L'organisation Amnesty International a accusé mercredi Israël de « nettoyage ethnique » contre les communautés bédouines et pastorales de Cisjordanie occupée et de « crime contre l'humanité de transfert forcé », appelant la communauté internationale à réagir contre « l'annexion » du territoire palestinien. En mai, le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'homme avait lui aussi dénoncé des signes de « nettoyage ethnique » en Cisjordanie.
Dans un nouveau rapport, Amnesty indique que 27 de ces communautés ont été déplacées de force entre 2023 et 2025 ou sont menacées de déplacement, dans la zone C de la Cisjordanie, qui couvre 60% de ce territoire et est sous contrôle israélien en vertu des accords d'Oslo des années 1990. L'ONG de défense des droits humains pointe « les appels explicites de responsables israéliens à l'extension des colonies » ainsi que « des mesures visant à minimiser la présence palestinienne » dans cette zone. La Cisjordanie elle-même est une partie des Territoires palestiniens, occupée par Israël depuis 1967.
Le rapport accuse le gouvernement de Benjamin Netanyahu, l'un des plus à droite de l'histoire du pays, de suivre le programme nationaliste religieux du mouvement des colons. L'exécutif « a accéléré l'extension des colonies et les saisies de terres, augmenté l'aide financière et logistique aux colonies, et armé les colons », dénonce l'ONG.
Six attaques par jour
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich, figure de l'extrême droite et favorable à l'annexion de la Cisjordanie, a été interdit du territoire français mardi, notamment pour cette raison. Depuis sa formation fin 2022, le gouvernement Netanyahu a donné son feu vert à la création de 102 colonies en Cisjordanie, selon l'organisation israélienne anticolonisation La Paix Maintenant.
Plus de 500.000 Israéliens vivent en Cisjordanie (hormis Jérusalem-Est annexée par Israël), dans des colonies jugées illégales par les Nations unies au regard du droit international. Trois millions de Palestiniens vivent aussi sur ce territoire. Certains colons se livrent à l'encontre des Palestiniens et de leurs biens à des actes criminels tels qu'incendies, dégradations et vols, voire à des agressions physiques et parfois des meurtres.
Les violences ont flambé depuis l'attaque du mouvement islamiste Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre dans la bande de Gaza. Depuis janvier, le bureau des opérations humanitaires de l'ONU (OCHA) a recensé une moyenne de six attaques de colons par jour.
« Complicité » internationale
Israël impute ces agissements à des individus isolés, mais selon Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International, « la campagne de nettoyage ethnique est menée et soutenue par l'État (israélien), et non par des colons 'voyous' ou des ministres 'extrémistes' ».
Les communautés bédouines et pastorales, souvent isolées et dépourvues de services de sécurité, sont particulièrement vulnérables. Depuis 2023, des journalistes de l'AFP ont été témoins du départ de plusieurs d'entre elles en Cisjordanie sous la pression de groupes de colons.
Présentant le rapport à Berlin, Mme Callamard a accusé les Etats-Unis, l'Allemagne et d'autres pays européens entretenant une « relation privilégiée » avec Israël de « complicité » dans des « crimes relevant du droit international ». Les sanctions prises contre des individus n'ont concrètement « aucun impact sur le rythme de l'expansion des colonies » ni sur « l'ampleur de la violence des colons », a-t-elle développé. Elle a demandé à l'Union européenne, premier partenaire commercial d'Israël, d'« accélérer » la suspension de son accord d'association avec ce pays, une décision « qui aurait dû intervenir depuis longtemps ».
La Commission européenne a proposé de suspendre le volet commercial de cet accord, qui comprend une clause sur les droits humains. Interrogé à ce sujet lors d'un point presse, un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères s'est dit « très préoccupé » par la situation en Cisjordanie, tout en laissant entendre que Berlin continuerait de s'opposer à la suspension de l'accord.