Institut de Relations Internationales et Stratégiques

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03.08.2022 à 20:30

Nancy Pelosi à Taïwan : triomphe médiatique, échec géopolitique

Aurelie Roché

La visite de Nancy Pelosi, speaker la chambre des Représentants des États-Unis, à Taïwan a bénéficié d’une couverture médiatique de grande ampleur. S’il constitue un coup médiatique pour Madame Pelosi, ce n’est certainement pas un succès géopolitique pour Washington, puisque … Suite

La visite de Nancy Pelosi, speaker la chambre des Représentants des États-Unis, à Taïwan a bénéficié d’une couverture médiatique de grande ampleur. S’il constitue un coup médiatique pour Madame Pelosi, ce n’est certainement pas un succès géopolitique pour Washington, puisque cette visite provoque une crispation de la Chine à l’heure où la tension internationale est déjà à son comble. Analyse.

28.07.2022 à 13:16

Visite du président E. Macron au Cameroun : quels enjeux ?

Aurelie Roché

Dans le cadre de la tournée africaine du président français Emmanuel Macron – au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau – Caroline Roussy, directrice de recherche à l’IRIS, responsable du programme Afrique/s, interroge Dr Christian Pout, Ministre Plénipotentiaire, président du … Suite
Texte intégral (1520 mots)

Dans le cadre de la tournée africaine du président français Emmanuel Macron – au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau – Caroline Roussy, directrice de recherche à l’IRIS, responsable du programme Afrique/s, interroge Dr Christian Pout, Ministre Plénipotentiaire, président du Think Tank camerounais CEIDES.

Dans la séquence de décryptage de l’organisation de la tournée d’Emmanuel Macron en Afrique, on a pu lire, par exemple, que le président français souhaitait bloquer l’influence de la Russie en Afrique ou qu’il sacrifiait la démocratie. Comment depuis Yaoundé lisez-vous ces analyses ?

Les moments de mésententes et d’incompréhensions du contexte camerounais qui ont marqué les relations franco-camerounaises ces dernières années ont largement influencé les lectures de quelques analystes, notamment, sur les réseaux socio-numériques, au point de réduire leurs capacités à rendre compte convenablement des réalités. Au regard de l’importance que peut représenter la visite officielle d’un Chef d’État qui préside aux destinées d’une grande puissance occidentale dans un pays africain, il est tout à fait compréhensible que des rapprochements se fassent avec le contexte international. Le Cameroun entretient des relations multidimensionnelles, anciennes, privilégiées et conviviales avec la Russie, qui ont d’ailleurs connu une consolidation avec le renouvellement de l’Accord de défense liant les deux pays en avril 2022, et la volonté manifestée par la Russie d’accompagner le Cameroun dans la réhabilitation de la Société nationale de raffinage (SONARA), victime d’un incendie le 31 mai 2019. Malgré les impacts de la crise russo-ukrainienne sur le Cameroun, les relations bilatérales entre la Russie et le Cameroun n’ont pas connu de perturbations notables. En rapprochant la constance de ces rapports avec la percée de la Russie, ou plutôt son repositionnement dans les États africains, en particulier dans des pays considérés par le passé comme « le précarré français », à l’exemple de la République centrafricaine, on parvient à déceler l’origine des réserves émises sur la visite du Président Macron. En ce qui me concerne, ces réserves ne font pas honneur à la profondeur des relations franco-camerounaises, et surtout, à l’intensité des échanges économiques, culturels, sociaux, intellectuels, voire même politiques, en termes de coopération décentralisée. C’est à vrai dire ces derniers aspects qui sont au cœur de la visite du Président Macron au Cameroun.

Vu du Cameroun quels sont les enjeux ? Qu’est-ce qui resurgit dans la presse ? Est-ce qu’il y a des attentes précises ?

Le Cameroun est engagé dans l’implémentation de son ambitieux programme de développement, tel qu’énoncé dans sa Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND 30). En évaluant ses capacités et ses besoins, il a depuis longtemps fait le choix d’accorder une place de choix à tout partenaire disposé à l’accompagner de bonne foi et dans le strict respect de sa souveraineté, dans la réalisation de ses objectifs stratégiques en matière de développement. Les répercussions de la pandémie de Covid-19, la morosité économique, les secousses provoquées par la crise russo-ukrainienne et d’autres difficultés conjoncturelles internes confortent la pertinence de cette ouverture aux partenariats extérieurs. Il m’apparaît donc que les enjeux de la visite du Président Macron sont multiples et tout au moins justifiés. Ceux-ci concernent bien sûr la redynamisation des rapports entre la France et le Cameroun, après quelques sons de cloches discordants. Mais aussi, plus traditionnellement, la revue des actions de la France au Cameroun, de l’assistance technique, des relations économiques et commerciales. Sur ce dernier point, il est important de noter que la chaine de centres commerciaux Casino a inauguré il y’a quelques jours au Cameroun l’une des plus grandes surfaces commerciales d’Afrique centrale. C’est donc dire l’intérêt pour la France d’aborder les sujets économiques avec les plus hautes autorités camerounaises. La présence d’hommes d’affaires français dans la délégation officielle témoigne aussi de l’importance de ces enjeux. Concernant les volets politiques et stratégiques, j’aimerais rappeler qu’au cours des dernières décennies, les contacts entre la France et le Cameroun ont particulièrement porté sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. Le Cameroun s’efforce en effet de juguler sur son territoire la violence meurtrière orchestrée par des groupes irrédentistes dans les régions anglophones et par la secte Boko Haram dans l’Extrême-Nord. A cet effet, l’appui d’un pays ami comme la France continue d’être apprécié, d’autant plus qu’il est aujourd’hui prouvé que certains financiers de ces groupes opèrent depuis l’étranger.

C’est aussi, entre autres, l’une des interpellations qui revient au sein de l’opinion publique camerounaise, à savoir que les puissances qui disent compatir aux pertes en vie humaine et aux dégâts matériels générés par ces groupes armés consentent à extrader, à défaut de poursuivre sur leur sol, les citoyens d’origine camerounaise qui financent lesdits groupes pour la logistique, l’achat des armes et autres matériels militaires.

Il est évident que le peuple camerounais a souvent été heurté par les propos désobligeants tenus en France, sur incitation d’activistes, contre le Chef de l’État, Paul Biya.  En Afrique, le respect dû aux hauts responsables et aux personnes qui ont atteint un âge respectable est de rigueur. Les attentes populaires concerneront donc aussi le changement de ce qui s’apparente à une tolérance excessive et soupçonnée complice du Cameroun bashing.

Sous d’autres aspects, les retours qui nous reviennent des attentes de la jeunesse touchent à la saisine des meilleures opportunités d’insertion, de financement de projets et de formation au sein d’institutions de référence française disposant d’une expertise qui n’est pas encore pour l’instant totalement acquise au Cameroun. Cette jeunesse est aussi très impatiente de profiter des possibilités offertes par la décentralisation et espère tirer profit de l’expérience française pour mieux s’impliquer dans la gestion des affaires publiques.

En tant que président du CEIDES, quels sont les enjeux pour les trois pays hôtes (Cameroun, Bénin, Guinée-Bissau) ? Pour l’Afrique ?

La tournée subsaharienne du Président Macron suscite davantage d’intérêt dans la mesure où elle se positionne comme une manifestation profonde des réajustements opérés dans la politique extérieure africaine de la France. Le deuxième mandat récemment entamé par Emmanuel Macron semble vouloir surpasser le précédent en accordant aux partenaires africains, notamment aux pays-pivot des espaces régionaux comme le Cameroun, une place plus respectueuse de leur importance réelle. Les trois pays que vous évoquez ont en commun leur ferme détermination à capitaliser leurs atouts, à l’exemples de leurs richesses naturelles et humaines, pour atteindre les objectifs de développement qu’ils se sont fixés, et ainsi, améliorer le bien-être de leur population. Les enjeux prennent donc une forte coloration économique, sociale et beaucoup moins politiques, puisqu’il s’agit de pays globalement stables, bien que les préoccupations sécuritaires restent au centre des débats avec ces pays. Pour le Cameroun et le Bénin en particulier, les enjeux sont aussi ceux de trouver des solutions consensuelles pour rapidement restituer à ces pays leurs biens culturels, un engagement pris par le Président Macron et qui avait été unanimement salué.

Je conclurais en disant que les autres États africains observent attentivement le déploiement des actions stratégiques retenues par la France dans l’entretien des rapports dont elle a appelé à renouveler les bases. La manière avec laquelle les autorités françaises aborderont le nouveau partenariat avec l’Afrique influencera assurément dans un sens positif ou négatif – on le souhaite moins – la montée de plus en plus visible d’un sentiment anti-français. Cela est d’autant plus crucial que la crise qui oppose la Russie et l’Ukraine tend à s’enliser, et à pousser les États africains à redéfinir leurs positions, de même qu’à revoir leurs relations avec certains partenaires.

27.07.2022 à 16:34

Guerre en Ukraine : débat, propagande et manipulations

Aurelie Roché

En réponse à la publication de ma vidéo, jeudi dernier, sur les sanctions décrétées par les Occidentaux à l’encontre de la Russie, certaines personnes m’ont accusé à tort d’être un porte-parole de la propagande prorusse. Je le répète encore une … Suite
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En réponse à la publication de ma vidéo, jeudi dernier, sur les sanctions décrétées par les Occidentaux à l’encontre de la Russie, certaines personnes m’ont accusé à tort d’être un porte-parole de la propagande prorusse. Je le répète encore une fois, les sanctions, surtout si elles sont purement occidentales, ne sont pas suffisantes pour modifier le cours d’une politique. C’est un constat et cela ne pardonne en rien l’action militaire russe en Ukraine. Cette guerre est illégale et immorale et ces accusations ne correspondent en rien à ce que j’ai pu déclarer ou écrire. Cela montre bien qu’il faut continuer à réfléchir dans la complexité et non dans la complaisance, l’émotion ne doit pas nous faire perdre la raison…Réflexions et Analyse.

25.07.2022 à 20:40

Chute du gouvernement et élections anticipées : où va l’Italie ?

Coline Laroche

Contre toute attente, Mario Draghi a remis sa démission. L’Italie entre donc en campagne électorale huit mois avant l’échéance prévue, pour un vote en septembre : une première dans l’histoire de la République italienne. L’heure est à une campagne électorale … Suite
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Contre toute attente, Mario Draghi a remis sa démission. L’Italie entre donc en campagne électorale huit mois avant l’échéance prévue, pour un vote en septembre : une première dans l’histoire de la République italienne. L’heure est à une campagne électorale insolite, d’été, qui pourrait changer un pays en pleine transformation politique.

Une crise ouverte par le Mouvement Cinq Étoiles et conclue par la droite

Mario Draghi l’avait dit dès son investiture : il travaillera pour l’Italie tant qu’il aura le soutien de tous les principaux partis politiques. Si l’un d’entre eux décidait de le désavouer, il partirait. Ce scénario a pris forme lors des dernières semaines, quand les rapports entre l’ex-président de la Banque centrale européenne et le Mouvement Cinq Étoiles se sont détériorés. Mario Draghi campa sur ses positions et proposa un nouveau plan de réformes économiques contenant la construction d’un incinérateur de déchets dans le Latium : une sorte de provocation envers les Cinq Étoiles qui ont toujours refusé en bloc ce projet. Ce défi lancé par Mario Draghi à ses opposants a d’ailleurs été perçu par certains comme une demande indirecte des pleins pouvoirs, où le compromis ne serait pas accepté. Nous connaissons l’épilogue de cette situation : le refus d’adhérer au projet de la part du Movimento Cinque Stelle. Une contestation suivie par la Ligue et Forza Italia de Silvio Berlusconi. Le Président de la République Sergio Mattarella n’a pas eu d’autre choix que d’accepter la démission de Mario Draghi qui a eu l’honnêteté de respecter la règle qu’il s’était fixée. C’est l’un des points cruciaux à noter de cette crise : l’opposition entre les intérêts politiques des professionnels du métier et Mario Draghi, Statista (homme d’État) qui a toujours insisté sur le fait qu’il ne souhaitait que rendre service à son pays.

Morcellement des partis et recomposition totale du panorama politique

La chute du gouvernement provoque des remous dans tous les partis, surtout ceux qui ont participé à sa fin. Le Mouvement Cinq Étoiles va très certainement perdre des éléments lors des prochaines semaines. C’est déjà le cas pour Forza Italia : le choix de Silvio Berlusconi de suivre les partis d’extrême droite (la Lega et Fratelli d’Italia, qui était déjà à l’opposition) n’a pas été compris par plusieurs dirigeants du parti. Ainsi, Mara Carfagna et Renato Brunetta (respectivement ministre pour le Sud et de l’administration publique) quittent le navire. Le choix de Silvio Berlusconi est stratégique, le Cavaliere veut revenir sur le devant de la scène, malgré ses 85 ans. Un accord entre les partis de droite aurait d’ailleurs été trouvé : en cas de victoire aux élections, Monsieur Berlusconi serait nommé président du Sénat. Un rôle de premier plan pour l’ancien président du Conseil, qui l’a certainement convaincu de suivre la mouvance dissidente. Un pari qui est tout de même risqué, car Forza Italia ne pèse plus que 5-7% des suffrages, et peut-être moins depuis le départ de ses principaux représentants. Une possible disparition du parti n’est pas à exclure en cas de défaite aux prochaines élections.

La Ligue devra également affronter une période de perturbations, déjà amorcée il y a plusieurs mois. Le parti a deux courants de plus en plus distants : celui souverainiste et populiste de Matteo Salvini et celui plus régionaliste et d’économie de marché de Giancarlo Giorgetti. Les experts politiques attendent les déclarations des autres hommes forts de la Ligue pour savoir si une crise interne sera ouverte ou si Matteo Salvini sera finalement suivie. Luca Zaia (président de la Vénétie) et Massimiliano Fedriga (président du Frioul-Vénétie Julienne) ont donc un rôle à jouer, mais il est possible qu’aucune position ne soit prise de la part des dirigeants leghisti, les deux hommes n’ayant pas vocation à une carrière politique nationale.

Le morcellement des partis avait déjà été engagé lors de cette législature, avec une multiplication des partis. Un paysage politique éclaté, mais qui aura besoin de de compacter autour de pôles forts si un groupe veut espérer obtenir une majorité (même relative).

Trois grandes forces à venir ?

Dans ce contexte, nous pouvons voir trois groupes potentiels sur la base de partis “agglutinants” comme les définit le journaliste Simone Spetia (Radio 24 Ore). Le contexte électoral impose ces coalitions plus larges : suite à la dernière réforme électorale, le nombre de parlementaires passera de 945 à 600. Les circonscriptions seront donc élargies territorialement, il faudra donc prendre en compte certaines disparités et trouver les bons alliés pour gagner dans des territoires parfois plus hétéroclites qu’avant.

Le Parti démocrate, déjà fort dans les sondages, sera à la tête d’une alliance de gauche. Le secrétaire du PD, Enrico Letta, cherche des partenaires pour une coalition plus large. Difficile pour autant d’en trouver, car même un accord avec le Mouvement Cinq Étoiles semble compromis, suite à la chute du gouvernement. Une entente difficile mais pas impossible, les primaires pour les élections régionales en Sicile (prévu cette année) seront communes aux deux entités politiques. Un modèle régional qui pourrait devenir national.

Au centre, le maillage politique de partis de petite taille est tel qu’il semble complexe d’obtenir un consensus de tous. Au moins six partis sont dans cette strate dite modérée. Certains ont déjà annoncé qu’ils ne souhaitent pas collaborer avec les autres, comme Carlo Calenda et son parti Azione. Un centre avec un réel potentiel, mais pour qui l’union semble utopique. Reste également l’inconnu Insieme per il futuro (Ensemble pour le futur), le parti scissionniste de Luigi di Maio (ministre des Affaires étrangères) qui a quitté le Movimento Cinque Stelle avec une cinquantaine de parlementaires. Monsieur di Maio devra affronter pour la première fois les urnes, et l’histoire ne va pas dans son sens : lors des dernières années, peu de nouvelles forces politiques qui ont quitté leur parti ont réussi à se faire une place dans les hémicycles.

Enfin, la droite ‒ ou plutôt l’extrême droite ‒ semble plus en avance que ses concurrents en ce qui concerne la cohésion, mais il reste à choisir le leader de ce groupe. Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) semble la personne la plus légitime car son parti est le premier dans les sondages, mais ses discours, considérés par de nombreux observateurs comme fascisants, pourraient faire fuir l’électorat de la droite modérée. Antonio Tajani (Forza Italia) s’est montré peu enclin à une nomination immédiate de madame Meloni, de peur de perdre définitivement un centre-droit qui regarde de plus en plus Matteo Renzi et son parti Italia Viva.

Victoire des souverainistes en septembre ?

Les sondages indiquent Madame Meloni en tête. Avec la Lega et Forza Italia, l’alliance de droite pourrait atteindre 45% des suffrages, de quoi mettre cette coalition en première position, sans pour autant obtenir une majorité absolue. La nomination de Giorgia Meloni au Palazzo Chigi serait donc logique, bien que l’on imagine difficilement les autres partis voter en faveur d’une loi proposée par les Frères d’Italie.

L’alternative serait de trouver une personne plus neutre qui puisse satisfaire la majorité des groupes politiques, mais les expériences Mario Monti, Giuseppe Conte et Mario Draghi ne confortent pas cette option. Un nouveau casse-tête pour le Président Mattarella qui devra trouver une solution qui puisse contenter une extrême droite forte, tout en étant accepté par l’aile modérée. Une situation qui ne semble pas avoir d’issue et qui pourrait annoncer cinq nouvelles années d’instabilité pour l’Italie. Nous pouvons nous attendre à une réforme électorale lors de la prochaine législature, afin de ne plus laisser le pays dans l’impasse, à moins qu’une alliance inattendue (et rocambolesque) naisse de cette prochaine élection. Dans tous les cas, les objectifs des partis (et personnels) semblent prévaloir sur les intérêts du pays, quitte à le maintenir dans une crise politique constante, laissant une sensation d’amateurisme pour les Italiens et pour les partenaires politiques et commerciaux.

Difficile de prédire le futur politique italien. Comme l’a dit le journaliste Paolo Mieli : “[…] quand les affaires de l’État sont entre les mains de dilettants, tout est possible”.

25.07.2022 à 11:02

Sanctions occidentales : l’impasse ?

Victor Pelpel

Six mois après le début de la guerre, Moscou a échoué à conquérir Kiev et une grande partie de l’Ukraine. La Russie maîtrise tout de même 20% du territoire. À l’heure où les pays occidentaux ont pris des sanctions extrêmement … Suite
Texte intégral (904 mots)

Six mois après le début de la guerre, Moscou a échoué à conquérir Kiev et une grande partie de l’Ukraine. La Russie maîtrise tout de même 20% du territoire. À l’heure où les pays occidentaux ont pris des sanctions extrêmement lourdes et sévères contre la Russie, il semble difficile à court terme d’imaginer que Vladimir Poutine puisse plier face à celles-ci et que l’armée russe soit délogée du territoire ukrainien, à tel point que l’on peut se demander si les Occidentaux ne subiraient pas eux-mêmes, par contrecoup, les sanctions qu’ils ont décrétées. Comment expliquer cette réaction ?

Si l’Occident ne souhaite pas recourir à la guerre, il ne peut agir auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies puisque la Russie, en tant que membre permanent, poserait son véto. Face à une très forte demande de riposte de la part de l’opinion, la mise en place de sanctions permet à l’Occident d’afficher un désaccord avec l’action politique de la Russie tout en évitant une déclaration de guerre. Il s’agit d’une sorte de réflexe occidental puisque de nombreuses sanctions ont déjà été établies suite à d’importants désaccords politiques avec un pays.

L’histoire a pourtant démontré que les sanctions n’ont pas toujours été efficaces, voire qu’elles ne l’ont jamais été. Les États-Unis ont pris de très lourdes sanctions à l’égard de Cuba au point de soumettre l’île à un quasi-embargo. Pourtant, le régime fondé par Fidel Castro est toujours en place, même après le décès de ce dernier. Des sanctions extrêmement sévères ont également été prises à l’encontre de Saddam Hussein, elles ont avant tout fait souffrir la population irakienne (500 000 victimes entre 1991 et 2003) sans pour autant empêcher la guerre afin de renverser Saddam Hussein. Les sanctions prises contre le régime syrien suite à la répression de la révolution démocratique n’ont pas fait tomber Bachar Al-Assad. Les sanctions accumulées contre Téhéran depuis 1979 n’ont pas empêché les Ayatollahs de se maintenir fermement au pouvoir. Comment espérer dès lors qu’un pays aussi grand et puissant que la Russie, avec un dirigeant aussi déterminé que Vladimir Poutine, puisse céder ?

Les sanctions semblent parfois prises afin de réagir et de ne pas avouer une certaine impuissance sans pour autant être réellement efficaces et parvenir au but qu’elles sont censées servir, à savoir modifier le comportement politique d’un adversaire. Les seules sanctions qui ont réellement fonctionné sont celles prises à l’égard de l’Afrique du Sud qui ont conduit le pouvoir blanc à démanteler l’apartheid. Cependant, ces sanctions avaient été prises à l’échelle mondiale, les autres sont seulement des sanctions occidentales. Il est donc possible pour Moscou de les contourner et d’y échapper en s’adressant à des partenaires, de façon ouverte ou clandestine, qui n’adhèrent pas à ces sanctions.

Ces sanctions ont posé problème puisqu’elles ont été décrétées entre Occidentaux, sans concertation préalable avec le reste du monde, qui les ont rejetées par refus de suivre docilement aveuglément les pays occidentaux comme ils avaient pu le faire par le passé. De fait, si auparavant les États-Unis décidaient de sanctions contre un pays, les pays latino-américains les suivaient, comme les pays africains suivaient la France. Or, à présent, les pays occidentaux n’ont plus la même mainmise sur les autres pays. Ils ne dominent plus le monde et si nous continuons à agir comme auparavant, nous allons échouer. Les alliés des États-Unis au Proche-Orient suivent leur voie propre.

Les sanctions ne produisent plus le résultat escompté et risquent de faire apparaître non seulement un relatif isolement du monde occidental, mais également une relative impuissance de ce dernier. Il est donc nécessaire d’adapter la politique occidentale à la nouvelle donne géopolitique plutôt que de fixer l’agenda et d’espérer que d’autres pays le suivent aveuglement. Il convient de négocier et de convaincre que les agissements de Moscou sont inacceptables et qu’ils peuvent les mettre en danger eux-mêmes dans le respect de leur propre intégrité territoriale.

En se fixant des objectifs non réalisables, en ne respectant pas ses propres principes et en agissant comme s’il détenait toujours le monopole de la puissance, le monde occidental s’affaiblit. S’il souhaite se défendre, mais également conserver une certaine aura et des capacités de manœuvre, le monde occidental doit faire preuve de cohérence et adopter un leadership par la négociation et l’influence. Adopter un discours critique ne revient pas à tenir un discours anti-occidental, mais au contraire un discours occidental cohérent.

25.07.2022 à 10:50

Impact of Congressional Mid-Terms on US Foreign Policy

Coline Laroche

On November 8, American voters will go to the polls in what are termed “mid-term” congressional elections.  The seats of all the members of the House of Representatives and of a third of senators are at stake. While US presidents … Suite
Texte intégral (1480 mots)

 

On November 8, American voters will go to the polls in what are termed “mid-term” congressional elections.  The seats of all the members of the House of Representatives and of a third of senators are at stake. While US presidents traditionally play a predominant role in the making of foreign policy, Congress is also an essential actor.  The results of the November elections could therefore have major impacts on President Biden’s foreign policy initiatives in the last two years of his term.

Democrats in Congress face real headwinds this year, and the president’s majority in both the House and Senate is clearly at risk. Some 74% of Americans believe the country is headed in the wrong direction, the worst numbers in years, and approval ratings for Biden are at Trumpian lows.  Inflation, and in particular high gas prices, rising crime, and concerns about the economy are top of mind for US voters. Although current overall generic polling puts republicans only slightly ahead of democrats – 44.3% to 42.5% – the electoral map doesn’t favor democrats in many parts of the country.  The Senate, where the democrats’ majority is already razor-thin, is at risk, and many analysts believe the republicans have a strong chance of winning the House.

The stakes are high. Congress’s most potent tool is the power of the purse. Without congressional appropriations, there is no federal spending on arms for Ukraine, COVID vaccinations in the developing world, or a beefed-up US military presence in the South China Sea. Congress, of course, also has the upper hand on any foreign policy initiatives that might require legislation, for example new types of sanctions on Russian President Putin and his government and military. The Senate must agree to most senior Biden Administration personnel appointments and must give its agreement to formal treaty arrangements. Chairmanship of key committees, especially the Senate Foreign Relations Committee (SFRC), give the majority party an influential bully pulpit.

Assuming the republicans manage to take one or both houses of Congress, what are the prospects for coherent, effective foreign policy for the rest of Biden’s mandate?  In short, a republican Congress will make things difficult for Biden, but there are areas of possible bipartisan collaboration. The prospects for such collaboration, however, will likely dim as presidential elections in 2024 approach.

There is some good news for the President, at least in the short term. Viewpoints on the most urgent national security matter facing the United States – the war in Ukraine and Russian aggression more globally – have generally been consistent across party lines in the months since the latest Russian invasion of Ukraine. Biden’s approach has been simple: strongly support Ukraine diplomatically, use sanctions and boycotts to make life as difficult as possible for Putin, give Ukraine enough weapons to keep it in the fight, and avoid provoking the Russians into World War III.  There has been carping from congressional republicans, but few have called the overall strategy into question.  Unfortunately for Biden, there is no guarantee the republicans will continue to support, tacitly, this position.  “America First,” far right republicans opposed to an interventionist foreign policy generally or republican presidential candidates seeking to undermine Biden on issues like inflation resulting from the war may become increasingly vocal as the United States nears presidential elections in November of 2024. As an example of the dangers Biden faces in the new Congress, only ten House republicans voted recently for a bill to facilitate military assistance to Ukraine; a republican majority might be enough to sink such legislation in the future. Biden will have to work hard to convince mainstream republican members of Congress, and the American people, that continued support for Ukraine is worth the costs.

Republican support for NATO is another potential bright spot, although that support is increasingly soft.  The Biden Administration clearly sees the Transatlantic Alliance as a key bulwark against Russian expansionism in Ukraine and beyond, and a major objective for Biden even before Putin’s move into Ukraine was revitalization of America’s alliance structures.  Donald Trump was tepid, to say the least, about NATO when he was president, but many old school members of the GOP remain committed to the organization and its objectives. In April, for example, most House republicans voted for a resolution in favor of NATO (although notably a third did not).  Again, there are strains here as the Trump wing of the party reasserts itself in the lead-up to ’22 and ’24 elections. Republican Senator Rand Paul, for example, suggested in a SFRC hearing that eastward NATO expansion could explain Russian aggression. This is hardly a traditional American position. In any event, Biden will need continued republican support.

While there is likely to be differences on specific policy formulations, Biden and congressional republicans share deep concern about China. This includes China’s geo-strategic moves in the South China Sea and beyond, “Belt and Road” attempts to forge a Chinese-led global trading and investment system, the country’s protectionist economic policies, and China’s increasingly authoritarian bent at home. According to the Pew Research Center, a large majority of Americans – 89% in fact – consider the People’s Republic a competitor or an enemy rather than a partner.[1] The sense that something needs to be done about China is clearly bipartisan. What, exactly, that might be is less clear. Generally speaking, republicans are perceived to be “tougher” on the PRC than democrats.  For now, the Biden Administration sees Russia as “destabilizing” and China as “assertive,” not quite as dangerous in the immediate but a much bigger problem long term.[2]  There is certainly overlap between republicans and democrats, and there are possibilities for bipartisan approaches on China.

In other areas, the Biden Administration’s room for maneuver in the international space will be constricted ab initio should the republicans win a majority in either or both houses.

The most notable example is climate change. When Biden took office, he had ambitious plans for major energy transformation at home and reinvigorated American leadership on this existential issue abroad. After months of negotiation, Biden’s domestic climate change plan appears all but dead, at least that substantial part of it that required legislation. In fact, it didn’t even require a republican majority in either house to kill it. West Virginia Senator Joe Manchin, whose state is heavily dependent on coal mining, announced in mid-July that he would not support the bill. Manchin is a democrat, and, with a 50-50 split in the Senate, all it takes is one defection. Should the majority shift to the republicans, groundbreaking climate change legislation is almost unthinkable. A conservative majority in the Supreme Court also recently handed down a judgment limiting the US Government’s ability to force power producers to move to green sources of energy, which further complicates Biden’s path forward on climate. In international discussions on the issue, Biden will have little to bring to the table should republicans control Congress.

If the republicans win in November, Biden should be thankful for any collaboration he can get on issues where there is still any consensus, like Ukraine or China. As presidential elections in 2024 near, republicans in Congress will be less and less interested in governing in conjunction with a democratic president and more and more interested in undermining his administration to set the stage for a GOP presidential victory. A key objective for congressional republicans will be making the Biden Administration look weak and ineffective, and passing bipartisan legislation in support of the President’s agenda is unlikely to figure prominently in the republican playbook. The only exceptions will be those policies that have strong public approval or that continue to enjoy some legacy support by traditionalist republicans, such as NATO. Should Trump, or someone similarly disruptive, win the republican nomination in 2024, most congressional republicans will fall in line behind the candidate’s policy positions, no matter how extreme. That could cost Biden congressional support for even his most important foreign policy objectives.

_________________

[1] https://www.pewresearch.org/global/2021/03/04/most-americans-support-tough-stance-toward-china-on-human-rights-economic-issues/

[2] https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2021/03/NSC-1v2.pdf

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