25.05.2026 à 14:07
Mobilisons-nous contre le décret du gouvernement visant à généraliser l'augmentation des frais d'inscription à l'université pour les étudiant-es étranger-es hors-UE. Iels devront payer de 2 895 euros par an en licence à 3 941 euros en master (contre 170 EUR et 243 EUR pour les Français·es et les Européen·ne·s).
C'est une mesure raciste qui reprend le programme de préférence nationale de l'extrême droite.
A l'appel du RUSF (Réseau Universités Sans Frontières) et de l'intersyndicale de l'enseignement supérieur et de la recherche, soyons nombreu·ses mardi 26 mai à 12h place Jussieu pour manifester en direction du ministère (rue Descartes).
Mobilisons-nous contre le décret du gouvernement visant à généraliser l'augmentation des frais d'inscription à l'université pour les étudiant-es étranger-es hors-UE. Iels devront payer de 2 895 euros par an en licence à 3 941 euros en master (contre 170 EUR et 243 EUR pour les Français·es et les Européen·ne·s).
C'est une mesure raciste qui reprend le programme de préférence nationale de l'extrême droite.
A l'appel du RUSF (Réseau Universités Sans Frontières) et de l'intersyndicale de l'enseignement supérieur et de la recherche, soyons nombreu·ses mardi 26 mai à 12h place Jussieu pour manifester en direction du ministère (rue Descartes).
Le projet de décret de la part du ministère, visant à généraliser les frais d'inscription différenciés de 2 895 euros par an en licence à 3 941 euros en master pour les étudiant·es étranger·es hors UE, est une véritable catastrophe humanitaire, sociale, économique et démocratique, reprenant le programme de préférence nationale de l'extrême droite.
Cette mesure s'inscrit dans une politique raciste bien plus large, avec d'abord la suppression des APL pour les étudiant·es extra-communautaires, mais aussi l'augmentation du prix des demandes de titre de séjour.
Sur le terrain, les étudiant·es étranger·es, déjà massivement précarisé.es depuis la circulaire Retailleau de mars 2025 qui empêche les régularisations et donc les contrats de travail, se retrouvent devant un mur financier. Beaucoup, à genoux, ne peuvent plus payer leurs études, bon nombre ne mangent plus à leur faim, de plus en plus souvent, le loyer n'est plus payable, et la rue devient la seule solution.
Le gouvernement organise des délais interminables dans les préfectures pour les demandes de titres de séjour, créant des situations où des étudiant·es voient leur année invalidée, faute de pouvoir obtenir une alternance ou un stage en raison de l'absence de titre de séjour valide.
Non seulement il n'existe aucun argument économique, politique, social, justifiant de telles mesures, mais surtout ces dernières préparent la hausse généralisé des frais d'inscriptions pour tous les étudiant-es, sans condition de nationalité, la destruction de certaines filières, l'accumulation de futurs profits tirés de la dette étudiante.
En résumé, c'est une mesure abjecte, discriminatoire et raciste, cachant une attaque globale contre nos universités, et surtout contre une population étudiante déjà écrasée par des conditions administratives et socio-économiques désastreuses. Le chemin se décide maintenant : laisse-t-on faire ou levons-nous contre cette mesure d'extrême droite qui ne dit pas son nom ?
Nous appelons toute la communauté, universitaire ou non, à se lever contre cette mesure, à s'y opposer par tous les moyens possibles à notre disposition et à remettre en cause le principe même des frais différenciés. D'abord, en se mobilisant partout où cela est possible : dans les universités, devant les rectorats, les préfectures, les mairies… et ensuite, à rejoindre massivement la mobilisation du 26 mai à l'appel de l'intersyndicale de l'Enseignement Supérieur de la Recherche.
Enfin, à se mobiliser et se regrouper le 10 juin au côté du collectif BougeTaPref pour dénoncer la fabrique des sans papiers organisés par le gouvernement.
Et, s'il le faut, empêcher la rentrée. On ne commencera pas une année universitaire sur des mesures d'extrême droite !
Réseau Universités Sans Frontières (RUSF) - https://rusf.org
25.05.2026 à 08:00
Retour de l'ordre bourgeois dans le sang, la Semaine sanglante reste l'un des évènements les plus sombres du mouvement révolutionnaire français. Pas moins de 30 000 communard·e·s seront tué·e·s dans les combats et 46 835 seront fait prisonnier·e·s. En une semaine Adolphe Thiers et ses sabre-peuple décapitent Paris la Rouge. Mais si la Commune tombe, sa mémoire perdure.
Retour de l'ordre bourgeois dans le sang, la Semaine sanglante reste l'un des évènements les plus sombres du mouvement révolutionnaire français. Pas moins de 30 000 communard·e·s seront tué·e·s dans les combats et 46 835 seront fait prisonnier·e·s. En une semaine Adolphe Thiers et ses sabre-peuple décapitent Paris la Rouge. Mais si la Commune tombe, sa mémoire perdure.
Index :
Retour de l'ordre bourgeois dans le sang, la Semaine sanglante reste l'un des événements les plus sombres du mouvement révolutionnaire français. Environ 30 000 communard·e·s seront tué·e·s dans les combats et 46 835 seront fait prisonnier·e·s. Ils et elles seront ensuite 95 à être condamné·e·s à mort, 4 586 seront déporté·e·s, pour beaucoup en Nouvelle-Calédonie, 1 247 seront condamné·e·s à la réclusion perpétuelle et 3 359 à des peines de prison variables. Si elle avait débuté dans la liesse populaire et l'union entre le peuple de Paris et les bataillons de l'armée [1], la Commune finit dans le sang. L'espoir suscité par l'expérience révolutionnaire régnant sur Paris depuis déjà deux mois était une défiance impardonnable pour le vieux monde. La réponse d'Adolphe Thiers fut sans pareille dans l'histoire de Paris. En une semaine, du dimanche 21 mai au dimanche 28 mai, l'armée versaillaise reprend Paris dans ce qui reste l'événement le plus meurtrier de l'histoire de la ville.

Le dimanche 21 mai, entre 14 et 15 heures, Jules Ducatel, piqueur des Ponts et Chaussées et indicateur de l'armée versaillaise, découvre que la porte de Saint-Cloud et ses environs ne sont plus gardés. Il alerte les lignes versaillaises positionnées dans des tranchées creusées en contrebas, du côté du parc des Princes. Informé par le capitaine de frégate Auguste Trève, le général Douay en réfère à Adolphe Thiers, qui ordonne à l'armée régulière de pénétrer dans Paris. Libéré sur ordre de Douay après avoir été brièvement arrêté par les soldats qui craignaient une ruse des fédérés, Ducatel guide ensuite la division Vergé, alors commandée par le colonel Piquemal, vers le Trocadéro.
Le Conseil de la Commune, qui est en train de juger Cluseret, ancien délégué à la guerre tombé en disgrâce pour incompétence, n'envoie aucun renfort, malgré la demande qu'avait formulée le général Dombrowski qui commande le secteur.
Le Comité de salut public dépêche un observateur qui est fait prisonnier par les versaillais. L'armée de la République occupe Auteuil et Passy. Ils fouillent systématiquement les maisons, procèdent sur dénonciation à des arrestations et commencent à fusiller les gardes nationaux du secteur, qui seront ensuite conduits au cimetière de Longchamp. Au même moment se déroule la dernière réunion du Conseil de la Commune.
Au matin, les versaillais occupent les 15e et 16e arrondissements. Le reste de Paris apprend enfin la nouvelle par une affiche signée de Charles Delescluze, délégué à la Guerre. À la suite de cette proclamation, une grande partie des combattants de la Commune se replie dans leurs quartiers pour les défendre, abandonnant toute lutte coordonnée et rendant impossible toute contre-attaque pour repousser les versaillais. Des barricades s'érigent un peu partout dans Paris dans une ultime volonté défensive. L'armée de Thiers prend dans la journée le 7e, 8e et 17e arrondissement, durant leur offensive, les troupes versaillaises procèdent à de très nombreuses exécutions sommaires. Tout communard combattant est abattu.
Implacablement les forces versaillaises continuent à envahir Paris. Sur leur route les exécutions sommaires sont nombreuses. Face au chaos et à la débandade des forces communardes, le Comité de salut public publie, en vain, un appel à la fraternisation entre les troupes versaillaises et le peuple. Pendant les combats le général Jaroslaw Dombrowski est tué rue Myrha. Cet ancien général de l'armée russe avait offert ses compétences à la Commune de Paris et avait commandé la 11e légion de la Garde nationale. Il était, avec son compatriote polonais Walery Wroblewski, en exil à Paris après avoir participé aux insurrections polonaises de 1861-1864. Il y réclamait déjà la démocratie, la fin du servage et l'indépendance polonaise face à l'Empire russe.
Dans la soirée débutent les premiers incendies de grands bâtiments parisiens.
Les incendies, qui débutèrent la veille, continuent et s'amplifient. Les dirigeants communards évacuent et font incendier volontairement l'Hôtel de Ville, la Préfecture de police et le Palais de justice. À la prison de la Roquette, les communards exécutent l'archevêque de Paris Georges Darboy et cinq autres otages, dont le président Bonjean. Face à l'implacable répression, l'espoir de changer le vieux monde s'est transformé en politique de la terre brûlée.

Des combats acharnés à la Butte-aux-Cailles font rage. Le général Wroblewski résiste tant bien que mal face aux forces versaillaises. Place du Château d'Eau Charles Delescluze, délégué à la Guerre de la Commune, est tué. Wroblewski est proposé pour le poste de commandement en chef des forces de la Commune. Il le refuse, arguant du peu d'hommes restants capables de se battre de manière disciplinée et coordonnée, et terminera la Semaine sanglante en se battant comme simple soldat.
Pendant la journée du 26 mai, toutes les forces communardes sur la rive gauche de la Seine sont tuées, arrêtées ou mises en déroute. Seul le nord-est de la ville continue le combat autour des Buttes-Chaumont et du cimetière du Père-Lachaise. Les exécutions sommaires sont nombreuses dans les deux camps. Au Panthéon de nombreux·ses communard·e·s sont massacrés et 52 prisonniers de la Roquette soupçonnés de sympathie pour Thiers sont exécutés au 85 de la rue Haxo.
Large offensive versaillaise au cimetière du Père-Lachaise où l'on combat à l'arme blanche entre les tombes. 147 Fédérés, combattants de la Commune, sont fusillés et jetés dans une fosse ouverte au pied du mur des Fédérés. Ce mur deviendra le lieu habituel de la commémoration de la Commune. Les Buttes-Chaumont tombent aussi sous la coupe des troupes versaillaises. Le soir même il ne reste plus que le quartier de Belleville aux mains des communards.
Dans une ultime bataille, les dernier·e·s Communard·e·s tombent à Belleville. Si le lieu de la dernière barricade est incertain, une plaque commémorative des derniers combats se trouve rue de la Fontaine-au-Roi, dans le 11e arrondissement de Paris. Face aux 130 000 soldats versaillais déployés pour l'opération de reprise de la ville, entre 25 000 et 30 000 communard·e·s combattant.es auront résisté tant bien que mal. Il ne reste plus que le fort de Vincennes encerclé par les Allemands, il se rendra sans combattre le lundi 29 mai.

Le bilan officiel, rapporté par le général Appert devant l'Assemblée nationale en 1875, fait état de 43 522 arrestations, dont 819 femmes et 538 enfants. 7 700 qui avaient été arrêtés par erreur sont relâchés. Mais au camp de Satory où sont parqués beaucoup des arrêtés, le calvaire continue : aucune hygiène, peu de soins pour les blessés, les épidémies se développent. On abat 300 prisonniers pour tentative de fuite dans la nuit du 27 au 28 mai. Des prisonniers fédérés furent transférés dans les pontons et ports de l'ouest de la France ; à Brest, Lorient, Cherbourg et Rochefort, ces transferts eurent lieu dans des wagons à bestiaux dans des conditions sanitaires volontairement déplorables. Environ 20 000 y furent détenu·e·s pendant plusieurs mois, au moins 1 000 y moururent.
Aucun bilan officiel ne vient par contre établir le nombre exact de morts durant la Semaine sanglante. Il est vrai qu'entre les exécutions sommaires et les morts des combats, il a longtemps été compliqué d'établir un nombre qui fasse consensus. Ainsi le nombre de morts a été longtemps gonflé artificiellement pour rendre le massacre encore plus sanglant qu'il ne l'était, ou alors minimisé par les autorités responsables du massacre. Choisir un chiffre dans la large fourchette entre 10 000 et 100 000 morts était alors un choix politique de ralliement ; au même titre qu'aujourd'hui, choisir de retenir les chiffres de la préfecture ou les chiffres de la CGT pour une manifestation n'est pas politiquement neutre. Avec les années et le recul, on considère généralement qu'il y aurait eu environ 30 000 morts. Un tiers serait mort au combat, les deux tiers restants étant tués lors d'exécutions sommaires.
Car c'est là que la Semaine sanglante fut la plus horrible. Car à l'arrière des combats et après avoir reconquis chaque quartier, l'armée versaillaise a systématiquement fait appel à des mouchards pour débusquer les sympathisants de la Commune. La reconquête militaire s'accompagnant d'une purge politique de tous les opposants au régime de Thiers. Le tout dans l'urgence la plus totale. Car le gouvernement souhaitait restaurer l'État de droit une fois la ville reprise. Il fallait donc exécuter le plus rapidement possible le maximum de Communard·e·s pour éviter que la justice puisse être indulgente avec les insurgés. Ainsi sur les 46 835 communard·e·s fait·e·s prisonnier·e·s, « seulement » 95 seront condamné·e·s à mort quand il y aurait eu environ 20 000 exécutions sommaires. Cette même « justice » préfèrera en fin de compte déporter massivement les communard·e·s vers la Nouvelle-Calédonie afin de s'assurer qu'ils ne « contamineraient » plus la société.
La répression des différentes insurrections de 1870-1871 continua année après année. Empêcher toute résurgence insurrectionnelle devient le leitmotiv du gouvernement de Thiers. Si Paris est purgée des révolutionnaires tués, déportés, emprisonnés ou en exil, le gouvernement cherche à affaiblir tout mouvement révolutionnaire, et criminalise ainsi l'appartenance à l'Internationale le 14 mars 1872 [2], provoquant un fort recul de l'organisation. Adolphe Thiers se souvient que la Commune de Paris fut précédée par la Commune de Lyon ; où Mikhail Bakounine et d'autres membres de l'AIT avaient proclamé la Commune de Lyon au balcon de l'Hôtel de Ville. La répression exacerbe les débats déjà houleux entre bakouniniens et marxistes au sein de l'organisation. Mikhail Bakounine en sera exclu lors du congrès de La Haye (du 2 au 9 septembre 1872) et la Première Internationale finira par disparaître en 1876, marquant une scission définitive du mouvement socialiste entre antiautoritaires et autoritaires.
Mais si la Commune et ses aspirations sont écrasées, ses idées ne craignent pas la mitraille. La IIIe République, devenue républicaine après la fin du gouvernement de Thiers, s'inspirera des réalisations de la Commune de Paris pour mettre en place ce qui reste encore de ses plus grandes réformes démocratiques. La séparation de l'Église et de l'État, la scolarité gratuite pour tous, le droit d'association ou encore la loi Waldeck-Rousseau autorisant les syndicats, la réaffirmation de la liberté de la presse, etc. ; mais tout en renforçant les dispositifs légaux et policiers de répression contre toute contestation politique radicale.
Ainsi les lois scélérates de 1893-1894 modifient la loi de 1881 sur la liberté de la presse qui ne punissait que la provocation directe ; désormais la provocation indirecte est condamnable, la fameuse « apologie » qui permet encore aujourd'hui la répression à tout va de tout discours non conforme à la normalité républicaine. Le tout sans compter toutes les boucheries orchestrées, organisées et perpétrées par cette fameuse République civilisatrice lors de sa vaste campagne de colonisation en Afrique, en Asie et dans le Pacifique ; ou pendant les deux guerres mondiales.
La Semaine sanglante fut ainsi une expérience concentrée de ce que fut la Troisième République dans son ensemble, entre réalisation démocratique, répression et bain de sang.

La Semaine sanglante fut un événement qui marqua profondément le monde ouvrier et révolutionnaire, mais derrière la grande Histoire, l'événement marqua aussi les poètes et auteurs qui y participèrent.
Eugène Pottier et Jean-Batiste Clément furent deux d'entre eux. Rapidement après la fin de la Commune, ils écrivirent chacun un poème, qui fut ensuite mis en chanson : l'Internationale d'Eugène Pottier, qui devint célèbre dès le congrès d'Amsterdam de la IIe internationale en 1904, avant de devenir l'hymne de l'URSS en 1922 ; et la Semaine sanglante de Jean Baptiste Clément, qui dénonce les horreurs et crimes des versaillais pendant la période éponyme.
Avant d'être l'hymne officiel de l'Union soviétique de 1922 à 1944, et d'être charcuté par de nombreux gouvernements et groupes pour mieux coller aux doctrines et régimes qui la récupérèrent, L'Internationale fut bien écrite dans le sillage de la Commune.
Eugène Pottier, membre de la Garde nationale durant le siège de Paris de 1870, rejoint la Commune et siège à la Comission des Services publics dans le deuxième arrondissement où il est élu. Il participe aux combats de la Semaine sanglante contre les troupes versaillaises. C'est suite à ces événements qu'il devra se cacher dans Paris pour éviter la répression qui s'abat sur la ville. C'est lors de cet exil intérieur qu'il écrira L'Internationale. Il fuit ensuite en Angleterre, mais, condamné à mort par contumace le 17 mai 1873, il décide de s'exiler aux États-Unis et rejoint le Parti ouvrier socialiste d'Amérique. Il ne rentrera en France qu'en 1880, suite à la loi d'amnistie du 11 juillet 1880 qui amnistie les Communard·e·s et permet le retour de nombre d'entre eux en France. En 1888, un an après la première édition imprimée des paroles du poème, la chorale lilloise du Parti ouvrier demande à un de ses membres, Pierre Degeyter, de composer une musique originale pour L'Internationale. Le 23 juillet 1888, pour la première fois, la chorale de la Lyre des Travailleurs interprète le chant sur l'air nouveau. Sa partition est publiée en 1889.
Écrite juste après les événements et chantés sur l'air du Chant des Paysans de Pierre Dupont, le premier couplet de La Semaine sanglante s'ouvre avec le froid constat des événements :
« Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus par les chemins,
Que des vieillards tristes en larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux mêmes sont tremblants.
La mode est aux conseils de guerre,
Et les pavés sont tout sanglants. »
Mais si Jean-Baptiste Clément dépeint la triste situation de Paris après la Semaine sanglante, ville reconquise dans le sang par tous les représentants du vieux monde : militaires, politiciens, religieux, bourgeois, capitalistes, vendus et autres mouchards ; il exprime aussi le futur retour de l'ordre dans une fête morbide des décorations militaires et des bénédictions de curetons. Si chacun de ces couplets, à l'exception du dernier, est une triste description de la situation, il ponctue chacun d'entre eux par un refrain qui appelle encore et toujours à la révolution.
« Oui mais !
Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare ! à la revanche
Quand tous les pauvres s'y mettront.
Quand tous les pauvres s'y mettront. »
La chanson, écrite ainsi juste après les événements, ne se contente pas d'une amère description d'une défaite, mais vise bien à exhorter à continuer le combat, considérant que des des dizaines de milliers de morts et d'arrestations ne suffiraient jamais à stopper l'enthousiasme du poète qui se demande « à quand enfin la République de la Justice et du Travail ? »

Si la chanson La Semaine sanglante fut une réponse immédiate et explicite au massacre, une autre chanson de Jean-Batiste Clément rentrera dans l'Histoire comme un hommage à la Commune et plus particulièrement à tous les épisodes révolutionnaires qui finirent dans les larmes et le sang. Car avant d'être jouée par les chœurs de l'armée française en 2016, place de la République, en l'honneur des victimes des derniers attentats ; le Temps des cerises fut avant tout dédicacé « à la vaillante citoyenne Louise, l'ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871 », communarde rencontrée aux hasards des rues par le poète, alors tenancier d'une barricade comme tant d'autres cette semaine-là.
De simple chanson d'amour perdu, écrite en 1866 et chantée sur un air mélancolique, le Temps des cerises devint un symbole pour tous ceux et celles qui vécurent intensément la lutte contre la République bourgeoise, contre le capitalisme sauvage et contre le fascisme. Elle devint alors une classique pour toutes les familles du socialisme, de l'anarchisme et du communisme, traversant le temps et les clivages politiques.
L'appropriation populaire et collective de la chanson en fera un classique repris autant par Coluche, la jouant au violon avec des gants de boxe, que dans Porco Rosso, film d'animation japonais de Hayao Miazaki de 1992, se déroulant dans l'Italie fasciste des années 1920.

Si la Commune de Paris reste aujourd'hui une référence commune de toutes les familles de gauche, toujours critiquée, revisitée, réinterprétée, mais bien partagée [3], c'est autant par l'espoir suscité par ses réalisations que par la répression sans pareille dont elle fut la victime.
À une époque où le « Roman national » fait son grand retour et où chaque événement de l'Histoire française est réinséré dans un roman à visée normalisatrice d'une pseudo « Identité nationale », il faut rappeler qu'encore aujourd'hui, presque 150 ans après les faits, la Commune reste une oubliée des programmes scolaires et de l'histoire française. Aujourd'hui, le nouveau discours au centre, à droite et même à l'extrême-droite essaye de refaire de la Troisième République la référence idéologique par excellence et continuant ainsi à faire de la Commune une oubliée volontaire. Surtout quand la laïcité de 1905 sert à l'extrême-droite pour stigmatiser toute population non catholique, et que les débats sur les « bienfaits » de la colonisation sont rouverts. Il serait dommage de perturber cette foire à la saucisse idéologico-historique en rappelant que la Troisième République est née dans un bain de sang.
Face à l'oubli volontaire des politicards et de l'État, comme symptôme d'une ultime répression, la mémoire de la Commune, une mémoire révolutionnaire et internationaliste, est donc une arme pour rappeler que de tout temps le vieux monde peut vaciller, mais que plus il vacille, plus ses chiens montrent les crocs et mordent au sang. Que toute action révolutionnaire entraine une action contre-révolutionnaire et que la violence de l'État est toujours liée à son désir de maintenir une société d'exploitation et de contrôle. Quel que soit le régime ou quel que soit le numéro de la République en place, la lutte des classes perdure à tous les niveaux de la vie.
[1] Article sur le 18 mars 1871 : Le 18 mars 1871 : Le peuple et la Garde nationale fraternisent contre la République bourgeoise
[2] Article de Rebellyon sur la criminalisation de l'appartenance à l'AIT : https://rebellyon.info/L-appartenance-a-l-A-I-T-devient
[3] Sur la Commune de l'Internationale Situationiste : https://infokiosques.net/lire.php?i...
Sur la Commune de 1871 :
• le web officiel des Amis de la Commune : Association qui cherche à faire vivre l'histoire et la mémoire de la Commune en proposant de nombreux textes, images, photographies, chansons, bibliographies, filmographies sur leur site.
• Initialement publié sur Rebellyon.info
24.05.2026 à 08:00
[Article publié initialement en 2020]
Figure de la communauté des Voyageurs, ancien résistant et infatigable militant, Raymond Gurême est décédé le 24 mai dernier à l'âge de 94 ans. D'origine manouche, il aura passé sa vie à lutter contre les injustices et à mettre en pratique cette phrase qu'il répétait inlassablement : « Toujours debout, jamais à genoux ».
[Article publié initialement en 2020]
Figure de la communauté des Voyageurs, ancien résistant et infatigable militant, Raymond Gurême est décédé le 24 mai dernier à l'âge de 94 ans. D'origine manouche, il aura passé sa vie à lutter contre les injustices et à mettre en pratique cette phrase qu'il répétait inlassablement : « Toujours debout, jamais à genoux ».

photo Adèle Mauduit
Né en 1925, Raymond Gurême n'a que 15 ans lorsque lui et sa famille sont arrêtés, le 4 octobre 1940 au petit matin, à Petit-Couronne, près du port de Rouen. Deux gendarmes français, venus à moto, les somment de les suivre. Raymond Gurême dira dans Interdit aux nomades, le livre qu'il a écrit avec Isabelle Ligner : « C'est à cette occasion que j'ai appris que la volaille arrive toujours à l'aube ».
Le même jour, une ordonnance allemande avait décrété l'internement des Tsiganes en zone occupée, dans des camps placés sous la responsabilité de la police française. Les derniers Tsiganes internés ne seront libérés qu'en 1946, deux ans après la Libération. Raison de plus pour affirmer que l'internement des nomades résultait bien d'une volonté française.
Ainsi, le 6 avril 1940, six mois avant l'ordonnance allemande, le président Albert Lebrun signait un décret interdisant la circulation des nomades pour toute la durée de la guerre et sur l'ensemble du territoire français et les assignait à résidence. Quant au carnet anthropométrique, instrument de fichage des populations nomades, il est en vigueur depuis 1912.
Les Gurême ainsi que d'autres familles sont dans un premier temps emprisonnés dans le camp de Darnétal (76). C'est là que Raymond et sa famille doivent abandonner tout ce qu'ils possèdent : les roulottes, le châpiteau et les appareils de cinéma. La famille Gurême vivait jusqu'alors du cirque et du petit cinéma ambulant avec lesquels ils sillonnaient les routes de France.
Le 4 octobre 1940, lorsqu'ils arrivent au « camp d'internement de nomades » de Linas-Monthléry (91) après de longues heures de voyage dans des wagons à bestiaux, ils n'ont plus rien et ils découvrent avec stupeur les conditions inhumaines dans lesquelles ils s'apprêtent à vivre.
Dans les baraques, écrit Raymond dans son livre, « pas de couvertures, pas de table, pas de chaises, pas de système de chauffage non plus. » Les conditions sanitaires sont désastreuses, les gens tombent régulièrement malades et certain.e.s n'y survivent pas.
Le camp est gardé par une soixantaine de policiers et de gendarmes français, qui abusent régulièrement de leur pouvoir et font vivre un calvaire aux interné.e.s.
Le 26 juillet 1941, Raymond s'évade une première fois du camp avec son frère. Ils sont dénoncés et arrêtés le 14 août. Mais Raymond, qui terminera la guerre avec dix évasions à son actif, s'évade à nouveau le 5 octobre 1941. Il est alors au mitard et c'est son extraordinaire souplesse, acquise à son plus âge avec le cirque, qui lui permet de se libérer de ses menottes, « aussi tranchant[es] qu'un couteau ». Les mains de Raymond garderont toujours les stigmates de cette évasion. Toujours grâce à ses aptitudes d'acrobate, il réussit à atteindre le haut d'un arbre : il y passe toute la nuit, transi de froid, alors que les policiers et les gendarmes le recherchent au sol. Au petit matin, il descend de son arbre et s'enfuit définitivement du camp. Il rallie la Bretagne à pied et réussit à se faire embaucher dans des fermes.
Entre la fin de l'année 1941 et le début 1942, il effectuera plusieurs voyages entre la Bretagne et Linas-Monthléry pour apporter de la nourriture à sa famille, toujours enfermée dans le camp. La deuxième évasion de Raymond ne figure pas dans les archives et les gardiens continuaient à lire son nom lors de l'appel.
Lorsqu'ils disaient « Raymond Gurême », ses sœurs entonnaient alors cette chanson qu'elles avaient écrites en l'honneur de leur frère, et que Raymond avaient pris l'habitude de chanter lors de ses témoignages :
Ce qu'aucun homme n'a pu faire,
Un gamin de quinze ans l'a montré
Que ce n'était pas une affaire
De se sauver tout en étant enchaîné.
C'était pour une bagatelle
Qu'on l'avait mis au cagibi
Mais sa colère était telle
Que le soir il est parti,
Parti de Linas-Monthléry.
Les gendarmes se mirent à ses trousses,
Mais ils n'ont pas pu le rattraper
Ils sont revenus tous bredouilles,
Le chef avait l'air d'une andouille !
Et si Dieu le veut bien,
C'est pas aujourd'hui, ni demain,
Que nous reverrons notre frangin !
En avril 1942, sa famille ainsi que tous les internés de Linas-Monthléry sont transférés dans le camp de Mulsanne, dans la Sarthe, puis le 3 août 1942 dans celui de Montreuil-Bellay, dans le Maine-et-Loire. Montreuil-Bellay était le plus grand camp d'internement pour « nomades » parmi ceux mis en place pendant cette période, et sa famille n'en sortira qu'en septembre 1943.
Entre-temps, Raymond a été arrêté par la police et est conduit en maison de redressement. Après s'être une nouvelle fois échappé, il y est reconduit puis réussit à trouver un emploi dans un hôpital. Il rencontre alors un blessé qui lui propose de voler un camion allemand pour le compte de la Résistance. Raymond accepte et réussit sa mission : il vient de rentrer dans la Résistance, il a 16 ans. Mais le directeur de l'hôpital, qui l'a vu au volant du camion, le dénonce.
Une nouvelle fois en cavale, Raymond est repris et envoyé à la prison d'Angers, où les exécutions sont quotidiennes. Il est ensuite transféré à la prison militaire de Troyes, où il reste de longues semaines avant d'être envoyé en Allemagne, au camp disciplinaire de Hedderneim. Gardé par des SD (service de renseignement et de maintien de l'ordre SS), ce camp de travail forcé réserve aux prisonniers un quotidien fait de privations et de violences. Profitant d'un bombardement, Raymond réussit à s'évader avec deux camarades. Ils sont arrêtés par des membres de la Jeunesse Hitlérienne et transférés dans un camp encore plus dur : le camp de haute discipline de Oberürsel.
Dans son livre, Raymond raconte l'anecdote suivante :
« Un jour, je faisais des terrassements et un gardien allemand venait sans cesse sur mon dos en criant : « Schnell ! Schnell ! »
Je faisais exprès de travailler au ralenti et je répondais : « Ta gueule. »
Comme le gardien ne parlait pas français, ce petit jeu a duré au moins une semaine. Dans le camp, les copains m'avaient surnommé « Ta gueule ». Mais un interprète m'a prévenu : « Je suis obligé de lui traduire et ça va barder pour ton matricule ! »
Lorsque le gardien, un grand type baraqué, a appris que je me foutais de lui depuis des jours, sa réaction n'a pas tardé : il m'a assommé à coups de crosse sur le crâne et m'a laissé pour mort, pissant le sang. J'avais un énorme trou à l'arrière de la tête. Deux copains m'ont porté dans ma baraque. Je n'ai repris connaissance que le lendemain matin. Mes deux camarades m'ont soigné (...) L'un de mes amis a plié en deux un bout de fil de fer et il s'en est servi comme d'une pince pour extraire les morceaux d'os cassé de mon crâne. (...) Une fois encore, je l'avais échappé belle. »
Mais Raymond persiste et continue à travailler le plus lentement possible en signe de protestation, ce qui lui vaut un coup de matraque en plein visage et un nez massacré. Au printemps 1944, Raymond perd un œil à cause d'une bombe soufflante qui tue plusieurs de ses camarades qui travaillaient à quelques mètres de lui.
Quelque temps plus tard, Raymond rencontre un conducteur de train qui effectue régulièrement des liaisons Paris-Francfort et dont la marchandise est déchargée par les détenus. Le 15 juin 1944, Raymond réussit à s'enfuir avec l'aide du conducteur en se cachant dans un tas de charbon de la locomotive. Il parvient ainsi à rallier la France. Raymond écrira dans son livre : « Si ce cheminot, qui faisait partie de la Résistance comme nombre de ses collègues, ne m'avait pas ramené, je pense que j'aurais été envoyé vers les fours crématoires. »
Une fois rentré à Paris, Raymond ne tarde pas à s'engager dans la Résistance. Il intègre les FFI et participe à la libération de Paris. Comme Raymond, de nombreux Voyageurs ont joué un rôle important dans la Résistance et dans la Libération mais leur participation a toujours été ignorée. D'ailleurs, alors que la France est libérée, les mesures d'internement dans les camps pour « nomades » sont prolongées jusqu'en 1946 : les derniers internés « nomades » enfermés dans le camp des Alliers, à Angoulême, ne seront libérés que fin mai 1946, soit presque deux ans après la libération...
Raymond reste sans nouvelles de ses parents et de ses frères et soeurs pendant huit longues années, ne sachant même pas s'ils sont encore en vie.
Un jour, alors qu'il se trouve à Paris pour le travail il rencontre un forain belge qui lui dit que sa famille vit en Belgique. Raymond enfourche son vélo et roule jour et nuit pendant quatre cents kilomètres et n'ayant plus de chambres à air doit finir le voyage à pied.
Raymond raconte ses retrouvailles dans son livre :
« À environ deux kilomètres de Vielsam, j'ai vu une jeune femme, un panier sous le bras. Sa démarche me paraissait familière. Je me retourne. Elle aussi.
J'ai crié : « Poupée ! » et elle au même moment : « Raymond ». Elle a couru se jeter dans mes bras, a lâché le panier, laissant tomber toute sa marchandise sur la route. C'était ma petite sœur Marie- Rose. (...)
J'ai pleuré comme un gosse. Ça faisait tellement longtemps que je rêvais de ce moment. (...)
Nous sommes partis ensemble vers la caravane dans laquelle vivait ma famille. Il était dix heures du matin. Ma mère était dehors. Mon père aussi (...). Lorsqu'il m'a vu approcher, mon père s'est tenu au bord de la roulotte pour amortir le choc. Mais ma mère n'a pas eu ce réflexe et elle est tombée par terre ! Il s'est ensuivi une joyeuse bousculade. Mes frères et sœurs ont couru vers moi. J'ai embrassé le premier qui est venu. J'ai embrassé mon père, puis ma mère, qui s'est relevée. On a fait la fête pendant trois ou quatre jours. »
Les parents de Raymond n'ont plus rien. L'après-guerre est terrible pour les Voyageurs, qui ont tout perdu lors de leurs arrestations et ne reçoivent aucune compensation financière à leur sortie des camps. Ce n'est qu'en 2009, près de soixante-dix ans après les faits et vingt-sept ans après sa première demande que Raymond reçoit enfin sa « carte d'interné politique ».
Ce n'est qu'en 2010, lors de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français, que le secrétaire d'État à la Défense et aux Anciens combattants Hubert Falco a pour la première fois reconnu officiellement que des « nomades » avaient été internés pour des motifs raciaux sur le sol français, grâce au concours des autorités françaises.
Et ce n'est qu'en 2016 qu'un premier hommage national sera rendu par le gouvernement français aux nomades internés à Montreuil-Bellay.
Mais ces hommages tardifs ne sauraient faire oublier les persécutions qu'ont subi les Voyageurs après la guerre ; persécutions qu'ils subissent encore aujourd'hui. L'absence de considération des autorités et de l'administration française à leur égard se reflète parfaitement dans les difficultés subies par Raymond et sa famille tout au long de sa vie.

photo Adèle Mauduit
Depuis son installation sur un terrain à Saint-Germain-lès-Arpajon en 1968, en face de l'autodrome de Linas Monthléry où sa famille avait été enfermée, Raymond n'a cessé de subir la méfiance des gens et des autorités envers sa communauté.
Dès leur arrivée, une pétition est lancée pour qu'ils partent et aujourd'hui encore les espaces verts d'Île-de-France multiplient les propositions en ce sens. Mais comme d'habitude Raymond a résisté et sa famille vit toujours sur le terrain : à l'entrée, un panneau sur lequel on peut lire « interdit aux nomades ». Un panneau cerclé de rouge, fabriqué par l'État français, que Raymond a trouvé en 2010, au bord du même champ sur lequel lui et sa famille stationnaient en 1940 avant d'être arrêtés.
Quant à la police et à la gendarmerie, elles auront livré une véritable persécution à Raymond et à sa famille durant toutes ces années. Raymond ne comptait plus les poursuites et les accusations pour « outrage et rébellion » et « vol » dont il a constamment été la cible jusqu'à très récemment.
Ainsi, le 23 septembre 2014, alors qu'il a 89 ans, deux policiers débarquent chez lui et lui demandent de sortir de sa caravane pour effectuer une perquisition. Raymond refuse et est alors roué de coups par les policiers. Lors de sa visite chez le médecin pour faire constater les violences policières, celui-ci constate des ecchymoses sur l'avant-bras et le thorax ainsi que des contusions au crâne et à l'épaule. Il a porté plainte contre les policiers mais l'affaire sera classée sans suite.
Raymond témoigne peu de temps après son agression :
« Ça m'a fait repenser au trajet de la gare de Brétigny au camp de Linas-Montlhéry que des policiers français nous ont forcé à faire à pied à coups de matraque et de crosse quand j'avais 15 ans – le 27 novembre 1940. J'ai revu le visage de mes parents et de mes frères et soeurs frappés comme moi, sans raison, par la police française. On en a pris tellement des coups ce jour-là ! On les comptait même plus. A la fin, tu ne sens plus rien tellement la douleur est forte. »
Plus de soixante-dix ans plus tard, l'histoire se répète et la méfiance de Raymond face aux autorités est plus que justifiée. A ce propos, il dit dans son livre :
« La tournure qu'à prise mon rapport à l'autorité et à ceux qui sont supposé incarner l'ordre, policiers et gendarmes, remonte à mon internement arbitraire de Linas-Montlhéry. Policiers et gendarmes étaient alors chargés d'appliquer des mesures indignes contre les citoyens français que nous étions. Et la majorité d'entre eux le faisaient sans moufter.
Après 1945, ni le statut de rescapé de la Grande Guerre de mon père, ni notre internement, ni mon engagement dans la Résistance n'ont été reconnus.
En revanche, ma famille et moi avons continué à être traités comme des bons à rien et des voleurs de poules par ces mêmes policiers et gendarmes. »
Raymond témoigne pour la première fois en public en 2004, lors de l'assemblée générale de l'Association départementale gens du voyage (ADGV). Depuis, il n'a cessé de raconter son histoire, notamment auprès des jeunes qu'ils rencontraient régulièrement dans des collèges et des lycées. Il a sillonné la France et l'Europe pour porter un discours engagé dans lequel il nous exhortait à défendre nos droits et à rester vigilants face aux injustices. Lutte qu'il continuera de mener jusqu'à la fin de sa vie.
Depuis plusieurs années, Raymond se rendait tous les étés à Auschwitz dans le cadre des rencontres internationales de jeunesse « Dikh he na bister » (« Regarde et n'oublie pas » en langue rromani) pour commémorer le « Génocide des Tsiganes ». Lors de ces voyages, Raymond deviendra le héros de toute une communauté, dénonçant inlassablement l' « antitsiganisme » et appelant à la fraternité.
Depuis sa mort, de nombreux hommages nous parviennent de Pologne, d'Espagne, d'Italie, d'Ecosse et de tous les autres pays où Raymond a rencontré les communautés de Voyageurs, rroms, gitanes, manouches, sintés, kalés et où tout le monde se souvient de cet homme empreint d'une force et d'une humanité extraordinaire.

photo Adèle Mauduit
Un hommage sera rendu à ce grand militant de la liberté le dernier week-end de novembre à Brétigny (91), lors de la marche qui a lieu tous les ans depuis 2010 et qui commémore l'internement des Tsiganes et Gens du Voyage au camp de Linas-Montlhéry.
Rendre hommage à Raymond, c'est aussi poursuivre et intensifier nos combats contre toutes les formes d'injustice que nous rencontrons. La force qu'il nous a insufflée continuera de nous accompagner et nous permettra d'avancer sur ce même chemin duquel il ne s'est jamais éloigné : celui de la liberté.
Huit jours avant sa mort, Raymond était encore présent, le poing levé, devant la basilique de Saint- Denis lors de la fête de l'insurrection gitane. Tout un symbole, celui de la lutte qu'il aura menée jusqu'au bout : « Toujours debout, jamais à genoux ».
Leny Mauduit
A voir / à lire
24.05.2026 à 08:00
Lundi 18 mai, la Global Sumud Flottilla a été une nouvelle fois, attaquée dans les eaux internationales. Cette fois-ci, l'armée israélienne a donné l'assaut au large de Chypre et a commis un acte de piraterie coloniale. Plusieurs navires humanitaires ont été abordés par des hommes armés, et tout leur équipage enlevé en toute illégalité.
Publié précdemment :
Lundi 18 mai, la Global Sumud Flottilla a été une nouvelle fois, attaquée dans les eaux internationales. Cette fois-ci, l'armée israélienne a donné l'assaut au large de Chypre et a commis un acte de piraterie coloniale. Plusieurs navires humanitaires ont été abordés par des hommes armés, et tout leur équipage enlevé en toute illégalité.
Publié précdemment :
430 militant·es, humanitaires et journalistes de la flottille capturés ont ensuite emmené·es de force vers Israël. Les organisateurs évoquent aussi des tirs israéliens contre au moins deux bateaux, sans faire de victimes. Parmi les otages kidnappés par Israël, la docteure Margaret Connolly, qui est la sœur de la présidente irlandaise, Catherine Connolly.
Ce n'est pas tout. Pour terroriser toute l'opinion mondiale et dissuader d'autres flottilles, le ministre israélien fasciste Itamar Ben Gvir a diffusé un véritable spectacle d'humiliation et de violences contre les membres de la flottille. Sur une vidéo mise en ligne, on voit une militante frappée, des dizaines d'autres maintenu·es agenouillé·es et ligoté·es dans des positions douloureuses. Sur fond d'hymne israélien, le ministre tente de faire dire « Am Israël Hai » à un détenu entravé et annonce : « Bienvenue en enfer. Le camp d'été est terminé ».
Ces pratiques sont malheureusement courantes. Ben Gvir organise régulièrement ce genre de show fasciste dans les prisons, entouré de soldats qui débarquent dans les cellules, frappent et ligotent des détenus palestiniens, ou les empilent au sol comme du bétail. Il avait aussi enfilé une cagoule et s'était déguisé en gardien de prison, ou avait réclamé devant des prisonniers attachés qu'ils soient exécutés. Lors d'une de ces descentes en prison, organisée en octobre 2025, il expliquait devant une porte de cellule : « On leur a tout pris, mais il reste une chose : la peine de mort ».
Même le gouvernement d'extrême droite italien est choqué par les images. Il réclame la libération de ses ressortissants, « exige des excuses pour le traitement réservé à ces manifestants » et convoque l'ambassadeur israélien à Rome. Le gouvernement français, en bon paillasson, n'a pas encore réagi.
Voir les vidéos :
24.05.2026 à 08:00
SOIRÉE DE SOUTIEN POUR LE REFUGE JOSETTE ET LES PETITES BÊTES
Le samedi 20 juin, de 18h à 00h
Au Baranoux (78 rue Compans, 75019)
Activités pour les enfants, discussions, infokiosque, cantine vegan et DJ set.
PRIX LIBRE
SOIRÉE DE SOUTIEN POUR LE REFUGE JOSETTE ET LES PETITES BÊTES
Le samedi 20 juin, de 18h à 00h
Au Baranoux (78 rue Compans, 75019)
Activités pour les enfants, discussions, infokiosque, cantine vegan et DJ set.
PRIX LIBRE
🌑✨🐓 SOIRÉE DE SOUTIEN POUR LE REFUGE JOSETTE ET LES PETITES BÊTES 🌑✨🐓
Le refuge @refuge_josette_et_les_pb est un refuge antispéciste pour les animaux dits « de ferme » qui cherche trouver les fonds pour acheter un nouveau lieu et déménager bientôt. Actuellement le refuge accueille 44 personnes : cochons, poules, chèvres, entre autres 🐐🐓🐖🐑
C'est un lieu qui nous rappelle que la solidarité doit être construite en prenant compte aussi les animaux non-humains et que pour changer la société on doit faire face à tous les formes de violence et d'exploitation !
Cette soirée sera l'occasion d'en connaître plus sur la lutte antispéciste, dans un contexte convivial et animé 🍻💫✨
Au programme :
18h 💭 atelier philo et coloriage pour les enfants + 📖 infokiosque antispéciste + 💬 présentation du refuge Josette et les petites bêtes & échanges sur les refuges
19h 🍽️ cantine vegan
20h 💥 dj set avec @el0ge @yasmn.yasmine @bb.bleu666 @inesflore_
🚩 N'hésitez pas à soutenir le refuge aussi vers helloasso : https://www.helloasso.com/associations/josette-et-les-petites-betes
🗓️ Samedi 20 juin à partir de 18h
📍Le Baranoux : 78 rue Compans, 75019
💸 Prix libre

24.05.2026 à 08:00
Le 8 mai dernier, FPP a diffusé une émission spéciale en direct du stand Médias du Village antifasciste et antiraciste qui s'est tenu place du Panthéon à Paris.
Le 8 mai dernier, FPP a diffusé une émission spéciale en direct du stand Médias du Village antifasciste et antiraciste qui s'est tenu place du Panthéon à Paris.
L'occasion de donner la parole à plusieurs des organisations présentes, en direct de la mobilisation contre le défilé des néo-nazis prévu le 9 (finalement interdit).
Au micro, des camarades de Solidaires, la Horde, la Coordination féministe, l'Organisation Solidarité Trans, le syndicat étudiant Union étudiante, donnent un panorama des nombreuses raisons de continuer de se mobiliser contre l'extrême-droite en 2026.
Merci à elles-eux et rendez-vous dans les luttes !

Rubrique «À LIRE AILLEURS»