« Il n’y a que le provisoire qui dure ». Au Liban, cette phrase n’est pas une simple formule, mais une manière de vivre. C’est le point de départ de ce deuxième épisode de L’Orient-La Nuit.
Autour de la table, deux invités incarnent chacun à leur manière cette expérience du temps suspendu. Fouad Elkoury, l’un des plus grands photographes du monde arabe, auteur, entre autres ouvrages, de « Liban provisoire » (Fernand Hazan, 1998), et Aline Kamakian, fondatrice notamment du restaurant Mayrig, promotrice de la cuisine arménienne et cheffe engagée au sein de World Central Kitchen, une ONG qui officie à travers le monde entier et, au Liban, distribue des repas aux déplacés de guerre. Deux parcours, deux façons d’habiter l’incertitude.
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Tous deux sont profondément ancrés dans ce pays où l’urgence n’est plus un état exceptionnel mais permanent. Le provisoire s’installe, devient structure, façonne notre rapport au monde. Dans cet espace sans fondation stable, le rapport à demain se brouille, le futur devient difficile à imaginer autrement que comme répétition ou rupture.
Cette suspension permanente fait émerger une forme de « barzakh » contemporain : ni pleinement ici, ni déjà ailleurs, ni totalement dans la catastrophe, ni vraiment dans l’après. Un espace où les vies se déploient sans horizon, prises dans une panne de l’imaginaire politique autant que dans l’érosion des possibles.
La conversation est ponctuée d’un témoignage recueilli par Clara Hage auprès de Nasser, un déplacé du Liban-Sud et de messages vocaux laissés par nos lecteurs. Tous donnent à entendre les formes multiples de cette vie en suspens — parfois subie, parfois assumée, parfois transformée en stratégie de survie.
L’Orient-La Nuit, c’est :
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsL’indice des directeurs d’achats (PMI), qui mesure le moral du secteur privé libanais, avait logiquement accusé le coup en mars en descendant pour la première fois depuis plusieurs mois sous les 50 points, seuil d’équilibre entre les valeurs qui reflètent une hausse de l’activité et celles qui traduisent au contraire une baisse. Une baisse imputée à la guerre que se livrent depuis le 2 mars le Hezbollah et Israël, et qui a été marquée à la mi-avril par un cessez-le-feu temporaire devant ouvrir la voie à une résolution plus large mais aussi très incertaine du conflit, qui évolue en parallèle de celui déclenché par Israël et les États-Unis contre l’Iran.
Mais au lieu de poursuivre son effondrement, cet indicateur, publié chaque début de mois par Blominvest Bank, a repris quelques dixièmes en avril, passant ainsi de 47,4 à 48,2 points, reflétant ainsi une contraction de l’activité moins prononcée qu’attendu, alors que les entreprises libanaises subissent en plus le contrecoup de la guerre régionale sur leurs exportations — un point soulevé fin avril par l'association des industriels libanais.
Selon les résultats de l’indice mis en avant par le directeur général de Blominvest Bank, Fadi Osseiran, le sous-indice mesurant les nouvelles commandes à l’exportation a atteint son plus bas niveau en six ans, à 30 points.
« La guerre au Liban est généralement suffisamment grave pour faire entrer l’indice PMI du Liban (BLOM) en zone de contraction. Alors que dire lorsqu’elle est couplée à une guerre dans la région ? » a-t-il encore commenté dans le communiqué publié avec le rapport du PMI d’avril. Il souligne cependant que le mois a été en partie sauvé par « une reprise partielle des commandes dans le pays, qui ont compensé une partie de la baisse et qui ont été soutenues par une légère respiration de l’économie en avril en raison du cessez-le-feu (bien qu’incomplet) ». Ainsi, « le rythme de contraction de la production a été moins prononcé », a-t-il constaté.
Le sous-indice mesurant la production a en effet repris quelques points, passant de 44,9 à 47,4 points. Celui des nouvelles commandes a suivi une trajectoire similaire, de 44,9 à 46,5 points, tandis que celui des nouvelles commandes à l’exportation a décroché de plus de 10 points, de 41,8 à 30 points. Il n’est pour l’instant pas possible de mesurer l’ampleur du recul, le site des douanes n’ayant pour l’instant publié que les données des deux premiers mois sur son site.
« Mais si la guerre se prolonge, son impact risque malheureusement de s’aggraver : la contraction de la production se traduira par des réductions importantes de l’emploi (le sous-indice correspondant est passé de 49,9 à 49,6 points entre mars et avril- et une hausse encore plus forte des prix (+17,26 % en rythme annuel à fin mars, selon l'Administration centrale des statistiques, Ndlr). C’est pourquoi l’arrêt de la guerre et la neutralisation du pays par rapport aux tensions régionales constituent une nécessité », a encore plaidé Fadi Osseiran.
Symbole du pessimisme ambiant, le sous-indice mesurant les attentes sur les 12 prochains mois a continué de s'effondrer, passant de 25,2 à 19,22 points en un mois.
Le PMI est réalisé via des enquêtes auprès des directeurs d’achat de 400 entreprises locales. Un PMI en dessous de 50 points reflète une contraction de l’activité et, inversement, un PMI supérieur à 50 points traduit une expansion. Plus la valeur du PMI augmente ou diminue d’un mois sur l’autre, plus la croissance ou la contraction qu’il reflète est forte.
Plusieurs économistes estiment déjà que la guerre devrait contracter le PIB dans une fourchette allant de 12 % à 16 % de pourcentage, un pronostic partagé par l’Institut de la finance internationale.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsLe journal libanais Al-Akhbar a déposé plainte mercredi à Paris pour « apologie de crime de guerre » contre le général Philippe Sidos pour ses propos sur le plateau de BFMTV au sujet de la mort de Amal Khalil, journaliste du quotidien, a-t-on appris mercredi auprès de l'avocat de l'organe de presse.
L'ancien chef du bureau de liaison de la Finul avait dit sur cette chaîne, où il fut souvent consulté comme expert : « Al-Akhbar, c'est un journal proche du Hezbollah. Les Israéliens ont l'habitude de dire que les journalistes qui travaillent avec le Hezbollah sont des espions qui travaillent pour le Hezbollah. Donc là, c'était ciblé ». Et d'ajouter: « A partir du moment où on donne le nom du journal c'est ciblé. C'est clair, net et précis. Et Al-Akhbar, j'ai un petit peu consulté aujourd'hui, effectivement, déjà oui c'est très très très pro-Hezbollah ».
Me Vincent Brengarth, avocat parisien du journal libanais, souligne dans sa plainte que M. Sidos « ne fait preuve d'aucune tempérance et présente comme une évidence le fait que l'on puisse tuer une journaliste en raison de la ligne éditoriale du journal pour lequel elle travaille, dans le cadre d'un conflit armé ».
La Société des journalistes (SDJ) de BFMTV s'est désolidarisée « totalement » de ces « propos choquants » sur le réseau social X, rappelant que « cibler un journaliste, tout comme un civil, constitue un crime de guerre ». La SDJ de BFMTV a aussi jugé « inacceptable que certains experts en plateau paraissent expliquer la mise en danger voire le meurtre de journalistes, ce qui en outre fragilise la sécurité de nos journalistes sur place ».
Me Brengarth relève auprès de l'AFP qu'il « est indispensable qu'une enquête soit ouverte, sauf à nourrir le sentiment d'une impunité concernant toutes les expressions qui justifient les crimes de guerre commis ».
Amal Khalil, 42 ans, journaliste du quotidien Al-Akhbar, a été tuée le 22 avril et sa collègue indépendante Zeinab Faraj blessée dans le sud du Liban, où les forces israéliennes occupent plusieurs régions.
Pour le responsable au Moyen-Orient de Reporters sans frontières (RSF), Jonathan Dagher, les frappes israéliennes le jour des faits « indiqueraient un ciblage et une obstruction de l'aide constitutifs des crimes de guerre ».
Les dirigeants libanais ont accusé fin avril Israël d'avoir perpétré un « crime de guerre » après la mort de cette journaliste, l'armée israélienne disant à ce stade examiner les faits. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a rappelé « que les journalistes doivent pouvoir faire leur travail sans crainte d'interférences, de harcèlement voire pire ».
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