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03.10.2022 à 10:25

Comme ailleurs dans le monde, rassemblons-nous à Paris le samedi 8 octobre pour la libération de Julian Assange

Texte intégral (790 mots)

Dans la lignée de l'Appel de Paris pour Julian Assange, Acrimed est cosignataire de cet appel à un rassemblement le 8 octobre à Paris.

Douze ans de persécution, douze ans de lawfare (instrumentalisation politique de la justice), douze ans de privation de liberté... Depuis 2010, le journaliste australien Julian Assange subit la vengeance de Washington. Qu'a-t-il fait ? WikiLeaks, l'entreprise de presse qu'il a fondée en 2006, a publié des documents accablants sur les États-Unis obtenus grâce à la lanceuse d'alerte issue de l'US Army Chelsea Manning : crimes de guerre en Irak et en Afghanistan, atteintes graves aux droits humains à Guantánamo, turpitudes de la diplomatie états-unienne, etc.

Ainsi, c'est pour avoir rempli sa mission de journaliste et révélé des informations d'intérêt public que Julian Assange est pourchassé, torturé, calomnié. Cela fait trois ans et demi qu'il croupit dans la prison de haute sécurité de Belmarsh au Royaume-Uni, avec une santé déclinante, attendant de savoir s'il sera livré par Londres aux États-Unis, où il risque jusqu'à 175 années de prison pour « espionnage ». Les voies juridiques pour éviter l'extradition s'amenuisent...

En plus de l'immense injustice faite à un homme et à ses proches, la persécution de Julian Assange est aussi une tentative de criminalisation du journalisme d'investigation. C'est le droit d'informer et d'être informé qui est attaqué. Il s'agit d'une volonté d'intimider à la fois la presse – en particulier les journalistes qui seraient tentés de s'inspirer du travail de WikiLeaks – et les lanceurs d'alerte potentiels. Si un journaliste australien qui a publié en Europe est traduit devant un tribunal états-unien et jugé en vertu des lois de ce pays, qui osera rendre publiques des informations qui pourraient déplaire au gouvernement US ? Seule une large mobilisation peut enrayer cet engrenage funeste.

En ce qui concerne la France, pays avec lequel Julian Assange a de nombreux liens, elle peut et doit lui offrir l'asile politique, comme l'a fait le Mexique par la voix du président Andrés Manuel López Obrador.

Le 8 octobre, une chaîne humaine entourera le Parlement britannique pour demander la libération de Julian Assange. Plus de 3 500 personnes se sont déjà inscrites pour y participer. Parallèlement à cette grande action, de nombreux rassemblements auront lieu dans le monde. En France, le Comité de soutien Assange et les trente-sept organisations et médias signataires de « L'Appel de Paris pour Julian Assange » proposent de se réunir à 14 h à côté de la réplique de la statue de la Liberté – suivez notre regard... – qui se trouve sur l'île aux Cygnes, sous le pont de Grenelle, dans le 15e arrondissement (détails ci-dessous). Des journalistes, des responsables syndicaux et associatifs, des élus prendront la parole.

Pour la liberté de la presse. Pour les droits humains. Pour les idéaux démocratiques. Pour la justice et la vérité. Julian Assange doit être libéré, protégé et indemnisé.

Paris, le 1er octobre 2022

Signataires : Acrimed ; Alertes.me ; Altermidi ; Alternatiba Montpellier ; Anticor ; ANV-COP21 Montpellier ; Assange, l'ultime combat ; Association nationale des communistes (ANC) ; Attac France ; Au poste ; Blast, le souffle de l'info ; Le Canard réfractaire ; CAPJPO-EuroPalestine ; Comité de soutien Assange ; Compagnie Erinna ; Convergence nationale des collectifs de défense et développement des services publics ; Delphi Initiative for the Defense of Democracy ; Demain Le Grand Soir ; Élucid média ; Fédération internationale des journalistes (FIJ) ; Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) ; Le Grand Soir ; Halte au contrôle numérique ; Institut homme total (IHT) ; Là-bas si j'y suis ; Librairie Résistances ; Ligue des droits de l'Homme (LDH) ; Maison des lanceurs d'alerte ; Les Mutins de Pangée ; Pourlecinema.com ; Rencontre annuelle des lanceurs d'alerte ; Robin des lois ; Syndicat national des journalistes (SNJ) ; Syndicat national des journalistes CGT (SNJ-CGT) ; Terre et Liberté pour Arauco ; Toute la France avec Assange – Unity4JFrance ; Vegan Corporation ; Le Vent Se Lève.

Précisions sur le lieu du rassemblement : pour rejoindre la réplique de la statue de la Liberté, il faut se rendre à l'extrémité de l'île aux Cygnes située sous le pont de Grenelle dans le 15e arrondissement. On peut y accéder en métro, par les lignes 10 (Charles Michels) et 6 (Bir-Hakeim), ou avec le RER C (Avenue du Président Kennedy-Maison de Radio France).

28.09.2022 à 18:00

Le « gourou » de LFI et son « cheptel de militantes » : calomnies sur Public Sénat

Henri Maler, Maxime Friot

Brice Couturier dans ses œuvres, toutes en délicatesses sociologiques et féministes.

- Journalisme et politique / ,
Texte intégral (692 mots)

Samedi 24 septembre, Brice Couturier est sur le plateau de l'émission « Et maintenant ! » sur Public Sénat. Au programme (entre autres) : « L'Affaire Quatennens ». Brice Couturier pontifie et insulte…

Paroles d'expert : « Chacun qui travaille un peu sur la question de la sociologie des organisations sait que dans les sectes, en particulier, le gourou a une aura particulière et en profite généralement pour faire de l'abus sexuel. Là on est dans le cas de La France insoumise, c'est évident qu'on est dans le cadre d'une secte, […] » Faut-il comprendre que le « gourou » de la secte LFI profite de son rôle pour se livrer à des abus sexuels ?

Réactions minimalistes des autres participants : Vanessa Schneider du Monde, Alexandra Schwartzbrod de Libération et Georges-Marc Benamou.

Brice Couturier peut donc poursuivre tranquillement par une fine comparaison entre LFI et l'URSS de Staline, avant de confirmer sa diffamation contre Mélenchon et, ultra-féministe, sa calomnie contre les militantes, implicitement de La France insoumise : « […] Donc on est vraiment dans le cadre d'un parti qui n'a rien à voir avec un parti politique démocratique normal. Et dans le cadre d'une secte effectivement, le cheptel des militantes fait partie effectivement des prérogatives des chefs, et ils s'en servent. »

Réactions à peine moins minimalistes : « Tu peux pas accuser Mélenchon de ça », intervient Georges-Marc Benamou ; « c'est pas possible de laisser dire ça ! », enchaîne Alexandra Schwartzbrod.

Qu'en disent les justiciers qui sévissent dans les grands médias audiovisuels ? Et qu'en disent ses amis de Franc-Tireur, si toutefois Couturier est toujours leur collaborateur ?

Que l'on soutienne ou pas Mélenchon et LFI, comment peut-on tolérer les accusations à mots à peine voilés mais diffamatoires de Brice Couturier selon lesquels Mélenchon « gourou d'une secte » tiendrait à sa disposition un « cheptel de militantes » dont il pourrait abuser à sa convenance ?

Henri Maler et Maxime Friot

Annexe : La vidéo sur Twitter

PS : Un exemple du nuancier de Brise Couturier : ses tweets lors du mouvement des Gilets jaunes [1] :


28.09.2022 à 07:00

Journalisme obséquieux chez « Quotidien »

Antonin Padovani, Maxime Friot, Sophie Eustache

Lire plus (176 mots)

30 août 2022, « Quotidien » (TMC) reçoit la Première ministre Élisabeth Borne. Extraits d'un reportage sans concession tourné par la journaliste Sophie Dupont. Un montage BD tiré du Médiacritiques n°44.

27.09.2022 à 12:30

Fusion TF1/M6 avortée : les regrets de François Lenglet

Denis Perais

Texte intégral (1240 mots)

Le 16 septembre, les groupes Bouygues, TF1, M6 et RTL publient un communiqué commun annonçant leur renoncement à un projet de fusion TF1/M6, la faute (ou le mérite, selon le point de vue…) à une Autorité de la concurrence rétive. Une regrettable décision pour François Lenglet, qui s'empare du dossier dans sa chronique économique matinale sur RTL le 19 septembre.

Sans doute pour devancer une (inévitable) accusation de conflits d'intérêts, François Lenglet joue cartes sur table : « Je tiens à préciser d'abord que je travaille pour les deux entreprises, et TF1 et RTL, qui appartient à M6, [ce] qui peut me mettre en situation d'être juge et partie ». On ne le lui fait pas dire. Si François Lenglet s'autorise à commenter l'échec de la fusion, c'est uniquement en raison de son autorité auto-attribuée d'expert… autoproclamé ! Tout en modestie : « Si je parle de ce rapprochement, c'est parce que ça fait trente ans que je chronique l'actualité économique et que cet échec m'en rappelle plusieurs autres similaires. »

Si on devine qu'il va regretter l'échec du projet de ses employeurs, reste à découvrir la puissance de son argumentaire :

Voilà trente ans que les autorités de la concurrence européennes ou nationales bloquent, parfois, la construction de champions nationaux, de facto au bénéfice des américains ou des chinois […] À chaque fois, comme pour TF1 et M6, l'argument est le même : il faut protéger le consommateur contre des entreprises trop puissantes qui pourraient abuser de leur position dominante en montant les prix. Le problème, c'est qu'elle fait fi de la souveraineté européenne ou française. À ne pas laisser grandir les acteurs locaux, on encourage les concurrents étrangers par exemple […] Aujourd'hui, les chaînes classiques font face à une concurrence bien plus large que naguère avec l'arrivée des Netflix, Amazon ou Youtube, filiale de Google […] Ces fameux Gafa américains ont des moyens considérables pour investir dans la production audiovisuelle, bien plus importants que les acteurs européens. D'où l'intérêt d'une fusion pour peser davantage sur un marché considérablement élargi par l'arrivée de ces monstres. L'autorité de la concurrence n'a préféré ne considérer que le marché des bonnes vieilles chaînes de télé classiques et françaises sur lequel l'ensemble TF1 et M6 aurait en effet été dominants face aux annonceurs.

Bref, pour lutter contre les trusts, une seule solution : en créer d'autres !
Un plaidoyer qui ressemble à s'y méprendre aux éléments de langage développés par les partisans de la fusion, au premier rang desquels son employeur Martin Bouygues, devant la commission sénatoriale sur la concentration dans les médias le 18 février 2022 :

L'arrivée d'acteurs de taille planétaire que sont les Gafam change tout. Sans même parler d'Amazon, la seule capitalisation boursière de Netflix représente 176 milliards de dollars en 2021, c'est-à-dire cent fois la capitalisation boursière de TF1. Ces bouleversements peuvent à terme plus ou moins rapide tuer le modèle économique de la télévision. Il faut donc réagir pour sauver ce modèle et inventer quelque chose de différent […] Le projet de fusion entre TF1 et M6 n'est pas un projet de puissance politique, médiatique ou économique. C'est un projet de souveraineté […] En ce qui concerne 75 % du marché publicitaire, précisons que ce taux s'entend au regard du marché de la publicité sur la télévision en clair. […]. Soyons sérieux. Sachons de quoi on parle. Le marché n'est pas du tout celui que vous décrivez. Le marché qui nous concerne est celui de la télévision et d'Internet. Les dissocier n'a aucun sens […] Nous avons donc face à nous des monstres extraordinairement puissants.

François Lenglet avait pris des notes.

« L'Autorité de la concurrence regarde derrière, vers la télé de l'époque de Roger Gicquel »

Et s'il reconnaît l'utilité de l'Autorité de la concurrence – « C'est indispensable qu'il y ait une Autorité de la concurrence. Elle doit demander des garanties, des contreparties le cas échéant » –, c'est pour mieux en fustiger l'incurie :

Encore faut-il qu'elle appréhende le marché dans sa dynamique, faute de quoi on en arrive, une nouvelle fois, à une situation paradoxale où la défense du consommateur français se fait au détriment des entreprises françaises, et en faveur des américains ou des chinois.

Une capacité d'appréhension du marché dont l'autorité administrative indépendante n'a pas su faire preuve aux yeux de François Lenglet, qui l'accuse d'un mal dont les éditocrates usent et abusent pour disqualifier ceux qui ne partagent pas leurs vues : vivre dans le passé et ne pas savoir s'adapter à la mo-der-ni-té :

L'Autorité de la concurrence n'a préféré ne considérer que le marché des bonnes vieilles chaînes de télé classiques et françaises sur lequel l'ensemble TF1 et M6 aurait en effet été dominant face aux annonceurs […] L'Autorité de la concurrence regarde derrière, vers la télé de l'époque de Roger Gicquel. En fait TF1 et M6 auraient été dominants sur un marché qui existe de moins en moins. Parce que ses frontières ont volé en éclats avec Internet, avec la multiplication des écrans, avec les nouveaux concurrents.

Pluralisme oblige, c'est Dominique Seux qui, le même jour, récite (avec un peu moins d'entrain) le même catéchisme dans Les Échos, avant de le reprendre le lendemain dans sa chronique matinale sur France Inter :

Pourquoi l'Autorité de la concurrence a-t-elle refusé le mariage TF1-M6 ? Parce qu'elle considère que la pub sur Netflix (ou les autres), ça n'a rien à voir avec la pub sur les chaînes classiques. À eux deux, TF1-M6 auraient trop écrasé le marché publicitaire de la télévision, et augmenté le prix de leurs spots. Mais on découvre que le rouleau-compresseur américain va aller plus vite qu'encore envisagé il y a quelques jours. On n'en conclut pas forcément qu'il fallait faire ce mariage, mais on espère qu'on ne se dira pas dans quelques années : la France a été bien bien naïve.

À quand la fin du monopole de l'information économique par les apôtres du libéralisme ?

Denis Pérais

27.09.2022 à 07:00

Le journal Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

« Le groupe de Patrick Drahi tente de contourner le droit de la presse. »

- « Indépendance ? » Procès, violences et répression / ,
Texte intégral (809 mots)

Poursuivi par Altice, le site Reflets sera au tribunal de commerce aujourd'hui mardi 27 septembre à 15h. Nous relayons ci-dessous leur communiqué de presse du 24 septembre. Pour aller plus loin, se reporter à leur article et à leur appel à soutien financier. (Acrimed)

Le journal en ligne Reflets est assigné devant le tribunal de commerce en référé. Altice souhaite le retrait des articles déjà publiés et l'interdiction pour Reflets, et donc pour toute la presse, de pouvoir consulter les documents publiés sur Internet par le groupe de ransomware HIVE.

Altice Group Lux S.à r.l., Altice France et Valais Management Services (le Family Office de la famille Drahi) ont assigné Rebuild.sh (la société qui édite Reflets.info) en référé. L'audience est fixée au mardi 27 septembre au tribunal de commerce de Nanterre, à 15 heures. Les sociétés du groupe Altice souhaitent que le tribunal de commerce ordonne à Rebuild.sh de supprimer, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, trois articles de Reflets.

Le groupe réclame que nous supprimions les données issues du piratage par le groupe de ransomware HIVE dont nous aurions éventuellement copie, et souhaite également « interdire à Rebuild.sh éditrice de Reflets la publication ou la diffusion de tous contenus se rapportant aux données piratées, d'interdire à Rebuild.sh d'accéder aux données piratées par le groupe HIVE ou de les télécharger ».

En nous assignant devant le tribunal de commerce, Altice tente de contourner le droit de la presse et nous attaque sur la base de la loi sur le secret des affaires. En outre, Altice a porté plainte au pénal contre X pour atteinte à un système de traitement automatisé des données et tentative d'extorsion. Ce qui est plus étonnant, c'est que même s'il s'agit d'une plainte contre X, Altice nous vise directement dans son courrier au procureur de la république près le tribunal judiciaire de paris, afin que notre responsabilité soit recherchée, au même titre que celle du groupe de pirates HIVE… La confusion entretenue entre journalistes et pirates est incongrue et scandaleuse.

Ces documents sont en libre accès sur Internet depuis le 25 août, lorsque les pirates les y ont publiés. Ces procédures visent à interdire à la presse de s'appuyer sur des documents rendus publics, au motif que l'entreprise s'oppose à leur diffusion. Un peu comme si une entreprise demandait au tribunal de commerce d'interdire à la presse d'utiliser sa fiche Wikipedia au motif que le contenu lui déplairait.

Au-delà de Reflets.info, c'est toute la presse qui est visée. L'idée visant à interdire aux journalistes de faire leur métier est paradoxale pour un groupe (Altice) qui détient de nombreux organes de presse (L'Express, BFM, i24News,…). Que dit cette attaque contre la liberté de la presse de la conception de notre métier par les dirigeants d'Altice ?

Si Reflets est condamné, cette jurisprudence pourrait empêcher les journalistes d'utiliser les leaks. C'est une menace très importante qui plane sur notre profession et la liberté d'informer.

Derrière une telle action se profile aussi une lourde attaque contre la démocratie et son exercice par les citoyens. Les journalistes sont en effets des passeurs d'informations. Qui plaisent, ou pas, aux puissants comme aux citoyens.

Les faits rapportés par notre journal sont des informations d'intérêt public qui permettent aux citoyens d'exercer leurs choix de manière éclairée, en disposant de toutes les données nécessaires. La presse est un outil de la démocratie, pas un quatrième pouvoir. Il faut la préserver.

La presse indépendante est par nature dépendante de ses lecteurs. Ils sont les seuls à pouvoir lui donner les moyens d'exister. L'objectif de cette procédure bâillon est aussi de tenter d'asphyxier financièrement notre journal. Pour faire face aux frais de justice, nous lançons une cagnotte en ligne. Nous comptons sur vous pour relayer cette menace sur la presse et nous aider à faire face à ceux qui voudraient nous rendre silencieux. Informer n'est pas un délit !

Paris, le 24 septembre 2022

26.09.2022 à 16:34

Motion de défiance des journalistes de France Bleu contre la direction de l'information

Texte intégral (710 mots)

Depuis une semaine, les journalistes de France Bleu pouvaient voter une motion de défiance contre la direction de l'information du réseau France Bleu. Résultat ce lundi 26 septembre : motion adoptée, avec 85% des suffrages exprimés (et un taux de participation de 46%). Nous relayons le texte publié par les syndicats le 16 septembre. (Acrimed)

Motion du SNJ et du SNJ-CGT de Radio France

Le rapport Isast et l'audit de Columbus ont permis d'objectiver le mal-être que nous vivons et qui s'amplifie depuis des années. Le problème est profond. C'est celui d'une réelle perte de confiance des équipes de France Bleu dans le projet qu'on leur impose, c'est celui d'une perte de sens qui nous interroge collectivement et individuellement sur notre avenir.

Nous ne comprenons plus la stratégie éditoriale de France Bleu qui repose sur :

des journées spéciales à répétition décidées à Paris et imposées uniformément à toutes les rédactions, même quand le sujet est très éloigné des préoccupations locales du moment. Les journalistes de France Bleu et leurs cadres sont tout à fait capables de repérer les temps forts de l'actualité et de créer des événements autour des infos qui le méritent.

des chroniques imposées que la plupart des rédactions trainent comme des boulets. La chronique éco est le symbole de ces décisions verticales, dépassées et jamais réinterrogées au regard de leur pertinence en fonction des territoires et des moyens.

une course au numérique – sans moyens humains et avec une pression constante sur les plus précaires – qui fait des chiffres une priorité et du volume l'unique cap. Il n'y a aucune réflexion sur le contenu et les exigences d'une info de service public. Les statistiques ne sont pas une ligne éditoriale ; la fusion non plus. Malgré les avertissements, la transformation de l'appli France Bleu en “Ici” n'a fait l'objet d'aucun pilotage éditorial et à ce jour doublons et informations contradictoires se multiplient encore. Cet amateurisme sape la crédibilité du travail des rédactions.

une gestion défaillante des moyens, notamment de remplacement. En cette rentrée, comme durant l'été, la direction de l'info est incapable de mobiliser les moyens nécessaires au maintien des grilles. Faute de remplacements, certaines stations sont ainsi contraintes de supprimer des journaux. La disparition des actualités locales en fin de journée fragilise la raison d'être de nos rédactions et du réseau tout entier. C'est une ligne rouge qui est franchie.

Quand l'équipage ne peut plus suivre le capitaine, quand il n'a plus confiance dans ceux qui tiennent la barre, c'est qu'il est temps de changer. Des journalistes de France Bleu, pourtant viscéralement attachés au service public de la radio, quittent leur rédaction écœurés, lessivés parce qu'ils ne se reconnaissent plus dans cette ligne éditoriale. Va-t-on laisser l'équipage tout en entier se noyer ?

Cette crise de confiance est largement amplifiée par la brutalité du management de cette direction de l'info. Non seulement la remise en cause lui est inconnue mais elle pratique la mise au pas, la menace et la violence verbale. Les candidats au poste de rédacteur ou rédactrice en chef ne se bousculent pas, cela devrait interroger la direction de l'entreprise.

Les syndicats SNJ-CGT et SNJ invitent donc l'ensemble des journalistes en CDI de France Bleu (rédactrices et rédacteurs en chef compris) à participer au vote de cette motion de défiance contre la Direction de l'information du réseau.

Paris, le 16 septembre 2022.

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