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20.03.2026 à 16:57

Timothée Durand, le patron nordiste qui ramène Arc dans le giron familial

FRANCE24

Du jardin de l'imposante demeure néogothique où vivait alors sa famille à Arques (Pas-de-Calais), située à un jet de pierre de l'usine, Timothée Durand entendait, lorsqu'il était enfant, le ronronnement des presses automatisées ramenées d'Amérique par son grand-père Jacques Durand à partir des années 1930. Grâce à l'importation puis l'amélioration de ces technologies, la verrerie artisanale que son arrière-grand-père Georges Durand avait rachetée en 1916 est devenue un des principaux fabricants au monde de produits en verre pour les arts de la table. Timothée Durand raconte à l'AFP avoir toujours "baigné" dans l'univers d'Arc, visitant les fours "dès 4 ou 5 ans", admirant les prototypes trônant dans la pièce attenant au bureau paternel: animaux en verre, verres de cristal... Après une enfance à Arques rythmée par les trois changements d'équipe quotidiens dans l'usine, provoquant dans la petite ville un chassé-croisé de milliers d'ouvriers, Timothée Durand fait des études d'ingénieur et de commerce, puis débute sa carrière chez Sanofi Pasteur. A 28 ans, après dix ans au conseil d'administration d'Arc, il rejoint l'entreprise comme responsable des fusions et acquisitions en 2004. Lorsque son père Philippe décède prématurément trois ans plus tard, laissant à Timothée Durand, 30 ans, et à sa soeur 50% de l'entreprise - le reste appartenant à des cousins - il reste salarié. "Destinée familiale" Concurrence chinoise, perte de marchés au Moyen-Orient, difficultés de productivité: pour sauver l'entreprise, la famille cède ses parts au fonds américain PHP dirigé par Dick Cashin, jusqu'à sortir complètement du capital en 2016. En 2024, quand Arc se retrouve de nouveau en difficulté financière, Timothée Durand, toujours salarié de l'entreprise, prépare une offre avec l'appui d'un autre descendant d'une dynastie d'entrepreneurs nordistes, Matthieu Leclercq, fils du fondateur de Decathlon et membre de la famille Mulliez. Depuis qu'il a quitté Decathlon, ce dernier pilote une société d'investissement spécialisée dans l'accompagnement de la transmission familiale d'entreprises, et connaît M. Durand de longue date, via un petit groupe de jeunes entrepreneurs familiaux. "Il me suit parce qu'Arc est une entreprise de famille", explique M. Durand. "Il croit à cette destinée familiale, qui fait l'ADN d'une entreprise". Matthieu Leclercq indique simplement à l'AFP qu'il "investit à titre personnel dans ce projet qu'il juge aligné avec ses convictions". Le projet présenté en 2024 par MM. Durand et Leclercq n'est cependant pas retenu: Bercy et Dick Cashin lui préfèrent celui de Pascal Cagni, président de Business France, et Patrick Molis, PDG de la Compagnie nationale de navigation, qui deviennent actionnaires minoritaires d'Arc. Après cet échec, M. Durand quitte Arc et se lance dans une activité de conseil dans la transmission familiale d'entreprises. Reprise douloureuse "Je ne pensais pas revenir", assure-t-il, expliquant que ce sont les dirigeants d'Arc qui l'ont recontacté lorsque l'entreprise s'est retrouvée une énième fois en difficulté, notamment après la flambée des prix de l'énergie. Ainsi informé en amont, il prépare une offre de reprise avec l'équipe en place, ce qui lui permet de présenter un projet très avancé le jour-même de l'annonce du redressement judiciaire d'Arc le 7 janvier. Sa situation lui donne l'avantage de "très bien connaître" l'entreprise, mais aussi l'inconvénient d'avoir "moins de recul, en raison de l'attachement", reconnaît-il, soulignant l'importance de "bien s'entourer". Avec la décision du tribunal de commerce de Tourcoing vendredi, Arc, rebaptisé Verrerie Arc 1825, redevient un groupe familial: Timothée Durand en est désormais actionnaire à 100%, M. Leclercq apportant les 50 millions d'euros nécessaires à sa transformation, sous forme d'obligations. Mais pour les salariés de l'usine, le retour de Timothée Durand s'annonce douloureux, le plan de reprise impliquant 700 suppressions de postes sur les quelque 3.500 salariés que compte l'entreprise. La famille Durand est "lourdement responsable" de la "déconfiture" du groupe depuis les années 2000, faute d'avoir osé prendre à temps les décisions difficiles qui s'imposaient, tacle l'entrepreneur Patrick Puy, qui a vainement tenté en début d'année de monter une offre de rachat concurrente.

20.03.2026 à 16:41

Loin de la guerre au Moyen-Orient, montée des frustrations dans le monde sur l'approvisionnement en carburants

FRANCE24

Les prix de référence du pétrole oscillent actuellement autour de 100 dollars (86,50 euros) le baril, soit une hausse de 40 à 50% depuis le début le 28 février de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, qui perturbe l'approvisionnement en pétrole et en gaz. Dépenser davantage Plusieurs semaines avant le déclenchement de la guerre, Adeola Sanni, une entrepreneure nigériane de 36 ans fabriquant des uniformes d'entreprise à Lagos, avait prévu d'embaucher un employé supplémentaire. Maintenant, son plan tombe à l'eau car son budget est accaparé par l'achat de carburant pour les générateurs qui alimentent ses machines à coudre, dans le pays le plus peuplé d'Afrique où les prix de l'essence ont augmenté de 20%. L'approvisionnement en électricité du Nigeria est instable même dans de meilleures circonstances, mais il s'est détérioré encore ces dernières semaines en raison de pénuries d'approvisionnement en gaz, obligeant entreprises et ménages à dépenser davantage pour des générateurs privés. "Je dépense actuellement plus de 33% de plus qu'habituellement sur les carburants", a dit à l'AFP Mme Sanni. Au Nigeria, les prix du pétrole ont augmenté récemment de 830 naira pour un litre à Lagos à 1.250 naira (de 0,53 à 0,80 euro), un record dans un pays où le pris à la pompe était de 195 naira seulement début 2023. Les prix sont ensuite redescendu à 1.130 nairas. Parallèlement, les tarifs des transports publics ont augmenté de près d'un tiers, ajoutant à la détresse des usagers déjà ébranlés par une crise du coût de la vie provoquée par des réformes qui ont réduit drastiquement les subventions sur le carburant. "Plans chamboulés" En Inde, Kriti Prasad, femme au foyer de 43 ans, s'est retrouvée à chercher désespérément du gaz de cuisine alors que les stocks s'amenuisent. Partout dans le pays, les gens font la queue devant les agences de distribution de bouteilles de gaz. Les plaques de cuissons électriques ont connu une hausse de leur ventes en Inde, où les habitants cherchent des alternatives au gaz. Ces besoins peuvent être particulièrement aigus pendant les fêtes religieuses comme l'Aïd pour les musulmans et à l'approche de la fête hindoue de Chhath. "J'ai essayer de réserver une bouteille de gaz depuis plusieurs jours, mais sans succès jusqu'à présent. Cela a chamboulé tous nos plans", a dit à l'AFP Kriti Prasad, avant d'ajouter: "Le gouvernement dit qu'il n'est pas nécessaire de paniquer, mais la réalité sur le terrain est différente". Les petits et moyens restaurants indiens ont également été contraints de modifier leurs menus, les autorités donnant la priorité aux approvisionnements en gaz des ménages. Avec des prix du gaz au marché noir quasiment doublés, certains envisagent de cuisiner sur des poêles à bois. Compenser les coûts Au Philippines, certains conducteurs de taxis triporteurs ont vu la hausse du prix des carburants réduire leurs gains de moitié. Romeo Cipriano conduit un triporteur à Manille depuis quatre décennies et assure que les prix actuel des carburants sont les plus élevés qu'il ait jamais vu. Il a récemment rejoint des centaines de chauffeurs faisant la queue pour recevoir une aide en espèces de 5.000 pesos (72 euros). En attendant patiemment sa subvention au centre communautaire de Manille, M. Cipriano a déclaré qu'il ne pouvait que prier pour une fin rapide de la guerre. "Nous ne sommes pas les seuls à être affectés", a-t-il dit, en affirmant: "Personne ne gagne dans une guerre". Les autorités ont également augmenté les tarifs de certains transports locaux afin de compenser le coût du carburant. Prix critique Le pêcheur français David Le Quintrec a affirmé que les prix du gasoil pour les bateaux de pêche avaient augmenté de façon "énorme", forçant les professionnel du secteur à naviguer sur de plus courtes distances pour économiser du carburant. "Le diesel a atteint un prix qui devient assez critique pour nous", a déclaré M. Le Quintrec, en déchargeant des soles et des bars pêchés récemment dans la nuit au port de Lorient (ouest de la France). Le pêcheur, qui dirige aussi L'Union Française des Pêcheurs Artisans (UFPA), a vu le prix du carburant s'envoler en l'espace de 10 jours, après le déclenchement de la guerre en Iran: il est passé de 60 centimes d'euros le litre à près de 90 centimes, raconte-t-il à l'AFP. Non loin de là, le responsable des opérations de pêche, Jérôme Nicol, ne voit guère d'espoir. Si le gasoil atteint un euro le litre, les cinq chalutiers de sa flotte resteront au port, car il ne sera plus rentable de les envoyer en mer. "Pour les bateaux qui consomment plus d'une tonne de carburant par jour, cela représente plusieurs centaines d'euros de plus", assure-t-il. "Trop cher pour moi" A Ashgabat, la capitale du Turkménistan voisin de l'Iran, Shemshat Kurbanova, un retraité, a pris l'habitude d'acheter des jus et des fruits iraniens. Mais désormais le prix de la plupart de ces produits a augmenté. L'Iran a interdit toutes les exportations de marchandises et de produits agricoles, provoquant une pression économique sur le Turkménistan et l'ensemble de l'Asie centrale, où Téhéran exerce une influence économique croissante. "J'appréciais leurs prix bas. Mais maintenant, tout a doublé", a déploré M. Kurbanova. Kerim Ballyev a réduit sa forte consommation de cigarettes iraniennes. "C'est trop cher pour moi", a-t-il dit. "Je n'achèterai plus de paquet entier, je les achèterai à l'unité", a-t-il ce fonctionnaire. Pénuries En Thaïlande, les automobilistes et les motards font la queue pour se ravitailler en carburant, confrontés à des pénuries qui s'aggravent et à la hausse des prix. Oracha, 48 ans, livreuse de repas, explique qu'elle perd de l'argent parce qu'elle doit désactiver son application pendant une heure pour chercher du carburant. "Je perds mon revenu pour cette heure-là", dit-elle, ajoutant qu'elle gagne normalement entre 30 et 50 bahts (0,79 à 1,32 euro) de l'heure et qu'elle doit travailler plus longtemps pour rattraper le temps perdu. "S'il n'y a pas de carburant, j'ai l'impression de ne pas avoir de travail du tout", dit-elle. burx/rl/emp/thm

20.03.2026 à 16:41

Décès du célèbre œnologue Michel Rolland

FRANCE24

Le "gourou du vin", du titre de son livre paru en 2012, s'est éteint dans la nuit de jeudi à vendredi, d'une crise cardiaque, a indiqué à l'AFP sa fille Marie Rolland, confirmant une information du journal Sud Ouest. Né dans le Libournais, petit-fils de viticulteurs depuis plusieurs générations, Michel Rolland fait ses études à la faculté d’œnologie de Bordeaux. Il fait ses premiers pas de consultant au début des années 1970, dans le Bordelais, avant d'étendre son activité à l'international, et de devenir la figure du "flying winemaker", aux conseils sollicités de la Californie à l'Argentine. Proche du célèbre critique américain Robert Parker, il contribue à l'internationalisation des vins de Bordeaux, mais aussi, selon certains, à standardiser leur goût vers des profils boisés et charpentés. "Parker a changé le paysage vineux mondial par une approche de la dégustation que personne n'avait avant lui. Il a eu l'idée d'un système de notation, critiqué peut-être, mais c'est le seul qui marche", disait Michel Rolland à l'occasion de la sortie du "Gourou du vin", en estimant que Bordeaux "devrait lui ériger une statue ou baptiser une place Robert Parker". En 2004, il obtient une stature médiatique internationale après être apparu dans le documentaire "Mondovino" de Jonathan Nossiter, pamphlet sur la globalisation du goût et la mondialisation de la production du vin. Le cinéaste-sommelier américain le qualifie de "corsaire espiègle" et de "Spielberg du vin". En réponse, Michel Rolland qualifiait Jonathan Nossiter de "janséniste altermondialiste". "Je n'ai rien contre le personnage qui ne reviendra sûrement jamais dans le vin. En revanche, je trouve que la presse française a été beaucoup trop complaisante. Ce n'était pas du génie, il a enfumé tout le monde et c'est ce que je voulais dénoncer dans le livre", disait-il.
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