Le Comité libanais pour la sauvegarde de Tyr a exhorté la communauté internationale à intervenir « sans délai » pour protéger la cité millénaire et son patrimoine archéologique, alors que la ville est visée depuis plusieurs jours par des bombardements massifs de l'armée israélienne, dont l'invasion terrestre du sud du Liban continue de s'étendre.
Dans un communiqué signé par sa présidente, Maha el-Khalil Chalabi, le collectif a exprimé sa « vive inquiétude et sa ferme condamnation » face aux attaques israéliennes répétées contre Tyr et sa région, soulignant que les sites archéologiques et historiques de la ville millénaire, datant de l'époque antique et inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1984, constituent « non seulement une part essentielle de la mémoire du Liban, mais appartiennent également à l’héritage commun de l’humanité ».
« La protection du patrimoine culturel ne constitue pas une question circonstancielle ou strictement libanaise ; elle représente une responsabilité civilisationnelle partagée. Le silence face à de telles atteintes met directement en danger la mémoire de l’humanité et les valeurs culturelles qui unissent les peuples au-delà des frontières », clame le communiqué.
« L'existence de notre cité est menacée »
Ces intenses bombardements israéliens contre le sud du Liban mettent en « danger sérieux » d'importants sites archéologiques, « dont les ruines millénaires de Tyr et la forteresse croisée de Beaufort », a alerté vendredi le ministre de la Culture Ghassan Salamé, alors que plusieurs frappes se sont abattues à proximité des ruines romaines de Tyr, et que le château de Beaufort, situé au sud de Nabatiyé, a été directement touché.
Le comité a ainsi exhorté l'Unesco, l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, à engager « toutes les démarches nécessaires » pour assurer la protection des sites historiques de la ville, mais aussi ceux de toute la région côtière « allant de Naqoura au sud à Sarafand au nord », également soumis à d'importantes destructions. « Les risques pesant sur les monuments et sites culturels constituent une violation flagrante du droit international et des conventions relatives à la protection du patrimoine en période de conflit armé », a-t-il rappelé.
Le comité a également appelé l'ONU, l'Union européenne et les « États attachés aux principes des droits humains, de la culture et de la paix » à agir « sans délai » pour mettre fin aux attaques israéliennes visant les bâtiments, les infrastructures et les personnes civiles dans la ville, où plusieurs dizaines de morts et de blessés sont à déplorer ces derniers jours sous les bombes de l'armée israélienne, qui a appelé à plusieurs reprises depuis mercredi à l'évacuation complète de Tyr et sa banlieue.
Ce communiqué s'inscrit dans la lignée de « l'appel solennel » lancé vendredi par les habitants de Tyr afin de « sauver (leur) ville du cycle de destruction qui la frappe depuis de longs mois ». « Les attaques israéliennes ont déjà coûté la vie à des dizaines de nos concitoyens et continuent de menacer l’existence même de notre cité, de son patrimoine, de son tissu social et de son histoire. Elles visent les civils comme les infrastructures et cherchent à vider progressivement la région de ses habitants », ont-ils déclaré.
Un appel similaire a été lancé au même moment par les habitants de Nabatiyé, autre ville du Sud sous le feu israélien également sommée par Israël d'être entièrement vidée de sa population. Comme pour Tyr, ses habitants ont appelé à ce que la ville soit déclarée « ville ouverte » exclue de toute présence armée, afin de permettre à l'armée libanaise de s'y déployer pour assurer la protection de ses résidents et des déplacés, en y aménageant des corridors humanitaires.