17.06.2026 à 10:57
Christophe @PoliticoboyTX
Les contours précis de l’accord trouvé entre les États-Unis et l’Iran ne sont pas encore connus. Des interprétations contradictoires sont possibles et certaines clauses ne seront peut-être pas rendues publiques avant des semaines voire des années. Pour rappel, l’accord trouvé entre les États-Unis et l’URSS pour mettre fin à la crise des missiles de Cuba avait tenu secrète une concession américaine afin d’éviter à Kennedy de perdre la face. Ce qui eut pour conséquence de laisser croire aux décideurs occidentaux que la méthode brutale employée par les États-Unis constituait un exemple à suivre.
L’accord lui-même reste particulièrement fragile. Trump a utilisé la couverture des négociations pour attaquer par surprise le Vénézuéla et l’Iran par le passé. Israël est révolté par l’accord qui signe un échec total pour l’État hébreu, et déploie déjà des efforts considérables pour le faire capoter. À en croire les diverses déclarations, l’accord prévoirait :
La fin de la guerre, y compris au Liban
Le retrait des troupes israéliennes du Liban
La levée du blocus américain
La réouverture totale du détroit d’Ormuz (avec des droits de passages perçus par l’Iran).
Le dégel des 24 milliards de dollars d’avoirs iraniens
Le retrait progressif des troupes américaines des bases ayant servi à attaquer illégalement l’Iran (selon certaines sources).
Un fond de 300 milliards de dollars pour réparer les dommages infligés à l’Iran (selon certaines sources).
Ne figureraient pas dans l’accord :
La fin du programme nucléaire iranien
La fin du programme balistique iranien
La fin du programme de soutien de l’Iran à ses “proxies” régionales (Hezbollah, Houthis…).
La levée des sanctions économiques américaines.
Si de nombreux points restent à éclaircir, on peut déjà faire quelques observations importantes.
Avant de rentrer dans les détails, permettez moi ce petit message. Vous pouvez soutenir mon travail en m’offrant un petit café ici ou en vous abonnant gratuitement à ma newsletter principale, “Fake Tech”, là.
La première conclusion, c’est le double échec des États-Unis, incapables de faire plier l’Iran par la guerre ni par le blocus maritime. L’accord rétablit la situation prévalant avant l’attaque américaine : l’Iran n’a pas renoncé à son uranium enrichi et dispose toujours d’un arsenal de missiles et drones pouvant frapper Israël, comme la réponse iranienne à une violation du cessez-le-feu israélien au Liban l’a récemment démontré. Le blocus américain, imposé suite au cessez-le-feu, est levé. Et la circulation reprendra dans le détroit d’Ormuz.
Comparée à l’accord “JCPOA” signé par Obama avec l’Iran, la Russie et la France en 2015, la situation est pire pour l’Occident. Non seulement la question du nucléaire n’est pas résolue, mais l’Iran a dorénavant démontré la capacité des ses armes conventionnelles, notamment en infligeant des dégâts considérables à la majorité des bases américaines de la région. Tout en transformant Dubai en zone de guerre. Pire, l’Iran a pu vérifier l’efficacité de sa principale arme de dissuasion : le contrôle effectif du détroit d’Ormuz.
L’Iran a pu également constater qu’en détenant les capacités de raser les installations gazières qataries frontalières du champ North Field, il disposait d’un second moyen de pression sur l’Occident. Ce gisement contient 20 % des réserves mondiales de gaz et fournit 12 % des importations européennes en GNL. Selon mes informations, les frappes conduites contre ce complexe industriel en réponse aux bombardements israéliens sur les installations pétrogazières iraniennes ont entrainé plus d’un milliard de dollars de frais de réparation et la mise à l’arrêt pour une durée d’un an de la plus grande usine GTL au monde (qui ne représente qu’une petite partie du complexe et une partie des bombardements). Ça fait beaucoup de dégâts, pour un tir de sommation destinée à dissuader Israël et les États-Unis de viser les infrastructures civiles iraniennes.
L’Iran est indéniablement en meilleure position qu’il ne l’était au début de la guerre. Avant l’agression américaine, le régime iranien se disait prêt à renoncer à son uranium et à ouvrir ses champs de pétrole aux intérêts états-uniens. Désormais, Téhéran contrôle de facto le détroit d’Ormuz et peut utiliser l’argument nucléaire pour obtenir la levée des sanctions.
Comparé à l’accord proposé par l’Iran aux États-Unis lors des négociations conduites sous la tutelle d’Oman pour éviter la guerre, l’accord semble pire.
De leur côté, les USA de Trump ont payé un prix élevé pour leur guerre d’agression. Toute stature morale est définitivement perdue. La crédibilité de la parole diplomatique a disparu, Trump ayant même utilisé la voie diplomatique pour endormir l’Iran afin d’assassiner les principaux dirigeants du régime. Le conflit a également été marqué par de nombreux crimes de guerre et bombardements d’une extrême cruauté. Citons la double frappe sur l’école de fillettes ayant tué plus de 150 enfants, tout le corps enseignant et une vingtaine de secouristes. Les bombardements des dépôts pétroliers de Téhéran qui ont provoqué une catastrophe sanitaire et environnementale inexcusable, qualifiée d’apocalyptique par la presse conservatrice britannique. L’exécution sommaire de marins iraniens naufragés, dans une débauche de cruauté qui n’avait jamais été observée, même chez la marine allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Les frappes ciblées sur des usines de traitement d’eau pour civils, les frappes sur les hôpitaux, les gymnases, les écoles, les casernes de police, les agences de presse, les bâtiments administratifs, les voies ferroviaires, les ponts… autant de pratiques militaires qui font passer Poutine pour un enfant de chœur.
L’économie américaine a souffert du prix élevé du pétrole et de la raréfaction des engrais. L’armée américaine a perdu plusieurs dizaines de milliards de dollars d’équipements (radars, avions, bâtiments), dépensé plus de 25 milliards de dollars en frais opérationnels, subit une dizaine de morts et une centaine de blessés. Et la cote de popularité de Trump a logiquement plongé à un plus bas niveau historique, alors qu’il est désormais critiqué par son aile droite comme étant le caniche d’Israël.
Trump perd vraiment sur tous les tableaux : Israël est furieux, les dirigeants israéliens traitent le président américain de traitre et de loser. Aux États-Unis, Trump a perdu le soutien de figures influentes du mouvement MAGA, dont les journalistes et podcasteurs influents Tucker Carlson, Candance Owen et Megyn Kelly.
Israël a été entièrement exclu des négociations et mis devant le fait accompli par Donald Trump.
Aucun des buts de guerre fixés par Netanyahou n’a été atteint. Le régime iranien sort renforcé et se trouve désormais aux mains de la frange la plus radicale et la moins à même de renoncer au programme nucléaire. L’uranium enrichi est toujours en Iran. Les capacités balistiques ont gagné en efficacité opérationnelle (capacité à échapper aux frappes aériennes, capacités à infliger des dégâts substantiels sur des bases militaires américaines, etc.).
Quant au Hezbollah libanais, il parvient à tenir en échec l’armée israélienne grâce à l’usage des drones “FPV” à fibre optique, une innovation importée de la guerre en Ukraine.
Ces drones de petite taille pouvant emporter une charge utile de quelques kilos au maximum sont pilotés à distance par un opérateur via un fil de fibre optique qui se déroule pendant le vol. Ce qui permet d’échapper aux techniques conventionnelles de brouillage électronique (le drone étant contrôlé par un fil, pas par un signal radio ou satellite) et de le manœuvrer pour le faire exploser sur un camion, une voiture ou un char où sont présents des soldats. Le rayon d’action dépend de la taille de la bobine de fil, mais peut dépasser les 30 km. Selon l’armée israélienne, trente soldats et officiers israéliens ont été tués au Liban depuis le mois de mars, en plus d’un gros millier de blessés.
Or, l’Iran a réussi à imposer le couplage entre le cessez-le-feu au Liban et l’accord de paix en Iran, provoquant la fureur d’Israël. L’état hébreu occupe un cinquième du territoire libanais et conduit une destruction méthodique des villages à la dynamite tout en étant crédiblement accusé devant l’ONU de répandre sur les sols de larges quantités de round up pour rendre les terres inexploitables.
Ironiquement, le bombardement de Beyrouth par Israël au milieu de la semaine dernière, conçu pour mettre en péril les négociations, a eu l’effet inverse. L’Iran allait répliquer par une frappe massive contre Tel Aviv, mais la Maison-Blanche a convaincu Téhéran de renoncer aux représailles contre une accélération de la signature de l’accord. Entre-temps, l’Iran en a profité pour obtenir des concessions supplémentaires. Une preuve de plus de la bascule en cours en termes de rapport de force. Netanyahou aurait été pris de court et humilié par la rapide volte-face américaine et l’annonce de la signature de l’accord par Trump.
Bennet, le principal opposant à Netanyahou, issu d’une coalition centre droit / centre gauche, accuse ce dernier de faiblesse et promet de poursuivre les efforts de destruction de l’Iran en cas de victoire électorale au prochaines législatives israéliennes.
En dehors de l’Iran, du Liban et des pays du Golfe, c’est l’Europe qui paye le prix fort du conflit. L’économie est durablement affaiblie par la hausse du prix de l’énergie et les tensions sur le marché des matières premières.
Le soutien diplomatique et militaire aux camps des criminels de guerre manifesté par l’UE, dont l’Allemagne en particulier, mais également la France, entache la crédibilité du continent aux yeux du monde. Nos propres valeurs ont été bafouées, pour des résultats calamiteux : aucune voix au chapitre des négociations, aucune contrepartie à notre soutien. Les États-Unis veulent se retirer d’Europe et ont détourné des moyens alloués à l’Ukraine pour les déployer dans le Golfe. Israël conduit des opérations d’ingérence hautement illégales dans les élections européennes. Israël torture et violerait des dizaines de ressortissants européens et s’en vente face caméra. Mais lorsque la responsable européenne de la diplomatie ose qualifier timidement Israël d’état d’apartheid, elle se fait conspuer par Paris et Berlin.
Notons enfin que la France a perdu plusieurs soldats (en Irak et au Liban) suite aux frappes israéliennes et (potentiellement) iraniennes. Bien entendu, cela n’a pas empêché Paris de se ranger du côté israélien, en participant notamment à l’effort de défense antimissile tout en déployant le porte-avion Charles de Gaulle dans la région.
La population iranienne aura triplement souffert. Par les bombardements occidentaux, le blocage économique et les représailles du régime qui a arrêté et torturé le moindre ressortissant suspecté d’avoir collaboré avec les services secrets israéliens. Des Israéliens qui sont allés jusqu’à fomenter des troubles dans le pays et installer des bases secrètes en Irak (sans autorisation) pour soutenir leur campagne de déstabilisation.
Lorsqu’il est apparu que le régime tenait bon, Israël s’en est pris aux infrastructures civiles et aux institutions qui permettent le maintien d’une vie en société, visant jusqu’aux universités et complexes sportifs en se comportant comme un état terroriste. Tout cela malgré les rapports des renseignements américains qui assuraient que l’Iran n’avait pas les capacités de développer une arme nucléaire dans les prochaines années.
Je renvoie les lecteurs à mon article précédent sur le conflit, qui examinait les justifications pour la guerre et démontrait en quoi un Iran nucléarisé, bien que désastreux, ne constituerait pas une menace existentielle pour Israël ou l’Occident.
Il faudra néanmoins garder bien présent à l’esprit dans les semaines qui viennent, alors qu’Israël va tenter de faire dérailler le processus de paix par tous les moyens, que cette guerre était parfaitement illégale et injustifiée. Non seulement par les raisons invoquées, mais aussi par la façon dont elle a été conduite (ciblages des civils, crimes de guerre, crimes environnementaux…).
La manière dont Netanyahou a convaincu Donald Trump de partir en guerre contre l’Iran a été longuement détaillée par la presse américaine. Trump a choisi d’ignorer les rapports de ses propres services de renseignements et conseils de ses propres militaires. Ils avaient pourtant prédit que le régime iranien ne tomberait pas, que des extrémistes prendraient la place des “modérés”, que le détroit d’Ormuz serait fermé pour des mois (voir des années, en cas de minage intensif) et que l’Iran mettrait à exécution sa menace d’étendre le conflit à tous les pays du Golfe.
Tucker Carlson avait imploré Trump de ne pas déclencher une guerre. Selon le journaliste et soutien de Trump, elle allait lui nuire politiquement, car elle constituerait une trahison électorale, en plus de provoquer de graves retombées économiques et militaires. Trump lui aurait répondu “je sais que c’est risqué, mais les choses finiront par s’arranger. Parce que ça se passe toujours comme ça” (“things will work themselves up, because they always do”). Ce qui démontre l’hubris de Trump, convaincu de sa capacité à toujours trouver une porte de sortie aux crises qu’il provoque.

Dans un sens, il n’a pas tort. La bourse américaine n’a pas plongé pendant la guerre, mais accueille chaque annonce de cessez-le-feu par une hausse euphorique. Les alliés européens continuent de courtiser Trump, comme Macron avec son diner somptueux à Versailles. Plus Trump s’attaque directement aux intérêts vitaux de ses alliés, plus ces derniers y vont de leurs courbettes, flatteries et déférences. Au point de voter l’accord commercial désavantageux pas plus tard qu’hier.
Si on peut retenir un enseignement de cette tragédie, c’est que l’Iran est le premier acteur à avoir réellement tenu tête à Trump. Les négociateurs iraniens ont même embauché des psychologues pour les aider à conclure les négociations, tant ils étaient convaincus que le président américain n’opérait pas de manière totalement rationnelle. Si ce dernier n’a eu de cesse de tenir un discours contradictoire et de souffler le chaud et le froid, in fine, le rapport de force opérationnel sur le terrain l’a contraint à capituler.
20.03.2026 à 10:36
Christophe @PoliticoboyTX
Je n’avais pas prévu d’écrire sur les municipales, mais puisque les résultats du premier tour sont “bons”, pourquoi bouder son plaisir ?
Les municipales constituent le dernier scrutin national avant la présidentielle de 2027. À ce titre, elles sont scrutées par les commentateurs, journalistes et politiques qui orientent le débat public et les stratégies des partis.
Au fil de la campagne, un double récit s’est imposé dans les médias. Celui de la rupture définitive de la gauche avec LFI, à qui on promettait une épique déculottée synonyme de mort clinique. Et celui de la percée inexorable du RN, en route pour une victoire écrasante en 2027, de plus en plus souvent perçue comme inexorable et souhaitable par la classe dominante.
Pourtant, tirer des conclusions nationales de ce scrutin local peut sembler hasardeux. Tout d’abord, le taux de participation est nettement inférieur à celui de la présidentielle (55-60 % contre 70-80%), ce qui entraine une sur-représentation du vote des seniors et des classes supérieures. Le cœur de l’électorat de la France Insoumise (jeunes, quartiers populaires et banlieues, classes intermédiaires et ouvrières) est moins susceptible de se déplacer. Celui du RN peut être également “invisibilisé” dans les petites communes, où l’extrême droite ne parvient pas à recruter des candidats.
De même, les partis dépourvus d’ancrage local (les petites formations, la Macronie, LFI) partent avec un gros désavantage. Ils n’ont pas de sortants à faire réélire et dans de nombreuses villes, n’ont pas de liste autonome ou de candidats clairement identifiés.
Ensuite, il s’agit d’un scrutin local, avec ses spécificités. Dans les petites et moyennes communes, on vote surtout pour les personnes (“monsieur le maire”) et des enjeux locaux (la collecte des poubelles, les places de parking…). La mort du néonazi Quentin Deranque n’a pas énormément d’impact sur le duel entre la liste “Gauche unie” et “Divers gauche” d’une commune bretonne de 16 000 habitants.
Comme de nombreuses mairies ne sont pas disputées, 23 % des électeurs appelés aux urnes faisaient face à un non-choix. Certains avaient peut-être très envie de sanctionner le gouvernement ou combattre “les extrêmes”, mais devaient choisir entre un maire UDR et un maire UDR dissident (par exemple).
La prime au sortant est également un phénomène important, surtout dans les petites et moyennes communes. Le maire est présent aux évènements locaux, il communique via le bulletin municipal, ses conseillers sont connus de nombreux habitants. À moins de gérer la ville de manière particulièrement catastrophique, l’équipe sortante a de bonnes chances d’être reconduite.
Ainsi, estimer la performance des partis en fonction des votes nationaux, du nombre de mairies gagnées ou des scores dans les trois grandes villes (Paris-Lyon-Marseille) présente de nombreuses limites. D’autant plus qu’au second tour, certaines listes fusionnent et d’autres se désistent ou ne sont pas qualifiées. Il est plus pertinent de regarder les tendances par rapport aux municipales précédentes, tout en prenant en compte la particularité de l’élection de 2020, en plein covid, qui avait vu le taux de participation décrocher de plus de 5 points.
Une fois qu’on a dit tout cela, peut-on quand même tirer des enseignements du premier tour ?
Le contrôle des villes n’est pas nécessairement une question existentielle pour les électeurs, car la marge de manœuvre des maires reste limitée face à la politique du gouvernement et les décisions qui relèvent de la compétence des régions, de l’Union européenne ou de l’humeur de Donald Trump.
Pour les partis, contrôler des villes permet de gagner des postes. Ce qui rapporte de l’argent, permet de former des cadres, d’attirer des talents et de s’ancrer localement. Un maire et des conseillers municipaux appréciés auront plus de poids pour mobiliser les électeurs lors des grandes échéances nationales, par exemple. Ils peuvent contribuer à casser les images négatives qui peuvent être associées à leur parti via le débat national et les polémiques des chaines d’infos. Et peuvent être appelés à prendre la parole dans les médias nationaux lorsqu’un fait d’actualité se déroule dans leur ville. Ce qui explique pourquoi les municipales restent un scrutin important du point de vue des forces politiques.
Outre les enjeux locaux, trois questions taraudaient les observateurs.
Le rapport de force à gauche : le PS allait-il parvenir à asphyxier LFI avec le soutien des écologistes et du PCF ? Et ainsi s’imposer comme la force centrale à gauche pour la présidentielle (malgré le fait qu’il est entré en coalition avec le gouvernement de Macron/LR) ?
La progression du RN (et sa banalisation) : Est-elle si tangible et irrésistible que le suggèrent les sondages ? Aux dépens de quels partis s’opère-t-elle ?
La survie de la droite LR et de la droite macroniste (qui gouvernent ensemble avec l’appui du PS).
Ces questions allaient informer des rapports de force en vue de la présidentielle, qui apparait d’autant plus ouverte que le seuil de qualification au second tour (contre le RN, selon les sondages) est particulièrement bas.
Une fessée de LFI administrée par le PS et ses vassaux (EELV, PCF) devait permettre de produire une candidature de la gauche unie face à une France Insoumise décrédibilisée, dans l’espoir de bénéficier d’une mécanique “vote utile” pour se hisser au second tour (voire gagner via un barrage républicain, avec le soutien des voix macronistes).
De même, une percée inexorable du RN aux dépens de LR et de la Macronie allait rendre “l’Union des droites” en vue de la présidentielle plus probante, ou du moins marginaliser les forces historiques de la droite.
À l’issue du premier tour, on peut tirer un premier bilan.
Si on met de côté la fascination médiatique pour le RN et l’extrême droite, le reste des commentaires en plateaux portaient sur la percée de LFI. Ce n’était une surprise que pour les journalistes politiques qui prennent leurs désirs (et ceux de Glucksmann/Hollande) pour la réalité et croient dur comme fer dans la performativité de leurs propos.
« Si à Lille il y a une alliance entre les Insoumis et les Verts au profit de la liste de la candidate insoumise, et bien les Insoumis peuvent prétendre à la mairie de Lille dimanche soir, ce qui serait un cataclysme. » Gilles Bornstein, éditorialiste politique à France Info, le dimanche 15 mars sur France Info.
Les sondages montraient déjà que LFI serait à plus de 10 % dans les grandes villes, bien qu’ils aient sous-estimé les scores de 2 à 8 points dans la plupart des cas. De plus, LFI est une formation jeune (crée en 2017) qui faisait campagne pour les municipales pour la première fois (en 2020, LFI avait largement “enjambé” cette élection en ne proposant des listes indépendantes que dans une poignée de grandes villes). Comparée à 2020 ou aux scores des Européennes (11 %, également en progression par rapport aux Européennes de 2019), LFI avait de grandes chances de faire mieux.
Mais ses succès ont dépassé les espoirs de nombreux observateurs insoumis, qui redoutaient les effets liés à la nature défavorable du scrutin et au climat médiatique délétère (classement à l’extrême gauche de LFI par le ministère de l’Intérieur, polémique sur des propos qualifiés d’antisémites de Mélenchon et criminalisation de LFI sur fond de l’affaire Deranque, authentique nazi adorateur d’Hitler, mort suite à une altercation avec des militants antifascistes).
Les polémiques médiatiques et les appels au front anti-LFI ne semblent pas avoir fonctionné. LFI passe devant le PS à Toulouse, ravit dès le premier tour la ville de Saint-Denis (160 000 habitants) au PS, arrive à égalité avec le maire sortant (PS) de Lille, parvient pratiquement à gagner Roubaix dès le premier tour et se qualifie pour le second dans de nombreuses métropoles. Avec une mention spéciale à Rennes, où la candidate LFI fait presque 20 % (contre 6 % en 2020) et Bordeaux, où LFI s’effaçait devant Philippe Poutou, mais obtient quand même près de 10 %. Limoges constitue l’autre cerise sur le gâteau. Malgré les déplacements d’Olivier Faure et de Glucksmann en soutien au candidat PS, LFI arrive deuxième avec dix points de plus que la gauche PS. Les deux exceptions qui viennent nuancer un tableau euphorique sont Paris et Marseille, où LFI se qualifie au second tour avec des scores décevants (11 et 12 %).
Ces bons résultats globaux contraignent diverses listes de gauche hors LFI, qui ont fait toute leur campagne sur le rejet de la France Insoumise, à accepter les fusions et alliances proposées par les insoumis en vue du second tour. C’est le cas à Lyon, où le sortant écologiste finit bien plus haut que ne l’imaginaient les journalistes parisiens obnubilés par l’affaire Deranque. Mais également à Toulouse (le candidat PS accepte de se ranger derrière le candidat LFI, qui pourrait ravir la mairie au sortant divers droite), à Nantes, Limoges, Brest, Clermont-Ferrand et même Tulle, bastion de Francois Hollande, qui s’oppose publliquement à toute union ou fusion avec LFI, y compris pour les second tours.
Ces alliances viennent fracasser le discours tenu par un PS appelant à une rupture définitive avec LFI, voire à l’établissement d’un cordon sanitaire, comme le demandait Jordan Bardella.
On voit, au contraire, que LFI redevient fréquentable, y compris dans des villes où le RN n’a aucune chance de gagner. À Strasbourg, la maire sortante écologiste a fusionné avec LFI pour affronter la droite LR et une candidate PS s'étant allié à la liste macroniste. Les trois exceptions notables sont Lille, Paris et Marseille.
À Lille, le candidat EELV a choisi de s’allier avec la sortante socialiste plutôt qu’avec la candidate LFI, contre l’avis de ses militants, ses colistiers et contre l’issue du vote interne. Après les purges menées par Marine Tondelier, ça fait beaucoup de ruptures avec les promesses de démocratie interne au sein de EELV, mais il est peu probable que cette dérive autoritaire fasse le moindre bruit médiatique, puisque cela ne concerne pas LFI...
À Paris et Marseille, les listes d’union de la gauche hors LFI emmenées par le PS réalisent des scores suffisamment haut pour penser pouvoir se priver des voix de LFI. À Marseille, face au risque du RN, l’insoumis Delogu s’est retiré en vue du second tour. Le pari du maire sortant est de se faire élire sans LFI, ce qui peut paraitre risqué face au spectre de l’extrême droite, mais demeure un calcul relativement tenable. À Paris, où les chances de Rachida Dati sont réelles, Sophia Chikirou a maintenu sa candidature suite au refus de fusion technique essuyé de la part du candidat PS.
S’il faut attendre le second tour pour trancher, LFI sort incontestablement renforcée de ce scrutin. Elle va gagner de nombreux conseillers municipaux, plusieurs mairies importantes (au minimum, Saint-Denis et Roubaix; peut-être Toulouse et Limoges). Mais surtout, elle affirme sa force et sa dynamique électorale, malgré la conflictualité, les attaques subies par toutes les autres formations politiques, une hostilité médiatique inouïe et l’absence de grand média pro-LFI (le PS peut compter sur Libé, le NouvelObs, et certaines émissions du service public, la droite et le centre ont tous les médias privés hors Bolloré/Stérin, qui roulent pour l’extrême droite; même le PCF dispose du quotidien l’Humanité).
Le cas parisien mérite qu’on s’y arrête. Les scores de LFI pour les arrondissements sont plus élevés de 2 points environ que le score pour la mairie, ce qui suggère une dynamique de vote utile en faveur de la liste d’union PS-EELV-PCF, aidée par le spectre de Rachida Dati et Sarah Knafo. Le score assez décevant de Chikirou peut s’expliquer également par le choix de ce profil, mis en examen pour des soupçons de surfacturations (douteuses) lors de la campagne présidentielle de 2020, ciblée par plusieurs reportages du service public pour sa gestion toxique du personnel (confirmée par mes sources internes) et peu implantée à Paris. Chikirou a ainsi pu produire un certain rejet chez des électeurs LFI-compatibles, sans parvenir à mobiliser suffisamment d’abstentionnistes. D’autres profils auraient peut-être obtenu de meilleurs résultats.
Néanmoins, l’insoumise obtient près de 100 000 voix. Et, ce, en dépit d’un taux de participation faible (60 %) et un électorat majoritairement CSP+. Cela représente une base non négligeable d’électeurs embrassant la radicalité de ce parti.
À l’échelle nationale, les bons résultats témoignent de la résilience de sa base électorale, prête à récompenser les prises de positions courageuses (dénonciation du génocide à Gaza dès le début, opposition claire à la guerre illégale contre l’Iran, refus de voter le budget Macron-LR, refus de tergiverser avec la réforme des retraites, engagement clair contre les projets écocides comme l’autoroute A69 où les mégas bassines, refus de pleurer la mort d’un militant néonazi, etc.).
Ces résultats sont en partie obtenus grâce à la mobilisation d’abstentionnistes. Pour la première fois depuis des années, la tendance à l’abstention s’inverse dans de nombreuses grandes villes. Difficile de ne pas y voir le fruit du travail militant des insoumis.
Si le vote RN progresse par rapport à 2020, on est très loin de la vague brune attendue, dans le prolongement de la progression observée lors des législatives et européennes. La progression s’effectue majoritairement aux dépens des droites (LR, Macronie, UDI, Modem...), ce qui décourage ces dernières à soutenir les candidatures RN, ne serait-ce que par intérêt électoral, si ce n’est pour des questions morales. L’absence d’alliance est, à ce titre, notable.
La cannibalisation de la droite par l’extrême droite est un vrai problème pour cette dernière. À banaliser le RN tout en faisant campagne toujours plus à droite, ces formations autorisent leurs électeurs à voter RN ou à ne plus faire barrage pour ce dernier. Autrement dit, la droite et la Macronie se tirent une balle dans le pied. Nice constitue un parfait exemple : Ciotti semble bien parti pour ravir la mairie au LR Estrosi.
Ceci explique pourquoi les formations macronistes ne percent pas et pourquoi LR cède de nombreux bastions. Le scrutin est un camouflet de plus pour le parti d’Emmanuel Macron et ses alliés. Les résultats dans les grandes métropoles sont souvent abyssaux (Marseille, Paris) et aucune percée dans les villes moyennes ne vient contrebalancer ce récit. Même l’allié Bayrou semble en difficulté dans son fief de Pau.
Enfin, il convient de noter les bons scores de la gauche en générale, qui viennent s’opposer au récit d’une droitisation de la France voire d’une fascisation. On aurait pu penser que le matraquage permanent des médias Bolloré, qui entrainent le service public et TF1/BFMTV dans leur sillage, aurait eu un impact plus évident aux municipales.
Sans minimiser les très gros scores obtenus par d’authentiques racistes dans de nombreuses villes et communes ni occulter la poussée inquiétante du RN à Marseille (qui pourrait bien remporter la ville suite à l’attitude risquée du maire sortant PS), on voit que la gauche résiste.
C’est notable à Lyon, où le sortant est en ballotage favorable. Et c’est encore plus visible à Paris.
La Capitale souffre de l’essoufflement du pouvoir après 4 mandats de suite du PS. Le successeur d’Anne Hidalgo est tributaire de son bilan. Il ne dispose d’aucune envergure nationale. Et la campagne a été marquée par la fascination des médias pour la candidate proche d’Éric Zemmour, Sarah Knafo.
Cette dernière a bénéficié d’un passage sur le JT de TF1 et dans la matinale de France Inter (contrairement à Sophia Chikirou), a été élue “révélation politique de l’année” par un jury de journalistes. Et a fait une très grosse campagne sur Twitter, avec l’aide plus ou moins fortuit des algorithmes d’Elon Musk.
Tout cela a résulté sur un score assez médiocre de 10 % (12% en ajoutant le candidat RN), au niveau de l’extrême droite dans la capitale lors des scrutins précédents, et pratiquement uniquement dû aux scores obtenus dans les 16e (22%) et 8e arrondissements de Paris où se concentrent les plus hauts revenus.
Dans le reste de la France, le parti “Reconquête” subit un puissant revers, dans les rares cas où il parvient à recruter des candidats.
À l’inverse, la liste “union de la gauche” finit bien plus haut que prévu, ce qui permet au candidat socialiste d’ignorer les appels à l’Union de LFI. Cela témoigne d’un renforcement de la gauche à Paris, malgré le climat ambiant et les compromissions du PS avec Macron à l’Assemblée nationale.
Le contrôle de nombreuses grandes villes demeure incertain. Il n’est pas certain que le RN puisse rafler autant de mairies qu’il l’espère, tout dépendra de sa capacité à mobiliser l’électorat de droite avec lui contre la gauche. Les scores de Knafo à Paris montrent une radicalisation de la haute bourgeoisie.
Dans les duels opposant la gauche à la droite ou l’extrême droite, il faudra voir si l’union fonctionne encore. Le PS a investi un capital politique gigantesque pour diaboliser LFI, au risque de mobiliser l’électorat de droite contre les listes d’union et de démobiliser l’électorat de gauche.
Dans les triangulaires (Paris, Rennes, Lille…) il semble plus important de voter comme au premier tour plutôt que de se lancer dans des calculs alambiqués, car les sièges des conseillers municipaux d’opposition sont attribués en proportion des scores. Pour Paris, la victoire du PS est loin d’être acquise. Rachida Dati dispose d’une réserve de voix théoriquement suffisante, mais les reports du vote macroniste ne seront peut-être pas suffisants, alors qu’une part des électeurs LFI pourrait être tentée par le vote utile, malgré la prestation calamiteuse du candidat PS face à Chikirou dans le débat de l’entre-deux tours. Le PS refuse l’alliance avec LFI aussi par cohérence avec son projet politique, plus proche de la gestion macroniste. Avec l’espoir de bénéficier de nombreux reports de voix de cet électorat, réticent à voter Dati. En cas d’échec, le PS ne pourra s’en prendre qu’à lui-même.
05.03.2026 à 10:41
Christophe @PoliticoboyTX
Les fillettes de la petite ville de Minab venaient de débuter leur semaine lorsque leur école a été bombardée par la coalition israélo-américaine. Plus de 140 enfants et les 26 enseignantes sont mortes, en plus de la centaine de blessés graves, brûlés ou écrasés par les gravats, qui porteront à jamais le traumatisme de ce cataclysme. The Guardian décrit des scènes d’horreurs absolues, où des bouts de bras d’enfants de six ans jouxtent des morceaux de cartables roses. Cette école pour filles est devenue le théâtre du premier massacre d’ampleur commis par les Occidentaux dans leur guerre contre l’Iran. Une horreur survenue dès les premières heures du conflit, d’une ampleur inégalée depuis les abominations commises pendant la guerre du Viet Nam.
Ni Israël ni les États-Unis n’ont nié le crime, simplement qualifié de “tragédie, si avérée” par le ministre des affaires étrangères américain Marco Rubio. Une ancienne caserne des gardiens de la révolution iranienne se trouvait à proximité, mais n’est plus en service depuis une dizaine d’années. L’explication la plus généreuse consiste à supposer que la cible, choisie sur la base d’informations périmées, était cette ancienne base.
Quoi qu’il en soit, le massacre des jeunes filles iraniennes ne constitue pas la seule tragédie de ce début de guerre. Israël a endommagé au moins deux hôpitaux, dix centres médicaux, un centre du croissant rouge et frappé un gymnase. Un palais figurant au patrimoine de l’UNESCO a été dévasté. Le bilan officiel est de plus de 1000 morts civils au bout de quatre jours de guerre, alors qu’Israël et les États-Unis encouragent les 10 millions d’habitants de Téhéran à quitter la ville. Le journal conservateur britanique Telegraph parle “d’apocalypse” marquée par "les hopitaux en flamme et les enfants sous les décombres” à Téhéran où “des millions d’habitants sont coincés par les bombardement alors que la nourriture et les médicaments s’amenuisent et le bilan humain s’aggrave”.
Il est désormais question d’armer les séparatistes kurdes, alors que les frappes se concentrent sur les lieux de pouvoir politique et les casernes de police, en partie dans les régions connues pour leurs tensions ethniques. Tout cela pour encourager la guerre civile et l’effondrement du régime. Dans ce but, Israël viserait désormais les infrastructures civiles à l’aide de “frappes spectaculaires en zone résidentielle” conformément à la doctrine Dhalia employée à Gaza, soi-disant pour encourager la population bombardée à se retourner contre ses dirigeants.
La décapitation des 40 principaux leaders du régime iranien, dont le guide suprême Khamenei est généralement décrite par les médias comme une triple prouesse (militaire, technologique, renseignement). Elle marque pourtant le franchissement d’un nouveau seuil dans la conduite de la guerre. Au prix de nombreuses vies innocentes, des dirigeants civils sont assassinés en toute impunité. S’imaginer que, dans les années qui viennent et avec le perfectionnement des technologies “low cost”, les dirigeants des pays occidentaux seront immunisés contre ce genre de tactiques semble bien optimiste.
De manière parfaitement prévue par le renseignement américain, le conflit s’est immédiatement étendu à toute la région, les soldats américains tuant une dizaine de manifestants devant le consulat du Pakistan en tirant sur la foule, entre autres drames.
Cette sauvagerie se déroule avec le soutien des Européens et en dehors de tout cadre légal. Ceux qui dénoncaient à juste titre la repression sanglante du régime iranien ne disent rien face au niveau d’horreurs déployés par la coalition occidentale contre l’Iran et le Liban depuis cinq jours. Et ce, alors que la réplique iranienne a embrasé la région, provoqué une flambée des prix du gaz et du pétrole et l’arrêt du trafic maritime via le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % du gaz et pétrole mondial.
Ce qui amène à se poser deux questions essentielles : comment les USA ont été amenés à déclencher cette guerre, et dans quel but ?
Le déclenchement du conflit pourrait bien constituer un crime de guerre en soi. Le fait que le régime iranien soit une dictature sanguinaire et théocratique ne justifie pas une telle agression, dont les civils constituent les premières victimes. Elle est illégale du point de vue du droit international et de la Constitution américaine. Il s’agit également de la plus criante rupture de promesse électorale de l’histoire moderne de la part d’un président américain. Trump avait alerté à de multiples reprises sur le risque que Barack Obama attaque l’Iran pour “se faire réélire” ou si “son taux d’opinions favorables décrochait”. En 2016, il avait fustigé l’interventionnisme américain. En 2024, il s’était de nouveau posé comme le président de la paix, tout en accusant les démocrates de vouloir déclencher de nouvelles guerres. Il y a encore quelques mois, il réclamait le prix Nobel en récompense de ses efforts diplomatiques. Bien entendu, comme nous l’avions déjà écrit à maintes reprises, Trump n’a jamais été un isolationniste, une colombe ou un non-interventionniste. Mais il avait réussi à vendre cette fable à son électorat et à de nombreux commentateurs.
Le président a fréquemment changé d’arguments pour justifier cette guerre. Après avoir évoqué le programme nucléaire iranien qu’il avait lui-même affirmé avoir “totalement oblitéré”, il a parlé de la menace imminente représentée par les missiles balistiques iraniens. Des prétextes rappelant la guerre en Irak et démentis par les propres services secrets américains.
L’enquête du New York Times et les propos du ministre des Affaires étrangères américains sont bien plus clairs. Israël a forcé les États-Unis à entrer en guerre. Pour le Times, “Netanyahou s’est efforcé de convaincre Trump d’agir, et aucun membre de son administration ne s’est prononcé contre l’option militaire”. Trump a expliqué au journaliste Tucker Carlson, seule voix dissidente ayant accès au président américain, que “je n’ai pas d’autre choix que de participer à l’attaque qu’Israël va lancer”. Marco Rubio a confirmé ce sentiment en justifiant l’attaque américaine : “l’Iran constituait une menace, car Israël allait les attaquer et l’Iran aurait répliqué contre les États-Unis”.
Outre la logique absurde d’une telle déclaration, l’hypothèse implicite d’une réplique contre les USA n’avait rien de certain. Lors de la guerre des 12 jours de 2025, l’Iran avait pris soin de ne pas impliquer les États-Unis dans le conflit.
Le fait qu’Israël souhaitait pousser les États-Unis à entrer en guerre n’est pas un mystère. Netanyahou s’en est vanté publiquement, après avoir déclaré à la télévision américaine qu’il avait passé les 40 dernières années de sa vie à tenter de convaincre les différents présidents américains d’intervenir en Iran.
Outre l’intérêt personnel du dirigeant israélien à maintenir son pays en état de guerre permanent, compte tenu de son rôle dans l’attaque du 7 octobre et de ses affaires judiciaires, l’objectif israélien est clair : supprimer “préventivement” une menace. Le fait qu’Israël dispose de 200 ogives nucléaires et d’une supériorité militaire sans commune mesure rend cette menace toute relative. Et certainement pas existentielle, contrairement à la réciproque. Néanmoins, Trump est-il “dans la main d’Israël” au point de prendre des décisions aussi cruciales contre son propre gré ? Ou bien a-t-il été poussé par la machine américaine dans la direction souhaitée par Israël ?
Trump a évoqué l’hostilité constante du régime iranien envers les États-Unis. Mais il convient de remettre les choses dans leur contexte. En 1953, les États-Unis et le Royaume-Uni organisent un coup d’État contre le Premier ministre Mossadeq, qui avait obtenu du parlement iranien le vote d’un texte visant à nationaliser les ressources pétrolières. Une dictature d’une brutalité inouïe, décrite de manière terrifiante par le journaliste Ryszard Kapuscinski dans son livre “le Shah”, se met en place avec l’appui des Occidentaux. En 1979, le Shah est renversé par la révolution islamique. Aidé par les États-Unis, l’Irak de Sadam Hussein tente d’envahir l’Iran. Une guerre de huit ans éclate, marquée par l’emploi répétitif d’armes chimiques par l’Irak avec l’aide de la CIA.
Après la guerre d’Irak, l’Iran est placé sur “l’axe du mal” par Georges W. Bush. De nombreux dirigeants et stratèges américains appellent au bombardement du pays. Si l’ayatollah Khamenei produit une fatwa interdisant aux Iraniens de se doter d’une arme nucléaire, le programme atomique civil prend une tournure inquiétante. En 2015, Barack Obama signe le JCPOA, un accord visant à stopper le programme nucléaire militaire iranien contre la levée progressive des sanctions économiques. La Chine, la Russie, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne sont cosignataires. Trump retire unilatéralement les États-Unis de cet accord en 2017, bien que l’Iran respectait l’accord. L’Iran, qui avait joué un rôle déterminant dans la destruction de l’État islamique en Irak, se voit imposer des sanctions drastiques. Trump ordonne l’assassinat du leader des Gardiens de la Révolution, Qassem Soleimani, en 2019. En 2024, Israël assassine des dirigeants iraniens en bombardant le consulat de Damas.
En 2025 et en pleine phase de pourparlers en vue d’un accord sur le nucléaire, Israël attaque l’Iran et assassine les diplomates responsables des négociations. Une guerre de 12 jours se solde par le bombardement des sites d’enrichissement de l’uranium par les États-Unis et un cessez-le-feu, chaque camp pouvant alors prétendre au succès.
En 2026, Trump mobilise à nouveau des forces américaines dans la région. Un premier tour de négociations a lieu à la mi-février, décrit comme encourageant par les médiateurs Omanis. En réalité, Trump et les Israéliens préparent déjà l’offensive, qui est déclenchée en plein milieu d’un second round de négociations, cinq heures après la réception de la proposition iranienne acceptant de se plier aux principales conditions américaines en matière nucléaire tout en offrant un accès aux ressources pétrolières.
Donald Trump a défini une série d’objectifs militaires et politiques pour justifier l’entrée en guerre des États-Unis. Il serait question de détruire le programme nucléaire iranien (qui avait déjà été “oblitéré” par les frappes menées en 2025), de détruire le programme de missiles balistiques de l’Iran et de détruire ses forces navales menaçant la circulation des marchandises via le détroit d’Ormutz. Il n’est aucunement question d’apporter la démocratie en Iran, comme l’a confirmé le ministre de la Guerre américain, l’ancien présentateur de FoxNews Peter Hegseht.
Trump a lui-même reconnu que les successeurs potentiels “ont tous été tués”. Israël a ciblé également des opposants politiques, comme l’ancien président réformiste et modéré Mahmoud Ahmadinejad et le militant hostile au régime et emprisonné à Téhéran Hossein Moussavi. La guerre ne vise pas à changer de régime.
Israël cherche à réduire l’Iran au stade d’État failli, sur le modèle de la Libye et de la Syrie. Un territoire livré à des factions rivales et traversé par la guerre civile. C’est pour cela que les Israéliens ciblent les infrastructures civiles (casernes de police, postes-frontière, infrastructures médicales) et semblent pratiquer la tactique de la double frappe : une première bombe touche un quartier résidentiel et une seconde frappe intervient lorsque les secours se rendent sur les lieux, conformément au modèle développé à Gaza. Un Iran ingouvernable et livré à la merci de groupes terroristes et factions ethniques ne présenterait plus une menace militaire pour Israël. C’est sur ce point que les buts américains diffèrent quelque peu de ceux d’Israël.
Trump imagine une porte de sortie sur le modèle vénézuélien, en pensant installer au pouvoir un membre des Gardiens de la révolution qui se plierait aux exigences américaines en matière de désarmement et d’accès aux ressources pétrogazières. Une telle issue aurait pour avantage de neutraliser la menace tout en permettant la prise de contrôle d’une production pétrolière qui couvre 15 % des importations chinoises. Ce scénario semble improbable, l’Iran n’étant pas le Vénézuéla et le régime iranien présentant des différences notables avec celui de Maduro. Du reste, pour être mise en place, elle nécessiterait de dialoguer avec le régime iranien. Or, ce dernier n’a plus aucune confiance envers les États-Unis. Tout dialogue ne viserait qu’à gagner du temps pour reconstituer l’arsenal militaire afin de rétablir l’équilibre de la dissuasion.
Les objectifs américains semblent donc contradictoires ou irréalistes, alors que les conséquences de la guerre restent difficilement prévisibles.
Trump a reconnu qu’il y aurait des morts américains et que le conflit devrait s’intensifier pour durer “entre quatre et cinq semaines”, sans exclure l’envoi de troupes au sol. Si la guerre permet à Trump de faire diversion sur l’affaire Epstein, l’échec de sa guerre commerciale et le marasme économique, elle est largement impopulaire. Seul un Américain sur quatre soutient son action au Moyen-Orient, selon les enquêtes d’opinion.
L’Iran négociait et acceptait de faire des concessions impensables lorsque l’offensive a été déclenchée, à une date revêtant une signification religieuse et biblique pour les Israéliens. Dire que les options diplomatiques avaient été épuisées serait un mensonge.
Le journaliste indépendant Klein Klippenstein cite de nombreuses sources internes au Pentagone pour avancer une autre piste : la performance du renseignement américain, qui garantissait le succès d’opérations aussi délicates que l’enlèvement de Nicolas Maduro ou les assassinats ciblés des dirigeants iraniens présentait des cibles trop tentantes pour les décideurs américains. La machine militaire a naturellement conduit la Maison-Blanche vers cette décision. D’autant plus que le Congrès et les démocrates n’ont rien fait pour l’empêcher. Si ces derniers condamnent l’agression, la presse américaine rapporte que les cadres du Parti démocrate se réjouissaient de la perspective d’une guerre, qu’ils approuvent globalement du point de vue de la politique étrangère, tout en considérant qu’elle affaiblira Trump en vue des élections de mi-mandat.
Ainsi, les cadres du Parti démocrate ont volontairement fait trainer le vote d’une résolution portée par des élus de leur parti et visant à interdire l’usage de la force contre l’Iran sans s’en référer au Congrès. L’idée étant de fermer la porte à tout déclenchement d’un acte hostile sans consultation préalable, sans permettre des interprétations douteuses de la Constitution.
Car, comme l’écrit le journaliste économique Romaric Godin, cette guerre sert les intérêts économiques américains à de multiples niveaux.
Dans le bras de fer engagé avec la Chine, elle permet de rappeler qui dispose de la première armée au monde, ce qui renforce le rôle du dollar comme monnaie de référence. Un rôle remis en question par la Chine, la Russie et les Brics, alors que le taux de change du dollar dévissait depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Sans surprise, le dollar s’est fortement apprécié sur les marchés de change suite au déclenchement de la guerre.
Cette dernière permet également de renforcer les producteurs de pétrole et de gaz américain, en provoquant une hausse des cours et une baisse des approvisionnements. La Chine est la plus touchée par les risques de pénurie de pétrole, alors que l’Europe et l’Inde vont payer de plein fouet la hausse du gaz naturel liquéfié. À terme, la Maison-Blanche espère pouvoir transformer l’Iran en état vassal, sur le modèle du Vénézuéla. Ce qui lui permettra de contrôler les exportations de pétrole et de menacer les approvisionnements de la Chine, comme elle le fait avec le Vénézuéla.
Enfin, la guerre permet de justifier la hausse perpétuelle du budget militaire américain tout en encourageant les monarchies du Golfe à se fournir en armes défensives auprès des États-Unis. Du pain béni pour le complexe militaro-industriel, un des seuls moteurs de la croissance états-unienne avec le secteur de l’énergie et de la haute technologie.
Or, ce dernier devrait également bénéficier de la militarisation du monde, tant les technologies issues de la Silicon Valley deviennent de plus en plus imbriquées et dépendantes du secteur militaire.
À l’exception de l’Espagne et de la Norvège, les Européens refusent de condamner, voire soutiennent, cette guerre illégale. Depuis Washington, le chancelier Allemand a fustigé l’Espagne pour sa dénonciation de la guerre. Le Royaume-Uni et la France évoquent une participation de leurs forces armées aux opérations de défense.
Il y a un intérêt lié aux exportations d’armes. En faisant la démonstration de l’efficacité de leurs systèmes de défense, ils espèrent récupérer une partie du marché. Outre cette dimension et l’habitus de servilité, la position européenne est quelque peu incompréhensible.
La guerre profite en premier lieu à la Russie, de plus en plus hostile envers l’UE. Les systèmes de défense mobilisés par les États-Unis pour protéger Israël et les dictatures du Golfe sont autant de moyens qui ne sont pas déployés en Ukraine. La hausse du prix du pétrole et du gaz sert également les intérêts russes, premier exportateur mondial, en remplissant les caisses de Moscou. Et ils affaiblissent d’autant l’Union européenne, en pesant négativement sur les marges des entreprises, les capacités de production des industriels et la consommation des ménages (hors produits pétroliers). Ce qui explique la violente correction subie par les bourses européennes.
Enfin, l’alignement de l’UE derrière Washington continue de faire la démonstration du double langage européen, du reniement de ses valeurs et de son non-respect du droit international. Sans oublier l’augmentation du risque terroriste que ce soutien fait peser, à court et moyen terme, sur les États européens. Pourtant, les médias occidentaux soutiennent très majoritairement cette guerre illégale.
En France, comme outre-Atlantique, les médias continuent de se vautrer dans une large propagande pro-américaine et pro-israélienne. Ceux qui moquaient des éléments de languages russes évoquant une “opération spéciale” pour décrire l’invasion de l’Ukraine reprenaient sans ciller le terme de “frappes préventives” mis en avant par Israel pour expliquer son entrée en guerre contre l’Iran. Depuis, on a droit aux interviews et vidéos d’expatriés coincés à Dubai, aux témoignages des pauvres israéliens (qui soutiennent massivement la guerre) forcés de se réfugier dans leurs abris antimissiles pendant que Téhéran et Beyrouth encaissent des tapis de bombes, que des hôpitaux sont vraisemblablement ciblés et qu’une école est rasée de la carte avec la quasi-totalité de ses élèves sans susciter un début d’indignation.
Le manque d’information de terrain n’est pas une excuse, comme en témoigne le travail remarquable de quelques médias occidentaux, ou celui d’Al Jazzera, chaîne dont le propriétaire est pourtant attaqué par l’Iran.
La répression sanglante perpétuée par le régime iranien contre ses propres citoyens est un autre facteur pouvant expliquer le manque d’empathie des médias occidentaux pour le peuple iranien. Or, l’ampleur de cette répression a été grandement exagérée, comme le documente le média centriste AOC ou les remontées de terrain du média américain Dropsite news. Le nombre total de morts, selon les estimations les plus crédibles, serait aux alentours de 3500 et non 30 000. Cela reste effarant, un crime ignoble. Mais de nombreux médias documentent également le rôle joué dans l’explosion de violence par des agents provocateurs ayant tiré sur les forces de l’ordre. L’implication d’Israël ne semble guère faire de doute. Si cela ne remet pas en cause la brutalité du régime, elle nuance la lecture des évènements, dont l’origine est la situation économique provoquée par les sanctions économiques illégales imposées par les États-Unis depuis des années.
Comme pour Gaza, la couverture médiatique à sens unique se manifeste bien au-delà des intervenants soutenant activement l’agression israélo-américaine. Elle peut aussi prendre des aspects plus subtils. Citons quelques exemples :
Les frappes de l’Iran contre les monarchies du Golfe, qui soutiennent Israël et les États-Unis, abritent des bases américaines et ouvrent leur ciel aux forces aériennes israéliennes et américaines, sont décrites comme des actions offensives plutôt que défensives.
Les frappes contre les hôtels où des militaires américains seraient logés, se servant ainsi de la population locale comme boucliers humains, sont décrites comme des frappes visant gratuitement des civils.
Les morts iraniens sont mis en question et ne sont pas traités avec la même importance ou ampleur que les morts américains et israéliens (imaginez la couverture médiatique si une frappe iranienne avait tué 165 écolières israéliennes).
L’usage de la forme passive est utilisé pour décrire les morts iraniens (sans préciser qui les a tués ni pourquoi) tout en maintenant le doute (“selon les autorités locales”) alors que le coupable est clairement identifié et le bilan jamais remis en question lorsque les morts sont du côté occidental.
Ce genre de biais, parfaitement identifiés par ceux qui les subissent, peut entretenir des sentiments de haine et de vengeance.
Outre les perturbations en matière d’approvisionnement énergétique et de commerce mondial, cette guerre illégale continue de détruire le droit international et de faire voler en éclat les lignes rouges. Israël a déjà repris son invasion du Liban et déployé des armes chimiques contre les Libanais (bombes au phosphore blanc). Les assassinats de dirigeants et figures de l’opposition iranienne, comme les attaques contre les civils, les ambassades et les infrastructures économiques établissent de nouveaux seuils dans la violence “acceptable”.

La décision américaine de couler une frégate iranienne en dehors d’une zone de combat puis de laisser une centaine de marins se noyer avant de diffuser les images et de sa vanter de l’opération, en parlant de “première torpille depuis la seconde guerre mondiale” est accueilli sans critique, alors que même les Nazis sauvaient les marins adverses suite aux torpillages. Elle relève de la barbarie la plus crasse, alors que le ministre de la guerre américain se vante d’être bientôt en mesure de “faire pleuvoir la mort et la destruction par le ciel, sans interruption”. Cette sauvagerie s’accompagne d’un fanatisme religieux clairement assumé par de nombreux dirigeants américains, qui parlent ouvertement de guerre religieuse et biblique (Peter Hegseth, des sénateurs, des généraux…).
De même, les attaques menées par l’Iran (qui ouvre de multiples fronts) ne peuvent se comprendre que dans le contexte de la stratégie de décapitation menée par Israël et les États-Unis. L’armée iranienne s’est structurée en cellules autonomes qui agissent en fonction d’instructions reçues il y a des semaines. Ce qui complique à la fois la désescalade et l’arrêt des combats.
Plus généralement, cette nouvelle façon de faire la guerre (assassinat des dirigeants sans égard pour les pertes civiles, frappes contre les infrastructures non militaires, usage de drones et missiles à longue portée, bombardement en deux temps ou “double tap”) débouche sur une situation où “plus personne n’est à l’abri”. Pire, la notion de non-prolifération nucléaire vient d’être définitivement battue en brèche. Les pays qui renoncent à cette arme sont systématiquement pris pour cibles par les États-Unis et Israël, lorsqu’ils ne sont pas envahis par la Russie. À l’inverse, la Corée du Nord et le Pakistan peuvent se féliciter de leurs choix.
La décision française de renforcer son arsenal et de ne plus communiquer sur ce dernier est tout autant questionnable, en plus d’être quelque peu contre-productive (ne pas dire de quelles armes on dispose n’étant pas la meilleure façon de dissuader l’ennemi). Si on ajoute à cela le recours de plus en plus fréquent à l’Intelligence artificielle pour sélectionner des cibles et l’emploi d’armes asymétriques, on est en train de produire les conditions d’un monde ultraviolent où la majorité de ses ressources les plus précieuses sont dirigées vers la production de systèmes d’armement.
D’où le titre de cet article. En entrant en guerre contre l’Iran, l’Occident attaque la Civilisation.
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26.02.2026 à 13:20
Christophe @PoliticoboyTX
À moins d’avoir passé les dix derniers jours coupé du monde, vous avez surement entendu parler de la mort du militant néofasciste Quentin Deranque suite à une rixe opposant des groupuscules d’extrême droite à des militants antifascistes lyonnais.
Frédéric Lordon a probablement dit tout ce qu’il y avait à dire sur le sujet, mais n’ayant pas son verbe et sa hauteur de vue, je vais m’employer à produire une analyse plus détaillée de cette tragédie. Car il s’agit certainement d’un évènement qui fera date, par toutes les conséquences qu’il a déjà déclenchées et déclenchera encore.
Quentin Deranque n’était pas un simple passant, mais un activiste néofasciste. Les organisations dans lesquelles il a milité prônent la fin de la démocratie et de l’État de droit pour les remplacer par des politiques de discrimination systématique des Français en fonction de leur religion, origine ethnique et orientation sexuelle. Il aurait participé (de près ou de loin) à des actions violentes pour imposer ses idées par la force, en dehors du cadre démocratique. Qu’il ait eu le droit à une minute de silence à l’Assemblée nationale et à des couvertures de magazines en forme d’hommage en dit long. Le fait que ses propres parents ne se soient pas rendus à la marche organisée par ses amis en son honneur, où 3000 militants d’extrême droite ont défilé au milieu des slogans “à bas les bougnoules, à bas les pédés,” et des saluts nazis en dit long. Le fait que le ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron ait autorisé cette manifestation tout en interdisant une autre (ailleurs) visant à dénoncer le génocide qui perdure à Gaza en dit long.

Quentin Deranque avait choisi d’être présent le jour de l’affrontement, au sein d’un groupe équipé d’armes blanches et à la demande d’un collectif pseudo-féministe (Némésis) qui se coordonne depuis des mois avec des groupuscules néonazis pour tendre des guets-apens à des militant.e.s de gauche. Son engagement visait à nous ôter à tous, citoyens français, nos droits fondamentaux.
Quentin Deranque avait participé à divers entrainements de combat organisés par les groupuscules qu’il fréquentait pour “défendre les intérêts des Français d’ascendance européenne” et “reprendre le terrain aux antifascistes lyonnais”, rapporte le journal Le Monde.
Les qualificatifs élogieux repris par la presse pour le décrire sont issus de ses proches et camarades militants, dont un de ses meilleurs amis, Vincent Claudin. Ce néonazi notoire était assistant parlementaire de la députée RN Lisette Pollet, jusqu’aux révélations de Médiapart publiée le 25 février. Passé par le groupuscule violent Lyon populaire, dissout début 2025, Vincent Claudin faisait l’apologie d’Hitler sur les réseaux sociaux, entre autres propos racistes et antisémites. Libération a pu établir qu’il avait participé à une rixe de rue le 14 février (le jour du décès clinique de son ami Deranque) et avait intimidé des journalistes le lendemain.
La mort de Quentin Deranque est tragique et inexcusable. Personne ne la souhaitait, à part peut-être les militants d’extrême droite qui expliquent qu’il était “grand temps que ça arrive”, mais (vraisemblablement) pas les auteurs des coups. Frapper un homme à terre est une saloperie indéfendable. Ce qui ne fait pas de Quentin Deranque un martyr ou une personne méritant un hommage national. Une fois qu’on a dit cela, il faut revenir sur le contexte.
Lyon, troisième ville de France et “capitale de l’extrême droite” subit depuis des années les agissements de groupuscules fascistes. On parle de ratonnades (fréquemment documentées sur les réseaux sociaux), de parades, marches au flambeau et happening où les slogans racistes fusent, d’agressions verbales, de descentes dans les bars et les librairies, de tags racistes et de violences extrêmes. Rue89 Lyon a recensé 102 agressions commises par ces groupes depuis 2010, 70 % d’entre elles étant restées impunies par la justice.
Selon nos informations, des journalistes issus de la gauche lyonnaise ne vont plus dans certains quartiers et ne fréquentent que les bars disposant de portes de sortie, pour donner une idée du climat local.
C’est cette double réalité : les violences de l’extrême droite et l’impunité dont elle bénéficie, qui a motivé la formation du collectif La Jeune Garde antifasciste en 2018.
Le 6 janvier 2026, Ismaël Aali est retrouvé mort aux abords de Lyon. L’enquête place un suspect en détention provisoire et retient le caractère raciste du crime, sans que cette tragédie ne provoque la moindre émotion médiatique.
Némésis, le collectif d’extrême droite pseudo-féministe évoqué plus haut, a mené une action médiatique contre la venue de Rima Hassan à Science Po Lyon. La députée européenne répondait à l’invitation d’une association étudiante pour donner une conférence/débat sur l’engagement de l’UE face au génocide des Palestiniens. Némésis a déployé une banderole “Islamo-gauchistes, hors de nos facs”. (Remplacer Islamo-gauchistes par judéo-bolcheviks et vous comprendrez la gravité de ce genre de slogans).
Comme l’a révélé le journal l’Humanité, cette organisation entretient des contacts fréquents avec des groupuscules néonazis lyonnais pour tenter d’attirer des militants de gauche dans des guets-apens. Ainsi, dans une conversation datant de l’automne 2025, la représentante locale de Némésis écrit au dirigeant du groupuscule fasciste Audace Lyon:
“On peut être deux, trois filles à tracter là où vous voulez les choper, un peu pour faire l’appât »
Le 12 février, une quinzaine de militants néonazis armés de gazeuses, béquilles et gants coqués sont présents aux abords des activistes de Némésis. Un nombre comparable de militants antifascistes se retrouve sur les lieux. Selon les informations disponibles à ce jour, une première confrontation se déroule à plus de 100 mètres de Science Po, à l’initiative de militants néonazis faisant usage de lacrymogènes et de leurs gazeuses, comme le montre la vidéo diffusée par le Canard Enchainé. Une seconde rixe éclate un peu plus tard à 400 mètres et plusieurs rues de la conférence. C’est là que les néonazis sont mis en déroute et que Quentin Deranque, laissé sur place par ses amis, est frappé à terre par plusieurs hommes.
Le contexte national, c’est peut-être le très à droite ancien premier ministre Dominique de Villepin qui le résume le mieux. Je vais le citer, bien que je sois en désaccord avec à peu près tout ce qu’il dit dans le reste de son texte.
Cette illusion de la symétrie, c’est une illusion numérique. Les groupuscules violents d’extrême droite sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux à travers tout le territoire et ils augmentent en nombre chaque jour. Même en termes de victimes, macabre décompte, l’extrême gauche a fait une victime ces cinq dernières années, les militants d’extrême droite en ont fait onze, essentiellement des victimes ciblées sur des bases religieuses et raciales, des motifs profondément politiques. Depuis 1986, rappelle l’historien Nicolas Lebourg, 59 morts sont attribués à l’ultra-droite, contre six à l’ultragauche. C’est le retour des ligues. C’est un magma de groupuscules qui tissent un réseau de lieux, d’affinités, de thèmes.
(…)
C’est [aussi] une illusion sur les formes de la violence. L’extrême droite, depuis deux siècles, vise à maîtriser la rue pour imposer la violence comme politique. L’extrême gauche veut imposer une politique par la violence. Quelle différence cela fait ? Quand la gauche est violente, elle effraie et elle nuit à la politique qu’elle veut mettre en œuvre. Quand la droite est violente, elle commence déjà à mettre en œuvre sa politique. Et même quand elle perd, elle gagne en montrant l’horreur du désordre et donc la nécessité d’un ordre à tout prix, d’un ordre au prix de la violence.
Le second paragraphe mérite d’être nuancé. Pour reprendre les propos du site « Lundi matin » au sujet de la différence de nature de la violence déployée de part et d’autre :
La violence antifasciste n’a rien à voir avec la brutalité fasciste. C’est une distinction historique à laquelle il est impératif de veiller, éthiquement autant que pratiquement. Et ce ne sont pas des paroles en l’air. La brutalité fasciste est sa propre fin et n’a pas d’autre objectif que de s’étendre et de s’intensifier dans l’abject. Elle est à la fois arbitraire, nihiliste et annihilatrice. La violence antifasciste est stratégique et « rédemptrice », elle a simultanément vocation à contenir la brutalité et à faire de la place pour la générosité.
Les politiques de gauche qui ânonnent des phrases toutes faites sur la condamnation de toutes les violences, tout le temps, oublient vite que Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela ne fermaient pas la porte à l’usage de la violence dans les mouvements d’émancipations, voire revendiquaient son usage tactique. Ces mêmes commentateurs oublient vite que ce sont souvent les actions (parfois) violentes des groupuscules d’extrême gauche qui ont contribué à chasser les milices d’extrêmes droites de nombreuses villes depuis les années 1980. Il est un peu facile de condamner sans nuance ni distinction toutes les violences depuis un plateau télé, lorsqu’on ne vit pas dans la peur permanente des descentes de milices fascistes dans les cafés, librairies, bars que l’on fréquente. Et lorsqu’on n’a pas peur d’être victime d’une ratonnade en rentrant chez soi.
Car le contexte national, c’est aussi la montée des agressions et des tensions un peu partout en France. Il devient difficile de militer à gauche (sur les marchés, les sorties de métro…) sans se faire agresser ou prendre à parti par des militants d’extrême droite, comme me le racontaient encore cette semaine des contacts dans les sphères militantes. Un maire avait démissionné après avoir manqué d’être brulé vif dans sa maison suite à sa décision d’accueillir un centre d’hébergement de réfugiés sur sa commune, pour ne citer qu’un exemple récent.
Et comme le note Dominique de Villepin, ce n’est pas la gauche LFI qui bénéficie d’empires médiatiques (Bolloré, Stérin) ni qui est donnée vainqueur de l’élection présidentielle par à peu près tous les sondages. Ce n’est pas elle qui remet fréquemment en question l’État de droit, mais le RN, LR et des ministres macronistes. Ce n’est pas la gauche LFI qui nie le génocide en cours à Gaza et soutient inconditionnellement ceux qui le perpétuent.
Comme s’en réjouissent de nombreux militants d’extrême droite et journalistes radicalisés, le décès de monsieur Deranque était un drame qui ne demandait qu’à se produire. Il fait écho à la mort de Clément Merric, des mains d’un groupe de skinheads, en 2013. Lorsque la police et la justice laissent faire les milices d’extrême droite ; lorsque le ministre de l’Intérieur pose avec le Jarl, chef d’une milice d’extrême droite rennaise ; lorsque ce même ministre adoube publiquement Némésis en félicitant l’organisation (“bravo pour votre combat, vous savez que j’en suis très proche ») ; lorsque Némésis est accueillie sur les plateaux télévisés et reçus par de nombreux parlementaires du RN qui l’invite au Parlement européen et au Palais Bourbon ; lorsque la Police et la Justice laissent faire les milices, parfois sous leurs yeux, en plein jour, il faut s’attendre à l’apparition de mouvements d’autodéfense populaire. Et à des affrontements violents débouchant sur des drames.
On se souviendra en particulier de la mort du militant antifasciste Clément Merric, des mains d’un militant néonazi en 2013 à Paris, mais également de l’assassinat d’Aboudakar Cissé par 57 coups de couteau en pleine mosquée en 2025 et du meurtre du joueur de rugby international argentin Aramburú en plein Paris, tué par un militant du GUD proche du trésorier de Marine Le Pen, Frédéric Châtillon.
Ces meurtres n’ont jamais provoqué une telle couverture médiatique ni entrainé d’accusations du gouvernement visant le RN pour complicité (morale ou autre) ni valu au parti d’extrême droite (dont de nombreux élus ont pourtant fait l’objet de condamnations pour incitation à la haine et la violence) d’être pointé du doigt comme responsable de ces tragédies
Pourtant, à peine le décès de monsieur Deranque prononcé, la France Insoumise s’est vue accusée de complicité, liens ou responsabilité dans le drame. Et pas uniquement par CNews et le RN, mais également de la part du gouvernement et des autres partis de gauche (Glucksmann, le PS et certains cadres d’EELV).
Au mépris du secret de l’instruction, de la présomption d’innocence et de la séparation des pouvoirs, le gouvernement a rapidement pointé du doigt La France Insoumise. Cataloguée de manière absurde et partisane par le ministère de l’Intérieur à l’extrême gauche deux jours plus tôt, LFI s’est retrouvée coincée par un sophisme parfait : LFI est d’extrême gauche, l’extrême gauche tue, donc LFI tue.
Les choses ne se sont pas améliorées avec la mise en examen d’un attaché parlementaire du député LFI et ancien porte-parole de la Jeune garde, Raphaël Arnaud, pour complicité d’homicide volontaire. Les six autres suspects ayant été inculpés pour homicide volontaire, le 20 février.
L’occasion est trop belle pour tenter de provoquer la disparition de LFI du champ électoral. La formation politique de Mélenchon entretenait des liens avec la Jeune Garde, dont d’anciens membres sont accusés du meurtre d’un néofasciste. En évacuant le contexte, en évitant soigneusement toute subtilité ou nuance dans l’analyse, en bafouant la présomption d’innocence, un procédé aussi simple, dévastateur et mensonger peut se mettre en œuvre :
“LFI tue”.

Et son corrolaire orwelien : “les antifascistes sont les fascistes”.
LFI ne saurait être associée aux agissements d’un assistant parlementaire. Autrement, il faudrait voir la quantité d’affaires qu’on pourrait reprocher à d’autres partis, dont le RN, via les condamnations de ses assistants parlementaires. En droit, la responsabilité est individuelle. Un employeur ne saurait être mis en cause pour un crime commis par un de ses employés.
Les rares médias et politiques qui ne vont pas jusqu’à faire ce lien évoquent une autre responsabilité de LFI, accusée d’employer une “rhétorique violente” et d’assumer la “conflictualité”. Sans prendre la peine de préciser de quoi il s’agit.
La “conflictualité” en question est une conflictualité politique s’inscrivant dans une banale lutte de classe, qui consiste à dire qu’il faut choisir entre avoir des milliardaires qui concentrent la majorité des richesses, ne payent pas d’impôts et bénéficient de centaines de milliards d’aides publiques ou avoir suffisamment d’instituteurs et de lits d’hôpitaux. Qu’il faut choisir entre manger les pesticides cancérogènes de la FNSEA ou l’alimentation de qualité de l’agriculture paysanne. Qu’on ne peut pas avoir une police raciste qui tue et qui respecte l’État de droit. Qu’il faut choisir entre se rendre complice d’un génocide ou le dénoncer, etc.
La rhétorique soi-disant violente doit être comparée aux propos du gouvernement (“à bas le voile”; “l’écoterrorisme” (à propos des manifestants anti-bassines sur lesquels les gendarmes se sont déchainés en tenant des propos vulgaires et insultants emplis d’un sadisme invraisemblable), les petites phrases de François Hollande à propos des ouvriers subissant des plans de licenciement (“les sans dents”), le libérateur “casse-toi, pov’con” de Sarkozy, la gifle du complice de pédocriminels François Bayrou à un enfant, le florilège de petites phrases dont Macron a le secret (“dans une gare on croise des personnes qui ont réussi et d’autres qui ne sont rien”; “y’a qu’à traverser la rue” pour trouver un emploi, sa blague raciste “ Le kwassa-kwassa pêche peu ! Il amène du Comorien !” ou encore le célèbre “y’a pas d’argent magique” à une infirmière en burn-out, prononcé avant de débloquer des milliards pour les entreprises du CAC40).
On pourrait évoquer toute la violence bourgeoise des propos parfois présentés comme du bon sens, parfois comme des provocations volontaires, au sujet des travailleurs et retraités français fréquemment traités de feignants et d’assistés. Mais il suffirait d’évoquer l’usage systémique du 49-3, le choix de s’assoir sur le résultat des élections de 2024, citer les innombrables déclarations en soutien du génocide de Gaza ou en faveur de la thèse raciste et complotiste du grand remplacement pour réaliser où se trouve la violence verbale et l’outrance politique. Le Premier ministre Lecornu défilait encore récemment au diner du Crif pour dénoncer l’emploi du mot génocide à Gaza pendant que le ministre des Affaires étrangères se basait sur une fake news pour demander la démission de Francesca Albanese, rapporteuse de l’ONU sur la Palestine, devant l’Assemblée nationale. La Trumpisation et fascisation de la vie politique française ne sont pas le fait de la gauche radicale.
Sur le terrain plus précis des appels à la violence, ce sont bien les élus et candidats de l’extrême droite qui collectionnent les condamnations pour incitation à la violence et la haine.
La semaine où s’emballait la réaction médiatique autour du drame de Quentin Deranque, un militant “très actif” du RN se barricadait chez lui pour échapper à une garde à vue de la police et ouvrait le feu sur les forces de l’ordre puis le RAID, à l’aide de grenades militaires et pistolets. À son domicile, les policiers découvrent un véritable arsenal illégal. Le RN n’a jamais été mis en cause. Pas plus que pour les autres crimes et actes terroristes commis par des militants se revendiquant de son idéologie.
Ce n’est pas la gauche LFI qui tue. Sans même parler des morts au travail (750 par an, un chiffre supérieur à la moyenne européenne et en hausse depuis les lois travail du PS et de Macron), sur les trottoirs des urgences, dans les couloirs des hôpitaux publics subissant les coupes budgétaires ou suite aux cancers provoqués par les pesticides réintroduits par le gouvernement Macron avec le soutien du RN et de la droite LR. Ce qui tue, c’est le système actuel et l’idéologie xénophobe portée par l’extrême droite.
Quand bien même un assistant parlementaire LFI serait condamné pour homicide, cela ne ferait pas de la France Insoumise un parti meurtrier. D’abord parce que ce meurtre, absolument indéfendable et tragique, s’inscrit dans un contexte qui rend ce genre de drame probable. Ensuite parce que LFI s’efforce de lutter contre ce contexte, en combattant les idées et les institutions qui le produisent. Enfin parce qu’un parti ne saurait être tenu responsable des agissements d’un de ses employés (ou alors, le RN devrait être interdit en tant que formation faisant l’apologie d’Hitler).
Mais faire porter le chapeau à LFI permet de disqualifier ce mouvement, au profit de l’extrême droite et de ses alliés.
Comme le documente très bien Nicolas Framont, la séquence politico-médiatique a vite pris un double tournant aussi spectaculaire qu’inquiétant.
Tout d’abord, nous avons assisté à un véritable “coming out” pétainiste et fasciste de la part des élites dirigeantes. Nous avions déjà eu le droit à de multiples sorties, des fameuses tentatives de réhabilitation de Pétain et Mauras par Emmanuel Macron, de sa dissolution de l’Assemblée nationale pensée pour mettre le RN au pouvoir, de son soutien au raciste multirécidiviste Éric Zemmour, de ses interviews complaisants avec l’hebdomadaire antirépublicain Valeurs actuelles… ou encore la sortie d’Arnaud Klarsfeld appelant sur CNews à des rafles contre les immigrés en assumant qu’il y aurait des bavures.
Dans cette ambiance, la mort de Quentin Deranque a déclenché une forme d’orgie. La candidate investie par la Macronie à Marseille a déclaré que ses valeurs se résumaient à “Travail - Famille - Patrie”. La ministre Aurore Bergé a repris une formule du régime de Vichy pour qualifier LFI “d’anti-France” et la Présidente de l’Assemblée nationale a organisé une minute de silence à la mémoire d’un néonazi.
Tout cela est fait consciemment. Ces gens sont éduqués, ils savent que Vichy a livré des milliers de juifs aux nazis, que l’extrême droite arrive au pouvoir précisément par les mécanismes qu’ils mettent en œuvre dans cette séquence, mais ils le font qu’en même. La bourgeoisie et les élites dirigeantes françaises semblent trépigner d’impatience à l’idée d’une victoire du RN en 2027. Pour certains, par calcul cynique, pour d’autres, par collusion idéologique.
Bardella n’avait plus qu’à appeler à un cordon sanitaire électoral autour de LFI, joignant sa voix à celle d’un certain François Hollande.
Et c’est ce second mouvement, cette inversion des valeurs pour faire du fascisme un républicanisme respectable et de la gauche antifasciste les vrais fascistes, qui s’est manifestée avec la plus grande clarté. Ceux qui se demandaient comment les Allemands avaient pu être séduits par les affiches de propagande grotesques du parti nazi n’ont qu’à observer la propagande, construite autour des mensonges constants, qui défilent 24h/24 sur toutes les chaines d’informations depuis dix jours. Même la matinale de France Inter n’échappe pas à cette hystérie collective visant à réhabiliter le RN et diaboliser LFI, au mépris des faits les plus élémentaires.
À ce titre, l’arc d’extrême droite va désormais peu ou prou des groupuscules comme Némésis jusqu’au PS, en incluant certains cadres de EELV et des opportunistes comme François Ruffin, qui ont reproduit le discours cadré par l’extrême droite sur la responsabilité de LFI et demandé la démission du député Raphaël Arnaud.
Le PS, Ruffin et EELV le font par pur opportunisme électoral de courte vue, s’imaginant pouvoir récupérer une partie de l’électorat LFI aux municipales puis aux présidentielles. Comme si les électeurs avaient la mémoire courte et que les alliances avec LFI ne seraient pas indispensables à la conservation de certaines mairies.
Le bloc de droite (Macron-LR) le fait par conviction et instinct de survie, terrorisé par la possibilité d’un second tour Mélenchon-RN, voire d’une victoire de ce premier.
Le RN le fait par stratégie, afin d’achever sa banalisation en vue de sa conquête du pouvoir. Une normalisation pourtant mise en danger par les proximités évidentes de ce parti avec Némésis et tous les néonazis condamnés par la justice, présents à la marche pour Quentin Deranque.
Dans tous les cas, cette entreprise vise à rendre impossible l’existence d’une gauche au sein de la Ve république. Suite au drame, la CGT a été la cible de multiples agressions perpétuées par l’extrême droite, pour ne citer que cet exemple. Il serait temps que les forces hors LFI (partis, organisations, syndicats) prennent conscience du péril et se mobilisent en conséquence, comme l’appelle à le faire une tribune aussi précise qu’indispensable.
08.01.2026 à 13:08
Christophe @PoliticoboyTX
Nous avions eu droit aux opérations secrètes de la CIA pour renverser des dirigeants démocratiquement élus, aux guerres impérialistes vendues sous des faux prétextes et, depuis trois ans, à un génocide commis au service d’un projet colonial déclaré.
Mais nous n’avions pas encore eu droit au déclenchement d’une agression aussi clairement illégale pour des motifs aussi ouvertement assumés que celle des États-Unis contre le Vénézuéla. En kidnappant le président Maduro et son épouse tout en tuant des dizaines de civils et militaires via des bombardements illégaux, l’Amérique de Trump a probablement commis son pire acte d’agression depuis l’invasion de l’Irak.
Il est inutile de refaire toute l’histoire récente du Vénézuéla ni le procès de Maduro pour comprendre le caractère profondément impérialiste, voyou et barbare de cet acte. Comme souvent avec Trump, le grotesque et l’absurde s’ajoutent à l’irresponsable cruauté.
Le chef d’État américain a déclaré qu’il avait agi pour prendre le contrôle du pays et accaparer ses gigantesques réserves de pétrole. Il refuse d’installer la principale opposante, Maria Corina Machado, à la succession de Maduro, car elle a commis la faute impardonnable d’accepter le prix Nobel de la paix 2024 à sa place. La seule figure disposant d’une légitimité de façade sur la scène internationale est ainsi écartée de la solution, si tant est qu’elle fût réaliste.
S’il reste délicat d’anticiper les implications de l’agression américaine ou les perspectives de sortie de crise, les motivations sont invraisemblablement explicites.
Le pétrole, d’abord. Dès le 19 décembre, Trump expliquait “Ils ont pris nos droits pétroliers, nous avons beaucoup de pétrole là-bas, comme vous le savez, ils ont expulsé nos entreprises, et nous voulons le récupérer”. Les dirigeants du secteur pétrolier américain (qui avaient financé sa candidature) ont été informés du projet d’agression “avant et après les faits”, contrairement au Congrès. Wall Street avait déjà parié sur cet évènement pour en tirer profit. Des entreprises du secteur avaient même engagé des procédures judiciaires par anticipation de la chute du régime pour obtenir des dédommagements en compensation des pertes subies lors de la nationalisation du secteur pétrolier par Hugo Chávez. Et Trump planifie une visite du pays par les grands patrons et financiers américains dans quelques semaines, histoire de leur permettre d’organiser le pillage. Il a également contraint le Vénézuéla à livrer 50 millions de barils de pétrole vénézuélien aux raffineries américaines (si Trump présente cela comme le fruit de son racket, les choses sont en réalité plus compliquées). Enfin, rappelons que le Vénézuéla, selon les chiffres contestables de sa compagnie pétrolière nationale, disposerait des plus larges réserves de pétrole au monde. Un fait énoncé par l’ambassadeur américain à l’ONU pour justifier la prise de contrôle du Vénézuéla.
Le contrôle gépolitique, ensuite. Trump venait tout juste de faire publier sa nouvelle doctrine en matière de politique étrangère en Amérique du Sud, s’inspirant de la doctrine Monroe, selon laquelle le président américain considère le continent comme sa zone d’influence exclusive. Le kidnapping de Maduro vise aussi bien à contrer le rapprochement de la Chine avec le Vénézuéla que de faire un exemple pour les autres pays sud-américains séduits par Pékin. Trump a ainsi posé des conditions spécifiques pour autoriser le Vénézuela à reprendre la production et l’exportation de pétrole, qui visent à exclure la Chine, la Russie, l’Iran et Cuba de toute interaction avec Caracas.
L’attaque s’inscrit aussi dans le projet historique de la droite américaine de faire reculer partout où cela est possible la gauche politique et les gouvernement non-alignés. À ce sujet, tout a été dit ou presque. Mais c’est encore Trump qui en parle le mieux. Il a tranquillement expliqué que le tour de Cuba et du Groenland viendra bientôt, tout en approuvant verbalement l’idée d’enlever le président de la Colombie. Il a également menacé le Mexique.
La diversion, enfin. Trump accusait jadis Obama de préparer une guerre en Iran “si sa cote de popularité tombe trop bas”. La sienne est désormais dans les choux, alors qu’il accumule les difficultés. L’inflation continue de réduire le pouvoir d’achat des américains tandis que la croissance en berne est uniquement soutenue par un secteur de l’IA honni par les électeurs. À cela s’ajoute le scandale interminable de l’affaire Epstein synonyme de soupçons de pédophilie visant implicitement Trump.
Mais ce serait les danses parodiques de Maduro qui auraient convaincu Trump d’appuyer sur la détente, suite aux pressions de ses conseillers et ministres en faveur d’une intervention. Ces mêmes ministres qui n’arrêtent pas de lui murmurer aux oreilles des théories complotistes selon lesquelles le régime vénézuélien avait piraté des machines de vote électronique pour aider Biden à le battre en 2020.
Officiellement, le kidnapping et la détention de Maduro est justifié autrement : le dirigeant vénézuélien et son épouse sont accusés de narcoterrorisme, c’est-à-dire de trafic de drogue international. Un fait d’autant plus risible que Trump se contrefiche ouvertement du narcotrafic.
Même si Maduro était à la tête d’un gigantesque réseau de distribution de stupéfiants et que son inculpation reposait sur des faits établis, son enlèvement resterait contraire au droit international, à l’esprit de la charte des Nations unies et à la Constitution américaine (qui interdit au président de déclencher des hostilités contre un autre pays sans l’accord du Congrès).
Trump venait tout juste de gracier un des plus gros narcotrafiquants de l’histoire, l’ancien président du Honduras, Juan Orlando Hernández, condamné à 45 ans de prison pour avoir importé 400 tonnes de cocaïne aux USA. Et ce n’est pas le seul élément qui décrédibilise Trump en matière de lutte contre le trafic de drogue.

Le ministre des affaires étrangères américain, Marco Rubio, est issu d’une famille qui trempe dans le narcotrafic à de multiples niveaux. Lui même avait jadis travaillé pour son beau-frère, un baron de la drogue. Depuis cette “erreur de jeunesse”, l’ancien sénateur de Floride s’est battu tout au long de sa carrière politique pour remplacer des dirigeants latino-américains élus démocratiquement par des autocrates étroitement liés au narcotrafic. Encore récemment, il a chanté les louanges du président de l’Équateur alors que son frère venait de plonger pour trafic de cocaïne. Le rapprochement de l’administration Trump avec l’Argentin Milei (dont la famille mouille dans le trafic de drogue) et l’autocrate salvadorien Bukele (également lié au traffic de drogue) s’inscrit dans cette flagrante hypocrisie. Les seuls dirigeants d’Amérique latine qui ne sont pas clairement liés au narcotrafic sont justement ceux qui figurent dans le collimateur de Trump et Rubio, à commencer par Maduro et la présidente du Mexique.
Enfin, Trump a décrédibilisé son propre message en usant de manière interchangeable les drogues mises en cause dans l’inculpation de Maduro et la campagne de bombardement des bateaux de pêche vénézuéliens : parfois, il affirmait lutter contre le trafic de cocaïne, parfois de fentanyl. Du reste, tous les éléments connus montrent que ni Maduro ni le Vénézuéla ne sont impliqués dans le trafic de drogue à grande échelle. L’acte d’inculpation ne donne aucun fait précis et l’administration Trump vient même, de manière assez spectaculaire, d’admettre que le Cartel de los soles au coeur de leurs accusations visant Maduro n’existait que dans leur imagination. Il y a peine deux mois, ils placaient pourtant cette organisation imaginaire sur la liste des groupes reconnus comme terroristes !
Reste l’argument de la défense de la démocratie et de l’illégitimité du mandat de Maduro. Comme si les USA et leur système à deux partis en accord sur à peu près tout, à commencer par la légalisation de la corruption permettant aux milliardaires de littéralement acheter les élections, constituait un modèle.
L’idée qu’il s’agirait de punir un dirigeant qui ne respectait pas l’issue des élections est encore plus absurde. Trump a lui-même tenté un coup d’État en 2020 pour se maintenir au pouvoir après avoir organisé une tentative de putsch au Vénézuéla en 2019. Au cours de son premier mandat, il avait par ailleurs demandé à ses équipes de planifier l’invasion militaire du pays, avant d’en être dissuadé par son administration. Il a également tenté de secourir le brésilien Bolsonaro, condamné pour tentative de coup d’État suite à sa défaite électorale.
Mais surtout, Trump a répété qu’il installerait un dirigeant vénézuélien acquis aux États-Unis et ne voulait pas prendre le risque de nouvelles élections, affirmant diriger le pays depuis Washington en attendant que les choses se tassent. Il a menacé les Vénézuéliens de nouveaux bombardements et affirmé être prêt à envoyer des troupes sur place au moindre signe de protestation. Le fait qu’il ait écarté la solution Machado et refusé de négocier le départ de Maduro avec ce dernier, malgré ses appels du pied, témoigne de sa volonté d’employer la force et de dynamiter tout processus légal ou démocratique.
On remarquera à quel point ces décisions contredisent ses promesses électorales d’être un président de la paix non-interventionniste. Ceux qui n’avaient pas compris que Trump serait un président plus impérialiste que ses prédécesseurs ou qui parlaient de l’isolationnisme du milliardaire devront s’expliquer. Ce n’est pas notre cas.
Les conséquences de cet acte sont difficiles à prédire. Les propres rapports des services américains anticipaient une guerre civile meurtrière, synonyme de vagues d’immigration supplémentaire. On peut également regretter le franchissement d’un nouveau seuil dans la négation du droit international. Poutine avait déjà évoqué l’Irak pour justifier son invasion de l’Ukraine. La Chine n’aura plus besoin d’excuses pour s’occuper de Taiwan. Israël a immédiatement applaudi à tout rompre, alors qu’elle semble déterminée à engager le second round de sa guerre contre l’Iran. Et un peu partout dans le monde, les puissances régionales vont se sentir légitimes dans leurs véléités d’imposer leurs lois à leurs voisins. Sans parler de l’hubris qu’un tel succès va conférer à Donald Trump pour ses autres projets impérialistes, invasion du Groenland incluse.
Déplorer l’attitude de Trump serait pourtant hypocrite. Le président américain n’a pas agit seul et ses actes s’inscrivent dans une continuité.
Pour commencer, les sénateurs démocrates avaient voté à l’unanimité en faveur des candidats nommés par Donald Trump pour diriger les administrations responsables de la conduite de la politique étrangère, dont le secrétaire d’État Marco Rubio. Et ce, malgré leurs intentions affichées de renouer avec les pires tendances impérialistes de l’histoire américaine et leur dimension va-t-en-guerre bien connue.
Et ce n’est pas la seule fois où les démocrates ont défendu l’approche impérialiste qui a poussé Trump à l’action. Barack Obama avait déclenché les hostilités contre le Vénézuéla en plaçant le pays sur la liste rouge des nations représentant un “une menace majeur pour la sécurité nationale”. Trump avait amplifié les sanctions économiques débutées par son prédécesseur, pour un cout humain estimé à plus de 40 000 morts lors de la première année de la mise en place du blocus. Arrivé au pouvoir, Joe Biden disposait d’une excuse toute trouvée pour alléger les sanctions : la guerre en Ukraine avait retiré du marché une partie du pétrole russe et provoqué une flambée des cours. Mais Biden a préféré laisser filer l’inflation qui favorisé la candidature de Trump en 2024 plutôt que de reprendre les importations de pétrole vénézuélien. Pire, il avait mis la tête de Maduro à prix pour 25 millions de dollars, dans l’espoir d’encourager un acte de trahison.
Lorsque Trump a débuté sa campagne de bombardement des bateaux civils vénézuéliens, commettant des crimes de guerre ayant couté la vie à plus de cent civils, les voix s’opposant à ces exactions ont été rares et timides, en Europe comme aux États-Unis.
Enfin, l’attribution du prix Nobel de la paix à une opposante de Maduro défendant le génocide à Gaza et appelant les États-Unis à attaquer le Vénézuéla a contribué à légitimer l’attaque contre Caracas.
L’opération américaine a pris la forme d’un véritable bain de sang. Le Vénézuéla déplore une petite centaine de morts, dont des civils (y compris une grand-mère tuée dans son appartement par un bombardement, selon The Guardian). La femme de Maduro avait le visage tuméfié lors de sa comparution devant le juge de New York et aurait une côte cassée, selon son avocat. La Havane a confirmé la mort de 32 Cubains détachés à la protection de Maduro. Des dizaines de frappes aériennes ont été effectuées contre les systèmes de défense vénézuéliens. Les américains déplorent sept blessés dont deux graves. Il ne s’agit pas d’un simple arrestation perpétré par des troupes d’élite qui n’auraient rencontré aucune résistance. Pourtant, cette attaque sanglante n’a provoqué aucune condamnation occidentale claire.
Les leaders du Parti démocrate (Hakeem Jeffrey et Chuck Schumer) et les principaux candidats pressentis pour 2028 (dont Gavin Newsom) ont réagi tardivement à l’annonce de l’attaque contre Caracas et se sont contentés de vagues communiqués. Le principal reproche formulé ne concerne pas la décision elle-même ni le mode opératoire, mais l’absence de consultation du Congrès et de planification pour l’après-Maduro.
Les grands journaux américains (New York Times et Washington Post), mis au courant de l’opération par leurs sources internes, ont accepté de s’assoir sur leurs scoops à la demande de l’administration Trump. Le prétexte invoqué pour ce manquement professionnel est la sécurité des troupes américaines. De ce point de vue, ces journalistes de cour peuvent s’estimer heureux que l’opération militaire n’ait pas couté la vie à de nombreux soldats américains. Les familles de la petite centaine de morts (civils et militaires) recensés côté vénézuélien et cubain ne peuvent pas en dire autant.
La réaction des Européens a été tout aussi lâche et hypocrite. Les mêmes qui invoquent le droit international et les valeurs humanistes pour critiquer (à raison) l’invasion de l’Ukraine ou l’annexion du Groenland se sont immédiatement assis sur leurs principes dès l’annonce de la capture de Maduro. La palme de la servilité revient néanmoins à Emmanuel Macron, qui a salué cette capture en rompant avec les positions diplomatiques de la France. Les Européens continuent ainsi leur processus de vassalisation tout en renonçant à leur autonomie en matière de politique internationale.
Plus surprenante, la presse française s’est largement gargarisée de l’opération dans un mouvement de suivisme et de glorification de Trump. Citons quelques exemples :
FranceInfo a organisé un segment pour justifier le positionnement de Macron se félicitant du kidnapping de Maduro
Le Parisien, a pondu un édito sobrement intitulé “Le tour de force du président américain relève du génie”
Charlie Hebdo a publié un dessin suppliant Trump de bien vouloir s’occuper également de Mélenchon
Le Monde semble avoir imposé à ses journalistes les mêmes directives que la BBC, qui leur interdit de parler d’enlèvement ou de kidnapping, pour préférer le terme approuvé par la Maison-Blanche de “capture”. On capture un dirigeant et “organise la gestion” du pétrole vénézuélien, il n’y a ni pillage, ni extorsion, ni rapt. Et tant pis si Maduro a été présenté à un juge de 92 ans, tout est normal et parfaitement légitime… D’ailleurs, ceux qui critiquent l’action de Donald Trump sont sommés de qualifier Maduro de dictateur, comme s’il s’agissait d’une circonstance atténuante.
Pour prendre conscience de l’énormité de la situation, même Marine Le Pen a été capable de tenir une ligne plus gaulliste et en phase avec les positions diplomatiques historiques de la France qu’une part significative de notre classe politique et médiatique.
Le Mexique et la Colombie, pourtant clairement visés par Trump, ont été bien plus courageux dans leurs réactions. Leurs dirigeants ont compris ce qui se jouait : un retour au XIXe siècle et à la loi du plus fort, pour reprendre les mots du géopolitologue Pascal Boniface.
Avec un twist supplémentaire. Les actions entreprises par Trump visent moins à avancer les intérêts de son pays et de sa bourgeoisie au sens large que ceux d’une clique de milliardaires et financiers à qui il doit son élection. L’implication de la Silicon Valley, de Big Oil et de Wall Street est suffisamment claire et documentée, mais cela ne signifie pas qu’ils en tireront les bénéfices vantés par Trump. Le pétrole vénézuélien est visqueux, son extraction couteuse et l’infrastrucutre existante délabrée. Des investissements chiffrés à 10 milliards de dollars seraient nécessaires pour augmenter la production de quelque 500 000 barils par jour. Pas le genre de risques prisés par Chevron et ExxonMobil. Pour eux, le bénéfice immédiat vient de la sécurisation de l’accès aux ressources de la Guyane voisine. Et leur intérêt, comme celui des producteurs de pétrole de schiste américain, est une hausse des cours, pas l’apparition de nouveaux barils sur le marché. Ce qui explique pourquoi l’administration Trump déploie des efforts considérables pour les encourager à investir au Vénézuela malgré tout.
Rien ne garanti que le peuple vénézuélien s’accordera de cette ingérence. Il reste profondément divisé. Si la diaspora approuve l’attaque américaine, la population locale est majoritairement hostile à cette intervention.
En clair, rien ne garantit que ceux qui ont pris ou encouragé la décision d’attaquer le Vénézuela en tireront les bénéfices escomptés. Y compris Trump : les premières enquêtes d’opinion montrent que les Américains désapprouvent largement l’opération, en dépit de son succès militaire aussi impressionnant qu’inquiétant.
07.11.2025 à 07:50
Christophe @PoliticoboyTX
Bande son : Empire state of mind, Jay Z Ft. Alicia Keys
New York City, ses huit millions d’habitants, ses gratte-ciels du Financial District, ses théâtres de Broadway et… son maire communiste. Capitale de la mode et de la culture, centre de la fiance globalisée, “NYC” représente la 10e économie mondiale en incluant son agglomération. Elle vient d’élire un jeune maire de 34 ans, musulman, immigrant naturalisé en 2018 et ouvertement propalestinien. Zohran Kwame Mamdani aura sous sa responsabilité un budget de 115 milliards de dollars et trois cent mille fonctionnaires, dont plus de trente mille policiers.
Comprendre comment ce jeune “démocrate socialiste” a conquis la capitale du Capitalisme permet de tirer des leçons précieuses. La campagne a également démontré le degré d’acharnement et de violence dont était capable la bourgeoisie, démocrate comme trumpiste, pour s’opposer au modeste projet progressiste porté par Mamdani. Si sa victoire constitue un séisme politique aux États-Unis, Mamdani va faire face à des défis colossaux pour parvenir à incarner une alternative crédible au trumpisme.
L’article est à découvrir sur Frustration Magazine via le lien ci-dessous :
https://frustrationmagazine.fr/new-york-zohran-mamdani
Je vous invite également à visionner le dernier clip de campagne de Mamdani pour vous mettre dans l’ambiance :
13.05.2025 à 10:10
Christophe @PoliticoboyTX
05.11.2024 à 17:33
Christophe @PoliticoboyTX