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Observatoire critique des médias né du mouvement social de 1995

25.10.2021 à 17:39

TPMP au service d'Éric Zemmour ?

Claire Sécail

Texte intégral 1799 mots

Nous publions sous forme de tribune [1], avec l'autorisation de l'auteure, un fil Twitter écrit le 23 octobre par Claire Sécail, chargée de recherche au CNRS. Elle revient sur le traitement consacré à Éric Zemmour dans l'émission « Touche pas à mon poste » (TPMP), présentée par Cyril Hanouna et diffusée sur la chaîne C8, détenue par Vincent Bolloré [2]. Cette contribution au débat public est tirée d'une recherche réalisée dans le cadre du groupe de travail Médias Elections 2022 du LCP-IRISSO. (Acrimed)

Hier [3] dans TPMP, Anasse Kazib, ex-NPA et candidat 2022, accusait TPMP de faire la propagande de Zemmour. Face à lui, les chroniqueurs et Hanouna ont fait corps pour contester cette accusation. Quelques données pour faire le point [spoil : Kazib n'a pas tort].

Les raisons :

Depuis septembre 2021, la part consacrée aux sujets politiques représente 21% de TPMP, soit moins que les sujets Médias, ADN de TPMP. Mais ces séquences sont valorisées car placées principalement dans la dernière partie de l'émission, où l'audience est la plus forte (4,5 à 6,7% de part d'audience). En pourcentage du temps d'antenne/parole cumulé depuis la rentrée, Zemmour (40,3%) arrive loin devant Macron (25,8) ou Marine Le Pen (9,5). Le cadrage des sujets politiques est donc bel et bien à l'avantage d'Éric Zemmour, quel que soit le travail du contradictoire en plateau.

Comme de nombreux médias, TPMP contribue à centraliser la personnalité d'Éric Zemmour et renforcer ainsi sa légitimité. Mais contrairement à d'autres espaces médiatiques soucieux de traiter l'actualité politique, TPMP invisibilise complètement d'autres candidatures (droite, gauche, écolo). L'argument numéro un d'Hanouna pour se justifier : « On part de l'actualité. Zemmour, il a tous les soirs une actualité ». Non, les programmes d'info font toujours une sélection de ce qui est jugé saillant au regard de critères qui leur sont propres (audience, ligne éditoriale, valeurs).

Le contre-exemple le plus éclairant de TPMP est la primaire des écologistes : largement médiatisée sur d'autres chaines, elle est complètement passée sous silence dans TPMP, malgré la promesse agonistique chère à l'émission (Jadot/Rousseau durant la campagne de deuxième tour).

Si l'on considère la distribution par famille politique, l'extrême droite (Zemmour, Le Pen, Philippot, Nicolas Dupont-Aignan) est même majoritaire avec 51,1% du temps d'antenne cumulé depuis la rentrée. L'élection présidentielle se réduit toujours à un duel majorité / extrême droite.

L'approche dynamique montre qu'après un mois de septembre centré sur Zemmour, octobre marque un renforcement de l'extrême droite en même temps que son rééquilibrage entre les principales forces partisanes de cette famille politique.

Percevant le danger de laisser le camp Zemmour séduire les catégories populaires qui forment le public de TPMP, le Rassemblement national passe à l'offensive en octobre : maire RN de Moissac, porte-parole Julien Odoul (qui avait toujours refusé de venir), cas Chevallier permettent à Le Pen d'émerger.

Sans oublier le passage de Jordan Bardella dans l'hebdomadaire « Balance ton Post » le 30 septembre (2e meilleure audience de BTP depuis la rentrée avec 3% de pda).

Face à Anasse Kazib, les chroniqueurs défendent leur capacité à assurer une fonction du contradictoire en phase avec les critères journalistiques d'un programme info : Gilles Verdez invoque sa liberté critique, Fiona Deshayes souligne la variété des opinions.

Mais ils oublient :

1/ que leur parole est déterminée par l'effet de cadrage (formulation du problème) qui privilégie d'abord Zemmour. On l'a vu quantitativement ; c'est aussi vrai qualitativement, Éric Zemmour étant principalement traité sous le registre profitable de la victimisation. Victime de censure (CSA), d'atteintes à sa vie privée (presse people), d'agressions verbales/physiques (réseaux sociaux, rue), de la « bien-pensance » : la mise en récit du cas Zemmour se moule dans la répétition de ce puissant registre narratif. Aucun chroniqueur n'y résiste.


2/ En diffusant intégralement et sans contradictoire les vidéos de propagande d'Éric Zemmour (les 9/09 et 13/09), TPMP a bel et bien fait de la propagande en servant les intérêts de Zemmour (convoiter le public populaire de TPMP, mobiliser au-delà de son premier cercle etc.).


3/ Certains catégories d'arguments critiques ne correspondent pas au registre de l'émission et Hanouna n'hésite pas à stopper les échanges qui deviennent trop techniques ou réclament des savoirs non maitrisés (Pétain et les Juifs). Oui au contradictoire mais émotionnel…


4/ « On a tous des avis divergents ». Oui, les chroniqueurs représentent bien différentes sensibilités mais cela ne conduit pas mécaniquement à faire respecter un pluralisme d'opinion en plateau en raison des modalités et contraintes des échanges.
Profitant du statut contestable de l'invité (mis en cause juste avant au sujet de l'absence de drapeaux tricolore dans ses meetings), les chroniqueurs de TPMP sont incapables d'émettre la moindre autocritique alors que le décalage entre le récit de soi et les données est flagrant.

À suivre...

Pour finir, rappel de la méthodologie employée :

Claire Sécail


[1] Les articles publiés sous forme de « tribune » n'engagent pas collectivement l'association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas nécessairement toutes les positions.

[2] À ce sujet, voir aussi notre article « Zemmour : un artéfact médiatique à la Une ».

[3] 22 octobre (Ndlr).


22.10.2021 à 14:23

« La police tue » : tempête policière dans un verre médiatique

Pauline Perrenot

Quand les syndicats de police font l'agenda.

- Que sont les journalistes ? Où va le journalisme ? /

Texte intégral 3029 mots

Quand les « polémiques » médiatiques sont impulsées par des syndicats de police, juges et parties : énième manifestation du journalisme de préfecture, ordinaire et militant.

Le 13 octobre à 22h10, Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) était reçu pour la première fois sur un média national (France Info) depuis l'annonce de sa candidature à l'élection présidentielle trois mois plus tôt, le 27 juin. L'interview n'était guère prédestinée à « faire l'agenda », tant les chefferies éditoriales, dans leur grande tradition démocratique, méprisent ceux qu'elles appellent les « petits candidats » et le fond de leurs propositions politiques. En revanche, il suffit qu'un syndicaliste policier s'indigne à grands cris (sur Twitter) pour que se déclenche, notamment sur les chaînes d'info… une tempête médiatique.

L'origine du courroux est à trouver dans cette déclaration, qui, quoi qu'on pense de la formulation initiale, repose sur des bases factuelles, par exemple celle de… l'IGPN :

Philippe Poutou : Oui la police tue. […] Après, on peut discuter assassinats, meurtres, accidents, bavures… [Ou légitime défense] Ou légitime défense bien sûr. Là, il y a un niveau tel qu'on le sait, on le voit. Il y a assez de vidéos comme ça qui le montrent. Quand on est manifestant, on n'est pas protégé par la police, on est agressé, attaqué par la police. La police tue oui, mais la police surtout mutile. Combien de mains arrachées, combien de visages défigurés, combien de gens après derrière en garde à vue alors qu'ils n'ont rien fait ? Donc il y a une véritable violence policière oui. Il y a une police qui peut tuer, parce qu'en fait elle est armée, surarmée, et elle est dangereuse. (France Info, 13/10)

Moins d'une heure après l'interview de Philippe Poutou donc, le coureur de plateaux Matthieu Valet, porte-parole et secrétaire national adjoint du syndicat des commissaires de police SICP tweete frénétiquement [1] en « espér[ant] que M. Darmanin déposera plainte pour diffamation. » (Twitter, 13 octobre, 23h50). Les pressions policières sur le champ politique se révélant dernièrement fort efficientes, le ministre de l'Intérieur s'exécute le lendemain, sur Twitter également (14 octobre, 10h10). De quoi lancer la « polémique » médiatique ?

Ce serait sous-estimer la réactivité de CNews, qui était éveillée avant Darmanin, et dans les starting blocks de très bonne heure : autour de 8h50, c'est un certain Matthieu Valet que l'on retrouve au micro de Romain Desarbres. Et le syndicaliste policier SICP hausse le ton de ses 240 signes initiaux, en faisant le lien entre les propos de Philippe Poutou… et l'assassinat de Samuel Paty [2].

C'est ainsi qu'un syndicat de police et un média d'extrême droite, dont la rédaction reçoit pour consigne explicite d'être branchée sur les faits-divers dits « anti-flics » décrètent, construisent et lancent une « polémique » médiatique, en isolant une minute d'une interview qui en dure quarante-cinq [3].

D'autres chaînes privées embrayent aussitôt, et déclarent ouverte la parade des syndicats de police. À 12h30 sur Europe 1, Stanislas Gaudon (Alliance) ; à 13h30 sur BFM-TV, Thierry Clair (Unsa Police) ; à 15h sur LCI, Denis Jacob (Alternative Police CFDT) ; à 18h sur CNews et Europe 1, Matthieu Valet (SICP) de nouveau, dont les propos sont rediffusés ; à 18h40 sur BFM-TV, Jérôme Jimenez (Unsa Police) ; à 19h sur BFM-TV, Grégory Joron (SGP-Police). Même tambouille le lendemain matin, 15 octobre, avec Benoît Barret (Alliance) sur CNews, Cyril Jeannin (SGP Police) chez Sud Radio et encore Jérôme Jimenez (Unsa Police) en micro-trottoir dans « Les grandes gueules » (RMC). Des syndicalistes lancés systématiquement par des psychologues très à l'écoute : « Ça atteint le moral des policiers ou ce qui est excessif est insignifiant ? » (Romain Desarbres, CNews) ; « Mais comment on en arrive à ce qu'un candidat à la présidentielle, en l'occurrence Philippe Poutou, tienne de tels propos ? » (Pascale de la Tour du Pin, BFM-TV) ; « On vous a senti ému hein, face à ces accusations. Trop c'est trop ? » (Olivier Truchot, BFM-TV) ; « Comment avez-vous vécu ces deux prises de parole ? » (Yves Calvi, BFM-TV).

« Tout ça n'est pas très sérieux »

Car lorsqu'ils ne sont pas en plateau, les syndicalistes policiers peuvent compter sur de vaillants porte-parole. Sur CNews bien sûr, où la liberté d'expression est soudainement assimilée à un permis de tuer : « Quand Monsieur Poutou concrètement dit "la police tue", il accroche des cibles dans le dos de la police » avancera par exemple le journaliste (et ancienne plume de François Fillon) Joseph Macé-Scaron (« Punchline », CNews, 14/10).

Mais également sur BFM-TV, qui n'a pas manqué de capitaliser sur la dite « polémique », commentée en huis clos (à de rares exceptions près), entre commentateurs au diapason au moment d'affirmer que Philippe Poutou « choque », « provoque » et plus si affinités (voir en annexe).

Commentateurs d'ailleurs tout indiqués sur le sujet, à l'image du consultant « Sécurité » Dominique Rizet, incarnation chimiquement pure du journalisme de préfecture. Entre autres exemples, ce dernier avait particulièrement brillé sur BFM-TV lors de la mort de Steve Maia Caniço [4], en défendant mordicus un rapport de l'IGPN qui affirmait noir sur blanc qu' « aucun élément ne permet d'établir un lien direct entre l'intervention des forces de l'ordre et la disparition de M. Steve Maia Caniço ». Aujourd'hui, l'ex-préfet de Loire-Atlantique, son directeur de cabinet et le commissaire chargé des opérations ce soir-là ont tous trois été mis en examen pour homicide involontaire [5].

Dominique Rizet donc, se dit aujourd'hui « choqué » d'entendre Philippe Poutou. Mais encore ? « Les mots sont les mots ». Effectivement. Devant donc être employés à bon escient. C'est pourquoi Dominique Rizet adoptera comme de coutume les mauvais, en parlant par exemple de la mort de Cédric Chouviat comme d'une affaire « extrêmement dérangeante », au cours de laquelle ce dernier « va se retrouver par terre », sans doute tombé tout seul, « et va être étranglé par la sangle de son casque. » Méchante sangle. Ou, plus largement, en parlant de « dérapages de certains policiers ». Voilà qui valait bien une leçon de pureté linguistique.

D'autres journalistes d'investigation légitimes à donner des leçons de rigueur ? Olivier Truchot, évidemment, à propos du travail de David Dufresne et de l'enquête réalisée par Basta ! sur les morts suite à l'action des forces de l'ordre, que mentionne précisément le candidat du NPA :

Il nous cite des sites, des journalistes militants qui sont assez anti-flics, donc tout ça n'est pas très sérieux. On est plus dans une démarche de l'extrême gauche très anti-flics. Est-ce que Philippe Poutou, il faut le faire taire ?

Tout travail ayant à voir avec le journalisme et l'information étant évidemment suspect aux yeux du faiseur d'opinions. Une leçon également dispensée par Laurent Neumann, autre fin limier de la chaîne, persuadé en outre d'avoir vu tout à fait clair dans le jeu du candidat révolutionnaire !

Philippe Poutou a réussi son entrée en campagne, et c'est peut-être ça qu'il cherchait à faire. Dans une pré-campagne présidentielle archi dominée médiatiquement par les poids lourds, […] les petits candidats ne savent pas comment émerger. Bah il a trouvé la solution ! Il a dit quelque chose qui est extrêmement choquant, qui est factuellement faux, mais qui peut ouvrir un vrai débat et du coup il a fait le buzz. On peut avoir un débat […]. Mais à une condition […] : c'est qu'on parte de bases factuellement exactes.

Exactement ce qu'on attend désespérément… des journalistes.

Pauline Perrenot

Annexe : Le commentaire ordinaire et militant des chaînes d'info

Syndrome de la « post-réalité » – disons plutôt du mensonge – ordinaire du débat médiatique : on transforme des faits, vérifiables et documentés par les chercheurs, en « opinion », que l'on soumet d'ailleurs allègrement à… l'opinion, via des sondages Twitter : « "La police tue" : Philippe Poutou a-t-il raison ? » (« Les grandes gueules », RMC) ; « "La police tue" : êtes-vous d'accord avec les propos de Philippe Poutou ? » (« Balance ton post », C8). Philippe Poutou est de ce fait précisément invité à « s'expliquer » et à répondre aux sommations des journalistes pour son « délit d'opinion ». On dira d'ailleurs par la suite qu'il « insiste » ou « persiste » tant l'attendu journalistique était à la repentance.

Quitte à détourner ses propos, y compris quand le candidat du NPA corrige les journalistes en direct. Par exemple dans cet échange :

- Olivier Truchot : Vous laissez entendre que la police tue délibérément.

- Philippe Poutou : Non ! Ce n'est pas ça ! C'est vous qui ajoutez « délibérément ». […] La police tue, c'est une réalité, maintenant, pourquoi elle tue ? Dans quelles conditions elle tue ? Voilà. Mais pas « délibérément », je n'ai jamais dit ça.

Mais Truchot n'en a cure, et remet le couvert le lendemain sur RMC à propos de Zineb Redouane : « On ne peut pas dire que la police a délibérément voulu tuer Zineb Redouane ! »

Au micro du même Truchot, Philippe Poutou déclare : « Ce n'est pas une question morale, c'est qu'il y a une répression politique. Il y a un choix du gouvernement et des gouvernements précédents de muscler les relations sociales. Maintenant ce qui est intéressant de discuter, c'est pourquoi la police réprime ? On sait très bien et on ne va pas dire que c'est parce que les policiers sont génétiquement méchants. » Quelques heures plus tard sur la même chaîne, la journaliste Laure Closier le traitera par le mépris en affirmant l'inverse : « Quand vous êtes d'extrême gauche, il est de bon ton de dire que les policiers sont extrêmement méchants. » (BFM-TV, 14/10). Par contre, et sans doute en guise de contre-exemple, cette dernière montrera ce qu'est vraiment une information, « sérieuse » et non « militante » :

- Maxime Switek : [Est-ce que] le candidat du NPA a raison ?

- Laure Closier : Non, absolument pas. Ce qui est vrai, c'est de dire que des gens sont « morts pendant des opérations de police ». Ça, vous pouvez le lire […] dans le rapport de l'IGPN. […] Et c'est sur ça que je veux bien insister : les morts comptent évidemment, [mais] 32 morts sur 5 millions d'opérations, ça fait précisément 0,00064% des cas. On est donc passé de ce chiffre minuscule à « la police tue ».

Soit un indécent « fact-cheking » – qui ne dément strictement rien de ce qu'a pu dire Philippe Poutou – formulé avec les termes de l'IGPN et les éléments de langage des syndicats de police, deux sources exclusives à valeur d'Évangile dans le milieu journalistique. Édifiant.

Signe d'un vrai pluralisme parmi les commentateurs, tout le monde s'accorde. « C'est comme si on disait que l'hôpital tue parce qu'il y a beaucoup de morts à l'hôpital, c'est évidemment stupide […]. [On a une] police qui respecte le plus possible les règles de la République, qui est assez exemplaire, qui est archi contrôlée » synthétise Christophe Barbier, toujours disponible pour élever le débat (BFM-TV, 14/10). « Gérald Darmanin est dans son rôle lorsqu'il porte plainte contre un élu qui tient des propos indignes. La violence aujourd'hui, elle est contre la police » soutient quant à elle sur RTL (14/10) Lydia Guirous, chroniqueuse sur CNews passée par BFM-TV (et ex-secrétaire nationale chargée des valeurs de la République et de la laïcité du gouvernement Sarkozy). Idoine, son intervention sera relayée par le syndicat des Commissaires de la Police Nationale.

Dans l'émission de Jean-Marc Morandini (CNews, 14/10), les trois invités sont de concert. L'éditorialiste (présenté comme « professeur d'histoire ») Kévin Bossuet fustige une « extrême gauche […] qui parle à la racaille à des fins électoralistes » ; Éric Revel, ancien patron de LCI et membre de la direction générale du groupe TF1 appuie : « M. Poutou a quitté la sphère de la politique républicaine. […] Quand vous dites, les policiers sont des tueurs, vous encouragez, vous légitimez des actes de violence contre les policiers », sa phrase étant terminée par Morandini qui s'exclamait quelques secondes plus tôt : « On le laisse débiter tout ça, à la télé, tranquillement, sans rien opposer ?! Et on l'écoute ! […] Comme si c'était une opinion comme une autre ! » [6] Et la poutre est énorme dans l'œil de CNews : quelques heures plus tard, l'omniprésent Jean Messiha est en roue libre, parlant de « putréfaction antifasciste du gauchisme » et désignant Philippe Poutou comme une « une tache invisible à l'œil nu dans le spectre politique » et un « gauchiste qui met un point d'honneur à se présenter en pyjama devant les caméras de télévision pour faire peuple. » (Chez Sonia Mabrouk, CNews). Vous avez dit fascisant ?


[1] « Je ne supporte plus cette minorité politique qui crache son venin sur les policiers, en nous insultant pour faire le buzz ! J'espère que M. Darmanin déposera plainte pour diffamation contre M. Poutou. Ceux qui souillent l'uniforme de la France ne méritent pas de porter l'écharpe ».

[2] « On va avoir des voyous qui vont être encouragés par ce genre de propos et quand on voit que Samuel Paty est décédé de fake news et de cet acharnement de certaines personnes pour des raisons obscures, et bah là, on peut se dire que c'est la même chose. Et moi je vous le dis, si on a un policier qui est agressé ou pire à cause de ce genre de propos, y aura des élus qui auront du sang sur les mains. »

[3] Très au fait du fonctionnement des médias, les commentateurs accuseront par la suite Philippe Poutou d'en être sciemment à l'origine, afin de « lancer sa campagne » !

[4] À la suite d'une intervention et de violences policières sur l'île de Nantes, le 21 juin 2019, lors de la Fête de la musique.

[6] Le dernier invité, Eduardo Rihan Cypel, membre du Conseil national du Parti socialiste enfoncera le clou : « Si j'étais ministre de l'Intérieur, je déposerais aussi plainte contre M. Poutou. »


20.10.2021 à 11:32

LCI et CNews contre le pluralisme

Maxime Friot

Texte intégral 594 mots

Les chaînes de télévision sont tenues par le CSA à « l'équité » des temps de parole des forces politiques. CNews et LCI s'y conforment… en rediffusant des interviews ou des discours en boucle et en pleine nuit. Pluralisme ?

En décembre 2020, Arrêt sur images documentait les pratiques nocturnes de LCI : une interview de Yannick Jadot rediffusée 9 fois à la suite entre 2h12 et 4h39 du matin le 21 novembre 2020, 11 fois entre 1h55 et 3h57 le lendemain, encore 7 et 4 fois les jours suivants. « Bref, nous avons compté que la même interview était passée 31 fois en quatre nuits. » [1]

Un an plus tard, « la pratique consistant à rééquilibrer artificiellement les temps de parole des responsables politiques par des rediffusions nocturnes semble ne pas avoir totalement disparu », indique Pure Médias. En l'occurrence : sur CNews, dans la nuit du 18 octobre, le meeting de Jean-Luc Mélenchon rediffusé deux fois d'affilée, « soit plus de 2h15 d'antenne dédiée au leader de LFI », ou encore « dans la nuit de vendredi à samedi dernier, [rediffusion] à quatre reprises – soit 1h20 d'antenne – [d']une partie de l'audition d'Olivier Véran le 15 octobre devant la commission des lois de l'Assemblée nationale. » [2]

Quant à LCI, la pratique n'a visiblement pas été mise en sommeil, comme le montre Pure Médias :

En octobre, LCI a ainsi eu tendance à tendre fréquemment le micro à l'exécutif entre 2h et 4h du matin. L'interview de Jean-Baptiste Djebbari, ministre des transports, par Elisabeth Martichoux le 5 octobre dernier, a ainsi été rediffusée pas moins de quatre fois la nuit suivante, entre 2h et 4h15. Eric Dupond-Moretti, garde des Sceaux, aura pour sa part squatté l'antenne nocturne de LCI le week-end des 9 et 10 octobre avec six rediffusions en deux nuits de son interview accordée à Darius Rochebin. Au total, cela représente près de 3h00 d'antenne. Dans la nuit de dimanche à lundi et comme CNews, LCI a aussi rediffusé à deux reprises une version XXL du meeting de Reims de La France insoumise durant près de 3h.

Mais qu'on se rassure, le CSA est sur le coup !

Maxime Friot


[1] « LCI remplit ses quotas de gauche la nuit », Arrêt sur images, 10 décembre 2020.

[2] « Temps de parole des politiques : Les rééquilibrages nocturnes continuent sur CNews et LCI », Pure Médias, 19 octobre 2021.