Associations iséroises


Accueil Demandeurs d'Asile
Association iséroise d'aide et de défense des demandeurs d'asile - 6 rue Berthe de Boissieux (Maison des Associations) - BP 285 38009 Grenoble Cedex 1 - tél : 04 76 50 24 06 - fax : 04 76 50 14 55 - accueil@ada-grenoble.org - Permanences d’accueil les mardi et vendredi matin de 9h à 12h.

Publié le 15.06.2021 à 15:26

Projet MéDA Grenoble

Un grand nombre de demandeurs d’asile sont confrontés à une difficulté majeure pour obtenir une protection de la France : établir la réalité des violences qu’ils ont subies et qui les ont conduits à fuir leurs pays d’origine.

Devant la CNDA*, juridiction en charge des recours contre les décisions de l’OFPRA*, se pose la question d’apporter des éléments qui permettront d’accréditer les déclarations des requérants. Si la preuve n’est pas exigée en droit d’asile, elle est souvent nécessaire. C’est une condition centrale dans la formation de l’intime conviction des magistrats.

L’établissement d’un certificat médical constatant les traces de violences, tortures et mauvais traitements physiques ou psychiques peut être rédigé par tout médecin, quelle que soit sa spécialité. Mais bien souvent le simple certificat médical d’un médecin généraliste ou de l’hôpital n’est pas suffisamment étayé pour être pris en compte par la CNDA. Même s’il est difficile de connaître l’impact d’un certificat médical du MéDA (Médecine et Droit d’Asile) devant les juges de la CNDA, ces certificats sont très détaillés et argumentés et pris en compte par la CNDA.

L’idée de départ du projet de l’ADA, est née du constat réalisé par les bénévoles et salariés de l’ADA, qu’il est difficile pour les demandeurs d’asile d’aller à Lyon. En effet peu d’entre eux ne bénéficient de ressources financières leur permettant de se rendre à Lyon et pour les non francophones, il est impératif de venir accompagné d’un interprète. Ces coûts ne peuvent pas être pris en charge par l’ADA.

L’association MéDA Lyon est très intéressée à ce que le projet grenoblois puisse se développer car le MéDA est confronté à la difficulté de recruter de nouveaux médecins bénévoles. Cela permettrait d’une part de limiter la venue des demandeurs isérois à Lyon, l’agenda des rendez-vous à MéDA est bien chargé, et d’autre part participerait au renforcement de l’audience du MéDA dans les instances de l’asile OFPRA* et CNDA*.

7 médecins grenoblois sont intéressés par ce projet et ils se rendront à MéDA Lyon au mois de juin pour observer des consultations et se former.

Le MéDA à Lyon est hébergé dans une Maison Médicale de Garde 3 jours par semaine. L’ADA est actuellement en recherche de locaux similaires à Grenoble.

En savoir plus sur MéDA Lyon …

OFPRA : Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides
CNDA : Cour Nationale du Droit d’Asile


Publié le 07.06.2021 à 14:19

CNDA, dernière étape !

La préparation des audiences constitue la dernière étape dans l’appui apporté par l’ADA aux demandeurs. Elle repose sur une complexe organisation en amont mise en place lors des permanences : il s’agit d’inscrire entre 6 et 10 RV par semaine sur une page d’agenda qui fera coïncider les disponibilités des DA, d’une équipe de bénévoles, des interprètes en tenant compte de 2 variables fluctuantes : les dates de convocation à la CNDA et l’offre de transport pour rejoindre la Cour Nationale du Droit d’Asile, le plus gros tribunal administratif de France, situé à Montreuil, rue Cuvier.

Les rendez-vous ont lieu le mercredi, sur le rythme de 3 voire 4 dossiers par demi-journée, pour une durée d’une heure environ. L’équipe se scinde en 2, chacune composée de 4 bénévoles si possible, une équipe le matin et l’autre l’après-midi (on a frôlé de peu les 3/8 cette année).

Le déroulement de la préparation

La préparation proprement dite s’articule en 3 séquences, sur une heure.

La première séquence consiste à exposer le trajet vers la Cour, et à remettre les titres de transport. Des tickets de métro sont donnés ainsi qu’un plan illustré de l’accès à la Cour. Des explications sont fournies sur le rôle et le fonctionnement de la Cour, les objectifs de l’instruction et l’organisation de l’audience.

La seconde séquence est une simulation, construite sur un modèle très proche de la séance de la Cour. Un rapport aura été préparé en amont par un membre de l’équipe, sur la base des éléments disponibles (récit OFPRA, rejet et notes d’entretien OFPRA, recours et mémoires éventuels, recherche géopolitique). Ce rapport est lu devant le requérant et les 3 bénévoles constitués en « formation de jugement » ou le juge unique quand la personne est en procédure accélérée.  « Les juges » questionnent ensuite le demandeur pendant une demi-heure pour lui donner une idée de ce qui l’attend quelques jours plus tard et qui sera déterminant pour son parcours en France.

La dernière séquence est consacrée au debriefing et aux conseils en fonction de la prestation effectuée par le demandeur.

La spécificité de la CNDA

Comme tous les tribunaux, la CNDA juge en fonction du droit, ici le droit d’asile défini par un texte fondateur, La Convention de Genève qui protège les personnes persécutées dans leur pays pour un motif politique, ethnique, religieux ou lié au genre et par le CESEDA (Code de séjour des étrangers) qui assure la protection subsidiaire des personnes victimes de traitements inhumains et dégradants ou de violences généralisées dues à un conflit. Comme toute jurisprudence, la décision doit être motivée.

Le demandeur n’est ni accusé ni partie civile ni témoin : il conteste la décision de l’OFPRA qui ne lui a pas accordé de protection. S’il a fourni des arguments écrits dans son recours et s’il est assisté d’un avocat qui plaidera après son audition par les juges, c’est de ses déclarations orales que dépendra la décision.

L’enjeu pour le demandeur est de convaincre le juge que, non seulement il a été victime dans son pays de persécutions mais aussi qu’il n’a pu y être protégé par les autorités de ce pays et qu’il est en danger à la date de l’audience s’il rentre dans son pays. Or dans la majorité des situations, à la différence des autres tribunaux, le dossier ne comporte pas de preuves objectives car le demandeur est, le plus souvent parti de son pays dans l’urgence et la clandestinité. Quand, par hasard, il dispose d’actes d’état-civil, de convocations judiciaires, d’un procès-verbal de plainte ou de lettres de menaces, il doit pouvoir en justifier la provenance. Seule, sa parole compte, c’est-à-dire, sa présence, son regard, ses mots, ses silences et c’est cet oral qui emportera l’intime conviction des juges.

La majorité des demandeurs d’asile ne s’exprime pas en français et une bonne partie est analphabète. Beaucoup sont traumatisés à l’idée de raconter une énième fois les drames qu’ils ont vécus. Et pourtant, plus d’un tiers réussit cette performance !

Le défi de la simulation

Nous sommes une dizaine de bénévoles et, vu la particularité de nos interventions, nous apprécions de ne pas être seul(e)s : nous nous appuyons sur les permanents de l’ADA, toujours à l’écoute, et nous intervenons toujours à plusieurs : nous venons d’horizons différents mais nous nous sommes formé(e)s à l’ADA et avons pu suivre les audiences publiques de la CNDA avant le confinement. La pluralité de nos regards assure une certaine objectivité et partager tous les fardeaux que nous entendons les rend plus légers. Nous ne nous permettons aucun jugement mais essayons d’évaluer notre degré de conviction et de le confronter à la décision motivée de la CNDA que nous découvrons sur internet 3 semaines après l’audience. Nous accueillons volontiers de nouveaux bénévoles qui peuvent, dans un premier temps, assister aux jurys, avant d’y participer.

Michèle, bénévole ADA


Publié le 03.06.2021 à 10:27

ET SI C’ETAIT NOUS ?

Texte d’Olivier BRISSON, avocat au barreau de Paris

Je m’appelle Théobald. J’ai 25 ans, je suis né près de Bordeaux où je vivais en famille.

En 2022, un parti d’extrême droite, ennemi des étrangers, de l’Autre en général, a pris le pouvoir, d’abord à l’Elysée puis à l’Assemblée Nationale. Un général a été nommé Premier Ministre.

Tous les gens comme moi, engagés politiquement et essayant d’aider les étrangers à vivre en paix en France ont été systématiquement menacés verbalement.

J’ai fui la maison avant la première descente de police. J’ai filé à la gare. Pour aller où ? L’Espagne proche ? oui, mais trop proche. Donc le nord ou l’est. Direction Paris où je retrouve quelques copains qui eux préparent un départ vers les USA ou le Canada. Mais on doit passer des contrôles aux aéroports de Roissy ou Orly…

Je préfère le train vers l’Est. A la gare, je veux acheter un billet vers Moscou mais on m’indique que la traversée de la Biélorussie n’est pas autorisée actuellement aux européens suite au conflit avec la Russie. Seule solution Varsovie…puis on verra.

Paris, Francfort sur le Main, Berlin, Francfort sur Oder, Varsovie.

20 heures d’échanges avec des Allemands, des Polonais qui s’interrogent tous sur l’avenir de la France. A Varsovie plus de train pour Moscou. Seule solution, le stop. J’en parle à une polonaise montée dans le train à Poznan qui a un copain chauffeur livreur lequel va souvent à Moscou. Il pourra m’embarquer en me faisant passer les postes frontières dans un colis…

Nous arrivons à Moscou où je pense m’installer. Mais j’apprends à la radio que Poutine qui commence un nouveau Xème mandat est ravi du changement de gouvernement en France.

Je dois filer. Je fonce à la gare où je prends un billet de Transsibérien pour la Mongolie, pays indépendant et surement sympathique.

Me voilà dans le Transsibérien, silencieux, car je ne comprends pas un mot de russe. J’arrive à échanger quelques phrases avec des passagers montés à Moscou, Krasnoïarsk, Irkoutsk…Nous passons près du lac Baïkal et nous voilà à Oulan Bator, capitale de la Mongolie.

A vrai dire, j’ai failli ne pas savoir que j’étais arrivé, les informations orales dans le train et les panneaux à la gare étant en mongol…un passager anglophone, me voyant vraiment inquiet a pu m’indiquer que c’était là que je devais descendre, là que j’allais vivre, ou essayer de vivre…

Je me suis retrouvé au milieu d’1 million de personnes parlant une langue incompréhensible, à l’écriture illisible, avec une toute petite minorité de gens prononçant quelques mots d’anglais…Je sors de la gare, passe devant un temple dont j’apprendrai qu’il est bouddhiste, au milieu d’immeubles construits par les soviétiques. Et soudain, le logo Novotel sur un bâtiment…Je m’y engouffre, je vais y passer une nuit, mais pas plus, je n’en aurai pas les moyens…

Le type de la réception m’explique en anglais qu’il y a un poste de police en tournant sur la 3ème rue à gauche, puis la septième à droite, et en continuant 500 mètres, on y arrive…Vous vous débrouillerez…

Je pars à gauche, dans l’émotion je me trompe de rue, je me perds, je repars à l’hôtel, recommence et arrive à ce que je pense être le commissariat. Il est fermé. Je reviens dans l’après-midi. Un type qui parle dans une langue que j’imagine être le mongol m’explique qu’il faut revenir. Il prononce le mot « Thursday », je reviendrai jeudi…

2 nuits dans la rue au marché Khan Zhan, il fait froid, j’ai pu changer un peu d’euros en tugriks. J’en ai 50000 dans la poche, de quoi survivre 3 jours. Il fait froid, je ne parle à personne, je pleure.

Jeudi. Je fonce à nouveau au commissariat. Apres 3 heures d’attente, je suis reçu par un type en uniforme dont je comprends un mot sur deux. Il finit lui, par comprendre en voyant mon passeport que je suis français. « Revenez la semaine prochaine, vous aurez un interprète en anglais » …

8 jours de galère, la peur des pickpockets, la peur de me faire voler le peu d’argent qui me reste, mon passeport.  La semaine suivante, un interprète anglais va me recevoir et m’expliquer que pour rester ici, je vais devoir passer devant un juge à qui je devrai montrer ou plutôt démontrer que je suis en danger en France. « Ecrivez-nous votre histoire, en mongol, bien sûr… » « mais, qui va m’aider à traduire ? » « Débrouillez-vous, c’est vous qui êtes demandeur… »

Je file au Novotel, le type parlant anglais accepte contre 3 sous de traduire en mongol ce que je lui explique en anglais : une page sur la folie du gouvernement français et une sur mes craintes d’arrestation en cas de retour…

Je dépose tout au commissariat où l’on me demande de repasser tous les jours, après m’avoir laissé un petit papier incompréhensible pour moi, mais qui, je l’imagine, est une preuve de mon dépôt et de ma demande…

Cela va durer 6 mois pendant lesquels je survis grâce au marché où je trouve un vendeur de vin qui découvrant que je suis bordelais va m’imaginer compétent, m’embauche 2 jours par semaine, surtout comme faire valoir auprès de ses clients. Mais je survis. Je trouve un lieu d’abri dans un temple bouddhiste où un moine me laisse dormir la nuit.

Je suis contrôlé une fois, embarqué dans un lieu que je ne connais pas. Nous sommes six blancs, un noir, pas un seul asiatique…dans quel monde vivons-nous ? je suis libéré dès que je montre le papier du commissariat…

On m’annonce enfin que je dois venir, propre, rasé, reposé, dans 5 jours à 10H dans un lieu dont l’adresse m’est donnée en mongol. Quand je demande si j’aurai le droit à un avocat, je vois encore le sourire du policier qui m’a reçu…

5 jours plus tard, je suis mis face à 3 personnes dont j’ignore qui est qui. Ils sont assis, je suis debout. L’un va s’avérer être l’interprète. Il est canadien, je ne comprends pas son accent français, mais je me débrouillerai. Je ne sais pas qui est le second. Le troisième commence à poser des questions.

« Où êtes-vous né ? …  à Bordeaux…  Mais monsieur, votre passeport indique 33 Bouliac… c’est un village près de Bordeaux… Alors pourquoi parlez-vous de Bordeaux ? vous mentez ? …mais je ne savais pas que c’était important, Bordeaux est la grande ville près de Bouliac… Alors parlez-moi de Bordeaux. Il y a combien de ponts à Bordeaux ? …  Je ne sais pas, 5 ? 6 ? …enfin Monsieur, si vous y vivez, vous devez le savoir ! Quelles études avez-vous fait ? …du Droit…jusqu’à quel niveau ? …Je veux devenir avocat…Ce n’est pas ma question. Je la répète, à quel niveau ? …Master 2    Vous avez fait un mémoire ?  Suivent 5 minutes laborieuses puis des questions sur mes parents dont il s’étonne qu’ils vivent encore en France si la situation est aussi dangereuse…

Mais à vrai dire, je ne sais pas s’ils y sont encore maintenant. Je le dis. Et la réponse tombe. « Alors Mr, pourquoi avez-vous dit qu’ils y étaient, s’ils n’y sont plus. C’est la vérité que nous voulons Mr, pas des mensonges…

J’ai droit à des questions sur le vin de St Emilion, le nom de l’Archevêque de Bordeaux, puis sur mon engagement politique, 2 questions : pour qui ai-je voté aux élections de 2017 et qui était candidat en 2022 aux législatives à Bordeaux dans le parti du président élu.

Au bout de 30 minutes, il m’annonce qu’il n’a plus de questions. J’ose demander si je peux parler de la vie politique en France « Non Mr, j’ai lu votre histoire. Réponse dans 3 semaines. Vous saurez alors si vous avez la chance de vivre dans notre beau pays, ou si c’est non. Merci de votre visite… »

Et si c’était nous ?


Publié le 21.05.2021 à 17:11

Lettre de soutien à Tous Migrants

Les poursuites contre les personnes solidaires des personnes migrantes, dont les demandeurs d’asile se poursuivent et s’amplifient.

Notons que le délit de solidarité qui n’a pas vraiment de base juridique a longtemps occupé les débats. Le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 6 juillet 2018 a considéré la fraternité comme un principe à valeur constitutionnelle, en se fondant sur les articles 2 et 72-3 et le préambule de la Constitution. De ce principe découle “la liberté d’aider autrui dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national”[1].

La loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie a encadré le principe de fraternité qui s’applique à l’aide à la circulation ou au séjour irréguliers d’un étranger et qui ne peut donner lieu à des poursuites pénales sur le fondement des articles L. 823-1 ou L. 823-2 lorsqu’elle est le fait

3° De toute personne physique ou morale lorsque l’acte reproché n’a donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte et a consisté à fournir des conseils ou accompagnements juridiques, linguistiques ou sociaux, ou toute autre aide apportée dans un but exclusivement humanitaire.

Dans un arrêt rendu le 26 février 2020, la Cour de Cassation a clarifié l’interprétation de la loi en tranchant le débat entre acte humanitaire et acte militant. Elle a jugé que la protection des actes solidaires ne se limitait pas aux actions purement individuelles et pouvait s’appliquer aussi aux actes militants accomplis au sein d’associations[2].

Devant les mesures prises aux frontières pour refouler les personnes migrantes au mépris des règles internationales, ceux-ci n’ont pas d’autre salut que de passer par des voies de plus en plus dangereuses, comme ce qui se passe dans les Hautes Alpes. Ces hommes, femmes et enfants ont pour seule aide des bénévoles qui se mobilisent pour leur sauver la vie et les emmener en lieu sur, sans jamais, les aider à franchir la frontière.

La plupart de ces personnes sont des femmes, des enfants des hommes en demande de protection.

Alors que toutes les dernières mesures gouvernementales tendent à durcir les conditions d’accueil des demandeurs d’asile, que beaucoup sont livrés à eux-mêmes pour leur logement et leurs conditions d’existence les bénévoles qui tentent d’apporter leur soutien dû à toute personne en situation de vulnérabilité, sont poursuivies et condamnés à des peines de plus en plus lourdes.

Ces bénévoles loin d’être les criminels dénoncés par le pouvoir font partie des derniers garants de la solidarité humaine.

L’ADA fidèle à sa vocation d’aide aux personnes en recherche de protection tient à saluer ces bénévoles, maraudeurs et maraudeuses qui sont l’honneur de la France et appelle à les soutenir le 27/05 devant le tribunal de Grenoble pour obtenir leur relaxe.


[1] https://www.vie-publique.fr/eclairage/18715-du-delit-de-solidarite-au-principe-de-fraternite-lois-et-controverses

[2] Ibid


Publié le 06.05.2021 à 11:08

Appel à financement pour un stage longue durée

L’ADA accueille de nombreux stagiaires souvent sur des durée courtes (moins de deux mois). Pour pouvoir accueillir un stagiaire sur une durée plus longue, jusqu’à 6 mois, l’ADA souhaite assurer la gratification due au stagiaire pour cette durée.

Pour cela, l’ADA lance une campagne de financement via « helloasso » : participer à la campagne

Nombreux sont les anciens stagiaires qui continuent ensuite à soutenir le droit d’asile dans leurs parcours professionnel.


Publié le 18.04.2021 à 15:22

Aux souffrances psychiques des demandeurs d’asile, l’ADA propose un appui psychologique

Besoins et Genèse

L’accueil de Demandeurs d’Asile pose la problématique de la prise en charge des souffrances psychiques liées aux violences ou persécutions subies, aux effets de la précarité matérielle et des incertitudes résultant des procédures administratives.
Les demandeurs d’asile ont fui des agressions, des violences, des persécutions, des emprisonnements, des tortures, des viols, des atteintes contre leurs proches, des menaces et des peurs qui les ont contraints à abandonner leur pays, leur métier, leur culture et leur environnement d’origine, leurs familles et leurs amis, et à entreprendre des périples qui les ont souvent mis en danger, pour aboutir en France, un pays inconnu, où ils sont contraints de séjourner durablement dans la rue et sans ressource.

La procédure de demande d’asile est aussi en soi un processus douloureux, puisqu’elle conduit le demandeur d’asile à devoir exposer son histoire, plusieurs fois, à faire face au doute ou à la suspicion, souvent au déni de sa parole et au rejet de ses explications. Dans le cas d’une reconnaissance de la demande et de l’obtention d’un statut en France, les réfugiés doivent alors faire face à toutes les difficultés d’une intégration dans laquelle ils recevront très peu de soutien pour reconstruire une vie à partir de zéro. Ceux qui n’obtiennent pas de statut sont soumis alors à l’angoisse d’une situation de clandestins, potentiellement poursuivis par les autorités.
Dans les cas où la personne est déboutée, il y a souvent un effondrement, le sentiment de n’avoir pas été crue et celui d’une illégitimité à vivre ou bien un sentiment de colère et de persécution.

Lorsque la personne reçoit une réponse positive, au premier sentiment d’euphorie succède parfois la désillusion. Les papiers ne transforment pas toute sa vie et les symptômes, non seulement liés aux traumatismes de l’exil, mais à ceux bien antérieurs ressurgissent avec force car l’angoisse n’est plus jugulée par le fait de se battre « au jour le jour ».
La volonté de prendre en compte ces besoins, a amené l’ADA à proposer un appui psychologique intégré à l’accompagnement des demandeurs d’asile.

Cet accompagnement a été initié en 2016, avec deux psychologues cliniciennes bénévoles au sein de l’ADA.  Le soutien à la parentalité constitue un axe fort de l’action menée par l’ADA, une pédopsychiatre a ainsi rejoint l’équipe en 2017 pour un travail de groupe pédiatre-psychologue avec ces familles. Depuis mars 2021, un psychiatre a rejoint l’équipe.

Comment repérer les personnes susceptibles de bénéficier d’un appui psychologique ?

L’orientation vers ce suivi résulte de l’initiative du salarié ou du bénévole ayant entendu une demande ou perçu une souffrance psychique dans le cadre d’une rencontre avec le DA. Le lien entre travail psychologique et suivi de la procédure se révèle structurant pour le demandeur d’asile. La situation post-traumatique liée à l’exil, les deuils, les séparations, constituent un ébranlement de la personnalité et entraînent une dispersion, voire une perte des repères et une confusion. La collaboration entre les différents accompagnateurs de la procédure et les psychologues constituent un cadre plus structurant pour les personnes.
S’il existe une possibilité d’appui psychologique pour les demandeurs d’asile, c’est parce que les salariés et les bénévoles, par ailleurs formés aux démarches administratives complexes de la demande d’asile, sont également sensibilisés aux problématiques psychiques éventuellement rencontrées par leurs interlocuteurs. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas le cas dans les relations entre les demandeurs d’asile et l’administration.

S’adapter à chaque demandeur d’asile

Les populations de demandeurs d’asile reçues à l’ADA ne sont pas uniformes. Par exemple, chez les Africains, on rencontre deux types de demandeurs d’asile : ceux qui viennent de la campagne, avec une culture africaine qui perdure, ils sont parfois analphabètes ; d’autres sont urbains, avec des repères souvent complexes. Ils sont fréquemment pris entre deux cultures : leur culture d’origine et une orientation vers l’Europe, qui représente pour eux une forme de modernité. Pour qu’un travail psychologique fonctionne avec ce type de patients, il faut que les séances soient aménagées en fonction des personnalités et ne reproduisent pas nécessairement des séances analytiques type. Les psychologues doivent alors s’adapter. On remarque que les personnes ont le désir de rencontrer des soignants avec une compétence de type européen, ne souhaitant pas ici reproduire des expériences avec des intervenants de leurs cultures (chamane, etc…).

Les demandeurs d’asile isolés présentent aussi des problématiques liées à l’inactivité et aux difficultés d’hébergement. Ceux-ci n’ont en effet pas le droit d’effectuer un travail rémunéré et les possibilités de bénévolat sont limitées. De ce fait, ils sont le plus souvent inactifs, dans l’errance et leur santé, physique et mentale, se détériore beaucoup. Nombre d’entre eux n’ont pas d’hébergement, ou sont contraints à des changements de lieux fréquents. Cette situation induit de l’insécurité et il est difficile de soigner psychiquement des personnes à la rue. En revanche, on observe que lorsque les personnes ont un hébergement stable, le travail thérapeutique s’en trouve facilité.

Ces années d’expérience et d’observation montrent que la clinique du traumatisme chez les demandeurs d’asile se manifeste par des symptômes récurrents et importants : troubles psychosomatiques (céphalées, troubles digestifs, problèmes dermatologiques, douleurs corporelles…), insomnies, anxiété, angoisse, phobies, perte de la mémoire et troubles de l’attention. Pour certains, le suivi en fonction de leur problématique personnelle a notamment permis d’atténuer des symptômes comme la perte de mémoire et les troubles de l’attention.
Les entretiens psychothérapiques, en permettant d’offrir un lieu où la problématique du vrai et du faux qui est à la base du témoignage pour obtenir les papiers ne se pose en principe pas, induisent une diminution des symptômes et, souvent, la reprise d’une capacité narrative contribuant à combler les lacunes d’une mémoire en souffrance, permettant aux personnes, ultérieurement, de réorganiser et se réapproprier leur histoire et leur récit.

Si certaines personnes manifestent des symptômes évoqués ci-dessus, pour d’autres la gravité du traumatisme est telle qu’elle ne s’exprime pas et peut passer inaperçue. La personne est alors souvent inhibée et mutique. En effet, après avoir subi un traumatisme grave, les personnes atteintes ne présentent pas toujours des symptômes visibles. En cachant leur frayeur et leurs difficultés, en paraissant détendues voire souriantes, elles ne permettent pas à ceux qui les accompagnent, salariés ou bénévoles, de prendre la mesure de leurs problématiques. Ce fonctionnement lié au gel des affects cache un grand désarroi et des troubles qui peuvent être graves.
L’acceptation de la proposition de rencontrer un psychologue est, même si la personne n’a pas souvent une idée précise du type de travail qui va lui être proposé, déjà implicitement une reconnaissance des symptômes qui l’empêchent de vivre et on observe qu’un vrai travail peut alors se mettre en place.

Les psychologues reçoivent des familles, avec un intérêt particulier pour la relation mère-enfant. Elles reçoivent également des femmes pendant leur grossesse. L’exil avec l’éloignement de la famille, rend les mères particulièrement vulnérables et sensibles à la dépression. Les premières interrelations mère/enfant constituent le fondement de la vie psychoaffective et intellectuelle de l’enfant. La prise en charge à ce moment constitue à la fois du soin et de la prévention.
La consultation avec psychologue et pédiatre permet aussi des réponses aux questions médicales qui peuvent se poser et de favoriser une orientation vers d’autres professionnels de santé. Cette démarche est d’autant plus importante qu’elle s’adresse à des personnes vulnérables, peu suivies et en difficulté pour accéder aux soins.

Besoins de l’ADA

L’ADA souhaite mieux former ses bénévoles et salariés aux effets psychologiques des traumatismes. Une telle formation est encore très peu présente à l’ADA et nous pensons qu’il est nécessaire de la développer. Pour ce faire, les actions suivantes sont envisagées et non pu être mises en œuvre pour cause de crise sanitaire et de manque de financement :

  • Une ou des formations dans le cadre des « Mardis de la formation », organisés régulièrement à l’ADA pour ses bénévoles et ouverts aux membres d’autres associations. Ces formations pourraient être dispensées par les psychologues qui interviennent à l’ADA.
  • L’intervention d’un professionnel extérieur à l’ADA : par exemple un psychiatre de la PASS – Permanence d’Accès aux Soins de Santé du CHU de Grenoble, structure s’adressant aux personnes en situation de précarité.

Conclusion

Au regard de la régularité et de l’investissement de ces entretiens, on peut avancer que ces derniers correspondent bien à une demande des demandeurs d’asile : ne plus être envahis par leurs symptômes et faire tomber en partie les systèmes de défense mis en place comme protection du psychisme, mais qui dans le même temps risquent de perturber leur récit et d’entraîner le rejet de leur demande d’asile.