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CrimethInc. is a rebel alliance — a secret society pledged to the propagation of crimethink. It is a think tank producing ideas and action, a sphinx posing questions fatal to the superstitions of our age.

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03.05.2024 à 15:14

Pourquoi l’État ne peut pas faire de compromis avec le Mouvement de Solidarité avec Gaza : Et ce que cela veut dire pour nous

CrimethInc. Ex-Workers Collective

Les participant.es à ce mouvement explorent les questions stratégiques auxquelles ielles sont aujourd’hui confronté.es.
Texte intégral (4787 mots)

Le 17 avril, en solidarité avec Gaza, des étudiant.es de l’Université de Columbia ont établi un campement sur leur campus. A la suite d’un intervention ratée de la police de New York City pour évacuer le site demandée par l’administration, des campements et autres occupations organisés par les étudiant.es se sont multipliés à travers tout le pays. Dans les analyses qui vont suivre, les participant.es à ce mouvement explorent les questions stratégiques auxquelles ielles sont aujourd’hui confronté.es.


Pourquoi l’État ne peut pas faire de compromis avec le Mouvement de Solidarité avec Gaza.

Après l’occupation par les étudiants de Columbia en soutien à la Palestine, les occupations et les campements étudiants se sont propagés comme un feu de broussailles, jusqu’à concerner plus d’une centaine d’universités à travers le monde. Plus de deux mille étudiant.es ont été arrêté.es. Chaque jour, de nouvelles occupations et de nouvelles tactiques apparaissaient. Encore et encore, la répression policière indignait les étudiant.es, les professeur.es et le reste du pays, conduisant de plus en plus de monde à militer et à se joindre aux manifestations. Le mouvement pour la libération de la Palestine grandit de jour en jour aux États-Unis, grâce à la bravoure dont ont fait preuve les manifestant.es et les bloqueur.ses ces six derniers mois – et plus récemment, c’est aussi grâce à celles et ceux qui occupent et courent le risque d’être arrêté.es, brutalisé.es par la police, diffamé.es, doxxé.es et expulsé.es.

Le 30 avril, la police a organisé une intervention militarisée à l’Université de Columbia, enfermé les étudiant.es et d’autres membres de la faculté dans les dortoirs et les maisons du campus et les a gardé en otages pendant qu’elle brutalisait et arrêtait les manifestant.es. Des scènes similaires ont eu lieu à l’Université de la ville de New York (CUNY). A l’Université de Floride du Sud, à Tampa, la police a gazé les étudiant.es, à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), elle a permis à des groupes fascistes et sionistes d’attaquer le campement avec des sprays au poivre et des feux d’artifice, et elle a été à l’origine de nombreux affrontements avec des étudiant.es à travers tout le pays.

Pourtant, à mesure que la répression devenait de plus en plus forte, la résistance elle aussi grandissait. Le mouvement a trouvé son impulsion initiale quand les étudiant.es de Columbia ont immédiatement rétabli leur campement après l’évacuation de leur premier campement. Des histoires similaires se sont déroulées du Texas à la Californie, jusque dans l’Illinois. Quand la police de Los Angeles s’est jointe aux fascistes pour chercher à évacuer le campement de l’UCLA, ce sont des manifestants avec des boucliers et des casques qui les ont tenus à distance pendant huit heures.

Pourquoi la police agit-elle avec tant de brutalité ? Pourquoi les médias font tant de contorsions et s’enfoncent dans des contradictions toujours plus bizarres pour condamner la contestation ? Pourquoi les Républicains et les Démocrates s’unissent-ils pour s’opposer à ces manifestations ? Et comment cela se fait-il que, dans leur hâte de briser la contestation, les administrations universitaires, les politiciens et la police semblent avoir oublier les principes de base de la gestion des contestations ?

Face à la police, des manifestants derrière une barricade sur le campus de l’UCLA le 1er mai 2024.


Où en sommes-nous ?

Ce qui suit est une rapide tentative de répondre à ces questions, dans l’espoir qu’elles nous permettent d’avancer dans les nouveaux territoires qui s’ouvrent à nous.

L’exigence de base, qui consiste à considérer les Palestinien.nes comme des êtres humains, est incompatible avec les objectifs du gouvernement et des universités états-uniennes.

Les États-Unis ont besoin d’Israël comme partenaire stratégique qui leur permet de conserver un point d’ancrage au Moyen-Orient ; les universités comptent sur les financements qu’elles tiennent de l’armée, des fabricants d’armes et des Sionistes1 ainsi que sur les liens entretenus avec eux dans le domaine de la recherche. Il est impossible de reconnaître que les Palestinien.nes ont légitimement le droit d’être traités selon les droits universels de l’homme qui fondent la légitimité morale dont se revendique l’empire états-unien tout en continuant à financer, armer et couvrir diplomatiquement l’armée israélienne afin qu’elle puisse poursuivre ses meurtres de civils et la destruction de leurs lieux de vie. Les mouvements d’opposition actuels révèlent les profondes contradictions entre le discours et la pratique que le gouvernement, les plateformes médiatiques de masse et les universités cherchent à cacher.

Ils savent très bien qu’ils sont complices d’un génocide – et pourtant, comme n’importe quelle brute, ils redoublent de dénégation quand on les confronte à leurs mensonges. Il n’existe tout simplement pas d’espace dans le gouvernement ou dans les médias états-uniens pour reconnaître qu’une opposition au colonialisme israélien est une position moralement défendable. Cela explique l’union des Démocrates et des Républicains contre les mouvements de contestation actuels ainsi que l’intense répression exercée par les autorités. Cela peut aussi expliquer les incroyables acrobaties rhétoriques présentées dans les médias pour justifier que la police frappe et brutalise de nombreux manifestant.es – dont un grand nombre sont Juif.ves – au nom de la lutte contre l’antisémitisme. C’est d’autant plus choquant que des charniers sont découverts à Gaza, que les bombardements israéliens se poursuivent et que Netanyahou continue de promettre une invasion terrestre de Rafah après avoir été responsable du massacre de plus de 35 000 Palestinien.nes, dont plus des deux tiers sont des femmes et des enfants.

Les administrations universitaires sont dans une position impossible.

D’un côté, malgré leur inhérent conservatisme institutionnel, les universités sont confrontées à des attaques franches de plus en plus fortes de la part des politiciens de droite, que ce soit au niveau étatique ou fédéral, sans même parler de la menace d’une fuite de capitaux venant des donateurs milliardaires. De l’autre côté, les universités font l’expérience d’une révolte massive de leurs étudiant.es et du corps enseignant qui se rassemblent autour de cette revendication raisonnable que les universités doivent cesser de soutenir le massacre de masse d’enfants et la tentative d’exterminer tout un peuple. La seule manière qu’imaginent les universités pour survivre à la première situation est d’essayer de réprimer la deuxième le plus durement possible.

Elles sont forcées de se justifier au nom de la liberté d’expression et de la sécurité, même quand la police qu’elles ont appelée sur le campus tire à balles réelles et à l’aveuglette à l’intérieur des bâtiments. De la même manière, bien que la plupart des campements représente la collaboration volontaire la plus réussie entre des étudiant.es musulman.es et juif.ves à travers le monde aujourd’hui, les administrations ont affirmé qu’il était nécessaire de les détruire pour maintenir le calme.

La police menant une intervention militaire sur un campement de solidarité à Gaza. Ils sont là pour « maintenir le calme » et assurer la « sécurité » des étudiant.es.

Les accusations d’anti-sémitisme sont de cyniques mensonges venant de membres de l’administration et de politiciens qui ont déjà montré qu’ils se fichaient bien de protéger les étudiant.es contre de vrai.es nationalistes blanc.hes.

Ces mêmes administrateurs d’universités qui utilisaient la « liberté d’expression » comme excuse pour diaboliser et arrêter les étudiants qui protestaient contre la présence de nationalistes blanc.hes s’exprimant sur les campus, s’attaquent maintenant aux manifestant.es anti-sionistes juif.ves et palestien.nes et les violentent au nom de la défense des étudiant.es juif.ves contre l’antisémitisme. La liberté d’expression et la sécurité des étudiant.es sont deux faux prétextes : la vérité est que les administrations universitaires et la police chercheront toujours à détruire toute force qui défie activement leur pouvoir. Cela explique l’alliance jusque là impensable entre les Républicains, qui refusent toujours de désavouer les nationalistes blanc.hes présent.es dans leur parti, les Démocrates, qui se font les avocats du génocide au nom de la lutte contre l’antisémitisme, et les administrateurs des universités.

Les Démocrates s’en prennent à ces luttes parce qu’elles sont impossible à intégrer à l’aile gauche du Parti Démocrate.

Il n’est pas possible pour les Démocrates de donner carte blanche au gouvernement israélien pour qu’il continue de perpétuer un génocide tout en gagnant le vote de celles et ceux qui considèrent que les vies palestiniennes ont une valeur propre. D’où cette situation qui est peut-être unique dans l’histoire récente des luttes sociales.

Les médias centristes et les politiciens démocrates étaient prêts à contenir le soulèvement George Floyd dans l’espoir de ramener les militant.es dans l’espace des négociations politiques. Ils considéraient qu’ils pourraient exploiter ces manifestations afin de construire une base électorale contre Trump dans le contexte d’une année électorale.

Ce moment est différent. Il est impossible pour les Démocrates de bouger de leur position parce que chacun des deux partis repose politiquement sur un soutien sans équivoque au gouvernement israélien et condamne toute opposition comme antisémite. Les politiciens démocrates ont continué d’affirmer avec force cette position, même si elle paraît de plus en plus ridicule. Le fait que les Démocrates contrôlent dorénavant le gouvernement fédéral les empêche de profiter de l’indignation contre ce qui est effectivement une politique bipartisane.

Dans un sens, une sorte de symétrie est à l’œuvre ici. Alors que la première ère Trump se terminait avec le Soulèvement George Floyd, confirmant la supériorité des tactiques d’action directe à un point culminant suite à quatre années de résistance à Trump, l’ère Biden semble se terminer sur sa propre déflagration, témoignant ainsi d’une rupture irréparable entre les centristes et les mouvements autonomes qu’ils ont longtemps cherché à récupérer.

Les barricades autour du campement de solidarité à Gaza de l’UCLA.

Nous devons interpréter cette violence répressive et les calomnies des médias comme un signe de la rigidité et de la vulnérabilité de celles et ceux au pouvoir.

Ils défendent une position fondamentalement intenable grâce à un usage apparemment irrationnel et disproportionné de la violence. De même, les pontes des grands médias nous critiquent malgré le fait que la demande pour mettre fin au génocide est une idée avec plus de popularité que les deux candidats présidentiels – selon un sondage récent, 55 % des états-uniens désapprouvent les actions militaires israéliennes quand seulement 36 % les soutiennent. Le fait que le mouvement ait grossi numériquement et aussi en férocité malgré tant de répression est un signe de sa vitalité et de sa force.

Cette situation peut nous rappeler les circonstances dans lesquelles le mouvement Black Lives Matter a originellement décollé/démarré. Il y a dix ans, quand la révolte de Ferguson a commencé en réponse au meurtre de Michael Brown, il était difficile d’obtenir des informations sur le nombre de gens tués par la police chaque année ; les abolitionnistes étaient les seules personnes qui s’intéressaient à cette question. Par conséquent, le mouvement a trouvé son impulsion à mesure que cette question gagnait en intérêt pour le grand public, parce qu’il n’y avait pratiquement personne pour présenter un compte-rendu concluant de ce qu’il se passait et pourquoi. De la même manière, le fait que ni les Républicains, ni les Démocrates ne soient désireux de reconnaître la vérité sur ce qu’il se passe à Gaza, qui s’oppose au génocide, et pourquoi ils et elles s’y opposent constitue un formidable point de vulnérabilité.

Les politiciens sont terrifiés par les manifestations, mais ils sont encore plus terrifiés par la perspective que les manifestations puissent continuer après la fin de l’année scolaire et débordent les limites du campus en un long et chaud été.2

C’est la responsabilité de chaque personne désirant mettre fin à ce génocide de s’assurer que ce cauchemar de politicien devienne réalité. Et cela le devrait : le Soulèvement George Floyd est toujours vivant dans les mémoires des millions de gens qui y ont participé.

L’état cherche à écraser ces manifestations avant qu’elles ne s’étendent. Toute personne qui souhaite réellement mettre fin au génocide à Gaza devrait vouloir que cette crise politique s’étende et s’approfondisse. Sur le long terme, la seule manière de mettre fin au génocide à Gaza sera de démanteler la machine de guerre américaine et les conseils d’administration qui la gouvernent.


Les pièges potentiels

Si les précédentes hypothèses sont les bonnes, ils existent plusieurs pièges que les participant.es à ce mouvement devrait éviter avec précaution.

Chaque occupation qui se termine après avoir gagné de petites et mineures concessions de la part des universités ne fait que paver la voie au génocide.

Le premier campement de solidarité à Gaza de l’Université de Columbia a commencé par rejeter les promesses vides :

« L’administration a envoyé des représentants pour négocier. Dans un premier moment de discussion, ils ont proposé « un référendum non contraignant à l’échelle de l’université sur la question du désinvestissement » - une offre de peu de poids vu que l’université a refusé de prendre des mesures après la tenue, en 2020 au Columbia College, d’un référendum similaire avec 61 % des voix en faveur du désinvestissement. »

La vague d’installation de campements à travers le pays a été rendue possible uniquement par le refus des étudiant.es de Columbia de tomber de nouveau dans un tel piège.

Abandonner les campements et l’esprit de confrontation qui les a rendu possibles signifie oblitérer l’espace d’une possibilité politique dont nous avons désespérément besoin actuellement. Cela veut dire faire disparaître une zone de rencontres potentielles, une zone où les participants peuvent expérimenter et développer une sorte de sens politique et tactique nécessaire à la construction d’une forme de vie post-impérialiste et post-coloniale.

Dans un même temps, la seule manière qu’ont réellement ces occupations de mettre fin au génocide serait d’être le catalyseur d’une explosion sociale et d’une crise politique bien plus grande. L’espace concerné ici dépasse largement l’université – et les participant.es de chaque occupation devraient agir avec cela à l’esprit. Notre objectif ne peut pas être atteint à travers des promesses, ou grâce à des comités, ou au désinvestissement en soi ; notre but devrait être que la libération palestinienne soit un aspect d’une libération totale. Nous devrions évaluer chaque tactique à l’aune de la possibilité qu’elle offre de s’approcher de nos objectifs, en comprenant que la libération palestinienne résultera uniquement d’une crise politique d’ampleur aux États-Unis.

Ne laissez pas l’expression « se centrer sur la Palestine » servir de justification pour moins agir en tant qu’agents perturbateurs.

La machine de guerre qui tue les Palestinien.nes est une part essentielle des institutions fondées sur la guerre de l’empire états-unien, elle inclut non seulement les universités et les entreprises d’armement, mais l’économie elle-même. Toutes ces institutions sont interconnectées avec d’autres gouvernements et projets coloniaux à travers le monde. Arrêter le génocide du peuple palestinien signifie contester tous les aspects de l’ordre mondial en place.

Les voix de celles et ceux qui souffrent à cause de cet ordre mondial sont rarement entendues à l’intérieur des universités.

Il s’agit aussi de toi.

Comme la lutte contre Cop City à Atlanta a pu le rendre clair, l’oppression du peuple palestinien est l’avant-goût d’un possible futur qui nous concerne tous. En luttant pour une Palestine libre, nous luttons aussi pour notre propre futur. Reconnaître cela doit renforcer notre détermination à mettre fin immédiatement au génocide.

Les Palestinien.nes ont toujours affirmé leur solidarité avec les combats qui ont eu lieu aux États-Unis, des émeutes de Ferguson aux soulèvements de 2020 (et au-delà). Les étudiant.es de l’université de Columbia ont réaffirmé ces connexions quand iels ont commencé à crier « Stop Cop City » lors de l’intervention policière du 30 avril. Cop City est partout, les racines du génocide de Gaza sont partout, la résistance est partout.

Les personnes concernées par leur sécurité personnelle ne devraient pas refuser aux autres la liberté de prendre des risques dont ils acceptent les conséquences.

Il n’y a pas de honte à avoir peur pour sa sécurité. La situation devient de plus en plus effrayante. Il faut se demander comment nous pouvons construire cette capacité collective à prendre des risques – et en endurer les conséquences – qui est nécessaire pour créer un monde sans terreur d’État. Une des conditions minimales de cette entreprise est que nous ne devons pas dicter aux autres quelles actions sont possibles ou acceptables.

Si vous n’êtes pas préparé.es aux risques qui vous semblent associés à une tactique ou une stratégie spécifique, n’essayez pas d’empêcher les autres de l’employer. Cherchez simplement quel autre rôle vous pourriez jouer ou quelle autre stratégie complémentaire vous pourriez mettre en place.

« Ce que j’entends par « audacieuse » est une tendance à s’aventurer dans des territoires jusque là inexplorés. Ce que j’entends par « prudence » est la perception que notre capacité à approcher ces territoires ne grandit qu’à mesure que ceux qui nous ressemblent s’en approchent avec autant d’audace. Nous atteignons un champ de possibilités qui ne peut être atteint que si nous avançons ensemble vers là où nous ne sommes jamais allés ; nous procédons avec prudence parce que ceux qui s’avancent trop loin seront pris sans le fil qui les rattacherait à nous. Ce qu’il me semble se dérouler autour de moi est un mouvement consistant en de petits pas que nous faisons tous ensemble. Chacun de ces petits pas crée les conditions nécessaires au prochain pas. Chaque mouvement qui nous empêche d’avancer tous ensemble met fin à la possibilité que l’un d’entre nous continue d’avancer. »

-Fredy Perlman

La grille d’appréciation des risques peut vous aider à prendre des décisions vis-à-vis des risques et de leurs conséquences.

Connaître son appréciation des risques

Savoir où l’on se situe dans le modèle d’appréciation des risques est une bonne manière d’évaluer le genre de risques que l’on est capable de prendre dans un mouvement de protestation.

Certaines personnes peuvent avoir une faible tolérance aux actions qui implique une grande prise de risque physique, alors que d’autres peuvent avoir une faible tolérance pour des actions qui comportent un grand risque d’être arrêté. Certaines personnes n’ont pas la capacité à supporter aucun de ces types de risques, ce qui ne les empêche pas de jouer un rôle de soutien.

Ce génocide pourrait être un processus long. Essayer de conserver votre capacité à vous battre : ayez toujours un plan pour vous échapper si les défenses tombent.

Gauche : Tolérance au risque élevée et faible tolérance à l’arrestation. Ce groupe prend les policiers en sandwich de l’extérieur grâce à des banderoles renforcées. Leur but est de pousser la police à partir tout en pouvant fuir rapidement et sûrement.

Une plus faible tolérance au risque et à l’arrestation : ce groupe inclut les personnes présentes sur les piquets de grève, les éclaireurs et les personnes endossant d’autres rôles de soutien.

La plus faible tolérance au risque et à l’arrestation : Ce groupe est engagé dans un soutien à l’extérieur du site, en aidant aux communiqués de presse, en multipliant les déclarations en ligne ou en s’occupant des lignes téléphoniques de soutien aux prisonniers, etc.

Droite : Tolérance la plus élevée au risque et à l’arrestation : Il s’agit des personnes occupants les bâtiments.

Tolérance à l’arrestation élevée mais tolérance au risque faible : Ce groupe participe à travers des actions de désobéissance civile, en formant des chaînes humaines et en refusant de se disperser.

« L’élément chaotique » : Les milliers de personnes prêtes à vous rejoindre. Il faut démanteler la police-pacificatrice pour nourrir ce chaos.


Aller de l’avant

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le génocide a été perçu comme l’exemple le plus évident de mal absolu. « Plus jamais ça ! » a été brandi comme un impératif moral. Bien que les États-Unis ont cyniquement usé de ce narratif à de nombreuses occasions pour justifier leurs interventions militaires, il exprime cependant une affirmation louable des personnes conscientisées partout dans le monde.

Le conflit actuel peut se résumer ainsi : soir l’empire des États-Unis est démantelé soit c’est la conscience de toute une génération qui sera détruite.

Compte tenu de ces enjeux, les participant.es de chaque campement ou occupation – incluant ceux qui ont été évacués – doit prendre en considération les questions stratégiques suivantes.

Quelle est la prochaine étape dans l’intensification de la lutte ? Comment réagirez-vous à une intervention policière, une évacuation ou à la mort lente des occupations à cause de l’essoufflement provoquée par la bureaucratie militante ? Quel est votre plan si Israël entame une invasion terrestre de Rafah ? Occuperez-vous un bâtiment, irez-vous manifester en centre ville et provoquer des conséquences économiques en bloquant les autoroutes et les ports, ou ferez-vous quelque chose d’entièrement nouveau ? Si les campements deviennent impossibles à défendre, quelle sera la prochaine étape pour permettre aux gens de continuer à lutter ensemble ?

Comment faire pour que le mouvement grossisse à la fin du semestre ? A quel point les luttes qui se déroulent sur les campus peuvent-ils bénéficier du soutien de personnes non-étudiantes ? Est-ce que la puissance/force bâtie dans les campus peut déborder et inonder les communautés qui les entourent ?

Comment faire pour que les griefs contre les administrateurs des universités, que les politiciens utilisent actuellement comme des boucliers sacrificiels, se tournent contre ces adversaires dont la défaite entraverait réellement la machine de guerre ? Le désinvestissement de celles et ceux qui tirent leur profit de la guerre serait une bonne première étape ; occuper les usines et bloquer les ports serait une étape logique pour poursuivre et intensifier la lutte. Qui sont les millionnaires et quels sont les intérêts financiers particuliers qui mènent la répression sur les campus ? Qui a le plus à perdre à mettre fin au soutien inconditionnel qu’apportent les États-Unis à la violence coloniale et militaire d’Israël ?

Comment pouvons-nous agir de manière à se préparer au probable retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025 ? Nous aurons besoin de chaque innovation tactique, de chaque nouvelle rencontre, de tous les réseaux et infrastructures que nous pouvons construire pour faire face à la pleine force du fascisme d’extrême droite qui nous attend dans le futur. Nous sommes à un moment où l’histoire s’ouvre et où d’infinies et nouvelles possibilités, mais aussi dangers, apparaissent au même moment où l’ordre ancien s’effrite.

Ce qui arrive pourrait être terrifiant. Mais le rôle que nous avons à jouer est entre nos mains.

  1. Alors que les fascistes antisémites ont cherché à répandre l’idée qu’Israël contrôle les États-Unis, c’est tout l’opposé : Israël est l’associé minoritaire dans cette relation en étant un outil pour le gouvernement états-unien, et de la même manière les nationalistes chrétiens aux États-Unis font des Israéliens des pions pour servir leur objectif. 

  2. Référence au « long, hot summer of 1967 » qui désigne un ensemble de 150 émeutes raciales qui eurent lieu à travers les Etats-Unis en 1967. 

23.04.2024 à 21:40

Communiqué depuis l'occupation de Cal Poly Humboldt : L'occupation du Hall Siemens

CrimethInc. Ex-Workers Collective

L'occupation du Hall Siemens.
Texte intégral (1401 mots)

Le 22 avril 2023, inspiré∙es par la résilience du Campement de Solidarité avec Gaza à l’Université de Colombia et par d’autres manifestations dans le pays, des étudiant∙es du campus de Cal Poly Humboldt à Arcata, California ont occupé un bâtiment en solidarité avec les palestinien∙nes, qui a précipité des affrontements avec la police à travers la région. Dans le communiqué suivant, des participant∙es de l’occupation décrivent ce qui a eu lieu et ce qu’iels ont appris. Ces événements représentent une escalation importante dans la vague actuelle de manifestations étudiantes de solidarité avec la Palestine. Comme l’organisation locale Humboldt for Palestine l’a annoncée, “ce n’était pas une manifestation organisée par Humboldt for Palestine, mais un mouvement spontané organisé par les étudiant∙es.”

Après des heures d’affrontements, les médias locaux ont relayé que la police avait été forcée de se retirer :

22h50 : Toutes les forces de police se sont éloignées du bâtiment et semblent avoir quitté le campus. Les radios de police semblent confirmer qu’ils ont quitté les lieux. Un agent a dit que les forces de polices se “dispersaient”. Des étudiant∙es sont en train de rentrer et sortir du bâtiment occupé.

Cal Poly Humboldt restera fermé au moins demain, d’après l’administration.

Il est possible de lire plus sur l’histoire récente des occupations de bâtiments comme tactique du mouvement étudiant ici.


Communiqué depuis l’occupation de Cal Poly Humboldt

Lundi 22 avril, un groupe de 45 étudiant∙es, alumnis et habitant∙es des alentours ont occupé le Hall Siemens du campus de Cal Poly Humboldt, sur la côte nord de la Californie, en solidarité avec celleux qui subissent un génocide à Gaza.

Après une heure, la police du campus a tenté de négocier avec les occupant∙es, qui ont refusé de quitter le bâtiment. Rapidement, des forces de polices de tous les coins du comté sont arrivées – dont un hélicoptère, des unités canines, et des policiers qui n’étaient pas en service. Les étudiant∙es ont répondu en se défendant massivement.

La tactique initiale de la police de procéder à des arrestations massives a été mis à mal par une série d’affrontements à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment. Les occupant∙es ont repoussé la police, malgré une violence policière qui n’avait jamais été atteinte dans la dernière décennie de luttes dans le comté d’Humboldt. Il est important de noter que les policiers ont utilisé à la fois des matraques et des boucliers comme armes pour violenter des manifestant∙es ; aux mains de la police, tout outil est une arme.

La police a arrêté deux personnes et les a tirées hors du bâtiment par les cheveux ; ils ont infligé de multiples lacérations au crâne d’une autre personne, ce qui a nécessité d’aller à l’hôpital . De nombreuses autres personnes se sont retrouvées avec des blessures à la tête, dont au moins une concussion.

Durant les affrontements, la police a foncé dans la foule avec un camion de l’université, poussant les manifestant∙es vers une ligne de CRS. Malgré cette violence, il s’est fait de plus en plus évident que la police était trop peu préparée face à la férocité et l’intelligence des occupant∙es étudiant∙es. La police fut physiquement repoussé du Hall Siemens et d’immenses barricades furent érigées avec les fournitures du bâtiment, dont des chaises, des bureaux, des poubelles, et des portes qui avaient été démontées. La police a encerclé le bâtiment occupé, tandis qu’une grande foule d’étudiant∙es, professeur∙es et d’autres membres de la communauté ont encerclé la police, chantant “dé-escaladez en partant !” et “Pouvoir populaire ! Nous sommes plus fort∙es !” entre autres slogans.

Après six heures d’affrontement, la police est partie. Des centaines d’étudiant∙es se sont précipité∙es dans le bâtiment et ont accouru joyeusement vers les occupant∙es. La division imposée par la police s’est effondrée et nous avons pris le dessus. L’université a déclaré une fermeture pour trois jours. Pour nous, ce n’est que le début.


Ce communiqué émerge de l’occupation. Nous aimerions diffuser quelques leçons tirées de celle-ci.

1. HORS DES PELOUSES, DANS LES BATIMENTS

Il est évident que pour davantage développer cette crise, les occupations étudiantes doivent viser les bâtiments dès que possible. La première action de la police était de demander aux occupant∙es de se déplacer vers les pelouses extérieures. En disant cela, ils ont montré que nous possédons davantage de pouvoir en occupant les espaces où les classes ont lieu et l’administration a ses bureaux. De plus, les bâtiments du campus sont remplis de tout le nécessaire pour construire des barricades et protéger une occupation.

2. SI VOUS LANCEZ, IELS VOUS REJOINDRONT

Il a fallu seulement d’un faible nombre d’étudiant∙es pour occuper le Hall Siemens. N’ayez pas peur de défendre le territoire. Ce mouvement est fort. Comme si sortant de nulle part, des centaines voire des milliers vont venir pour vous soutenir. Les foules à l’extérieur ont aussi eu un rôle important pour gêner la police en divisant leur attention. Les flics se sont retrouvés nassés et ne savaient pas dans quel sens se tourner. Quelqu’un a lancé un barbecue – des hot-dogs gratuits ont donné de l’énergie à la foule.

3. LE MOUVEMENT PRO-PALESTINIEN DOIT ETRE UN MOUVEMENT CONTRE LA POLICE

La police n’hésitera jamais à violenter celleux qui appellent à la fin du génocide en Palestine. A Gaza, les palestinien∙nes font face à l’armée israélienne ; aux États-Unis, en France et ailleurs, nous faisons face à la police. Nous devons affirmer que ces forces n’en sont en réalité qu’une seule : ils sont tous les soldats de l’empire.

4. ORGANISATIONS, ECOUTEZ…

Nous n’avons pas besoin de la permission des militant∙es professionnel∙les pour fixer les modalités de la lutte. Les occupant∙es étudiant∙es ont agi de façon autonome pour prendre le bâtiment sans le soutien d’aucune organisation établie. Nous avons collectivement établi que nous avions les compétences, l’expérience et la créativité qui étaient nécessaires pour mener à bien notre action. Alors que les organisations étudiantes recommandent de commencer par établir une liste de revendications atteignables et d’entrer dans des négociations sans fin avec l’administration, notre occupation n’avait qu’une seule revendication six heures durant : que la police quitte le campus.

5. 5. SOYEZ PREPARE∙ES

Notre ville est généralement calme. Nous avons sous-estimé l’ampleur de la répression policière que nous allions subir. Quatre ans après le Soulèvement George Floyd, nous devons garder en tête ses leçons. Il est recommandé de venir à toutes manifestations avec des lunettes de protection, des masques à gaz, des lasers, et des boucliers. On ne sait jamais ce qu’une simple soirée pyjama peut devenir.


Plus de ressources

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29.12.2023 à 22:41

2023 : l'année dans le rétro : Un monde au bord du gouffre

CrimethInc. Ex-Workers Collective

Un bilan de nos efforts de l'année écoulée, dont la couverture médiatique que nous avons fourni de l'intérieur des mouvements sociaux, et les projets auxquels nous avons participé.
Texte intégral (4927 mots)

Bonne année ! Bravo d’y avoir survécu. Faisons le point sur la situation.

Lors de notre bilan de l’année 2022, nous avions documenté le déclin des mouvements sociaux qui avaient suivi les révoltes de 2019 et 2020. Des stratégies auparavant couronnées de succès produisaient des retours moindres et les autorités avaient appris de leurs défaites. Notre époque reste définie par cette particularité : même les luttes les plus acharnées ont largement échoué à obtenir leurs revendications intermédiaires. Apparemment, celleux qui administrent un ordre social de plus en plus fragile que certain·es appellent late capitalism (ou « capitalisme tardif », NdT) ne sont pas en position de céder du terrain. Au lieu d’offrir des concessions aux désespéré·es et aux révolté·es, les gouvernements de tous bords politiques investissent dans des technologies répressives et renforcent leur dépendance à la police.

À l’étranger, les conséquences en étaient déjà claires il y a un an:

L’invasion de l’Ukraine se place dans la continuité d’un processus de militarisation et de déplacement forcé déjà visibles en Syrie. En plein effondrement écologique, en pleine guerre – effets secondaires de l’accumulation du capital et de ses conséquences – de plus en plus de personnes sont forcées à l’exil partout dans le monde.

L’invasion de l’Ukraine est probablement un indicateur des événements à venir. Ces dernières décennies, les gouvernements, partout dans le monde, ont investi des milliards de dollars dans des technologies de contrôle des foules et dans l’équipement militaire, tout en se limitant à quelques mesures cosmétiques pour répondre à la croissance des inégalités ou à la destruction du monde naturel. Alors que les crises économiques et écologiques s’intensifient, de plus en plus de gouvernements chercheront à résoudre leurs problèmes internes par des conflits avec leurs voisins.

Malheureusement, les événements de 2023 ont donné raison à nos peurs. Tandis que l’invasion russe de l’Ukraine se transformait en épuisante guerre d’usure, la guerre civile éclatait au Soudan, l’Azerbaïdjan envahissait le Haut-Karabakh à des fins d’épuration ethnique et maintenant, le gouvernement israélien poursuit ce même projet à Gaza. Ce ne sont pas des cas isolés, mais des aperçus du futur qui nous attend si nous n’arrivons pas à changer de trajectoire.

Cela nous montre ce qui est en jeu, dans nos efforts maladroits pour changer le monde. Dans ces conditions, s’il n’est pas possible d’obtenir nos demandes intermédiaires, il sera peut-être plus facile de poursuivre franchement des objectifs de transformation révolutionnaire.

Heureusement, nous ne sommes pas les seul·es à nous mobiliser sur ces questions. Cette année, nous avons été inspiré·es par la ténacité des participant·es aux luttes en cours, comme le combat pour mettre fin à Cop City ; par l’empathie qui a poussé des personnes partout dans le monde à agir en solidarité avec les habitant·es de Gaza ; par le courage des rebelles, de l’Équateur à la France. Nos expériences communes en manifestations, dans nos projets d’entraide, nos concerts, nos salons du livre et nos discussions passionnées ont maintenu notre foi dans le potentiel de l’humanité. Cette histoire est loin d’être finie.

2024 sera probablement une année en dents de scie. Aux États-Unis, la campagne électorale s’annonce chaotique, ce qui se traduira en conflit social dans les rues. C’est à nous de montrer qu’au lieu de choisir entre les fascistes et des centristes déterminé·es à préserver un système autodestructeur, les gens peuvent se rassembler dans des réseaux fondés sur la solidarité, l’entraide, et une vision plus ambitieuse de ce que nos vies pourraient être.

C’est la meilleure manière de se préparer à toute éventualité.

Dans cet article, nous ferons le bilan de nos propres efforts de l’année passée – la couverture médiatique que nous avons fournie de l’intérieur des mouvements sociaux, et les projets auxquels nous avons participé.


La Tragédie en cours en Palestine

Le 7 octobre, des militant·es du Hamas et d’autres groupes palestiniens ont franchi les barrières à la frontière de Gaza et lancé une série de plusieurs attaques, tuant 1139 personnes. Le gouvernement israélien a sauté sur l’occasion pour lancer une opération de nettoyage ethnique dans la Bande de Gaza. Fin 2023, ils avaient massacré plus de 21 000 Palestinien·nes, dont les deux tiers étaient des femmes et des enfants.

En réaction, les États-Unis ont connu une vague de manifestations et d’actions directes. Début novembre, nous avons publié un texte de Fayer, collectif juif qui a participé à la lutte contre Cop City à Atlanta, expliquant pourquoi iels s’engagent pour la solidarité avec les Palestinien·nes et les actions qu’iels pensent nécessaire pour mettre un terme à l’attaque de l’armée israélienne. Dans les semaines qui ont suivi, nous avons publié des rapports d’anarchistes qui ont participé au blocage du port de Tacoma, d’un bâtiment de Raytheon, et de divers locaux d’Amazon pour interrompre le flux d’armes et d’argent en direction de l’armée israélienne.

En ce début d’année 2024, mettre un terme au nettoyage ethnique de Gaza reste l’un des défis les plus urgents qui nous attendent.

Manifestation au Port de Tacoma, dans l’État de Washington, le 6 novembre 2023.


Stop à Cop City, défendons la forêt

Ces deux dernières années, le mouvement pour stopper Cop City et défendre la forêt de Weelaunee est devenu l’une des luttes les plus féroces en Amérique du Nord. Utilisant différentes stratégies, les opposant·es au projet d’un centre de militarisation de la police ont systématiquement détruit des équipements et forcé les constructeurs à se retirer du chantier. En représailles, les autorités ont repoussé les limites en termes de répression, allant jusqu’au meurtre d’un·e défenseur·se de la forêt. Elles ont porté plainte contre 61 autres, dont les membres d’un collectif de soutien juridique pour fraude un motif particulièrement étrange. Le premier de ces procès est prévu pour début janvier 2024.

Nous avons publié un vaste panel de perspectives, venant de différent·es participant·es au mouvement, y compris sur les valeurs qui les encouragent à continuer le combat. Le dernier article en date de notre série exhaustive sur l’histoire de cette lutte retrace son évolution dans la seconde moitié de 2023. Nous explorons les manières dont le mouvement a cherché à maintenir un caractère participatif et combatif, malgré des pressions intenses.

Nous considérons le combat contre Cop City comme un pont entre la rébellion pour George Floyd de 2020 et les mouvements du futur. En cherchant à dépasser les limites atteintes par le mouvement de 2020, les participant·es sont devenu·es un exemple qui sera utile la prochaine fois qu’un événement motivera un grand nombre de personnes à passer à l’action.

Le chantier de Cop City le 5 mars 2023.


Europe

En janvier, nous avons publié un photoreportage documentant la confrontation entre des milliers de policiers et de manifestant·es à Lützerath, où le gouvernement allemand avait pour objectif d’expulser un camp écologiste.

En février, nous avons publié un article sur l’anarchiste italien emprisonné Alfredo Cospito. Il en était alors à plus de 100 jours de grève de la faim, pour exiger de ne plus être enfermé à l’isolement. Selon nous, la grève d’Alfredo est un avertissement : un message sur les conditions de vie qui se préparent pour nous tou·tes, dans une société qui traite de plus en plus la vie humaine comme inconséquente.

En mars, nous avons couvert le mouvement contre la réforme des retraites en France, qui escaladait jusqu’à devenir un conflit majeur. En juin, les rues françaises explosaient à nouveau après le meurtre de Nahel Merzouk, 17 ans, par la police. Malheureusement, comme l’observait l’un·e de nos contributeurices par la suite, ces dernières années, différentes catégories de la population française se sont révoltées successivement et non en même temps, permettant aux autorités de traverser l’orage.

Plus à l’Est, nous avons couvert la mutinerie de l’entreprise militaire privée Wagner contre le gouvernement de Vladimir Poutine, du point de vue des anarchistes russes. À notre avis, de tels conflits internes sont la conséquence inévitable de la militarisation de la société et de la centralité croissante des forces armées dans l’action politique d’État. En Russie, comme au Soudan, le gouvernement a armé des mercenaires pour faire son sale boulot, créant les conditions d’un conflit armé. Au Soudan, la guerre civile qui a résulté de cette stratégie est catastrophique pour les civil·es.

Ailleurs, nous avons partagé une histoire inspirante de solidarité entre réfugié·es et exilé·es : des anarchistes russes en exil en Arménie ont cherché à soutenir les squatteur·ses arménien·nes. Lorsque l’Azerbaïdjan a envahi le Haut-Karabakh, nous avons publié les perspectives des anarchistes arménien·nes sur les événements.

Enfin, nous avons examiné la décision du gouvernement grec d’expulser le camp de réfugié·es autogéré de Lavrio décision à l’intersection de la guerre du gouvernement turc contre les Kurdes, du gouvernement grec contre les espaces autonomes, et de l’Union Européenne contre les migrant·es.

Tout ce qui monte doit un jour redescendre. France, printemps 2023.


Moyen-Orient

À l’occasion du 8 mars, Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, nous avons publié un compte-rendu sur l’origine du slogan “Jin, Jiyan, Azadi” (“Femme, Vie, Liberté”) retraçant sa diffusion depuis la partie du Kurdistan sous contrôle turc jusqu’à l’Iran, et partout dans le monde. Peu après, en réponse au séisme qui a détruit la Syrie et la Turquie en février, nous diffusions les communiqués de soutiens des mouvements de libération dans ces régions, expliquant comment les gouvernements turcs et syriens avaient non seulement échoué à protéger leurs sujets, mais avaient en plus profité de la catastrophe pour les bloquer et même les bombarder.

Plus tard dans le mois, nous avons publié le rapport d’un anarchiste israélien expliquant que les efforts du Premier ministre Benjamin Nétanyahou pour renforcer son pouvoir, et le mouvement de protestation qui a émergé en réponse, représentaient un conflit entre des élites en compétition et leurs modèles coloniaux respectifs, dont aucun n’offre de proposition réelle pour revenir sur l’oppression et la déportation des Palestinien·es. En octobre, le lendemain des attaques du 7 octobre, nous avons publié une interview très lue avec un autre anarchiste israélien, Jonathan Pollak, sur l’escalade de la violence en Palestine et la répression du gouvernement israélien contre celleux qui agissent en solidarité avec les Palestinien·es.

Nous avons suivi par le point de vue d’un Palestinien vivant dans la partie de Palestine qui a été occupée en 1948, qui décrivait la vie sous la domination coloniale et soulignait l’importance de l’organisation de terrain et de la solidarité dans la lutte pour la libération de la Palestine.


Amérique latine

Au Brésil, 2023 commençait par une reprise maladroite de l’incident du 6 janvier 2021, lorsque les soutiens de Donald Trump ont pris d’assaut le Capitole dans l’espoir de le maintenir au pouvoir. En même temps, au Pérou, un mouvement de protestation tumultueux culminait en une marche sur la capitale, Lima. Nous avons parlé à des anarchistes péruvien·nes pour mieux comprendre ces événements.

L’année s’est terminée sur l’élection de Javier Milei en Argentine. Nous avons mené une interview avec des anarchistes de Rosario pour comprendre les décennies de lutte sociale et de restructuration économique qui ont créé les conditions de cette prise de pouvoir.

Barricades autour du palais présidentiel le 20 décembre 2001, juste avant que le Président Fernando De la Rua ne fuie avec un hélicoptère sur le toit. La dernière fois qu’un gouvernement a tenté d’imposer un capitalisme débridé à la population d’Argentine, ça c’est finit comme ça.

Histoire

Nos publications historiques cette année se sont majoritairement centrées sur le début du 21e siècle. Nous avons chroniqué la victoire antifasciste de la “bataille de York” en Pennsylvanie en 2002, comparant cette lutte haute en couleurs à la situation deux décennies plus tard, bien plus sombre. Nous avons exploré l’histoire du réseau d’organisation anarchiste Bash Back! en amont d’une nouvelle convergence Bash Back!. Enfin, pour offrir une référence historique à celleux qui cherchent à agir aujourd’hui contre les trafiquants d’armes, nous sommes revenu·es sur la campagne Smash EDO en Grande-Bretagne il y a une décennie.

Dans l’année à venir, nous espérons publier davantage sur les 19e et 20e siècles.

Le point de vue d’un policier à Sainte-Soline au printemps 2023.

Dans nos mémoires

En janvier, la police a assassiné que ses camarades défenseur·ses de la forêt connaissaient sous le nom de Tortuguita. Tortuguita occupait la forêt Weelaunee à Atlanta depuis des mois, et avait courageusement choisi de l’occuper à nouveau après un raid policier en décembre d’avant. Les milliers de personnes qui ont participé au mouvement pour stopper Cop City ont gardé le soutenir de Tortuguita vivant, malgré les forces de la répression et de l’effacement.

Manuel Terán, alias Tortuguita.

En février, notre amie de longue date Jen Angel a été tuée à Oakland, en Californie. Jen a passé sa vie à construire des infrastructures pour faciliter l’organisation, les publications et les relations anarchistes.

Jen Angel.

Le 19 avril 2023, trois anarchistes ont été tués au combat près de Bakhmout : un Américain, Cooper Andrews, un Irlandais, Finbar Cafferkey, et un Russe, Dmitry Petrov. Nous avons publié une biographie de Dmitry. Pendant une décennie et demi, il a participé à la lutte révolutionnaire en Russie, au Bélarus, au Rojava et en Ukraine face à une tyrannie qui s’intensifiait. L’histoire de sa vie est une plongée dans l’histoire récente de l’ancienne Union soviétique. C’est également un exemple inspirant de tout ce qu’un·e anarchiste peut accomplir, même dans l’adversité.

Dmitry Petrov.

Active Distribution a publié un court recueil, qui contient notre biographie ainsi que certains de ses écrits et ceux de ses camarades. PM Press distribue désormais ces livres aux États-Unis.

Le 6 décembre,1 l’auteur et insurgé anarchiste Alfred Bonanno est décédé. Bonnano proposait un refus du travail et la quête d’une révolte joyeuse comme mesures révolutionnaires dans la lutte contre toutes formes de domination et de désespoir. Ses idées ont beaucoup influencé le développement de nos propres projets collectifs. Nous avons préparé une courte histoire de sa vie.

Enfin, nous voulons exprimer notre gratitude pour celleux que nous avions peur de perdre cette année, et qui sont toujours avec nous aujourd’hui. Il était facile d’imaginer qu’Alfredo Cospito ne survive pas à sa grève de la faim, mais il a survécu. De même, un participant à la manifestation violemment réprimée de Sainte-Soline, en France, est resté longtemps dans le coma à cause d’un policier qui a tenté de le tuer en lui tirant une grenade dans la tête. Heureusement, Serge s’est remis.

“Tortuguita vit ; la lutte continue.” Une banderole déployée lors d’une marche blanche en janvier 2023, pendant laquelle une voiture de police a pris feu.


Événements publics

En 2023, nous avons participé à des salons du livre et des présentations aux États-Unis, de Boston et New York à Sacramento et Oakland, en passant par le Canada, le Mexique, l’Équateur, le Brésil, l’Angleterre, l’Écosse, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Slovénie et ailleurs.

L’un des événements les plus enthousiasmants de l’année, c’était le rassemblement anarchiste mondial à Saint-Imier, en Suisse. Ce festival célébrait le 151e anniversaire du congrès fondateur de la fédération connue sous le nom d’Internationale anti-autoritaire – à la suite de l’Association Internationale des Travailleurs [sic], l’une des plus importantes organisations ouvrières européennes au 19e siècle. Attirant un nombre honorable de 5 000 personnes – venues majoritairement d’Europe centrale, mais aussi d’aussi loin que le Chili et l’Australie – le rassemblement de Saint-Imier a peut-être été le plus grand événement exclusivement anarchiste de l’année.

Avec l’aide de participant·es d’Allemagne, de Russie, du Bélarus, de Finlande, des Etats-Unis et d’ailleurs dans le monde, nous avons publié un rapport complet sur le rassemblement, suivi d’une réflexion plus spécifique sur les dynamiques et les discours autour du genre et de la sexualité lors de l’événement.

Un sticker vu pendant le rassemblement de Saint-Imier. “Aime l’anarchie, Aime les gens, Aime la nature, Aime les animaux, Aime l’humanité, Aime la solidarité, Aime l’empathie, Aime la participation”.


Posters

Cette année, pour célébrer l’énième réimpression de notre classique poster sur le genre, nous en avons sorti une version 2023 qui répond aux menaces actuelles contre l’autodétermination du genre et les formes de solidarité et d’autodéfense collective qui les contrebalancent. En parallèle, nous avons publié une discussion sur les manières dont les lignes de front du discours sur le genre ont bougé depuis la publication de l’original du poster, il y a deux décennies. C’est l’un des textes les plus complets et réfléchis que nous ayons finis cette année.

Notre nouveau poster “gender remix” en action.

En plus, nous avons préparé des posters en solidarité avec les Palestinien·nes et avec celleux qui cherchent à défendre la forêt à Atlanta et ailleurs dans le monde. Ces posters sont tous disponibles pour être téléchargés, imprimés et collés sur les murs de votre communauté.

Un autre de nos posters dans son habitat naturel.


Zines

Cette année, nous avons sorti trois zines sur le mouvement Stop Cop City, couvrant l’histoire du mouvement en détail, les différentes stratégies employées par les participant·es, les plaintes RICO, etc. Ils ont été distribués à Atlanta et dans tous les événements en soutien aux quatre coins des États-Unis.

Nous avons aussi publiés des zines offrant des perspectives palestiniennes, traitant de la lutte pour l’autodétermination de genre, expliquant comment survivre à un procès pour délit grave, et rappelant les leçons de la “green scare,” ou “peur verte”, l’opération fédérale contre les militant·es écologistes.

Pour faciliter l’impression, nous avons mis en place une nouvelle option “ink lite”, pour que vous puissiez imprimer nos zines même quand vous êtes presque à court d’encre.

Une rue d’Atlanta après un affrontement entre la police et des manifestant·es Stop Cop City en novembre 2023.


Audio

Après une accalmie dans nos efforts audio, nous avons rassemblé une nouvelle équipe pour préparer des versions audio de nos articles. Cette année, nous avons sorti 20 « audio zines » de ce type, dont cinq sur les efforts vers une solidarité avec la Palestine et cinq sur le mouvement Stop Cop City à Atlanta.

Vous pouvez les écouter ici.


Langues

Au cours de l’année 2023, nous avons publié des dizaines d’articles en espagnol; plus d’une dizaine en français, en italien, et en polonais; et plusieurs articles en basque, bulgare, chinois, tchèque, allemand, grec, coréen, portugais, russe et turc. Nous avons également ajouté des textes en danois, néerlandais, japonais et kurde. Nous avons également publié des posters et des zines dans nombre de ces langues. Vous pouvez trouver un guide complet de notre contenu non-anglophone ici.

Nous avons récemment ajouté une version en turc de notre introduction à l’anarchisme, Pour tout changer. Elle est maintenant disponible dans 34 langues au total.

Nous sommes reconnaissant·es envers tou·tes les traducteurices partout dans le monde qui ont travaillé avec nous pour rendre notre travail accessible à davantage de monde. Si vous pouvez nous aider à traduire n’importe laquelle de nos publications dans n’importe quelle langue, n’hésitez pas à nous contacter!

Face-à-face entre la police et les manifestant·es à Lützerath, en Allemagne, en janvier 2023.


Films

En hommage à Alfredo Bonanno, nous avons réalisé un court-métrage adaptant la section finale de l’une de ses œuvres les plus connues, La Joie armée.

Nous avons également publié une courte vidéo pour célébrer Steal Something from Work Day, (« Fête du vol au travail », NdT), inspirée du travail du réalisateur yougoslave Dušan Makavejev.

Enfin, nous vous invitons à participer à notre tradition des fêtes en regardant l’édition de 2023 de “It’s the Most Wonderful Time of the Year”.

It’s the most wonderful time of the year, édition 2023.


Et plus encore !

Cet article ne fait qu’effleurer la surface de tout ce que nous avons fait cette année – les aventures dans lesquelles nous nous sommes embarqué·es, les relations que nous avons entretenues, les formes artistiques que nous avons partagé·es. Le plus intéressant est rarement rendu public !

Comme toujours, tous nos efforts sont libres de droits, produits et distribués bénévolement. Nous n’essayons pas de concentrer un pouvoir entre nos mains, mais d’établir des modèles reproductibles et de mettre des ressources à la disposition de mouvements horizontaux. C’est pour cela que l’on vous embête rarement avec des demandes de dons. Si vous voulez nous soutenir financièrement, vous pouvez le faire ici – mais la meilleure chose que vous puissiez faire pour nous, c’est lancer vos propres projets dans le même esprit, ou participer à nos efforts.

Merci de nous avoir suivi·es à nouveau à travers cette année. Nous avons hâte de voir ce qui nous attend.

  1. Il s’avère que le 6 décembre est aussi l’anniversaire du meurtre d’Alexandros Grigoropoulos, déclencheur de la révolte grecque de 2008. On peut considérer que le déroulement de cette révolte est un argument en faveur de certaines thèses de Bonanno sur l’organisation agressive et les structures autonomes. 

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