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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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13.04.2024 à 05:00

Soudan : Une année d'atrocités nécessite une nouvelle approche mondiale

Human Rights Watch

Click to expand Image Un entrepôt médical détruit à Nyala, la capitale de la province du Darfour du Sud, au Soudan, le 2 mai 2023. © 2023 AFP via Getty Images

(Nairobi) – Alors que des dirigeants mondiaux et régionaux s’apprêtent à se réunir à Paris pour faire le point sur la situation au Soudan et marquer le premier anniversaire du conflit brutal qui oppose les Forces armées soudanaises (Sudanese Armed Forces, SAF) aux Forces de soutien rapide (Rapid Support Forces, RSF), ils devraient clairement indiquer que les responsables des atrocités en cours et d'autres violations du droit international humanitaire devront rendre des comptes, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Ces abus comprennent des meurtres intentionnels généralisés de civils, des attaques illégales contre des infrastructures civiles, ainsi que le pillage délibéré de l'aide, qui constituent des crimes de guerre.

Le 15 avril, la France, l'Allemagne et l'Union européenne tiendront conjointement une conférence sur le Soudan afin de faire pression pour la cessation des combats et pour une augmentation significative du financement international pour la réponse humanitaire ; celle-ci est gravement sous-financée, alors qu'une famine et une crise humanitaire plus large se propagent dans le pays et dans les pays d'accueil des réfugiés.

« Les parties belligérantes au Soudan ont infligé d’énormes souffrances aux Soudanais de tous horizons. La réponse mondiale au conflit brutal au Soudan doit changer », a déclaré Mohamed Osman, chercheur sur le Soudan à Human Rights Watch. « Les dirigeants réunis à Paris devraient agir pour lutter contre les niveaux honteusement bas de financement humanitaire, notamment pour les intervenants locaux, et s'engager à prendre des mesures concrètes contre ceux qui entravent délibérément l'acheminement de l'aide aux populations dans le besoin. »

Cette conférence se tiendra un an après l'éclatement du conflit entre les SAF et les RSF à Khartoum le 15 avril 2023, avant de s'étendre à d'autres régions, dont le Darfour et le centre du Soudan. Malgré l'ampleur des souffrances et des violations commises par les parties belligérantes, la situation au Soudan n’a suscité qu’une réponse décevante de la part de la communauté internationale.

Il est avéré que près de 15 000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit, mais ce chiffre est presque certainement une sous-estimation. Le conflit a déraciné 8,5 millions de personnes, pour la plupart à l’intérieur du pays, faisant de la crise au Soudan la plus grande crise de déplacement interne au monde. Environ 1,76 million de personnes ont fui vers les pays voisins. Sans aide humanitaire significative, cinq millions de personnes pourraient risquer la famine au cours des prochains mois.

Les deux parties belligérantes ont commis de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire, équivalant dans certains cas à des crimes de guerre et à d'autres atrocités criminelles, a déclaré Human Rights Watch. Les SAF ont tué illégalement des civils, mené des frappes aériennes visant délibérément des infrastructures civiles et entravé à plusieurs reprises l'aide humanitaire, entre autres violations. Les RSF ont commis de nombreux massacres de civils, dont beaucoup semblent avoir été ciblés en raison de leur ethnicité, notamment au Darfour occidental, tout en entravant l’aide, notamment par le pillage généralisé des fournitures humanitaires. Les RSF ont utilisé des armes explosives lourdes dans des zones densément peuplées et se sont livrés à des violences sexuelles généralisées et à des pillages. Les deux forces et leurs alliés ont recruté des enfants et arbitrairement détenu des civils.

Selon l'ONU, environ 25 millions de personnes, soit environ la moitié de la population, dépendent désormais des approvisionnements alimentaires d'urgence, que les SAF ont délibérément restreints et que les RSF ont pillés, en violation flagrante du droit international lors d’actes qui pourraient constituer des crimes de guerre, a déclaré Human Rights Watch.

Les entretiens de Human Rights Watch avec des travailleurs humanitaires ont décrit comment les autorités affiliées aux SAF, y compris ses services de renseignement militaire, ont imposé une multitude de restrictions bureaucratiques arbitraires qui ont entravé le travail des organisations humanitaires et leur capacité à atteindre les individus dans le besoin. Il s'agit notamment de retards, de refus et de non-réponses aux demandes de visas et de permis de voyage, que les autorités exigent pour permettre au personnel humanitaire de se déplacer entre les États fédéraux, ainsi que l'imposition de procédures administratives excessives pour l'importation et le transport de matériel de secours. L’obstruction illégale de l’aide exercée par les SAF fait suite à des décennies d’hostilité et d’obstruction systématique envers les agences humanitaires internationales sous l’ancien président soudanais Omar el-Bechir, ajoutant aux souffrances de la population dans les zones de conflit.

Les RSF et les milices alliées ont attaqué et pillé à maintes reprises les fournitures et infrastructures humanitaires, notamment des entrepôts, comme par exemple les stocks dans un entrepôt du Programme alimentaire mondial (PAM) à Wad Madani en décembre 2023. « Cette attaque – dans des zones contrôlées par les Forces de soutien rapide – a affecté des approvisionnements qui auraient pu nourrir pendant un mois entier 1,5 million de personnes en situation d'insécurité alimentaire aiguë », a indiqué le Bureau pour la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA). Des communautés au Darfour ont aussi, plus récemment, accusé les RSF de pillages de vivres destinés aux camps de personnes déplacées. Le Darfour Network for Human Rights, un groupe de surveillance des droits, a déclaré dans un communiqué du 3 avril que les RSF et des combattants arabes ont pillé du matériel humanitaire, notamment des produits alimentaires pour enfants souffrant de malnutrition, qui était destiné à des résidents d'un camp de personnes déplacées au centre du Darfour.

Les deux parties au conflit, en particulier les SAF, ont cherché à restreindre l’aide entrant et transitant par les zones de contrôle des parties adverses, ce qui a placé Khartoum sous un blocus de facto depuis fin 2023 et a également entravé l’accès de l’aide au Darfour.

Un travailleur humanitaire local de la ville de Bahri, à Khartoum, a déclaré : « Les SAF empêchent tout approvisionnement d'entrer dans la ville et les RSF restreignent les déplacements à l'intérieur. Nous sommes obligés de faire entrer clandestinement des marchandises, notamment de la nourriture, ce qui fait augmenter les prix des produits. »

Le PAM a indiqué le 3 avril qu’il avait réussi à atteindre la localité de Karrari à Omdurman, qui est actuellement sous le contrôle des SAF, pour la première fois depuis décembre.

Le 6 mars, les autorités soudanaises ont informé l’ONU qu'elles n'autoriseraient les mouvements transfrontaliers que par des passages spécifiques sous le contrôle de forces alliées à l'armée, ajoutant ainsi des défis financiers et logistiques supplémentaires aux organisations humanitaires.

Le 21 mars, les RSF avaient publié une déclaration sur leur compte officiel X (anciennement Twitter), déclarant qu'elles ne permettraient pas à l'aide de Port-Soudan d'atteindre El Fashir, la capitale du Nord Darfour, affirmant que ce plan serait utilisé à des fins de réarmement par les SAF et leurs alliés.

Les parties belligérantes ont tué, blessé et détenu des dizaines de travailleurs humanitaires, et ont pris pour cible des convois humanitaires. En décembre, les SAF ont attaqué un convoi du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui comprenait des civils à évacuer, tuant deux personnes et en blessant sept, dont trois membres du CICR. Les SAF ont affirmé à la suite de l’incident que le CICR s'était écarté de l'itinéraire convenu et qu'ils étaient escortés par des véhicules des RSF.

Face aux blocages de l’aide internationale, les intervenants soudanais, dont beaucoup se portent volontaires dans les salles d’urgence du pays, ont supporté le plus gros des efforts déployés pour répondre aux besoins croissants des civils à Khartoum, au Darfour, à Al Gezira et ailleurs. Les deux parties au conflit ont harcelé, détenu et maltraité les intervenants locaux. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a déclaré en février que les SAF et les RSF détenaient arbitrairement des milliers de civils et avaient soumis des centaines d’entre eux à des disparitions forcées, notamment des membres des salles d'intervention d'urgence. Human Rights Watch a également documenté les arrestations arbitraires et les mauvais traitements infligés à des secouristes et à des membres du personnel de santé par les RSF et les SAF à Khartoum.

Le mépris flagrant des parties belligérantes à l’égard du droit international humanitaire et des droits humains a provoqué le cauchemar humanitaire actuel et a laissé les civils dans les zones particulièrement durement touchées par les combats, notamment Khartoum et ses « villes sœurs » et de grandes parties du Darfour, épuisés et incapables d’accéder aux produits de première nécessité.

Les attaques des parties belligérantes, notamment contre des installations comme les établissements de santé et les usines de traitement des eaux, ont rendu la vie des civils précaire et peu sûre. Depuis le début du conflit, les forces des SAF et des RSF ont bombardé des établissements de santé, tandis que les RSF ont à maintes reprises occupé des hôpitaux. Les attaques contre des établissements de santé, dont beaucoup étaient délibérées, ont rendu 70 à 80 pour cent de ces établissements non opérationnels, notamment à Khartoum et au Darfour. Même ceux qui sont jugés fonctionnels sont confrontés à d'énormes défis, en raison du manque d'électricité, de personnel et de fournitures médicales, notamment de médicaments vitaux. « Nous ne pouvons pas dire qu’il existe un secteur de santé fonctionnel », a déclaré un professionnel de la santé international à Human Rights Watch en février. Au cours de l'année dernière, les combats incessants menés par les belligérants dans les zones résidentielles du Grand Khartoum, notamment en utilisant des armes qui aboutissent fréquemment à des attaques indiscriminées en violation des lois de la guerre, ont également empêché les déplacements en toute sécurité des civils et des intervenants locaux.

En mai 2023, les deux parties se sont engagées à respecter le droit humanitaire international et à autoriser l’acheminement de l’aide lors de pourparlers organisés à Djeddah par l’Arabie saoudite et les États-Unis, ensuite rejoints par l’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Inter-Governmental Authority on Development, IGAD). Compte tenu des informations faisant état d'une reprise des pourparlers de Djeddah, les hôtes devraient faire pression en faveur de la création d'un mécanisme qui surveillera la mise en œuvre des engagements visant à faire respecter le droit international humanitaire et les droits humains, et à protéger les civils, notamment en dénonçant les attaques et l'obstruction délibérée de l'aide humanitaire et la destruction illégale d’infrastructures civiles.

Les États membres du Conseil de sécurité de l'ONU et du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine devraient continuer de surveiller de près la situation de la sécurité alimentaire, en organisant régulièrement des séances d'information publiques au cours des six prochains mois.

Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Union européenne et d’autres pays devraient coordonner leurs actions dans le cadre de leurs régimes de sanctions respectifs contre le Soudan et désigner de toute urgence les entités et les individus responsables de l’obstruction de l’aide et d’autres violations graves.

Les gouvernements se réunissant à Paris devraient également soutenir activement et publiquement les efforts visant à enquêter sur les abus en cours sur le terrain, a déclaré Human Rights Watch. Le bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé en juillet 2023 qu’il enquêtait sur les crimes récents commis au Darfour, dans le cadre des enquêtes en cours sur le Darfour. La mission internationale indépendante d'établissement des faits sur le Soudan, créée par le Conseil des droits de l'homme de l’ONU en octobre et mandatée pour enquêter sur les violations commises dans tout le Soudan, y compris à Khartoum et au Darfour, devrait bénéficier d’un soutien total et d’un accès sans entrave, et être renouvelée si nécessaire jusqu'à ce que les enquêtes soient terminées.

« La communauté internationale devrait avoir honte du coût horrible de son inaction. Les civils au Soudan méritent de bénéficier d’une réponse mondiale robuste et concertée », a conclu Mohamed Osman. « La conférence de Paris ne devrait pas être le point final de l'attention portée au Soudan, mais plutôt le lancement d'une nouvelle approche, en annonçant des augmentations majeures du financement humanitaire, notamment pour les intervenants locaux, et en précisant des critères clairs et des mesures concrètes que les États devraient prendre pour mettre fin à la militarisation de l'aide par les deux parties belligérantes. »

12.04.2024 à 06:00

Mali : La junte suspend les partis et les associations politiques

Human Rights Watch

Click to expand Image Abdoulaye Maïga, ministre de l'Administration territoriale malien, s'exprime au sommet sur le climat de l'ONU, la COP27, le 8 novembre 2022 à Charm el-Cheikh, en Égypte. © 2022 AP Photo/Peter Dejong

(Nairobi) – Le gouvernement militaire de transition du Mali devrait immédiatement revenir sur sa décision de suspendre les partis et les associations politiques, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Une telle suspension serait en violation à la fois de la loi malienne et du droit aux libertés d’expression, d’association et de réunion telles que définies par le droit international en matière des droits humains.

Le 10 avril, le Conseil des ministres du Mali a adopté un décret suspendant les activités des partis politiques et des associations politiques « jusqu’à nouvel ordre » dans tout le pays. Le 11 avril, l’organe de régulation des communications maliennes, la Haute autorité de la communication (HAC), a invité tous les médias à « arrêter toute diffusion et publication [d’informations sur les] activités » des partis politiques et des associations. Cette décision semblait être en réponse à l’appel du 31 mars de plus de 80 partis et associations politiques pour un retour à l’ordre constitutionnel, par l’organisation de l’élection présidentielle dans les meilleurs délais. La junte militaire, qui s’est emparée du pouvoir par un coup d’État en mai 2021, avait annoncé en septembre 2023 que cette élection, initialement prévue pour le 26 mars 2024, serait reportée à une date indéterminée pour des raisons techniques.

« Les autorités maliennes semblent avoir suspendu tous les partis et associations politiques parce qu’ils n’aimaient pas leur appel à tenir des élections démocratiques », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « La junte malienne, comme tout autre gouvernement, devrait respecter les droits humains et immédiatement lever cette suspension. »

Après des mois de reprise des hostilités entre les groupes séparatistes armés et les troupes gouvernementales maliennes dans le nord du pays, le colonel Assimi Goïta, président de transition du Mali, a annoncé, le 31 décembre 2023, l’ouverture d’un « dialogue direct inter-malien pour la paix et la réconciliation », visant à éliminer « les racines des conflits communautaires et intercommunautaires », en établissant comme priorité « l’appropriation nationale du processus de paix ». Dans un communiqué de presse diffusé le 10 avril, le colonel Abdoulaye Maïga, ministre de l’Administration territoriale, a affirmé que la suspension des partis et des associations politiques était justifiée pour assurer que le dialogue inter-malien « [se tiendrait] dans un climat de sérénité, pas dans la cacophonie ».

« La déclaration du ministre contient des contradictions », a déclaré un membre du parti politique Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (SADI). « Les autorités invitent les citoyens à un dialogue national mais, en même temps, elles les privent de leur habillage politique […] Qui [les autorités] veulent-elles voir participer à ce dialogue ? Les gens devraient pouvoir participer à la fois en tant que citoyens et en tant que dirigeants politiques ou membres de partis politiques ».

En janvier, les autorités ont engagé des poursuites contre le parti SADI, menaçant de le dissoudre, après l’affichage sur les réseaux sociaux d’un message de son dirigeant, Oumar Mariko. Mariko avançait que les forces armées maliennes avaient commis des crimes de guerre contre des membres du Cadre stratégique permanent, une coalition de groupes politiques et armés du nord du Mali.

Depuis le coup d’État militaire, la junte malienne a durci sa répression de la dissidence pacifique, de l’opposition politique, de la société civile et des médias, rétrécissant de plus en plus l’espace civique dans le pays, a déclaré Human Rights Watch.

Le 13 mars, le ministre de l’Administration territoriale a dissous l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM), accusant ses membres de « violences et affrontements dans le milieu scolaire et universitaire ». L’AEEM était la quatrième organisation dissoute en moins de quatre mois. Le 6 mars, les autorités ont dissous la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS), qui avait appelé à la tenue de l’élection présidentielle dans le cadre d’un processus de retour à un régime démocratique civil, l’accusant de « déstabilisation et de menace pour la sécurité publique ».

Le 28 février, les autorités ont dissous l’organisation politique Kaoural Renouveau, l’accusant d’avoir tenu des « propos diffamatoires et subversifs » à l’encontre de la junte militaire. Et le 20 décembre, elles ont dissous l’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance, une organisation de la société civile qui surveillait le déroulement équitable des élections, reprochant à son président des « déclarations de nature à troubler l’ordre public ».

La junte a également pris pour cible des dissidents et des lanceurs d’alerte. Le 4 mars, les autorités ont fait disparaître de force le colonel de gendarmerie Alpha Yaya Sangaré, qui avait récemment publié un livre sur les abus commis par les forces armées maliennes. On ne sait toujours pas où il se trouve.

Un activiste malien des droits humains a déclaré que « les autorités veulent garder le monopole du pouvoir politique en refusant à leurs opposants le droit d’exprimer leurs opinions et d’exercer des activités politiques ».

La constitution du Mali, ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, que le Mali a ratifié en 1974, protège les droits aux libertés d’association, d’expression et de réunion pacifique. L’article 25 du Pacte assure le droit des citoyens de participer aux affaires publiques. Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, le corps d’experts indépendants qui surveille le respect du pacte par les États signataires, a confirmé le droit de tous de « se joindre à des organisations et des associations s’intéressant aux affaires politiques et publiques. »

« La décision de la junte de suspendre les partis politiques s’inscrit dans le contexte de sa répression incessante d’une opposition et d’une dissidence pacifique », a affirmé Ilaria Allegrozzi. « Les autorités devraient immédiatement lever cette suspension, autoriser les partis et les associations politiques à opérer librement et s’engager à respecter les libertés et les droits fondamentaux ».

11.04.2024 à 18:48

Nigeria : 10 ans après Chibok, des élèves sont toujours en danger

Human Rights Watch

Click to expand Image Des élèves de l'École primaire et secondaire LEA de Kuriga, dans l'État de Kaduna situé dans le nord-ouest du Nigeria, rassemblées au siège du gouvernement provincial le 25 mars 2024 ; elles avaient été libérées la veille, après avoir été enlevées par des combattants armés le 4 mars 2024. © 2024 Habila Darofai/AP Photo

(Abuja, 11 avril 2024) – Dix ans après l'enlèvement de plus de 200 écolières à Chibok, au Nigeria, les autorités de ce pays ne sont toujours pas parvenues à mettre en place et à maintenir des mesures cruciales pour créer un environnement scolaire sûr pour chaque enfant, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Depuis 2014, selon l’ONG Save the Children, plus de 1 600 enfants ont été enlevés dans le nord du Nigeria. Dans le nord-est du pays, le conflit armé entre Boko Haram et les forces armées nigérianes se poursuit avec des effets néfastes et, dans le nord-ouest, des groupes criminels communément appelés « bandits » terrorisent les communautés. Rien qu'en février et mars 2024, des bandits ont kidnappé plus de 200 enfants qui se trouvaient dans leurs écoles, situées dans les États de Kaduna et Sokoto.

« Pour de nombreux enfants du nord du Nigeria, poursuivre sa scolarité signifie faire face à la menace constante d'un enlèvement », a déclaré Anietie Ewang, chercheuse sur le Nigeria à Human Rights Watch. « Les enfants ne devraient jamais être confrontés au dilemme déchirant de sacrifier leur sécurité pour poursuivre leur éducation, mais ce choix intenable, lié à la profonde insécurité qui sévit dans le pays, leur est imposé quotidiennement. »

Le 14 avril 2014, le groupe armé islamiste Boko Haram a enlevé 276 filles dans leur école de Chibok, une ville de l'État de Borno dans le nord-est du pays, provoquant l'indignation à l’échelle mondiale. Certaines filles ont réussi à s’échapper, et d’autres ont été relâchées ou secourues ; mais selon l’UNICEF, 96 filles sont toujours en captivité, et des groupes de la société civile continuent de faire pression sur le gouvernement afin qu'elles soient secourues. Boko Haram, connu pour son opposition à l'éducation, a procédé à d'autres enlèvements de ce type, y compris celui de 110 écolières à Dapchi, une ville de l'État de Yobe, en 2018.

Outre les enlèvements perpétrés par Boko Haram dans le nord-est, la crise actuelle du banditisme dans le nord-ouest a fait de cette région, ces dernières années, une plaque tournante des enlèvements criminels contre rançon. La crise est apparue après des années de conflit entre éleveurs et agriculteurs, donnant naissance à des groupes criminels qui se sont livrés à de nombreux meurtres, pillages, actes d’extorsion et enlèvements contre rançon dans des communautés essentiellement rurales.

Entre décembre 2020 et février 2021, une série d’incidents médiatisés, notamment l’enlèvement de plus de 600 élèves dans les États de Zamfara, Katsina et du Niger (dans l’ouest du Nigeria), ont mis la question des enlèvements sous le feu des projecteurs.

Suite à l’incident de Chibok, le gouvernement nigérian a approuvé la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, un engagement politique international visant à protéger les écoles contre les attaques, et contre l’utilisation militaire qui en ferait des cibles. Le gouvernement a également adopté une Initiative pour des écoles sûres (Safe Schools Initiative) au Nigeria, avec le soutien de la communauté internationale et de chefs d’entreprise nigérians. Cette initiative visait à collecter des fonds avec un engagement initial de 10 millions de dollars pour aider à rendre les écoles plus sûres, notamment en les déplaçant vers des zones plus sûres et en créant un modèle d'école sûre pour États de Borno, d’Adamawa et de Yobe, particuliement touchés par l’insurrection de Boko Haram.

Face à la menace accrue d'attaques contre les écoles, beaucoup d'entre elles ont été contraintes de fermer complètement leurs portes, avec plus de 20 millions d'enfants non scolarisés au Nigeria, selon l'UNESCO, parmi les chiffres les plus élevés au monde. Selon l'UNICEF, 66 pour cent des enfants non scolarisés au Nigeria viennent des régions du nord-est et du nord-ouest, parmi les les plus pauvres du pays.

Pour les filles en particulier, les défis sont à double tranchant. Si elles vont à l’école et sont enlevées, elles risquent de subir des viols ou d’autres formes de violence sexuelle; et si elles ne vont pas à l’école, elles risquent d’être soumises à un mariage précoce, pratique courante dans ces régions.

Texte complet en anglais : en ligne ici.

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