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21.08.2026 à 17:57

Jérémie Younes
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Indépendance… ou hypocrisie ?

- Le journalisme d'élite / ,
Texte intégral (1385 mots)

Indépendance… ou hypocrisie générale ?

« Et si Léa Salamé ne revenait pas au 20 Heures de France 2 ? » La question, en appel de Une, a l'air prioritaire pour Le Parisien, qui a missionné deux de ses plus fins limiers sur cette enquête (18/08). Initialement, nous explique le quotidien, la présentatrice du JT, dont la première saison n'a pas été une franche réussite, devait revenir à l'antenne le lundi 24 août. Seulement voilà : l'entrée en campagne de son conjoint Raphaël Glucksmann se précise… « Le retour de Léa Salamé lundi me paraît très compliqué », souffle un cadre de France Télévisions au Parisien. En effet, la présentatrice a toujours affirmé, dès son embauche en juin 2025, qu'elle se déporterait du JT en cas de candidature de son compagnon. Mais pour le moment, rien d'officiel, et le quotidien de Bernard Arnault continue donc d'entretenir le feuilleton estival : « Nous y verrons plus clair à la fin du mois. »

Dans un autre titre détenu par Arnault Bernard, quelques jours plus tôt, une publication tapageuse semblait y voir déjà très clair : le couple Glucksmann/Salamé faisait la Une de Paris Match, en maillots de bain, en train de s'enlacer dans les vagues : « Plus amoureux que jamais, Léa Salamé et Raphaël Glucksmann, l'heure des grandes décisions » (13/08). Le reportage « people » qui accompagne ces photos de vacances est un monument de niaiseries et de dépolitisation : « Le temps d'un baiser, le débatteur et l'intervieweuse se réduisent tendrement au silence. » « La reine du 20h » est dans une « situation périlleuse, ose Paris Match. Elle le sait : quoi qu'il arrive, elle sera attaquée. » Mais encore : « C'est l'ironie de l'histoire : qu'elle, l'affranchie, […] voie son destin professionnel lié à celui d'un homme au point de devoir quitter, même momentanément, son poste au JT. » Le style désuet de cette fausse « paparazzade » culmine dans les légendes des photos : « Pause romantique au creux des vagues… Mais Léa l'hyperactive aura tout de même besoin de ses vingt minutes de natation quotidienne » ; « Fou rire après une glissade sur les galets, sur une plage du cap Corse, où ils aiment prendre un moment seul à seul, en fin de journée » ; « Presque incognito parmi les touristes, ils n'ont besoin de lunettes noires que pour se protéger du soleil. » Ad nauseam.

Dépolitisation, personnalisation, peopolisation : rien de très neuf. Tout est bon pour gonfler le capital médiatique et occuper l'espace. La fausse « paparazzade » fait ainsi ricochet en agitant le bocal médiatico-politique : de Libération à L'Opinion, en passant par les pages TV du Figaro, toute la presse y va de son petit commentaire – critique ou non – et de ses questionnements indigents. Et c'est ainsi que le bruit médiatique fait diversion.

Car cette couverture de Léa Salamé « l'affranchie », qui n'est pas sans rappeler celle de précédents couples « médiatico-politiques » – Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn, Christine Ockrent et Bernard Kouchner, Béatrice Schönberg et Jean-Louis Borloo, Isabelle Saporta et Yannick Jadot, Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg, Valérie Trierweiler et François Hollande, etc. – se concentre comme de coutume sur les romances people et les enjeux de mercato médiatique… au détriment des (bonnes) questions que ne se posent jamais les journalistes : en premier lieu, celle de l'endogamie structurelle au sein des « élites » politiques et médiatiques françaises. Et comme nous l'écrivions déjà en 2010 au moment de la suspension d'Audrey Pulvar d'une émission politique sur i-Télé après l'annonce de la candidature d'Arnaud Montebourg aux primaires socialistes, le « débat » sur la proximité entre le pouvoir politique et les médias se trouve circonscrit au cas des « journalistes conjoints », éludant de ce fait « la variété et la multiplicité des connivences entre les journalistes et les centres de décision ».

Déjà en campagne, Léa Salamé se prête évidemment au jeu en laissant encore planer le doute sur son retour à la présentation du JT de France 2. Et les bruits de couloir de s'ajouter aux bruits de couloir… « Léa est au planning. Mais tout le monde est persuadé qu'elle part », glisse un salarié de France Télé au Figaro (20/08), tandis que la presse « people » se repaît de ses atermoiements : « Léa Salamé de retour au 20h de France 2 dans deux semaines ? Pourquoi ce n'est pas si simple… » (Gala, 14/08) ; « Léa Salamé écartée du 20h de France 2 ? » (Voici, 29/07) ; « Léa Salamé, son avenir menacé sur France 2 ? À cause de Raphaël Glucksmann, "on la sait torturée" » (Closer, 13/08).

Outre l'effet de peopolisation d'une star de l'information, tous ces titres entretiennent une fiction dépolitisante, dans laquelle le fait que la présentatrice du JT soit la compagne d'un homme politique de premier plan n'aurait d'effet sur son traitement de l'actualité politique qu'à partir du moment où ce dernier entre officiellement en campagne. Et encore : il s'agit plus précisément d'écarter tout soupçon, tant il est entendu que le reste du temps et en règle générale, Léa Salamé « l'affranchie » n'est jamais partisane. Du reste, personne ne songe à décorréler la question (posée ponctuellement) de « l'indépendance » d'une journaliste de celle de son compagnonnage amoureux : la position sociale de Léa Salamé, sa pratique du journalisme politique, l'entre-soi sociologique dans lequel elle évolue ne sont, eux, nullement en jeu. D'ailleurs, Le Figaro l'assure : « France Télévisions ne veut pas laisser de place à la confusion : il s'agit bien d'une mise en retrait temporaire », et Léa l'hyperactive retrouvera son fauteuil – et le certificat d'« impartialité » qui va avec ? – dès la campagne terminée. Comble de l'hypocrisie générale : elle gardera par ailleurs, le temps de la présidentielle, l'émission de divertissement, de bavardages et d'entre-soi qu'elle co-produit et présente en grandes pompes sur France 2, « Quelle époque ! ».

Toute cette comédie autour du retrait de la présentatrice du JT aurait pu nous être épargnée : dès fin juillet, LCI avait annoncé le premier débat télévisé de la campagne, organisé (comme un signe) en collaboration avec le MEDEF, le 27 août. Au programme, la plupart des « gros » candidats officiellement déclarés… ainsi que Raphaël Glucksmann. Mais la mise en scène de son retrait semble être une chose importante pour Léa Salamé, qui peut compter sur la bienveillance d'une large partie de la presse, à commencer par les titres « people ». Il y a quelques mois, le magazine Closer titrait carrément : « Léa Salamé bientôt Première dame de France ? Raphaël Glucksmann prêt à l'exploit pour lui offrir le titre » (04/10/25).

***

Les spéculations concernant son remplacement ne dureront elles pas longtemps : c'est le tout désigné Jean-Baptiste Marteau qui lui succèdera. Jamais partisan, lui non plus, ce sémillant journaliste fut par le passé président des jeunes UMP de l'Oise. Décidément…

Jérémie Younes

06.08.2026 à 07:00

Acrimed
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Été 2026

- Médiacritiques
Lire plus (271 mots)

Le Médiacritiques n°59 est sorti de l'imprimerie le 10 juillet. À commander sur notre site ou à retrouver en librairie. Et surtout, abonnez-vous !

Ce numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans les librairies listées ici, ainsi que sur notre boutique en ligne.

Tous les anciens numéros sont (ou seront) en accès libre ici.

30.07.2026 à 12:18

Marion Moinet
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RSE partout, écologie nulle part.

- Médias et écologie /
Texte intégral (2787 mots)

Le titre du milliardaire Rodolphe Saadé cuisine l'écologie à toutes les sauces dans ses colonnes, inventant même d'audacieux oxymores, comme l'IA « écoresponsable » ou les Jeux Olympiques « zéro pollution ». De fait, La Provence est l'un des journaux régionaux qui parle le plus d'écologie, mais en parle-t-il mieux pour autant ?

Été 2026. Alors que les canicules se succèdent, l'écologie a fini par s'imposer dans les médias comme un sujet dont on ne peut plus faire l'économie. Quitte à en parler n'importe comment… Les exemples les plus emblématiques sont issus de la sphère Bolloré, dont les médias s'arc-boutent sur le sujet de la climatisation, au détriment d'une analyse des causes du dérèglement climatique. Mais au-delà du climatoscepticisme décomplexé de CNews, le manque de formation des journalistes fait aussi des ravages dans la presse quotidienne régionale, qui, avec la presse départementale, est lue par deux tiers des Français.

Le quotidien La Provence – détenu par CMA CGM [1] et Rodolphe Saadé, deuxième milliardaire plus grand émetteur de CO2 en France – en est un exemple flagrant. Dans ses colonnes, La Provence cuisine volontiers « l'écologie » à toutes les sauces, que ce soit pour parler d'intelligence artificielle ou de l'aménagement des zones commerciales. Les sujets économiques sont de plus en plus souvent saupoudrés de termes comme « décarbonation », « transition écologique » ou encore « innovation responsable », tandis que la section « environnement » du journal regorge d'articles dithyrambiques sur des entreprises « engagées » qui « s'investissent pour la biodiversité », et leurs projets « zéro pollution ».

Mais sous couvert de parler d'écologie, le titre véhicule surtout un discours pro-business, défendant la compatibilité supposée de la croissance économique avec la protection de l'environnement : la « croissance verte ». Rarement fondée sur l'analyse objective de faits scientifiques, la couverture médiatique proposée par La Provence permet aussi d'écoblanchir des choix politiques et des secteurs économiques pourtant critiquables sur le plan écologique.

RSE partout, écologie nulle part

Parmi les titres de la presse régionale, La Provence se démarque par une couverture plus importante que ses pairs (quoique toujours insuffisante) des sujets environnementaux. Selon l'association Quota Climat, qui se base sur les données de l'Observatoire des Médias sur l'Écologie, entre janvier et mars 2026 le journal marseillais se plaçait en tête des titres régionaux qui ont consacré le plus de place à l'environnement pendant la campagne des élections municipales, avec 6,4% de contenus liés à l'environnement, contre 5% pour Nice-Matin et Sud Ouest, qui complètent le podium. À titre de comparaison, les « meilleurs élèves » de la presse nationale, Le Monde et L'Humanité, ont quant à eux consacré environ 9% de leur couverture à ces sujets.

Mais à en juger par les articles publiés par La Provence à l'été 2026 dans la section « Environnement » de son site, son leadership au sein de la presse quotidienne régionale s'explique aussi par une prolifération de sujets « environnementaux » n'ayant que peu de rapport avec l'écologie, le climat ou la biodiversité.

Ainsi de cet article paru début juillet dans l'édition Alpes du journal sous le titre : « Les parcs d'activités de Manosque investissent en faveur de la biodiversité et pour leur transition énergétique ». Publié à l'issue de « l'assemblée générale de l'association des parcs d'activités de Manosque », l'article est anglé sur le « projet biodiversité » que compte développer la zone commerciale, décrit et commenté par une seule et même source, le président de l'association des parcs d'activité manosquins, au journaliste. Sans surprise, l'article a donc des allures de SAV : on apprendra notamment comment l'association compte réduire la pollution lumineuse en investissant dans des Led et des ampoules « qui s'éteignent la nuit », ou encore « développer une trame turquoise », des « ilots de verdure et de fraîcheur » et des « corridors » pour la faune : en clair, planter des haies sur les ronds-points ? Pour l'heure, le projet se résume à une étude préalable… financée à 90% par des fonds publics. Toutes proportions gardées, cet effort des entreprises au service de « la biodiversité et la transition énergétique », méritait-il réellement une demi-page dans le journal ?

D'autant que cet exemple n'est pas un cas isolé. Comme d'autres médias régionaux, La Provence couvre régulièrement les actions menées par les entreprises au titre de leur responsabilité sociale et environnementale (RSE). Si certaines de ces actions peuvent avoir un impact environnemental positif – souvent marginal –, rares sont les articles qui le quantifient et le remettent en contexte. De fait, la principale fonction de ces sujets (outre de combler des pages) est de soigner l'image de marque des organisateurs, qui ne manquent pas de solliciter le journal à chaque opération RSE. À chaque fois, les mêmes ressorts sont à l'œuvre : non-hiérarchisation des informations (une petite action débouche sur un article élogieux d'une demi-page, voire d'une pleine page), et absence totale d'analyse sur l'impact réel de ces opérations.

Ainsi, la réhabilitation d'une autre zone d'activité dans la Drôme permet au rédacteur de souligner « la volonté de la communauté de communes de concilier développement économique et transition écologique, grâce à une gestion plus durable des eaux pluviales, à la désimperméabilisation de certains espaces et au renforcement de la biodiversité ». En oubliant de préciser que l'essentiel de ces mesures sont déjà obligatoires depuis plusieurs années... Au Frioul, près de Marseille, c'est une opération « ramassage de déchets » financée par deux entreprises de la tech qui suscite l'enthousiasme du journal. En parallèle, le principal mécène de l'événement s'est payé un publireportage dans les colonnes du journal, pour mettre l'accent sur « son engagement en faveur de la protection des océans ». Pour que le vernis « vert » tienne, mieux vaut passer deux couches...

Des Jeux Olympiques « sans pollution » et une IA « écoresponsable »

Aux côtés de ces sujets sans fond, on retrouve aussi de nombreux articles qui reprennent sans recul des éléments de langage mettant en avant la dimension « durable » ou « décarbonée » de projets pourtant contestables sur le plan écologique. Souvent tirés des pages « Économie » du journal, ces articles ne mobilisent quasiment pas de données scientifiques ou de sources contradictoires, et contribuent régulièrement à écoblanchir des projets douteux.

Ainsi, le 6 juillet 2026, La Provence consacre un article très positif aux Jeux Olympiques d'Hiver 2030, intitulé « "Un coup de projecteur très très important" : la région Paca fait le pari de l'économie locale et durable ». Réalisé par une journaliste du service économie, en marge des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, l'article rend compte d'une conférence de presse organisée par le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, co-organisatrice des JO 2030. Ce dernier annonce que « 70% » des contrats des JO 2030 seront attribués à des entreprises « régionales ». Voilà pour le côté « local ». Mais quid de la partie « durable » ? Sur ce point, la journaliste, qui n'a visiblement pas eu le temps de se procurer des chiffres sur l'impact environnemental des JO 2030, se replie sur les éléments de langage fournis par la Région :

Avec pour objectif zéro pollution, ces Jeux se veulent décarbonés. La région Sud compte ainsi « façonner et préparer » ses montagnes à horizon 2050 selon le président de la région. L'ambition affichée : réduire le réchauffement climatique et éviter la perturbation des futurs JO.

Ces affirmations pourraient être remises en perspective, puisque l'arc alpin devrait atteindre 2,7 degrés de réchauffement moyen à horizon 2050 – date à laquelle les trois quarts des glaciers locaux auront disparu. Quant au bilan carbone officiel de ces Jeux « décarbonés », il a été estimé par les organisateurs eux-mêmes à 804 000 tonnes d'équivalent CO2 (les émissions annuelles de 80 000 Français) [2]. Mais l'article ne fournira aux lecteurs, qui sont en droit d'attendre une analyse fondée sur des faits, que des éléments de langage hasardeux.

Autre exemple qui illustre bien l'emploi abusif de notions « écologiques » dans le journal : le 11 juillet, paraît le compte rendu d'une rencontre entre acteurs de l'éducation supérieure. Intitulé « À Marseille, Formasup Méditerranée dresse le bilan d'un apprentissage vert et inclusif », l'article s'attarde sur le défi de rendre l'intelligence artificielle « écoresponsable ». Si la journaliste prend le temps d'évoquer en détail les « projections environnementales alarmantes » qui auréolent l'IA – consommation d'électricité, d'eau, et déchets générés –, elle laisse ensuite le champ libre à un discours techno-optimiste qui met en avant « l'écoconception » comme solution : « Passer d'une IA rouge à une IA verte, c'est la transition incontournable à opérer », explique un interlocuteur. Voilà un sujet vite expédié…

La veille, le service Économie de La Provence avait déjà consacré une interview au président du syndicat patronal des entreprises du numérique. Après la très prévisible question « l'IA représente-t-elle une opportunité ou une menace pour votre secteur ? », le journal entrait dans le vif du sujet : « Au niveau du numérique responsable, la France est-elle sur la bonne voie ? » Réponse : « Nous, les Européens, on essaie d'aller dans le bon sens et on essaie de faire en sorte que l'énergie qui va être consommée pour alimenter les data centers soit la plus verte possible pour justement préserver la planète. » La Provence semble estimer que son rôle n'est pas ici de demander des précisions à son interlocuteur, ni de tempérer ou de confronter ces propos à des faits.

Dérouler le tapis rouge à la « croissance verte »

Que ce soit en couvrant des opérations RSE à l'impact anecdotique ou en « verdissant » des projets controversés, La Provence relaie une vision profondément dépolitisée de l'écologie, qui n'interroge pas les causes et ne désigne pas non plus les responsables des crises écologiques. Le sujet est traité comme une variable d'ajustement : une poussière « verte » dont il suffirait de saupoudrer les articles pour être dans l'air du temps. Vidés de tout sens, les adjectifs « durable », « responsable », « engagé », « décarboné », ponctuent ainsi le journal sans que ses auteurs s'interrogent sur la pertinence du terme choisi ou sur la réalité qu'il recouvre. Ce dévoiement du langage est particulièrement flagrant lorsque le journal réalise des interviews avec des élus, dont les propos sont rarement vérifiés, mis en perspective ou confrontés à des faits. Ainsi, le 2 juin 2026, dans un article intitulé « La biodiversité a besoin des entreprises », La Provence tendait le micro au ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre. Lequel attribuait les « reculs » de la transition écologique, sujet dont il est pourtant chargé... à La France insoumise. Tout en « se refusant à opposer croissance économique et protection de l'environnement », il déclarait : « La biodiversité a besoin des entreprises et vice versa. »

Ni climatosceptique, ni climato-dénialiste, la ligne éditoriale du journal s'apparente à ce que le sociologue Albin Wagener (également rédacteur en chef du média parodique Malheurs Actuels) qualifie de « climato-ségrégationnisme » dans une tribune pour Politis :

Un sceptique, c'est quelqu'un qui réfléchit et qui doute ; un dénialiste, c'est quelqu'un qui refuse de voir la réalité en face parce qu'elle lui semble insupportable. Or ce qui empêche l'action climatique, ce ne sont pas des individus qui douteraient ou refuseraient l'évidence ; au contraire, il s'agit d'un projet politique et financier, porté par des personnes qui ont connaissance du changement climatique, mais décident de préserver leurs intérêts économiques.

Plus loin, il développe :

Les médias ou les politiques qui optent pour l'inaction climatique ne sont pas seulement antiécologiques ; ils portent un projet politique cohérent, basé sur le conservatisme des mœurs, la préservation d'un ordre social inégalitaire, et une prédominance des intérêts économiques et financiers sur tout le reste.

À en juger par les nombreux articles consacrés par La Provence aux conséquences du changement climatique sur son territoire, le média est parfaitement au fait de la réalité du drame, même s'il s'attarde moins sur ses causes [3]. Mais cette connaissance n'entraîne pas de changement de cap dans sa couverture des enjeux politiques et économiques au sens large. À l'heure où la France brûle, La Provence (et de nombreux autres médias nationaux ou régionaux) reste plus encline à parler d'« écologie » quand il s'agit d'évoquer les petites actions mises en œuvre par les puissants ou de verdir un projet aux retombées juteuses, que de questionner les responsabilités du système de production, des super-pollueurs milliardaires et des élus dans la crise en cours.

Marion Moinet


[1] Voir également nos articles sur BFM-TV et sur la couverture de l'inauguration du dernier porte-conteneurs de la CMA CGM.

[2] Lire « Forêts rasées, montagnes bétonnées : la vraie carte des JO 2030 dans les Alpes », Reporterre, 18/07.

[3] Selon les calculs de l'Observatoire des médias sur l'écologie, les causes du dérèglement climatique ne sont mentionnées que dans 18,3% des articles de La Provence traitant des conséquences de la crise climatique.

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