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Rubrique «À LIRE AILLEURS»
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21.07.2026 à 13:12

Le tortionnaire Bigeard déboulonné à Dreux [2020]

Dans la ville de Dreux, le jour de la fête nationale, un groupe a déboulonné un panneau honorant un criminel de masse : le général Bigeard.

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Dans la ville de Dreux, le jour de la fête nationale, un groupe a déboulonné un panneau honorant un criminel de masse : le général Bigeard.

La ville de Dreux a choisi d'honorer un assassin de masse, Marcel Bigeard, en baptisant une rue à son nom. C'était le 18 octobre 2019 en présence du maire de la commune et de 200 parachutistes nostalgiques du temps des colonies et de la guerre contre-révolutionnaire, en Indochine, en Algérie ou encore à Madagascar.

Nous n'avons pas oublié que Bigeard, c'est la systématisation des enlèvements, de la torture, des disparitions et assassinats de milliers d'Algériens. Bigeard, c'est les « crevettes Bigeard », cette pratique consistant a éliminer les résistant-e-s en les jetant dans la mer Méditerranée depuis des hélicoptères, les pieds lestés de ciment.

Il est temps pour nous d'enterrer le gaullisme. Il est temps pour nous de faire disparaître tous les relents du colonialisme. A l'heure où le monde fait tomber partout les statues des ordures qui ont participé à l'esclavage et à la colonisation, nous avons choisi de déboulonner les plaques de la rue Bigeard à Dreux.

En ce 14 juillet 2020, journée de la barbouzerie nationale, de la guerre et de l'impérialisme, nous avons voulu rappeler que nous ne sommes toujours pas débarrassés de leur vieux monde.

Contre le colonialisme et les violences d'État, ni oubli, ni pardon.

Groupe Henri Curiel.

PS - De nombreuses communes ont choisi d'honorer Bigeard en lui donnant des noms de rues, et pas simplement dans le 54, en Meurthe-et-Moselle (il est né à Toul)... A vos clés anglaises !

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21.07.2026 à 08:00

Affaire Lhyanna : HALTE à la récupération pourrie et dégoûtante de cette affaire par les fascistes et l'extrême droite !

La présente contribution vise à alerter sur le phénomène de l'odieux drame dont Lhyanna a été victime (violée et tuée, ce qui est particulièrement odieux) autour de la récupération de cette affaire par l'extrême droite et les fascistes.

Texte intégral (1471 mots)

La présente contribution vise à alerter sur le phénomène de l'odieux drame dont Lhyanna a été victime (violée et tuée, ce qui est particulièrement odieux) autour de la récupération de cette affaire par l'extrême droite et les fascistes.

Attention car cette volonté de l'extrême droite d'exploiter cette affaire n'est que pure démagogie et hypocrisie et pour plusieurs raisons :

  1. Déjà l'extrême droite est connue pour s'octroyer tant qu'elle peut un vernis « social », et tribune du peuple de façon à flatter les sentiments de celui-ci en vue de remporter les échéances électorales. Ça fait partie de son déguisement en candidats respectables pour des promesses qu'ils ne pourront pas réaliser en vérité (nous verrons ce point plus bas) ;
  2. Ensuite parce que le sentiment anti pédophilie et contre les criminels meurtriers n'est ni l'apanage ni le monopole de l'extrême droite mais émane de la liberté de ne subir aucune domination ni aucune forme de pouvoir et de chantage. Même si elle prétend incarner la volonté de « sévérité contre ce genre de criminels odieux ». Ce n'est que de la démagogie.
  3. Ensuite, elle n'a pas de perspectives de promettre des châtiments barbares en proposant de rétablir la peine de mort et donc de semer la confusion parmi la population déjà en faisant confondre justice et vengeance et en faisant oublier que si ce crime là est apparu, ce n'est pas « parce que la peine de mort est absente » mais parce que cette indulgence envers la pédophilie et le fait que l'État fasse mine de lutter contre celle-ci sont en vérité SYSTÉMIQUES, d'autant plus que les abus sexuels d'enfants peuvent être, comme l'immigration clandestine soi-disant (que l'État a instaurée lui-même et contre laquelle il fait semblant de lutter) un marché solvable. Alors peine de mort ou pas, tant que ça sera systémique, on ne pourra pas faire grand chose.
  4. Partant de là, malgré sa rhétorique démagogique de pseudo promesse de sévérité contre les criminels, elle ne pourra rien faire elle aussi, parce que d'une, déjà, promettre avec tout un blabla, c'est une chose mais être au pouvoir, c'est autre chose, et dans la mesure où l'extrême droite, contrairement à ce qu'elle veut faire croire, NE VEUT PAS casser le système, du moins ni l'État ni le règle du capital qui justement engendrent ces monstres (d'autant plus que beaucoup d'entre eux sont présents dans les sphères et mécanismes de l'État, de la justice, etc….) et au demeurant, parce que justement aucun politicien qui reconnaît l'État et le capitalisme comme « normaux » ne peut mener de politiques contraires à celles que les maîtres capitalistes exigent, eh bien même l'extrême droite aux commandes n'échappera pas à la règle.
  5. En sus de cela, qui vient d'être expliqué, l'extrême droite et les fascistes déjà ont voté contre des dispositifs qui visaient à protéger les enfants, comme notamment autour de Betharram, outre que vu que ce sont des racistes abjects, ils ne visent pas à protéger TOUS les enfants, alors leur rhétorique sur la protection de l'enfance, tu parles ! et surtout, souvenons nous que même à l'époque de régimes d'extrême droite passés qui soi disant ne badinaient pas avec la pédophilie, comme l'Espagne de feu le boucher Franco, et bien ça n'a pas empêché que ce genre de crimes se fassent et soient couverts qui plus est par la hiérarchie catholique et la phalange franquiste. Des espagnols octogénaires aujourd'hui en ont témoigné d'ailleurs alors cette démagogie, ça suffit !
  6. Enfin ce n'est pas la peine pour les fascistes d'en parler car outre ce fait énoncé ci-dessus, l'autre fait c'est qu'on n'a pas entendu beaucoup Bardella et même les pseudo féministes de Nemesis se prononcer. Ah oui, et pour cause, on n'a rien à dire, car le criminel cette fois n'est pas Malik ni Mohammed ni Abdel mais un certain JÉRÔME, donc un « bien de chez nous » et au demeurant, pour rappel, c'est MALIK qui a donné des indices et informations quant à ce qu'il en était pour cette fille.

Du coup non seulement leur fonds de commerce se brise et s'effondre mais ils sont vraiment mal placés, donc attention, ne tombez pas dans ce piège démagogique et empoisonné ! Dernier exemple, on n'a pas vu l'extrême droite et les fascistes accourir pour soutenir le chauffeur de bus récemment licencié JUSTEMENT parce qu'il s'est soucié de la sécurité des enfants en les déposant chez eux et ayant ainsi très certainement contribué à éviter un drame !!! Mais ce qui compte pour l'extrême droite ce n'est pas la prévention, c'est l'enrégimentement de la population, le culte de l'obéissance….

Alors que faire ? Bah déjà ce n'est pas en répondant à cette atrocité par la barbarie que nous allons régler ce problème. C'est de la même manière que les libertaires ne demandent pas à l'État d'intervenir contre les fascistes et leurs journaux / torchons et merdes qu'ils débitent à longueur de temps alors qu'ils n'ont pas de perspectives.

Il faudrait déjà inverser la donne et casser cette situation déjà dans laquelle la pédophilie est systémique, ce qui signifie une révolution sociale profonde pour casser les logiques de domination car la pédophilie EST une logique de domination. Ensuite, c'est faire la révolution pour changer de société de façon à nous débarrasser de phénomènes alimentant des frustrations qui alimentent ce genre de perversion. Puis car c'est à travers une révolution majoritaire et la prise en charge directe par la population elle même au quotidien et les débats démocratiques que le meilleur traitement approprié pourra être trouvé, surtout que ce n'est que dans une société libre et épanouissante dans laquelle la conscience de chacun est aiguisée, ainsi que la responsabilité, pourra détruire les bases de la manipulation pédophile en plus d'en détruire les frustrations qui en sont les bases. Sans oublier que la révolution vise à un ordre juste également pour la raison qu'elle entend casser cette situation dans laquelle on est indulgents avec la pédophilie tandis qu'on jette facilement quelqu'un en prison pour un simple vol, un crime de « lèse propriété », des chèques sans provisions pour les jeunes fauchés. Ça on n'entend jamais non plus les fascistes…..

Voilà, c'est donc de changer de contexte social. Et ces injustices et atrocités, nous avons la force de les empêcher et les casser nous mêmes, par et pour nous mêmes, y compris sans se soumettre à l'État et ses instruments. Nous n'avons ni besoin de leaders providentiels ni de politiciens démagogue pour cela !

À bas l'extrême droite, les fascistes et leur démagogie !
Dénonçons tant que possible leur démagogie et les failles favorisant ces atrocités justement, en même temps !
Non aux sites internet fascistes et pédophiles !
Repoussons l'extrême droite avant que ce ne soit elle qui ne nous écrase et publions autant que possible ses hypocrisies !
Non à toute perspective de châtiments barbares comme la torture, la peine de mort a fortiori etc… Et attaquons nous à la racine plutôt qu'aux symptômes des phénomènes !

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21.07.2026 à 08:00

Pour le 14 juillet, florilège de créations antimilitaristes

Comme chaque année, en guise de « fête nationale », l'État français dépense des millions d'euros pour une parade militaire au cœur de Paris. Nous sommes l'une des seules « démocraties » du monde qui célèbre sa propre fête avec un défilé armé.
Publié précédemment dans :
https://contre-attaque.net/2026/07/14/pour-le-14-juillet-florilege-de-creations-antimilitaristes/

Texte intégral (1082 mots)

Comme chaque année, en guise de « fête nationale », l'État français dépense des millions d'euros pour une parade militaire au cœur de Paris. Nous sommes l'une des seules « démocraties » du monde qui célèbre sa propre fête avec un défilé armé.
Publié précédemment dans :
https://contre-attaque.net/2026/07/14/pour-le-14-juillet-florilege-de-creations-antimilitaristes/

Contrairement à ce que beaucoup croient, cet événement n'a rien à voir avec la mémoire, même pervertie, de la Révolution française. Il a été créé dans un but explicitement revanchard, après la défaite contre l'Allemagne en 1870, pour préparer la France à une nouvelle guerre, qui éclatera en 1914, avec la boucherie que l'on connaît.

Chaque année, la capitale est donc survolée par des engins de mort, avions de guerre ou hélicoptères de combat, et traversée par des soldats au pas cadencé, et les pires dictateurs sont invités en tribune, le tout retransmis en direct. Ce défilé n'a plus rien de « populaire » depuis longtemps, puisque Macron fait désormais quadriller les Champs-Élysées par la police et qu'il faut un QR code pour entrer dans une zone ultra-surveillée.

En 2026, le président a voulu une parade particulièrement menaçante, et a mis des moyens encore plus délirants que les années précédentes pour son show militaire. Nos gouvernants nous préparent à de nouveaux massacres.

Contre cette propagande terrifiante, un mouvement antimilitariste est en train de surgir partout en France. Et il est créatif : banderoles, fresques, affiches, pochoirs… Ce mouvement anti-guerre est totalement invisibilisé par les médias dominants, mais il s'empare des rues de la plus belle des manières.

Voici une sélection d'œuvres vues ces derniers mois, à partager et à reproduire, pour montrer que nous ne laisserons pas nos dirigeants nous mener à l'abattoir.

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21.07.2026 à 08:00

Soirée de soutien pour Nidal

Soirée de soutien pour Nidal, étudiant Palestinien, Samedi 25 juillet, 19h-00h

Texte intégral (719 mots)

Soirée de soutien pour Nidal, étudiant Palestinien, Samedi 25 juillet, 19h-00h

Soirée de soutien pour Nidal !

Au programme, projection du film « Gray Black and Blue » de Karam Abu Ali, suivi d'un bingo avec plein de super lots à gagner !
En rab, friperie à prix libre.

Tout l'argent récolté sera donné à la bourse de Nidal pour lui permettre d'étudier à Paris 8 et d'être évacué de Gaza.
Pour le bingo et la frip, svp ramenez du cash.

⌚ Samedi 25 juillet, 19h-00h

📍Le Bar Commun, 135 rue des poissonniers (18e)

PS : il n'y a pas de cantine de prévu mais possibilité de commander des planches au bar + vous pouvez ramener à manger de l'extérieur

Nidal est étudiant à Gaza. La poursuite de ses études lui est impossible depuis l'offensive génocidaire d'Israël qui est accompagnée du ciblage systématiques des universités et des chercheur.euses gazaouis. Il souhaite rejoindre la France pour étudier à Paris 8 où il a été admis en Master. Pour cela, il a besoin d'une bourse afin de pouvoir être évacué. Le Comité Palestine de Paris 8 appelle à la solidarité pour permettre à Nidal d'être évacué et de pouvoir poursuivre ses études.
Cependant, l'évacuation n'est pas uniquement conditionnée à une bourse, car jusqu'à récemment, la France avait fait le choix explicite de ne plus évacuer de palestinien.nes. De plus, quand elle le faisait encore, c'était dans des proportions moindres que la plupart des autres états européens qui ont évacué plusieurs centaines de personnes, y compris l'Italie de Meloni.
Dans ce contexte, l'évacuation de Nidal est incertaine.
Tout l'argent récolté sera engagé pour la bourse de Nidal en attendant sa venue en France, en partenariat avec l'AAIEE, qui recevra les dons puis les versera sous forme de bourse. Les dons sont déductibles à 66 % de vos impôts si vous en payez, par exemple, un don de 100€ ne vous coûtera en réalité que 34€.
Enfin, même si nous faisons aujourd'hui appelle à votre solidarité, nous rappelons que l'évacuation est une solution individuelle face au génocide perpétré par Israël.
Palestine libre !!

In English

Call for support : Fundraiser for Nidal, a Palestinian student accepted in Paris 8 university
Nidal is a student from Gaza. He cannot continue to study due to Israel genocidal attacks and continuous targeting of Gaza universities and researchers. He wants to come to France at Paris 8 University where he was accepted in a Master's degree. For that, he needs a scholarship to be evacuated. The Paris 8 Palestine Committee calls for support to evacuate Nidal so that he can continue his studies.
However, the scholarship is not the only condition for his evacuation. For the past year, France has made the explicit choice to not evacuate Palestinian student. Moreover, when it did, it was less than other European states who evacuated hundreds of people, even Meloni's Italy.
In this context, Nidal's evacuation in uncertain. All the money raised will be used for Nidal's scholarship while waiting for his arrival in France thanks to the AAIEE, the association we are paired with to receive donations. In France, these are 66% deductible from your taxes if you pay them, for instance, a donation of €100 will actually only cost you €34.
Finally, even if we call for your solidarity, we recall that evacuation is an individual response to the genocide commited by Israel.
Free Palestine !

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20.07.2026 à 13:12

20 juillet 2001 : Carlo Giuliani est tué par la police au contre-sommet du G8 de Gênes

Cet article revient sur le déroulé du contre-sommet du G8 de Gênes.
En pleine période altermondialiste ce contre-sommet marqua un tournant tant dans la répression de ce genre d'événement que dans l'histoire du mouvement.

Texte intégral (6328 mots)

Cet article revient sur le déroulé du contre-sommet du G8 de Gênes.
En pleine période altermondialiste ce contre-sommet marqua un tournant tant dans la répression de ce genre d'événement que dans l'histoire du mouvement.

Le contexte

En novembre 1999, à Seattle (USA) le sommet de l'Organisation mondiale du commerce est annoncé comme « historique ». Il doit sceller la puissance du capitalisme sur l'URSS tombée quelques années plus tôt. Mais le sommet officiel est très largement perturbé par des manifestant·e·s varié·e·s mais offensifs. C'est le début d'une nouvelle séquence de lutte qu'on appellera plus tard altermondialiste. Hétérogènes, ces manifestant·e·s s'opposent à l'ultralibéralisme, au changement climatique, à la spéculation financière et à la dette des pays émergents, et pour certains au capitalisme tout simplement. Un slogan relativement partagé de l'époque est « un autre monde est possible ».

En Europe, quelques contre-sommets significatifs sont organisés comme celui de Prague en septembre 2000 contre le Fonds monétaire international. Un mois avant Gênes, lors d'un sommet de l'Union européenne à Göteborg en Suède, un policier tire sur un manifestant et le blesse gravement. Le contre-sommet de Gênes arrive donc dans un contexte de montée en puissance de la contestation des règles du jeu des puissants. C'est tout à la fois une critique écologique, économique et politique des institutions qui (dé)régulent et gèrent le monde. Pour saisir aussi l'ambiance de l'époque il est alors globalement admis que les tactiques différentes de manifestations pouvaient « cohabiter » (non sans d'interminables polémiques stériles sur la violence et la non-violence) dans les mêmes rassemblements internationaux, à condition d'annoncer la couleur avant : « black », « pink », « rouge », « vert », etc.
Grâce à l'internet naissant, les groupes peuvent se coordonner comme jamais jusqu'ici.

Le contre-sommet de Gênes arrive aussi dans un contexte national particulier. En Italie, la répression contre les militants de la gauche radicale n'est pas encore un lointain souvenir et les années sanglantes du long Mai rampant ne se sont pas totalement estompées. [1]
Quelques mois avant le G8, Berlusconi arrive pour la première fois au pouvoir avec une coalition regroupant aussi de petits partis fascistes. Le sommet de Gênes semble être le parfait terrain pour un affrontement entre la gauche radicale italienne et la droite extrême de Berlusconi.

Dans les semaines qui précèdent le sommet, la tension monte en Italie et à Gênes en particulier. Plus les jours se rapprochent et plus l'occupation policière s'intensifie au point de mécontenter grandement les habitant·e·s. Les accords de Schengen sur la libre circulation des personnes en Europe sont levés. Les gares de Gênes sont fermées. Une zone rouge est dessinée dans les rues de la ville et matérialisée par une grille métallique de plusieurs mètres de hauteur. Cette zone est réservée au sommet officiel et aux résidant·e·s. Une grande zone jaune qui prend la moitié de la ville est interdite de toutes manifestations.

G8 genova map

Quelques jours avant le sommet, des colis piégés explosent dans des casernes. Des perquisitions se multiplient et les flics fouillent et menacent les personnes qui semblent être altermondialistes. L'État italien fait savoir par la presse qu'il a commandé 200 sacs mortuaires qui sont stockés dans une morgue de la ville… La veille de l'ouverture du Genoa Social Forum [2] la tension est grande.

Le contre sommet de Gênes

Le 19 juillet se déroule une manifestation unitaire de plusieurs milliers d'altermondialistes en soutien aux migrant·e·s. La consigne de ne pas faire déborder cette manifestation en raison de la présence de nombreux sans-papiers est respectée. De gros sound systems sont dans les rues sur le mode Reclame the street. [3] L'ambiance est festive, sans trop de présence policière. Des conteneurs ont été installés en travers de certaines rues pour compléter la grille de la zone rouge. La manif est un succès.

Le 20 juillet c'est la journée annoncée comme la plus offensive. Les groupes sont libres d'exprimer la diversité des tactiques de luttes. Il y a par conséquent plusieurs manifestations et rassemblements dans la ville ce vendredi. L'idée générale qui domine c'est de s'approcher au plus près de la zone rouge et de la prendre d'assaut si cela est possible.

Quelques pôles :

Les syndicats de bases autonomes, les Cobas, manifestent tout à l'ouest de la ville, loin des affrontements à venir.

Piazza Manin est un lieu de rassemblement autorisé ce 20 juillet à Gênes. Des militants non violents (genre chrétiens de gauches) tiennent un sitting sur la place à plusieurs centaines de mètres de la zone d'exclusion. Ils et elles ont les mains peintes en blanc.

Attac et cie se retrouvent devant la grille de la zone rouge à piazza Dante pour contester de manière pacifique et symbolique. Ils se feront tout de même repousser avec des lances à eau.

Le matin, un black bloc [4] regroupant plusieurs centaines de personnes occupe les rues du centre. Le black bloc semble délaisser la zone rouge et se concentre dans la zone jaune. Corso Torino, banques et symboles du capitalisme sont systématiquement attaqués. Des rues sont dépavées et les affrontements avec la police commencent. Des voitures sont incendiées, dont des voitures de police. Les affrontements sont cependant relativement épars et la police recule de nombreuses fois. En cours de journée, le black bloc se divise en plusieurs groupes dans la ville. Certains reviennent vers le centre de convergence dans le sud de la ville, d'autre s'affrontent à la mi- journée vers la gare de Brignolle. Une partie du bloc attaque une prison dans le nord de la ville avec des molotovs, puis il avance avec la police sur les talons en direction de la piazza Manin dans l'après-midi.

Au même moment, un pink bloc [5] de plusieurs centaines de personnes avec comme slogan « ni héros, ni martyres, ni machos » se faufile dans les rues au nord de la zone rouge et parvient par surprise à s'approcher des grilles piazza Corvetto. Vers 15h, des grappins prévus à cet effet sont lancés contre les grilles et les manifestant·e· tirent sur les cordes. Malheureusement ou très heureusement [6] les maillons de la grille lâchent avant les structures. La grille reste en place et la pression des lacrymogènes et des lances à eau se fait plus forte. Ce cortège reflue lui aussi en direction de piazza Manin dans un ordre relatif.

De l'autre coté de la ville s'élance l'immense cortège des tute bianche [7] et des désobéissants. Ce sont 15 000 à 20 000 personnes, dont plusieurs milliers équipés de boucliers en plexiglas, de mousse sur les avant-bras et de casques de moto qui part du stade Carlini à plus de 3km de la zone interdite de manifestation (la fameuse zone jaune). Le cortège est massif, déterminé, les sonos des camions lancent des « sans armes, sans pierres, sans bâtons ». Le cortège se veut offensif, mais dans une logique de désobéissance civile radicale. Aussi la stratégie retenue était de repousser les policiers le plus loin possible grâce à d'immenses barrières de plexiglas mobiles qui devaient servir de tampons entre les carabinieri et les manifestant·e·s.

Dans l'après-midi c'est déjà pas mal le chaos. Au nord de la zone rouge, la piazza Manin, seuls lieux autorisés pour un rassemblement et occupés par des pacifistes et des reliquats du pink bloc, se fait très violemment charger. Des personnes gisent dans des flaques de sangs. C'est un ballet d'ambulances incessant. Le black bloc qui avait traversé la place quelques minutes avant en provenance de la prison pour mineur de Marassi a continué son chemin et s'est dispersé plus loin sans oublier d'incendier nombre de voitures.

De l'autre côté, les désobéissants se font très violemment charger avec des camionnettes ou des blindés. Ils sont encore loin de la zone interdite, mais la police a décidé d'attaquer très tôt.
Dans un premier temps, le cortège encaisse. Mais sous les coups de pressions répétés (comprendre charges ultraviolentes) la tête commence à se désagréger et la colère à monter de plus en plus dans les cœurs des dizaines de milliers de manifestant·e·s. Il est clair que tenir l'assaut policier sans violence et sans pierres ne sera pas possible aujourd'hui. Alors la situation dégénère complètement.
Pendant des heures, ce sont des charges et des contres-charges. Via Tolemaide, des véhicules et une colonne de carabinieri doivent reculer dans la panique. Un militaire sort son arme de poing. Des véhicules militaires sont abandonnés, pillés puis incendiés. On verra des grenades lacrymos tirées en direction des policiers par des manifestants.

Du côté policier c'est la férocité en tous lieux. Les personnes qui ont le malheur de se retrouver à portée de matraques se font littéralement éclater. Hommes, femme, vieux ou jeunes : aucune pitié ! Des dizaines et des dizaines de personnes baignent dans leur sang, les sirènes d'ambulances sont constantes. Plusieurs personnes sont inconscientes au sol. Une sorte de « climat chilien » s'installe dans les rues. Le centre de convergence est attaqué, des blindés légers sont dans les rues. La situation en de nombreux points de la ville est incontrôlable. Depuis le matin, le bruit des hélicoptères de la police est permanent. Des centaines de personnes sont arrêtées dans la rue, ou à l'hôpital… Ces personnes sont emmenées dans des lieux réquisitionnés par la police, dont la sinistre caserne de Bolzaneto. [8]

Vers 17h, les combats de rues continuent. Déjà, des coups de feu ont été entendus. Une femme s'est fait renverser dans une charge de blindé, elle est dans le coma. La situation est confuse et le cortège principal des désobéissants a implosé dans le quartier du Corso Torino. Des membres du black block et d'autres tendances ont rejoint le cortège des désobéissants.
Lors d'une contre-charge de manifestant·e·s, une jeep des carabinieri se retrouve coincée et prise à parti par des émeutiers. À 17h26, Carlo Giuliani, génois de 23 ans, prend une balle en pleine tête tirée depuis l'arrière de la jeep. Il se fera par la suite rouler dessus par la jeep et laissé au sol piazza Alimonda. Il meurt sur le coup. [9]

Le soir, un calme relatif règne sur Gênes. Toute la ville est arrêtée, les bus sont coupés et c'est une ambiance de terreur dans la rue. Ceux et celles qui le peuvent se retrouvent au centre de convergence du Genoa Social Forum sur le front de mer. Tout le monde est choqué. Le stade Carlini où loge les tute bianche est encerclé. Des centaines de personnes passent la nuit au poste, la plupart seront copieusement tabassées et pour certaines torturées [10] par des carabinieri fascistes.
Tout le monde se demande comment la grande manifestation du lendemain va se passer.

Le 21 juillet, une manifestation unitaire monstre a lieu à Gênes. 200 000 à 300 000 personnes tentent de défiler comme elles le peuvent. En effet, la police va, dès le début, copieusement arroser le cortège de gaz lacrymogène. Un bon millier de personnes lui font face et lancent des projectiles au niveau du front de mer, là où se trouve le point de convergence des alters. Beaucoup scandent « assassini » en direction des policiers.

Puis c'est le délire. Après les provocations policières, c'est le gazage général de toute la manif et une charge extrêmement longue et brutale. La manif est coupée en deux. Une première partie continue sur le parcours officiel. L'autre moitié de la manifestation est chargée sans discontinuer avec parfois des blindés pendant de longues heures. Les manifestant·e·s de tout âge n'ont d'autres choix que de refluer. Les flics tabassent de sang-froid n'importe qui. Il y aura des centaines de blessés graves.

Le soir du 21 juillet, le centre média des altermondialistes situé dans l'école Diaz est pris d'assaut par 300 policiers qui défoncent les portes, matraquent encore sans vergogne la petite centaine de personnes présentes et détruisent méticuleusement le matériel de prise de vue et les ordinateurs.

Plusieurs dizaines d'entre elles partent sur les civières des urgences sous l'œil des caméras.
C'est une expédition punitive qui fait penser aux heures sombres des dictatures d'Amérique latine. [11]

Après le contre-sommet

Après ces jours tragiques, la tendance pour les « saigneurs du G8 » sera d'être moins ostensible. Les prochains sommets internationaux se réfugieront dans des stations de ski, des stations balnéaires (comme à Evian en 2003), de plus petites villes plus facilement contrôlables par les autorités. Les contres-sommets autorisés seront loin des centres de réunions officiels.
Cependant, l'image des « grands de ce monde » bunkerisés et en ruptures avec les populations ne se démentira jamais plus.

Le contre-sommet de Gênes a été un tournant pour le mouvement altermondialiste. Jusqu'à Gênes, la dynamique était avec les contestataires. Chaque sommet était l'occasion de se rencontrer, d'échanger des tactiques et expertises et d'approfondir la lutte. Une certaine candeur quant à la possibilité de changer le monde immédiatement est tombée ces jours de manifestation. Les événements nous ont rappelé que même dans un État dit « démocratique », la police et l'armée n'hésiteront pas à tirer sur la foule pour défendre les intérêts des puissants. La forme du contre-sommet aussi sera largement questionnée par la suite. Est-il pertinent de se retrouver à l'endroit choisi par l'adversaire avec une concentration de troupe à notre désavantage ? Ne suivons-nous pas le calendrier des puissants au lieu de fixer nos propres échéances ?
Malgré ces questions pas complètement résolues, la forme du contre-sommet a perduré comme le montre l'exemple récent du sommet contre le G20 d'Hambourg ou encore celui contre le G7 dans le Pays basque.

Pour en savoir plus :

  • Lire : Gênes multitudes en marche contre l'Empire Edition Reflex conçu par samizdat.net, Paris 2002
  • Regarder : Gênes juillet 2001, les droits bafoués
  • Regarder : Carlo Giuliani, ragazzo ; Un film de Francesca Comencini, 2002
  • Regarder : Don't Clean Up The Blood de Primitivi, 2001

[1] À ce sujet, lire par exemple La Horde d'or. La grande vague révolutionnaire et créative, politique et existentielle de Nanni Balestrini et Primo Moroni, l'Éclat (pour l'édition française), Paris, 2017.

[2] Le Genoa Social Forum (GSF) est une plateforme de coordination contre le G8. Elle regroupe beaucoup de tendances de la gauche italienne ainsi que des collectifs internationaux. Elle se dit ouverte à la « diversité des tactiques », mais exclut les actions violentes telles que l'émeute. Par conséquent la mouvance anarchiste et black bloc n'est pas représentée. C'est cette coordination qui sera en contact avec les autorités italiennes pendant toute la préparation et la tenue du contre sommet.

[3] Reclame the street est un groupe activiste anglais qui « inventa » la street party ou manifestive en français.

[4] Le black bloc n'est pas un groupe homogène de personnes, mais une tactique de manifestation offensive. Les participant·e·s s'habillent tou·te·s en noir pour se rendre anonyme.

[5] Le pink bloc à Gênes avait pour but de faire tomber le mur de la zone rouge sans employer les méthodes jugées virilistes des tute bianche. Le pink bloc était festif, radical, mais non violent. Il était composé de différentes tendances, dont des anarchistes, et de pas mal d'internationaux.

[6] Ce qui était envisagé par les manifestant·e·s c'était de pénétrer dans la zone rouge puis de se retirer tranquillement. Nous avons appris quelques mois plus tard que les ordres donnés ce jour-là étaient de tirer à balle réelle sur les personnes qui franchiraient la zone rouge.

[7] Les tute bianche sont appelés comme ça, car ils portent des combinaisons blanches jetables pour symboliser les « invisibles » ; s'anonymiser comme dans un black bloc, mais aussi pour signifier qu'ils n'ont rien à voir avec celui-ci. A Gênes, les tute bianche ont décidé d'enlever leur combinaison.

[8] Bolzaneto est une caserne à l'extérieur de Gênes où ont été amené·e·s de nombreux·ses manifestant·e·s. Particulièrement les personnes venant de l'assaut contre l'école Diaz, mais pas seulement.

Parmi les violences policières de la caserne de Bolzaneto :

  • Des manifestants sommés de chanter des chants fascistes sont insultés ;
  • Plusieurs ont dû rester des heures durant, les jambes écartées les bras tendus contre le mur ;
  • La plupart des manifestant·e·s arrêté·e·s ont été frappé·e·s à coups de matraque et giflé·e·s ;
  • Plusieurs manifestant·e·s ont été menacé·e·s de viol, ont été battu·e·s à coup de saucisson ou de matraque dans les parties génitales, d'autres à coup de poing, d'autres ont eu les côtes ou les bras fracturés, ont été brûlé·e·s à la cigarette ;
  • Plusieurs filles devaient tourner nues sur elles-mêmes sous les rires des policiers ;
  • Une jeune femme s'est vu retirer son piercing vaginal, malgré ses règles, devant cinq personnes.

Marco Poggi, un infirmier, a déclaré : « J'ai vu des détenus giflés, frappés à coups de poing ou de tête contre le mur. Pour certain·e·s, c'était un vrai lynchage. J'ai assisté à des choses que je croyais inimaginables. Pendant des jours, je me suis tu, puis j'ai fait la chose la plus juste… »
Lors du procès de mars 2008, sept ans plus tard, des peines pour un total de soixante-seize ans et quatre mois à l'encontre de 44 inculpés sont requises. Les policiers, carabiniers, agents pénitentiaires et médecins sont accusés d'abus de pouvoir, de violences privées, d'injures ou encore de coups.
En 2013, la Cour de cassation ne confirme que 7 condamnations.
Le 19 juillet 2017, le chef de la police italienne, Franco Gabrielli, déclare dans le journal La Repubblica que des manifestants ont été victimes d'« actes de torture » (source Wikipédia)

[9] L'affaire est classée sans suite par la justice italienne en 2003 en abandonnant toutes les charges contre Mario Placanica, le carabinier de 24 ans qui a tiré. La Cour européenne des droits de l'homme condamne l'Italie en première instance le 25 août 2009, pour des « manquements dans l'enquête sur la mort de Carlo Giuliani » et alloue « 15 000 euros aux parents de la victime et 10 000 à sa sœur ».
La même Cour a finalement acquitté l'État italien par un jugement définitif. En mars 2011, la Cour européenne des droits de l'Homme a en effet blanchi l'Italie de toute responsabilité dans la mort de Carlo Giuliani, « Le recours à un moyen de défense potentiellement meurtrier, tels des coups de feu, était justifié », estime dans son arrêt définitif la Cour de Strasbourg.(source Wikipédia)

[10] La Cour européenne des droits de l'homme a condamné l'État italien en avril 2017 pour torture lors de ce G8, notamment pour ce qui s'est passé à Bolzaneto.

[11] 60 personnes furent gravement blessées durant l'assaut policier. Plus de 90 furent embarquées par la suite. La police a reconnu par la suite que les cocktails molotovs retrouvés avaient été apportés par la police. Des policiers seront condamnés. En octobre 2017, la Cour européenne des droits de l'homme a condamné l'Italie pour cas de torture à l'école Diaz

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20.07.2026 à 13:12

Tour de France et insurrection communiste en Italie

Le 14 juillet 1948, une tentative d'assassinat dirigée contre le leader du Parti communiste italien plongeait le pays dans une situation insurrectionnelle. Selon la légende, c'est la victoire de Gino Bartali à Briançon qui ramènera le calme le 16 juillet.

Texte intégral (1831 mots)

Le 14 juillet 1948, une tentative d'assassinat dirigée contre le leader du Parti communiste italien plongeait le pays dans une situation insurrectionnelle. Selon la légende, c'est la victoire de Gino Bartali à Briançon qui ramènera le calme le 16 juillet.

Le 14 juillet 1948, alors qu'il quitte le Parlement avec la députée Nilde Iotti, le secrétaire général du Parti communiste italien (PCI) Palmiro Togliatti est victime d'une tentative d'assassinat. Antonio Pallante, catholique libéral et anticommuniste exalté, tire quatre balles de revolver sur Togliatti, dont trois atteignent leur cible. Le tireur avait déjà essayé d'approcher le dirigeant communiste à diverses occasions, notamment en demandant à le rencontrer dans le cadre de ses fonctions parlementaires. Cet événement plonge l'Italie dans une situation insurrectionnelle dont le traitement est inextricablement lié... à la 35e édition du Tour de France !

Soulèvement

L'annonce de l'attentat contre Togliatti provoque une série de manifestations violentes à travers le pays, qui font 14 morts (10 manifestants et 4 agents de police) et des centaines de blessés. À Rome, La Spezia, Abbadia San Salvatore, Naples, Gênes, Livourne, Taranto et Turin, la situation est insurrectionnelle. Des grèves sauvages, spontanées, se déclenchent dans la Péninsule. Giuseppe Di Vittorio, secrétaire général de la CGIL (Confédération Générale Italienne du Travail, équivalent de la CGT de l'autre côté des Alpes), décide d'accompagner le mouvement en rentrant prématurément de son voyage aux États-Unis et en appelant à la grève générale. Les lignes du téléphone public sont coupées et le trafic ferroviaire est à l'arrêt. Des sièges du parti démocrate-chrétien sont attaqués, des usines occupées. Des barricades sont dressées, et de nombreux ouvriers dépoussièrent leurs armes de partisans. À Turin, les ouvriers de la FIAT séquestrent le directeur général et président de l'entreprise, Vittorio Valletta. La conduite de l'action syndicale provoquera la scission de l'aile chrétienne-démocrate de CGIL dans la Confédération italienne des syndicats de travailleurs (CSIL). Togliatti est sur le billard, et les rumeurs de sa mort se répandent.

Pacification

Du côté du gouvernement, c'est la panique : on craint que le moment de l'insurrection communiste soit venu et que le Parti applique son mystérieux « Plan K », complot bolchévique fantasmé par la droite italienne et dont les émeutes seraient la première étape. Le 15 juillet Mario Scelba, ministre de l'Intérieur démocrate-chrétien, interdit les manifestations pendant que Giuseppe Di Vittorio donne des garanties au gouvernement : les délégués syndicaux font tout leur possible pour apaiser les ouvriers, tandis que la centrale syndicale appelle à cesser la grève le lendemain, 16 juillet, à midi. Le secrétaire général de la CGIL a été averti que Togliatti avait survécu à son opération, et savait qu'il appellerait au calme dès qu'il en serait physiquement capable. En attendant, de nouvelles manifestations et émeutes font 16 morts et 600 blessés les 15 et 16 juillet. Quand Togilatti sort du coma et du silence, ses premiers mots sont pour les ouvriers, qui attendent l'autorisation du Parti pour matérialiser leurs menaces de guerre civile et accomplir leur révolution : « Non fare fesserie » (Ne faites pas de bêtises). À la résurrection succède la pacification, fonction-même du PCI au sortir de la guerre : en 1946, le PCI soutient la loi d'amnistie des fascistes (dite « Amnistie Togliatti ») ; en 1949, après avoir utilisé la Volante Rossa (groupe d'anciens partisans connu pour avoir poursuivi l'épuration antifasciste sauvage après l'amnistie) comme service d'ordre, le PCI renie ses membres et les abandonne à la justice démocrate-chrétienne ; face à la contestation des années 1960 et 1970, le PCI dénonce les éléments les plus offensifs du mouvement ouvrier et révolutionnaire comme des « agitateurs » ; en 1973, en réaction au coup d'État de Pinochet, le secrétaire général du PCI propose un « compromis historique » aux démocrates-chrétiens dans l'espoir de participer à un « gouvernement de solidarité nationale ».

Cyclisme

Dans les rangs démocrates-chrétiens, plutôt que de remercier le PCI pour son rôle contre-révolutionnaire, qu'il continuera de remplir à merveille par la suite, on préfère trouver l'origine du retour au calme dans la performance exceptionnelle du cycliste Gino Bartali lors des 13e et 14e étapes du Tour de France (Cannes-Briançon le 15 juillet, Briançon-Aix-les-Bains le 16 juillet). Alcide De Gasperi, président du Conseil des Ministres, aurait appelé Bartali le 14 juillet pour lui ordonner de gagner le grand tour et sauver le pays de la division. Le cycliste italien confirmera plus tard que De Gasperi lui avait modestement demandé s'il se sentait capable de remporter la 13e étape, et niera toujours la moindre corrélation entre sa victoire et l'issue politique du soulèvement du 14 juillet. Pourtant, aujourd'hui encore, l'historiographie démocrate-chrétienne reproduit ce mythe du Tour de France. D'un côté, les communistes débattent du potentiel réel de la mobilisation insurrectionnelle ouvrière et de ses perspectives politiques, pour savoir si l'épisode représentait une occasion révolutionnaire ou se limitait à une simple explosion de colère spectaculaire. De l'autre, les démocrates-chrétiens élaborent le mythe d'une victoire sportive vertueuse, ayant permis de détourner le peuple du poison violent distillé par la démagogie soviétique du PCI, présenté par la même occasion comme un corps étranger à la société italienne. Une vile instrumentalisation de l'exploit sportif du Juste parmi les Nations.

Sources

Groupe Révolutionnaire Charlatan

Mail : contact_grc@protonmail.com
Twitter : https://twitter.com/GRCpaname
Lire sur le site : https://lacharlatanerie.wordpress.com/togliatti-bartali/

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