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✍️  Work-in-progress human-generated

« L’apparition de métavers porte un coup fatal à ce qu’il nous restait de liberté imaginaire. Le capital y est parvenu à nous vendre un ersatz de notre imaginaire, ou plus exactement un imaginaire qui n’en est pas un. Car il s’agit d’une duplication du monde par la fiction. »

Annie Lebrun autrice, essayiste et poétesse surréaliste

I. Un monde sans contacts régulé par des algorithmes


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Cinq des sept premières capitalisations boursières mondiales sont des entreprises de l’économie numérique côtées au Nasdaq (USA) : Alphabet (Google), Apple, Meta, (Facebook, WhatsApp, Threads, etc.), Amazon et Microsoft. Alphabet et Meta prospèrent sur des services en ligne "offerts". Apple et Microsoft dominent le marché des systèmes d'exploitation propriétaires, smartphones, gadgets connectés, consoles de jeu. Amazon détient pour sa part 46% du marché mondial des services d'infrastructures cloud (chiffres 2021).

Nvidia, Alphabet, Microsoft et Amazon contrôlent une grande partie des infrastructures de l’Intelligence Artificielle (chap.IV et suivants). Elles peuvent d’ores et déjà en facturer l’accès.

Assises sur un trésor de guerre égal au PIB de la France et de l'Allemagne réunies, les cinq captent 25% du marché publicitaire mondial, en monétisant de gigantesques quantités de données personnelles. En dernier ressort, elles n'ont de comptes à rendre qu'à leurs actionnaires, tout en travaillant en bonne intelligence avec la NSA (Google, Facebook), l'armée israélienne (Google) ou les services secrets britanniques (Amazon). Les victimes consentantes de la loi de Metcalfe (ou « effet de réseau » ) qui scrollent leurs notifications cent fois par jour n'en ont cure. La perception qu'ont d'eux-mêmes et de la société les milliards d'individus connectés à ces plateformes signe un changement civilisationnel dont la génération précédente se formait une idée bien naïve; si l'on se souvient de la réception du Minitel en France...

Les « habits neufs de l’hégémonie américaine » font face au conglomérat chinois BATHX, hégémonique en Asie. Depuis 2020 en effet, la Chine a élevé officiellement les données au rang de « cinquième facteur de production » après la main-d’œuvre, la terre, le capital et la technologie...

Pour prendre la mesure des mutations du capital à l'ère numérique :
« Bifurquer avant l’impact : l’impasse du capitalisme de surveillance » Christophe Masutti , 29.08.22
► L'essai de Shoshana Zuboff, « L'âge du capitalisme de surveillance » .

« L’insoutenable vérité sur la situation actuelle, c’est que les États-Unis et la plupart des autres démocraties libérales ont abandonné la propriété et l’exploitation des données numériques aux acteurs du capitalisme de surveillance, qui, mus par des intérêts politico-économiques, concurrencent désormais la démocratie sur la question des droits et des principes fondamentaux qui définiront l’ordre social de ce siècle. »
Soshana Zuboff.

Pour chevaucher la croissance exponentielle des flux, les grandes plateformes (TikTok, Instagram, Youtube, etc...) ont adopté les moyens et méthodes du trading à haute fréquence, basé sur des algorithmes qui relèvent du secret défense. Les algorithmes maintiennent le système à flot en lui évitant la congestion et l'auto-destruction.

« Facebook a permis à la Russie d'interférer dans nos élections en 2016 et d'aider Trump. »
(Déclaration de la présidente lors d'une auditioparn de Marc Zuckerberg devant une commission du Congrès)

« La direction de Facebook a cédé aux pressions d’Ankara lors de la campagne turque contre les forces kurdes syriennes en 2018. (...) C’est la directrice des opérations de Facebook elle-même qui a scellé le sort de la page officielle des forces kurdes syriennes (YPG), sur fond d’une campagne militaire turque sanglante sur le territoire syrien. »

En octobre 2020, les membres démocrates de la commission anti-trust à la Chambre des Représentants votaient un rapport au vitriol prônant le démantèlement pur et simple des "Big Five"... Après la victoire de Joe Biden, qui s'attirait nettement les faveurs et le soutien des GAFAM, l'idée a vite été enterrée.

"Compte tenu du modèle économique de Facebook, fondé sur la violation de la vie privée et l'exploitation des consommateurs, Facebook n'aurait jamais dû être autorisé à acquérir WhatsApp. L'heure du démantèlement de Facebook a sonné. Il est temps d'agir. " ("The time to break up Facebook has come. The time to act is now.") pouvait-on lire dans le Guardian du 14 mai 2021.

Il faut réguler les Big Tech continuent de répéter en coeur les mieux-disants de tous bords. D'accord. Mais à la cadence sidérante de 43 milliards de publications par jour sur Facebook (estimation), 1000 milliards d’heures de vues par jour sur YouTube (dont 700 milliards choisis par l’algorithme) de quoi parle-t-on, là ? La prétention à "réguler" quelque chose sans toucher aux clés de ce business-model forcené a-t-elle encore un sens ? (non).

II. Modération privée et législation publique ne sont pas conciliables


Toutes plateformes confondues, plus de 150.000 philippins modérent des contenus pour des salaires variant entre 2 et 6 dollars de l’heure. [données à réactualiser] Pas besoin d'être polyglotte pour trier essentiellement des images. Ces forçats du clavier sont chargés d'arbitrer le revenge porn ou le cannibalisme en dix secondes chrono. Les consignes du "guide interne FB des règles de modération" de 300 pages ne sont que partiellement publiques, afin de ne pas tout dévoiler aux malfaisants qui cherchent à passer sous les radars. L' un des objectifs importants de ce document est de dégager la responsabilité juridique et morale de la firme dans le monde réel : les autorisations de diffusion des vidéos de morts violentes sont accordées avec "pragmatisme", les photos d’agression physiques, de harcèlement, notamment des enfants, n’ont pas à être supprimées, à moins qu’elles ne révèlent "un comportement sadique", les animaux peuvent être battus, attaqués et tués en direct. La nudité sous toutes ses formes est généralement censurée, mais les « œuvres d’art » artisanales réalisées à la main montrant la nudité ou une activité sexuelle sont acceptées. A l'inverse, les contenus qui posent un problème légal ne disparaissent jamais et ne font jamais l’objet de sanction. Le harcèlement par exemple, passe totalement entre les mailles du filet.

[EDIT : Les normes de modération de Facebook sont désormais pratiquement inexistantes :
Modération sur Facebook : de nouvelles règles tortueuses détaillées dans des documents internes, Le Monde - 10.01.2025 ]

« Le problème, c’est que les réseaux sociaux veulent faire eux-mêmes leur modération. Mais ça se passe mal, pour des raisons politiques et managériales. Ils ont trop misé sur l’IA. Facebook et YouTube rêvent de supprimer la modération faite par l’humain. Mais comme je vous le disais, l’IA est comme une boite noire. Par exemple, les Chinois ont créé des bots qui sur YouTube, suppriment tout commentaire critiquant le parti en place. Ils sont parvenus à manipuler l’algorithme de YouTube pour lui faire faire ce qu’ils voulaient. C’est de la censure algorithmique. À la Silicon Valley (j’y ai déjà travaillé un an) les algorithmes de modération automatisée font consensus : tout le monde veut revenir à une modération manuelle. Mais c’est un travail mal payé, au SMIC (parfois moins) aux États-Unis, et on a réalisé que la modération manuelle était très orientée pro-Trump… »
Olivier, Ingénieur en Intelligence Artificielle.

III. Le temps d'attention, nouvel eldorado du capitalisme de surveillance


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L' exploitation des foules sentimentales tire parti d'une ressource humaine inépuisable : le vortex émotionnel. Radicalement étrangère aux notions de morale et de temps humain, la combinaison du deep learning (algorithmes d’apprentissage) et du big data (l'extraction des données) constitue la formule technique la plus performante pour s'acquiter de cette tache au meilleur coût. C'est donc bel et bien une guerre de l'attention qui est menée actuellement. On en mesure encore mal les conséquences à long terme, mais il semble évident que le langage, le sommeil, la capacité à se concentrer et à dialoguer, à exercer une pensée critique, à lire (vraiment) en font les frais, notamment chez les plus jeunes. .

Pour que les capitaux continuent d'affluer il y a un impératif : étendre toujours plus la possibilité de croiser les données des individus, des entreprises et des services publics. Les Big Five doivent donc en permanence capter de nouvelles générations d'utilisateurs et retenir ceux qui sont déjà dans la boîte (un bon gros tiers de l' humanité). Automatiser à fond la machine à cash, virtualiser la vie à outrance en entraînant avec eux l'humanité dans la course à l'abîme, c'est leur dope.

La promotion massive de réseaux sociaux décentralisés s'appuyant sur l'interopérabilité et sur des standards de messagerie ouverts tel que XMPP ou ActivityPub constituerait un contre-poids au décervelage et à la privatisation-disciplinarisation-flicage de l'internet . Pour l'heure, aucune instance internationale, pas un seul gouvernement ni la moindre commission officielle n'en soutiennent l'idée.

En marge des réseaux mainstream, des initiés, des réfractaires, les groupes complotistes et les mafias, s'efforcent non sans succès de passer inaperçus au moyen du cryptage et de chaînes de serveurs décentralisés avec par définition, zéro impact sur les habitus grand public. Le darknet est un bac à sable. Et le populo gavé de Netflix peut continuer d'échanger des photos de chatons et s'endormir sur ses deux oreilles. Parfait.

Le refus individuel et les appels à la désertion pure et simple apparaîssent dès lors comme la seule option pratique pour s'exfiltrer (partiellement) de l'emprise du capitalisme de surveillance. Mais pour la plupart des pionniers désabusés du Net, "rien ne dit que ce sera efficace" (Laurent Chemla) tant l'usage est massif, intergénérationnel, et addictif. À un journaliste qui s'entretenait avec lui et qui hésitait à fermer son compte Twitter, Jaron Lanier répondit : « Vous ne pouvez pas lutter face à l’algorithme de Twitter qui est construit pour exciter vos émotions négatives et vous transformer en trou du cul. C’est le meilleur moyen de vous rendre dépendant, ce sont les mêmes ressorts comportementaux que les machines à sous dans les casinos » (Jaron Lanier, Wikipedia) La marginalisation des voix critiques, éliminées - Aaron Swartz, E. Snowden, J. Assange...- ou noyées dans la masse, est assurée. RIP Aaron Swarz.

IV. Et l' IA dans tout çà ?

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Définitions

« L'enjeu anthropologique ne sera jamais de savoir si les machines pensent, mais si elles pensent à notre place. »
Marie-José Mondzain , "Peine Kapital", La Fabrique, 2026.

Le terme générique d' « Intelligence artificielle » est discutable. D'abord, parce que l’intelligence humaine elle-même n’est toujours pas clairement définie. Mais aussi parce que "IA" recouvre un ensemble de technologies et d'usages différents.
Le terme « intelligence numérique » fait sens surtout par opposition à l' intelligence biologique, il désigne un ordre de réalité différent de l'intelligence biologique.
L' IA générative (ne pas confondre avec l' IA Générale) basée sur les Grands modèles de langage ou LLM imite les raisonnements logiques et le comportement des humains incomparablement plus vite et parfois mieux qu'eux dans de nombreuses tâches cognitives.

Louis Derrac propose de s'en remettre à une définition minimale dûe à la Caisse des Dépôts ( Etude Collectivités et IA – 2019) qui a le mérite de la sobriété : « un ensemble de méthodes visant à faire effectuer par des ordinateurs - ou des machines - des tâches nécessitant normalement une intelligence humaine. »

Cette définition écarte l'idée un peu exagérée selon laquelle l’IA créerait et apprendrait entièrement par elle-même. Certes on est passés de l’IA symbolique à l’IA par apprentissage automatique, c'est un bond énorme, et aujourd'hui des machines apprennent toutes seules à résoudre des problèmes que nous ne savons pas résoudre. L'IA interroge donc à nouveau frais les trois lois de la robotique formulées en 1942 par les écrivains de science-fiction Isaac Asimov et John W. Campbell.
Mais si la machine exploite ses propres résultats (auto-évaluation, apprentissage par renforcement, simulation), ses performances dépendent étroitement de choix architecturaux particuliers privilégiant la performance brute sur l’efficience.

 Contempteurs, techniciens, prophètes et franc-tireurs

800 millions d’utilisateurs actifs de ChatGPT lui adressent deux milliards cinq cent millions de messages par jour, soit 29.000 requêtes par seconde. Gemini compte plus de 650 millions d'utilisateurs (estimations fin 2025).
Ce succès fulgurant silencie un débat de fond alimenté quotidiennement par des milliers de publications et de communications. Voici une typologie basique ⓐⓑⓒ des positionnement vis-à-vis de l' IA :

ⓐ Les lanceurs d'alerte plaident a minima pour une régulation drastique de l' IA générative : le Vatican, un philosophe spécialiste des technologies numériques et de l' IA Eric Sadin , l'astrophysicien Aurélien Barrau, l'écrivain Abel Quentin. Aux USA l' opinion est largement acquise (73%) à l'idée d'une réglementation stricte de l'IA avancée.

ⓑ Un courant radical envisage son démantèlement pur et simple. On pourra lire à ce sujet le chercheur en maths appliquées à l' IA Romain Couillet, le journaliste spécialisé Thibault Prévost, le chercheur Olivier C. Marchand.

  • Dans les milieux universitaires, 1300 chercheuses et chercheurs ont publié un manifeste intitulé « Face à l’IAg, l’objection de conscience» qui appelle au boycot de l'IA.
  • Aux Etats-Unis une Déclaration sur la superintelligence réclame " l’interdiction du développement de la superintelligence" tant que la recherche ne sera pas sûre et contrôlée, et tant qu'elle ne rencontrera pas une forte adhésion du public.

« L' IA c'est juste un outil »

ⓒ Le groupe central des tenant.e.s de la "rhétorique de l'outil", a de l' IA « une vision instrumentale qui repose sur le postulat que les utilisateurs conservent en dernière instance la maîtrise et le contrôle sur les technologies, [cette vision] ne tient pas compte des contraintes sociales qui s’exercent sur les individus et orientent leurs usages  ». ( Olivier Lefebvre ). Demis Hassabis (DG de Google DeepMind etc.) illustre bien cet état d'esprit : « On arrête les tchatbots ! Si on se concentrait sur la recherche médicale, on arriverait peut-être à détruire le cancer »

Contempteurs, régulateurs et techniciens ne postulent aucune équivalence entre l'homme et la machine.
D'autres avancent exactement le contraire. Paul Jorion par exemple annonce « la fin de l’intelligence comme propriété proprement humaine »

Pour l'informaticien chevronné Olivier Lefebvre l' IA générative est " le symbole de tout ce qui ne va pas dans notre informatique ". Dans son article Pourquoi les appels à la régulation de l’IA sont une illusion dangereuse le journaliste Romaric Godin montre en quoi il est vain de réclamer de la régulation sans toucher aux lois fondamentales de l'accumulation et de l'extraction de la valeur dans un monde pensé pour et dominé par le capital financier.

Last but not the least, Geoffrey Hinton lui-même (l'un des "pères" de l' IA, prix Turing 2018, prix Nobel 2024 de physique, etc.) ne sait plus trop quoi en penser.

V. Un coût humain et environnemental inacceptable


Les prévisions de croissance de l' IA sont alarmantes en termes d' empreinte énergétique, d' impact socio-culturel, d'effondrement du sens du travail humain.

  • La part du numérique dans les émissions de CO2 mondiales devrait passer de 3,5 % en 2019 à près de 9 % en 2030. La demande de métaux pour l’ensemble des technologies numériques a explosé, tout comme l’extractivisme minier extrêmement polluant.
  • Dans les limites technologiques actuelles, l' amélioration des performances brutes de l' intelligence artificielle résulte in-fine de la quantité d'énergie consommée. Google a annoncé le redémarrage de la centrale nucléaire Duane Arnold, dans l’Iowa, pour soutenir le développement de ses infrastructures dédiées à l’IA. Le « Projet Stargate » à 500 Mds/$ de l'administration Trump 2.0 -trois fois plus cher que le programme Apollo - prévoit de couvrir les Etats-Unis de centres de données de 5 gigawatts chacun, qui accroîtront drastiquement la demande en énergies fossiles, la consommation d'eau et de minerais rares, et les émissions de gaz à effet de serre. Sans parler des déchets !!!
    L' U.E et d'autres pays lui emboîtent le pas, tandis que Macron rêve de relancer la filière nucléaire.
  • Les systèmes décisionnels automatisés imposent « le travail sous contrainte algorithmique » (ibid.) qui se traduit par une introjection profonde de la charge mentale.
  • La course à la puissance alimente une bulle financière géante, les grands investisseurs rêvent d’aboutir à une IA super intelligente (IA Générale) qui signerait la fin de l’emploi qualifié. De ce point de vue, l' IA sert parfaitement la logique fondamentale de l'accumulation capitaliste : faire tourner h24 des serveurs surpuissants permet d'intensifier au maximum le travail vivant "résiduel" créateur de valeur, et par suite de profit, en réduisant et déqualifiant les postes de travail.
  • La plupart des modèles d’IA reposent sur l’utilisation massive d’une main-d’œuvre sous-payée, précarisée, employée à des tâches d’étiquetage des données, qui servent ensuite à l’entraînement des modèles.
  • La main d'oeuvre ubérisée asservie aux plateformes numériques s' élève déjà à plus de 200 millions de travailleur·ses dans le monde, tandis que les géants de la tech multiplient les plans de licenciements : 30 000 postes supprimés chez Amazon, 11 000 chez Accenture, 12 000 chez Tata Consultancy Services, 15 000 chez Microsoft (qui mise tout sur l' IA) entre mai et juillet 2025, alors que l’entreprise se porte parfaitement bien.
    Burger King utilise l’IA pour envoyer des ordres aux employés (comme d’aller nettoyer les toilettes) et surveiller en permanence s’ils sont suffisamment polis avec les clients (en comptant le nombre de “bonjour”, “merci”, “je vous en prie”, “bonne journée”, etc.). " Burger King veut faire moderne avec l’IA, mais là, ils transforment le salariat (précaire) en esclavage numérique. " ( Tristan Nitot )
  • CAF, France-Travail, CNAM, Assurance-Vieillesse... dans ces administrations, la gestion algorithmique des populations marginalise les personnes précaires, les personnes âgées, étrangères ou en situation de handicap. La Quadrature du Net documente cette politique depuis 2021.
  • Les nouveaux modèles de langage violent le droit d’auteur à l’échelle mondiale - Cédric Dubucq
  • Aux Etats-Unis, la prise de contrôle de l’enseignement supérieur par les opérateurs de l’IA s'est faite pratiquement sans résistance. Les IA prédictives se substituent à la justice et à la police, amplifiant le racisme systémique.
  • Les observateurs critiques ont introduit le concept de slop pour décrire l’impact délétère de l’IA générative sur nos sociétés. Le slop, c'est cette marée de contenus artificiels (images, vidéos, sons, deep-fakes mélangeant les trois) qui pollue l’espace informationnel mondial. L'ère Trump en fait un usage intensif pour distraire l’opinion, affaiblir la vérité et instaurer un chaos épistémique. À travers cette confusion permanente, l’IA générative devient un outil de pouvoir et de domination substituant le vide symbolique à l'action démocratique.

VI. L' IA pourrait-elle favoriser l'apparition de sociétés post-capitalistes ?


« (...) La question d’une informatique émancipatrice ne peut aujourd’hui se réduire à un débat binaire « pour ou contre l’IA ». Il faut reconnaître la diversité des IA – génératives, prescriptives, symboliques, décisionnelles, etc. – et la pluralité de leurs usages. L’enjeu est de comprendre leur place dans les systèmes techniques, reflets des rapports socio-économiques, et des visions du monde. »
Christophe Masutti, Docilités numériques

S'il est vrai qu' aucune question complexe ne peut se réduire à un débat binaire il convient d' éviter de tirer des conclusions trop définitives du développement de l' IA.

L'économiste Cédric Durand, le chercheur en informatique théorique et militant révolutionnaire Léonard Brice soutiennent donc que sous certaines conditions, un "cyber-écosocialisme" peut mettre l' IA réellement au service de l'humanité. Pour Evgueny Morozov , « La question qui reste en suspens n’est pas de savoir si le socialisme peut socialiser l’IA tout en laissant intacte sa machinerie. Elle est de savoir si le socialisme peut devenir un projet de fabrication de mondes – qui ne se préoccupe pas seulement de savoir qui sont les propriétaires des machines, mais de ce que les machines permettent aux individus de faire et de devenir. »

Sur ce que pourrait être une IA de gauche voir aussi :
« QuitGPT » , dossier préparé par Hubert Guillaud (danslesalgorithmes.net), et en particulier : « QuitGPT (3/4) : le socialisme après l’IA ? » .
« Que faire de l'IA ? Entre risque et opportunité pour la transformation sociale et écologique » Collectif, Collection Les Partis Pris de la Fondation Copernic, 2025, 180p, 7,50€.

Selon le sociologue Juan Sebastián Carbonell au contraire, il ne peut y avoir d’IA socialiste.

Pour l'heure, entre libertarianisme, ultracapitalisme et technofascisme, l’alliance entre l’administration Trump et les milliardaires du secteur annonce clairement le pire.
La plus totale vigileance est de mise tant que l'essentiel des investissements proviendra d'oligopoles obsédés par la quête de l' Intelligence Artificielle Générale (IAG) capable de surpasser les humains. L'accélération spéculative engendre des chiffres astronomiques : 6 300 milliards de dollars pour les centres de données entre 2024 et 2029, une valeur globale des infrastructures liées estimée à 9 000 milliards de dollars d'ici à 2030.

« Les relations internationales se brutalisent, le système multilatéral est mis à mal par des gens qui pensent qu’il vaudrait mieux avoir une confrontation de grands blocs et, avec l’IA, ça a rendu tout le monde dingue ! Les gens se disent que c’est une course à la puissance et le premier qui atteint un seuil qui, d’après moi est un mythe, c’est une fake news, l’IA générale, domine tous les autres pour toujours. Donc tous les coups sont permis, toutes les sécurités sautent. (...) Aux États-Unis, l’armée américaine a décidé la semaine dernière qu’elle ne ferait plus de tests de sécurité parce qu’elle veut déployer les nouvelles IA en moins de six semaines après leur invention. C’est un monde de fous ! »
Henri VERDIER, ex-ambassadeur français pour le numérique.

La notion d’ algocratie fait référence à un système politique constitué d’algorithmes capables de peser dans le processus décisionnel d’une multitude d’organisations dans différents domaines, au point de pouvoir s'y substituer et de préempter des pouvoirs historiquement dévolus aux humains.

Aux Etats-Unis, selon Woodrow Hartzog et Jessica Silbey, la destruction des institutions au profit d'une forme naissante d'algocratie aurait déjà commencé, notamment avec le département de l'efficacité gouvernementale (DOGE) et le développement de systèmes d’IA dans les administrations américaines. Des déploiement, « sans cadre légal clair, où l’expertise humaine a été marginalisée et les rôles institutionnels de résistance, supprimés ». Hartzog et Silbey laissent entrevoir le scénario d’une oligarchie hi-tech se substituant progressivement à la représentation démocratique.

VII. Conclusion provisoire


« L' IA aidera l’humain intellectuellement (...) tant qu'elle restera proche de l’intelligence humaine (...). Mais à un stade supérieur (l’ASI – artificial super intelligence – qui surpasserait l’intelligence humaine dans tous les domaines, y compris la créativité et les compétences sociales), l’être humain devra trouver quelque chose d’autre à faire que résoudre les problèmes matériels. Même les ingénieurs travaillant sur IA ne seront plus au niveau pour continuer à la programmer. »
P. Jorion

« Imaginer que les humains peuvent contrôler une IA superintelligente, c'est un peu comme imaginer qu'une fourmi peut contrôler le résultat d'un match de football américain qui se joue autour d'elle »
Roman Yampolskiy

Si l'on considère sérieusement l'hypothèse de la singularité technologique, autrement dit, le moment où plus rien n' échappera aux machines « superintelligentes », notre espèce pourrait franchir un cap anthropologique de son évolution. A condition bien sûr d'avoir réchappé aux menaces immédiates qui pèsent sur sa survie : destruction de la biosphère, menace nucléaire, guerres impéralistes, creusement extrême des inégalités sociales, etc.

Les rapports capitalistes de production de la fin (?) du capitalocène sont clairement écocidaires .

Mettre un coup d'arrêt à cette tendance autodestructrice (pas spécialement liée du reste à l' apparition de l' IA, du moins pas plus que l'apparition de la guerre n'est liée à l'invention de la massue) afin d' ouvrir à l'humanité la perspective d'un avenir soutenable, relève au minimum d'un mouvement international d'abolition du régime despotique du capital. «C’est à cette condition » écrit Nikos Smyrnaios « que la critique de l’impérialisme numérique peut déboucher sur autre chose qu’un pessimisme bien informé » 🟥


  • Articles généraux

Le web pourrissant et l’IA florissante. Si nous sommes le bruit, qui sera la fureur ? Olivier Ertzscheid, 2 novembre 2025.
GAFAM Nation. La toile d’influence des géants du web en France Observatoire des multinationales - 13.12.2022
Réseaux sociaux, les temps modèrent Fr.Culture 18.05.2022
La Quadrature du Net : « En France, la surveillance de la population est extrêmement développée » Ballast, 02 Mars 2022.
Les médias sous la domination de Google et Facebook - Laurent Mauduit, Mediapart,5 jan.2022
Qui contrôle Facebook ? par Romain BADOUARD, AOC, 08 juin 2021
Facebook m'a banni par P.O.L - Blog Mediapart, 01.01.2021
Libre à Lire > GAMAM > Articles liés - notamment : « GAFAM, Faut-il en finir ? » Jérôme Keinborg, 22.12.2020
Facebook-sans-boussole-morale par Tristan NITOT. màj 19.02.2018
Stop aux réseaux sociaux - 10 bonnes raisons de s'en méfier et de s'en libérer Jaron LANIER, 2018
Critique de facebook Wikipedia
Comment se protéger des GAFAM ? le Wiki d'Herminien
Contre le business des réseaux sociaux et leurs nuisances par LePartisan, 2 sept.2017. => Blog Google supprimé sans préavis, cet article sera prochainement remis en ligne ici . LP, le 03.08.25

  • Intelligence Artificielle - LLM

ChatGPT, c’est juste un outil ! : les impensés de la vision instrumentale de la technique Olivier Lefebvre, Terrestres, 28 juin 2025.
ChatGPT partout, démocratie nulle part - présentation partagée en CC BY SA de Louis DERRAC
Auto-défense contre l’IA générative Pigeon Gratuit archive et répertorie les « fiches argumentatives contre l’ia » dont la publication ne convient pas forcement à un format « réseaux sociaux ».
Déconstruire les dénis de l’I.A Hubert GUILLAUD, internetactu.net, 15 Avril 2021.
Une IA écosocialiste est-elle possible ? Léonard BRICE, Inprecor, Déc. 2025
Il ne peut pas y avoir une IA socialiste Juan Sebastian CARBONELL, interwievé par Sophie Kloetzli, Usbek & Rica, 9 septembre 2025

  • Essais critiques

Les Prophètes de l’IA - Pourquoi la Silicon Valley nous vend l’apocalypse. Thibaud Prevost, Lux Quebec, 2024, 216p.18€
Internet et libertés, 15 ans de combat de la Quadrature du Net de Mathieu Labonde, Lou Malhuret, Benoît Piédallu et Axel Simon, Éditions Vuibert, 2022, 270 p. 19,90 €
La fin des choses. Bouleversements du monde de la vie , de Byung-Chul Han, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Actes Sud, 2021, 144 p. 16 €
Affaires privées, Aux sources du capitalisme de surveillance de Christophe Masutti, C& F éditions, Collection Société numérique, mars 2020, 475p. 29€

  • Synthèses

Économie des plateformes, de Maya Bacache-Beauvallet et Marc Bourreau, La Découverte, Coll. Repères, 2022, 128p.
Questions internationales - N° 109, 14 sept. 2021. Les GAFAM : une histoire américaine (7 à 9 €)
La puissance des GAFAM : réalités, apports et dangers par Jacques Fontanel et Natalia Sushcheva, Annuaire français de relations internationales, Paris : La Documentation française, 2019, XX. hal-02196915. (gratuit)

  • Alternatives

L’interopérabilité contre la haine - La Quadrature du Net, 12 juin 2019
Mondes post-capitalistes - sous la direction de Jérôme BASCHET et Laurent JEANPIERRE, La Découverte, Cahiers Libres, 2026, 912p. Extraits en ligne de "Mondes post-capitalistes"

  • Index des noms cités

Julian Assange, Aurélien Barrau, Joe Biden, Léonard Brice, Juan Sebastián Carbonell, Laurent Chemla, Romain Couillet, Louis Derrac, Cédric Dubucq, Cédric Durand, Romaric Godin, Hubert Guillaud, Woodrow Hartzog, Denis Hassabis, Geoffrey Hinton, Reid Hoffman, Paul Jorion, Jaron Lanier, Annie Lebrun, Olivier Lefebvre, Olivier Marchand, Marie-José Mondzain, Tristan Nitot, Thibault Prevost, Abel Quentin, Eric Sadin, Jessica Silbey, Nikos Smyrnaios, Edouard Snowden, Aaron Swarz, Shoshana Zuboff, Roman Yampolskiy, Marc Zuckerberg

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