L'Afrique du Sud, initialement invitée au G7 de juin prochain dans la ville française d'Evian, a été écartée de ce sommet. Pretoria a d'abord évoqué des pressions américaines sur Paris avant de faire machine arrière. Le porte-parole de la présidence sud-africaine a dans un premier temps annoncé à l'AFP que le chef de l'Etat, Cyril Ramaphosa, n'était plus invité au sommet du G7 en raison de menaces de boycott de Washington invoquées par Paris.
« Nous avons appris qu'en raison de pressions continues, la France a dû retirer son invitation à l'Afrique du Sud pour sa participation au G7 », a déclaré le porte-parole Vincent Magwenya. Quelques heures plus tard, M. Ramaphosa, interrogé en marge d'un déplacement, a dit qu'« à sa connaissance », il n'y avait eu de « pressions d'aucun pays, que ce soit des Etats-Unis ou d'un autre ».
Le gouvernement sud-africain est pris pour cible par Donald Trump qui, depuis son retour à la Maison Blanche, l'accuse d'une prétendue persécution des fermiers blancs et lui reproche sa plainte pour des actes de génocide visant Israël dans sa guerre dans la bande de Gaza, déposée devant la Cour internationale de Justice.
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a assuré dans la foulée jeudi que son pays n'avait « cédé à aucune pression » mais avait fait le choix d'un « G7 resserré » et d'inviter le Kenya pour préparer le grand sommet de la France sur le continent africain en mai à Nairobi, Africa Forward. « On nous dit que les Américains ont menacé de boycotter le sommet du G7 si l'Afrique du Sud était invitée », avait d'abord précisé le porte-parole de la présidence sud-africaine.
Invité par Emmanuel Macron
Le président américain avait boycotté le sommet du G20 organisé à Johannesburg en novembre et a depuis exclu l'Afrique du Sud des travaux de ce groupe dont les Etats-Unis assurent cette année la présidence tournante. C'est son homologue français Emmanuel Macron qui, au sommet de ce même G20 en Afrique du Sud, avait personnellement invité Cyril Ramaphosa à participer au G7, rappelle Pretoria. L'information avait filtré dans plusieurs médias. Le G7 regroupe sept pays parmi les plus industrialisés de la planète. Ses travaux sont régulièrement élargis à des Etats invités, à l'instar cette année du Brésil, de l'Inde ou de la Corée du Sud. L'Afrique du Sud avait ainsi été conviée au G7 organisé par le Canada en 2025.
La décision de ne plus inviter Cyril Ramaphosa « n'aura pas d'impact sur la solidité et le caractère étroit de nos relations bilatérales avec la France », a précisé le porte-parole de la présidence sud-africaine. « Les relations diplomatiques entre les Etats-Unis et l'Afrique du Sud existaient avant l'administration Trump et survivront au mandat actuel de la Maison Blanche », a encore dit Vincent Magwenya.
Nouvel ambassadeur
Dans le viseur américain depuis des mois : une prétendue persécution des Afrikaners, ces descendants des colons européens, ou encore les programmes de discrimination positive visant à corriger les inégalités héritées de la colonisation puis de l'apartheid. Episode le plus marquant de l'animosité américaine contre l'actuel gouvernement sud-africain, la visite à la Maison Blanche en mai 2025 de M. Ramaphosa. Celle-ci avait donné lieu à une scène ayant stupéfait ce dernier : Donald Trump avait présenté des photos et des vidéos, pour la plupart trompeuses ou complètement fausses, qui étaient supposées appuyer ses accusations.
Washington avait aussi infligé à l'Afrique du Sud, la première économie du continent, des droits de douane de 30% sur la plupart de ses exportations, les plus élevés d'Afrique subsaharienne, avant que la Cour suprême ne les retoque. En dépit de ces relations délétères, Pretoria a récemment accepté les lettres de créances du nouvel ambassadeur des Etats-Unis, le très conservateur Brent Bozell, 70 ans. Moins d'un mois après avoir pris ses fonctions, le diplomate a été convoqué en mars par le ministère sud-africain des Affaires étrangères pour des propos jugés « non-diplomatiques ». Les Etats-Unis avaient expulsé en mars 2025 l'ambassadeur sud-africain à Washington, Ebrahim Rasool, qui n'a toujours pas été remplacé. Sur ce point, le porte-parole de la présidence sud-africaine a fait savoir jeudi que Cyril Ramaphosa était « sur le point de nommer l'ambassadeur d'Afrique du Sud aux Etats-Unis, qui fera partie de l'équipe actuellement en contact avec ses homologues américains ».
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