Associations iséroises


Un Toit Pour Tous
Journal de la Fédération de l'Isère du Parti Communiste Français

19.10.2021

Logement. Actis doit-il faire le choix de la métropole ou celui du département ?

Travailleur Alpin

Un débat public a eu lieu le 8 octobre dernier, à l’initiative du collectif contre la privatisation du bailleur social, Actis. Elisa Martin, sa présidente, et Nicolas Beron Perez, élu chargé du logement à la ville de Grenoble et à la métropole, participaient aux échanges.

Salle 150 de la Villeneuve de Grenoble, près de cent personnes ont participé à cette rencontre organisée par le collectif contre la privatisation d’Actis – qui regroupe notamment la CGT d’Actis, le Droit au logement 38, RSA 38 et les fédérations de locataires CNL, CGL, CLCV, CSF et CGT-INDECOSA.

Il revenait à Jean-François Lapierre, ancien administrateur d’Actis, de présenter l’état des lieux. La loi Elan de 2018 oblige les offices publics de l’habitat tels qu’Actis à des regroupements lorsque leur parc n’atteint pas les 12 000 logements familiaux : Actis qui en compte moins de 11000. En 2019, la réponse proposée par la ville et la métropole, alors qu’Éric Piolle présidait ACTIS, était la fusion avec la société d’économie mixte Grenoble habitat et ses 4000 logements. Cette fusion avait été vivement contestée par le PCF et ceux qui formeront le collectif puisqu’il s’agissait de dissoudre l’OPH dans une grande SEM, société d’économie mixte associant des capitaux privés. La mobilisation avait mis un coup d’arrêt au projet.

Depuis, les municipales ont eu lieu. Elisa Martin préside ACTIS et Nicolas Beron-Perez est en charge du logement à la ville et à la Métro. Une nouvelle solution est donc adoptée au printemps 2021qui préserve l’office public : la création d’une société de coordination (SAC) entre Actis et Grenoble habitat.

La création de la société de coordination

C’est sur ce choix que le débat s’est focalisé. Pour Jean-François Lapierre et le collectif, cette solution laisse la porte ouverte à la liquidation de l’OPH, ce d’autant plus que la ville de Grenoble veut revendre à la métropole deux tiers de ses parts de GH pour 45 M€. Pour financer le rachat, la Métropole pourrait être tentée de faire une fusion en SEM afin de vendre les actions.

Pas de privatisation en vue pour Nicolas Beron Perez qui a rappelé son attachement à Actis, dont il a été longtemps locataire, et de celui de son parti, le PCF : « je garde la même position depuis que je suis devenu vice-président et je suis toujours opposé à la dissolution. La création de la SAC permet de respecter la loi et nous donne du temps pour construire une solution pérenne ». Elisa Martin a confirmé qu’elle non plus ne voterait pas la dissolution au conseil d’administration d’Actis et qu’il n’y aurait donc pas de majorité pour prendre ce chemin.

Le département ou la métropole

Quant au collectif, il considère que quitte à réaliser un regroupement dans une SAC, il serait préférable de rentrer dans la SCEREA (Société de coordination entre Rhône et Alpes), la SAC qui regroupe déjà le bailleur du département Alpes Isère habitat (AIH, ancien OPAC 38) et ADVIVO, le bailleur de Vienne. L’avantage étant que ces deux bailleurs sont aussi des OPH, ce qui limiterait le risque d’une prochaine fusion dans une SEM.

Pour le vice-président au logement, cette proposition comporte un inconvénient majeur : elle éloigne de l’agglomération grenobloise le pouvoir de décision. Or, l’objectif de Nicols Beron Perez est de pouvoir compter sur un outil métropolitain qui permette de construire du logement pour répondre aux besoins : ce n’est pas une priorité de la majorité départementale actuelle qui gère cette SCEREA.

Nicolas Beron Perez a par ailleurs étudié la possibilité qu’Actis rachète des logements pour passer le seuil des 12000. C’est apparu hors de portée sur le plan financier mais aussi par manque de logements à racheter. Le collectif affirme cependant qu’il serait possible pour Actis d’acheter sans utiliser de fonds propres, ce qui lèverait évidemment la difficulté financière.

L’impératif de la construction et de la rénovation

Quelques locataires ont pris la parole pour témoigner de leurs difficultés: logement insalubre, manque de réactivité d’Actis. A l’évidence, les services de proximité des bailleurs sociaux peuvent progresser.
A cette soirée, bien que les débats ait été animés, tout le monde a affirmé la nécessité qu’Actis reste 100% public. Consensus également sur le besoin urgent de construire plus de logements pour répondre aux forts besoins, 17000 demandes en attente sur l’agglomération. Et, pour l’instant, les objectifs sont loin d’être atteints. Nul doute que la mobilisation des locataires et la détermination des élus sera nécessaire pour faire du logement une question prioritaire.

 

Sur le même sujet :  

« Pour construire des logements sociaux, il faut une volonté politique »

Logement. Pourquoi les communistes soutenaient le rassemblement devant la Métro de Grenoble

Nicolas Beron-Perez : « Face aux logiques de marchandisation du logement public, osons la socialisation ! »

 

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18.10.2021

Les enjeux de la culture scientifique et technique, dans le monde en crise

Edouard Schoene

Laurent Jadeau, professeur des écoles et membre de l’exécutif départemental du PCF.

La crise sanitaire du COVID et les angoisses qu’elle a engendrées ont révélé la montée des croyances, des peurs, de l’irrationnel. Les débats sont vifs au sein même des familles, des organisations syndicales et politiques, sur la vaccination, la médecine, les perspectives énergétiques, le devenir de la planète.

Il y a des faits, attestés scientifiquement, comme l’efficacité de la vaccination face au COVID, l’inefficacité totale de certains médicaments, le réchauffement climatique, par exemple. Et il y a des individus, parfois bardés de diplômes, qui contestent les faits attestés, comme les climato-sceptiques.

Le Travailleur alpin a rencontré Laurent Jadeau, professeur des écoles, membre de l’exécutif départemental du PCF. Laurent Jadeau a été longtemps un militant de l’éducation populaire, très attaché à la culture scientifique et technique, notamment lorsqu’il était adjoint à la ville de Fontaine, pour des actions dans le cadre périscolaire.

Qu’observe-t-on dans l’enseignement primaire ?

« L’enseignement des sciences et des techniques devient accessoire, l’effort des programmes étant centré sur « lire, écrire, compter ». La formation continue des enseignants est une calamité depuis quinze ans.
Il n’y a plus jamais rien sur l’apprentissage des sciences, ce qui est d’autant plus préoccupant que très peu d’enseignants viennent des filières scientifiques. Le professeur Charpak avait initié une prise de conscience de la démarche scientifique dans l’éducation nationale avec « la main à la pâte ». Un enfant pouvait ainsi s’approprier «  le questionnement, l’hypothèse, l’expérimentation », une démarche essentielle pour l’émancipation de l’individu, la démocratie. »


Pourquoi la culture scientifique et technique devrait-elle être développée ?

« Cela fait longtemps que cette question me semble importante. Cela a explosé avec la pandémie. La culture au sens large est un outil de liberté démocratique. La culture scientifique et technique est une ouverture à l’esprit critique, à la rationalité. On a vu hélas sous couvert d’esprit critique des revendications du droit à dire n’importe quoi. Le fait de ne pas hiérarchiser les choses mène parfois aux pires obscurantismes.
La science produit de la connaissance ; elle a des règles très strictes pour établir ces connaissances, notamment par la publication qui permet aux chercheurs de reproduire les expériences et de confirmer ou d’infirmer les théories en cours de construction.

Les scientifiques n’ont pas à décider de ce que l’on fait des découvertes scientifiques et techniques. Cela relève de la politique, de la démocratie. Les soutiens politiques du professeur Raoult relevaient pour certains d’une grande naïveté (totale incapacité à analyser des résultats contestés par l’extrême majorité de la communauté scientifique), pour d’autres d’objectifs politiques. On évoque parfois à tort Galilée, car c’est le pouvoir religieux et politique qui a voulu faire taire un scientifique à une époque où il n’y avait qu’une petite communauté scientifique.

La connaissance scientifique ne relève pas d’un débat d’opinion. Elle est le fruit d’une démarche expérimentale. Il est significatif, pour reprendre l’exemple du Pr Raoult, que celui-ci n’a que très rarement, du temps de sa présence massive dans les médias, été confronté à d’autres scientifiques, contestant ses affirmations.
Nous avons également observé une corrélation entre la défiance, en France du pouvoir, du « politique » et la défiance vis-à-vis des institutions (de santé, médicales, universitaires) assimilées au pouvoir. C’est assez spécifique à la crise politique en France. »

Que faire politiquement pour faire reculer l’obscurantisme ?

Il est regrettable qu’il y ait si peu de scientifiques au gouvernement. On a vu au ministère de la culture, sous Macron, une ministre, Françoise Nyssen qui véhiculait des théories mystiques (anthroposophie). L’institution publique de recherche sur les sectes, la Miviludes est détruite par le pouvoir en place !

Il faudrait développer l’éducation scientifique et technique du plus bas âge à l’université ; multiplier les bonnes émissions scientifiques à la télévision et à la radio publique, notamment ; favoriser la production d’articles de qualité dans la presse, par la formation de journalistes spécialisés ; développer les initiatives culturelles telles celles produites par l’Hexagone, le CCSTI de Grenoble, bientôt le centre de sciences métropolitaine qui ouvrira un planétarium au Pont-de-Claix »

Comment résister aux infox, aux courants obscurantistes ?

« Le PCF, pour sa part à des outils, une tradition, une histoire. Très tôt le PCF a eu de grandes figures scientifiques dans ses rangs avec Paul Langevin, Joliot Curie et plus récemment Jean-Pierre Kahane.
La revue Progressistes, produit une série d’articles de grande qualité.
En France nous disposons d’outils d’informations précieux comme la revue de l’AFIS, des sites internet (Cortecs, « La tronche en Biais ») des formations universitaires à la pensée critique (Richard Monvoisin à Grenoble), des associations (observatoire de zététique),…

Les urgences liées au COVID, les récentes échéances électorales ne nous ont pas permis de mettre en œuvre des actions que nous souhaitons mener en Isère avec le PCF, parmi les quelles des soirées éducatives et de débat avec la revue Progressistes.

Le Travailleur alpin, contribue, avec sa page écrite par Sylvestre Huet, à aiguiser l’esprit critique et informer. »

Le mythe de la terre plate.

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18.10.2021

Les oubliés de l’histoire. Massacre des manifestants algériens le 17 octobre 1961 à Paris

Maryvonne Mathéoud

Environ cinq cents personnes se sont rassemblées le 17 octobre à Grenoble.

À l’appel des associations : Algérie au coeur, Amal, Association Nationale des Pieds Noirs Progressistes et de leurs Amis (ANPNA), Association de Solidarité des Algériens de l’Isère (ASALI), Comité de soutien aux réfugiés algériens (CSRA), Coup de Soleil Rhône-Alpes, La Libre Pensée, Mouvement de la Paix-Isère, Ras L’Front Isère et soutenu par 48 organisations de l’Isère, environ 500 personnes se sont rassemblées ce dimanche 17 OCTOBRE 2021 à Grenoble. Les manifestants se sont ensuite rendus sur le pont St Laurent où ils ont jeté « UNE FLEUR DANS L’ISÈRE ». Grenoble est probablement la première ville en France à avoir commémorer ce massacre. En effet Jo Briant et quelques amis ayant eu l’information sur cette sinistre soirée se sont rendus sur les bords de l’Isère et ont symboliquement jeté des fleurs dans l’eau à la mémoire des victimes.

Texte de l’appel : « Dimanche 17 OCTOBRE 2021 à 11h00 Rassemblement à Grenoble place Edmond Arnaud (quartier Très-Cloîtres) Nous défilerons ensuite vers la passerelle St Laurent où nous jetterons UNE FLEUR DANS L’ISÈRE à la mémoire des manifestants algériens massacrés le 17 octobre 1961 à Paris
Regarder le passé Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers de travailleurs algériens et leurs familles ont manifesté pacifiquement à Paris pour le droit à l’indépendance de l’Algérie, pour leur droit à l’égalité et à la dignité, contre le couvre-feu raciste qui leur était imposé. Alors que la manifestation était pacifique, la répression s’est abattue sur les manifestants avec une grande violence : des milliers d’arrestations, des centaines de morts ou disparus. Le préfet de police de Paris qui conduisait les opérations était Maurice Papon, condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l’humanité pour des actes commis entre 1942 et 1944. Charles de Gaulle était alors le président de la République, Michel Debré le premier ministre. Au nom de la raison d’État, le silence fut organisé sur cette tragédie par le pouvoir de l’époque et ses successeurs. C’est grâce à l’action de citoyens, historiens, écrivains, associations, grâce au foisonnement d’initiatives militantes, que la vérité a pu émerger. Il est important de garantir l’accès aux archives. C’est pourquoi il faut dénoncer la loi du 30 juillet 2021, qui permet de rendre inaccessible des archives, selon le bon vouloir de l’État, ce qui permet de créer à volonté de véritables trous noirs historiques .
Agir au présent Rendre hommage aux victimes de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961, c’est refuser la violence d’État utilisée pour réprimer les manifestations, c’est refuser la banalisation des violences policières, dont est notamment victime la jeunesse des populations issues de l’immigration. Il est essentiel de maintenir vivante la mémoire, lutter contre la réhabilitation du colonialisme et de leurs tenants. Comment accepter que soient installées des plaques honorant la mémoire du général Raoul Salan, comme à Roquecourbe dans le Tarn, alors qu’il est un des généraux du putsch d’Alger et dirigeant de l’OAS, ou comme à Foix en Ariège, honorant la mémoire du général Marcel Bigeard, lui qui qualifia la torture en Algérie de « mal nécessaire ». Qu’attendent les pouvoirs publics pour réagir ? Pour construire un futur solidaire Depuis le 22 février 2019, le peuple algérien se mobilise et manifeste pour une nouvelle société plus libre, plus démocratique et plus juste. Au lieu de prendre en compte les revendications du peuple algérien, le pouvoir algérien procède à de nombreuses arrestations arbitraires de militants politiques. Nous appelons à être solidaires du peuple algérien dans son combat démocratique
A l’occasion du 60ème anniversaire de la répression du 17 octobre 1961, manifestons pour :
– exiger de l’État français qu’il reconnaisse officiellement sa responsabilité dans les massacres liés à la colonisation;
– exiger la reconnaissance des massacres du 17 octobre comme crime d’État;  réclamer l’ouverture des archives de la Guerre d’Algérie et de la colonisation aux chercheurs français et étrangers, sans restrictions, ni exclusives;
– refuser les discours xénophobes, racistes, colonialistes »

Intervention de Mariano Bona au nom du collectif du 17 octobre 1961

« Bonjour, Je vous remercie pour votre présence nombreuse en ce moment très particulier qui marque le 60eme anniversaire du massacre commis le 17 octobre 1961 à Paris. Je tiens à remercier les nombreux élu.es ici présents. Depuis plus de trente ans, le souvenir du 17 octobre 1961 est honoré chaque année à Grenoble par des rassemblements. Il y eut un premier rassemblement dès le 18 octobre 1961, où notre ami Jo Briant participait, avec déjà des jets de fleurs dans l’Isère pour rendre hommage aux victimes. Depuis 2016, nous tenons cet hommage à côté de la plaque commémorative posée par la ville de Grenoble, qu’il faut chaleureusement remercier car c’est un geste d’engagement et de solidarité que trop peu de villes ont fait. Cette question des plaques n’est pas anecdotique. Il est important que les murs des rues et les murs des places portent d’autres traces que celles des massacreurs de la Commune de Paris ou des Généraux qui « s’illustrèrent » de façon sanglante lors de la colonisation. Lorsqu’on évoque la tragédie du 17 octobre 1961, on se heurte bien souvent à l’incrédulité : « comment est-ce possible ? Un tel massacre en plein Paris sous la République ? Nous le saurions quand même … ». Il faut dire et redire les faits. En octobre 1961, le préfet de police de Paris Maurice Papon, condamné en 1998 à dix ans de réclusion pour son implication dans la déportation des juifs de la région bordelaise entre 1942 et 1944, décide du couvre-feu pour les «Français musulmans d’Algérie», terme utilisé à l’époque pour désigner les Algériens travaillant en métropole. Il leur est interdit de circuler dans les rues de Paris et de la banlieue entre 20h30 et 5h30 du matin. Cela se passe dans le contexte de l’état d’urgence qui permet aux préfets «d’interdire la circulation des personnes ou des véhicules dans les lieux et aux heures fixés par arrêté». Il est important de rappeler à propos de l’État d’Urgence, au vu de son utilisation régulière ces dernières années, qu’il s’agit d’ une loi coloniale votée en 1955 comme outil de répression. Déclaré sur le sol de la métropole lors de la tentative de putsch en avril 1961, l’état d’urgence resta en vigueur jusqu’en mai 1963 – un an après les accords de cessez-le-feu d’Evian du 19 mars 1962 et la déclaration de l’indépendance de l’Algérie le 5 juillet 1962. Le soir du 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériennes et d’Algériens, de toutes générations, jeunes et moins jeunes, ont manifesté pacifiquement à Paris pour le droit à l’indépendance de l’Algérie et pour leur droit à l’égalité et à la dignité, contre un couvre-feu raciste qui leur était imposé. Les manifestantes et les manifestants étaient essentiellement des travailleurs de la région parisienne, venus endimanchés avec leurs familles, issus des quartiers populaires et des bidonvilles, notamment celui de Nanterre. Les consignes de la fédération de France du FLN étaient très claires : pas d’armes, même pas un canif. Pour exprimer le refus du couvre-feu, les Algériennes et les Algériens défilèrent sur les boulevards à 20h30, au moment même de la journée où il leur était interdit de quitter leurs domiciles. Le ministre de l’Intérieur, Roger Frey, et son préfet de Police Maurice Papon soutiendront qu’il s’agissait là d’un « acte de guerre « . Drôle de guerre que celle menée par une manifestation pacifique ! 17 octobre 1961 – 17 octobre 2021 1/4 La répression qui s’est abattue sur les manifestants fut d’une grande violence : 11.000 arrestations, 300 victimes, frappées à mort, jetées à la Seine, tuées par balles, massacrés dans l’enceinte même de la préfecture ou du Palais des sports . On a inventé cette expression terrible : « noyés par balles ». On pouvait lire le lendemain dans France Soir : « Ray Charles pourra chanter ce soir. Après le passage du service de désinfection, le Palais des sports a retrouvé sont aspect habituel « . Maurice Papon a une responsabilité écrasante dans ce massacre, lui qui quelques jours auparavant avait dit aux policiers parisiens : «Vous serez couverts, je vous en donne ma parole. ». Le massacre n’empêcha pas Maurice Papon de devenir député gaulliste et ministre. Mais il n’est pas le seul à porter la responsabilité de ce massacre. Qui peut croire qu’il ait agi sans l’accord du Ministre de l’intérieur, Roger Frey, et du premier ministre, Michel Debré, opposé aux discussions en cours en vue de l’indépendance de l’Algérie ? Quand au Général de Gaulle, alors Président de la République, il connaissait forcément le passé vichyssois de Maurice Papon lorsqu’il le nomma préfet. C’est lui qui déclara en 1967 lors de la passation de pouvoir au nouveau préfet Maurice Grimaud, « Vous avez là un poste très important et exposé. Il y faut beaucoup de sang-froid et d’autorité. Vous succédez à un homme [c’est à dire Maurice Papon] qui l’a occupé de façon considérable. » . Lorsque Maurice Papon fut pressenti pour devenir trésorier de l’UDR, le général de Gaulle consulté dira à cette occasion « Papon, c’est tout à fait convenable ». Les rapports officiels ne font état que de deux morts. Le livre « Ratonnades à Paris » de Pierre et Paulette Péju, publié chez Maspéro quelques semaines après le massacre, fut saisi chez l’imprimeur par la police judiciaire. Le film de Jacques Panijel « Octobre 1961 » fut saisi dès sa première projection. Les diverses lois d’amnistie achevèrent d’installer le silence sur ce massacre. Tous les acteurs étatiques se savaient totalement couverts, voire encouragés à réprimer avec violence, du policier de base jusqu’au préfet. Avec le 17 octobre 1961, nous avons affaire à un crime d’État. Il est plus que temps que le Président de la République le reconnaisse publiquement. Face à la volonté d’occultation de ce massacre, c’est l’action de citoyens, historiens, écrivains, associations, grâce au foisonnement d’initiatives militantes, qui permit que l’essentiel de la vérité sur ce massacre soit aujourd’hui connu. En ce 60eme anniversaire du 17 octobre 1961, il est nécessaire de rappeler le rôle très important de Jean-Luc Einaudi, sa bataille pendant 30 ans pour faire connaître et reconnaître le crime d’État. Éducateur pour la jeunesse, attentif aux laissés pour compte et aux oubliés, ce citoyen, se fit historien pour mettre au grand jour ce que fut le 17 octobre 1961. Ne pouvant pas accéder aux archives,.Jean-Luc Einaudi recueilli les témoignages des témoins, des survivants, des familles. En évoquant sa figure, Pierre Vidal Naquet déclara « on ne naît pas historien, on le devient ». A sa mort le 22 mars 2014, Mohamed Harbi, figure considérable de l’Histoire de l’Algérie, qualifia Jean-Luc Einaudi de « héros moral ». Jean-Luc Einaudi ne fut pas le seul ni le premier à vouloir faire sortir de l’oubli cette « journée portée disparue ». Mais son son combat est emblématique de l’action de toutes ces personnes qui agissent au quotidien pour dire l’Histoire, pour rendre justice. A sa mesure, votre présence ici, année après année, est partie intégrante de ce combat. C’est un combat qu’il faut encore mener à l’heure où la République s’obstine à refuser de regarder en face l’héritage de la colonisation. 17 octobre 1961 – 17 octobre 2021 2/4 C’est un combat qu’il faut encore mener pour que le crime d’État que constitue la répression du 17 octobre 1961 soit officiellement reconnu. Un combat qu’il faut encore mener au moment où les tenants de l’Algérie française, du racisme, de la xénophobie tiennent au grand jour leurs discours fétides. Comment ne pas voir le danger alors que des militaires de haut rang peuvent publier une tribune menaçant la République le 21 avril 2021, jour anniversaire de la tentative de Putsch à Alger ? Comment accepter que , sans être contestées, des Mairies puissent honorer les figures du général Salan, putschiste d’avril 1961 et chef de l’OAS, ou le général Bigeard qui qualifia la torture de « mal nécessaire » ? Comment accepter qu’un Eric Zermmour puisse dire sans encombre déclarer publiquement qu’il se situe “aujourd’hui du côté du général Bugeaud » ? Le même Bugeaud, grand massacreur, qui à la tête d’une armée de 100 000 hommes a massacré, pratiqué les enfumades, mis en œuvre la politique de la terre brûlée pour affamer les populations. Le 17 octobre 1961 ce fut aussi la répression d’une lutte menée par les immigrés, pour leur dignité. Cette lutte est loin d’être finie, surtout au moment ou les discours xénophobes et islamophobes se répandent, impulsés depuis le sommet de l’État. Ce dont nous avons besoin c’est de vérité et de justice, pas de répression. Il faut refuser la banalisation des violences policières, dont sont notamment victimes les jeunes des populations issues de l’immigration. La violence utilisée contre les mouvements sociaux, contre les jeunes lycéens et étudiants, provoquant des blessés graves et même des morts doit nous interpeller. Le 17 octobre 1961 nous alerte sur ce qui peut se produire lorsque l’État est prêt à utiliser tous les moyens au nom de la raison d’État. Nous manifesterons tout à l’heure pour :  exiger de l’État français qu’il reconnaisse officiellement sa responsabilité dans les massacres liés à la colonisation; exiger la reconnaissance des massacres du 17 octobre comme crime d’Etat; réclamer l’ouverture des archives de la Guerre d’Algérie et de la colonisation aux chercheurs français et étrangers, sans restrictions, ni exclusives; refuser les discours xénophobes, racistes, colonialistes. Ces revendications sont portées depuis des années, et nous espérions que le 60ème anniversaire verrait une réponse correcte apportée à certaines d’entre elles. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Les archives sont toujours fermées, la responsabilité de l’État n’est toujours pas reconnue, les discours xénophobes, racistes et colonialistes sont tolérés. Alors que le Pouvoir s’obstine à ne pas regarder en face toute son Histoire, il se lance dans une polémique inutile et blessante vis à vis de l’Algérie. Ce n’est pas à la hauteur du moment. 2022, c’est le 60ème anniversaire de la fin du système colonial en Algérie, d’une guerre cruelle, 60ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. C’est une date qu’il ne faut pas prendre avec frilosité. Bien au contraire. Nous appelons à prendre des initiatives pour rendre compte de ce qui fut une bonne nouvelles pour les peuples algérien et français, pour tous les peuples. 17 octobre 1961 – 17 octobre 2021 3/4 Les associations du collectif « 17 octobre 1961 » prendront toute leur part dans l’organisation d’initiatives allant dans ce sens. Notre objectif est de faire que les questions liées à la colonisation et à la guerre d’Algérie soient largement portée dans l’agglomération. Nous appelons les pouvoirs publics et les collectivités locales à prendre toute leur part dans cette commémoration, pour combattre des démons toujours présents, mais aussi pour mettre en partage une histoire commune entre la France et l’Algérie, construire des liens de solidarité entre les deux rives de la Méditerranée. Cet hommage ne serait pas complet sans exprimer notre solidarité avec le peuple algérien. Depuis le 22 février 2019, sur l’ensemble du territoire algérien, le peuple s’est levé en masse et pacifiquement, pour obtenir des changements politiques et sociaux. C’est le Hirak. Jeunes, femmes, étudiants…. progressistes et démocrates, manifestent pour une nouvelle société plus libre, plus démocratique et plus juste, débarrassée de la corruption. Nous devons être solidaires de ce combat, le faire connaître largement. La jeunesse algérienne n’est pas oublieuse de son Histoire : elle s’en est emparée et elle inscrit son combat actuel dans la continuité du combat pour la libération de l’Algérie. Des dizaines d’Algériennes et d’Algériens sont actuellement en prison pour délit d’opinion ou avoir voulu informer. Des partis politiques sont menacés d’interdiction, des journalistes sont emprisonnés. Nous venons d’apprendre avec stupeur la dissolution du RAJ, Rassemblement Actions Jeunesse, né en 1992 en pleine décennie noire, contribuant depuis 28 ans aux combats pour les droits et la démocratie. Nous demandons la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, et le respect des droits des organisations démocratiques algériennes. Les questions soulevées par ce mouvement ne se résoudront pas par la répression, mais par la pleine prise en compte des demandes du peuple algérien. Bien sûr, c’est au peuple algérien et à lui seul de déterminer le chemin qu’il souhaite suivre. Mais cela ne doit pas nous empêcher d’agir pour amplifier la solidarité avec le peuple algérien dans son combat démocratique. Merci de votre attention. »

Extrait de l’intervention de Eric Piolle maire de Grenoble
« 60 ans après la réponse institutionnelle de l’état n’est pas à la hauteur
oui la France doit reconnaître les massacres du 17 octobre 1961 comme crime d’état .
oui la France doit reconnaître pleinement sa responsabilité dans les massacres de la colonisation.
oui les archives de la guerre d’Algérie et de la colonisation doivent être ouvertes sans restriction.
A ceux qui, au plus haut sommet de l’été voudraient nous faire croire que le silence effacerait les crimes et laveraient les mains des bourreaux, à ceux qui voudraient nous faire croire que les victimes dérangent à demander le droit de parler, à demander la justice, à cela je veux dire non.
Ce n’est pas aux victimes de se taire, c’est aux responsables de sortir enfin du silence et c’est à la justice de les y contraindre s’ils refusent de rendre des comptes »

Mariano Bona.

Eric Piolle.

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18.10.2021

Fontaine, école Pont du Drac. Un collectif de parents se mobilise pour une famille

Travailleur Alpin

Une belle soirée festive ce 12 octobre autour de la famille de Maria, infirmière.

Renaud Lugli et Claudine Didier étaient présents à la soirée concert solidaire du mardi 12 octobre, organisée par un collectif de parents d’élèves. Une belle mobilisation humaine et festive avec vente solidaire de miel, inscriptions pour prendre en charge une partie de courses alimentaires…

Maria, maman d’élèves de l’école, infirmière en Angola, s’est vue refuser sa demande de droit d’asile, avec toutes les conséquences afférentes. Cette famille s’investit énormément pour s’intégrer (réussite scolaire et cours à l’école de musique pour les enfants, apprentissage du français en cours universitaire pour préparer le concours d’aide soignante pour Maria).

La dynamique mise en place par ce collectif est à saluer (collecte de dons, pétition, rencontre en mairie, dépôt d’une demande de titre de séjour…).

Le collectif informe que « depuis, la mobilisation des parents d’élèves s’est poursuivie et nous avons obtenu plusieurs avancées, notamment, le retrait de l’obligation de quitter le territoire français dont elle faisait l’objet et l’obtention d’un récépissé de demande de titre de séjour. Cependant, la question de la fin de son hébergement reste d’actualité et nous avons de grandes difficultés à trouver une solution pérenne pour que cette famille ne se retrouve pas à la rue ».

Vous souhaitez apporter une aide à Maria et ses trois enfants, contacter le collectif des parents d’élèves : soutien-maria@googlegroups.com

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14.10.2021

Industrie. Becton-Dickinson uberise l’emploi avec l’argent de la collectivité 

Travailleur Alpin

Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF, aux côtés de syndicalistes de l’entreprise.

Dans le cadre de la semaine d’action aux entreprises organisée nationalement autour de la campagne présidentielle de Fabien Roussel, les communistes de l’Isère sont allés ce jeudi à la rencontre des salariés de Becton-Dickinson. Avec plus de 1700 salariés dont environ 800 en production, c’est désormais la principale entreprise industrielle du Sud-Grenoblois. Becton-Dickinson, multinationale américaine, produit du matériel médical – tel que les seringues indispensables aux vastes campagnes de vaccination.

Laurent, secrétaire du syndicat CGT du site, ne mâche pas ses mots : « Depuis plusieurs années, nous réalisons bénéfices records sur bénéfices records – 104 Millions d’euros pour Becton France en 2020 -, nous produisons pour Moderna, Pfizer, Sanofi… et tout ce qu’on récolte dans les ateliers, c’est un quasi-gel des salaires et toujours plus de précarité. » En effet, près d’un tiers des opérateurs de production sont employés en interim, un choix assumé par la direction selon le syndicaliste, car il permet de maintenir les salariés en bas de l’échelle des rémunérations tout en entretenant une concurrence au sein des équipes. Son collègue, élu au CSE de l’entreprise,  renchérit : « Aujourd’hui, quand tu fais les quatre huit en production, tu touches moins de 1600€ net, soit le smic et les primes de poste, c’est juste indécent ! Et ils (la direction) font miroiter aux jeunes des embauches en CDI pour en tirer le maximum sur 18 mois, et ensuite les jeter comme des kleenex… »

Une politique au service du profit qui fragilise l’entreprise

Sur les augmentations de salaires, le syndicat revendique un montant plancher pour assurer au bas de l’échelle des hausses dignes de ce nom. Mais la direction ne l’entend pas de cette oreille, et se limite à un pourcentage (2% en 2020) identique pour tous. Résultat, les hauts salaires, moins nombreux, gagnent proportionnellement plus, et les bas salaires, moins. Le calcul comptable est évidemment en défaveur de l’ensemble des travailleurs de l’entreprise.

Becton Dickinson

Cette politique de compression des salaires n’est pas seulement injuste sociale, elle est aussi dangereuse économiquement. Cédric, secrétaire de l’union locale CGT et délégué syndical sur le site, explique : « Le turn-over démoralise les salariés, et on perd des compétences. On a à peine le temps de former les nouveaux que déjà ils partent ailleurs, résultat on maitrise de moins en moins bien nos process de production. Et quand on sait qu’on fabrique du matériel médical, une erreur peut potentiellement avoir des conséquences… »

Pour le PCF, la collectivité doit reprendre la main sur les industries stratégique

Jérémie Giono, secrétaire départemental du PCF, tenait à rendre visible la situation dans cette entreprise : « On a là une multinationale qui engrange des bénéfices financés par la Sécurité sociale en bout de course, sur une production essentielle, et ils se comportent comme des profiteurs de guerre ! Les salariés de Becton font partie de ces héros du quotidien que l’on célébrait pendant la crise sanitaire, et aujourd’hui ils sont face à une direction qui uberise leur travail, c’est inacceptable. »

Becton Dickinson

L’hiver dernier, les communistes avaient mené une bataille pour la levée des brevets sur les vaccins et la constitution d’un pôle public du médicament, autour de l’idée qu’il n’était pas possible de laisser notre santé aux mains des financiers. Aujourd’hui, c’est à l’ensemble de la filière élargie que pense le secrétaire départemental : « L’Etat et les salariés doivent avoir un droit de regard sur ce qui se passe dans ces entreprises stratégiques, ils doivent contribuer à en définir les orientations. On ne peut pas laisser ça à des actionnaires qui ne résonnent que sur des graphiques de profit à court terme, on parle de notre santé à toutes & tous. »

Pour ce faire, les communistes ont une solution toute trouvée : convertir les montants d’aides publiques versées ces dernières années – CICE et Crédit impôt recherche, entre autre – en parts du capital de l’entreprise détenues par la collectivité.

Robert W. Ewellnes

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13.10.2021

Une pétition contre la dévitalisation de la gare de Saint-Marcellin

Travailleur Alpin

Le 9 octobre, deux cents signatures ont été recueillies par les militants communistes. Avec Christophe Ghersinu, conseiller municipal, et William Jacquet chef de file PCF pour l’élection législative dans la 9e circonscription.

La SNCF envisage une suppression de poste en gare de Saint-Marcellin. Christophe Ghersinu, élu communiste au conseil municipal, et la section communiste locale portent l’affaire sur la place publique.

La suppression du poste d’agent de guichet de la gare de Saint-Marcellin est envisagée par la SNCF à compter du 1er décembre. Le guichet resterait ouvert, mais par l’agent d’escale en place. Il ne s’agit pas d’un simple changement de dénomination. Cela affecterait à la fois la vente des billets et les renseignements au guichet. Pendant plusieurs heures, chaque jour, l’agent d’escale se consacre aux départs des trains, aux problèmes de sécurité, aux retards de trains. C’est son rôle. Chaque fois qu’il se consacrera à ces tâches liées aux circulations de trains, le guichet sera fermé.

Et la SNCF est bien en peine d’expliquer comment le guichet pourrait rester ouvert aux mêmes horaires si cette suppression de poste était maintenue.

L’abandon des territoires ruraux en rase campagne

Une restructuration qui se ferait au détriment des usagers. Christophe Ghersinu, conseiller municipal communiste d’opposition, est intervenu au cours du dernier conseil municipal sur ce sujet.

Les communistes du sud Grésivaudan demandent un véritable plan État région de désenclavement des territoires ruraux, ainsi qu’une véritable politique du fret ferroviaire à la place « du tout camion ».

Ils rencontreront les autorités locales pour qu’elles interviennent auprès de la SNCF, de l’État et de la région .

Le 9 octobre a eu lieu une signature de pétitions avec la participation de Christophe Ghersinu, de William Jacquet, chef de file des communistes dans la 9e circonscription de l’Isère pour le prochain scrutin de juin 2022.

Près de deux cents signatures ont été recueillies pour la défense du service public ferroviaire à Saint-Marcellin et lors des nombreuses discussions a été évoqué la dégradation des services publics de proximité en milieu rural.  Cette pétition az été mise en ligne : on peut la signer ici.

Une campagne qui va se poursuivre.

Jean-Paul Stef

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