20.03.2025 à 13:57
L'Autre Quotidien
Greentea Peng sort son second album de 14 titres à la fois profondément introspectif et riche sur le plan sonore, à base de r’n’b spirituel, cru et psychédélique. Vous pouvez chercher des correspondances autant du côté de Massive Attack que Erikah Badu ou Earl Sweetshirt, avec la culture actualisée des sound systems londoniens qui font le fond de la culture black depuis les 70’s. Elle y aborde autant la recherche de sa place dans le monde, l'essence brute de l’être humain et la relation complexe avec soi-même. Rien de très étrange puisque c’est le quotidien des gens de couleurs en Europe mais depuis peu, aussi en Angleterre avec la remontée des crétins d’extrême-droite qui essayent de récupérer les déçus du Brexit, comme Retailleau ici ou Jourdain Bordelleux en tête de gondole.
« Dites-leur ce que vous voulez. Exploration de l'auto-politique, des fils qui composent ce patchwork qu'est la vie, toute d'histoire, de pensée et d'émotion. Des hauts et des bas, des flux et des reflux. Cet album est la vague qui rejoint l'anse, une expiration, la fermeture d'un livre. Des morceaux collés de l'âme à la recherche de nouvelles pages.
TELL DEM IT'S SUNNY, au-dessus du chemin nuageux de la recherche de soi. Merci d'avoir écouté ! »
- Greentea Peng
Une voix d’enfant, imitant celle de sa mère, introduit le titre de l’album, nous rappelant le contexte transformateur dans lequel cette nouvelle œuvre de Greentea Peng prend forme. Le paysage sonore est humide et presque surnaturel. Des exclamations chamaniques se mêlent à des lignes de basse qui ondulent, comme la respiration profonde d’un esprit mystérieux de la jungle en repos. Greentea Peng laisse flotter une incantation sur ces notes fantomatiques, à la fois apaisante et pleine de confiance. L’invitation qui nous est faite est celle de l’inconnu, un appel à libérer de l’espace intérieur pour accueillir ce qui est à venir. un peu de l’eau qui coule sur la matière des 90’s, du connu vers l’inconnu, du pressentiment à l’accomplissement. Une maison dont chaque pièce reflète un rêve ou une merde, mais qui fait sens au fil de la visite et retrouver ses sensation en jachère, des morceaux d’oubli qui étaient bien là, mais planqués en arrière-fond et qui remontent aujourd’hui nantis d’une autre lumière. Et merci pour les putains de basse ! Super album, star en perspective.
Jean-Pierre Simard, le 24/03/2025
Greentea Peng - TELL DEM IT'S SUNNY - Greentea Peng
20.03.2025 à 13:45
L'Autre Quotidien
Il ne fallut pas longtemps pour trouver Philippe Madec qui incarne aussi bien l’âme du lieu que l’âme de la foire. Le stand d’(apm) & associés* n’est qu’un parmi la centaine d’agences en démonstration mais la satisfaction bonhomme de l’architecte dit tout du plaisir de l’hôte de ces bois d’accueillir le visiteur. De quelque endroit de la galerie, la vue est imprenable sur la manifestation : les cabanons des industriels, deux auditoriums au design efficace, particulièrement réussis et qui donnent envie, du monde dans les allées et l’assurance tranquille que donne la certitude de l’entre-soi des vainqueurs, la construction bois devenue une évidence.
Le paradoxe est de découvrir cette démonstration parfaitement orchestrée et emprunte de bonnes intentions écologiques dans un bâtiment, le Grand Palais, dont le seul bois utilisé lors de son édification était celui du manche à balai du concierge. Philippe Madec de remarquer : « Le XIXe siècle fut celui de la fonte et de l’acier, cela a duré un siècle ; le XXe siècle fut celui du béton, cela a duré un siècle ; c’est aujourd’hui le siècle du bois et des matériaux biosourcés. C’est à chaque fois un véritable renouvellement architectural. L’architecture demeure, c’est la construction qui change », dit-il. Soit.
Du haut de la galerie, salué par tous comme un Jedi, le héraut de la frugalité heureuse se souvient avoir démarré ses études à UP7 (Unité pédagogique d’architecture numéro 7) exactement ici, dans le Grand Palais, sous la coupe de l’atelier Ciriani/Maroti ; c’est dire si, né en 1954, Philippe Madec était prédestiné. Évidemment donc qu’il était là pour l’occasion et évidemment donc qu’il est ému de boucler dans cet endroit, quarante ans plus tard, la boucle de son engagement en faveur de la construction bois avec cet évènement qui remplit le Grand Palais et dont il est une sorte d’invité honoris causa.
Ce qui frappe en premier lieu est la profusion d’agences et de projets qui garnissent toute la galerie du Grand Palais, un mini marathon d’en faire le tour : c’est la plus grande exposition architecturale de l’année ! Certes entièrement et seulement dédiée au bois – même si la mixité des matériaux fait désormais consensus – mais plus de 100 agences sont représentées, les agences historiques de l’architecture bois bien sûr, mais encore plein de jeunes agences inconnues avec des projets vraiment intéressants ici où là, et bien sûr toutes les agences nouvelles converties, que d’aucuns s’étonnent parfois de retrouver là. Enfin les agences qui, avec leurs gros sabots en bois, volent au secours de la victoire.
Comment en vouloir aux architectes quand ce sont les maîtres d’ouvrage qui insistent sans faire la différence entre canal historique et nouveau lobby vert ? De fait, les élus locaux sont contents de se satisfaire d’une politique du bois, soutenue au plus haut niveau, qui sert de cache-misère à une authentique politique durable. Du bois, lequel ? En quels volumes ? Une industrie ? Quelle place pour les artisans et les PME ? Et l’eau ? Et l’air ? Il leur est plus aisé d’éviter les questions qui dérangent avec des symboles glorieux et démonstratifs de leur bon vouloir, telle tour en bois forcément totemique ici ou tel autre bâtiment biosoucé évidemment iconique là. Les architectes sont opportunistes, à juste titre. Ils répondent aux vœux de leur maître d’ouvrage et il y a quarante ou cinquante ans de tels forums étaient dédiés à la construction en béton et 100 ans plus tôt des foires faisaient la démonstration des bienfaits de l’acier. Les mêmes étaient déjà là et comptaient les bouses.
Pour autant, si la sortie du premier numéro de Séquence Bois date de 1994 – le magazine a fêté ses 30 ans en octobre 2024 – et les questionnements climatiques sont depuis et au fil des années 2000 devenus de plus en plus pressants, la profusion étalée au Grand Palais démontre qu’en effet le temps des pionniers, qui parlaient du Voralberg avec des bûches dans les yeux, est révolu. Aujourd’hui, une génération entière est dotée de ce savoir-faire et l’architecte qui ne sait pas construire en bois une école ou un gymnase peut devenir accompagnateur Renov’. De fait, il faut espérer que demeurent dans les écoles des ateliers bétons, des purs et durs, jusqu’au diplôme, justement pour préserver ce savoir-faire dont les architectes en France sont encore champions. Rudy Ricciotti au musée, vous allez voir qu’Henri Ciriani va finir par nous manquer…
Toutefois, le siècle est encore jeune et, pour le bois, ne pas sous-estimer l’effet passion qui perdure et qui n’est pas qu’opportunisme. À découvrir en cette galerie éphémère certains projets qui suent la dévotion, c’est à se demander comment l’agence gagne sa vie. Pour autant, des bâtiments utilisant le bois ont déjà 20 ans et, pour certains, cela se passe mieux que pour d’autres. Il demeure que le retour d’expérience est la règle pour toutes les innovations architecturales, quels que soient le siècle, les matériaux et le talent des architectes. Dont acte.
De plain-pied, les stands des industriels, en bois évidemment, font penser à une sorte de mini Batimat mais dans un site qui a de la classe et tellement lumineux que n’importe quelle manifestation en son sein y gagne en élégance. C’est ici par exemple qu’eurent lieu les épreuves d’escrime des jeux olympiques. Si ce n’est pas un bâtiment réversible… Aujourd’hui, des architectes sont venus ici chercher des solutions techniques et ils les trouvent. L’innovation accompagne la demande.
Impossible de détailler la multitude de conférences, vingt minutes chacune, qui se sont tenues au fil de ces trois jours mais le programme – facilement accessible en ligne – rend compte de la richesse des évolutions de la pensée qui sont désormais plus que de simples éléments de langage, même si ces derniers demeurent.
De fait, la question de la ressource est assez vite évacuée. Le projet de la Cité Policière de Cayenne signé Ameller Dubois, équipement bioclimatique en chantier mettant en œuvre le bois d’Angélique, essence emblématique de la Guyane, est exposé et démontre encore l’intérêt et la diversité, comme un certain nombre d’autres maquettes, de l’architecture en bois quand la ressource est locale et abondante.
La question de ce que réserve l’avenir de l’industrie du bois à l’échelle de la métropole demeure cependant posée, surtout si la demande en vient à excéder les capacités de production made in France. Quelles forêts ? Quelle reconstruction après toutes ces guerres ? Se souvenir que le pays du Cèdre, comme nombre d’îles en Méditerranée, a vu ses forêts entièrement rasées pour la construction de bateaux de guerre romains. Aujourd’hui, quand elles ont repoussé, elles brûlent… Du bois en quelle quantité ? De quelle origine ? Jusqu’à quand ? Quelle alternative au bois quand il n’y en a pas assez, ou plus, ou qu’il est juste bon à faire brûler les chats ?
Malgré la réussite de cette manifestation, demeure le souci de l’injonction comme en témoigne ce forum mono orienté à l’atmosphère chalet bienveillant finalement étouffante. Il doit – devrait – revenir à la femme ou l’homme de l’art de décider, sans a priori, quels matériaux sont les mieux adaptés au projet selon le vœu et le budget du maître d’ouvrage. Libre de ses choix sans doute, l’architecte qui sait son métier saura les combiner au mieux pour des ouvrages contemporains en symbiose avec leur environnement intellectuel et contextuel.
Enfin, ce forum, justement parce qu’il a lieu au sein de ce monument de fonte et de verre qui passe les siècles, invite à la modestie. « Il faut revenir à la diversité, à l’universel, la diversité c’est l’universel concret », convient Philippe Madec.
Christophe Leray, le 24/03/2025
Ephémère exposition du siècle au Grand Palais
* Ecouter notre Podcast #04 – Philippe Madec, de la frugalité heureuse, dit-il et en savoir plus sur l’œuvre de Philippe Madec
20.03.2025 à 13:33
L'Autre Quotidien
Assoukrou Aké, Les perfection-nés et le sacrifice de maturité, 2022, acrylique et crayon graphite sur contreplaqué gravé, 366 x 244 x 6 cm, Courtesy Ellipse Art project © l’artiste et Adagp — Paris, 2025 © Photo Théo Pitout
Comment les défunts insistent-ils, à travers le temps, pour nous tenir en question ? La voix des morts occupe une place centrale dans les réflexions contemporaines, qu’elles soient artistiques, littéraires, dramaturgiques, philosophiques, notamment chez des artistes qui articulent des appartenances diasporiques, transculturelles ou minoritaires. Orienté autour de la notion d’hantologie, pour citer le néologisme du philosophe Jacques Derrida dans son ouvrage Spectres de Marx, ce projet s’attache à présenter des œuvres ou des interventions qui portent en elles des voix du passé.
À travers elles s’expriment les irréconciliables contradictions dont nous héritons : des mirages de la modernité aux cendres du continuum colonial. S’il n’existe qu’un présent trouble et lourd de complexités dans lequel nous naviguons, les pratiques d’ancestralité ou de généalogie nous enseignent comment nous construire des lignées affectives et intellectuelles à travers le temps et entrer en conversation avec les spectres qui nous entourent.
Interpeller le passé au présent de l’art, lutter contre l’abêtissement proféré par Bolloré et consort… A voir pour éviter de se laisser piéger par les diffuseurs de malheur.
Bill Prokosh, le 24/03/2025
Exposition collective - Tactical Specters -> 13/07/2025
La Ferme du Buisson Allée de la Ferme Noisiel 77186 Marne-la-Vallée
Chiara Fumai, I Did Not, 2020 — Installation, CAC Genève Courtesy de l’artiste
Avec les artistes Assoukrou Aké, Nils Alix-Tabeling, Vir Andres Hera, Chiara Fumai, Coco Fusco, Hamedine Kane, Belinda Kazeem-Kamiński, Élise Legal, Joshua Leon, Anne Le Troter, Anouk Maugein et Lorraine de Sagazan, Jota Mombaça, Publik Universal Frxnd, Samir Ramdani et Euridice Zaituna Kala.