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À l'appel de la marche des solidarités.
07.06.2026 à 18:00
Parution sur infokiosques.net d'une brochure constituée principalement de la traduction du texte d'Emma Goldman « Il n'y a pas de communisme en Russie », dans lequel elle fait le bilan de 17 années de régime bolchevik.
Parution sur infokiosques.net d'une brochure constituée principalement de la traduction du texte d'Emma Goldman « Il n'y a pas de communisme en Russie », dans lequel elle fait le bilan de 17 années de régime bolchevik.
Il y a cent ans, en 1917, la Russie vivait une des années les plus importantes de son histoire, avec entre février et octobre une insurrection populaire, la grève générale, la chute du régime tsariste, l'auto-organisation à travers le pays puis la prise de pouvoir en mode coup d'État par les bolcheviks.

Moins de vingt ans plus tard, Emma Goldman expose pourquoi il n'y a pas de communisme en Russie, en quoi parler de « communisme » à propos du régime bolchevik dans la Russie de l'après-révolution de 1917 est plus qu'un abus de langage mais carrément un mensonge. Ayant passé deux ans en Russie en 1920-1921, elle puise dans son expérience personnelle et dans des informations obtenues dans les années 1920-1930 pour jeter un regard lucide sur l'imposture « communiste » de la dictature bolchevique.
Écrit en anglais en 1934 sous le titre « Communism : Bolshevist and Anarchist, A Comparison », le texte « There is No Communism in Russia » a été publié dans The American Mercury, vol. XXXIV, en avril 1935. Il s'agit d'une version épurée du texte initial, celui-ci ayant été tronqué par l'éditeur, créant le mécontentement d'Emma Goldman. Mais l'article original semblant désormais introuvable, c'est une traduction de la version tronquée que vous vous apprêtez à lire.
Publié sous forme de brochure avec quelques extraits de l'autobiographie d'Emma Goldman Living My Life, le texte « Il n'y a pas de communisme en Russie » est intégralement lisible et téléchargeable sur infokiosques.net. Il est disponible au format PDF en version cahier A5 imprimable et version page par page (à lire sur l'écran) aussi bien en anglais qu'en français.
De manière générale, le communisme est l'idéal d'égalité et de fraternité humaine. Il considère l'exploitation de l'humain par l'humain comme la source de tout esclavage et de toute oppression. Il maintient que l'inégalité économique mène à l'injustice sociale et est l'ennemie du progrès moral et intellectuel. Le communisme vise à créer une société sans classes, résultant de la mise en commun des moyens de production et de distribution. Il enseigne que ce n'est que dans une société solidaire et sans classes que l'humain peut jouir de la liberté, de la paix et du bien-être.
(...)
Mon objectif, ici, était de comparer l'idée de communisme avec sa mise en application dans la Russie soviétique, mais à y regarder de plus près il s'agit d'une tâche impossible. En réalité, il n'y a pas de communisme en URSS [1]. Là-bas, pas un seul principe communiste, pas un seul élément de ses enseignements n'est appliqué par le Parti communiste.
(...)
Tout d'abord, il est nécessaire de considérer l'idée fondamentale qui sous-tend le prétendu communisme des bolcheviks. Il est clair que celle-ci est centralisée, autoritaire, fondée presque exclusivement sur la coercition gouvernementale, sur la violence. Ce n'est pas le communisme de l'association volontaire, c'est un communisme étatique obligatoire. Cela doit être gardé en mémoire pour comprendre la méthode que l'État soviétique utilise pour mettre en oeuvre ses projets et donner l'impression que ceux-ci sont communistes.
(...)
En Russie, ni la terre, ni la production, ni la distribution ne sont socialisées. Tout est nationalisé et appartient au gouvernement, exactement comme la Poste aux États-Unis ou les chemins de fer en Allemagne ou dans d'autres pays européens. Il n'y a rien de communiste là-dedans.
Le reste de la structure économique de l'URSS n'est pas plus communiste que la terre ou les moyens de production. Toutes les sources d'existence sont la propriété du gouvernement central ; celui-ci a le monopole absolu du commerce extérieur ; les imprimeries appartiennent à l'État, tous les livres, toutes les feuilles de papier imprimé sont des publications du gouvernement. Pour résumer, le pays entier et tout ce qu'il contient sont la propriété de l'État, comme quand aux temps anciens tout était propriété de la Couronne impériale de Russie. Les quelques biens qui ne sont pas nationalisés, comme certaines vieilles maisons délabrées à Moscou, par exemple, ou de petits magasins miteux disposant d'un misérable stock de cosmétiques, sont uniquement tolérés, à tout moment ils peuvent être saisis par simple décret du gouvernement.
Une telle situation relève du capitalisme d'État, il serait grotesque d'y déceler quoi que ce soit de communiste.
(...)
L'essence du communisme, même de type coercitif, est l'absence de classes sociales. L'introduction de l'égalité économique en constitue la première étape. Telle a été la base de toutes les philosophies communistes, même si elles diffèrent entre elles sur d'autres aspects. Leur objectif commun était d'assurer la justice sociale ; toutes affirmaient qu'on ne pouvait parvenir à la justice sociale sans établir l'égalité économique. Même Platon, qui prévoyait l'existence de différentes catégories intellectuelles et morales dans sa République, s'était prononcé en faveur de l'égalité économique absolue, les classes dirigeantes ne devant pas y jouir de privilèges ou de droits plus importants que ceux situés en bas de l'échelle sociale.
Au risque de me voir condamnée pour avoir dit toute la vérité, je dois affirmer sans équivoque et sans réserve que la Russie soviétique représente le cas exactement opposé. Le bolchevisme n'a pas aboli les classes en Russie : il a simplement inversé leurs relations antérieures. En fait, il a même multiplié les divisions sociales qui existaient avant la Révolution.
Quand je suis arrivée en Russie en janvier 1920, j'ai découvert d'innombrables catégories économiques, fondées sur les rations alimentaires distribuées par le gouvernement. Le marin recevait la meilleure ration, supérieure en qualité, en quantité et en variété à la nourriture que mangeait le reste de la population. C'était l'aristocrate de la Révolution ; sur le plan économique et social, il était considéré universellement comme appartenant aux nouvelles classes privilégiées. Après lui, venait le soldat, l'homme de l'Armée rouge, qui recevait une ration bien moindre, notamment avec moins de pain. Puis venait l'ouvrier travaillant dans l'industrie militaire ; enfin venaient les autres ouvriers, eux-mêmes divisés en ouvriers qualifiés, artisans, manœuvres, etc. Chaque catégorie recevait un peu moins de pain, de matières grasses, de sucre, de tabac et des autres produits (lorsqu'il y en avait). Les membres de l'ancienne bourgeoisie, classe officiellement abolie et expropriée, appartenaient à la dernière catégorie économique et ne recevaient pratiquement rien. La plupart d'entre eux ne pouvaient avoir ni travail ni logement - et personne ne se souciait de la façon dont ils allaient survivre - sans se mettre à voler ou à rejoindre les armées contre-révolutionnaires ou les bandes de pillards.
La possession d'une carte rouge, prouvant l'appartenance au Parti communiste, permettait de se placer au-dessus de toutes ces catégories. Chaque membre du Parti communiste bénéficiait d'une ration spéciale, pouvait manger dans la stolovaya [2] du Parti et avait le droit, surtout s'il était recommandé par un responsable plus élevé, à des sous-vêtements chauds, des bottes en cuir, un manteau de fourrure ou d'autres articles de valeur. Les bolcheviks les plus éminents disposaient de leurs propres restaurants, auxquels les membres ordinaires du Parti n'avaient pas accès. A l'Institut Smolny, qui abritait alors le quartier général du gouvernement de Petrograd [3], il existait deux restaurants, un pour les communistes les mieux placés, un autre pour ceux d'importance moindre. Zinoviev, alors président du soviet de Petrograd et véritable autocrate du District du Nord, ainsi que d'autres membres du gouvernement prenaient leurs repas chez eux, à l'Astoria, autrefois le meilleur hôtel de la ville, devenu la première Maison du soviet, où ils vivaient avec leurs familles.
Plus tard, je constatais la même situation à Moscou, Kharkov, Kiev, Odessa - partout dans toute la Russie soviétique.
Voilà ce qu'était le « communisme » bolchevik. Ce système a eu des conséquences désastreuses, causant de l'insatisfaction, du ressentiment et de l'antagonisme à travers le pays, provoquant des sabotages dans les usines et les campagnes, des grèves et des révoltes...
(...)
La Révolution russe était un bouleversement social au sens le plus profond : sa tendance fondamentale était libertaire, son but essentiel était l'égalité économique et sociale. Bien avant les journées d'octobre-novembre 1917, le prolétariat urbain avait commencé à s'emparer des ateliers, des boutiques et des usines, pendant que les paysans expropriaient les grandes propriétés et mettaient en commun les terres. Le développement continu de la Révolution dans une direction communiste dépendait de l'unité des forces révolutionnaires et de l'initiative directe, créatrice, des masses laborieuses. Les gens étaient enthousiasmés par les grands objectifs qu'ils avait devant eux ; ils s'appliquaient passionnément, énergiquement, à reconstruire une nouvelle société. Seuls ceux qui avaient été exploités pendant des siècles étaient capables de trouver librement le chemin vers une société nouvelle, régénérée.
Mais les dogmes bolcheviks et l'étatisme « communiste » ont constitué un obstacle fatal aux activités créatrices des gens. La caractéristique fondamentale de la psychologie bolchevik est sa méfiance envers les masses. Leurs théories marxistes, en concentrant exclusivement le pouvoir entre les mains du Parti, aboutirent rapidement à la destruction de toute coopération révolutionnaire, à l'élimination brutale et arbitraire des autres partis et mouvements politiques. Les tactiques bolcheviks ont abouti à l'éradication systématique du moindre signe de mécontentement, à l'étouffement des critiques et à l'écrasement des opinions indépendantes, des efforts et des initiatives populaires. La dictature communiste, avec son extrême centralisation mécanique, a frustré les activités économiques et industrielles du pays. Les masses étaient démunies de la possibilité de façonner les politiques de la Révolution et ne pouvaient même pas prendre part à l'administration de leurs propres affaires. Les syndicats ont été gouvernementalisés et transformés en transmetteurs des ordres de l'État. Les coopératives populaires - ces nerfs vitaux de la solidarité active et de l'entraide entre villes et campagnes - ont été liquidées. Les soviets de paysans et d'ouvriers ont été vidés de leur contenu et transformés en comités obéissants. Le gouvernement a monopolisé chaque phase de la vie. Une machine bureaucratique a été créée, épouvantable par son inefficacité, sa corruption et sa brutalité. La Révolution était séparée des gens, condamnée à périr ; et au-dessus de tous planait le redoutable glaive de la terreur bolchevik.
Tel était le « communisme » des bolcheviks au cours des premières étapes de la Révolution.
(...)
Il y a davantage de classes dans la Russie soviétique d'aujourd'hui que dans celle de 1917, et que dans la plupart des autres pays du monde. Les bolcheviks ont créé une énorme bureaucratie soviétique qui jouit de privilèges spéciaux et d'une autorité presque illimitée sur les masses ouvrières et paysannes. Au-dessus de cette bureaucratie se trouve une classe encore plus privilégiée, celle des « camarades responsables », la nouvelle aristocratie soviétique.
(...)
La dictature est devenue une nécessité absolue pour la survie du régime. Car là où règnent un système de classes et l'inégalité sociale, l'État doit recourir à la force et à la répression. La brutalité d'une telle situation est toujours proportionnelle à l'amertume et au ressentiment qu'éprouvent les masses. C'est pourquoi la terreur gouvernementale est plus forte en Russie soviétique que n'importe où ailleurs dans le monde civilisé actuel, parce que Staline doit vaincre et réduire en esclavage une centaine de millions de paysans tenaces.
Un autre texte d'Emma Goldman, « Un an au pénitencier de Blackwell's Island », extrait de son autobiographie, a également été publié sous forme de brochure sur infokiosques.net. Emma Goldman y narre sa première année d'emprisonnement au pénitencier de Blackwell's Island, à New York.
[1] Union des Républiques socialistes soviétiques.
[2] Cantine.
[3] L'Institut Smolny est un édifice palladien de Saint-Pétersbourg. Pendant la Révolution russe de 1917, il a été choisi par Lénine comme quartier général des bolcheviks et a été la résidence de Lénine pendant plusieurs mois, jusqu'au moment où le gouvernement soviétique a été déplacé au Kremlin de Moscou. Après cela, l'Institut Smolny devint le siège de la section locale du Parti communiste, dans les faits l'Hôtel de Ville de Petrograd puis de Léningrad - noms successivement portés par Saint-Pétersbourg avant 1991.
Cet article a été publié la première fois sur Paris-Luttes.info fin juin 2017.
07.06.2026 à 08:00
Nous, Génération Panasiatique, Les Peuples Veulent et Les Digitales, vous invitons à nous rejoindre pour se rencontrer, échanger et s'organiser avec des camarades issu·es des soulévements GenZ des dernières années. Du Maroc, de Madagascar, du Soudan, de Kanaky, de Géorgie, de Serbie et d'Indonésie ! Rendez-vous les 12 et 13 juin à Montreuil.
Nous, Génération Panasiatique, Les Peuples Veulent et Les Digitales, vous invitons à nous rejoindre pour se rencontrer, échanger et s'organiser avec des camarades issu·es des soulévements GenZ des dernières années. Du Maroc, de Madagascar, du Soudan, de Kanaky, de Géorgie, de Serbie et d'Indonésie ! Rendez-vous les 12 et 13 juin à Montreuil.
🏴☠️ Global Piracy 🏴☠️
Révoltes et Révolutions GenZ : (Nepal, Indonesie, Myanmar, Maroc, Serbie, France, Kanaky, Georgie)

Ce week-end s'inscrit comme une dizaine d'événements en région parisienne dans le mois internationaliste Mujawara (voisinage en arabe) organisé par @thepeopleswant. Un mois de rencontres dans près d'une centaines de lieux amis dans plus de vingts pays et sur 5 continents pour faire vivre l'internationalisme par le bas et soutenir un lieux en Syrie et un autre par la diaspora soudanaise. (appel à retrouver ici : https://thepeopleswant.org/fr/mujawara/mujawara-tisser-un-voisinage-revolutionnaire-par-dela-les-frontieres)
Une autre partie des fonds récoltées lors de ce weekend permetteront aussi de soutenir camarades Kanaks, suite à la répression de la révolte de 2024 en France. Un événement jumeau sera organisé en Kanaky par des membres en Juin avec les mêmes fins
Ces dernières années, la jeunesse se soulève. Du Népal au Pérou, du Maroc à Madagascar, la Gen Z a impulsé un vent de révoltes contre la corruption, les politiques autoritaires, le pillage des ressources et les inégalités. Ces soulèvements renversent des gouvernements, imposent des reculs aux puissances en place et ouvrent des brèches politiques inattendues. Au Népal, des manifestations déterminées destituent le gouvernement corrompu et incendient de nombreux bâtiments publics dont le parlement. A Madagascar, les manifestant·es qui se mobilisent contre les coupures d'eau et d'électricité et l'accaparement des ressources forcent le président à l'exil.
Les mobilisations de la Gen Z se répondent et s'inspirent via les réseaux sociaux en faisant du drapeau One Piece le symbole de la révolte. Ces révoltes imposent un réel rapport de force avec le pouvoir, qui bouscule les formes d'organisation et de communication traditionnelles des gauches révolutionnaires. Elles font écho aux mobilisations de la jeunesse en Kanaky face à la volonté coloniale de l'État français et des loyalistes de dégeler le corps électoral, et à celles en France contre les violences policières racistes suite à la mort de Nahel Merzouk. Mais aussi de précédentes vagues révolutionnaires comme en Syrie et au Soudan.
Dans le contexte actuel de fascisation généralisée, toutes ces révoltes nous redonnent de l'espoir : les puissances politiques et économiques peuvent tomber et d'autres mondes sont possibles. Nous avons donc beaucoup à apprendre collectivement des formes d'organisation, de l'inventivité, de la ténacité, de la détermination, issues de ces insurrections ici et ailleurs. Notre objectif pour ce weekend est d'offrir un espace de rencontre et de d'échange entre insurgé.es et révolutionnaires de différentes parties du monde, pour tirer les enseignements de cette vague de révoltes, et tisser des solidarités internationalistes. Loin des politiques étatiques nous aspirons à créer des liens par en-bas entre les militant-es de ces révoltes !
Nous, Génération Panasiatique, Les Peuples Veulent et Les Digitales, vous invitons à nous rejoindre pour se rencontrer, échanger et s'organiser avec des camarades issu·es de ces révoltes. Rendez-vous les 12 et 13 juin à Montreuil.
➡️PARC DES GUILANDS - ESPLANADE - MONTREUIL/BAGNOLET
➡️PAROLE ERRANTE - 9 RUE FRANCOIS DEBERGUE (Montreuil-métro Croix de Chavaux)
GRANDE SALLE
+ EN PARALLÈLE
➡️Et toute la journée
🪩CONCERTS- 20h- 00h 🪩
Avec la présence exceptionnelle de :
Khtek & Raid (Rap Marocain)
BAKIR باكر (electro-maghreb)
YASMN (DJ SET)
➡️📻 Dispositif de traduction anglais/français disponible
Inscriptions et informations de l'atelier « comment lancer une révolte » de 11h : globalpiracy@proton.me
Inscription au tournoi de foot :
https://framaforms.org/tournoi-foot-gen-z-1778851854?fbclid=PAb21jcASMObJleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZA81NjcwNjczNDMzNTI0MjcAAaco4a2VIoAEDIfNVqCyxp1v9ftp92b5ZllmnMWPaWhw1PSipwcYdS5YhKhHhA_aem_VNe6bYPzcDPcNMAHG-18QQ
07.06.2026 à 08:00
Mardi 9 juin, 19h au TDTF (43 rue Cavendish, Paris 19e) : Rencontre avec Taina Tervonen autour de son livre « Les veilleurs, Cinq vigies autour des frontières » paru aux éditions Marchialy.
Mardi 9 juin, 19h au TDTF (43 rue Cavendish, Paris 19e) : Rencontre avec Taina Tervonen autour de son livre « Les veilleurs, Cinq vigies autour des frontières » paru aux éditions Marchialy.
Mardi 9 juin, 19h.
TDTF 43 rue Cavendish Paris 19
Rencontre avec Taina Tervonen autour de son livre « Les veilleurs, Cinq vigies, autour des frontières » paru aux éditions Marchialy.
« Les veilleurs peuvent donner la météo marine pour empêcher des naufrages, échanger avec les personnes en exil, alerter les gardes-côtes ou, bien trop souvent, accompagner les proches dans la recherche d'un disparu. Leurs gestes sont urgents, méthodiques et quotidiens. À cinq, ils forment un réseau informel qui porte secours aux personnes déterminées à tenter la traversée vers l'Europe. À travers leurs voix, Taina Tervonen se fait l'écho de ce dont ils sont témoins : des hommes, des femmes, des enfants disparaissent sans laisser de traces, dans l'indifférence totale. Alors que la presse se désintéresse du sujet et que les États ferment les yeux, elle livre un récit nécessaire pour attirer l'attention sur l'ampleur de la catastrophe en cours à nos frontières. Les veilleurs sont les portraits de ces citoyens porteurs d'espoir qui agissent et documentent ce que personne ne veut voir »

07.06.2026 à 08:00
Lors des derniers jours du procès, on a l'impression étrange que les choses se détendent, que les coups pleuvent moins durement sur les camarades.
Mais ne rêvons pas trop. La rêverie nous coûte cher souvent.
Lors des derniers jours du procès, on a l'impression étrange que les choses se détendent, que les coups pleuvent moins durement sur les camarades.
Mais ne rêvons pas trop. La rêverie nous coûte cher souvent.
Lors des derniers jours du procès, on a l'impression étrange que les choses se détendent, que les coups pleuvent moins durement sur les camarades.
Peut-être parce que la juge tient à les interroger sur les conditions de leur détention provisoire sans leur asséner l'habituelle morale sur la nécessité de la prison.
Peut-être parce qu'elle dira à plusieurs reprises au fameux « chef » désigné « mon rôle c'est d'être à charge et à décharge », ce à quoi il répond « ah !? je ne suis pas habitué ».
Peut-être parce qu'on entend moins les procs aussi (aucune question sur la personnalité des inculpé-es, à part la date de formation au permis de chasse, lol).
Peut-être parce que la défense n'a de cesse de souligner, dans ses questions et les plaidoiries, que les inculpé-es se sont senti-es écouté-es ici, que la cour leur a laissé plus de place pour s'exprimer.
Mais tous ces « peut-être » ne feront pas un verdict de relâxe, ne rêvons pas trop. La rêverie nous coûte cher souvent.
À la reprise le mercredi, c'est au tour du dernier inculpé, le « chef » donc, de passer sur le grill sur les faits reprochés. Il est là pour assumer « on a dit qu'on était pas là pour cacher des choses » et il répond donc avec courage à toutes les questions des juges et procs.
Le copain doit réaffirmer : « il y a une différence entre ce qu'on dit et ce qu'on fait ». Et le répéter inlassablement. Idem il doit insister : « il faut se mettre d'accord sur les termes : il n'y a pas d'entraînement paramilitaire, il y a un jeu »l'airsoft« ». Et la défense parle des documents de la fédération française d'airsoft (50000 adhérent-es, que la justice se tienne prête).
La présidente encore : « des témoignages vous présentent comme très directif ? - oui, je suis sérieux quand je joue, il y a des règles, je peux même être chiant ».
Se mettre d'accord sur les termes décidément, c'est pas facile.
On retrouve les éternels reproches sur l'arme « dissimulée dans une cache » qui dans la réalité a plus à voir avec le sens des responsabilités de son propriétaire : « si quelqu'un rentrait par effraction dans mon camion, jamais il n'aurait pu la trouver et la prendre ».
Pendant toute une journée, le copain va tenir le choc, en particulier avec les procs.
Et accordons-lui largement le point : on sent les procs complètement acculées par son calme, son ton posé : elles en sont rendues à systématiquement lui couper la parole violemment pour le pousser à la faute. Ça nous rappelle des choses, non ? Les flics, la DGSI au hasard... Vraisemblablement ils ont fait les mêmes stages d'un bout de la chaîne répressive à l'autre.
Le copain les renvoie dans les cordes, même si c'est très éprouvant pour lui.
Toute la salle le soutient, sa défense aussi.
La journée suivante revient sur leur vie actuelle à toustes.
Et le « nomadisme » que la juge apprécie décidément est remis sur le tapis : « le nomadisme, vous en êtes où de ça ? » « la période de nomadisme, vous en avez tiré quoi ? », elle ose même une blague à propos du road trip de l'un des inculpé-es « ça vous reprend l'itinérance ? » (road-trip sur le territoire national, on vous rassure).
Et aussi tout un tas de questions inattendues qui laissent échapper des éclats de rire à la salle « pourquoi les jus de fruits ? » ; « et vous déplacez les ruches ? » ; « vous étiez facteur. En vélo ? ».
On a aussi appris que dans une taule francilienne, on refuse les livres de + de 100 pages... (comme quoi la sélection n'est pas basée sur le niveau des matons, ce serait bien moins)
Des rires par contre, aucun, lors des longs moments où la juge invite chacun-e à parler de leur détention provisoire.
Un seul y avait échappé, il sera du coup interrogé sur la culpabilité d'être justement le seul, et la dépression que cela a entraînée. Où on voit les effets destructeurs de la dissociation effectuée par la justice. Jusque dans les recoins de nos âmes, elle vient retourner son couteau et briser les personnes.
On retiendra avec force l'évocation de l'isolement par l'un-e et toutes les conséquences sociales à long-terme que cette torture produit : besoin de vivre isolé-e « c'est terrible de dire ça », crainte que les nouvelles personnes rencontrées se détournent et donc se sentir l'obligation de leur dire tout et tout de suite de sa situation judiciaire. L'impression d'absence d'intimité, même une fois sorti-e de taule.
Toustes manifestent leurs inquiétudes pour leur vie perso brisée par le FIJAIT (fichier des auteurs d'infraction terroriste), l'un-e parce qu'iel craint de ne plus pouvoir travailler dans les domaines qui l'intéressent, le social, le soin, l'éducation, l'autre parce qu'iel a peur de perdre son nouveau travail, un-e 3e parce qu'iel aimerait faire découvrir le monde à son enfant, un-e autre encore parce que les passages 2 fois par semaine des gendarmes foutent en l'air ses relations avec les voisin-es.
Mais toustes tiennent aussi à exprimer ce que l'un-e appelera leur « sursaut de vie » :
« la vie sédentaire, on me l'a imposée comme une punition, mais il faut rebondir »
« je suis quelqu'un qui m'accroche. Malgré tout ça, je ne veux pas mettre ma vie en suspens. Je suis impatient de pouvoir balayer ça d'un revers de main ».
Pour les réquiz, on notera juste que les peines demandées sont globalement les mêmes qu'en 1re instance, un poil plus pour la forme.
Et que l'accusation se précise pour les copaines : on leur reproche « la construction de petites cellules qui font des étincelles pour faire une flamme ».
Voilà. C'est carré. C'est matériel. Serait-ce la nouvelle définition du terro en France ?
Après la 1re instance, une personne n'a pas fait appel, elle a donc été condamnée pour AMT (association de malfaiteurs terroriste) : sans projet, sans prison, et sans inscription au FIJAIT ! elle est donc considérée comme une personne terroriste très dangereuse, même selon le parquet qui n'a pas fait appel de sa condamnation.
Or pour une association il faut plusieurs personnes, il faut donc condamner les autres. CQFD selon les avocates générales. Pas besoin d'autres arguments.
La défense ensuite parlera beaucoup du précédent Tarnac, parce qu'il faut voir les choses en face et l'ombre portée de Tarnac : la justice anti-terro rêve d'accrocher à son tableau un groupe d'« ultra-gauche ». Parce qu'il faut bien utiliser aussi toutes ces belles ressources créées par l'état d'urgence permanent, ces services, ces formations, ces agents, payés grassement pour notre sécurité et qui s'ennuient un peu maintenant que le terrorisme islamiste est en repli. Il faut bien les utiliser quelque part.
La défense reviendra aussi régulièrement sur le fameux « monde d'après » vanté par Emmanuel Macron après le confinement. Pour l'accusation, des hommes et femme marginaux-ales du monde d'avant, préparaient un attentat. Mais pendant ce confinement, ces activités étaient des activités « du monde de doute », du confinement, où on pensait que le monde allait changer, qu'il y aurait un après inconnu. Et finalement, après le confinement, tout le monde est revenu à son monde d'avant.
Pour les inculpé-es, le seul monde d'après est celui d'après le 8/12 qui a vu leur vie basculer. Et tout ça pour quoi ? des amitiés, quelques pétards et de l'airsoft, pour elleux des jeux inoffensifs de confinement : « je pense sincèrement que c'était un jeu », « c'était juste une partie de jeu », « avec lui, c'était rigolo, + un jeu », « nous avons simplement jouer », « un loisir pour passer le temps ».
Mais encore faut-il que la justice valide les mots. Et ne s'enferre pas dans la paranoïa.
Les avocat-es assumeront dans la foulée des inculpé-es les actes matériels existants dans le dossier. Les légaux : parties d'airsofts et hygiène numérique. Et les illégaux : détention d'armes illicite, fabrication d'explosifs et insisteront pour qu'iels soient jugé-es sur ça et seulement sur ça. Il n'y a pas de projet, pas d'intention quelconque et pas de volonté de passage à l'acte, donc pas d'association de malfaiteurs terroriste. Ils n'ont absolument rien fait de ces armes, de cette recette patentée d'explosif, et autre en 10 mois. Les avocat-es insistent donc pour qu'il n'y ait pas d'inscription au FIJAIT dans ce dossier.
Car le FIJAIT ce n'est pas comme le sursis : ce n'est pas pendant 5 ans au dessus de sa tête, c'est 20 ans avec des obligations dans sa vie quotidienne.
Le dernier mot aux inculpé-es sera bref : iels répètent qu'iels ne sont pas des terroristes, remercient leur proches et soutiens d'être avec elleux depuis tout ce temps, et le plus causant raconte son contrôle d'identité à la gare en arrivant un matin du procès :
la main du flic sur son holster, les 45 minutes à attendre,
et cette question : est ce que ça va être ça toute ma vie ?
Délibéré le 10 septembre.
06.06.2026 à 08:00
Alors que le gouvernement Lecornu vient de faire voter par le Sénat et l'Assemblée nationale un nouveau dégel du corps électoral de la Nouvelle-Calédonie satisfaisant une nouvelle fois les loyalistes Caldoches, on a trouvé important de revenir sur la longue histoire de Kanaky, des débuts du peuplement de l'archipel à la révolte de 2024 et sa terrible répression.
Alors que le gouvernement Lecornu vient de faire voter par le Sénat et l'Assemblée nationale un nouveau dégel du corps électoral de la Nouvelle-Calédonie satisfaisant une nouvelle fois les loyalistes Caldoches, on a trouvé important de revenir sur la longue histoire de Kanaky, des débuts du peuplement de l'archipel à la révolte de 2024 et sa terrible répression.
Le 13 Mai 2024, il y a deux ans, la Kanaky entrait pendant plusieurs mois en insurrection suite à l'annonce du dégel du corps électoral. Les raisons de la colère dépassaient sans doute largement cette nouvelle mesure. Une mesure d'ailleurs semblable à ce que la France a toujours essayé de faire sur l'archipel depuis la naissance du mouvement indépendantiste Kanak dans les années 70 : Rendre minoritaire le peuple premier sur sa terre en renforçant le peuplement colonial. Planter du blanc pour garder dans le giron français ce territoire stratégique dans le Pacifique.
Pendant 1 heure on revient sur la révolte de 2024 mais aussi beaucoup plus largement sur l'histoire du peuplement de l'archipel, sa colonisation, la ségrégation de la population autochtone, le racisme qui structure encore largement la société calédonienne, la naissance des mouvements indépendantistes, la décennie de quasi guerre civile dans les années 80 et les accords qui devaient amener à l'auto-détermination des premiers concernés par plus d'un siècle et demi de colonisation.
Avec des textes mais aussi beaucoup d'archives des différentes époques et des rencontres récentes qui témoignent sous forme documentaire du dernier soulèvement.

Image : Floriane de Lassée. – De la série « Le Caillou calédonien », la tribu de Tendo, non loin de Hienghène, 2014
Mayday c'est mercredis à 18h sur radio canut et aussi en rediffusion sur la Clé des ondes (Bordeaux), Radio Dragon (Mens), Radio Zinzine (Limans), radio Cause Commune (Paris et Île-de-France), radio Méga (Valence), radio Larzac (causses et au delà), radio Grenouille (Marseille). Toutes nos émissions se réécoutent aussi ici ou sur les trucs de podcast : https://audioblog.arteradio.com/blog/98875/mayday
06.06.2026 à 08:00
AG de la Commission de mobilisation du travail social IDF à la suite de la grève du 26 mai. Rendez-vous le mercredi 10 juin à 18h30 à la bourse du travail de Paris
AG de la Commission de mobilisation du travail social IDF à la suite de la grève du 26 mai. Rendez-vous le mercredi 10 juin à 18h30 à la bourse du travail de Paris
🔴Le social est attaqué : licenciements, sous-effectifs, bas salaires, réforme des diplômes, lois racistes et antisociales...
À la suite de la grève du 26 mai dans le secteur social et médico-social, organisons-nous pour rejoindre les prochaines mobilisations.
Rendez-vous à venir :
Nos salaires et nos conditions de travail ne suivent plus face à nos besoins. des postes restent vacants des mois, dégradant ainsi nos conditions de travail et d'accompagnement des personnes.
Nous mettons en cause une grave diminution de moyens dans le secteur, qui nous empêche de faire notre métier correctement et alimente une perte de sens.
Contre les plans de licenciement en cours
Comme le vivent actuellement nos collègues d'Emmaüs Alternatives, le social subit des coupes budgétaires inédites. La branche Emmaüs Alternatives est menacée de fermeture ou de rachat, laissant des dizaines de salarié-es dans l'inconnu.
Nous appelons à la fin des politiques d'austérité que mènent conjointement le gouvernement et le patronat.
Des lois de plus en plus racistes qui touchent le social
Nous sommes quotidiennement témoins du durcissement des conditions d'accueil des personnes exilées. Cette tendance va s'accentuer dès le 12 juin avec l'application du Pacte Européen Migration et Asile.
L'Union européenne prévoit également l'entrée en vigueur d'un règlement retour qui permettra notamment la perquisition des personnes sous OQTF dans les lieux privés ou associatifs, comme les centres d'hébergement d'urgence.
🔥Collègues, étudiants, syndicats, collectifs
Organisons-nous !!
Rdv en AG du social en lutte le 10 juin à 18h30 (3 rue du château d'eau à Paris)
En cortège travail social les 12 et 20 juin !!
Toutes les infos dans ce tract à diffuser, partager partout !!
Rubrique «À LIRE AILLEURS»