Après une série de sanctions imposées par le Trésor américain à plusieurs responsables politiques et, pour la première fois, sécuritaires au Liban, ainsi qu'à l'ambassadeur d'Iran à Beyrouth, l'armée libanaise a réaffirmé la « loyauté » de son personnel, dont un officier a été accusé d'avoir fait fuiter des renseignements au Hezbollah, tandis que l'Iran et le Hezbollah sont montés au créneau pour dénoncer des mesures « injustes. »
Les sanctions imposées jeudi par Washington marquent un tournant et reflètent une pression américaine d'un niveau supérieur sur Beyrouth. Elles ont visé, outre l'ambassadeur Chibani et plusieurs personnalités du mouvement chiite Amal et du Hezbollah, deux officiers libanais en fonction.
L'armée libanaise, dont le chef de la branche de la banlieue sud au sein des ses renseignements a été visé par les sanctions, a souligné que son commandement n'a pas été informé de cette mesure « par les canaux de communication officiels. » Elle a réaffirmé que tous ses officiers et soldats « accomplissent leurs missions nationales avec professionnalisme, responsabilité et discipline, conformément aux décisions et directives émises par le commandement de l’armée », et que leur loyauté va uniquement « à l'institution militaire et à la nation. » Les membres de l'armée « s’engagent à accomplir leurs devoirs nationaux loin de toute autre considération ou pression », a ajouté la troupe. De son côté, la Direction de la Sûreté générale (SG) a affirmé sa « pleine confiance » envers tous ses agents et officiers et leur « strict respect des lois et règlements ». À l'instar de l'armée, elle a souligné que la loyauté de ses membres est « exclusivement vouée à l’État libanais et à ses institutions légitimes, et qu’ils agissent avec une intégrité et une neutralité totales. » La SG indique toutefois que si l'implication d'un de ses employés venait à être établie dans la fuite d'informations « il ferait l'objet de poursuites légales et judiciaires équitables. »
Des « pressions » de Washington sur Beyrouth
De son côté, le groupe parlementaire du Hezbollah a dénoncé les sanctions à l'encontre de plusieurs de ses députés, qui « accomplissent leur devoir national au service de la population et dans la défense de ses intérêts. » « Ils œuvrent pour la protection de la souveraineté nationale, la réforme des institutions de l’État, la lutte contre la corruption et la promotion du dialogue entre les Libanais afin de sauver leur pays, préserver la paix civile et la coexistence, et rejeter toutes les formes de discorde », a ajouté le bloc, qui affirme que cette décision du Trésor « ne les dissuadera pas de poursuivre leur rôle législatif. » Concernant les sanctions à l'encontre de responsables sécuritaires et militaires libanais, le Hezbollah a dénoncé une « tentative d'intiminer les institutions de sécurité officielles », et une violation de la souveraineté libanaise ». Et ce afin de « faire pression » sur Beyrouth pour se soumettre « aux projets de discorde » des États-Unis.
Dans un communiqué, le ministère iranien des Affaires étrangères a, de son côté, condamné des mesures « illégales et injustifiables » à l'encontre de son ambassadeur au Liban Mohammad Reza Chibani, dénonçant le « mépris de l'administration américaine pour le droit international et la charte des Nations unies et le respect de la souveraineté nationale. » Fin mars, le ministère libanais des Affaires étrangères avait déclaré M. Chibani, persona non grata, et lui avait intimé l'ordre de quitter le territoire. Cette décision n'avait pas été suivie d'effets. Une source diplomatique iranienne avait justifié que l'ambassadeur reste à Beyrouth par la « volonté du président (du Parlement) Nabih Berry et du Hezbollah ». Dans son texte, la diplomatie iranienne a dénoncé une mesure américaine « honteuse » qui vise à « saper la souveraineté nationale du Liban et à semer la discorde au sein de la société libanaise ». Le ministère a en outre souligné que Téhéran reste « attaché au renforcement de ses relations amicales » avec le Liban.