)
  • Pour limiter les accès aux informations de votre téléphone, évitez d’installer des applications et allez plutôt sur les sites web. Vous n’arrivez pas à vous passez de Google Maps, YouTube, Facebook ou Instagram pour le moment ? Ouvrez un nouvel onglet privé dans Firefox pour y accéder, cela limitera un peu la casse, et vous serez moins tenté de le rouvrir constamment

Pour la confidentialité de vos échanges :

  • Utilisez une messagerie libre chiffrée telle que Signal qui est l’état de l’art dans le domaine, plutôt que Facebook Messenger ou Whatsapp, ou le SMS ou l’e-mail avec lesquels de nombreuses personnes peuvent accéder à vos communications

Si vous êtes prêts à y consacrer un peu de temps, une belle étape est de passer à un système d’exploitation libre et de confiance. Les alternatives ne manquent pas. Si vous voulez des solutions françaises, Linux Mint fonctionne très bien pour les ordinateurs, et /e/ OS pour les téléphones. Vous avez peur de vous lancer seul(e) ? Trouvez quelqu’un pour vous aider près de chez vous !

Un autre point important où vous pouvez vous faire accompagner : quitter GMail. Là aussi, il suffit de vous laisser guider !

Et bien sûr, les services de Framasoft, sur Degooglisons-internet.org !

Il y a énormément à dire sur le sujet, cet article peut donc vous sembler trop court, et cette liste d’alternatives très incomplète. De plus, d’autres alternatives encore plus résilientes peuvent exister. J’ai pris ici le parti d’aller droit au but et de recommander des solutions accessibles à toutes et tous dès maintenant sans compromis aucun, car je juge la situation urgente particulièrement à la vue de ce qui se passe outre atlantique. Mais n’ayez crainte, j’ai hâte de revenir avec des articles permettant d’aller plus loin !

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