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Rubrique «À LIRE AILLEURS»
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08.06.2026 à 18:00

Rassemblement contre le colonialisme chimique, justice pour les victimes du chlordécone et de l'agent orange

Le samedi 20 juin à 14h à Bastille (Paris), DSAVEC et le Collectif Vietnam Dioxine qui luttent pour obtenir justice et réparations à la suite de l'empoisonnement au chlordécone en Guadeloupe et en Martinique et à l'agent orange au Vietnam, Cambodge et Laos, joignent leur force pour organiser un rassemblement contre le colonialisme chimique et pour une écologie décoloniale.

Texte intégral (557 mots)

Le samedi 20 juin à 14h à Bastille (Paris), DSAVEC et le Collectif Vietnam Dioxine qui luttent pour obtenir justice et réparations à la suite de l'empoisonnement au chlordécone en Guadeloupe et en Martinique et à l'agent orange au Vietnam, Cambodge et Laos, joignent leur force pour organiser un rassemblement contre le colonialisme chimique et pour une écologie décoloniale.

20 juin : justice pour les victimes du chlordécone et de l'agent orange !

Le samedi 20 juin à Bastille (Paris), Diasporas Solidaires Avec les Victimes de l'Empoisonnement Colonial et le Collectif Vietnam Dioxine qui luttent pour obtenir justice et réparations à la suite de l'empoisonnement au chlordécone en Guadeloupe et en Martinique et à l'agent orange au Vietnam, Cambodge et Laos, joignent leur force pour organiser un rassemblement contre le colonialisme chimique et pour une écologie décoloniale.

Le 16 juin aura lieu l'audience du procès en Cassation de Tran To Nga contre les firmes ayant produit ou commercialisé l'agent orange. Pour rappel, intenté depuis 2014, le procès en première instance au Tribunal d'Evry en 2021 s'est soldé par un rejet de la plainte, confirmé par la Cour d'Appel de Paris en 2024. Ce pourvoi en cassation constitue la dernière chance pour Tran To Nga de condamner Monsanto, Dow Chemical et (les autres compagnies) cie, et rendre justice pour les 3 millions de victimes au Vietnam, Cambodge et au Laos.

Également, le 22 juin, la cour d'appel de Paris rendra sa décision sur l'appel formé contre l'ordonnance de non-lieu du 2 janvier 2023 dans l'affaire pénale dite de la « pollution au chlordécone », ouverte notamment pour empoisonnement, mise en danger de la vie d'autrui et administration de substances nuisibles. Après plus de quinze ans d'instruction, ce non-lieu a été vécu comme un véritable déni de justice par les populations de Guadeloupe et de Martinique. Alors que l'empoisonnement des terres, des eaux, de l'alimentation et des corps est documenté, aucune responsabilité pénale n'a, à ce jour, été reconnue. L'extension récente de la Charte sociale européenne aux outre-mer oblige désormais l'État français à assumer juridiquement ce scandale sanitaire, environnemental et colonial.

Nous exigeons reconnaissance, justice et réparations, pour toutes les victimes du chlordécone et de l'agent orange !

RDV le samedi 20 juin à 14h, place de la Bastille, à Paris !

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08.06.2026 à 13:12

Rebellyon, les débuts du plus rebelle des sites web // une émission de Minuit Décousu

1h d'émission pour faire un saut radiophonique dans les années 2000 à Lyon et retracer l'histoire du site Rebellyon.info, contre modèle historique d'Indymedia dont les pérégrinations mèneront en 2013 au lancement du réseau Mutu auquel Paris luttes contribue !

Texte intégral (597 mots)

1h d'émission pour faire un saut radiophonique dans les années 2000 à Lyon et retracer l'histoire du site Rebellyon.info, contre modèle historique d'Indymedia dont les pérégrinations mèneront en 2013 au lancement du réseau Mutu auquel Paris luttes contribue !

Minuit Décousu, c'est une émission de création sonore/documentaire de nuit sur Radio Canut (Lyon et alentours) et Cause Commune (Paris/IDF). Semaine après semaine pendant une heure, on en découd avec la nuit et on tire le fils de sons, de textes, d'archives et de voix qui s'entremêlent. Cette semaine, à l'occasion des 20 ans du site rebellyon.info , on a fait chauffer nos micros pour retracer l'histoire du site !

A Canut et plus encore à Minuit Décousu c'est un site qu'on consulte pas mal et sur lequel on relaie nos émissions. Pour fêter ses 20 piges à notre manière on est allé'es voir trois camarades qui nous ont raconté les débuts de Rebellyon. Ce sont eux qui nous replongent au début des années 2000 à Lyon, où les réseaux sociaux n'existent encore que très marginalement et où l'on consulte les annonces des prochaines manifs à la radio, ou sur les portes des librairies du mouvement libertaire la Gryffe et de la Plume Noire. Du choix de construire un modèle alternatif à Indymedia aux aventures rocambolesque de serveurs bougeant de squat en squat jusqu'à l'élargissement du modèle Rebellyon et la création du réseau mutu.info, on a compilé ça en une heure de radio pour écouter cette belle page d'histoire des médias anti-autoritaires.

L'émission s'écoute ici ou sur toutes les applis de podcast. Bonne écoute ! 🎧

Épisode #221 Rebellyon, les débuts du plus rebelle des sites web

Minuit Décousu, le 23h-00h de création sonore/documentaire sur Radio Canut tous les mardis soirs et en rediff' sur Cause Commune à Paris/IDF 📻
En podcast ici ou sur toutes les autres applications de podcast :
https://audioblog.arteradio.com/blog/139527/minuit-decousu

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08.06.2026 à 08:00

Rencontre avec l'Intercollectif des Sans-Papiers, Martine El Ouardi et Anne Volery

Anne Volery, Martine El Ouardi et des membres du Collectif des jeunes du parc de Belleville et de la Coordination 75 des sans-papiers seront les invité-es de la librairie Le Monte-en-l'air (2 rue de la Mare, 75020 Paris) le 23 juin à 19h30 pour nous parler de leurs luttes et des livres « L'heure est grave ! » paru aux éditions Terres de Feu et « Personne n'est illégal », une auto-édition.

Texte intégral (546 mots)

Anne Volery, Martine El Ouardi et des membres du Collectif des jeunes du parc de Belleville et de la Coordination 75 des sans-papiers seront les invité-es de la librairie Le Monte-en-l'air (2 rue de la Mare, 75020 Paris) le 23 juin à 19h30 pour nous parler de leurs luttes et des livres « L'heure est grave ! » paru aux éditions Terres de Feu et « Personne n'est illégal », une auto-édition.

Présentation de "L'heure est grave !" :

Le Collectif des Jeunes du Parc de Belleville est le nom d'un combat. Après un long périple qui les mène en France, ces mineurs dits « non accompagnés » se retrouvent face à l'État, ses institutions, son silence, sa répression.
Martine El Ouardi, chercheuse en sciences sociales, raconte cette histoire - leur histoire - en les impliquant dans le processus d'écriture. En prenant part aux occupations, dont celles de la Maison des Métallos et de la Gaîté Lyrique, une impressionnante capacité d'auto-organisation se déploie face à l'adversité : négociations avec la mairie, expulsions... mais aussi des victoires pour la dignité, la reconnaissance de leur droit à vivre, à accéder aux soins, à étudier.

Présentation de "Personne n'est illégal" :

Depuis le mouvement des sans-papiers de 1996, qui a vu notamment l'occupation de l'église Saint-Bernard, le mouvement s'est structuré au sein de collectifs et de coordinations de collectifs. Leurs revendications : la régularisation de tous les sans-papiers, la liberté de circulation et la liberté d'installation. Ce qui les pousse à agir : sortir de l'aliénation du travail au noir, échapper à l'arbitraire des préfectures et à la peur des contrôles policiers.

À travers les photographies et la parole des délégués de la CSP75 et de l'Intercollectif Ile-de-France, ce livre donne à voir et à entendre une lutte continue pour des droits mais aussi les acteur.ice.s de cette lutte. Les photographies, exclusivement prises en manifestations entre 2020 et 2025, permettent de voir évoluer un collectif formé d'individualités ; elles montrent la nécessité de la lutte qui se lit dans les regards, et la force que donne l'action collective. Les entretiens permettent de comprendre cette lutte et ses enjeux actuels.

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08.06.2026 à 08:00

Rencontre autour du livre « Déborder Bolloré »

La librairie les Jours Heureux est heureuse d'accueillir deux contributrices de l'ouvrage « Déborder Bolloré » : Clara Pacotte (autrice, éditrice, chercheuse et éditrice) et Pascale Obolo (éditrice, réalisatrice, organisatrice de foires).

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La librairie les Jours Heureux est heureuse d'accueillir deux contributrices de l'ouvrage « Déborder Bolloré » : Clara Pacotte (autrice, éditrice, chercheuse et éditrice) et Pascale Obolo (éditrice, réalisatrice, organisatrice de foires).

La librairie les Jours Heureux est heureuse d'accueillir deux contributrices de l'ouvrage « Déborder Bolloré » : Clara Pacotte (autrice, éditrice, chercheuse et éditrice) et Pascale Obolo (éditrice, réalisatrice, organisatrice de foires).
Ce sera l'occasion d'échanger sur la chaîne du livre, afin de mieux comprendre son fonctionnement, ses rouages, et ses failles.

L'enjeu de cette rencontre est tout d'abord de comprendre le système de production du livre, ainsi que ses mécanismes de concentration - et d'extrême-droitisation. Quel modèle économique structure le monde du livre ? Qui profite de cette industrie ? Hachette occupe à lui-seul 40% du marché du livre : comment Bolloré a construit son monopole ? Comment fabriquer et diffuser des contre-récits, féministes, queer et antiracistes ?
Il nous semble essentiel de nous éclairer collectivement sur cette chaîne de production complexe, pour pouvoir lutter au mieux.

Que pouvons-nous faire ?
Nous ne cherchons pas uniquement à penser au débordement de Bolloré : nos questionnement dépassent cet unique milliardaire fasciste. En effet, 4 groupes (Hachette, Editis, MediaParticipation et Madrigall) détiennent environ 70% du marché du livre. Face à cette concentration, il s'agit de réfléchir globalement à nos muliples moyens d'action, en tant qu'éditeurICE, librare, clientEs, etc.

Retrouvons-nous le vendredi 12 juin à 19h, à la librairie les Jours heureux, pour en parler et nous organiser !

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08.06.2026 à 08:00

Du 12 au 15 juin : Weekend de mobilisation contre EUROSATORY, salon mondial de la guerre et de l'oppression des peuples

Du 15 au 19 juin, Eurosatory, l'un des plus grands salons d'armement au monde, va se tenir à Villepinte, en Seine-Saint-Denis. Pour nos luttes et nos conditions d'existence, en solidarité avec les résistances des peuples du monde entier, ne les laissons pas faire !

Texte intégral (532 mots)

Du 15 au 19 juin, Eurosatory, l'un des plus grands salons d'armement au monde, va se tenir à Villepinte, en Seine-Saint-Denis. Pour nos luttes et nos conditions d'existence, en solidarité avec les résistances des peuples du monde entier, ne les laissons pas faire !

Retrouvons-nous à la veille de l'ouverture du salon pour un weekend de rencontres et de lutte, anti-guerre et populaire 💥💥

Vendredi 12 juin à Paris
Manifestation contre le Pacte Asile & Migration et le Règlement Retour - 17h - République

Samedi 13 juin à Saint-Denis
Pour une journée de rencontres, discussions, formations et de mobilisation antimilitariste
Tables rondes :

  • 10h-12h : « Travail, famille, patrie » : Lutter contre la militarisation et la fascisation au travail, à l'école et dans les quartiers populaires
  • 17h30-19h30 : Face aux empires, la résistance comme avenir. Palestine, Soudan, Iran

Dimanche 14 juin à Paris
Pride Radicale anti-guerre et contre les génocides. Pour la dignité de tous.tes les migrant.es et une décolonisation globale
plus d'infos sur instagram : @prideradicale.paris

Lundi 15 juin à Villepinte
Rassemblement à l'ouverture du salon Eurosatory
9h - Parc des expositions de Villepinte - RER B

Plus d'infos sur :
guerrealaguerre.net
t.me/guerrealaguerre
@guerre.alaguerre (accès sans compte instagram : @guerre.alaguerre)

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07.06.2026 à 18:00

1934 : Emma Goldman explique pourquoi la dictature bolchevik n'a rien à voir avec le communisme

Parution sur infokiosques.net d'une brochure constituée principalement de la traduction du texte d'Emma Goldman « Il n'y a pas de communisme en Russie », dans lequel elle fait le bilan de 17 années de régime bolchevik.

Texte intégral (2775 mots)

Parution sur infokiosques.net d'une brochure constituée principalement de la traduction du texte d'Emma Goldman « Il n'y a pas de communisme en Russie », dans lequel elle fait le bilan de 17 années de régime bolchevik.

Il y a cent ans, en 1917, la Russie vivait une des années les plus importantes de son histoire, avec entre février et octobre une insurrection populaire, la grève générale, la chute du régime tsariste, l'auto-organisation à travers le pays puis la prise de pouvoir en mode coup d'État par les bolcheviks.

Moins de vingt ans plus tard, Emma Goldman expose pourquoi il n'y a pas de communisme en Russie, en quoi parler de « communisme » à propos du régime bolchevik dans la Russie de l'après-révolution de 1917 est plus qu'un abus de langage mais carrément un mensonge. Ayant passé deux ans en Russie en 1920-1921, elle puise dans son expérience personnelle et dans des informations obtenues dans les années 1920-1930 pour jeter un regard lucide sur l'imposture « communiste » de la dictature bolchevique.

Écrit en anglais en 1934 sous le titre « Communism : Bolshevist and Anarchist, A Comparison », le texte « There is No Communism in Russia » a été publié dans The American Mercury, vol. XXXIV, en avril 1935. Il s'agit d'une version épurée du texte initial, celui-ci ayant été tronqué par l'éditeur, créant le mécontentement d'Emma Goldman. Mais l'article original semblant désormais introuvable, c'est une traduction de la version tronquée que vous vous apprêtez à lire.

Publié sous forme de brochure avec quelques extraits de l'autobiographie d'Emma Goldman Living My Life, le texte « Il n'y a pas de communisme en Russie » est intégralement lisible et téléchargeable sur infokiosques.net. Il est disponible au format PDF en version cahier A5 imprimable et version page par page (à lire sur l'écran) aussi bien en anglais qu'en français.

★ Extraits :

De manière générale, le communisme est l'idéal d'égalité et de fraternité humaine. Il considère l'exploitation de l'humain par l'humain comme la source de tout esclavage et de toute oppression. Il maintient que l'inégalité économique mène à l'injustice sociale et est l'ennemie du progrès moral et intellectuel. Le communisme vise à créer une société sans classes, résultant de la mise en commun des moyens de production et de distribution. Il enseigne que ce n'est que dans une société solidaire et sans classes que l'humain peut jouir de la liberté, de la paix et du bien-être.

(...)

Mon objectif, ici, était de comparer l'idée de communisme avec sa mise en application dans la Russie soviétique, mais à y regarder de plus près il s'agit d'une tâche impossible. En réalité, il n'y a pas de communisme en URSS [1]. Là-bas, pas un seul principe communiste, pas un seul élément de ses enseignements n'est appliqué par le Parti communiste.

(...)

Tout d'abord, il est nécessaire de considérer l'idée fondamentale qui sous-tend le prétendu communisme des bolcheviks. Il est clair que celle-ci est centralisée, autoritaire, fondée presque exclusivement sur la coercition gouvernementale, sur la violence. Ce n'est pas le communisme de l'association volontaire, c'est un communisme étatique obligatoire. Cela doit être gardé en mémoire pour comprendre la méthode que l'État soviétique utilise pour mettre en oeuvre ses projets et donner l'impression que ceux-ci sont communistes.

(...)

En Russie, ni la terre, ni la production, ni la distribution ne sont socialisées. Tout est nationalisé et appartient au gouvernement, exactement comme la Poste aux États-Unis ou les chemins de fer en Allemagne ou dans d'autres pays européens. Il n'y a rien de communiste là-dedans.

Le reste de la structure économique de l'URSS n'est pas plus communiste que la terre ou les moyens de production. Toutes les sources d'existence sont la propriété du gouvernement central ; celui-ci a le monopole absolu du commerce extérieur ; les imprimeries appartiennent à l'État, tous les livres, toutes les feuilles de papier imprimé sont des publications du gouvernement. Pour résumer, le pays entier et tout ce qu'il contient sont la propriété de l'État, comme quand aux temps anciens tout était propriété de la Couronne impériale de Russie. Les quelques biens qui ne sont pas nationalisés, comme certaines vieilles maisons délabrées à Moscou, par exemple, ou de petits magasins miteux disposant d'un misérable stock de cosmétiques, sont uniquement tolérés, à tout moment ils peuvent être saisis par simple décret du gouvernement.

Une telle situation relève du capitalisme d'État, il serait grotesque d'y déceler quoi que ce soit de communiste.

(...)

L'essence du communisme, même de type coercitif, est l'absence de classes sociales. L'introduction de l'égalité économique en constitue la première étape. Telle a été la base de toutes les philosophies communistes, même si elles diffèrent entre elles sur d'autres aspects. Leur objectif commun était d'assurer la justice sociale ; toutes affirmaient qu'on ne pouvait parvenir à la justice sociale sans établir l'égalité économique. Même Platon, qui prévoyait l'existence de différentes catégories intellectuelles et morales dans sa République, s'était prononcé en faveur de l'égalité économique absolue, les classes dirigeantes ne devant pas y jouir de privilèges ou de droits plus importants que ceux situés en bas de l'échelle sociale.

Au risque de me voir condamnée pour avoir dit toute la vérité, je dois affirmer sans équivoque et sans réserve que la Russie soviétique représente le cas exactement opposé. Le bolchevisme n'a pas aboli les classes en Russie : il a simplement inversé leurs relations antérieures. En fait, il a même multiplié les divisions sociales qui existaient avant la Révolution.

Quand je suis arrivée en Russie en janvier 1920, j'ai découvert d'innombrables catégories économiques, fondées sur les rations alimentaires distribuées par le gouvernement. Le marin recevait la meilleure ration, supérieure en qualité, en quantité et en variété à la nourriture que mangeait le reste de la population. C'était l'aristocrate de la Révolution ; sur le plan économique et social, il était considéré universellement comme appartenant aux nouvelles classes privilégiées. Après lui, venait le soldat, l'homme de l'Armée rouge, qui recevait une ration bien moindre, notamment avec moins de pain. Puis venait l'ouvrier travaillant dans l'industrie militaire ; enfin venaient les autres ouvriers, eux-mêmes divisés en ouvriers qualifiés, artisans, manœuvres, etc. Chaque catégorie recevait un peu moins de pain, de matières grasses, de sucre, de tabac et des autres produits (lorsqu'il y en avait). Les membres de l'ancienne bourgeoisie, classe officiellement abolie et expropriée, appartenaient à la dernière catégorie économique et ne recevaient pratiquement rien. La plupart d'entre eux ne pouvaient avoir ni travail ni logement - et personne ne se souciait de la façon dont ils allaient survivre - sans se mettre à voler ou à rejoindre les armées contre-révolutionnaires ou les bandes de pillards.

La possession d'une carte rouge, prouvant l'appartenance au Parti communiste, permettait de se placer au-dessus de toutes ces catégories. Chaque membre du Parti communiste bénéficiait d'une ration spéciale, pouvait manger dans la stolovaya [2] du Parti et avait le droit, surtout s'il était recommandé par un responsable plus élevé, à des sous-vêtements chauds, des bottes en cuir, un manteau de fourrure ou d'autres articles de valeur. Les bolcheviks les plus éminents disposaient de leurs propres restaurants, auxquels les membres ordinaires du Parti n'avaient pas accès. A l'Institut Smolny, qui abritait alors le quartier général du gouvernement de Petrograd [3], il existait deux restaurants, un pour les communistes les mieux placés, un autre pour ceux d'importance moindre. Zinoviev, alors président du soviet de Petrograd et véritable autocrate du District du Nord, ainsi que d'autres membres du gouvernement prenaient leurs repas chez eux, à l'Astoria, autrefois le meilleur hôtel de la ville, devenu la première Maison du soviet, où ils vivaient avec leurs familles.

Plus tard, je constatais la même situation à Moscou, Kharkov, Kiev, Odessa - partout dans toute la Russie soviétique.

Voilà ce qu'était le « communisme » bolchevik. Ce système a eu des conséquences désastreuses, causant de l'insatisfaction, du ressentiment et de l'antagonisme à travers le pays, provoquant des sabotages dans les usines et les campagnes, des grèves et des révoltes...

(...)

La Révolution russe était un bouleversement social au sens le plus profond : sa tendance fondamentale était libertaire, son but essentiel était l'égalité économique et sociale. Bien avant les journées d'octobre-novembre 1917, le prolétariat urbain avait commencé à s'emparer des ateliers, des boutiques et des usines, pendant que les paysans expropriaient les grandes propriétés et mettaient en commun les terres. Le développement continu de la Révolution dans une direction communiste dépendait de l'unité des forces révolutionnaires et de l'initiative directe, créatrice, des masses laborieuses. Les gens étaient enthousiasmés par les grands objectifs qu'ils avait devant eux ; ils s'appliquaient passionnément, énergiquement, à reconstruire une nouvelle société. Seuls ceux qui avaient été exploités pendant des siècles étaient capables de trouver librement le chemin vers une société nouvelle, régénérée.

Mais les dogmes bolcheviks et l'étatisme « communiste » ont constitué un obstacle fatal aux activités créatrices des gens. La caractéristique fondamentale de la psychologie bolchevik est sa méfiance envers les masses. Leurs théories marxistes, en concentrant exclusivement le pouvoir entre les mains du Parti, aboutirent rapidement à la destruction de toute coopération révolutionnaire, à l'élimination brutale et arbitraire des autres partis et mouvements politiques. Les tactiques bolcheviks ont abouti à l'éradication systématique du moindre signe de mécontentement, à l'étouffement des critiques et à l'écrasement des opinions indépendantes, des efforts et des initiatives populaires. La dictature communiste, avec son extrême centralisation mécanique, a frustré les activités économiques et industrielles du pays. Les masses étaient démunies de la possibilité de façonner les politiques de la Révolution et ne pouvaient même pas prendre part à l'administration de leurs propres affaires. Les syndicats ont été gouvernementalisés et transformés en transmetteurs des ordres de l'État. Les coopératives populaires - ces nerfs vitaux de la solidarité active et de l'entraide entre villes et campagnes - ont été liquidées. Les soviets de paysans et d'ouvriers ont été vidés de leur contenu et transformés en comités obéissants. Le gouvernement a monopolisé chaque phase de la vie. Une machine bureaucratique a été créée, épouvantable par son inefficacité, sa corruption et sa brutalité. La Révolution était séparée des gens, condamnée à périr ; et au-dessus de tous planait le redoutable glaive de la terreur bolchevik.

Tel était le « communisme » des bolcheviks au cours des premières étapes de la Révolution.

(...)

Il y a davantage de classes dans la Russie soviétique d'aujourd'hui que dans celle de 1917, et que dans la plupart des autres pays du monde. Les bolcheviks ont créé une énorme bureaucratie soviétique qui jouit de privilèges spéciaux et d'une autorité presque illimitée sur les masses ouvrières et paysannes. Au-dessus de cette bureaucratie se trouve une classe encore plus privilégiée, celle des « camarades responsables », la nouvelle aristocratie soviétique.

(...)

La dictature est devenue une nécessité absolue pour la survie du régime. Car là où règnent un système de classes et l'inégalité sociale, l'État doit recourir à la force et à la répression. La brutalité d'une telle situation est toujours proportionnelle à l'amertume et au ressentiment qu'éprouvent les masses. C'est pourquoi la terreur gouvernementale est plus forte en Russie soviétique que n'importe où ailleurs dans le monde civilisé actuel, parce que Staline doit vaincre et réduire en esclavage une centaine de millions de paysans tenaces.


Un autre texte d'Emma Goldman, « Un an au pénitencier de Blackwell's Island », extrait de son autobiographie, a également été publié sous forme de brochure sur infokiosques.net. Emma Goldman y narre sa première année d'emprisonnement au pénitencier de Blackwell's Island, à New York.


[1] Union des Républiques socialistes soviétiques.

[2] Cantine.

[3] L'Institut Smolny est un édifice palladien de Saint-Pétersbourg. Pendant la Révolution russe de 1917, il a été choisi par Lénine comme quartier général des bolcheviks et a été la résidence de Lénine pendant plusieurs mois, jusqu'au moment où le gouvernement soviétique a été déplacé au Kremlin de Moscou. Après cela, l'Institut Smolny devint le siège de la section locale du Parti communiste, dans les faits l'Hôtel de Ville de Petrograd puis de Léningrad - noms successivement portés par Saint-Pétersbourg avant 1991.

Cet article a été publié la première fois sur Paris-Luttes.info fin juin 2017.

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