17.06.2026 à 08:00
À l'occasion de l'anniversaire de la naissance des FARC, nous proposons un retour historique sur les origines et la première phase du processus révolutionnaire qui s'est ouvert en 1964 en Colombie.
À l'occasion de l'anniversaire de la naissance des FARC, nous proposons un retour historique sur les origines et la première phase du processus révolutionnaire qui s'est ouvert en 1964 en Colombie.
I. Le contexte colombien. Le déclin de la démocratie et l'émergence des « Républiques indépendantes » (1948-1952)
D'une guerre civile à l'autre
Entre 1948 et 1958, la Colombie est en proie à la guerre civile. La période, communément appelée La Violencia, est marquée par la mort de 200 à 300 000 Colombiens et la migration forcée de 2 millions de paysans vers les centres urbains - sur une population totale alors estimée à 11 millions d'habitants. En 1953, un coup d'État militaire visant à stabiliser la situation provoque le rapprochement progressif des libéraux et des conservateurs, tandis que la socialistes et communistes refusent de déposer les armes et prennent le maquis dans le sud du pays, inspirés par la résistance vietnamienne puis la révolution cubaine de 1959.
De leur côté, le Parti libéral et le Parti conservateur vont conclure un pacte de pacification : le Front National. Cet accord de cogestion effectif dès 1958 prévoit l'alternance au pouvoir entre un président libéral et un président conservateur, ainsi que la répartition des ministères et des charges publiques locales entre les deux partis. L'accord empêche les autres partis de se présenter sans l'étiquette libérale ou conservatrice. Il dictera la vie politique, la modernisation étatique et la paix sociale jusqu'en 1974.

Lorsque s'allument les brasiers...
Écartés du jeu démocratique et des voies légales, certains secteurs de la gauche urbaine et rurale se radicalisent et rejoignent l'hypothèse de la lutte armée. Les insurgés s'organisent dans ce qui deviendra bientôt les FARC, l'ELN, l'EPL ou encore le M-19, s'inspirant de la stratégie maoïste de guerre populaire - guérilla, accumulation de forces, libération progressive de territoires jusqu'à la prise du pouvoir. Les embuscades se multiplient et, très vite, l'armée colombienne réalise qu'elle n'est pas taillée pour cette guerre.
L'État colombien va donc se tourner du côté des USA et leurs doctrines contre-insurrectionnelles, posant les bases du phénomène paramilitaire désormais tristement connu. En février 1962, les USA envoient une mission de coopération dite « Yarborough », la seconde de ce type en Colombie, pour y développer la doctrine contre-insurrectionnelle dite « de Securité Nationale ». Sur fond de crise sociale et de guerre froide, l'ennemi intérieur est clairement désigné : les foyers de guérilla, et plus largement les opposants de gauche, sont présentés comme des branches et des agents d'un complot communiste international justifiant tous les abus de pouvoir à leur encontre.

Les Républiques indépendantes
À l'occasion d'un discours prononcé le 25 octobre 1961, le sénateur Álvaro Gómez Hurtado, fils de l'ancien président Laureano Gómez, déclare : « Nous n'avons pas pris conscience qu'il existait dans ce pays une série de Républiques indépendantes qui ne reconnaissent pas la souveraineté de l'État colombien, où l'armée colombienne ne peut pas entrer, où on lui dit que sa présence est néfaste. [...] Il y a la République indépendante de Sumapaz ; il y a la République indépendante de Planadas, celle du Río Chiquito, [...] et maintenant, nous assistons à la naissance d'une nouvelle République indépendante annoncée ici par le ministre de l'Intérieur : la République indépendante de Vichada. La souveraineté nationale se rétrécit comme un mouchoir ; c'est l'un des phénomènes les plus douloureux du Front national. »
Ce discours annonce la répression sanglante des « Républiques indépendantes », appellation désignant les territoires de refuge et d'action de la guérilla, mais aussi des régions où les communautés paysannes organisent par la base leur vie et leur autodéfense. Pour lutter contre la démoralisation de l'armée et empêcher le développement du mouvement communiste agraire, Gómez Hurtado veut frapper fort et reconquérir ces zones. Il s'agit, pour prolonger la métaphore maoïste alors à la mode, de priver le poisson d'eau ; de priver les insurrections de leur base sociale en terrorisant la population civile, de sorte que cette dernière n'ose pas se mettre en mouvement. Gómez Hurtado sera assassiné en 1995 par les FARC.

II. L'État déclare la guerre au peuple (1962-1965)
Le Plan Lazo
L'assaut contre les "Républiques indépendantes" sera lancé par la seconde présidence, assurée par le conservateur Guillermo León Valencia entre 1962 et 1966. Les territoires de Marquetalia, El Pato et Riochiquito étaient tout particulièrement visés, et le début des hostilités n'était plus qu'une question de temps. Le Plan Lazo, attribué au général Alberto Ruiz Novoa, pose le cadre de l'offensive. Considéré comme un document militaire pionnier dans la conduite de la stratégique de la guerre asymétrique en Colombie, il s'inspire de la doctrine contre-insurrectionnelle américaine, mais aussi de l'expérience du Bataillon Colombien mobilisé dans la Guerre de Corée entre 1951 et 1954 sous commandement américain. Son objectif : « entreprendre et mener les actions civiles et les opérations militaires nécessaires pour éliminer les bandes de bandits et empêcher la formation de nouveaux foyers ou noyaux d'antisociaux afin d'obtenir et de maintenir un état de paix et de tranquillité sur l'ensemble du territoire national. » (Rojas et al., Fuerzas Militares de Colombia, Ejército Nacional, V-3)
Le plan Lazo repose sur l'idée d'une action dite "civico-militaire". Devant les faiblesses d'un État toujours en construction, les forces armées assument des rôles qui devraient revenir aux institutions civiles, siège de la légitimité démocratique des gouvernements. Pour mener à bien leur mission, elles doivent obtenir l'assentiment et la collaboration de la population locale ; par la terreur ou la rétribution, elle doit imposer son contrôle social aux civils et obtenir d'eux les informations nécessaires au renseignement et à la liquidation des foyers de guérilla. Les premières opérations commencent dès l'année 1962. Les rapports militaires font alors état d'environ 8 500 guérilléros et "bandits". En 1964, les rapports estiment ce chiffre à 2 000 à peine. En 1966 toutefois, l'intérêt américain pour la situation colombienne passe au second plan du fait de l'enlisement au Vietnam, et les opérations de contre-insurrection rencontrent moins de succès sur le terrain. (US Southern Command, Joint Intelligence Center, briefing paper, Secret/Noforn, 31 décembre 2003)

L'Opération Souveraineté et les origines mythiques des FARC
Le 2 janvier 1964, les détails de l'Opération Souveraineté (Plan Soberanía) sont arrêtés. Elle prévoit une grande offensive contre les Républiques indépendantes de Marquetalia, Riochiquito, El Pato et Guayabero dans le sud du Tolima, entre Cali et Bogota (actuels départements de Tolima, Cauca, Huila et Caldas). Le premier combat a lieu le 27 mai 1964 et débouche sur un assaut aéroporté sur Marquetalia le 14 juin. L'armée progresse lentement, du fait du terrain montagneux difficile et des risques d'embuscades qu'il fait planer sur les soldats. La guérilla est alors un phénomène résiduel, un héritage de la période de La Violencia. A Marquetalia, on compte une cinquantaine de familles seulement, parmi lesquelles une cinquantaine de guérilléros, auquel l'armée oppose 2 000 soldats, des hélicoptères, des unités spéciales et des avions T-33.
Les insurgés résistent, mais savent le combat perdu d'avance. Ils sont 48 combattants et combattantes, soutenus par une centaine de camarades, divisés en deux colonnes. Le 15 juin, dirigés par Manuel Marulanda Vélez (dit Tirofijo), ancien libéral devenu communiste, et Jacobo Arenas, membre du comité central du parti communiste colombien, ils partent en direction de Riochiquito, dans la Cordillère des Andes, où ils rejoignent Ciro Trujillo, un autre ancien libéral devenu communiste. Isaias Pardo, second de Marulanda à Marquetalia, reste dans le maquis avec 35 autres. Il sera abattu en se repliant, le 22 juin.

En janvier 1965, l'armée attaque El Plato, dans le département de Huila, et incite la population locale paysanne à se dissocier des insurgés communistes. Le 22 mars 1965, les politiciens libéraux et conservateurs du département obtiennent l'intensification des opérations militaires et leur extension aux régions du Pato et de Guayabero - sans doute motivés par la prise d'Inza par la guérilla communiste survenue le 17 mars, dans le Cauca. L'armée bombarde et occupe ; la population s'enfuit ; c'est le début d'un douloureux et sanglant exode resté dans les mémoires comme « la marche de la mort ».
La bataille de Marquetalia est le mythe fondateur des FARC. A Riochiquito, les insurgés tiennent le premier congrès. Le 20 juillet 1964, ils se dotent d'un programme agraire. Dans la foulée, « l'État major du Bloc Sud » (Bloque Sur) est constitué en lien avec le parti communiste colombien. La guérilla, jusqu'ici ancrée localement et servant des fins d'autodéfense populaire, devient mobile et vise la conquête du pouvoir. Le 17 mars 1965, après avoir attiré plusieurs groupes d'autodéfense et d'insurgés, la guérilla prend Inzá, dans le Cauca, dans le but de se ravitailler en armes, en argent et en vivres. Les FARC sont nées ; il ne leur manque que leur nom.

La chute de Riochiquito et la fin des Républiques indépendantes
A Riochiquito, le colonel Álvaro Valencia Tovar, impliqué dans l'élaboration de l'Opération Souveraineté, tente une autre approche : il cherche à négocier avec Ciro Trujillo, à qui il propose de rendre les armes et de rompre avec Marulanda, tout en menant des actions civico-militaires auprès de la population locale pour mieux isoler les insurgés de leur base sociale. Mais les propriétaires terriens ne voient pas ces pourparlers d'un bon œil et font pression pour que le colonel abandonne le civique et se concentre sur le militaire. Pour cause, les terres de Riochiquito sont riches au point de rendre acceptable comme un mal nécessaire l'extermination des paysans qui les occupent. Le général Ruíz Novoa, à l'origine de l'Opération, corroborera l'existence de pressions et d'incitations guerrières de la part des riches propriétaires terriens.
Dans une lettre adressée au commandement de l'armée, Ciro Trujillo fait état de 2 800 exploitations agricoles, de nombreuses têtes de bétail, de porcs et de volaille, entre les mains d'environ 5 000 paysans. À propos de Riochiquito, le colonel Tovar écrit : « Il s'est développé un système agraire d'un immense intérêt sociologique, qui correspond en substance à la théorie marxiste de la non-propriété, particulièrement similaire au système communautaire de gestion des terres propre aux anciennes parcelles indigènes d'influence quechua, […] de sorte que, lorsque la guérilla s'est superposée à la communauté indigène au sein du système communautaire, elle y a trouvé une parfaite harmonie. » (Arturo Alape, Tirofijo, los sueños y las montañas, 1964-1984, 1994).
Tovar est finalement transféré à Santander et, en septembre 1965, l'armée attaque Riochiquito. Des milliers de familles paysannes qui vivaient sous la protection du Bloc Sud sont forcées de fuir l'avancée des militaires. Elles se réfugient dans les les forêts du Caguán à Caquetá, de l'Ariari à Meta et du Cauca, où elles fondent de nouvelles exploitations agricoles. C'est la fin des Républiques indépendantes, mais pas de la guerre, qui ne fait en réalité que commencer.

III. Sur le sentier de la lutte armée (1965-1968)
La guerre s'installe, les guérillas fleurissent
L'Opération Souveraineté contre les Républiques indépendantes est aujourd'hui considérée comme une erreur historique : si elle a satisfait les velléités guerrières des milieux politiques conservateurs et libéraux, la violence militaire s'est avérée incapable de résoudre durablement les conflits sociaux qui agitaient le pays. Les revendications paysannes, leur organisation et leur autodéfense ont survécu. Mais la figure de l'ennemi intérieur aussi, justifiant le prolongement indéfini des politiques de contre-insurrection, jusqu'à devenir une fin en soi. Mais dans la jungle et dans les Andes, de nouveaux foyers de guérilla fleurissent, et dans les villes, les groupes d'action font écho aux maquis.
Naissance formelle des FARC
Du 25 avril au 5 mai 1966, le second congrès de la guérilla du Bloc Sud réunit 350 insurgés, qui se dotent officiellement d'une organisation unique : les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie - Armée Populaire (FARC-EP). Les FARC adoptent un état-major unifié et réorganisent leurs forces, se dotent d'un règlement intérieur et de règles de commandement, d'un plan d'action militaire au niveau national, d'un programme d'éducation et de moyens de financement. Mais les FARC ne sont pas la seule guérilla de Colombie. En avril 1967, elles essuient un revers dans le Huila et perdent un grand nombre de combattants ainsi qu'environ 70% de leurs armes. Débute alors une phase de stagnation qui durera jusqu'au milieu des années 1970, et pendant laquelle d'autres organisations vont prendre le devant de la scène.

Naissance de l'ELN
Le 7 janvier 1965, dans la municipalité de Simacota (département du Santander), quatre guérilléros en civil sonnent au commissariat du coin et abattent son sergent ainsi que deux agents de police. Les insurgés appartiennent à l'Armée de Libération Nationale (ELN), qui signe là son entrée fracassante dans le processus révolutionnaire. L'ELN, qui préparait son surgissement depuis six mois, a été fondée par des communistes formés à Cuba, adeptes de la théorie guévariste des « foyers de guérilla ». La plupart des cadres de l'ELN viennent de la jeunesse du Mouvement révolutionnaire libéral (MRL), un groupe d'opposition au Front National fondé en 1959. La guérilla s'implante dans le Magdalena Medio, région riche de sa tradition de luttes ouvrières et syndicales. À la différence des FARC, nées des luttes agricoles du sud de Tolima, l'ELN a été créée par un groupe d'étudiants et de travailleurs volontaristes, convaincus que la révolution était à portée de main, partis créer dans la jungle des maquis coordonnés avec des cellules militantes qui menaient des actions de propagande armée dans les centres urbains.
De 1966 à 1973, l'armée et la police multiplient les opérations contre l'ELN. En 1966, les guérilléros traversent le fleuve Magdalena, près de la municipalité de San Pablo dans le département de Bolívar, et s'enfoncent dans les montagnes de la serranía de San Lucas, au nord des Andes - dans un geste qui peut rappeler le repli de la guérilla castriste du Mouvement du 26 juillet dans la Sierra Maestra dix ans plus tôt. Pour échapper à l'anéantissement, la guérilla se fragmente dans les montagnes et dans les villes, et abandonne son commandement unifié. Ce n'est qu'au début des années 1980 que les différents groupes se réunifient, avant d'étendre leur influence grâce aux revenus tirés des enlèvements politiques et de l'impôt révolutionnaire sur les multinationales pétrolières lors de la construction de l'oléoduc Caño Limón-Coveñas à Arauca. Durant sa période de stagnation, l'ELN fut a priori plus active que les FARC pendant leur traversée du désert : à titre comparatif, on recense 3 actions des FARC contre 18 actions de l'ELN sur l'année 1970.

Naissance de l'EPL
En 1967, c'est au tour d'une troisième guérilla de voir le jour dans la région d'Urabá : l'Armée Populaire de Libération (EPL), branche armée du Parti communiste marxiste-léniniste de Colombie (PCML), une scission survenue à l'intérieur du parti communiste colombien au moment de la rupture sino-soviétique. L'EPL se considère comme l'avant-garde politique et militaire du peuple, et s'inspire de la stratégie maoïste de guerre populaire prolongée évoquée plus haut. Son objectif immédiat, c'est la libération de territoires contrôlés par l'État en vue de l'instaurations de gouvernements révolutionnaires locaux, les « juntas patrióticas » (juntes patriotiques), destinées au « travail de masse ».
Rapidement, l'armée tente d'écraser l'EPL : mise sous la pression de deux cercles d'encerclement dirigés contre les mouvements d'occupation paysanne des terres, elle frôle l'anéantissement entre 1967 et 1969. De nombreux membres fondateurs, cadres, idéologues et responsables militaires de l'EPL sont tués. Les purges (tendances inhérentes au maoïsme) et les désertions minent également l'organisation de l'intérieur. Elle survit néanmoins à la tentative d'asphyxie de l'armée, et en 1970, alors que les FARC en déroute ne mènent que 3 actions recensées, on en compte 12 pour l'EPL.

Mort de Camillo Torres
Si nous avons évoqué au fil du texte la figure de Che Guevara et la révolution cubaine, le front de libération national vietnamien et la pensée marxiste, une autre figure faisant office de repère idéologique aux guérillas mérite d'être évoquée : le prêtre Camilo Torres. Camilo Torres rejoint l'ELN en 1965. Il jouit déjà d'une grande influence à gauche de l'échiquier politique, et aspire à faire la synthèse des idées de Marx et du Christ. Face au Front National, il avait appelé à la création d'un Front Uni. Puis, il avait rompu avec ses conceptions pacifistes de la lutte pour embrasser la lutte armée contre les persécutions de l'État et de l'armée. Conservateurs et libéraux voulaient sa peau, et ils l'auront le 15 février 1966 : Camilo Torres tombe lors de son premier et dernier combat. Dans son sillage, plusieurs prêtres vont intégrer l'ELN, et mêmes des religieuses. Sa conception du pouvoir populaire, basée sur l'abstention électorale et la construction de la démocratie directe, ont intégré le corpus idéologique et programmatique de l'ELN.

Aux origines des milices paramilitaires mafieuses
Toute cette énumération de mouvements de guérillas ne doit pas occulter le phénomène paramilitaire qui est né de cet antagoniste entre luttes paysannes et intérêts des grands propriétaires fonciers. En 1965, le décret n° 3398 autorise la constitution des premiers « groupes d'autodéfense » sous contrôle des chefferies politiques locales et des latifundios. Ces milices mafieuses garantissent l'hégémonie des puissants en place et l'ascension sociale de leurs agents. Véritables armées privées, elles assurent la bonne exploitation des travailleurs dans les champs mais aussi dans les mines, comme celles qui produisent de l'émeraude dans l'ouest de Boyacá, avant de se lancer dans la production et l'acheminement de drogues, secteur économique en pleine émergence.
En 1968, le décret devient loi. Entre temps, les groupes paramilitaires ont construit des petites fortunes sur l'extorsion et le trafic de drogue, avec la bénédiction des chefferies locales. Les forces de l'ordre ont laissé faire, quand elles n'ont pas participé. Et comme la guerre froide faisait encore rage, et que les conflits sociaux continuaient d'agiter le pays, les milices mafieuses traquaient les opposants armés autant que les contestataires isolés ou désarmés.
Paris, 27 mai 2026
Cet article a été rédigé à l'aide d'un dossier consacré à l'Opération Souveraineté réalisé par la Commission de Vérité de Colombie, qui a vu le jour au lendemain de l'accord de paix de 2016.
16.06.2026 à 08:00
La seconde Assemblée Anticarcérale Paname & Environs aura lieu le dimanche 21 juin dans le jardin de la Parole Errante (9 rue françois debergue, Montreuil). Le lieu sera ouvert dès 15h pour s'installer, écrire ensemble des lettres à des prisonnier·es ou parcourir l'infokiosque, et l'assemblée même commencera à 15h30. On conseille d'essayer autant que possible de venir sans téléphone (ou au pire, de l'éteindre en avance) pour réduire la surveillance que l'on s'impose à travers l'omniprésence des mouchards technologiques dans nos milieux. Il y aura aussi un coin et des activités pour les enfants, pour permettre aux personnes qui ont des enfants de pouvoir participer à l'assemblée.
La seconde Assemblée Anticarcérale Paname & Environs aura lieu le dimanche 21 juin dans le jardin de la Parole Errante (9 rue françois debergue, Montreuil). Le lieu sera ouvert dès 15h pour s'installer, écrire ensemble des lettres à des prisonnier·es ou parcourir l'infokiosque, et l'assemblée même commencera à 15h30. On conseille d'essayer autant que possible de venir sans téléphone (ou au pire, de l'éteindre en avance) pour réduire la surveillance que l'on s'impose à travers l'omniprésence des mouchards technologiques dans nos milieux. Il y aura aussi un coin et des activités pour les enfants, pour permettre aux personnes qui ont des enfants de pouvoir participer à l'assemblée.
L'assemblée anti carcérale paris & environs a pour vocation d'être un espace d'organisation ouvert se réunissant mensuellement afin d'agir collectivement en solidarité avec les mouvements des prisonnier.es et tisser des liens avec les prisonnier.es et leurs proches sans passer par des cadres partisans ou syndicaux.

Lors des dernières grosses révoltes qui ont eu lieu, la réalité sociale de la répression nous a laissé-es face à un constat amer : nous sommes bien loin d'avoir les outils nécessaires pour réagir correctement face à l'appareil d'État, ainsi qu'amplifier la voix des prisonnier·ères et de celleux qui font les frais du système carcéral.
Pourtant, les mouvements ne manquent pas d'inventivité pour s'opposer de front aux prisons, que ce soit par des actions telles que l'attaque de la prison de Fresnes lors des révoltes de 2023, les attaques répétées de comicos dans cette même révolte comme lors des gilets jaunes, ou encore les attaques et intimidations de matons à domicile comme lors de DDPF.
Nous voulons nous en inspirer pour pousser nos luttes anti-carcérales plus loin, à la fois pour dépasser nos milieux anarchistes et adopter une position qui ne soit pas simplement défensive, en simple réaction à la répression.
La prison est - et sera - toujours l'un des symbole les plus éloquents de la puissance de l'État, de sa capacité à réprimer, enfermer et isoler l'ensemble des individu·es qui menacent son existence. La prison est au centre même de l'appareil colonial qui constitue l'État français : elle sert à mater et punir les révoltes des colonies comme récemment en Kanaky, Guadeloupe ou Martinique, à intensifier le tri aux frontières comme à Mayotte, et à tracer des frontières intérieures en incarcérant massivement les populations racisées, colonisées et les plus pauvres.
Attaquer les lieux d'incarcération - par les mots, la solidarité, le feu ou la bombe - c'est alors s'attaquer à ses outils privilégiés.
Rompre l'isolement des/avec les détenu·es est alors devenu rapidement pour les mouvements anticarcéraux un moyen d'affaiblir l'appareil carcéral et l'État colonial. En exposant la voix des personnes enfermé·es, on se donne le moyen de penser « la prison » (son fonctionnement, ses outils, etc.), mais aussi de la rendre moins « extérieure à nos vies ». Des surgissements tels que DDPF ou les révoltes pour Nahel parviennent à la remettre au centre de l'attention en s'y attaquant ouvertement, créant des fissures dans lesquelles nous désirons nous engouffrer pour mettre fin à la trop commune realité de l'incarcération et des assassinats policiers.
Une des prouesse des États dits « démocratiques », est d'avoir réussi à faire de la notion d'enfermement un impensé pour toute une partie de la population. Une situation si lointaine que l'on ne prend même pas la peine de l'envisager, alors que c'est pourtant le quotidien de beaucoup de personnes...
Cette nécessité de destruction est d'autant plus présente dans une région parisienne qui concentre à elle seule une densité collossale d'institutions d'enfermements : que ce soit les taules, tribunaux, comicos, ou prisons pour sans-papiers, mineur-es, enfants, fols, tox, handi-es, animaux non-humains...
Pour nous, s'organiser signifie construire des nouvelles formes de lutte, de solidarité et de décision, par notre capacité collective à rompre avec l'ordre existant, à expérimenter, à créer, à inventer...
Depuis le début du 20e siècle, les Anarchist Black Cross (ABC) et leurs réseaux ont cet avantage de se présenter sous une forme autonome et souple, fondée sur un internationalisme radicalement anti-carcéral, d'où notre envie de nous réaproprier cette forme et de s'inscrire dans un réseau pour abattre les prisons proches de chez nous comme à l'autre bout du monde, pour l'insurrection ailleurs comme ici. Loin de voir cette modalité comme une structure rigide et fermée, nous souhaitons, à partir du modèle des ABC, créer un espace de discussion et d'échange, une assemblée libre où chacun·e pourrait partager et expérimenter, tout en s'inspirant des actions déjà existantes : lettres, cantines, parloirs, traductions, évènements...
Nik la taule et mort aux matons !



16.06.2026 à 08:00
Pour l'égalité de droits et la fin du tri raciste dans l'enseignement. Écoles, lycées et facs ouvertes à tous et à toutes. Appel à rassemblement vendredi 19 juin 15h, place de la Sorbonne
Pour l'égalité de droits et la fin du tri raciste dans l'enseignement. Écoles, lycées et facs ouvertes à tous et à toutes. Appel à rassemblement vendredi 19 juin 15h, place de la Sorbonne

En France, il est impossible pour un.e mineur.e étranger.e de commencer sa scolarité sans passer les tests au CASNAV. Avant le printemps 2024, il était impossible pour un mineur non-accompagné (MNA) en recours de passer ces tests à Paris. Depuis, grâce à notre mobilisation, des rassemblements, des audiences avec les responsables du rectorat de Paris nous avons gagné beaucoup de choses : plusieurs centaines d'inscriptions dans plus de 30 lycées professionnels parisiens et plus de 600 tests scolaires passés au CASNAV.
Mais il reste beaucoup d'obstacles à l'exercice de notre droit à l'école. Le CASNAV ne prend pas en compte nos situations de mineur.e.s isolé.e.s et complique la prise de rendez-vous.
Tous les rendez-vous se prennent en ligne. Il n'y a toujours pas de guichet physique ! La plupart d'entre nous ne savent ni lire ni écrire en français, certains n'ont pas de connexion internet. Ce système exclut automatiquement la plupart d'entre nous.
Il n'y a pas assez de rendez-vous mis en ligne. Chaque semaine, ce sont moins de 10 rendez-vous qui sont proposés pour les mineur.e.s isolé.e.s alors que nous sommes des centaines à essayer d'en avoir un. Ce mode de prise de rendez-vous nous rend fou. Tous les matins c'est de la torture psychologique. Certains arrêtent de tenter car ils ont perdu l'espoir.
Malgré tous ces obstacles on est quand même des centaines à avoir commencé les cours. Depuis 2 ans les personnels des lycées essaient de nous aider comme ils peuvent avec des petits déjeuners avant les cours, en nous donnant du matériel scolaire, des habits, en demandant le Pass Navigo qui arrive souvent après plusieurs mois d'attente. Pourtant, des établissements refusent encore de façon assumée de nous aider à avoir le pass Navigo. À cause des contrôleurs, on risque des retards, des amendes ou la garde à vue en allant en cours.
Beaucoup de nos emplois du temps sont incomplets : pas assez de professeurs et beaucoup de journées sans cours. Les jeunes qui dorment dehors n'ont nulle part où faire les devoirs, ceux dans les gymnases doivent les faire au milieu de plus de 100 personnes. Faute de place, on est nombreux à être envoyés dans des classes de Mission de Lutte contre le Décrochage Scolaire (MLDS) quand on attend des places en CAP ou en bac pro : ces classes ne sont pas adaptées à notre niveau scolaire. On n'est pas en décrochage, on ne veut qu'une chose : aller à l'école !
Aussi, faire des études supérieures nous semble impossible à cause des exigences de la préfecture. Quand nous sommes reconnu.e.s mineur.e.s, l'Aide Sociale à l'Enfance nous pousse à chercher des patrons qui nous exploitent (horaires intenables, salaires impayés…). Avec l'augmentation des droits d'inscription à l'université pour les étudiant.e.s étranger.e.s hors union européenne, il ne nous est même pas permis d'envisager des études universitaires alors que certain.e.s parmi nous pourraient et voudraient le faire.
Actuellement, le CASNAV a totalement arrêté de nous envoyer des affectations en classe d'UPE2A, NSA ou CAP. Certains de nos camarades attendent leur affectation depuis janvier. La seule chose qui nous est proposée : des modules Français Langue Étrangère d'une durée de 4 semaines en juin pour 25 jeunes. Mais la moitié d'entre eux vont en cours sans pouvoir accéder à la cantine !
En tout, une soixantaine de jeunes attend une affectation, que le rectorat nous promet pour la première semaine de juillet. Aujourd'hui nous avons mis en demeure le rectorat de Paris. Si nos camarades ne reçoivent pas tous des affectations avant la fin de l'année scolaire, nous allons les traîner devant le tribunal administratif et leur faire payer leurs mauvais traitements.
Pour toutes ces raisons le collectif des jeunes du parc de Belleville et la coordination nationale des mineur.e.s isolé.e.s en lutte appellent à un rassemblement vendredi 19 juin sur la place de la Sorbonne à partir de 15h.
Nous appelons les étudiant.e.s et personnels mobilisé.e.s contre les frais d'inscription racistes et discriminatoires à l'université à nous rejoindre et à faire front commun.
Nous appelons à tous.tes celleux qui luttent contre le racisme et le démantèlement des services publics à nous soutenir.
Scolarisation pour tous·tes ! Facs pour tous et tout.es !
Non au tri raciste des institutions, stop aux préférences nationales !
Plus de rendez-vous et des rendez-vous physiques pour tou.tes !
Une utilisation plus claire et transparente des fonds sociaux lycéens !
Le pass navigo, cantine et fournitures scolaires pour tous.tes !
Des délais d'affectation plus courts !
Et dans des classes qui correspondent à notre niveau et à nos projets !
L'élargissement et la transparence du nouveau « dispositif lycéen » !
La création de classe supplémentaires !
Plus de professeur.e.s pour avoir des emplois du temps complets !
16.06.2026 à 08:00
Les 26 et 27 juin se tiendront à Bagnolet les premières assises du communalisme et de l'écologie populaire à la salle Pierre et Marie Curie. Au programme : Tables rondes, ateliers débats, prises de paroles...
L'enjeu : rassembler les mouvements qui se revendiquent ou s'inspirent du communalisme et discuter cette perspective stratégique.
Les 26 et 27 juin se tiendront à Bagnolet les premières assises du communalisme et de l'écologie populaire à la salle Pierre et Marie Curie. Au programme : Tables rondes, ateliers débats, prises de paroles...
L'enjeu : rassembler les mouvements qui se revendiquent ou s'inspirent du communalisme et discuter cette perspective stratégique.
Les premières Assises du communalisme et de l'écologie populaire auront lieu du 26 et 27 juin 2026 à Bagnolet, à la salle Pierre et Marie Curie.
Nous y organisons des temps de débat, d'ateliers et de construction politique autour d'une idée simple : redonner du pouvoir aux communes, aux quartiers et aux habitant·es sur les questions essentielles du quotidien.
L'évènement veut mettre en dialogue les militants de l'écosystème communaliste et montrer en quoi ce courant et cette stratégie politique peut répondre aux crises sociales, écologiques et démocratiques actuelles.
Il s'inscrit dans une écologie populaire, anticapitaliste et ancrée dans les réalités des territoires.
Plusieurs personnalités et collectifs participeront aux échanges, dont Fatima Ouassak, Pierre Sauvêtre, Assa Traoré, Ritchy Thibault, Margot Medkour, Victor Aïtouche et Manuel Bompard.
Au programme : plénières, tables rondes, cycles de discussion et une assemblée finale pour envisager des suites communes.
L'objectif est de faire émerger un espace politique, organisé et capable de peser dans les débats à gauche.
C'est un rendez-vous pour celles et ceux qui veulent penser et construire une alternative populaire face au backlash écologique et à la montée des fascismes.
Le programme : https://assises-du-communalisme-2026.communalis.org/
Pour s'inscrire : https://www.helloasso.com/associations/editions-communalis/evenements/assises-du-communalisme-et-de-l-ecologie-populaire
15.06.2026 à 20:30
Suivi de Renversé sur les mobilisations contre le G7 à Genève et alentours !
Suivi de Renversé sur les mobilisations contre le G7 à Genève et alentours !
Du 15 au 17 juin 2026 se tiendra le sommet du G7 à Evian.
Le discours médiatique déjà mis en place donne, dés à présent, un bon aperçu de ce qui nous sera servit lors du Sommet. Pas un mot sur le rôle clé des puissances du G7 dans le génocide à Gaza, dans le désastre climatique, dans les conflits mondiaux et dans la montée du fascisme et du militarisme. À la place, dans une stratégie classique de retournement de situation, c'est la contestation qui est stigmatisée, des larmes de crocodiles sont versées en avance pour les potentiels bris de vitres et les acteurs du capitalisme genevois s'insurgent de la publication d'une « carte des multinationales et autres fripouilles« accusée d'être »une incitation à la casse »
Alors, avec nos camarades du réseau mutu, nous allons proposer un suivi des mobilisations contre le G7 durant tout le mois de juin, à travers un article continuellement mis à jour.
Nous y publierons, les appels à manifestation et autres rendez-vous, les comptes rendus de petites et grandes actions, des suivis live et bien plus. Nous souhaitons couvrir les rencontres internationales du 13 juin, la manifestation du 14 juin et les journées d'action du 15 au 17 juin.
L'article de suivi sera en ligne dès le 1. juin. Vous déjà nous envoyer vos appels à actions et à manifs et les retours de vos actions de mobilisations à contact@renverse.co. D'autres canaux de communication seront publiées prochainement.
Vive les médias libres, No G7.
15.06.2026 à 08:00
Le 15 juin prochain s'ouvre le sommet du G7 à Évian et avec, son contre-sommet à Genève. A cette occasion, on a préparé 1h de fanzine sonore pour remonter l'histoire des contre-sommets.
Le 15 juin prochain s'ouvre le sommet du G7 à Évian et avec, son contre-sommet à Genève. A cette occasion, on a préparé 1h de fanzine sonore pour remonter l'histoire des contre-sommets.
Le 15 juin prochain s'ouvre le sommet du G7 à Évian et avec, son contre-sommet à Genève. A cette occasion, on a préparé 1h d'émission pour remonter les contre-sommets des réunions des clubs des G : G7, G8, G20 mais aussi celles de l'OTAN et les conférences pour le climat.
Parce qu'ils symbolisent un capitalisme violent et autoritaire, ces sommets sont aussi devenus des pics de contestation internationale de l'ordre économique et politique dominant. Et on a vu se multiplier les contre-sommets délocalisés, les manifestations monstres et les protestations en tous genres.
Dans cette émission, tu pourras entendre :
L'émission s'écoute sur notre audioblog, ici, et un peu partout en podcast. Bonne écoute !

Et comme les médias indé et les contre-sommets continuent d'avoir une histoire commune, toute la semaine du G7 d'Evian, il y a un suivi fait par le site Renverse et le réseau Mutu. Et dimanche, des camarades montent un plateau radio, Radio Contre-sommet pour suivre la journée de mobilisation du 14 juin à Genève !
[1] Extraits tirés du film-documentaire « A l'épreuve du réel » de Florence Miettaux & Grégory Mouret (2005)
[2] Extraits tirés du film-documentaire « A l'épreuve du réel » de Florence Miettaux & Grégory Mouret (2005)
Minuit Décousu, c'est un fanzine radiophonique nocturne sur Radio Canut (Lyon et alentours) et Cause Commune (Paris/IDF). Semaine après semaine pendant une heure, on en découd avec la nuit et on tire les fils de sons, de textes, d'archives et de voix qui s'entremêlent.
Rubrique «À LIRE AILLEURS»