09.01.2026 à 08:00
Notes sur le nouveau paradigme répressif
Notes sur le nouveau paradigme répressif
« Exiger qu'il soit renoncé aux illusions concernant notre propre situation, c'est exiger qu'il soit renoncé à une situation qui a besoin d'illusions. »
Karl Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, 1843
Le 22 septembre, Donald Trump désignait la « mouvance antifa » comme « organisation terroriste intérieure ». Le 26 septembre, il était imité par Viktor Orbán. Le 13 novembre, le Département d'État américain ajoutait quatre groupes à sa liste des organisations terroristes. Parmi eux, on retrouve Antifa Ost, accusé d'attaques menées contre des fascistes entre 2018 et 2023 en Allemagne, que la Hongrie avait déjà désigné comme terroriste dans le cadre de l'affaire de Budapest.
En France, l'idée de désigner les antifascistes comme terroristes fait son chemin. Le projet est au cœur du dernier numéro hors-série du magazine Frontières, qui prend lui-même le relai de la politique de Gérald Darmanin et Bruno Retailleau. Le premier a prononcé la dissolution de la Jeune Garde. Le second a demandé cette dissolution, tout en affichant son soutien à l'organisation fémonationaliste Némésis, dont les liens avec l'ultra-droite sont de notoriété publique.
Il y a quelque chose de l'ordre du trumpisme dans ce que nous vivons. La polarisation politique est encouragée par des acteurs qui s'identifient ouvertement au parti républicain. On se souvient de Blanquer et Vidal, qui chassaient hier « l'idéologie woke » et le complot « islamo-gauchiste » dans les écoles et les universités. On observe l'évolution des discours de développement personnel entrepreneurial, qui adoptent un ton toujours plus libertarien, agressif, masculiniste. On voit l'alliance de la droite et de l'extrême droite se dessiner dans leur fascination partagée pour le style trumpiste et leur empressement à l'imiter. Sommes-nous entrés dans le siècle des lumières obscures et des contre-révolutions atlantiques ?
On se figure plus facilement la catastrophe que la possibilité, les conditions et les moyens de s'y soustraire et de lui résister. C'est le mal de notre époque, qui se présente comme une course à trois entre le processus de fascisation, le cycle électoral et les débordements de la contestation.
[1] D'abord, il y a ce processus de fascisation normalisé par l'exercice macroniste du pouvoir, néolibéral et autoritaire, qui est une sorte de continuation du sarkozysme et de préliminaire du lepénisme. Cette fascisation est accélérée par la concentration des médias aux mains d'acteurs ouvertement affiliés à l'extrême droite, et par la pénétration de leurs idées dans les sphères médiatiques publiques et patronales.
En cas de victoire électorale de l'extrême droite ou de coup de force autoritaire, tout ce beau monde sera le premier à montrer patte blanche aux nouveaux maîtres. L'intérêt est partout, il y a toujours soit quelque chose à gagner, soit quelque chose à préserver. Le moindre mal est une forme comme une autre de l'opportunité. Il suffit de parler d'avancement, de promotion ou de mutation pour obtenir du salarié comme du fonctionnaire, petit ou moyen, son consentement et même son serment. L'histoire pas si lointaine de ce pays et de ses voisins nous enseigne avec quelle lâcheté l'homme a appris à obéir. Et avec quelle indifférence il se rend complice du crime, quand celui-ci se fait bureaucratique. Tout le monde est responsable, mais personne n'est coupable.
[2] Puis, il y a les élections, avec leur cortège d'illusions et de déceptions. Les comparaisons avec l'Allemagne de Weimar sont à la mode. Le Rassemblement national est donné vainqueur d'office au premier tour. Reste à savoir qui lui tiendra compagnie : la gauche « modérée » qui devra s'entendre autour d'une écologiste, d'un socialiste ou d'un Macron bis comme Raphaël Glucksmann ; la France Insoumise qui fait durer le suspense pour mieux armer médiatiquement son futur candidat ; le camp présidentiel, fragmenté autour de lieutenants du macronisme méthodiquement privés de droits de succession par leur chef ; la droite « républicaine » qui doit copier le Rassemblement national tout en s'en distinguant, et qui espère sans doute repêcher les carriéristes contrariés et écartés du macronisme. Toutes les spéculations sont possibles, et c'est bien ce qui fait toute la force et le danger du cycle électoral.
Car à force d'avoir les yeux rivés sur les politiciens professionnels, on en oublie qu'il existe un peuple. Ce peuple, c'est l'ensemble des personnes vivant sur le territoire, qui manifeste au quotidien son rejet du business politique, qui ne se sent plus écouté ni représenté, qui voudrait arrêter de survivre et commencer à vivre, et à qui on oppose la matraque et le mépris à chaque tentative de provoquer le changement. Il faut voir plus loin que les effets d'annonce des sondages et les paniques de plateaux. Il faut viser plus haut que la petite musique de l'indignation citoyenne, qui s'offusque jour après jour de la corruption comme s'il y avait là quelque chose de nouveau ; comme s'il y avait encore quelque chose à sauver dans notre compromis historique agonisant. Les pommes sont pourries ou empoisonnées. On jettera le panier.
[3] Pendant le mouvement des gilets jaunes, l'autorité suprême du pays se terrait dans un bunker avec un hélicoptère prêt à l'exfiltrer, les assemblées populaires et démocratiques se sont répandues de rond-point en rond-point comme une trainée de poudre, et déjà une conscience internationale nous poussait à regarder ailleurs, à Hong-Kong et au Chili. Pendant le confinement, nous avons connu l'entraide diffuse et informelle à l'échelle de l'immeuble et du quartier, ainsi que l'action des brigades de solidarité. Sous les pavés de l'Arc de Triomphe, dans la boue de Sainte-Soline, à la cadence des mortiers d'artifice pour Nahel, nous avons montré notre capacité à faire reculer l'ennemi y compris lorsque celui-ci a reçu l'ordre de terroriser et s'est arrogé celui de tuer. Nous pensons comme Mao que la violence de l'ennemi témoigne en même temps de sa force et de sa fébrilité. Le recours grandissant aux outils répressifs relevant de l'antiterrorisme n'y échappe pas : si l'État veut nous faire peur, c'est qu'il a peur de nous.
« Si les Français qui firent la Révolution étaient plus incrédules que nous en fait de religion, il leur restait du moins une croyance admirable qui nous manque : ils croyaient en eux-mêmes. Ils ne doutaient pas de la perfectibilité, de la puissance de l'homme ; ils se passionnaient volontiers pour sa gloire, ils avaient foi dans sa vertu. Ils mettaient dans leurs propres forces cette confiance orgueilleuse qui mène souvent à l'erreur, mais sans laquelle un peuple n'est capable que de servir ; ils ne doutaient point qu'ils ne fussent appelés à transformer la société et à régénérer notre espèce. Ces sentiments et ces passions étaient devenus pour eux comme une sorte de religion nouvelle qui, produisant quelques-uns des grands effets qu'on a vu les religions produire, les arrachait à l'égoïsme individuel, les poussait jusqu'à l'héroïsme et au dévouement, et les rendait souvent comme insensibles à tous ces petits biens qui nous possèdent. »
Alexis de Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution, 1865
11 novembre 2008 : Dix personnes sont arrêtées par la police antiterroriste et mises en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Elles résisteront. C'est l'affaire Tarnac, fiasco judiciaire qui posera les bases de la répression des contestations à venir. L'association de malfaiteurs place les accusés sous la juridiction du parquet antiterroriste et étend les conditions d'enquête et de détention en même temps qu'elle renvoie les accusés au rang d'ennemi intérieur, justifiant moralement les « bavures » et autres abus de pouvoir.
13 novembre 2014 : Loi renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme. L'entreprise terroriste, jusqu'ici collective, peut être imputée à un individu seul. L'accusation « d'apologie du terrorisme » devient un outil de censure politique. La solidarité avec des individus ou organisations mises en cause par le régime répressif antiterroriste devient incriminable. Dès le lendemain du 7 octobre 2023, le délit « d'apologie du terrorisme » est mobilisé contre le mouvement pro-palestinien. En avril-mai 2025, il cible les personnes ayant diffusé du contenu en lien avec la vague « DDPF » (Défense des Droits des Prisonniers Français).
13 novembre 2015 : L'état d'urgence est décrété. Suivront plus de 600 mesures de restriction du droit de circuler, c'est-à-dire de manifester. De la COP21 à la Loi Travail, le recours excessif, disproportionné et arbitraire à la force devient la norme. Les perquisitions et les assignations à résidence se multiplient, principalement à l'encontre de la communauté musulmane. Les ONG mettent en gardent contre les violations des droits humains.
1er novembre 2017 : Loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. L'état d'urgence prend fin, mais ses dispositions essentielles rentrent dans le droit commun. Le « retour à la normale » n'est pas un retour à « l'état de droit », mais une banalisation de l'état d'exception.
10 avril 2019 : Loi visant à renforcer et garantir le maintien de l'ordre public lors des manifestations. L'État punit les gilets jaunes, dont le soulèvement a pris tout le monde de court, par une nouvelle « loi anti-casseurs ». Elle vient parachever une répression hors-norme, qui a vu 3000 manifestants condamnés entre novembre 2018 et juin 2019, dont un tiers à de la prison ferme.
23 mars 2020 : État d'urgence sanitaire. En vigueur jusqu'au 1er juin 2021.
25 mai 2021 : Loi pour une sécurité globale préservant les libertés. Paris se dote d'une police municipale. Le secteur de la sécurité privée est présenté comme un « maillon essentiel du continuum de sécurité ». L'exploitation des images de vidéosurveillance de la voie publique est ouverte à la RATP et à la SNCF. L'usage de drones de surveillance par la police, jusqu'ici déployés en dehors de tout cadre légal, est officialisé. La réduction de peine est écartée pour les infractions graves à l'encontre d'une personne dépositaire de l'autorité publique.
24 août 2021 : Loi confortant le respect des principes de la République, dite « loi contre le séparatisme ». Nouvelle attaque contre la liberté d'association et de culte.
30 octobre 2022 : Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin justifie par avance les exactions policières de Sainte-Soline en qualifiant une partie des manifestants « d'éco-terroristes ».
29 juin 2023 : Devant l'ampleur du soulèvement consécutif au meurtre du jeune Nahel par la police, le gouvernement hésite à décréter un nouvel état d'urgence. Les unités d'élite sont déployées avec leurs blindés, TikTok est coupé, des couvre-feux sont imposés et des transports coupés en Île-de-France. Plus besoin de déclarer l'urgence pour s'en arroger les moyens.
15 mai 2024 : L'état d'urgence est décrété en Kanaky pour écraser le soulèvement anticolonial. Plus de mille gendarmes sont déployés.
1er avril 2025 : Le Conseil d'État juge la suspension de TikTok pendant la révolte pour Nahel « indispensable pour faire face à des événements d'une particulière gravité ». Un pas de plus dans le contrôle étatique des réseaux sociaux, dont il faut rappeler l'importance dans les soulèvements du Printemps arabe, des Gilets jaunes ou encore de la « Gen Z ».
29 avril 2025 : Loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic. Les messageries cryptées s'en sortent de justesse. Un Parquet national anti-criminalité organisée est créé sur le modèle de Parquet anti-terroriste. Les préfets peuvent fermer des commerces et des locaux soupçonnés de servir au blanchiment ou à l'organisation du trafic. Les pouvoirs des services de renseignement sont également étendus, et leur expérimentation des interceptions satellitaires est prolongée au nom de la prévention du terrorisme et du crime organisé. Le régime des « repentis » est élargi aux personnes poursuivies pour crime de sang. Les préfets peuvent mettre la pression aux bailleurs privés et sociaux pour expulser des locataires mis en cause dans le trafic de drogue. Les « quartiers de haute sécurité » (QHS) abolis en 1982 par Badinter sont restaurés sous le nom de « quartiers de lutte contre la criminalité organisée » (QLCO).
22 juillet 2025 : Ouverture du premier QLCO dans la prison de Vendin-le- Viel, au nord de Lens. Un second ouvrira le 11 novembre 2025 dans la prison de Condé-sur-Sarthe, à l'ouest d'Alençon.
31 juillet 2025 : Nouveau schéma national des violences urbaines. Le cadre de protection des journalistes en manifestation est modifié : « la prise en compte du statut des journalistes telle que consacrée par le schéma national du maintien de l'ordre, ne trouve pas à s'appliquer dans un contexte de violences urbaines ». Qui met une cible dans le dos des journalistes ?
L'état d'exception n'est qu'une variété de l'état de droit. L'autorité ne s'exerce plus que dans son abus. Le maintien de l'ordre est l'appellation à la mode de la contre-insurrection, opérée par des miliciens cagoulés impossibles à identifier et tenir responsables de leurs actes. Les arrestations préventives sont la norme. Ne parlez plus de « violences policières » : parlez de terreur d'État.
Celles et ceux qui aspirent à une autre qualité de vie sont amené·e·s à développer des comportements antagonistes avec les émanations symboliques et physiques de l'ordre social existant. En face, l'État exerce une forme de monopole institutionnel de la politique. Tout ce qui sort de sa logique de légitimité, qui trouve son origine dans le droit et dans la loi, est de fait exclu du champ politique.
L'action révolutionnaire, mais aussi l'organisation autonome de la population à la base et en dehors des instances de représentation, est légitime du point de vue de la lutte mais échappe à la légalité du pouvoir. Son caractère politique doit donc être nié, et ses capacités matérielles anéanties à l'instant où elles semblent capables d'assumer une forme d'antagonisme envers le système. Cette répression, déjà diffuse en ce qui concerne les comportements sociaux jugés « anormaux » ou « déviants », prend une dimension concentrée, brutale et parfois même outrancière dans les situations de crise qui voient peu à peu l'état de droit se muer en état d'exception. Concentrée car elle mobilise tout son arsenal judiciaire et policier au service de la conservation de l'ordre social et économique en vigueur. Brutale car elle s'abat dans le fracas assourdissant des armes policières et des discours militaires des dirigeants. Outrancière car elle révèle une inégalité aux airs anachronique, très justement perçus par la population comme relevant de l'ordre du despotisme monarchique, avec sa cour et ses privilèges, ses lettres de cachet et ses armoires secrètes.
Compte tenu de cette interdiction du fait politique en dehors de la sphère étatique, le concept même de « délit politique », pourtant longtemps admis par les démocraties libérales, n'a plus lieu d'être. Il devient pour ainsi dire une contradiction dans les termes : si tout acte politique intervient dans le cadre de lois, de pactes, de conventions et de codes, alors tout acte opérant une transgression de ce cadre équivaut à un forfait, et ultimement un crime. Mais le caractère contradictoire affiché du concept de crime politique ne conduit pas, comme on pourrait le croire à première vue, à sa suppression : l'objectif de la bourgeoisie n'est pas en effet de dégrader les militants révolutionnaires en criminalisant leurs actions au rang subalterne de « criminels de droit commun ». Il y a bien la volonté d'aller jusqu'au bout de la criminalisation du combat politique, en définissant comme criminels voire terroristes non seulement les révolutionnaires, mais bien toutes celles et ceux qui sortent des normes juridiques et comportementales de plus en plus rigides fixées par la bourgeoisie et qui risquent, demain, de rejoindre la lutte contre le capital multinational et le nouvel État.
L'État n'a pas encore décrété la chasse aux sorcières parce qu'il n'a pas encore besoin d'emprisonner ouvertement et systématiquement la minorité de « professionnels du désordre ». Mais il a emprisonné massivement des gilets jaunes, pourtant majoritairement intégrés à la communauté nationale blanche autour de laquelle se dessine la pacification et l'unification de la société ; il a condamné et incarcéré à la chaîne la jeunesse ghettoïsée, opérant un saut qualitatif dans le racisme institutionnel et la criminalisation ordinaire systémique de ce segment de la population. Dans les deux cas, la violence était devenue un phénomène social, de masse, nécessitant une réponse hors norme. En temps de paix, une réponse plus proportionnée a été apportée aux problèmes posés par les fauteurs de trouble : la surveillance policière, la dissolution et la censure au nom de la lutte contre l'apologie du terrorisme. Ne soyons pas crédules au point de penser que ces deux formes répressives s'excluent mutuellement.
Malgré la diversification de la sémantique sécuritaire des spécialistes de la guerre psychologique et de la contre-insurrection préventive pour qualifier les criminels spéciaux de l'époque – ultragauche, ultrajaune, éco-terroristes et autres fréristes malgré eux –, l'appareil de répression opère toujours contre une conception unificatrice et centralisatrice : l'ennemi intérieur. S'il n'est généralement pas nommé, le statut politique de cet ennemi intérieur est parfaitement reconnu dans la substance du traitement différencié qui lui est réservé. En effet, celui-ci est traité d'abord pour ce qu'il est, et ensuite seulement pour ce qu'il a fait. L'intégration de la jeunesse ghettoïsée insurgée pour Nahel au spectre de l'ennemi intérieur a marqué une évolution dans le traitement par le pouvoir judiciaire de ce secteur de la population déjà surexposé : en dirigeant leur violence organisée contre les expressions matérielles de la domination qui s'exerce sur leur vie au-delà de la seule institution policière, en assumant une forme d'antagonisme avec l'ordre social existant, la jeunesse ghettoïsée est pour ainsi dire passée du statut de « délinquant » à celui d'ennemi intérieur « décivilisé ».
L'ennemi intérieur, c'est le barbare infiltré au cœur de la cité, c'est l'étranger à la communauté politique, c'est celui qui ignore ses lois, qui récuse ses valeurs, qui menace sa cohésion et, à entendre certains, qui polluent son sang.
« En regard de ces hommes, farouches, nous en convenons, et effrayants, mais farouches et effrayants pour le bien, il y a d'autres hommes, souriants, brodés, dorés, enrubannés, constellés, en bas de soie, en plumes blanches, en gants jaunes, en souliers vernis, qui, accoudés à une table de velours au coin d'une cheminée de marbre, insistent doucement pour le maintien et la conservation du passé, du moyen âge, du droit divin, du fanatisme, de l'ignorance, de l'esclavage, de la peine de mort, de la guerre, glorifiant à demie- voix et avec politesse le sabre, le bûcher et l'échafaud. Quant à nous, si nous étions forcés à l'option entre les barbares de la civilisation et les civilisés de la barbarie, nous choisirions les barbares. »
Victor Hugo, Les Misérables, tome IV, 1862
Partout à travers le monde, l'opposition rigide entre crime et politique pousse à l'identification de figures antagonistes communes : le casseur, l'émeutier, le terroriste intérieur (ultragauche et écoterroriste ici, domestic terrorist ou verfassungswidrig là-bas) – actualisations du criminel politique autrefois incarné par le guérillero urbain. Et partout à travers le monde, l'étranger reste un suspect privilégié.
Les techniciens de la contre-révolution préventive réduisent l'action collective à une somme de comportements individuels, les séparent de leurs motivations et les uns des autres, et tentent ainsi de leur ôter leur capacité à représenter un message. Ils les criminalisent, les psychiatrisent pour nier le droit à l'existence, à l'antagonisme prolétarien organisé. Les militants sont isolés, individualisés et séparés pour devenir des unités criminelles individuelles sans histoire ni profondeur politique. Mais paradoxalement, la répression ne suffit pas à mettre à l'arrêt le processus de recomposition de la conscience de classe et de redéploiement des forces révolutionnaires : plus la contre-révolution se durcit, notamment en recourant à des formes de maxi-procès et de coups médiatiques – affaire Tarnac, affaire du 8 décembre, coups de filet contre les saboteurs de Lafarge, arrestations massives devant le siège d'Amundi et à la Sorbonne, etc. –, plus la défiance se diffuse dans la population, augmentant le risque de manifestations de violence collective.
Dans les séquences d'affrontement aigu, les institutions répressives nationales peuvent s'en remettre aux instruments transnationaux développés depuis la dernière phase de lutte armée en Europe à partir de la Convention européenne pour la répression du terrorisme. Cette dernière avait formalisé le processus d'internationalisation des niveaux de répression dans les États européens, dans une sorte de nivellement par le haut, par l'extension des systèmes répressifs des États les plus forts au niveau continental. Il existe un processus de concentration et de centralisation des outils répressifs dans des institutions transnationales, qui est indissociable du processus de centralisation du pouvoir dans les mains de l'exécutif à l'intérieur des États. Ces derniers, parce qu'ils n'affrontent jamais des mouvements révolutionnaires et des structures de classe homogènes, ne peuvent se passer de l'autonomie de leurs appareils répressifs internes. La restructuration des appareils de répression et de contrôle en période de crise ne saurait ainsi suivre une évolution linéaire et homogène dans les divers pays de la chaîne impérialiste.
Dans la situation actuelle, le recours aux outils répressifs supranationaux reste à première vue marginal, cantonné à quelques enquêtes spectaculaires. L'internationalisation des niveaux de répression concerne principalement des fonctions d'intelligence et de renseignement. On pense par exemple à la collaboration franco-britannique en matière de décryptage numérique : les services français envoient à leurs homologues d'outre-Manche des appareils électroniques saisis et placés sous scellés qui résistent à leurs technologies. On pense aussi aux procédures d'extradition, comme celles concernant les antifascistes inculpés ou recherchés pour l'affaire de Budapest. Récemment, la France a demandé l'aide du FBI dans son enquête sur les sabotages ferroviaires du 26 juillet 2024, afin d'accéder aux informations du compte Riseup qui avait diffusé le communiqué de revendication de ces sabotages. Bien que l'enquête n'ait pas permis d'établir la présence ou le concours de groupes étrangers, la contre-révolution préventive persiste dans son narratif : les personnes impliquées dans ces actions doivent être d'obscures extrémistes vivant hors-réseau, difficiles à infiltrer car paranoïaques vis-à-vis de tout ce qui sort de leur microcosme et liés d'une manière ou d'une autre à des ingérences étrangères.
La Convention européenne pour la répression du terrorisme, les procédures d'extradition, Interpol et consorts ne sont pas de simples actes bureaucratiques des gouvernements et des ministres européens, mais bien des armes à ne jamais sous-estimer dans leur capacité à changer, demain, les termes du conflit – et en particulier à briser toute tentative de composition et de coordination au-delà des frontières nationales. En attendant, même contre des pressions révolutionnaires localisées, c'est toute la force, toute la technologie et toute l'intelligence de l'appareil impérialiste qui entrent systématiquement en jeu. Quand la police française réprime un mouvement social, elle mobilise : des schémas de maintien de l'ordre enrichis par l'expérience d'autres régimes ou par leur enseignement-expérimentation à l'étranger, des outils de surveillance achetés à d'autres puissances disposant elles aussi de leurs propres laboratoires du maintien de l'ordre, des équipements qui se retrouveront demain sous une forme identique ou alternative sur le marché mondial de l'armement, etc.
Pire encore, cette économie de la répression dévoile désormais presque sans complexe sa nature profonde d'économie de guerre, qui se ressent progressivement dans la militarisation des rapports entre l'État et sa population et dans la virilisation guerrière des postures et des rhétoriques du personnel politique. Le risque de se retrouver précipités dans une situation de conflit armé, au niveau mondial ou continental, rend urgent le développement des liens de solidarité internationale. Quant aux réflexions d'ordre stratégique et tactique sur la manière de mener l'affrontement asymétrique, elles sont de première nécessité compte tenu de la longueur d'avance idéologique et technologique de la contre-révolution préventive.
« L'état d'urgence justifie la légitime défense, la morale l'emporte sur la légalité. »
Günther Anders, La Violence ? Oui ou non, 1987
09.01.2026 à 08:00
LAYLAC est un centre social qui favorise l'action des jeunes pour le développement communautaire. L'association a été créé en 2010 comme une réponse à aux besoins urgents des jeunes du camp de réfugiés de Dheisheh et de la région de Bethléem.
LAYLAC est un centre social qui favorise l'action des jeunes pour le développement communautaire. L'association a été créé en 2010 comme une réponse à aux besoins urgents des jeunes du camp de réfugiés de Dheisheh et de la région de Bethléem.
(centre de jeunes en Cisjordanie/Palestine)
LAYLAC est guidé par des principes et des valeurs de justice sociale et de respect des droits humains.
L'association compte une trentaine de bénévoles qui animent le camp de Dheisheh tout en militant pour la cause palestinienne. Chaque année des centaines d'habitants du camp prennent part aux projets du centre.
Le principal objectif de Laylac est de permettre aux jeunes de participer et de contribuer à leur communauté et à la société palestinienne dans son ensemble. La structure offre un espace ouvert à la population et donc particulièrement à la jeunesse pour s'exprimer, échanger et agir dans l'optique plus large de contribuer à l'évolution de la société palestinienne. Le but étant aussi de conscientiser et amener les jeunes à lutter pour leurs droits et ceux des palestiniens dans le cadre d'une situation d'occupation par l'armée israélienne.
Convaincue de l'importance de l'éducation populaire, Laylac œuvre au développement de la communauté par une participation active de ses membres. En prenant part aux différents ateliers (musique, vidéo, dessin…) les habitants du camp peuvent devenir rapidement à leur tour animateurs et coordinateurs de projets.
Musiques avec :

Collectif Contre Culture
au Centre International de Culture Populaire
21 ter rue Voltaire
75011 Paris - metros : Alexandre Dumas - Avron
Blog : https://collectifcontreculture.noblogs.org/
Archives anterieures : http://collectifcontreculture.blogspot.com/
Retransmission interviews soutien et groupes de la soirée en direct dans l'émission Konstroy
http://konstroy.net/ tous les dimanches de 18 à 20h sur radio « Cause Commune » - 93.1
Megateuf
Prix libre - pas d'attitudes ou propos racistes, sexistes ou discriminatoires
Pas de verre et laissez les animals tranquillous à la maison ou à des aminche
09.01.2026 à 08:00
Samedi 17 janvier à la bibliothèque associative de Malakoff (14 impasse carnot à Malakoff, métro Rue Etienne Dolet)
Samedi 17 janvier à la bibliothèque associative de Malakoff (14 impasse carnot à Malakoff, métro Rue Etienne Dolet)
Soirée autour du livre Mémoires de prison d'un anarchiste d'Alexandre Berkman (L'échappée, 2020), en présence de la traductrice, Jacqueline Reuss.
Alexandre Berkman n'a que 21 ans lorsqu'il tente de tuer le magnat de l'acier Henry Clay Frick, responsable d'une répression sanglante à l'encontre d'ouvriers en grève. Son acte est - comme il l'écrira plus tard à propos de la violence anarchiste -, « un moyen de venger une injustice subie par le peuple ».
Au moment où notre époque ressemble étrangement à la fin du XIXe siècle - guerres de conquête, recompositions impérialistes, révolution industrielle, domination des magnats et des trusts, propagande invétérée -, quels parallèles ou différences peut-on établir ? Les réactions à l'affaire Luigi Mangione aux USA rappellent que l'histoire d'Alexandre Berkman - il tente de tuer Frick en 1892 - reste d'une grande actualité.
La soirée sera suivie d'un buffet partagé.

09.01.2026 à 08:00
Projection du film « Festen », un film sur l'inceste, le mercredi 14 janvier à 18H30 à la BARK !
Projection du film « Festen », un film sur l'inceste, le mercredi 14 janvier à 18H30 à la BARK !
On vous invite à venir regarder ensemble « Festen ».
C'est l'histoire d'une famille dont le patriarche, Helge, fête ses 60 ans. Il invite tout le monde, famille et amis, à célébrer l'événement dans la grande maison familiale, malgré le suicide récent d'une de ses filles, Linda. Au cours d'un grand repas de fête, le jumeau de Linda décide de briser le silence qui entoure la mort de sa soeur.

Festen est probablement le film le plus connnu abordant le thème de l'inceste. Plus précisément, il aborde la question des secrets de famille, et comment ils sont protégés par les membres de celle-ci, les proches, les ami.e.s. Le cadre est celui d'une famille super bourgeoise mais les réactions des un.e.s et des autres étant un peu les mêmes dans tous les milieux, c'est un film qui peut servir de base à tout plein de discussions. Et surtout, c'est un bon film ! Il nous tient en haleine, on a envie de savoir ce qui va se passer et les acteurices jouent super bien. Bref, que tu le découvres ou que tu aies envie de le revoir, n'hésite pas à passer !! On pourra discuter du film ensuite, si on a envie.
La projection aura lieu le mercredi 14 janvier à 18H30 à la BARK. La BARK ! est la bibli anarchiste queer de la Parole Errante, elle se situe rue françois Debergue à Montreuil. Quand tu es dans la rue face à la librairie Michèle Firk, il y a un petit portail sur ta gauche, c'est là ! Entre dans la cour, le local de la BARK est sur ta droite.
5 Rue François Debergue
Métro Croix de Chavaux.
08.01.2026 à 08:00
Présentation d'un nouveau collectif grenoblois, l'ARRAG (Association des Refusants et Refusantes À la Guerre).
Présentation d'un nouveau collectif grenoblois, l'ARRAG (Association des Refusants et Refusantes À la Guerre).
La guerre.
On l'avait oubliée celle-là. On savait qu'elle n'avait jamais vraiment disparu, qu'elle trainait par ci par là, surtout dans des pays dits pauvres (et lointains) . Mais elle était loin de nous, juste des images au journal. Et puis on avait tellement à faire avec toutes les autres merdes afférentes à notre société. Le capitalisme et ses joyeusetés, injustices à tous les étages, fuite en avant technologique, aliénations diverses, écocides, génocides...
Bref, on avait oublié. Que la guerre fait partie intégrante de la panoplie des « solutions » du capitalisme pour se renouveler, qu'elle en est l'une des roues de secours, de celles que les États peuvent déployer quand le business as usual ne suffit plus.
Et voilà. Elle est revenue au pied de nos vies. Chez les politicards, dans les médias, partout, elle est dans les bouches. Économie de guerre, réarmement démographique, records de ventes et achats d'armes, marseillaise et patriotisme, demande de sacrifices, service national ( volontaire jusqu'a quand ? ), etc.
On connaît la chanson, elle a souvent été servie dans le passé. On sait que le rouleau compresseur de la propagande est parti et ne s'arrêtera plus.
Alors on prend les devants. L'ARRAG veut s'atteler à redire des choses qu'on pensaient évidentes et qui le sont de moins en moins. Oui les États et les industries ont des intérêts ( stratégiques et financiers) à mettre la guerre en avant. Non, la population n'a aucune raison de soutenir ces intérêts. Face a cette propagande massive, il est urgent de porter un discours sur la guerre, l'armée, le nationalisme et tout ce qui va avec, d'aiguiser notre esprit critique.
On espère faire « boule de neige », que partout se créent des collectifs et associations similaires, qui portent une autre parole face à la lèpre de la militarisation, de l'autoritarisme, de l'obéissance, du patriotisme et de la peur.
08.01.2026 à 08:00
Soirée de discussions et d'échanges inter-revues avec Ballast, Jef Klak, Panthère Première, lundimatin, Terrestres, The Funambulist, Z
Soirée de discussions et d'échanges inter-revues avec Ballast, Jef Klak, Panthère Première, lundimatin, Terrestres, The Funambulist, Z

Après une aventure collective qui aura duré onze ans, la revue Ballast a fermé fin 2025 ses colonnes. Pour l'occasion, elle convie plusieurs revues camarades qui ont traversé la dernière décennie à venir discuter le vendredi 16 janvier à la Parole Errante.
Des membres de Ballast, la revue Z, Jef Klak, lundimatin, Terrestres, Panthère Première et The Funambulist discuteront de ce qui fait et défait, dans les années 2020, une revue militante : quelles contraintes l'évolution du paysage médiatique et du contexte politique, au sein et en-dehors du camp de l'émancipation, a-t-elle fait peser sur notre travail ? à qui souhaitons-nous nous adresser et sous quel format ? faut-il grandir ? si oui, comment ? que faire quand l'usure s'installe ? peut-on réfléchir à des réseaux de solidarité inter-revue ?
Les productions des différentes revues et d'autres encore, ainsi que d'autres collectifs camarades, seront disponibles. Bar et cantine sont prévus. Entrée prix libre.
🕓 Le vendredi 16 janvier à partir de 18.00
📍 A la Parole Errante, 9 rue François Debergue, 93100 Montreuil