02.10.2026 à 19:18
Hiérarchie de l'information selon France 2.
- Les médias et les mobilisations sociales / France 2, Etudiants, lycéens, Journaux télévisés
Hiérarchie de l'information selon France 2.
D'abord négligé par les médias (et par le pouvoir), le mouvement des lycéens a pris de l'ampleur et de la place dans l'actualité médiatique. Comment les JT de France 2 en ont-ils parlé ? Nous avons observé les journaux télévisés de 13h et de 20h du lundi 28 septembre au jeudi 1er octobre. Le constat que nous tirons ne s'écarte en rien de la couverture habituelle des mobilisations sociales : focalisation sur les violences et les poubelles qui brûlent ; quasi-absence des causes et des revendications. Certains chiffres valant mieux que mille mots, voici quelques données brutes, permettant de rendre compte quantitativement de la bonne hiérarchie de l'information selon France 2.
En résumé :
– Du 28/09 au 01/10, les journaux télévisés de France 2 ont consacré 11 sujets aux mobilisations lycéennes.
– Ces 11 sujets font, en cumulé, 24 minutes et 53 secondes.
– Sur ces 24 minutes et 53 secondes, 19 minutes et 26 secondes sont consacrées aux « violences », « incendies », « feux de poubelle » ou « affrontements » entre lycéens et policiers. Parmi elles, 47 secondes (en tout et pour tout), réparties en trois sujets, sont consacrées à une éventuelle « réponse démesurée » de la police.
– 2 minutes et 58 secondes sont consacrées aux accusations du gouvernement envers LFI.
– 1 minutes et 56 secondes (en tout et pour tout) sont consacrées aux revendications des lycéens.
– 33 secondes (en tout et pour tout) sont consacrées à l'organisation du mouvement lycéen (tracts, boucles WhatsApp…).
Selon une stricte logique comptable, les « violences » en marge du mouvement sont donc neuf fois plus importantes, selon France 2, que les causes ou les revendications du mouvement lui-même. Les violences policières n'existent quasiment pas. Et la cabale du gouvernement contre LFI devance même les revendications des lycéens dans la hiérarchie de l'info. Et ce n'est là qu'un aspect du traitement infligé aux manifestants. À suivre.
Jérémie Younes
02.10.2026 à 12:02
Le 15 septembre, France 2, en partenariat avec France Inter, consacrait une grande soirée aux incendies qui ont frappé la France durant l'été. Des pompiers héroïques, des murs de flammes, des animaux hagards, des sinistrés éplorés, des experts recyclés, des forêts qui reverdissent et, toutes les 15 minutes, des appels aux dons pour une grande association environnementale : pendant près de 2h30, l'écologie fut omniprésente. Ou plutôt, le spectacle de la catastrophe. Ses ressorts, ses causes et ses conflits étaient quant à eux relégués hors du cadre, au profit de « solutions » dépolitisées.
Les intentions affichées par France 2 étaient ambitieuses : « Quelles sont les causes de ces incendies incontrôlables ? Quelles solutions concrètes pour les prévenir ? » se demandait la chaîne de service public. La rédaction promettait des « réponses, solutions et actions » au niveau « de nos institutions, de nos entreprises [et] de nos citoyens », un « constat exhaustif des dégâts » et un retour « sur le manque de moyens rencontré ». Aux manettes, deux animateurs stars : Léa Salamé et Hugo Clément – ce dernier étant également producteur de l'émission via sa société « Winter productions ». Enfin un débat « pluraliste » sur l'environnement ? Un simple tour d'horizon du plateau laisse sceptique : aucun porte-parole syndical, aucun responsable politique, aucun acteur économique de la filière bois ; un seul militant, Thomas Brail, cantonné au rôle d'activiste de service.
À 21h, Léa Salamé donne le ton – ce ne sera pas celui de la critique, mais celui de l'emphase : « Toutes les antennes de France TV sont mobilisées pour sauver nos forêts ». C'est que « nos forêts sont vitales, elles nous permettent de respirer, elles nous apaisent ». Et « ce soir, on va agir pour elles, en finançant des actions très concrètes dans toute la France », précise-t-elle, enthousiasmée par le Téléthon environnemental qui s'annonce.
À l'image, plusieurs rangées de pompiers en uniforme : « Venus de la France entière, ils ont combattu le feu tout l'été ». Cette émission, c'est aussi pour leur « rendre hommage ».
Dès les premières minutes, France 2 sort l'artillerie lourde. Des images de feu saturent le conducteur, une gamme chromatique rouge-orangée inonde l'écran. On voit des Canadairs plonger dans les bassins du château de Fontainebleau, des pompiers avancer devant des trombes de feu. « On fait comme on peut, parce que là c'est la guerre », témoigne l'un d'entre eux.
« Des images inédites en région parisienne » défilent sur une musique grandiloquente. Mais le « pire est encore à venir », annonce Hugo Clément : direction la Gironde et les Landes. Des camions cernés par les flammes, des silhouettes de pompiers au brasier, des files de voitures fuyant dans la nuit. Puis, des images d'habitants en pleurs : « Pour cette émission, nous sommes allés à la rencontre de ceux qui ont tout perdu en quelques minutes », annonce Léa Salamé. Il y a aussi les animaux, blessés, apeurés, privés de leur habitat. Une séquence entière est consacrée à la photographie d'une biche ; celui qui a pris la photo, encore un pompier, est invité à livrer « ce qu'il a vu et ressenti » pendant plusieurs minutes.
En plateau, l'ambiance est émue et solennelle. Les récits et les anecdotes touchantes se succèdent, dans une surenchère d'incarnations meurtries. Applaudissements, standing ovation. Tout un rang de pompiers – les « héros de l'été », appuie Salamé – est invité à décrire ce qu'ils viennent de vivre. Le concours de superlatifs s'ouvre : « extrême », « hors-norme », « historique ».
Puis, quand Léa Salamé s'improvise grand reporter de la 25e heure auprès d'une famille dont la maison a brûlé, au Porge, la mécanique du pathos franchit un nouveau cap. En plateau, Morgane, six ans, serre une peluche plus grosse qu'elle. France 2 diffuse d'abord les images de la caméra de surveillance montrant les premières flammes aborder la propriété – « on entend le feu qui crépite » commente Salamé, qui témoigne : « Franchement j'ai été choquée, comme tout le monde quand on voit les incendies à la télé ; mais quand on y va, même un mois plus tard, on se rend compte de l'ampleur des dégâts. »
Vient le reportage : route entre les forêts carbonisées, petite musique mélancolique, visites des ruines familiales, souvenirs consumés. La réalisation nous gratifie d'un plan dans lequel la fillette fait un câlin à l'animatrice. Pendant la diffusion, son visage est incrusté à l'écran pour que le spectateur ne perde pas une miette de ses réactions. « Il y a aussi des souvenirs qui ont brûlé, j'imagine », relance Salamé devant les décombres. À l'image, un vélo d'enfant calciné.
Retour plateau : la fillette est en larmes. « Oh non poulette, elle pleure », constate Hugo Clément. Léa Salamé en rajoute une couche et lui demande ce que lui « a fait » le visionnage : « Ça m'a fait pas très du bien », bafouille l'enfant, tandis qu'une journaliste de France 3 essuie ses propres larmes. Puis vient l'histoire de Bobby, l'ourse en peluche oubliée pendant l'évacuation, puis remplacée par les pompiers. « Comment on trouve les mots pour dire à sa fille de six ans que la maison a brûlé ? », enchaîne Léa Salamé, délicate. Le père n'en sait rien. Petit malaise en plateau. Violence ordinaire du spectacle.
Dans « Sauvons nos forêts », l'information cultive le voyeurisme. Les conséquences ont des noms, des visages et des histoires ; des uniformes et des larmes. Les causes, nettement moins. Quelles entreprises organisent la sylviculture en France ? Qui sont les dirigeants politiques qui décident du niveau de risque et des moyens de prévention ? Quels sont les intérêts qui traversent la forêt française ? L'émission n'en dira mot. Les conséquences sont sur-incarnées en proportion de la désincarnation des causes [1]. L'hypervisibilité des unes dresse un écran de fumée devant les autres.
Les responsabilités sont en effet présentées sous forme d'abstractions commodes, dont les experts de plateau sont les médiums chevronnés. À commencer par Jérôme Fourquet, l'une des figures bien connues de l'entreprise de sondages et de marketing Ifop. Hugo Clément le présente d'emblée comme « l'homme qui connaît les Français et les Françaises mieux que personne ».
« Est-ce que les gens vont zapper ? » lui demande Léa Salamé, à propos des incendies et du changement climatique. Fourquet observe que l'attention s'est déjà déplacée vers les prix du carburant (comme si « les gens » ne pouvaient pas avoir une conscience composée de différentes préoccupations : être inquiets de la situation écologique et avoir besoin d'un véhicule pour aller bosser). Puis viennent climatiseurs, piscines privées et cette grande découverte : le « cerveau humain » serait ainsi fait que « très vite, on repasse à autre chose ». Ainsi, à la question « pourquoi l'action politique demeure-t-elle défaillante malgré des décennies d'alertes scientifiques ? », s'en substitue une autre : « Pourquoi les gens ne comprennent-il pas durablement ? » Dans ce déplacement, les responsabilités politiques réelles disparaissent. Le problème écologique devient un problème cognitif.
La manière dont Fourquet est mobilisé par les animateurs lui confère une fonction performative bien précise : laisser croire qu'il y aurait un lien direct entre l'opinion, « la prise de conscience » et la conduite concrète des politiques publiques, manière d'appuyer le registre émollient de la « sensibilisation » dont raffolent les médias, pour finalement renvoyer l'impuissance vers la population elle-même. Puisque « les gens » ne sont plus dans le déni – « ils ont deux yeux », rappelle Fourquet – il faut bien leur trouver d'autres déficiences : le cerveau serait mal équipé pour prendre la mesure du problème.
Il y a là un joli tour de passe-passe médiatique : pendant plus de deux heures, France 2 construit un dispositif uniquement gouverné par l'événement – images chocs, émotions, victimes biographiées. Puis elle invite un sondeur pour expliquer que le problème viendrait du caractère volatil et « saisonnier »… du public. La télévision stigmatise ainsi chez les spectateurs l'attention intermittente qu'elle contribue elle-même à façonner. Au passage, la responsabilité des faiseurs d'opinion est escamotée. Et la climatologue Françoise Vimeux aura beau jeu de s'étonner que les incendies de l'été soient traités comme une « crise » davantage que comme une « trajectoire ».
Incidemment, Fourquet fournit pourtant une autre piste, qui restera inexploitée. Interrogé par Salamé sur le « besoin des Français de se reconnecter à la nature », le sondeur rappelle qu'il existe 3,3 millions de de propriétaires forestiers privés en France, des « gens qui ont investi ou hérité ». Une information qui aurait pu ouvrir sur la structure de propriété de la forêt française et des politiques de gestion afférentes. Mais pas du tout : psychologisée à son tour, la propriété reste codée comme la preuve d'un lien affectif. Tout au long de l'émission, la forêt restera un milieu sans économie.
Françoise Vimeux rappelle ensuite que des plans d'action existent et que les armoires en sont déjà « remplies ». Mais à la question de savoir pourquoi ils ne sont pas appliqués, elle « n'a pas la réponse ». Peut-être est-ce pour cela qu'elle a été invitée ? Lorsque Hugo Clément lui demande si les politiques prennent la question au sérieux, elle juge la question « difficile » : « Ce qui se passe là, ça fait des décennies que les climatologues le rabâchent. […] J'ai quand même l'impression que nos politiques, ils comprennent ce qu'on leur raconte. […] Mais donc, je pense qu'il y a une grande incompréhension sur la compréhension. » Les rapports de force économiques, les antagonismes sociaux et le poids de la propagande disparaissent alors derrière une aimable « incompréhension » générale.
François Gemenne produit une dilution à peine plus subtile. Lorsque Hugo Clément lui demande pourquoi « nous reproduisons les erreurs du passé », au lieu de questionner ce « nous », il se fait philosophe : « La grande leçon de l'Histoire, c'est que nous n'apprenons jamais rien de l'histoire. » Un nous si vaste qu'il ne désigne plus personne.
En définitive, France 2 a décidé de construire un plateau où l'expertise est chargée d'authentifier un problème (la crise écologique), mais sans lui adjoindre les savoirs et les protagonistes capables d'en instruire les coordonnées politiques. L'expertise fonctionne alors comme un dispositif de clôture, de verrouillage.
Tout le paradoxe de la « sensibilisation » s'exprime ici : au lieu de demander quels rapports de pouvoir empêchent l'appropriation des savoirs scientifiques et la traduction de ces derniers en politiques publiques, on continue de chercher un déclic psychologique par essence intangible. Ou la « prise de conscience » comme politique par défaut.
Heureusement, Hugo Clément nous avait prévenus : malgré ce brouillard politique envahissant, « des solutions existent ». Il y a même « de l'espoir ».
Jamy Gourmaud commence par le commencement : « la culture du risque ». Les comportements comptent ; il faut apprendre les bons gestes et ne pas jeter ses mégots. « 90 % des feux sont d'origine humaine », amalgame Léa Salamé [2]. L'apprentissage des écogestes doit commencer « tout de suite », jusque « dans les écoles » : « pas besoin d'imaginer des solutions pour dans 10 ans ». Pas besoin de vision politique ?
Dès lors, l'émission va pouvoir dérouler un catalogue de solutions « clé en main », sans plus s'attarder sur les causes structurelles de l'incendie climatique. Et dès que ces solutions cessent d'impliquer immédiatement conflits et distribution du pouvoir, « Sauvons nos forêts » se fait étonnamment exhaustive et précise : pastoralisme ; « hydrologie régénérative » ; ensemencement des nuages à l'iodure d'argent ; capteur sur les arbres ; caméras « dopées » à l'IA… Jusqu'aux Reapers de l'armée utilisés à des fins de surveillance, avec cette précision joviale : « Ça vous plaît ? C'est français ».
Les solutions techniques sont mises en images et montrées à l'écran. Mais on ne saura pas quels intérêts se cachent derrière ni comment les développer (comme le pastoralisme) ou les encadrer (comme l'IA) : un « journalisme de solutions » désincarné et dépolitisé. « L'IA, elle va vous aider, les pompiers ? », interroge Salamé. Jamy Gourmaud affirme alors que l'IA permet déjà d'améliorer les prévisions. Thomas Brail s'empare du micro : « L'IA ça consomme de l'eau et les pompiers ont besoin d'eau. Voilà, merci ». Mais Jamy reprend la main pour soutenir que « dans l'immédiat », l'outil existe. Fin de la discussion.
Même lorsqu'un sujet politiquement inflammable surgit – le nombre de Canadairs – la discussion bascule immédiatement dans la logistique industrielle. « Pas assez de Canadairs, c'est pas sûr », finasse Jamy Gourmaud, devenu expert en protection civile. Hugo Clément signale bien une commande annulée en 2024 par « le gouvernement de l'époque », lequel restera sans nom – il s'agissait de celui de Gabriel Attal. Il faudra ensuite plusieurs relances pour que le colonel sur le plateau admette un « manque » indéterminé.
Puis l'espoir renaît.
Au moment même où l'émission aurait pu faire atterrir politiquement ces solutions (qui les revendiquent, qui les freinent, quel budget, quelle hiérarchie, quelles évolutions normatives ?), Salamé annonce autre chose de « très important » : « Comment on passe du drame à la vie ». L'émission choisit alors d'envoyer Hugo Clément en forêt avec des agents de l'ONF, sur des parcelles qui ont brûlé en 2022 et en 2024. Et là, surprise : la forêt repousse.
Premier site : des arbres calcinés. Mais déjà une pousse vert fluo ! « Regardez, ça repart déjà ». Deuxième site : « Donc voilà à quoi ça ressemble après un incendie : donc ça repousse. » Même que de nouvelles essences sont apparues « toutes seules ». Retour plateau : « Ça marche ». À la question « la nature reprend toujours ses droits », l'expert de l'ONF répond : « la nature a horreur du vide ».
La boucle narrative est bouclée. Après l'apocalypse, la renaissance. La « trajectoire » dont parlait Vimeux a disparu : France 2 l'a transformée en crise, avant d'offrir à cette crise sa résolution, sous forme de happy end. D'ailleurs, les sinistrés du Porge vont pouvoir reconstruire leur maison grâce aux assurances. Le solutionnisme très feel good de France 2 parvient à dénouer un péril historique tout en restant à la surface des choses.
Du reste, la gymnastique rhétorique à laquelle se plie « Sauvons nos forêts » consiste à désarmer sans cesse les polémiques qui pourraient traîner dans l'esprit du téléspectateur. Si des controverses apparaissent, ce n'est jamais de façon suffisamment précise ou durable pour organiser la discussion, qui reste à bonne distance du débat contradictoire.
La séquence Porge en fournit une bonne illustration. Après les larmes de Morgane (la fille) et l'histoire de Bobby (la peluche), Léa Salamé demande à Justine (la mère) si elle s'est sentie abandonnée par les pompiers au profit du Cap Ferret, « comme on l'a dit cet été » : « Moi, je partage ce sentiment, y a beaucoup de colère chez nous, beaucoup d'incompréhension […] Ce qui sûr, c'est que les habitants encore sur place ont vu les colonnes de pompiers être démobilisées. » Hugo Clément actionne la lance à incendie : « Justine, qu'on soit clairs, vous n'en voulez pas aux pompiers mais aux décisions qui auraient été prises. » Puis il passe la parole au colonel, figure d'autorité, qui va s'évertuer à contredire la version de Justine et justifier le conditionnel de l'animateur, sans que le débat rebondisse. Polémique ouverte, polémique refermée.
Même chose sur la grève des pompiers. Elle est « mentionnée » par Hugo Clément, et quelques revendications finissent par affleurer : hausse du nombre de professionnels de 43 000 à 50 000 et de volontaires de 200 000 à 250 000. Mais comment y parvenir ? Quels arbitrages budgétaires impliqués ? Nouveau mystère. Aucun syndicaliste n'est présent en plateau pour étayer les revendications portées par les fédérations. Mais « voilà, c'était important de mentionner qu'une partie d'entre vous […] était en grève », conclut Salamé. « Mentionner » : un mot qui s'applique à toutes les controverses poliment traitées dans l'émission, tant il s'agit de cocher des cases.
Celle de l'activiste de service est cochée par la présence de Thomas Brail, fondateur du GNSEA, le Groupe national de surveillance des arbres. D'abord relégué au fond de la salle, il aborde (un peu) les mots qui fâchent : légiférer, propriétaires, coupes rases, monoculture, modèle économique. Mais sa première intervention est rapidement coupée par Léa Salamé, qui l'empêche de développer.
Puis viens la seconde, sur les monocultures (cette fois, il est au premier rang). Elle amorce (presque) une critique de l'émission elle-même, de ses déplacements sémantiques : « Si dans deux ans vous voulez qu'on fasse encore des émissions comme ça pour récupérer des dons […], il faut continuer à faire ce modèle de plantations. […] Et le traitement médiatique aujourd'hui, je trouve qu'il est… C'est dommage parce qu'on parle de forêt en permanence. Ce ne sont pas des forêts. » Il parle encore « modèle économique » et interpelle « l'État ». Hugo Clément nuance en invoquant le cas particulier du sol landais et Léa Salamé rappelle que c'est Napoléon III qui a initié ces monocultures de pins. Circulez…
Puis l'émission lance opportunément une archive de l'INA, sur les incendies historiques de 1949. Et là, miracle. Revenant sur les coupables de l'incendie, le journaliste de l'époque est sans appel. Les responsables « se nomment l'homme, l'argent, le pin ». L'argent. Il aura fallu une archive de 77 ans pour qu'apparaisse, aussi brièvement qu'un mirage, le principal absent de la soirée.
Jamais les procédures répressives en cours contre Thomas Brail (il sera même arrêté quelques jours plus tard) n'auront quant à elles été « mentionnées » – ni d'ailleurs les remontrances du rapporteur de l'ONU au sujet des politiques de maintien de l'ordre brutales à l'encontre des militants écologistes, comme par exemple sur le chantier de l'A69. Il aura été toléré comme personnage ; jamais comme protagoniste de la lutte.
C'est qu'il existe une solution moins coûteuse que la lutte pour « agir » : donner de l'argent. À peine cinq minutes après le début de l'émission, Hugo Clément propose aux téléspectateurs quelque chose de « très concret » : « Vous pouvez agir »… en donnant de l'argent à une grande association environnementale, France Nature Environnement (FNE). Léa Salamé rappelle qu'une émission précédente avait déjà permis de lever plus de 2 millions d'euros. « Vous pouvez changer les choses », assure-t-elle, allant jusqu'à demander aux enfants présents devant l'écran d'inciter leurs parents à donner. Un QR code apparaît à l'écran. On peut changer le monde et « sauver les forêts » sans sortir du dispositif télévisuel, avec un simple smartphone. Chic !
Puis le QR code et l'appel aux dons reviennent. Ils scandent l'émission toutes les quinze minutes en moyenne – au total, pas moins d'une dizaine de sollicitations sont effectuées par les animateurs en 2h30 d'émission. Léa Salamé va jusqu'à faire elle-même la manip en plateau et Hugo Clément rappelle, calcul à l'appui, que les dons sont défiscalisés.
Mais ce n'est pas fini. À la moitié de l'émission, les animateurs annoncent une coupure pub « solidaire » : « Nous avons été autorisés exceptionnellement à diffuser un écran publicitaire solidaire, avec des annonceurs qui s'engagent aux côtés de France Télévisions et toutes les recettes seront intégralement reversées aux sentinelles de la nature de FNE et à l'OFB. » En guise d'annonceurs, de grandes entreprises privées : Leroy Merlin, la Maif, Carrefour, Intermarché et même Dior (LVMH, Bernard Arnault). Toute la gamme du greenwashing propre à l'écologie du spectacle se déploie sous nos yeux pleins d'espoir [3].
Remarquons que les « entreprises » faisaient partie des acteurs que l'émission était censée interroger, au même titre que les institutions (qui n'auront pas été problématisées non plus) et les citoyens – selon ses propres termes. Or, elles finissent par apparaître uniquement sous la forme d'annonceurs vertueux alors qu'elles auraient dû être l'objet d'enquêtes.
Au terme de notre relevé, ni les noms du président de la République, ni celui du Premier ministre, ni celui de la ministre de la Transition écologique n'auront été prononcés. Ni, a fortiori, celui du mode de production responsable de la crise écologique : le capitalisme.
Si le changement climatique est « mentionné », sa texture politique et sociale reste ainsi hors-champ. On passe alors du climatoscepticisme au climato-présentisme : les forêts brûlent de temps à autre, mais grâce à quelques dons ponctuels, elles sont vite remises sur pied. Dans ce cadrage, la politique disparaît.
D'ailleurs, dans les toutes dernières minutes de l'émission, si la politique est (enfin) convoquée à la barre, c'est pour être immédiatement répudiée : « Est-ce que vous pensez que le changement climatique va faire partie des thèmes centraux de la présidentielle ? » demande Hugo Clément, comme si le salut des forêts passait par une simple mise à l'agenda, plutôt que par un affrontement politique. « C'est une question qui est évidemment, intrinsèquement politique. Parce qu'elle touche à l'organisation de la société. À l'organisation de l'économie. […] Le risque, je crois, c'est que les campagnes électorales ça sert aussi à cliver des positions, et moi je crains parfois que les questions d'écologie ne deviennent parfois des sortes de totems idéologiques que s'accapare un camp » répond doctement François Gemenne.
Et c'est peut-être cette intervention conclusive qui traduit le mieux le sens de cette émission – et plus généralement du traitement médiatique réservé au sujet : prétendre sauver l'environnement sans jamais parler d'écologie.
Clément Sénéchal
[1] Ce constat qualitatif que nous ne cessons de poser rejoint les observations quantitatives de l'Observatoire des médias sur l'écologie, dont le dernier rapport semestriel montre, chiffres à l'appui, que « les causes » du réchauffement climatique sont « très peu visibles dans la plupart des médias audiovisuels ».
[2] Les causes « involontaires dues aux activités de particuliers » représentent « environ 15% des départs », d'après Géorisques. Pourtant, dans les médias, elles prennent souvent le pas sur les causes « involontaires dues aux travaux » (35%) et les causes « accidentelles, notamment liées aux infrastructures de transport » (15%). Moins sur les causes « intentionnelles » (15%) en revanche.
[3] Là où les choses deviennent franchement ironiques, c'est que Leroy Merlin commercialise des marchandises à base de bois PEFC, un label décrié par l'ensemble des associations environnementales dont… la FNE. Carrefour et Intermarché ne sont pas en reste, puisqu'ils sont épinglés par des ONG pour leur contribution à la déforestation importée. Intermarché est même accusé de commercialiser des pellets présentés comme « issus de forêts locales gérés durablement » qui proviendrait en fait de coupes rases de feuillus français, selon l'association Canopée, étrangement absente du plateau. Quant à la Maif, Reclaim Finance relève que certaines unités de compte proposées dans son offre d'assurance-vie restent exposées à des entreprises développant de nouveaux projets pétro-gaziers, malgré les engagements climatiques affichés. Passons enfin sur le bilan carbone du multimilliardaire Bernard Arnault ; mais notons qu'il ne sera jamais question de l'ISF climatique dans les solutions listées par Léa Salamé.
01.10.2026 à 09:22
Verbatims contre l'amnésie médiatique et les falsifications historiques.
- Médias et extrême droite / FN/RN, Antisémitisme, Jordan Bardella
Verbatims contre l'amnésie médiatique et les falsifications historiques.
Lundi 28 septembre, Mediapart révèle des propos antisémites que Jordan Bardella aurait tenus ou écrits du temps de ses premières années de militant lepéniste. Les grands classiques de l'antisémitisme « obsessionnel » d'extrême droite s'y trouvent réunis : les juifs et les banques, les juifs et le « nouvel ordre mondial », etc. Les révélations font le tour de la presse en moins de temps qu'il ne faut pour dire « nazi » : dépêche AFP, « push » de l'application du Monde, sujets dans les journaux télévisés, éditos dans les premières pages de journaux…
Nous essaierons de revenir sur la touchante prudence avec laquelle nombre de médias ont repris ces informations, rappelant systématiquement les farouches démentis de Jordan Bardella, anticipant la défense de ce dernier (et la communication du parti) en s'interrogeant notamment sur la pertinence d'une éventuelle « excuse de minorité », jugeant opportun de diffuser in extenso la prise de parole du duo Le Pen-Bardella, polarisant le commentaire autour des méthodes d'enquête de Mediapart...
Signalons tout de même l'attitude exemplaire de Ruth Elkrief qui s'est refusée à tout commentaire sur son plateau de LCI au nom d'une saine « prudence » : « C'est très compliqué de commenter comme si c'était une vérité révélée, on attend, c'est normal, c'est notre prudence, notre conscience professionnelle. » (28/09) Une conscience professionnelle qui, quelques mois plus tôt, n'avait cependant pas empêché Mme Elkrief de diffuser et de commenter, avec d'autres, une fausse information (grossière) contre Rima Hassan. Un double standard exemplaire du « professionnalisme » à géométrie variable de l'éditocratie telle qu'elle pérore.
Comme l'ont souligné de nombreux journaux, c'est « le visage de la dédiabolisation [qui] devient celui de l'antisémitisme » (Le Soir, 29/09). « Ces révélations font voler en éclats quinze ans de "dédiabolisation", une stratégie dont l'eurodéputé était l'incarnation même », écrit aussi Mediapart. En effet… Toutes celles et tous ceux qui avaient entonné (et mis en application) le refrain de la « normalisation » du RN semblent tomber de leur chaise devant la matrice idéologique de son jeune président, faite d'un mélange bien nauséabond de complotisme et d'antisémitisme. Comme si la réussite de cette stratégie de « dédiabolisation » n'était pas d'abord (et avant tout), comme l'a déclaré l'un des journalistes à l'origine des révélations, Antton Rouget, « une défaite du journalisme ». Nous pourrions même dire, « un crash gigantesque » : des travaux universitaires aux enquêtes journalistiques, la presse avait sous les yeux tous les éléments permettant de ne pas tomber dans cette opération d'enfumage, mais une très large partie d'entre elle s'y est laissé prendre pendant 15 ans. Et de deux choses l'une : soit elle a choisi sciemment de les ignorer, soit elle n'a pas eu la curiosité de s'y intéresser. Quelle est l'hypothèse la plus problématique, surtout de la part de journalistes et de médias se présentant comme les sentinelles les plus résolues face à l'antisémitisme ?
Voilà 15 ans de commentaires blanchissant le RN – ou rejetant ses tares sur la gauche radicale – qui viennent se fracasser contre une enquête qui présente des faits. Et cependant, « il n'y aura pas d'examen de conscience de la presse », ajoute, probablement à juste titre, Antton Rouget [1]. Mais nous ne saurons nous y résigner, et convaincus de la perfectibilité humaine, nous voulons permettre à cette ribambelle d'éditorialistes de relire leurs énormités à froid. À défaut de les voir se repentir, au moins, nous ne les oublierons pas.
- Guillaume Erner (France Culture, 24/06/26) : « Quand, Marine Le Pen, avez-vous décidé de rompre avec l'antisémitisme de votre père ? »
- Alain Finkielkraut (« C à vous », France 5, 20/01/26) : « Il y a un parti antisémite en France, un seul, et passionnément antisémite comme l'a dit très justement Raphael Enthoven : c'est La France insoumise. »
- Jean Quatremer (Radio J, 05/07/26) : « J'emmerde LFI, le premier parti antisémite de France, ils sont plus dangereux que le RN ! »
- Bruno Jeudy (France 5, 01/09/26) : « [Pour Marine Le Pen], couper avec le père c'était aussi couper avec l'extrême droite qui était aux origines antisémite. »
- Arno Klarsfeld (Europe 1, 15/08/26) : « Grâce à Marine Le Pen, le RN protège les juifs ! »
- Jean-Dominique Merchet (sur X, 28/09/26) : « [...] On peut se réjouir de voir un grand mouvement politique abandonner enfin ces détestables lubies d'extrême droite. Ainsi de l'antisémitisme, comme l'a prouvé leur participation du RN [sic] à la manifestation du 12 novembre 2023. »
- Alain Finkielkraut (RTL, 21/02/26) : « C'est au Rassemblement national que l'antisémitisme peut être dit résiduel. »
- Ivan Rioufol (sur X, 29/09/26) : « "Les banques sont toutes détenues par des juifs" : l'extrême gauche, antisémite et antisioniste, accuse Jordan Bardella de sa propre turpitude. »
- Franz-Olivier Giesbert (Le Point, 12/11/25) : « Il faudra s'habituer : les milices de la sinistre SA des nazis sont revenues [...]. Aujourd'hui, leurs épigones, qui ont l'aval de la CGT, se disent propalestiniens (et de gauche). »
- Jean-Rémi Baudot (Franceinfo, 24/03/25) : « Dans ce contexte, on semble voir un virage à 180 degrés du RN sur cette question [de l'antisémitisme]. Michaël Darmon, vous qui avez longtemps suivi le Front national en tant que journaliste, vous pensez que ce virage, il est sincère ? »
- Michaël Darmon (Franceinfo, 24/03/25) : « De la part de Marine Le Pen, c'est indéniable. De la part d'autres personnes qui sont autour d'elles, ses principaux lieutenants, par rapport à ce qu'on a pu connaître et par rapport surtout aux conversations qu'on a pu avoir tout au long de ces années, c'est clair que ce changement, il est majeur. […] En ce qui concerne effectivement cette évolution, pour la question que vous posez, ça, ça me paraît clair. »
- Franz-Olivier Giesbert (Le Point, 14/05/25) : « Au secours ! Les antisémites sont revenus et ils ont la carte du camp du Bien ! »
- Lucas Jakubowicz (Décideurs Magazine, 27/03/25) : « Au-delà des paroles, une révolution copernicienne est à mentionner. Pour la première fois, le RN a participé à des manifestations contre l'antisémitisme […] Le 9 octobre 2023 marque peut-être le début d'une nouvelle ère. »
- Richard Malka (France Inter, 02/12/25) : « L'abcès d'antisémitisme est fixé chez LFI aujourd'hui. »
- Richard Malka (Le Parisien, 02/12/25) : « La haine des juifs a toujours été là, à l'extrême droite, mais pas assumée... Aujourd'hui, elle a migré vers la gauche radicale et est devenue cool et décomplexée. C'est un changement de monde. »
- Raphaël Enthoven (BFM-TV, 12/05/24) : « LFI est le premier parti antisémite de France. »
- Luc Ferry (Europe 1, 02/01/24) : « Marine Le Pen n'est ni raciste ni antisémite. »
- Luc Ferry (RTL, 03/01/24) : « Elle n'est ni raciste ni antisémite. »
- Michel Eltchaninoff (Philosophie Magazine, 04/07/24) : « Le parti fondé par Jean-Marie Le Pen a changé depuis que Marine Le Pen en a hérité. […] Arrivée à la tête du parti en 2011, Marine Le Pen a patiemment mis en place une stratégie de « dédiabolisation » destinée à supprimer ses freins à la progression électorale. Elle a ouvertement rompu avec l'antisémitisme (et avec son père), […] »
- Robert Ménard (BFM-TV, 17/06/24) : « Qui aujourd'hui est antisémite ? C'est LFI, pas le RN. »
- Guillaume Erner (France Culture, 17/06/24) : « La culture politique d'un Jordan Bardella est probablement éloignée de ce qui constituait le socle vichyste. »
- Fréderic Dabi (Le Figaro, 06/10/24) : « Il y a eu un passage de témoin maléfique entre LFI et le RN [sur l'antisémitisme]. »
- Michel Winock (Les Échos, 11/10/24) : « L'extrême droite, réceptacle de longue date des passions antijuives, se trouve remplacée par l'extrême gauche. »
- Jérôme Fourquet (France 5, 30/04/24) : « [...] stratégie de dédiabolisation, et la dernière étape c'est l'étape de la respectabilisation [...] qui s'est un peu construite en miroir de LFI. Et il y a un ingrédient tout à fait majeur [...] pour cette respectabilisation, c'est [...] l'antisémitisme. »
- Gauthier Le Bret (C8, 12/06/24) : « Le RN est dans une stratégie de normalisation, et la LFI est dans la stratégie du chaos. Qu'est-ce qui est le plus dangereux ? La normalisation ou le chaos ? Ben vous avez répondu à la question »
- Valérie Bénaïm (C8, 12/06/24) : « Il y a 20 ans, on se disait "Le FN au pouvoir on se casse tous". C'est marrant comme le paradigme s'est inversé »
- Charles Consigny (« C ce soir », France 5, 11/06/24) : « L'antisémitisme aujourd'hui, il est chez Rima Hassan, il est chez Jean-Luc Mélenchon, il est dans les manifs LFI. »
- Arno Karlsfeld (Le Parisien, 19/06/24) : « S'il fallait choisir entre le RN et LFI, je me rangerais du côté de mon père sans hésiter. » ; « Le RN a changé. On est aujourd'hui bien loin de ce parti des années 1990 dirigé par un Jean-Marie Le Pen. »
- Raphaël Enthoven (sur X, 01/05/24) : « La France insoumise est un mouvement antisémite, passionnément antisémite. C'est même le premier parti antisémite de France. Et le dire est un élément du débat. Désormais, c'est ainsi, c'est une opinion. »
- Arlette Chabot (Sud Radio, 13/11/23) : « Marine Le Pen était donc présente [à la marche contre l'antisémitisme]. Le Rassemblement National confirme son entrée dans l'arc républicain. »
- Luc Ferry (LCI, 10/04/23) : « Je pense pas du tout que Marine Le Pen soit raciste, je pense qu'elle est absolument pas antisémite. »
- Charles Sapin (Le Point, 11/10/23) : « S'il n'est pas nouveau, le soutien à la communauté juive et à l'État d'Israël n'a pas toujours été l'apanage du Front devenu Rassemblement national »
- Paul de Coustin (La Croix, 12/10/23) : « En défenseur des juifs, le RN poursuit sa normalisation »
- Arno Klarsfeld (Le Figaro, 09/11/2023) : « Pour moi, l'ADN de l'extrême droite, c'est l'antisémitisme. Donc, quand je vois un grand parti issu de l'extrême droite abandonner l'antisémitisme, le négationnisme, et marcher vers des valeurs républicaines, je m'en réjouis. Je prends acte de ces pas en avant du Rassemblement national »
- Caroline Fourest (France 5, 11/10/2023) : « Comme Marine Le Pen est impeccable, on n'a pas prise, nous, journalistes, pour parler de cette extrême droite antisémite. Alors que comme Mélenchon dérape et que Mathilde Panot bredouille, on a plus de facilité à parler de l'extrême gauche antisémite. »
- Marylou Magal (L'Express, 11/10/23) : « Le RN et l'antisémitisme : histoire d'une dédiabolisation rêvée »
- Phillipe Val (Europe 1, 28/01/22) : « Y a des courants politiques compatibles avec l'antisémitisme. [...] L'extrême droite antisémite militante est quand même assez résiduelle en France, mais à l'extrême gauche, c'est plus grave. À cause du prétendu engagement pro-palestinien [...] »
- Gilles-William Goldnadel (Le Figaro, 10/06/22) : « […] si l'on regarde le refus de la démocratie, l'utilisation de la violence dans la rue, le racialisme et l'antisémitisme, alors, d'une certaine manière, l'extrême gauche aujourd'hui ressemble bien davantage au fascisme […] que l'extrême droite. »
- Anne Rosencher (Europe 1, 28/01/22) : « Même s'il doit rester de l'antisémitisme résiduel, culturel, à l'extrême droite, globalement [...] ces gens-là sont des vaincus de l'histoire. En revanche il réapparait [...] un antisémitisme qui vient de l'islamisme. »
- Gilles-William Goldnadel (Le Figaro, 14/11/22) : « L'antisémitisme n'est plus à l'extrême droite, il est passé à l'extrême gauche. »
- Dominique Reynié (France 5, 11/04/22) : « Il y a peut-être un agenda caché, mais quand on regarde ses textes, ses discours, moi je n'ai... j'ai une fois, mais alors il y a dix ans, trouvé un propos qui était limite sur ces sujets-là, mais sinon il y a beaucoup moins d'écarts de langage, y compris sur des sujets comme l'antisémitisme, que Jean-Luc Mélenchon hein. Et donc quand on fait la liste des écarts de langage sur les valeurs, elle a tenu son discours à peu près correctement. C'est une droite nationale souverainiste mais je trouve qu'il faudrait quand même documenter davantage cette idée qu'elle est au fond en dehors du champ républicain. »
- Eugénie Bastié (LCI, 08/04/19) : « Le nouvel antisémitisme, celui qui tue [...] ce n'est pas celui d'extrême droite, c'est celui...euh... l'islamogauchisme, un antisémitisme ancré dans une culture musulmane. »
- Guillaume Tabard (Le Figaro, 15/02/19) : « Il y a certes le passé de certains fondateurs du FN […]. Mais depuis qu'elle a pris la tête du parti, Marine Le Pen a clairement rompu avec ces références ambiguës ou choquantes et toujours fermement condamné tous les actes d'antisémitisme. »
- Cécile Cornudet (Les Échos, 19/02/19) : « La lecture d'un antisémitisme venu du fondamentalisme islamiste, qui semble s'imposer dans l'agression d'Alain Finkielkraut, jette le trouble dans La France insoumise. Longtemps sujet empoisonné du Rassemblement national, l'antisémitisme l'est désormais pour La France insoumise. »
- Alain Finkielkraut (Le Figaro, 03/04/18) : « La parenthèse raciste de l'antisémitisme se referme. Les antisémites du XXIe siècle se veulent antiracistes. Du fait de l'occupation par Israël de la Cisjordanie, ce n'est plus l'étoile jaune qu'ils clouent imaginairement sur l'objet de leur détestation, c'est la croix gammée. »
- Dépêche AFP (09/11/18) : « L'antisémitisme du parti d'extrême droite s'est estompé sous la présidence de Marine Le Pen […] »
- Gilles-William Goldnadel (Le Figaro, 24/02/15) : « […] la violence anti-juive est le produit de l'islamo-gauchisme. La détestation d'Israël […] est son moteur moderne. L'antisémitisme issu de l'extrême droite, pour exister encore, est subalterne.
- Jean-Yves Camus (Le Monde, 07/05/15) : « [Marine Le Pen] veut désormais faire sauter le verrou qui a barré au FN la route de la normalisation : celui de l'antisémitisme, de la fixation sur l'histoire de la seconde guerre mondiale, de la négation ou de la minoration du génocide des juifs. Simple tactique, objectera-t-on ! Je ne le crois pas. Marine Le Pen ne partage pas les idées de son père sur ces questions […]
- Valérie Igounet (Le Figaro, 11/06/14) : « La différence, entre 1987 et 2014, c'est que le patrimoine idéologique du FN a changé et que Marine Le Pen et son équipe bannissent désormais l'antisémitisme. »
- Willy Le Devin et Dominique Albertini (Libération, 23/07/14) : « Reste, enfin, la vieille école des antisémites d'extrême droite. Si le thème a pu servir d'élément fédérateur au sein du Front national - en témoignent certains "dérapages" de Jean-Marie Le Pen –, il y est largement démonétisé aujourd'hui. »
- Ivan Rioufol (Le Figaro, 15/06/12 : « […] [L']extrême gauche vomit la démocratie libérale et flirte avec le nouvel antisémitisme, tandis que l'UMP est sommée de garder ses distances avec un FN qui s'est amendé de ses outrances. »
- Guillaume Perrault (Le Figaro, 30/04/11) : « Pour son premier défilé du 1er Mai, Marine Le Pen cherche à faire le ménage parmi les manifestants, au risque de heurter la vieille garde du parti. […] La réaction de Marine Le Pen marque son souci de rejeter tout soupçon de complaisance envers le racisme et l'antisémitisme. »
La compilation que nous proposons ici, constituée de verbatims patiemment consignés par Acrimed, n'est évidemment pas exhaustive et est appelée à s'enrichir et s'actualiser au fil du temps. Pour lutter contre l'amnésie médiatique et contre les falsifications historiques, nous appelons nos lecteurs et nos lectrices à participer à cette œuvre collective : envoyez-nous vos observations et vos verbatims (précis, datés et sourcés) !
[1] Lors de la réunion publique du Fonds pour une presse libre, mardi 29 septembre.