27.05.2026 à 15:52
Équipe de l'Observatoire
La Cour des comptes rappelle une fois de plus le coût élevé, et tendanciellement en hausse, des niches fiscales. Ce manque à gagner est minoré d'une part, par les prévisions budgétaires et d'autre part, par une réforme du mode de calcul de certaines d'entre elles touchant la TVA. Elle regrette l'absence de pilotage de ces dispositifs dont certains d'entre eux (pacte Dutreil, Crédit d'impôt recherche) font l'objet de rudes débats. Elle appelle à un programme d'évaluation systématique des (…)
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La Cour des comptes rappelle une fois de plus le coût élevé, et tendanciellement en hausse, des niches fiscales. Ce manque à gagner est minoré d'une part, par les prévisions budgétaires et d'autre part, par une réforme du mode de calcul de certaines d'entre elles touchant la TVA. Elle regrette l'absence de pilotage de ces dispositifs dont certains d'entre eux (pacte Dutreil, Crédit d'impôt recherche) font l'objet de rudes débats. Elle appelle à un programme d'évaluation systématique des niches. Cette note revient en détail sur ces enjeux.
Après avoir exprimé son inquiétude sur le coût des « niches sociales » (voir notre article du 29 mars 2026), la Cour des comptes tire donc une nouvelle fois la sonnette d'alarme, cette fois à propos des « niches fiscales ». Dans l'édition 2026 de son rapport « Analyse de l'exécution budgétaire 2025 », elle pointe ainsi la hausse du coût des niches fiscales, leur absence de pilotage et le nombre insuffisant de données pour en faire une évaluation précise. Excusez du peu… Si Attac était longuement revenue dans une note consacrée au sujet sur les niches fiscales et sociales, principales aides aux entreprises, il est important de suivre les travaux menés sur un sujet devenu un enjeu de justice fiscale.
Dans son rapport, la Cour rappelle que « Le coût des dépenses fiscales a atteint 89,40 Md€ en 2024, en progression de 6,48 Md€ par rapport à 2023 ». Elle déplore par ailleurs l'écart important entre les prévisions qui figurait dans le projet de loi de finances pour 2024 et le coût réel : cet écart, qu'elle qualifie de « sans précédent », s'élève à 10,66 Md€. En somme, le coût des niches fiscales a été sous-évalué dans le PLF 2024. Ce constat est d'autant plus instructif et préoccupant « en même temps » qu'il fait suite à une polémique relative aux prévisions relatives au déficit public dans ce même PLF 2024. Rappelons en effet que le montant du déficit public en France qui a été établi par l'Insee pour 2024 à 5,8 % du PIB est très supérieur à la prévision inscrite dans le projet de loi de finances de l'automne 2023. Des écarts de prévisions allant dans le sens de ce que portait le gouvernement de l'époque ont donc concerné également les « niches fiscales ».
La Cour précise que, « Le volume des dépenses fiscales, déjà élevé, progresserait encore en 2025, avec une estimation portée à 91,83 Md€ en PLF 2026, représentant 25,76 % des recettes fiscales nettes et 3,07 % du PIB ». Leur nombre reste très élevé à 474 dispositifs, « en dépit des objectifs affichés de suppression et de rationalisation ». Pour 2025 également, la Cour déplore « une sous-évaluation récurrente et croissante des prévisions ». Elle rappelle que le coût des « niches fiscales » a été révisé à 91,83 Md€ dans le projet de loi de finances (PLF) 2026, contre 85,09 Md€ prévus initialement au PLF 2025, soit une hausse de 7,91 %..
Ajoutons à cela un changement de mode d'évaluation du coût des niches fiscales qui en minore le coût global. La Cour précise ainsi que « ce coût s'élèverait même à 103,11 Md€ en appliquant l'ancienne convention de chiffrage ». Ce changement date de 2023… Dans son rapport sur le budget de l'État pour l'année 2024, la Cour des comptes précise ainsi que « le Gouvernement présente depuis la loi n° 2023-1322 du 29 décembre 2023 de finances pour 2024 le coût des dépenses fiscales en fonction de la part de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) nette revenant au seul État, c'est-à-dire diminuée de la part transférée aux collectivités territoriales et aux organismes de sécurité sociale ». En d'autres termes, dans les PLF, le coût des « niches fiscales » en matière de TVA est sous-évalué puisque le manque à gagner provoqué par ces dispositifs, supporté par la Sécurité sociale et les collectivités locales qui reçoivent respectivement 57 et 51,8 milliards d'euros de TVA, n'est pas évalué. La minoration du coût des « niches fiscales en matière de TVA est ainsi minoré de plus de 12 milliards d'euros.
Dans son rapport, la Cour rappelle la réévaluation du coût du pacte Dutreil, dont le chiffrage passe de 800 millions d'euros à 4 milliards d'euros pour 2025. La hausse est spectaculaire mais cela n'est guère étonnant : les pouvoirs publics ont longtemps rechigné à actualiser le manque à gagner dans les documents budgétaires. C'est uniquement parce que ce dispositif a été mis en lumière dans différents travaux sur la fiscalité patrimoniale qu'il a fait l'objet d'une réévaluation importante qui, pour la Cour, « illustre le défaut de mesure, de suivi et de connaissance qui caractérise de nombreuses dépenses fiscales ». Au-delà de ces écarts de prévision, le rapport estime que « c'est le pilotage général des dépenses fiscales qui est ainsi questionné ». Selon la Cour en effet, 55 % des niches seulement sont correctement évaluées.
Il est utile de rappeler à ce stade que le manque à gagner provoqué par le crédit d'impôt recherche (CIR) est passé de 5 milliards d'euros en 2010 à 8,06 milliards d'euros en 2025. Il est très concentré. Le Sénat soulignait dans un rapport spécialque « les cinquante premières entreprises bénéficiaires du CIR concentrent à elles seules près de 45 % du bénéfice du dispositif, tandis que les 200 premières entreprises représentent près des deux tiers du coût total ». Le Sénat s'interroge sur l'efficacité et le contrôle de ce dispositif. Il remarque ainsi que « l'effet du CIR sur l'effort supplémentaire de recherche fourni par les entreprises se limite à un réinvestissement égal au bénéfice du dispositif ». Il s'inquiète également sur la possible fraude au CIR. Une étude de l'Institut des politiques publiques pour France stratégieavait montré que, lorsqu'un contrôle est engagé (étant précisé que seuls 6 % des bénéficiaires du CIR font l'objet d'un contrôle fiscal), le taux d'avis défavorable oscille autour de 20 % depuis 2011. SI l'on considérait que 20 % du CIR est illégalement capté, cela reviendrait à considérer que la seule fraude au CIR pourrait représenter 1,6 milliard d'euros en 2025.
La niche fiscale sur le mécénat des entreprises a elle aussi vu son coût exploser tout en restant concentrée sur quelques grandes entreprises. Le manque à gagner provoqué par ce dispositif est passé de 90 millions d'euros en 2004 à 1,727 milliard d'euros en 2025 dont la majorité bénéficie aux grandes entreprises. Cette niche pose de nombreuses questions. Outre que la notion de l'intérêt général, trop large, a un impact mécanique sur la hausse de son coût, elle est parfois détournée de son objectif lorsque de grandes marques utilisent leurs dons pour leur propre stratégie commerciale. Enfin, l'efficacité de la mesure est mal évaluée et peu contrôlée.
La Cour recommande notamment la mise en œuvre d'un « programme d'évaluation systématique des dépenses fiscales en priorisant les plus coûteuses, sur la base d'un calendrier d'évaluation systématique inscrit dans le cadre de la prochaine loi de programmation des finances publiques. ». Nous n'en sommes pas encore à la revue des niches (fiscales et sociales) prônée par Attac, mais c'est déjà un premier pas… Une telle revue serait une première réponse apportée également à l'enjeu des aides publiques dont une large part procède des niches, fiscales et sociales.
16.04.2026 à 17:48
Équipe de l'Observatoire
Dans cette note, l'Observatoire de la justice fiscale et Attac France reviennent sur la manière dont la fiscalité a évolué en faveur des plus riches et sur les principales mesures à prendre pour mieux financer l'action publique, réduire les inégalités et relever les défis, multiples et immenses, de la période.
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Loin de n'être qu'un slogan, la revendication de mieux taxer les riches est devenue une exigence face aux défis sociaux, environnementaux et économiques, à (…)
Dans cette note, l'Observatoire de la justice fiscale et Attac France reviennent sur la manière dont la fiscalité a évolué en faveur des plus riches et sur les principales mesures à prendre pour mieux financer l'action publique, réduire les inégalités et relever les défis, multiples et immenses, de la période.
Loin de n'être qu'un slogan, la revendication de mieux taxer les riches est devenue une exigence face aux défis sociaux, environnementaux et économiques, à l'accroissement des inégalités et à la profonde crise démocratique qui secoue de nombreux pays.
En France, l'extrême pauvreté se développe, alors que la fortune des milliardaires bat chaque année de nouveaux records. On assiste à une hausse dramatique des inégalités sociales, territoriales, de revenus ou de patrimoine.
Cette note d'Attac et de l'observatoire de la justice fiscale revient sur les évolutions de la fiscalité en faveur des plus riches, les idées reçues et faux débats sur ce sujet, et montre qu'il est possible et nécessaire de mieux imposer les plus riches pour financer l'action publique, réduire les inégalités et relever les urgences sociales et écologiques.
Retrouvez également sur cette page notre communiqué « À la recherche de l'impôt perdu : Attac et l'Observatoire s'adressent à la commission d'enquête sur la fiscalité des très riches ».
16.04.2026 à 17:39
Équipe de l'Observatoire
Attac et l'Observatoire de la justice fiscale adressent leur contribution, intitulée « À la recherche de l'impôt perdu », aux membres de la commission d'enquête sur la fiscalité des très riches et demandent à être auditionnés.
Depuis le 25 mars, la commission d'enquête relative à l'imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et à leur contribution au financement des services publics de l'Assemblée nationale mène ses auditions.
Dans le cadre de ces travaux, Attac (…)
Attac et l'Observatoire de la justice fiscale adressent leur contribution, intitulée « À la recherche de l'impôt perdu », aux membres de la commission d'enquête sur la fiscalité des très riches et demandent à être auditionnés.
Depuis le 25 mars, la commission d'enquête relative à l'imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et à leur contribution au financement des services publics de l'Assemblée nationale mène ses auditions.
Dans le cadre de ces travaux, Attac et l'Observatoire de la justice fiscale adressent leur contribution, intitulée « À la recherche de l'impôt perdu », aux membres de la commission d'enquête et demandent à être auditionnés.
Cette note revient de manière synthétique sur la question du niveau réel d'imposition global des plus riches. Elle montre que celui-ci n'a cessé de se réduire ces dernières années. On observe ainsi deux tendances nettes en matière d'impôt sur le revenu : les taux d'imposition réels des plus riches ont baissé depuis 2017 ; et au-delà d'un certain niveau de revenu, les riches paient proportionnellement moins d'impôts.
Selon nos calculs, si les taux d'imposition étaient simplement restés au niveau de 2017, l'impôt sur le revenu aurait dégagé 2 milliards d'euros supplémentaires en 2024 rien que pour les revenus supérieurs à 800 000 euros. Une véritable progressivité de l'impôt aurait permis de dégager des richesses encore plus substantielles : 10 milliards d'euros auraient pu être dégagés en 2024 avec des taux réellement progressifs sur les revenus supérieurs à 100 000 euros.
La note détaille plusieurs facteurs qui expliquent la sous-imposition des très riches (réduction d'impôts, niches fiscales, évasion fiscale). Elle répond également à des idées reçues, comme la théorie du ruissellement selon laquelle la baisse des impôts des plus riches aurait favorisé l'activité économique, ou encore les alertes sur l'exil fiscal qui résulterait de hausses d'impôt.
Nous proposons enfin, dans cette note, des pistes pour mieux taxer les plus riches et les grandes entreprises, mettre en place une véritable fiscalité écologique et réorienter la gouvernance budgétaire.
Les conséquences de la concentration des richesses permise notamment par ces politiques fiscales méritent d'être rappelées :