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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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23.06.2026 à 01:00

Cambodge : Des aveux obtenus sous la contrainte réduisent au silence des activistes et opposants

Human Rights Watch

Click to expand Image Des prisonniers cambodgiens transportés dans un fourgon pénitentiaire étaient emmenés au Tribunal municipal de Phnom Penh, au Cambodge, le 17 mars 2022. © 2022 AP Photo/Heng Sinith Le gouvernement cambodgien recourt systématiquement à des moyens coercitifs pour obtenir et diffuser des aveux d’opposants politiques et d’activistes détenus, afin de nuire à leur réputation politique.En poussant des activistes à rejoindre le parti au pouvoir, les autorités cherchent à les discréditer et à consolider davantage un régime de parti unique.Le gouvernement cambodgien devrait abandonner les accusations à motivation politique, annuler les condamnations injustifiées et libérer immédiatement et sans condition les activistes et les opposants politiques détenus à tort.

(Bangkok) – Le gouvernement cambodgien recourt systématiquement à des moyens coercitifs pour obtenir et diffuser des aveux d’opposants politiques et d’activistes détenus, afin de nuire à leur réputation politique, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Ces mauvais traitements s’inscrivent dans le cadre d’une campagne menée depuis une décennie par le gouvernement contre ses opposants politiques, rendue possible par un système judiciaire contrôlé par le gouvernement et par des médias alignés sur les positions de l’État.

Ces dernières années, les autorités cambodgiennes ont fréquemment porté des accusations pénales sans fondement contre des membres de partis d’opposition et des activistes, afin de les contraindre ensuite à présenter des excuses publiques et à rejoindre le Parti populaire cambodgien (PPC), parti au pouvoir, en échange de leur libération. Les médias proches du PPC publient régulièrement des vidéos ou des déclarations de ces aveux obtenus sous la contrainte, afin de discréditer ces activistes politiques.

« Le parti au pouvoir au Cambodge menace les activistes politiques de poursuites pénales absurdes, puis les contraint à avouer des crimes inventés de toutes pièces pour obtenir leur libération », a déclaré Bryony Lau, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « En poussant des activistes à rejoindre le PPC, les autorités cherchent à les discréditer et à consolider davantage un régime “de facto” de parti unique. »

Human Rights Watch a examiné plus de 140 vidéos et reportages de médias relatant des excuses publiques et des aveux d’activistes au cours de la dernière décennie, et a mené des entretiens avec neuf personnes, dont des activistes, des membres de l’opposition politique, des proches de détenus et des avocats de la défense. Human Rights Watch n’a pas révélé publiquement l’identité de ces personnes, afin d’assurer leur protection. 

Les aveux obtenus sous la contrainte sont souvent filmés, et dans de nombreuses vidéos, les activistes font face à la caméra, vêtus d’uniformes de prisonniers orange ou bleus. Dans plusieurs vidéos, il semble que les activistes lisent des déclarations préparées à l’avance. Ces « aveux » s’accompagnent souvent d’excuses pour des crimes présumés liés à leurs activités politiques, ainsi que de demandes d’adhésion au parti au pouvoir.

Les activistes et les membres des partis d’opposition font de plus en plus l’objet d’accusations forgées de toutes pièces et subissent des pressions pour qu’ils changent de camp depuis que le dirigeant de longue date, Hun Sen, a quitté ses fonctions de Premier ministre et cédé son poste à son fils, Hun Manet, à l’issue des élections de 2023, entachées de graves irrégularités. Sous la direction du Premier ministre Hun Manet, le gouvernement a poursuivi sa répression contre l’opposition politique, les activistes environnementaux et sociaux, ainsi que toutes les formes de dissidence dans le pays. Des aveux forcés sont fréquemment adressés à Hun Sen, désormais président du Sénat, ainsi qu’à Hun Manet. 

« Ils sont venus me voir en prison et m’ont dit : “Si tu rejoins le PPC, ils te laisseront sortir d’ici” », a déclaré un activiste. Un avocat qui représente plusieurs opposants au gouvernement actuellement en détention a déclaré : « Parmi mes clients qui sont des activistes politiques, 100 % d’entre eux subissent des pressions pour avouer et rejoindre le parti au pouvoir afin d’être libérés. » 

Le contrôle exercé par le parti au pouvoir sur le pouvoir judiciaire permet l’utilisation abusive de poursuites pénales à l’encontre des activistes politiques, qui sont souvent inculpés d’« incitation à commettre un crime », un chef d’accusation passible d’une peine pouvant aller jusqu’à deux ans de prison. En 2022, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a conclu que les articles du code pénal cambodgien relatifs à l’incitation « sont libellés en des termes imprécis et excessivement [vagues] ».

Ces dernières années, le gouvernement a également inculpé des activistes de l’opposition pour « complot visant à attaquer l’État », une infraction plus grave passible de 5 à 10 ans de prison. 

L’absence d’indépendance judiciaire au Cambodge facilite les aveux obtenus sous la contrainte, car les tribunaux ne sont jamais intervenus pour mettre fin à des poursuites à motivation politique. Le parti au pouvoir contrôle le système judiciaire cambodgien depuis des décennies, les juges et les procureurs occupant des postes de haut niveau au sein du parti, notamment le président de la Cour suprême du Cambodge, qui est membre du Comité central influent du PPC. 

« Les juges sont des hauts responsables du PCC, ce sont tous des responsables du PCC », a déclaré un avocat. « Il n’y a donc aucun moyen de garantir que justice soit faite. »

En 2024, lors du dernier Examen périodique universel (EPU) du Cambodge, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a recommandé au gouvernement d’améliorer l’indépendance des juges et des procureurs et de garantir le droit à un procès équitable, soulignant que ces droits n’étaient pas respectés. Le gouvernement a accepté, au cours du processus d’examen, une recommandation visant à « poursuivre l’application des mesures visant à garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire », mais les tribunaux cambodgiens restent subordonnés au parti au pouvoir. 

Une fois que les membres de partis d’opposition et autres activistes sont arrêtés et inculpés, ils sont presque toujours placés en détention provisoire et se voient refuser la liberté sous caution. Les prisons cambodgiennes sont notoirement surpeuplées, et des détenus ont décrit des conditions de détention déplorables, notamment un manque d’accès à la nourriture, à l’eau potable et aux soins médicaux, ainsi que de tortures et d’autres mauvais traitements. 

En mai 2022, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, qui veille au respect du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), a recommandé au gouvernement cambodgien de « réduire sensiblement la surpopulation dans les prisons » et de « redoubler d’efforts pour améliorer les conditions de détention ». Pourtant, depuis lors, le problème de la surpopulation carcérale s’est aggravé.

Plusieurs activistes ont déclaré que les conditions de détention difficiles exerçaient une pression supplémentaire pour les pousser à avouer. « Nous dormons entassés comme des sardines, il n’y a pas de place pour s’allonger », a déclaré un activiste politique, précisant qu’il devait verser entre 200 et 250 dollars US de pots-de-vin chaque mois pour obtenir une nourriture suffisante et des produits d’hygiène. 

De nombreuses excuses et aveux obtenus sous la contrainte sont enregistrés puis diffusés sur Fresh News, un média proche du gouvernement qui sert de porte-parole au PCC. Au cours de la dernière décennie, Fresh News a diffusé au moins 90 aveux enregistrés, dont beaucoup ont été enregistrés en prison avec des activistes vêtus d’uniformes pénitentiaires.

Un activiste qui a été arrêté, puis a avoué en échange de sa libération, a déclaré que la diffusion publique de ses aveux avait entraîné la méfiance et la discrimination de la part de ses anciens collègues et amis : « Il y a l’isolement, la solitude, le désespoir… les gens cessent de vous parler, d’interagir avec vous. Vous êtes sur la liste noire. »

Le gouvernement cambodgien devrait abandonner les poursuites à motivation politique, annuler les condamnations injustifiées et libérer immédiatement et sans condition les activistes et les responsables politiques de l’opposition détenus à tort, a déclaré Human Rights Watch.

« Depuis des années, les aveux forcés obtenus par les autorités cambodgiennes tournent en dérision le droit à un procès équitable et les libertés politiques dans ce pays », a conclu Bryony Lau. « Si ces aveux, conçus pour la télévision d’État, se poursuivent, personne au Cambodge ni à l’étranger ne devrait prendre au sérieux les élections communales de 2027 ni les élections nationales prévues en 2028. »

Suite détaillée en ligne en anglais.

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22.06.2026 à 23:14

Syrie : Attaques de foules contre des groupes liés à l’ère Assad

Human Rights Watch

Click to expand Image Des forces du nouveau gouvernement syrien circulaient sur une route de la ville de Lattaquié, dans l’ouest de la Syrie, le 9 mars 2025, quatre mois après la chute de l’ex-président Assad. © 2025 Omar Haj Kadour/AFP via Getty Images

(Beyrouth) – Des manifestations menées en Syrie entre le 13 et le 17 juin afin de réclamer la justice pour les crimes commis sous le régime d’Assad ont coïncidé avec plusieurs attaques perpétrées par des foules d’auto-justiciers et des incitations à la haine fondées sur des critères identitaires, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Les manifestations se sont étendues aux gouvernorats d’Alep, d’Idlib, de Deir Ezzor, de Raqqa et de Damas. Les autorités syriennes devraient veiller à ce que les forces de sécurité protègent les personnes accusées d’avoir des liens avec l’ancien gouvernement contre toute attaque menées dans un esprit de justice populaire.

« Les massacres et les meurtres de membres de minorités religieuses syriennes en 2025 montrent à quelle vitesse le ciblage d’individus se transforme en punition collective de communautés entières », a déclaré Hiba Zayadin, chercheuse senior sur la Syrie à Human Rights Watch. « Les Syriens ont certes le droit de demander la justice, mais la justice ne devrait jamais servir de prétexte pour s’en prendre à des personnes simplement en raison de leur religion ou de leurs origines. Les autorités syriennes devraient tracer clairement cette ligne de démarcation. »

Le 16 juin, des dizaines de manifestants à Damas sont entrés dans le quartier de Mazzeh 86, et ont tenté de pénétrer dans le quartier d’Ush al-Warwar, tous deux à majorité alaouite. Les médias locaux ont fait état de de personnes blessées et de dégâts matériels à Mazzeh 86, tandis que les forces de sécurité ont bouclé Ush al-Warwar pour empêcher les manifestants d’y pénétrer.

Un commerçant de Mazzeh 86, qui a demandé à rester anonyme par crainte pour sa sécurité, a déclaré à Human Rights Watch que plusieurs hommes en civil, le visage couvert d’un keffieh, avaient attaqué son magasin dans la soirée du 16 juin. Il a indiqué avoir reconnu certains de ces hommes pour les avoir déjà croisés à plusieurs reprises dans le quartier, occasions lors desquelles ils avaient interpellé, insulté et frappé des habitants accusés d’être alaouites.

« Ils n’ont rien laissé intact », a déclaré le commerçant. Les hommes ont brisé les vitrines de son magasin, endommagé les fenêtres, arraché les rideaux et tiré des coups de feu à l’intérieur ; aucune balle ne l’a touché, a-t-il ajouté, mais les hommes l’ont frappé à coups de matraques électriques et l’ont poignardé, tout en lui lançant des insultes sectaires.

Ce commerçant a estimé que les dégâts causés à son magasin s’élevaient à environ 1 000 dollars US. Il a déclaré que des hommes qu’il pensait appartenir au même groupe étaient revenus plus tard et l’avaient emmené à l’hôpital al-Mouwasat pour qu’il y soit soigné. Human Rights Watch a examiné des photographies corroborant son récit des blessures physiques, montrant un œil au beurre noir, une plaie de couteau au bras, recousue, et des ecchymoses sur le dos et les bras.

Une habitante de Mazzeh 86, qui a également demandé à rester anonyme, a déclaré que, cette même nuit, une foule de 300 à 400 personnes s’était rassemblée au pied de la colline menant au quartier, l’empêchant d’entrer par l’entrée principale où se situe un poste de contrôle géré par des agents de la Sécurité générale syrienne. Elle est entrée par un autre chemin et a vu des hommes masqués et des agents de sécurité arpenter les rues. Elle a indiqué que les hommes masqués l’avaient interpellée, mais l’avaient laissée passer quand ils ont vu qu’il s’agissait d’une femme.

Human Rights Watch a aussi géolocalisé et vérifié deux vidéos filmées à Ush al-Warwar et publiées sur les réseaux sociaux le 15 juin, entre 22 h 30 et 23 h. Elles montrent des foules scandant des insultes vulgaires anti-alaouites sur la route principale menant à l’entrée du quartier, qui avait été bloquée par la Direction de la sécurité routière du ministère de l’Intérieur. D’autres vidéos prises au même endroit montrent la présence des forces de sécurité alors qu’une foule se rassemblait.

À Salqin, dans la province d’Idlib, des médias ont rapporté que des assaillants non identifiés avaient saccagé des commerces appartenant à des personnes accusées d’être des partisans de l’ancien gouvernement. L’Agence France-Presse, citée par Arab News, a fait état de menaces circulant en ligne à l’encontre d’anciens combattants paramilitaires présumés pro-Assad à Lattaquié.

Human Rights Watch a également examiné des vidéos documentant des violences collectives à l’encontre de deux hommes accusés d’avoir des liens avec l’ancien gouvernement. Plusieurs vidéos géolocalisées montrent un homme âgé, identifié comme étant Shukri Kayali, accusé d’être un ancien combattant paramilitaire pro-gouvernemental, ensanglanté et partiellement déshabillé, traîné dans les rues de Kafr Takharim, dans la province d’Idlib, puis abandonné au pied d’une tour de l’horloge locale. Selon les médias, Shukri Kayali est décédé à la suite de cette agression.

Une autre vidéo, publiée sur les réseaux sociaux vers 2 h 30 du matin le 15 juin, montre le corps sans vie d’un homme identifié comme étant Fadi Rabou, lui aussi accusé d’être un ancien combattant paramilitaire, tandis que des hommes dans la foule criaient « Allahu Akbar » (« Dieu est grand »). Plusieurs comptes sur les réseaux sociaux ont rapporté que le meurtre avait eu lieu dans le quartier d’al-Sheikh Talat, dans la ville d’Idlib. Human Rights Watch n’a pas pu géolocaliser de manière indépendante ces images, ni confirmer la mort de l’un ou l’autre de ces hommes sur la seule base de ces séquences vidéo.

Les autorités syriennes ont déployé des forces de sécurité dans certains quartiers marqués par des tensions à mesure que les troubles se propageaient, bloquant notamment l’accès à Ush al-Warwar, et les manifestations se sont depuis apaisées. Mais les tensions sous-jacentes qui ont poussé la population à descendre dans la rue restent sans solution, a déclaré Human Rights Watch.

La Commission d’enquête internationale indépendante des Nations Unies sur la Syrie a identifié l’absence d’un cadre juridique clair en matière de justice comme l’un des facteurs à l’origine de la poursuite des violences dans le pays, une lacune que les autorités syriennes ont reconnue. Le 15 juin, la Commission nationale syrienne pour la justice transitionnelle a déclaré que les sanctions collectives étaient incompatibles avec la justice. Le même jour, le ministère syrien de l’Intérieur a indiqué qu’il détenait près de 6 000 militaires et agents de sécurité de l’ère Assad et a exhorté les citoyens à fournir des preuves par les voies officielles plutôt que d’agir de leur propre chef.

Les autorités devraient enquêter d’urgence sur les auteurs des attaques violentes commises en juin, veiller à ce que les personnes incarcérées soient détenues dans des conditions sûres et conformes à la loi, et procéder systématiquement à des déploiements de protection en cas de nouvelles tensions. Ces attaques ont aussi démontré l’urgence de renforcer la confiance du public dans des procédures judiciaires indépendantes concernant les crimes de l’ère Assad, ainsi que d’autres crimes internationaux graves commis en Syrie.

Les autorités devraient mettre en place des réformes législatives exhaustives afin de permettre des poursuites efficaces, tout en garantissant le respect des normes internationales en matière de droits humains et de procès équitable, a déclaré Human Rights Watch. Elles devraient également protéger activement l’espace civique, et consulter les acteurs de la société civile syrienne et les associations de victimes de jouer au sujet des processus judiciaires. Cela implique notamment de clarifier la stratégie des autorités, ainsi que le calendrier et les modalités des consultations à l’échelle nationale ; les autorités devraient prévoir de manière significative la participation de la société civile à l’élaboration et au fonctionnement des institutions, y compris la Commission nationale pour la justice transitionnelle.

« Tant que les notions de vengeance et de justice seront confondues, le nombre de victimes croîtra et il sera difficile de mener à bien le processus de reddition de comptes », a conclu Hiba Zayadin.

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22.06.2026 à 08:00

Burkina Faso : Un éminent journaliste toujours porté disparu deux ans plus tard

Human Rights Watch

Click to expand Image Le journaliste et écrivain burkinabè Atiana Serge Oulon signait des ouvrages au centre de presse Norbert Zongo à Ouagadougou, au Burkina Faso, en octobre 2023.  © 2023 Privé

(Nairobi) – Les autorités du Burkina Faso devraient d’urgence fournir des informations sur la disparition forcée du journaliste Atiana Serge Oulon, commise par les forces de sécurité de l’État il y a deux ans, et le libérer immédiatement, ont conjointement déclaré aujourd’hui Amnesty International, Human Rights Watch, l’Observatoire Kisal, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains – un partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) – et Reporters sans frontières (RSF). 

Le 24 juin 2024, des hommes armés se présentant comme des agents du renseignement ont enlevé Atiana Serge Oulon, âgé de 40 ans, directeur du journal L’Événement, à son domicile à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. En juillet 2024, le président du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a reconnu qu’un journaliste avait été arrêté pour avoir prétendument répandu de fausses informations, référence manifeste à Atiana Serge Oulon. Le gouvernement a confirmé plus tard qu’Atiana Serge Oulon et d’autres journalistes avaient été enrôlés dans les forces armées. Cependant, en mai 2026, une enquête exclusive de RSF a révélé que les forces de sécurité, y compris de hauts responsables proches du président Traoré, ont secrètement détenu et torturé Atiana Serge Oulon dans des maisons privées transformées en prisons non officielles à Ouagadougou.

« Atiana Serge Oulon a été spécifiquement ciblé par le régime en raison de son travail journalistique et a été soumis à différents types d’abus et détenu sans aucun contact avec un avocat ou des membres de sa famille », a déclaré Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF. « La famille et les amis d’Atiana Serge Oulon sont en droit de savoir ce qui lui est arrivé et d’obtenir justice. »

Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation connu pour avoir dénoncé la corruption au sein des forces de sécurité, avait depuis longtemps alerté sur un détournement présumé de fonds publics. Dans une investigation datant de décembre 2022, il a allégué qu’un « capitaine [de l’armée] de la région du Centre-Nord » avait détourné 400 millions de francs CFA (environ 660 000 USD) destinés aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des auxiliaires civils appuyant l’armée. Le grade et la région de déploiement du « capitaine » correspondaient au profil du président Traoré. Quelques jours avant l’enlèvement d’Atiana Serge Oulon, les autorités ont suspendu le journal L’Événement après qu’il a réitéré les allégations de corruption.

RSF a indiqué que les forces de sécurité ont détenu Atiana Serge Oulon, ainsi que d’autres civils, dans au moins deux villas situées en face de l’ambassade des États-Unis à Ouagadougou, les ont sévèrement battus et les ont privés de nourriture. 

Depuis leur prise de pouvoir en septembre 2022, les autorités militaires du Burkina Faso ont fortement réduit l’espace civique, ciblant les médias indépendants, l’opposition politique et la société civile. Elles ont utilisé une loi d’urgence radicale de 2023, introduite pour soutenir les efforts de contre-insurrection et réprimer la dissidence, y compris par la conscription illégale et motivée par des raisons politiques de journalistes, d’activistes de la société civile, de figures de l’opposition et de membres du système judiciaire.

« Plusieurs dizaines de détracteurs du gouvernement ont été illégalement enrôlés et déployés dans des zones de combat sans entraînement adéquat », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Cette pratique cruelle semble destinée à faire pression sur les détracteurs afin qu’ils se soumettent par la peur et la coercition. »

Les gouvernements peuvent conscrire des civils pour la défense nationale, toutefois les normes internationales exigent que le recrutement soit effectué dans le cadre d’un processus légal qui prévoit un préavis clair, des garanties de procédure régulière et la possibilité de contester la décision.

Entre juillet et octobre 2025, au moins sept journalistes et trois activistes précédemment enrôlés ont été libérés, tandis que Moussa Sareba, journaliste travaillant pour le média en ligne Fil Infos, qui a fait l’objet d’une disparition forcée en août 2025, est toujours porté disparu. D’autres sont toujours derrière les barreaux pour des chefs d’inculpation motivés par des raisons politiques, notamment Guy Hervé Kam, éminent avocat et membre fondateur du groupe de la société civile Balai Citoyen.

D’après de nombreux reportages et rapports de médias internationaux et d’organisations de défense des droits humains, les forces de sécurité ont transformé des dizaines de villas à Ouaga 2000, un quartier de Ouagadougou, ainsi que d’autres propriétés à la périphérie de la capitale, en lieux de détention non officiels où elles ont détenu secrètement et illégalement des centaines de personnes, y compris des détracteurs du gouvernement, des opposants politiques et d’autres personnes perçues comme des ennemis des autorités. D’anciens détenus ont décrit avoir été enfermés au secret dans ces prisons de fortune et avoir été soumis à des actes de torture et à d’autres formes de mauvais traitements. 

« Des personnes sont détenues dans des prisons non officielles sans accès à des avocats, aux membres de leur famille ni à une assistance médicale », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « Parmi ceux qui ont finalement été libérés, beaucoup n’ont jamais été présentés à un juge ni inculpés officiellement et, par la suite, ils ont été empêchés de quitter le pays. »

Le Burkina Faso est un État partie à la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Aux termes du droit international, une disparition forcée survient lorsque les autorités étatiques ou leurs agents détiennent une personne puis refusent de reconnaître ou de divulguer son sort ou le lieu où elle se trouve, la plaçant hors de protection de la loi. Les personnes victimes de disparitions forcées courent un risque accru d’être soumises à des actes de torture, à d’autres mauvais traitements et à des exécutions extrajudiciaires.

« Les autorités du Burkina Faso devraient libérer immédiatement et sans condition Atiana Serge Oulon et toutes les personnes détenues arbitrairement et enrôlées illégalement », a déclaré Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH. « Elles devraient mettre fin à l’utilisation illégale de la conscription pour faire taire les journalistes et autres détracteurs des autorités militaires. »

Les autorités ont expulsé des journalistes étrangers et ont suspendu et interdit de nombreux médias et organisations nationaux et internationaux, invoquant souvent de vagues raisons administratives ou réagissant à des reportages ou rapports critiques.

La répression des médias indépendants par le gouvernement lui a permis d’exercer un contrôle beaucoup plus important sur le discours public tout en étendant la portée de la propagande et de la désinformation alignées sur l’État. Des réseaux d’activistes pro-gouvernementaux – y compris des groupes coordonnés connus sous le nom de bataillons d’intervention rapide de la communication chargés d’influencer l’opinion publique sur les médias sociaux – amplifient les messages du gouvernement, promeuvent le soutien au président Traoré, harcèlent les détracteurs et les défenseurs des droits humains, et attisent souvent la haine et la violence contre les minorités.

Les autorités militaires ont également réprimé les syndicats. En mai 2026, le ministre de l’Administration territoriale a suspendu le principal syndicat étudiant du pays, l’Union générale des étudiants burkinabè (UGEB), pendant trois mois, invoquant des faits d’« apologie du terrorisme ». Le décret n’a fourni aucune explication à la suspension, mais la mesure semble liée aux critiques du syndicat à l’égard du bilan du gouvernement en matière de sécurité près de quatre ans après sa prise de pouvoir.

« Alors que les autorités restreignent la liberté de la presse, les discours pro-gouvernementaux occupent de plus en plus l’espace médiatique », a déclaré Binta Sidibé Gascon, présidente de l’Observatoire Kisal. « Les autorités et les activistes pro-armée sur les réseaux sociaux ont contribué à attiser les tensions ethniques, notamment par une rhétorique qui assimile à tort l’ensemble de la communauté peule à des groupes armés islamistes, incitant ainsi à la stigmatisation et à l’hostilité. » 

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