Les Etats-Unis ont salué vendredi des discussions « constructives » entre militaires israéliens et libanais au Pentagone, après neuf heures de réunion. Aucune mention n'a toutefois été faite apres cette session d'une entrée en vigueur effective du cessez-le-feu au Liban, malgré l'insistance de Beyrouth.
« Aujourd'hui, au Pentagone, j'ai reçu des délégations militaires d'Israël et du Liban dans le cadre du volet sécuritaire visant à soutenir les pourparlers de paix en cours entre leurs deux pays », a déclaré le numéro deux de la Défense américaine, Elbridge Colby, sur X. « Nous avons tenu des discussions constructives entre militaires qui serviront de base au volet politique mené par le département d'Etat la semaine prochaine », a-t-il ajouté. Les Etats-Unis prévoient de se réunir à nouveau prochainement pour poursuivre le volet sécuritaire.
Elbridge Colby n'a pas fait mention du cessez-le-feu en vigueur au Liban, alors que la trêve de mi-avril, prolongée un mois plus tard, n'a jamais été respectée.
Malgré ce cessez-le-feu théorique, l'offensive israélienne se poursuit en effet sur le Liban, à coups de bombardements meurtriers sur le Sud, la Békaa et Beyrouth, dont la banlieue sud a été frappée à deux reprises depuis. L'armée israélienne a également accéléré ces derniers jours son invasion du Sud, et avance sur plusieurs axes, notamment au nord du Litani, dans la région de Nabatiyé. Des opérations au nord du fleuve confirmées samedi par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. De son côté, le Hezbollah mène des attaques sur les forces israéliennes envahissant le Sud et sur des casernes du Nord israélien.
Israël refuse de se retirer du Liban-Sud
La réunion au Pentagone avait débuté vers 15h (heure de Beyrouth, 8h à Washington). Il s'agissait de la première session se tenant au niveau strictement militaire. Selon une source militaire à l'AFP, la délégation libanaise entendait « insister sur la nécessité de mettre fin aux hostilités et présentera le plan de l'armée visant à étendre l'autorité de l’État sur le territoire national ». Selon le canal 11 israélien, la délégation libanaise aurait exigé, au cours d'un premier volet de discussions, un retrait israélien du Liban-Sud. Des sources israéliennes ont toutefois rejeté tout retrait « tant que la menace persistera sur le terrain. » La délégation libanaise était dirigée par le chef des opérations au sein de l'armée, le général Georges Rizkallah, et comprenait six officiers de « différentes spécialités ». Côté israélien, c'était le général de brigade Amichaï Levin, chef de la division stratégique à la direction de la planification de l'armée, qui représentait l’État hébreu à ces pourparlers, selon un porte-parole militaire.
Le Liban et Israël ont entamé des négociations directes, avec notamment pour objectif côté libanais d'aboutir à un retrait de l'armée israélienne. Cette dernière exige au préalable un désarmement effectif du Hezbollah. Les États-Unis et Israël souhaitent mettre en œuvre conjointement avec l’armée libanaise un plan en ce sens. Une autre séance de pourparlers devra également avoir lieu au niveau politique, en début de semaine prochaine, sous la houlette de l'ancien ambassadeur Simon Karam.
Rubio et les « provocations » du Hezbollah
Peu après le début des discussions aux Etats-Unis, Joseph Aoun s'est entretenu au téléphone avec Marco Rubio et a affirmé qu'une trêve avec Israël est une condition « préalable » à toute avancée diplomatique. Lors de cet appel, les deux hommes ont discuté « de la situation générale au Liban et dans la région, à la lumière des derniers développements », rapporte la présidence libanaise sur son compte X. De son côté, Marco Rubio « a salué le courage et la clairvoyance dont (M. Aoun) a fait preuve en poursuivant des négociations directes avec Israël, alors même que le Hezbollah continue de tenter de faire échouer ces pourparlers au détriment du peuple libanais », a déclaré son porte-parole Tommy Pigott, dans un communiqué publié sur le site du ministère américain des Affaires étrangères. « M. Rubio a réaffirmé que le Hezbollah est entièrement responsable des combats en cours, et a souligné la nécessité pour lui de cesser immédiatement ses attaques et ses provocations afin d’ouvrir la voie à une désescalade », a ajouté M. Pigott. Le secrétaire d’État a réaffirmé que « les États-Unis soutiennent pleinement le gouvernement libanais dans ses efforts pour saisir cette occasion historique d’apporter la paix, la reconstruction et un avenir meilleur à son peuple », a-t-il conclu.
Le conflit entre Israël et le Hezbollah a repris le 2 mars dernier. Il a été provoqué par le parti chiite dans l'objectif de soutenir son allié iranien, sous le feu américain et israélien depuis le 28 février. Cette guerre particulièrement meurtrière et destructrice a fait jusque-là plus de 3 300 morts et 10 000 blessés, et laissé des dizaines de villages en ruines. Joseph Aoun, soutenu par le Premier ministre Nawaf Salam, ont choisi la voie des négociations directes pour sortir le Liban de la guerre, mais le Hezbollah rejette ce processus.