
03.07.2026 à 12:33
stagiaire-comm@iris-france.org
Les fruits et légumes sont bien plus que de simples produits agricoles et occupent aujourd’hui une place stratégique dans les équilibres mondiaux. Pilier de la sécurité alimentaire, leur production, leur commercialisation et leur consommation soulèvent des enjeux économiques, politiques, environnementales et logistiques, dans un contexte marqué par l’intensification des échanges internationaux et l’évolution des habitudes alimentaires des consommateurs. Néanmoins, cette filière est confrontée à de nombreuses vulnérabilités. Les effets du changement climatique perturbent les récoltes et fragilisent les productions. À cela s’ajoute un manque de main-d’œuvre, qui rendent le recours aux travailleurs étrangers essentiel au fonctionnement des secteurs de l’arboriculture et du maraîchage. À l’occasion de la parution de son livre « Géopolitique des fruits et légumes » (Eyrolles, juin 2026) co-dirigé avec Anaïs Marie, Sébastien Abis, chercheur associé à l’IRIS et directeur du Club DÉMÉTER, répond à nos questions :
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Les fruits et légumes sont bien plus que de simples produits agricoles et occupent aujourd’hui une place stratégique dans les équilibres mondiaux. Pilier de la sécurité alimentaire, leur production, leur commercialisation et leur consommation soulèvent des enjeux économiques, politiques, environnementales et logistiques, dans un contexte marqué par l’intensification des échanges internationaux et l’évolution des habitudes alimentaires des consommateurs. Néanmoins, cette filière est confrontée à de nombreuses vulnérabilités. Les effets du changement climatique perturbent les récoltes et fragilisent les productions. À cela s’ajoute un manque de main-d’œuvre, qui rendent le recours aux travailleurs étrangers essentiel au fonctionnement des secteurs de l’arboriculture et du maraîchage.
À l’occasion de la parution de son livre « Géopolitique des fruits et légumes » (Eyrolles, juin 2026) co-dirigé avec Anaïs Marie, Sébastien Abis, chercheur associé à l’IRIS et directeur du Club DÉMÉTER, répond à nos questions :
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03.07.2026 à 10:14
stagiairedecomm@iris-france.org
Vous avez écrit un livre à quatre mains alliant une psychologue clinicienne et un expert du numérique… Le livre est né du constat que nous n’élevions pas nos propres enfants de la même manière que nos amis ou nos voisins dans leur rapport au numérique. Que ce soit dans le choix du premier téléphone, dans l’activation du contrôle parental, dans l’exemplarité ou dans les activités numériques réelles. Nous sommes convaincus que la « guerre des écrans » qui traverse les foyers n’est ni un simple sujet technique, ni un défaut d’autorité parentale. Elle se joue très exactement à la frontière de deux mondes : celui de l’esprit humain et celui de la machine que nous arrivons à explorer sereinement compte tenu de nos profils. Alexandra Beucler, psychologue clinicienne formée aux thérapies comportementales et cognitives, lit le lien familial, les vulnérabilités de l’enfant, l’anxiété qui monte. De mon côté, comme professeur et expert de la transformation numérique, je décrypte l’économie de l’attention, la mécanique des plateformes et les algorithmes. Et ensemble, comme parents de trois enfants. Vous qui analysez les rapports de force mondiaux, Pascal, vous reconnaîtrez ici une situation profondément asymétrique. D’un côté, une famille avec son intuition et sa bonne volonté de parents. De l’autre, l’appareil d’ingénierie de l’attention le plus puissant de l’histoire, des armées d’ingénieurs dont le métier consiste à maximiser notre temps passé sur les outils numériques. Aucun parent ne gagne seul cette partie à l’instinct. Ce faisant, dans le livre, nous refusons deux impasses : la diabolisation aveugle de la technologie et la culpabilisation stérile des parents. Nous ne distribuons pas de leçons de morale, nous tendons une carte et une boussole en faisant un retour d’expérience concret. Car, on ne naît pas parents, on le devient ! Votre livre est à la fois un roman […]
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Vous avez écrit un livre à quatre mains alliant une psychologue clinicienne et un expert du numérique…
Le livre est né du constat que nous n’élevions pas nos propres enfants de la même manière que nos amis ou nos voisins dans leur rapport au numérique. Que ce soit dans le choix du premier téléphone, dans l’activation du contrôle parental, dans l’exemplarité ou dans les activités numériques réelles. Nous sommes convaincus que la « guerre des écrans » qui traverse les foyers n’est ni un simple sujet technique, ni un défaut d’autorité parentale. Elle se joue très exactement à la frontière de deux mondes : celui de l’esprit humain et celui de la machine que nous arrivons à explorer sereinement compte tenu de nos profils. Alexandra Beucler, psychologue clinicienne formée aux thérapies comportementales et cognitives, lit le lien familial, les vulnérabilités de l’enfant, l’anxiété qui monte. De mon côté, comme professeur et expert de la transformation numérique, je décrypte l’économie de l’attention, la mécanique des plateformes et les algorithmes. Et ensemble, comme parents de trois enfants.
Vous qui analysez les rapports de force mondiaux, Pascal, vous reconnaîtrez ici une situation profondément asymétrique. D’un côté, une famille avec son intuition et sa bonne volonté de parents. De l’autre, l’appareil d’ingénierie de l’attention le plus puissant de l’histoire, des armées d’ingénieurs dont le métier consiste à maximiser notre temps passé sur les outils numériques. Aucun parent ne gagne seul cette partie à l’instinct. Ce faisant, dans le livre, nous refusons deux impasses : la diabolisation aveugle de la technologie et la culpabilisation stérile des parents. Nous ne distribuons pas de leçons de morale, nous tendons une carte et une boussole en faisant un retour d’expérience concret. Car, on ne naît pas parents, on le devient !
Votre livre est à la fois un roman et un guide pour parents confrontés aux demandes d’accès au numérique de leurs enfants…
Parce que la théorie ne change rien à 20 heures, dans un salon, quand le dîner tourne au conflit à cause du smartphone. Les guides parentaux classiques sont souvent froids ou culpabilisants ; la fiction, elle, possède une force d’identification que rien n’égale. Nous avons donc conçu un « thriller-guide », inspiré d’histoires vraies remontées à Alexandra dans son cabinet. On suit, finalement, trois familles ordinaires aux prises avec TikTok, l’hyperconnexion, l’addiction et le cyberharcèlement.
Au cœur du récit, il y a Romane, seize ans, et un mystérieux HTimsAgent : une intrigue qui apprend à repérer, en situation, les signaux faibles des problèmes liés au numérique. Puis, à intervalles réguliers, des sections « Prenons du recul » transforment l’émotion en action et en compréhension : la No Phone Box, le contrat parent-enfant, les réglages de sécurité (VPN, géolocalisation, confidentialité), le téléphone dormant sont expliqués simplement. Tout est applicable dès le soir même.
Vous qui pratiquez l’analyse géopolitique, vous savez qu’avant d’agir sur un terrain, il faut d’abord le rendre lisible et comprendre les intérêts réels des acteurs. C’est exactement ce que fait cette forme hybride : le roman rend visible un champ de bataille invisible, celui de l’attention ; le guide donne les leviers pour y reprendre la main.
Parmi vos messages clés, l’exemplarité des parents…
Parce qu’on ne peut pas demander à un enfant de lâcher son écran si l’on passe soi-même ses soirées à scroller nerveusement sous ses yeux. Les enfants imitent bien plus qu’ils n’obéissent. Les parents doivent être, sur le numérique, un repère stable et éclairant.
Concrètement, l’idée est de passer d’un locus de contrôle externe, le « parent policier » qui coupe le Wi-Fi et confisque, et que l’adolescent contourne aussitôt à coups de VPN et de second compte, à un locus de contrôle interne, le « parent guide » qui vise l’autonomie et l’auto-régulation. Le jour où le parent dépose lui aussi son téléphone dans la No Phone Box au moment du repas, la contrainte cesse d’être vécue comme une injustice et devient un projet de famille !
Et puisque vos lecteurs réfléchissent à la souveraineté, j’ajoute ceci : la souveraineté numérique dont on débat à l’échelle des nations commence à une échelle plus modeste, celle du foyer. Un parent qui reprend la main sur sa propre attention démontre à son enfant qu’on peut choisir, qu’on n’est pas condamné à être capté. La résistance algorithmique commence à la maison, dans son lien avec le smartphone !
Vous évoquez les dangers du binge-watching…
Le vrai danger du visionnage en rafale et du défilement infini, c’est l’automatisation de la passivité. L’enfant ne choisit plus ce qu’il regarde, il subit un flux optimisé par la donnée pour maximiser son temps de présence. Pour briser ce cercle, nous proposons d’apprendre aux enfants la valeur de leur attention, cette véritable « monnaie-temps » de leur existence. Le sous-titre du livre, emprunté à Carl Sandburg, le résume : « Le temps est la monnaie de la vie. » Chaque minute passée à scroller passivement sur son écran est une minute volée à la création, au sport, au sommeil, et même à l’ennui fertile et créatif.
C’est aussi l’intérêt des exemples comme la dopamine. Quand on comprend que le cerveau d’un enfant réagit à une notification comme à une machine à sous, on cesse le bras de fer pour bâtir une réponse éducative réfléchie.
Pour faire d’un consommateur passif un véritable acteur, on oriente l’énergie vers des usages « projet ». Un enfant aime les écrans ? Tournons cela vers le montage vidéo, les tutoriels de dessin ou de code, l’ouverture culturelle. On négocie alors le temps d’écran comme un « budget » à répartir intelligemment, activement. Et l’on s’intéresse aux contenus au lieu de les exclure, car c’est ainsi que se forge l’esprit critique, condition d’un citoyen numérique autonome, capable de s’autoréguler.
Vous l’avez vu, Pascal, la logique rejoint vos propres terrains. Dans l’économie de l’attention, le temps est la ressource que l’on extrait, le « nouveau pétrole ». Apprendre à un enfant à dépenser son attention en conscience, c’est lui apprendre à refuser d’être une ressource passive, à devenir un sujet souverain plutôt qu’un territoire exploité. C’est tout le pari de Téléphones maison : transformer la « guerre des écrans » en une éducation à un usage libre du numérique.
Veuillez trouver le livre ici : https://alain.goudey.eu/side/livre-gestion-ecrans-smartphone-enfants-ados-telephones-maison/
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02.07.2026 à 16:09
admn_iris
Plus de quinze ans après le début de la guerre civile en Syrie, et la chute du régime Assad fin 2024, le pays reste confronté à de nombreux enjeux politiques, sécuritaires, économiques et sociaux. Les attaques israélo-américaines contre l’Iran et le Liban ont eu des répercussions sur l’ensemble de la région, notamment en Syrie, retardant les investissements étrangers indispensable à sa reconstruction, fragilisant ainsi davantage le pays. Ces tensions régionales affectent également sa situation sécuritaire qui reste fragile malgré une amélioration depuis les violences de 2025. Sur le plan politique, les élections législatives organisées en octobre 2025 ont marqué un tournant pour le pays mais elles soulèvent des interrogations sur la capacité des autorités syriennes à renforcer la souveraineté du pays, reconstruire des institutions solides et une société civile active. Dans ce contexte, quels sont les perspectives de reconstruction du pays et les principaux enjeux sécuritaires ? Quel état des lieux peut-on dresser de la situation politique et sociale en Syrie ? Le point avec Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS, en charge du Programme Moyen-Orient/Afrique du Nord. Quel est l’impact des attaques israélo-étatsuniennes contre l’Iran et le Liban pour la Syrie ? Nous savons les effets déstabilisateurs de la guerre déclarée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février pour toute la région. La Syrie qui tente difficilement de refonder des formes de stabilité politique et économique après presque 14 années de guerre civile subit elle aussi les conséquences de la situation induite. Certes, elle a été épargnée par les combats ou les bombardements, mais on peut aisément comprendre que dans cette situation de tensions et de déstabilisation les investissements directs étrangers (IDE) dont elle a un besoin vital ne lui parviennent que très insuffisamment. La Turquie et l’Arabie saoudite qui apparaissaient initialement comme les États les plus mobilisés pour aider […]
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Plus de quinze ans après le début de la guerre civile en Syrie, et la chute du régime Assad fin 2024, le pays reste confronté à de nombreux enjeux politiques, sécuritaires, économiques et sociaux. Les attaques israélo-américaines contre l’Iran et le Liban ont eu des répercussions sur l’ensemble de la région, notamment en Syrie, retardant les investissements étrangers indispensable à sa reconstruction, fragilisant ainsi davantage le pays. Ces tensions régionales affectent également sa situation sécuritaire qui reste fragile malgré une amélioration depuis les violences de 2025. Sur le plan politique, les élections législatives organisées en octobre 2025 ont marqué un tournant pour le pays mais elles soulèvent des interrogations sur la capacité des autorités syriennes à renforcer la souveraineté du pays, reconstruire des institutions solides et une société civile active. Dans ce contexte, quels sont les perspectives de reconstruction du pays et les principaux enjeux sécuritaires ? Quel état des lieux peut-on dresser de la situation politique et sociale en Syrie ? Le point avec Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS, en charge du Programme Moyen-Orient/Afrique du Nord.
Quel est l’impact des attaques israélo-étatsuniennes contre l’Iran et le Liban pour la Syrie ?
Nous savons les effets déstabilisateurs de la guerre déclarée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février pour toute la région. La Syrie qui tente difficilement de refonder des formes de stabilité politique et économique après presque 14 années de guerre civile subit elle aussi les conséquences de la situation induite. Certes, elle a été épargnée par les combats ou les bombardements, mais on peut aisément comprendre que dans cette situation de tensions et de déstabilisation les investissements directs étrangers (IDE) dont elle a un besoin vital ne lui parviennent que très insuffisamment. La Turquie et l’Arabie saoudite qui apparaissaient initialement comme les États les plus mobilisés pour aider à la reconstruction du pays montrent leurs limites : la première en raison de ses difficultés économiques intérieures, la seconde parce que les ambitieux et très onéreux projets de Mohamed Ben Salmane sont entravés par les conséquences du 28 février. Comme à son habitude, l’Union européenne est plus une spectatrice des événements qu’un acteur résolu et, dans le cas présent, semble plus préoccupée par la question des réfugiés syriens qui se trouvent sur son sol et qu’elle voudrait renvoyer dans leur pays que par la mise en place d’un plan d’aide effective et planifiée à la Syrie. La Chine, à ce stade, reste très prudente et ne tient visiblement pas à prendre quelque risque que ce soit en s’engageant plus avant aux côtés de Damas. Pour des raisons évidentes, liées à la guerre en Ukraine, la Russie n’est plus un acteur influent, même si elle est parvenue à pérenniser la présence de ses bases militaires sur le sol syrien, dossier pour elle essentiel. Quant aux États-Unis, Donald Trump dans un moment d’égarement mental a récemment proposé que les troupes d’Ahmed al-Charaa interviennent militairement au Liban pour régler son compte au Hezbollah… preuve supplémentaire de son abyssale méconnaissance de la situation régionale et des dynamiques politiques qui y prévalent.
Les conjonctures régionale et internationale sont donc mauvaises pour la Syrie qui voit les perspectives de sa reconstruction retardées alors que l’urgence de la situation nécessiterait au contraire d’en accélérer le rythme.
Les enjeux sécuritaires influencent directement les perspectives de reconstruction et de normalisation du pays. Où en est actuellement la question sécuritaire syrienne ?
Loin d’être stabilisée, elle s’est néanmoins améliorée. Les violences qui s’étaient déchaînées en mars 2025 contre des loyalistes du régime de Bachar al-Assad dans les régions côtières du pays puis s’étaient transformées en violences communautaires contre des membres de la communauté alaouite – environ 1500 civils tués –, puis en juillet de la même année, cette fois-ci contre des villages druzes ayant alors probablement fait plus de 1200 victimes et entraînées le déplacement de plus de 100 000 personnes ne se sont pas reproduites. En dépit d’accrochages sporadiques qui persistent, les violences n’ont plus le même degré d’intensité. Au mois de janvier 2026, des combats se sont cette fois cristallisés contre les quartiers kurdes d’Alep puis contre les régions du Nord-Est du pays, de facto en situation d’autonomie.
Le dernier sujet de préoccupation concernait l’éventuelle recrudescence des activités de Daech qui finalement ne s’est pas produite, en dépit de quelques opérations militaires favorisées par le retrait partiel des troupes étatsuniennes. Question afférente, celle des camps de prisonniers djihadistes sous contrôle kurde qui sont passés de manière organisée sous celui des troupes d’Ahmed al-Charaa, évitant ainsi leur fuite et leur éparpillement.
Si la situation sécuritaire n’est donc pas totalement stabilisée, elle s’est incontestablement améliorée. Pour autant, un sérieux point de tension persiste en raison de la politique israélienne : instrumentalisation d’une partie de la communauté druze pour créer des zones de tensions dans le sud du pays, bombardements aériens qui se poursuivent régulièrement sur le territoire syrien et élargissement de la zone occupée illégalement par l’armée de Tel-Aviv sur les contreforts du plateau du Golan se conjuguent comme autant de défis pour le pouvoir de Damas. On peut regretter que la soi-disant communauté internationale reste au demeurant quasi muette quant à ces entorses manifestes au droit international. Pour ces raisons, les facteurs de déstabilisation sont désormais plus géopolitiques que strictement confessionnels, même si des formes de « revanchardisme sunnite » n’ont pas disparu et peuvent créer des situations de tensions.
Cette réduction des facteurs de violence s’explique par la volonté affirmée et méthodique des nouvelles autorités politiques de reconstruire un appareil sécuritaire centralisé, attachant une importance particulière à l’institution militaire. Ainsi, de nombreuses mesures se sont conjuguées : intégration progressive des milices, réouverture d’écoles d’officiers et de sous-officiers dès l’été 2025, volonté de faire rentrer l’armée dans ses casernes, instauration d’une stricte discipline, concourent à la réalisation de l’objectif affiché, même si des facteurs de fragilité persistent indéniablement.
Ces tensions régionales interviennent dans un pays où la stabilité demeure précaire. Quel état des lieux peut-on dresser de la situation politique et sociale en Syrie ?
Des élections législatives ont été organisées le 5 octobre 2025, les premières depuis la chute de Bachar al-Assad. On peut d’ailleurs se demander si elles n’ont pas eu lieu trop rapidement pour une société atomisée par les épreuves endurées durant les années de guerre civile. Facteur aggravant, tous les partis politiques ont été interdits après la prise du pouvoir d’al-Charaa et on peut légitimement s’interroger sur la crédibilité d’élections organisées dans de telles conditions.
Le système électoral mis en œuvre est en outre d’une grande complexité, mais, pour aller à l’essentiel, les deux tiers des candidats ont été sélectionnés par des comités locaux nommés par une commission électorale composée par Ahmed al-Charaa. Le dernier tiers a été pour sa part directement désigné par ce dernier. C’est dans ces conditions singulières que 210 parlementaires ont été élus/désignés, au sein desquels seulement 4 % sont des femmes.
Ces nouveaux législateurs sont tous idéologiquement proches du pouvoir et ne seront guère enclins à s’opposer aux propositions et décisions de l’exécutif. En réalité, il semble bien que les tâches principales dans les mois et les années à venir soient de reconstruire les liens sociaux détruits par la guerre, de reconstituer une identité citoyenne, de mettre en œuvre une justice transitionnelle. Pour ce faire, le pouvoir doit s’appuyer sur les habitudes de solidarité encore vivaces au sein de la société syrienne et sur les forces vives – militants associatifs, intellectuels, entrepreneurs, etc. –, plutôt que de les maintenir dans une situation de marginalisation. C’est le triple mouvement de reconstruction d’un appareil étatique efficient, de reconstitution d’une société civile active et de préservation de la souveraineté du pays qui constituent les principaux défis du pouvoir. Nul ne sait s’il y parviendra.
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