Associations iséroises


Publié le 02.02.2022 à 17:39

Comment réagissent les enfants face au Covid ?

Comment réagissent les enfants face au Covid ?

Sujet élu le 6 janvier avec 34% des votes, à égalité | rejoindre les 85 abonné·e·s

À partir du 15 décembre 2021, la vaccination a été recommandée pour les enfants de 5 à 11 ans à risque de développer une forme grave de Covid-19 et pour ceux qui vivent dans l’entourage d’une personne immunodéprimée ou porteuse de maladie grave. Une semaine plus tard, elle s’est finalement ouverte à tous les autres enfants du même âge. Depuis le début de la crise sanitaire, ces derniers ont vécu un confinement, puis deux, puis trois. Le port du masque est devenu obligatoire le 3 janvier 2022 pour les enfants de 6 ans et plus dans les transports et les lieux recevant du public. Comment les enfants de l’agglomération grenobloise encaissent-ils ces changements ? Comment vivent-ils cette longue période marquée par le Covid ?

Arrivée aux alentours de 11h devant la sortie de l’école Marianne Cohn à Grenoble, je vois les parents, grands-parents, frères et sœurs arriver au compte-goutte devant la grille. À 11h45, la sortie des enfants est pleine d’effusions, de cris et d’embrassades, et derrière les écharpes, masques et doudounes on devine de grands sourires.

Le 17 mars 2020, la France était confinée pour la première fois. Pour les enfants, cela signifiait école à la maison.

J’avais plus de devoirs que d’habitude et c’était dur de se motiver pour travailler.” raconte Emma, 9 ans et demi, en CE2 lors du premier confinement. Sa maman confirme : “C’était ardu de s’improviser maîtresse. Surtout qu’au début, on nous donnait des devoirs à faire au jour le jour. Puis après heureusement, on nous les envoyait à l’avance et on pouvait s’organiser sur la semaine.

Du côté des enseignants, ce n’était pas évident non plus. Émilie, professeure des écoles en Matheysine devait jongler entre préparation des cours de CM1 et CM2 et ses trois enfants. “Je travaillais le matin et le soir, et je consacrais la journée à mes enfants. J’ai mis du temps à trouver le bon rythme. Au départ, je communiquais un plan de travail aux parents pour la semaine. Les élèves faisaient surtout des maths, du français et je leur envoyais des vidéos pour les sciences. Sauf que je recevais les corrections au fur et à mesure et c’était impossible à gérer. J’ai donc rapidement préparé les corrigés en amont pour les transmettre chaque soir.”

Lors du bilan du premier confinement, Émilie a constaté que, sur la classe de 24 élèves, trois n’avaient pas donné de nouvelles : “J’avais pris le temps d’appeler chaque parent pour faire un point avant la reprise. Ces trois élèves ne sont revenus que mi-juin, complètement perdus, alors qu’ils étaient en CM2”, regrette-t-elle.

Selon Olivia Cahn, psychologue clinicienne libérale auprès d’enfants, adolescents et adultes à Grenoble, chaque enfant a réagi différemment au premier confinement. “Pour certains, cela a été l’occasion de resserrer les liens familiaux, d’avoir des parents plus présents à la maison. Cela a également été bénéfique aux enfants qui subissaient du harcèlement ou qui avaient des difficultés à l’école. Cette période leur a fait du bien. Mais pour d’autres, cela a pu être laborieux car ils absorbaient le stress de leurs parents qui devaient gérer le télétravail et les devoirs à la maison.”

Corinne Louin, psychologue dans un centre médico-psychologique (CMP) à Albertville a une analyse différente, puisqu’elle suit davantage d’enfants placés ou qui sont issus de milieux sociaux précarisés.

« Je m’occupe notamment des petits de 0 à 6 ans. Le confinement a eu des effets positifs sur ceux qui avaient des troubles de l’attachement. Il leur a permis de se sentir en sécurité et ils sont donc revenus apaisés. En revanche, nous avons observé une augmentation des violences intra-familiales. Nous sommes passés de deux demandes par mois à une par semaine. Il s’agissait surtout de violences conjugales, mais qui ont forcément eu des répercussions sur les enfants. » — Corinne Louin, psychologue.

Selon les chiffres du ministère de l’intérieur, annoncés le 22 novembre 2021🔗, les violences conjugales ont augmenté de 10 % lors du premier confinement (en mars 2020) par rapport à la même période en 2019.

Carine, professeure des écoles à La Mure qui a mal vécu le premier confinement, raconte : “Dans mon école, j’ai des petits de 3 et 4 ans. Tout le long, j’avais peur que cette phase de confinement crée une différence de niveau entre eux car certains viennent de milieux défavorisés. Je savais que je ne réussirais pas à toucher ceux dont les besoins sont les plus grands. C’était très perturbant pour moi. Et cela a été le cas. Pour les enfants qui avaient bien travaillé, le confinement n’a rien changé. Certains sont même revenus avec un niveau supérieur à mes attentes. Mais pour les autres, cela a creusé des écarts.”

“On leur apprenait à avoir peur les uns des autres”

Les écoles maternelles et primaires ont rouvert progressivement à partir du 11 mai, sur la base du volontariat au départ. Dans son école, Carine organisait une rotation d’élèves, par groupe de cinq, avec une priorité pour les enfants du personnel soignant. “Quand on a repris, c’était très anxiogène. Il fallait sans arrêt tout désinfecter. Tout le monde avait peur, le personnel était stressé. Les enfants étaient seuls à leur table, ils n’avaient pas le droit de se déplacer dans la classe. C’était horrible cette période car ma mission en maternelle, c’est de leur apprendre à vivre ensemble et qu’ils soient heureux de venir à l’école. Et là on leur apprenait à avoir peur les uns des autres. Pour moi, c’était en train de détruire l’essence même de ma mission. J’avais peur qu’on soit en train de les abîmer.”

Les enfants respectent le port du masque obligatoire lors des cours. Ici, dans une école en Matheysine.

L’école est redevenue obligatoire à partir du 22 juin 2020. Vanessa, animatrice périscolaire dans plusieurs écoles du centre ville de Grenoble, se souvient : “À la reprise, ils n’avaient pas le droit de se mélanger. On devait délimiter des carrés dans la cour de récréation. ils ne pouvaient pas jouer avec tous leurs copains, copines. Ils étaient déboussolés. Quand l’un d’entre eux éternuait, ils étaient tous stressés, ils avaient peur d’attraper le Covid. Ils ne savaient pas au tout début que ce n’était pas une maladie grave pour eux.

Olivia Cahn, psychologue à Grenoble, analyse : “Les enfants ont été soumis à beaucoup de règles et de changements de protocoles sanitaires. J’ai trouvé notamment que les périmètres installés dans les cours de récréation ont eu des effets négatifs. Certains ont été séparés de leurs ami·es. D’autres se sont retrouvés dans le même périmètre qu’un enfant harceleur par exemple. Et en ce moment, les enfants vivent à nouveau une période pénible, ils doivent tout le temps se faire tester et certains saturent.

Record de classes fermées en janvier 2022

Le vendredi 28 janvier, près de 21 049 classes sur 527 200 étaient fermées dans les écoles, collèges et lycées, soit 3,99% du nombre total de classes selon les chiffres du ministère de l’Éducation nationale.

À la sortie de l’école Marianne Cohn dans le quartier Hoche à Grenoble, mercredi 19 janvier, les parents masqués patientent, bien éloignés les uns des autres. Marina, une écharpe autour du cou, attend sa fille de 8 ans et demi. “En ce moment, une classe entière est fermée dans l’école.” 11h45 sonne, les enfants sortent à leur tour. Des masques bleus, blancs, roses ou noirs sur les visages.

Les parents attendent les enfants à la sortie de l’école Marianne Cohn, tous masqués, mercredi 19 janvier à 11h45.

En ce moment, si un enfant est positif dans la classe, les autres doivent se faire tester le jour-même, puis à J+2 et J+4 pour les moins de 12 ans. Les enseignants positifs sont très rarement remplacés. Et les enfants devant s’isoler n’ont pas de suivi puisque la maîtresse ou le maître poursuit ses cours en classe. C’est un ras-le-bol général”, s’indigne Nada, parent d’élève et membre de la Fédération des Parents d’Élèves de l’Enseignement Public (PEEP).

Les nouveaux protocoles sanitaires sont affichés à l’entrée de l’école Marianne Cohn. Ils concernent les attestations sur l’honneur à fournir par les parents lors du premier autotest négatif.

Émilie, professeure des écoles et mère de trois enfants, partage le même point de vue. “C’est le bazar en ce moment. Une de mes filles est positive et pas vaccinée. Du coup elle est en isolement. Ma plus grande a déjà fait plus d’une dizaine de PCR car elle allait à la natation tous les mardis et devait se tester chaque fois. Ma petite de 7 ans et demi en a déjà fait quatre ou cinq. Et vu que ma collégienne est positive, je vais toutes devoir les retester, en décalé. On est tous en surcharge mentale à cause des tests. Maintenant on doit aussi s’occuper des attestations sur l’honneur pour les autotests. On est tous à bout.”

Modèle d’attestation sur l’honneur à remplir par les parents.
Les enfants de moins de 12 ans cas contacts doivent présenter à leur établissement scolaire une attestation sur l’honneur des parents ou des représentants légaux à l’issue du premier test négatif. Depuis le 11 janvier 2022, il n’est plus nécessaire de fournir deux attestations à J+2 et J+4, mais une seule à J+0. L’Assurance-maladie prend en charge trois autotests lorsqu’un enfant est cas contact dans le milieu scolaire. Ils peuvent être délivrés sans reste à charge uniquement en pharmacie sur présentation d’une attestation de l’école.
Taux d’incidence (nombre de cas de Covid détectés pour 100 000 personnes) par classe d’âge. Données disponibles sur le site Santé publique France🔗.

Selon Vanessa, animatrice périscolaire, la situation est à nouveau tendue : “Je les sens stressés depuis la reprise de janvier. Dès qu’on leur parle de cas contact, ils paniquent. Le protocole change d’une semaine à l’autre. Il y a aussi une pénurie de gel et de masques. Je dois amener mes propres masques pour travailler.

Dans l’école d’Emma, à Uriage, il y a également des cas contacts tous les jours. “Elle a eu le Covid le 15 décembre, c’est une copine à l’école qui lui a transmis. Heureusement elle n’a pas eu de symptômes, juste de la fatigue et le nez qui coule. Du coup elle n’a pas à faire de tests pendant deux mois. Mais depuis le début du Covid, elle en a dû en faire six”, relate sa mère.

En maternelle, les règles sont légèrement différentes, comme l’explique Carine, professeure des écoles : “Nous sommes un peu épargnés car les petits ne portent pas de masque. Pareil pour la distanciation sociale, ce n’est pas possible à leur âge. Donc on vit à peu près normalement par rapport aux écoles primaires. Le personnel porte le masque tout le temps en revanche. Il m’arrive de le baisser par moment lorsque je suis éloignée des enfants et que je leur fais un cours sur le langage. Il est primordial qu’ils voient les expressions sur mon visage et qu’ils me voient articuler, notamment pour les exercices de phonologie, le son “f” et le son “t”. On a aussi reçu des masques transparents il n’y a pas très longtemps, ce qui aide beaucoup dans ce genre de situations.”

L’impact sur le quotidien des enfants

Les enfants font beaucoup moins de sorties avec l’école, déplore Carine : “Avant, on les emmenait au cinéma, au gymnase, ou à la médiathèque. Pour ceux qui viennent de milieux défavorisés, seule l’école leur permet ce type d’activité. Mais on s’adapte, par exemple en ce moment nous avons une potière qui vient leur faire des cours.

De son côté, Emma, 9 ans et demi, regrette de ne pas pouvoir faire de soirée pyjama avec ses copines. Mais pour la plupart des enfants ce qui les gêne le plus c’est de porter le masque. Cependant, Vanessa, animatrice périscolaire remarque : “Ils sont formatés maintenant. Ils savent qu’ils sont punis s’ils ne le portent pas.”

Nada, mère de deux garçons en CP et CE1 à l’école Jean Jaurès dans le centre ville de Grenoble, partage une anecdote : “Lors d’un cours de citoyenneté, il fallait proposer son programme si on devenait président. L’idée que Malik* a suggéré était de ne plus porter le masque.”

« Ils ont totalement intégré le port du masque et il est même représenté dans leurs dessins. En revanche, certains s’en plaignent au moment des activités sportives ou pendant la récréation car ils les empêchent de respirer. Il faut noter que les enfants ne sont pas venus me consulter à cause du Covid. Leurs interrogations ou symptômes se sont aggravés ou sont devenus plus visibles, comme si la crise sanitaire avait été une loupe grossissante des problèmes déjà existants. Mais le Covid n’est pas un objet de discussion ou de préoccupation pour eux. » — Olivia Cahn, psychologue.
Dessin réalisé par Célia, 8 ans.

Les résultats préliminaires d’une enquête de Santé publique France indique que la santé mentale des adolescents (13–18 ans) est davantage impactée que celle des enfants (9–12 ans). Cependant, il est encore trop tôt pour mesurer les effets psychologiques de ces deux années de Covid sur ces derniers.

La psychologue Corinne Louin est optimiste : “Les enfants dépendent de leur environnement, ils ne grandissent pas tout seuls. Lorsque les adultes vont mal, ils vont mal aussi. C’est très perméable. Il faut que nous les adultes, nous ne dramatisions pas la situation. Mais je ne suis pas inquiète pour le futur, les enfants ont beaucoup de ressources.

Nada, mère de deux enfants, s’inquiète elle des répercussions sur leur avenir. “Ce qui me choque, c’est qu’à l’heure actuelle, le Covid représente déjà la moitié de la vie de mes enfants, car ils ont 6 et 7 ans. Plus tard, ce ne sera peut-être qu’un souvenir. Ou alors cela aura un impact psychologique. On ne sait pas.

Émilie, professeure des écoles, nous livre un épisode difficile traversé par sa fille : “Une de mes filles ne va pas très bien en ce moment. Elle a été isolée pendant une semaine car elle était positive au Covid. Du coup elle a loupé pas mal d’événements au collège et cela a créé des embrouilles avec ses copines. Elle a reçu des remarques très méchantes : “t’as qu’à arrêter de faire des caprices et te faire vacciner”, notamment. Sauf qu’elle ne veut pas se faire vacciner, et son père et moi ne sommes pas non plus pour la vaccination des enfants. C’est une très bonne élève donc il n’y a pas de soucis sur le plan scolaire, mais c’est une période complexe sur le plan amical pour ces collégiens.

Selon le ministère des solidarités et de la santé, au 22 janvier, 216 000 enfants de 5 à 11 ans avaient reçu une dose, sur les 5,7 millions d’enfants éligibles🔗. De nombreux parents continuent de s’interroger sur l’utilité du vaccin.

Reportage réalisé par Lola Manecy
Illustrations Alice Quistrebert

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Publié le 28.01.2022 à 17:32

#4 Dans la métropole grenobloise, le retour des agents du recensement

Les explorations d’Alex | 28 janvier 2022

Après une absence en 2021, le recensement de l’Insee a débuté dans certaines villes depuis le 20 janvier. Les agents, recrutés par les communes, vont rencontrer un échantillon de la population. Leur mission, mettre à jour les données sur la population et mieux connaître ses besoins. L’avertY s’est entretenu avec l’un d’eux.

Pour André*, c’est une première fois en tant qu’agent recenseur à Grenoble, métier qu’il qualifie de « découverte intéressante ». Interrogé sur le sens qu’il donne à ce travail, il évoque sans ambages une motivation économique : « c’est un revenu supplémentaire qui peut m’aider, à partir en vacances par exemple ». Mais au fil de l’entretien, ce sont des motifs bien plus profonds qui apparaissent. L’agent évoque une nécessité « d’aimer l’humain, car c’est au cœur du travail ». Dans la vie de tous les jours, André travaille auprès des demandeurs d’emploi dans une collectivité locale. Il évoque le lien évident entre son métier et la mission de recensement, « dans les deux cas, il faut être humble, bienveillant et à l’écoute des gens ». Si l’homme se retrouve dans ces traits de caractère, c’est qu’ils sont exigés en tant qu’agent recenseur, en particulier dans cette époque de pandémie.

Le recensement en période de Covid

En 2021, le recensement n’a pas eu lieu faute de personnel et par peur des contaminations entre les agents et les habitants. Cette année, plusieurs mesures censées assurer son bon déroulement ont été mises en place, « on a comme consigne de ne pas entrer chez les occupants et de les encourager à répondre par Internet », nous explique André. Cependant sur le terrain, la peur ne semble pas si présente : « même si on a quelques personnes qui nous claquent la porte au nez, 90% des gens sont bienveillants ». Pris de frissons, il se remémore une rencontre particulièrement touchante, « c’était un homme âgé de 70 ans je dirais, qui était vraiment content de voir un humain “qu’il peut toucher” et pas seulement par un écran ». Face à Internet, les personnes âgées semblent préférer l’humain, « ils souffrent d’une barrière avec le numérique, avec l’agent le lien est plus facile pour eux », souligne le cinquantenaire.

Pour comprendre le fonctionnement du recensement et son but, découvrez aussi cet encadré interactif.

Un travail qui nécessite de nombreuses qualités

Au-delà de la distribution des questionnaires statistiques aux habitants, les agents mobilisent bien d’autres talents dans leur travail. André explique la nécessité de « sentir le pouls » dans les cages d’escaliers et les parties communes des habitations : « il faut tenir compte du rythme de vie des gens, par exemple les mamans qui reviennent avec leurs enfants de l’école c’est vers 17 heures 30, les personnes âgées c’est aux environs de 18 heures juste avant de souper ». Il décrit ainsi son organisation, en commençant sa mission d’agent aux alentours de 17 heures jusqu’à 20 heures, mais pas plus tard, « j’essaie de rester raisonnable pour ne pas déranger les occupants ». André nous fait bien comprendre à quel point « l’enquête et l’intuition » sont essentielles pour l’agent recenseur. Interrogé sur les qualités requises pour être agent selon lui, il évoque aussi l’aspect physique, « quand je commence le recensement après la journée de mon emploi principal, on arrive en fin de journée et il faut se taper les neuf étages d’un immeuble sans ascenseur, ça demande du cardio », affirme-t-il en riant.

Être agent recenseur, une vraie expérience humaine

André est prêt à reprendre le flambeau l’année prochaine, « le lien humain me plaît beaucoup, il faut être méthodique et avoir beaucoup de motivation donc je serais sûrement candidat l’an prochain », nous annonce-t-il. En attendant 2023, le recensement a lieu cette année du 20 janvier au 26 février dans les villes de plus de 10 000 habitants. L’occasion peut-être pour certains grenoblois de rencontrer André. « En attendant la fin, j’y vais avec le sourire », déclare-t-il en conclusion de notre entretien.

*À sa demande, le prénom a été modifié pour préserver son anonymat.

Reportage d’Alex Callant, journaliste sur L’avertY.

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#3 Christiane Taubira en campagne au Pont-de-Claix sur le thème du logement

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Illustration Grenoble-Alpes Métropole, publiée sur son site. DR.

Publié le 26.01.2022 à 16:38

#3 Christiane Taubira en campagne au Pont-de-Claix sur le thème du logement

Les explorations d’Alex | 25 janvier 2022

Quelques jours après l’annonce de son soutien à la candidate, Christophe Ferrari le maire de la ville et Président de Grenoble-Alpes Métropole a accueilli l’ancienne Garde des Sceaux. Ils se sont rendus ce mardi 25 janvier au quartier des Minotiers et des Îles de Mars-Les Olympiades. L’occasion pour Taubira d’annoncer ses mesures sur le logement, mais aussi de saluer le bilan de la ville en la matière.

À cette occasion, L’avertY a fait le déplacement et vous propose de revivre le live-tweet de l’évènement.

Christiane Taubira évoque ses mesures sur le logement devant les journalistes.
Au milieu de la foule, la candidate échange quelques mots avec les passants.

Après cette visite au Pont-de-Claix, la candidate s’est rendue dans le centre-ville de Grenoble. Elle a pu rencontrer ses militants et échanger sur sa campagne. Suite à ce déplacement, Taubira devrait se rendre mercredi 26 janvier à Briançon pour aborder la thématique de la migration.

Live-tweet réalisé par Alex Callant.

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Publié le 21.01.2022 à 17:45

#2 À la découverte du street-art grenoblois

Les explorations d’Alex | 21 janvier 2022

L’avertY part à la découverte du street-art grenoblois. Deux artistes locaux “Neo Musty” et “Otist” nous expliquent les enjeux de cette pratique de plus en plus reconnue. En témoigne le Street Art Fest, organisé depuis 2015, qui fait rayonner la métropole dans toute l’Europe.

Story réalisée par Alex Callant
À revoir sur Instagram.

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Photo bonus — Alex Callant.

Publié le 19.01.2022 à 17:16

#1 Grenoble capitale verte européenne, ça donne quoi au quotidien ?

#1 Grenoble capitale verte européenne, ça donne quoi au quotidien ?

Les explorations d’Alex | 18 janvier 2022

L’inauguration de la capitale verte européenne avait lieu ce samedi 15 janvier. L’événement vient consacrer les politiques écologistes de la municipalité. Mais précisément, quelles structures font de Grenoble une véritable capitale verte ? L’avertY vous emmène à la rencontre de ces lieux qui verdissent la métropole.

Première étape à la ferme urbaine Millepousses, située dans le parc Lesdiguières.

Avec ses 2500 m² de terrain au sein du parc Lesdiguières à Grenoble (tout proche de l’hôtel du même nom), Millepousses donnerait presque un sentiment de campagne en ville. On y cultive des micro-pousses🔗, telles que des aromates, de la bourrache ou encore du cresson… Au-delà de la culture, la ferme permet aussi l’insertion sociale de personnes en difficultés🔗. Ainsi l’embauche de cinq salariés est prévue d’ici 2023. Interrogée sur la promotion de la ferme dans les brochures promotionnelles de la capitale verte, Isabelle Robles, la directrice de la ferme ne semble pas emballée : « La municipalité nous soutient et c’est donc normal qu’on soit mis en avant dans la communication, mais pour nous l’enjeu c’est le local (…) notre activité se fonde d’abord sur la proximité ».

Plus au nord de Grenoble, on invente l’habitat de demain.

Selon les architectes, la silhouette du bâtiment ABC rappelle les montagnes environnantes.

Vous l’avez peut-être aperçu dans le paysage grenoblois. Au cœur du quartier Cambridge sur la Presqu’île, le bâtiment Autonomous Building for Citizen (ABC) est immanquable, coiffé de ses gigantesques panneaux photovoltaïques. Après une convention signée en 2014 entre la mairie et le constructeur Bouygues, les premiers logements ont été livrés en 2020. À la clé, une soixantaine d’appartements, dont 20 logements sociaux.

Coté rue, le style du bâtiment est davantage conventionnel.

L’énergie, la gestion des déchets, de l’eau sont les trois axes qui font de ABC un logement autonome. Ses panneaux photovoltaïques assurent une production qui permettent l’autoconsommation jusqu’à 70% selon le promoteur. Les déchets sont pesés pour inciter à leur réduction et le compostage est encouragé dans les potagers de la résidence. Quant à l’eau de pluie, elle est récupérée et potabilisée. Un premier bilan évaluera l’impact du bâtiment en 2024. En plus de capter l’énergie solaire et l’eau, le bâtiment capture l’attention du passant au premier coup d’œil.

Enfin à Grenoble, on se déplace autrement.

Devant le lycée Champollion, les nombreux vélos attachés témoignent de la ferveur du cyclisme à Grenoble.

C’est un ballet incessant en centre-ville. À l’intersection du cours Berriat et du boulevard Gambetta, c’est un flot de cyclistes qui passe chaque jour. L’Insee avait classé en 2021 Grenoble en tête des villes cyclables. Pour témoigner de cet engouement, la métropole a mis en place plusieurs compteurs sur les pistes. On compte ainsi plus de 70 000 déplacements en vélo quotidien dans l’agglomération d’après le site de la Métropole. Fin décembre 2021, l’un des compteurs avait même dépassé le million de cyclistes !

Le compteur de vélo à l’intersection du cours Berriat et du boulevard Gambetta.

À terme, l’année de la capitale verte sera riche en événements. Au cours de chaque mois, un défi sera proposé aux institutions, associations et aux citoyens sur des thématiques variées (climat, énergie, consommer autrement, habiter la ville de demain…) mais aussi des visites, dont une est prévue le 12 mars pour découvrir le quartier de Cambridge et le bâtiment ABC. À vos agendas !

Reportage d’Alex Callant, journaliste sur L’avertY.

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Publié le 14.01.2022 à 15:57

« Nous baignons toutes et tous dans la culture du viol. »

📣 « Nous baignons toutes et tous dans la culture du viol. »

En complément du mensuel “Balance ton bar : nouvelle vague de témoignages”🔗, L’avertY reproduit la lettre ouverte de “quatre des victimes connues de l’agresseur qui a sévit à la Bobine” en réponse au communiqué publié par le bar associatif sur son site, permettant de prolonger le débat sur la question des violences sexuelles et sexistes.

La Bobine bar et lieu de culture — du viol.
Lettre ouverte du 16/12/2021
Nous, victimes d’un agresseur ayant sévi à La Bobine durant des mois, souhaitons aujourd’hui écrire une lettre ouverte suite au communiqué de cet établissement concernant les agressions que La Bobine a couvert durant tout ce temps, ce dont ils se défendent aujourd’hui dans de nombreux médias.
Étant donné la violence de ce que nous avons vécu en essayant de les alerter,
depuis février 2021, ce communiqué est un moyen de transmettre notre parole sans qu’elle soit dénaturée. Nous voulons prévenir les personnes souhaitant interagir avec cet établissement de quoi sont capables ces institutions qui se prétendent “safe”, dès lors que l’on ose remettre cela en question. De manière générale, nous voulons que la situation qui nous a été imposée par La Bobine ne puisse plus se reproduire. Car aujourd’hui, malgré ce qu’en dit La Bobine dans son communiqué, tout laisse à croire que rien n’a changé dans leur manière de considérer les violences sexistes et sexuelles.
Dans son communiqué, l’association se déresponsabilise complètement des agressions qui ont été commises par son employé. Elle mentionne des “faits de violences sexistes et sexuelles qu’aurait commis l’un de [leur] salariés dans le cadre de sa vie privée”. Ce n’est pas “aurait commis”. Cet homme a bel et bien été condamné à un rappel à la loi pour des faits de harcèlement et violences conjugales. Au vu de la gravité des faits, l’association Serein·e·s a alerté la direction de La Bobine dès février 2021 de la dangerosité de cet employé sexiste et violent. La Bobine ne nous a pas cru alors, tout comme elle remet en question ce témoignage aujourd’hui dans son communiqué en utilisant le conditionnel pour parler des faits. Suite à cette première alerte, une “enquête” aurait été menée, terme bien mal choisi, de l’aveu même du salarié qui l’a faite.
Les quelques questions posées à certain·e·s employé·e·s n’ont servi à rien, si ce n’est à permettre de rompre l’anonymat de victimes, les humilier en laissant l’agresseur donner à tout le monde une version fausse et dénigrante des faits, et à révéler la nature de la relation entre certaines victimes et les personnes ayant pu porter leur témoignage.
Cela nous a vraiment mises en danger et a envoyé un message clair à tout le monde : osez prendre la parole, vous aurez tort aux yeux de tous et toutes et on vous humiliera, comme on a humilié les autres. L’argument de la vie privée est également complètement malhonnête de leur part.
Nous avons dû leur expliquer que l’état d’ébriété dans lequel il était à La Bobine ou en rentrant de La Bobine décuplait son agressivité (violences conjugales une fois rentré, menaces envers une de ses victimes proférées sur la terrasse…).
Nous avons dû leur expliquer que l’impunité et la protection dont il bénéficiait à La Bobine le faisait se sentir légitime à porter atteinte à l’intégrité physique des femmes (utilisation de son badge de travail pour aller bousculer une de ses victimes au cours du Festival Bob’Out). Tout cela est clairement en lien avec La Bobine. Qu’attendent les responsables ? Un viol au milieu du dancefloor ?
Pourtant La Bobine connait les mécanismes de la culture du viol et sait très bien que les viols et les agressions sexuelles ne sont pas perpétrés par d’illustres inconnus marginaux, ou parce que les victimes l’avaient bien cherché, mais que ce sont des actes commis par nos entourages, parce qu’on alimente un climat ou les violeurs sont excusés et les victimes blâmées. La Bobine le sait très bien, parce qu’elle organise un cycle “Dégenrer la musique”, avec un petit jeu de mot sur l’affiche qui montre que là-bas, on n’a pas peur de “déranger”, de militer. Il y a des articles dans le journal de La Bobine sur l’égalité des genres, des réunions collectives sur le sujet, La Bobine est partie prenante des Assises de la nuit organisées par la Ville de Grenoble, ou encore La Bobine avait organisé un évènement consacré à la culture du viol en milieux festifs, intitulé “La fête, une zone grise ? Violences, Consentement, Prévention” pour mettre en lumière la stratégie des agresseurs.
Les évènements que La Bobine organise laissent penser qu’ils connaissent les stratégies des agresseurs et donc qu’ils ont choisi de les reproduire sur les victimes qui ont témoigné.
Si La Bobine a laissé un agresseur en poste, ce n’était pas parce que la loi les empêchait de le licencier. Si La Bobine a laissé un agresseur en poste ce n’est pas parce qu’elle n’a pas conscience de “l’urgence à former ses équipes”. La Bobine a préféré protéger avant tout l’association et son image, et pérenniser son fonctionnement, peu importe qu’il soit défaillant et mette des
personnes en danger.
Ce qui est grave et choquant, c’est de lire que ce qui les perturbe ce sont les “accusations” des victimes, et non pas la présence d’un agresseur dans leur équipe.
La Bobine a seulement réagi quand, fatiguées de leur mépris et de nous faire agresser par leur employé là-bas, nous avons posté des messages sur les réseaux sociaux.
En guise de réaction, la Bobine a essayé de nous intimider en disant à des partenaires professionnels qu’on les harcelait, en nous culpabilisant de les mettre dans une situation difficile. La Bobine a essayé de nous épuiser, en nous baladant de rendez-vous en rendez-vous, nous faisant répéter jusqu’à 6 fois les mêmes témoignages, nous demandant d’être leur soutien émotionnel, nous demandant du travail gratuit (comme de mener une enquête pour elles et eux). La Bobine a maintenu le climat de peur qu’elle avait instauré. Vous voulez alerter sur la dangerosité d’un employé sexiste ? Vous vous exposez à l’humiliation, à l’épuisement, aux représailles de l’agresseur aussi via son employeur.
Combien de femmes se sont tues pour se protéger du rouleau compresseur patriarcal bien huilé de cette institution culturelle ? Combien de fois La Bobine s’est-elle rendue coupable de non-assistance à personne en danger ?
Pour éviter que ces questions ne se posent, La Bobine s’est empressée de saturer l’espace médiatique qui a commencé à se créer autour de la parole des victimes, concernant les violences sexistes et sexuelles dans les milieux festifs.
Articles, interviews, communiqué… Ces dernières semaines, La Bobine a diffusé partout la liste de tout ce qu’elle mettait en place de bien sur son lieu de travail (qui sont en fait des obligations légales), pour envoyer des signaux rassurants à ses financeurs et ses publics.
Elle a utilisé les mêmes canaux que les victimes avaient emprunté pour les invisibiliser. Tout en ne modérant pas les commentaires sous leur communiqué, laissant leurs propres employés continuer le harcèlement et l’intimidation instauré. Comble de leur inconsidération à notre égard, alors que la Bobine nous avait promis qu’on rédigerait ce communiqué ensemble, que nous allions “co-construire la suite” en guise de réparation des 10 derniers mois, elle a choisi de parler de notre chair et de notre dignité à notre place, deux jours avant la journée internationale contre les violences faites aux femmes.
“Nous savons qu’elles n’ont d’autre choix que de crier pour se faire entendre” peut-on lire dans leur communiqué. Quelle indécence, combien d’agressions aurait-on pu éviter si vous nous aviez écoutées ? Que savez-vous des luttes féministes, à part les instrumentaliser ? Ne réitérez pas votre soutien aux victimes. Vous n’en avez, à notre connaissance, jamais été d’aucun, et n’avez, au vu de votre communiqué, pas les moyens de l’être.
Nous baignons toutes et tous dans la culture du viol. Nous l’entretenons parfois contre notre gré. Nous ne sommes personne pour enjoindre ce qui doit être fait collectivement à ce sujet. Ce qui est certain, c’est qu’il incombe à chacun et à chacune de prendre ses responsabilités face à cela.
Eva, Clémentine, Marine et Lola (prénoms modifiés), quatre des victimes connues de l’agresseur qui a sévit à la Bobine
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Publié le 13.01.2022 à 14:35

Balance ton bar : nouvelle vague de témoignages

Sujet élu le 2 décembre avec 63% des votes | rejoindre les 89 abonné·e·s

Quatre ans après l’effervescence des hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc🔗 sur Twitter, c’est au tour de comptes “Balance ton bar” de fleurir sur Instagram. Ce mouvement apparu mi-octobre à Bruxelles🔗 souhaite libérer la parole en publiant des témoignages anonymes de femmes victimes de viols et agressions sexuelles, spécifiquement dans le monde de la nuit. Cette initiative a trouvé un écho localement avec la création d’une nouvelle page “Balance ton bar Grenoble”, obligeant les gérant·e·s à réfléchir à de meilleurs accompagnements de leur clientèle féminine.

Illustration Alice Quistrebert pour L’avertY.

Qu’ils soient récents ou datant de plusieurs années, la trentaine de témoignages locaux font froid dans le dos. Diffusés sous couvert d’anonymat, ils racontent grâce à une succession de panneaux le déroulé d’une soirée anormale, avec le nom du lieu bien visible en titre. Incriminant parfois les videurs, parfois les serveurs, les récits détaillés des victimes font état de leurs vomissements, trous noirs inhabituels, laissant penser à la prise de drogue à leur insu. Principal suspect, l’acide gammahydroxybutyrique, drogue de synthèse🔗 plus connue sous l’appellation GHB. Difficile à différencier d’un état d’ébriété avancé et rapidement dissoute par l’organisme, son injection est invisible dans des verres d’alcool. Elle peut être mortelle à haute dose.

Cliquez sur l’image pour lire la suite du témoignage sur Instagram © Balance_ton_bar_grenoble

Une autre femme raconte sa soirée démarrée au bar pour finalement se retrouver nue dans l’appartement d’un inconnu🔗 à Grenoble après un trou noir. Malgré un dépôt de plainte par la suite, on lui répond que l’enquête est abandonnée et qu’il « va falloir arrêter de courir à la police dès que vous rentrez avec un garçon qui vous plaît pas, sinon on ne va pas s’en sortir nous ».

Les témoignages publiés sur le compte grenoblois concernent principalement des lieux dansants mais aussi des bars plus classiques où les client·e·s viennent simplement boire un verre. Tous n’impliquent pas des violences sexuelles ou des viols. On peut lire le témoignage d’une ancienne employée du Tonneau de Diogène qui s’est faite agresser par son manager, et qui a par la suite perdu son emploi. Il y a aussi au bar Le Champollion des observations faites par une mère de 40 ans au sujet d’un employé qui « fait boire plus que de raisons de très jeunes filles ». Ou encore au bar brasserie Chez Maksim où le barman demande à la cliente de lui « lécher la joue » pour être servie avant de l’insulter de salope devant les clients face à son refus.

Illustration Alice Quistrebert pour L’avertY.

L’anonymat pour libérer la parole

Contactée par la rédaction, l’administratrice de la page Instagram qualifie les personnes qui témoignent de « survivantes ». Elle explique que les témoignages ne sont pas forcément vérifiés : « Mon rôle n’est pas d’être une enquêtrice, donc je ne trie pas vraiment, je vais simplement anonymiser mais je n’estime pas si tel ou tel témoignage vaut la peine d’être publié ou non. Beaucoup de témoignages n’étaient pas en rapport avec Balance ton bar qui a une visée assez claire, cela concerne les violences faites aux personnes dans le milieu de la nuit notamment avec les soumissions chimiques dans des établissements définis. Malheureusement on ne peut pas publier ce qui s’est passé dans telle rue, en rentrant du bar ; il existe d’autres plateformes pour cela et c’est tant mieux. »

L’administratrice anonyme s’est également confiée au média Place Gre’net🔗. Se définissant comme une « militante féministe » elle indique avoir « voulu surfer sur ce mouvement venu de Bruxelles, car, ici aussi, il y avait une forte demande de pouvoir témoigner ».

Cliquez sur l’image pour lire la suite du témoignage sur Instagram © Balance_ton_bar_grenoble

Côté gérant, l’anonymat est aussi de mise pour témoigner sur ce sujet sensible. Comme pour ce témoignage où cette fois-ci il n’y avait pas de GHB, preuve à l’appui : « Une jeune fille est venue nous trouver pensant avoir été droguée dans notre bar. Par chance nos caméras la filment toute la soirée. Elle et ses amis ont bu sept bouteilles d’alcool fort et il s’avère qu’elle a bu dix-sept verres. Elle s’est retrouvée à l’hôpital et a cru avoir été droguée. Si cette personne n’était pas venue nous voir, cela aurait créé des catastrophes sur les réseaux sociaux. »

Les réactions des gérant·e·s

Explicitement accusés d’être complices de ce qui se passe dans leur établissement, des responsables ont tenté de répondre au mouvement, parfois maladroitement. La boîte de nuit Lamartine, proche de la place Victor Hugo a répondu directement en commentaire🔗 sur Instagram suite à plusieurs témoignages, sans convaincre. La Bobine, bar associatif également cité pour un serveur “sexiste et violent”🔗 resté en poste plusieurs mois après les faits, a décidé de répondre par un communiqué de presse le 23 novembre sur son site🔗. S’en est suivi une réponse collective de “quatre des victimes connues de l’agresseur” dans une lettre ouverte mi-décembre, que L’avertY republie en intégralité dans une contribution citoyenne à lire ici🔗.

Pour Irena Chelihi, gérante du Barberousse de Grenoble depuis environ 5 ans, il n’y a pas de fatalité face à ces témoignages. Elle souhaite travailler avec le mouvement Balance ton bar.

« Je ne veux pas, comme c’est la tendance actuellement, qu’on oppose les bars et le mouvement féministe. Je travaille au Barberousse depuis une quinzaine d’années, je suis une féministe convaincue. Je me suis imposée dans un milieu très masculin et les réflexions sexistes tombent tous les jours, je sais ce que c’est. » — Irena Chelihi, gérante du Barberousse Grenoble.

« Mais ce mouvement ne peut pas tout se permettre sous prétexte de vouloir faire avancer les choses », nuance-t-elle. « Derrière, il y a des professionnels avec un permis d’exploitation. Dans notre bar, nous avons 9 caméras sur 37m², nos videurs les guettent, moi également. J’ai, depuis ce mouvement, mis en place une campagne de communication, acheté des protections de verres. Cependant, les clients nous affirment se sentir en sécurité chez nous. Depuis dix ans la politique menée ici est la même : zéro tolérance sur les drogues, un ramassage des verres toutes les dix minutes par les serveurs, qui vérifient au passage si tout le monde va bien. »

Cliquez sur l’image pour lire la suite du témoignage sur Instagram © Balance_ton_bar_grenoble

La Bobine propose aussi désormais des protège-verres et s’inscrit aux Assises de la nuit 2022, organisées par la Ville de Grenoble en réponse à Balance ton bar (voir en fin d’article). L’association a également fait appel à une accompagnatrice de violences sexuelles et sexistes (VSS) afin que le personnel soit formé sur les VSS et qu’une parole se libère entre employé·e·s et bénévoles après les accusations formulées.

Faire face après le choc des révélations

Irena Chelihi avoue cependant avoir été abasourdie par les témoignages. Elle s’est rapprochée d’associations luttant contre les violences sexistes et sexuelles afin de travailler main dans la main : « Je veux créer quelque chose de positif à partir de ce mouvement. Je souhaiterais par exemple regrouper, dans un collectif, les membres de la nuit grenobloise et les associations. Il ne faut pas qu’il y ait d’opposition mais un travail commun. » Elle ajoute : « Ce que nous cherchons dans nos établissements c’est cultiver la convivialité, le partage, la proximité. Nous souhaitons que nos clients passent un bon moment mais nous ne vivons pas dans un monde de bisounours c’est pourquoi la prise de conscience doit être globale. »

Un autre gérant d’un établissement épinglé (qui souhaite rester anonyme) se dit “choqué, voire horrifié” suite à la lecture des témoignages de Balance ton bar Grenoble. “Tu entends toujours des trucs, même avant que je bosse en bar, mais tu as du mal à y croire. Et en fait si, ça existe.” Il aurait souhaité “pouvoir s’excuser” auprès des victimes, “au nom de l’établissement”. “Mal renseigné”, il a ensuite contacté la mairie pour en savoir plus sur le GHB et ses effets.

Cliquez sur l’image pour lire la suite du témoignage sur Instagram © Balance_ton_bar_grenoble

La réaction de la ville de Grenoble

Pour répondre à ce mouvement, la Ville de Grenoble a réagi par communiqué mi-novembre et a décidé de renforcer son volet dédié aux femmes dans son programme des “Assises de la nuit” prévues ce premier trimestre 2022, bientôt renommées “Grenoble la nuit”, « afin de bâtir, avec les associations, les usagers et usagères, les réponses adaptées à la vie nocturne. » La phase de diagnostic a été lancée avec « les associations🔗, collectifs féministes et organisateurs de soirée ». Elle sera suivie d’une restitution auprès du public à laquelle seront conviés plus largement les grenoblois·es afin d’établir un “plan de la nuit”. Cette date de restitution n’est pas encore programmée.

Jusqu’ici, des associations sollicitées par la ville de Grenoble proposaient durant la dernière édition de “l’Été Oh ! Parc” des ateliers d’autodéfense dédiés aux femmes. Et depuis 2021, « les policières et policiers municipaux suivent, à leur demande, un cursus supplémentaire » en lien avec les violences sexuelles et sexistes « en plus du socle de formation obligatoire » afin d’accompagner au mieux les victimes.

Le maire, Éric Piolle, a également interpellé dans une lettre ouverte le chef de l’État pour aller plus loin sur ces questions, formulant constats et propositions🔗. Sans attendre que ce thème soit pris à bras le corps par les politiques nationales, les réseaux sociaux continuent d’accueillir et de porter la parole libérée de milliers d’anonymes.

Reportage réalisé par la rédaction de L’avertY
Illustrations Alice Quistrebert

La rédaction de L’avertY au premier trimestre de la saison 2021-2022.

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Publié le 14.12.2021 à 10:25

« Je me suis passionnée pour un chapitre plus philosophique »

📣 « Je me suis passionnée pour un chapitre plus philosophique »

Après avoir mis en lumière la librairie emblématique de Grenoble, Valérie Bonetto signe une nouvelle contribution sur un livre de Baptiste Morizot qui l’a inspiré. Elle nous livre ses réflexions suite à cette lecture, autour de la philosophie de Spinoza mais aussi sur le conflit entre éleveurs et partisans du loup.

« Manières d’être vivant ». Baptiste Morizot. Actes sud. 2020
J’ai écouté Baptiste Morizot, philosophe, sur France culture. Séduite par cet entretien, j’ai décidé d’acheter son livre « Manières d’être vivant ». Cette radio influence souvent mes lectures.
Je l’ai vu dans une belle vitrine, de la petite librairie « La dérive », située place Sainte-Claire à Grenoble. Je suis entrée dans le magasin et la vendeuse est allée me chercher délicatement ce seul exemplaire.
Je dévore les livres et j’allais faire de celui-ci une bouchée. Pourtant, je me suis impatientée des longues descriptions du pistage des loups dans le Vercors. Et par contre je me suis passionnée pour un chapitre plus philosophique et j’ai pris des notes comme à mon habitude.
Son argumentation m’est apparue comme révélatrice. La morale classique occidentale est fondée sur un dualisme qui oppose raison et passions. Et la raison est sensée devoir dominer les passions assimilées à de l’animalité. Les animaux quant à eux, sont réduits à de la bassesse. Ils sont donc méprisés.
Ce qui a été encore plus surprenant, c’est le développement suivant sur la philosophie de Spinoza. Pour une fois ce théoricien m’apparut comme compréhensible. Cette argumentation a pu m’aider de façon concrète. Il est dit en effet, que les passions voire les addictions ne sont pas mauvaises en soi. Mais il faut écarter celles qui ne vont pas vers la vie. Par ailleurs une autre passion peut facilement détourner de celle qui est mortifère. Spinoza confirme aussi mon expérience. À savoir que la volonté n’est pas toute puissante. Elle n’existe pas en soi. Elle est plutôt le résultat de la disposition et de la construction concrète d’un cadre favorable à son émergence. Ce cadre peut être fait d’habitudes choisies, de rencontres bienveillantes…
En fait en relisant ce livre, pour justement écrire cet article, je me suis rendu compte que je n’avais été marquée que par un chapitre. À la relecture, j’ai été plus sensible à la poésie, de l’évocation du pistage des loups et des mystères de leur hurlement. L’auteur est un original qui allie expérience concrète et réflexion, poésie et philosophie.
Membre de la fédération nationale de l’environnement Isère, j’ai aussi présenté ce livre. Et j’ai suggéré lors d’une réunion de s’en inspirer. En effet B. Morizot propose de sortir de la confrontation stérile entre éleveurs de mouton et partisans du loup. Ceci pourrait se faire grâce à des médiateurs. Il parle alors de diplomatie interespèces. J’ai proposé de l’appliquer à la chasse qui était le sujet du jour. Cela a été une fin de non recevoir. « La FNE est radicalement anti-chasse et les chasseurs sont un lobby ».
Valérie Bonetto

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