31.01.2026 à 12:57
Olivier Petitjean
Des documents suggèrent que, contrairement à ce que suggère la direction du groupe, Capgemini Government Solution fournissait déjà des services de « skip tracing » à la police anti-migrants de Trump avant la signature de son nouveau contrat controversé en décembre.
Suite à nos révélations sur le contrat signé en décembre par une filiale américaine de Capgemini avec l'ICE, la police anti-migrants de Trump, la direction du groupe – qui avait jusqu'ici refusé de répondre à nos questions – a (…)
Des documents suggèrent que, contrairement à ce que suggère la direction du groupe, Capgemini Government Solution fournissait déjà des services de « skip tracing » à la police anti-migrants de Trump avant la signature de son nouveau contrat controversé en décembre.
Suite à nos révélations sur le contrat signé en décembre par une filiale américaine de Capgemini avec l'ICE, la police anti-migrants de Trump, la direction du groupe – qui avait jusqu'ici refusé de répondre à nos questions – a fini par réagir, d'abord sur le réseau Linkedin par la voix de son patron Aiman Ezzat, puis via un courrier interne.
Dans ces communications destinées à calmer des salariés scandalisés par la collaboration de leur entreprise avec l'agence la plus controversée de l'administration Trump, les dirigeants du groupe ont plaidé l'ignorance, et assuré d'une part que ce contrat n'était « pas en cours d'exécution » du fait d'un recours, et d'autre part qu'il était en train d'être réexaminé parce que la mission de « skip tracing » – autrement dit de traque et localisation de cibles potentielles pour les agents de l'ICE en vue de leurs opérations de détention et de déportation – ne correspond pas à « ce que [Capgemini font habituellement en tant qu'entreprises de services et de technologie ».
L'Observatoire des multinationales révèle aujourd'hui que la direction de Capgemini ne dit pas la vérité, que ce soit par omission délibérée ou pour avoir été trompée par les dirigeants de leur filiale Capgemini Government Solutions LLC.
Dès le 9 octobre, un des contrats précédents de cette filiale avec le Department for Homeland Security (DHS), l'agence qui chapeaute l'ICE, a été discrètement amendé pour ajouter la fourniture de services de « skip tracing » pour la police anti-migrants, pour plus de 7 millions de dollars. L'ordre de commande précise que cette modification fait suite à un « énoncé des travaux » signé au même moment . En juillet, a été finalement adoptée la « One Big Beautiful Bill » voulue par Donald Trump, qui a augmenté massivement les moyens financiers de l'ICE.
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donC'est le 31 octobre 2025 qu'a été officiellement lancé l'appel d'offres plus vaste de l'ICE pour des services de « skip tracing » auquel Capgemini a également répondu pour se voir adjuger en décembre la part du lion du contrat. Sa rémunération finale sera fonction du nombre de personnes qu'elle aura contribué à détenir et faire expulser, à la manière d'un chasseur de primes.
Le document mis au jour par l'Observatoire des multinationales suggère donc qu'à cette date l'entreprise française avait déjà en réalité commencé, via sa filiale américaine et contrairement à ce qu'affirme sa direction, à offrir de tels services à l'ICE.
Le média américain The Intercept a identifié en décembre les entreprises bénéficiaires de ce contrat. Capgemini Government Solutions arrive en premier avec 365 millions de dollars potentiels, suivie de Bluehawk, entreprise qui travaillait surtout jusque là avec le Pentagone et les services secrets, pour 200 millions, de BI, une filiale du géant de la détention Geo Group, pour 112 millions, et quelques autres pour des montants inférieurs. Toutes sont, comme la filiale de Capgemini, spécialisées dans la sous-traitance pour l'administration fédérale américaine.
Les relations entre Capgemini Government Solutions et ICE sont anciennes et étroites, comme le relate une enquête publiée par Les jours. Plusieurs contrats se sont succédé au fil des ans pour des sommes se chiffrant en dizaines de millions de dollars, pour du soutien logistique ou à la gestion des centres de détention de migrants, entre autres services.
Avec la modification de contrat d'octobre et le nouveau contrat signé en décembre, la filiale du groupe français a poussé encore plus loin sa collaboration avec une agence que Donald Trump utilise de plus en plus comme sa milice pour non seulement instiller un climat de terreur parmi les migrants mais aussi intimider ses opposants dans les grandes villes et les États à majorité démocrate. Et Capgemini n'intervient plus seulement au niveau du soutien logistique, mais dans le cœur de la machine.
Un conseil d'administration extraordinaire du groupe est annoncé pour ce week-end.
22.01.2026 à 10:24
Olivier Petitjean
Il y a tout juste un an, Donald Trump faisait son grand retour à la Maison Blanche. Cette longue année a été marquée par la chasse aux migrants, l'alliance avec les milliardaires de la tech, une politique étrangère au service des multinationales et un démantèlement partiel de l'État fédéral. Mais aussi par des tentatives de réponse et des résistances. C'est l'occasion de faire un premier bilan et de vous repartager une sélection de nos articles sur le sujet.
La coalition Trump inspire les (…)
Il y a tout juste un an, Donald Trump faisait son grand retour à la Maison Blanche. Cette longue année a été marquée par la chasse aux migrants, l'alliance avec les milliardaires de la tech, une politique étrangère au service des multinationales et un démantèlement partiel de l'État fédéral. Mais aussi par des tentatives de réponse et des résistances. C'est l'occasion de faire un premier bilan et de vous repartager une sélection de nos articles sur le sujet.
La seconde victoire électorale de Donald Trump est aussi l'aboutissement d'une guerre culturelle de long terme menée par la droite américaine, sous le signe d'une alliance entre tenants de l'ultralibéralisme économique et mouvements évangélistes et ultraconservateurs. Cette guerre a été menée à travers des think tanks, des instituts de formation et d'autres organisations abondamment financées par des milliardaires comme les frères Koch – quand bien même ces derniers ne se reconnaissent pas forcément dans le résultat final.
L'expression la plus emblématique de cette synthèse est le « Project 2025 » coordonné par la Heritage Foundation, ex membre du réseau Atlas (lire « Project 2025 », ou comment la droite américaine imagine une seconde présidence Trump). Trump a cherché à s'en distancer durant la campagne électorale, mais ce qui s'est passé depuis son retour à la Maison Blanche ressemble d'assez près à une stricte mise en œuvre de ce programme [1].
C'est le même type d'alliance que les extrêmes droites françaises et européennes veulent faire advenir de ce côté de l'Atlantique.
À la « coalition Trump » se greffent d'autres composantes, comme le rappelle Maya Kandel dans l'entretien qu'elle nous a accordé : la droite populiste MAGA et les « Tech Bros ». Autant de familles aux intérêts et aux visions du monde souvent divergentes, mais qui réussissent à s'allier ne serait-ce que contre de leurs ennemis communs : l'État, les impôts, les services publics et les élites libérales et progressistes.
C'est le même type d'alliance que les extrêmes droites françaises et européennes veulent faire advenir de ce côté de l'Atlantique. Le RN de Jordan Bardella multiplie les gestes de séduction auprès du grand patronat français, et les financements d'un Pierre-Édouard Stérin dans la politique et la guerre culturelle – guidés par son bras droit François Durvye ou par Alexandre Pesey – sont directement inspirés par les modèles américains (lire par exemple Bourse Tocqueville : quand les milieux ultraconservateurs français vont chercher l'inspiration dans l'Amérique trumpiste).
À ne considérer que la dimension « populiste » de Trump et de sa coalition, on pourrait voir dans certaines de ses actions une réaffirmation du politique face aux pouvoirs économiques. Il aime se mettre en scène en train de donner des ordres aux grandes multinationales pour obtenir une relocalisation de leur production, une baisse des prix (des médicaments par exemple) ou la fin de leurs relations commerciales avec la Chine. Récemment encore, le locataire de la Maison blanche a promis un plafonnement des intérêts sur les cartes de crédit et une limitation par le gouvernement des dividendes, rachats d'actions et rémunérations patronales des grandes entreprises de défense vivant grâce aux contrats fédéraux. Autant de grain à moudre pour les électeurs MAGA de base, mais beaucoup de ces annonces ne se traduisent jamais en mesures concrètes.
Il n'y a pas besoin de gratter beaucoup cette façade populiste pour voir un État plus que jamais mis au service d'intérêts privés.
En réalité, il n'y a pas besoin de gratter beaucoup cette façade populiste pour voir un État plus que jamais mis au service d'intérêts privés. Trump semble vouloir l'administration fédérale et son appareil diplomatique comme une entreprise (qui lui appartiendrait), profitant de visites d'État pour signer des contrats bénéficiant aux sociétés qu'il contrôle ou mettant ses intérêts personnels ou ceux de ses amis dans la balance dans les négociations diplomatiques.
Du plan de paix et de reconstruction de Gaza donnant une large place aux intérêts financiers et immobiliers jusqu'à sa récente intervention militaire au Venezuela et sa prise de contrôle des ressources pétrolières du pays, en passant par ses velléités d'annexion du Groenland, riche en ressources naturelles, ou le soutien monnayé à l'Ukraine en échange de solides garanties économiques, toute la politique étrangère de l'administration actuelle mélange constamment les intérêts de sécurité des États-Unis, les intérêts des multinationales américaines et en particulier celles qui sont contrôlées par les alliés de Trump, et les intérêts particuliers de sa famille.
Cette fusion du politique et de l'économique est d'ailleurs totalement revendiquée par le président américain. En témoigne aussi à sa manière l'entrée de l'État fédéral au capital de multinationales comme le fabricant de semi-conducteurs Intel, le spécialiste du nucléaire Westinghouse ou encore des firmes minières.
Le gouvernement Trump est peuplé de milliardaires, comme le Secrétaire au Trésor Scott Bessent, du fonds d'investissement Key Square, le Secrétaire au Commerce Howard Lutnick, patron des fonds Cantor Fitzgerald et BGC Group, ou Chris Wright, le Secrétaire à l'Énergie, fondateur d'une entreprise de gaz de schiste. Et bien entendu Elon Musk, propulsé à la tête d'une nouvelle agence semi-officielle, le DOGE, censée réduire drastiquement les dépenses fédérales et le nombre de fonctionnaires.
D'autres exercent une influence plus indirecte. L'intérêt de Trump pour le Groenland remonte aux suggestions de son ami Ronald Lauder (héritier de la fortune Estée Lauder) qui a multiplié les investissements dans ce territoire. Plus récemment, au moment de la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro, ce sont les intérêts d'un autre allié et donateur de Trump, Paul Singer d'Elliott Management, qui ont attiré l'attention. En novembre 2025, son groupe a fait l'acquisition pour un prix avantageux d'un ensemble d'actifs pétroliers appartenant à une société vénézuélienne et notamment de raffineries sur la côte Sud des Etats-Unis conçues spécialement pour traiter le pétrole lourd de ce pays.
Parmi les milliardaires qui gravitent autour de Trump, nous nous sommes attardés sur le fondateur d'Oracle Larry Ellison. Oracle a collaboré au « Project 2025 » et est un bénéficiaire des politiques de soutien massif au développement de l'IA. Ellison doit également hériter de l'application TikTok aux États-Unis, pour compléter un empire médiatique qui inclut Paramount et la chaîne CBS et peut-être demain Warner et CNN.
Beaucoup de ces milliardaires sont âgés, de la même génération que Trump, et l'ont croisé au début de sa carrière alors qu'il n'était encore qu'un promoteur immobilier de New York. Un profil qui correspond aussi à celui de Bernard Arnault, le propriétaire de LVMH, qui ne cache pas ses liens avec le président américain.
L'alliance entre Trump et la tech ne reflète pas seulement des intérêts économiques partagés. C'est aussi une nouvelle pratique de gouvernement.
Dans une enquête en deux volets, nous sommes revenus sur les raisons du ralliement à Trump des patrons de la Silicon Valley. Les milliardaires de la tech peuvent déjà se féliciter de cet investissement puisqu'ils ont obtenu tout ce qu'ils souhaitaient ou presque : non seulement la fin des velléités de régulation, mais une politique de soutien massif à ces secteurs. Lire Les milliardaires de la tech et Trump : retour sur un basculement et Les milliardaires de la tech et Trump : ce qu'ils ont obtenu.
La dérégulation du secteur des cryptomonnaies bénéficie en outre directement à la famille Trump, comme nous l'a expliqué la spécialiste américaine Molly White.
L'alliance entre Trump et la tech ne reflète pas seulement des intérêts économiques partagés. C'est aussi, comme le rappelle Olivier Tesquet dans l'entretien que nous avons consacré au livre qu'il a cosigné avec Nastasia Hadjadji, Apocalypse Nerds, une nouvelle pratique de gouvernement utilisant les outils numériques pour démanteler une partie de l'administration fédérale avec le DOGE ou pour mener la répression contre les migrants et les opposants avec Palantir (lire notre article.
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donDès 2024, nous avons révélé comment des filiales de certaines entreprises tricolores aux États-Unis avaient soutenu des candidats trumpistes (lire Campagne électorale américaine : les troublants financements d'Airbus, EDF et Sanofi).
Aujourd'hui, la plupart des groupes français préfèrent garder une attitude prudente, évitant de critiquer ouvertement l'administration américaine pour profiter des opportunités que leur offre le nouveau monde trumpien. Un groupe comme TotalEnergies par exemple est l'un des principaux bénéficiaires de la volonté d'inonder l'Europe de gaz venu des États-Unis. Le champion français du pétrole et du gaz a bénéficié d'une faveur de l'administration américaine, qui a débloqué un crédit à l'exportation pour ses projets gaziers au Mozambique, alors que les gouvernements européens ont choisi de ne pas le faire ou d'y renoncer.
Bernard Arnault s'est démené cet été auprès des responsables européens pour qu'ils modèrent leur réponse aux menaces de Trump et concluent un accord commercial avec lui.
Rodolphe Saadé, patron du groupe de transport et de logistique CMA-CGM, s'est rendu en personne à Washington pour montrer patte blanche au président américain et promettre, comme d'autres groupes français, des milliards d'investissements dans le pays (lire Les entreprises françaises face à la vague tarifaire américaine). Bernard Arnault, le patron de LVMH, s'est démené cet été auprès des responsables européens pour qu'ils modèrent leur réponse aux menaces de Trump et concluent un accord commercial avec lui.
Certaines entreprises françaises ont même choisi de collaborer activement aux politiques trumpistes même les plus controversées. C'est le cas, comme nous l'avons révélé ce mercredi, de Capgemini, qui a passé un nouveau contrat en décembre avec la force anti-migrants ICE pour lui fournir des services de « recherches de personnes » en vue de leur déportation.
Juste après l'élection de Trump, plusieurs dirigeants de grandes entreprises tricolores n'ont pas caché leur souhait de voir arriver en France le type de politiques mises en œuvre outre-Atlantique en matière de dérégulation, de coupes budgétaires, de numérique ou d'énergie.
Certes, on ne voit pas de reculs très visibles sur des questions comme les politique de diversité et de lutte contre les discriminations dans les entreprises, qui ont été l'une des premières cibles de Trump (lire Les entreprises face à la croisade anti-diversité). Et ce, alors que des grandes entreprises françaises avaient reçu une lettre de l'ambassade américaine à Paris les enjoignant de mettre fin à toute initiative dans ce domaine.
Sur d'autres sujets, par contre, l'alignement des agendas est beaucoup plus clair. Une alliance entre administration Trump, extrême droite et multinationales américaines et européennes a ainsi réussi à faire vider de son contenu la directive européenne sur le devoir de vigilance des multinationales, adoptée en 2024 après des années de lutte de la société civile (lire Comment ExxonMobil et Trump ont fait démanteler une législation européenne sur le climat et les droits humains).
Cette première cible était hautement symbolique puisqu'elle visait précisément à réaffirmer l'impunité des pouvoirs de l'argent face aux remises en causes sociales et écologiques. D'autres législations sont désormais dans le viseur, sur le numérique notamment.
[1] Voir ce « tracker ».
21.01.2026 à 08:00
Olivier Petitjean
ICE, la milice anti-migrants de Trump, est à nouveau au centre de l'actualité depuis l'assassinat de Renee Good à Minneapolis. De nombreuses entreprises profitent à plein de l'expansion du budget et des activités de cette agence, dont un groupe du CAC 40 : Capgemini.
La police anti-migrants ICE (Immigration and Customs Enforcement) est à nouveau au centre des controverses aux États-Unis après l'assassinat par balles, le 7 janvier dernier, de Renee Good par un fonctionnaire de l'ICE à (…)
ICE, la milice anti-migrants de Trump, est à nouveau au centre de l'actualité depuis l'assassinat de Renee Good à Minneapolis. De nombreuses entreprises profitent à plein de l'expansion du budget et des activités de cette agence, dont un groupe du CAC 40 : Capgemini.
La police anti-migrants ICE (Immigration and Customs Enforcement) est à nouveau au centre des controverses aux États-Unis après l'assassinat par balles, le 7 janvier dernier, de Renee Good par un fonctionnaire de l'ICE à Minneapolis.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche il y a un an, cette agence fédérale qui fonctionne de facto comme une milice au service d'un pouvoir exécutif de plus en plus autoritaire se distingue par ses méthodes violentes et arbitraires, ciblant de manière indiscriminée des individus suspectés d'être des migrants sans papiers.
Si la création de l'ICE date de l'administration Bush, dans la foulée des attentats du 11 septembre, elle a vu son budget exploser sous la nouvelle administration. La « One Big, Beautiful Bill » de Trump a fléché environ 170 milliards de dollars pour les opérations anti-migrants, dont plusieurs dizaines de milliards pour l'ICE, qui apparaît désormais comme l'agence la mieux financée de toute l'histoire des États-Unis. D'un peu plus de 9 milliards de dollars en 2025, son budget annuel devrait passer à 11 milliards en 2026.
Cette manne profite à de nombreuses entreprises qui fournissent l'ICE en biens et services divers, allant des armes et équipements de protection aux services numériques en passant par la détention et le transport des victimes de l'agence.
Parmi ces entreprises, un nom retient l'attention, puisque c'est celui d'un champion français des services, pilier de la Bourse de Paris qui figure dans l'indice CAC 40 depuis 1988 : Capgemini. Une des filiales américaines du groupe, Capgemini Government Solutions, s'est vu attribuer il y a quelques semaines par l'ICE un nouveau contrat. Son objet est sans ambiguïté : obtenir « des services de recherches de personnes (skip tracing) à l'échelle nationale » pour les opérations de l'ICE. Un premier versement a été débloqué pour 4,8 millions de dollars en décembre, mais le contrat pourrait rapporter au final à l'entreprise française jusqu'à 365 millions de dollars, en fonction de critères de performance, comme l'explique L'Oeil du 20 heures.
Selon les bases de données gouvernementales, Capgemini est un partenaire historique de l'ICE, avec des contrats depuis au moins 2007, dont certains se chiffrent en dizaines de millions de dollars.
Les prestations offertes par le géant français vont de la « planification des détentions » et des lits nécessaires à du support informatique. L'entreprise s'est même vantée de ce partenariat dans la section « histoires de clients » de son site web, assurant que « l'équipe de Capgemini travaille étroitement pour aider [ICE] à, minimiser le temps requis et le coût de la déportation de tous les étrangers illégaux déportables hors des États-Unis » [1].
L'entreprise française n'est certes pas la seule à se mettre au service de l'ICE. Dans des précédents articles, l'Observatoire des multinationales avait attiré l'attention, notamment, sur le rôle du cabinet de conseil Deloitte et de Palantir, la firme de services numériques fondée par Peter Thiel. En septembre dernier, la CGT de Capgemini alertait d'ailleurs sur le rapprochement de leur entreprise avec Palantir. On ne sait pas à ce stade quels sont les outils utilisés par Capgemini pour le compte de l'ICE dans sa mission de skip tracing et s'ils incluent ceux de Palantir.
Parmi les fournisseurs privilégiés de l'ICE, on trouve en première place des entreprises de détention et de prisons privées comme CoreCivic et Geo Group, qui ont vu leurs bénéfices exploser en 2025. Mais aussi des firmes de sécurité comme G4S, des entreprises d'armes légères comme Glock ou Atlantic Diving Supply. Des spécialistes de la surveillance et de la reconnaissance faciale comme Clearview ou l'entreprise israélienne Cellebrite sont également de la fête.
Certains des partenaires de l'agence sont des marques bien connues du grand public et des consommateurs, y compris en France, comme Dell, Motorola, Comcast, FedEx ou Xerox. Au final, la mise en place de la politique anti-migrants de Trump aura été une véritable aubaine pour de nombreuses entreprises locales ou nationales, dont les membres de la nouvelle administration ou leurs proches ont également cherché à profiter personnellement [2].
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donLes activités de l'ICE étant au centre des résistances à Trump et à ses politiques, les firmes qui font affaire avec l'agence sont particulièrement ciblées par les opposants aux États-Unis, à travers des campagnes de boycott [3] ou bien en interne, via des demandes de désinvestissement portées par des employés, chez Microsoft par exemple. Rien de tel n'est signalé pour l'instant au sein de Capgemini.
Contacté pour cet article, le siège du groupe français ne nous a pas répondu.
Le directeur général du groupe a fini par réagir sur le réseau Linkedin en indiquant que le conseil d'administration du groupe était en train de « revoir la nature et l'étendue de ce contrat ». Dans ce conseil d'administration, on trouve plusieurs pontes du CAC 40 dont le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné.
[1] Cette page a été effacée suite à la publication de notre article, mais on la trouve encore ici. Voir une capture d'écran là.
[2] Voir par exemple cette enquête de Propublica sur la Secrétaire à la sécurité intérieure Kristi Noem.
[3] Voir par exemple ici ou cet article.