L'ambassadeur de France en Centrafrique, Bruno Foucher, qui était en poste au Liban entre 2017 et 2020, fait l'objet d'une procédure disciplinaire lancée contre lui par le Quai d'Orsay, a confirmé la diplomatie française à l'AFP, mardi. Les dessous de l'affaire ont été révélées par Le Canard Enchaîné, mercredi. On y apprend que le diplomate a « invité une trentaine de jeunes femmes âgées de 20 à 30 ans dans ses appartements à Bangui entre janvier 2024 et mars 2026, dont certaines à passer la nuit, alors que le pays est cerné par la milice russe Wagner ».
« L'imprudence du diplomate »
Dans son article intitulé « L'ambassadeur en Centrafrique pris dans des parties très fines », l'hebdomadaire satirique révèle comment « l'incessant va-et-vient froufroutant a fini par inquiéter les supergendarmes du GIGN (Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale) française envoyés à Bangui pour sécuriser l'enclave diplomatique. Leur compte rendu qui pointe l'imprudence du diplomate, a contraint le secrétaire général du Quai d'Orsay à diligenter une inspection sur place du 7 au 10 avril dernier ».
Mardi, le Quai d'Orsay a déclaré à l'AFP qu' « à l'initiative du ministère, une enquête administrative a été réalisée à Bangui en 2026. Dès réception des conclusions de cette mission, sur demande du ministre, le ministère a engagé une procédure disciplinaire à l'encontre de l'Ambassadeur ». La diplomatie a ajouté, sans plus de détails, que « cette procédure est en cours ».
Après avoir entendu une quarantaine de témoins, l'inspection générale du Quai d'Orsay a demandé la tête de l'ambassadeur en poste à Bangui depuis trois ans, révèle encore Le Canard Enchaîné, évoquant pour motif invoqué « son comportement inapproprié (qui) a eu des conséquences graves en matière de sécurité et de réputation et nuit aux intérêts de la France. Surtout en Centrafrique, un pays noyauté par les services russes et les quelque 2000 mercenaires qui ont multiplié les opérations de manipulation informationnelle antifrançaises ».
Selon le journal, qui affirme avoir eu accès au rapport d'inspection, l'ambassadeur recevait « une quinzaine de visites par mois, avec des pointes le week-end ». Il aurait aussi donné instruction pour qu'une de ces jeunes femmes puisse séjourner sur place en son absence, « dans la partie privée de sa résidence, composée d'un salon et d'une chambre contiguë ». « Mis sur le gril pour cette grosse faille de sécurité, le diplomate a fait valoir que la malheureuse avait besoin de se reposer dans un endroit calme pour échapper à une famille bruyante », note l'hebdomadaire. Le diplomate aurait aussi expliqué que « s'il recevait régulièrement en tête à tête des étudiantes, c'était pour les aider dans leur scolarité en mettant à leur disposition sa volumineuse bibliothèque et sa collection de films », ajoute Le Canard Enchaîné.
Relations sexuelles avec deux jeunes femmes
Interrogé à deux reprises par le Quai d'Orsay, l'ambassadeur a finalement reconnu avoir eu des relations sexuelles avec deux jeunes femmes au total, selon le journal, qui souligne que la sanction disciplinaire peut aller du simple blâme à la radiation de la fonction publique en passant par la mise à la retraite d'office.
La situation est d'autant plus sensible que la Centrafrique est un pays où la Russie est largement présente, notamment avec le groupe paramilitaire Wagner, qui reste implanté dans ce pays notamment pour assurer la sécurité du président Faustin-Archange Touadera. La Russie est régulièrement accusée par les autorités françaises et par les experts d'attiser l'hostilité contre la France dans différents pays d'Afrique, notamment par des manœuvres informationnelles sur les réseaux sociaux. Les relations entre Paris et Bangui, qui s'étaient fortement dégradées alors que l'influence de la Russie se renforçait, connaissent un réchauffement depuis 2024.
En mars, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, en visite à Bangui, avait salué « la restauration complète des relations » entre les deux pays. Il s'agissait de la première visite française de haut niveau en Centrafrique depuis 2018. Le Canard Enchaîné, qui affirme que le ministre français « a le rapport sur son bureau depuis le 22 mai », estime dans ce cadre que Jean-Noël Barrot, qui a été reçu « en grande pompe sur les rives de l'Oubangui », n'est « pas pressé de congédier Foucher, au moment où les relations entre Paris et Bangui se réchauffent ».