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25.01.2026 à 06:04

Minneapolis réagit au meurtre d’Alex Pretti : Récit d’un témoin oculaire

CrimethInc. Ex-Workers Collective

Le samedi 24 janvier, un agent de l'ICE a assassiné Alex Pretti à Minneapolis. En réponse, les habitant·e·s ont chassé l'ICE et la police de Minneapolis du quartier.
Texte intégral (2816 mots)

Le samedi 24 janvier, un agent de l’ICE a assassiné Alex Pretti à Minneapolis. Cinq agents l’ont plaqué au sol et tabassé, puis un agent lui a tiré dessus à plusieurs reprises. Une vidéo prise sous plusieurs angles confirme que l’agent a tiré sur Pretti après qu’il ait été désarmé. Immédiatement après le meurtre, le quartier de Whittier s’est soulevé et a affronté l’ICE, la police du Minnesota et les forces de l’ordre de l’État du Minnesota pendant plus de quatre heures, les forçant finalement à se retirer.

Ce meurtre a eu lieu un jour après une grève générale historique au cours de laquelle plus de 100000 travailleuses et travailleurs des « Villes Jumelles » ont manifesté contre l’occupation de l’ICE. De nombreuses personnes dans les rues ont exprimé l’opinion que les agents fédéraux avaient tué Alex pour se venger de la grève.

Une fois de plus, nous soulignons le rôle important joué par la police locale et étatique qui permet à l’ICE de continuer à commettre des meurtres en toute impunité. Les politiciens démocrates ont exprimé leur désapprobation face aux tactiques de l’ICE, mais ni eux, ni la police qui est censée leur rendre des comptes n’ont encore rien fait de concret pour empêcher les agents fédéraux de terroriser, d’enlever et d’assassiner des personnes.

Ce qui suit est le témoignage d’un·e anarchiste de Minneapolis.


Je me suis réveillé·e ce matin au son de mon téléphone qui vibrait sans arrêt. Le premier SMS que j’ai vu disait : « URGENT DE WHIT/UPT DEVANT GLAM DOLL DONUTS : quelqu’un a été abattu par l’ICE. » Encore à moitié endormi·e, j’ai versé un peu de sirop de caféine dans ma bouteille d’eau pendant que j’assimilais cette information. J’ai enfilé cinq couches de vêtements, une paire de lunettes de protection et une cagoule, j’ai appelé mon travail pour dire que j’étais malade et je me suis précipité·e sur les lieux du drame.

Quand je suis arrivé·e, un ruban jaune délimitant la scène de crime était déjà en place sur trois pâtés de maisons de la 26ème rue. Des agents masqués de l’ICE et de la police des frontières gardaient le périmètre, armés de fusils et de bombes lacrymogènes. Une ambulance était toujours sur place. Une foule d’individus commençait à se rassembler autour du ruban délimitant la scène de crime, mais ne le franchissait pas. Un·e ami·e m’a reconnu dans la foule et m’a tapoté l’épaule. Quelqu’un m’a dit que la victime était morte. Une personne pleurait. La plupart des gens insultaient les agents fédéraux. Une vieille femme criait « Vous irez en enfer ! » à un agent de la police des frontières qui la menaçait avec sa bombe lacrymogène.

Derrière nous, sur la 1ère Avenue, trois individus ont commencé à déplacer une benne à ordures au milieu de la rue. Un agent de l’ICE leur a lancé une grenade lacrymogène. Mon ami·e et moi-même avons commencé à courir vers le sud sur la 1ère Avenue pour échapper aux nuages de gaz. Nous avons tourné à droite, puis encore à droite sur Nicollet Avenue, ce qui nous a amené à l’intersection entre Nicollet Avenue et la 26ème rue, l’endroit où l’ICE avait tué un homme à peine une demi-heure auparavant. Il y avait ici une foule beaucoup plus importante qui faisait face et affrontait une ligne d’agents fédéraux. Nous avons reconnu un·e autre de nos ami·e·s et avons couru vers elleux.

À ce moment-là, nous avons entendu la forte détonation de grenades assourdissantes tirées à environ deux ou trois pâtés de maison au nord-ouest de notre position. « Prenons ma voiture », a crié notre ami. Il était garé juste là, sur Nicollet Avenue. Nous nous sommes entassé·e·s dans sa voiture, il a fait demi-tour et s’est éloigné à toute vitesse des agents de l’ICE. Après quelques virages et nous nous sommes retrouvé·e·s à l’angle de la 25ème rue et de Blaisdell.

Il y avait une ligne de policiers anti-émeutes appartenant au département de police de Minneapolis qui se trouvait de l’autre côté, plus près de Nicollet Avenue. Je les ai reconnus à leurs gilets jaunes. Entre nous et les flics, du côté de Blaisdell, un groupe d’individus construisait une barricade à partir de bennes à ordures, de poubelles, de parpaings et de palettes de bois. Nous avons entendu les chants de ralliement omniprésents « FUCK ICE, ICE OUT! » (« NIQUE l’ICE, ICE DÉGAGE ! »). Les gens tapaient sur les poubelles en rythme. Quelqu’un répandait ce qui semblait être des chausse-trappes faits maison devant la barricade.

Alors que nous approchions de la barricade, des personnes dans la foule ont commencé à faire rouler les bennes à ordures en direction de la ligne de police. Quelqu’un a mis le feu à l’une d’elles. Un homme criait après nous, essayant en vain de calmer et contrôler la foule, mais personne ne voulait l’écouter. Quelques individus l’ont rapidement escorté hors du lieu de l’action. La benne à ordures commençait à être engloutie par les flammes. Les gens l’ont également poussée en direction de la police.

La benne à ordures est engloutie par les flammes.

La police a commencé à tirer des gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Leurs tirs n’étaient pas particulièrement précis. C’était la première fois cette année que je les voyais utiliser des balles en caoutchouc plutôt que des balles au poivre ou des gaz lacrymogènes. La foule a reculé, et les policiers ont chargé et ont dépassé notre barricade. Trois d’entre eux ont plaqué au sol et arrêté une personne qui se trouvait près de moi, la jetant violemment sur le trottoir. J’ai crié et je me suis retourné·e une seconde, mais j’ai immédiatement été asphyxié·e par les gaz lacrymogènes et contraint·e de reculer vers Blaisdell. Certaines personnes lançaient des bouteilles en verre et des morceaux de glace sur les flics qui battaient en retraite.

La foule a sorti d’autres poubelles des ruelles adjacentes et a rapidement commencé à construire une nouvelle barricade un peu plus loin. J’avais perdu de vue la personne avec qui j’étais venu·e, mais j’ai rapidement retrouvé quelqu’un que je connaissais. Certains individus ont commencé à crier aux gens de reculer vers l’ouest sur la 26ème rue et de continuer à construire des barricades. Cette stratégie improvisée a fait son chemin. Les gens ont couru dans la rue laissant derrière elleux des poubelles et des pneus, créant ainsi une série de petites barricades à mesure que les policiers avançaient.

Une femme observait la scène depuis son porche. Quelqu’un s’est précipité vers elle et lui a dit : « Madame, nous sommes ici pour défendre le quartier contre l’ICE. Nous avons besoin de matériel pour construire des barricades. Y a-t-il quelque chose dans votre jardin dont vous pourriez vous séparer ? » Elle a acquiescé avec empressement et leur a montré son jardin, leur proposant un parterre de fleurs, un vieux canapé et une chaise de jardin. Trois personnes ont aidé à transporter ces objets et à les ajouter aux barricades.

Pendant que ce jeu du chat et de la souris se poursuivait, des messages Signal sont apparus provenant d’autres personnes qui tenaient une autre barricade à trois pâtés de maisons de là, sur Nicollet Avenue, au sud du carrefour. Notre groupe affrontait la police locale de Minneapolis, mais le leur affrontait l’ICE. Mon ami·e et moi avons décidé de les rejoindre. Nous avons traversé une série de ruelles jusqu’à ce que nous débouchions sur la 27ème rue.

Nous avons couru vers la gauche sur Nicollet Avenue, sur une portion pleine de restaurants que les habitant·e·s appellent « Eat Street ». Il y avait là une foule beaucoup plus importante qui se tenait derrière une barricade faite principalement de palettes en bois. Une ligne composée d’agents de l’ICE et du CBP (« US Customs and Border Protection », une autre agence fédérale en lien avec le Service des douanes et de la protection aux frontières) se tenait de l’autre côté. Nous pouvions voir la peur dans leurs yeux. Ça faisait du bien.

À peine avions-nous approché la barricade en question que l’ICE a ouvert le feu avec des gaz lacrymogènes. Je ne suis pas étranger·ère aux gaz lacrymogènes, mais ils en ont tiré plus que je n’en avais jamais vu. Des nuages blancs toxiques nous ont enveloppés. J’avais l’impression que mes poumons étaient en feu. Quelqu’un a ramassé une grenade et l’a renvoyée. Nous avons fui vers le sud sur Nicollet Avenue pour nous échapper. Quand je me suis retourné·e pour regarder derrière moi à travers les nuages de gaz, j’ai vu des SUVs de l’ICE et un véhicule blindé Bearcat quitter les lieux, se dirigeant vers l’est en direction de l’autoroute.

Nous avons couru jusqu’à la 1ère rue, là même où j’étais arrivé·e plus tôt dans la matinée, pour essayer d’attraper les agents qui battaient en retraite. Nous avons fait demi-tour et avons couru vers le nord jusqu’à la 26ème rue. Les gens lançaient des pierres et des morceaux de glace sur leurs voitures alors que les agents roulaient vers la bretelle d’accès de la 35W. Ils ont de nouveau tiré des grenades lacrymogènes et des grenades de gaz à « fumée verte » depuis leurs véhicules alors qu’ils s’enfuyaient sur l’autoroute.

Après que les manifestant·e·s aient chassé les agents de l’ICE, nous sommes revenu·e·s à l’angle de la 26ème rue et de Nicollet Avenue depuis l’est. Un grand nombre d’agents de la police d’État étaient alignés à une extrémité de la 26ème rue, face aux manifestant·e·s qui se trouvaient de l’autre côté. Ils avaient un LRAD (un dispositif de dispersion sonore, également connu sous le nom de « canon à son ») installé sur un véhicule Bearcat. L’un des policiers lisait un avertissement de dispersion à l’aide d’un mégaphone.

« FERME TA GUEULE ! » a répondu quelqu’un.

« TRAÎRES ! » hurla quelqu’un d’autre.

Les policiers d’État ont lancé une salve de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes dans notre direction. En retour, quelqu’un leur a jeté un puissant pétard qui a explosé à leurs pieds.

La foule s’est dépêchée de reculer et a tourné à gauche dans une autre rue. Tout le monde était épuisé après une longue matinée d’actions ; beaucoup d’entre nous commençaient à se déplacer plus lentement. J’ai vu les véhicules de la police d’État s’éloigner à toute vitesse dans leur propre nuage de gaz lacrymogène, tout comme l’avaient fait les agents de l’ICE. Il m’a fallu une minute pour réaliser qu’ils étaient partis.

Je me suis eclipsé·e de la manifestation en cours. Il était grand temps d’acheter un vrai masque à gaz. Je suis allé·e dans une quincaillerie et j’ai acheté un gros paquet de chauffe-mains à distribuer à la foule. Ce n’est que lorsque mon adrénaline est retombée que je me suis rendu·e compte que je n’avais pas encore mangé. J’étais affamé·e.

Je suis retourné·e sur le lieu du meurtre environ 45 minutes plus tard. Une foule immense de plus de 1000 personnes s’était rassemblée, occupant tout un pâté de maisons. Cela m’a immédiatement rappelé George Floyd Square. Le pâté de maisons qui était autrefois Eat Street s’était maintenant transformé en Alex Pretti Square.

Il semblait que toutes les petites barricades érigées par les habitant·e·s de Whittier avaient étaient déplacées ici, bloquant Nicollet Avenue aux deux extrémités. Les gens étaient assis sur des bennes à ordures, tapant sur les couvercles. La foule semblait plus diversifiée que je ne l’avais jamais vue dans ce quartier auparavant. Un drapeau mexicain flottait au milieu du rassemblement.

Une jeune femme a sorti une sono au milieu de la foule. Tout le monde s’est rassemblé autour d’elle et les gens ont pris la parole à tour de rôle.

Un jeune homme a pris le micro. Il ne devait pas avoir plus de 20 ans.

« SALUT TOUT LE MONDE. PERSONNE NE VIENDRA NOUS SAUVER. NOUS AVONS ÉCRIT L’HISTOIRE HIER. NOUS AVONS LANCÉ UNE GRÈVE GÉNÉRALE. NOUS AVONS PARALYSÉ TOUTE CETTE PUTAIN DE VILLE. C’EST LA MEILLEURE ARME DONT DISPOSE LES GENS, C’EST NOUS QUI FAISONS FONCTIONNER LE MONDE ET C’EST NOUS QUI POUVONS LE FAIRE S’ARRÊTER. MAIS UN JOUR CE N’EST PAS SUFFISANT. NOUS DEVONS CONTINUER LUNDI. »

La foule a réagi à cette intervention avec des applaudissement tonitruants, acclamant et tambourinant en rythme sur les couvercles des bennes à ordures.

Le jeune homme a entonné un slogan : « NO MORE MINNESOTA NICE! MONDAY MINNESOTA STRIKE! » (« La gentillesse du Minnesota c’est terminé ! Lundi, grève dans le Minnesota ! »).

Ce chant résonna à travers toute la place.

L’invasion des « Villes Jumelles » par l’ICE a depuis longtemps dépassé le point de non-retour. Il est impensable que la société puisse revenir à la « normale » après ce que nous avons vu et ressenti. Les pouvoirs en place savent très bien qu’ils doivent désormais jouer le tout pour le tout. Nous aussi.

Aujourd’hui, lors de la bataille de Whittier, même à travers les gaz lacrymogènes, nous avons pu entrevoir un avenir plus doux et paisible. Ces assassins fédéraux le savent aussi. Nous les enterrerons sous le nouveau monde qui vit dans nos cœurs.


Autres lectures

24.01.2026 à 05:54

Des manifestant·e·s bloquent le quartier général de l’ICE à Fort Snelling, dans le Minnesota : Compte rendu d’une action menée pendant la grève générale dans les « Villes Jumelles »

CrimethInc. Ex-Workers Collective

Compte rendu d'une action menée lors de la grève générale du 23 janvier dans les « Villes Jumelles ».
Texte intégral (3734 mots)

Le 23 janvier, des milliers de personnes se sont mises en grève dans les « Villes Jumelles » de Minneapolis et Saint Paul pour s’opposer à la campagne de kidnappings et de meurtres menée depuis deux mois par des mercenaires fédéraux au service du programme de nettoyage ethnique de Donald Trump. Plus de 1000 entreprises ont fermé leurs portes, certaines avec enthousiasme, d’autres contre leur gré. Dans le même temps, un petit nombre de manifestant·e·s se sont mobilisé·e·s pour empêcher les mercenaires fédéraux liés aux Services de l’immigration et des douanes (ICE) de mener à bien les enlèvements qu’ils avaient prévus pour cette journée.

Tôt dans la matinée du 23 janvier, par une température en dessous de zéro, environ 75 manifestant·e·s équipé·e·s de boucliers et de banderoles renforcées ont bloqué l’intersection de Minnehaha et Federal Drive, juste à côté du bâtiment Bishop Henry Whipple, que l’ICE utilise comme base opérationnelle dans les « Villes Jumelles ». Au même moment, quelqu’un a abandonné une caravane pour bloquer la route Airport Service Road située près de l’extrémité nord de Federal Drive (voir la carte). Cette action a permis de complétement bloquer deux des trois voies d’accès au bâtiment Whipple. On peut supposer que ce blocage visait à coincer l’ICE au niveau de l’extrémité nord de Federal Drive, en bloquant tous les points de sortie, mais en fin de compte, ils avaient toujours accès à une autre sortie.

La caravane qui bloquait Airport Service Road est restée en place pendant environ une demi-heure. Les manifestant·e·s ont bloqué l’intersection de Minnehaha et Federal Drive pendant deux heures et demie.

Pendant les deux heures et demie, il n’y a eu aucun signe de l’ICE ou du BorTac – l’unité tactique de la police des frontières, dont les membres ont déjà frappé et aspergé de gaz lacrymogène des manifestant·e·s lors d’actions précédentes devant le bâtiment Whipple. Le parc automobile de l’ICE semblait presque entièrement au complet pendant l’action, ce qui laisse penser qu’ils n’étaient pas en train de se rassembler depuis un autre endroit. Il est possible que cette action ait effectivement piégé un grand nombre d’agents de l’ICE au sein de leur quartier général.

Finalement, après que la caravane ait été retirée de la route, les shérifs du comté d’Hennepin ont menacé d’attaquer les manifestant·e·s avec des armes chimiques. Les participant·e·s au blocage se sont dispersé·e·s cinq minutes plus tard, avant que les armes chimiques ne soient utilisées. Deux arrestations ont été signalées dans la zone, apparemment sans rapport direct avec le blocage de l’intersection entre Minnehaha et Federal Drive.

Le rôle des shérifs mérite d’être souligné. De Chicago aux « Villes Jumelles », les forces de police locales et étatiques, censées répondre aux politicien·ne·s démocrates, ont joué un rôle fondamental dans la répression violente des manifestations afin de permettre à l’ICE de continuer à kidnapper et à brutaliser des personnes. Tout mouvement contre l’ICE devra faire face à ce bipartisme.

Il y a deux semaines, le 8 janvier, des manifestant·e·s ont bloqué les portes du bâtiment Whipple pendant une heure en réaction au meurtre de Renee Nicole Good par l’agent fédéral Jonathan Ross. La tentative d’aujourd’hui place la barre plus haut. Il est inspirant de voir que des milliers de personnes ont participé à la grève générale d’aujourd’hui. Le blocus du bâtiment Whipple montre que certaines personnes sont prêtes à aller plus loin, en prenant des mesures audacieuses et créatives pour influencer directement ce que l’ICE peut et ne peut pas faire.

Dans le récit suivant, soumis anonymement, les participant·e·s décrivent ce dont iels ont été témoins pendant le blocus et fournissent quelques éléments de contexte sur leur expérience de résistance à l’occupation de l’ICE.

Position 1 : des manifestant·e·s ont bloqué l’intersection entre Minnehaha et Federal Drive. Position 2 : une caravane abandonnée a bloqué Airport Service Road.


Trois formes de conflit

« Ça a été l’année la plus longue de ma vie. » On entend cette phrase partout dans les « Villes Jumelles », et nous ne sommes qu’au mois de janvier. Plus de cinquante jours d’occupation par les forces fédérales ont pesé sur la détermination et le bien-être des résistant·e·s et des occupants.

Le site fédéral de Fort Snelling, où se trouve le bâtiment Whipple, est connu pour avoir servi de camp de concentration où étaient emprisonné·e·s les Dakotas dans les années 1860. Cet héritage se perpétue aujourd’hui, le site servant de base à des milliers de ravisseurs masqués. Les 3000 agents fédéraux impliqués dans cette opération sont plus nombreux que les effectifs réunis des dix plus grandes forces de police des « Villes Jumelles ».

Les premiers enlèvements ont commencé au compte-gouttes, puis se sont multipliés jusqu’à former un torrent, puis un fleuve aussi puissant que le Mississippi. Les actes les plus odieux et les plus ignobles sont gravés dans nos mémoires, rappelant le type d’attaques menées par l’armée israélienne en Cisjordanie : embuscades dans des écoles et des hôpitaux, envahisseurs masqués utilisant des enfants terrifiés comme otages, fusillades, voire une exécution publique. Les sons stridents des sifflets imprimés en 3D nous brûlent les tympans comme des acouphènes. Pourtant, la violence de l’ICE a alimenté une rage collective dont beaucoup de gens ne se savaient pas capables de ressentir. De nombreuses nouvelles résistantes et de nombreux nouveaux résistants prennent conscience de cette réalité pour la première fois. D’autres ont connu des vagues successives de luttes dans les « Villes Jumelles », qui ont préparé nombre d’entre nous à ce moment.

Le fascisme n’est pas en marche. Il est déjà là.

En réponse, les personnes se sont préparées à passer à l’offensive le jour de la grève générale. Cette offensive comprenait trois luttes différentes, toutes aussi importantes les unes que les autres.


Affronter son moi profond

Comme beaucoup d’autres personnes à l’échelle internationale, nous nous trouvons en eaux inconnues. Les anciennes règles ont été jetées par la fenêtre. Dans les rues, l’ICE agit davantage comme des nazis que comme des policiers. Cela est particulièrement évident pour celles et ceux d’entre nous qui ont une expérience dans l’organisation antifasciste. Leurs tactiques terroristes combinent brutalité et lâcheté ; leur nature imprévisible a mis à rude épreuve même les vétérans les plus aguerris.

C’est la première forme de conflit à laquelle nous devons faire face : la lutte contre soi-même.

L’incertitude engendre la peur. Nous avons recours à la modélisation des menaces pour identifier les risques et déterminer ceux que nous sommes prêt·e·s à prendre. Les tactiques de déplacement telles que le positionnement de tireurs d’élite sur les toits, la mise en place de points de contrôle et l’envoi d’équipes de sécurité pour escorter les personnes dans les zones dangereuses sont redevenues courantes, comme elles l’étaient au plus fort des soulèvements de 2020. C’est désormais le cas même pour les grands rassemblements. Nous étudions et mettons en pratique ces compétences encore et encore, faisant de notre mieux pour surmonter nos peurs tout en cherchant à apaiser l’angoisse que nous ressentons au sujet de celles et ceux qui ont déjà disparu.

Il faut également faire preuve de prudence lors de délibérations, car la frustration peut facilement éclater pour des questions mineures ou sans importance. Reconnaître et réguler nos propres états émotionnels est essentiel pour éviter la tendance à agir sous l’emprise de la peur. Les techniques de visualisation en groupe offrent la possibilité d’imaginer les résultats possibles et de préparer nos réponses à l’avance.

Le crime contre l’humanité que nous appelons génocide n’affecte pas seulement celles et ceux qui sont enlevé·e·s ou tué·e·s. Celles et ceux qui restent doivent en supporter le poids. Au cours de la semaine qui a précédé la grève générale, nous avons été confronté·e·s à toutes ces problématiques. Néanmoins, nous avons persévéré.

Des manifestant·e·s équipé·e·s de boucliers et de banderoles renforcées bloquent l’intersection entre Minnehaha et Federal Drive


Affronter le monde naturel

Il y a une différence entre le froid ordinaire et le froid glacial. C’est difficile à décrire si tu ne l’as jamais vécu. Dans le froid glacial, il y a presque une quiétude sereine dans l’air, la tranquillité apparente qui t’incite à sous-estimer sa dangerosité. Un froid polaire littéral peut envahir notre État. Une semaine avant la grève générale, il est devenu évident que la journée allait être très froide.

Cette deuxième forme de conflit est tout aussi dangereuse que n’importe quelle violence humaine : la lutte contre la nature.

J’ai déjà été témoin d’un décès dû à l’exposition au froid. Je n’oublierai jamais l’aspect vitreux de la peau noire de la victime. L’ICE s’est récemment inspirée des « Starlight Tours » (les « voyages sous la lumière des étoiles ») de la police de Saskatoon (ville canadienne) et relâche désormais des personnes arrêtées au beau milieu de la nuit dans des zones reculées, utilisant délibérément l’exposition aux intempéries comme une arme de torture. Le matin de la grève générale, la température ajustée en fonction du refroidissement éolien était d’environ -30 degrés Fahrenheit (-35 degrés Celsius). Cela peut provoquer des gelures sur la peau exposée en moins de 20 minutes, un défi qui nécessite une planification minutieuse et des vêtements spécialisés pour y faire face.

Dans l’État moderne de surveillance que nous connaissons, il faut également veiller à ne pas être identifié par ses vêtements d’hiver spécialisés. Malgré la mise en place d’endroits pour se réchauffer, plusieurs personnes venues d’autres villes ont sous-estimé les risques et ont été blessées par le simple fait d’être exposées au froid. Il y aurait certainement eu deux ou trois fois plus de participant·e·s au blocage s’il n’avait pas fait si froid dehors.

Comme lors de la lutte contre le Dakota Access Pipeline, on craignait que les forces étatiques ou fédérales n’utilisent l’eau comme une arme. À un moment donné, un éclaireur a repéré et signalé par radio ce qui semblait être des préparatifs en vue d’utiliser un canon à eau. Par ce temps, sans installation à proximité pour se réchauffer, une telle arme pouvait causer des dommages irréversibles. De même, l’eau utilisée généralement pour se rincer des armes chimiques peut présenter un risque avec de telles températures.

La tension était palpable, mais grâce à des vestes supplémentaires et des chauffe-mains, nous avons réussi à tenir bon.

La caravane abandonnée au milieu de la route Airport Service Road.


Affronter les occupants

Situé de l’autre côté de l’autoroute pas rapport au reste de la ville, le bâtiment Whipple est difficile d’accès à pied et bien protégé des piétons. Deux jours avant l’action, nos adversaires ont ajouté des barrières supplémentaires afin de créer des points d’étranglements et des occasions de piéger les manifestant·e·s. Ils ont installé des murs « jersey » (des blocs de bêton généralement utilisés pour séparer des voies de circulation) et des clôtures de chaque côté de Federal Drive, sur toute la longueur, séparant la route du trottoir, bloquant toutes les allées et créant ainsi une sorte de tunnel. Considérée uniquement comme une tactique défensive, cette mesure était logique dans un état d’esprit obsédé par la violence. Elle a également facilité le blocage de la route, car leurs fortifications ne leur laissaient que trois points de sortie.

Quatre groupes différents se sont préparés à mener des actions pour bloquer ces points. C’est la dernière forme de conflit à laquelle nous devons faire face : la lutte contre les occupants.

Un groupe est arrivé à pied depuis la ville et la gare, portant des boucliers, des banderoles faites avec des tôles d’acier et d’autres objets. Leur objectif était de bloquer le point principal d’accès afin de détourner la circulation. Arrivé·e tôt, j’ai vu des objets être distribués alors que les gens se blottissaient les uns contre les autres pour se réchauffer sur le parking à ciel ouvert. Au début, leur nombre semblait préoccupant tant il était faible. Le groupe a avancé vers le point d’étranglement, occupant toute la zone devant le tunnel. Les manifestant·e·s ne pouvaient pas entrer, mais les mercenaires ne pouvaient pas sortir.

Peut-être que ces derniers n’étaient pas préparés à cette réalisation mutuelle des objectifs. Quoi qu’il en soit, les seules forces auxquelles ces manifestant·e·s ont été confronté·e·s étaient trois voitures de patrouille du département du shérif du comté de Hennepin. Les forces fédérales sont restées retranchées dans le bâtiment, apparemment effrayées à l’idée de sortir dans le froid. Les manifestant·e·s ont scandé des slogans et les ont provoqués pour attiser leur colère, mais les agents fédéraux ne se sont pas montrés. Ils n’ont pris aucune mesure offensive.

Peut-être que les agents fédéraux sont-ils eux aussi épuisés par leur longue campagne de violence méprisable. Peut-être étaient-ils débordés par les préparatifs en vue de la grève générale. Peut-être avaient-ils plus peur de la nature que les manifestant·e·s. Ou peut-être obéissaient-ils aux ordres stricts de leurs supérieurs hiérarchiques de ne pas intervenir, pour des raisons que nous ne pouvons que supposer.

Dans tous les cas, il était inhabituel qu’ils n’aient pas attaqué l’action de blocage. Les participant·e·s ont réussi à conserver tous les équipements et le matériel qu’iels avaient apportés pour l’action, ce qui est inhabituel dans ce type d’affrontements.

Pendant que ce groupe tenait l’entrée de la ville, d’autres groupes menaient des actions coordonnées ailleurs. Un groupe a transporté du matériel en vue de former une barricade jusqu’à l’entrée de l’autoroute. Le premier convoi de ce groupe a apparemment utilisé une caravane pour bloquer l’accès puis a quitté la zone. Le deuxième convoi du groupe a dû quitter la zone sans pouvoir ériger aucune sorte de barricade, car les shérifs avaient envahi la caravane à la dernière seconde. La seule caravane qui restait a néanmoins permis de bloquer la sortie du bâtiment fédéral pendant près d’une demi-heure.

Enfin, deux autres groupes ont apporté leur soutien et formé un barrage humain sur une route secondaire. Malheureusement, les shérifs ont procédé à deux arrestations lors d’une avancée agressive vers le « tunnel » fortifié. Selon certaines informations, des boules de neige auraient été lancées sur les véhicules fédéraux, brisant une vitre. La glace contre l’ICE.

Après l’utilisation de gaz lacrymogène, de nombreuses personnes présentes dans cette zone ont commencé à se diriger vers l’action de blocage principale, renforçant ainsi les effectifs à l’intersection entre Minnehaha et Federal Drive.

Lorsque les barricades solides étaient en train d’être détruites par les forces de l’ordre, les manifestant·e·s ont pris un moment pour évaluer la situation. Iels avaient déjà atteint leurs objectifs pour la journée, en coordonnant plusieurs groupes et en profitant de la grève générale pour paralyser le bâtiment Whipple. Ayant la possibilité de partir sans subir de pertes, iels ont choisi de la saisir, quittant les lieux avant que les armes ne soient déployées. Iels se sont replié·e·s en formant un seul bloc, toujours protégé·e·s par leurs boucliers et leurs bannières en acier, scandant « Le Minnesota a fait fondre l’ICE ! »

Pendant deux heures et demie, les manifestant·e·s ont bloqué toutes les voies d’accès au bâtiment Whipple, à l’exception d’une seule.


L’action d’aujourd’hui ne fait que renforcer notre détermination. Nous avons désormais davantage d’expérience en matière de coordination et une meilleure connaissance du terrain. Le fait que les forces fédérales ne se soient pas montrées renforce l’idée qu’elles ne sont pas prêtes à se défendre dans le cadre d’affrontements de grande ampleur, ou du moins qu’elles préfèrent éviter de le faire. Leur dépendance continue à l’égard de la police d’État et des shérifs nous pose des questions stratégiques complexes, mais pourrait également leur créer des complications à l’avenir.

Comme l’ont récemment déclaré nos camarades locaux à propos de la menace de Donald Trump d’invoquer la loi sur l’insurrection :

« Nous devons continuer à organiser les communautés, à patrouiller dans nos rues et à mettre en place des équipes d’intervention rapide, à faire pression pour obtenir des arrêts de travail et à les épuiser à chaque étape. Nous devons leur faire payer chaque empreinte qu’ils laissent dans notre neige. Lorsque l’occasion se présentera, nous les chasserons de nos rues et démolirons leur camp de concentration. L’ICE fondra lorsque la chaleur augmentera. »

À jamais vôtre dans la lutte.


Autres lectures

17.01.2026 à 11:50

Des manifestant·e·s désignent le bâtiment fédéral d’Oakland comme un site des opérations de l’ICE

CrimethInc. Ex-Workers Collective

Compte rendu d'une action pendant laquelle 47 vitres du bâtiment fédéral d'Oakland ont été brisées et ses murs tagués afin de l'identifier comme base des opérations de l'ICE.
Texte intégral (2259 mots)

Alors que l’attention du public s’est concentrée ce mois-ci sur la région des « Twin Cities » – la région métropolitaine de Minneapolis-Saint Paul connue sous le nom de « Villes Jumelles » – où près de 3000 mercenaires fédéraux se livrent à une vague d’enlèvements et de meurtres, les agents des services de l’immigration et des douanes (ICE) restent actifs dans tout le pays, terrorisant les communautés et se préparant à des futures vagues tout aussi brutales que celles qui ont lieu actuellement dans la région des « Villes Jumelles ». Mais cela ouvre également des possibilités pour les personnes à travers le pays pour agir en solidarité avec celles et ceux qui sont visé·e·s par l’ICE en frappant ailleurs, révélant ainsi la faiblesse et l’impopularité des forces fédérales et en dispersant leur attention.

C’est précisément ce qu’ont fait les habitant·e·s de la région de la baie de San Francisco le 10 janvier dernier, en brisant 47 vitres et fenêtres du bâtiment fédéral d’Oakland et en le recouvrant de peinture afin de l’identifier comme étant la base des opérations de l’ICE dans la région. Nous avons reçu le compte-rendu suivant sous forme de contribution anonyme.


Chinga la Migra : le bâtiment fédéral d’Oakland pris pour cible

De nos jours, tout le monde déteste l’ICE. Des personnes d’horizons politiques différents souhaitent les voir quitter nos villes. Depuis leur expansion massive en 2025, de nouvelles formations se sont mobilisées pour lutter ensemble contre la violence étatique et ce, d’une manière que nous n’avons pas vue depuis des années. Dans le passé, et plus récemment lors des soulèvements contre les violences policières en 2020, une énergie révolutionnaire tout aussi large s’est progressivement essoufflée et a été redirigée vers l’électoralisme par les libéraux, tandis que la gauche s’est enlisée dans une forme d’épuisement ainsi que dans des querelles internes au sujet des tendances ou des tactiques politiques. Cette fois-ci, si nous voulons saisir l’occasion de créer des mouvements résilients et faire face à la montée mondiale de l’autoritarisme, nous devons faire quelque chose de différent.

Dans la baie de San Francisco, c’est ce que nous avons fait.

Au cours des dix derniers mois, la lutte contre l’ICE a entraîné un changement nécessaire dans les modes d’organisation et les relations entre les différentes formations radicales de la région de la baie de San Francisco. Nous avons vu des réseaux locaux former des assemblées de quartier, des réseaux denses « Adopt-a-Corner » surveiller les écoles et les lieux de travail, et de nouvelles relations et approches stratégiques se développer à partir des conditions réelles présentes sur les lieux de lutte.

L’un des lieux principaux de lutte a été le tribunal fédéral de l’immigration à San Francisco, où l’ICE enlevait les personnes qui s’y présentaient pour leurs différents rendez-vous administratifs. Une fois ce site identifié comme un point d’intervention majeur, des groupes communautaires se sont spontanément rassemblés et ont commencé à assurer une présence protectrice à l’extérieur du tribunal. Des groupes anarchistes affinitaires ont commencé à travailler en collaboration avec des formations marxistes, des réseaux d’entraide et des groupes communautaires officiels, des avocats et même des organisations libérales à but non lucratif d’une manière que nous n’avions jamais vu auparavant. Les anarchistes ont affronté les agents de l’ICE dans les rues aux côtés de chefs religieux rassemblés devant le palais de justice. Les militant·e·s du Black Bloc ont tenu bon aux côtés des prêtres et des familles lors de l’incursion fédérale sur l’île de Coast Guard Island ; ce qui a finalement conduit le gouvernement fédéral à annuler l’opération prévue par l’ICE dans la région de la baie de San Francisco en octobre dernier.

Alors que nos ennemies disposent de ressources de plus en plus importantes, nous consolidons notre pouvoir en dépassant le sectarisme et en collaborant avec des individus et des organisations qui partagent notre vision commune de l’avenir, même s’ils ont des théories du changement et des inspirations politiques différentes. Pour ce faire, nous ne faisons pas de concessions idéologiques aux libéraux, mais nous identifions plutôt nos compétences respectives et nos objectifs communs. Les gens ont maintenu une clarté de principe quant à la nécessité d’affronter directement l’État, même lorsqu’elles et ils travaillaient avec d’autres personnes qui n’étaient pas encore prêtes à prendre ces mesures.

Cette coalition fondée sur des principes – partager une vision commune de ce que nous essayons d’accomplir grâce à nos nombreux et différents rôles, compétences et tendances tactiques – fonctionne. Les détentions dans les tribunaux ont chuté ; elles sont désormais bloquées par une injonction déposée en janvier dernier par l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU). L’ICE et le département de la Sécurité intérieure ont du mal à se déplacer dans la région de la baie de San Francisco sans être poursuivis et harcelés par des gens ordinaires, grâce notamment à l’expansion des groupes de surveillance de quartier et des réseaux de communication dans toute la région.

Les habitant·e·s de la région ont récemment identifié un autre lieu de lutte : le bâtiment fédéral d’Oakland. Grâce à un vaste réseau de chercheuses et chercheurs qui surveillent les activités de l’ICE, le bâtiment fédéral a été identifié comme un haut lieu pour la mise en place des opérations de l’ICE dans la région de l’East Bay.

Une coalition d’antifascistes engagé·e·s dans la lutte contre l’ICE dans la région de la baie de San Francisco ont réagi au meurtre de Renee Good en planifiant une riposte militante le 10 janvier. Cette action visait à attaquer les infrastructures fédérales et à entraver les opérations de l’ICE au niveau local, à la fois en désignant publiquement le bâtiment fédéral comme un site majeur des opérations de l’ICE et en causant des dommages matériels. Cette action visait également à raviver la culture militante dans la région qui s’était affaiblie au cours des cinq dernières années, et à montrer notre force et notre capacité à riposter. Elle a été orchestrée en solidarité avec les soulèvements à Minneapolis pour Renee Good, Keith Porter et toutes les vies perdues aux mains de l’empire « américain ».

Une foule de 80 à 100 personnes, pour la plupart vêtues de noir et portant des keffiehs, s’est rassemblée à l’amphithéâtre du lac Merritt juste après le coucher du soleil, le 10 janvier 2026. Des camarades ont prononcé des discours sur les initiatives locales visant à lutter contre les enlèvements de l’ICE, contre l’expansion des caméras Flock et sur les liens entre la lutte palestinienne et la lutte contre l’ICE. Puis la marche a commencé.

La foule a défilé devant le palais de justice du comté d’Alameda, le décorant de slogans avant de passer par Oscar Grant Plaza pour atteindre le bâtiment fédéral d’Oakland. Les manifestant·e·s ont brisé 47 vitres et fenêtres du bâtiment et l’ont recouvert de peinture pour le marqué comme étant un site important des opérations de l’ICE dans la région de la baie de San Francisco – un fait relativement méconnu du public à l’époque. L’énergie était palpable et les slogans enthousiastes, et de nombreuses et nombreux participant·e·s ont décrit cet événement comme le plus grand black bloc qu’iels aient vu dans la région depuis les soulèvements de 2020. Les manifestant·e·s sont resté·e·s soudé·e·s et ont veillé les un·e·s sur les autres. La foule s’est déplacée rapidement, est restée groupée et a réussi à échapper aux forces de l’ordre jusqu’à sa dispersion.

La réaction à cette action a été extrêmement positive. Alors que les manifestant·e·s brisaient les vitres et écrivaient des messages à la bombe, les passant·e·s les acclamaient et les automobilistes klaxonnaient en guise de soutien ; certaines voitures ont même décidé de contourner la foule afin de ralentir la progression des voitures de police qui les poursuivaient. Le lendemain matin, des influenceuses et influenceurs locaux se sont rassemblé·e·s devant le bâtiment fédéral pour filmer des vidéos encensant cette action. Un article sur cet événement publié dans le San Francisco Chronicle a suscité beaucoup d’intérêt et a même reçu le soutien des libéraux. Au cours des jours suivants, presque tous les habitant·e·s d’Oakland ont appris ce qui s’était passé cette nuit-là et ont découvert que l’ICE s’était mobilisée depuis le bâtiment fédéral de notre ville bien-aimée.

Dans l’ensemble, les participant·e·s ont qualifié cette action de réussite. Elle illustre une stratégie offensive qui peut être reproduite partout où l’ICE est présente : identifier et démystifier les lieux d’opération de l’ICE auprès du public et attaquer ses infrastructures, tout en recueillant le soutien et les contributions de l’ensemble du spectre politique. La réorientation vers le militantisme, toutes tendances politiques confondues, a montré que la ville d’Oakland reste profondément ancrée dans la lutte conflictuelle et dispose de la force nécessaire pour combattre l’État. Cette action indique que le mouvement contre l’ICE et l’empire colonial dans son ensemble gagne en puissance et acquiert de nouvelles capacités. La diversité des intervenant·e·s, des participant·e·s et des sympathisant·e·s n’aurait pas été possible sans les mois consacrés à la formation d’une coalition et à la mise en place de projets destinés au grand public, qui ont permis aux nouvelles et nouveaux venu·e·s dans les mouvements militants de s’engager dans la voie du militantisme.

Bien entendu, il y a des limites à chaque action et à chaque projet politique. Si l’action menée le 10 janvier au bâtiment fédéral a atteint son objectif de normaliser le militantisme et de perturber les infrastructures fédérales, l’ICE continue d’enlever nos ami·e·s, nos familles, nos voisin·e·s, et ses fonds et son pouvoir ne cessent de croître chaque jour. Se venger pour nos martyrs n’est pas la même chose que rendre justice, et cela ne répare pas les graves dommages qui se produisent tout autour de nous.

Les habitant·e·s de la baie de San Francisco veulent que l’ICE quitte notre région et disparaisse partout ailleurs. Nous savons que la lutte contre l’ICE est une lutte pour libérer les territoires et tous les peuples opprimés partout dans le monde. Nous savons que nous devons construire un mouvement de masse de gauche durable et résilient, capable de renverser l’empire existant. Et nous savons que pour y parvenir, nous avons besoin les un·e·s des autres.

L’ICE, la police, l’agression impérialiste et toutes les formes de violence étatique réussissent lorsqu’il n’y a pas d’opposition organisée, lorsqu’elles peuvent mener leurs opérations clandestinement sans rencontrer de résistance. Lorsque nous identifions les points stratégiques et intervenons, nous gagnons. Lorsque nous utilisons l’intervention directe comme moyen de préparer un soulèvement de masse, nous gagnons.

Se contenter de seulement briser des vitres, sous le couvert de l’obscurité, n’est pas automatiquement une stratégie politique efficace, mais cela peut devenir efficace en tant qu’étoile dans une constellation plus large de résistance.

—xoxo, des individus gays anonymes de la région occupée de Huichin / soi-disant Oakland, Californie.

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