Le ministère libanais des Affaires étrangères a convoqué à Beyrouth le chargé d’affaires iranien, Toufic Samadi Khoshkhou, pour lui notifier que le Liban avait retiré l’accréditation de l’ambassadeur iranien, Mohammad Reza Shibani. Déclaré persona non grata, le diplomate doit quitter le territoire au plus tard dimanche prochain, le 29 mars 2026, selon une information confirmée par le ministère à L’Orient-Le Jour.
Cette mesure intervient à l'heure où l'État libanais tente de se distancier autant que possible de l'Iran et des gardiens de la révolution, afin de se tenir à l'écart de la guerre opposant l'Iran et le Hezbollah aux États-Unis et à Israël. Elle intervient également au lendemain d'une frappe ciblée israélienne à Hazmieh, une banlieue de Beyrouth, visant un membre « de la force al-Qods » des gardiens de la révolution iraniens, son unité d'élite.
Début mars, le gouvernement libanais avait déjà interdit toute activité des Gardiens iraniens au Liban et a considéré les activités militaires du Hezbollah comme illégales. Malgré ces décisions, le Hezbollah et l'Iran ont cosigné l'opération « Paille mâchée ». Ce qui a fait dire, dimanche soir, au Premier ministre Nawaf Salam, que ce sont des membres des gardiens de la révolution iraniens qui commandent les opérations du Hezbollah dans la guerre en cours contre Israël. Après le lancement de « Paille mâchée », le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, avait convoqué le chargé d’affaires iranien sur demande du Conseil des ministres.
Selon nos informations, Joe Raggi a accéléré le processus, craignant la « présence massive » des gardiens iraniens au Liban. Une source au palais Bustros précise que la démarche a été coordonnée avec le Premier ministre Salam et le président de la République, Joseph Aoun. Une information que L'Orient-Le Jour a pu confirmer, même si, dans les cercles proches du pouvoir, on confie que l'on s'attendait à ce que le Conseil des ministres - qui doit se réunir jeudi - prenne, dans son ensemble, une telle décision. La source proche du palais Bustros affirme, elle, que l'entrée en vigueur de la décision ne nécessite pas l'approbation du Conseil des ministres. Celui-ci devrait, en revanche, se prononcer sur une éventuelle rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.
Dans son communiqué, le palais Bustros a d'ailleurs précisé que cette décision est une mesure concernant l'ambassadeur lui-même, et ne constitue pas une rupture des relations diplomatiques. Les lettres de créance de Mohammad Reza Shibani avaient déjà été acceptées, et le diplomate était arrivé à Beyrouth le 26 février, deux jours avant le début de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Il n'avait cependant pas encore pris rendez-vous avec le ministre Raggi. Mohammad Reza Shibani avait déjà occupé le poste d'ambassadeur au Liban dans les années 2000. Le palais Bustros a également rappelé l’ambassadeur du Liban en Iran, Ahmad Soueidan, pour consultations, suite à ce que l’État libanais a qualifié de violation par Téhéran des usages et règles diplomatiques établies entre les deux pays.
Tel-Aviv et Paris saluent
Réagissant à l'annonce de Beyrouth, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a « salué » une décision « justifiée et nécessaire ». « Nous appelons le gouvernement libanais à prendre des mesures concrètes et significatives contre le Hezbollah, dont des ministres siègent encore en son sein », a déclaré le ministre dans un message sur X. Un rare clin d’œil de la part d'un responsable israélien à l'égard de l'État libanais, constamment accusé par Tel-Aviv de ne pas faire assez contre le parti-milice.
De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a salué une décision « courageuse ». « Je veux saluer les déclarations et les actes du gouvernement libanais (…) qui vient ce matin de prendre une décision courageuse en décidant de renvoyer l’ambassadeur d’Iran », a-t-il indiqué dans un entretien à l'AFP. Et d'ajouter : « En décidant de se joindre aux hostilités, le Hezbollah, pour soutenir l’Iran, a entraîné le pays, qui était en train de se remettre, lentement mais sûrement, des crises précédentes, dans une guerre ». Le ministre a également exhorté les autorités israéliennes de renoncer à envahir le Liban-Sud.
Au niveau local, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea (dont Joe Raggi est proche), a affirmé à la chaîne MTV que « le gouvernement a bien fait de décider d’expulser l’ambassadeur iranien ». « Cette décision aurait dû être prise depuis longtemps, en raison de l’ingérence iranienne. Les récents événements ont prouvé, de manière indiscutable, que les gardiens de la révolution sont présents au Liban, au moins à hauteur de plusieurs centaines de personnes, et qu’ils dirigent directement les opérations » du Hezbollah, ajoute le leader chrétien.
Le tandem Hezbollah-Amal monte au créneau
Toutefois, de l'autre côté de l'échiquier politique, la décision est décriée. Dans les milieux proches de Aïn el-Tiné, on estime que « la décision de Joe Raggi va à l'encontre des intérêts du Liban ». Ces milieux affirment également que le président de la Chambre — qui s'était rendu à Baabda lundi — n'avait pas connaissance de la démarche. « Il va sans dire que la décision ne devrait pas être exécutée », commente un proche de Nabih Berry sous couvert d'anonymat.
De même, Amine Cherry, député Hezbollah de Beyrouth, a fustigé, dans une déclaration à L'OLJ, « une provocation à l'encontre de la base populaire du Hezbollah à l'heure où des mesures devraient être prises pour renforcer la cohésion sociale et politique en période de guerre ». Selon ce député, « l'État adopte une mauvaise approche : il se précipite pour négocier avec l'ennemi israélien qui occupe notre territoire et expulse l'ambassadeur d'un pays qui s'est toujours tenu aux côtés du Liban. Et cela est déplorable ». Il exclut toutefois - pour le moment - l'éventualité d'une démission des ministres du Hezbollah du gouvernement.
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