LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie BLOGS Revues Médias
🖋 Christophe LEBOUCHER
Lonesome Journalist, de retour du Texas. Tech et USA

Old Fashioned

Du même auteur : FakeTech (blog techno)

▸ les 20 dernières parutions

01.07.2025 à 13:10

[Audio] 10 leçons de la guerre d'Israel contre l'Iran

Christophe @PoliticoboyTX

Texte intégral (1052 mots)

Dans ce format audio, je vous propose de revenir sur la guerre débutée illégalement par Israël contre l’Iran et d’en tirer dix enseignements. Au-delà des crimes de guerre commis de part et d’autre, que peut-on retenir du conflit ?

Je vous recommande d’écouter l’audio ci-dessus en vitesse x 1.5 ou x 1.25 pour accélérer mon débit. La vidéo ne contient pas d’images au-delà de mon visage parlant à la caméra, vous pouvez donc vous contenter de l’audio. L’enregistrement a été effectué en une seule prise, d’où les hésitations, fautes de prononciation et redondances ponctuelles.

Destruction occasionné par un missile iranien tombé sur la ville israélienne de Beersheba quelques heures avant le cesse-le-feu. La frappe aurait tué 6 Israéliens et blessé une douzaine. Via Drop Site.

Comme toujours, n’hésitez pas à me faire des retours en commentaires. Et si vous appréciez mon travail, vous pouvez me soutenir de trois façons :

  • Partagez autour de vous cet article et ma newsletter apolitiqueFakeTech” traitant des nouvelles technologies et de la Silicon Valley.

  • Souscrire à cette newsletter via un abonnement gratuit ou payant.

  • M’offrir un café via ce site sécurisé lié au système de contribution de Substack.

Bonne écoute et merci pour votre fidélité !


Merci de lire cette newsletter. Pour soutenir mon travail et ne manquer aucun article :

PDF

19.06.2025 à 15:25

La loi de la jungle [+audio]

Christophe @PoliticoboyTX

Texte intégral (7763 mots)

Une version audio de cet article (laborieusement) lue par mes soins est disponible ci-dessous. Vous pouvez soutenir en encourager mon travail en vous abonnant gratuitement à cette newsletter ou en faisant un don. Il est également possible de « m’offrir un café » ici.


Le régime iranien est une dictature intégriste qui exécute des dizaines de dissidents chaque année et déclare fréquemment sa haine de l’occident. Il écrase dans le sang la contestation locale, arme des groupes terroristes et soutient d’autres régimes autoritaires et violents. Mais l’Iran est aussi un état souverain abritant 90 millions d’âmes sur le 17e territoire le plus large du monde, riche d’une culture millénaire et représentant l’épicentre du second courant de l’islam. Il organise des élections où le favori du régime perd souvent. Il fournit quelque 1,5 million de barils de pétrole par jour à la Chine (10 % de sa consommation). Le régime iranien n’a jamais attaqué un pays tiers autrement qu’en réponse à une agression directe contre son territoire ou ses dirigeants. Les gardiens de la révolution ont joué un rôle déterminant dans l’éradication de l’État islamique. La population iranienne vit depuis 2018 sous un embargo drastique et inhumain qui vise des biens aussi essentiels que les médicaments, appareils médicaux ou pièces de rechange pour l’aviation civile.

Partager

À peine Israël commençait sa campagne de bombardements meurtriers sur l’Iran que les dirigeants européens, Emmanuel Macron en tête, déclaraient soutenir l’État hébreu au nom de son “droit à se défendre”. Une phrase directement empruntée à la communication du régime israélien qui rompt avec la tradition diplomatique française.

Avec un tel argument, l’invasion de l’Ukraine est légitime, puisque la Russie se sentait menacée de manière existentielle par les livraisons d’armes occidentales et la volonté ukrainienne de rejoindre l’OTAN et l’UE, deux initiatives que ni Washington ni Bruxelles n’acceptaient de rejeter formellement.

Avec un tel argument, l’invasion de l’Irak par George W. Bush, au mépris du droit international, aurait été parfaitement justifiée.

Avec un tel argument, l’Inde peut bombarder le Pakistan et la Chine annexer Taiwan.

Avec un tel argument, Israël pourra attaquer l’Irak, le Pakistan et la Turquie, comme le demandent de nombreuses voix à Tel-Aviv.

Avec un tel argument, n’importe quel pays ne disposant pas de l’arme nucléaire serait totalement fou et irrationnel de ne pas s’en procurer une au plus vite.

Avec un tel argument, nous entrons de plain-pied dans un monde régi par la loi de la jungle, celle où le plus fort écrase les faibles. Ce n’est pas une issue inévitable ou obligatoire, mais c’est l’état de fait dans lequel nous plonge le soutien occidental aux crimes israéliens.

Des mensonges criminels pour justifier une guerre illégale

Je suis assez vieux pour me souvenir de la guerre en Irak, la manière dont elle avait été vendue et les conséquences qu’elle a engendrées.

À l’ONU, Colin Powel avait agité une fiole pour justifier la présence d’armes de destruction massive. Ce mensonge fabriqué par l’administration Bush/Chenney avait été relayé par une presse américaine va-t-en-guerre. Au cours de cette campagne médiatique destinée à rallier l’opinion américaine, Netanyahou déclarait :

Que Sadam développe une bombe nucléaire ne fait aucun doute. Les États-Unis doivent détruire ce régime (…). Je vous garantis que cela aura d’immenses retombées positives sur la région”.

Les conséquences de l’invasion illégale de l’Irak sont connues : plus d’un million de morts, l’émergence de Daesch, la guerre civile, les attentats du Bataclan, la montée spectaculaire de l’islamophobie et des partis d’extrême droite en Europe. Et 23 ans plus tard, une région toujours aussi instable et corrompue.

Pour justifier son attaque de l’Iran, Israël a agité le risque nucléaire. Depuis 1992 au moins, Netanyahu prétend fréquemment que l’Iran est sur le point d’obtenir la bombe. Mais comme le déclarait au Congrès et sous serment la directrice des services de renseignements américains pas plus tard qu’en mars 2025, le programme nucléaire militaire iranien est au point mort depuis 2003.

Le Wall Street Journal vient également de publier une enquête affirmant que les Israéliens avaient tenté de convaincre les agences de renseignement américaines de l’existence de nouveaux éléments prouvant la reprise du programme nucléaire iranien, avant de conclure “les services américains n’ont pas été convaincus par ces éléments”.

CNN a également rapporté que les agences de renseignements américaines estiment que l’Iran n’est pas en mesure d’obtenir une bombe nucléaire avant plusieurs années.

Israël a déclenché cette guerre en plein milieu des négociations sur le programme nucléaire iranien. Parmi les premières cibles bombardées par Israël, on compte le chef négociateur iranien et son épouse ainsi que d’autres diplomates impliqués dans les négociations. De nombreux scientifiques ont également été bombardés à leur domicile (avec leurs voisins) ou ciblés via des attentats à la voiture piégée. L’intention est évidente : Israël ne veut pas de négociation sur le programme nucléaire iranien.

Au début des pourparlers, l’administration Trump avait reconnu à l’Iran le droit d’enrichir de l’uranium pour son programme civil. Ce n’est qu’au cours des discussions que la position américaine a évolué vers une demande maximaliste consistant à interdire tout enrichissement, même à des fins civiles (il faut de l’Uranium enrichi à 90% pour faire une bombe, à 5 % pour les centrales électriques et 20 % pour l’usage médical. L’Iran enrichissait de l’uranium jusqu’à 60 %).

Ces négociations étaient devenues nécessaires du fait du retrait unilatéral des États-Unis du traité sur le nucléaire iranien (JCPOA) cosigné avec la Russie et l’Europe. Selon toutes les parties prenantes, l’Iran respectait ses engagements. Le retrait américain avait été décidé par Donald Trump en 2018, contre l’avis des autres parties, mais avec les encouragements d’Israël. Joe Biden a eu de multiples opportunités de rouvrir les négociations, mais a choisi de laisser pourrir le dossier.

L’Iran est membre de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) et signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), contrairement à Israël. L’État hébreu fait partie des quatre pays au monde ayant refusé de signer le traité (les autres étant l’Inde, le Pakistan et le Soudan). Contrairement à l’Iran, Israël dispose d'une centaine d’ogives nucléaires développées illégalement en dehors de tout cadre juridique international.

Les véritables buts d’Israël : totale domination sur fond de colonialisme débridé

Le but d’Israël n’est pas uniquement de détruire le programme nucléaire iranien, une mission jugée quasi impossible par les services de renseignements américains. Ni de mettre fin au programme de missiles balistiques. Si tel était le cas, Netanyahou n’aurait pas tenté d’obtenir le feu vert de Trump pour assassiner le guide suprême iranien Khamenei. Israël ne ciblerait pas des installations pétrogazières, des infrastructures civiles et la télévision iranienne. Les centaines de victimes civiles que ces frappes ont entrainées suggèrent qu’il s’agit de crimes de guerre visant à renverser le régime.

Partager

Sur le court terme, la priorité d’Israël est d’impliquer durablement les États-Unis dans la guerre pour renverser le régime et faire de l’Iran un état failli, renvoyé à l’âge de pierre et à la guerre civile perpétuelle, comme c’est déjà le cas de la Libye, de la Syrie et dans une moindre mesure de l’Irak. Rappelons qu’aucune tentative de changement de régime ou d’ingérence par la force n’est parvenue à accoucher d’un régime stable. La destruction du site nucléaire de Fordo, qui nécessite l’emploi d’un type de bombe uniquement possédé par les Américains, est un prétexte. En poussant Trump à la faute, Netanyahou sait que l’Iran répliquera en attaquant des bases et ambassades américaines situées en Irak ou dans d’autres pays proches de l’Iran. Ce qui devrait contraindre les États-Unis à entrer pleinement dans la guerre. Il ne s’agit pas de spéculation : les dirigeants israéliens ont publiquement “demandé” aux États-Unis d’intervenir et appelé les Iraniens à se soulever contre le régime.

En démarrant ce conflit, Israël se donne les moyens de poursuivre son génocide et nettoyage ethnique à Gaza en toute quiétude. Chaque jour, une cinquantaine de Palestiniens sont tués par des tirs de snipers et des obus de char d’assaut aux points de distributions de l’aide alimentaire mis en place pour tenter de faire oublier que l’État hébreu affame 2 millions d’êtres humains. Il s’agit d’un nouveau niveau de cruauté : après avoir provoqué une famine, Israël distribue au compte-goutte une quantité d’aide alimentaire tout juste suffisante pour encourager les Palestiniens à revenir faire la queue malgré les massacres quotidiens.

Image
Image
À Gaza, les Palestiniens échangent une cinquantaine de vies par jour contre quelques sacs de farine. Images via Twitter

La guerre permet également à Netanyahou de se maintenir au pouvoir en échappant aux motions de censure et aux procès pour corruption qui l’attendent dès la levée de son immunité judiciaire. Elle lui évite de rendre des comptes sur sa responsabilité dans l’attaque terroriste du 7 octobre, lui qui a organisé le financement du Hamas pendant des années et ignoré les multiples signaux pointant vers l’imminence de l’attaque. Cette guerre lui permet de faire oublier à l’Occident qu’il est sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre, comme Vladimir Poutine.

Rogue states and thought crimes: Israel strikes Iran – Middle East Monitor
Résidence de Téhéran bombardée par l’armée israélienne via une “frappe chirurgicale”. Fatemeh Bahrami – Anadolu Agency

Mais Israël cherche aussi à assoir sa domination sur la région dans un élan colonialiste qui n’a pas échappé à grand monde. Le Roi de Jordanie s’est ému du non-respect du droit international lors de sa visite en Europe et la Turquie a parfaitement intégré le fait qu’elle ferait office de plat de résistance lorsque les hors-d’œuvre palestiniens, libanais et iraniens seront digérés. D’où les déclarations diplomatiques d’Erdogan et sa décision de lancer un programme de missiles balistiques massif. Le Pakistan semble également prendre conscience de la menace israélienne pour sa propre sécurité, comme en témoignent les déclarations et efforts diplomatiques de ses dirigeants.

Les conséquences de ce conflit sont relativement prévisibles : effondrement de l’Iran et tout ce que cela implique (guerre civile, terrorisme exportable en Europe, vagues migratoires dix fois supérieures à celles des années 2010, déstabilisation régionale avec des victimes collatérales potentielles qui incluent le peuple arménien), prolifération nucléaire, regain de militarismes et futurs conflits (Chine/Taiwan ? Inde/Pakistan ? …).

Donald Trump contre ses électeurs : implication des USA et dérive fasciste

Les États-Unis sont impliqués depuis le début, comme s’en est personnellement vanté Donald Trump. Ils ont maintenu l’illusion des négociations pour endormir les Iraniens et faire diversion, aidé l’offensive israélienne d’un point de vue tactique, défendent Israël contre les missiles iraniens (qui visent jusqu’à présent des cibles militaires ou stratégiques) et arment gratuitement Israël. Reuters rapporte même que les armes destinées à défendre l’Ukraine ont été redirigées vers Israël en prévision de son attaque de l’Iran. Les États-Unis affaiblissent l’Europe et aident Poutine en même temps qu’ils aident Netanyahu.

Trump rompt ainsi avec sa doctrine de non-interventionnisme et d’America First. Un point qui provoque de profonds remous au sein de sa coalition. Si les élus républicains soutiennent presque tous l’appui américain envers Israël et poussent majoritairement à l’implication durable des États-Unis, de nombreux influenceurs et journalistes pro-Trump mènent une véritable campagne pour dissuader ce dernier d’accéder à la demande explicite d’Israël de joindre le conflit.

L’opinion publique américaine est clairement hostile à ce projet. Les enquêtes d’opinion montrent un effondrement du soutien de la population américaine envers Israël, en particulier chez les démocrates. En ce qui concerne l’Iran, l’opinion américaine est encore plus tranchée : seuls 16 % approuvent l’entrée en guerre des États-Unis, selon un récent sondage YouGov.

Mais Trump est-il encore affecté par l’opinion publique ? Il ne peut pas briguer de troisième mandat et se comporte comme s’il n’y aura plus d’élections aux États-Unis. Sa “big beautiful bill” qui doit organiser un gigantesque transfert d’argent des classes moyennes et populaires vers les ultra-riches tout en faisant exploser le déficit public est un projet de loi particulièrement impopulaire, y compris chez les électeurs républicains.

Même sur le dossier de l’immigration, Trump est décrié. Les rafles de sans-papiers souvent expulsés sans passer devant un juge sont incroyablement impopulaires. Comme l’implication des USA dans les guerres d’Israël, elles s’inscrivent dans une dérive fasciste aisément identifiable.

Des manifestations de Los Angeles à l’internationale fasciste

Trump ne parvenait pas à expulser suffisamment de sans-papiers, ceux disposant d’un casier judiciaire n’étant pas aussi nombreux qu’anticipé. Son administration a commencé à multiplier les rafles, avant d’aller chercher les immigrés directement dans les écoles et entreprises à l’aide des agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcements, la police des frontières). En commençant par la ville de Los Angeles, dans le but probable de provoquer une crise.

Me soutenir en m'offrant un café

Les manifestations qui ont suivi ont été durement réprimées, certaines tournant à l’émeute. Des violences épisodiques ont été instrumentalisées par la Maison-Blanche pour déployer la garde nationale puis l’armée dans les rues de Los Angeles, de manière anticonstitutionnelle. La manœuvre s’inscrit dans une suite d’évènements aux relents fascistes :

  • L’arrestation de plusieurs élus démocrates venus accompagner des manifestants devant des centres de détention de sans-papiers.

  • L’expulsion violente (placage au sol et menottes) et l’arrestation temporaire du sénateur démocrate de Californie pendant une conférence de presse du ministre de l’Intérieur de Trump.

  • L’arrestation d’un élu de New York dans des circonstances similaires.

  • Le meurtre d’élus locaux démocrates par un individu d’extrême droite pro-Trump, radicalisé et disposant d’une liste de cibles à abattre incluant le gouverneur du Minnesota et une élue au Congrès.

  • Trump a organisé le premier défilé militaire de l’histoire américaine moderne, sous prétexte d’honorer les forces armées. Un exercice associé aux dictatures, n’en déplaise à la tradition française du défilé du 14 juillet dont Trump s’est inspiré.

  • Une dérive technofasciste parfaitement bien documentée par mes collègues de Synth (ici).

  • Une corruption inédite par son ampleur et sa transparence au sommet de l’État.

Le non-respect du droit et la violence dirigée contre les Américains s’inscrivent dans une continuité avec la violence et le piétinement du droit à l’international. Les démocrates ne sont pas exempts de critique. La plupart des élus refusent de s’opposer frontalement à Donald Trump et le leadership du parti l’accusait même de laxisme envers l’Iran, au point de l’affubler d’un surnom : TACO Trump, en référence à sa propension à reculer dans les négociations (TACO étant un acronyme pour Trump Always Chicken Out qu’on peut traduire par “Trump se défile toujours”). La dernière reculade en date concernait la traque des sans-papiers dans le secteur de l’agriculture et de l’hôtellerie, qui gêne considérablement le patronat de ces secteurs. Suite au lobbying de ce dernier, Trump a déclaré qu’il allait réduire ce type de rafles.

Mais il faut séparer la société et les citoyens de leurs dirigeants. Non seulement les Américains sont très majoritairement hostiles aux politiques de Donald Trump (y compris le déploiement de troupes à Los Angeles), mais ils ont répondu en manifestant par millions dans des centaines de villes lors de la journée de mobilisation sous le slogan « No King » (pas de Roi). Un événement très suivi, y compris au cœur des territoires trumpistes. Le même jour, son défilé militaire faisait un gros bide.

La France et l’Europe enterrent le droit international et embrassent la loi de la jungle

Ces évènements concernent les Français au plus haut point. Les rafles d’immigrés qui secouent les États-Unis ont donné des idées au RN et à Bruno Retaillaud, malgré leur impact désastreux sur la société.

Mais le plus frappant est le changement de discours politico-médiatique sur la situation au Moyen-Orient.

Depuis quelques semaines, on assistait à un retournement de situation. Israël était désormais clairement accusé de perpétrer des crimes contre l’humanité et le mot “génocide” n’était plus tabou. Dans les médias, de nombreuses voix respectées (humanitaire, ancien dirigeant israélien, intellectuel) ont pu s’exprimer sur le sujet. La position de la France Insoumise, qualifiée d’antisémite pendant près de deux ans, devenait normalisée.

L’opération courageuse de la flottille de la Liberté1 pour alerter sur le blocus humanitaire affamant les Palestiniens a une fois de plus divisé le débat public, le commentariat réactionnaire étant manifestement incapable de supporter l’existence de Greta Thunberg et Rima Hassan. La première aurait pu obtenir depuis longtemps un poste de bureaucrate ou porte-parole grassement payée dans une grande ONG ou un gouvernement. La seconde pourrait se contenter de profiter des avantages conférés par son mandat de députée européen pour se faire oublier. Toutes les deux ont risqué leur vie et leur santé mentale en allant défier Israël. Au lieu de dénoncer le kidnapping et la détention de journalistes et élus français, le monde politico-médiatique a repris les éléments de langage d’Israël en dénonçant une opération de com’ narcissique de “la croisière s’amuse” et de la “selfie flotilla”. Des éléments de langage manifestement fournis par la propagande israélienne. Cette opération reste un succès. Elle a déclenché des manifestations d’ampleur en France, signe qu’il existe bien un fossé entre la société française et ses dirigeants.

Partager

Dans ce contexte, on aurait pu imaginer que l’attaque contre l’Iran déclencherait une vague d’indignation. On parle de la France de de Gaulle et Chirac, le pays qui s’est opposé à la guerre de Bush et a subi les conséquences de l’implication de sa propre armée en Libye puis en Irak (multiplication des attentats terroristes sur le territoire). Et bien non. La classe politique appuie Israël au nom (il faut se pincer pour le croire) de son droit à se défendre. Tant pis si la guerre risque de provoquer une hausse spectaculaire des couts de l’énergie. Tant pis si elle risque d’encourager les attentats terroristes. Tant pis si elle contribue à la déstabilisation du monde et à de nouvelles vagues migratoires. La France a choisi le camp du génocide et du piétinement du droit international. Elle continue, tout en le niant, d’armer Israël. Elle refuse de rompre les échanges commerciaux. Elle est du côté de la colonisation, à contre-courant de l’Histoire et des sociétés civiles.

Le chancelier allemand a fait pire en déclarant qu’Israël “faisait le sale boulot” des Européens contre l’Iran (avec les armes qui étaient destinées à protéger l’Europe et l’Ukraine de la Russie). Ce genre de déclaration ne provoque aucun tollé.

Il faut voir les efforts de propagande engagés par les grands médias français. Il y a ceux qui soutiennent ouvertement Israël et vont jusqu’à juger acceptable l’assassinat des dirigeants iraniens, les menaces de destruction de Téhéran, les appels à l’évacuation de 11 millions de civils (pour aller où ?) et le bombardement d’hôpitaux et de sites nucléaires civils (avec tous les risques sanitaires que cela implique). Et puis les autres grandes rédactions qui multiplient les euphémismes et formules puant le deux poids deux mesures : Israël alerte les Iraniens qu’ils vont être bombardés, l’Iran menace les Israéliens de frappes militaires. Le Hamas utilise des boucliers humains, les centres de commandement israélien se trouvent au cœur de Tel-Aviv. Israël conduit des frappes préventives chirurgicales. L’Iran cible les civils avec des missiles. L’exemple des dégâts occasionnés par un tir de missile iranien aux abords d’un hôpital israélien illustre parfaitement ce deux poids deux mesures.

Israël a banalisé l’attaque des hôpitaux à Gaza, où le système de santé a été entièrement détruit et ses 24 hôpitaux bombardés. On se souvient des cadavres de bébés retrouvés décomposés dans des couveuses après qu’Israël ait ordonné l’évacuation d’un hôpital. L’armée israélienne les avait laissés mourir puis pourrir sur place. Plus de 500 membres du personnel soignant ont été tués, certains sont morts en détention après avoir été torturés, d’autres au volant de leurs ambulances. Des convois d’aide humanitaire occidentaux comme ceux de la “World food kitchen” avaient également été attaqués. Et récemment, une douzaine de soignants a été massacrée par Israël, comme l’a confirmé une enquête accablante du New York Times. Je pourrais multiplier les exemples, mais retenons qu’aucune preuve solide de l’implication des hôpitaux de Gaza dans les opérations du Hamas n’a été fournie par Israël, comme l’expliquait encore récemment un invité de la matinale de France Inter de retour de Gaza.

En Iran, Israël a partiellement endommagé un hôpital suite à une frappe aérienne qui semblait viser une cible militaire adjacente. Une ambulance de la croix rouge iranienne a été frappée et ses trois occupants tués sur le coup.

Dans ce contexte, les accusations de crime de guerre proféré par Israël suite aux dommages subis par un de ses hôpitaux peuvent sembler quelque peu osées.

Selon les autorités iraniennes, le tir visait un bâtiment militaire proche de l’hôpital. Haaretz a confirmé que l’armée iranienne avait alerté l’hôpital à l’avance, ce qui a permis au personnel soignant de sauver des vies en évacuant l’aile concernée. Encore une fois, il s’agit d’une pratique banalisée par Israël. Aucun impact n’a été confirmé par des sources indépendantes. Il semblerait que les blessés occasionnés résultent de l’onde de choc provoquée par l’explosion du missile. Le centre militaire ciblé conduirait les opérations cybernétiques qui ont détruit une partie du système bancaire iranien la veille, suite à des piratages d’ampleur qui ont privé les civils de l’accès à leur argent et moyen de paiements.

Le placement de ce centre aux abords d’un hôpital pourrait valoir à Israël des accusations d’utilisation de sa population civile comme boucliers humains. Selon les propres pratiques de l’armée israélienne, l’hôpital lui-même pourrait constituer une cible légale, puisqu’il abrite de nombreux soldats israéliens et est étroitement associé aux opérations militaires.

Bien sûr, le choix iranien de viser une cible proche d’un hôpital en connaissance de cause constitue très probablement un crime de guerre. Mais le fait qu’Israël utilise ce prétexte pour commettre davantage de crimes de guerre, comme l’a annoncé son ministre de la Défense, semble particulièrement abject.

Image

On a aussi eu le droit aux reportages sur les familles israéliennes obligées de passer quelques heures dans un bunker, mais aucun sur les civils palestiniens massacrés aux points de distribution de nourriture ou voyant leurs proches brûlés vifs par des bombes incendiaires dans leurs tentes ou les hôpitaux. Pas plus qu’on ne s’étend sur les victimes iraniennes (20 à 30 fois plus nombreuses que les morts et blessés civils israéliens, à en croire une ONG basée à Washington).

Faites cet exercice salutaire : observez avec un minimum de recul le niveau consternant de propagande qui mine le débat public et l’espace médiatique français. Et vous réaliserez que nos élites sont pleinement engagées dans la dérive fasciste qu’on observe aux États-Unis. Quitte à importer le conflit sur notre territoire.

Nos dirigeants sont des barbares engagés dans une guerre de civilisation. Bienvenue dans la jungle.

Merci de lire cette newsletter. Pour soutenir mon travail, vous pouvez vous abonner ou simplement m’offrir un café.

1

Je vous encourage à écouter cet interview contradictoire pour vous faire une idée précise et non biaisée des tenants et aboutissants)

PDF

09.06.2025 à 09:50

[Audio] Trump vs Musk : le clash des oligarques

Christophe @PoliticoboyTX

PDF

13.05.2025 à 10:10

Tout ne se passe pas comme prévu : les 100 premiers jours de Trump 2.0

Christophe @PoliticoboyTX

PDF

12.05.2025 à 09:06

"La meute", un livre hautement révélateur

Christophe @PoliticoboyTX

PDF

16.04.2025 à 09:36

[Video]: Trump sous l'influence de Poutine?

Christophe @PoliticoboyTX

PDF
12 / 20
 Persos A à L
Carmine
Mona CHOLLET
Anna COLIN-LEBEDEV
Julien DEVAUREIX
Cory DOCTOROW
Lionel DRICOT (PLOUM)
EDUC.POP.FR
Marc ENDEWELD
Michel GOYA
Hubert GUILLAUD
Gérard FILOCHE
Alain GRANDJEAN
Hacking-Social
Samuel HAYAT
Dana HILLIOT
François HOUSTE
Tagrawla INEQQIQI
Infiltrés (les)
Clément JEANNEAU
Paul JORION
Christophe LEBOUCHER
Michel LEPESANT
 
 Persos M à Z
Henri MALER
Christophe MASUTTI
Jean-Luc MÉLENCHON
MONDE DIPLO (Blogs persos)
Richard MONVOISIN
Corinne MOREL-DARLEUX
Timothée PARRIQUE
Thomas PIKETTY
VisionsCarto
Yannis YOULOUNTAS
Michaël ZEMMOUR
LePartisan.info
 
  Numérique
Blog Binaire
Christophe DESCHAMPS
Louis DERRAC
Olivier ERTZSCHEID
Olivier EZRATY
Framablog
Fake Tech (C. LEBOUCHER)
Romain LECLAIRE
Tristan NITOT
Francis PISANI
Irénée RÉGNAULD
Nicolas VIVANT
 
  Collectifs
Arguments
Blogs Mediapart
Bondy Blog
Dérivation
Économistes Atterrés
Dissidences
Mr Mondialisation
Palim Psao
Paris-Luttes.info
ROJAVA Info
 
  Créatifs / Art / Fiction
Nicole ESTEROLLE
Julien HERVIEUX
Alessandro PIGNOCCHI
Laura VAZQUEZ
XKCD
🌓