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Publié le 29.07.2021 à 21:41

Un été 70

On se retrouve l'autre jour à une quarantaine dans une grande maison d'Ardèche, afin de parler en totale mixité de l'état du monde et d'échanger des idées de remèdes (ou de soins palliatifs). Des jeunes lycéens, des vieux profs, deux Belges, deux Noires, un Suisse, des hommes, des femmes, un chien, etc. Ça n'aurait pas plu à la police sanitaire, ni aux sections intersectionnelles ; il n'y avait ni gestes barrières, ni espaces séparés pour les minorités. On n'y a même pas fait attention. On était trop soulagés de parler, manger et faire de la musique ensemble, à l'abri des commissaires aux bonnes mœurs sanitaires et sociales. Ce n'est qu'en y songeant après coup, que l'on se rend compte des risques encourus et de la portée transgressive de cette réunion.

Enfin, c'est l'une de ces innombrables rencontres estivales, comme il s'en tient depuis un demi-siècle, entre Amish, rabat-joie, obscurantistes, réactionnaires, Cassandre, prophètes de malheurs et autres oiseaux de mauvais augure. – Vous savez, tous ces boomers qui à la suite de Pierre Fournier (voir ici) ont commencé à marcher dans le désert en 1971, de Fessenheim au Bugey, du Bugey à Malville, et à crier que les temps étaient proches, que l'eau commençait à monter, qu'il fallait être plus clairvoyants, que… etc. Voyez La Gueule ouverte, « le journal qui annonce la fin du monde ». Il nous manquait bien sûr une péronnelle à tresses, apparue sur nos écrans, pour marcher en tête, conférer avec les présidents pleins de déférence, tancer les assemblées charmées et nous intimer l'ordre d'« écouter les scientifiques », au ravissement de ces derniers qui auraient pu craindre les accusations de l'humanité pour toutes « les retombées » de leurs recherches (1). On voit qu'avec de pareils enfants, la Terre et les « générations futures » s'entendront en effet comme flammes et foin.

On en parle avec un copain dont les enfants ont l'âge de ladite péronnelle. Et qu'en pensent-ils, eux ? Et qu'en pensais-tu, toi, à leur âge, voici 50 ans. – « Oh, bah moi… » Vous savez ce que c'est, un mot entraîne l'autre et en moins de deux le copain commence à raconter qu'il était à Wight en août 70. A Wight ? Le mythique festival de Wight ? Le Woodstock européen, un an après Woodstock, avec 6 ou 700 000 chevelus, sacs au dos ? Raconte ! – « Ouoh, bof… » Le copain n'est pas du genre à raconter sa vie, « ça n'intéressera personne ». – Si, si, nous ça nous intéresse. Et puis c'est l'été. On peut bien raconter en passant comment c'était en vrai le temps des boomers. Ces boomers insouciants, prodigues, irresponsables, si détestés des vertueuses Jeunesses Pour le Climat d'aujourd'hui, privées de futur par leur faute. Oh, les Jeunesses Pour le Climat ne se seraient jamais comporté de façon aussi égoïste que les Vieux Pour la Consommation, à se gaver de smartphones, d'ordis, de raves et de festivals techno… mais qu'est-ce que je raconte, moi.
Bref, le copain a finalement accepté de faire une petite rédac, « mon voyage au festival de Wight ». C'est assez banal et prosaïque. Assez drôle. Assez triste. Et complètement vrai. C'est une vie en un voyage. C'est passé vite.

***

NOTE :
(1) Cf. Grothendieck, Allons-nous continuer la recherche ? 27 janvier 1972

Pour lire le texte, ouvrir le document ci-dessous.

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Publié le 27.07.2021 à 22:02

Walt Whitman et les Amérindiens - Notre Bibliothèque Verte (n° 34 & 35)

Nous savons que lorsque Whitman vient, les Indiens meurent. Ce n'est pas de sa faute – il célèbre les « Hommes rouges » qu'il rencontre en tant qu'agent du bureau des Affaires indiennes - mais c'est un peu de son fait en tant que rejeton des Dutch American, ces colons néerlandais débarqués quelques siècles plus tôt à Manhatta (devenu Manhattan), pour y bâtir La Nouvelle Amsterdam (devenue New York), et creuser ces magnifiques canaux reliant les Grands Lacs à la Côte (voir ici).

Whitman, pour le situer poétiquement, c'est le contemporain de Rimbaud (1854-1891) et de Verlaine (1844-1896). Il naît avant, en 1819, et meurt au même moment, en 1892. Dommage que ces trois bougres, luxuriants, luxurieux, bourlingueurs, ivrognes, naturiens, n'aient pas croisé leurs révoltes de vivants véhéments, ni leurs arts poétiques. Que Rimbaud, au lieu de s'engager dans l'armée néerlandaise à Java, ne soit pas venu échouer son bateau ivre à Paumanok (Long Island), pour voir de près ces « peaux rouges » qui l'avaient pris « pour cible ». Sans doute eût-ce été un « drôle de ménage », avec des coups de pétard plus ou moins sanglants entre Verlaine et Whitman, mais aussi de grandes odes dégueulées à pleins poumons, des chants du corps et de la terre dont les œuvres laissées par ces trois-là ne peuvent nous donner qu'un échantillon. Et le regret.

Nous avons en revanche le testament des Indiens. L'intérêt pour les biographies indigènes, nous dit Lévi-Strauss, remonte au début du XIXe siècle. L'ethnologue Clyde Kluckholn, en 1945, cite près de 200 titres (1). L'anthologie de T.C. McLuhan en 1971, Pieds nus sur la terre sacrée, fait de l'Indien, le type même du « bon sauvage » et le modèle de la génération venue alors à l'écologie, en lieu et place des Tahitiens de Gauguin, Bougainvillier et Diderot.
C'est dire qu'une fois de plus les hommes en proie à la culpabilité sacralisent ce qu'ils ont détruit (sacrifié), en l'occurrence le jardin terrestre et ses gardiens. Une fois de plus ils mythifient. Les « peaux rouges » ne furent jamais de meilleurs sauvages que les « visages pâles » - ni de pires. Leurs ancêtres n'ont pas moins détruit d'espèces animales que les nôtres. Ils n'ont pas mené moins de guerres entre eux et au vivant. Seules, l'absence d'archives écrites et la différence de puissance industrielle entre Européens et Amérindiens permettaient une idéalisation que les fouilles archéologiques démentent cruellement.
Restent les bons Indiens. Ceux-là qui tentèrent de vivre contre leurs temps et de détourner leurs frères des voies de l'Homme blanc, de l'alcool, de la pacotille, des armes à feu, des machines, des emplois dans l'armée et à la mission chrétienne – de même que les plus clairvoyants des indigènes d'Europe tentaient en vain de détourner leurs frères des « moulins sataniques » (W. Blake), et de « l'américanisme ». Tous ont échoué. Tous nous ont laissé des poèmes, des discours, des témoignages, qui nous empêchent aujourd'hui de « faire notre deuil ».

NOTE :
1) Cf. Claude Lévi-Strauss, préface à Soleil Hopi de Don C. Talayesva. Plon, coll. Terres humaines, 1959

(Pour lire les notices, ouvrir le document ci-dessous.)

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Publié le 22.07.2021 à 22:39

Riss : auto-caricature de l'artiste en technocrate

Il y a des semaines où Charlie Hebdo nous coûte bien plus que 3 € ; quand Riss par exemple, le directeur de la rédaction, nous insulte dans son édito, nous les opposants à la technocrature et au passe sanitaire (1), en termes massifs et contondants, comme dans le numéro de cette semaine :

« … la raison impose de ne pas sombrer dans une pensée systématique qui analyse tout de la même façon, de manière quasi pavlovienne : Etat = autorité = abus de pouvoir = répression = fascisme. Les amalgames et les raccourcis sont si séduisants à faire qu'ils en deviennent grisants, et celui qui les adopte se sent pousser les ailes d'un glorieux défenseur de la liberté contre les forces colossales et, à ses yeux, quasi occultes. Car dans cette crise le mot "liberté" est mis à toutes les sauces, un mot pris en otage par les populistes, dont les leaders en perte de vitesse se sont affichés à la manifestation de samedi. » (Charlie Hebdo n°1513, 21 juillet 2021)

Il y a des semaines, disions-nous, où la lecture de Vuillemin, Willem, Kuper et Nicolino, peine à soulager les lourdeurs d'estomac parfois ressenties à celle des balourdises homaisiennes de Riss, Biard ou Fischetti. « Homaisiennes », de monsieur Homais, le pharmacien de Yonville, archétype de l'« esprit fort » à prétentions rationalistes dans Madame Bovary (1857), et de la vanité scientiste imbue d'elle-même. Voilà qui fera ricaner la cabale des dévots, d'Edwy Plenel à Caroline de Haas – il ne faut plus dire « islamo-gauchistes » - en passant par Mélenchon, Besancenot & Cie. – Bien fait, diront-ils, ça vous apprendra à acheter un torchon islamophobe – il faut dire « islamophobe » maintenant, et non plus « laïque » ou « anti-clérical ».
A vrai dire, on n'achetait plus Charlie Hebdo depuis le mitan des années 70 et il n'a pas fallu moins que le massacre de janvier 2015, le massacre d'une équipe de presse par des islamo-fascistes pour recommencer à l'acheter : chaque semaine.

3 € par semaine, ce n'est rien pour contribuer à la sécurité des survivants de Charlie, payer les gardes, le blindage des locaux – que sais-je ? Ce n'est rien pour racheter l'immonde veulerie de la gauche, modérée, extrême, ultra, etc., de cette gauche dont se réclament Riss, Biard, Fischetti, etc., et qui les a si vilement livrés à la vindicte islamiste. Riss, Biard, Fischetti, Nicolino et leurs camarades n'ont pas abdiqué l'honneur d'être la cible des islamo-fascistes, soutenus par les islamo-gauchistes. 3 € par semaine, ce n'est rien pour contribuer à la survie du seul journal qui défende la laïcité en France et qui donne la parole aux athées, laïques, féministes des pays islamistes. 3 € par semaine, ce n'est rien pour permettre à Riss de nous insulter à sa guise, sans savoir, fièrement immunisé contre toute critique radicale de la société industrielle et du techno-totalitarisme. Quitte à se planquer derrière Nicolino, comme Cavanna se planquait derrière Pierre Fournier (2). Quitte à émettre quelques bouffées sporadiques contre le smartphone, la 5G ou les fumées de Lubrizol. Il ne voit rien et commet les amalgames dont il accuse les opposants au passe sanitaire :

« Chaque jour dans le monde, des milliers de cadavres viennent s'empiler sur ceux qui les ont précédés, et il faudrait refuser la seule protection efficace que constitue ce vaccin sous prétexte qu'il aurait l'inconvénient de devenir obligatoire ? (…) On n'ose imaginer les décisions terribles que les pouvoirs publics devront prendre dans les années à venir quand les effets du réchauffement climatique frapperont avec une violence inouïe les populations du monde. Le pass sanitaire est bien peu de chose à supporter en comparaison de ce qui nous attend. » (Charlie Hebdo n°1513, 21 juillet 2021)

« Ce qui nous attend » est inéluctable, suivant notre collapsologue, et qu'on ne compte pas sur lui pour combattre « les décisions terribles que les pouvoirs publics devront prendre dans les années à venir. » Mais voici deux cent ans, depuis la « révolution thermo-industrielle » en 1783, que « les pouvoirs publics (…) prennent des décisions terribles », dont les effets, tels que l'épidémie de Covid (3) et le réchauffement climatique, nous frappent maintenant, depuis des années, et de plus en plus violemment. De sorte que s'il restait quelque chose de rationnel à faire pour « les populations du monde », ce serait de combattre les pouvoirs publics et leurs décisions terribles.

Nul ne peut en vouloir à Riss d'arriver à la fin de cette histoire, mais il pourrait se renseigner sur ceux qui l'ont précédé, et qui bien avant sa naissance ont alerté contre les épouvantes auxquelles nous sommes aujourd'hui confrontés. Ceux-là, André Gorz (1923-2007), Bernard Charbonneau (1910-1996), ont par avance annoncé et caractérisé la position qu'il défend aujourd'hui : technofasciste, écofasciste. Voyez vous-même :

« Les limites nécessaires à la préservation de la vie seront calculées et planifiées centralement par des ingénieurs écologistes, et la production programmée d'un milieu de vie optimal sera confiée à des institutions centralisées et à des techniques lourdes. C'est l'option technofasciste sur la voie de laquelle nous sommes déjà plus qu'à moitié engagés. » (André Gorz, Ecologie et liberté, 1977)

« En dépit des apparences, l'écofascisme a l'avenir pour lui, et il pourrait être aussi bien le fait d'un régime totalitaire de gauche que de droite sous la pression de la nécessité. En effet, les gouvernements seront de plus en plus contraints d'agir pour gérer des ressources et un espace qui se raréfient. Une comptabilité exhaustive enregistrera, avec tous les coûts, les biens autrefois gratuits qu'utilise l'industrie industrielle et touristique. La mer, le paysage et le silence deviendront des produits réglementés et fabriqués, payés comme tels. Et la répartition de ces biens essentiels sera réglé selon les cas par la loi du marché ou le rationnement que tempèrera l'inévitable marché noir. La préservation du taux d'oxygène nécessaire à la vie ne pourra être assurée qu'en sacrifiant cet autre fluide vital : la liberté. Mais, comme en temps de guerre, la défense du bien commun, de la terre, vaudra le sacrifice. Déjà l'action des écologistes a commencé à tisser ce filet de règlements assortis d'amendes et de prison qui protègera la nature contre son exploitation incontrôlée. Que faire d'autre ? Ce qui nous attend, comme pendant la dernière guerre totale, c'est probablement un mélange d'organisation technocratique et de retour à l'âge de pierre. » (Bernard Charbonneau, Le Feu vert, 1980, éd. Parangon pour l'édition 2009)

Ceci dit, on n'est pas spécialement querelleurs, on ne lance que des mots et on continuera à acheter Charlie Hebdo chaque semaine. La dernière fois qu'on a pris la peine de se mettre en rogne, c'était il y a 15 ans, à l'occasion d'un « reportage » calamiteux d'Antonio Fischetti, le chroniqueur scientifique de Charlie, sur les nanotechnologies à Grenoble. A (re)lire ci-dessous (et ici).

NOTES

(1) Cf. "La technocrature jette le masque", 14/07/21
(2) Voir l'excellent reportage de F. Nicolino sur la raffinerie de Donges dans le même numéro, avec les excellentes illustrations de Riss.
(3) Cf. « Leurs virus, nos morts », mars 2020

Lire aussi :
La technocrature jette le masque
Contrainte numérique : des sénateurs lâchent le morceau

- Faits divers

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Publié le 21.07.2021 à 21:58

Contrainte numérique : des sénateurs lâchent le morceau

Il ne s'agit pas d'un complot, mais d'un rapport sénatorial. De ces intenses cogitations à huis-clos qui tôt ou tard se transforment en lois et changent nos vies.
Les auteurs : Véronique Guillotin, médecin et sénatrice de Meurthe-et-Moselle (Mouvement radical), Christine Lavarde, ingénieur et sénatrice des Hauts-de-France (Les Républicains), René-Paul Savary, médecin et sénateur de la Marne (Les Républicains).
Le titre de ce rapport du 3 juin 2021 : "Sur les crises sanitaires et outils numériques : répondre avec efficacité pour retrouver nos libertés".

Vous n'avez jamais rêvé d'être une petite souris dans les réunions internes des puissants, pour entendre ce qu'ils disent de nous et de leurs projets ? Ou bien d'avoir un logiciel espion Pegasus, puisqu'il paraît que "la technologie est neutre et tout dépend ce qu'on en fait" ? Voici un autre moyen, encore plus simple : lire les rapports parlementaires.
Celui-ci est terrifiant (mais on ne les lit pas tous), tant il exhibe de morgue véhémente chez nos biocrates et d'aspiration crue à la technocrature.
On résume : la crise étant le prétexte, saisissons l'occasion pour accélérer et renforcer des mutations en cours. De l'art pour la technocratie d'utiliser la pandémie pour forcer la voie à ses projets de rationalisation et de machination du monde.

Voici des extraits choisis :

* "Les perspectives ouvertes par le recours aux technologies numériques sont immenses, et la crise du Covid-19 n'a donné qu'un avant-goût des multiples cas d'usage possibles, à court, moyen ou long terme.
Alors que la pandémie de Covid-19 n'est pas terminée, et qu'il est probable que celle-ci ne soit ni la dernière, ni la plus forte, il serait irresponsable de ne pas se saisir de telles possibilités (...) les cas d'usage les plus évidents concernent le contrôle du respect des règles visant à limiter la transmission du virus (pass sanitaire, couvre-feu, confinements, quarantaines, etc.), qui implique de croiser trois types de données : données d'identification, données médicales, et données de localisation (des plus intrusives, avec le tracking GPS, aux plus légères et occasionnelles, avec l'accès conditionnel à certains lieux, en passant par les données de localisation relative avec le contact tracing)."

* A propos des pastilles d'iode distribuées aux riverains des installations nucléaires : "Grâce au numérique, il serait possible d'organiser des campagnes de rappel sur les smartphones, et surtout, en cas d'accident nucléaire, il serait possible de localiser sans délai toutes les personnes se trouvant dans la zone, et de leur porter assistance."

* "Même s'ils sont rarement présentés comme tels, des dispositifs tels que le pass sanitaire ou le passeport sanitaire relèvent bien de la catégorie des outils contraignants, car ils conditionnent, de facto ou de jure selon les cas, l'accès à certains lieux et à certaines activités. (...) dans les situations de crise les plus extrêmes, les outils numériques pourraient permettre d'exercer un contrôle effectif, exhaustif et en temps réel du respect des restrictions par la population, assorti le cas échéant de sanctions dissuasives, et fondé sur une exploitation des données personnelles encore plus dérogatoire."

* "Plus la menace sera grande, plus les sociétés seront prêtes à accepter des technologies intrusives, et des restrictions plus fortes à leurs libertés individuelles – et c'est logique."

* "La crise actuelle nous donne déjà toutes les raisons de veiller à la protection de nos droits et libertés.
Mais elle nous donne aussi toutes les bonnes raisons de recourir davantage aux outils numériques, en conscience et en responsabilité – parce qu'ils sont potentiellement bien plus efficaces que les autres méthodes, parce qu'ils pourraient permettre de retrouver bien plus rapidement nos libertés « physiques », et parce que si nous ne le faisons pas, d'autres le feront pour nous."

* (Regrettant le retard et le conservatisme français dans l'usage du numérique) : "cette sensibilité française est non seulement devenue coûteuse, en particulier face à une crise sanitaire, mais aussi mal placée :
d'abord, parce que les atteintes éventuelles à nos libertés « numériques » ne doivent pas s'apprécier dans l'absolu mais au regard des atteintes autrement plus importantes portées à nos libertés « physiques », dans une logique de proportionnalité aujourd'hui mal comprise ;
ensuite, parce qu'elle confond les fins (protéger les droits et libertés) et les moyens (interdire les croisements de fichiers).
Il faut être clair : pour la gestion d'une épidémie comme en général, il n'y a pas – et il n'y aura jamais – d'outils numériques efficaces sans utilisation des données, y compris personnelles. Progresser dans cette voie est un devoir."

* "Ces dérives (NdR : liberticides) ne tiennent pas aux technologies elles-mêmes, elles tiennent à l'usage qui en est fait, à l'absence de contre-pouvoirs notamment, et aussi à des facteurs politiques et culturels. En lui-même, le progrès technique est neutre, porteur du pire comme du meilleur. Il n'est ni souhaitable, ni même possible, de l'entraver – et ce n'est certainement pas en laissant les régimes les moins démocratiques prendre une avance décisive en ce domaine, ou en abandonnant aux GAFA le soin de lutter contre les épidémies (et quoi d'autre demain ?), que nous pourrons défendre nos valeurs."

* "Deuxièmement, tout ceci n'est pas le problème. Si une « dictature » sauve des vies pendant qu'une « démocratie » pleure ses morts, la bonne attitude n'est pas de se réfugier dans des positions de principe, mais de s'interroger sur les moyens concrets, à la fois techniques et juridiques, de concilier efficacité et respect de nos valeurs."

* "Le présent rapport propose donc de recourir bien plus fortement aux outils numériques dans le cadre de la gestion des crises sanitaires ou des crises comparables (catastrophe naturelle, industrielle, etc.), notamment en vue de contrôler au niveau individuel le respect des mesures imposées par la situation, et y compris si cela implique d'exploiter des données de manière intrusive et dérogatoire."

* "Le présent rapport propose donc non pas de collecter une multitude de données sensibles à l'utilité hypothétique, mais tout simplement de nous mettre en capacité de le faire, pour ainsi dire en appuyant sur un bouton, si jamais les circonstances devaient l'exiger.
Concrètement, cela implique de mettre en place une plateforme sécurisée spécifique, qui ne serait activée qu'en temps de crise. Celle-ci permettrait de centraliser les données nécessaires à la réponse des pouvoirs publics, permettant de faire remonter les informations immédiatement, et de les redistribuer ensuite aux acteurs concernés pour remplir leurs missions."

(Pour lire le rapport sénatorial complet, ouvrir le document ci-dessous.)

Lire aussi :"La technocrature jette le masque"

- Nécrotechnologies

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Publié le 14.07.2021 à 20:54

La technocrature jette le masque

On se croyait seuls depuis lundi soir (12 juillet), dans le silence de l'été, comme tant d'autres sans doute, « abasourdis », « sidérés » par la « brutalité » du coup de force sanitaire du Chef d'En Marche, champion de la classe technocratique. Des messages de désarroi nous parvenaient de gens « pris par surprise », contraints d'annuler des événements, des réunions, des voyages, des vacances, contraints de subir des injections sous peine d'exclusion sociale, fichés, dénoncés à la vindicte officielle – celles de l'État et des forces qui le soutiennent, CSP +++ et Bac +++, de droite et de gauche « en même temps », bourgeois technocrates du Figaro et technocrates bourgeois du Monde. En attendant quoi ? D'être harcelés à domicile par les brigades sanitaires ? On se croyait seuls en voyant ce million de récalcitrants céder à la contrainte, souvent la rage au cœur, et se précipiter sur les sites de vaccination, à peine terminé le discours du Médecin-Président, afin d'éviter les représailles.

Mais aujourd'hui nous ne sommes plus seuls. Partout dans le pays, à Annecy, Toulon, Perpignan, Grenoble, Chambéry, Paris, Toulouse, Montpellier, Lyon, Marseille, Rouen, Nantes, Caen, Bastia, Avignon, Saint-Etienne, Lille, Bordeaux, La Rochelle, Douarnenez, Avignon, des manifestations spontanées, sans partis ni syndicats, ont scandé « Liberté ! ». A Grenoble comme ailleurs, les 200 manifestants repoussés par les forces de l'ordre de la place où avait lieu le défilé militaire, ont ainsi célébré dignement le sens de la fête de la Fédération du 14 juillet 1790.

En annonçant l'obligation du « pass sanitaire » aux plus de 12 ans pour visiter les lieux culturels, les cafés-restaurants, les hôpitaux, les centres commerciaux et pour se déplacer en train ou en car, Emmanuel Macron relègue la France dans le cercle des pays qui font des droits fondamentaux la rançon de leur incompétence butée : Israël, les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite et le Pakistan sont les seuls à imposer un passeport sanitaire pour l'accès à certains lieux.
Le président français prévient déjà que « nous devrons sans doute nous poser la question de la vaccination obligatoire pour tous les Français », c'est-à-dire rejoindre le Tadjikistan, le Turkménistan et le Vatican. Ce n'est pas du Tintin, c'est notre futur proche.

Et ailleurs ? La cour constitutionnelle espagnole a retoqué l'obligation vaccinale en Galice, en raison de la « limitation des droits fondamentaux » que celle-ci impliquait. Angela Merkel a été catégorique : « Nous n'avons pas l'intention de suivre la voie que la France vient de proposer ». Le Conseil d'Europe a voté le 27 janvier 2021 une résolution - non contraignante juridiquement - préconisant de « s'assurer que les citoyens et citoyennes sont informés que la vaccination n'est PAS obligatoire et que personne ne subit de pressions politiques, sociales ou autres pour se faire vacciner, s'il ou elle ne souhaite pas le faire personnellement (voir ici). »

Gouverner, c'est mentir. Macron, fin avril 2021 : « Le pass sanitaire ne sera jamais un droit d'accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis (cf ici). »
La technocratie n'a pas plus de parole que de principes. La fin (l'efficacité et la puissance) justifie les moyens (la machination du monde et des hommes).
La méthode (« une incitation maximale », selon Gabriel Attal, la voix de son maître) rappelle, entre mille précédents, la suppression des cabines téléphoniques plaçant les réfractaires au téléphone portable devant un fait accompli intenable. Nulle loi ne vous oblige à acheter un portable, naturellement. On ne vous oblige pas, mais vous êtes obligés.

Depuis un an et demi, les barrières tombent. État d'urgence sanitaire ; gouvernement par décrets sur décisions à huis-clos du « conseil de défense sanitaire » ; atteintes à la législation nationale (autorisation de pose d'antennes-relais hors cadre règlementaire) et européenne (dérogation à certaines règles sur les essais cliniques et sur l'usage d'OGM pour les vaccins) ; atteinte au secret médical, création de fichiers de malades (SI-Dep), de cas contact (Contact Covid), de vaccinés (SI Vaccin Covid), intégrant des données personnelles de santé sans l'autorisation des personnes ; traque numérique via TousAntiCovid ; site « anti fake news » du gouvernement recommandant les médias officiels, sans oublier le déferlement des techniques manipulatoires du nudge, telle cette « autorisation de déplacement dérogatoire » assortie d'amendes.

Le mépris du peuple et de la démocratie est tel qu'entre mars 2020 et mars 2021, le Conseil d'État, saisi par des citoyens, des associations, des organisations professionnelles, a suspendu 51 mesures du gouvernement ou de collectivités locales. Interdiction de manifester, usage de drones par la police, de caméras thermiques dans les écoles, obligation de port du masque partout, interdiction de sorties des résidents d'Ehpad : si on les avait oubliées, ces décisions que le Conseil d'État a suspendues « pour préserver des libertés auxquelles il était porté une atteinte excessive » rappellent la pente sur laquelle la technocratie nous entraîne, dans sa volonté de tout contrôler, tout centraliser, tout asservir au primat de l'efficacité et de sa puissance.

Nul ne sait aujourd'hui comment le Conseil d'État jugera le projet de loi destiné à imposer la vaccination, sous le masque d'un « pass sanitaire » triant les bons et les mauvais citoyens. La Cnil elle-même, chambre d'enregistrement des atteintes aux libertés, s'émeut d'un risque « d'accoutumance » à ce tri. De fait, l'injonction à l'injection fonctionne. Entre les lamenti des représentants des cafés-restaurants et du monde de la culture, craignant pour leur chiffre d'affaires et les complications pratiques, plus d'un million de Français ont cédé en quelques heures. Les vacances, comme prévu, quitte à se plier à la contrainte. Qu'accepteront-ils la prochaine fois ?

Nous ne sommes pas contre la vaccination. Nous avons reçu notre lot d'injections depuis notre enfance et dans nos voyages. Et sans doute, la plupart des récalcitrants ne seraient pas opposés à la vaccination si l'industrie pharmaceutique et l'État qui la soutient n'avaient multiplié depuis des décennies ce qu'ils nomment des « scandales sanitaires », et qui sont en fait des crimes industriels (sang contaminé, Mediator, thalidomide, etc).

Nous sommes contre la contrainte, comme ce quadragénaire vacciné, qui refuse de présenter son « passeport » pour bénéficier d'un droit légitime. Ou comme cette patronne de bistrot, qui se fera vacciner « à contrecœur » mais pour qui « il est humainement impossible de refuser de servir un client, quel qu'il soit ». Que vaudra son humanité quand elle risquera 45 000 € d'amende et de la prison ferme ?

Les statisticiens et les organisateurs nous abreuvent de ratio « bénéfice/risque », quand nous, les humains, sentons que le recours à la vaccination relève d'un équilibre entre intimité et responsabilité, entre choix des modes de soin et solidarité collective, impliquant un rapport personnel à la maladie, à la mort et au vivant, et un regard critique sur la technoscience et l'industrie. Chacun doit y penser par lui-même et dans la confrontation des idées. La santé publique n'est pas le domaine réservé des biocrates.

Ainsi devrait-on discuter les causes des « maladies de civilisation » - de la civilisation industrielle - qui tuent infiniment plus que le coronavirus. Le Covid-19 a tué en France, à ce jour, 0,17 % de la population (111 000 personnes). Chaque année, le cancer tue 0,23 % des Français (plus de 150 000). L'État n'interdit ni les pesticides, ni les productions cancérigènes de l'industrie chimique et du nucléaire, ni les industries polluant l'air ; leurs industriels ne risquent ni la prison ni des amendes colossales. Il est plus facile de s'en prendre à des patrons de cafés ou de cinémas. La technocratie, dans sa folie de toute-puissance, détruit en même temps la nature et la liberté.

« Fuyez la manie ancienne des gouvernements de vouloir trop gouverner ; [...] en un mot, rendez à la liberté individuelle tout ce qui n'appartient pas naturellement à l'autorité publique, et vous aurez laissé d'autant moins de prise à l'ambition et à l'arbitraire » (Robespierre, le 10 mai 1793).

Quand la voix de la Terreur elle-même nous met en garde contre l'ambition et l'arbitraire, nous avons quelques raisons de l'entendre. Nous savons que cette « crise sanitaire » constitue un exercice pour la technocratie dirigeante : toutes les contraintes instituées ne disparaîtront pas, elles seront aggravées avec chaque nouvelle crise (climatique, écologique, sociale, etc), de façon à lui fournir un confort de pilotage maximal.

Nous en appelons à tous pour maintenir nos engagements, nos réunions, notre vie civique, sociale, culturelle, de façon paisible et déterminée. Nous ne devons pas perdre ce que nos aïeux ont gagné en 1789.
Refusons le chantage et l'intimidation.
Renforçons notre immunité individuelle et collective, luttons contre le virus de la contrainte.

Pièces et main d'œuvre
Grenopolis, 14 juillet 2021

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