Les États-Unis étaient au centre du ballet diplomatique jeudi à Beyrouth. L'ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, a été reçu par le chef de l'État, Joseph Aoun, et a estimé que la visite de ce dernier prévue à Washington à la fin du mois « reflét(ait) l'intérêt que le président (américain Donald) Trump porte au Liban et sa volonté d'y promouvoir la sécurité et la stabilité, ainsi que de mettre fin aux souffrances du peuple libanais ».
Dans un entretien séparé au quotidien panarabe al-Chark al-Awsat, publié jeudi, M. Aoun a répété n'avoir eu « d’autre choix que de solliciter l’aide des États-Unis » pour tenter de mettre un terme à la guerre au Liban, justifiant une nouvelle fois les négociations directes avec Tel-Aviv, menées sous l'égide de Washington, et dont la prochaine session est prévue à Rome les 14 et 15 juillet prochains. M. Issa s'est également entretenu avec le Premier ministre, Nawaf Salam et le président du Parlement et allié du Hezbollah, Nabih Berry.
À l'heure où vacille le mémorandum d'entente signé mi-juin entre les États-Unis et l’Iran, et dont le premier article prévoit un cessez-le-feu au Liban, une délégation iranienne, menée par le vice-ministre des Affaires étrangères, Vahid Jalalzadeh, a rencontré le vice-Premier ministre, Tarek Mitri, et discuté de « l’avenir de l’accord irano-américain et ses conséquences régionales, notamment sur le Liban », selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).
« Aucun vide » dans les « zones pilotes », dit Issa
Depuis Baabda, M. Issa a affirmé que « les préparatifs sont en cours » pour appliquer les dispositions de l'accord-cadre conclu le 26 juin entre Israéliens et Libanais à Washington, et qu'une délégation militaire américaine arriverait « dans les prochains jours à Beyrouth » afin de coordonner les modalités d'application sur le terrain. « Il est essentiel qu'aucun vide ne soit créé lors du retrait des forces israéliennes des zones concernées », a-t-il souligné, précisant que la date du début de l'application sera fixée à l'issue des réunions de coordination prévues avec les militaires américains.
Selon l'accord-cadre conclu entre les deux pays lors du cinquième round de négociations directes entre le Liban et Israël, l'armée libanaise doit se déployer dans deux « zones pilotes », situées autour de Froun (Bint Jbeil, dans le secteur central) et des villages de Zaoutar (secteur est, au nord du Litani) parallèlement au retrait israélien, et y démanteler les infrastructures du Hezbollah. Concernant le nouveau round de négociations, prévu à Rome, les 14 et 15 juillet, l'ambassadeur a indiqué que le choix de ce lieu était lié à des « raisons purement techniques, liées aux déplacements » des différentes délégations, alors que le Liban a d'abord rejeté l'idée de tenir des négociations avec Israël hors de Washington, craignant que cela ne donne davantage de latitude à Tel-Aviv pour accentuer ses exigences et ses pressions. Le Liban a toutefois fini par donner son accord après avoir obtenu des garanties américaines confirmant la participation des États-Unis aux pourparlers et le maintien de leur rôle de médiateur et de parrain du processus de négociation.
Selon M. Issa, la réunion à Rome revêtira « un caractère organisationnel et opérationnel », et devrait mener à la création de « groupes de travail spécialisés chargés d'appliquer les arrangements convenus, lesquels pourraient nécessiter l'intervention d'experts juridiques ou techniques selon les dossiers traités », a-t-il dit. Plusieurs autres sessions auront lieu par la suite « à Rome ou dans d'autres capitales » afin de poursuivre les discussions, selon lui. Avec M. Salam, l'ambassadeur a discuté des premières étapes du retrait israélien des zones pilotes au sud, en prévision du déploiement de l’armée libanaise. Selon nos informations, Beyrouth a conditionné la tenue des pourparlers à Rome au retrait israélien des deux « zones pilotes » identifiées.
Aoun s'en remet à Washington, Raggi et Mitri insistent sur la souveraineté du Liban
Au cours de sa réunion avec l'ambassadeur américain, le président Aoun a pour sa part souligné la nécessité de « consolider le cessez-le-feu dans le sud du Liban et de faire pression sur Israël afin qu'il mette fin à ses opérations militaires et respecte les dispositions » de l'accord-cadre. Il a également demandé que l'État hébreu « mette un terme aux bombardements et opérations de démolition » dans les localités occupées du Sud.
Lors de son entretien à al-Chark al-Awsat, le président a déclaré « vouloir que l'administration américaine nous aide à recouvrer l'intégralité de notre territoire ». « Il n'est pas nécessaire de rappeler l'importance pour nous d'entretenir de bonnes relations avec les États-Unis et de tirer parti de la volonté exprimée par le président Donald Trump de nous aider », a-t-il dit. À l'heure où l'armée israélienne refuse de se retirer des près de 620 km2 qu'elle occupe au Liban-Sud, M. Aoun a précisé vouloir « présenter la réalité telle qu'elle est dans le sud du Liban » au président américain, ainsi que les « risques qu'il y aurait à maintenir la situation actuelle ou à revenir à une escalade ».
De son côté, le ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Raggi, a écrit, suite à une rencontre à Nicosie avec le président chypriote, Nikos Christodoulides, que l'accord-cadre « a démontré à tous, et en premier lieu à l'Iran, que les négociations relèvent exclusivement de la responsabilité du Liban et qu'elles ne peuvent être décidées que par l'État libanais », dans un message publié sur son compte X. « J'ai également souligné que l'État demeure fermement déterminé à poursuivre dans cette voie », a-t-il dit. De son côté, le président chypriote a estimé que « le Liban bénéficie, peut-être pour la première fois depuis quatorze ans, d'une attention internationale remarquable », et « exhorté les Libanais à ne pas laisser passer cette conjoncture favorable », selon le message de M. Raggi.
À Beyrouth, M. Mitri a mis en avant, lors de la réunion avec la délégation iranienne, la volonté du Liban de « s'affranchir de toute occupation ou hégémonie ». Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères a par ailleurs transmis à M. Berry un message du président iranien Massoud Pezeshkian et du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, insistant sur le fait que « l’Iran continue de se tenir aux côtés du Liban ». M. Jalalzadeh n'avait, en fin d'après-midi, toujours pas été reçu par MM. Aoun et Salam.