LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie BLOGS Revues Médias
Paris-Luttes.info

Site coopératif d’infos et de luttes Paris - banlieue


Rubrique «À LIRE AILLEURS»
▸ les 10 dernières parutions

25.07.2026 à 08:00

(Dés)espoir / une (dernière) émission (de saison) de Minuit Décousu

Entre le dérèglement climatique et le fascisme, la température de cuisson d'ambiance n'incite pas à l'optimisme. Il semble assez illusoire de s'imaginer une révolution dans les temps qui viennent, même si on en aurait bien besoin. Pour terminer la saison 7 de Minuit Décousu, on fait une émission qui oscille entre espoir et désespoir.

Lire la suite (478 mots)

Entre le dérèglement climatique et le fascisme, la température de cuisson d'ambiance n'incite pas à l'optimisme. Il semble assez illusoire de s'imaginer une révolution dans les temps qui viennent, même si on en aurait bien besoin. Pour terminer la saison 7 de Minuit Décousu, on fait une émission qui oscille entre espoir et désespoir.

Clap de fin de saison 7 pour Minuit Décousu, avec une émission réalisée en grosse bande pour l'occasion. Entre le dérèglement climatique et le fascisme, la température de cuisson d'ambiance n'incite pas à l'optimisme. Il semble assez illusoire de s'imaginer une révolution dans les temps qui viennent, même si on en aurait bien besoin. Pour terminer la saison 7 de Minuit Décousu, on fait une émission qui oscille entre espoir et désespoir.

Dans cette émission, on a des nouvelles du mouvement social bolivien, on écoute Bernard Aspe avec les copaines de Mayday, on écoute nos camarades parler du sale boulot dans l'associatif, on parle de chanter plein d'espoir dans des chorales, on parle aussi de révolution, de dépression et de plein d'autres choses.

L'émission s'écoute sur notre audioblog, ici, et un peu partout en podcast. Bonne écoute !

(Dés)espoir / une (dernière) émission (de saison) de Minuit Décousu

Minuit Décousu, c'est un fanzine radiophonique nocturne sur Radio Canut (Lyon et alentours) et Cause Commune (Paris/IDF). Semaine après semaine pendant une heure, on en découd avec la nuit et on tire les fils de sons, de textes, d'archives et de voix qui s'entremêlent.

PDF

25.07.2026 à 08:00

C'est pas les forêts qui devraient cramer !

À propos du ravage en cours

Texte intégral (2122 mots)

À propos du ravage en cours

— Qu'est-ce que tu voulais ? La la la…
— Là je voulais savoir… Tout l'immeuble, il est en train de brûler, c'est bien ça ?
— Mais oui, écoute. Les matières qui ont servi à la construction de cet immeuble sont très fragiles. Tu comprends ?
— Oui.
— C'est normal parce que de toutes façons il n'y a que des familles d'ouvriers et des étrangers et quelques improductifs.
— Oui.
— Alors le feu s'empare très facilement des matières.
— Ouais.
— Ça se propage. Nous sommes donc en présence d'un incendie.
— Aaaah. un incendie.
— C'est normal.
— Oui, oui, oui.
— Oui ?
— D'accord.

La la la…

Extrait de la chanson « C'est normal », un échange entre Brigitte Fontaine et Areski

Des centaines de personnes qui décèdent à cause des vagues de chaleur, des millions qui survivent dans des logements pourris transformés en bouilloires, des centaines de milliers d'animaux morts de chaud dans les élevages industriels, et déjà plus de 30 000 hectares de forêts partis en fumée, des Pyrénées à Fontainebleau et même dans les Côtes-d'Armor... Chaque été, en France comme partout ailleurs dans le monde, le désastre s'accentue... Ou plutôt les conséquences du désastre, car le désastre, lui, c'est toute l'année qu'il suit son cours. C'est toute l'année que crachent d'innombrables cheminées d'usines dégueulasses, c'est tous les jours que tournent des milliers de réacteurs d'avions, c'est en permanence que roulent des millions de bagnoles... Et tout ceci n'est qu'une partie du problème, le capitalisme se réinventant depuis des siècles pour enrichir les riches tout en ravageant la planète.

Aujourd'hui, pour que cette dynamique ne cesse surtout pas, l'État et les politicards de tous poils rabâchent que le salut de l'humanité viendrait de la « décarbonation », grâce à une « transition énergétique ». C'est par cette grotesque pirouette que les voitures électriques, les champs de panneaux solaires et d'éoliennes, ou encore les usines à hydrogène sont présentés comme écologiques ! Mdr, qui pourrait croire ça ?? Et pourtant quantité de gens ne jurent plus que par ces « solutions » malgré qu'elles creusent des mines géantes partout dans le monde pour en extraire les métaux nécessaires à leur production. Se déplacer en Tesla ou en vélo électrique serait même devenu vertueux...

Si évidemment tout le monde n'est pas dupe au point de se raconter ce genre d'histoires, le capitalisme vert en mode « décarboné » est devenu la norme, en particulier en France où le nucléaire représente plus que jamais « l'énergie propre de demain » (lol). Il est alors normal qu'en pleine canicule, une centrale soit autorisée par dérogation à réchauffer un fleuve jusqu'à 1 degré [1]. Oui car, en plus de devoir être alimentée en uranium extrait au Niger ou au Kazakhstan, une centrale doit être refroidie par d'énormes volumes d'eau, puisés dans les fleuves ou la mer, dans lesquels ils sont rejetés une fois réchauffés par l'échange de chaleur. Tout ceci est normal... Et nombreu.x.ses sont celleux qui invoquent le moindre mal pour défendre une industrie de mort pourtant responsable de catastrophes sanitaires et environnementales parmi les pires de l'histoire. « Oui mais faut bien faire marcher la clim' maintenant qu'on crève de chaud !? » diront certain.e.s. C'est sûr, pour tenir debout dans ce monde toujours plus invivable, il faut bien souvent s'en accomoder... sans pour autant en faire un monde désirable ! Quand on n'a pas les moyens de vivre ailleurs que dans une bouilloire thermique il peut vite devenir indispensable de s'acheter un climatiseur au Aldi d'à côté.

Au-delà de faire tourner les ventilos, l'enjeu de maintenir une centrale en fonctionnement, quand bien même elle empire une situation suffocante, se situe en grande partie ailleurs : c'est tout le complexe industriel qui dépend de son électricité. Désormais c'est sur cette dépendance que l'État français compte capitaliser, en se positionnant comme un territoire de choix pour le développement de l'intelligence artificielle, grâce à ses 57 réacteurs nucléaires. Et oui, alors que les forêts brûlent, l'État veut les remplacer par une forêt de data centers ! Lors du sommet « Choose France » début juin, des grands groupes de l'IA ont promis des dizaines de milliards d'investissements pour la construction de centres de données partout sur le territoire [2]. Construits grâce à l'industrie destructrice de la micro-électronique, ils nécessitent, eux aussi, des quantités colossales de flotte pour être refroidis. Infrastructure d'une technologie qui contribue au perfectionnement de la filière de l'armement, ils se font accepter avec les services de ChatGPT, à qui on pourra demander : « Ma maison est en train de cramer, je fais quoi ?? »

Les maîtres de l'IA se gavent, peu importe si les forêts s'embrasent. Celle de Fontainebleau, un des derniers refuges pour les animaux sauvages en Île-de-France, un des seuls espaces sans béton ni champs de maïs, a perdu 2 000 hectares en quelques jours, soit un dixième de sa surface totale. Au même moment, à quelques encablures, les armées européennes de la coalition des volontaires paradaient sur les Champs-Élysées pour le 14 juillet, affirmant leur intention de poursuivre le carnage en cours en Ukraine : près de 500 000 morts depuis 2022 et des territoires complètement dévastés. À l'occasion un accord a été signé pour que la France fournisse 16 avions de combat à l'armée ukrainienne. Ainsi, pendant qu'il envoie ses canadairs éteindre le feu à Fontainebleau l'État envoie ses rafales en allumer d'autres en Ukraine, où déjà près de 100 000 hectares de forêts ont brûlé à cause de la guerre. En plus d'être des charniers les guerres sont de véritables écocides. Leurs répercussions sont mondiales : rien qu'en Ukraine des centaines de millions de tonnes de CO2 sont émis par les bombardements, fuites de gaz, avions militaires et chantiers de reconstruction, réchauffant l'atmosphère avec une puissance inégalable.

De quoi transformer les forêts en tas de paille prêts à flamber à la moindre étincelle, attirant de surcroît les amateur.ices de brasiers grandeur nature... Dès les premiers jours des incendies, le ministère de l'intérieur s'est empressé d'annoncer des interpellations pour mises à feu volontaires ou accidentelles. Aujourd'hui 59 personnes ont été arrêtées, dont 7 en détention provisoire qui, selon les flics, auraient reconnu avoir bouté le feu volontairement. C'est triste que cela puisse passer par la tête de certain.e.s. Dans le même temps ça fout la rage que l'État s'affiche comme le garant de la sécurité et de la protection de la nature, enfermant des gens qui, du même coup, deviendraient les seuls responsables d'une situation qui pourtant les dépasse.

Une situation qui dépasse à peu près tout le monde d'ailleurs. Face à elle, on ne peut plus se raconter que le numérique haute capacité calculera la meilleure solution pour nous, pendant qu'on aura simplement à réduire sa consommation de viande ou favoriser le « upcylcing ». Non, ne vous attendez pas à ce qu'on vous félicite pour votre nouveau compost réfrigérant, et encore moins que ce genre d'éco-geste vous épargne de toute critique. Les conditions climatiques, en même temps que les conditions sociales, vont devenir de plus en plus dures. Les États et leurs enjeux, tout comme les individus avec leurs responsabilités, perpétuent cette vie irrespirable. Mais si ça ne nous intéresse pas de sombrer dans l'indignation désespérée, nous pouvons au moins regarder les choses en face : les conséquences du réchauffement climatique sont irréversibles. Face à ce difficile constat, nous retrouver pour réfléchir ensemble à des manières de s'y confronter, en analyser précisément les causes, imaginer comment faire grincer les rouages de cette machine implacable, sont des pistes pour se défaire de la résignation. En attendant, se balader dans les rues pour recouvrir les murs de peinture est déjà plus réconfortant que rester seul.e à contempler la catastrophe sur l'écran.


PDF

24.07.2026 à 08:00

Arrestation en lien avec le 1er mai 2022

Le jeudi 16 juillet 2026, à 17h30, G. a été arrêté sur son lieu de travail. Six flics en civil sont venus le chercher et l'ont immédiatement placé en garde-à-vue. G. ne travaillait pas ce jour-là, il était là par hasard, les renseignements ont bien bossé !

Les motifs de la garde-à-vue : dégradations lors de la manifestation du premier mai 2022, violence sur PDAP et participation à groupement en vue de…

Lors de la garde-à-vue, G. a refusé de donner ses empreintes et son ADN. Les auditions ont duré une heure environ et les flics ont montré une dizaines de photos et quelques vidéos des manifestations du premier mai 2022 et 2023.

On ne sait pas exactement depuis quand les flics enquêtent sur G. A priori, au moins depuis 2024, aux dires de l'OPJ, qui lui a signifié qu'elle avait essayé de le joindre par téléphone un an plus tôt.

G. est sorti après 24h de GAV avec une convocation pour une audience le 22 octobre 2027 à 9h à la chambre 24 du tribunal correctionnel, au TJ de Paris, pour les motifs de refus de signalétique, refus d'ADN et pour avoir « volontairement dégradé des vitrines ainsi que l'intérieur de ces dernières » (sic).

Si d'autres personnes se trouvent dans une même situation, poursuivies pour des faits similaires, ont été appelées ou se sont rendues à des convocations, n'hésitez pas à nous contacter.

Face à la répression et à la justice, ne restons pas seuls. C'est pourquoi nous appelons à venir collectivement au procès d'octobre 2027 en solidarité avec l'inculpé.

Solidarité avec celles et ceux qui s'attaquent à ce monde !

linterieurdesvitrines@proton.me

Lire la suite (362 mots)

Le jeudi 16 juillet 2026, à 17h30, G. a été arrêté sur son lieu de travail. Six flics en civil sont venus le chercher et l'ont immédiatement placé en garde-à-vue. G. ne travaillait pas ce jour-là, il était là par hasard, les renseignements ont bien bossé !

Les motifs de la garde-à-vue : dégradations lors de la manifestation du premier mai 2022, violence sur PDAP et participation à groupement en vue de…

Lors de la garde-à-vue, G. a refusé de donner ses empreintes et son ADN. Les auditions ont duré une heure environ et les flics ont montré une dizaines de photos et quelques vidéos des manifestations du premier mai 2022 et 2023.

On ne sait pas exactement depuis quand les flics enquêtent sur G. A priori, au moins depuis 2024, aux dires de l'OPJ, qui lui a signifié qu'elle avait essayé de le joindre par téléphone un an plus tôt.

G. est sorti après 24h de GAV avec une convocation pour une audience le 22 octobre 2027 à 9h à la chambre 24 du tribunal correctionnel, au TJ de Paris, pour les motifs de refus de signalétique, refus d'ADN et pour avoir « volontairement dégradé des vitrines ainsi que l'intérieur de ces dernières » (sic).

Si d'autres personnes se trouvent dans une même situation, poursuivies pour des faits similaires, ont été appelées ou se sont rendues à des convocations, n'hésitez pas à nous contacter.

Face à la répression et à la justice, ne restons pas seuls. C'est pourquoi nous appelons à venir collectivement au procès d'octobre 2027 en solidarité avec l'inculpé.

Solidarité avec celles et ceux qui s'attaquent à ce monde !

linterieurdesvitrines@proton.me

PDF

23.07.2026 à 13:12

Ni petrole ni nucléaire

Sans bruit les nouvelles voitures creusent le désastre écologique
Sans bruit les feux qui leur répondent doivent couver sous la glace
en attendant voici quelques amuses-gueules efficaces
Assemblage non-exhaustif d'actions contre la voiture électrique !

Texte intégral (691 mots)

Sans bruit les nouvelles voitures creusent le désastre écologique
Sans bruit les feux qui leur répondent doivent couver sous la glace
en attendant voici quelques amuses-gueules efficaces
Assemblage non-exhaustif d'actions contre la voiture électrique !

En 2021, une loi « Climat et résilience » impose la mise en place des ZFE (zones à faible émission) en France, qui devaient s'instaurer progressivement dès le début de l'année 2022. C'est une mesure qu'on retrouve partout en Europe devant le nouveau slogan illusoire de la décarbonation, axe prioritaire de la « transition écologique » du capitalisme, pour réconforter d'un côté la classe moyenne et son éco-anxiété, de l'autre les industriels qui misent sur l'électrique pour redorer leur courbe de croissance. Que ce soient les géants de l'énergie Total et EDF, les industries automobiles Tesla et Ionity, ou bien les start-up qui pullulent comme Powerdot, Electra, ZePlug 1, Driveco ou FastNed, tous s'arrachent ce nouveau marché qui est le plus concurrentiel d'Europe 2. En 2023, le gouvernement français annonce 200 millions d'euros supplémentaires pour accélérer le déploiement des bornes de recharge pour rester premier dans la course. Mais pourtant, les politiques hésitent devant le casse-tête que cela représente avec le spectre qu'une révolte sociale Gilet Jaune reparte de cette discrimination au transport. Comment faire des contrôles sans tripler les radars et agents verbalisateurs, comment légiférer sur les zones d'exclusion alors que la main d'œuvre du bâtiment ou des services à la personne n'aura pas les moyens de changer de véhicule en temps voulu ? L'objectif est bien de sortir, dans un premier temps, les vieux diesels de la circulation des centres-villes, dans la même logique de gentrification qui dégage les plus précaires à l'extérieur des villes.
Nous avons recueilli ici quelques actions qui prennent position contre cette restructuration en cours.
Ces prochaines années, l'économie française base sa pleine santé sur le marché de la « transition » énergétique, qui n'est que le nom de la nouvelle accumulation capitaliste. Et nous saluons ce qui peut essayer d'entraver l'essor toujours renouvelé du capitalisme sous nos regards déconfis.
Pour faire passer cette énorme opération économique, les gouvernements et les entreprises se targuent d'écologie en promouvant un marché à bas carbone. Mais c'est seulement une autre manière de détruire. Il faut des terres rares donc des mines. Il faut de l'électricité, donc du nucléaire et toujours plus de charbon, et des énergies renouvelables qui s'additionnent. La course aux matières premières, qu'elles soient en France, en Europe ou ailleurs, est en marche depuis bien longtemps. Et toujours autant de déchets, sur les ruines que produisent ces industries.
Non pas que nous défendions le pétrole, mais la voiture électrique est ce sur quoi mise le marché pour se reproduire et créer indéfiniment de nouveaux besoins. Et ce n'est pas le capitalisme qu'ils soit en transition ou pas qui sauvera ce qui nous entoure, ni ces bornes qui ne rechargent que la fuite en avant.

PDF

22.07.2026 à 08:00

Que crève la gauche aussi (3) : autonomie et anti-électoralisme (tiré de « La flamme d'or : ouvrir des perspectives révolutionnaires »)

Pour ce troisième article contre la gauche sous toutes ses formes – réformiste ou « révolutionnaire », mais au final toujours capitaliste et autoritaire –, on partage ce texte trouvé sur internet. Il est tiré d'une brochure sortie en avril de cette année, qui parle de perspectives révolutionnaires et dont on recommande chaudement la lecture (on met le lien en intro). Les auteur-ices y parlent de la séquence politique actuelle, du rôle mystificateur de la gauche institutionnelle – et de son incapacité grandissante à pouvoir encore le jouer – , des problèmes liés aux organisations/comités/assemblées de « lutte » quand elles deviennent des organes de direction... Bref, réformisme et léninisme y sont attaqués en bonne et due forme, et des bouts de perspectives révolutionnaires énoncés clairement – deux choses qui valent le coup à l'heure où la gauche reprend du galon jusque dans les milieux anarchisants.

Texte intégral (4720 mots)

Pour ce troisième article contre la gauche sous toutes ses formes – réformiste ou « révolutionnaire », mais au final toujours capitaliste et autoritaire –, on partage ce texte trouvé sur internet. Il est tiré d'une brochure sortie en avril de cette année, qui parle de perspectives révolutionnaires et dont on recommande chaudement la lecture (on met le lien en intro). Les auteur-ices y parlent de la séquence politique actuelle, du rôle mystificateur de la gauche institutionnelle – et de son incapacité grandissante à pouvoir encore le jouer – , des problèmes liés aux organisations/comités/assemblées de « lutte » quand elles deviennent des organes de direction... Bref, réformisme et léninisme y sont attaqués en bonne et due forme, et des bouts de perspectives révolutionnaires énoncés clairement – deux choses qui valent le coup à l'heure où la gauche reprend du galon jusque dans les milieux anarchisants.

Pour ce troisième article contre la gauche sous toutes ses formes – réformiste ou « révolutionnaire », mais au final toujours capitaliste et autoritaire –, on partage ce texte trouvé sur internet. Il est tiré d'une brochure sortie en avril de cette année, qui parle de perspectives révolutionnaires et dont on recommande chaudement la lecture (on met le lien en intro). Les auteur-ices y parlent de la séquence politique actuelle, du rôle mystificateur de la gauche institutionnelle – et de son incapacité grandissante à pouvoir encore le jouer – , des problèmes liés aux organisations/comités/assemblées de « lutte » quand elles deviennent des organes de direction... Bref, réformisme et léninisme y sont attaqués en bonne et due forme, et des bouts de perspectives révolutionnaires énoncés clairement – deux choses qui valent le coup à l'heure où la gauche reprend du galon jusque dans les milieux anarchisants.

Pour l'ensemble de la brochure dont est tiré ce texte, c'est ici : https://trognon.info/Brochure-Ouvrir-des-perspectives-revolutionnaires-926

Autonomie et anti-électoralisme

Ce qui a fait partir l'expérience de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en eau de boudin, c'est l'abandon du principe d'autonomie de la lutte. Autonomie vis-à-vis des organisations syndicales, partisanes, associatives, autonomie vis-à-vis de la gauche et de la politique en général. La perspective révolutionnaire ne s'inscrit pas dans le jeu politique habituel, elle est une rupture.

Cette autonomie est essentielle vis-à-vis des syndicats. Ces organisations sont depuis longtemps intégrées au système, financées par l'État, siégeant dans les comités d'entreprise auprès des patrons, perfusées à l'idéologie cogestionnaire. Etant dépendants de l'État et du capitalisme, notamment pour se financer, elles auront toujours tendance à reproduire le système plutôt qu'à l'abattre, à négocier la longueur des chaînes plutôt qu'en finir avec l'exploitation, à préférer leur conservation à la perspective révolutionnaire. Elles sont structurellement liées à l'État et au Capital et ne peuvent donc pas envisager leur disparition : celle-ci provoquerait aussi la leur.

Il y a bien sûr des nuances entre les différentes sections et il existe des syndiqué-es sincères et combattifs. Ils finissent toujours, quand la situation devient explosive, à déborder leur propre bureaucratie pour rejoindre les insurgé-es. Ce n'est pas pour rien. Les syndicats sont des organes d'encadrement des luttes. Il faut donc les dépasser. On ne combat pas l'aliénation par des moyens aliénés, comme dirait l'autre. Surtout, on ne poursuit pas la fin par tous les moyens, mais on cherche la concordance entre fins et moyens.

Le danger fasciste est quant à lui le dernier argument de vente de partis de gauche incapable de proposer quoi que ce soit. La gauche n'a jamais été qu'une gestionnaire du système en place, sous une forme un peu moins agressive. Et encore… Sauf que la parenthèse ‘'démocratique et sociale'' du capitalisme est derrière nous.

Rouvrir cette parenthèse exigerait des efforts intenses et un rapport de force considérable. Si une telle chose devait arriver – et il faut l'espérer – ce serait bien dommage de se contenter de petits aménagements tout juste capables de différer l'effondrement ou de redonner un peu d'air dans la lente agonie.

La forme démocratique n'a de toute façon jamais cessé d'être une forme de gouvernement comme les autres, prévoyant la suspension des quelques droits lâchés selon ses besoins et s'assurant toujours le pouvoir de quelques-uns et unes sur les autres. Après avoir démantelé les structures rigides de l'Ancien régime, la bourgeoisie s'est empressée de stopper les processus révolutionnaires et de rétablir l'ordre. Plus souple, les formes constitutionnelles, républicaines et démocratiques vont s'imposer. Elles permettent de faciliter l'accumulation du capital, de lâcher des droits et des garanties sans remise en cause de fond en période de troubles, ou au contraire d'avancer vers des formes plus arbitraires et despotiques. Leur plasticité assure une meilleure reproduction au Léviathan, quitte à ce que quelque chose change pour que rien ne change. A la base de ce nouveau pouvoir fraîchement conquis, il y a d'ailleurs la volonté de ne jamais laisser les individus ordinaires décider et agir librement.

Au fondement de la théorie politique de la délégation du pouvoir et du système représentatif, il y a une idéologie aristocratique : les individus ordinaires seraient incapables de savoir ce qui est bon pour elles et eux ; et ensemble, ils formeraient une foule, une masse, une populace forcément irrationnelle et emportée par ses passions. La rationalité serait l'apanage de celles et ceux qui courent après le pouvoir et l'argent en écrasant les autres.

L'abbé Sieyès, véritable guide de la contre-révolution française après 1789, est l'un des grands théoriciens de cette théorie. Il la résumait d'une phrase simple : « la confiance doit venir d'en bas, le pouvoir d'en haut ». Ce qui est attendu de tout un chacun, c'est seulement de faire confiance aux dirigeants qui, au besoin, ramèneront le troupeau dans le droit chemin par le bâton. La délégation du pouvoir, quelle que soit sa forme, est toujours d'abord un discours d'ordre pour soumettre au droit du plus fort et à l'État ; une mécanique bien huilée pour assurer la reproduction permanente du pouvoir. Les élections en sont un des moyens les plus aboutis, mettant en scène des oppositions superficielles permettant de désamorcer les conflits bien réels.

Partout dans le monde, les régimes politiques ont tendance à se durcir. Trump aux États-Unis est sur ce point un bon exemple. En France aussi, nous ne sommes plus tout à fait dans un régime de démocratie libérale. Non pas que c'était un régime émancipateur, loin s'en faut, mais ce n'est pas la même chose qu'une dictature. Nous ne sommes plus dans un régime de démocratie libérale, mais nous ne savons pas encore tout à fait dans quoi nous sommes embarqué-es. N'importe qui se confrontant au pouvoir par conviction ou de par sa condition, comme les exilé-es, en fait l'expérience quotidienne. Pour les autres, on peut certes très bien continuer sa vie et ne pas se rendre compte de ces changements rapides ; aller bosser comme si de rien n'était, consommer quand on le peut et fermer sa gueule. « On vit tranquille dans les cachots », comme disait le philosophe.
Comme d'habitude, la brutalité s'abat d'abord sur les personnes marginalisées. Qui se soucie réellement des exilé-es, des chômeur-euses, des gosses de banlieue, des anarchistes ? Peu de monde. On peut fermer les yeux et faire comme si de rien n'était. Cela s'étend ensuite aux mouvements sociaux, qu'on réprime avec vigueur. Et puis ça se déploie peu à peu toujours plus loin. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus personne pour réagir.

Ce serrage de vis global prête le flanc à un antifascisme le plus plat, qui propose au fond de revenir en arrière, au temps d'un capitalisme un peu moins brutal, du moins dans les contrées les plus riches. La brutalité était pour l'essentiel exportée ailleurs, ce qui n'empêchait pas son existence partout où c'était jugé nécessaire. Le pouvoir tient, in fine, par la violence.

Une ombre rôde, donc. Celle du fascisme. C'est du moins ce qu'on entend chez des gens très divers, de sensibilité de gauche ou même qui se présentent comme radicaux ou radicales.

La gauche est souvent présentée comme le moindre mal pour nous sauver du pire. Il faudrait faire front avec elle et lui donner son vote. Pourtant, elle a directement participé au développement de ce serrage de vis global. Elle a même, en France, appuyé sur l'accélérateur (un classique) : cadeaux au patronat, exploitation renforcée des travailleur-euses, contrôle drastique des chômeur-euses, chasse aux sans-papiers, mais aussi répression débridée. La gauche de gouvernement en France, par exemple, c'est celle des grenades assourdissantes et des véhicules blindés à l'assaut de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en 2012, de la charge de gardes-mobiles laissant Rémi Fraisse sur le carreau à Sivens en 2014, de l'état d'urgence de 2015 qui fait entrer les lois antiterroristes dans le droit pénal, des interdictions de manifester lors de la contestation de la loi Travail en 2016… Sans oublier la loi sur l'extension du droit de faire usage de son arme à feu pour la police, en 2017, ce qui a engendré une augmentation rapide du nombre de personnes tuées par des flics : 10 en 2010, 22 en 2016, 40 en 2020, 52 en 2024.

La porte est ouverte pour le gouvernement suivant. La concentration du pouvoir entre quelques mains y s'accélère avec la nomination des préfets, des directions des administrations et des cabinets ministériels directement par le président, le regroupement des administrations ministérielles dans les départements sous la tutelle de l'Intérieur, le gouvernement par décrets et conseils de défense, l'usage frénétique du 49.3 pour passer les lois rapidement sans débats ni vote des députés, la fragilisation de l'indépendance des représentants d'une bourgeoisie concurrente (journalisme, tribunaux), la limitation du droit de grève et la répression des oppositions, l'imposition de gouvernements malgré les résultats électoraux, etc.

Sans parler des petites choses très révélatrices : coller des affiches dans la rue expose de plus en plus à la garde-à-vue, diffuser des tracts dans une faculté à la répression des vigiles, obtenir une salle municipale pour se réunir au refus pur et simple. La liberté d'expression est une chimère pour qui souhaite en user. Sans parler de l'institutionnalisation des rafles de sans- papiers dans les gares ou même à la sortie des lieux d'aide humanitaire. Ou encore de la politique coloniale menée à Mayotte (opération Wuambushu) et en Kanaky à coups de flingues. Tout nous pousse en fait vers des régimes de plus en plus ouvertement despotiques. Pas besoin de l'extrême-droite pour ça.

Cette logique d'accélération de la répression n'est pas spécifique à la France. Elle traverse tous les pays. De fait, elle répond à une nécessité du capitalisme. L'accélération de la répression est nécessaire pour intensifier l'exploitation et continuer d'extraire de la valeur. La forme « démocratie libérale » et les quelques garanties sociales lâchées au cours du 20e siècle ont permis d'intégrer, dans les pays les plus riches, la quasi-totalité de la population à la course à la croissance. Ça a permis surtout de pacifier une situation agitée. Mais c'en est fini.

Plus le droit du travail est démantelé, plus les droits au chômage sont attaqués, plus les cadences sont accélérées, plus les richesses se concentrent entre quelques mains, et plus la répression est nécessaire pour l'État et le Capital. Ajoutez à cela les menaces liées à la pollution et au réchauffement climatique… C'est dans la poursuite de cette logique que le fascisme peut être une option pour une partie des classes dirigeantes. Et une option aujourd'hui pleinement assumée si le besoin s'en ferait sentir. Mais la seule manière d'empêcher le fascisme, c'est de s'en prendre à ce qui le nourrit : l'exploitation, la hiérarchie et l'ordre tels qu'ils existent.

Le succès de l'antifascisme le plus plat est aussi lié à l'incapacité de porter une autre perspective. De fait, il n'existe aujourd'hui plus vraiment de mouvement antiautoritaire et autonome capable de porter une perspective révolutionnaire. En France par exemple, le vaste mouvement autonome qui s'était fait une certaine réputation à la fin des années 90 et dans les années 2000 s'est dissous quand une partie de ses participant-es a choisi de rentrer dans le rang et de composer avec la gauche.

En 2016, la lutte contre la loi Travail et les attaques multiples des locaux du Parti Socialiste alors au pouvoir enterrent la gauche de gouvernement. Mais c'est un peu comme si une frange importante des antiautoritaires, autonomes, révolutionnaires se retrouvait effrayée par cette situation, orpheline d'une solution politique. Le choix de négocier avec le pouvoir à la ZAD de Notre-Dame- des-Landes a officialisé le virage réformiste de tout un pan de ce mouvement. Aujourd'hui, la gauche s'est de nouveau imposée comme le débouché naturel des luttes. Merci les gauchistes !

La Grèce avait sur ce point était un précurseur. Alors que les anarchistes et révolté-es avaient conquis la rue dès 2008, la reprennent avec force en 2011, c'est le débouché politique de Syriza qui est massivement choisi plutôt que la perspective autonome et révolutionnaire. Le parti de gauche radicale arrive au pouvoir en 2015, se fait remettre à sa place par le FMI et l'Union Européenne, et applique ensuite avec zèle les politiques néolibérales. La presse ne s'y trompe pas, le positionnant désormais au centre-gauche. Un recentrement très rapide.

Il y en a eu bien d'autres des exemples de la gauche, même soi-disant radicale, au pouvoir : outre celui de Syriza, on se remémorera avec intérêt le bilan de Podemos en Espagne ou de l'Unité de gauche au Chili – et pourquoi pas de la flambée de gouvernements de gauche en Amérique Latine au début des années 2000 (Morales en Bolivie, Correa en Equateur, Lula au Brésil, etc.). Que le miroir aux illusions fonctionne encore reste une énigme…

Les gauchistes qui aujourd'hui passent leur temps à assimiler les dynamiques les plus dégueulasses du pouvoir à la seule extrême-droite participent directement à l'invisibilisation de la dynamique globale à l'œuvre. Ils et elles sont les idiots utiles de toutes les macronies du monde et des classes dirigeantes dans leur ensemble. Ce n'est pas seulement l'extrême-droite le problème. Elle n'est qu'une option possible des gens de pouvoir, qui instaurent patiemment depuis de nombreuses années une nouvelle situation sociale capable de leur garantir de s'empiffrer le plus longtemps possible, jusqu'à épuisement de la planète s'il le faut. « Après nous le déluge » est leur mantra, le cynisme leur code de conduite.

Chercher à renforcer les logiques électorales et citoyennes relève non seulement de l'erreur, mais même d'un déni de réalité. Cela revient à ne surtout pas regarder la réalité en face et à favoriser les logiques à long terme qui favorisent l'extrême-droite. Mais à une époque où la mémoire fout le camp, les élections législatives de 2024 en France ont révélé où en étaient les illusions gauchistes. Nombreux et nombreuses pseudo-radicaux et radicales se sont ainsi empressé-es de courir avec la coalition de gauche aux côtés du funeste François Hollande, ancien président, entre autres crapules faussement repentis.

Courir avec la coalition de gauche pour faire barrage à l'extrême- droite, une énième fois, le plus souvent dans des circonscriptions où pourtant le vote extrême-droite reste faible. Il n'y avait donc aucune urgence dans ces zones là et c'est bien une adhésion idéologique qui s'est jouée. Et tout cela, malgré le petit succès électoral, avec pour résultat la mise en place d'un gouvernement conservateur. Le piège de la politique s'est encore une fois révélé. Mais cela n'a rien d'une surprise : voilà 150 ans que les anarchistes ont rappelé le rôle du système électoral, à savoir maintenir le pouvoir. Ce n'est pas par les urnes que l'on met un point d'arrêt à l'exploitation capitaliste, à la domination étatique, aux ravages industriels et aux oppressions racistes.

Si une fraction de cette énergie à danser avec la gauche et ses vieilles sirènes, à aller coller des affiches, diffuser des tracts, multiplier les réunions, s'indigner sur les réseaux sociaux, faire un petit tour dans la rue, était mis à des tâches révolutionnaires, la peur pourrait un tant soit peu changer de camp. Mais le rendu de toute cette énergie débordante a bien sûr été pathétique. Il ne pouvait pas en être autrement pour toutes les raisons décrites avant. Le système en place, pour se perpétuer, n'a plus le choix que de refermer la parenthèse du rallongement de la longueur des chaînes. Il lui faut revenir pas à pas à ses origines les plus brutales, quitte à accompagner ainsi l'effondrement. Le pouvoir pourra, bien sûr, lâcher prise ici ou là, par petites bouffées, pour mieux s'assurer l'acceptation. Mais la tendance générale ne changera pas.

Il est d'autant plus important d'avoir ça en tête qu'il est fort probable que le durcissement des régimes partout va pousser des tas de citoyennistes et bureaucrates en herbe à une radicalisation de façade. Elle est déjà en cours par-ci par-là. Des modes d'action autrefois décriés pourront ainsi devenir légitimes, tant que la finalité reste l'aménagement du système en place et non de le foutre en l'air, la perspective de remanier le pouvoir et non de le détruire. Derrière les masques des émeutiers et émeutières peut parfois se cacher le piège de la politique.

La politique, c'est toujours l'art de gouverner. Une révolution ne peut que refuser ce jeu-là, à la manière dont le définissait quelqu'un comme Bakounine. Il a alors bien conscience que son activité révolutionnaire comporte une composante politique. Il critique d'ailleurs l'indifférence au jeu politique. Contrairement à ce que déclareront ses détracteurs à l'époque, il ne s'agit pas d'apolitisme, mais d'une position antipolitique.

Pour Bakounine, tout pouvoir contient une part maudite et pervertit même la personne la plus honorable. La question n'est pas de savoir si tel ou tel dirigeant est corrompu, manipulateur, violent. Le pouvoir en lui-même pervertit. Le fait de se retrouver en position de pouvoir transforme l'individu et le place en situation où il ne peut qu'exercer une domination sur les autres et abuser de sa position.

Ce n'est pas pour autant qu'il n'y aurait pas de décisions collectives à prendre, bien au contraire. Bakounine considère que c'est une nécessité. Ce qui est rejeté, c'est la séparation d'une instance décisionnelle du corps social, et son institutionnalisation qui finit par la consacrer théologiquement.
Suffrage universel ou censitaire, là n'est pas la question pour Bakounine. L'élargissement du suffrage ne supprime en rien le mensonge qu'est la représentation. Le pouvoir corrompt, et se trouver en position de représentant ou représentante ne peut que couper des aspirations populaires. La personne qui est élue finit forcément par être corrompue et par manipuler.

Les assemblées centralisatrices favorisent quant à elles le passage des « palpitations vivantes de l'âme populaire » vers des abstractions. Ce n'est pas pour cela que Bakounine n'admet pas la représentation des sections au sein de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT), via des mandats impératifs. Mais cette représentation n'intervient alors pas au sein d'un petit État en gestation, mais dans une confédération qui préfigure celle qu'il appelle de ses vœux, reposant sur l'autonomie des sections et avec pour principe d'aller de bas en haut, et non l'inverse.

Cette critique du pouvoir, il va jusqu'à la formuler à destination des organisations ouvrières risquant de se bureaucratiser. De son expérience au sein de l'A.I.T., entre 1868 et son éviction en 1872, il tire plusieurs leçons. Il note d'abord la tendance à la constitution d'une élite militante, qui se considère indispensable. Mécaniquement, elle s'habitue à décider à la place des autres, et les délégués se coupent de leur base. L'autonomie des sections et des individus doit justement venir empêcher cette dégénérescence, de même que les espaces de délibération à la base, sans oublier l'importance de l'individualité, y compris désobéissante. Et à côté, Bakounine passe son temps à développer des sociétés secrètes, peut- être de manière folklorique et rigide, mais surtout pour favoriser le libre rapprochement d'individus qui se font confiance dans le but d'agir collectivement, avec la discrétion que suppose la pratique révolutionnaire. Ce sont en quelque sorte des prémisses de groupes affinitaires.

La politique est toujours une sphère séparée, qui se traduit dans les faits par des gens se considérant comme plus compétents ou compétentes que les autres, devant prendre les décisions à leur place, y compris pour leur bien. Nous pouvons dire grossièrement que la politique est la sphère du pouvoir, tandis que le social correspond à la dynamique autonome des individu-es et des groupes.

On nous prétextera que l'assemblée, le comité de lutte ou le conseil ouvrier sont des institutions dans lesquelles se cristallisent le pouvoir, et sont quelque part séparés de la vie quotidienne. Certes. Si ce n'est que ce pouvoir peut bien plus facilement rester rigoureusement social, sans chefs ni représentants et sans entraver les initiatives individuelles, pris dans l'épaisseur de la réalité des tâches à mener. Davantage que d'y prendre des décisions, il importe d'y proposer des initiatives et des visions, ainsi que de répartir les tâches. Ce n'est finalement rien de plus qu'un outil, perfectible et critiquable, qui ne peut ni se substituer à un système de règles informelles reposant sur les discussions directes, ni venir étouffer les initiatives individuelles ou de cercles d'affinité. Les assemblées, nom pompeux qui signifie en fait prendre des décisions communes entre personnes qui se reconnaissent comme associées, font peut-être que le collectif tient ; les affinités et initiatives libres qui émanent des individu-es font qu'il vit.

Il faut donc encore que les assemblées et autres conseils rompent avec la fiction démocratique, où tout se lit en termes de droits et devoirs, et donc de juges et policiers. A coups de majorité ne se règlent ni les divergences, ni les contradictions.

Prendre des décisions collectives sans coercition ni sanction implique l'engagement de celles et ceux qui ont pris la décision pour la réaliser. Il n'y a d'autre sanction à une obligation que l'on s'est librement choisie que la perte de considération d'autrui. Cependant, dans un monde futur où la richesse résiderait dans la diversité et la profondeur des relations, la considération ne serait pas quelque chose pris à la légère.

En outre, tout n'a pas à se discuter et se décider dans ce genre d'instances, qui autrement se dégraderaient en bureaucratie diffuse, ou pis, en espace unanime niant les conflits intrinsèques à la vie sociale. C'est en cela que la position antipolitique n'est pas apolitique, puisqu'il s'agit bien d'une orientation consciente et déterminée : celle de circonscrire toute émergence de pouvoir sur les autres.

Tout ce qui vient occulter et réprimer l'épanouissement de la vie doit être détruit. La politique est un verrou à faire sauter, au même titre que la religion ou l'économie. Elle est toutefois largement valorisée, et nombre d'expressions contestataires reprennent irrémédiablement les habits de la politique, de la Commune de Paris aux bureaucrates anarchistes de l'Espagne de 36, en passant par les appels à la ‘'démocratie réelle'' sur les places occupées ou à de meilleurs représentants lors des insurrections de la soi-disant Génération Z en 2025. Il n'y aura sans doute pas d'anarchie tant que ce verrou n'aura pas été forcé. Forcer ce verrou implique non seulement de se défaire des logiques politiciennes les plus explicites, comme l'électoralisme, mais aussi de sortir des ghettos militants empreints de cet art de gouverner, pour privilégier les rencontres avec des révolté-es imperméables aux sirènes de la politique. Et il en existe pas mal…

A5
A4
PDF

22.07.2026 à 08:00

La CNT PTT remporte une victoire historique dans les Hautes-Pyrénées !

Après 12 jours de grève, les factrices et les facteurs de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) ont fait cédé la direction régionale ! Ils ont obtenu que la réorganisation prévue se fassent selon les modalités qu'iels ont définies. Le syndicat CNT Interpro 65 et la Fédération PTT CNT-F sont pour beaucoup dans cette victoire. La solidarité est en train de jouer dans les syndicats et les structures locales ou nationales de la CNT pour soutenir financièrement les grévistes.

Texte intégral (1117 mots)

Après 12 jours de grève, les factrices et les facteurs de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) ont fait cédé la direction régionale ! Ils ont obtenu que la réorganisation prévue se fassent selon les modalités qu'iels ont définies. Le syndicat CNT Interpro 65 et la Fédération PTT CNT-F sont pour beaucoup dans cette victoire. La solidarité est en train de jouer dans les syndicats et les structures locales ou nationales de la CNT pour soutenir financièrement les grévistes.

Le déclenchement du mouvement

En mars 2026, la direction régionale a annoncé un plan de restructuration (une « réorganisation » dans la novlangue postale) du centre de tri de Bagnères-de-Bigorre : suppression de 4 à 5 tournées et suppression de 6 postes, soit un tiers des effectifs, mise en place prévue pour le 2 juin. Les factrices et les facteurs ont aussitôt proposé un plan d'organisation alternatif, balayé d'un revers de main par la direction qui le qualifie d'« irréaliste et romantique ». En avril, les factrices et les facteurs ont commencé à faire monter la pression en prenant contact avec les élu·es de la région, en faisant voter des motions de soutien par les conseils municipaux et en faisant signer des pétitions à la population.

La grève a débuté le 26 mai devant le centre départemental de tri de Tarbes-Bastillac. Le mouvement est suivi par près de la moitié des facteurs et factrices en CDI dans le département, ainsi que par la totalité des effectifs du centre de Bagnères-de-Bigorre. Les délégués du syndicat majoritaire (CGT) cèdent aux pressions de la direction et signent un compromis largement rejeté par la base. La plupart des facteurs et factrices reprennent le travail, sauf les dix grévistes de Bagnères-de-Bigorre, qui s'en retournent vers leur centre pour poursuivre le combat.

La grève à Bagnères-de-Bigorre

« La méthode CNT » fait désormais des adeptes : piquets de grève sauvages au milieu des passants avec pancartes improvisées, crêpes solidaires et caisses de soutien, déambulations sur les marchés, interpellation des élu·es dans leurs permanences, convergence avec la population et d'autres organisations (bien sûr le syndicat CNT Interpro 65, mais aussi comité local des Soulèvements de la Terre, Confédération paysanne, NPA, même quelques LFI...).

Face à cette mobilisation et face à la perspective d'un durcissement du mouvement (la population était appelée à bloquer les camions de courrier et colis devant la Poste), la direction finit par céder le 8 juin ! La réorganisation se fera selon le plan décidé par les factrices et facteurs : seulement 2 tournées supprimées au lieu des 4 à 5 prévues, mise en place décalée à mi-septembre, garantie d'embauches en CDI, etc.

Rien de bien révolutionnaire évidemment, il s'agit de lutte défensive… Mais la preuve est faite qu'il est possible de faire plier la direction, aussi féroce soit-elle ! Le protocole arraché va circuler dans les autres centres du département pour les inciter à suivre l'exemple et repartir en grève sur des préavis locaux. Le mouvement a permis de créer un solide esprit de groupe sur le bureau de Bagnères-de-Bigorre, ce qui n'était pas arrivé depuis une quinzaine d'années à en croire les anciens : cela facilitera la remobilisation lors des prochaines luttes, voire cela permettra de passer de la lutte défensive à l'offensive !

Caisse de grève

12 jours de grève pour 10 grévistes, cela représente environ 6000 euros ! La solidarité joue à plein au sein de la CNT, les soutiens arrivent d'un peu partout : des syndicats départementaux de la CNT (CNT65 mais aussi CNT-2ESR13, STAF29, CNT30, CNT31, CNT-ESS34, CNT49, CNT59-62, CNT73-74 et SSE73-74, CNT-PTT75, CNT-STE75, CNT-STE93, CNT94…), des Unions régionales (UR Midi-Pyrénées, UR Languedoc-Roussillon), de la Fédération CNT-PTT et bien sûr de la trésorerie confédérale. SUD-PTT et la CGT ont également promis de contribuer à la caisse de grève… Les grévistes ont aussi récolté 900 euros sur les piquets et les marchés, preuve s'il en fallait de la solidarité qu'inspire la lutte pour le maintien des services publics. Si vous pouvez soutenir les camarades, n'hésitez pas à contacter le syndicat CNT65 (cnt65@cnt-f.org).

PDF
6 / 10
 Persos A à L
Carmine
Mona CHOLLET
Anna COLIN-LEBEDEV
Julien DEVAUREIX
Cory DOCTOROW
Lionel DRICOT (PLOUM)
EDUC.POP.FR
Marc ENDEWELD
Michel GOYA
Hubert GUILLAUD
Gérard FILOCHE
Alain GRANDJEAN
Hacking-Social
Samuel HAYAT
Dana HILLIOT
François HOUSTE
Tagrawla INEQQIQI
Infiltrés (les)
Clément JEANNEAU
Paul JORION
Christophe LEBOUCHER
Michel LEPESANT
 
 Persos M à Z
Henri MALER
Christophe MASUTTI
Jean-Luc MÉLENCHON
MONDE DIPLO (Blogs persos)
Richard MONVOISIN
Corinne MOREL-DARLEUX
Timothée PARRIQUE
Thomas PIKETTY
VisionsCarto
Yannis YOULOUNTAS
Michaël ZEMMOUR
LePartisan.info
 
  Numérique
Thomas BEAUFILS
Blog Binaire
Christophe DESCHAMPS
Dans les Algorithmes
Louis DERRAC
Olivier ERTZSCHEID
Olivier EZRATY
Framablog
Fake Tech (C. LEBOUCHER)
Romain LECLAIRE
Tristan NITOT
Francis PISANI
Irénée RÉGNAULD
Nicolas VIVANT
 
  Collectifs
Arguments
Scientifiques en Rebellion
Bondy Blog
Dérivation
Économistes Atterrés
Dissidences
Mr Mondialisation
Palim Psao
Paris-Luttes.info
Rojava Info
X-Alternative
 
  Créatifs / Art / Fiction
Nicole ESTEROLLE
Julien HERVIEUX
Alessandro PIGNOCCHI
Laura VAZQUEZ
XKCD
🌓