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Rubrique «À LIRE AILLEURS»

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07.02.2026 à 08:00

Avec les inculpé·es du 8 décembre (1/2) : Quand l'antiterro' toque à la porte / une émission de Minuit Décousu

Le 8 décembre 2020 au matin, 9 personnes se font interpeller simultanément aux quatre coins de la France et sont retenu·es 96h dans les locaux de la DGSI. 7 d'entre eux sont ensuite inculpé·es pour « association de malfaiteurs terroristes ». Première partie d'un retour radiophonique sur l'affaire en vue du procès avec deux des interpellé·es au micro.

Texte intégral (675 mots)

Le 8 décembre 2020 au matin, 9 personnes se font interpeller simultanément aux quatre coins de la France et sont retenu·es 96h dans les locaux de la DGSI. 7 d'entre eux sont ensuite inculpé·es pour « association de malfaiteurs terroristes ». Première partie d'un retour radiophonique sur l'affaire en vue du procès avec deux des interpellé·es au micro.

Minuit Décousu, c'est un fanzine radiophonique nocturne sur Radio Canut (Lyon et alentours), Cause Commune (Paris/IDF), Radio Kipik (Arriège) et Radio Vassivière (Limousin). Semaine après semaine pendant une heure, on en découd avec la nuit et on tire les fils de sons, de textes, d'archives et de voix qui s'entremêlent. Cette semaine, on démarre un double programme sur l'affaire dite du « 8 décembre » en solidarité avec ses inculpé·es.

Le 8 décembre 2020 au petit matin, Klo et Svink, ainsi que 7 autre personnes se font interpeller simultanément aux quatre coins de la France et sont retenu·es 96h dans les locaux de la DGSI. 7 d'entre eux sont ensuite inculpé·es pour « association de malfaiteurs terroristes ». Dans cette première partie, on écoute Klo et Svink raconter leur interpellation, leur garde à vue au 4e sous-sol de la DGSI à Levallois-Perret et l'incarcération de Svink à Fleury-Mérogis pendant 11 mois en attendant le procès. Ce, alors qu'iels cherchent à comprendre tant bien que mal à l'époque les tournants et les aboutissants de ce dossier monté de toute pièce contre elleux.

L'émission s'écoute sur notre audioblog, ici, et un peu partout en podcast. Bonne écoute !

Avec les inculpé·es du 8 décembre (1/2) : Quand l'antiterro' toque à la porte / une émission de Minuit Décousu

On se retrouve la semaine prochaine pour la 2e partie de l'émission « Qui terrorise qui ? le petit théâtre de de la justice d'exception » où l'on parlera du procès des inculpé·es en 2023, du procès en appel à venir et surtout de la normalisation de l'utilisation des moyens d'exception et de l'antiterrorisme pour tenter de museler les luttes sociales.

Pour aller plus loin, on recommande chaudement la visite du blog des Comités de soutien du 8/12. On peut aussi soutenir les inculpé·es de plein de manières, y crompris financièrement avec la cagnotte de soutien en ligne.

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07.02.2026 à 08:00

[Brochure] Parce que notre rage déborde !

J'ai beaucoup hésité à diffuser ce texte. J'avais peur. Pas tellement peur d'avoir fait des erreurs ou de m'être trompée sur des trucs (c'est plus que probable et je veux apprendre), mais peur qu'on s'en serve pour annuler tout le reste de mon propos. J'avais peur qu'on se centre sur un détail, une inexactitude, et qu'on oublie le reste.

Texte intégral (13784 mots)

J'ai beaucoup hésité à diffuser ce texte. J'avais peur. Pas tellement peur d'avoir fait des erreurs ou de m'être trompée sur des trucs (c'est plus que probable et je veux apprendre), mais peur qu'on s'en serve pour annuler tout le reste de mon propos. J'avais peur qu'on se centre sur un détail, une inexactitude, et qu'on oublie le reste.

J'avais peur aussi qu'on m'oppose que mon texte est trop agressif, et qu'on se serve de sa forme pour l'invalider, ou pour ne pas le lire, ou qu'on me rétorque que le fond d'accord, mais la forme c'est non. « Si tu veux que ton message soit entendu, il faut être calme, gentille, douce, pédagogue, empathique. » Il faut les ménager.

J'avais peur qu'on me psychiatrise ou qu'on me victimise, qu'on décrédibilise ma colère et qu'on dépolitise mon propos en mettant ma rage sur le compte de la souffrance individuelle. J'avais peur qu'on décrète que mon histoire est isolée, que je dois travailler sur moi et sur mes émotions pour trouver la paix.

J'avais peur qu'on m'explique que je dessers la cause. J'avais peur qu'on me dise qu'il y a plus important, plus urgent, et qu'on évite le sujet du texte. J'avais peur qu'on critique l'angle et le fait que je me centre sur un tout petit pan du féminisme, que je ne sois pas exhaustive sur tout le féminisme et sur toutes les dynamiques intersectionnelles d'oppressions. J'avais peur qu'on me dise que j'aurais pas dû faire comme ça, que c'est pas parfait alors j'aurais mieux fait de fermer ma gueule.

J'avais peur enfin qu'on ne me croie pas. J'avais peur qu'on me dise que ce que je vis/on vit, c'est rien. J'avais peur qu'on minimise nos expériences parce qu' « en France, ça va quand même, les personnes sexisées sont pas à plaindre ». Et qu'en parallèle, on maximise les efforts des hommes à (enfin) identifier et exprimer leurs émotions, quand bien même cela silencie la personne en face.

Oh attendez… mais ? « Silencie » ? N'est-ce pas de silenciation qu'il s'agit là ? Et ce texte parle de… visibiliser les procédés de silenciation ?! Bien sûr qu'il mérite d'exister et d'être diffusé. Bonne lecture !

Tu sais ce que j'aime dans tes yeux ?
Non ?
Mon reflet
.



Introduction

Ça fait quelques années maintenant que j'oscille lentement entre la rage et l'apathie. On ment plutôt régulièrement pour te dire à quel point les plus grands sont en fait petits. À coup de lumières et de couleurs dans le téléviseur, on te vend Goliath en David. Si bien que je ne m'étonnerai pas de sentir de mes mains les parois de sa bouche avide. (Solann, Les Ogres)


Juste avant Noël, je discutais par message avec un gars qui venait de me ghoster [1] pendant un mois. Mon histoire commence bien, hein ? Remarquez, c'est plutôt commun : que les mecs ghostent et que nous on passe l'éponge. Bref, on discutait, et j'avais pas tout à fait passé l'éponge puisque j'essayais de comprendre pourquoi il avait ignoré mes messages. J'essayais aussi de lui faire comprendre que c'était blessant et que ça me soûlait qu'il ne réponde qu'à ce qui le concernait lui, qu'il me raconte sa vie et ses réflexions dans leurs grandes largeurs sans rebondir à aucun de mes partages, par exemple au fait que j'étais malade (même aux gens que t'aimes pas tu fais l'effort de dire « bon rétablissement »). Au bout de quelques jours de ramage de ma part et de racontage de vie de la sienne, le gars m'a sorti la réponse du siècle ! Celle qui m'a plongée dans un abysse de remises en question tout d'abord (je suis un pur produit de l'éducation genrée que voulez-vous), puis qui m'a précipitée dans un désespoir que vous pouvez même pas vous représenter. Sa réponse a été la goutte de trop. Elle m'a effondrée. J'ai pleuré pendant des jours (Noël c'était super), j'ai enchaîné les insomnies, j'ai arrêté de manger et j'ai parlé des heures durant avec mes ami·es. Avec mon amoureux et mes frères aussi, parce que même depuis le fond d'un puits glacé, humide et tout noir, on essaie de déceler, là-haut, à la surface, un rayon de lumière et d'espoir.

Le soir-même de la goutte de trop (c'est malin j'ai la chanson d'Eddy de Pretto dans la tête maintenant), j'ai écrit un texte bien énervé que je voulais un peu retravailler, puis envoyer à tous les gens que je connaissais, surtout aux hommes. Plus tard, la brume dans mon cerveau s'est dissipée, j'ai réussi à dormir, j'ai marché au soleil, mon système cognitif a repris un fonctionnement normal, la clarté est revenue : ce premier jet est bourré d'insultes, mon propos est inaudible au milieu de toutes les marques de rage et de mépris. Et mon intention est d'être audible. Alors je recommence, je réécris, je fais l'effort de rendre mon texte plus lisible dans sa forme. Je vous demande en échange de faire l'effort de mettre votre mauvaise foi de côté, pour quelques minutes. Ce n'est pas grave si j'ai raison. Ce n'est pas grave si vous avez tort. Ce n'est pas grave si vous avez merdé. Vous pouvez faire mieux, dorénavant.

Je réalise que je n'ai encore rien dit sur la réponse du gars, cette goutte de trop. Cette anecdote n'est que le point de départ de ma réflexion et un prétexte à la rédaction de ce texte. J'aimerais qu'on réussisse à s'en décoller. Et puis j'ai envie d'amener progressivement les découvertes que cela m'a permis de faire, en plantant peu à peu le décor dans lequel se joue cette scène, alors je vous laisse lire la suite et découvrir plus tard ce que la goutte de trop recouvre.

Au préalable, il faut que je vous dise que quand j'écris « vous », je m'adresse aux hommes cisgenres [2], et qu'à chaque fois que je parle de gars/mecs/types/hommes, je parle d'hommes cisgenres. Donc quand je vous demande de mettre votre mauvaise foi de côté, ce sont les hommes cisgenres que je sollicite avec cette requête.

Je dois préciser également que mon propos et mes réflexions ici ne concernent qu'une toute petite partie de l'immensité du patriarcat qui règne sur notre planète (et sur d'autres ? hihi). Je me concentre sur les stratégies individuelles sexistes et misogynes au sein de nos relations interpersonnelles, stratégies qui peuvent exister grâce au contexte patriarcal omniprésent, et qu'elles alimentent en retour. Évidemment mon texte est empli de biais, je ne me lance pas dans une étude ou une revue de littérature complète sur le sujet.

Ainsi, je n'évoque pratiquement pas les autres types d'oppressions (racisme, capitalisme, validisme, classisme, psychophobie, putophobie, grossophobie, adultisme, âgisme, etc.) qui, quand elles s'entrecroisent avec le patriarcat par exemple, se combinent et voient leurs conséquences non pas s'additionner mais se démultiplier de manière spécifique à tel ou tel type d'intersectionI [3]. Je choisis de me concentrer sur le patriarcat mais ayez à l'esprit que chaque situation de violence mentionnée dans ce texte est quasiment toujours amplifiée par au moins une autre oppression que subit également la personne victime.

De même, ces autres types d'oppressions sont en jeu lorsqu'on parle de masculinités : le genre ne se vit pas en dehors de tout [4], et toutes les masculinités n'ont pas les mêmes privilèges. Ainsi, je ne vais quasiment parler que du patriarcat, mais si je voulais être exhaustive, il faudrait en réalité croiser ce système de domination avec d'autres dominations que subissent certains hommes, perpétrées entre autres par des personnes sexisées [5].

Enfin nous, personnes sexisées adultes comme enfant·es, somme éduqué·es à nous remettre en question en permanence, à constamment croire qu'il en est de notre responsabilité, à tenter de régler tous les problèmes, de pallier toutes les situations merdiques, de changer nos propres fonctionnements, de travailler sur nous, de prendre tout en charge, etc. On vit dans un monde qui n'a de cesse de nous culpabiliser [6]. Je vais tenter d'éviter ça ici. Je vous propose donc un texte plutôt binaire qui contient des généralisations (oui il y a toujours maintes exceptions, et d'autres systèmes de dominations en cours) et dans lequel les responsabilités, petites ou grandes, des personnes sexisées ne sont pas ou à peine mentionnées.

Partie I

Si t'as un moment pense à prendre un manuel scolaire, ils viennent d'ajouter le clito pour la première fois, ça fait 20 ans qu'ils se font rembourser leur viagra. Ils viennent de découvrir l'endo', chapeaux les gars, on a crié 100 milles fois. Et toi, et toi, et toi, t'entends juste que je parle de toi, et toi, et toi. Tu cries juste « pas moi, pas moi ». (Louisadonna, Pas moi)


Le texte que j'ai écrit à chaud, le jour de la goutte de trop, je l'ai commencé comme ça : « Les mecs sont des merdes. Ils nous prennent pour leur paillasson. Ils nous chient dessus. Et ils allument leur merde et elle explose sur nous. Ils nous éclaboussent de leurs excréments, de leur merdasse. »
Et un peu plus loin : « Ils sont pas foutus de nous considérer, de voir qu'on existe. Ils sont centrés sur leur gueule. Moi je moi je moi je. Moi j'ai pas violé. Moi je respecte le consentement. Moi j'ai pas une sexualité centrée sur la pénétration. Moi je respecte les femmes. Moi je suis pour l'égalité. Moi je suis gentil. Moi je suis pas sexiste j'ai une maman. Et une amie fille. »
Bon, outre le fait que j'étais très énervée comme vous l'aurez deviné, ce que j'ai voulu dire, c'est que vous êtes sacrément égoïstes. Je m'explique :

a. Constat 1 : le monde est fait pour vous

Le monde est fait pour vous. Vous vivez littéralement dans un monde fait à votre mesure. Tout est mis en place pour que vous vous sentiez bien. Vous êtes cajolés. Vous n'avez pas à vous préoccuper de vos courses [7], de votre nourriture, des sujets de conversation [8], de votre linge, de votre santé mentale ou de celle de vos proches [9], de votre intégrité physique (ex : la sécurité des voitures est testée sur des mannequins de gabarit masculin [10], les hommes sont surreprésentés dans les essais cliniques [11], les symptômes de l'infarctus du myocarde diffusés partout sont ceux d'un homme [12], etc.), de votre contraception [13], de votre ménage, de votre place dans la ville [14], de l'éducation de vos enfants [15], du soin à vos proches [16], de votre âge [17], de votre légitimité, de votre poids [18], de votre représentation dans la langue [19], l'histoire [20], la littérature [21] ou encore l'espace public [22], etc. Vous pouvez menacer, agresser, maltraiter, violer, tuer les personnes sexisées et les enfant·es qui vous entourent sans craindre grand-chose (surtout si vous êtes blancs).

Bref, on vit dans un monde patriarcal. Le patriarcat, c'est le système social d'oppression des personnes sexisées et des enfant·es par les hommes, au sein duquel le masculin incarne à la fois le supérieur et l'universel [23]. C'est comme une pyramide du haut de laquelle règnent les hommes blancs, cisgenres, hétéros, valides, avec des papiers, de l'argent et un bon capital culturel : les masculinités hégémoniques et les masculinités complices. Et plus on descend le long de cette pyramide, plus on perd en privilèges, c'est-à-dire en droits et en possibilités (pas forcément positifs et dont on ne jouit pas forcément, mais dont on a l'opportunité de jouir si on le souhaite) : les masculinités subordonnées, les masculinités marginalisées et les personnes sexisées, en fonction des autres oppressions qu'elles subissent [24] [25].


Comme on peut le remarquer dans les exemples précédents, le patriarcat régit tous les domaines : domestique, professionnel, relationnel, politique, médiatique, spirituel, judiciaire, législatif, médical, sportif, religieux, de la recherche, de l'éducation, de l'espace public, etc.
Il a d'innombrables outils pour que son système de domination persiste, pour se maintenir et pour traverses les crises, pour phagocyter les luttes et pour briser les résistances. Le patriarcat est fait d'un ensemble bien rodé de systèmes et de petits soldats qui travaillent à conserver et préserver ces systèmes. Des notions et des concepts ont été élaborés pour qualifier certains des mécanismes qui participent du maintien du patriarcat. Voici quelques définitions, histoire de partir sur des bases communes :

  • Misogynie : sentiment de mépris, voire de haine des femmes
  • Sexisme : attitudes discriminatoires à l'encontre des femmes en raison de leur genre
  • Machisme : idéologie selon laquelle les hommes sont supérieures aux femmes (et à l'ensemble des personnes sexisées et enfant·es) et les dominent socialement
  • LGBT+phobies : attitudes discriminatoires et sentiment de mépris, voire de haine d'une personne en raison de son orientation sexuelle et/ou de son identité de genre présumées ou réelles
  • Adultisme : attitudes discriminatoires à l'encontre des enfant·es en raison de leur âge

Vous imaginez bien qu'un tel contexte, un tel monde patriarcal fait pour vous, n'est a fortiori pas fait pour nous, personnes sexisées enfant·es comme adultes. C'est pour nous un milieu particulièrement hostile dans lequel naître, vivre, grandir, nous épanouir, puis mourir.
Le « mouvement qui vise à mettre fin au sexisme, à l'exploitation et à l'oppression sexistes »1 est le féminisme d'après bell hooks [26]. De son côté, en 1986 Marie Shear définit le féminisme comme « l'idée radicale que les femmes sont des êtres humains » [27]. À ce jour, les seuls êtres humains que l'on croise dans ce monde sont des hommes, c'est-à-dire que, comme on l'a vu un peu plus tôt, ce sont les seuls à y être bien-traités (oui oui, on y croise aussi quelques femmes misogynes, capitalistes, oppresseuses, mais j'ai dit que je les laissais en dehors de ce texte). On peut comprendre la proposition de définition du féminisme de Marie Shear comme la lutte qui vise à créer un monde fait par et pour tous·tes les êtres humain·es (et non humain·es ?). Un monde adapté à chacun·e quel que soit son genre. Un monde qui permettrait à chacun·e d'y être bien-traité·e. Un monde défait du patriarcat, et allons plus loin, défait de toute oppression. C'est pas demain la veille…

→ Constat 1 : le monde est régi par le patriarcat, système dont vous êtes les premiers (et les seuls ?) bénéficiaires


b. Constat 2 : le monde est fait par vous

Ainsi donc, le monde est fait pour vous. J'ai très envie de vous relater en long en large et en travers tout ce que le patriarcat fait aux personnes sexisées, mais je n'écris pas une thèse alors je répète que je me concentre ici sur une petite partie de cet immense système d'oppression : les stratégies mises en place par les hommes au sein de leurs relations interpersonnelles avec des personnes sexisées.

Parce que comprenez que si le monde est tel qu'il est, c'est parce que des hommes comme vous œuvrent pour qu'il le soit, et qu'il le reste. Chaque jour, des hommes (et des femmes, mais j'ai dit que j'écrivais un texte binaire donc je nuancerai pas, si ça vous intéresse, renseignez-vous sur la misogynie intériorisée et le « féminisme » blanc et libéral) travaillent d'arrache-pied pour maintenir les systèmes de domination en place et approfondir les inégalités.

Chaque jour, des hommes bénéficient de ces systèmes de domination et de ces inégalités et ne font rien pour changer quoique ce soit. Ne rien faire, c'est soit parce que vous savez et que vous n'en avez cure, soit parce que vous ne savez pas. Ne rien savoir, c'est activement se boucher les oreilles et fermer ses yeux pour ne pas écouter ni voir ce que des centaines, des milliers, des milliards de personnes sexisées et enfant·es clament autour de vous et à l'autre bout du monde sans arrêt et depuis toujours. Ne rien savoir, c'est activement enfoncer votre tête dans le sable et faire l'autruche pour conserver le statu quo. Ne rien faire parce que vous ne savez pas, ça n'existe donc pas. Vous ne pouvez pas être naïfs. Vous ne pouvez pas être neutres, ni passifs et encore moins inoffensifs. Si vous ne faites rien, c'est donc que soit vous n'en avez cure, soit que vos efforts de déni et de maintien en place de vos œillères sont très efficaces [28].


→ Constat 2 : parce que vous bénéficiez du patriarcat en place, vous participez au statu quo, soit de manière active, soit en ne faisant rien alors que vous savez, tout le monde sait

c. Constat 3 : le dilemme

Intéressons-nous de plus près à ces œillères. Dans ce monde où vous évoluez comme des poissons dans l'eau quand d'autres sont plutôt des tourterelles, des lézards ou des musaraignes qui se noient à moitié parce qu'iels ne sont pas fait·es pour vivre en milieu aquatique, dans ce monde fait pour vous, donc, vous trouvez quand même le moyen d'avoir les oreilles bouchées et les yeux fermés à tout ce qui n'est pas poissonesque. À être sourds et aveugles à tout ce qui ne relève pas de votre petit confort matériel et émotionnel. Vous n'êtes intéressés que par votre petit nombril, votre petite apparence, votre petit porte-monnaie, votre petite virilité, vos petites performances et la validation de vos petits pairs concernant votre petite existence.

Sans vous demander de remettre en question l'ensemble de vos privilèges et encore moins le système pyramidal du haut duquel vous régnez, vous êtes totalement incapables d'entendre la moindre petite critique qui vient titiller votre ego, contester le bien-fondé d'un acte, questionner la légitimité d'un mot, réprouver la justesse d'une attitude.

On aurait pu penser que le poisson, pour qui tout baigne dans son océan de liberté, de confort, de fluidité et de légèreté, on aurait pu penser que le poisson n'aurait pas estimé ça dangereux, alors, de tendre son oreille et de prêter attention à ce que lui chuchote tant bien que mal la musaraigne entre deux tasses d'eau de mer qui l'étouffent. On aurait pu penser que le poisson n'aurait pas peur d'écouter la musaraigne, compte-tenu de l'écart immense entre leurs privilèges respectifs au sein de l'océan, et de l'énorme différentiel de pouvoir que leur confère chacune de leurs positions hiérarchiques. Compte-tenu, en somme, de l'avantage indiscutable qu'il a sur elle. Mais ce serait ne pas comprendre qu'à l'instar du chef d'entreprise pété de thunes et d'avantages justement parce qu'il n'écoute pas les revendications de ses salarié·es, le poisson possède ces privilèges et ce pouvoir justement parce qu'il n'écoute pas la musaraigne. Alors, malin, il se bouche les oreilles et regarde à l'horizon ses cousins les dauphins qui sautent dans les vagues et se dit que quand même, la vie est belle.

→ Constat intermédiaire : dans ce monde où vous êtes en parfaite sécurité, écouter les personnes sexisées vous fait craindre de perdre ce monde où vous êtes en parfaite sécurité

Vous vous accrochez à vos œillères comme Gollum à l'anneau, comme si votre vie en dépendait, alors que c'est seulement votre confort et votre tranquillité d'esprit qui en dépendent.

Vous vous accrochez à vos œillères et vous résistez de toutes vos forces à nos tentatives verbales et non verbales de vous les ôter. Parce que remettre en question un tout petit quelque chose de vos existences douceâtres est trop dangereux pour l'intégrité de vos œillères et la vision confortable du monde dans lequel elles vous permettent d'évoluer. Parce que si un doute ou une très légère remise en question venait à fissurer vos œillères, cela vous amènerait alors soit à admettre être un connard [29] et à pouvoir rester en haut de votre pyramide grâce à ce nouveau statut de connard assumé – mais personne n'aime tellement se dire qu'il est un connard – soit à descendre du haut de votre pyramide. Au moins d'un niveau. Mais même un niveau, ça vous fait perdre beaucoup, beaucoup de privilèges, y compris la considération de vos pairs qui vous taxeraient de loser [30]. Pour ne pas vous retrouver dans ce genre de dilemme connard vs perdant, vous défendez becs et ongles vos œillères et vous préservez votre place au chaud là-haut en étant complice voire acteur du système qui vous a placé au chaud là-haut à savoir le patriarcat. Peut-on parler de lâcheté ? De fragilité ? De faiblesse ? Comment nommer ce phénomène de frilosité à entendre le point de vue d'autres par crainte de perdre son estime de soi et/ou ses privilèges ?

→ Constat 3 : vous pourriez perdre ce monde où vous êtes en parfaite sécurité au moment de devoir choisir entre être un connard assumé ou renoncer à vos privilèges, vous préférez éviter ce dilemme en n'écoutant pas les personnes sexisées, là est l'égoïsme

d. Conclusion

Quand j'ai écrit que vous êtes « des merdes », que vous nous prenez « pour des paillassons » et que vous êtes « centrés sur votre gueule », c'est ça que j'ai voulu dire : le monde est régi par le patriarcat, système dont vous êtes les premiers (et les seuls ?) bénéficiaires. Parce que vous bénéficiez du patriarcat en place, vous participez au statu quo, soit de manière active, soit en ne faisant rien alors que vous savez, tout le monde sait. Dans ce monde où vous êtes en parfaite sécurité, écouter les personnes sexisées vous fait craindre de perdre ce monde où vous êtes en parfaite sécurité. Vous pourriez perdre ce monde où vous êtes en parfaite sécurité au moment de devoir choisir entre être un connard assumé ou renoncer à vos privilèges, vous préférez éviter ce dilemme en n'écoutant pas les personnes sexisées, là est l'égoïsme.

Partie II

S'il vous plaît, regardez-moi je suis vraie. Je vous prie, ne m'inventez pas, vous l'avez tant fait déjà. Vous m'avez aimée servante, m'avez voulue ignorante. Forte vous me combattiez, faible vous me méprisiez. Vous m'avez aimée putain et couverte de satin. Vous m'avez faite statue, et toujours je me suis tue. (Anne Sylvestre, Une sorcière comme les autres)


Dans le premier jet rédigé le jour de la goutte de trop, je dis ça : « Vous êtes aussi des victimes du patriarcat mais vous en êtes surtout les premiers bénéficiaires. Ce qui signifie que vous êtes à la meilleure place pour en sortir, pour récupérer ce dont il vous a privé et, fort de votre complétude, vous appliquer à le niquer. Mais non. Au lieu de ça c'est nous que vous niquez. Vous nous crachez à la gueule. Vous nous maltraitez et ensuite vous nous en voulez de vous le reprocher, vous vous étonnez qu'on se rebelle, vous nous écrasez la tête sous vos bottes pleines de merde. »
Toujours aussi énervée évidemment, ce que j'essaie de dire c'est que vous êtes sacrément indécents (rapport à la goutte de trop que je vais (enfin !) vous raconter). Regardons-ça de plus près :

a. Constat 4 : la liste

Ainsi donc nous avons vu dans la première partie que, pour éviter d'avoir à décider si vous êtes plutôt un connard ou plutôt un perdant de privilèges, vous vous attelez à éviter (aaaaah l'évitement...) la question en mettant en place un certain nombre de stratégies individuelles. Ces stratégies ne sont pas dues à votre génétique, votre biologie, votre caractère ou votre personnalité. Elles sont dues à votre éducation genrée, aux injonctions à la virilité et aux encouragements quotidiens explicites et implicites de le société à rester dans le moule douillet du patriarcat. Je ne vais pas rentrer dans les détails, plein de chercheur·ses l'ont fait [31], comme je ne rentrerai pas dans les détails de toutes les stratégies que vous utilisez [32]. Voici quelques-unes de vos manières préférées de ne pas tenir compte des personnes sexisées ni des enfant·es, et de les réduire au silence :

  • L'absence d'intérêt : ne pas poser de question ou ne pas s'intéresser aux réponses de la personne (ex : je ne lui demande pas comment elle va, comment elle se sent, si elle a besoin d'aide, quels sont ses projets, etc.)
  • L'absence d'attention : ne pas observer une personne (ex : je ne regarde pas comment est son expression faciale, son attitude, son comportement, etc.)
  • L'absence d'écoute  : ne pas prêter l'oreille à ce qu'une personne est en train de nous dire (ex : en changeant de sujet, en lui coupant la parole, en faisant ou pensant à autre chose en même temps, en ramenant la conversation à moi, etc.)
  • L'absence de considération : ne pas tenir compte de ce qu'on a observé ou entendu d'une personne (si tant est qu'on a fait preuve d'attention et d'écoute) (ex : je vois que tu commences à regarder ailleurs pendant mon long monologue sur le pourquoi du comment j'ai réussi à négocier mon super CDI, mais je ne tiens pas compte de ton changement d'attitude car j'ai très envie d'aller au bout de mon récit même si cela t'ennuie profondément)
  • L'absence de croyance : ne pas attribuer une valeur de vérité à ce que nous dit une personne (ex : « tu affirmes que José t'a violée, mais vois-tu José c'est mon pote et il dit qu'il ne t'a pas violée, évidemment que je crois mon pote, oui toi aussi t'es ma pote, enfin t'étais, salut ! »)
  • La minimisation : diminuer les dires, le ressenti ou encore la souffrance d'une personne (ex : tu es pliée en deux sur le carrelage glacé de la salle de bain, tu te tiens le ventre de tes deux mains, tu es pâle comme un linge et ta culotte est en sang, mais je te dis « ce ne sont que tes règles, c'est normal d'avoir un peu mal, cesse d'exagérer, merde ! »)
  • Le ghosting : mettre fin à une relation avec une personne en interrompant sans avertissement ni explication toute communication et en ignorant les tentatives de reprise de contact de l'autre personne (ex : (Josiane) On s'appelle toujours demain à 20h ? / (José) Oui, bonne nuit / (Josiane) Bonne nuit à demain ! / (Josiane) Salut, ça te dérange qu'on décale à 20h30, j'aimerais finir un truc ? / (Josiane) José ? / (Josiane) Euh ça va ? / (Josiane) Bon ben j'espère qu'il ne t'est rien arrivé, donne des nouvelles dès que possible stp / (Trois jours plus tard Josiane) Hello José, je voulais savoir comment tu vas et s'il s'est passé qqc ? Je comprends pas ton absence de réponse ? Mais Josiane n'eut jamais de réponse de la part de José)
  • Le mansplaning : situation dans laquelle un homme explique à une personne sexisée quelque chose qu'elle sait déjà, voire dont elle est experte, souvent sur un ton paternaliste ou condescendant (ex : confiant, sûr et fier de lui, José explique à Josette pourquoi son chien réagit comme ça. José a trois chats. Josette est éducatrice canin.)
  • Le gaslighting : forme de manipulation mentale dans laquelle l'information est déformée, présentée sous un autre jour, omise sélectivement pour favoriser un abuseur, ou faussée dans le but de faire douter une personne de sa mémoire, de sa perception de la réalité et de sa santé mentale (ex : ce matin je te dis « je ferai la vaisselle ce soir ! » Le soir je te dis « mais t'aurais pu faire ma vaisselle non ? Sympa de la jouer en mode perso... Non j'ai jamais dit que je la ferais, tu inventes ça pour te dédouaner ! »)

On pourrait également citer l'absence d'empathie et de soin, le tone policing, la mise en doute, le mépris, l'inversion de la responsabilité, le mensonge, le slutshaming, la manipulation psychologique (culpabilisation, menace, chantage affectif, etc.), l'humiliation, le self-silencing, la démission des différentes charges relationnelles (mentale, émotionnelle, contraceptive, du care, conversationnelle, éducative, etc.), l'isolement social, le manterrupting, la disqualification, le stealthing, la décrédibilisation, le harcèlement, le manspreading, le contrôle coercitif, etc.

Et ajouter à cela toutes les stratégies collectives et politiques qui permettent aux hommes d'exercer leur domination : la mentrification, les injustices au travail (différences de salaire, division genrée du travail, travail invisible, temps partiel imposé, etc.), l'invisibilisation dans l'histoire, dans la langue et dans l'espace public, la culture du viol, les stéréotypes de genre, la cryptogynie, l'effet Matilda, le male gaze, le syndrome de la Schtroumpfette, les procédures-bâillons, la psychiatrisation (hystérie, syndrome d'aliénation parentale, folie, etc.), l'himpathy, l'éducation genrée, les discriminations administratives, les boy's clubs, etc.
Je m'arrête là il y en a tellement !

Tous ces procédés mis en œuvre par les hommes à travers le monde et les siècles créent de la violence qui s'étend de la violence symbolique au féminicide et à l'infanticide, en passant par les violences psychologiques, sexuelles, économiques et physiques, l'absence de prise en charge, l'absence de protection ou encore la mise en danger délibérée. Ils visent à permettre aux hommes de conserver leur statut dominant sur les personnes sexisées, à préserver les avantages que ce statut leur confère, et à éviter à tout prix que ce système d'oppression, aka le patriarcat, soit remis en cause et que ses conséquences soient visibilisées – conséquences dont je m'abstiendrai de faire la liste, des témoignages et des analyses réalisées par des personnes victimes du patriarcat existent par milliers et moi ça me bute trop d'y penser – parce que, répétons-le, ce n'est pas que vous ne savez pas, c'est que vous n'en avez cure. Vous ne voulez pas arrêter de faire de la merde. Alors vous haussez les épaules et vous prenez, vous abîmez, vous tordez, vous malmenez, vous tuez, vous éclaboussez, vous jetez, vous souillez, vous piétinez. Comme des paillassons.

Si à ce niveau vous n'avez pas la rage, je comprends pas.

Dans le texte rédigé le jour de la goutte de trop, j'ai écrit ça : « Par votre attitude, vous prouvez que vous n'avez aucune conscience de la chance et des fucking privilèges que vous avez. Vous êtes si fragiles, si médiocres. Vous n'endureriez pas deux jours ce qu'on vit depuis notre naissance. Vous ne savez pas, vous ne savez tellement pas ce à quoi vous échappez. Et vous vous croyez forts ! Et vous vous croyez viriles et beaux et musclés et vaillants et nobles et fiers et droits et grands. Laissez-moi rire. Vous êtes si petits. »
Est-ce que vous voyez pourquoi, à l'aune de cette accumulation que nous subissons chaque jour de notre vie depuis notre premier souffle (voire avant) jusqu'au dernier (parfois de votre fait), le tout dans un monde patriarcal absolument hostile, est-ce que vous comprenez pourquoi nous nous méfions de vous ? Pourquoi nous ne vous faisons pas confiance ? Pourquoi aussi, nous vous ménageons ? De part notre éducation, de part le milieu aquatique qui nous entoure alors que nous sommes des musaraignes ou des tourterelles, et de part vos violentes représailles, nous avons appris à ne pas vous déranger. À ne pas vous confronter. À préserver intact votre petit pré carré de confort, d'estime et de bien-être. Et même, à prendre soin de vous, activement. Nous nous plions à votre souhait le plus cher : ne pas vous confronter à ce terrible choix connard vs perdant et ainsi garder l'ensemble de vos privilèges et de votre pouvoir.

→ Constat 4 : afin d'éviter efficacement le dilemme de devoir choisir entre être un connard ou un perdant, vous développez un nombre infini de stratégies d'invisibilisation et de silenciation des personnes sexisées, tout en les faisant souffrir par la même occasion

b. Découverte 1 : la goutte de trop

Ces constats-là, je vis avec depuis longtemps. Je sais depuis longtemps que le monde est fait pour vous, je sais que vous participez au maintien du statu quo et que vous nous invisibilisez et silenciez pour préserver vos privilèges. Je sais que vous développez et appliquez une quantité astronomique de stratégies individuelles et collectives dans tous les domaines de la vie afin de conserver votre domination et d'écraser toute résistance. Je sais que je ne peux pas compter sur vous. Je vous ne vous fais absolument pas confiance et je n'attends rien de vous.

Cela provoque des situations cocasses où je suis par exemple surprise parce qu'un type me demande comment je vais ET écoute ma réponse ET rebondit sur ce que je lui raconte. C'est si rare voyez-vous. Et c'est souvent un mec qui subit une oppression par ailleurs (gay, racisé, porteur d'un handicap, etc.).

Alors parfois, quand d'aventure je rencontre l'un d'entre vous qui n'utilise pas ces procédés d'invisibilisation et de silenciation à tout bout de champ, qui semble avoir quelque peu réfléchi à ces questions et à son propre sexisme, alors… j'ai de l'espoir ! Je me détends, je suis moins sur mes gardes, j'ai moins peur de froisser, je ménage moins, je suis plus authentique. Quelle erreur !

Reprenons notre histoire initiale : le gars me ghoste puis me reparle, mais seulement de lui. Alors moi, parce qu'il y avait plusieurs green flags [33] quand on s'est rencontré·e, je suis pleine d'espoir comme je viens de vous l'expliquer, et je sors de mon rôle de ménagère, euh, de ménageuse… bref je cesse de le ménager. Je passe à travers ses œillères et je l'oblige à regarder. Je lui mets (gentiment hein, en bon produit de l'éducation genrée que je suis) le nez dans sa merde, à savoir qu'il n'y a aucune réciprocité dans nos échanges et que j'ai l'impression d'être invisible. Je suis en confiance vous voyez ? J'ai l'impression qu'il peut entendre, que je peux lui dire que je suis blessée et soûlée par son comportement, et qu'il est capable de se remettre en question, de comprendre, de reconnaître, de s'excuser, de réparer… ?

Voici, enfin, la réponse tant attendue, celle qui fut la goutte de trop et qui provoqua la rage qui déborde, la sensation de « non c'est pas possible, ils ne vont pas jusque là quand même ?! », l'effondrement, un premier texte incendiaire et des jours entiers de travail pour pondre celui-ci, plus ménageant et plus accessible… voici donc la réponse du gars ! Tenez-vous bien, il m'a répondu que… chacun de mes messages lui causait de grosses angoisses !! Pardooooooon ?!

À nouveau, on s'en fout de ce mec et de cette histoire en particulier. Ce à quoi je veux m'intéresser c'est à ce procédé spécifique que je n'avais encore jamais aussi clairement identifié, que certain·es nomment parfois male tears [34] ou « ouin-ouin » [35], et que j'ai appelé silenciation par victimisation : une personne sexisée vit mal quelque chose et l'exprime légitimement au gars, et celui-ci lui répond que se l'entendre dire le fait souffrir. Voilà. Terminé. Fin de la conversation.

Attendez je répète encore une fois : imaginons, une meuf se plaint à un mec d'un truc qu'elle n'en peut plus de de vivre de sa part, et lui ? Il geint. Tout en disant qu'il n'est pas une victime hein, il est fort, attention ! Mais il pleure. Il attire l'attention à lui, l'empathie. Et la meuf, et tout le monde autour, s'il y a du monde autour, se tournent vers le mec pour l'écouter, pour le consoler. Et le mec, et tout le monde, ont oublié ce que la meuf a dit. Silenciée. Finito.

La musaraigne réussit à coincer le poisson entre un corail et un rocher, lui expose son cœur blessé et le force à regarder… Les larmes coulent sur les joues du poisson, c'est trop inconfortable pour lui de voir ce cœur blessé. Il souffre et aimerait que la musaraigne couvre ce cœur blessé qu'il ne saurait voir.
Alors comme ça dans votre monde – parce que rappelons-le, ce monde est votre monde – dans votre monde, donc, on doit souffrir sans vous déranger parce que c'est incommodant pour vous de savoir que vous nous faites souffrir ?! Pardon mais l'indécence !

Pour reprendre nos esprits, prenons une petite pause avec un autre extrait du texte écrit le jour de la goutte de trop : « ‘‘Oups ouïe ouïe ouïe c'est pas agréable de me voir reprocher ça.'' Non tu m'étonnes. Par contre imagine que moi je vis l'absence d'écoute, de soin, d'empathie et de considération des hommes depuis ma naissance, mec. Et qu'à l'inverse je suis censée leur apporter tout cela. Donc que toi tu sois un peu chamboulé d'entendre parler de ton manque d'écoute à 30 ans je m'en carre en fait. Toi tu en bénéficies tous les fucking jours et tu as l'indécence de me dire que le fait que je relève que là j'en manque, que je me sens pas bien et que j'aimerais un peu plus de réciprocité, tu as l'indécence de retourner la situation en me disant que ça te donne des angoisses ?! Mais pauvre chaton, laisse-moi pleurer sur ton pauvre sort de fucking mec blanc dominant, perché tout en haut de ta fucking pyramide sans aucun regard pour ce qu'il se passe en bas parce que t'es si haut au-dessus du soleil que si tu baisses les yeux il t'aveugle et que ça fait maaaal. Bouuuh. »

→ Découverte 1 : l'une de vos stratégies d'invisibilisation et de silenciation consiste en la victimisation, en signifiant à la personne sexisée qui vous partage sa douleur que ce qu'elle vous dit vous fait du mal

c. Découverte 2 : l'indécence

J'évoquais, avant cette virulente petite pause, l'indécence du procédé de silenciation par victimisation. Vous attendez de nous de (et nous obligez à) vous laisser regarder ailleurs, ne pas vous déranger, vous ménager et ne surtout pas vous mettre votre fucking merde sous les yeux parce que c'est trop compliqué pour vous de la voir. Mais faut-il vraiment vous rappeler que pour nous, les gars, c'est trop compliqué de la vivre. De la subir, d'en souffrir quotidiennement, d'en mourir. Parce que oui certain·es en meurent. Tous les jours. Toutes les dix minutes [36].

La victimisation est un procédé qui consiste à se considérer et à se déclarer comme victime d'un acte ou d'une personne dans le but de susciter un sentiment de pitié ou de culpabilité [37]. Mon anecdote en est une illustration parfaite : après la goutte de trop, je suis très logiquement passée par une phase de culpabilité et de remise en question. Comment ne pas, lorsqu'on vous accuse de provoquer des grosses angoisses chez quelqu'un·e ? (Comment ne pas ? En ayant reçu l'éducation réservée aux garçons, mais bref.) J'ai eu de la peine pour lui, aussi, un peu. Parce qu'en soi je m'en fous pas de ses angoisses. Je veux juste pas qu'elles soient utilisées pour invisibiliser les miennes/les nôtres. Et puis bien vite la rage a fait son entrée. Vous êtes égoïstes, vous êtes sexistes évidemment, et vous êtes également indécents.

L'égoïsme et le sexisme sont dans l'invisibilisation d'une personne sexisée par l'usage de ce procédé qui vise à ne pas la prendre en compte et à la faire taire en se posant comme victime et en ramenant l'attention et la compassion à soi (dans mon histoire, le gars me fait quand même passer pour une connasse maltraitante).

L'indécence est dans ce que ce procédé met sur le même plan deux souffrances qui sont absolument incomparables ! Il a l'avantage redoutable de balayer le ressenti, la demande ou le besoin de la première personne pour n'accorder de l'attention, et donc de la crédibilité, et donc de l'audibilité, et donc de la valeur qu'à la seconde personne. Grâce à ce procédé, vous nous réduisez au silence. Définitivement.

Ce qui m'a effondrée ce n'est pas la fin de ma courte amitié avec ce mec, ce n'est pas sa réaction, bien qu'elle m'ait blessée. Ce qui m'a effondrée, m'a désespérée et m'a précipitée au fond d'un puits glacé, humide et tout noir, c'est de réaliser que vous faites ça en permanence. C'est la remontée de mille souvenirs de mille situations où vous avez eu l'indécence de comparer votre souffrance à la mienne, à la nôtre. C'est de réaliser ce que ça veut dire de vous et de votre totale incapacité à éprouver le moindre inconfort, le moindre malaise, qui pourtant nous aurait permis d'alléger un tant soit peu la rudesse de notre existence dans ce monde de merde. C'est de réaliser, aussi, que je vais devoir me recâbler et étendre ma zone de méfiance envers encore plus de poissons, que je vais devoir cesser de me fier à ceux qui paraissaient moins cons, moins centrés sur eux, moins égoïstes. Que je vais devoir encore réduire le nombre de relations où je pourrai être honnête, être moi-même, et que je vais devoir, encore et toujours, vous ménager. C'est de réaliser que l'espoir se réduit comme peau de chagrin. Et c'est effectivement de chagrin qu'il s'agit.

→ Découverte 2 : mettre au même plan votre souffrance et celle qu'une personne sexisée tentait de vous communiquer, attirer l'attention, convoquer la pitié et la culpabilité, là est l'indécence

d. Conclusion

Quand j'ai écrit que vous nous « crachez à la gueule », que vous nous « maltraitez et ensuite vous nous en voulez de vous le reprocher » et que vous nous « écrasez la tête sous vos bottes pleines de merde », c'est ça que j'ai voulu dire : afin d'éviter efficacement le dilemme de devoir choisir entre être un connard ou un perdant, vous développez un nombre infini de stratégies d'invisibilisation et de silenciation des personnes sexisées, tout en les faisant souffrir par la même occasion. L'une de vos stratégies d'invisibilisation et de silenciation consiste en la victimisation, en signifiant à la personne sexisée qui vous partage sa douleur que ce qu'elle vous dit vous fait du mal. Mettre au même plan votre souffrance et celle qu'une personne sexisée tentait de vous communiquer, attirer l'attention, convoquer la pitié et la culpabilité, là est l'indécence.

Partie III

Mais j'ai connu trop de celles qui ont dû faire ce sacrifice. Se battre et parler, la fin justifie les moyens de changer, de justice elles ont faim et s'donnent les moyens de manger. À toutes mes sœurs qui se reconnaissent dans ce verset, la fin des larmes est proche, une fois qu'on les a versées. (KT Gorique, Histoire sans faim)



Mon anecdote, qui n'en est pas une puisqu'elle fut la goutte de trop, concerne un simple manque de considération et de réciprocité. C'est blessant mais ce n'est pas grave. Pour autant, imaginez les conséquences de l'accumulation de ces procédés sexistes d'invisibilisation et de silenciation. Imaginez endurer ces microagressions (sexistes mais pas que) au quotidien, comme autant de piqûres de moustiques [38].

  • Imaginez maintenant qu'occasionnellement vous subissiez une agression, un coup de massue en bonne et due forme, telle une énorme morsure d'araignée. Un licenciement fondé sur un prétexte sexiste par exemple. Ou un viol. Ou l'obligation de représentation de vos enfant·es à leur père incesteur. Ou une tentative de meurtre. Ou une épisiotomie sans votre consentement ni anesthésie.
  • Imaginez aussi que certain·es d'entre nous vivent dans ce monde patriarcal de merde mais aussi dans un contexte familial délétère, violent, abusif, sectaire ou encore d'emprise, et que chaque jour la piqûre d'une méduse s'étend, s'étend, s'étend sur leur peau. Aucune échappatoire possible.
  • Imaginez alors finir votre journée ou votre vie sans qu'un millimètre de votre peau ne soit exempt de boutons de moustique, de morsures d'araignée ou de piqûres de méduse. Ressentez l'état de votre peau, de votre corps, de votre psyché et de votre cœur.

C'est ce gars donc, qui, quand je lui dis que je suis blessée et soûlée de la non-réciprocité de nos échanges, me dit que mes messages lui provoquent de grosses angoisses.
C'est Robin qui, quand je lui dis que j'ai mal lors de ma « première fois », plaque sa main sur ma bouche et me réplique, inquiet, « chut mon frère va nous entendre » tout en continuant de me pénétrer.
C'est Arnaud qui, quand on le confronte aux accusations de viols conjugaux de son ex, nous rétorque qu'il se sent mal car elle aussi était violente le soir quand elle rentrait du boulot et qu'elle lui reprochait de ne pas avoir fait la vaisselle.
C'est Loïc qui, quand je lui exprime que je ne me sens pas considérée dans notre relation parce qu'il prend des décisions qui me concernent sans moi, me répond qu'il préfère qu'on se sépare car il a dorénavant trop peur de faire un faux pas.
C'est Eden qui, quand je lui partage mon sentiment d'avoir été utilisée et trahie et quand je lui reproche sa rétention d'informations, son confusionnisme et son inconséquence, apparaît offusqué de mes accusations, se dédouane, me gaslight et ne me reparle plus jamais.
C'est Lucas qui, quand on lui fait remarquer qu'il prend beaucoup de place en soirée et ne laisse pas les autres parler, prend ses cliques et ses claques et quitte l'appart.
C'est Joe qui, quand on lui exprime cash (de la même manière que lui) qu'on n'est pas d'accord avec ce qu'il dit, se sent attaqué et s'énerve ou boude.
C'est Farid qui, quand je lui renvoie que sa remarque était sexiste, se renfrogne ostensiblement en disant qu'il ne peut plus rien dire.
C'est Jérémy qui, quand elle lui dit qu'elle a mal pendant les rapports avec lui, répond qu'elle s'imagine pas à quel point c'est dur d'être celui qui fait mal alors qu'il n'y peut rien s'il en a une grosse, et qui ne changera pas ses pratiques sexuelles et ne remettra jamais le sujet sur le tapis.
C'est Luc qui, quand le collectif lui fait remarquer qu'il a beaucoup de pouvoir, nous répond que c'est dur d'être pointé du doigt.
C'est Gabin qui, quand je lui dis que je vis mal son lapin à mon déménagement que j'ai organisé en fonction de lui, me répond qu'il est fatigué.
C'est Ismaël qui, quand je lui dit que je vis mal quelque chose qu'il a fait, se sens attaqué, se déresponsabilise et se ferme totalement au dialogue.
C'est Philippe qui, quand on est plusieurs à lui reprocher de prendre parti pour le violeur, se sent agressé et se compare à une tumeur dont le groupe voudrait se débarrasser.
C'est Maël qui, quand on l'informe qu'on refuse qu'il rejoigne notre collectif car on sait qu'il maltraite (violences psychologiques en tous genres) toutes les femmes avec qui il relationne, nous répond que personne ne s'est enquis de lui demander comment lui vivait ses relations et qu'il a un passé difficile.
C'est Grégoire qui, quand son ex-future copine cesse de lui parler et de lui dire bonjour parce qu'elle n'est pas à l'aise avec ce qu'elle a appris de lui, s'offusque de ce manque de respect et se sent méprisé.
C'est Hamza qui, quand elle l'accuse de l'avoir violée puis d'avoir mal réagi quand elle lui a expliqué ce qu'il avait fait, reconnaît avoir « peut-être » mal agi mais que c'est pas évident d'être accusé de violeur, et puis elle était quand même difficile à cerner.
C'est Jean (mon père) qui, quand je lui exprime mon incompréhension, ma tristesse et ma colère de devoir annuler le week-end prévu depuis longtemps avec mes copines (qui viennent de loin en train), me répond qu'il a un grand besoin de rester seul et tranquille dans sa maison et qu'il ne souhaite plus en parler.
C'est Eliès qui, quand je lui dis que je souffre dans notre relation (viols, violence) et le quitte, fait alliance avec le voisin, qui est aussi notre proprio, pour maudire les bonnes femme qui leur mènent la vie si dure, et trois ans plus tard s'étonne que je ne réponde pas à sa demande d'hébergement-il-est-dans-la-merde-help.
C'est Léo qui, quand je lui dis que je me sens désespérée par ce que je découvre jour après jour sur l'étendue des maltraitances des hommes sur les personnes sexisées, me rétorque, vexé, que pas tous les hommes quand même, pas lui.
C'est Gaston qui, quand on lui dit qu'on n'est pas du tout d'accord avec lui, nous oppose qu'il se sent acculé et qu'on ne peut pas parler avec nous.
Ce sont ces milliards d'hommes du monde entier qui silencient ces milliards de personnes sexisées enfant·es et adultes partout et tout le temps, au prétexte qu'eux aussi souffrent.
Quel chagrin. Quelle rage.

Ces exemples ne sont que des exemples de silenciation par victimisation. Tous réels.
Certains prénoms ont été modifiés. D'autres non.


Conclusion

Excusez-moi, mais je me tire, sans un regret, sans un soupir, de votre maffia, votre empire des z'hommes. À chacun sa révolution. Aurais-je seul'ment des compagnons qui partagent l'indignation d'un homme ? (Henri Tachan, Les Z'hommes)



Ce que vous pourriez faire ?
Taisez-vous et écoutez. Lisez. Observez.
Posez des questions aux personnes sexisées autour de vous. Intéressez-vous.
Décentrez-vous.
Désolidarisez-vous d'eux.
Relisez ce texte, il contient plein de clefs.
Et bougez-vous merde.

Hommes cis ou personnes sexisées, écrivez-moi à l'adresse lagouttedetrop[at]riseup.net :
Si vous avez des suggestions de chansons féministes et queer ;
Si vous voulez ajouter des mecs à la liste ;
Si vous voulez partager des ressources sur les sujets abordés dans ce texte ;
Si vous voulez discuter de ces procédés de silenciation.

À ceux qui seraient tentés :
Épargnez-moi vos ouin-ouin de mecs effarouchés heurtés par l'agressivité de ce texte ou dérangés par l'inconfort dans lequel il vous plonge : je m'en fous, et m'écrire pour ça prouverait que vous n'avez rien compris. Ne vous rendez pas plus ridicules que vous n'êtes.
Idem, ne vous victimisez pas en me disant que vous aussi vous subissez le patriarcat : ce serait le comble, et puis je le sais bien mais vous êtes dans la meilleure position pour changer des trucs, on compte sur vous.

Merci à mes ami·es, à ma sœur, à mon amoureux,
pour leur relecture, leur soutien, leur amour.



« Pour tous·tes celle·ux que vous avez piétiné et que vous continuez de piétiner, jour après jour, sous couvert d'inconscience, d'ignorance, pour elle·ux tous·tes, j'écris cette rage et
rêve de vous cracher à la gueule, de vous vomir mon mépris.
J'étouffe. Je vous hais tant. »
[extrait du texte écrit le jour de la goutte de trop]



[1] Ghoster : (de ghost : « fantôme » en anglais) rompre soudainement tout contact avec quelqu'un·e sans fournir d'explication (lerobert.com)

[2] Cisgenre : personne dont l'identité de genre correspond au genre qui lui a été assigné à la naissance (lerobert.com)

[3] ntersectionnalité : approche sociologique et féministe forgée par Kimberlé Crenshaw et analysant les formes de domination et de discrimination dans leur interdépendance, en reconnaissant que racisme, sexisme, homophobie et autres rapports de pouvoir sont intrinsèquement liés (lalanguefrancaise.com)

[4] Noël, F. (2020). En finir avec la masculinité toxique. Nwar Atlantic. Podcast épisode 9, 5'50. https://podcasts.apple.com/fr/podcast/9-en-finir-avec-la-masculinit%C3%A9-toxique/id1519676139?i=1000478943599

[5] Sexisé : personne discriminée en raison de son genre (les femmes, les personnes trans, non-binaires, agenres, intersexes, etc.) (wiktionary.org)

[6] Chollet M. (2024). Résister à la culpabilisation - Sur quelques empêchements d'exister. Zones..

[7] Ipsos & Ariel (2018, le 5 mai). Les Français et le partage des tâches : à quand la révolution ménagère ? Ipsos. https://www.ipsos.com/fr-fr/les-francais-et-le-partage-des-taches-quand-la-revolution-menagere

[8] Monnet, C. (2005). La répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation. Infokiosques.net. https://infokiosques.net/spip.php?article239

[9] Derrick, A. & McClanahan S. (2024, 4 novembre). Emotional Labor & Gender Roles : Women Bear the Mental Load, and We Are Exhausted. Spring Source. https://springsourcecenter.com/emotional-labor-gender-roles-women-bear-the-mental-load/

[10] Gaillard, C. (2024, 15 août). L'été des Flottes : La mortalité des femmes sur la route interroge la technologie des mannequins crash-test. Auto Infos. https://www.auto-infos.fr/article/l-ete-des-flottes-la-mortalite-des-femmes-sur-la-route-interroge-la-technologie-des-mannequins-crash-test.283370

[11] Durbecq, N. (2022, 5 décembre). Biais sexistes et essais cliniques ? Contrepoints. Hypothèses. https://mastersts.hypotheses.org/5086

[12] Gilard, M. et al. (2025). L'Inégalité de prise en charge de l'infarctus du myocarde chez les femmes en France. Académie nationale de médecine.[ https://cprv.fr/idm-femme-academie-medecine-2025.pdf]-> https://cprv.fr/idm-femme-academie-medecine-2025.pdf

[13] Thomé, C. (2016). D'un objet d'hommes à une responsabilité de femmes Entre sexualité, santé et genre, analyser la métamorphose du préservatif masculin. Sociétés contemporaines. https://doi.org/10.3917/soco.104.0067

[14] Raibaud, Y. (2015). La ville faite par et pour les hommes. Belin.

[15] Quennehen, M. & Chatot, M. (2025). Être un père féministe, mission impossible ? Textuel.

[16] Banens, M. (2023). Inégalités de genre dans l'aide aux proches dépendants. Informations sociales. https://doi.org/10.3917/inso.208.0024

[17] Schmidt, F. (2023). Vieille peau - Les femmes, leur corps, leur âge. Belfond.

[18] Keyser-Verreault, A. & Mercier, E. (2022). Présentation : Esthétique et politiques du corps. Recherches féministes. https://doi.org/10.7202/1085239ar

[19] Viennot, E. (2022). Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin - Petite histoire des résistances de la langue française. IXe.

[20] Lecoq, T. (2021). Les Grandes oubliées - Pourquoi l'Histoire a effacé les femmes. L'Iconoclaste.

[21] Kejriwal, M. & Nagaraj, A. (2022). Dataset for studying gender disparity in English literary texts. Data in Brief. https://doi.org/10.1016/j.dib.2022.107905

[22] Bastide, L. (2020). Présentes - Ville, médias, politique... Quelle place pour les femmes ? Allary.

[23] wikipedia.org

[24] Grava, J. (2025). Pas mes fils. Podcast épisode 3, 16'. https://louiemedia.com/pas-mes-fils-injustices-s9

[25] Connell R. (2014). Masculinités - Enjeux sociaux de l'hégémonie. Éditions Amsterdam. Traduction partielle par Richard C. et al. de Masculinities. University of California Press. 1995. https://doi.org/10.3917/pox.109.0170

[26] hooks, b. (2020). Tout le monde peut être féministe. Divergences.

[27] McPhail, B. (s.d.). Feminism : A Radical Notion. https://beverlymcphail.com/feminismradicalnotion.html

[28] Delval, Q. (2024). Guide pratique pour devenir un vrai “mec bien”. Les Couilles sur la table. Podcast épisodes 103 et 104 (entretiens avec Quentin Delval 1 et 2). https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/guide-pratique-pour-devenir-un-vrai-mec-bien et https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/guide-pratique-pour-devenir-un-vrai-mec-bien-2-2

[29] Despentes, V. (2019). Meuf King Kong. Les Couilles sur la table. Podcast épisode 47 (entretien avec Virginie Despentes 1/4), 23'. https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/virginie-despentes-meuf-king-kong

[30] Alestra, L. (2023). Les hommes hétéros le sont-ils vraiment ? JC Lattès.

[31] Par exemple : Thiers-Vidal, L. (2010). De « L'Ennemi Principal » aux principaux ennemis - Position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination. L'Harmattan.

[32] Par exemple : Taraud, C. et al. (2022). Féminicides - Une histoire mondiale. La Découverte.

[33] Green flag : (« drapeau vert » en anglais) terme familier désignant une caractéristique ou une qualité positives chez une personne. Elle s'oppose à l'expression red flag qui sert d'avertissement face à des traits ou des comportements inquiétants (fluentslang.com)

[34] Male tears : (« larmes d'homme » en anglais) plaintes des hommes cisgenres qui se victimisent en évoquant les difficultés qu'ils rencontrent dans la société du fait de leur position, en minorant simultanément les difficultés rencontrées par les femmes (balises.bpi.fr : https://balises.bpi.fr/glossaire-de-la-domination-masculine/)

[35] Ouin-ouin : faire remarquer à quelqu'un·e son comportement oppressif et qu'iel renverse les rôles et se plaint en retour de ne plus pouvoir rien dire/faire (tesrelou.fr : https://tesrelou.fr/si-tu-as-recu-une-carte/alerte-ouin-ouin/)

[36] AFP. (2024, 25 novembre). Féminicides : une femme est tuée par un proche toutes les dix minutes dans le monde. Le Monde. https://www.lemonde.fr/international/article/2024/11/25/feminicides-une-femme-est-tuee-par-un-proche-toutes-les-dix-minutes-dans-le-monde_6412904_3210.html

[37] wikipedia.org

[38] Fusion Comedy. (2016). How microaggressions are like mosquito bites • Same Difference. Vidéo YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=hDd3bzA7450

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07.02.2026 à 08:00

Soirée de solidarité avec les déportés / prisonniers kanaks

Rencontre/discussion avec le Collectif Solidarité Kanaky, retour sur le soulèvement de 2024 et sur la situation actuelle des déportés et prisonniers.

Texte intégral (520 mots)

Rencontre/discussion avec le Collectif Solidarité Kanaky, retour sur le soulèvement de 2024 et sur la situation actuelle des déportés et prisonniers.

DIMANCHE 15 FEVRIER 2026 - 17H.

Soirée de solidarité avec les déportés / prisonniers kanak

En mai 2024, toute la Kanaky s'est soulevée contre le projet de dégel du corps électoral porté par Emmanuel Macron, un projet qui constituait une entrave grave au processus de décolonisation dans lequel le pays était engagé depuis les accords de Nouméa. Des révoltes ont éclaté, des barricades ont été érigées, des mutineries ont été organisées et un tiers des cellules de la prison de Nouméa est parti en fumée. La répression a été féroce et le « maintien de l'ordre » éminemment colonial : des dizaines de prisonniers ont été déportés de force de Nouméa vers la France, éparpillés au quatre coins de l'hexagone. À plus de 16 000km de leurs terres et de leurs proches, c'est un arrachement violent et un isolement féroce que connaissent ces prisonniers depuis bientôt deux ans maintenant. La solidarité est donc plus que jamais nécessaire : parlons de ces détenus déportés de force dans la plus grande illégalité, faisons entendre leurs revendications de retour au pays et apportons leur un soutien sans faille.

Collectif Solidarité Kanaky : https://solidaritekanaky.fr/

Cagnotte en ligne : https://www.helloasso.com/associations/comite-justice-et-liberte-pour-kanaky/collectes/justice-et-liberte-pour-kanaky

solidarité kanaky

Prix libre - pas d'attitudes ou propos racistes, sexistes ou discriminatoires
Pas de verre et laissez les animals tranquillous à la maison ou à des aminche
Retransmission, interviews, soutien et groupes de la soirée en direct dans l'émission Konstroy
Tous les dimanches de 18 A 20H sur RADIO « CAUSE COMMUNE » - 93.1 Mhz
https://collectifcontreculture.noblogs.org/

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06.02.2026 à 08:00

Rencontre avec Maxime Cervulle et Gianfranco Rebucini sur Homonationalisme de Jasbir K. Puar

Mercredi 4 mars à 19h30, rencontre au Monte en l'air avec Maxime Cervulle et Gianfranco Rebucini, animée par Cassandre Begous, autour de la réédition du livre de Jasbir K. Puar, Homonationalisme : contre la normalisation LGBT.

Texte intégral (665 mots)

Mercredi 4 mars à 19h30, rencontre au Monte en l'air avec Maxime Cervulle et Gianfranco Rebucini, animée par Cassandre Begous, autour de la réédition du livre de Jasbir K. Puar, Homonationalisme : contre la normalisation LGBT.

Dans le monde de l'après-11 Septembre, l'idéologie du « choc des civilisations » se combine à celle d'un « choc des sexualités ». Nous aurions d'un côté le monde occidental, tolérant et libéral, de l'autre le monde musulman, sexiste et homophobe.

Une part non négligeable du mouvement gay états-unien, en quête d'intégration et de respectabilité, s'est ainsi engagée sur la voie d'une normali­sation « homonationaliste » et soutient les guerres « contre le terrorisme ». Parallèlement, la réception américaine des images de torture d'Abu Ghraib met en évidence les difficultés du féminisme et de la pensée queer à penser les questions de race et d'impérialisme.

C'est à l'analyse de cette intrication complexe entre politique des sexualités et projets impérialistes occidentaux, qui fait pendant à la question de l'instrumentalisation du discours féministe par des politiques racistes et impérialistes, qu'est consacré Homonationalisme.

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06.02.2026 à 08:00

AG Antifasciste Paname - AG contre les frontières

L'AG Antifa Paname propose une AG contre les frontières à la Parole Errante mercredi 11 février à 18h30

Texte intégral (700 mots)

L'AG Antifa Paname propose une AG contre les frontières à la Parole Errante mercredi 11 février à 18h30

La xénophobie sue par tous les pores de ce monde de merde.

L'Union Européenne veut réformer la politique migratoire européenne pour donner la possibilité d'externaliser le tri migratoire avec des centres de rétention hors de l'UE. En France, la dernière circulaire Retailleau a causé une baisse drastique des régularisations en durcissant les conditions d'obtention des titres de séjours. Aux États-Unis, les flics de ICE ont envahi massivement les villes pour chasser les sans-papiers dans les rues et les expulser, et sont prêts à tirer pour réussir leur sale mission (plusieurs personnes ont récemment été tuées par ICE notamment à Minneapolis).

Tout nous dit que ce durcissement à l'échelle mondiale se poursuivra.

En juin dernier, le ministère de l'Intérieur avait annoncé des opérations de rafles massives dans les gares ferroviaires et routières et mobilisé 4 000 flics pour ce faire. Pour répondre à ces annonces abjectes et en écho aux courageuses oppositions à l'ICE aux États-Unis (actuellement des gens s'organisent encore pour gêner les recherches, foutre le bordel devant les hôtels de l'ICE ou s'opposer directement aux interpellations), l'AG Antifasciste Paname avait organisé un rassemblement à Gare du Nord qui s'était transformé en manif pendant quelques heures, opération métro gratuit et blocage de quelques voies de train.

Cependant, la chasse aux sans-papiers par la police française ne s'arrête pas aux opérations de communication de l'État comme celle de Retailleau en juin dernier. Le harcèlement des sans-papiers est permanent.

Face à la xénophobie de l'État, face au tri dégueulasse qu'il impose, la main dans la main avec le Capital, et pour la liberté de circulation de tous et de toutes dans le monde entier, il nous faut nous organiser pour s'y opposer.

Les collectifs de sans-papiers s'organisent déjà eux-mêmes pour mener la lutte, nous ne pouvons pas rester passifs ou en rester à une perspective humanitaire.

Nous pensons que l'AG Antifa Paname peut être un espace intéressant pour s'organiser sur la question, dans la perspective d'étendre la lutte et l'intervention depuis l'AG à d'autres sujets que la seule opposition aux fafs.

L'AG sera l'occasion de discuter collectivement pour réfléchir à comment lutter depuis l'espace de l'AG pour intervenir sur la question des frontières, pour faire lien et se bouger aux côtés des collectifs de sans-papiers (certains collectifs sont justement invités à venir pour en discuter et tout collectif ou personnes voulant s'organiser sur ces bases sont les bienvenus).

Rendez-vous le mercredi 11 février à 18h30 à la Parole Errante (9 Rue François Debergue, 93100 Montreuil, métro Croix de Chavaux)

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06.02.2026 à 08:00

Un an d'assemblée antimilitariste !

Douzième Assemblée Internationaliste Antimilitariste Paris-Banlieues ce mardi 10 février à 19h à La Générale (Paris 14e)

Texte intégral (705 mots)

Douzième Assemblée Internationaliste Antimilitariste Paris-Banlieues ce mardi 10 février à 19h à La Générale (Paris 14e)

La douzième (déjà !) AIA-PB se tiendra mardi 10 février à 19h à La Générale (Paris 14e) !

Au programme : des trucs à grignoter, la poursuite des différents groupes de travail, et des masques FFP2 pour faire tout ça en se protégeant les un-es les autres !

Chacun-e est invité-e à amener des trucs à partager, que ce soit des actus, des zines ou des trucs à manger

Pour rappel, l'Assemblée Internationaliste Antimilitariste Paris-banlieues (AIA-PB) est une assemblée ouverte, autonome et antimiliariste qui se réunit le second mardi de chaque mois.

Vous pouvez retrouvez le texte d'appel de l'assemblée ici :

Et son blog juste là : antimiliparis.noblogs.org

En espérant vous voir nombreux-ses mardi !

L'AIA-PB

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