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Institut de Relations Internationales et Stratégiques - Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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09.01.2026 à 17:30

Venezuela : Trump ne convainc pas

Déborah Yapi

« Mes concitoyens, la nuit dernière, j’ai pris la décision d’ordonner le déploiement des forces militaires américaines au Panama. Aucun président ne prend une telle décision à la légère. Ce matin, je souhaite vous expliquer clairement ce que j’ai fait et les raisons qui m’ont conduit à agir ainsi. » – President George H.W. Bush, Address to the Nation, 30 December 1989 Depuis le lancement des opérations militaires contre le Venezuela au mois de septembre, je ressens une angoisse croissante. Une inquiétude, certes, quant à notre politique étrangère, qui s’éloigne de plus en plus des principes censés guider nos actions outre-mer. Mais aussi — et peut-être surtout — une inquiétude pour notre système démocratique lui-même. La manière dont cette administration agit au Venezuela en dit long sur l’état de notre démocratie, manifestement fragilisée. Le constat est frappant. Aucun effort systématique n’a été entrepris pour préparer l’opinion publique à une intervention en Amérique latine. Aucune tentative de rassembler les forces politiques — y compris au sein de l’opposition démocrate — autour d’une politique prétendument destinée à protéger la nation d’un danger imminent. Aucun dialogue soutenu entre le chef de l’État et la population américaine afin d’expliquer le « pourquoi » d’une opération militaire ou de présenter aux électeurs la stratégie poursuivie. Rien de tout cela. Seulement des « tweets » sur les réseaux sociaux, des remarques improvisées devant des journalistes, des déclarations désinvoltes et hautement politisées, lancées au gré des circonstances. La communication, dans la mesure où elle a existé, est restée creuse, vague, voire ouvertement contradictoire. Initialement, l’accent a été mis sur la menace que représenterait un Venezuela devenu un foyer de « narcoterroristes ». Au début des frappes navales contre des bateaux évoluant dans les eaux territoriales vénézuéliennes, en septembre, le président Trump a accusé le pays — et en particulier […]

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Texte intégral (1395 mots)

« Mes concitoyens, la nuit dernière, j’ai pris la décision d’ordonner le déploiement des forces militaires américaines au Panama. Aucun président ne prend une telle décision à la légère. Ce matin, je souhaite vous expliquer clairement ce que j’ai fait et les raisons qui m’ont conduit à agir ainsi. »

– President George H.W. Bush, Address to the Nation, 30 December 1989

Depuis le lancement des opérations militaires contre le Venezuela au mois de septembre, je ressens une angoisse croissante. Une inquiétude, certes, quant à notre politique étrangère, qui s’éloigne de plus en plus des principes censés guider nos actions outre-mer. Mais aussi — et peut-être surtout — une inquiétude pour notre système démocratique lui-même. La manière dont cette administration agit au Venezuela en dit long sur l’état de notre démocratie, manifestement fragilisée.

Le constat est frappant. Aucun effort systématique n’a été entrepris pour préparer l’opinion publique à une intervention en Amérique latine. Aucune tentative de rassembler les forces politiques — y compris au sein de l’opposition démocrate — autour d’une politique prétendument destinée à protéger la nation d’un danger imminent. Aucun dialogue soutenu entre le chef de l’État et la population américaine afin d’expliquer le « pourquoi » d’une opération militaire ou de présenter aux électeurs la stratégie poursuivie. Rien de tout cela. Seulement des « tweets » sur les réseaux sociaux, des remarques improvisées devant des journalistes, des déclarations désinvoltes et hautement politisées, lancées au gré des circonstances.

La communication, dans la mesure où elle a existé, est restée creuse, vague, voire ouvertement contradictoire. Initialement, l’accent a été mis sur la menace que représenterait un Venezuela devenu un foyer de « narcoterroristes ». Au début des frappes navales contre des bateaux évoluant dans les eaux territoriales vénézuéliennes, en septembre, le président Trump a accusé le pays — et en particulier son dirigeant, Nicolas Maduro — de chercher à déstabiliser les États-Unis par un afflux massif de drogues. « Une quantité massive de drogues sort du Venezuela… Des milliers de personnes meurent à cause de cargaisons entières de drogues qui arrivent par bateau — du fentanyl et bien d’autres substances mortelles », a-t-il déclaré. Or, si le Venezuela constitue un pays de transit pour la cocaïne provenant principalement de Colombie, il n’est nullement un fournisseur majeur du marché américain.[1]

À d’autres occasions, l’administration Trump a laissé entendre qu’un « dictateur » comme Maduro ne pouvait rester au pouvoir, notamment après les élections manifestement frauduleuses de 2024. Cette posture contraste pourtant avec une certaine complaisance affichée par Donald Trump à l’égard d’autres dirigeants autoritaires ailleurs dans le monde, et avec le fait que le régime de Caracas, en pratique, demeure intact — hormis le départ de Maduro lui-même. Depuis le lancement de l’opération, Trump ne parle plus que du pétrole vénézuélien, qui devrait, pour des raisons jamais clairement explicitées, revenir de droit aux États-Unis. Le 5 janvier, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le représentant permanent des États-Unis a semblé revenir à la rhétorique initiale : Maduro serait un criminel, et l’intervention militaire ne constituerait qu’une « opération policière chirurgicale facilitée par l’armée américaine ».[2]

On a l’impression que le président Trump se soucie peu de l’opinion publique et n’entreprend pratiquement aucun effort pour convaincre les citoyens de l’importance — et surtout de la cohérence — de son action au Venezuela.

Or, dans une démocratie fonctionnelle, une initiative de cette nature exige une explication claire et un effort soutenu pour convaincre les citoyens de la nécessité d’une intervention militaire. Lorsqu’on expose des soldats au danger et qu’on prétend « prendre le contrôle » d’un pays étranger, le président a l’obligation de rendre des comptes. Même dans les interventions les plus controversées du passé, l’une des tâches centrales du chef de l’exécutif et de son entourage consistait à exposer sans ambiguïté les raisons invoquées. Lorsque George W. Bush a décidé d’envahir l’Irak, par exemple, il a mené pendant plus de six mois une campagne intensive auprès de l’opinion publique américaine et internationale afin de justifier cette décision. Si la communauté internationale — notamment la France — ne s’y est pas ralliée avec enthousiasme, le peuple américain, du moins dans un premier temps, y était largement favorable, en grande partie grâce au plaidoyer persistant du président. En mars 2003, environ sept Américains sur dix approuvaient l’usage de la force militaire contre l’Irak. Le père de ce même président Bush, qui avait lui aussi conduit une intervention militaire en Amérique latine pour renverser et arrêter un chef d’État lié au narcotrafic, s’était également attaché à en expliquer les motivations à son électorat.

Dans un État de droit, une intervention militaire requiert non seulement l’adhésion de l’opinion publique, mais aussi l’aval du Parlement. Ce fut assurément le cas pour l’Irak : le Congrès américain avait adopté, à de larges majorités dans les deux chambres, une résolution autorisant le président à recourir à la force. À l’époque, de nombreux démocrates — dont Hillary Clinton — avaient apporté leur soutien. Aujourd’hui, malgré le contrôle républicain de la Chambre des représentants et du Sénat, Trump n’a même pas jugé nécessaire de solliciter une autorisation du Congrès pour les opérations navales, ni d’informer celui-ci avant le déploiement de forces spéciales à Caracas. Interrogé sur son obligation légale de consulter les dirigeants du Parlement en amont d’une opération militaire, Trump a répondu : « Je n’aurais aucun problème à le leur dire, mais vous savez, ce n’est pas très important. Je n’ai pas besoin de le leur dire. » Certes, bien que la Constitution confère au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre et que la War Powers Resolution de 1973 limite les prérogatives du président en la matière, il n’est pas certain qu’une Cour suprême favorable à un exécutif fort conclurait à un dépassement de pouvoir. Mais il ne fait guère de doute que des normes démocratiques fondamentales ont été bafouées.

Enfin, cette affaire révèle un comportement pour le moins arbitraire sur la scène internationale. Un État démocratique n’est pas juridiquement tenu d’agir de manière démocratique à l’étranger — mais il en demeure politiquement et moralement responsable. Le respect des règles internes devrait aller de pair avec le respect du droit international, en particulier pour un pays qui prétend incarner un leadership mondial. Or, la Charte des Nations unies ne reconnaît que deux fondements légitimes à une intervention militaire : la légitime défense et l’autorisation explicite du Conseil de sécurité. L’intervention au Venezuela ne relève ni de l’un ni de l’autre.


[1] Politifact, “The US attacked Venezuelan boats it says are carrying drugs. Is Venezuela sending drugs to the US?,” https://www.politifact.com/article/2025/sep/22/Trump-Venezuela-boat-strikes-drugs-trafficking/?utm_source=chatgpt.com

[2] Ambassador Mike Waltz, “Remarks at a UN Security Council Briefing on Venezuela,” https://usun.usmission.gov/remarks-at-a-un-security-council-briefing-on-venezuela-2/

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09.01.2026 à 17:04

Intervention des États-Unis au Venezuela : quand la lutte antidrogue est instrumentalisée

admn_iris

Après plusieurs mois de pression exercée à l’encontre du régime de Nicolàs Maduro, l’administration de Donald Trump est passée à l’attaque directe en frappant le cœur du régime vénézuélien. Le 3 janvier 2026, après des bombardements sur Caracas visant à annihiler toute riposte de la garde présidentielle, un commando des forces spéciales de la CIA a arrêté puis exfiltré le président et son épouse, Cilia Flores, afin de présenter le couple devant la justice américaine. L’opération qui a conduit à la capture de Maduro a eu lieu 36 ans jour pour jour après l’arrestation de Manuel Noriega, l’ancien chef d’État du Panama et cible de la dernière intervention américaine de changement de régime en Amérique latine. Cette opération de police constitue une énième illustration de l’évolution des relations internationales depuis la Première et la Seconde Guerre mondiale et singulièrement depuis la fin des années 1990, marquées aux États-Unis par l’hégémonie du courant néoconservateur. Elles marquent la crise tendancielle de l’ordre westphalien reposant sur la souveraineté des États.

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Après plusieurs mois de pression exercée à l’encontre du régime de Nicolàs Maduro, l’administration de Donald Trump est passée à l’attaque directe en frappant le cœur du régime vénézuélien. Le 3 janvier 2026, après des bombardements sur Caracas visant à annihiler toute riposte de la garde présidentielle, un commando des forces spéciales de la CIA a arrêté puis exfiltré le président et son épouse, Cilia Flores, afin de présenter le couple devant la justice américaine. L’opération qui a conduit à la capture de Maduro a eu lieu 36 ans jour pour jour après l’arrestation de Manuel Noriega, l’ancien chef d’État du Panama et cible de la dernière intervention américaine de changement de régime en Amérique latine. Cette opération de police constitue une énième illustration de l’évolution des relations internationales depuis la Première et la Seconde Guerre mondiale et singulièrement depuis la fin des années 1990, marquées aux États-Unis par l’hégémonie du courant néoconservateur. Elles marquent la crise tendancielle de l’ordre westphalien reposant sur la souveraineté des États.

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09.01.2026 à 12:37

Trump et la mise à mort du monde occidental

stagiairedecomm@iris-france.org

Donald Trump est en train de planter le dernier clou dans le cercueil du monde occidental. Après un an d’attaques de Trump sur l’Europe, selon lui créée pour « entuber » les États-Unis, il est temps que les Européens réalisent que l’alliance n’est plus la même et que les États-Unis sont devenus un pays prédateur. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, les États-Unis ont joué un rôle de protecteur pour l’Europe face à l’URSS pendant la Guerre froide ; un rôle qui était redevenu d’actualité à la suite du début de l’agression russe en Ukraine en 2022. Cependant, depuis l’arrivée de l’administration Trump, tout ceci n’existe plus et les paroles et les actes étasuniens vont à l’encontre de toutes les valeurs européennes. Dans cette situation, les Européens sont pour le moment impuissants et perdent de leur crédibilité. Il faut un sursaut afin de préserver notre honneur, notre dignité et notre avenir.

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Donald Trump est en train de planter le dernier clou dans le cercueil du monde occidental. Après un an d’attaques de Trump sur l’Europe, selon lui créée pour « entuber » les États-Unis, il est temps que les Européens réalisent que l’alliance n’est plus la même et que les États-Unis sont devenus un pays prédateur. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, les États-Unis ont joué un rôle de protecteur pour l’Europe face à l’URSS pendant la Guerre froide ; un rôle qui était redevenu d’actualité à la suite du début de l’agression russe en Ukraine en 2022. Cependant, depuis l’arrivée de l’administration Trump, tout ceci n’existe plus et les paroles et les actes étasuniens vont à l’encontre de toutes les valeurs européennes. Dans cette situation, les Européens sont pour le moment impuissants et perdent de leur crédibilité. Il faut un sursaut afin de préserver notre honneur, notre dignité et notre avenir.

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