Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi est arrivé vendredi matin à Istanbul pour y rencontrer son homologue turc Hakan Fidan, soucieux d'éviter une attaque américaine sur l'Iran voisin qui déstabiliserait la région.
M. Araghchi, dont c'est la première visite officielle à l'étranger depuis la vague de protestation en Iran, réprimée dans le sang, doit s'exprimer devant la presse à 13h45 locales (10h45 GMT) au côté de M. Fidan. Sa venue en Turquie s'inscrit dans un contexte particulièrement tendu pour le pouvoir iranien, avec une armada américaine déployée dans le Golfe. Donald Trump a dit « espérer ne pas devoir utiliser cette force » navale que Téhéran menace en retour de frapper « instantanément » ainsi que les bases américaines dans la région. L'Iran est également sous pression après l'inscription jeudi par l'Union européenne des gardiens de la révolution, son bras armé, sur la liste des organisations terroristes. L'UE a ainsi rejoint les États-Unis, l'Australie ou le Canada.
La Turquie, par ailleurs membre de l'OTAN, souhaite à tout prix éviter une escalade militaire à ses portes, qui risquerait de jeter des milliers de migrants par-delà les plus de 550 km de frontière qu'elle partage avec l'Iran et créerait un nouveau conflit à ses portes, après la Syrie. Selon la presse turque, le président Recep Tayyip Erdogan pousse de son côté pour l'organisation d'une réunion trilatérale États-Unis/Iran/Turquie. Par précaution, la Turquie se prépare à « renforcer la sécurité à sa frontière » avec l'Iran, a confié à l'AFP un haut responsable turc. La Turquie a déjà érigé un mur long de 380 km à cette frontière « mais ce n'est pas suffisant », a-t-il estimé. Cet ouvrage, qui coupe des régions montagneuses et fortement enneigées en hiver, a été érigé afin de contenir les passages d'immigrants illégaux en provenance d'Iran et d'Afghanistan notamment mais aussi les trafics de stupéfiants. Surmonté de barbelés et de miradors, ce mur est doublé de tranchées où l'armée patrouille 24 heures sur 24.
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsLe pouvoir syrien et les Kurdes, qui contrôlent une zone autonome dans le nord de la Syrie, ont annoncé vendredi un accord « global » en vertu duquel les forces et l'administration kurdes seront progressivement intégrées au sein de l'État syrien.
Les forces de sécurité de Damas vont se déployer dans deux villes contrôlées par les Kurdes, et les forces kurdes resteront regroupées au sein de trois brigades dans l'armée syrienne, selon l'accord. Le texte de l'accord a été d'abord annoncé par les Forces Démocratiques Syriennes (FDS, dominées par les Kurdes), puis par la chaîne de télévision officielle syrienne.
Cet accord intervient après que les puissantes FDS ont subi un important revers face à l'armée syrienne, à laquelle ils ont dû céder de larges pans du nord et du nord-est de la Syrie sous la pression militaire. Les FDS se sont retirées vers leur bastion de Hassaké (nord-est). Les forces kurdes contrôlent également la poche de Kobané, plus à l'ouest, séparée territorialement de la zone autonome.
Les nouvelles autorités islamistes, qui ont renversé en décembre 2024 Bachar el-Assad, mettant fin à une longue guerre civile, sont déterminées à étendre leur autorité sur l'ensemble du territoire syrien. Damas et les FDS avaient prolongé le 24 janvier pour 15 jours un cessez-le-feu et poursuivaient leurs discussions sur l'intégration des forces et de l'administration kurde au sein de l'État.
Selon le texte de l'accord, « les forces relevant du ministère de l'Intérieur vont entrer dans le centre des villes de Hassaké et Qamichli », les bastions kurdes.
L'accord porte un coup aux espoirs d'autonomie des Kurdes, qui avaient instauré une zone autonome dans le nord et le nord-est durant la guerre civile (2011-2024).
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultatsLa Cour suprême du Panama a annulé la concession du Hongkongais CK Hutchison pour exploiter deux ports du canal, une décision contestée vendredi par une filiale du groupe, alors que les États-Unis cherchent à limiter la présence chinoise dans cette voie stratégique. L’assemblée plénière de la Cour a jugé jeudi « inconstitutionnelles » les lois en vertu desquelles CK Hutchison exploite les ports situés aux deux entrées du canal, selon un communiqué de l’institution consulté par l’AFP.
La nullité des contrats concernant les ports de Cristobal, côté Atlantique, et de Balboa, côté Pacifique, avait été demandée par la Cour des comptes panaméenne. Celle-ci avait déposé deux plaintes l’an dernier, estimant que ces contrats avaient donné lieu à des irrégularités. Ces plaintes avaient été introduites dans un contexte de fortes pressions de Donald Trump, qui avait menacé l’an dernier de reprendre le contrôle du canal, affirmant qu’il se trouvait sous l’influence de Pékin.
Vendredi, Panama Ports Company (PPC), filiale de CK Hutchison, a contesté le fondement juridique de la décision de la Cour suprême dans un communiqué. « La nouvelle décision (…) manque de fondement juridique et met en péril non seulement PPC et son contrat, mais aussi le bien-être et la stabilité de milliers de familles panaméennes qui dépendent directement ou indirectement de l’activité portuaire », a déclaré Panama Ports Company.
Le président panaméen, José Raúl Mulino, avait quant à lui qualifié à plusieurs reprises ces contrats de « léonins » et « contraires aux intérêts nationaux ». De son côté, le président américain exige désormais du Panama des conditions préférentielles pour l’utilisation du canal par les navires américains.
Fondé par le milliardaire Li Ka-shing, CK Hutchison est l’un des plus grands conglomérats de Hong Kong, présent notamment dans la finance, le commerce de détail, les infrastructures, les télécommunications et la logistique. La filiale PPC gère les ports de Cristobal et de Balboa depuis 1997. Elle avait obtenu une première concession de 25 ans, prolongée pour une durée équivalente en 2021.
En janvier 2025, la filiale avait indiqué avoir versé 59 millions de dollars à l’État panaméen au cours des trois années précédentes et précisé que son personnel était presque entièrement panaméen.
Vendredi vers 05h40 GMT, le titre de CK Hutchison cédait 5,28 % à la Bourse de Hong Kong, à 62,80 dollars hongkongais.
En mars 2025, le groupe avait accepté de céder le contrôle des deux ports à un consortium mené par le fonds américain BlackRock. Toutefois, la transaction, regardée avec suspicion par la Chine, n’a toujours pas été finalisée. Construit par les États-Unis et inauguré en 1914, le canal est passé sous contrôle panaméen en 1999 dans le cadre de traités bilatéraux négociés sous la présidence du démocrate américain Jimmy Carter (1977-1981).
Les États-Unis et la Chine sont aujourd’hui les deux principaux utilisateurs de cette voie de 80 kilomètres reliant les océans Pacifique et Atlantique, par laquelle transite environ 5 % du commerce maritime mondial.
L’administration du canal de Panama a par ailleurs indiqué en novembre que plusieurs groupes chinois étaient intéressés par un appel d’offres visant à construire deux nouveaux ports le long de la voie.
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