05.11.2026 à 18:33
Entre le 17 et le 26 octobre 2026, « C dans l'air » (France 5) a consacré six de ses 8 émissions [1] au mouvement social. Le sujet a été traité de manière continue, presque quotidienne. Mais au fil des jours, les manifestants et leurs revendications ont cédé la place aux « pillages », aux « casseurs », aux couvre-feux, au maintien de l'ordre et à la capacité de l'État à « tenir ». Analyse, chiffres à l'appui.
L'évolution du cadrage est visible dans le choix des titres. Le 17 octobre, l'émission s'intitule « Lycéens, Gilets jaunes, casseurs… le début d'un embrasement ? » C'est la seule fois où les « lycéens » sont mentionnés dans un des 6 titres du corpus étudié. Le mouvement social ne disparaît pas (« manifestants » le 22/10, « mobilisation » le 24/10 et « colère » le 26/10), mais il est relégué au second plan. Les lycéens cessent d'être des acteurs politiques et laissent la place à un récit centré sur le désordre voire le « chaos ».
Sur les 6 émissions, 5 heures 30 minutes et 24 secondes sont consacrées au mouvement social, hors lancements et sujets annexes [2]. Les revendications lycéennes y occupent 15 minutes et 22 secondes, soit 4,7% du temps. Les « violences », « pillages » et « casseurs » totalisent 53 minutes et 56 secondes, le « maintien de l'ordre » 52 minutes et 41 secondes, la justice 21 minutes et 53 secondes. Réunis, ces trois thèmes occupent 2 heures 8 minutes et 30 secondes, soit 38,9% de la séquence. Pour une minute consacrée à ce que les lycéens demandent, l'émission en consacre plus de 8 aux violences et au rétablissement de l'ordre (policier et judiciaire).
Le jeu politique et électoral pèse lui aussi lourd : 52 minutes et 31 secondes, soit 15,9% de la séquence. La mobilisation est alors moins déchiffrée comme une contestation sociale… que comme un épisode de la campagne présidentielle : on parle de la rue que LFI et le RN seraient censés se disputer. On peut y ajouter les focus sur les « réponses » politiques de l'exécutif (49 minutes et 42 secondes, soit 15%), et le tableau est presque complet.
Le champ lexical témoigne de ce déséquilibre. Par exemple, « casseurs » revient 96 fois, « pillage, pilleur, piller » 84 fois, « ultra-gauche » 40 fois, « émeute, émeutier » 39 fois et « couvre-feu » 26 fois. En face, « revendication, revendiquer » 36 fois, « Parcoursup » 16 fois et « profs, professeurs, enseignants » 11 fois.
Le 19 octobre, l'écart est particulièrement saisissant : le champ lexical du « pillage » revient 41 fois, celui des « revendications »… 2 fois. Ce jour-là, l'émission consacre 17 minutes et 43 secondes aux violences et pillages, contre 1 minute et 23 secondes aux revendications. Les lycéens ne sont plus le sujet et les vitrines, les commerçants et la question sécuritaire sont au premier plan. La jeunesse est décrite comme « incontrôlable », « manipulée » voire « dangereuse ». Le 20 octobre, le journaliste Frédéric Ploquin, « spécialiste du grand banditisme », affirme que les « casseurs » n'ont « pas 20 ans » et qu'il en a vu qui « ont plutôt 15, 16, 17 ». Il évoque ensuite des militants d'« ultra-gauche » qui seraient en train de les « engrainer » ou de les « entraîner » : une « alliance objective et non écrite sur le papier entre les fils de bourges et les enfants des favelas ».
Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l'Ifop, propose une lecture encore plus généraliste – c'est un spécialiste en la matière. Il évoque une « culture émeutière qui se diffuse », après avoir fait le parallèle entre la séquence de la victoire du PSG, la mort de Nahel et Halloween. Il décrit ensuite « un gigantesque défouloir pulsionnel », « le frisson de l'émeute », une « espèce de trip viriliste », un « open bar » puis une « jouissance collective ». Enfin, il parle d'« un homme seul face à la meute » et du « petit citoyen qui fait face à la meute hostile ». Réinvité le 22 octobre, il prolonge cette lecture en évoquant « l'installation progressive de l'émeute en France », puis, à propos d'Halloween : « Une tradition de l'émeute s'installe. ». La mobilisation n'est plus une contestation sociale. Elle devient une menace diffuse qui doit être contenue. Les lycéens ne sont plus des élèves qui exigent de meilleures conditions. Ils disparaissent derrière le récit d'une jeunesse émeutière.
Le 17 octobre fait figure d'exception. Les violences policières y occupent 11 minutes et 14 secondes, soit plus d'1/5 de la séquence. Un reportage évoque une lycéenne de 14 ans soumise à une clé d'étranglement, un jeune à la mâchoire brisée, un autre ayant perdu l'usage d'un œil après un tir « probable » de LBD, et un manifestant dont la main a été arrachée par une grenade à Saint-Étienne. Caroline Michel-Aguirre (Nouvel Obs) raconte avoir vu, place de la République à Paris, des gaz lacrymogènes utilisés avant même le départ de la manifestation. Elle ajoute : « À minima, dans une démocratie, on n'est pas censé taper sur ses citoyens. […] Un État n'est pas censé mutiler ses manifestants. »
Mais ces interventions sont isolées. L'expression « violences policières » n'est prononcée en fait qu'une seule fois en 6 émissions… par le sondologue Frédéric Dabi, le 17 octobre aussi. L'expression est alors utilisée pour décrire une stratégie de Jean-Luc Mélenchon, « qui joue très fortement pour mobiliser la jeunesse sur les violences policières ». Le 22 octobre, Christophe Barbier évoque également la « bataille médiatique » menée par les manifestants : « Vous mettez les vidéos de ce qui est supposé être des brutalités policières. » Il parle ensuite de « tous ces gens qui filment avec vaguement marqué presse ou street presse ». Les violences policières ne sont pas entièrement absentes du discours. Mais ce sont les images et ceux qui les produisent qui sont mis en discussion ! Dans le même registre, la mort d'un manifestant à Paris n'est évoquée qu'une seule fois, le 20 octobre, pendant une dizaine de secondes. Aurélie Casse indique : « Il y a deux morts à Paris. Il y a des enquêtes qui sont en cours. » Et Frédéric Ploquin enchaîne : « Dans 80% des pays du monde, il y aurait eu 50 morts. » Circulez !
Sur les 5 émissions post 17 octobre, les violences policières occupent 1 minute et 54 secondes. Le terme « LBD » revient 5 fois le 17 octobre, puis une seule fois ensuite. « Grenade » revient 14 fois le 17 octobre, puis une seule fois. Les expressions « mutilé », « éborgné » et « main arrachée » sont employées à neuf reprises le 17 octobre, puis disparaissent complètement.
Quant à la justice, elle est presque uniquement abordée du point de vue répressif. Le 20 octobre, 13 minutes et 21 secondes sont consacrées aux comparutions immédiates, aux peines et à la loi « casseurs-payeurs ». Le chiffre de 8 000 interpellations ou gardes à vue depuis le début du mouvement est cité à 3 reprises. Seule Évelyne Sire-Marin, magistrate honoraire, le 24 octobre, en propose une lecture politique : « Pour interpeller les manifestants, les mettre un peu au frais pendant 24 heures, et puis les empêcher de manifester. » Puis elle ajoute que l'« on a considéré avant le 17 octobre que les manifestants lycéens, il fallait les traiter comme finalement des casseurs, comme des émeutiers ».
Signalons aussi que l'émission du 22 octobre déplace une partie du débat vers les interdictions de manifester. Les libertés publiques y occupent 12 minutes 44 secondes, soit 21,2% de la séquence. Mais la question est surtout celle de la légalité et de l'efficacité des restrictions. Christophe Barbier explique qu'interdire ou limiter les manifestations, « c'est pour rendre service aux manifestants et aux organisateurs ». Puis il propose de « renvoyer la manifestation aux professionnels de la manifestation […]. C'est un métier ». Jérôme Fourquet décrit de son côté une stratégie de dissuasion des manifestants pacifiques, laissant « plus de latitude aux forces de l'ordre ». Les plateaux ne sont pas toujours unanimes. L'omniprésent Alain Bauer qualifie par exemple l'interdiction de « réponse autoritaire qui ne répond à rien » et ajoute : « La casse, c'est l'arbre qui cache la forêt sociale. »
Les revendications ne disparaissent pas complètement. Mais elles sont souvent évacuées et considérées comme irréalistes. Le 26 octobre par exemple, à Caroline Roux qui explique que les jeunes « réclament 10 milliards », Christophe Barbier répond : « Oui, ils ne les auront pas. D'abord, ils n'ont pas réussi vraiment à faire la liste des courses qui correspondaient à ces 10 milliards. »
Le 17 octobre, Caroline Michel-Aguirre avait résumé autrement l'enjeu : « C'est pouvoir aller à l'école dignement. Et Parcoursup, c'est le symbole, c'est le totem. » Cette formulation fait l'exception. Le plus souvent, les conditions scolaires, le bâti, l'encadrement, les bourses ou l'accès à l'université sont évoqués fugitivement, avant que le débat ne revienne aux violences, à la sécurité et à l'élection présidentielle.
Le pluralisme du plateau est limité. Sur les 6 émissions, 28 chaises attribuées à 23 intervenants – Christophe Barbier revient 3 fois, Caroline Michel-Aguirre, Audrey Goutard et Jérôme Fourquet 2 fois. 20 participations reviennent à des journalistes, 5 à des sondeurs ou politologues, 2 à des spécialistes de la sécurité et 1 à une magistrate. Aucun lycéen, étudiant, enseignant, parent d'élève, syndicaliste, chercheur en sciences de l'éducation ou avocat de manifestants n'est invité sur le plateau. Aucune organisation lycéenne n'est reçue, pas même le 26 octobre, alors que l'émission évoque la réception de représentants lycéens à Matignon.
Les invités appartiennent presque tous au même univers, certains d'entre eux suivant spécifiquement les questions de police, de justice ou de sécurité. Le plus long temps de parole revient à Alain Bauer le 22 octobre avec 14 minutes et 37 secondes, suivi par Jérôme Fourquet, le 20 octobre, avec 13 minutes et 14 secondes. Pour rappel et à titre de comparaison, l'ensemble des plages consacrées aux revendications sur les 6 émissions représente 15 minutes et 22 secondes.
La parole lycéenne dure environ 35 secondes sur 6 heures et 16 minutes, soit 0,16% de l'antenne. Elle émane uniquement d'extraits de reportages. Aucune parole lycéenne n'est diffusée les 19, 20 et 22 octobre. Les questions de téléspectateurs suivent le même schéma. Sur 48 questions lues à l'antenne, 24 portent sur l'ordre, la sécurité, les « casseurs » ou la répression, 10 sur la politique ou l'exécutif, 5 sur la jeunesse, les revendications ou la réponse sociale, 2 sur le maintien de l'ordre, 2 sur la légalité et les critères des interdictions, 5 sur d'autres sujets. Une seule question explicite porte sur les revendications des lycéens et elle est posée le 20 octobre, à la toute fin de l'émission : « Pourquoi le gouvernement n'apporte-t-il aucune réponse concrète aux revendications lycéennes ? » Le 22 octobre, une autre question concerne les lycéens, mais sous l'angle de la stratégie gouvernementale : « Le Premier ministre essaye-t-il d'apaiser la situation avec les syndicats lycéens ? »
« C dans l'air » n'a pas ignoré la mobilisation lycéenne. Elle l'a abordée, le 17 octobre, par le biais des violences policières, des blessures et des critiques de la doctrine du maintien de l'ordre. Mais, sur la période étudiée, cela n'a concerné que l'émission du 17 octobre. Dès le 19 octobre, les lycéens disparaissent progressivement du récit tandis que les mots « pillages », « casseurs », « couvre-feux », « réponse sécuritaire » et « jeu présidentiel » remplacent les revendications. Le 22 octobre prolonge ce déplacement. Avant même la nouvelle journée de mobilisation, on discute des interdictions, de la dissuasion et de la latitude laissée aux forces de l'ordre. Les contrepoints existent : Caroline Michel-Aguirre, Évelyne Sire-Marin, mais aussi Alain Bauer rappellent, à différents moments, les causes sociales du mouvement et les limites de la réponse sécuritaire. Ils ne suffisent pas à inverser la hiérarchie du traitement.
Amina Kalache
04.11.2026 à 11:00
Automne 2026
- Médiacritiques
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03.11.2026 à 08:00
Nous publions un extrait du rapport Le Système Bolloré. De la prédation financière à la croisade politique, produit par Attac et l'Observatoire des multinationales en 2025 mais actualisé il y a quelques jours.
Le groupe Bolloré se résume désormais, mis à part quelques activités industrielles relativement modestes, au secteur des médias et de la culture. Une partie de ces actifs est mise directement au service des idées et parfois des partis politiques d'extrême droite, enjambant la frontière entre le politique et l'économique. Le reste de cet empire médiatique et culturel – pour l'instant du moins – continue à se présenter comme une entreprise « normale », tout en servant d'alibi et de source de financement aux premiers.
Empire construit selon une logique financière au fil des opportunités boursières, le groupe Bolloré n'a cessé de se décomposer et de se restructurer au fil du temps. Il ne reste presque plus rien de la papeterie familiale dont Vincent et son frère ont pris les rênes en 1981.
Sous la direction de Vincent Bolloré, le groupe s'est successivement lancé dans et/ou a abandonné les activités papetières, la culture du tabac, la production et la vente de cigarettes, le transport maritime, la gestion de ports, les activités logistiques, la gestion de lignes de train, la banque, les télécommunications, les tubes à usage industriel, le cinéma… Aujourd'hui, le groupe s'est recentré quasi exclusivement sur les activités de communication, à savoir Vivendi et ses anciennes filiales : Universal Music, Canal+, Havas et Hachette.
Fin 2023, après cession des dernières activités logistiques, la branche communication représentait 95 % des effectifs et 77 % du chiffre d'affaires contributif et même… 111% du bénéfice [1] (les activités industrielles du groupe étant déficitaires en 2023, comme d'ailleurs toutes les années précédentes). Les activités « communication » étaient aussi les plus profitables, rapportant à Bolloré SE plus d'un milliard d'euros en 2022 et 2023, contre 141 [2] et 44 millions pour les activités pétrolières et -125 et -114 millions pour les activités industrielles (batteries et films plastique).
C'est un vrai recentrage du groupe puisqu'en 2021, avant cession des activités portuaires et logistiques à Mediterranean Shipping Company (MSC) et CMA-CGM, les activités communication ne pesaient que 49 % des effectifs (contre 47 % pour le transport et la logistique), 48 % du chiffre d'affaires (37 % pour la logistique) et 56 % du résultat opérationnel (53 % pour la logistique, les activités industrielles étant toujours déficitaires).
Depuis 2024, après la scission de Vivendi en quatre entités distinctes (voir infra), les documents financiers de Bolloré SE ne donnent plus la répartition du chiffre d'affaires ou des effectifs, la plupart des activités de communication n'étant plus consolidées. Ils montrent encore cependant à quel point la performance financière du groupe reste dépendante de Canal+, Universal, Havas et Hachette, qui contribuent pour 476 millions d'euros au résultat opérationnel ajusté de Bolloré SE, alors que les autres branches engendrent une perte de 190 millions (dont -90 millions pour les activités industrielles) [3].
L'offre annoncée en 2025 par le fonds Pershing Square pour racheter Universal Music contre 7,5 milliards de dollars est notamment venue rappeler le poids de cette entreprise dans le résultat du groupe Bolloré. Avec ses 18% de détention directe (auxquelles s'ajoutent 10% détenus via Vivendi), Bolloré SE en tire environ 250 millions d'euros de dividendes chaque année. La valeur de sa participation dans le groupe, 7,5 milliards d'euros, est presque huit fois supérieure à la valeur de ses parts dans Canal+. Elle représente à elle seule les deux tiers de la valorisation du groupe Bolloré dans son entier [4]. Les Bolloré ont jugé l'offre de reprise « pas intéressante ».
C'est à partir des années 2000 que le milliardaire investit le secteur des médias et de la communication qui constitue aujourd'hui l'essentiel de son empire financier. Son offensive manquée sur le groupe Bouygues quelques années auparavant pourrait déjà avoir été motivée par le désir de mettre la main sur la chaîne de télévision TF1. Le groupe Bolloré prend le contrôle d'Havas en 2005, crée la même année la chaîne Direct 8 (devenue C8) sur la TNT, et se lance en 2006 dans la presse papier gratuite avec les titres Direct Soir et Direct Matin. La revente en 2012 de Direct 8 et de sa chaîne sœur Direct Star lui permettent de mettre un premier pied au capital de Canal+ et de Vivendi. Vincent Bolloré en prend définitivement le contrôle en 2014. Avec le rachat des parts de Bolloré dans Havas en 2017, Vivendi devient pendant quelques années le pôle où se concentrent tous les actifs de Bolloré dans la communication, les médias, l'édition, les jeux vidéo et l'industrie culturelle – jusqu'à sa scission en quatre parties distinctes (mais toujours étroitement contrôlées par Bolloré) en décembre 2024 (voir infra).
Entre 2014 et aujourd'hui, l'ensemble Vivendi n'a cessé de se recomposer et de se décomposer au gré des opportunités politiques et financières sans qu'il soit possible de distinguer une stratégie industrielle et commerciale cohérente. Vivendi a ainsi revendu ses participations dans les télécommunications (SFR) ou les jeux vidéo (Activision Blizzard, Ubisoft) pour y revenir plus tard ou en acquérir d'autres (Telecom Italia, Gameloft). Le groupe entre au capital de la Fnac puis en ressort. Il s'étend dans le secteur de l'édition avec le rachat d'Editis (Nathan, Robert Laffont, Julliard, La Découverte, Plon, etc.), qu'il est contraint de revendre quelques années plus tard pour mettre la main sur son principal concurrent, Hachette-Lagardère (Fayard, Larousse, Grasset, Calmann-Lévy, etc.). La direction Concurrence de la Commission européenne a en effet refusé la perspective d'une fusion pure et simple entre le numéro un et le numéro deux du secteur [5]. En 2021, Vivendi revend une partie de ses actions dans Universal Music, essentiellement pour lever des fonds.
La constitution par Bolloré et son groupe d'un vaste empire médiatique à travers le rachat et/ou la reprise en main brutale d'un certain nombre de titres historiques a largement défrayé la chronique [6]. La prise de contrôle de Canal+ s'accompagne de la disparition de nombreuses émissions emblématiques et irrévérencieuses comme « Les Guignols de l'info », et la censure d'un documentaire d'enquête sur le Crédit mutuel [7]. La grève d'i-Télé en 2016 est la plus longue de l'histoire de l'audiovisuel français depuis 1968 (31 jours) et se solde par le départ des trois quarts de la rédaction. I-Télé est rebaptisée CNews en 2017, et devient le porte-voix des idées d'extrême droite dans le paysage médiatique. En 2021, Bolloré met la main sur Prisma Media, le leader de la presse magazine (Femme actuelle, Voici, GEO, Gala, Capital, Télé Loisirs, etc.). En prenant le contrôle du groupe Lagardère, il ajoute à son tableau de chasse le Journal du Dimanche et Europe 1, et encore Paris Match (revendu depuis à LVMH). Le JDD et la station de radio subissent la même réorientation idéologique brutale que i-Télé auparavant, avec le départ de la majorité des journalistes. Reporters sans frontières estime qu'au moins 500 journalistes au total qui ont quitté leurs médias suite à la prise de contrôle par Bolloré ont signé des « clauses de silence » [8] qui leur interdisent de s'exprimer sur leur ancien employeur.
La prise de contrôle des médias va de pair avec des plans d'économie et d'austérité qui permettent à Vincent Bolloré et ses lieutenants de ramener les contestations à des motivations économiques plutôt qu'à une défense de l'éthique du journalisme et à un refus d'une ligne d'extrême droite. Cessions d'activités, plan de rationalisation, regroupement de sièges sociaux sont autant d'occasions de couper dans les effectifs et de maintenir ceux qui restent sous la menace. L'ensemble du groupe Canal+ a été soumis à une cure de « cost-killing » qui affecte aussi bien ses salarié·es que ses fournisseurs et se poursuit jusqu'à aujourd'hui [9].
En janvier 2025, ce sont les titres de Prisma Media qui ont été contraints d'accepter un plan visant à supprimer une centaine de postes et à réaliser 10 millions d'euros d'économies [10]. Ce régime d'austérité était le prélude à une reprise en main idéologique progressive à laquelle ils avaient jusque-là échappé. Durant l'été 2025, plusieurs porte-flingues habituels de Vincent Bolloré, à commencer par Serge Nedjar, le patron de CNews, sont installés à la tête des rédactions. Certains titres Prisma intéressent en effet tout particulièrement Bolloré pour ses projets politiques, notamment le magazine économique Capital, qui pourrait être transformé en hebdomadaire dédié à la défense affirmée des « entrepreneurs ». Ses équipes ont d'ailleurs rejoint début 2026 les locaux de Lagardère News, aux côtés de celles du JDD, d'Europe 1 et de CNews, avec lesquelles les collaborations sont appelées à se multiplier [11]. En novembre 2025, une « une » sur la prétendue « gabegie » de l'audiovisuel public – cheval de bataille du milliardaire réactionnaire – a été confiée à une journaliste du JDD, personne dans la rédaction de Capital n'ayant souhaité répondre à la commande des dirigeants. Rédaction qui s'est déjà largement vidée au moment de la prise de contrôle par Bolloré [12]. D'autres titres Prisma, comme Femme Actuelle, ont commencé à ouvrir leurs colonnes à des journalistes de la Bollosphère ou à des figures prisées du milliardaire, comme le cardinal Bustillo [13]. A minima, ces titres sont mis à contribution pour aider à promouvoir le JDD et JDNews à travers des offres conjointes.
Dans le même temps, Bolloré a continué à élargir la gamme de ses magazines en mettant la main fin 2025 sur France Dimanche et Ici Paris, deux titres rachetés au groupe CMI France du milliardaire Daniel Kretinsky. Le bruit a aussi couru en 2025 d'un rachat par Vincent Bolloré du Parisien, aujourd'hui détenu par son ami et complice Bernard Arnault. Le patron de LVMH y a finalement renoncé, entre autres du fait de la fronde des salariés du quotidien et de la mauvaise image qu'une telle faveur faite au milliardaire d'extrême droite aurait pu occasionner [14]. Fin août 2026, Vincent Bolloré rachetait la revue Front Populaire du philosophe réactionnaire Michel Onfray. Quelques jours plus tard, Erik Tegnér, fondateur de Frontières, annonçait une entrée du groupe Bolloré à hauteur de 25 % du capital du média d'extrême droite, et se réjouissait « d'intégrer un écosystème médiatique [...] puissant » – il assurait déjà une émission, « 100% frontières », sur CNews. La rédaction de Frontières va également s'installer dans la « tour Lagardère » à Paris.
Avec l'affaire Grasset, au printemps 2026, les ambitions politiques de Vincent
Bolloré se sont à nouveau imposées avec brutalité dans le monde de l'édition.
Auparavant, depuis la prise de contrôle du groupe Hachette, une seule des maisons du groupe, Fayard, avait été intégrée à la machine de guerre du milliardaire réactionnaire, en publiant des personnalités comme Jordan Bardella, Xenia Fedorova ou Philippe de Villiers, ou des « chouchous » de l'homme d'affaires comme les cardinaux Sarah et Bustillo.
Le 14 avril, on a appris que le patron historique de la maison Grasset, Olivier Nora, était congédié par Vincent Bolloré et remplacé par un de ses proches lieutenants, Jean-
Christophe Thiery, suite à un différend autour du livre à paraître de Boualem Sansal. Le lendemain, 115 auteurs publiés par Grasset, aux profils et positionnements très divers, de Virginie Despentes à Bernard-Henri Lévy, signent une tribune affirmant leur solidarité avec Olivier Nora et leur souhait de ne plus être publiés chez Bolloré [15]. Le nombre des signataires augmentera encore après la publication de la lettre ouverte, et ils seront rejoints par des écrivains internationaux dont les traductions paraissent chez Grasset. 140 auteurs de Stock, une autre maison Hachette, dont les prix Nobel de littérature Annie Ernaux et Jean-Marie Le Clézio, affirment à leur tour leur solidarité [16].
En réponse au scandale, Vincent Bolloré prend lui-même la plume dans le Journal du dimanche pour dénoncer la rémunération d'Olivier Nora et affirmer que le départ de ces dizaines d'auteurs permettra à d'autres d'être publiés à leur place – une logique qui rappelle de manière frappante celle appliquée aux médias dont les rédactions ont été quasi entièrement remplacées après la prise de contrôle par le milliardaire. Au point que l'affaire a conduit à envisager la création d'une « clause de conscience » pour les auteurs vis-à-vis de leurs maisons d'édition, comme cela existe pour les journalistes.
Longtemps resté silencieux sur les controverses autour de Vincent Bolloré et de sa croisade réactionnaire, le secteur du cinéma français a également connu un réveil brutal au printemps 2026. Alors que celui-ci est déjà très dépendant financièrement de Canal+, l'annonce de la prise de contrôle progressive de UGC – avec ses nombreuses salles mais aussi ses activités de production et de distribution – par Bolloré a suscité l'inquiétude. Face au soutien de plus en plus assumé du milliardaire et de son groupe aux droites extrêmes et suite à l'affaire Grasset, 600 personnalités du milieu dont Juliette Binoche, Adèle Haenel, Swann Arlaud et Arthur Harari ont co-signé une tribune à l'occasion du festival de Cannes dénonçant « l'emprise croissante de l'extrême droite » dans le milieu du cinéma.
La réaction ne s'est pas faite attendre. Le patron de Canal+, Maxime Saada, a déclaré que son groupe ne souhaitait plus financer de films auxquels participeraient les signataires de la tribune, accusés d'ingratitude. La menace d'une telle liste noire a semé la panique dans le milieu. Canal+ et ses alliés se sont posés en défenseurs de la « diversité ». Au même moment, on apprenait que Canal+ mettait fin à son partenariat avec le festival de courts-métrages de Clermont-Ferrand. Bien qu'aucune raison officielle n'ait été donnée, plusieurs médias ont fait le lien avec le fait que le logo de Canal+ ait été sifflé durant des projections [17].
Lors de l'assemblée générale 2026 du groupe Bolloré, son PDG Cyrille Bolloré a appelé à « l'apaisement » et a semblé rejeter la perspective d'une liste noire. Fin juillet, cependant, à l'occasion de la signature d'un nouvel accord de financement du cinéma français à hauteur de 980 millions d'euros sur cinq ans, Maxime Saada a réitéré son intention de ne plus financer de films de « gens [qui] portent préjudice à l'image de Canal » [18].
Si ce sont surtout les participations de Bolloré dans les médias et dans une moindre mesure dans l'édition et le cinéma qui retiennent l'attention, l'empire qu'il s'est bâti va bien au-delà. Il contrôle également de manière plus ou moins étroite des studios, des boîtes de production audiovisuelle, des salles de spectacle, des plateformes de diffusion en ligne, des enseignes commerciales, des éditeurs de jeux vidéo. C'est un véritable empire culturel constitué par concentration horizontale (en rachetant des concurrents) et verticale (en contrôlant tous les maillons de la chaîne de production et de diffusion), qui favorise les synergies et les coopérations entre les différentes composantes – ainsi les chaînes Bolloré pourront faire la promotion des livres Bolloré avec le soutien des agences de comm' Bolloré, leurs auteurs pourront avoir accès aux salles Bolloré et leurs ouvrages pourront être mis en avant dans les points de vente Bolloré. Les pouvoirs publics français ont largement laissé faire par naïveté ou parce qu'ils se sont laissés convaincre de la nécessité de créer un « champion national » pour résister aux américains Apple ou Netflix.
C'est une véritable « machine de guerre » culturelle qui a ainsi été créée et qui est aujourd'hui, pour partie, mise au service de l'extrême droite. Les boutiques Relay (groupe
Hachette) ont par exemple abondamment mis en avant le livre de Jordan Bardella, publié chez Fayard (groupe Hachette), amplement relayé par les médias comme CNews ou le Journal du Dimanche. Une enquête coordonnée par l'Observatoire des multinationales dans une trentaine de magasins Relay dans les gares françaises a montré qu'il y avait effectivement une surreprésentation des essais Fayard, dont seule une partie pouvait s'expliquer par le succès commercial ou le renom de leurs auteurs. Même constat côté magazines, pour JDNews, qui bénéficie d'une visibilité disproportionnée par rapport à son audience réelle [19]. Cette instrumentalisation est en partie masquée, les Relay prenant soin d'afficher tout de même aussi d'autres essais pour éviter les critiques, mais cette enquête de terrain a fait remonter des anomalies claires et systématiques. On rappellera que Relay bénéficie d'un monopole dans les gares françaises grâce à une concession passée avec la SNCF, une entreprise publique – concession dont une pétition citoyenne réclame la fin [20]. Durant l'été 2026, Relay a annoncé une « charte de pluralité et de non-discrimination » censée mettre fin à certaines pratiques de mises en avant anormales [21].
Le pouvoir d'influence de Bolloré dépasse largement le cercle de ses propres médias et de ses propres maisons d'édition. Grâce à sa puissance de chambre d'écho, il est en mesure d'imposer des débats et des idées dans le débat public, qui seront reprises d'abord par des politiques d'extrême droite, puis par des politiques de centre-droit et même au-delà. Il force par là d'autres médias à emboîter le pas. D'autres titres qui ne sont pas la propriété de Bolloré, comme Le Figaro (détenu par la famille Dassault), eux-mêmes engagés dans un processus de « droitisation » reprennent les mêmes thèmes, recrutent d'anciens collaborateurs des médias Bolloré et donnent la parole aux mêmes personnes. Il n'est pas jusque les médias de service public qui, sous pression constante de l'extrême droite, en viennent à recruter des chroniqueurs issus de ou très présents dans la Bollosphère, comme Eugénie Bastié à France 2 ou Nathan Devers et Paul Melun à France Info, sous prétexte de « diversité » et à pratiquer l'auto-censure. La commission d'enquête parlementaire portée par des députés proches de la Bollosphère et largement médiatisée par les titres de l'empire (voir infra) s'inscrit dans une volonté délibérée de réduire les voix indépendantes et d'intimider les critiques.
Certains acteurs de l'édition ou de la presse défendent les choix des magasins
Relay voire des médias Bolloré en estimant qu'ils ne font que mieux refléter l'état de l'opinion publique française. C'est ignorer le fond du problème, que Bolloré est précisément en mesure de présenter à l'opinion un miroir déformant d'elle-même en renforçant la légitimité et la visibilité des idées d'extrême droite.
Après la mise au pas depuis un an de davantage de maisons d'édition et des magazines Prisma, on peut se demander dans quelle mesure Vincent Bolloré pourrait aller encore plus loin dans l'instrumentalisation de son empire. Dans le domaine de la musique, il peut sembler difficile de mettre Universal au service des idées d'extrême droite ; cette activité sert essentiellement de source d'argent frais. Dans le domaine du cinéma et de l'audiovisuel en revanche, après la tribune anti-Bolloré de dizaines de professionnels, on peut craindre que se renforce le mouvement de censure plus ou moins rampante de certains projets qui déplaisent au propriétaire de Canal+, ou de production de davantage de films « chrétiens » ou présentant une vision révisionniste de l'histoire de France.
Le milliardaire dispose également de moyens financiers pour acquérir d'autres médias ou entreprises pour muscler encore sa force de frappe. Le récent livre-enquête La droite de dieu révèle ainsi que le milliardaire a tenté d'acheter deux médias en ligne influents, Konbini et Brut, sans succès, en 2025 [22].
Un autre secteur suscite beaucoup de craintes, celui de l'édition scolaire. Hachette contrôle en effet plusieurs maisons produisant des manuels scolaires (Hachette Éducation, Hatier, Dunod, Larousse, Didier, etc.), qui pourraient devenir un puissant instrument pour diffuser les idées de Vincent Bolloré ou sa vision de l'histoire. Le collectif EducNat contre Bolloré a lancé en 2025, avec le soutien des syndicats, un appel à boycott de ces titres par les enseignants et les établissements scolaires, pour prévenir tout risque et pour cesser de financer l'empire de Bolloré [23].
Les pratiques du groupe Bolloré dans les médias, et aujourd'hui dans l'édition et la production audiovisuelle, démontrent à quel point nos lois sont inadaptées pour faire face à des monopoles de ce type, qui couvrent les différents maillons de la chaîne culturelle dans plusieurs secteurs à la fois. Par naïveté ou par manque de volonté politique, beaucoup continuent d'alimenter la machine en s'exprimant dans les médias Bolloré ou en le laissant piétiner les règles du jeu avec impunité.
Une autorité indépendante, l'Arcom, est censée veiller au respect du pluralisme dans les médias et régimenter les appels à la haine et autres propos condamnables. Force est de constater qu'elle manque à la fois de détermination et de moyens d'action. Les sanctions prononcées contre C8 et CNews, par exemple, ne sont pas suffisamment dissuasives pour empêcher que des propos racistes, islamophobes ou climato-sceptiques continuent à y fleurir. Dans les médias comme dans les autres secteurs, la culture du groupe Bolloré a toujours été de jouer avec les règles et d'aller aussi loin qu'il pouvait tant qu'il ne faisait pas l'objet de véritables sanctions.
Ce n'est qu'en 2024, après des années de scandale, que l'Arcom a décidé de ne pas renouveler la licence TNT de la chaîne C8. En juin 2026, pour la première fois, suite à une saisine de Reporters sans frontières, l'Arcom a adressé une mise en demeure à CNews pour l'enjoindre de respecter le pluralisme et cesser de donner une place démesurée à « un courant de pensée et d'opinion ». Quelques jours plus tôt, l'Autorité a annoncé qu'il ne serait plus possible aux chaînes d'utiliser les heures de la nuit pour respecter leurs obligations de pluralisme en termes de prises de parole politiques. CNews s'était en effet fait une spécialité de cantonner les personnalités de gauche à ces heures de très faible écoute. Une réaction très tardive de la part du régulateur qui fait espérer qu'à l'approche des élections de 2027, il prenne enfin ses responsabilités au sérieux.
Attac et l'Observatoire des multinationales, Le Système Bolloré. De la prédation financière à la croisade politique, 23 octobre 2026, p. 14-25.
[1] Résultat opérationnel ajusté.
[2] Comme tout le secteur pétrolier et pétrochimique, Bolloré Energy a vu ses résultats bondir (relativement) en 2021 et 2022 à l'occasion de la crise énergétique qui a fait suite à l'invasion russe de l'Ukraine.
[3] Source : Document d'enregistrement universel 2025 Bolloré SE.
[4] Tous ces chiffres sont tirés des résultats financiers 2025 de Bolloré SE.
[5] « Fusion avortée entre Editis et Hachette : comment les rêves de grandeur de Bolloré se sont envolés », Le Monde, 9 juin 2023.
[7] Cet épisode est relaté en ouverture de Vincent tout-puissant de Jean-Pierre Canet et Nicolas Vescovacci (Jean-Claude Lattès, 2018). Les auteurs déclarent être en possession d'un enregistrement confirmant la réalité du coup de téléphone de Michel Lucas à Vincent Bolloré. Devant une commission d'enquête sénatoriale, c'est Maxime Saada qui assumera devant son patron l'unique responsabilité de cette censure.
[8] « L'achat du silence : enquête RSF sur les clauses de confidentialité qui font taire les journalistes en France ».
[10] « Prisma Media : Dégraissage à tous les étages », Le Canard enchaîné, 23 janvier 2025.
[11] « La tentation de Vincent Bolloré pour une relance de Capital en vue de 2027 », La Lettre, 16 juillet 2026.
[12] « Déménagement, clause de conscience… les journalistes de Capital veulent résister à Bolloré », L'informé, 17 novembre 2025.
[13] « À Prisma Media, les salariés craignent d'être à leur tour avalés par Bolloré », Mediapart, 18 octobre 2025.
[14] « Bernard Arnault renonce à vendre "LeParisien" à Vincent Bolloré », Les jours, 16 septembre 2025.
[15] « Grasset : après le limogeage d'Olivier Nora, la prestigieuse maison d'édition confrontée à l'hémorragie de ses auteurs », Le Monde, 16 avril 2026.
[17] « Canal+ cesse de soutenir le festival du court-métrage de Clermont-Ferrand », Le Monde, 3 juillet 2026.
[18] « Cinéma : le patron de Canal+ confirme ne plus vouloir financer des films dont les initiateurs portent "préjudice" à son groupe », AFP, 28 juillet 2026.
[19] « "Le dernier maillon de la chaîne". Les magasins Relay, ligne de front dans la croisade politique de Vincent Bolloré », Observatoire des multinationales, 30 juin 2026.
[21] « À l'aube de la campagne présidentielle, Relay adopte une charte de pluralité et de non-discrimination », Le Figaro, 3 août 2026.
[22] « Vincent Bolloré a tenté d'acheter Brut puis Konbini avant l'élection présidentielle de 2027. Voici pourquoi », Le Nouvel Obs, 11 septembre 2026.