Associations iséroises


LE POSTILLON 

Archives

Le Postillon n’est pas un média internet, mais uniquement un journal papier de Grenoble et sa cuvette.

 

Publié le 16.02.2022 à 17:28

Le droit du travail au bulldozer

Les grosses boîtes, ça ose tout et c'est même à ça qu'on les reconnaît. Mauro se trouve ainsi dans une situation complètement kafkaïenne, causée par la rapacité sans limite de son employeur et l'interconnexion des fichiers due à France Connect. Simple ouvrier, Mauro bossait auparavant de nuit à Caterpillar Grenoble. Mais en 2009, la boîte décide de modifier unilatéralement ses horaires, et sa rémunération baisse ainsi de 250 euros par mois. Une plainte aux prud'hommes aboutit sur une victoire, l'employeur étant condamné à lui verser 2 800 euros en 2010. Ça aurait pu en rester là, mais la multinationale américaine décide de faire appel. S'en suit un très long feuilleton (cassation, retour en appel, etc) aboutissant finalement à la condamnation définitive de Caterpillar à payer 29 000 euros à Mauro (avec les dommages et intérêts) onze ans plus tard, en mars 2021. La multinationale traînant encore des pieds, un huissier est saisi en juin, ce qui pousse finalement Caterpillar à contester la somme due. Entre-temps, elle fait mine d'appliquer la décision de justice en versant 21 200 euros (soit quand même 8 000 euros de moins que la somme due) sur la fiche de paie de Mauro… « mais seulement sur la fiche de paie ! Sur mon compte en banque je n'ai rien reçu. Comme tout est connecté avec France Connect, j'ai perdu quasiment tous mes droits aux APL, ceux-ci passant de 398 euros à 43 euros. Mes 1 600 euros mensuels ne suffisant pas à payer mes factures, j'ai vite été à découvert et la banque m'a interdit d'utiliser chéquier et carte bleue... » Depuis l'été, Caterpillar continue à jouer la montre, demandant de multiples renvois des jugements demandés pour contester la somme due. Un délibéré du 16 novembre a enfin débouté la multinationale de ses demandes, mais à ce jour Mauro n'a toujours rien reçu. La situation devrait être réglée avant la prochaine audience du 7 décembre, mais le salarié – et quatre autres collègues dans la même situation – n'osent plus rien espérer. « C'est quand même complètement dingue cette histoire. Encore ce serait une petit boîte... » soupire Mauro. Au troisième trimestre 2021, le bénéfice de Caterpillar a « dépassé les attentes », atteignant 1,43 milliard d'euros.


Publié le 16.02.2022 à 17:26

Il y a des chances que rien ne pousse

Le 14 octobre, l'association France Amérique latine proposait une soirée sur le thème de la Déclaration des droits des paysans. Ce texte a été adopté par l'ONU en 2018 après une campagne lancée par des paysans indonésiens dix-sept ans auparavant. L'occasion pour Antoine Back, adjoint à la sécurité alimentaire de Grenoble, de déplorer que malgré tous ses efforts, la municipalité n'était parvenue qu'à préserver une cinquantaine d'hectares dans la métropole pour les consacrer à une agriculture paysanne et nourricière. Mais quels efforts au fait ? La mobilisation pour préserver les jardins de la Buisserate, détruits il y a un an, a vainement sollicité le soutien de Piolle. L'A480 s'élargit avec sa bénédiction, tandis que le projet métropolitain des Portes du Vercors risque fort de bétonner les dernières terres cultivables de Fontaine et Sassenage. Encore un effort et ils raseront le Parc Mistral.


Publié le 16.02.2022 à 17:25

Classement mondial des villes qui font de la merde : Grenoble 49ème !

Il en faut peu pour contenter Christophe Ferrari, PDG de la Métropole Grenoble Alpes. Par exemple un obscur classement réalisé par une obscure boîte baptisée Finom. Cette « néobanque 100 % en ligne qui veut faciliter la vie des entrepreneurs et des indépendants » vient de publier un « classement des villes les plus innovantes du monde » mettant Grenoble au 49ème rang. « #Grenoble s'inscrit parmi les 50 villes les + innovantes au monde, 2ème sur le podium des 3 villes françaises au classement ! @GrenobleAlpes Métropole des montagnes, c'est aussi un écosystème dynamique où se mêlent #recherche & #innovation » a tweeté triomphalement le maire de Pont-de-Claix. Quels sont les critères de ce classement arbitraire ? « Le nombre de start-ups établies dans chaque ville depuis 2010, les montants investis en R & D dans les universités, les innovations en intelligence artificielle ou encore dans la FinTech ainsi que le nombre de levées de fonds réalisées dans chacune de ces villes depuis 2015. » Des critères certainement intéressants pour une banque en ligne, des entrepreneurs ou n'importe quel requin du business, mais qui n'ont rien à voir avec la recherche d'un futur désirable. Tenez, d'un point de vue environnemental : ce genre de classement, c'est par exemple ce qui va donner envie à des boîtes comme Sipearl de s'implanter ici. Dans des bureaux cours Berriat depuis octobre, cette société conçoit des supercalculateurs, soit des « ordinateurs qui tiennent dans d'immenses armoires et demandent énormément de puissance (de l'ordre de plusieurs mégawatts, l'équivalent de milliers de grille-pains pour une seule machine !) » s'émerveille le journal de la Métropole du mois de novembre. Chouette, encore une boîte qui va consommer autant que des dizaines de milliers d'habitants ! « Grenoble était une évidence ! C'est clairement l'endroit où il faut être, au cœur de la Silicon Valley européenne ! » s'émerveille son patron qui a dû lire le genre de classement qui remplit de fierté Christophe Ferrari. Une des autres dernières-nées, Aledia, dont la pose de la première pierre en septembre dernier s'est déroulée dans l'allégresse des notables locaux (voir dernier numéro), va, elle aussi, faire péter les compteurs : « Vous avez oublié de parler de la future très importante consommation électrique de cette boîte, nous écrit un connaisseur du dossier. Mais la puissance sollicitée par l'entreprise pour cette usine est de 22 MW. C'est énorme ! » Encore un grincheux qui n'a pas compris que le bonheur se trouvait dans les classements établis par les banques en ligne, et non pas dans la recherche de sobriété.


Publié le 16.02.2022 à 17:23

MJC : Maison du Jeu politique et des Copinages

Coup de tonnerre à Fontaine ! Après 60 ans d'activité, la MJC Nelson Mandela vient d'être évincée par la mairie, rejoignant ainsi la longue liste des MJC aux portes fermées dans la cuvette (après Saint-Martin-d'Hères l'année dernière, celle de Voreppe est également sur la sellette). Faut dire que la nouvelle municipalité, de droite plus ou moins molle, voulait se débarrasser de cette association dont le conseil d'administration est rempli de communistes, anciennement au pouvoir municipal depuis l'après-guerre. Alors après un appel à projet invitant notamment à « développer les initiatives locales », la mairie a choisi une nouvelle structure, dénommée Viltaïs, et implantée... en Allier. Cette petite multinationale loi 1901 est tellement attachée à « l'ancrage local » qu'elle s'est installée dans 19 départements différents (Le Daubé, 16/11/2021). Le premier adjoint défend ce choix en disant que la structure est « plus moderne et plus dynamique » et « propose un panel de solutions et d'activités intéressant, comme une web TV par exemple » (Place Gre'net, 30/10/2021). Mais n'y-aurait-il pas avant tout des raisons de copinage politique ? Incroyable coïncidence, il se trouve que le président de Viltaïs Jacques Lahaye est un ancien élu PS ayant rallié Macron en 2017 (comme l'adjoint fontainois Laurent Thoviste) et que le directeur général est Yannick Lucot, adjoint au maire de Moulins et conseiller régional sur la liste de Wauquiez. Son parti l'UDI a à peu près le même positionnement politique que le maire de Fontaine Franck Longo, quelque part entre la droite radicalisée (les Républicains) et la droite dure (la majorité présidentielle). Les petits arrangements entre amis politiques, voilà un bon sujet pour la future « web TV » !


Publié le 16.02.2022 à 17:21

Feel Mining

Mi-novembre s'est déroulée la quatrième édition du festival Transfo, l'évènement de geeks qui ambitionne – ô comble de l'originalité – « de faire de Grenoble une capitale de l'innovation, des nouvelles technologies, du numérique et du futur ». Cet évènement soutenu par la Métropole a notamment fait la promotion, pour parler du « futur de la finance », des cryptomonnaies et de l'entreprise grenobloise Feel Mining. Cette société vend « des solutions d'investissement dans le domaine de la blockchain et des cryptomonnaies » et ça a l'air de rudement bien fonctionner. Faut dire que selon leur storytelling, on a affaire à une sacré bande de winners : « Le 15 janvier 2019, le site est lancé ... En plein milieu de ce qu'on nommera ensuite “l'hiver crypto”. Le moral de l'industrie est au plus bas, c'est probablement le pire moment qui soit pour lancer un projet comme le nôtre centré autour du minage* de Bitcoin et de cryptomonnaies. Sauf qu'en bon Grenoblois, élevés dans l'air piquant des Alpes, l'hiver n'a jamais été un ennemi ! Personne ne nous attendait, mais ça y est, nous sommes là, et bien là. (…) Entreprendre dans le secteur crypto, c'est prendre le train de l'histoire en marche, rien de moins. » Deux ans plus tard, le chiffre d'affaires est de 3 millions d'euros : ça rapporte de brasser du vent. Enfin, les cryptomonnaies brassent surtout énormément d'énergie, à cause de la nécessaire utilisation d'ordinateurs et serveurs très puissants. Feel Mining a donc un « parc de machines » énergivores réparti un peu partout dans le monde : Kazakhstan, Canada, Sibérie, Islande. Les cryptomonnaies, au départ imaginées comme un moyen de contourner le système bancaire, sont aujourd'hui surtout considérées comme une catastrophe écologique. Pourquoi se soucier de ce genre de détail quand on peut simplement se faire de la thune ? Là-dessus, Feel Mining colle complètement à la philosophie de Transfo et à l'esprit grenoblois.

*Le minage consiste à réaliser des calculs à l'aide de puissants ordinateurs pour générer des cryptomonnaies.