31.05.2026 à 08:00
Juin 1971, Occupation de Via Tibaldi. Moment historique du mouvement d'autoréduction italien, plus précisément des luttes de locataires et de sans-abri. Cherchant à tout prix à éviter l'autocélébration béate, Lea Melandri écrira cet article rétrospectif en septembre 1971. Elle y rapporte un certain nombre de critiques, de questionnements, vis-à-vis des contradictions matérielles qu'elle put observer dans les pratiques du mouvement.
Juin 1971, Occupation de Via Tibaldi. Moment historique du mouvement d'autoréduction italien, plus précisément des luttes de locataires et de sans-abri. Cherchant à tout prix à éviter l'autocélébration béate, Lea Melandri écrira cet article rétrospectif en septembre 1971. Elle y rapporte un certain nombre de critiques, de questionnements, vis-à-vis des contradictions matérielles qu'elle put observer dans les pratiques du mouvement.
Sans tomber dans l'hypercriticisme, mais cherchant à tout prix à éviter l'autocélébration béate, Lea Melandri écrira cet article rétrospectif en septembre 1971.
Elle y rapporte un certain nombre de critiques, de questionnements, vis-à-vis des contradictions matérielles qu'elle put observer dans les pratiques du mouvement.
Les rapports avant-garde/masse,
la reproduction des rôles sociaux,
les modes de consciences, de désirs et de besoins,
restent la trame principale de ses réflexions engagées vers le dépassement.
Marxiste critique étrangère au dogmatisme de l'époque, Melandri signe un témoignage hétérodoxe et sensible, que nous revalorisons ici.
Bien que cela puisse paraître évident, nous nous permettons de rappeler grossièrement que replacer ce texte dans le contexte idéologique de l'époque - marquée par l'obsession avant-gardiste et une certaine fétichisation de la violence - reste indispensable.
Par les thèmes politiques qui y ont été abordés et par le succès qu'elles ont connu, les occupations de maisons cette année à Milan, Via Mac Mahon et Via Tibaldi, restent le point de référence fondamental d'un type d'intervention politique qui ne reste pas isolé à l'intérieur de l'usine mais prétend s'étendre à tous les champs de la vie sociale.
Ceci ne veut pas être une évaluation politique au sens restreint, ni la chronique des luttes, mais le retour critique sur l'expérience faite grâce à la participation directe aux deux occupations.
L'intérêt de ce type d'action politique réside dans son caractère très spécifique :
a) pour le genre de personnes qu'il touche (familles prolétaires au complet, camarades organisés ou non, institutions touchées presque par hasard, etc.) ;
b) pour la durée dans le temps (quinze ou vingts jours en moyenne, compte tenu du temps de préparation et du temps d'installation des familles) ;
c) pour le type de besoin auxquels on doit faire face collectivement et qui ne sont pas seulement ceux de la gestion politique et militaire, mais ceux d'une collectivité qui se trouve dans la situation d'agir hors de son milieu quotidien, dans des conditions de malaise et de danger mais avec un but commun.
On a donc affaire à une parcelle de société, même minuscule, mise dans une situation de lutte, et pour laquelle se pose avec une évidence immédiate le problème de fond de tout processus révolutionnaire : le socialisme est-il compris comme un simple acte politique (prise de pouvoir, expropriation) ou comme la prise en main, de la part des masses, de la direction globale de la société (qui inclut nécessairement l'action violente, la prise de pouvoir, de nouveaux rapport de production, etc.)
Dans le second cas, il est modification du mode de satisfaction des besoins et d'affrontements des rapports sociaux, modification qui s'accomplit dès maintenant et qui est déterminante même pour la gestion politique et militante des luttes au sens restreint. A ne pas tenir compte de la globalité du problème politique, on court le risque de tomber dans la traditionnelle séparation des problèmes et des rapports politiques d'un côté, et des problèmes des rapports « humains » à l'intérieur de la collectivité, de l'autre.
En ce sens on peut dire que les occupations représentent une expérience très intéressante en tant qu'on y retrouve, que ce soit au niveau objectif ou subjectif, toutes les contradictions et les ambiguïtés qui caractérisent un processus de changement et de libération.
Commentant les événements de Via Tibaldi dans leur journal (n°II, 26 juin 1971), les camarades de Lotta Continua ont écrit : « Les prolétaires de Via Tibaldi ont commencé à construire un nouveau mode de vie. » « ...Ils ont été un exemple militant de communisme. » Comme le prouvent « les nouveaux rapports instaurés pendant l'occupation : l'administration directe et collective des choses, les enfants élevés et soignés collectivement, la garderie et le dispensaire rouges qui ont inclus dans leur vies des médecins et des étudiants, l'exigence de s'organiser directement, à partir des chefs de famille, dans des noyaux d'autodéfense. »
Ils concluaient : « ...Ce n'est que si nous réussissons à construire partout des moments de vie collective comme ceux-ci, dans les quartiers, dans les villages, dans les lieux où vit le prolétariat, que nous réussirons vraiment à prendre la ville, à construire des bases rouges. »
Aujourd'hui il est assez facile de souscrire à l'enthousiasme avec lequel on découvre une alternative possible, surtout quand on se sent impliqué collectivement pour la créer, mais il est aussi naïf et mystificateur de donner l'alternative (le communisme) comme un fait déjà accompli. On sait qu'un journal de lutte ne peut s'arrêter à décrire la problématique de toutes les situations dont il donne des nouvelles, que les contradictions, les ambiguïtés, les revers les plus complexes de toute action politique, sont des éléments qui font obstacle à la prise de conscience et la perturbent. Nous pensons au contraire qu'il est fondamental, aussi bien pour ceux qui ont pu seulement l'imaginer à travers les informations reçues, de noter toutes les difficultés rencontrées dans le processus de « resocialisation » amorcé à l'intérieur de la collectivité occupante. Aussi parce que de cette façon, l'alternative ne risque plus d'apparaître comme un fait magique, improvisé, je dirais presque privilégié (c'est à dire réservé à un petit nombre et dans une situation très particulière), mais comme un travail qui « se fait » ensemble, s'affrontant continuellement à une réalité faite d'habitudes et de préjugés idéologiques, visqueuses et résistante au changement. En outre, il est nécessaire qu'un triomphalisme superficiel ne vienne pas appauvrir ces contenus même par lesquels les occupations de masse ont eu un sens exemplaire.
Un bref aperçu des rapports sociaux qui se sont créés pendant les occupations nous servira à pointer quelques uns de ces thèmes politiques afin qu'ils trouvent une application plus générale.
Ceux qui ont pris part aux occupations se sont soudain trouvés avec des femmes, des enfants et d'autres parents, à devoir partager, avec d'autres familles, des immeubles encore en construction, et donc privés des services normaux. Chaque famille s'installait dans les grandes pièces vides avec à peine plus que des valises de vêtements.
Il restait donc à résoudre en commun toute une série d'autres besoins de première nécessité, à commencer par la nourriture, les matelas et les couvertures pour dormir.
Moins urgents mais non moins indispensables, étant données les conditions de malaise matériel et de tension psychologique, l'assistance médicale et les soins aux enfants, surtout au moment où les adultes étaient occupés à mener l'action. Le changement intervenu dans le rythme de vie habituel de ces familles, joint à la nouveauté de devoir affronter les besoins quotidiens sur un mode tout à fait insolite, c'est-à-dire collectivement et en comptant beaucoup sur le hasard (surtout en ce qui concernait la disponibilité d'argent pour les besoins essentiels) ne pouvaient que renforcer les rapports de dépendance vis-à-vis de l'avant-garde des camarades dont la plupart avaient pris des responsabilités dans la gestion politique et militaire de la lutte.
Ainsi, d'un côté, on faisait des affirmations d'autonomie : les prolétaires commençaient à faire par eux-mêmes, à prendre sans demander, à décider de tout ce qui concernait leur vie ; ensuite, on tombait sans prévenir, dans les formes traditionnelles de l'assistance et de la solidarité : on imagine facilement que c'était les camarades qui se déployaient dans ce rôle.
La contradiction, dont bien peu à ce moment-là semblaient s'apercevoir, apparut même dans les feuilles de lutte distribuées à cette occasion. « Le pouvoir prolétarien a fonctionné dans la maison de Via Tibaldi : tout a été mis en commun, on a organisé une distribution et une réserve gratuite. Les camarades femmes présentes ont géré une crèche. Un dispensaire a été mis sur pied avec quelques camarades médecins. » Ainsi, tous les jours, après la collecte, il y avait la distribution de la nourriture, quelquefois aussi de vêtements récoltés dans le quartier ou donnés par quelqu'un.
Même si chacun cherchait toujours à se responsabiliser un peu, ceux qui se trouvaient dans une situation d'indigence et de misère, c'est-à-dire les prolétaires, comptaient tout naturellement sur l'aide et l'initiative des camarades pour la satisfaction de leurs besoins. « Là, on avait à boire et à manger » raconte une des occupantes de Mac Mahon, même si « il y avait ceux qui n'avaient pas grand chose à manger et ceux qui en avaient beaucoup et en voulaient encore ». La dépendance accroissait donc aussi la rivalité entre les familles et l'attente à l'égard de camarades qui , si la nourriture se faisait rare, étaient nombreux à protester contre le service qui ne fonctionnait pas comme il fallait.
En disant cela, on ne veut pas culpabiliser les prolétaires mais simplement souligner combien le développement de l'autonomie requiert une implication extrême de la part de tous, pour qu'ait lieu une effective responsabilisation et la participation active de toute la collectivité.
Hormis la nourriture qui, comme besoin premier, rassemblait les contradictions les plus évidentes, même pour les autres besoins, assistance médicale, soins des enfants, on tendait à reproduire les modèles de prises en charge, ou du moins ils étaient perçus comme tels par la plupart des occupants : « des enseignants venaient… C'est eux qui apportaient les peintures, ils achetaient tout eux-mêmes... Nous avons fait une crèche. »
C'est une jeune fille du Centre social occupé à Quarto Oggiaro qui parle. Comme s'il suffisait de mettre ensemble les enfants des prolétaires et de les confier aux camarades femmes pour créer une « crèche prolétarienne » !
Il est clair que personne ne prétend mettre en crise, en l'espace d'une semaine, l'institution de la famille ou imposer une éducation non répressive des enfants ; il est pourtant possible de chercher à ne pas reconfirmer d'une manière aussi manifeste la structure autoritaire de la famille sur laquelle s'appuie le système capitaliste, en confiant aux seuls chefs de famille le droit de participer aux décisions les plus importantes et de s'unir aux camarades pour le défense militaire. Même si, pendant l'occupation de Via Tibaldi, ce sont justement les femmes qui ont par deux fois refusé énergiquement qu'on les installe dans les hospices de la municipalité, et qui ont tenu tête à la police dans les diverses opérations d'évacuation qui se sont succédées en l'espace de quelques jours. Mais Lotta Continua écrit tout de même (dans le même numéro) : « Toute l'organisation est aux mains des camarades occupants : les femmes et les enfants sont au premier étage avec les camarades femmes, tous les camarades sont en bas, devant les portes, face à face avec la garde-mobile. »
Dans l'ensemble, on avait l'impression que les « communistes » et les « filles des communistes » étaient encore vus comme ceux qui « aidaient » à avoir une maison ; C'était au moins comme ça pour une majorité, même si au cours de la lutte, on constatait une croissance politique rapide des participants et donc, aussi, la possibilité d'une plus grande soudure entre l'avant-garde et la masse.
D'autre part, parmi ces contradictions , se faisaient jours aussi des exigences et des comportements à partir desquels on pouvait comprendre qu'un changement était en train de se produire, dans la façon de concevoir la vie et les rapports sociaux.
« J'aimais être avec les camarades – commente une jeune occupante – et parler, chanter des chansons, toujours faire des réunions, parler de comment s'organiser ». La conscience politique et la volonté de lutte naissent dans ce climat de liberté d'expression retrouvée, dans la possibilité de discuter ensemble et de décider en son nom propre, sans délégation ; elles naissent surtout de la conscience que l'unité et l'organisation peuvent donner la force de modifier la réalité.
« Il faut bien être des camarades, parce que si nous nous chamaillons sans cesse, nous ne serons jamais unis comme le sont nos camarades » : c'est la remarque d'une petite fille de treize ans, cela signifie que dans certaines situations, la conscience de classe naît sans qu'il soit besoin de grandes doctrines.
Pour tous les problèmes (unité, organisation, autonomie, etc.) il faut reconnaître que l'occupation de Via Tibaldi a représenté un saut qualitatif notable par rapport à la précédente.Si on a mentionné quelques unes des principales contradictions (autonomie-dépendance dans les rapports avant-garde/masse, tendance à la prise en charge, instrumentalisation de la spécificité professionnelle, etc.) ce n'est pas que nous pensions que les occupations devraient ou pourraient réaliser un modèle déjà accompli de société communiste, mais au contraire, parce que nous pensons que la préfiguration d'une alternative communiste demande une analyse attentive des contradictions à présent énoncées, et une théorisation correcte de tous ces problèmes politiques que de nombreux camarades continuent à considérer comme étrangers à la lutte de classe.
Prenons, par exemple, le rapport avant-garde-masse, qui est celui qui crée les contradictions et les ambiguïtés majeures. La signification de ce qui suit est assez claire : avant-garde et masse sont « les pôles dialectiques d'un même procès » dont le but est la croissance de l'autonomie des masses, et la classe ouvrière reste le point de référence fondamental dans la lutte contre le capital.
Il est plus difficile d'établir la manière dont s'effectue la soudure, non seulement en ce qui concerne la direction politique au sens restreint, mais surtout dans les rapports qui s'établissent quotidiennement à l'intérieur des noyaux à l'usine, dans les quartiers, pendant les périodes de luttes, entre des « camarades bourgeois », des intellectuels et des camarades ouvriers. Il ne suffit évidemment pas de dire que les préjugés et les privilèges bourgeois ne sont pas admis et que les camarades doivent en tout point s'assimiler aux prolétaires en faisant de leurs désirs, leurs besoins et les habitudes de ceux-ci. Cette espèce de suicide moral et volontariste ne peut être autre chose qu'une nouvelle répression exercée contre eux-mêmes qui, au lieu de libérer des conditionnements bourgeois, en égrainera d'autres plus trompeurs comme par exemple le comportement de prise en charge, la culpabilisation, le victimisme, etc. En d'autres termes, cela peut vouloir dire qu'on continue à se conduire en bourgeois avec l'assurance collective de ne plus en être un.
On ne peut nier qu'il existe des conditions de vie différentes, et non seulement de vie mais de culture et de comportements entre les camarades ouvriers et les camarades étudiants, mais il est tout aussi vrai qu'aucun deux n'est libre dans ses besoins, ses désirs, ni dans les modes de les satisfaire.
La libération ne peut être autre chose qu'un chemin à faire ensemble, un long travail de refonte politique de notre histoire privée ; pour ceux qui ont joui de plus grands privilèges, mais aussi de plus grandes compromissions, le dépouillement sera probablement plus difficile et plus lent mais moins risqué qu'un mépris de soi volontariste (...)
Texte complet format PDF, ici :

Lea Melandri, enseignante, activiste, actrice de l'autonomie italienne, fut l'une des précurseuse de la « pratique de l'inconscient » dans le mouvement des femmes des années soixante-dix.
Elle dirigea le magazine L'Erba Voglio de 1971 à 1978, puis le magazine Lapis de 1987 à 1997 dans lesquels elle publia de nombreux articles.
En 2011, elle fut élue présidente de l'Université libre des femmes à Milan, où elle enseigne et qu'elle parraine depuis 1987.
31.05.2026 à 08:00
Kokopelli ne vend pas seulement des graines : l'association diffuse aussi un projet politique réactionnaire. Derrière le récit sympathique de l'association militante pour les semences libres, cette enquête documente les discours racistes, antisémites, complotistes, masculinistes et réactionnaires de ses dirigeants, leurs relais dans la fachosphère, et les pratiques commerciales et managériales qui soutiennent ce business vert.
Kokopelli ne vend pas seulement des graines : l'association diffuse aussi un projet politique réactionnaire. Derrière le récit sympathique de l'association militante pour les semences libres, cette enquête documente les discours racistes, antisémites, complotistes, masculinistes et réactionnaires de ses dirigeants, leurs relais dans la fachosphère, et les pratiques commerciales et managériales qui soutiennent ce business vert.
En introduction de cet article, les auteur·rices souhaitent poser d'emblée le cadre. Le choix a été fait, après de longues hésitations, de citer longuement les propos du fondateur de Kokopelli, Dominique Guillet, et de son fils, Ananda, aujourd'hui à la tête de l'association. Ce parti pris répond à une nécessité : face à des discours déjà publics, largement diffusés par leurs auteurs, la critique ne peut reposer que sur leur restitution précise et vérifiable. Ce texte reproduit donc volontairement des propos dont la lecture est pour le moins difficile. Il ne s'agit ni de les banaliser ni de les amplifier, mais de rendre visibles des contenus déjà là, trop souvent minimisés, niés ou ignorés. Avertissement donc : certaines citations et captures d'écran relèvent d'une violence symbolique ou explicite. Nous présentons nos excuses auprès des personnes directement concernées par ces attaques, et sommes à l'écoute de toute critique sur l'angle choisi.
Les contenus présentés, citations à l'appui, expriment des positions racistes, LGBTphobes, validistes, antisémites, sexistes, complotistes, ainsi que des imaginaires politiques réactionnaires. Notre méthode est volontairement minimale : exposition des discours, des connexions, contextualisation, et mise en relation avec des dynamiques idéologiques plus larges déjà documentées dans d'autres enquêtes antifascistes ou journalistiques.
Malgré l'existence de travaux antérieurs – que nous avons compulsés et dont nous présentons la liste exhaustive en annexe –, nous avons fait le choix d'aller à la source, afin d'actualiser et de documenter précisément les éléments présentés. Cette démarche a un coût. La lecture, la compilation et l'analyse de ces matériaux impliquent une exposition prolongée à des discours violents et toxiques.
Nous nous sommes aussi appuyés sur l'enquête parue en mars 2017 sous le titre Nous n'irons plus pointer chez Gaïa, jours de travail à Kokopelli, aux Éditions du bout de la ville. C'est un travail exhaustif, précis et situé politiquement, dont nous conseillons vivement la lecture.
Je conseille, nonobstant, à tous les illettrés antifas de se munir de très gros dictionnaires car ils risquent d'être linguistiquement “dépaysés” – si tant est que la notion de “pays” et de “paysans” évoque encore, pour eux, une quelconque signification. Tout en sachant qu'il n'est aucun dictionnaire, sur la Planète, qui puisse sauver l'âme asséchée d'un Antifa professionnel – à savoir, expert en manipulation sociale et salarié par le gang de George Soros pour semer le Chaos dans les Peuples.
Kokopelli reste, pour beaucoup, associé à un imaginaire positif : celui d'une lutte associative contre l'agro-industrie, d'un engagement pour l'autonomie semencière et des pratiques écologiques. Comme souvent, cet imaginaire fonctionne comme un écran. Lorsqu'un capital symbolique est solidement installé, la seule manière de le discuter consiste à confronter directement les imaginaires aux faits.
Dans les milieux militants les plus connectés, notamment à gauche, l'information circule : une partie des personnes actives en ligne a déjà pris globalement la mesure des propos conspirationnistes et antisémites de son fondateur, comme des réseaux d'extrême droite vers lesquels penche l'association. Mais, dès qu'on s'éloigne de ces espaces, vers des publics moins présents sur les réseaux, moins politisés, le flou demeure largement. Sur les marchés, dans les jardins, sur les stands de producteurs et dans les rayons, Kokopelli continue d'être perçue comme une petite association sympathique qui lutterait contre les multinationales de l'agro-industrie et le grand capital. La radicalité du discours, amplifiée par les procès intentés à Kokopelli, donne l'apparence d'un engagement dans les luttes sociales et installe l'idée d'une opposition frontale au système capitaliste. Pourtant, la critique du capitalisme qui s'y exprime s'inscrit bien davantage dans les thèses ultralibérales et libertariennes de l'extrême droite américaine que dans une logique d'émancipation ou de progrès social.
Kokopelli cumule deux statuts : celui d'association militante et celui d'acteur économique opérant sur le marché de la semence. Sur les étals, en Biocoop ou en ligne, les échanges entre client·es convergent : acheter des graines Kokopelli revient à accomplir un geste militant, censé soutenir une structure qui ferait « trembler » Big Semences, Monsanto et le grand capital.
L'imaginaire construit par les marques joue un rôle central dans le comportement d'achat. Il contribue par exemple à légitimer des prix plus élevés que ceux de la concurrence, ou encore à relativiser certains aspects négatifs du produit. Les semences Kokopelli traînent la réputation de ne pas toujours bien pousser, les jardinier·es témoignent d'expériences qui peuvent sensiblement varier selon les lots, notamment en matière de taux de germination. Dès lors que l'achat est perçu comme un soutien, et que s'impose l'image d'une structure associative et militante, aux moyens limités et opposée aux logiques industrielles, ces éléments passent au second plan, voire contribuent à renforcer le symbole. Ce qui compte réside autant dans la valeur symbolique de l'acte d'achat que dans le produit lui-même.
Plusieurs articles critiques, portant sur le fonctionnement de la structure, son discours et les positions de Dominique Guillet, son fondateur, ont été publiés, parfois retirés après des menaces de poursuites et un procès pour diffamation – perdu par l'association. Dès 2008, certains s'intéressent déjà à l'arrière-boutique de Kokopelli et à son catalogue de semences « dont une grande partie est également disponible chez d'autres semenciers ». Les premières alertes sur les dérives idéologiques du fondateur apparaissent au milieu des années 2010, notamment sur des sites militants. De 2018 à 2020, près d'une dizaine d'articles reviennent sur ses prises de position de plus en plus explicites. Plus récemment, l'enquête Nous n'irons plus pointer chez Gaia, nourrie des expériences de salarié·es de la structure, a apporté un regard de l'intérieur. L'écart entre ce qui est documenté depuis de longues années et l'imaginaire public construit autour de Kokopelli reste pourtant abyssal.

Pour comprendre, il faut partir de Dominique Guillet. Non parce qu'il serait le fondateur et toujours la figure tutélaire de Kokopelli, mais parce qu'il élabore, depuis des décennies, la matrice idéologique de l'association.
En juin 2018, Kokopelli annonce le départ de Dominique Guillet de la présidence de l'association : « Il souhaite s'envoler vers de nouvelles aventures toujours plus militantes et médicinales ». Présenté comme une nécessité, dans un billet signé par Ananda Guillet, ce retrait permettrait à Dominique Guillet de « libérer sa parole et ses actions, sans engager Kokopelli ». Il s'agirait ainsi de « protéger l'association », car ses écrits « lèveraient des rideaux de fumée sur des sujets plus que brûlants ».Le « guerrier gaïen » Xochi, alias Dominique Guillet, présente sur son site internet xochipelli cette séparation en ces termes : « Je reprends ma liberté de parole – une liberté intégrale, à savoir non assujettie à des réserves, contingences et autres révérences obligées ». Dans le même mouvement, Ananda Guillet invite « ceux que ces sujets intéressent » à se rendre sur les blogs de son père pour y découvrir « des articles qui résonnent comme des tambours dans l'esprit du lecteur attentif qui n'a pas peur de remettre en question les croyances établies ». Se faisant prudent, Ananda décline « toute responsabilité » et précise que les articles « n'engagent que Xochi ».
Parmi les missions revendiquées officiellement par l'association, il en est une qualifiée « d'essentielle », celle de « lanceur d'alerte menée par Dominique Guillet ». Ce serait cette mission qui donnerait « un sens réel au travail quotidien de Kokopelli ». Une mise en avant qui contredit frontalement la ligne de défense selon laquelle les textes publiés par Xochi n'engageraient que lui, alors qu'ils sont bien au contraire valorisés et assumés comme une composante centrale de l'activité de l'association.

Le réseau de structures liées à Ananda Guillet sur Papers.
Cette dissociation est explicitement revendiquée comme un mécanisme de protection de l'association, il s'agit d'une séparation stratégique, pas idéologique. Elle permet de maintenir deux registres distincts et complémentaires : d'un côté la vitrine Kokopelli, calibrée pour rester fréquentable dans le milieu alter, de l'autre des supports personnels où le fondateur peut produire un discours beaucoup plus explicite, violent et idéologiquement situé… Très à droite.
« [...] il nous paraîtrait même indispensable d'analyser les diverses théologies de l'annihilation qui prévalent depuis 2000 ans. Cela dépasse le cadre de ce communiqué et nous ne voudrions pas effaroucher encore plus certaines âmes sensibles ! Pour ceux que ce sujet intéresse, un certain nombre d'essais sont présentés sur le site personnel de Dominique Guillet qui n'engagent que lui. »
https://blog.kokopelli-semences.fr/
Les « rideaux de fumée » évoqués par Ananda Guillet ne renvoient donc pas seulement aux complots millénaires que son père prétend dévoiler. Ils organisent aussi une frontière fonctionnelle entre deux registres discursifs. Pour un clan qui adosse plusieurs structures commerciales, notamment une activité de production et de vente de semences, à une association à but non lucratif, assumée comme « familiale », cette prudence éditoriale semble relever d'une logique purement marketing. Il s'agirait de calibrer le discours public pour ne pas s'aliéner une partie de la clientèle qui choisit Kokopelli au nom d'une cause jugée légitime. Mieux encore, cette dissociation permet de capter des audiences différentes sans les contraindre à assumer le même niveau d'adhésion idéologique.
« Les perpétrateurs du mal social oeuvrent à l'encontre de l'espèce humaine et de l'unité symbiotique de la vie planétaire. Avec leur scénario de fin de partie, qui est en train d'émerger dans le monde entier, ils conspirent en toute démence pour décimer la race humaine. L'eugénisme est leur signature, la bureaucratie est leur couverture. Dans leur démence, ils se considèrent comme une race spéciale jouissant du privilège d'asservir l'humanité ou de l'annihiler »
https://xochipelli.fr/produit/la-chasse-aux-predateurs-est-ouverte/
Au fil de l'analyse des écrits de Dominique Guillet, une formule s'impose au lecteur par sa récurrence : « La chasse aux prédateurs est ouverte ». Cette insistance suggère qu'il ne s'agit pas d'une simple image, mais d'un élément central de son récit. Pour en comprendre l'origine, il faut se tourner vers l'ouvrage éponyme auquel Guillet se réfère, écrit par l'auteur John Lamb Lash. Ce livre n'est pas extérieur à l'univers de Guillet puisqu'il en est le traducteur en français, en assure l'édition, et le diffuse sur son site Xochipelli.
Ce récit pseudo-historique, de nature ésotérique et mythologique, est présenté comme une interprétation du réel à prétention explicative globale. Il nous renvoie aux confins du Moyen-Orient, il y a environ 2 700 ans. Dans cette trame de l'espace-temps, des entités extraterrestres, les « Xenosh », auraient choisi un peuple pour y introduire un virus capable de modifier son patrimoine génétique et de le transformer en une espèce intrinsèquement prédatrice. Cette transformation se serait ensuite transmise à l'ensemble de leur descendance, au fil des millénaires, jusqu'à aujourd'hui.
Ce dispositif fictionnel sert à naturaliser une idée centrale : la transformation d'un groupe humain en entité homogène, définie comme intrinsèquement prédatrice, corrompue et hostile au reste de l'humanité. L'histoire devient alors une succession de manipulations, de complots et de violences, dans un seul but : l'éradication de l'espèce humaine. Et, en premier lieu, de la « race blanche ».
Sur ses blogs, au fil de centaines de pages couvrant un vaste éventail de sujets, Dominique Guillet pointe inlassablement l'ennemi, les « psychopathes en contrôle, que d'aucuns, en tout euphémisme, qualifient de Système ou de Matrice car ils n'osent pas les nommer ». Tour à tour désignés par Guillet comme Xenosh, Tzaddiks, Zaddikims, Suprêmes, Parfaits, Justes, la race maîtresse, le Peuple Élu, les Juifs nec plus ultra.
La thèse développée par Dominique Guillet relève d'un double registre : une opacité volontaire dans la forme, et une extrême simplicité dans le fond. Sous un vernis ésotérique confus, accumulant références pseudo-spirituelles, kabbalistiques, bibliques et New Age, bricolages narratifs et vocabulaire cryptique, son récit repose sur un schéma antisémite classique, identifiable sans ambiguïté : désignation d'un ennemi intérieur, homogénéisation d'une population, attribution d'un pouvoir occulte global et explication totalisante de l'histoire par le complot juif.
Ce cadre narratif ne produit rien de neuf. La déclinaison contemporaine autour de la « Plandémie de CoYID19 » – mot-valise forgé par Dominique Guillet à partir de Covid et Yiddish – s'inscrit dans une continuité historique. Elle réactive des tropes antisémites bien connus, notamment ceux des accusations d'empoisonnement de puits lors des épidémies de peste noire médiévales. L'ajout d'extraterrestres en guest star ne change rien au fond ; il ne fait qu'actualiser le récit dans un corpus New Age.

Compte x de Dominique Guillet
L'antisémitisme n'est pas ici un élément parmi d'autres ; il tient une place structurelle. Il est significatif qu'un auteur tel qu'Ezra Pound, militant fasciste engagé dans l'Italie de la Seconde Guerre mondiale, occupe une place centrale parmi les références de Dominique Guillet. Il ne se limite pas à en revendiquer l'œuvre poétique, notamment Les Cantos, dont il reprend le titre pour ses propres textes à tonalité ésotérico-fasciste à la gloire de Kémi Seba ou de Dieudonné, il en mobilise également les citations explicitement antisémites.

Compte x de Dominique Guillet
Que l'on se comprenne bien : il ne s'agit pas ici de quelques propos marginaux disséminés dans des recoins obscurs. Lorsqu'il ne promeut pas sur le site de Kokopelli des élucubrations sur les prétendues vertus médicinales de l'Artemisia, Dominique Guillet déploie des pages entières de haine brute à l'encontre des « clanneries judéo-bolchéviques », de la « Jewstice » et de la « Jewrope » — en écho direct au concept de « Jewnited States of America » d'Ezra Pound. N'est pas épargné non plus « le rabbin séculaire Karl Marx à la peau lézardée », et plus globalement le communisme décrit comme « mutation virale et démence implantée par le gang de Melchisédech ».

Compte X de Dominique Guillet
Sur son canal Telegram Brigades Anti-Graphène, Dominique Guillet dénonce tous les éléments du complot : « la fausse pandémie covidienne », « l'imposition d'une dictature sanitaire », « le génocide vaccinal au parfum de graphène », « la contamination généralisée de toute la biosphère par des nanoparticules métalliques », « la 5G en tant qu'arme biologique », « l'orchestration d'une famine universelle », « la destruction de l'agriculture et de l'élevage », « l'alimentation à base d'insectes ». Entre une multitude de partages du blog d'Alain Soral, il fustige aussi « le culte de Darwin », « le dogme pasteurien », « les chemtrails » et « l'arnaque du réchauffement climatique ».
« Les vaccins, actuellement sur le marché, sont farcis, littéralement, de tous les poisons possibles et imaginables : de la variole de vache, de l'aluminium, du hamster chimérique, de l'ADN de fœtus de poulet, de l'ADN de fœtus humain, de l'ADN de souris leucémique, des antibiotiques, des acaricides, des métabolites de la morphine, du carbure de tungstène, du Viagra, des herbicides, des antiépileptiques, un médicament anti-VIH, de l'Atovaquone, etc, etc, ad nauseam. »
Xochi, https://blog.kokopelli-semences.fr/
L'antivaccinisme de Guillet s'inscrit pleinement dans cette matrice antisémite. La « plandémie de CoYID19 » et la campagne de vaccination y sont présentées comme un « génocide goyim ». Plus largement, l'ensemble des thèmes qu'il mobilise est intégré dans un même récit totalisant, où chaque enjeu social devient un élément constitutif du complot génocidaire global.
Les autres thèmes traités, issus des dernières paniques morales en tendance dans la fachosphère, s'articulent de manière tout aussi cohérente. L'homosexualité serait une « coquetterie culturelle et une impasse biologique », la « prétendue libération des minorités LGBTQIA+, gigantesque duperie [...] pour préparer la conscience publique à la procréation artificielle ». Cette « minorité hystérique créée ex nihilo par les Globalistes, qui met en danger la salubrité publique des Peuples », devrait être selon lui « socialement réinitialisée pour la survie de la Communauté ». Filant la métaphore semencière, il définit les personnes trans comme une « minorité statistiquement inexistante » de « transgenres F1, chimères biologiques [...] duperie grandiose des gangs transhumanistes » dont l'unique objectif serait « l'hybridation entre l'organique et l'inorganique ». Il étend enfin ce schéma explicatif en associant « transgenrisme » et autisme à des « pathologies » qu'il attribue à la présence de « nanoparticules de graphène dans les vaccins ».
Le féminisme est tour à tour présenté comme une « croisade de la presse à la solde de Drahi soutenue par les ONG de l'opposition contrôlée », « un écran de fumée pour cacher le génocide et le refroidissement global », complot de la « fondation Rockefeller pour mettre les femmes dans les usines et les enfants dans les centres de lobotimisation et d'éducastration dès la naissance ». Évoquant « l'escroquerie du concept de libération des femmes », Dominique Guillet les renvoie à la « fertilité de la mère animale planétaire », quand le rôle des hommes serait de « défendre la tribu ». Ananda Guillet affirme, lui, que le « féminin et le masculin sont anéantis insidieusement dès le plus jeune âge » et invite à nous « reconnecter à notre énergie vitale et fertile ».
Dominique Guillet reprend à son compte la thèse raciste et antisémite du grand remplacement, qu'il définit comme « l'annihilation des Ethnos blancs orchestrée depuis deux mille ans par la race maitresse, la destruction programmée par les Sionistes et Néo-Sionistes des Peuples d'Europa au travers d'un métissage intégral ». Au fait de l'actualité de la suprématie blanche la plus décomplexée, il y allie son ésotérisme New Age ; depuis l'Oregon, il poste la photo d'une fleur blanche, accompagnée d'un message tout à fait explicite : « Le cœur de Gaïa aime aussi le blanc, Because White Life Matters ! ».

« Depuis 2700 années, le Sionisme a pour objectif fondamental l'annihilation de tous les Peuples et Ethnies de la Planète Terre. Cette annihilation est réalisée tant par un génocide physique que culturel. Et le génocide culturel, depuis quelques siècles, va bon train tel qu'il est orchestré par la pseudo-lutte des classes du Rabbin Marx, le communautarisme sous toutes couleurs et nuances et trans-nuances LGBT »
Dominique Guillet, https://xochipelli.fr
L'antisémitisme apparaît dans sa forme la plus décomplexée et ouvertement génocidaire lorsqu'il relaie The Gentiane Initiative, projet lancé par son mentor John Lamb Lash. Dans deux tweets datant d'avril 2026, Lamb Lash décrit ce projet comme une « version bienveillante de la solution finale pour la juiverie internationale ». Il y propose une « mise en quarantaine volontaire » des juifs, leur retrait total de la vie publique des « nations goy », et prévoit pour les opposants de violentes formes d'exclusion sociale. John Lamb Lash anticipe l'accusation d'antisémitisme, il explique que « dans la vie, certaines personnes sont leurs pires ennemis » et que « parmi les races de l'espèce humaine, l'une d'elles s'est avérée être telle ». Guillet, lui, ne peut pas être antisémite, reprenant la formule consacrée de tous les racistes du monde, il écrit sur son blog qu'il a des amis « même chez les juifs ».
Cette adhésion à des thèses nazies et génocidaires, ne relève pas d'un dérapage isolé. Elle s'inscrit dans un cadre idéologique où se combinent de manière cohérente des motifs suprémacistes, antisémites, racistes, eugénistes et validistes que Dominique Guillet élabore et diffuse depuis des années, notamment en traduisant et en publiant les œuvres complètes de John Lamb Lash.

Compte X de Dominique Guillet
Ananda Guillet, le nouveau président de Kokopelli, ne se confond pas purement et simplement avec son père. Son rôle n'en est pas moins central. Là où Dominique Guillet formule le complotisme le plus frontal, Ananda Guillet opère davantage comme interface. Il lisse et euphémise, il circule aussi bien dans le monde de la permaculture que dans la fachosphère, sans en reprendre les formulations les plus directement compromettantes. Mais sans pour autant la moindre pudeur à s'afficher avec la mouvance la plus radicale. À l'inverse de son père, Ananda Guillet joue le jeu des relais et des logiques de légitimation mutuelles, indispensables à la production et à la circulation du capital symbolique.
Il le dit lui-même : il est une personne à part entière, il n'est pas son père. Cette prise de distance ne rompt pas la continuité politique. Dominique produit un noyau idéologique suprémaciste et génocidaire ; Ananda élabore un récit moins radical, plus audible, plus compatible avec des publics élargis.
En juillet 2016, quelques jours après l'attentat de Nice, Ananda Guillet évoque le drame sur Facebook. Il feint de s'étonner qu'un camion de « 38 tonnes (sic) puisse circuler en centre-ville un 14 juillet sans rencontrer la moindre embûche (sic) ». Il revient aussi sur la prise d'otages de l'Hyper Cacher, dont le déroulement des faits lui semble incohérent. Dans le même message, il mentionne la fuite des frères Kouachi après l'attaque de Charlie Hebdo, « sans rencontrer un seul bouchon de circulation ». Sûrement un complot des feux de circulation.
Ananda Guillet sait manier le procédé complotiste récurrent consistant à isoler des éléments présentés comme incohérents pour suggérer, sans l'énoncer frontalement, l'existence d'une orchestration cachée derrière les faits établis.
Ce registre trouve un prolongement non équivoque chez Dominique Guillet. Celui-ci décrit l'attentat contre Charlie Hebdo comme « l'opération psychologique spéciale intitulée Nous sommes Charlie », et affirme qu'Amedy Coulibaly n'était « pas du tout le preneur d'otage » de l'Hyper Cacher, le présentant comme s'enfuyant menotté avant d'être abattu. « Des actes terroristes orchestrés par Qui ? », la formule est posée telle quelle par Dominique Guillet, en écho direct au « Qui ? », l'expression, devenue un mème de la nazisphère, employée par le général putschiste Delawarde sur Cnews pour désigner les juifs.

Compte X d'Ananda Guillet
Au sujet du 11 septembre 2001, si Dominique Guillet affirme que les tours ont été détruites par une technologie à « énergie dirigée », son fils, se prévalant d'une soi-disant expérience de pilote, explique qu'un avion ne peut pas voler à basse altitude sans se disloquer, que la manœuvre consistant à percuter une tour avec un avion de ligne est impossible et que, de toute façon, un tel impact ne pourrait entraîner son effondrement. Il assure ne pas poser des « questions conspirationnistes », mais des « questions simples et bien palpables ». Pourtant, il puise explicitement dans les thèses de Thierry Meyssan, l'auteur de L'Effroyable Imposture et fondateur du site d'extrême droite Boulevard Voltaire, qu'il décrit comme un « journaliste d'investigation qui risque sa vie pour la vérité ».
Quand Dominique Guillet clame que le réchauffement climatique « est une arnaque » et que nous rentrons « dans une phase de refroidissement planétaire », son fils adopte un déni plus élaboré mais non moins radical. Selon lui, ceux qui « nous bassinent avec le réchauffement climatique » inverseraient la relation de cause à effet. Le réchauffement ne serait pas lié aux émissions de carbone de l'extractivisme capitaliste, mais à de mauvaises pratiques agricoles responsables de la mort des sols et, à terme, de la formation de zones désertiques qui elles-mêmes seraient la source du réchauffement climatique, car « si tu veux, à un moment, quand tu crées un désert, ça se réchauffe ». Sic.

Autocollant en vente sur le site Kokopelli
En juin 2018, le professeur Henri Joyeux, militant homophobe anti-IVG, est invité au Mas d'Azil dans le cadre des Tambours de Gaïa, festival organisé par Kokopelli. Une manifestation réunissant plusieurs dizaines de personnes, militant.e.s féministes et antifascistes, va troubler le silence des pantoufles des festivaliers et la quiétude des bottes des organisateurs. Dès le lendemain, Dominique Guillet donne sa clé explicative : « Tous les groupuscules et ONG d'antis-quelque chose, financés par le gang de George Soros, […] sont des fakes et des idiots utiles du Système qu'ils pensent dénoncer ». Ce récit victimaire, construit de longue date par le fondateur de Kokopelli, est le socle de la communication de l'association. Il oppose un nous persécuté à des adversaires, supposément fabriqués ou manipulés par un système incarné par « Soros, Gates ou Rockefeller ». Dans la bouche d'Ananda, les critiques deviennent des « chiens de garde du système qui aboient dès qu'on parle d'un modèle un peu différent ». Sur le blog de l'association, les manifestant·es sont disqualifié·es comme des « extrémistes violents », accusés de servir, à leur insu, les intérêts de « l'agro-industrie et du pouvoir médical, celui-là même qui a radié Henri Joyeux de l'Ordre des médecins ». Rappelons que si l'homophobie revendiquée de ce dernier ne semble pas avoir posé de problème au Conseil national de l'ordre des médecins, ses positions antivax ont entraîné son interdiction d'exercer la médecine pendant deux ans.



Festival les tambours de gaia. Blog de Kokopelli.
Le blog de l'association consacre une large place aux vertus médicinales des plantes dont elle commercialise les semences. Cette orientation commerciale se retrouve dans la campagne « Cultivons-nous pour la libération des plantes médicinales », qui consiste à offrir, pour chaque commande, un sachet de semences d'une plante mise en vedette pour ses soi-disant vertus. Dans le texte de présentation de ces campagnes promotionnelles, Kokopelli oppose les « savoirs ancestraux » et les « médecines traditionnelles » aux « molécules de synthèse » et aux technologies modernes, décrites comme coûteuses, dangereuses et inefficaces. Son président affirme que l'agro-industrie vend, dans un même mouvement, les produits qui rendent malades et les médicaments destinés à soigner : « la boucle est bouclée ».
Dans une vidéo publiée en novembre 2020 sur la page Facebook de l'association, surfant sur la vague de mode lancée par les milieux antivax autour de l'Artemisia annua, Ananda Guillet décrit cette plante comme dotée de « vertus médicinales puissantes », capable de guérir « le paludisme, la grippe, diverses maladies infectieuses et même certains cancers ». C'est évidemment faux. Les allégations thérapeutiques laissent ensuite la place au ressort complotiste : il soutient que l'usage thérapeutique de l'Artemisia serait interdit, en raison des enjeux économiques liés au paludisme, évoquant « un marché d'ampleur pour le cartel pharmaceutique ». En réalité, ce n'est pas l'usage de la plante, thérapeutique ou non, qui est interdit, mais sa commercialisation avec des allégations thérapeutiques. Détails croustillants : Kokopelli commercialise toujours des graines d'Artemisia ; les allégations thérapeutiques sont toujours en ligne.

Ananda Guillet, capture d'écran d'une vidéo
de la campagne Cultivons-nous, Artemisia annua
Précisons que l'Organisation Mondiale de la Santé (Organisation du Massacre Sanitaire, selon Dominique Guillet) ne recommande pas l'utilisation de l'Artemisia sous des formes non pharmaceutiques pour le traitement ou la prévention du paludisme. Cette position repose sur l'absence de dosage fiable, condition nécessaire pour établir une efficacité, ainsi que sur le risque de favoriser l'émergence de résistances parasitaires en exposant les agents pathogènes à des concentrations insuffisantes, un risque majeur à l'échelle collective.
Sur les sujets de la santé, Dominique Guillet relaie, quant à lui, des thèses complotistes plus radicales. Selon lui, les « virus pathogènes n'existent pas ». Il élabore en lieu et place des thèses essentialisantes et vitalistes : « la mission de tout être humain, qui se respecte, c'est de guérir la Nature, en lui, qui est perpétuellement assaillie par les vecteurs génocidaires de la Techno-Culture Transhumaniste ».
Cette idée ne relève pas de la simple métaphore. Elle traduit une vision essentialiste dans laquelle l'humain est pensé comme porteur d'une essence originelle harmonieuse, altérée par des forces extérieures : modernité, science, institutions, transformations sociales. La guérison devient alors un processus de réalignement avec un ordre supposé naturel. L'ordre naturel auquel se réfère Dominique Guillet ne se limite pas à la santé ou à l'écologie : il procède du même mécanisme de naturalisation organiciste déjà à l'œuvre dans son récit et de matrice pour légitimer un ordre étendu aux rapports sociaux.
C'est par le prisme de la mouvance antivax réactivée et étoffée avec la pandémie de Covid qu'Ananda Guillet a émergé sur les réseaux sociaux, notamment lors du mouvement des agriculteurs mené par la Coordination rurale lors de la crise de la dermatose nodulaire contagieuse qui a affecté les élevages bovins pendant l'hiver 2025-2026. Déjà, en pleine crise sanitaire, à l'été 2021, alors que les manifestations menées par les réseaux d'extrême droite se multiplient, Kokopelli lance un appel à participer. Quatre ans plus tard, en décembre 2025, sur Tocsin, média complotiste qui s'est lancé en surfant sur le covido-négationnisme et l'antivaccinisme, le président de Kokopelli se fait lucide malgré lui : « C'est une période semblable à la période Covid. C'est le même non-sens : on reprend les mêmes et on recommence le même délire ».
Il est vrai qu'Ananda Guillet s'était déjà fait remarquer par la reprise des élucubrations de Didier Raoult au printemps 2020 avant de relayer un article sur la « vaccination généralisée » qui serait « utilisée comme plateforme pour l'identité numérique via l'implantation de puces électroniques ». Au fil de ses publications et de ses interviews, Ananda Guillet dénonce pêle-mêle la « dictature sanitaire », le « totalitarisme » et les « autorités médicales qui n'ont aucun scrupule à piquer des nouveau-nés avec un cocktail de dizaines de vaccins ».
La veille du confinement, alors que le monde était plongé dans le chaos de la première vague, l'association publie une tribune sur Facebook. Elle y affirme « ne pas prendre la situation à la légère », tout en inscrivant la pandémie dans un récit conspirationniste, évoquant « une période de remaniement de l'échiquier mondial orchestrée par des autoproclamés maîtres de ce monde », présentés comme « prêts à tous les sacrifices pour ne pas perdre le contrôle ». Les esprits ainsi bien préparés, installés dans l'idée d'un affrontement global où l'adversaire n'aurait aucune limite, le texte enchaîne : « Faire son jardin va devenir une question de survie ». Heureusement, à cette perspective menaçante succède une précision rassurante : « Les commandes sont préparées et les sachets ensachés ».
L'association n'arrête pas son activité. Ananda Guillet assume ce choix et explique avoir instauré des mesures sanitaires minimales « pour dire à l'inspecteur du travail on a fait quelque chose », afin de « survivre au niveau légal et pas sanitaire parce qu'au niveau sanitaire tout allait bien ». Il refuse d'appliquer au sein de Kokopelli le port du « masque au graphène » qu'il décrit comme une mesure « vraiment dramatique ».
Au printemps 2020, le pic de l'épidémie coïncide avec celui de l'activité de Kokopelli – « le mois de mars, c'est le pic de notre activité », rappelle-t-il. Il confiera que le confinement fut une phase de prospérité exceptionnelle, marquée par un afflux massif de commandes, certains clients constituant « des stocks de graines pour des siècles ». Rappelons la très paradoxale mission première de l'association : la diffusion de semences reproductibles, qu'elle doit revendre chaque année à ses fidèles clients pour continuer à survivre !

Miniature de la chaine Youtube le média en 442
Kokopelli accueille en 2021 les équipes du Média en 4-4-2 au Mas d'Azil pour le tournage d'un documentaire panégyrique consacré à l'association, à ses employé·es et à son président, présenté·es comme « des femmes et des hommes de la résistance ». Ce traitement, 4-4-2 ne le réserve qu'à peu de figures de la même sphère, parmi lesquelles le gourou du crû Thierry Casasnovas, récipiendaire de la Quenelle d'Or, remise en main propre par Dieudonné M'Bala M'Bala. 4-4-2 n'est pas un simple média alternatif : c'est l'un des canaux majeurs issus de la recomposition conspirationniste des premières années Covid, avec des proximités explicites avec Alain Soral. Marcel D, le fondateur et principal animateur de la chaîne, n'est autre que Christophe Jacques-Sébastien, un autoentrepreneur rémunéré depuis plusieurs années par Égalité et Réconciliation.
Ananda Guillet ne rechigne pas à apparaître à plusieurs reprises dans ce média, où l'on évoque à propos de la pandémie « un complot de l'État profond, des Juifs et des francs-maçons ». Là encore, rien n'est implicite : ces propos sont publics, revendiqués, et constituent le cœur même de la ligne éditoriale.
En 2025, avec la crise de la dermatose nodulaire contagieuse, Ananda Guillet est propulsé sur X lors d'un live par Idriss Aberkane. Sur le terrain, il s'affiche aux côtés de la Coordination rurale et de Pierre-Guillaume Mercadal, éleveur de porcs dans le Tarn et ancien secrétaire général du syndicat agricole d'extrême droite en Occitanie, condamné pour avoir déposé la dépouille d'un porc sur le bureau du maire de sa commune.

Pierre-Yves Mercadal et Ananda Guillet
À rebours des revendications de la Coordination rurale, Ananda Guillet s'agrège à une mobilisation portée par un collectif d'éleveurs, Paysans LIBRe, opposés à la vaccination obligatoire. Ce groupe s'inscrit dans des réseaux déjà structurés autour des thèses covido-négationnistes et se signale par des proximités avec Dieudonné M'Bala M'Bala. Il est propulsé par des collectifs complotistes antivax et des personnalités d'extrême droite qui ont émergé en 2020 : Bon Sens, fondé par Xavier Azalbert et Carlo Brusa, 442, Verity France, Louis Fouché, Christian Perronne, Nicolas Vidal, Alexis Poulin, Silvano Trotta…
Repéré en si bonne compagnie par le média Tocsin – qui navigue entre intégrisme catholique, complotisme, antisémitisme et références fascisantes –, Ananda Guillet devient un habitué de l'antenne, mobilisé comme expert des questions agricoles, notamment dans la matinale animée par une ancienne voix de Radio Courtoisie. Là encore, la ligne éditoriale est explicite : discours sur une prétendue « haine anti-blancs », rhétorique de la « plandémie », fantasmes de complot « LGBT pédo-sataniste », trumpisme revendiqué et relais réguliers de narratifs pro-Kremlin. Pourtant, rien dans cet environnement ne semble freiner le rapprochement. L'association Kokopelli ira jusqu'à formaliser cette collaboration en mettant à disposition son vidéaste, dont les images seront diffusées en direct sur la chaîne YouTube du média lors d'une action contre une campagne de vaccination d'un troupeau appartenant à un des éleveurs du collectif Paysans LIBRe.
Dans un autre registre, Ananda Guillet revendique sa proximité de vues avec Greg Tabibian, figure de TV Libertés, chaine Youtube fondée par Martial Bild, ancien cadre du Front national et dirigée par Philippe Milliau, ancien dirigeant du Bloc identitaire. Le président de Kokopelli relaie une vidéo dans laquelle cet « humoriste » affirme que le fraîchement élu Bally Bagayoko jouerait du « communautarisme » pour masquer qu'il serait déjà en train de « trahir ses électeurs comme la plus grosse pute sépharade du Parti socialiste ». Cette sortie est précédée de quarante minutes de développements pour expliquer que l'usage sur CNews des termes « grands singes » ou « tribus » à propos du nouveau maire de Saint-Denis ne serait pas raciste. Ananda Guillet confie que Tabibian tient « les propos les plus antiracistes qu'il lui ait été donné d'entendre depuis longtemps ». Ce qui laisse présager de l'écosystème dans lequel il se nourrit... depuis longtemps.
C'est encore sur Tocsin qu'Ananda Guillet intervient dans une co-interview avec Piero San Giorgio. Cet influenceur survivaliste a notamment encadré des stages commando Prenons le maquis organisés par une SARL majoritairement détenue par Alain Soral. Dans un entretien avec Daniel Conversano, San Giorgio affirme que notre « nature d'Européen, c'est d'être un Waffen-SS ». Il ajoute : « On sauve les malades, les handicapés, tout ce qu'on veut. Très bien, ça donne bonne conscience, mais c'est pas comme ça que tu bâtis une civilisation, c'est comme ça que tu la détruis ».
Il est toujours possible de supposer que le président de Kokopelli ignorerait tout des positions des militants avec qui il collabore, comme il ignorerait la logorrhée suprémaciste, raciste, antisémite et LGBTphobe de son père lorsqu'il renvoie les lecteur·rices du blog de l'association vers son site. Mais cette hypothèse ne résiste ni au corpus idéologique qu'il dévoile, ni à la répétition des convergences, des invitations et des relais. Si l'adhésion aux thèses les plus radicales n'est pas directe, son silence sur celles-ci, comme la teneur de son discours, rentrent assez en résonance avec les objectifs des fascistes pour qu'il soit reconnu comme compatible et invité avec régularité.

Les dirigeants de Kokopelli se mettent en scène en « chevaliers du Vivant » pour l'un, en « guerrier Gaïen » pour l'autre. Cette imagerie ne relève pas d'un simple folklore ridicule. Elle s'inscrit dans une construction cohérente, nourrie et amplifiée par des canaux de la fachosphère et par les logiques propres à l'économie de l'attention. Pour capter et entretenir leur audience, ces chaînes doivent produire en continu des contenus susceptibles de générer des vues. Leur économie dépend directement des grandes plateformes : revenus publicitaires indexés sur le volume de visionnage, complétés parfois par des abonnements, des dons, du financement participatif et, à la marge, des produits dérivés. Il n'y a pas de revenus stabilisés : la rémunération dépend de l'attention captée, jour après jour.
La visibilité elle-même est conditionnée par des systèmes de recommandation qui privilégient les contenus générant engagement et durée de visionnage : réactions fortes, commentaires, conflictualité, anxiété. La production de contenu est donc contrainte par cette logique : maintenir un niveau élevé d'intensité pour rester visible ; ce qui engendre une escalade rhétorique structurelle.
La fachosphère est constituée d'individus, auto-entrepreneurs et d'organisations qui, bien que non nécessairement coordonnés de manière formelle, créent et partagent des espaces communs pour promouvoir leurs visions, stratégies et objectifs respectifs. Même s'ils peuvent parfois être en contradiction et en concurrence, ils restent reliés par des dynamiques de rejet de la modernité, du progressisme et des luttes émancipatrices ; mais également par la nécessité de se légitimer mutuellement et de croiser le flux de leurs communautés ; car ne l'oublions pas, les joueurs de flûte ont tous un commerce à faire tourner.
Le segment complotiste antivax de la fachosphère se caractérise par une forte cohérence interne : mêmes récits, mêmes figures, relais permanents entre comptes et organisations. Il est ainsi capable de se mobiliser rapidement et de générer des flux financiers importants, notamment via les cagnottes en ligne. En avril 2026, propulsés par les comptes de la complosphère d'extrême droite, les appels de Kyria, agricultrice et militante réactionnaire New Age antivax, ont permis de lever plus de 300 000 € en 72 heures sur une plateforme nord-américaine, connue pour héberger les appels à dons de suprémacistes et de nazis.
Chez Marcel D., Kokopelli est « l'association qui aurait mis les « multinationales en slip », sur Tocsin « l'ennemi numéro 1 du monde agrochimique ». Ce cadrage installe un récit de confrontation permanente, propice à susciter l'adhésion, par sa radicalité et son efficacité. L'imaginaire déroulé par les Guillet repose sur une mise en tension continue. Il mobilise un lexique de guerre et d'urgence répété encore et encore : « Ils nous empoisonnent », « état de siège », « guerre civile », « la loi qui va détruire vos potagers », « guérilla », « résistance », « éradication », « opération de soumission », « stérilisation de populations entières », etc.
Cette construction narrative produit une économie de l'affect qui consiste à susciter la peur, organiser le sentiment d'encerclement et structurer l'adhésion autour d'un clivage identitaire. Dès lors, ceux qui prétendent dévoiler les ressorts cachés du conflit peuvent s'imposer en interprètes légitimes, voire comme porte-parole naturels d'un nous fictif.
Cette économie de l'affect transforme une pratique de loisir ou de subsistance en geste symbolique chargé d'une conflictualité totale. Plus le récit est saturé de menaces, plus l'acte d'achat prend de la valeur symbolique. On observe un processus de conversion symétrique : le consommateur devient sujet militant, le militant un objet consommateur. L'achat devient une preuve de lucidité, un marqueur d'appartenance. Il s'accompagne d'une exposition croissante à des contenus d'extrême droite, au sein d'écosystèmes numériques structurés et amplifiés par les algorithmes.
L'essentiel des ventes de graines se réalise via le site internet. Ananda Guillet a parfaitement intégré les attentes du consommateur façonnées par le commerce en ligne : rapidité d'expédition, disponibilité immédiate, fluidité des commandes. À l'image de l'association militante se superpose une organisation logistique alignée sur les standards d'Amazon : catalogue extensif, expéditions rapides, flux optimisés, QR codes, pilotage informatique du travail.
Mise en œuvre par la nouvelle équipe menée par Ananda Guillet, la réorganisation de la structure repose sur une logique classique de rationalisation logistique : fragmentation des tâches et optimisation des flux. Comme dans les entrepôts logistiques de la grande distribution, le parcours des préparateur·trices de commandes, pour beaucoup en intérim, est entièrement dirigé par l'outil informatique, leur parcours calculé au plus court vers les casiers numérotés ; iels ne savent même plus ce que les clients commandent.
Ananda Guillet, lui, insiste sur la qualité de ses tout nouveaux et luxueux locaux en construction ossature bois, ses charpentes à l'ancienne, et la vue imprenable sur la forêt offerte aux salarié·es, sans jamais aborder frontalement les conditions matérielles du travail : salaires, rythmes, pénibilité, droits sociaux, organisation concrète. Le discours de rupture avec le système s'arrête là où commencent les pratiques managériales et l'organisation capitaliste du travail, tout à fait assumée par l'alter patron.
« Chaque membre de l'équipe agit en lien avec les autres, avec une conscience claire : ce que nous produisons ici n'est pas un simple sachet de graines, mais une transmission vivante, un engagement pour la biodiversité, une contribution directe à l'autonomie alimentaire des peuples. »
Qui sommes nous ? | Association Kokopelli
Le mécanisme qui transforme une pratique ordinaire d'achat en acte de résistance se prolonge dans le rapport salarial. Lorsque la recherche de profit est présentée comme un « sauvetage de la Vie », le travail salarié est requalifié en engagement aux côtés des « forces du bien ».
Des ancien·nes salarié·es en témoignent dans le livre-enquête Nous n'irons plus pointer chez Gaïa, jours de travail à Kokopelli. La direction attribue un sens supérieur à l'exploitation : participer à une œuvre qui dépasse les individus. Dans ce cadre, « supporter les cadences infernales, générer du profit devient un acte d'amour », témoigne une ancienne salariée. À l'inverse, « toute revendication un défaut de loyauté, un sabotage, voire… un complot dans le but de détruire Kokopelli ».
Ce registre moral est explicitement mobilisé dans les propos de la direction. Quand des salariés posent des questions sur l'organisation interne, le président leur répond qu'il s'interroge « sur les raisons profondes de leur venue à Kokopelli ». Le registre moral se prolonge jusque dans l'injonction : « Est-ce que tu viendras désormais au travail dans la joie et dans l'amour ? », accompagnée de jugements tels que « tu as une charge karmique négative » et d'exhortations répétées à se taire et à ne pas poser de questions.
Sous l'ère Ananda Guillet, le contrôle des travailleur·euses est rationalisé : « La pointeuse, c'est pour ne plus perdre de temps à vous surveiller ». L'organisation impose également une discipline des comportements et des corps, les pauses pipi sont surveillées, le silence est de mise car « parler fait commettre des erreurs ». L'écoute en commun d'émissions ou de musique est proscrite, seuls les écouteurs sont tolérés.
Les salarié·es évoquent une double dépossession : impossibilité de peser sur la lutte politique revendiquée par l'association, impossibilité de défendre leurs conditions de travail. La cause efface par magie la réalité d'un travail contraint, la violence des rapports hiérarchiques et les droits des salariés. Dominique Guillet pose le cadre : « Je ne tolérerai aucune perversion des règles gaïennes ». Et, se définissant lui-même comme un « guerrier gaïen », il assimile toute contestation de ses positions à une attaque contre la cause elle-même.
Dans le secteur de l'économie sociale et solidaire, très peu de salarié·es sont syndiqué·es, bien souvent en raison de cet effet de « cause » et d'une forte adhésion idéologique. Au sein de l'association, le positionnement de la direction était ferme, raconte un ancien salarié : « au sein de Kokopelli, il n'y aura jamais de syndicat. »
Les rapports de travail avec les producteurs de semences obéissent aux mêmes logiques. Toujours dans l'enquête publiée en 2017 – qui donne également la parole à des ex-producteurs de semences –, la relation contractuelle entre l'association et ses producteurs est décrite comme faiblement formalisée et structurellement déséquilibrée : absence de contrat formel, absence de préavis en cas de rupture, fixation unilatérale des prix. D'après le responsable de la gestion des stocks du site d'Alès, la collaboration pouvait être réévaluée chaque année. Les critères de sanction relèveraient plus de l'adhésion aux positions de la direction que de la qualité des semences. Les réunions annuelles de producteurs, loin d'être des espaces de délibération, sont décrites comme des temps d'écoute descendante, où les questions de prix et de qualité sont absolument taboues. Un ancien producteur évoque par ailleurs des pratiques d'achat différenciées, avec des tarifs allant du simple au triple, dépendants des relations personnelles du producteur avec la direction. Un fonctionnement qui organise la subordination des petits producteurs – précisément ceux que l'association prétend soutenir – en les inscrivant dans une dépendance structurelle, combinant insécurité contractuelle et alignement aux positions de la direction, tout en captant la valeur à leur détriment.
Décrite comme une structure à dominante familiale, Kokopelli ne laisse que peu de place, sinon aucune, à un contre-pouvoir, même d'ordre symbolique. L'assemblée générale, cœur de la vie démocratique de toute association, est présentée par plusieurs adhérents et salariés comme une « formalité pénible » pour les dirigeants. La plupart des décisions sont prises par le conseil d'administration, dont l'accès est étroitement contrôlé par le clan Guillet. L'information financière est limitée : les comptes ne sont plus publiés depuis plusieurs années, nous ne trouvons pas non plus trace de rapports d'activité, la lettre aux adhérents se contente d'articles promotionnels sur les projets menés ou supportés par l'association. En AG, le processus de vote serait marqué par une forte concentration des pouvoirs, le président disposant de nombreux mandats confiés par des adhérents, jusqu'à détenir plus de voix que l'ensemble des présents. Toute mise au vote serait déjà jouée d'avance, sans même feindre un fonctionnement démocratique.
Ce manque de transparence se prolonge dans la campagne Semences sans frontières, qui occupe une place centrale dans l'image publique de Kokopelli. Une ancienne salariée, chargée de la gestion de la campagne – poste déterminant pour l'image de Kokopelli, car vitrine de l'association –, décrit un décalage marqué entre le discours officiel et la réalité du dispositif. Lorsqu'elle tente de rapprocher le fonctionnement de la campagne de ses objectifs affichés, elle fait l'objet de pressions : humiliations publiques, dévalorisations, convocations répétées en dehors du cadre du droit du travail. Elle sera réaffectée aux emballages cadeaux, avant d'être déclarée inapte à tout poste dans l'entreprise par la médecine du travail à la suite d'une dépression.
Les données disponibles interrogent également sur l'ampleur réelle de la campagne. En 2026, Ananda Guillet évoque l'envoi d'environ 200 colis par an, chacun comprenant 600 sachets de graines. Une goutte d'eau en rapport à l'activité commerciale de l'association – quatre millions d'euros en 2019 – et plus d'un millier de commandes quotidiennes en pleine saison.

Rapport fin de cultures Semences Sans Frontières
Le contenu même des colis soulève des questions. Dans un communiqué publié suite à la parution du livre Nous n'irons plus pointer chez Gaïa, Kokopelli répond aux accusations d'envoi de semences « périmées » en indiquant que des « invendus sont également utilisés », tout en précisant que « cela ne signifie pas nécessairement que les semences sont périmées ». Pas nécessairement. Les agriculteur·ices bénéficiaires apprécieront : préparer un sol pour accueillir des semis sans engins mécaniques, arroser pour la levée, représente un travail considérable. Et y semer des graines « pas nécessairement périmées », c'est prendre le risque de mobiliser, en plus du travail, des surfaces arables et de l'eau au détriment d'autres cultures. Kokopelli se justifie en affirmant qu'il s'agit de faire « profiter gratuitement » de ses semences à des « organisations agricoles qui en sont dépourvues » – une pratique jugée, dès lors, « tout à fait raisonnable ».
Certaines variétés expédiées apparaissent peu adaptées aux contextes locaux, comme des poireaux d'hiver, du panais ou de la chicorée, envoyés dans des zones subsahariennes. Dans les documents que nous avons pu consulter, des agriculteurs locaux s'étonnent aussi d'avoir reçu des fleurs…
Les retours d'expérience, censés documenter ces projets, ne sont publiés que sous la forme d'articles promotionnels. Les bilans de fin de culture accessibles en sources ouvertes, sont très succincts, souvent sous forme de questionnaires à choix multiples. À l'inverse, la production d'images est fortement valorisée : les porteurs de projet s'engagent à fournir « un maximum » de photos, de vidéos et de témoignages des bénéficiaires. Dans le même temps, sur la page réservée aux porteurs de projets, le lien de téléchargement vers les bilans de culture ne fonctionne pas et la fiche est toujours signalée, en avril 2026, comme « en cours de réalisation ».

Semences sans frontières - Facebook de Kokopelli.
Les photographies publiées sur le blog de Kokopelli montrent une répartition constante : des porteurs de projet majoritairement blancs et européens, souvent salariés d'associations, et, en contrepoint, des personnes non blanches assignées au travail dans les champs, mises en scène souriantes face à l'objectif. Dans un message publié sur son canal Telegram, que nous reproduisons ici, Dominique Guillet expose sa manière de concevoir ces actions : « J'ai œuvré gratuitement, pendant de longues années au service des petits noirs… versons trois larmes de crocodile, au Niger, au Sénégal, au Burkina. Et j'ai souvent été sidéré par la capacité des rois et reines nègres des ONGs, de la société civile impériale africaine — les négriers climatisés de l'air et du salaire (cent fois supérieur au jardinier de base), qui sont les nègres d'autres négriers blancs qui sont les nègres des Sionistes… —, largement soudoyée par l'argent malodorant des caritatifs monothéistes allemands, suisses, blabla, à interrompre des réunions de travail pour aller s'affaler sur des tapis en récitant des pleurnicheries à s'en faire déraper les neurones. Niggers of the World, comme le chantait John Lennon. »

Canal Télégram Les brigades antigraphène de Dominique Guillet
« Nous avons laissé une poignée d'escrocs psychopathes entrainer nos civilisations vers un désastre social et environnemental. »
https://blog.kokopelli-semences.fr/cultivons-nous/
Sur le site web, vitrine de l'association, l'emballage marketing – biodiversité cultivée, autonomie semencière, diversité, valeurs profondes, petits producteurs, etc – est calibré pour s'inscrire dans les codes du milieu alter. Le combat pour la préservation des variétés anciennes est cependant systématiquement réinscrit dans le cadre d'un conflit global. Si la violence idéologique est reléguée hors vitrine, sur les blogs personnels du fondateur ou les sites de réinformation, elle demeure néanmoins largement perceptible : certaines formulations au double niveau de lecture, en reprennent implicitement les logiques, sans en assumer politiquement les termes.
Qu'il soit clair : critiquer l'industrialisation du vivant, contester la privatisation des semences ou s'opposer à la concentration du capital dans l'agro-industrie renvoie à des conflits matériels réels. Il existe bien des enjeux d'appropriation, de brevets, de dépendance économique des producteurs, de rapports de force entre capital et travail. Mais le cadrage conspirationniste remplace l'analyse des rapports sociaux par un récit intentionnaliste : une élite homogène forcément apatride tirerait les ficelles à l'échelle mondiale. On ne parle plus de structures économiques, de chaînes de valeur, d'intérêts situés et contradictoires.
Ce déplacement efface les rapports sociaux concrets, dissout les responsabilités dans des catégories floues et personnalise des dynamiques systémiques. Il invisibilise les rapports de domination raciaux, genrés, économiques et validistes. En substituant une causalité occulte à l'analyse des mécanismes matériels, il désarme toute critique effective, il produit une analyse politiquement inopérante ; mais tout à fait efficace pour protéger les structures de dominations existantes.
Les positions d'Ananda Guillet sur les questions agricoles l'illustrent bien. Il porte un discours romantico-agrariste qui tend à masquer les rapports de classe derrière l'idée d'une unité paysanne fictive. Il invoque une « paysannerie » qui devrait se souder face à un agenda supposé organiser sa destruction dans le but masqué d'affaiblir la souveraineté de la France (sic). Or, s'il est indéniable que le monde agricole est au cœur de dynamiques capitalistes et géopolitiques majeures, cette représentation occulte les réalités matérielles profondément hétérogènes des agriculteur·rices et les rapports d'exploitation qui structurent le travail des salarié·es agricoles, permanents comme saisonniers.
« Nous ne sommes pas une organisation politique ; nous ne sommes adhérents d'aucun parti, d'aucun dogme scientifique, d'aucune théorie farfelue. »
Manifeste de Kokopelli : Pour une insurrection fertile
Ce mythe de la paysannerie en opposition fictive à l'agro-industrie, à droite comme à gauche, a toujours eu pour fonction de taire les rapports d'exploitation et de domination de l'économie agricole : exploitation des travailleur·euses, dont une part importante de personnes immigré·es ou exilé·es, travail gratuit des femmes, exploitation animale, etc.
Le positionnement de Kokopelli prend racine sur un terrain fertile d'ores et déjà labouré. L'écologie n'est pas intrinsèquement de gauche, elle est traversée par des ambiguïtés qui permettent des appropriations réactionnaires de ses concepts – critique de la modernité, de la technique ou de la croissance. Sans clarification politique de ses catégories et de ses usages, elle peut être activement investie par des acteurs réactionnaires, et participer à des dynamiques de fascisation. Certaines composantes du mouvement écologiste rendent possibles, légitiment, et contribuent à produire ce type de discours. En France, une partie des courants anti-industriels et décroissants opère depuis des années un glissement qui conduit à naturaliser les rapports sociaux, à les biologiser et à introduire des hiérarchisations implicites des vies. Ces positions ne restent pas théoriques : elles se matérialisent dans des pratiques militantes – publications, traductions, invitations – qui diffusent des auteurs réactionnaires, racistes et accompagnent des prises de position validistes, antiféministes et transphobes.
Le mythe Kokopelli opère un double déplacement. D'un côté, il requalifie des conflits matériels, sociaux et politiques en conflit civilisationnel attribué à des forces occultes. De l'autre, il érige une structure commerciale en acteur d'une lutte du bien contre le mal, au service de la maximisation du (non) profit – Kokopelli malgré son chiffre d'affaire subtantiel reste une association loi 1901. La réussite financière de l'association permettant, selon ses dirigeants, de mener toujours plus d'actions ; mais aussi de porter le projet politique réactionnaire des Guillet. Ce qui tend à apparaître comme une « résistance au système » se révèle compatible avec des formes très classiques d'exploitation capitaliste, de captation marchande et de personnalisation du pouvoir symbolique. L'hydre kokopellienne a deux têtes. L'une rassure, vend, séduit, s'inscrit dans les codes de l'écologie alter, du soutien aux semences libres et du caritatif. L'autre désigne des ennemis intérieurs, recycle les matrices du complotisme réactionnaire, joue sur les peurs, naturalise les hiérarchies sexuelles et raciales, et convertit l'achat de semences en geste de guerre culturelle, sur le terrain de l'extrême droite.
Derrière la florissante vitrine alter, les dirigeants de Kokopelli déploient un projet politique suprémaciste, réactionnaire et fasciste.

31.05.2026 à 08:00
Appel aux non-musicien.ne.s, musicien.ne.s amat.eurs.rices et professionnel.le.s !
Rendez-vous Mercredi 10 Juin à 18h aux Halles ( sous la Canopée coté square - PARIS ) avec ou sans instrument pour jouer un son continu (un drone).
Appel aux non-musicien.ne.s, musicien.ne.s amat.eurs.rices et professionnel.le.s !
Rendez-vous Mercredi 10 Juin à 18h aux Halles ( sous la Canopée coté square - PARIS ) avec ou sans instrument pour jouer un son continu (un drone).

Cette protestation sonore est organisée pour exprimer notre soutien et notre solidarité avec le peuple palestinien, qu'il soit localisé à Gaza, en Cisjordanie ou au sud Liban.
31.05.2026 à 08:00
Le 10 et 12 juin, la pièce de théâtre du Cajac Crew « Inaliénable » revient pour dénoncer le système judiciaire avec pédagogie et humour.
Le 10 et 12 juin, la pièce de théâtre du Cajac Crew « Inaliénable » revient pour dénoncer le système judiciaire avec pédagogie et humour.
Y a-t-il une justice en France ? Comment est-elle rendue ? Les pouvoirs sont-ils véritablement indépendants ? À travers la reconstitution de procès de gilets jaunes, et de procès de violences policières, cette pièce présente de façon pédagogique (et humoristique) le fonctionnement ordinaire des tribunaux et de leur lot de violences et d'injustices.
Se basant sur d'authentiques prises de notes lors de comparution immédiates et d'un procès aux assises, nous proposons un regard léger sur le triangle formé par les manifestant⋅e⋅s, les « forces de l'ordre », et l'institution judiciaire.
Trigger warnings : violences physiques et psychologiques, humiliation, police
Il y aura deux représentations :
Programme :
19h : ouverture des portes
19h30 : cantine végane
20h-22h : théâtre/débat
L'entrée est à prix libre. Il y aura une buvette tout au long de l'événement. Le spectacle sera suivi d'une discussion ouverte sur le fonctionnement des tribunaux et les violences policières. Le repas végan sera à prix libre à la Kunda, et à prix fixe à la Commune d'Aligre.
31.05.2026 à 08:00
Le mercredi 3 juin prochain, l'avenir de l'association Belleville Citoyenne (Paris 20e) sera examiné par le tribunal pour liquidation par le tribunal des activités économiques de Paris. Sans action concrète dans les prochains jours, notre association va disparaître, après plus de 15 ans d'engagement au sein des quartiers populaires de l'Est parisien.
Le mercredi 3 juin prochain, l'avenir de l'association Belleville Citoyenne (Paris 20e) sera examiné par le tribunal pour liquidation par le tribunal des activités économiques de Paris. Sans action concrète dans les prochains jours, notre association va disparaître, après plus de 15 ans d'engagement au sein des quartiers populaires de l'Est parisien.
Derrière la disparition de Belleville Citoyenne, ce ne sont pas uniquement des bureaux qui ferment, mais surtout :
Le fonctionnement actuel de certains financements publics, notamment européens et étatiques, exclut progressivement les petites et moyennes associations de proximité au profit de structures capables d'absorber des mois, voire des années, de décalage de trésorerie. Et souvent, ces mêmes “grosses” structures ne sont pas au cœur des quartiers pour toucher véritablement les publics visés par les appels à projets.
À force de complexifier les dispositifs et de retarder les versements, les pouvoirs publics fragilisent puis condamnent consciemment les associations qui assurent une présence quotidienne auprès des habitant·es les plus précaires.

Rendez-vous le mardi 2 juin dans les locaux de l'association, au 18 rue Bisson, 75020, à 18h, pour un temps de mobilisation et de partage !
Vous pouvez également signer et relayer la pétition en ligne : https://shorturl.at/iSXj6
30.05.2026 à 08:00
Le dimanche 7 juin, on se retrouve à la Kunda, pour une journée sur les squats en Grèce.
Le terme καφενείο (/ka.fe.nì.o/) désigne un lieu de détente où l'on vient s'attarder autour d'un café, tisser des liens, discuter de politique — mais c'était un privilège masculin. Nous nous réapproprions ce terme et ce qu'il promet : construire une communauté.
Le dimanche 7 juin, on se retrouve à la Kunda, pour une journée sur les squats en Grèce.
Le terme καφενείο (/ka.fe.nì.o/) désigne un lieu de détente où l'on vient s'attarder autour d'un café, tisser des liens, discuter de politique — mais c'était un privilège masculin. Nous nous réapproprions ce terme et ce qu'il promet : construire une communauté.
Les États néoliberaux renouvellent sans cesse leurs attaques sur les espaces autogérés et collectifs, contre l'idée même de collectivité. En France comme en Grèce, sont visés tout autant les logements privés que les espaces politiques et culturels, tous les lieux où on peut se réunir ou organiser des événements.
Nous considérons qu'il est plus important que jamais de tisser des liens entre les luttes, de partager des vécus et des expériences.
Ainsi, cette journée du 7 juin 2026 à la Kunda sera dédiée aux squats en Grèce.
ON LIE LES LUTTES. ON PARTAGE NOS EXPÉRIENCES. POUR REPRENDRE L'ESPACE.
Au programme :
Tout au long de l'après-midi, on y trouvera une exposition de photos, des discussions (in)formelles sur les squats en Grèce et un infokiosque !
Des projections :
À 17h, une projection du documentaire « Prosfygika - a communal creation » sur la communauté squattée de Prosfygika, à Athènes, suivi d'une discussion. Ce documentaire est une interview de Aristotelis Chatzis, gréviste de la faim (depuis le 5/2/2026) pour la vie jusqu'à la mort pour la défense de la communautée menacée de démolition par la gentrification et l'État.
À 18h, une projection de Keramidi, un film auto-organisé sur le squat Yfanet et la mémoire, les gens et les murs, suivi d'une discussion autour du film avec des membres de Yfanet.
À 20h, une cantine, suivi de musique live de Rebetiko, genre musical qualifié de « Blues Grec » et de Musique de l'Underground et qui fût jadis interdite en Grèce.
Tout au long de la journée, du café sera servi et un bar sera disponible.
Venez nombreux·ses !
Entrée Prix Libre
La Kunda et l'initiative grecque

Rubrique «À LIRE AILLEURS»