L'ONG de lutte contre la corruption Transparency International (TI) alerte mardi sur l'aggravation de la corruption dans les démocraties du monde entier, attribuant aux États-Unis leur pire score jusqu'ici calculé. Dans son rapport annuel présentant l'indice de perception de la corruption 2025, cette ONG basée à Berlin donne à la moyenne mondiale son niveau le plus faible depuis plus de dix ans.
Aux États-Unis, TI s'inquiète d' »actions qui ciblent les voix indépendantes et mettent en péril l'indépendance judiciaire ». Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, le président Donald Trump a accentué la pression sur un large éventail d'institutions, allant des universités à la Réserve fédérale (Fed), la banque centrale américaine.
Le président de la Fed, Jerome Powell, fait actuellement l'objet d'une enquête du ministère de la Justice après avoir résisté aux pressions du président en faveur d'une baisse des taux d'intérêt. « Le gel temporaire et le relâchement de l'application de la loi américaine sur les pratiques de corruption à l'étranger traduisent une tolérance à l'égard des pratiques commerciales corrompues », a dénoncé l'ONG. Elle estime en outre que la réduction drastique de l'aide étrangère par l'administration Trump a « affaibli les efforts de lutte contre la corruption à l'échelle mondiale ».
L'indice de l'ONG attribue une note comprise entre zéro (très corrompu) et 100 (très intègre), sur la base de données issues d'évaluations d'experts et de dirigeants d'entreprises. Les États-Unis reculent de 65 points à 64, le rapport soulignant que leur « climat politique s'est détérioré depuis plus d'une décennie ». Leur score s'élevait encore à 76 points en 2015.
La note moyenne mondiale s'établit à 42, son niveau le plus bas depuis plus de 10 ans. « La grande majorité des pays ne parviennent pas à maîtriser la corruption », indique le rapport, 122 pays sur 180 affichant des scores inférieurs à 50. Parmi les démocraties, un recul est également observé au Royaume-Uni et en France. Les deux pays restent bien classés, mais « les risques de corruption ont augmenté », en raison de l'affaiblissement des contrôles indépendants et du manque de législations et de sanctions efficaces, selon TI.
Au sein de l'Union européenne, les pays les moins bien notés sont la Bulgarie et la Hongrie, avec un score de 40. Le rapport affirme que le gouvernement du Premier ministre nationaliste Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010 et confronté à une rude bataille pour sa réélection en avril, a « affaibli systématiquement l'État de droit, l'espace civique et l'intégrité électorale pendant plus de 10 ans ».
« Cela lui a permis de détourner en toute impunité des milliards d'euros, y compris en provenance de fonds de l'Union européenne, et de les distribuer à ses acolytes grâce à des marchés publics malhonnêtes », ajoute le rapport. Transparency International reproche à l'UE d'être « restée les bras croisés » face au démantèlement des protections démocratiques dans certains États membres, au lieu d'utiliser « les instruments forts dont elle dispose en matière d'État de droit ».
Dans son rapport 2025, l'ONG mentionne la condamnation de Nicolas Sarkozy comme « un rare exemple européen de l'application du principe de redevabilité à haut niveau pour des manquements à l'intégrité politique ».
L'ancien président français a été condamné fin septembre à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs, puis emprisonné en octobre, avant d'être remis en liberté le 10 novembre. Son incarcération de trois semaines avait été une première dans l'histoire de la Ve République.
Pour la huitième année consécutive, le Danemark est le pays le mieux classé, avec un score de 89. L'Ukraine figure parmi les évolutions les plus positives relevées par le rapport, malgré une note encore faible de 36.
Dans le pays en proie à l'invasion russe depuis quatre ans, l'exécutif du président Volodymyr Zelensky a été confronté à une forte contestation publique après des accusations de corruption visant des proches.
Pour TI, « le fait que ces scandales et bien d'autres soient révélés au grand jour (...) montre que la nouvelle architecture anticorruption de l'Ukraine porte ses fruits ». Le rapport salue la « mobilisation de la société civile » qui a contraint M. Zelensky à renoncer à un projet limitant l'indépendance des organismes anticorruption.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsEmmanuel Macron prévient les Européens que les « menaces » commerciales et « intimidations » des Etats-Unis ne sont pas « finies » et qu'ils « seront balayés » s'ils n'instaurent pas une « préférence européenne » dans des secteurs stratégiques face à la concurrence américaine et chinoise, dans un entretien publié mardi par plusieurs journaux européens.
Dans ces journaux dont Le Monde, The Economist et la Suddeutsche Zeitung, le président français met en garde contre « une forme de lâche soulagement » des dirigeants des pays de l'Union européenne « au sortir du pic de la crise » avec Donald Trump.
« Il y a les menaces et les intimidations. Et puis, d’un seul coup, Washington recule. Et on pense que c’est fini. Mais n'y croyez pas une seule seconde. Chaque jour, les menaces sur la pharmacie, le numérique… », dit-il.
Selon lui, « quand il y a une agression caractérisée », « nous ne devons pas courber l'échine ou essayer de trouver un arrangement ». « On a essayé cette stratégie pendant des mois, elle n’est pas payante. Mais surtout, elle conduit stratégiquement l'Europe à accroître sa dépendance », estime-t-il.
Alors que se profilent cette semaine des rencontres des dirigeants européens sur la compétitivité et l'industrie, il plaide pour « la simplification » et « l'approfondissement du marché intérieur » de l'UE, et la « diversification » des partenariats commerciaux.
Surtout, il appelle à « protéger notre industrie » sans « être protectionniste », avec une « préférence européenne » sur « certains secteurs stratégiques, comme les cleantechs, la chimie, l’acier, l’automobile ou la défense, sinon les Européens en seront balayés ». Une proposition qu'il porte de longue date et sur laquelle la Commission européenne a fait lundi des propositions similaires.
Enfin, il relance l'idée d'un endettement commun européen, défendu par la France depuis des années mais toujours repoussé par d'autres pays, dont l'Allemagne, qui n'a fait de rares exceptions, notamment pour lutter contre le Covid-19.
Il évalue les besoins d'investissements publics et privés dans l'UE à « quelque 1.200 milliards d'euros par an » en additionnant les nécessités dans « les technologies vertes et numériques » et « la défense et la sécurité ».
« C'est le moment de lancer une capacité commune d’endettement pour ces dépenses d’avenir, des eurobonds d’avenir », martèle le président français dans cet entretien publié aussi par le Financial Times ou El Pais.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsLe procès de Meta et Google s'est ouvert lundi devant un tribunal civil de Los Angeles sur une charge de l'avocat de la plaignante, qui leur a reproché d'avoir « fabriqué l'addiction dans des cerveaux d'enfants », devenus accros à leurs plateformes. Le mécanisme observé sur Instagram (Meta) et YouTube (Google) ne s'est pas produit « par accident mais à dessein », a martelé Mark Lanier dans son propos introductif, « parce que l'addiction est rentable ».
L'issue des débats pourrait établir un précédent judiciaire majeur en matière de responsabilité civile des opérateurs de réseaux sociaux, jusqu'ici exemptés. Des dizaines de dossiers doivent, en effet, suivre dans les mois qui viennent. Seront notamment appelés à témoigner dans cette petite salle sans fenêtre le PDG de Meta Mark Zuckerberg, le 18 février, et le patron d'Instagram (filiale de Meta) Adam Mosseri dès mercredi. En l'absence de TikTok et de Snapchat, qui ont préféré transiger pour un montant confidentiel, seuls YouTube, filiale de Google, et Meta, le géant de la tech derrière Instagram, siègent en défense dans ce procès prévu sur plus d'un mois.
Les 12 jurés, approuvés vendredi après plus d'une semaine d'un scrutin méticuleux, doivent trancher la plainte d'une Californienne de 20 ans, Kaley G.M. Son dossier a été jugé assez représentatif pour constituer une procédure test dont l'issue fixera une référence pour des centaines de plaintes semblables regroupées en Californie. La jeune femme, utilisatrice de YouTube dès six ans puis détentrice d'un compte Instagram à 11 ans, avant Snapchat et TikTok deux-trois ans plus tard, affirme avoir développé une forte addiction aux réseaux sociaux qui l'a entraînée dans une spirale de dépression, d'anxiété et de troubles de l'image de soi.
Dans son propos liminaire, Mark Lanier a produit plusieurs documents internes à Google et Meta à l'appui de sa thèse, celle de l'intentionnalité. L'un d'entre eux, issu d'une présentation chez Google, mentionne comme objectif affiché « l'addiction des internautes », a souligné l'avocat. « C'est leur doctrine. » Il a également présenté un courriel interne envoyé par Mark Zuckerberg, qui exhortait, selon lui, ses équipes à inverser le désengagement des plus jeunes sur Instagram.
Mark Lanier a rappelé le modèle économique de Meta et Google, très largement basé sur la publicité, dont les tarifs dépendent de la fréquentation, soit le temps passé sur les plateformes. « Ce qu'ils vendent aux annonceurs, ce n'est pas un produit », a-t-il expliqué, « c'est l'accès à Kaley », qui ne sera présente à l'audience que pour témoigner mais n'assistera pas au reste des débats.
L'avocat de Meta, Paul Schmidt lui a répliqué que la dégradation de l'état psychologique de Kaley était avant tout liée à sa situation familiale. Encore en bas âge, elle a assisté à une scène de violence conjugale entre son père et sa mère, ce qui lui a valu de consulter un thérapeute dès trois ans, soit avant même son premier contact avec les plateformes. La jeune fille a ensuite été victime de maltraitance de la part de sa mère, dont elle a écrit qu'elle lui donnait « envie de (se) tuer », a souligné l'avocat.
Paul Schmidt a également fait valoir que Kaley n'avait évoqué les réseaux sociaux que dans 20 de ses 260 séances de thérapie et qu'Instagram ne représentait qu'une infime partie de ses usages. Lors d'un entretien relevé par l'avocat, elle a même estimé qu'Instagram avait un effet positif sur elle.
Face à des opérateurs protégés par la loi américaine quant aux contenus de leurs plateformes, les plaignants attaquent la conception même des réseaux sociaux, c'est-à-dire l'algorithme et les fonctions de personnalisation encourageant au visionnage compulsif de vidéos. Les plaignants accusent cette conception d'être négligente et nocive, reprenant une stratégie menée avec succès contre l'industrie du tabac dans les années 1990 et 2000.
Au Nouveau-Mexique, un procès distinct accusant Meta de privilégier le profit à la protection des mineurs contre les prédateurs sexuels doit également débuter cette semaine. En parallèle du procès de Los Angeles, l'addiction aux réseaux sociaux fait l'objet d'une procédure de masse à l'échelle nationale, en cours d'instruction devant une juge fédérale d'Oakland, près de San Francisco.
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