02.10.2026 à 12:02
Le 15 septembre, France 2, en partenariat avec France Inter, consacrait une grande soirée aux incendies qui ont frappé la France durant l'été. Des pompiers héroïques, des murs de flammes, des animaux hagards, des sinistrés éplorés, des experts recyclés, des forêts qui reverdissent et, toutes les 15 minutes, des appels aux dons pour une grande association environnementale : pendant près de 2h30, l'écologie fut omniprésente. Ou plutôt, le spectacle de la catastrophe. Ses ressorts, ses causes et ses conflits étaient quant à eux relégués hors du cadre, au profit de « solutions » dépolitisées.
Les intentions affichées par France 2 étaient ambitieuses : « Quelles sont les causes de ces incendies incontrôlables ? Quelles solutions concrètes pour les prévenir ? » se demandait la chaîne de service public. La rédaction promettait des « réponses, solutions et actions » au niveau « de nos institutions, de nos entreprises [et] de nos citoyens », un « constat exhaustif des dégâts » et un retour « sur le manque de moyens rencontré ». Aux manettes, deux animateurs stars : Léa Salamé et Hugo Clément – ce dernier étant également producteur de l'émission via sa société « Winter productions ». Enfin un débat « pluraliste » sur l'environnement ? Un simple tour d'horizon du plateau laisse sceptique : aucun porte-parole syndical, aucun responsable politique, aucun acteur économique de la filière bois ; un seul militant, Thomas Brail, cantonné au rôle d'activiste de service.
À 21h, Léa Salamé donne le ton – ce ne sera pas celui de la critique, mais celui de l'emphase : « Toutes les antennes de France TV sont mobilisées pour sauver nos forêts ». C'est que « nos forêts sont vitales, elles nous permettent de respirer, elles nous apaisent ». Et « ce soir, on va agir pour elles, en finançant des actions très concrètes dans toute la France », précise-t-elle, enthousiasmée par le Téléthon environnemental qui s'annonce.
À l'image, plusieurs rangées de pompiers en uniforme : « Venus de la France entière, ils ont combattu le feu tout l'été ». Cette émission, c'est aussi pour leur « rendre hommage ».
Dès les premières minutes, France 2 sort l'artillerie lourde. Des images de feu saturent le conducteur, une gamme chromatique rouge-orangée inonde l'écran. On voit des Canadairs plonger dans les bassins du château de Fontainebleau, des pompiers avancer devant des trombes de feu. « On fait comme on peut, parce que là c'est la guerre », témoigne l'un d'entre eux.
« Des images inédites en région parisienne » défilent sur une musique grandiloquente. Mais le « pire est encore à venir », annonce Hugo Clément : direction la Gironde et les Landes. Des camions cernés par les flammes, des silhouettes de pompiers au brasier, des files de voitures fuyant dans la nuit. Puis, des images d'habitants en pleurs : « Pour cette émission, nous sommes allés à la rencontre de ceux qui ont tout perdu en quelques minutes », annonce Léa Salamé. Il y a aussi les animaux, blessés, apeurés, privés de leur habitat. Une séquence entière est consacrée à la photographie d'une biche ; celui qui a pris la photo, encore un pompier, est invité à livrer « ce qu'il a vu et ressenti » pendant plusieurs minutes.
En plateau, l'ambiance est émue et solennelle. Les récits et les anecdotes touchantes se succèdent, dans une surenchère d'incarnations meurtries. Applaudissements, standing ovation. Tout un rang de pompiers – les « héros de l'été », appuie Salamé – est invité à décrire ce qu'ils viennent de vivre. Le concours de superlatifs s'ouvre : « extrême », « hors-norme », « historique ».
Puis, quand Léa Salamé s'improvise grand reporter de la 25e heure auprès d'une famille dont la maison a brûlé, au Porge, la mécanique du pathos franchit un nouveau cap. En plateau, Morgane, six ans, serre une peluche plus grosse qu'elle. France 2 diffuse d'abord les images de la caméra de surveillance montrant les premières flammes aborder la propriété – « on entend le feu qui crépite » commente Salamé, qui témoigne : « Franchement j'ai été choquée, comme tout le monde quand on voit les incendies à la télé ; mais quand on y va, même un mois plus tard, on se rend compte de l'ampleur des dégâts. »
Vient le reportage : route entre les forêts carbonisées, petite musique mélancolique, visites des ruines familiales, souvenirs consumés. La réalisation nous gratifie d'un plan dans lequel la fillette fait un câlin à l'animatrice. Pendant la diffusion, son visage est incrusté à l'écran pour que le spectateur ne perde pas une miette de ses réactions. « Il y a aussi des souvenirs qui ont brûlé, j'imagine », relance Salamé devant les décombres. À l'image, un vélo d'enfant calciné.
Retour plateau : la fillette est en larmes. « Oh non poulette, elle pleure », constate Hugo Clément. Léa Salamé en rajoute une couche et lui demande ce que lui « a fait » le visionnage : « Ça m'a fait pas très du bien », bafouille l'enfant, tandis qu'une journaliste de France 3 essuie ses propres larmes. Puis vient l'histoire de Bobby, l'ourse en peluche oubliée pendant l'évacuation, puis remplacée par les pompiers. « Comment on trouve les mots pour dire à sa fille de six ans que la maison a brûlé ? », enchaîne Léa Salamé, délicate. Le père n'en sait rien. Petit malaise en plateau. Violence ordinaire du spectacle.
Dans « Sauvons nos forêts », l'information cultive le voyeurisme. Les conséquences ont des noms, des visages et des histoires ; des uniformes et des larmes. Les causes, nettement moins. Quelles entreprises organisent la sylviculture en France ? Qui sont les dirigeants politiques qui décident du niveau de risque et des moyens de prévention ? Quels sont les intérêts qui traversent la forêt française ? L'émission n'en dira mot. Les conséquences sont sur-incarnées en proportion de la désincarnation des causes [1]. L'hypervisibilité des unes dresse un écran de fumée devant les autres.
Les responsabilités sont en effet présentées sous forme d'abstractions commodes, dont les experts de plateau sont les médiums chevronnés. À commencer par Jérôme Fourquet, l'une des figures bien connues de l'entreprise de sondages et de marketing Ifop. Hugo Clément le présente d'emblée comme « l'homme qui connaît les Français et les Françaises mieux que personne ».
« Est-ce que les gens vont zapper ? » lui demande Léa Salamé, à propos des incendies et du changement climatique. Fourquet observe que l'attention s'est déjà déplacée vers les prix du carburant (comme si « les gens » ne pouvaient pas avoir une conscience composée de différentes préoccupations : être inquiets de la situation écologique et avoir besoin d'un véhicule pour aller bosser). Puis viennent climatiseurs, piscines privées et cette grande découverte : le « cerveau humain » serait ainsi fait que « très vite, on repasse à autre chose ». Ainsi, à la question « pourquoi l'action politique demeure-t-elle défaillante malgré des décennies d'alertes scientifiques ? », s'en substitue une autre : « Pourquoi les gens ne comprennent-il pas durablement ? » Dans ce déplacement, les responsabilités politiques réelles disparaissent. Le problème écologique devient un problème cognitif.
La manière dont Fourquet est mobilisé par les animateurs lui confère une fonction performative bien précise : laisser croire qu'il y aurait un lien direct entre l'opinion, « la prise de conscience » et la conduite concrète des politiques publiques, manière d'appuyer le registre émollient de la « sensibilisation » dont raffolent les médias, pour finalement renvoyer l'impuissance vers la population elle-même. Puisque « les gens » ne sont plus dans le déni – « ils ont deux yeux », rappelle Fourquet – il faut bien leur trouver d'autres déficiences : le cerveau serait mal équipé pour prendre la mesure du problème.
Il y a là un joli tour de passe-passe médiatique : pendant plus de deux heures, France 2 construit un dispositif uniquement gouverné par l'événement – images chocs, émotions, victimes biographiées. Puis elle invite un sondeur pour expliquer que le problème viendrait du caractère volatil et « saisonnier »… du public. La télévision stigmatise ainsi chez les spectateurs l'attention intermittente qu'elle contribue elle-même à façonner. Au passage, la responsabilité des faiseurs d'opinion est escamotée. Et la climatologue Françoise Vimeux aura beau jeu de s'étonner que les incendies de l'été soient traités comme une « crise » davantage que comme une « trajectoire ».
Incidemment, Fourquet fournit pourtant une autre piste, qui restera inexploitée. Interrogé par Salamé sur le « besoin des Français de se reconnecter à la nature », le sondeur rappelle qu'il existe 3,3 millions de de propriétaires forestiers privés en France, des « gens qui ont investi ou hérité ». Une information qui aurait pu ouvrir sur la structure de propriété de la forêt française et des politiques de gestion afférentes. Mais pas du tout : psychologisée à son tour, la propriété reste codée comme la preuve d'un lien affectif. Tout au long de l'émission, la forêt restera un milieu sans économie.
Françoise Vimeux rappelle ensuite que des plans d'action existent et que les armoires en sont déjà « remplies ». Mais à la question de savoir pourquoi ils ne sont pas appliqués, elle « n'a pas la réponse ». Peut-être est-ce pour cela qu'elle a été invitée ? Lorsque Hugo Clément lui demande si les politiques prennent la question au sérieux, elle juge la question « difficile » : « Ce qui se passe là, ça fait des décennies que les climatologues le rabâchent. […] J'ai quand même l'impression que nos politiques, ils comprennent ce qu'on leur raconte. […] Mais donc, je pense qu'il y a une grande incompréhension sur la compréhension. » Les rapports de force économiques, les antagonismes sociaux et le poids de la propagande disparaissent alors derrière une aimable « incompréhension » générale.
François Gemenne produit une dilution à peine plus subtile. Lorsque Hugo Clément lui demande pourquoi « nous reproduisons les erreurs du passé », au lieu de questionner ce « nous », il se fait philosophe : « La grande leçon de l'Histoire, c'est que nous n'apprenons jamais rien de l'histoire. » Un nous si vaste qu'il ne désigne plus personne.
En définitive, France 2 a décidé de construire un plateau où l'expertise est chargée d'authentifier un problème (la crise écologique), mais sans lui adjoindre les savoirs et les protagonistes capables d'en instruire les coordonnées politiques. L'expertise fonctionne alors comme un dispositif de clôture, de verrouillage.
Tout le paradoxe de la « sensibilisation » s'exprime ici : au lieu de demander quels rapports de pouvoir empêchent l'appropriation des savoirs scientifiques et la traduction de ces derniers en politiques publiques, on continue de chercher un déclic psychologique par essence intangible. Ou la « prise de conscience » comme politique par défaut.
Heureusement, Hugo Clément nous avait prévenus : malgré ce brouillard politique envahissant, « des solutions existent ». Il y a même « de l'espoir ».
Jamy Gourmaud commence par le commencement : « la culture du risque ». Les comportements comptent ; il faut apprendre les bons gestes et ne pas jeter ses mégots. « 90 % des feux sont d'origine humaine », amalgame Léa Salamé [2]. L'apprentissage des écogestes doit commencer « tout de suite », jusque « dans les écoles » : « pas besoin d'imaginer des solutions pour dans 10 ans ». Pas besoin de vision politique ?
Dès lors, l'émission va pouvoir dérouler un catalogue de solutions « clé en main », sans plus s'attarder sur les causes structurelles de l'incendie climatique. Et dès que ces solutions cessent d'impliquer immédiatement conflits et distribution du pouvoir, « Sauvons nos forêts » se fait étonnamment exhaustive et précise : pastoralisme ; « hydrologie régénérative » ; ensemencement des nuages à l'iodure d'argent ; capteur sur les arbres ; caméras « dopées » à l'IA… Jusqu'aux Reapers de l'armée utilisés à des fins de surveillance, avec cette précision joviale : « Ça vous plaît ? C'est français ».
Les solutions techniques sont mises en images et montrées à l'écran. Mais on ne saura pas quels intérêts se cachent derrière ni comment les développer (comme le pastoralisme) ou les encadrer (comme l'IA) : un « journalisme de solutions » désincarné et dépolitisé. « L'IA, elle va vous aider, les pompiers ? », interroge Salamé. Jamy Gourmaud affirme alors que l'IA permet déjà d'améliorer les prévisions. Thomas Brail s'empare du micro : « L'IA ça consomme de l'eau et les pompiers ont besoin d'eau. Voilà, merci ». Mais Jamy reprend la main pour soutenir que « dans l'immédiat », l'outil existe. Fin de la discussion.
Même lorsqu'un sujet politiquement inflammable surgit – le nombre de Canadairs – la discussion bascule immédiatement dans la logistique industrielle. « Pas assez de Canadairs, c'est pas sûr », finasse Jamy Gourmaud, devenu expert en protection civile. Hugo Clément signale bien une commande annulée en 2024 par « le gouvernement de l'époque », lequel restera sans nom – il s'agissait de celui de Gabriel Attal. Il faudra ensuite plusieurs relances pour que le colonel sur le plateau admette un « manque » indéterminé.
Puis l'espoir renaît.
Au moment même où l'émission aurait pu faire atterrir politiquement ces solutions (qui les revendiquent, qui les freinent, quel budget, quelle hiérarchie, quelles évolutions normatives ?), Salamé annonce autre chose de « très important » : « Comment on passe du drame à la vie ». L'émission choisit alors d'envoyer Hugo Clément en forêt avec des agents de l'ONF, sur des parcelles qui ont brûlé en 2022 et en 2024. Et là, surprise : la forêt repousse.
Premier site : des arbres calcinés. Mais déjà une pousse vert fluo ! « Regardez, ça repart déjà ». Deuxième site : « Donc voilà à quoi ça ressemble après un incendie : donc ça repousse. » Même que de nouvelles essences sont apparues « toutes seules ». Retour plateau : « Ça marche ». À la question « la nature reprend toujours ses droits », l'expert de l'ONF répond : « la nature a horreur du vide ».
La boucle narrative est bouclée. Après l'apocalypse, la renaissance. La « trajectoire » dont parlait Vimeux a disparu : France 2 l'a transformée en crise, avant d'offrir à cette crise sa résolution, sous forme de happy end. D'ailleurs, les sinistrés du Porge vont pouvoir reconstruire leur maison grâce aux assurances. Le solutionnisme très feel good de France 2 parvient à dénouer un péril historique tout en restant à la surface des choses.
Du reste, la gymnastique rhétorique à laquelle se plie « Sauvons nos forêts » consiste à désarmer sans cesse les polémiques qui pourraient traîner dans l'esprit du téléspectateur. Si des controverses apparaissent, ce n'est jamais de façon suffisamment précise ou durable pour organiser la discussion, qui reste à bonne distance du débat contradictoire.
La séquence Porge en fournit une bonne illustration. Après les larmes de Morgane (la fille) et l'histoire de Bobby (la peluche), Léa Salamé demande à Justine (la mère) si elle s'est sentie abandonnée par les pompiers au profit du Cap Ferret, « comme on l'a dit cet été » : « Moi, je partage ce sentiment, y a beaucoup de colère chez nous, beaucoup d'incompréhension […] Ce qui sûr, c'est que les habitants encore sur place ont vu les colonnes de pompiers être démobilisées. » Hugo Clément actionne la lance à incendie : « Justine, qu'on soit clairs, vous n'en voulez pas aux pompiers mais aux décisions qui auraient été prises. » Puis il passe la parole au colonel, figure d'autorité, qui va s'évertuer à contredire la version de Justine et justifier le conditionnel de l'animateur, sans que le débat rebondisse. Polémique ouverte, polémique refermée.
Même chose sur la grève des pompiers. Elle est « mentionnée » par Hugo Clément, et quelques revendications finissent par affleurer : hausse du nombre de professionnels de 43 000 à 50 000 et de volontaires de 200 000 à 250 000. Mais comment y parvenir ? Quels arbitrages budgétaires impliqués ? Nouveau mystère. Aucun syndicaliste n'est présent en plateau pour étayer les revendications portées par les fédérations. Mais « voilà, c'était important de mentionner qu'une partie d'entre vous […] était en grève », conclut Salamé. « Mentionner » : un mot qui s'applique à toutes les controverses poliment traitées dans l'émission, tant il s'agit de cocher des cases.
Celle de l'activiste de service est cochée par la présence de Thomas Brail, fondateur du GNSEA, le Groupe national de surveillance des arbres. D'abord relégué au fond de la salle, il aborde (un peu) les mots qui fâchent : légiférer, propriétaires, coupes rases, monoculture, modèle économique. Mais sa première intervention est rapidement coupée par Léa Salamé, qui l'empêche de développer.
Puis viens la seconde, sur les monocultures (cette fois, il est au premier rang). Elle amorce (presque) une critique de l'émission elle-même, de ses déplacements sémantiques : « Si dans deux ans vous voulez qu'on fasse encore des émissions comme ça pour récupérer des dons […], il faut continuer à faire ce modèle de plantations. […] Et le traitement médiatique aujourd'hui, je trouve qu'il est… C'est dommage parce qu'on parle de forêt en permanence. Ce ne sont pas des forêts. » Il parle encore « modèle économique » et interpelle « l'État ». Hugo Clément nuance en invoquant le cas particulier du sol landais et Léa Salamé rappelle que c'est Napoléon III qui a initié ces monocultures de pins. Circulez…
Puis l'émission lance opportunément une archive de l'INA, sur les incendies historiques de 1949. Et là, miracle. Revenant sur les coupables de l'incendie, le journaliste de l'époque est sans appel. Les responsables « se nomment l'homme, l'argent, le pin ». L'argent. Il aura fallu une archive de 77 ans pour qu'apparaisse, aussi brièvement qu'un mirage, le principal absent de la soirée.
Jamais les procédures répressives en cours contre Thomas Brail (il sera même arrêté quelques jours plus tard) n'auront quant à elles été « mentionnées » – ni d'ailleurs les remontrances du rapporteur de l'ONU au sujet des politiques de maintien de l'ordre brutales à l'encontre des militants écologistes, comme par exemple sur le chantier de l'A69. Il aura été toléré comme personnage ; jamais comme protagoniste de la lutte.
C'est qu'il existe une solution moins coûteuse que la lutte pour « agir » : donner de l'argent. À peine cinq minutes après le début de l'émission, Hugo Clément propose aux téléspectateurs quelque chose de « très concret » : « Vous pouvez agir »… en donnant de l'argent à une grande association environnementale, France Nature Environnement (FNE). Léa Salamé rappelle qu'une émission précédente avait déjà permis de lever plus de 2 millions d'euros. « Vous pouvez changer les choses », assure-t-elle, allant jusqu'à demander aux enfants présents devant l'écran d'inciter leurs parents à donner. Un QR code apparaît à l'écran. On peut changer le monde et « sauver les forêts » sans sortir du dispositif télévisuel, avec un simple smartphone. Chic !
Puis le QR code et l'appel aux dons reviennent. Ils scandent l'émission toutes les quinze minutes en moyenne – au total, pas moins d'une dizaine de sollicitations sont effectuées par les animateurs en 2h30 d'émission. Léa Salamé va jusqu'à faire elle-même la manip en plateau et Hugo Clément rappelle, calcul à l'appui, que les dons sont défiscalisés.
Mais ce n'est pas fini. À la moitié de l'émission, les animateurs annoncent une coupure pub « solidaire » : « Nous avons été autorisés exceptionnellement à diffuser un écran publicitaire solidaire, avec des annonceurs qui s'engagent aux côtés de France Télévisions et toutes les recettes seront intégralement reversées aux sentinelles de la nature de FNE et à l'OFB. » En guise d'annonceurs, de grandes entreprises privées : Leroy Merlin, la Maif, Carrefour, Intermarché et même Dior (LVMH, Bernard Arnault). Toute la gamme du greenwashing propre à l'écologie du spectacle se déploie sous nos yeux pleins d'espoir [3].
Remarquons que les « entreprises » faisaient partie des acteurs que l'émission était censée interroger, au même titre que les institutions (qui n'auront pas été problématisées non plus) et les citoyens – selon ses propres termes. Or, elles finissent par apparaître uniquement sous la forme d'annonceurs vertueux alors qu'elles auraient dû être l'objet d'enquêtes.
Au terme de notre relevé, ni les noms du président de la République, ni celui du Premier ministre, ni celui de la ministre de la Transition écologique n'auront été prononcés. Ni, a fortiori, celui du mode de production responsable de la crise écologique : le capitalisme.
Si le changement climatique est « mentionné », sa texture politique et sociale reste ainsi hors-champ. On passe alors du climatoscepticisme au climato-présentisme : les forêts brûlent de temps à autre, mais grâce à quelques dons ponctuels, elles sont vite remises sur pied. Dans ce cadrage, la politique disparaît.
D'ailleurs, dans les toutes dernières minutes de l'émission, si la politique est (enfin) convoquée à la barre, c'est pour être immédiatement répudiée : « Est-ce que vous pensez que le changement climatique va faire partie des thèmes centraux de la présidentielle ? » demande Hugo Clément, comme si le salut des forêts passait par une simple mise à l'agenda, plutôt que par un affrontement politique. « C'est une question qui est évidemment, intrinsèquement politique. Parce qu'elle touche à l'organisation de la société. À l'organisation de l'économie. […] Le risque, je crois, c'est que les campagnes électorales ça sert aussi à cliver des positions, et moi je crains parfois que les questions d'écologie ne deviennent parfois des sortes de totems idéologiques que s'accapare un camp » répond doctement François Gemenne.
Et c'est peut-être cette intervention conclusive qui traduit le mieux le sens de cette émission – et plus généralement du traitement médiatique réservé au sujet : prétendre sauver l'environnement sans jamais parler d'écologie.
Clément Sénéchal
[1] Ce constat qualitatif que nous ne cessons de poser rejoint les observations quantitatives de l'Observatoire des médias sur l'écologie, dont le dernier rapport semestriel montre, chiffres à l'appui, que « les causes » du réchauffement climatique sont « très peu visibles dans la plupart des médias audiovisuels ».
[2] Les causes « involontaires dues aux activités de particuliers » représentent « environ 15% des départs », d'après Géorisques. Pourtant, dans les médias, elles prennent souvent le pas sur les causes « involontaires dues aux travaux » (35%) et les causes « accidentelles, notamment liées aux infrastructures de transport » (15%). Moins sur les causes « intentionnelles » (15%) en revanche.
[3] Là où les choses deviennent franchement ironiques, c'est que Leroy Merlin commercialise des marchandises à base de bois PEFC, un label décrié par l'ensemble des associations environnementales dont… la FNE. Carrefour et Intermarché ne sont pas en reste, puisqu'ils sont épinglés par des ONG pour leur contribution à la déforestation importée. Intermarché est même accusé de commercialiser des pellets présentés comme « issus de forêts locales gérés durablement » qui proviendrait en fait de coupes rases de feuillus français, selon l'association Canopée, étrangement absente du plateau. Quant à la Maif, Reclaim Finance relève que certaines unités de compte proposées dans son offre d'assurance-vie restent exposées à des entreprises développant de nouveaux projets pétro-gaziers, malgré les engagements climatiques affichés. Passons enfin sur le bilan carbone du multimilliardaire Bernard Arnault ; mais notons qu'il ne sera jamais question de l'ISF climatique dans les solutions listées par Léa Salamé.
01.10.2026 à 09:22
Verbatims contre l'amnésie médiatique et les falsifications historiques.
- Médias et extrême droite / FN/RN, Antisémitisme, Jordan Bardella
Verbatims contre l'amnésie médiatique et les falsifications historiques.
Lundi 28 septembre, Mediapart révèle des propos antisémites que Jordan Bardella aurait tenus ou écrits du temps de ses premières années de militant lepéniste. Les grands classiques de l'antisémitisme « obsessionnel » d'extrême droite s'y trouvent réunis : les juifs et les banques, les juifs et le « nouvel ordre mondial », etc. Les révélations font le tour de la presse en moins de temps qu'il ne faut pour dire « nazi » : dépêche AFP, « push » de l'application du Monde, sujets dans les journaux télévisés, éditos dans les premières pages de journaux…
Nous essaierons de revenir sur la touchante prudence avec laquelle nombre de médias ont repris ces informations, rappelant systématiquement les farouches démentis de Jordan Bardella, anticipant la défense de ce dernier (et la communication du parti) en s'interrogeant notamment sur la pertinence d'une éventuelle « excuse de minorité », jugeant opportun de diffuser in extenso la prise de parole du duo Le Pen-Bardella, polarisant le commentaire autour des méthodes d'enquête de Mediapart...
Signalons tout de même l'attitude exemplaire de Ruth Elkrief qui s'est refusée à tout commentaire sur son plateau de LCI au nom d'une saine « prudence » : « C'est très compliqué de commenter comme si c'était une vérité révélée, on attend, c'est normal, c'est notre prudence, notre conscience professionnelle. » (28/09) Une conscience professionnelle qui, quelques mois plus tôt, n'avait cependant pas empêché Mme Elkrief de diffuser et de commenter, avec d'autres, une fausse information (grossière) contre Rima Hassan. Un double standard exemplaire du « professionnalisme » à géométrie variable de l'éditocratie telle qu'elle pérore.
Comme l'ont souligné de nombreux journaux, c'est « le visage de la dédiabolisation [qui] devient celui de l'antisémitisme » (Le Soir, 29/09). « Ces révélations font voler en éclats quinze ans de "dédiabolisation", une stratégie dont l'eurodéputé était l'incarnation même », écrit aussi Mediapart. En effet… Toutes celles et tous ceux qui avaient entonné (et mis en application) le refrain de la « normalisation » du RN semblent tomber de leur chaise devant la matrice idéologique de son jeune président, faite d'un mélange bien nauséabond de complotisme et d'antisémitisme. Comme si la réussite de cette stratégie de « dédiabolisation » n'était pas d'abord (et avant tout), comme l'a déclaré l'un des journalistes à l'origine des révélations, Antton Rouget, « une défaite du journalisme ». Nous pourrions même dire, « un crash gigantesque » : des travaux universitaires aux enquêtes journalistiques, la presse avait sous les yeux tous les éléments permettant de ne pas tomber dans cette opération d'enfumage, mais une très large partie d'entre elle s'y est laissé prendre pendant 15 ans. Et de deux choses l'une : soit elle a choisi sciemment de les ignorer, soit elle n'a pas eu la curiosité de s'y intéresser. Quelle est l'hypothèse la plus problématique, surtout de la part de journalistes et de médias se présentant comme les sentinelles les plus résolues face à l'antisémitisme ?
Voilà 15 ans de commentaires blanchissant le RN – ou rejetant ses tares sur la gauche radicale – qui viennent se fracasser contre une enquête qui présente des faits. Et cependant, « il n'y aura pas d'examen de conscience de la presse », ajoute, probablement à juste titre, Antton Rouget [1]. Mais nous ne saurons nous y résigner, et convaincus de la perfectibilité humaine, nous voulons permettre à cette ribambelle d'éditorialistes de relire leurs énormités à froid. À défaut de les voir se repentir, au moins, nous ne les oublierons pas.
- Guillaume Erner (France Culture, 24/06/26) : « Quand, Marine Le Pen, avez-vous décidé de rompre avec l'antisémitisme de votre père ? »
- Alain Finkielkraut (« C à vous », France 5, 20/01/26) : « Il y a un parti antisémite en France, un seul, et passionnément antisémite comme l'a dit très justement Raphael Enthoven : c'est La France insoumise. »
- Jean Quatremer (Radio J, 05/07/26) : « J'emmerde LFI, le premier parti antisémite de France, ils sont plus dangereux que le RN ! »
- Bruno Jeudy (France 5, 01/09/26) : « [Pour Marine Le Pen], couper avec le père c'était aussi couper avec l'extrême droite qui était aux origines antisémite. »
- Arno Klarsfeld (Europe 1, 15/08/26) : « Grâce à Marine Le Pen, le RN protège les juifs ! »
- Jean-Dominique Merchet (sur X, 28/09/26) : « [...] On peut se réjouir de voir un grand mouvement politique abandonner enfin ces détestables lubies d'extrême droite. Ainsi de l'antisémitisme, comme l'a prouvé leur participation du RN [sic] à la manifestation du 12 novembre 2023. »
- Alain Finkielkraut (RTL, 21/02/26) : « C'est au Rassemblement national que l'antisémitisme peut être dit résiduel. »
- Ivan Rioufol (sur X, 29/09/26) : « "Les banques sont toutes détenues par des juifs" : l'extrême gauche, antisémite et antisioniste, accuse Jordan Bardella de sa propre turpitude. »
- Franz-Olivier Giesbert (Le Point, 12/11/25) : « Il faudra s'habituer : les milices de la sinistre SA des nazis sont revenues [...]. Aujourd'hui, leurs épigones, qui ont l'aval de la CGT, se disent propalestiniens (et de gauche). »
- Jean-Rémi Baudot (Franceinfo, 24/03/25) : « Dans ce contexte, on semble voir un virage à 180 degrés du RN sur cette question [de l'antisémitisme]. Michaël Darmon, vous qui avez longtemps suivi le Front national en tant que journaliste, vous pensez que ce virage, il est sincère ? »
- Michaël Darmon (Franceinfo, 24/03/25) : « De la part de Marine Le Pen, c'est indéniable. De la part d'autres personnes qui sont autour d'elles, ses principaux lieutenants, par rapport à ce qu'on a pu connaître et par rapport surtout aux conversations qu'on a pu avoir tout au long de ces années, c'est clair que ce changement, il est majeur. […] En ce qui concerne effectivement cette évolution, pour la question que vous posez, ça, ça me paraît clair. »
- Franz-Olivier Giesbert (Le Point, 14/05/25) : « Au secours ! Les antisémites sont revenus et ils ont la carte du camp du Bien ! »
- Lucas Jakubowicz (Décideurs Magazine, 27/03/25) : « Au-delà des paroles, une révolution copernicienne est à mentionner. Pour la première fois, le RN a participé à des manifestations contre l'antisémitisme […] Le 9 octobre 2023 marque peut-être le début d'une nouvelle ère. »
- Richard Malka (France Inter, 02/12/25) : « L'abcès d'antisémitisme est fixé chez LFI aujourd'hui. »
- Richard Malka (Le Parisien, 02/12/25) : « La haine des juifs a toujours été là, à l'extrême droite, mais pas assumée... Aujourd'hui, elle a migré vers la gauche radicale et est devenue cool et décomplexée. C'est un changement de monde. »
- Raphaël Enthoven (BFM-TV, 12/05/24) : « LFI est le premier parti antisémite de France. »
- Luc Ferry (Europe 1, 02/01/24) : « Marine Le Pen n'est ni raciste ni antisémite. »
- Luc Ferry (RTL, 03/01/24) : « Elle n'est ni raciste ni antisémite. »
- Michel Eltchaninoff (Philosophie Magazine, 04/07/24) : « Le parti fondé par Jean-Marie Le Pen a changé depuis que Marine Le Pen en a hérité. […] Arrivée à la tête du parti en 2011, Marine Le Pen a patiemment mis en place une stratégie de « dédiabolisation » destinée à supprimer ses freins à la progression électorale. Elle a ouvertement rompu avec l'antisémitisme (et avec son père), […] »
- Robert Ménard (BFM-TV, 17/06/24) : « Qui aujourd'hui est antisémite ? C'est LFI, pas le RN. »
- Guillaume Erner (France Culture, 17/06/24) : « La culture politique d'un Jordan Bardella est probablement éloignée de ce qui constituait le socle vichyste. »
- Fréderic Dabi (Le Figaro, 06/10/24) : « Il y a eu un passage de témoin maléfique entre LFI et le RN [sur l'antisémitisme]. »
- Michel Winock (Les Échos, 11/10/24) : « L'extrême droite, réceptacle de longue date des passions antijuives, se trouve remplacée par l'extrême gauche. »
- Jérôme Fourquet (France 5, 30/04/24) : « [...] stratégie de dédiabolisation, et la dernière étape c'est l'étape de la respectabilisation [...] qui s'est un peu construite en miroir de LFI. Et il y a un ingrédient tout à fait majeur [...] pour cette respectabilisation, c'est [...] l'antisémitisme. »
- Gauthier Le Bret (C8, 12/06/24) : « Le RN est dans une stratégie de normalisation, et la LFI est dans la stratégie du chaos. Qu'est-ce qui est le plus dangereux ? La normalisation ou le chaos ? Ben vous avez répondu à la question »
- Valérie Bénaïm (C8, 12/06/24) : « Il y a 20 ans, on se disait "Le FN au pouvoir on se casse tous". C'est marrant comme le paradigme s'est inversé »
- Charles Consigny (« C ce soir », France 5, 11/06/24) : « L'antisémitisme aujourd'hui, il est chez Rima Hassan, il est chez Jean-Luc Mélenchon, il est dans les manifs LFI. »
- Arno Karlsfeld (Le Parisien, 19/06/24) : « S'il fallait choisir entre le RN et LFI, je me rangerais du côté de mon père sans hésiter. » ; « Le RN a changé. On est aujourd'hui bien loin de ce parti des années 1990 dirigé par un Jean-Marie Le Pen. »
- Raphaël Enthoven (sur X, 01/05/24) : « La France insoumise est un mouvement antisémite, passionnément antisémite. C'est même le premier parti antisémite de France. Et le dire est un élément du débat. Désormais, c'est ainsi, c'est une opinion. »
- Arlette Chabot (Sud Radio, 13/11/23) : « Marine Le Pen était donc présente [à la marche contre l'antisémitisme]. Le Rassemblement National confirme son entrée dans l'arc républicain. »
- Luc Ferry (LCI, 10/04/23) : « Je pense pas du tout que Marine Le Pen soit raciste, je pense qu'elle est absolument pas antisémite. »
- Charles Sapin (Le Point, 11/10/23) : « S'il n'est pas nouveau, le soutien à la communauté juive et à l'État d'Israël n'a pas toujours été l'apanage du Front devenu Rassemblement national »
- Paul de Coustin (La Croix, 12/10/23) : « En défenseur des juifs, le RN poursuit sa normalisation »
- Arno Klarsfeld (Le Figaro, 09/11/2023) : « Pour moi, l'ADN de l'extrême droite, c'est l'antisémitisme. Donc, quand je vois un grand parti issu de l'extrême droite abandonner l'antisémitisme, le négationnisme, et marcher vers des valeurs républicaines, je m'en réjouis. Je prends acte de ces pas en avant du Rassemblement national »
- Caroline Fourest (France 5, 11/10/2023) : « Comme Marine Le Pen est impeccable, on n'a pas prise, nous, journalistes, pour parler de cette extrême droite antisémite. Alors que comme Mélenchon dérape et que Mathilde Panot bredouille, on a plus de facilité à parler de l'extrême gauche antisémite. »
- Marylou Magal (L'Express, 11/10/23) : « Le RN et l'antisémitisme : histoire d'une dédiabolisation rêvée »
- Phillipe Val (Europe 1, 28/01/22) : « Y a des courants politiques compatibles avec l'antisémitisme. [...] L'extrême droite antisémite militante est quand même assez résiduelle en France, mais à l'extrême gauche, c'est plus grave. À cause du prétendu engagement pro-palestinien [...] »
- Gilles-William Goldnadel (Le Figaro, 10/06/22) : « […] si l'on regarde le refus de la démocratie, l'utilisation de la violence dans la rue, le racialisme et l'antisémitisme, alors, d'une certaine manière, l'extrême gauche aujourd'hui ressemble bien davantage au fascisme […] que l'extrême droite. »
- Anne Rosencher (Europe 1, 28/01/22) : « Même s'il doit rester de l'antisémitisme résiduel, culturel, à l'extrême droite, globalement [...] ces gens-là sont des vaincus de l'histoire. En revanche il réapparait [...] un antisémitisme qui vient de l'islamisme. »
- Gilles-William Goldnadel (Le Figaro, 14/11/22) : « L'antisémitisme n'est plus à l'extrême droite, il est passé à l'extrême gauche. »
- Dominique Reynié (France 5, 11/04/22) : « Il y a peut-être un agenda caché, mais quand on regarde ses textes, ses discours, moi je n'ai... j'ai une fois, mais alors il y a dix ans, trouvé un propos qui était limite sur ces sujets-là, mais sinon il y a beaucoup moins d'écarts de langage, y compris sur des sujets comme l'antisémitisme, que Jean-Luc Mélenchon hein. Et donc quand on fait la liste des écarts de langage sur les valeurs, elle a tenu son discours à peu près correctement. C'est une droite nationale souverainiste mais je trouve qu'il faudrait quand même documenter davantage cette idée qu'elle est au fond en dehors du champ républicain. »
- Eugénie Bastié (LCI, 08/04/19) : « Le nouvel antisémitisme, celui qui tue [...] ce n'est pas celui d'extrême droite, c'est celui...euh... l'islamogauchisme, un antisémitisme ancré dans une culture musulmane. »
- Guillaume Tabard (Le Figaro, 15/02/19) : « Il y a certes le passé de certains fondateurs du FN […]. Mais depuis qu'elle a pris la tête du parti, Marine Le Pen a clairement rompu avec ces références ambiguës ou choquantes et toujours fermement condamné tous les actes d'antisémitisme. »
- Cécile Cornudet (Les Échos, 19/02/19) : « La lecture d'un antisémitisme venu du fondamentalisme islamiste, qui semble s'imposer dans l'agression d'Alain Finkielkraut, jette le trouble dans La France insoumise. Longtemps sujet empoisonné du Rassemblement national, l'antisémitisme l'est désormais pour La France insoumise. »
- Alain Finkielkraut (Le Figaro, 03/04/18) : « La parenthèse raciste de l'antisémitisme se referme. Les antisémites du XXIe siècle se veulent antiracistes. Du fait de l'occupation par Israël de la Cisjordanie, ce n'est plus l'étoile jaune qu'ils clouent imaginairement sur l'objet de leur détestation, c'est la croix gammée. »
- Dépêche AFP (09/11/18) : « L'antisémitisme du parti d'extrême droite s'est estompé sous la présidence de Marine Le Pen […] »
- Gilles-William Goldnadel (Le Figaro, 24/02/15) : « […] la violence anti-juive est le produit de l'islamo-gauchisme. La détestation d'Israël […] est son moteur moderne. L'antisémitisme issu de l'extrême droite, pour exister encore, est subalterne.
- Jean-Yves Camus (Le Monde, 07/05/15) : « [Marine Le Pen] veut désormais faire sauter le verrou qui a barré au FN la route de la normalisation : celui de l'antisémitisme, de la fixation sur l'histoire de la seconde guerre mondiale, de la négation ou de la minoration du génocide des juifs. Simple tactique, objectera-t-on ! Je ne le crois pas. Marine Le Pen ne partage pas les idées de son père sur ces questions […]
- Valérie Igounet (Le Figaro, 11/06/14) : « La différence, entre 1987 et 2014, c'est que le patrimoine idéologique du FN a changé et que Marine Le Pen et son équipe bannissent désormais l'antisémitisme. »
- Willy Le Devin et Dominique Albertini (Libération, 23/07/14) : « Reste, enfin, la vieille école des antisémites d'extrême droite. Si le thème a pu servir d'élément fédérateur au sein du Front national - en témoignent certains "dérapages" de Jean-Marie Le Pen –, il y est largement démonétisé aujourd'hui. »
- Ivan Rioufol (Le Figaro, 15/06/12 : « […] [L']extrême gauche vomit la démocratie libérale et flirte avec le nouvel antisémitisme, tandis que l'UMP est sommée de garder ses distances avec un FN qui s'est amendé de ses outrances. »
- Guillaume Perrault (Le Figaro, 30/04/11) : « Pour son premier défilé du 1er Mai, Marine Le Pen cherche à faire le ménage parmi les manifestants, au risque de heurter la vieille garde du parti. […] La réaction de Marine Le Pen marque son souci de rejeter tout soupçon de complaisance envers le racisme et l'antisémitisme. »
La compilation que nous proposons ici, constituée de verbatims patiemment consignés par Acrimed, n'est évidemment pas exhaustive et est appelée à s'enrichir et s'actualiser au fil du temps. Pour lutter contre l'amnésie médiatique et contre les falsifications historiques, nous appelons nos lecteurs et nos lectrices à participer à cette œuvre collective : envoyez-nous vos observations et vos verbatims (précis, datés et sourcés) !
[1] Lors de la réunion publique du Fonds pour une presse libre, mardi 29 septembre.
30.09.2026 à 06:00
Une enquête menée conjointement par Acrimed et Orient XXI.
- 2023-... : Israël-Palestine, le 7 octobre et après / France Info (radio et télé), Israël, Palestine, Gaza
Depuis le 7 octobre 2023, la rédaction de la chaîne de télévision de France Info est critiquée sur les réseaux sociaux pour sa couverture du Proche-Orient en général, et de la Palestine en particulier. Cette enquête, menée conjointement par Acrimed et Orient XXI, vise à comprendre les ressorts d'un récit journalistique dominé par le point de vue israélien et marqué par un tropisme occidentalo-centré. Comment la chaîne d'information publique a-t-elle contribué à minimiser et à normaliser le pire en Palestine ?
« Elle m'a dit : "Je vous en veux beaucoup de m'avoir mise dans cette situation. Sachez que je risque ma place." » Elle, c'est la journaliste Camille Grenu s'adressant hors antenne à Rony Brauman après un passage sur le plateau du « 16h/18h » de France Info TV, le 31 août 2025. Invité ce jour-là pour parler d'une flottille en partance pour Gaza, l'ancien président de Médecins sans frontières fait face à Michel Fayad, éditorialiste dans les médias du groupe Bolloré Europe 1 et CNews, qui soutient que la priorité à Gaza est de désarmer le Hamas. Sommé par ce dernier de réagir, Rony Brauman répond vouloir mettre en regard de cette allégation la question du désarmement de l'État d'Israël. « Ah… Non… Je pense que ça ne va pas être possible, intervient alors la présentatrice Camille Grenu, coupant court à l'échange. Excusez-moi, on a déjà eu cette discussion, on ne va pas pouvoir, en tout cas sur notre antenne, mettre sur le même plan Israël et l'organisation terroriste du Hamas. – Pourquoi ? », demande Rony Brauman à deux reprises. On ne saura pas, la présentatrice enchaînant en fixant son prompteur.
Depuis cet épisode, Rony Brauman n'a plus été invité sur France Info TV. Contactée, Camille Grenu nous a redirigées vers la direction de la communication, laquelle n'a pas donné suite.
« [L]es gens auxquels nous donnons la parole, évidemment, […] ont le droit de dire ce qu'ils veulent dire », assurait quelques semaines plus tôt le rédacteur en chef du service « Étranger » de France Télévisions, Étienne Leenhardt, dans une émission du médiateur consacrée à Gaza [1]. À croire que non… D'autant que sur France Info TV, cet exemple n'est pas isolé, et rappelle les pratiques des chaînes concurrentes.
Lorsqu'elle est créée en 2016 au sein de France Télévisions, la chaîne endosse la production de l'information en continu comme une mission de service public. Avec son slogan, « L'information n'est pas une opinion », elle entend prendre le contre-pied des chaînes d'information en continu privées diffusées par la TNT que sont LCI (groupe TF1), BFM-TV (groupe RMC BFM), et I-Télé (groupe Canal+), devenue CNews en 2017. Mais avec un budget nettement inférieur. Sans doute est-ce le pas qui a fait passer la chaîne du service public au service minimum.
Symptôme d'un traitement d'exception, l'interventionnisme médiatique constaté participe d'un verrouillage éditorial et politique autour de la question palestinienne. En particulier depuis le 7 octobre 2023, où le point de vue israélien domine la couverture de la chaîne d'information publique. À quoi mesure-t-on cette faillite journalistique et comment l'expliquer ?
Depuis cette date, nombre de présentateurs ne ménagent pas leurs efforts pour légitimer ou, au contraire, discréditer certaines prises de position, quand il ne s'agit pas de proscrire une série de termes jugés non acceptables. Lorsqu'en novembre 2024 Rony Brauman qualifie Israël d'« État raciste » sur le plateau du « 16h/18h », le présentateur Patrice Romedenne prend immédiatement ses distances après avoir longuement défendu une grande « démocratie », dont « beaucoup d'Arabes israéliens pensent […] qu'elle fonctionne [2] ».
Quinze mois plus tard, c'est au tour de l'éditorialiste Brigitte Boucher de contester vigoureusement à la députée Danièle Obono (LFI) le droit d'évoquer un génocide à Gaza : « C'est un terme qui n'est pas reconnu par la communauté internationale », tance une première fois la présentatrice. Qui insiste : « Est-ce que vous comparez ce que vous appelez le "génocide" à l'Holocauste ? […] On ne peut pas parler de génocide aujourd'hui en tout cas [3] ?! »
Ce n'était pas un accident : l'eurodéputée insoumise Rima Hassan face à la journaliste Barbara Klein dans « Le 19h/20h » du 29 avril 2024, la sociologue Fabienne Messica face à Loïc de La Mornais dans son émission « Sur le terrain » le 15 septembre 2025, le président de Médecins du monde Jean-François Corty et le politologue Ziad Majed face à Patrice Romedenne dans « Le 14h/16h » des 11 octobre 2025 et 15 mars 2026… On ne compte plus les cas d'universitaires, juristes, élus, militants associatifs ou dirigeants d'ONG à avoir essuyé les tirs de barrage de leurs hôtes en raison de leur dénonciation d'un génocide à Gaza. Dans quel autre cas des intervenants extérieurs sont-ils ainsi quasi systématiquement rappelés à l'ordre, mis à l'index, empêchés de dénoncer des crimes internationaux par ailleurs officiellement caractérisés ?
Autre convention sémantique sur France Info TV : les Palestiniens sont des « prisonniers » ; les Israéliens, des « otages ». L'enfreindre expose à la plus haute sanction disciplinaire. En janvier 2025 [4], un bandeau évoquant la libération de « 200 otages palestiniens », apparu seulement quelques secondes à l'antenne, a déclenché les foudres de la députée Caroline Yadan, qui annonce avoir saisi l'Arcom et réclame « une sanction exemplaire ». Elle sera entendue : le rédacteur en chef est immédiatement suspendu. Une célérité saluée sur X par la directrice de la communication de France Télévisions, Muriel Attal, directement auprès de la députée, qualifiant les dirigeants de la chaîne de « Lucky Luke » (en référence au cow-boy, héros de Morris, « qui tire plus vite que son ombre »…). La rédaction de France Info TV condamne, elle, d'une seule voix un « incident regrettable » (Société des journalistes), un « titre totalement inapproprié » et même une « erreur inadmissible » (direction de l'information). De son côté, le médiateur de France Télévisions, chargé de faire le lien entre les téléspectateurs et les chaînes du groupe, a relayé sur X l'injonction de la députée à ce que le rédacteur en chef soit « sévèrement sanctionné » ainsi que le post d'un journaliste d'I24News, chaîne d'information en continu basée en Israël, connue pour sa ligne favorable à la propagande israélienne, qui imputait indistinctement aux deux cents Palestiniens libérés la responsabilité d'« attaques terroristes ».
Des consignes ? Les journalistes de France Info TV que nous avons interrogés sont formels : il n'y en a pas. La structure de la chaîne suffit.
Le processus de nomination des chefs de bureaux et directeurs, de l'information ou de la rédaction, désignés pour le plus haut niveau par la présidente de France Télévisions [5], « favorise la cooptation et l'entre-soi concernant les postes importants », déplore Antoine Chuzeville, premier secrétaire du Syndicat national des journalistes (SNJ). Mais également un ruissellement par le haut de la ligne éditoriale et une homogénéisation des contenus.
Un encadrement qui fonctionne d'autant mieux que, structurellement parlant, tout est fait pour anesthésier les velléités de contestation. La précarité organisée, d'abord, puisqu'il est commun, comme dans toutes les chaînes de radiotélévision, publiques comme privées, de rencontrer des journalistes, des programmateurs, des éditorialistes et même des rédacteurs en chef en contrat à durée déterminée (CDD), renouvelables à l'envi.
Le manque d'espaces de discussion, également : « Au sein de la rédaction de France Info TV, il n'y a pas eu de débat éditorial de fond sur la manière de traiter ce conflit », rapporte Georges Pinol, délégué syndical à la CGT à France Télévisions. Bilan des courses ? Aux yeux d'Antoine Chuzeville, « le débat éditorial est confisqué ».
Agnès Vahramian, promue directrice de la radio France Info en novembre 2024 après avoir chapeauté, à partir de 2022, le bureau Moyen-Orient de France Télévisions – gros pourvoyeur de reportages pour France Info TV – a quant à elle une idée précise de la distribution des rôles dans la région : « Israël, sa vocation première […] est de donner un abri à sa population », déclarait-elle le 27 octobre 2023 [6], avant de laisser entendre qu'il n'y avait pas lieu de mettre en doute la parole de son armée, « une institution qui produit de la communication, mais qui s'inscrit aussi dans un pays démocratique qui a des contre-pouvoirs ». La preuve ? Si l'armée mentait, cela se saurait, en partie parce que « la presse pose des questions parfois dérangeantes ». Une spécialité d'Agnès Varhamian. En novembre 2023, pour France Info TV, la journaliste embarque « au plus près des soldats de Tsahal à Gaza », le titre de son reportage, à entendre littéralement : à l'intérieur d'un char israélien entrant dans Gaza en empruntant « le même chemin que les terroristes ont pris pour venir en Israël le 7 octobre dernier », décrit-elle le souffle court, bringuebalée dans l'habitacle, casque sur la tête. Là, au milieu des ruines de Beït Hanoun, le micro est tendu au colonel chef de brigade, qui déroule son discours, aux allures de communication officielle indiscutable…
Aux choix éditoriaux, révélateurs d'un tropisme pro-israélien plus ou moins conscient au sein des rédactions, s'ajoutent des partis pris assumés contre le mouvement de solidarité avec la Palestine, dont des étudiants, collectifs militants, citoyens lambda et personnalités politiques ont régulièrement fait les frais à l'antenne.
Émanant le plus souvent de présentateurs et d'éditorialistes en vue sur France Info TV, ils donnent leur couleur à l'antenne. Les cas de Gilles Bornstein et d'Alix Bouilhaguet sont symptomatiques : aux commandes d'interviews, d'éditos politiques, mais aussi d'un magazine d'actualité pour le premier, les deux journalistes se sont notamment distingués par leurs interventions à charge contre des élus de La France insoumise au sujet de la Palestine, que l'on pense à Thomas Portes, Éric Coquerel, Aymeric Caron, Rima Hassan ou encore Manuel Bompard.
Le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM), instance de régulation au rôle consultatif créée en 2019, a qualifié de « déloyal » l'échange dirigé par Gilles Bornstein face à Rima Hassan le 30 avril 2024, et France Télévisions écopera d'une mise en demeure de l'Arcom quelques mois après l'interview de Manuel Bompard dans « Questions politiques », au cours de laquelle Alix Bouilhaguet avait égrainé un chapelet de fausses informations à propos du maire de New York Zohran Mamdani et de Unrwa.
« L'information que nous produisons […] doit reposer sur des faits vérifiés, présentés avec précision, sans approximation ni biais. Elle doit distinguer clairement ce qui relève de l'information de l'opinion », alertait alors Philippe Corbé, fraîchement nommé directeur de l'information de France Télévisions, dans un e-mail adressé à l'ensemble de la rédaction.
Une profession de foi qui interroge, notamment au regard de la mansuétude dont bénéficient certaines vedettes de la chaîne, auxquelles ne sont réclamées ni réserve, ni pondération, et encore moins quelque impartialité. Éditorialiste sur France Info TV après avoir occupé de nombreux postes à responsabilité au sein de France Télévisions, Nathalie Saint-Cricq est assurément de celles-là.
Le 5 octobre 2025, en commémoration du 7 octobre 2023, la journaliste animait une table ronde au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) avec le polémiste Raphaël Enthoven et la romancière Émilie Frèche, ses « deux amis ». Sur la scène de la salle Pleyel, Nathalie Saint-Cricq tutoyait le philosophe médiatique en l'écoutant religieusement diffamer la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, accusée d'afficher un « soutien objectif et explicite » au Hamas. Deux jours plus tard, elle passait de nouveau les plats au cofondateur du magazine réactionnaire Franc-Tireur, cette fois-ci sur France Info TV… en le vouvoyant. Assuré du soutien de son intervieweuse, ce dernier eut toute latitude pour expliciter sa déclaration selon laquelle « il n'y a aucun journaliste à Gaza, uniquement des tueurs, des combattants et des preneurs d'otages avec une carte de presse » (X, 15/08/2025) [7].
La Société des journalistes (SDJ [8]) de France Info TV n'a, à notre connaissance, rien trouvé à redire publiquement. « Les journalistes ont perdu l'habitude de questionner la ligne éditoriale », regrette plus généralement Georges Pinol. C'est sans doute là où le bât blesse : loin de se résumer aux partis pris d'une poignée de partisans zélés de l'État d'Israël, le tropisme de France Info TV est le produit d'un savant mélange d'acceptation collective, de mimétisme, de résignation, d'« évidences » idéologiques partagées, d'autocensure et de petites lâchetés. De suivisme paresseux, également : « Si tu vas au ministère des Affaires étrangères français et qu'on te dit : "Ce n'est pas un génocide et Israël est une grande démocratie", quand tu n'as pas beaucoup bossé sur ces questions-là, tu répètes », reconnaît un journaliste de la maison. Un journalisme de cour qui n'est pas propre à France Info, mais auquel le média de service public n'échappe pas.
Depuis sa prise de fonction en septembre 2024 jusqu'en juin 2026, l'ambassadeur d'Israël en France Joshua Zarka a cumulé huit passages sur les plateaux de France Info TV, auxquels il convient d'ajouter deux invitations aux « 4V », l'interview matinale de « Télématin » (France 2) rediffusée de manière abrégée sur la chaîne d'information en continu. Un décompte qui n'inclut pas les quatorze interventions additionnelles du diplomate sur la radio France Info, dont des extraits ont été régulièrement utilisés par la télévision publique pour habiller ses journaux d'information et magazines d'actualité [9].
À titre de comparaison, l'ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou Hassira, n'a été vue qu'une seule fois à l'antenne à la même période – et en duplex : un temps de parole de quatre minutes et vingt secondes.
Le « deux poids, deux mesures » n'est pas seulement quantitatif : il est aussi qualitatif. À la prévenance visant le représentant d'un État accusé de génocide devant la Cour internationale de justice répondent le discrédit et la défiance à l'encontre de Hala Abou Hassira. Le 22 septembre 2025 [10], alors que la diplomate est interrogée sur la reconnaissance de l'État de Palestine par la France, le présentateur Loïc de La Mornais ferme le ban dès la deuxième (et dernière) question : « Je sais très bien que vous ne représentez pas le Hamas, […] mais quel moyen, vous, Palestiniens de Cisjordanie, vous avez pour faire pression sur le Hamas […] pour que le Hamas fasse lui aussi un geste, notamment libère les otages et se démilitarise ? » Un disque rayé. La réponse n'ayant guère satisfait le journaliste, les propos de l'ambassadrice furent mis en doute une fois que cette dernière eût quitté le plateau : « On a entendu […] : "On est prêt à assumer la sécurité sous un seul État, Gaza et Cisjordanie". Est-ce que c'est crédible aujourd'hui avec ce qui reste du Hamas ? Et c'est pas rien ce qui reste du Hamas ! »
Les traitements à géométrie variable semblent du reste normalisés dans les hautes sphères. Un des journalistes avec lesquels nous nous sommes entretenus raconte s'être étonné auprès de ses chefs d'une telle audience de l'ambassadeur israélien alors que la chaîne s'abstenait par exemple de donner la parole à l'ambassadeur russe pour justifier l'invasion de l'Ukraine. « Ils m'ont répondu que ce n'était pas la même chose, rapporte le journaliste, parce que la Russie a déclaré la guerre à l'Ukraine en l'envahissant, alors qu'Israël se défend contre la menace terroriste du Hamas qui l'a attaqué le 7 octobre 2023. »
Autre exemple, survenu cette fois lors de la commission de déontologie de France Télévisions en décembre 2025. Des élus CGT interrogeaient la direction sur la légitimité de la « tribune » offerte en plateau au porte-parole de l'armée israélienne Olivier Rafowicz, d'une part, et, d'autre part, sur la diffusion in extenso d'une conférence de presse de Benyamin Nétanyahou [11]. Les responsables de la chaîne ont réfuté le terme de « tribune » et argué que « quand l'un des acteurs majeurs d'un conflit s'exprime, on le diffuse ». Une fausse information : à notre connaissance, France Info TV n'a jamais organisé d'interview avec un porte-parole du Hezbollah ou du Hamas, encore moins retransmis en direct un discours de leurs représentants. Questionnée sur ce traitement différencié, la direction de France Info TV n'a pas donné suite. Quant à Olivier Rafowicz, elle a estimé lors de la même réunion que « le boulot [avait été] fait ».
« Le présentateur […] s'adresse à lui par des "mon colonel", ont alors insisté les élus CGT. C'est ainsi qu'un subordonné doit s'adresser à un supérieur, pas un civil, encore moins un journaliste. Ne faudrait-il pas éviter ce genre de proximité à l'antenne ? » Réponse de la direction : « Un civil peut utiliser cette formule pour questionner un militaire, ce qui n'empêche pas le journaliste de poser des questions incisives. » Les courbettes ou le journalisme ? France Info TV a choisi.
C'est ainsi que, de domination hiérarchique en absence de dialogue, de pression en petites censures, les journalistes en viennent à intégrer un ensemble de règles et de codes tacites, qu'ils acquièrent « par l'expérience », « sur le tas », et qu'un certain nombre d'entre eux, pour ceux qui en prennent conscience, jugent vain de remettre en cause.
Beaucoup plus efficace qu'une intervention directe ou qu'une succession de consignes officielles émanant de la direction, une « autocensure d'ambiance » s'installe à bas bruit… et fait son œuvre. Les tendances du moment s'apprennent dans les couloirs, entre programmateurs et journalistes qui se passent le mot.
Interrogée sur l'invisibilisation de certains militants, juristes, chercheurs ou journalistes pourtant spécialistes de la question palestinienne, une journaliste reconnaît sans fard : « De toi-même, tu ne les appelles pas parce que tu sais que leur vision de la télé, c'est celle de la sociologie critique, et tu sais que c'est casse-gueule. Si tu commences à proposer un Alain Gresh [fondateur et directeur d'Orient XXI], un Akram Belkaïd [journaliste au Monde diplomatique] ou autre, on va te dire non. »
Anecdote éloquente : dans la liste mensuelle d'octobre 2025 des invités de la chaîne d'information, nommée « Transparence », le nom de Dominique Vidal est assorti du commentaire suivant : « journaliste, ancien du Monde diplomatique, historien, souvent critiqué pour des positions hostiles à Israël ». Une étiquette exclusive. Bruno Tertrais, par exemple, y est présenté comme « directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialisé en géopolitique » sans que soient nulle part mentionnées de quelconques « positions favorables à Israël », et ce, en dépit de l'activisme proverbial de cet « éminent représentant de la recherche privée française », figurant parmi les « leaders d'opinion » solidement liés à Elnet [12], lobby israélien auquel il rendait d'ailleurs hommage en 2020 [13]. Pire encore, car il s'agit là d'omission, quand David Khalfa est invité sur un plateau de la chaîne d'information en continu, c'est au titre de chercheur spécialiste du Proche-Orient associé à la Fondation Jean-Jaurès. À notre connaissance, il n'est pas fait état des fonctions de chargé de relations avec les politiques auprès de l'organisation lobbyiste Elnet qu'il a exercées il y a une dizaine d'années. Elles en disent pourtant long sur son positionnement.
Comme un gage de pluralisme, ce principe journalistique dont la chaîne se réclame – au même titre que la neutralité et l'impartialité –, un journaliste nous rappelle que les chercheurs Beligh Nabli, professeur de droit public à l'université de Paris-Est, Bertrand Badie, professeur émérite à l'Institut d'études politiques de Paris, ou encore Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités, critiques de la politique israélienne, comptent parmi les intervenants sur la chaîne. S'ils y ont en effet été invités, leurs interventions représentent si peu dans l'économie d'ensemble qu'elles ne suffisent pas à attester d'un pluralisme et d'une équité en bonne et due forme, tant du point de vue des prises de parole (et de leurs conditions) que des cadrages journalistiques. Par ailleurs, ces intervenants ne sauraient incarner un camp, ce qui semble être parfois le cas dans l'esprit des journalistes : comment peut-on raisonnablement mettre des chercheurs sur le même plan que des acteurs officiellement partie prenante ?
Ces normes favorisent d'autant plus le récit dominant que les journalistes cultivent consciemment ou non un rapport différencié à leurs sources : un autre facteur à même d'expliquer la prédominance du point de vue israélien à l'antenne. « L'armée israélienne est forte pour te donner des communiqués chiffrés qui ont l'air fiables, des vidéos très chiadées », note un journaliste.
Les atteintes au pluralisme relèvent-elles seulement d'une asymétrie matérielle entre les moyens de communication respectivement déployés par les parties israélienne et palestinienne ? La réponse est donc sans doute dialectique. « Il fallait vraiment qu'on soit béton sur nos profils palestiniens, lance un membre de la rédaction. Il ne fallait pas qu'on nous dise : "Son beau-frère est le boulanger de Sinwar" », l'ancien chef de la branche armée du Hamas, assassiné par l'armée israélienne en octobre 2024.
Survigilance déontologique… ou suspicion a priori ? Au cours d'un entretien, un confrère accrédite sans s'en apercevoir la seconde option : « On avait très peu de sources mobilisables parce qu'on ne pouvait pas aller sur le terrain, ni contacter des gens à Gaza dont on puisse être sûr qu'on pouvait leur faire confiance. » Pour être crédibles, les témoignages palestiniens doivent être validés par un regard occidental : un crédo symptomatique de l'imaginaire professionnel des journalistes français [14], travaillé par un impensé colonial.
La chaîne dispose bien d'une poignée de correspondants à Gaza, mais ces derniers n'interviennent quasiment jamais à l'antenne. « Ils ne parlent pas français », justifie un journaliste à Paris. Ni anglais ? France Info TV n'aurait donc pas les moyens de financer des traducteurs ? Le budget est à « une course de taxi près », nous répond-on. Il est regrettable de constater qu'une chaîne qui prétend couvrir l'actualité au Moyen-Orient ne dispose de compétences linguistiques ni en arabe ni en anglais.
Du reste, notre interlocuteur conteste tout « deux poids, deux mesures » quant au rapport qu'entretiennent les journalistes à leurs sources : « Il fallait toujours remettre en question la parole israélienne », enchaîne-t-il spontanément.
L'affirmation résiste mal à l'observation régulière de l'antenne, où les éléments de langage des autorités civiles et militaires israéliennes sont souvent diffusés sans le moindre filtre. Y compris par les reporters de terrain.
Correspondant à Tel-Aviv rattaché au bureau de France Télévisions, Maël Benoliel, ancien salarié d'I24News, la « CNN israélienne » fondée par un Patrick Drahi aux « motivations sionistes sincères », d'après ses proches, cités dans le journal économique La Tribune au moment du lancement de la chaîne, s'est notamment distingué de manière répétée dans le rôle de télégraphiste [15]. Le 15 mai 2025, par exemple, après avoir fait état des déclarations de l'Organisation des Nations unies (ONU) selon lesquelles la famine à Gaza constitue « l'une des pires crises alimentaires dans le monde », il relayait la propagande négationniste d'Israël : « Lors du dernier cessez-le-feu, plus de 25 000 camions remplis de nourriture, d'eau et de médicaments sont entrés dans l'enclave palestinienne et par conséquent, les stocks ont alors été largement réapprovisionnés. Il n'y a donc pour l'heure, selon l'État hébreu, aucune situation de famine à Gaza. »
Sans doute une représentation accrue de voix et de témoignages palestiniens aurait-elle empêché que de tels récits circulent à l'antenne. Le correspondant de guerre palestinien Rami Abou Jamous, lauréat de trois prix Bayeux en 2024, a eu la parole à plusieurs reprises, en duplex depuis Gaza. Mais là encore, un seul exemple permet de mesurer le déséquilibre abyssal de France Info TV : selon le propre décompte de la chaîne dans ses pages « Transparence », entre octobre 2025 et juin 2026, il fut le seul journaliste palestinien représenté à l'antenne, où il est intervenu dix fois.
À titre de comparaison, sur ces neuf mêmes mois, la journaliste israélienne Rina Bassist a bénéficié d'une surface médiatique près de sept fois supérieure : pas moins de 67 passages en plateau. Alors que la propagandiste russe attitrée des médias Bolloré Xenia Fedorova, devenue l'incarnation de « la menace d'ingérence [16] » fait l'objet d'un arrêté d'expulsion ministériel, Rina Bassist peut se répandre sur la télévision publique sans avoir à rougir de son CV : ex-ambassadrice adjointe d'Israël à Bogotá, elle a notamment travaillé pendant près de deux décennies dans le corps diplomatique avant de devenir correspondante internationale de la radio publique israélienne et chercheuse associée au sein du think tank israélien de politique étrangère Mitvim. Une négatrice en règle du nettoyage ethnique à Gaza, qui s'est progressivement retrouvée dans les petits papiers des rédactions télé en général… et de France Info TV en particulier.
Il faut dire que ces « experts » savent se rendre disponibles auprès d'une chaîne en quête perpétuelle d'intervenants. Lancée en 2016 sur un modèle « low cost [17] », France Info TV se voulait à l'origine un modèle d'information de service public : factuelle, pédagogique, sobre et riche en reportages. Dix ans plus tard, l'espace grandissant laissé aux « talks », ces « vrais-faux débats » d'opinion gourmands en chroniqueurs tout-terrain, en a fait une chaîne d'info en continu comme les autres, où le commentaire prend le pas sur l'information.
« L'audience a longtemps été très faible, explique le délégué syndical Antoine Chuzeville, donc il y a eu la volonté de faire appel à des recettes qui fonctionnent pour pas cher. Il y a d'ailleurs eu le recrutement de cadres éditoriaux passés par I-Télé, BFM-TV, LCI, des journalistes d'Europe 1 », se remémore-t-il. Une austérité économique qui s'est particulièrement aggravée sous le second mandat d'Emmanuel Macron à l'Élysée, inauguré par la suppression de la redevance télé, en août 2022 [18].
Certaines sources parlent d'un autre tournant en septembre 2024, au moment de l'arrivée de Laurent Delpech à la direction de l'information. Son crédo : « Mettre des "talks" tout le temps, partout, très longs », résume une journaliste. Une idée économe : « on envoie beaucoup moins d'équipes sur le terrain », les invités ne sont de toute façon pas payés et les chroniqueurs enchaînent parfois « huit heures d'affilée ».
Quitte à considérer que tout est matière à « débat » et à raconter n'importe quoi en présence de n'importe qui ? Exemple exemplaire : « Gaza "Côte d'Azur" et si c'était possible ? », sujet présenté en deuxième partie de l'émission « L'Heure américaine » (05/02/2025), au cours duquel un cadre syndical de l'industrie hôtelière est invité pour discuter des conditions de réalisation pratico-pratiques de la « riviera » imaginée par Trump à Gaza. Au cours de ce moment de télévision, l'invité répond, sans interruption ni rappel à l'ordre, à la question de l'animateur : « La bande de Gaza en riviera, est-ce que ça a du sens pour le professionnel du tourisme que vous êtes ? » Suite au tollé que cette séquence a déchaîné, Alban Micoczy, le rédacteur en chef de l'émission, a été sanctionné à l'issue d'une commission disciplinaire. Le journaliste a exprimé une autocritique lorsque nous l'avons interrogé, indiquant avoir « cru pouvoir aborder l'objet sur le thème de la raison ; or l'objet d'origine est déraisonnable en lui-même » et admettant s'être « très clairement trompé de registre ». Il reconnaîtra « avoir perdu le contrôle de l'émission » avec cette séquence d'une durée de « sept minutes sur cinquante », tient-il à préciser. Nous avons observé plus grande diligence pour faire cesser un désordre en plateau. Quelques semaines plus tard, le directeur de la chaîne, Laurent Delpech, écopait d'une motion de défiance votée à 87 % par la rédaction de France Info TV [19]
Est-ce à dire que toutes les leçons de cet épisode ont été tirées ? Rien n'est moins sûr… Si des journalistes de la chaîne y voient une conséquence quasi mécanique de l'obsession du remplissage et du journalisme de commentaire, la chefferie fait l'autruche. Lors de la commission déontologique du 4 juin 2025, le SNJ a bien tenté de demander des comptes sur cette affaire, révélatrice selon le syndicat des « fragilités structurelles » de France Info TV. La direction a répondu qu'elle « ne souhait[ait] pas revenir sur les erreurs commises qui ont porté préjudice à la chaîne » et s'est contentée de faire valoir un « travail de réorganisation » en interne : l'affectation de plusieurs journalistes à des « process de vérification » et la mise en place… d'une « équipe dédiée au "talk" », dissociée de « l'équipe dédiée aux "news" ». Tout changer pour que rien ne change ?
Reste ce constat : sur France Info TV, la Palestine sera apparue aux yeux des téléspectateurs davantage sous le prisme du commentaire. Les capacités du bureau Moyen-Orient de France Télévisions, qui fournit des contenus aux différents canaux de la télévision publique, paraissent dévitalisées. Arnauld Miguet, qui en a pris la tête en novembre 2024 en tant que correspondant permanent, n'a pas souhaité répondre à nos questions, faute d'accord de la part de sa hiérarchie, nous a-t-il dit. Il encadre désormais quatre journalistes, épaulés par des envoyés spéciaux ponctuels, ce qu'il reste des effectifs, après le licenciement, en 2011, des deux tiers des journalistes.
Résultat ? France Info TV déserte le terrain palestinien – et proche-oriental, plus largement – dès lors que les chefferies n'y entrevoient plus d'actualité « chaude ». Preuve en est, la diminution en flèche de la couverture de Gaza depuis le prétendu « cessez-le-feu » d'octobre 2025, alors que près de 1 300 Palestiniens ont depuis été tués par l'armée israélienne dans l'enclave, parmi lesquels 300 enfants en trois cents jours selon l'Unicef.
Selon les données de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), qui ne se veulent pas exhaustives mais permettent de dégager des tendances lourdes de médiatisation, les occurrences du terme « Gaza » ont en effet chuté de 92 % à l'antenne de France Info TV entre octobre 2025 et juin 2026. On remarque qu'entre janvier 2022 et septembre 2023 (inclus), les occurrences de « Gaza » sont quasiment inexistantes. Des dynamiques qui rejoignent peu ou prou celles observées par l'INA sur l'ensemble des grands médias audiovisuels [20]. Et qui ne démentent pas un constat tristement général : les grands médias se mobilisent au tempo d'Israël.
Cette invisibilisation structurelle, aggravée par le blocus imposé par l'État d'Israël sur Gaza – inédit dans l'histoire par sa durée – a bien sûr des conséquences multiples sur le traitement de l'information. « Il y a à la fois de la paresse intellectuelle et du lavage de cerveau, commente un journaliste. Et puis à la fin, quand tu es allé six fois en Israël, que tu as rencontré les familles des victimes, tu as de l'empathie pour ces gens-là ; et tu oublies ceux que tu ne vois pas. »
« Oubli »… ou normalisation ? Le 16 août dernier, alors que le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir appelait publiquement à assassiner « de 30 à 40 personnes chaque nuit » à Gaza, « des gens qui ne méritent pas de vivre », qui « ne sont même pas des êtres humains », France Info TV diffusait un reportage touristique sur les jardins suspendus de Haïfa, en Israël. « Une spectaculaire brèche de verdure », s'émerveillait la journaliste. « Une cascade luxuriante » de jardins « à la symétrie parfaite », « ouverts à tous » et accueillant « un million de visiteurs chaque année ».
Meriem Laribi et Pauline Perrenot
[1] « Israël/Gaza, la chronique impossible ? », « Votre télé et vous », France 3, 18 juin 2025.
[2] « Le 16h/18h », France Info TV, 22 novembre 2024.
[3] « La politique s'éclaire », France Info TV, 21 février 2026.
[4] « France Info et "les otages palestiniens" : emballement sémantique et indignation sélective », Acrimed, 3 février 2025.
[5] Après avoir été nommée par l'Arcom, dont le président est quant à lui choisi par le chef de l'État, Delphine Ernotte occupe ce poste depuis 2015.
[6] François Beaudonnet, « Au comptoir de l'info », France Télévisions, 27 octobre 2023. Toutes les citations qui suivent proviennent de cet entretien.
[7] Lire Hocine Bouhadjera, « "Il n'y a aucun journaliste à Gaza" : une réponse par les voix des survivants », ActuaLitté, 14 août 2026, à propos du projet « The Living Record », dans lequel « plus de cinquante journalistes et professionnels des médias de Gaza ont enregistré des hommages à leurs confrères tués depuis le début de la guerre ».
[8] Association de journalistes ayant pour rôle d'assurer l'indépendance de la profession face aux actionnaires et le respect des principes déontologiques.
[9] Tous ces contenus sont en outre indistinctement promus sur les réseaux sociaux via un seul compte (Franceinfo), dans une volonté affichée de « renforcer […] la marque du média global, radio-tv-web ».
[10] Dans l'émission « Sur le terrain », titrée : « Palestine, que va devenir le Hamas ? ».
[11] Ces deux épisodes ont respectivement eu lieu à l'antenne de Franceinfo TV les 28 juin et 10 août 2025.
[12] En décembre 2023, Bruno Tertrais participait à la conférence inaugurale du réseau « Agir ensemble », une émanation d'Elnet, pour lequel il assura également une « masterclass ».
[13] Lire « Elnet. Découvrez Israël, ses colonies, ses technologies de surveillance… », Orient XXI, 26 janvier 2021.
[14] Voir notamment « "Des victimes coupables" : comment les journalistes français voient leurs confrères palestiniens ? », Arrêt sur images, 29 avril 2025 et « Gaza : et l'illumination vint de CNN », Arrêt sur images, 16 décembre 2023.
[16] L'expression est du ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dans une tribune au Monde publiée le 17 août 2026.
[18] Cette recette dédiée, qui rapportait environ 3 milliards d'euros par an à l'audiovisuel public, a été remplacée par l'affectation d'une fraction de la TVA, soit une contribution beaucoup plus dépendante des arbitrages budgétaires annuels, et du pouvoir politique.
[19] Il cédera sa place à Muriel Pleynet en mars 2025, laquelle sera remplacée temporairement à la direction de la rédaction nationale de France Télévisions par… Nathalie Saint-Cricq !
[20] Voir « Israël-Hamas : un an après l'attaque du 7 octobre, que retenir de la médiatisation du conflit ? », La Revue des médias, 7 octobre 2024 et « Deux ans de guerre Israël-Hamas : un désintérêt progressif à la télé et à la radio », La Revue des médias, 7 octobre 2025.