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Rubrique «À LIRE AILLEURS»

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06.03.2026 à 08:00

Commémoration à la mémoire des victimes de la suprématie blanche et de ses complices

Vendredi 13 mars, métro Faidherbe à 19h. Sept ans après l'attentat de Christchurch et face à l'explosion de l'islamophobie, nous nous rassemblons pour dénoncer un système de violence globale : de la théorie du « grand remplacement » aux massacres à Gaza, de la violence coloniale historique à la criminalisation actuelle des solidarités.

Texte intégral (886 mots)

Vendredi 13 mars, métro Faidherbe à 19h. Sept ans après l'attentat de Christchurch et face à l'explosion de l'islamophobie, nous nous rassemblons pour dénoncer un système de violence globale : de la théorie du « grand remplacement » aux massacres à Gaza, de la violence coloniale historique à la criminalisation actuelle des solidarités.

Commémoration à la mémoire des victimes de la suprématie blanche et de ses complices
Ils honorent les bourreaux. Nous pleurons nos morts.

Vendredi 13 mars — 19h00 — Métro Faidherbe-Chaligny (Paris 11e)

Lignes de Crêtes, le Mouvement des Mères Isolées et Peaux Noires Lignes Rouges organisent cette veillée avec prises de parole, rappels historiques et recueillement.
L'heure n'est plus à l'ambiguïté. Reprenons l'espace public pour affirmer notre dignité et notre résistance.

13mars

Le 15 mars 2019, à Christchurch, Brenton Tarrant assassinait des dizaines de fidèles musulmans dans deux mosquées.
Il s'était nourri des théories du « grand remplacement » diffusées en France. Les idées circulent. Elles se légitiment. Elles tuent.
Le 13 mars 2026, à la veille d'échéances électorales marquées par la normalisation de l'extrême droite et de ses thèses, nous organisons une commémoration des victimes des attaques suprémacistes blanches armées.
L'heure n'est plus aux ambiguïtés.
À la demande de Yaël Braun-Pivet, l'Assemblée nationale a observé une minute de silence en mémoire d'un militant néonazi revendiqué. Ce geste n'est pas neutre. Il dit quelque chose du climat politique.
La white supremacy ne désigne pas seulement des tueurs isolés.
Elle désigne un système fondé sur la hiérarchisation raciale, la fabrication d'un ennemi intérieur et la légitimation de la violence au nom d'une prétendue supériorité civilisationnelle.
Ce système n'appartient pas au passé.
Il structure le présent.
Ce qui se déroule aujourd'hui à Gaza s'inscrit dans cette continuité.
Un génocide dont la dénonciation même est criminalisée en France.

Nous refusons que ce fait soit relégué à la périphérie des consciences.
Nous appelons à un rassemblement au pied de la statue de Louis Faidherbe.
Colonisateur du Sénégal, acteur de la conquête violente, il incarne la suprématie blanche inscrite dans l'espace public. Les statues demeurent. L'histoire aussi.

L'islamophobie explose en France. Ce n'est pas un accident.
C'est un choix politique. Une logique héritée.

Nous commémorerons toutes les victimes :
Celles de Christchurch.
Celles frappées en France.
Celles visées parce que musulmanes.
Celles visées parce que femmes.
Celles invisibilisées, minimisées ou criminalisées.
Celles qui tombent aujourd'hui à Gaza.
Nous nous souvenons aussi de ceux qui ont résisté, comme cet homme afghan qui tenta de désarmer le terroriste à mains nues à Christchurch. Parce que face à la suprématie blanche, il y a aussi des gestes de courage.
Cette commémoration sera un moment de recueillement.
Mais aussi un moment de parole et de dignité.

Nous appelons à nous rassembler pour :

  • Dénoncer l'hommage rendu par les institutions à la mouvance néonazie.
  • Rappeler la violence coloniale inscrite dans nos villes.
  • Affirmer notre solidarité avec toutes les victimes de l'islamophobie.
  • Refuser la banalisation de la suprématie blanche, ici comme ailleurs.

Lieu : métro Faidherbe-Chaligny, Paris 11e
Heure : 19h00 précises
Action : prises de parole, rappel historique, hommage aux victimes

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06.03.2026 à 08:00

Contre le racisme, les fascistes et les violences d'État - Manifestations partout le 14 mars

Rendez-vous samedi 14 mars à 14h place de la Nation (Paris 12e) pour une manifestation contre le racisme, le fascisme et les violences d'État

Texte intégral (1041 mots)

Rendez-vous samedi 14 mars à 14h place de la Nation (Paris 12e) pour une manifestation contre le racisme, le fascisme et les violences d'État

La mort d'un jeune fasciste à Lyon n'y change rien. L'offensive actuelle de toutes les franges de l'extrême-droite et du fascisme, du RN et Reconquête aux groupes royalistes et néo-nazis, ne fait que l'illustrer : il est urgent de s'organiser contre le racisme et pour barrer la route au fascisme.

Nous appelons à construire partout la mobilisation, dans chaque quartier, lieu de travail et d'étude et à manifester dans l'unité sur tout le territoire le samedi 14 mars contre le racisme, les fascistes et les violences d'état.

Nous appelons tout le mouvement social et politique à affirmer sa solidarité avec les organisations menacées par les fascistes, en premier lieu la France Insoumise et le syndicat Solidaires dont des locaux ont été attaqués.

En France, comme à Minneapolis, nous sommes la majorité, notre arme est la solidarité et notre force est dans la rue.

NON au RACISME, NON aux FASCISTES, NON aux VIOLENCES D'ÉTAT, SOLIDARITÉ ! SAMEDI 14 MARS - UNITÉ

D'où que l'on vienne, où que l'on soit né.e, nous vivons ici, nous travaillons ici, nous étudions ici. Ensemble.
De l'Ariège à Roubaix, de Grenoble à la Bretagne, de Marseille à la région parisienne, de Mamouzou à Ouvéa, ce sont nos quartiers, nos vallées, nos communes.
Nous ne voulons plus laisser ce pouvoir nous réduire à la misère et à la précarité, nous détruire et nous diviser, ouvrir la voie au fascisme.
Nous décidons de nous unir, de résister, de riposter, et de construire la solidarité comme un moyen et comme un objectif.
Chaque fois que l'on s'attaquera à l'un.e d'entre nous, nous nous lèverons ensemble.
Chaque victoire des un.es ou des autres sera une victoire pour toutes et tous.

À la mémoire d'Aboubacar Cissé, malien, sans-papier, musulman, tué dans une mosquée, nous luttons contre l'islamophobie et la négrophobie.
À la mémoire de Djamel Bendjaballah, tué par un militant fasciste, nous nous opposons à la présence des fascistes dans nos quartiers.
À la mémoire d'El-Hacen Diarra, mauritanien, résident d'un foyer de travailleurs immigrés, tué par la police, nous exigeons vérité et justice pour tous les crimes policiers.
À la mémoire de Mamadou Garanké Diallo, guinéen, mort au large de Dunkerque en voulant traverser la Manche pour fuir une OQTF, nous revendiquons la régularisation des sans-papiers et la reconnaissance des mineur·es isolé·es.
À la mémoire de tou.tes nos frères et sœurs tué.e.s, violé.e.s, mutilé.e.s, blessé.e.s, déshumanisé.e.s par le racisme, la police et la gendarmerie, aux frontières, dans les lieux d'enfermement ou dans nos quartiers, faisons vivre partout la solidarité.

Dans chaque quartier, chaque commune, chaque lieu de travail et d'études, nous appelons à s'organiser dans l'unité pour :

  • se mobiliser dans chaque quartier et chaque commune pour faire obstacle aux rafles policières,
  • barrer la route au RN et à Reconquête et à tous les groupes fascistes
  • s'opposer aux contrôles au faciès, aux armes et pratiques mortelles, et à la présomption de légitime défense pour la police,
  • obtenir le retrait des lois islamophobes, à commencer par la loi séparatisme,
  • exiger la régularisation des sans-papiers, la reconnaissance des mineur·es isolé·es, le renouvellement automatique des titres de séjour,
  • ouvrir les guichets des préfectures et faire de la carte de 10 ans le titre de séjour de référence,
  • abroger immédiatement la loi Darmanin et les circulaires Retailleau, fermer les Centres de Rétention Administrative (CRA),
  • imposer l'égalité des droits pour toutes et tous : logement, santé, retraite, école, travail,
  • lutter contre la militarisation de la société et la marche vers la guerre,
  • abolir le décret raciste Bienvenue en France qui augmente les frais d'inscription des étudiant.e.s étranger.e.s et restaurer les APL pour les étudiant.e.s étranger.e.s
  • refuser toutes les formes de racisme et affirmer la solidarité internationale avec tous les peuples qui résistent au racisme, au colonialisme et à l'impérialisme.

Samedi 14 mars, ponctuant une semaine de mobilisations nationales (grève féministe et manifestations du 8 mars, luttes dans l'éducation, Semaine Noire du 8 au 14 mars, campagne contre l'islamophobie du 7 au 15 mars…) et veille du premier tour des élections municipales, nous appelons à manifester massivement sur tout le territoire contre le racisme, le fascisme, les violences policières, les crimes d'État, pour l'égalité des droits et la solidarité.

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05.03.2026 à 08:00

Journée de soutien aux inculpé.e.s de Budapest

Journée de soutien aux inculpé.e.s de Budapest

Samedi 7 mars
14h - Minuit
La Parole Errante
Discussions, exposition photos, concerts, prise de parole.

Texte intégral (510 mots)

Journée de soutien aux inculpé.e.s de Budapest

Samedi 7 mars
14h - Minuit
La Parole Errante
Discussions, exposition photos, concerts, prise de parole.

GRANDE JOURNÉE SOLIDAIRE POUR LES INCULPÉ•ES DE BUDAPEST À MONTREUIL !

Le samedi 7 mars, rejoignez-nous pour un événement festif en soutien à nos camarades inculpé.e.s. Gino, de nouveau visé par un mandat d'arrêt émis par l'Allemagne, Zaid menacé d'extradition vers la Hongrie et toustes les autres inculpé•es !

Au programme : Prises de parole, tables rondes, Exposition photos, Tombola et des concerts.

Le line up :
@dookyxv (Rap)
@its.neissy (Rap)
@morgan.offmusic (Rap)
@pauline_sampler (Live électro)

Venez nombreux•euses pour soutenir nos camarades et faire entendre votre solidarité !

Entrée prix libre et prévoyez du cash !

Le Comité Solidarité Budapest.

Affiche
Programme
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05.03.2026 à 08:00

Treizième assemblée antimilitariste

La treizième AIA-PB se tiendra mardi 10 mars à 19h à La Générale (Paris 14e) !

Lire la suite (347 mots)

La treizième AIA-PB se tiendra mardi 10 mars à 19h à La Générale (Paris 14e) !

La treizième AIA-PB se tiendra mardi 10 mars à 19h à La Générale (Paris 14e) !

Pour l'occasion, chacun-e est invité-e à amener des trucs à partager, que ce soit des actus, des zines ou des trucs à manger Au programme dans tous les cas : un moment de partage des actualités sur les action antimilitaristes récentes et l'état de la militarisation dans le pays et à l'international, la poursuite des différents groupes de travail, tout ça avec des trucs à grignoter et des masques FFP2 pour militer en se protégeant les un-es les autres !

Pour rappel, l'Assemblée Internationaliste Antimilitariste Paris-banlieues (AIA-PB) est une assemblée ouverte, autonome et antimiliariste qui se réunit le second mardi de chaque mois.

Vous pouvez retrouvez le texte d'appel de l'assemblée ici :

Et son blog juste là : antimiliparis.noblogs.org

En espérant vous y voir nombreux-ses !

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05.03.2026 à 08:00

Samedi 7 mars : marche de nuit féministe et antifasciste

Rendez-vous samedi 7 mars, à Paris, à 18h30, Place des fêtes pour la marche de nuit féministe, en mixité choisie meufs, TPBG, queers, folles.

Lire la suite (467 mots)

Rendez-vous samedi 7 mars, à Paris, à 18h30, Place des fêtes pour la marche de nuit féministe, en mixité choisie meufs, TPBG, queers, folles.

Face à la banalisation des discours fascistes, face à ceux qui attisent la haine et arment les violences sexistes, racistes, LGBTQIAphobes, classistes et validistes : organisons-nous.

Aux tenants d'un pouvoir capitaliste, impérialiste, colonial, raciste, et validiste, aux génocidaires et à leurs complices, à ceux qui font du monde leur champ de bataille, qui agressent, violent, tuent en toute impunité, nous disons :
vous nous trouverez toujours sur votre chemin. Notre réponse est l'antifascisme féministe et radical.

Marcher de nuit et en non-mixité n'est pas un symbole : c'est une riposte.

C'est la preuve que nous n'avons pas l'intention de nous adapter à la violence, c'est elle qui devra reculer.

Nos colères ne sont pas excessives. Elles sont lucides, politiques, nécessaires.

Iels veulent notre silence, iels auront nos cris. Iels veulent contrôler nos corps qu'iels pensent dociles, iels les trouveront en lutte.

Nous, militant-es féministes, queer, radicales, appelons à prendre la rue, samedi 7 mars 2026 à 18h30 à paris, Place des Fêtes.

Remplissons la nuit de nos cris, de nos chants et de notre puissance collective !

Auto-organisée par un collectif de gouines, trans et de personnes queer, la manifestation a été déclarée en préfecture par l'Observatoire du racisme en politique.
Elle démarrera place des fêtes pour descendre via rue de Belleville jusqu'à République.

Legal team de la manifestation :
Laure BARBE (barreau de Paris)
Damia TAHARRAOUI (barreau de Paris)

Photos et graphisme : @juliahameldesign

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04.03.2026 à 08:00

[La Horde] Violence fasciste, anti-antifascisme, auto-défense et non-violence : nos réflexions après la mort d'un néofasciste à Lyon

Suite à la mort du militant néofasciste Quentin Deranque à Lyon, c'est le narratif de l'extrême droite qui a surtout été relayé par les médias. La campagne anti-antifasciste lancée il y a plus de dix ans, avec l'émergence de la figure de « l'antifa » comme ennemi intérieur, a désormais franchi un nouveau cap. Alors que la violence est un des moteurs de l'extrême droite et qu'elle l'utilise sans retenue contre toutes les minorités ou les personnes qui défendent ces minorités, les combats de l'antifascisme impliquent d'organiser, pour y faire face, des moyens d'auto-défense. Or, contrairement à l'extrême droite qui la glorifie, la question de la violence est toujours posée aux antifascistes comme un problème à résoudre ; et face à des agressions et des attaques toujours plus nombreuses et parfois mortelles, la question de la non-violence doit l'être tout autant.
Article publié sur la Horde

Texte intégral (4075 mots)

Suite à la mort du militant néofasciste Quentin Deranque à Lyon, c'est le narratif de l'extrême droite qui a surtout été relayé par les médias. La campagne anti-antifasciste lancée il y a plus de dix ans, avec l'émergence de la figure de « l'antifa » comme ennemi intérieur, a désormais franchi un nouveau cap. Alors que la violence est un des moteurs de l'extrême droite et qu'elle l'utilise sans retenue contre toutes les minorités ou les personnes qui défendent ces minorités, les combats de l'antifascisme impliquent d'organiser, pour y faire face, des moyens d'auto-défense. Or, contrairement à l'extrême droite qui la glorifie, la question de la violence est toujours posée aux antifascistes comme un problème à résoudre ; et face à des agressions et des attaques toujours plus nombreuses et parfois mortelles, la question de la non-violence doit l'être tout autant.
Article publié sur la Horde

Les images d'un jeune sur lequel d'autres jeunes s'acharnent heurtent à juste titre, et il n'y a pas, selon nous, de raison de se réjouir de la mort d'une personne, fût-il fasciste. C'est justement le propre de l'antifascisme que de questionner les limites de la violence que l'on est contraint·e parfois d'exercer contre des groupes pour lesquels la violence n'est pas un moyen, mais une fin. De ces quelques secondes de vidéo d'une violence qu'il ne s'agit ici ni de nier ni d'euphémiser, il serait cependant trop facile d'en tirer une condamnation définitive et précipitée de ses auteurs supposés, comme si elle s'était exercée hors de tout contexte, et la solidarité s'impose avec les antifascistes accusés dans cette affaire. Par-delà nos désaccords stratégiques ou politiques, cette solidarité s'exprime déjà au sein de la mouvance antifasciste autonome.

En effet, d'une part, grâce au travail remarquable du média indépendant et militant Contre-Attaque, on sait désormais qu'un groupe d'extrême droite, cagoule et armé, était venu sur les lieux pour en découdre, et il est très probable que Deranque les accompagnait. Deranque a été présenté comme une victime « non-violente », alors même qu'il était visiblement là pour en découdre et comme si son engagement fasciste et raciste n'était pas une violence en soi. D'autre part, au-delà de ce qui s'est déroulé ce jour-là, c'est toute un série d'agressions nationalistes et racistes perpétrées depuis des années à Lyon qui explique la nécessaire auto-défense que les groupes antifascistes ont dû mettre en place. Faut-il le rappeler : à Lyon comme ailleurs, pour les personnes racisées, les minorités de genre et les militant·es de gauche, cibles privilégiées de la violence fasciste, chercher à se protéger a toujours été une nécessité, et non un objectif en soi. Or cette attitude ne peut rester strictement défensive, car les militants d'extrême droite passent en général à l'attaque s'ils sont à peu près sûrs de ne pas rencontrer une résistance trop forte. Aller à leur rencontre de façon offensive ou bien répondre coup pour coup en cas d'attaque de leur part, c'est une façon de conjurer la peur qu'ils essayent d'inspirer. De leur côté, les militants nationalistes, au lieu de se soucier de cohésion collective et de minimiser les dégâts, préfèrent magnifier une attitude « chevaleresque » mettant en avant l'exploit individuel et la prise de risque inconsidérée.

Le culte de la charogne

« La mort nous rend heureux » : c'est par ces mots que les militants de Luminis ont rendu hommage à leur camarade Deranque [1]. La violence, pour l'extrême droite, n'est pas un outil tactique : c'est un accomplissement de soi et un moment de glorification, non pas seulement un moyen mais une fin. C'est par elle que l'Homme [2] se révèle à lui-même.
On mesure ainsi la fumisterie des médias qui ont présenté Quentin Deranque sous les traits d'un « néo-fasciste pacifique ». Car la vénération de la force et le culte de la violence impliquent la brutalité en général dans tous les rapports sociaux. Pour l'extrême droite dans son ensemble, la violence est un moteur puissant, c'est le cœur même de son idéologie qui consiste à trier, classer, hiérarchiser voire déporter ou éliminer des gens selon leur appartenance réelle ou supposée à tel ou tel groupe humain.
On comprend aussi que la stratégie développée par Némésis et ou le média Frontières de tout mettre en œuvre pour se faire bolosser et ramener du clic amène à des crispations dans certains courants de l'extrême droite. Cette « stratégie du ouin-ouin » va à l'encontre de l'image de férocité promue habituellement. Iels veulent bien des martyrs pour les aider à sortir un peu plus de la disqualification politique mais sans passer pour des victimes. Décidément, l'avènement de « l'homme nouveau » par la violence s'apparente bien plus à un culte de la charogne et l'épisode autour de Quentin Deranque n'est pas sans rappeler la mort en 1930 du militant nazi Horst Wessel, engagé dans la SA qui a été transformée par Goebbels. Une mort qui fait du parti nazi une victime, tout en faisant d'un jeune militant mort pour ses idées un héros.
On a pu aussi, amèrement mais sans surprise, constater que d'un point de vue médiatique, tout·es les morts ne se valent pas. L'unanimité à relayer ad nauseam celle d'un militant néofasciste ne rend que plus flagrant le silence autour de celles et ceux qui meurent aux frontières, dans les prisons et tous les lieux d'enfermement, au travail, ou encore du fait de la misère et de la pauvreté. La mise en avant du sort de Quentin Deranque et le passage sous silence des autres relèvent bien d'un choix politique de la violence qu'il serait légitime de dénoncer ou non. Et bien souvent ces mort·es sont la conséquence de l'application de politiques directement inspirées par l'extrême droite. C'est aussi cela qu'il faut entendre quand nous crions en manif : « L'extrême droite tue ! »
On mesure à quel point, dans le battage politico-médiatique orchestrée de l'extrême droite radicale jusqu'à la droite dite de gouvernement, et repris par la plupart des médias dominants, ce sont la mauvaise foi, le déni et le mensonge pur et simple qui ont servi de ligne directrice à la présentation des faits. La mort de Deranque est ainsi présentée comme un point de départ, alors que de toute évidence elle est au contraire un tragique aboutissement d'une décennie de violence provoquée par l'extrême droite.

Il ya plus de dix ans tombait Clément

La séquence actuelle n'est en effet que le prolongement, pour ne pas dire l'apogée d'une campagne anti-antifasciste qui a réellement débuté il y a plus de dix ans, à la mort… d'un antifasciste, notre camarade Clément Meric, tué par des néonazis en plein Paris, au début de l'été 2013. Les premiers jours, dans les médias et dans le monde politique, on témoigne de la compassion pour la victime, la violence de l'extrême droite est pointée du doigt. Mais passé le temps de l'émotion, rapidement, le mot « agression » est remplacé par « rixe », les micros se tendent vers le leader des groupes néonazis auquel appartiennent les agresseurs, sans aucune contradiction aux mensonges qu'il débite. Trois semaines plus tard, un « scoop » mensonger de RTL, sous la forme d'une vidéo interprétée à l'envers (au procès, elle sera utilisé comme preuve à charge contre les néonazis) affirme que les « antifas » seraient en réalité les agresseurs. L'infox est reprise par la plupart des chaines de télévision et de nombreux titres de presse. Finalement, Clément l'aurait bien cherché, antifas et néonazis sont renvoyés dos à dos. La mort de Clément est dépolitisée, on en fait le résultat d'un simple affrontement entre bandes violentes. [3]
La fachosphère profite de cette confusion pour produire de multiples fake news et autres théories du complot, et répète en boucle les paroles faussement attribuées à Churchill sur les antifascistes qui seraient « les nouveaux fascistes ».

Dans les manifestations d'hommage à Clément, qui rassemblent des milliers de personnes (15000 dans toute la France le 6 juin, 4000 rien qu'à Paris le 8 juin), on se recueille, mais on affirme aussi un antifascisme politique, anticapitaliste et sans concession. Dans le vocabulaire policier le terme « antifa » assimilé à « l'ultragauche » ou au « black bloc » commence à être utilisé et repris par la presse bourgeoise pour désigner un nouvel ennemi intérieur, terme qui sera repris par la suite, lors du mouvement contre la loi travail en 2016 puis lors de celui des Gilets jaunes en 2018, pour désigner tout agitateur·trice subversif·ive, l'essentiel étant de réduire l'antifascisme à une pratique violente, déconnectée de tout contenu politique.

Une nouvelle étape dans l'anti-antifascisme

Cette campagne anti-antifasciste, propulsée par l'extrême droite et prolongée par les forces répressives de l'État, est elle-même une des pierres angulaires d'un projet à plus long terme : faire que les idées racistes, nationalistes, sexistes et inégalitaires ne soient plus marginalisées et puissent à nouveau avoir pignon sur rue, sans subir aucun jugement moral ou politique, et que le mot « extrême droite » lui-même disparaisse, ou n'apparaisse plus que comme une invention destinée à la diffamer. Les euphémismes du type "souverainiste" et "identitaire" s'inscrivent dans la même démarche.
Pendant des années, l'extrême droite s'est posée comme une victime du « Système », jamais vraiment défini et ne se confondant jamais, par exemple, avec le capitalisme en tant que tel, l'ensemble des mouvements d'extrême droite s'en accommodant fort bien. Peu importe qui se cache derrière « l'oligarchie » qui le ­contrôlerait et le « ­mondialisme » qui lui servirait d'idéologie, l'essentiel étant que le « Système » soit hors de la communauté nationale. L'instrumentalisation par l'extrême droite de la liberté d'expression à son seul profit est un des moyens les plus utilisés pour se poser en victime.
Aujourd'hui, l'extrême droite se sent suffisamment intégrée aux institutions et suffisamment soutenue médiatiquement pour mettre en sourdine ce discours victimaire pour en proposer un autre : l'extrême droite serait désormais menacée, au même titre que la société tout entière, par l'extrême gauche et son bras armé, l'antifascisme, devenus l'un et l'autre nouveaux ennemis de l'intérieur. Les provocations d'un collectif comme Némésis ou d'un média comme Frontières n'ont qu'un objectif : produire des images qui viendraient donner du corps à ce narratif.
Il ne reste plus qu'à finaliser la criminalisation de l'antifascisme en demandant son interdiction pure et simple, en l'associant à du « terrorisme ». En 2017 déjà, le Front national (qui n'est pas encore le RN) avait promis la dissolution des « milices antifas » en cas de victoire à l'élection ­présidentielle, tandis qu'en 2023 des cadres du Rassemblement national ont demandé à plusieurs reprises la dissolution de groupes antifascistes, afin de museler celles et ceux qui inlassablement les combattent. En 2020, l'hebdomadaire ultra-conservateur Valeurs actuelles, dans un article intitulé « Pourquoi il faut traiter les antifas et les black blocs en terroristes », explique tranquillement que « leur assimilation à une mouvance terroriste permettrait des mesures administratives préventives, comme une astreinte administrative à se présenter au commissariat le plus proche de leur domicile lors des manifestations. De plus, il serait délictuel de se revendiquer d'une telle mouvance. Enfin, le délit d'apologie du terrorisme permettrait de casser la solidarité qui existe entre une partie de la gauche qui à« défaut de les soutenir est au moins complaisante à l'égard de ces individus violents ». On le voit, bien loin de répondre à une « injustice » qui lui serait faite ou de vouloir endiguer la violence politique, l'extrême droite instrumentalise et caricature l'antifascisme à des fins stratégiques, afin de mieux asseoir sa propre domination.

Sur la dépolitisation de la violence

Plus largement, et au-delà des menaces qui pèsent sur la lutte antifasciste, la séquence autour de la mort de Quentin Deranque est symptomatique des tentatives de dépolitisation de la violence par les médias et les mouvements politiques institutionnels qui en font une abstraction, un problème philosophique éthéré, alors qu'elle engage les corps et dépasse bien souvent une rationalité à laquelle on tente de la raccrocher après les faits, au calme.
Dépolitiser la violence, c'est oublier qu'elle est toujours le fruit des rapports sociaux qui nous gouvernent. Que la violence au sens le plus étroit du terme, à savoir la douleur infligée à des humains par des humains, est généralement précédée par la violence des rapports sociaux de classe, de race et de genre avec toutes les configurations possibles d'oppression et d'exploitation qui en découlent. Nier cela revient à défendre l'idée absurde d'une violence sans causes, et donc s'interdire de l'expliquer.
Et l'explication du moment est connue : les bandes fascistes agissant dans les rues ne sont que la partie la plus « remuante » d'une extrême droite que se veut présentable et que le bloc bourgeois (parfois à raison décrit comme l'extrême centre [4] perçoit de plus en plus comme une manière de continuer les affaires tout en muselant toute forme d'opposition au statu quo capitaliste. si, aujourd'hui, les partis de l'autoproclamé « arc républicain » sont si prompts à dénoncer la violence de la gauche en général et des antifascistes en particulier tout en restant dans le déni de la violence intrinsèque de l'extrême droite, c'est bien parce que ces partis savent que cette extrême droite ne représente en rien une menace pour la casse sociale, la déréglementation généralisée ou la mise au pas des organismes de contestation ou de revendication. L'antifascisme conséquent duquel nous nous réclamons fait figure de repoussoir pour ce bloc bourgeois parce que si nous combattons l'extrême droite, c'est pour nous débarrasser de ce système qui porte en lui les germes de la catastrophe fasciste.

Encore et toujours, promouvoir l'autodéfense populaire

L'autodéfense populaire est l'usage de moyens proportionnées pour protéger notre camp. C'est une nécessité absolue qui a permis d'éviter des blessés graves et des morts, singulièrement dans le contexte lyonnais. Pour autant la mort de Quentin Deranque doit amener notre camp social à de l'introspection et c'est le moment de redire que la violence devrait être le dernier recours, qu'elle doit être dépassionnée et questionnée, et que nous devons nous garder de toute fascination à son égard. Son usage invite à la précaution parce qu'elle va à rebours des valeurs d'égalité, de solidarité et d'entraide que nous défendons. Pour reprendre les propos de camarades : « en s'inscrivant dans une lutte telle que l'antifascisme, on accepte de facto de rentrer dans un rapport de force. […] Pour autant, nous essayons de ne pas entretenir un fétichisme vis-à-vis de ces techniques. Et c'est précisément sur ce point que notre approche de la violence est radicalement différente de celles des fascistes. » Et ce refus du fétichisme de la violence fait que nous ne la confondons pas avec la force. C'est cette dernière que nous cherchons à acquérir pour établir un rapport de force en notre faveur. La force collective peut s'acquérir de bien des manières et le concept d'autodéfense populaire mobilise un vaste répertoire d'action (SO, conférences sur l'extrême droite, travail syndical dans les entreprises, défense des droits des femmes et LGBT+, campagnes de solidarité avec des antifascistes emprisonné.es, campagnes de réduction des risques sanitaires…) qu'on ne peut réduire à la seule violence.

À propos de la non-violence

Il faut aussi se débarrasser de l'illusion politique de la non-violence pour combattre l'extrême droite et le fascisme. La violence étant son essence même, on sait qu'elle sera employée contre notre camp social (avec une appétence vicieuse que les antifascistes de terrain ont tou·tes déjà constatée), et il faut bien nous donner les moyens de nous défendre, et parfois, la meilleure défense, c'est l'attaque, comme en atteste l'histoire de l'antifascisme [5].
Pourtant on assiste dans notre camp social à une mise en avant d'une logique comptable, un décompte un peu obscène des victimes comparées de l'extrême droite et de l'extrême gauche. Si c'est une évidence que l'extrême gauche tue beaucoup moins, penser que nous sommes les « gentil·les » de l'histoire et que pour le prouver il suffit de mettre en avant notre non-violence dénote une forme d'angélisme dangereux qui nous voue à l'impuissance politique, car il s'agit là d'accepter les règles d'un jeu qui nous est imposé par la société capitaliste et dont les règles ne doivent pas varier pour que la légitimité de la violence reste l'apanage du pouvoir en place. Avant même d'être dans une position révolutionnaire (perspective assez lointaine on le concède) cela nous voue à l'impuissance dans notre combat contre les fascistes parce que dans certaines situations, la violence restera, malheureusement, la dernière forme d'autodéfense face à l'extrême droite. C'est certainement le plus mauvais de nos moyens de lutte, mais ce sont les fafs qui nous y contraignent. La non-violence posée comme un horizon indépassable au service d'une pureté morale dévoile à nos ennemis qu'il suffirait d'aller sur ce terrain là pour se débarrasser de nous. C'est pourquoi nous devons être fermes sur nos appuis : dans une perspective révolutionnaire, l'angélisme, c'est se priver des moyens d'être fort·es.

La Horde


[1] Ce slogan fait écho à bien d'autres cris de ralliement (le nihiliste « Me ne frego » (Rien à foutre) des fascistes italiens, le « Viva la muerte » des franquistes espagnols qui éclairent le rapport de l'extrême droite à la mort et à la violence.

[2] On emploie volontairement ici le terme « homme » plutôt que « être humain » tant le masculinisme est une des formes pures de l'ethos fasciste.

[3] Pour plus de détails sur cet épisode, on renvoie à la lecture de l'ouvrage collectif Clément Méric, une vie, des lutteshttps://www.editionslibertalia.com/catalogue/poche/clement-meric-une-vie-des-luttes, aux éditions Libertalia.

[4] À savoir l'expression radicalisée d'une classe politique au service d'une défense féroce des intérêts de la bourgeoisie.

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