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Rubrique «À LIRE AILLEURS»
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14.06.2026 à 13:12

[Radio] Contre-histoire des grèves de 1936 et du Front populaire

Alors qu'une offensive historique du capital est en préparation, une histoire des grèves de mai-juin 1936 et une critique du Front populaire – avec Charles Jacquier, historien, ancien responsable de collection (« Mémoires sociales ») aux éditions Agone, éditeur de Front populaire, révolution manquée de Daniel Guérin aux éditions Agone en 2013, de Grèves et joie pure de Simone Weil aux éditions Libertalia en 2016 et de Tout est possible ! Les gauchistes français (1929-1945) de Jean Rabaut aux éditions Libertalia en mai-juin 2017.

Texte intégral (724 mots)

Alors qu'une offensive historique du capital est en préparation, une histoire des grèves de mai-juin 1936 et une critique du Front populaire – avec Charles Jacquier, historien, ancien responsable de collection (« Mémoires sociales ») aux éditions Agone, éditeur de Front populaire, révolution manquée de Daniel Guérin aux éditions Agone en 2013, de Grèves et joie pure de Simone Weil aux éditions Libertalia en 2016 et de Tout est possible ! Les gauchistes français (1929-1945) de Jean Rabaut aux éditions Libertalia en mai-juin 2017.

Contre-histoire des grèves de 1936 et du Front populaire (1re partie)
Avec une histoire du changement de stratégie stalinienne (d'une négligence du danger fasciste à un « antifascisme » d'alliance aux partis bourgeois) de 1934 suite à son échec complet en Allemagne (accession au pouvoir du nazisme), aboutissant au Front populaire et à une réunification du syndicalisme français [1re partie, 40 minutes].
Contre-histoire des grèves de 1936 et du Front populaire (2e partie)
Avec une histoire des grèves de Mai-Juin 1936 et des stratégies des minorités révolutionnaires (Trotsky, Pivert, Guérin du côté « maximaliste », Monatte, Weil, Ridel du côté « minimaliste »), une critique du Front populaire, une présentation-discussion de Grèves et joie pure de Simone Weil et une lecture d'extraits de cet ouvrage [2e partie, 1 heure].
Contre-histoire des grèves de 1936 et du Front populaire (3e partie)
Avec, enfin, une histoire de l'offensive du capital de l'été 1936 aux défaites de 1938, aboutissant au désarmement du prolétariat face au conflit mondial [3e partie, 20 minutes].
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14.06.2026 à 08:00

14 Juin : souvenirs d'une Loi Travail

Un an après la grande manifestation, un retour sur l'expérience émotionelle et militante que fut le 14 Juin 2016. [L'article a d'abord été publié le 14 juin 2017.]

Texte intégral (1480 mots)

Un an après la grande manifestation, un retour sur l'expérience émotionelle et militante que fut le 14 Juin 2016. [L'article a d'abord été publié le 14 juin 2017.]

Il y a des anniversaires qu'on n'oublie pas. Il y a un an [le 14 juin 2016] je ne savais pas que j'allais vivre une journée qui marquerait un changement dans ma vie. J'avais bien compris que la manif' serait énorme, mon k-way noir et mes lunettes de protection savaient qu'ils auraient à essuyer des vents lacrymal mais ma conscience militante ne savait pas qu'elle devrait pleurer la mort de ma naïveté politique.

De manière romantique-révolutionnaire j'aime me dire qu'un événement militant est devenu un événement personnel. J'aime l'idée d'être connecté à tous ces humains qui ont eu envie d'envoyer le gouvernement sur les roses le temps d'un printemps social.

Ce jour là je me souviens être arrivé avec un bon quart d'heure syndical de retard. Quelqu'ami.es et moi remontions un cortège qui devait peser des milliers de tonnes d'humains criant. C'était beau toutes les couleurs de ce printemps humain mais bizarrement c'est l'absence de couleur qui a fait virevolter mon cœur cet après midi-là. Combien ils étaient mes camarades tout de noir vêtu ?
2, 3, 10 ou 20.000 ? Je n'en sais rien car je ne compte pas. Il paraît que quand on aime on ne compte pas. Ce doit être pour ça que les flics et les centrales syndicales nous comptent : Ils ne nous aiment pas. Et c'est sûrement parce que les bureaucrates nous comptent que nous ne pouvons pas compter sur eux...

Ce que j'ai vu ce jour là c'était une spontanéité qui commençait à prendre un visage sympathique.
Pas seulement sympathique parce que nous faisions une agréable promenade à demi-spontanée en tête d'un cortège officiel mais sympathique parce que ce n'était pas notre première promenade ensemble et qu'il était devenu naturel de nous prendre en main. Nous savions toustes que les vitres allaient craqueler et les murs nous remercier de leurs rendre des couleurs mais moi je n'avais pas prévu d'être remué autant.

La manif du 14 Juin est pour moi un souvenir douloureux de joie mêlée a une agréable peine. C'est la manifestation la plus mélancolique que j'ai pu vivre car elle marquait l'apogée de notre capacité à nous organiser et la fin de notre détermination. Je ne pourrais pas dire si j'en veux plus au gouvernement ou aux camarades de ne pas avoir permis la suite. N'est-ce pas là un comble de l'histoire sociale qu'un tel mouvement contre une réforme du travail soit en partie tué par des vacances et autres congés payés ?

Je me souviens cet après-midi de juillet que j'ai passé avec mes ami.es au lac Pierre percée. Mes deux bras étaient couvert de sac plastiques pour que je puisse me baigner sans tremper mon plâtre et mes bandages. Je devais garder les poings levés pour profiter de mes vacances le cul dans l'eau et non plus pour abolir le salariat. Mais qu'est-ce qui nous était arrivé ? Sommes nous tellement habitués au rythme du capital que nous pensions possible de prendre congé de la lutte ?

Je me souviens de cet autre jour ou nous avions été intelligent.es avec mes ami.es. On s'était retrouvé pour discuter de ce fameux 14 Juin et de ce qu'on en avait pensé. Il y avait de la souffrance dans ce salon où nous buvions des bières locales. J'avais pris la parole pour dire ce que j'en pensais et à un moment j'ai bien cru que j'allais chialer dans mon verre. J'ai fait le fort comme d'habitude et j'ai même dit que je retournerais volontiers me faire briser les os par les flics dès demain s'il le fallait, mais mes ami.es ont entendu le son de ma voix. Ma voix elle ne portait plus la harangue fiévreuse à t'en faire retourner Lénine dans sa tombe, ma voix était cassée comme un bras sous un tonfa.

Ce jour là j'ai appris que je pouvais être faible. J'ai compris qu'essayer de porter la posture du militant romantique capable de se faire dérouiller sans broncher n'était utile à personne. Se croire plus fort que tout le reste n'aide pas les autres à dire combien illes ont peur de la violence. Je n'ai jamais aimé la violence et j'ai pourtant construit une partie de mon identité militante en persuadant moi même et les autres que je pouvais être violent ; mais il n'y a pas de super-militant. Il y a des peurs qui traversent des corps et des corps qui écoutent des pairs.

Vouloir faire tomber les masques de l'inégalité implique de ne pas se complaire dans un rôle. La violence n'est plus un but pour moi, c'est devenu la conséquence d'un engagement. Je la redoute, la combat, l'écoute et m'en sers à la fois, comme le mouvement social le fait. Le camarade qui a fait cette manifestation tout en prétendant être non-violent me ment tout autant que celui qui me vend l'émeute comme étant La voie à suivre. Je suis non et violent à la fois.

Le 13 juin je t'aurais soutenu qu'il fallait tout péter, qu'il fallait aller devant, affronter les flics pour les bouziller et me suivre pour la guerre sociale ; le 15 juin j'étais encore plus en rage et je bouillais de détruire quelque chose dans ce système qui avait détruit quelque chose en moi, vengeance aurais-je dit ? Mais contre qui ?
Aujourd'hui, 14 juin plus tard, je pense qu'il faut reconnaître ses faiblesses et que les poings ne peuvent pas se lever si les bras sont brisés.

La loi travail est un mouvement qui doit cicatriser. Je n'en veux plus aux camarades qui ont lâché le mouvement car moi aussi j'étais fatigué, quelque part moi aussi j'avais lâché lorsqu'en septembre j'étais reparti manifester. Je voulais me promener comme avant mais la sympathie était passée. Je suis retourné à des habitudes plus commodes et je me suis gentiment dépolitisé. Pas de quoi abandonner mes idées non ! mais pour abandonner la merde et le dépit que la maréchaussée avait collé sur elles.

Aujourd'hui mes ami.es m'ont poussé à écrire ce texte. Ils savaient que ça me ferait du bien et illes eurent raisons. On ne peut se soigner qu'en regardant ses plaies. Mes os se sont refermés car j'ai du les plâtrer, apprendre à bouger différemment et toucher les choses autrement. Mon esprit a-t-il cicatrisé aussi rapidement ? Et les travailleur.euses, et les précaires, et tous les autres, ils ont envie d'y retourner aujourd'hui ? Le médecin m'avait dit qu'il faudrait environ 1 an pour que je retrouve la mobilité du doigt qui avait été fracturé, aujourd'hui je tape ce texte avec ce morceau presque remis et je garde mon bras pour taper sur les prochaines « ordonnances ». Après tout qu'ils ordonnent, nous désobéirons. Qu'ils nous cassent, nous sympathiserons. Et puis qu'ils parlent, nous, nous vivons dans les interstices des fractures physiques et mentales que ce 14 juin a ouverts et ce n'est pas de la peur ou de la résignation que nous y glissons, c'est la certitude que nous construisons déjà des affinités bien plus solides que les tonfas.

Merci à mes ami.es, merci à la médic team du 14 Juin, merci à toutes celleux qui sont venus marcher avec moi l'an dernier. J'espère vous revoir très vite, main dans la main, en noir ou en couleur.

Article également paru sur Manif'est.info

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13.06.2026 à 08:00

Rencontre avec Olivier Neveux sur Brecht et les mauvais temps nouveaux

Olivier Neveux présente « Brecht et les mauvais temps nouveaux », jeudi 25 juin 2026 à la librairie Le Monte-en-l'air (2, rue de la Mare, 75020 Paris).

Texte intégral (509 mots)

Olivier Neveux présente « Brecht et les mauvais temps nouveaux », jeudi 25 juin 2026 à la librairie Le Monte-en-l'air (2, rue de la Mare, 75020 Paris).

Un spectre pourrait bien de nouveau hanter le théâtre politique : le brechtisme. Non pas à l'identique de ce qu'il a été, mais ajusté aux mauvais temps nouveaux.

C'est que l'œuvre du dramaturge, poète, metteur en scène et théoricien Bertolt Brecht (1898-1956), marxiste et antifasciste, fournit de fortes et discutables hypothèses pour intervenir dans la situation présente. C'était ce qu'il souhaitait : être utile.

À partir d'œuvres théâtrales contemporaines (Christiane Jatahy, Tiago Rodrigues, Angelica Liddell, Maguy Marin…), il s'agit alors de se demander, avec lui, comment traverser et transformer ces « sombres temps ». Sa contribution est importante : Brecht fournit des outils précieux (« distanciation », « gestus », « réalisme »), ses polémiques contre d'autres « théâtres politiques » peuvent encore orienter, et il expose de façon suggestive l'équation difficile d'un art populaire et combatif, au service du plus grand nombre.

Le relire et le redécouvrir, à contretemps, amène, dès lors, à envisager autrement ce que peut le théâtre pour les luttes. Et à reconsidérer la fonction sociale qu'il occupe : à quoi et à qui doit-il servir ? Pour quelle société ?

Avec cet ouvrage, Olivier Neveux poursuit son exploration des rapports que peuvent entretenir le théâtre et la politique. Ici, en l'occurrence, la politique est communiste et elle requiert pour ce faire de trouver ce qui, dans la radicalité du théâtre, lui permet de participer, à sa manière, à la « destruction de l'ordre existant ».

Olivier Neveux est professeur d'histoire et d'esthétique du théâtre à l'ENS Lyon et membre de l'Unité mixte de recherche 5317 (IHRIM). Il est notamment l'auteur de "Contre le théâtre politique" (2019).

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12.06.2026 à 20:30

Portes ouvertes XR thème Agroécologie : nourrir, pas détruire

Durant deux après-midi, XR ouvre ses portes et aborde l'agroécologie, ou comment nourrir sans détruire. Stands, tables rondes, présentations, ateliers... Un programme varié !

Texte intégral (620 mots)

Durant deux après-midi, XR ouvre ses portes et aborde l'agroécologie, ou comment nourrir sans détruire. Stands, tables rondes, présentations, ateliers... Un programme varié !

Pour cette 1re édition de nos weekends « Futurs Désirables »,
RDV au Villette Makerz
les 13 et 14 juin !

affiche

Au programme, 2 jours d'ateliers, de tables rondes et de stands ludiques sur le thème de l'agro-écologie

Alors que le monde connaît une crise alimentaire (le PAM estimait fin-2025 que 318 millions de personnes seraient confrontées à une situation de faim critique en 2026), 30% de la nourriture produite dans le monde est perdue ou gaspillée.

Une personne sur trois ne mange pas à sa faim alors que nos modes de production sont en grande parties coupables de la destruction de notre biodiversité.

Face à ce constat, il est urgent de repenser nos systèmes/modèles productifs. C'est ce que nous vous proposons le week-end du 13-14 Juin au Villette Makerz !

Programme du samedi :

14h-16h :
- Présentation de la campagne Changement de régime
- Stands ludiques : avec Le Chiffon, La Sauge, Pik Pik, Bioconsomacteurs
- Projection : « Égal à égal », présenté par l'association A4 qui présentera son projet de rachat de ferme dans l'Essonne

16h-18h :
Débat : Quelle alimentation dans un système d'injustices sociales et environnementales ? (animé par Pik Pik environnement)

Programme du Dimanche
14h-16h :

  • Présentation de la campagne Changement de régime
  • Stands associatifs : avec Le Chiffon, Les amis de la Conf'
  • Ateliers origamis, tampons

16h-18h :

  • Débat : Santé et alimentation, un enjeu de politique publique
    (avec Alliance Santé planétaire, Hannane Somi, maraîchère, Thierry Pouch)

Évènement ouvert à toutes et tous, petit.e.s et grand.e.s !

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12.06.2026 à 20:00

Contre les fermetures de classe en Seine-Saint-Denis

Rendez-vous le 13 juin à Aubervilliers - 10h à la sortie du métro Fort d'Aubervilliers.

Lire la suite (467 mots)

Rendez-vous le 13 juin à Aubervilliers - 10h à la sortie du métro Fort d'Aubervilliers.

Après la journée de grève et de manifestation du 21 mai, qui a rassemblé près de 300 personnes à Aubervilliers, la mobilisation passe à la vitesse supérieure avec un nouvel appel à manifester le samedi 13 juin à 10h en Seine Saint Denis !

Cette nouvelle action marque la convergence des revendications de tous les parents d'élèves et des syndicats à l'échelle départementale puisque la FCPE 93, Sud éducation 93, CGT éduc 93, FSU 93 appellent toutes les villes de la Seine-Saint-Denis à nous rejoindre.

Depuis des semaines, les parents d'élèves, aux côtés des organisations
syndicales et des élu•es de la Municipalité, faisons bloc, occupons les écoles, prouvons par des chiffres indiscutables que ces fermetures de classes sont injustifiées.

Cette manifestation marquera ainsi la concrétisation de ce combat car quelques jours plus tard, la direction académique des services de l'éducation nationale rendra son verdict final sur les fermetures de classes à Aubervilliers.

C'est donc lors de cette manifestation qu'il faut enfoncer le clou !
Venez montrer votre détermination. Montrons-leur que tout le 93 reste debout.

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12.06.2026 à 08:00

Les libertaires et l'affaire Dreyfus

Face à l'esprit de pogrom qui agite la France et les multiples attaques racistes contre les français musulmans ou assimilés, un article publié dans Alternative Libertaire en 2004 revient sur un débat qui a divisé le mouvement libertaire : l'affaire Dreyfus. Comme aujourd'hui, une minorité était mise au pilori. L'occasion de revenir sur les solidarités et les divisions dans le camps anarchiste.

Texte intégral (1407 mots)

Face à l'esprit de pogrom qui agite la France et les multiples attaques racistes contre les français musulmans ou assimilés, un article publié dans Alternative Libertaire en 2004 revient sur un débat qui a divisé le mouvement libertaire : l'affaire Dreyfus. Comme aujourd'hui, une minorité était mise au pilori. L'occasion de revenir sur les solidarités et les divisions dans le camps anarchiste.

"Jean-Marc Izrine, militant d'Alternative libertaire, mène depuis de nombreuses années des recherches sur le mouvement libertaire juif, sur les apports des libertaires à la lutte contre l'antisémitisme. Il est l'auteur des Libertaires du Yiddishland, son travail l'a également amené à s'intéresser à l'attitude des libertaires durant l'Affaire Dreyfus, le résultat de ces recherches paraîtra très prochainement.

Alternative libertaire : Comment en es-tu venu à écrire ce livre ?

Jean-Marc Izrine : Tout d'abord, je tiens à préciser que mes travaux sur le mouvement libertaire juif et sur le combat contre l'antisémitisme ne procèdent pas d'une « lubie » personnelle. Ils sont liés à la ligne politique d'Alternative libertaire de lutte contre l'antisémitisme et à la volonté de casser le mythe, prégnant chez nos détracteurs, des « libertaires antisémites ». C'est d'ailleurs à la demande de la commission antifasciste d'AL que j'ai entamé un travail sur la question, j'ai écrit Les Libertaires du Yiddishland et, à partir de là, est venu mon intérêt pour Bernard Lazare, le défenseur de Dreyfus, un personnage authentiquement libertaire, et derrière lui pour le combat, des libertaires de l'époque qui ont eu un rôle majeur et ont pesé pour la libération du Dreyfus. C'est ce qui m'amène à dire que, si Dreyfus a été libéré du bagne et réhabilité, les libertaires, par leurs actions, n'y sont pas pour rien. Les anarchistes sont le premier courant politique, avec les allemanistes (courant révolutionnaire d'inspiration anti-autoritaire) à s'engager, à la suite du « J'accuse » de Zola publié le 13 janvier 1898, avec leur propre logique, bien avant les guesdistes et Jaurès. Mais ça, bien évidemment, la mémoire sélective de l'historiographie républicaine officielle ne le dit pas. Pourtant c'est bien grâce aux libertaires qu'une partie significative de la classe ouvrière s'est engagée pour la défense de Dreyfus et ce sont eux qui, au-delà de son cas, ont agi contre le danger antisémite et ont contribué à le marquer définitivement à droite.

AL : La question de la défense de Dreyfus, un militaire, issu de la bourgeoisie, ne fait cependant pas l'unanimité dans le mouvement libertaire de l'époque, peux-tu évoquer les différents positionnements ?

J.-M. I. : Je dirai qu'il y a des stades différents, mais mis à part quelques individus qui parfois passent carrément du côté antisémite, la majorité des libertaires se retrouvent dans le combat contre l'antisémitisme.

On distingue en fait trois positionnement :

Ceux qui s'engagent dans la foulée de Zola, c'est le cas notamment de Sébastien Faure, le fondateur du Libertaire, qui va jouer un rôle central.

Ceux qui, comme Émile Pouget, basculent en faveur de Dreyfus fin 1898. Cela correspond en fait au moment où les libertaires sont convaincus que Dreyfus est innocent.

Enfin, il y a les anarchistes autour de Jean Grave et du journal Les Temps nouveaux qui, au nom de l'idée qu'il se font de l'éthique libertaire, refusent de s'engager dans un combat qui leur semble être un front commun avec la bourgeoisie.

Il faut insister sur le fait que ces trois courants sont unanimes pour dénoncer l'antisémitisme, d'ailleurs le courant de Jean Grave est celui qui après l'Affaire reste le plus vigilant et le plus mobilisé contre l'antisémitisme, au nom précisément de l'éthique libertaire.

AL : Tu évoquais des actions significatives des anarchistes ?

J.-M.I. : J'en retiendrai deux. Il y a tout d'abord celle du 17 janvier 1898 quand anarchistes et allemanistes cassent physiquement un meeting antisémite à Paris ; cette action est fondamentale, les ligues antisémites ne se sentent plus intouchables. La seconde est le fait du courant syndicaliste révolutionnaire et de Fernand Pelloutier. Après la tentative de putsch menée par Déroulède en février 1899 et l'attaque du 4 juin contre le président de la République Loubet, la gauche se mobilise pour la défense de la République et contre l'action des ligues antisémites. Les anarcho-syndicalistes mobilisent la CGT lors d'une grande manifestation pour la sauvegarde de la République. Le débat se pose déjà sur la question du front républicain et des alliances.

AL : L'Affaire Dreyfus pose également la question du sionisme, et des rapports des libertaires au sionisme ?

J.-M.I. : Bernard Lazare par exemple qui explique que les Juifs seront toujours victimes de l'antisémitisme en Europe évolue vers le sionisme mais il rompt rapidement avec Herzl 2 et le Congrès sioniste mondial. S'il existe un sionisme anarchiste, ce n'est pas le sionisme d'État mais la volonté d'un foyer national, de l'expression du droit des Juifs à vivre en paix avec leur entourage. Pour ce qui est des militant(e)s d'Alternative libertaire qui revendiquent une identité juive, nous nous affirmons clairement antisionistes.

Pour finir, je voudrais dire qu'il y a des courants politiques, négationnistes, sionistes, sociaux-démocrates, qui, pour des raisons différentes ont intérêt à stigmatiser les anarchistes sur la question de l'antisémitisme. Pour les sociaux-démocrates c'est un moyen facile de criminaliser l'action et la pensée radicale en disant que les libertaires sont antisémites depuis Proudhon. Pour notre part, nous sommes très clair(e)s, la logique et l'éthique libertaire ne permettent aucune tolérance vis-à-vis de l'antisémitisme, nous sommes antiracistes point à la ligne, il n'y a aucun arrangement, aucune discussion possible avec des antisémites, nous les combattons.

Les libertaires dans l'affaire Dreyfus

Auteur :
Jean-Marc Izrine
Éditeur :
Alternative Libertaire | 8.00 €

Le livre de référence sur l'engagement des libertaires dans la lutte contre l'antisémitisme.
Il y a cent ans éclatait l'affaire Freyfus
Eviter certains écueils sur la liberté absolue d'expression
Des historiens peu enclins à mettre en lumière l'engagement des anarchistes
Dreyfus dans la tourmente
Les questions posées par l'antisémitisme moderne
L'humanisme libertaire
Bernard Lazare, entre judéité et anarchisme
Le mouvement libertaire et l'affaire Dreyfus
Des personnalités marquantes
L'action des libertaires : quelques figures parmi la masse des « sans-noms »
Des conséquences hasardeuses
Mais où sont passés les libertaires ?
Trouvable à la librairie Quilombo

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