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16.05.2022 à 18:54

Guerre en Ukraine et dépendance alimentaire : un risque exponentiel au Moyen-Orient

Livia Perosino

La crise ukrainienne a réveillé de vieilles inquiétudes concernant l’augmentation du prix des denrées alimentaires de base. La dépendance qui caractérise les pays du Proche-Orient – avec des taux qui varient entre 50 et 90% – les rend particulièrement vulnérables à ces variations de prix. Dans une région marquée par une instabilité politique de longue […]
Texte intégral (2583 mots)

La crise ukrainienne a réveillé de vieilles inquiétudes concernant l’augmentation du prix des denrées alimentaires de base. La dépendance qui caractérise les pays du Proche-Orient – avec des taux qui varient entre 50 et 90% – les rend particulièrement vulnérables à ces variations de prix. Dans une région marquée par une instabilité politique de longue date, et où les conditions de vie de la population ne font qu’empirer, les conséquences sociales d’une telle hausse risquent de se révéler catastrophiques. Le libre-échange et la libéralisation des prix des matières premières ont été présentés par les économistes néolibéraux comme un moyen de garantir la sécurité alimentaire des pays en développement. Ils menacent actuellement de la fragiliser considérablement.

Les inquiétudes relatives aux impacts de la hausse du prix des denrées alimentaires ne sont pas une nouveauté. À la suite de la crise alimentaire mondiale de 2008, les prix de toutes les principales denrées alimentaires avaient enregistré des pics sans précédent. La littérature académique et les organisations internationales s’étaient intéressées aux raisons d’une telle hausse, mais surtout aux possibles conséquences sociales de celle-ci. Des soulèvements, connus aujourd’hui sous le nom d’« émeutes de la faim », avaient eu lieu dans plusieurs pays du Sud. Le déclenchement des Printemps arabes dans les années suivantes, bien que n’étant pas exclusivement lié à la crise alimentaire, n’est pas fortuit. La revendication du droit au pain, évoqué dans les slogans de tous les pays de la région, montre à quel point le prix du blé a joué un rôle dans le déclenchement des révoltes.

De telles hausses ont avant tout un effet sur les couches les plus pauvres de la population – raison, sans doute, de la faible couverture médiatique accordée à cette crise alimentaire mondiale. L’augmentation du prix de la nourriture contraint à restreindre d’autres budgets, comme celui destiné à la santé ou à l’éducation, et peut faire basculer des situations d’insécurité alimentaire vers un stade de famine.

Libre-échange et sécurité alimentaire dans le monde arabe

Il s’agit ici d’un risque inhérent au modèle économique dominant, qui sous-tend que, pour maximiser la productivité, chaque pays doit se spécialiser dans la production de biens pour lesquels il dispose d’avantages comparatifs – en vertu d’une « prédisposition » qui leur permettrait de produire à plus bas coût. Les pics de prix sont un phénomène récurrent dans une économie de marché globalisée.

Cependant, il est désormais clair que le marché n’est pas en mesure de garantir des prix équilibrés ni aux producteurs ni aux consommateurs, et fait en réalité reculer la sécurité alimentaire mondiale. Les pays du Moyen-Orient sont particulièrement à risque dans ce contexte. Les hauts niveaux de dépendance alimentaire les exposent dangereusement à la volatilité du prix des aliments de base sur le marché international. Des décennies de politiques néolibérales ont précarisé l’agriculture locale, de plus en plus menacée par la désertification et les sécheresses qui viennent empirer une faible dotation en ressources hydriques.

La Russie est également l’un des principaux exportateurs de fertilisants. Leur prix, directement lié à ceuli des carburants en raison des processus énergivores nécessaires à leur production, influence inéluctablement le prix des denrées alimentaires sur le marché global…

L’invasion de l’Ukraine est particulièrement dramatique pour la stabilité des prix des denrées alimentaires. L’Ukraine et la Russie comptent parmi les plus grands exportateurs agricoles au monde, et ce particulièrement en ce qui concerne la production de blé, aliment central de la culture culinaire contemporaine du Moyen-Orient. Le Liban et l’Egypte sont dans une situation particulièrement préoccupante, puisqu’ils dépendent directement de l’un des deux pays en conflit pour la grande majorité de leurs importations. La réduction des quantités disponibles sur le marché international affectera cependant tous les pays importateurs par le biais d’une augmentation générale des prix. Cet état des choses est d’autant plus inquiétant que les prix avaient déjà atteint des niveaux élevés avant le commencement de la guerre…

Indice des prix
Indice international des prix des céréales © FAO

La Russie produit également une partie conséquente des fertilisants mondiaux. Les sanctions et le refus russe d’exporter vers des pays ennemis risquent d’engendrer une hausse considérable de leurs prix. Dans un modèle agricole caractérisé par la monoculture et l’exportation, les fertilisants constituent un intrant fondamental. Lorsque le sol est appauvri par les pratiques intensives, les fertilisants sont le seul moyen d’obtenir des produits de bonne qualité et de maintenir une productivité élevée. Pour rester rentables, les agriculteurs vont devoir réduire leur utilisation de fertilisants au détriment des quantités produites.

Le prix des fertilisants, directement lié au prix des carburants en raison des processus énergivores nécessaires à leur production, influence inéluctablement le prix des denrées alimentaires sur le marché global. La crise ukrainienne risque d’aggraver cette inflation préexistante, provoquée par l’augmentation du prix de l’énergie. Le prix de la nourriture est donc hautement instable en raison de circuits commerciaux longs et de l’interconnexion entre le prix d’un grand nombre de produits. Les variations encouragent également des pratiques spéculatives, qui ne font qu’accroître la sensibilité des prix.

Dans les pays du monde arabe, la création de stocks de denrées comme le blé est une stratégie privilégiée pour maintenir un certain contrôle sur les fluctuations du prix des principaux aliments. Temporairement, ces stocks permettent d’accroître la marge de manoeuvre des gouvernements pour mitiger la hausse de prix. Cependant, une fois les stocks épuisés, l’inflation devrait se radicaliser, et les déficits commerciaux de ces pays s’accroître – mettant à mal des régimes déjà sous la pression d’une population de plus en plus appauvrie. La dépendance alimentaire, qui peut paraître paradoxale lorsqu’on parle de la région du « croissant fertile », est souvent justifiée par la rareté de l’eau. Historiquement la région était pourtant un producteur important de blé et était caractérisée par un modèle agricole plus respectueux de l’environnement et des ressources non-renouvelables d’eau.

Une dépendance alimentaire construite

La dépendance alimentaire est une réalité relativement récente au Moyen-Orient : la plupart des pays de la région étaient autosuffisants jusqu’aux années 1930, en particulier en céréales. Le début des mandats anglais et français est marqué par le passage graduel à des cultures vivrières et le recul des cultures céréalières, pourtant si importantes dans la tradition culinaire locale. L’adoption de politiques néolibérales à partir des années 1970 et des «Plans d’ajustement structurels » (PAS) du Fonds monétaire international (FMI) ont eu pour conséquence une dégradation considérable du secteur, de plus en plus marqué par le retrait de l’intervention publique et par la volonté d’orienter la production vers le marché international plutôt qu’à la satisfaction de la demande interne.

Le Moyen-Orient risque d’être un des « points chauds » du changement climatique. Des pratiques agricoles plus respectueuses sont essentielles à la préservation de l’environnement et au ralentissement de la désertification. Mais les mettre en pratique nécessiterait un bouleversement du modèle productif dominant…

Le passage à un modèle agricole globalisé a progressivement changé la composition sociale des pays du Levant. La monoculture et la mécanisation réduisent radicalement le besoin de main d’œuvre, en accélérant l’exode rural et l’urbanisation. Les prix de plus en plus bas des aliments de base plongent la petite paysannerie dans une pauvreté croissante. Le travail agricole, historiquement considéré comme une fierté et la marque d’un savoir-faire, est à présent associé à la pauvreté – et à la honte. Le manque de soutien de la part de l’État et l’absence d’institutions publiques adaptées au secteur provoquent un endettement chronique. Le secteur est également affecté par les crises régionales, qui réduisent les débouchés d’une production principalement orientée vers l’exportation.

La diète qui caractérise la région change aussi sous l’effet de l’aide humanitaire et financière internationale, qui contribue à accélérer le passage à une « diète néolibérale », ainsi que la définit Roland Riachi. Le blé dur se voit substituer le blé tendre, moins cher mais moins riche en nutriments et avec un taux glycémique plus élevé. Ces variétés se substituent au fur et à mesure aux variétés locales. Cette substitution réduit la biodiversité des cultures et la valeur nutritive de la diète méditerranéenne.

En raison de son rapport étroit à la terre et à l’eau, les pratiques agricoles sont également au centre des questions environnementales. Le Moyen-Orient risque d’être un des « points chauds » du changement climatique. Des pratiques agricoles plus respectueuses sont essentielles à la préservation de l’environnement et au ralentissement de la désertification. Mais les mettre en pratique nécessiterait un bouleversement du modèle productif dominant… Celui-ci passe notamment par la revalorisation du concept de souveraineté alimentaire.

La souveraineté alimentaire : une résilience sociale et climatique

Souvent présenté par la doxa néolibérale comme un modèle utopique et déconnecté des réalités actuelles, la souveraineté alimentaire est pourtant la seule issue qui permette d’en finir avec les maux sociaux et environnementaux du système agroalimentaire dominant. Elle émerge d’une vision holistique de la nourriture, qui n’est pas conçue comme une simple marchandise, mais comme une composante centrale de la culture, de la santé et de l’environnement dans lequel chacun d’entre nous évolue. Ce concept, a connu un écho médiatique important dans les années 1990 suite à sa promotion par le mouvement la Via Campesina, qui prônait une réappropriation du processus de production de la nourriture, et l’inscription de celui-ci dans des circuits plus courts, en pleine ère néolibérale [1].

Le terme de « souveraineté » témoigne de la volonté d’inscrire la lutte contre la sous-alimentation dans une perspective politique – et dans la continuité de la capacité des Nations à effectuer des choix indépendants. Au Moyen-Orient, les mouvements sociaux qui prônent cette vision de l’agriculture sont moins importants par rapport à ceux qui ont cours en Amérique du Sud, mais traduisent une conscience politique croissante des risques associés à la dépendance alimentaire.

Cette dernière est souvent justifiée par la rareté des ressources hydriques dans la région : les importations alimentaires seraient une manière de préserver l’eau en réduisant la production agricole nationale. Ce sont pourtant les pratiques agricoles capitalistes dominant l’agriculture moyen-orientale qui dégradent la qualité des ressources hydriques, du fait de l’usage massif de pesticides et de fertilisants chimiques. Cette question est étroitement liée à la préservation de la terre. Le délaissement d’un grand nombre de terres agricoles ainsi que les pratiques associées à la production intensive accélèrent la dégradation du sol et la désertification.

Ces phénomènes rendent plus difficile la préservation de l’eau en raison de taux d’évaporation plus élevés et de l’absence de racines dans les terrains capables de stocker l’eau. Par conséquent, l’eau de pluie ne parvient pas à pénétrer le sol et les risques de crues subites augmentent dramatiquement. La dégradation de la qualité du sol et de l’eau diminue le rendement agricole sur le long terme, et augmente la dépendance des agriculteurs aux fertilisants chimiques.

Les agendas des gouvernements nationaux et de leurs alliés, dont les premiers sont très dépendants politiquement et économiquement des seconds, ne semble toujours pas prendre la mesure du problème. Le Sommet mondial de l’alimentation qui a eu lieu l’année passée témoigne d’à quel point les intérêts économiques des grandes entreprises demeurent encore la priorité des organisations internationales. La tension monte néanmoins. Le Liban fournit sans doute un exemple particulièrement catastrophique. Plongé depuis des années dans une crise économique dont on ne voit pas la fin, la population coule dans la précarité et la pauvreté plus totales.

NDLR : Lire sur LVSL le reportage de Victoria Werling : « Au Liban, le coronavirus engendre une reprise de la contestation sociale »

La diminution dramatique du pouvoir d’achat de la majorité de la population est en partie la conséquence d’une dépendance généralisée aux importations de toutes sortes. La dépendance au blé ukrainien risque d’accroître encore le nombre de personnes souffrant de la faim. Mais même sans le contexte géopolitique actuel, l’affectation du reste de la région par une augmentation similaire des prix semble n’être qu’une question de temps…

Note :

[1] Longtemps, le concept d’autosuffisance alimentaire (qui préfigure en bien des aspects celui de souveraineté alimentaire) a fait consensus au sein du concert des nations. Sous l’influence de l’Union soviétique, l’écrasante majorité des pays en développement ont cherché à la conquérir au sortir de la colonisation. C’est dans les années 1990 que le paradigme de la sécurité alimentaire s’est imposé au détriment du précédent, sous-tendant que l’autonomie, et donc la souveraineté, n’était pas un moyen indispensable pour lutter contre la sous-alimentation. La libéralisation des prix des denrées (censée favoriser leur stabilité) et le libre-échange (censé maximiser les avantages comparatifs des pays, dans une approche ricardienne) ont alors été présentés comme les moyens qui permettraient aux mécanismes de marché d’assurer, mieux que les institutions politiques, la sécurité alimentaire des pays pauvres.

15.05.2022 à 12:39

L’intervention russe au Kazakhstan, prélude de la guerre en Ukraine ?

Florian Mattern

Un mois avant l’invasion de l’Ukraine, le Kremlin dépêchait ses troupes au Kazakhstan. Non pour mener une guerre de changement de régime, mais au contraire pour défendre le pouvoir en place dirigé par Kassym-Jomart Tokaïev. Allié proche de Moscou, le Kazakhstan est une pièce maîtresse de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), pendant centrasiatique […]
Texte intégral (3096 mots)

Un mois avant l’invasion de l’Ukraine, le Kremlin dépêchait ses troupes au Kazakhstan. Non pour mener une guerre de changement de régime, mais au contraire pour défendre le pouvoir en place dirigé par Kassym-Jomart Tokaïev. Allié proche de Moscou, le Kazakhstan est une pièce maîtresse de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), pendant centrasiatique de l’OTAN. L’intervention russe au Kazakhstan, ainsi que son statut hégémonique au sein de l’OTSC, permet de comprendre le rôle de puissance militaire de premier rang que la Russie compte désormais assumer.

Lorsque Vladimir Poutine ordonne à son armée d’envahir l’Ukraine le 24 février dernier, peur et indignation saisissent le monde occidental à la gorge. L’une des armées les plus importantes du monde bafoue allègrement – une fois de plus – les règles du droit international et fait remonter de douloureux souvenirs sur le Vieux continent. En déclenchant cette guerre aux portes de l’Union européenne, Poutine ne souhaite pas seulement conquérir l’Ukraine – encore moins « dénazifier » le pays – mais aussi imposer au monde entier la vision d’une armée russe qui peut défendre et contrôler son étranger proche. Pour cela, Poutine a opéré une modernisation et une reconstruction à marche forcée de l’armée nationale, appuyées sur le précédent syrien. Mais quelques semaines avant que les chars russes ne roulent sur les steppes de la Méotide, c’est au Kazakhstan que la Russie intervient.

Un regard sur cette participation musclée à la défense d’une ancienne République soviétique et sur la reconstruction de l’armée russe offre un aperçu différent de la campagne poutinienne en Ukraine et de la stratégie de puissance russe.

Reconstruire l’armée, la marque de l’homme fort

Dès son arrivée au pouvoir en décembre 1999, Vladimir Poutine n’a eu de cesse de vouloir rendre ses lettres de noblesse à l’armée, laquelle n’était plus rouge mais russe, et montrer au monde que la Fédération de Russie était le digne successeur de l’Union Soviétique qui avait vaincu le IIIème Reich. Les « années tumultueuse de la perestroïka et le règne burlesque de Boris Eltsine » [1] ont entaché la puissance du pays qui n’attendait, selon Poutine, qu’un homme fort pour la remettre sur les bons rails. Il n’est pas surprenant, pour un ancien membre du renseignement, que l’une de ses premières décisions une fois Premier ministre soit alors de « refaire » la guerre en Tchétchénie en 1999, trois ans après l’humiliation d’Eltsine dans le Caucase.

En janvier 2022, la Russie n’est pas seulement au faîte de sa puissance militaire, elle a aussi patiemment assuré sa domination politique et économique sur ses anciennes républiques sœurs.

Sans provoquer de tollé international malgré les innombrables exactions des forces russes dans ce petit territoire, Poutine obtient sa première victoire symbolique de nouvel homme fort du Kremlin et donne le ton pour les années à venir. Mais le succès de Moscou sur Grozny est loin d’être total : l’armée post-soviétique a montré ses limites et ses faiblesses face à un adversaire de petite taille mais déterminé dans ses retranchements.

Il faut attendre 2008 et les conséquences de l’intervention russe en Géorgie en soutien aux séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie pour voir la politique militaire russe opérer un tournant majeur. Malgré la victoire face au gouvernement de Tbilissi et la reconnaissance par Moscou des territoires sécessionnistes de la région, la vétusté des équipements russes et les défauts opérationnels sont largement pointés du doigt. Tout en laissant subtilement la main à son second Dmitri Medvedev pour quatre ans, Poutine lance un ambitieux programme de modernisation à marche forcée des forces armées russes. 

Le ministre de la Défense Sergueï Choïgou et Vladimir Poutine lors d’une parade militaire sur la Place Rouge en 2017 © kremlin.ru

De 2008 à 2022, l’État russe engage alors un « Programme national d’armement » auquel il alloue des milliards de roubles afin de moderniser et d’accroître les capacités opérationnelles de la Défense russe. Sur cette période, c’est approximativement 4% de son PIB qui est investi dans ce secteur. Sur la période 2015-2020, ces dépenses représentaient entre 150 et 180 milliards de dollars par an. [2] Derrière ce budget colossal se trouve alors une doctrine bien précise de l’État russe : l’idée est d’abord de mettre l’armée au niveau de ses homologues en matière de technologies de pointe, ce qui pousse au développement et à l’achat de matériel : « armes hypersoniques et de haute précision, systèmes de guerre électronique, drones et véhicules sous-marins autonomes, systèmes d’information et de contrôle ». [3]

Cette stratégie est associé à une politique de rationalisation de la structure militaire post-soviétique, visant à simplifier l’appareil de commandement et mettre en place des forces opérationnelles à tout instant. La Marine, l’aviation et l’artillerie russes sont alors les principaux bénéficiaires de la pluie de roubles destinés à l’armée.

Entre l’acquisition de navires de combat (50), de sous-marins (20), d’aéronefs (1000), de chars de combat (2300), de véhicules blindés (17000) et de système d’artillerie (2000), sans oublier les missiles balistiques intercontinentaux (300), la Russie n’a pas non plus négligé l’investissement dans ses forces terrestres et d’accroître la taille de ses troupes. À côté de sa quête de « missiles invincibles » [4] visant à redonner à la Russie son aura de superpuissance militaire, Vladimir Poutine n’a aucunement laissé de côté ces dernières. Bien au contraire, l’armée russe s’est considérablement agrandie en quinze ans : entre 2011 et 2017, les effectifs sont passés de 700 à 900.000 soldats et atteignent environ 1 million à l’aube de l’agression en Ukraine. [5]

Les manifestations au Kazakhstan, une contestation du pouvoir dans la périphérie de Moscou

Lorsqu’en janvier 2022 le Kazakhstan est traversé par un mouvement de contestation sans précédent dans la capitale économique du pays, la Russie n’est pas seulement au faîte de sa puissance militaire, elle a aussi patiemment assuré sa domination politique et économique sur ses anciennes républiques sœurs. Le Kazakhstan de Noursoultan Nazarbaïev et de son dauphin Kassym-Jomart Tokaïev dispose cependant d’un degré d’autonomie à l’égard de la Russie de Poutine.

NDLR : lire sur LVSL l’article du même auteur : « L’Asie centrale, autre arrière-cour de l’expansionnisme russe »

Plus grand pays d’Asie centrale, immense réservoir d’hydrocarbures et d’uranium tant à destination de la Russie que de l’Union Européenne, le Kazakhstan est parvenu à s’imposer comme un acteur important de la scène internationale depuis 1991 et l’indépendance. Sous l’égide de son premier président en place près de 30 ans, le Kazakhstan a mis en place une politique multivectorielle pour démultiplier ses débouchés commerciaux et développer son économie postsoviétique, gagnant ainsi une forme de stabilité notable. Malgré ses airs de bon élève, notamment en comparaison des régimes bélarusses ou ouzbeks, le Kazakhstan de Nazarbaïev est resté un pays peu démocratique où le pouvoir du président demeure difficilement contestable.

S’il démissionne de la présidence en 2019 au profit d’un de ses fidèles apparatchiks, Noursoultan Nazarbaïev reste l’homme fort du pays en gardant le contrôle du parti présidentiel et du Conseil de Sécurité, organe principal du pouvoir dans le pays. 

Le président du Kazakhstan Kassym-Jomart Tokaïev et Vladimir Poutine au Kremlin en 2019 © kremlin.ru

Le mouvement de contestation qui éclate le 2 janvier 2022 dans le pays, dont la hausse soudaine des prix du carburant fut l’élément déclencheur, est, à l’instar du mouvement des Gilets jaunes en France en 2018, un phénomène plus profond de défiance et révolte. En quelques jours, le mouvement gagne le centre névralgique du pays – l’ancienne capitale Almaty – où les revendications dépassent la simple question du pouvoir d’achat : les Kazakhstanais demandent un changement de régime. En plus d’exiger le départ de Tokaïev et de son gouvernement, les manifestants s’attaquent à la figure de l’ancien autocrate Nazarbaïev en déboulonnant certaines de ses statues dans le pays dont la capitale porte son prénom depuis 2019. [6]

L’intervention russe au Kazakhstan est demandée par Tokaïev au prétexte d’une attaque terroriste occidentale

Rapidement, le mouvement gagne en ampleur et menace pour la première fois un pouvoir central dont la stabilité était une caractéristique fondamentale. Complètement dépassé par la tournure des évènements, le président Tokaïev prend alors des mesures d’une violence inouïe pour tuer cette révolution dans l’oeuf. Le 4 janvier, l’État d’urgence est décrété et l’accès à Internet est limité. Le lendemain, répondant aux demandes des milliers de manifestants, le président exige la démission de son gouvernement et pousse Nazarbaïev vers la sortie en prenant lui-même la tête du Conseil de Sécurité. Le 6 janvier, face aux nombreux morts et blessés au sein des forces de sécurité – sans compter les dizaines de décès parmi les manifestants -, la décision est prise de faire appel à l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), pastiche russe de l’OTAN dans l’espace eurasiatique. Le 7 janvier, alors que les renforts de l’OTSC sont déjà arrivés dans le pays, Tokaïev donne l’ordre à l’ensemble des forces de sécurité présentes sur le territoire de « tirer sans sommation » [7] sur les émeutiers.

Pendant quatre jours, le gouvernement ordonne donc la traque de toute personne impliquée dans ces manifestations. Des milliers de journalistes, de militants ou d’opposants sont interpellés, arrêtés et parfois torturés. Lorsque les troupes de l’OTSC repartent le 11 janvier et que le « calme » est revenu, le bilan de ces quelques jours de contestation est lourd : plus de 10 000 arrestations dont au moins 18 journalistes, 225 morts dont 19 issus de la police ou de l’armée. [8] Et si le gouvernement a changé, que Nazarbaïev a perdu sa position privilégiée, le pouvoir de Tokaïev est resté solidement en place ; pas de « révolution de couleur » pour le Kazakhstan.

L’intervention russe, démonstration de force et prélude à la guerre ?

Un mois seulement avant l’invasion de l’Ukraine, l’intervention russe au Kazakhstan permet d’illustrer le rôle que la Russie de Poutine prétend jouer dans son étranger proche. Dans sa conception de l’espace eurasiatique, l’Ukraine et le Kazakhstan ont en partage de nombreuses similarités : partenaires commerciaux importants, anciennes républiques soviétiques, voisins directs du territoire russe. Ces deux pays ne doivent pas, pour la Russie, céder à l’influence occidentale.

Alors que la raison invoquée pour justifier les bombardements de bâtiments civils en Ukraine est la lutte contre un régime « pronazi » à la botte de Washington et Bruxelles installé à Kiev, l’intervention russe au Kazakhstan est demandée par Tokaïev au prétexte d’une attaque terroriste occidentale. Cet argument est d’ailleurs exigé par le traité qui fonde l’OTSC puisqu’une intervention de ces forces de sécurité n’est théoriquement possible, à l’instar des clauses de l’OTAN, qu’en cas d’agression d’un pays-membre par une entité tierce. [9] 

Soldats russes de l’OTSC en partance pour le Kazakhstan en janvier 2022 © odkb-csto.org

Si le déboulé des chars russes en Ukraine et le soulèvement des citoyens kazakhstanais contre le pouvoir central n’ont pas de liens directs, l’attitude de Moscou dans les deux cas répond à une même logique. Poutine souhaite établir que le centre de gravité de l’espace eurasiatique, reconstitution partielle d’un fantasme de la puissance soviétique, demeure Moscou. Si c’est officiellement l’OTSC et donc une force plurinationale qui vient pacifier violemment le Kazakhstan, les soldats déployés sont majoritairement russes. [10] 3000 soldats russes contre quelques dizaines d’Arméniens et de Kirghizes : le message envoyé est clair.

Reflet de la politique de militarisation enclenchée 15 ans auparavant, le travail des parachutistes russes dépêchés à Almaty est par ailleurs d’une efficacité redoutable. Sur le papier, l’opération est une réussite totale pour Poutine. En plus d’avoir éteint une potentielle « révolution de couleur », la détresse de Tokaïev a permis au président russe de confirmer son statut de protecteur, approfondissant la vassalisation du pays.

Bien que le Kazakhstan de Nazarbaïev n’ait jamais choisi de s’éloigner véritablement de la Russie comme l’a pu faire l’Ouzbékistan d’Islam Karimov (président de 1991 à 2016), cette crise permet à Poutine de resserrer encore la vis sur les orientations stratégiques d’Almaty – et de s’assurer un accès renforcé à ses hydrocarbures. Intégré à l’Union économique eurasiatique – pendant économique du projet eurasiatique – depuis 2014, le pays avait déjà démontré sa proximité économique et commerciale très forte avec Moscou dont la dépendance devrait encore s’accroître dans les années à venir. [11]

Initiée seulement quelques semaines après l’intervention au Kazakhstan, la guerre en Ukraine n’a très probablement pas été déclenchée par le succès militaire et symbolique en Asie centrale. En revanche, une fois son arrière-cour stabilisée et sécurisée, le maître du Kremlin avait les mains libres pour sa dernière pièce du puzzle. À cette heure-ci, il est beaucoup trop tôt pour analyser en profondeur la stratégie militaire russe en Ukraine et donc les conséquences de cette guerre. Si le Kazakhstan a perdu beaucoup en appelant la Russie à la rescousse, il est cependant impossible de savoir comment la dépendance politique vis-à-vis du Kremlin va s’affirmer dans les prochains mois et les prochaines années. 

Notes :

[1] Politkovskaïa, A. Tchétchénie, le déshonneur russe (Buchet/Chastel, 2003), p. 116

[2] Perrin, C. “La modernisation des forces armées russes, source de défis pour les membres de l’OTAN”, Commission de la Défense et de la Sécurité (DSC) de l’OTAN 030/DSC20/2 (2020), p. 2. En valeur relative, il s’agit d’une somme aussi colossale que celle allouée au budget américain de la Défense (bien qu’en valeur absolue, le budget russe lui soit environ cinq fois inférieur).

[3] Ibid. p. 5

[4] Ibid. p. 14

[5] Ibid. p. 21

[6] Lefèvre, T. & Deleve. E. « Manifestations, intervention russe : tout comprendre à la crise au Kazakhstan en trois questions » (2022) France Interhttps://www.franceinter.fr/monde/manifestations-intervention-russe-trois-questions-pour-comprendre-la-crise-au-kazakhstan

[7] « Manifestations au Kazakhstan : retour sur une crise sans précédent » Amnesty International (2022) https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/kazakhstan-manifestations-retour-sur-une-crise-sans-precedent

[8] Ibid.

[9] Loukianov, F. « Moscou collectivise la sécurité de l’Asie centrale », Courrier International (2022) https://www.courrierinternational.com/article/geopolitique-moscou-collectivise-la-securite-de-lasie-centrale

[10] Op. cit. Lefèvre & Deleve

[11] Poïta, I. « Intervention russe au Kazakhstan, quelles conséquences pour Kiev ? », Courrier International (2022) https://www.courrierinternational.com/article/vu-dukraine-intervention-russe-au-kazakhstan-quelles-consequences-pour-kiev

14.05.2022 à 12:57

Législatives 2022 : un regain d’intérêt pour le Parlement ?

The Conversation

La formation d’une alliance historique de la gauche française et son objectif d’obtenir une majorité à l’Assemblée nationale redonnent un caractère central aux élections législatives.Cependant, peut-on véritablement parler d’un regain d’intérêt pour le Parlement en France ? L’érosion régulière de la mobilisation électorale depuis le début de la Vᵉ République, passant d’environ 80 % dans les années 1970 […]
Texte intégral (2383 mots)

La formation d’une alliance historique de la gauche française et son objectif d’obtenir une majorité à l’Assemblée nationale redonnent un caractère central aux élections législatives.Cependant, peut-on véritablement parler d’un regain d’intérêt pour le Parlement en France ? L’érosion régulière de la mobilisation électorale depuis le début de la Vᵉ République, passant d’environ 80 % dans les années 1970 à presque 40 %, souligne le peu d’intérêt pour cette institution. Par Julien Robin, Université de Montréal.

Une mobilisation politique et médiatique

D’un point de vue politique et médiatique, l’élection présidentielle une fois terminée, c’est vers les élections législatives que se porte toute l’attention. Dès le soir du second tour de l’élection présidentielle, les perdants de cette course ont appelé à se tourner vers ce qu’ils appellent le « troisième tour ».

La campagne des législatives ouvre une nouvelle séquence politique. A gauche, l’enjeu est de créer une véritable union pour une majorité parlementaire.

Les tractations entre la France insoumise, le PCF, EELV et le PS rythment quotidiennement l’actualité entre les accords programmatiques et les fractures idéologiques.

Pour La République en Marche (renommée « Renaissance »), l’enjeu est de transformer l’essai de la présidentielle en remportant une majorité à l’Assemblée nationale. Alors que les premières projections donnent une course serrée entre la macronie et la gauche unie, Emmanuel Macron s’investit même personnellement dans chaque investiture des législatives de juin prochain. Pour le parti présidentiel et ses alliés aussi, la logique de l’union a pris le pas, non sans difficultés sur la répartition des candidatures, en formant la bannière « Ensemble » pour la majorité présidentielle.

Un regain d’intérêt pour les élections législatives ?

Sans nul doute, une fois élu, un président de la République a besoin d’une majorité au Parlement, a minima à l’Assemblée nationale, pour transformer son programme électoral en action législative.

Même si la Constitution de 1958 dispose que le gouvernement « détermine et conduit la politique de la Nation » (art. 20 C) et que le « Premier ministre dirige l’action du Gouvernement » (art. 21 C), n’oublions pas que lorsque « le gouvernement est subordonné au président de la République, il lui cède, volontiers ou non, son pouvoir de déterminer la politique de la Nation » comme le rappelait le constitutionnaliste Guy Carcassonne. En résumé, hors cas de cohabitation, le chef du gouvernement n’est que le « chef d’orchestre » jouant la partition rédigée par le président de la République.

Mais les électeurs s’investissent-ils dans le scrutin des législatives ? Si l’on en croit les chiffres de l’abstention, pas tellement. Depuis 1993, le taux d’abstention ne fait que s’accroître entre chaque élection législative et dépasse même les 50 % en 2017.

Un Parlement marginalisé dans la structure institutionnelle

Une analyse des institutions de la Ve République peut expliquer ce désintérêt du Parlement. Il n’aura échappé à personne que la Ve République se structure par un parlementarisme rationalisé, c’est-à-dire l’ensemble des dispositions définies par la Constitution de 1958 ayant pour but d’encadrer les pouvoirs du Parlement afin d’accroître les capacités d’action du gouvernement.

Concrètement, une définition restrictive du domaine de la loi (c’est-à-dire que le constituant a listé précisément les domaines dans lequel le Parlement peut légiférer, le reste relevant directement du pouvoir réglementaire du gouvernement, art. 34 C et 37 C) ; le vote bloqué (le gouvernement soumet à un vote unique tous les amendements qu’il a sélectionnés, art. 44.3 C) ; adoption d’une loi sans passer devant le Parlement, sous couvert de l’engagement de responsabilité gouvernementale, sauf en cas de motion de censure (le célèbre article 49 alinéa 3 de la Constitution).

Image montrant la Constitution française avec le sceau de la République Française
Le rôle du Parlement est défini par la Constitution. Wikicommons, CC BY

En 1958, un nouvel acteur encadre aussi le travail parlementaire, le Conseil constitutionnel, chargé notamment du contrôle de constitutionnalité des lois (art. 61 al. 2 C) est qualifié de « canon braqué vers le Parlement » selon l’expression du professeur Charles Eisenmann.

L’autonomie parlementaire est également touchée par le contrôle des règlements de l’Assemblée nationale et du Sénat (art. 61 al 1 C). Dès lors, les assemblées sont passées du statut de « souverain assuré de l’immunité de juridiction à celle de justiciables » en jugeait le politiste Léo Hamon en 1959.

En définitive, le Parlement français a connu un abaissement de son rôle à partir de 1958. La logique présidentielle s’est également renforcée avec l’élection au suffrage direct du président de la République lui octroyant une forte légitimité ; mais aussi par l’inversion du calendrier électoral en 2000, où l’élection présidentielle précède les élections législatives, maximisant au président élu ses chances d’obtenir une majorité parlementaire.

Le Parlement, un « angle mort » de la science politique française

Les études parlementaires sont un champ réunissant principalement trois disciplines centrales (l’histoire, le droit et la science politique). Parmi ces disciplines, la science politique s’est longtemps détournée de l’étude des assemblées parlementaires et de leurs élus comme le soulignaient Olivier Rozenberg et Eric Kerrouche. Les deux politistes français constatent « le réel désinvestissement de la science politique française vis-à-vis de cet objet » à partir des années 1980.

Olivier Nay, spécialiste de la sociologie des institutions, donnait plusieurs raisons à ce délaissement du champ de recherche : les assemblées législatives françaises ont fait face à la transformation des échanges dans l’espace public entre la décentralisation (création d’assemblées locales), la construction européenne (création d’un parlement supranational) et le tournant néolibéral multipliant les acteurs de délibération et de décision.

Dès lors, l’éloignement de la science politique française a laissé l’étude de ce champ au droit (constitutionnel). Bien que la discipline étudie les relations entre les différents pouvoirs et institutions, elle n’a pas repris le fer de lance des études parlementaires françaises et s’est bornée à décrire les pouvoirs du Parlement.

Il y a une autre explication propre à la discipline de la science politique française. Son tournant sociologique des années 1970-1980 a installé « une plus grande méfiance à l’égard des explications traditionnelles, juridiques ou philosophiques, qui portent une attention soutenue aux institutions formelles et aux projets normatifs qui les légitimes » explique O. Nay. Epistémologiquement, cette tradition française accorde une place importante aux travaux empiriques et s’intéresse aux acteurs. Méthodologiquement, les chercheurs privilégient les approches qualitatives avec des entretiens semi-directif, à la description biographique des acteurs et aux observations de terrain.

Cette tradition française diverge des legislatives studies anglo-saxonnes (congressional studies aux États-Unis) s’inspirant d’analyses néo-institutionnalistes ou de la théorie du choix rationnel ; et ayant recourt aux méthodes d’enquêtes davantage quantitatives. Cela n’a pas pour autant empêché d’avoir quelques ouvrages aux approches comportementales dans les années 1980 ou rationnelles dans les années 1990 sur le Parlement français.

Retrouver le parlement

La science politique française renoue son intérêt pour les études parlementaires depuis les années 1990 en diversifiant les niveaux d’analyses : comportement électoral des députés, sociologie des élus, genre, conception de la représentation, efficacité des législatures.

Finalement, le Parlement demeure central dans notre société politique. D’un côté, le Parlement constitue un instrument de contrôle du pouvoir exécutif et de tribune pour les opposants. Le dernier quinquennat d’Emmanuel Macron le montre bien : l’affaire Benalla a été la raison du blocage de la réforme constitutionnelle à l’été 2018 et le Sénat s’est montré actif avec ses commissions d’enquête (affaire Benalla et affaire McKinsey). De l’autre, il reste un objet d’analyse produisant des masses de données exploitables pour les chercheurs. Il est alors fort probable que les études parlementaires augmenteront dans les années à venir dans la science politique française.

Côté électeurs, la perspective d’un « troisième tour » de l’élection présidentielle articulée à la tripartition de la vie politique française et à l’union de la gauche suscitera peut-être un regain d’intérêt pour le Parlement. Réponse les 12 et 19 juin prochain.


The Conversation

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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