
10.10.2026 à 11:10
Romuald Sciora est chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis. Il répond aux questions de Pascal Boniface à l’occasion de la parution de son ouvrage Lettre ouverte à Donald Trump aux éditions Point Nemo. Donald Trump est-il vraiment une menace pour la justice américaine ? Bien plus que le Congrès, la justice américaine apparaît aujourd’hui comme le dernier véritable contre-pouvoir capable de résister à Donald Trump. Plusieurs juges fédéraux se sont opposés à des décisions présidentielles, encore récemment lorsqu’un juge a ordonné le rétablissement de l’accès à la Maison-Blanche de CNN, MS NOW et Politico après leur bannissement pas Donald Trump. Même la Cour suprême, pourtant à majorité conservatrice, ne lui donne pas systématiquement raison. Jusqu’à quand cette résistance tiendra-t-elle ? C’est toute la question. Et ce qui se passera, ou ne se passera pas, après les élections du 3 novembre nous apportera peut-être la réponse. Si Donald Trump et JD Vance contestent frontalement des résultats qui leur seraient défavorables et déclarent l’élection illégitime, la justice, et en dernier ressort la Cour suprême, pourrait devenir l’ultime arbitre. Que fera-t-elle ? Si elle renonce alors à jouer son rôle de contre-pouvoir, c’en sera fini de l’indépendance de la justice américaine. Vous avez intitulé un chapitre « Ubu roi ». La pièce est ressortie à Paris, avec des références directes à Donald Trump. Qu’est-ce qui permet cette comparaison ? On pourrait parfois croire qu’Alfred Jarry avait Donald Trump en tête en écrivant Ubu roi. Tout y est : le grotesque devenu mode de gouvernement, la démesure, la vulgarité assumée, le culte de soi, l’arbitraire et, surtout, cette confusion permanente entre les intérêts du souverain et ceux du pays. Ubu ne gouverne pas selon des principes : il gouverne selon ses désirs, ses colères, ses rancunes. Les […]
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Romuald Sciora est chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis. Il répond aux questions de Pascal Boniface à l’occasion de la parution de son ouvrage Lettre ouverte à Donald Trump aux éditions Point Nemo.
Donald Trump est-il vraiment une menace pour la justice américaine ?
Bien plus que le Congrès, la justice américaine apparaît aujourd’hui comme le dernier véritable contre-pouvoir capable de résister à Donald Trump. Plusieurs juges fédéraux se sont opposés à des décisions présidentielles, encore récemment lorsqu’un juge a ordonné le rétablissement de l’accès à la Maison-Blanche de CNN, MS NOW et Politico après leur bannissement pas Donald Trump. Même la Cour suprême, pourtant à majorité conservatrice, ne lui donne pas systématiquement raison.
Jusqu’à quand cette résistance tiendra-t-elle ? C’est toute la question. Et ce qui se passera, ou ne se passera pas, après les élections du 3 novembre nous apportera peut-être la réponse. Si Donald Trump et JD Vance contestent frontalement des résultats qui leur seraient défavorables et déclarent l’élection illégitime, la justice, et en dernier ressort la Cour suprême, pourrait devenir l’ultime arbitre. Que fera-t-elle ? Si elle renonce alors à jouer son rôle de contre-pouvoir, c’en sera fini de l’indépendance de la justice américaine.
Vous avez intitulé un chapitre « Ubu roi ». La pièce est ressortie à Paris, avec des références directes à Donald Trump. Qu’est-ce qui permet cette comparaison ?
On pourrait parfois croire qu’Alfred Jarry avait Donald Trump en tête en écrivant Ubu roi. Tout y est : le grotesque devenu mode de gouvernement, la démesure, la vulgarité assumée, le culte de soi, l’arbitraire et, surtout, cette confusion permanente entre les intérêts du souverain et ceux du pays.
Ubu ne gouverne pas selon des principes : il gouverne selon ses désirs, ses colères, ses rancunes. Les institutions ne sont plus là pour limiter son pouvoir, mais pour le servir. Ses adversaires deviennent des ennemis et la politique un règlement de comptes permanent. Évidemment, Trump n’est pas Ubu et les États-Unis ne sont pas une pièce de Jarry. Mais la force d’Ubu est précisément d’avoir créé un archétype du pouvoir grotesque et démesuré. Cent trente ans plus tard, il est difficile de regarder certaines scènes de la présidence Trump sans penser à lui.
Auparavant, les États-Unis qualifiaient leurs rivaux d’« États voyous ». N’est-ce pas maintenant Washington qui se conduit comme tel ?
À mes yeux, Donald Trump et son administration, composée notamment d’idéologues d’extrême droite déterminés à mettre à bas le système multilatéral de l’après-1945, ont transformé les États-Unis en première superpuissance voyou de l’histoire.
Regardons les faits. Lorsque Trump impose 50 % de droits de douane au Brésil en 2025, il ne se cache même plus derrière le prétexte des méchants Européens ou des méchants Canadiens qui profiteraient des États-Unis et les voleraient. Rien de tout cela ici. C’est beaucoup plus simple : « Tu veux jeter mon copain Bolsonaro en taule ? Je te taxe à 50 %. »
Au Venezuela, rebelote. Après des décennies d’interventions américaines en Amérique latine, plus besoin cette fois d’invoquer la lutte contre le communisme, l’exportation de la démocratie ou même de prétendre répondre à l’appel de l’opposition vénézuélienne. Rien de tout cela. Les États-Unis interviennent militairement en territoire vénézuélien et enlèvent Nicolás Maduro, au mépris du droit international et dans des conditions dont la légalité au regard du droit américain est elle-même vivement contestée. Le patron ne veut pas me donner la caisse ? Je l’enlève et je fais chanter la nouvelle patronne : si elle ne me la donne pas, je ferai pire.
Même logique avec le Groenland. Pour la première fois, Washington menace ouvertement de prendre par la force le territoire d’un pays allié, sans même chercher à habiller cette menace d’un grand principe idéologique ou démocratique. Là encore, le message est d’une simplicité mafieuse : « Ce que tu as m’intéresse. Tu me le donnes, sinon je te casse la gueule. » Voilà ce qu’est devenue la politique étrangère américaine sous Donald Trump : non plus seulement l’exercice
Jusqu’à quel point Donald Trump peut-il abîmer la démocratie américaine ?
La démocratie américaine est déjà profondément abîmée. Ce qui était anormal hier est devenu la normalité aujourd’hui. Nous nous sommes habitués à un spectacle qui aurait été impensable il y a encore quelques années, jusqu’à voir d’immenses portraits du président installés sur des bâtiments officiels de Washington. Et c’est peut-être cela, le plus inquiétant : l’habitude.
Même en cas d’alternance démocrate, les choses ne redeviendront pas simplement comme avant. Parce que l’Amérique se sera habituée à ce qui était autrefois inimaginable. Et parce que cette extrême droite, enfin parvenue au cœur du pouvoir fédéral, ne disparaîtra pas avec une défaite électorale. Elle restera organisée, idéologiquement structurée et politiquement puissante. Lorsqu’elle reviendra aux commandes, elle reprendra son entreprise de démantèlement des garde-fous démocratiques là où elle l’aura laissée.
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09.10.2026 à 18:51
En 2026, 29,2 % de la population mondiale vit toujours sous un régime qui criminalise, à des degrés divers, les relations sexuelles entre personnes de même sexe. Dans le même temps, plus de la moitié de l’humanité vit dans des États qui ne disposent ni de cadre légal relatif à l’union des personnes homosexuelles ni ne criminalisent les relations entre celles-ci. Il y a là le résultat de deux tendances croisées depuis le tournant des années 1990. D’une part, un nombre croissant de pays adoptent des dispositifs d’union civile et/ou de mariage pour les personnes de même sexe. D’autre part, les États qui criminalisent ces relations ont vu leur nombre diminuer de 114 en 1990 à 65 en 2025. De ce point de vue, les dispositifs coloniaux continuent de laisser leur marque : la plupart des pays qui criminalisent encore les relations sexuelles entre personnes de même sexe le font sur le fondement de dispositions juridiques héritées de la colonisation, qui soit ont été conservées telles quelles, soit ont servi de fondement à l’extension du cadre juridique criminalisant l’homosexualité. Les progrès constatés ne vont toutefois pas sans entraves. Si la contraction de la criminalisation souligne des progrès indéniables, elle ne doit pas cacher le renforcement ces dernières années, dans certains États, comme c’est le cas au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, de législations à l’encontre des personnes homosexuelles. Par ailleurs, certains États, à l’instar de la Russie, qui ne criminalisent pas ou plus l’homosexualité, peuvent être le théâtre d’obstacles juridiques à la liberté d’association autour des questions de diversité sexuelle, de genre et corporelle. En 2026, les personnes homosexuelles risquent encore la peine de mort dans onze pays. ILGA World, fédération d’associations de défense des droits des personnes LGBTI+, disposant d’un statut consultatif auprès du Conseil économique et […]
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En 2026, 29,2 % de la population mondiale vit toujours sous un régime qui criminalise, à des degrés divers, les relations sexuelles entre personnes de même sexe. Dans le même temps, plus de la moitié de l’humanité vit dans des États qui ne disposent ni de cadre légal relatif à l’union des personnes homosexuelles ni ne criminalisent les relations entre celles-ci.
Il y a là le résultat de deux tendances croisées depuis le tournant des années 1990. D’une part, un nombre croissant de pays adoptent des dispositifs d’union civile et/ou de mariage pour les personnes de même sexe. D’autre part, les États qui criminalisent ces relations ont vu leur nombre diminuer de 114 en 1990 à 65 en 2025.
De ce point de vue, les dispositifs coloniaux continuent de laisser leur marque : la plupart des pays qui criminalisent encore les relations sexuelles entre personnes de même sexe le font sur le fondement de dispositions juridiques héritées de la colonisation, qui soit ont été conservées telles quelles, soit ont servi de fondement à l’extension du cadre juridique criminalisant l’homosexualité.
Les progrès constatés ne vont toutefois pas sans entraves. Si la contraction de la criminalisation souligne des progrès indéniables, elle ne doit pas cacher le renforcement ces dernières années, dans certains États, comme c’est le cas au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, de législations à l’encontre des personnes homosexuelles. Par ailleurs, certains États, à l’instar de la Russie, qui ne criminalisent pas ou plus l’homosexualité, peuvent être le théâtre d’obstacles juridiques à la liberté d’association autour des questions de diversité sexuelle, de genre et corporelle.
En 2026, les personnes homosexuelles risquent encore la peine de mort dans onze pays. ILGA World, fédération d’associations de défense des droits des personnes LGBTI+, disposant d’un statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations unies ne retient pas une certitude juridique complète quant à l’applicabilité de la peine de mort dans cinq États – Afghanistan, Pakistan, Qatar, Somalie et Émirats arabes unis –, en raison de l’absence de fondement juridique explicite et de divergences doctrinales relatives à l’interprétation de certaines dispositions. Cette incertitude concerne exclusivement le niveau de la sanction encourue : la criminalisation y est bien juridiquement établie.
Un état des lieux, en carte et infographie, des cadres légaux qui régissent les relations entre personnes de même sexe à travers le monde.
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09.10.2026 à 16:13
La Côte d’Ivoire est aujourd’hui l’une des principales puissances économiques d’Afrique de l’Ouest. Hub commercial régional et premier producteur mondial de cacao, elle connaît une forte croissance. Pourtant, elle a connu des périodes de grande instabilité. Le « miracle ivoirien » des premières décennies d’indépendance s’essouffle dans les années 1980 avec la chute des cours des matières premières. Après la mort de Félix Houphouët-Boigny, son premier président au régime autoritaire, en 1993, des tensions politiques et identitaires émergent, jusqu’à plonger le pays dans la guerre civile en 2002, puis dans un nouveau conflit après la crise électorale de 2010-2011. Depuis, la Côte d’Ivoire a renoué avec une forte croissance et une relative stabilité. Sur le plan diplomatique, elle a reconstruit des liens étroits avec la France, après une décennie de distance sous la présidence de Laurent Gbagbo, tout en diversifiant progressivement ses partenariats, notamment avec la Chine. Les inégalités persistantes, les dérives autoritaires du régime d’Alassane Ouattara et le maintien de la menace terroriste à sa frontière nord conjuguée à de fortes tensions avec ses voisins sahéliens révèlent les limites d’une stabilité qui demeure fragile. Comment s’est construite la Côte d’Ivoire depuis la fin de la période coloniale ? Comment le « miracle ivoirien » a-t-il laissé place aux fractures et aux guerres civiles ? Et comment Abidjan cherche-t-elle aujourd’hui à s’affirmer entre ancrage occidental, diversification de ses partenariats et tensions régionales ? Retour en cartes, photos et infographies sur une puissance ouest-africaine au cœur des recompositions de la région.
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La Côte d’Ivoire est aujourd’hui l’une des principales puissances économiques d’Afrique de l’Ouest. Hub commercial régional et premier producteur mondial de cacao, elle connaît une forte croissance. Pourtant, elle a connu des périodes de grande instabilité.
Le « miracle ivoirien » des premières décennies d’indépendance s’essouffle dans les années 1980 avec la chute des cours des matières premières. Après la mort de Félix Houphouët-Boigny, son premier président au régime autoritaire, en 1993, des tensions politiques et identitaires émergent, jusqu’à plonger le pays dans la guerre civile en 2002, puis dans un nouveau conflit après la crise électorale de 2010-2011.
Depuis, la Côte d’Ivoire a renoué avec une forte croissance et une relative stabilité. Sur le plan diplomatique, elle a reconstruit des liens étroits avec la France, après une décennie de distance sous la présidence de Laurent Gbagbo, tout en diversifiant progressivement ses partenariats, notamment avec la Chine. Les inégalités persistantes, les dérives autoritaires du régime d’Alassane Ouattara et le maintien de la menace terroriste à sa frontière nord conjuguée à de fortes tensions avec ses voisins sahéliens révèlent les limites d’une stabilité qui demeure fragile.
Comment s’est construite la Côte d’Ivoire depuis la fin de la période coloniale ? Comment le « miracle ivoirien » a-t-il laissé place aux fractures et aux guerres civiles ? Et comment Abidjan cherche-t-elle aujourd’hui à s’affirmer entre ancrage occidental, diversification de ses partenariats et tensions régionales ? Retour en cartes, photos et infographies sur une puissance ouest-africaine au cœur des recompositions de la région.
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