LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie BLOGS Revues Médias
X-Alternative
X-Alternative rassemble des ingénieurs et ingénieures engagé-es pour l’intérêt général.

X-Alternative


▸ les 10 dernières parutions

05.01.2026 à 18:30

Faire vivre la révolution

Régis Portalez

Le bombardement de Caracas et l’enlèvement du président Maduro font grand effet. Il y a de quoi. On pourrait par exemple commenter longuement l’intervention servile de Macron ou la non-intervention … Continuer la lecture de Faire vivre la révolution

L’article Faire vivre la révolution est apparu en premier sur X-Alternative | Groupe de réflexion.

Texte intégral (1170 mots)

Le bombardement de Caracas et l’enlèvement du président Maduro font grand effet. Il y a de quoi.

On pourrait par exemple commenter longuement l’intervention servile de Macron ou la non-intervention de l’Union Européenne, spectatrice inutile.

Mais pour autant rien de nouveau. Les puissances impérialistes et coloniales ont toujours agi de la sorte. Les Etats-Unis en Corée, au Vietnam, au Nicaragua, en Irak… Et avant eux la France, la Grande-Bretagne ou la Belgique faisait de même en Afrique ou en Asie. Quand empire avoir besoin, lui toujours agir ainsi.

On le sait depuis la répression d’Alexandre le Grand en Palestine (déjà), celle des révoltes serviles à Rome ou, plus récemment, celle de la Révolution française ou de la Révolution russe.
Toujours, l’empire fait sa loi par la force, enfin essaye et fait paraître ça pour le rétablissement de l’ordre. Ordre bourgeois on s’entend. C’est-à-dire la primauté de la propriété et le rétablissement de ses intérêts supérieurs.

Sitôt qu’on montre une volonté un tant soit peu déterminée de changer cet ordre, sans vouloir le renverser, y compris si ce n’est que localement, on aura droit au déchainement de la foudre.
Maduro n’est pas un saint et d’ailleurs son cas est peu intéressant. Ce qui compte, c’est la démonstration de la puissance américaine, et c’est de celle-ci dont il faut tirer des leçons.
A quoi devrait ressembler un gouvernement révolutionnaire prolétarien ?

Les événements récents nous disent : en tout cas pas à une assemblée générale de la bourse du travail (sous sa forme actuelle).

Il faut à ce moment se projeter, et essayer de projeter dans cette configuration ce qu’il vient de se passer. C’est un exercice auquel se sont déjà prêtés Robespierre, Lénine, Sankara ou Mao, avec plus ou moins de succès, et que jamais il ne faut prendre à la légère.

Imaginons (c’est un exercice de pensée difficile dans la conjoncture), qu’un gouvernement révolutionnaire arrive au pouvoir en France (puisque c’est le pays qui nous concerne au premier chef). Que ce soit par les urnes dans une forme apparemment molle mais idéalement déterminée telle que se présente LFI, ou par la grève générale et la prise du pouvoir par les travailleurs coalisés, tel qu’y prétend RP, ou quoi que ce soit de barycentrique ayant des prétentions sérieuses : a minima abattre l’omnipotence de la propriété et rendre sa souveraineté au travailleur.

Imaginons. L’ami Frédéric Lordon a déjà beaucoup écrit sur ce que ferait la première puissance mondiale : les marchés obligataires. Il a déjà dit ce que nous devrions faire sous peine de renoncer : franchir le point L. et y aller franchement.

C’est à ce moment que la suite nous rapproche des événements récents.

Sitôt que Mélenchon (ou le quelconque président du soviet suprême issu de la Révolution) aura proprement envoyé paître les marchés obligataires et les propriétaires fonciers via le rétablissement d’un circuit du trésor et l’expropriation des bailleurs, sa tête sera mise à prix.

Cette personne, ou ce comité, ou ce soviet, ce « conseil », devra savoir qu’à sa vie tient la survie de la révolution. Sans lui, ou elle, ou eux, les efforts révolutionnaires ne seront pas suivis (à moins d’avoir un peuple tout entier révolutionnaire), tant est grand l’effort de seulement survivre en période de renversement.

Et il mourra, car, précisément, la Delta force et la CIA ne pourront jamais le laisser opérer. Qu’un pays comme la France bascule dans le communisme, voilà ce que JAMAIS ne laissera faire le capitalisme coalisé. Il n’a pas laissé faire l’Allemagne de 1919, il ne laissera pas faire la France de 2026. Il y aura des morts, des espions, des saboteurs, des armées blanches, des traîtres.

On a déjà beaucoup écrit sur la prise de l’Etat en contexte révolutionnaire. Mes camarades de X-Alternative ou de Intérêt Général y pensent, par le spectre des ingénieurs ou des cadres fonctionnaires, économistes ou statisticiens. C’est nécessaire, mais face à cela, et c’est LA leçon à tirer de l’intervention américaine à Caracas, il faut des choses encore plus essentielles :
– Un peuple en armes avec la révolution chevillée au corps (on en est loin)
– Une armée loyale, équipée et entraînée
– Des services de contrespionnage de fer
La première, la plus difficile, car il faut que le comité dirigeant soit remplaçable et puisse mourir sans casser le moral du peuple. Un Lénine oui, mais que derrière il n’y ait pas Staline mais 30 Lénine de plus, et derrière chacun 30 de plus.

La seconde car en face viendront des F35, des frégates, des hélicoptères, des chars, des forces spéciales, et qu’on ne combat pas ces choses-là avec des pétitions ou des AG, mais avec des Rafale, des frégates, des forces spéciales, des hommes et des munitions. Ce ne sont pas des choses qui s’inventent en 3 mois ni qu’on peut sortir d’une AG dialectiquement : ce sont les résultats d’énormes chaînes industrielles très complexes qu’il faut contrôler, dès avant la révolution, ou a minima immédiatement après, donc avant. D’ailleurs, l’effort révolutionnaire devrait prioritairement essayer d’infiltrer l’armée et ses chaînes de production.

La troisième, et le cas Maduro l’illustre cruellement car un traître bien placé peut faire arriver la CIA n’importe où. Ce traître existera, mais il faut qu’il soit d’abord démasqué par un service de fer. Djerzinsky a monté la Tchéka avec l’aval de Lénine pour cette raison : Sitôt quoi que ce soit de sérieux de commencé, et ce message s’adresse aussi bien à LFI qu’à RP, il faut traquer les agents étrangers, les traîtres et s’en débarrasser (voir notre proposition de GOULAG).
Avoir une position révolutionnaire sérieuse suppose d’avoir ce minimum de conséquence.

L’article Faire vivre la révolution est apparu en premier sur X-Alternative | Groupe de réflexion.

PDF

24.11.2025 à 14:35

L’X et l’Économie Sociale & Solidaire : pour une « pantoufle » de sept lieues vers l’intérêt général

Robin Abs

« L’École polytechnique est ainsi la seule Grande École française dont les élèves, appelés à prendre une part essentielle dans la défense – entendue au sens large – et le développement … Continuer la lecture de L’X et l’Économie Sociale & Solidaire : pour une « pantoufle » de sept lieues vers l’intérêt général

L’article L’X et l’Économie Sociale & Solidaire : pour une « pantoufle » de sept lieues vers l’intérêt général est apparu en premier sur X-Alternative | Groupe de réflexion.

Texte intégral (2262 mots)

« L’École polytechnique est ainsi la seule Grande École française dont les élèves, appelés à prendre une part essentielle dans la défense – entendue au sens large – et le développement des intérêts du pays, sont confrontés au monde militaire et aux défis géostratégiques. École militaire, elle développe et diffuse des valeurs essentielles d’engagement, de don de soi et de sens de l’intérêt général », peut-on lire sur le site public de l’École polytechnique en guise de présentation. Et pourtant, à voir les parcours choisis par une grande partie de ses étudiant⋅es à leur sortie, on peut légitimement se demander ce qui différencie l’X de n’importe quelle autre école d’ingénieurs. Certes, une partie des X rejoignent un corps, mais les places restent chères et la majorité choisit la voie du privé, et en particulier du privé lucratif, dont le sens de l’intérêt général reste discutable. Il n’est d’ailleurs pas surprenant qu’en pleine crise climatique et sociale, qui repose la question des conditions existentielles de notre humanité, de plus en plus d’X ne trouvent plus de sens à leur parcours et cherchent des alternativesLe retour de la pantoufle – ou « engagement décennal » – offre une opportunité idéale pour refaire de l’X une école réellement au service de la Nation.

En effet, nombreux⋅ses sont celles et ceux qui font face à un désalignement entre leurs valeurs personnelles et leur quotidien professionnel, se rendant bien compte que le fruit de leur travail sert davantage à faire croître le capital – celui de l’entreprise, des actionnaires ou le leur – qu’à résoudre efficacement des problèmes de société (quand il ne les aggrave pas). Certain⋅es font alors le choix du secteur public qui apparaît comme la principale alternative. Pourtant, il existe au sein du secteur privé des structures guidées par l’intérêt commun : c’est le cas de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS). Toutefois ce secteur de l’économie reste encore peu investi par nos camarades, probablement pour des questions de rémunération mais certainement aussi par simple méconnaissance. L’ESS est en effet un levier formidable de transformation de l’économie, car elle requestionne le principe même de la lucrativité des entreprises, tout en conservant celui de la rentabilité ; elle instaure des règles de gestion saines et transparentes, comme la limitation des écarts maximaux de salaires au sein de la structure ; et elle propose des modèles de gouvernance démocratique où chaque salarié·e, et parfois même chaque partie prenante (fournisseur ou client), retrouve une réelle souveraineté. C’est notamment le cas des coopératives, qui sont des sociétés de personnes et non de capitaux, et plus encore des SCIC – Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif – qui donnent une voix aux différentes parties prenantes du projet.

Par ailleurs, et contrairement aux idées reçues, l’ESS n’est pas un secteur de l’économie « sous perfusion », c’est même le contraire ! Un rapport de la Cour des Comptes sur les soutiens publics à l’ESS, sorti en septembre 2025, le démontre : ce secteur, qui représente 13,7 % de l’emploi privé en France, reçoit au total 7 % des aides de l’État aux entreprises, soit moitié moins en proportion que le reste de l’économie conventionnelle. À cela s’ajoute le fait que les contreparties et contraintes réglementaires associées à ces aides publiques sont beaucoup moins exigeantes – quand elles ne sont pas inexistantes – pour les entreprises lucratives que pour les entreprises de l’ESS. Pourtant, ESS France souligne que « […] l’étude de la Cour des Comptes met en évidence le rôle considérable joué par l’ESS dans la mise en œuvre des politiques publiques. La Cour démontre notamment que 80 % des subventions touchées par l’ESS sont des dépenses pour garantir des droits ou assurer des services dans le prolongement de l’action de l’État, prouvant que l’ESS est une économie indissociable de l’intérêt général ». Enfin, les entreprises de l’ESS, et en particulier les coopératives, sont globalement plus résilientes que les entreprises classiques. En 2024 en effet, le taux de pérennité à 5 ans était de 79 % pour les coopératives – société coopérative de production (SCOP) et SCIC – contre 61 % pour l’ensemble des entreprises françaises. Cette stabilité peut en partie s’expliquer par ses réserves, impartageables et définitives, et probablement aussi par une implication de ses sociétaires et salarié⋅es beaucoup plus forte que dans les sociétés traditionnelles.

Le retour de l’engagement décennal offre une superbe opportunité pour investir et développer ce secteur de l’économie. Cet engagement prévoit en effet que « […] tous les élèves français ayant terminé leur scolarité sont tenus à une obligation de servir 10 ans dans un corps de l’État ou auprès d’une entité du « secteur public » (ministère, administration publique, établissement public…). » Dans le cas des élèves non-corpsard⋅es, le document d’information fourni aux élèves précise plus loin que l’obligation peut également être remplie dans toute « […] entreprise ou organisme privé d’intérêt général ou de caractère associatif assurant des missions d’intérêt général » (en vertu de l’article 14 du décret du 16 septembre 1985). L’engagement décennal prévoit donc la possibilité de remplir son obligation en travaillant pour une structure privée à condition qu’elle soit d’intérêt général. Cette précision offre un élargissement potentiel considérable pour tous les X qui n’auraient pas la possibilité de rejoindre un corps ou qui ne souhaiteraient pas rejoindre la fonction publique. Je suis par ailleurs persuadé qu’un tel mouvement de la part de nos « élites » vers le privé d’intérêt général aurait un effet décisif sur la transformation de notre économie, avec un effet d’entraînement très fort sur le reste des jeunes diplômé⋅es de grandes écoles.

Reste cependant à clarifier ce que l’administration entend par « intérêt général » pour que ce re-routage des X en fin de cursus puisse être effectif. La circulaire DGAFP n° 2165 du 25 juin 2008 précise certains critères cumulatifs indispensables pour l’attribution du caractère « d’intérêt général » à une personne privée :

  • Les structures privées doivent contribuer à des actions qui sont rattachables à une politique publique dont la responsabilité incombe à 1’État ou à une autre collectivité publique, en complément ou dans le prolongement des actions conduites directement par la puissance publique ;
  • Doivent être par ailleurs être pris en considération : le fonctionnement démocratique de l’organisme, sa transparence financière, son respect de l’ordre public, la qualité de son service ;
  • L’intérêt général ne se confond pas avec l’intérêt de la personne privée qui exerce l’activité en cause.

Cette notion, encore mal définie aujourd’hui dans le droit français, repose en grande partie sur la jurisprudence du Conseil d’État et son appréciation est faite au cas par cas. Ainsi, des critères alternatifs ont pu être retenus, comme la forte implantation territoriale de l’entité ou le caractère non lucratif de l’activité.

Pour un certain nombre de structures de l’ESS toutefois, l’attribution du caractère d’intérêt général semble assez indiscutable. C’est par exemple le cas de l’opérateur de télécommunications coopératif Telecoop, de la NEF (coopérative de finance solidaire) ou encore d’Enercoop. Cette dernière est une coopérative (de type SCIC) de fourniture d’électricité 100 % renouvelable que je connais bien puisque j’en suis salarié et sociétaire depuis plus de quatre ans. Son activité de production et de fourniture est bien d’intérêt collectif présentant un caractère d’utilité sociale. De plus, Enercoop présente un fonctionnement démocratique (1 personne = 1 voix), sa gouvernance ainsi que son actionnariat font intervenir la puissance publique (présence de collectivités territoriales par le biais de participation au capital social), sa lucrativité est limitée et son projet d’utilité sociale a obtenu un agrément préfectoral. Pour d’autres structures de l’ESS, l’attribution du caractère « d’intérêt général » est moins évidente. Je pense notamment à certaines coopératives de commerçants dont les intérêts de la structure peuvent parfois prendre le pas sur l’intérêt général.

Il apparaît dès lors de première importance de détailler plus spécifiquement le cas du remplissage de l’engagement décennal au sein de l’ESS et de sécuriser cette notion d’intérêt général en s’appuyant sur la jurisprudence établie en cas de litige. En effet, la validation par l’École du respect de l’engagement décennal – via l’analyse de l’état récapitulatif des services – n’intervient pas avant les 5 années qui suivent la sortie de l’X. Et l’appréciation du caractère « d’intérêt général » au sein de l’École revient au bout du compte au président ou à la présidente du conseil d’administration de l’École, soit dit en passant nommé·e par le gouvernement… Il serait dommageable (et par voie de conséquence très dissuasif) de pénaliser des alumnis parti⋅es travailler dans des structures de l’ESS, dont le critère d’intérêt général se trouverait finalement rejeté par l’administration a posteriori et qui exigerait de leur part un remboursement de la pantoufle.

Cependant, tout cet effort juridique et administratif restera vain si l’École polytechnique ne participe pas par ailleurs à visibiliser ce secteur de l’économie complètement sous-investi et méconnu des X, élèves comme diplômées. Le moment est d’ailleurs opportun puisqu’en novembre 2025, la France est censée publier sa stratégie nationale de l’ESS à horizon 2035 [NDLR : publication finalement repoussée à mars 2026], faisant suite à une grande consultation de l’État sur le sujet. L’X pourrait pleinement s’inscrire dans cette stratégie nationale grâce à son vivier d’étudiant⋅es disposé⋅es à servir la Nation. Et si cela ne suffisait pas, les Nations Unies ont décrété l’année 2025 « Année des coopératives ». Encore un signal, s’il en fallait un, de l’importance de remettre l’intérêt général au cœur de la mission de l’École polytechnique.

L’article L’X et l’Économie Sociale & Solidaire : pour une « pantoufle » de sept lieues vers l’intérêt général est apparu en premier sur X-Alternative | Groupe de réflexion.

PDF

05.07.2025 à 19:07

Un autre #NicolasQuiPaye est possible

Régis Portalez

Une partie des classes moyennes supérieures s’exprime en ce moment (au moins) sur les réseaux sociaux. Il paraîtrait qu’on paye pour entretenir un état ventripotent, spoliateur et redistributeur au profit … Continuer la lecture de Un autre #NicolasQuiPaye est possible

L’article Un autre #NicolasQuiPaye est possible est apparu en premier sur X-Alternative | Groupe de réflexion.

Texte intégral (1217 mots)

Une partie des classes moyennes supérieures s’exprime en ce moment (au moins) sur les réseaux sociaux. Il paraîtrait qu’on paye pour entretenir un état ventripotent, spoliateur et redistributeur au profit unique de minorités racisées.

Les posts fleurissent et les like avec. Romaric Godin en a écrit une analyse sur mediapart. Le texte est excellent et doit être lu pour comprendre comment l’échec du néolibéralisme nous conduit tout droit au néofascisme, celui qui a conduit Trump au pouvoir et conduira un gorafisme au carré au pouvoir en 2027 si rien de plus conséquent qu’une primaire populaire n’est envisagé par les ramollis de libération.

Toutefois, il faut reconnaître que l’État est ventripotent et spoliateur. Il est farci de très hauts fonctionnaires et d’élus parfaitement parasitaires, incompétents et tout à fait nuisibles. On pourrait citer François Villeroy de Galhau qui ne cesse, du haut de ses 310000 euros annuels (plus 6400 euros par mois pour le logement — pauvre chat), de faire la leçon aux français qui ne travaillent pas assez pour rembourser le Très Saint Dette Publique. Ou Pierre Moscovici, dont la fonction se résume à dire qu’on dépense trop et qu’il faut faire des économies pour rembourser la même Très Sainte Dette, pour 14500 euros par mois.

De même, étant entrepreneur, je ne peux que constater que les URSSAF et la DGFIP sont des monstres inhumains qui prélèvent à volonté ce que mon travail produit. Je vais de redressement en redressement, toute demande de remboursement de TVA est un calvaire, chaque bilan une angoisse. Je n’ai aucune visibilité sur les prélèvements qui sont effectués sans consentement et je n’ai jamais le moindre rendez-vous avec un être humain : toujours des messages sur un site obscur qui me notifie juste assez tard pour que j’aie des pénalités.

Ainsi, dans leur critique du coût de l’État, le mouvement #NicolasQuiPaye n’a pas tout à fait tort. C’est même ça qui fait le succès de tous les mouvements d’influence : se baser sur des éléments de réalité. Les pro-Poutine ont raison de dire que l’Ukraine et l’Otan ont fait n’importe quoi avec les accords de Minsk et que l’OTAN aurait dû s’auto-dissoudre en 1991, les covido-négationnistes ont raison de dire que le pouvoir a menti et nous a réprimés et manipulés, les soutiens au génocide que le Hamas a commis des attentats sordides. Tout repose toujours sur un fond de réalité qu’ils tordent pour appuyer pour servir un agenda tout autre. A la fin, beaucoup oublient cette réalité pour tomber dans le narratif d’autres qui, eux, ont des intérêts biens réels. Dans le cas #NicolasQuiPaye, l’agenda a été assez clairement expliqué par le camarade Romaric : dissoudre l’impôt et les cotisations en vue d’une société libertarienne ou chacun toucherait l’intégralité de sa plus-value et serait seul responsable de sa réussite ou de ses échecs (en plus d’un agenda techno-fasciste et raciste) modulo les prélèvement d’un État garant répressif de cette « liberté ».

Pour autant, et c’est dit dans l’exergue de la Pompe à Phynance, l’État redistribuerait (et a pu le faire plus ou moins) intégralement le produit de ses captations, contrairement au système banque-actionnaires qui les conserve pour lui seul. Sauf que, néo-libéralisme et effondrement du bloc soviétique étant passés par là, l’État a retrouvé sa fonction de comité d’organisation des affaires bourgeoises. Sans syndicalisme puissant, sans parti révolutionnaire de masse, l’État se contente désormais de prélever les classes moyennes et populaires au profit quasi-unique de grandes corporation supra-nationales. Sa haine est devenue légitime car effectivement, ayant fusionné avec le grand capital, lui aussi ne prélève que pour lui-même — c’est-à-dire ceux qui le produisent, malgré des missions redistributives résiduelles dont veulent justement s’affranchir les libertariens et les capitalistes. Indépendamment de l’absurdité d’un État qui ne prélèverait plus pour redistribuer et laisserait à chacun l’intégralité du produit de son travail, c’est une illusion car il continuerait à prélever pour financer les grands groupes et les oligarques qui ont le contrôle de sa production et de son action.

Ainsi un autre #NicolasQuiPaye est possible.

Celui qui considère qu’on ne paye pas trop d’impôts mais qu’on n’en paye pas assez. Qu’on ne cotise pas trop mais pas assez. A tout le moins juste assez. Mais que le problème est le niveau de prestation qu’on a en face. Qu’il y a un problème sur la nature et la production de l’État. Celui-ci devrait être nous : un moyen dont on se dote pour exécuter les décisions qu’on prend.

De saines revendications seraient celles d’un État populaire, comptable devant nous, de cotisations et d’impôts qui nous donnent un juste droit (égal) à des services publics (école, trains, routes, …), à des droits sociaux : chômage, santé, retraite et… logement.

Car s’il paraît choquant aux #NicolasQuiPaye qu’on soigne le diabète d’un migrant (entre deux coups de matraque), payer 30% de leur revenu à un bailleur (qui s’est contenté d’hériter et chouinera sur son rendement avant d’encaisser sa plus-value) leur paraît tout à fait normal. A la fin, en fonction de notre niveau de revenu et de notre travail, on paye d’abord notre bailleur, les banques et les capitalistes. Et c’est dans une proportion si scandaleuse qu’il est incroyable que ça ne paraisse pas évident à la majorité. On paye notre bailleur et sa plus-value. On paye notre banque et son « coût d’emprunt ». On paye la chaîne de distribution et les marges accumulées d’entreprises d’import, de distribution, d’assurances, qui ne font RIEN sinon prélever.

Un mouvement #NicolasQuiPaye conséquent est donc communiste. S’il veut rendre aux travailleurs l’intégralité de la valeur de leur production, il veut des cotisations hautes et la propriété des moyens de production, l’expropriation des actionnaires, des banques et des bailleurs.

L’article Un autre #NicolasQuiPaye est possible est apparu en premier sur X-Alternative | Groupe de réflexion.

PDF

19.03.2025 à 18:28

SNK : une guerre de Troie

Régis Portalez

L’attaque des titans (Shingeki no Kyojin ou SNK pour les initiés), est un manga de type shonen extrêmement populaire, tant dans sa version écrite que télévisuelle animée. Le manga s’est … Continuer la lecture de SNK : une guerre de Troie

L’article SNK : une guerre de Troie est apparu en premier sur X-Alternative | Groupe de réflexion.

Texte intégral (1069 mots)

L’attaque des titans (Shingeki no Kyojin ou SNK pour les initiés), est un manga de type shonen extrêmement populaire, tant dans sa version écrite que télévisuelle animée. Le manga s’est vendu à 140 millions d’exemplaires papier et la série a connu une immense popularité au moment du confinement en Europe et aux États-Unis.

L’univers de l’œuvre, pouvant paraître rebutant pour les adultes, constitué d’une humanité assiégée par des monstres anthropomorphes n’ayant pour seul but que dévorer les humains, est pourtant profond et éminemment politique. Souvent les critiques appuient sur cet axe. Il faut dire que les références sont nombreuses et évidentes : étoiles jaunes, champignons atomiques, militarisme, tranchées, élites cachant la vérité aux masses.

On est, au premier chef, tentés de lire la série ainsi : une critique politique d’un moment actuel (confinement, Israël, Gaza, Ukraine, …) ou passé (14-18, Hiroshima, Shoah, colonialisme, …). Et c’est ainsi que la chose a souvent été lue. Mais au fil des épisodes et du déroulement du scénario, quelque chose apparaît : on se prend dans les méandres de la politique, dans les affres de la guerre, mais surtout on se lie aux personnages auxquels on peut quasiment tous s’identifier, qu’il s’agisse d’un enfant, d’une mère, d’un vieux général. Il faut dire qu’on découvre les choses à leur rythme et qu’à leur manière, on passe d’enfant à guerrier, nourri de la même haine et du même désespoir face à l’absurde des titans.

A l’opposé d’un « Game Of Thrones », où seule compte la politique et où les personnages n’ont d’autre intérêt que d’en être des protagonistes plus ou moins répugnants, ici c’est le contraire : la politique est une trame tragique dans laquelle évoluent des êtres humains. Dans SNK, plus la politique (la tragégie) avance, plus on va de bouleversement en drame, moins la politique compte et plus on se pose la question importante : pourquoi personne n’est amoureux de personne ?

Certes nous sommes entraînés à voir ailleurs cette froideur mais ici c’est très choquant : les gens meurent, souffrent, sont déplacés, déportés, assassinés, vivent le pire ensemble mais jamais autre chose que de l’amitié très timide.

On pourrait mettre ça sur le dos bien large de la culture manga, voire sur celui de la culture japonaise, mais en réalité il en va d’autre chose : les gens sont déterminés par la structure des choses.

Dès la première scène on peut déjà lire la fin : Eren, enfant, rêve déjà d’un futur qu’il n’aura pas d’autre choix que de vivre.

Ainsi, SNK est une guerre de Troie : la guerre (enfin ses modalités) n’importe pas. Il fallait qu’elle ait lieu et elle aura toujours lieu. Que les Mahr manipulent les titans à leur guise, que Paradis soit un enfer de mensonge, peu importe. Ce qui compte, ce sont les gens plongés dans la guerre, peu importe comment ils la comprennent ou la vivent : elle est là et les détermine. En tant qu’enfants comme les principaux protagonistes au début. En tant qu’esclave comme Ymir (la mère des titans) 2000 ans avant les faits. En tant que dieu omnipotent, comme un des personnages à la fin. Ou en tant que simple survivant, plus ou moins courageux, comme tous les autres.

Ainsi la trame réelle est l’amour : omniprésent mais incapable de se déployer, comme réprimé. Entre amis d’enfance, d’esclave à roi, entre officiers dans l’armée, entre geôlière et prisonnier, entre vainqueur et vaincue.

Pris dans la politique en tant qu’acteur-spectateur, pris dans la cruauté de la guerre, nous oublions, peut-être à dessein, ce qui lie les personnages entre eux à l’échelle individuelle : l’amitié, le respect, la loyauté, l’amour.

A la toute fin de la série, ceci explose et ce qui était un sentiment latent devient une évidence : les personnages ont, bien malgré eux, autre chose à faire que l’important dans leur cœur. Comme le dit Armin : « nous n’avons même pas essayé de parler ». Mais en réalité, ils ne peuvent pas. Ils sont dévorés par la vengeance, par la haine, par la curiosité, par l’autorité, sans jamais laisser le temps à ce qui compte le plus : aimer celui ou celle qui compte, et lui dire. Eren et Mikasa sont évidemment éperdument amoureux l’un de l’autre mais, comme le voit Eren, leur amour est impossible dans ces structures.

« L’amour qui meut le soleil et les étoiles du ciel » (Dante, La Divine Comédie XXXII-145) meut certes le soleil, les étoiles, les corps et les cœurs mais il ne peut pas grand-chose à l’échelle des sociétés humaines, elles déplacées par des forces bien plus sordides, qui emprisonnent ses membres dans un enfer dont ils ne peuvent sortir individuellement, auraient-ils l’impression d’y faire des choix, comme celui de se battre ou de fuir.

Comment, dans ces conditions, ne pas reconnaître que SNK décrit précisément l’important dans la guerre : l’éradication de l’humanité (telle que représentée à la fin) ? Il ne s’agit pas de savoir qui a le plus de chars, qui a le plus de morts ni qui gagne à la fin : ce qui compte c’est que tous y perdent leur cœur, ou presque.

Les personnages de SNK, comme nous, subissent cette malédiction sociale. Toute provoquée qu’elle soit par des intérêts ou des vengeances, la guerre de Troie, la guerre éternelle, dévore leurs âmes. Comme les titans dévorent les hommes, comme les bombes pleuvent sur des enfants : sans raison.

L’article SNK : une guerre de Troie est apparu en premier sur X-Alternative | Groupe de réflexion.

PDF
10 / 10
 Persos A à L
Carmine
Mona CHOLLET
Anna COLIN-LEBEDEV
Julien DEVAUREIX
Cory DOCTOROW
Lionel DRICOT (PLOUM)
EDUC.POP.FR
Marc ENDEWELD
Michel GOYA
Hubert GUILLAUD
Gérard FILOCHE
Alain GRANDJEAN
Hacking-Social
Samuel HAYAT
Dana HILLIOT
François HOUSTE
Tagrawla INEQQIQI
Infiltrés (les)
Clément JEANNEAU
Paul JORION
Christophe LEBOUCHER
Michel LEPESANT
 
 Persos M à Z
Henri MALER
Christophe MASUTTI
Jean-Luc MÉLENCHON
MONDE DIPLO (Blogs persos)
Richard MONVOISIN
Corinne MOREL-DARLEUX
Timothée PARRIQUE
Thomas PIKETTY
VisionsCarto
Yannis YOULOUNTAS
Michaël ZEMMOUR
LePartisan.info
 
  Numérique
Thomas BEAUFILS
Blog Binaire
Christophe DESCHAMPS
Dans les Algorithmes
Louis DERRAC
Olivier ERTZSCHEID
Olivier EZRATY
Framablog
Fake Tech (C. LEBOUCHER)
Romain LECLAIRE
Tristan NITOT
Francis PISANI
Irénée RÉGNAULD
Nicolas VIVANT
 
  Collectifs
Arguments
Scientifiques en Rebellion
Bondy Blog
Dérivation
Économistes Atterrés
Dissidences
Mr Mondialisation
Palim Psao
Paris-Luttes.info
Rojava Info
X-Alternative
 
  Créatifs / Art / Fiction
Nicole ESTEROLLE
Julien HERVIEUX
Alessandro PIGNOCCHI
Laura VAZQUEZ
XKCD
🌓