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02.06.2026 à 08:09

Présidentielle au Pérou : deux visions aux antipodes pour un pays en quête de stabilité

FRANCE24

La fille de l'ancien président Alberto Fujimori (1990-2000) brigue la présidence pour la quatrième fois. Jusqu'ici, l'héritage de son père, condamné pour corruption et crimes contre l'humanité, lui a barré la route du pouvoir. Elle aborde le scrutin avec une légère avance sur son rival, héritier politique de l'ancien président Pedro Castillo, emprisonné après sa tentative avortée de dissoudre le Parlement. Près de 27 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dans un climat de désillusion politique, lassés par la criminalité, la corruption et le chaos institutionnel. Huit chefs d'Etat se sont succédé en une décennie dans le pays, où l'insécurité est devenue la principale préoccupation d'une grande partie de la population. "On est entre le marteau et l'enclume, entre Satan et le diable lui-même. Je ne suis d'accord ni avec le communisme ni avec la droite", résume Marco Sanchez, chauffeur de taxi de 38 ans à Lima, qui prévoit de voter blanc. L'issue du scrutin reste très incertaine. Selon les sondages, un électeur sur quatre demeure indécis face à deux candidats qui ont totalisé moins de 30% des voix au premier tour du 12 avril, marqué par des défaillances logistiques et des accusations de fraude. Selon une enquête Ipsos datée de dimanche, Keiko Fujimori, 51 ans, devance de trois points Roberto Sanchez, 57 ans. Keiko Fujimori promet une politique de fermeté contre l'insécurité et présente l'élection comme un choix entre "ordre" et "chaos". Son rival, soutenu par des nationalistes radicaux, promet un "changement" en faveur des exclus. Depuis le début de la campagne, il porte le chapeau paysan que lui a offert Pedro Castillo, symbole de la filiation politique qu'il revendique avec l'ancien instituteur andin devenu président. Il assure qu'il lui accordera sa grâce s'il est élu. Roberto Sanchez accuse sa rivale d'avoir contribué à la crise politique par l'influence exercée depuis des années par son parti Force populaire au sein d'un Parlement qui a fait tomber plusieurs présidents. Les deux candidats s'accusent mutuellement d'incarner le chaos. "Le chaos s'écrit avec un K", a lancé Roberto Sanchez lors d'un débat télévisé dimanche. "Avec un C, comme Castillo", lui a rétorqué Keiko Fujimori. Crises politiques Depuis dix ans, le Pérou vit au rythme des crises politiques. Le prochain président prendra ses fonctions le 28 juillet et devra gouverner sans majorité face à un Parlement redevenu bicaméral pour la première fois depuis trente ans. "C'est la solidité même des institutions démocratiques qui est en jeu", estime Patricia Zarate, analyste à l'Institut d'études péruviennes (IEP). Keiko Fujimori espère que les inquiétudes liées à la criminalité joueront cette fois en sa faveur. "J'espère qu'elle a hérité du caractère de son père pour changer cette situation", affirme Hugo Rojas, 54 ans, vendeur de pains sur un marché de Lima, qui dit vouloir voter pour elle. Keiko Fujimori promet d'expulser les migrants en situation irrégulière et de militariser rues et prisons pour lutter contre la criminalité avec "la même détermination" que son père face aux guérillas qui ont ensanglanté le pays dans les années 1980 et 1990. Roberto Sanchez propose une réforme de la police, l'abrogation des lois qu'il juge favorables au crime organisé et un recours exceptionnel aux forces armées. Il estime également que la lutte contre l'insécurité passe par un renforcement du système judiciaire. L'enjeu est majeur. En 2025, le Pérou a enregistré 26.500 plaintes pour extorsion, soit neuf fois plus qu'il y a cinq ans. Dans la région de Lima, le taux d'homicides a triplé pour atteindre 23 pour 100.000 habitants, selon la police. "Si je ne paie pas les extorqueurs, je mets ma famille en danger", déplore Oliver Cotera, conducteur de moto-taxi de 50 ans. Malgré les turbulences politiques, le futur président héritera d'une économie en croissance de 3,4% en 2025 et de l'inflation la plus faible d'Amérique latine. L'exploitation minière illégale prospère cependant et sept travailleurs sur dix évoluent dans l'économie informelle.

02.06.2026 à 08:09

Scandale du chlordécone: adoption en vue d'une loi sur la responsabilité de l'Etat

FRANCE24

Il pourrait s'agir de la fin d'un long parcours parlementaire: si elle est validée sans modification par l'Assemblée nationale en fin de journée, la proposition de loi d'Elie Califer (Guadeloupe, groupe PS) sera définitivement adoptée au Parlement. Interrogé par l'AFP, le député confirme souhaiter une adoption dans les mêmes termes qu'au Sénat, pour "cranter la responsabilité de l'Etat", et entériner un dispositif "attendu par les victimes" du chlordécone, pesticide utilisé dans les bananeraies en Guadeloupe et à la Martinique jusqu'en 1993 malgré des alertes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur sa dangerosité. Plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone, selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui a conclu en juillet 2021 à une relation causale probable entre chlordécone et risque de cancer de la prostate. En réponse, la proposition de loi prévoyait la reconnaissance par l'Etat de "sa responsabilité" dans "les préjudices sanitaires, moraux, écologiques et économiques subis par les territoires" et "leurs populations". En cours d'examen, les sénateurs ont nuancé l'écriture, prévoyant que l'Etat reconnaisse sa "part" de responsabilité. En commission, ils avaient aussi ajouté la notion de "préjudices moraux d'anxiété", puis sont revenus dessus à la demande du gouvernement lors d'une séance tendue dans l'hémicycle. "Je le regrette, parce que cette notion parlait concrètement de ce que vivent nos compatriotes en Guadeloupe et en Martinique: une inquiétude permanente face aux conséquences sanitaires du chlordécone", a commenté lundi M. Califer, soulignant que "le préjudice moral d'anxiété avait été reconnu par la cour administrative d'appel de Paris en mars 2025". Toutefois, "ce point ne remet pas en cause l'équilibre général du texte", a-t-il assuré. Le volet indemnitaire pour les victimes figure au rang d'"objectif" pour l'État, ce qu'ont regretté certains parlementaires. Il devra notamment oeuvrer à la "dépollution des terres et des eaux contaminées", en "érigeant comme priorité nationale la recherche scientifique", et "s'assigne" pour objectif "l'indemnisation de toutes les victimes" de Guadeloupe et de Martinique. Il devra aussi se pencher sur "l'apparition de pathologies développées par les femmes". La cour d'appel de Paris dira le 22 juin si il y a lieu de rouvrir ou non l'enquête sur le chlordécone, à la suite de l'appel des parties civiles qui contestent le non-lieu dans ce scandale sanitaire.

02.06.2026 à 08:07

Dans l'est syrien, la crue de l'Euphrate emporte la récolte d'agriculteurs

FRANCE24

La Syrie avait mis en garde la semaine dernière contre une montée "exceptionnelle" du niveau du fleuve, de près de quatre mètres, en raison des fortes précipitations cette année et de l'ouverture des barrages turcs. L'Euphrate prend sa source en Turquie et traverse les provinces syriennes de Raqqa et Deir Ezzor pour arriver en Irak où il rejoint le Tigre. "J'ai labouré ma terre, soit six dounams (6000 m2, ndlr), et chaque dounam m’a coûté un million de livres (environ 75 dollars). Cette terre est perdue", déplore auprès de l’AFP Issa al-Moussa, habitant de Kharita, dans la province de Deir Ezzor. Ici comme dans d'autres villages où l'agriculture est souvent la seule source de revenus, l’eau a recouvert de vastes étendues et encerclé certaines maisons : environ 500 hectares ont été inondés dans la province de Deir Ezzor, et 150 dans le village d'Al-Mahoukiya dans la province Raqqa. Les exploitants inspectent leurs pertes. "Personne ne sait quand ces eaux vont se retirer", se lamente Issa al-Moussa. "Nous demandons à l'Etat de nous attribuer des compensations, d'acheter notre blé et notre coton à un prix plus élevé, et de nous fournir engrais, médicaments et carburant." Traversées en barque Les agriculteurs de Deir Ezzor imputent une partie de leurs pertes aux autorités, les accusant d'avoir tardé à les avertir pour protéger leurs équipements et leurs récoltes. "On ne nous a pas informés de l'ouverture des barrages", s'agace Issa al-Moussa. "Nos terres ont disparu." Le ministre syrien de l’Énergie, Mohammad Bachir, a affirmé que l’alerte turque était "arrivée trop tard". La Turquie n'a pas communiqué sur une éventuelle coordination avec Damas sur l'ouverture des barrages de l'Euphrate. Selon des médias turcs, citant des sources officielles, les autorités ont procédé à des "lâchers d'eau contrôlés" depuis le barrage Atatürk, après une hausse du niveau de l'eau due aux fortes pluies de ces derniers mois. Outre la destruction de cultures, les inondations ont mis hors service "environ 60 stations" de pompage de l’eau, a indiqué à l'AFP le directeur général de la compagnie des eaux, Ahmad al-Moussa. Debout sur une rive du fleuve, Hamad al-Saadoun, un habitant du village, regarde un pont en terre qui s’est effondré sous l’effet de la crue. "Nous avons maintenant du mal à passer d'une rive à l'autre... Les gens traversent en barque, mais c'est dangereux tant que la crue ne s'est pas calmée", explique-t-il. "Plus rien" Ces inondations, les pires depuis 30 ans, ont conduit les autorités syriennes à décréter l'état d'urgence, à ordonner des travaux de consolidation de digues et à préparer d'éventuelles évacuations. A Raqqa (nord), les autorités ont signalé dimanche une baisse du niveau de l’Euphrate d’environ 60 centimètres en 24 heures, insuffisante cependant pour mettre fin à la crise. Dans le village de Kharita, l'eau est montée subitement pendant la nuit, s'infiltrant dans les maisons. La crue "nous a surpris dans notre sommeil", raconte Mohammad Khadr al-Hussein, 27 ans. "Nous sommes sortis sous les étoiles (...) avec les vêtements que nous avions sur le dos, mais nous avons laissé derrière nous nos biens, nos maisons et nos champs... Il ne nous reste plus rien." "Nous sommes des paysans, nous vivons au fil des saisons. On s'endette en début d'année, puis on attend la récolte pour régler nos dettes. Aujourd’hui, la perte est double : notre argent a disparu et notre récolte aussi".
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