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01.03.2026 à 19:56

Merci, l’Ukraine !

Philippe De Lara
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Au moment où ils entament une campagne aérienne contre l’Iran, Trump et Netanyahou réalisent-ils ce qu’ils doivent à l’Ukraine ?

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Texte intégral (874 mots)

Au moment où ils entament une campagne aérienne contre l’Iran, Trump et Netanyahou réalisent-ils ce qu’ils doivent à l’Ukraine ? C’est parce que la Russie est tenue en échec et épuisée par l’Ukraine qu’elle a perdu une bonne part de son pouvoir de nuisance dans le monde. Elle ne peut plus faire grand-chose pour l’Iran des mollahs. L’Iran est pourtant un allié loyal au sein de l’axe Moscou-Téhéran-Pyongyang-Pékin. Elle a livré des drones tueurs Shahed en quantité, avant de permettre à la Russie d’en fabriquer elle-même. On craignait qu’en retour, l’Iran ait reçu l’aide technologique de la Russie pour construire des missiles balistiques à longue portée, mais rien ne dit que cette aide ait été fructueuse. Les experts militaires sont sceptiques sur les capacités de l’Iran dans ce domaine ; il y a une incertitude sur le nombre de missiles dont dispose l’Iran, mais il est presque certain que ses missiles ne peuvent pas aller plus loin qu’Israël. C’est une menace existentielle pour l’État hébreu, mais personne – à part Donald Trump –, ne croit que l’Iran soit capable de construire et de lancer des missiles intercontinentaux.

Le silence piteux de la Russie sur la crise iranienne est le reflet de son incapacité à agir de quelque manière que ce soit pour aider son vieil allié. Cela devrait donner des inquiétudes aux autres alliés de la Russie.

En lançant sa guerre totale contre l’Ukraine, Poutine pensait déclencher le chaos dans le monde, doper les ennemis de l’Occident global et les pousser à l’aventurisme (plusieurs États africains s’en mordent déjà les doigts). Il a entretenu le chaos au Moyen-Orient. Il a notamment donné le feu vert au Hamas pour le pogrom du 7 octobre 2023, en doublant semble-t-il l’Iran sur sa gauche : l’Iran n’était pas au courant du projet de son proxy de Gaza jusqu’à la veille de l’attaque. En 2024, la victoire de Donald Trump fut encore un coup gagnant pour la Russie : Trump est un agent du chaos mondial, c’est même sa définition. Mais il n’est pas prêt à se coucher devant le Kremlin et entretient un rapport de force impitoyable, notamment sur Cuba, sur le Venezuela et sur l’Arctique ; il partage avec Poutine sa détestation de l’Ukraine, avec cette différence qu’on n’est pas sûr de comprendre pourquoi cette haine chez Trump et jusqu’où elle peut aller, alors que celle de Poutine repose sur des buts clairement affichés qui expliquent qu’elle soit génocidaire.

Mais, après un an d’idylle contrariée avec Poutine, la campagne périlleuse de Trump contre l’Iran tourne une page. On ne sait pas quelle sera la prochaine foucade de Trump, jusqu’où le mènera son jeu de bascule entre la Russie et la Chine, mais on peut parier qu’il n’en ressortira rien de bon pour Poutine. Trump aurait-il lancé cette campagne si le « partenaire » russe n’était pas réduit à l’impuissance ? Il y a lieu d’en douter.

Grâce à la résistance de l’Ukraine, l’entrepreneur de chaos Poutine est victime de lui-même : non seulement il a échoué en Ukraine, mais cet échec est en train de paralyser son grand jeu planétaire ; il n’est plus capable de conserver ses marchés d’armement, et encore moins d’aider militairement ses alliés. Il espérait prendre l’hégémon dans la guerre contre l’Occident, en compensant sa faiblesse économique face à la Chine par le prestige du général en chef. Las, le gros matou chinois ne fait rien contre Moscou mais il attend son heure et profite, en particulier sur les marchés pétroliers, de l’épuisement de l’économie russe. La Chine n’aura même pas besoin d’occuper l’Extrême-Orient russe pour récupérer de facto, par épuisement de l’adversaire, les territoires qu’elle revendique depuis un siècle, Vladivostok et Sakhaline. Jean Sylvestre Mongrenier montre dans ce numéro de Desk Russie combien la vision du monde eurasiste est le fondement de la « grande stratégie » de la Russie. Toutefois, cette vision grandiose et têtue de la destinée russe, ni européenne ni orientale mais dépassant les deux, est peut-être en train de s’écrouler de toute part : à l’Ouest, évidemment, grâce à la mobilisation héroïque du peuple ukrainien, à l’Est, par la patience hypocrite de la Chine.

Malheureusement, il est peu probable que Trump comprenne et reconnaisse ce qu’il doit à l’Ukraine et la paie de retour, pas plus que Netanyahou, obnubilé par son attention à l’électorat d’origine russe, qui lui fournit des voix et des investissements.

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01.03.2026 à 19:55

Willy Brandt à genoux

Vitaly Portnikov
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Un futur président russe pourra-t-il se mettre à genoux pour demander pardon à l’Ukraine et aux Ukrainiens, comme le fit jadis le chancelier allemand Brandt demandant pardon pour l’Holocauste ?

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Texte intégral (1450 mots)

La Russie est habituée par sa propagande multiséculaire à l’idée d’être une nation de vainqueurs, même s’il n’y a derrière aucune vérité historique. Dans cette optique, un futur président russe pourra-t-il se mettre à genoux pour demander pardon à l’Ukraine et aux Ukrainiens, comme le fit jadis le chancelier allemand Brandt demandant pardon pour l’Holocauste ? Le journaliste ukrainien en doute. S’il n’y a pas de sentiment de défaite chez les Russes, il n’y a pas non plus de remords : pourquoi un éternel vainqueur demanderait-il pardon à qui que ce soit ?

Il y a 55 ans, en décembre 1970, lors d’une visite en Pologne, le chancelier fédéral allemand Willy Brandt s’est agenouillé devant le monument dédié aux victimes du soulèvement du ghetto de Varsovie.

Ce fut un geste choquant auquel personne n’était préparé, ni les invités, ni les hôtes. Jusqu’alors, aucun homme politique au monde ne s’était permis une repentance aussi sincère, du moins dans l’histoire récente. La société allemande s’est divisée à peu près en deux à propos du geste de Brandt, mais la majorité n’a pas soutenu l’acte du chancelier fédéral. Cependant, deux ans plus tard, les sociaux-démocrates dirigés par Brandt remportèrent haut la main les élections législatives. Le peuple allemand finit par reconnaître que, par sa décision inattendue, le chancelier, qui était un antifasciste convaincu et qui était revenu en Allemagne après la chute d’Hitler avec l’uniforme de l’armée norvégienne, avait sauvé l’honneur des Allemands.

Un aspect moins connu de cette visite fut la signature par Brandt et le Premier ministre polonais Józef Cyrankiewicz d’un accord reconnaissant les nouvelles frontières de la Pologne établies après la Seconde Guerre mondiale. Brandt est ainsi devenu le premier chancelier de la nouvelle Allemagne après la guerre à renoncer au revanchisme et à la nostalgie des terres perdues – même si, contrairement aux territoires ukrainiens revendiqués aujourd’hui par la Russie, ces terres étaient effectivement habitées par des Allemands avant la Seconde Guerre mondiale. Mais Brandt estimait que les bonnes relations futures étaient plus importantes que la nostalgie historique. Et ce, alors qu’au moment de ces accords avec les Polonais, la RFA et la Pologne n’avaient pas de frontière commune : celle-ci n’est apparue qu’après la disparition de la République démocratique allemande de la carte politique mondiale. On peut donc dire que l’accord de Brandt était un document important non seulement pour les Polonais, mais aussi pour la future unité allemande, même si personne ne pouvait alors l’imaginer.

Pour moi personnellement, cet acte de Brandt est devenu une sorte de « porte d’entrée vers l’Allemagne », en tant que pays et en tant que civilisation. J’appartiens à un peuple exterminé. Mes grands-mères sursautaient encore lorsqu’elles entendaient parler allemand, ce qui n’est pas surprenant pour des personnes qui ont perdu leurs parents et leurs proches dans les ravins d’Ukraine pendant l’Holocauste. Mais la décision courageuse de Brandt m’a convaincu, lorsque j’en ai pris connaissance, bien sûr, que les Allemands qui avaient honte et qui étaient prêts à lutter contre le mal avaient toujours existé. D’autant plus que le repentir avait été rendu possible en Allemagne au plus haut niveau de l’État, et pas seulement au détour d’une conversation avec une connaissance fortuite.

Aujourd’hui, je me demande avant tout si l’acte de Brandt pourrait se reproduire dans la guerre russo-ukrainienne. Verrons-nous un jour un président russe capable de s’agenouiller à Boutcha ?

J’en doute fortement. La culture sociale et politique russe ne reconnaît ni les défaites ni les excuses. Brandt comprenait parfaitement que son geste était le résultat non seulement d’une défaite politique de l’Allemagne, mais aussi d’une défaite morale et des crimes qui faisaient partie de cette défaite.

Les Russes ne remarquent pas leurs défaites. Ce n’est pas qu’il n’y en ait pas, mais l’État, la société, l’éducation et l’enseignement de l’histoire les ignorent délibérément. Et s’il n’y a pas de sentiment de défaite, il n’y a pas non plus de remords : pourquoi un éternel vainqueur demanderait-il pardon à quelqu’un ?

De plus, le culte du « mal bénéfique » fait également partie de cette culture. Ivan le Terrible a transformé l’État moscovite en un empire de répression, mais il est toujours considéré en Russie comme l’un des plus grands monarques. Il en va de même pour le paranoïaque Pierre Ier, qui a enterré des centaines de milliers de personnes dans les marais pendant la construction de Saint-Pétersbourg, et, bien sûr, pour Staline. L’attitude des Russes envers Staline relève en fait d’une sorte de syndrome de Stockholm étonnant. L’homme qui a envoyé des millions d’entre eux – et bien sûr aussi des non-Russes, mais nous parlons ici des Russes – dans l’autre monde suscite encore aujourd’hui l’admiration. Et on ne peut pas dire que tout cela n’est que le fruit de la propagande de Poutine. Même à l’époque soviétique, lorsque le pouvoir limitait cette admiration, les « gens ordinaires » pouvaient vous dire en privé à quel point la vie était merveilleuse sous le régime du grand chef. 

Les gens qui tolèrent le mal qui leur est fait ne peuvent pas comprendre la nécessité de s’excuser pour le mal causé aux autres. Pour le Holodomor, ces gens-là vous disent qu’il y avait la famine partout ! L’annexion de la Crimée est justifiée par le fait qu’elle est russe, et que les Tatars de Crimée sont des traîtres. Ils expliquent par ailleurs l’invasion à grande échelle en 2022 par le non-respect des accords de Minsk. Et ils traitent le massacre de Boutcha de mise en scène et de spectacle. Il convient de rappeler que c’est exactement ainsi que l’on a parlé de Katyń en Russie pendant des décennies, en attribuant la responsabilité de la décision de Staline de tuer des officiers polonais aux Allemands – et aujourd’hui, on revient doucement à cette version.

Les Russes ne demandent pas pardon. Car seuls les faibles et les perdants s’excusent. Ils ne se sont excusés pour aucun des avions civils qu’ils ont détruits, même lorsqu’il fallait sortir de l’impasse dans les relations avec l’Azerbaïdjan. Demander pardon était plutôt dans l’intérêt de Poutine, mais il n’a pas cédé là-dessus non plus.

Donc non, nous n’attendrons pas qu’un président russe se mette à genoux à Boutcha. Dans une Russie autoritaire, un tel président ne considérera tout simplement pas qu’il est possible de « céder », et dans une Russie démocratique, un tel président ne sera tout simplement jamais élu. Le problème ne réside pas dans Poutine, mais dans la société qui l’a engendré.

Pour finir, le choix appartient aux Ukrainiens. Après la guerre, quelle que soit son issue, nous pouvons certes coexister avec un pays qui refuse obstinément de voir les crimes terribles commis contre le peuple ukrainien, et qui est même fier de ces crimes et les romantise « comme l’Afghanistan ». Ou bien nous pouvons nous isoler définitivement de ce pays et prendre conscience que toute réconciliation n’est possible qu’après des réparations et des repentirs, et que cela ne se fera pas du jour au lendemain.

Je ne doute guère que la majorité des Ukrainiens optera pour la première option. Mais je recommanderais tout de même la seconde.

Traduit de l’ukrainien par Desk Russie

Lire l’original ici

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01.03.2026 à 19:55

Où en est l’Ukraine après quatre ans de guerre totale ?

Yuliia Zyubrovska&nbsp;et&nbsp;Andreas Umland
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Sur tous les paramètres, l’Ukraine a montré une résilience extraordinaire. L’aide internationale doit être rapidement renforcée en 2026.

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Texte intégral (3846 mots)

Cet article présente un bilan de la situation militaire, économique, politique et sociale de l’Ukraine après quatre ans de guerre. Sur tous les paramètres, l’Ukraine a montré une résilience extraordinaire, malgré un certain nombre de défis, en particulier, la diminution notable de sa population, à cause d’une forte émigration provoquée par la guerre et une baisse de natalité. Les auteurs constatent néanmoins une diminution de l’aide militaire à l’Ukraine en 2025 par rapport à l’année précédente et appellent les pays occidentaux à un sursaut de solidarité.

Quatre ans après l’invasion totale de la Russie, l’Ukraine reste soumise à une pression militaire, économique et démographique extrême. Selon la Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations Unies en Ukraine (acronyme anglais HRMMU), l’année 2025 a été la plus meurtrière pour les civils en Ukraine après 2022. La HRMMU a « confirmé que les violences liées au conflit en Ukraine en 2025 ont tué 2 514 civils et blessé 12 142 autres », soit une augmentation de 31 % par rapport à 2024 et de 70 % par rapport à 2023. Néanmoins, début 2026, l’Institut international de sociologie de Kyïv a mesuré que 65 % des Ukrainiens sont toujours prêts à endurer la guerre « aussi longtemps que nécessaire ».

Ce résultat reflète une conclusion antérieure d’une étude comparative sur les guerres, selon laquelle les campagnes aériennes terroristes menées par les États contre les civils sont, pour les pays agresseurs, des instruments inadaptés pour briser une nation qui se défend. Au début de l’année 2026, le niveau d’optimisme des Ukrainiens concernant l’avenir de leur pays n’a pas diminué, mais au contraire, par rapport à 2024-2025, il a augmenté. Dans quelle mesure cette attitude ukrainienne est-elle l’expression d’une euphorie forcée ou le reflet de la résilience, des ressources et du potentiel continus de l’Ukraine dans la guerre en cours ?

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Tournants économiques et perspectives

Après un déclin marqué en 2022, l’économie ukrainienne s’est partiellement redressée en 2023. Malgré la poursuite de la guerre et la destruction délibérée des infrastructures ukrainiennes par la Russie, l’économie s’est depuis stabilisée et est restée relativement stable. En 2025, la croissance du PIB réel a ralenti pour s’établir à environ 2 % en raison des risques persistants en matière de sécurité, des pertes d’infrastructures et de capacités, des pénuries d’électricité et des contraintes en matière de main-d’œuvre. Le déficit commercial s’est creusé, les importations ayant atteint 84,8 milliards de dollars, soit environ deux fois plus que les exportations. L’inflation a été plutôt faible en 2025, s’établissant à environ 8 %. Le niveau moyen de confiance des entreprises et des consommateurs a augmenté par rapport à 2024, ce qui indique une adaptation de la société à l’environnement de guerre.

Taux de croissance annuel du PIB ukrainien en 2021-2025

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L’aide financière étrangère, provenant principalement de l’UE et de ses États membres, est devenue une part importante du budget et de l’économie ukrainienne. Les recettes de l’État ont augmenté de 21 % en valeur nominale en 2025, tandis que l’aide financière internationale a atteint 52,4 milliards de dollars, couvrant 95 % du déficit budgétaire. Depuis 2022, l’aide financière totale s’élève à 73 milliards d’euros pour l’UE et à 46,6 milliards d’euros pour les États-Unis.

Pour 2016, la Banque nationale d’Ukraine a établi une prévision de croissance de 1,8 %, tandis que le ministère de l’Économie maintient un objectif de 2,5 %. L’inflation devrait s’établir à 7,5 %, ce qui indique un nouveau ralentissement de la hausse des prix par rapport à 2025. La dette nationale de l’Ukraine atteindra son niveau maximal en 2026, dépassant 110 % du produit intérieur brut, mais elle diminuera ensuite, comme le prévoit un rapport du FMI de 2025.

L’économie ukrainienne n’est pas seulement freinée par les actions militaires russes et leurs conséquences. Le poids croissant de la dette et divers problèmes dans le secteur public, la sphère sociale et l’agriculture entravent également la croissance. Il existe également des risques liés aux décisions judiciaires, à l’instabilité du secteur financier, à la privatisation et aux situations d’urgence.

Le manque de main-d’œuvre qualifiée, résultant de la mobilisation militaire et de l’émigration, oblige les entreprises à rechercher des travailleurs étrangers ou des moyens d’automatiser la production. Bohdan Danylychyne, de la Fédération des industries ukrainiennes, a déclaré le 30 janvier 2026 : « Le marché du travail ukrainien entre actuellement dans une phase où la pénurie de main-d’œuvre devient un facteur systémique plutôt qu’une conséquence temporaire de la guerre. La croissance des salaires est non seulement positive pour les ménages, mais elle représente également un défi de taille pour les entreprises, la dynamique de l’inflation et la compétitivité de l’économie. » Certains commentateurs y voient toutefois un côté positif, car une densité industrielle moindre est bonne pour l’environnement, et moins de personnes actives sur le marché du travail signifie plus d’opportunités pour tout le monde.

Capacités militaires et défis

À ce jour, environ 55 000 soldats ukrainiens ont perdu la vie depuis 2022. Tout au long de l’année 2025, la guerre est restée positionnelle, et la conquête d’un kilomètre carré de territoire ukrainien a coûté à la Russie 93 victimes en moyenne. Le manque chronique de main-d’œuvre est un problème majeur, pour l’Ukraine, mais aussi pour la Russie.

En 2026, l’Ukraine devrait disposer d’un budget de défense record d’environ 2 800 milliards de hryvnias (27,2 % du PIB). Ce montant la placera au 20e rang mondial en termes de dépenses de défense. La plupart des recettes et des emprunts collectés par l’Ukraine en 2026 seront consacrés au paiement des salaires des soldats, à l’achat d’armes, à la logistique militaire, aux réserves de troupes, etc.

L’Ukraine développe rapidement son complexe militaro-industriel. Le pays est désormais leader dans le développement de drones et de missiles de croisière peu coûteux, tout en coopérant avec des partenaires sur ce type d’armes et d’autres. Selon une prévision du Conseil national de sécurité et de défense de l’Ukraine, la capacité de l’industrie militaire ukrainienne doublera presque en 2026. Suite à une nouvelle approche actuellement mise en œuvre, « une partie de la production sera utilisée pour des exportations contrôlées vers des pays amis : il s’agit d’un outil d’autofinancement ».

Bien que, par exemple, la production de drones devrait atteindre le chiffre stupéfiant de plus de 7 millions d’unités, il existe en même temps d’énormes défis à relever. Il s’agit notamment de la pénurie de systèmes de défense aérienne / anti-missile nécessaires non seulement au front, mais aussi à l’arrière de l’Ukraine pour protéger les infrastructures énergétiques, du manque d’instruments adéquats pour contrer les nouveaux drones russes à fibre optique et du défi permanent que représente le maintien de la ligne de front.

En 2026, un total de 120 milliards de dollars sera nécessaire pour fournir une défense aérienne / anti-missile et des munitions suffisantes. La moitié de cette somme devrait provenir du budget national et des prêts de l’UE, et 60 milliards de dollars supplémentaires devraient être fournis par les alliés sous forme d’aide à la sécurité, selon le ministère ukrainien de la Défense.

Changements démographiques et migration

Depuis 2022 en particulier, la guerre a exacerbé les problèmes démographiques ukrainiens qui s’inscrivaient dans des tendances plus larges dans l’espace post-soviétique. Forbes Ukraine a estimé qu’aujourd’hui, 30,5 millions de personnes vivent sur le territoire contrôlé par le gouvernement ukrainien, soit environ 7 millions de moins que la dernière estimation du gouvernement en 2019. Avant 2022 déjà, l’Ukraine était une « nation vieillissante », avec un âge moyen de ses citoyens d’environ 42-43 ans. Après une baisse du taux de natalité de 25 % en 2022, ce déclin s’est progressivement ralenti pour atteindre 6 % en 2024 et 4,5 % en 2025, alors qu’il y avait encore trois décès pour chaque nouveau-né dans le pays.

Au cours des quatre années de guerre totale, 3,1 millions d’Ukrainiens qui ont quitté le pays ne sont pas officiellement revenus en Ukraine. Malgré une campagne de bombardements intensifs, de nombreuses coupures d’électricité et une nouvelle loi autorisant les hommes âgés de 18 à 22 ans à quitter le pays, seuls 290 300 Ukrainiens (dont environ 60 000 jeunes hommes) qui sont partis à l’étranger en 2025 ne sont pas revenus. Cela signifie que l’émigration a été 1,5 fois moins importante en 2025 qu’en 2024.

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En novembre 2025, 4,33 millions de citoyens non européens ayant quitté l’Ukraine bénéficiaient d’une protection temporaire dans l’UE. Environ 260 000 personnes se sont installées aux États-Unis dans le cadre du programme humanitaire U4U, et près de 300 000 au Canada dans le cadre d’un programme similaire.

La décision des Ukrainiens de retourner en Ukraine « reste fortement dépendante des perspectives de paix et de sécurité futures ». Néanmoins, certains sont déjà rentrés chez eux malgré la guerre qui se poursuit, en raison de leurs liens familiaux, de l’environnement familier, de la nostalgie, des prix élevés à l’étranger, de la qualité des soins médicaux, du patriotisme, du mal du pays et de l’échec de leur intégration dans leur pays d’accueil.

Principaux enjeux sociaux et politiques

Le pays est confronté à une multitude de défis complexes au niveau national : dégradation sociale, polarisation politique, déclin démographique, intégration des anciens combattants, dévastation environnementale, luttes culturelles, conflits commerciaux, etc. Malgré la tension que ces défis et d’autres défis cumulés créent, la situation intérieure, tant dans le secteur civil que militaire, est étonnamment calme et ne connaît aucune confrontation violente.

Malgré sa mauvaise réputation, l’appareil d’État ukrainien s’en sort relativement bien, en collaboration avec la société civile et divers partenaires étrangers, et continuera à le faire. Par exemple, en 2026, les dépenses totales du ministère de la Politique sociale pour l’aide sociale aux citoyens s’élèveront à 468,5 milliards de hryvnias, soit 47,6 milliards de plus qu’en 2025. Les politiques sociales se concentreront notamment sur l’aide aux familles, par exemple par le biais d’allocations de naissance ou de « paquets scolaires ».

Des progrès ont également été réalisés dans d’autres domaines. En 2025, l’Ukraine a amélioré sa position dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International, gagnant une place dans le classement mondial des pays. L’intégration de l’Ukraine dans l’UE est une source majeure d’optimisme social et, malgré la résistance de la Hongrie, elle continue de progresser. L’adhésion partielle de l’Ukraine à l’UE pourrait débuter dès 2027. Dans le même temps, le Parlement, la Commission électorale centrale et la société civile ukrainienne élaborent simultanément des plans pour les élections nationales et locales d’après-guerre, démontrant ainsi l’engagement continu de l’Ukraine en faveur de la démocratie. D’autres politiques de réforme et activités sociales menées pendant la guerre pourraient être énumérées.

Conclusions et recommandations politiques

Au cours des quatre dernières années, l’Ukraine a non seulement remporté des succès militaires remarquables, mais elle a également fait preuve de résilience sociale, de cohésion politique, de potentiel d’innovation, de mobilisation civique, d’ingéniosité économique et de capacité d’adaptation en temps de guerre. Il est certain que sans l’aide de l’Occident, l’Ukraine n’aurait pas pu résister aussi longtemps à l’assaut russe, qui est en outre soutenu par la Chine, l’Iran, le Bélarus et la Corée du Nord. D’autre part, on oublie parfois aujourd’hui que les grandes victoires de l’Ukraine, lors des batailles de Kyïv, Kharkiv et Kherson, ont eu lieu dès le printemps et l’automne 2022. Elles ont donc été remportées avant, par exemple, que la plupart des armes lourdes occidentales fournies jusqu’alors à Kyïv n’entrent en service dans les forces armées ukrainiennes.

Les interprétations défaitistes populaires en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs sont l’une des raisons pour lesquelles le soutien financier et militaire occidental a été hésitant jusqu’à présent, et a même diminué en 2025 par rapport à 2024.

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Si l’on replace ces chiffres dans le contexte des caractéristiques de l’Ukraine en temps de guerre énumérées ci-dessus, ils illustrent une contradiction flagrante. D’un côté, les Ukrainiens ont, depuis 2022, obtenu des résultats remarquables tant dans leur défense contre la Russie que dans la poursuite de leur développement sociopolitique en conditions de guerre totale et de terreur russe à grande échelle contre les civils ukrainiens. De l’autre côté, le soutien global occidental, après avoir atteint un pic en 2024, a diminué en 2025, malgré la grande résilience de l’Ukraine.

Cette situation doit être corrigée en 2026. Compte tenu des performances passées et récentes de l’État ukrainien, la poursuite et le renforcement du soutien résolu de l’Occident à l’Ukraine apparaissent comme une stratégie cohérente et justifiée. Il ne s’agit pas d’un effort insensé, comme l’affirment de nombreux commentaires politiques, non seulement de la part d’observateurs pro-russes, mais aussi d’observateurs prétendument neutres.

Dans l’intérêt de la défense de l’ordre sécuritaire européen et de l’ordre mondial fondé sur des règles, les pays occidentaux et non occidentaux devraient rapidement accroître à la fois leur soutien militaire et leur aide non militaire à l’Ukraine en 2026. L’expérience des performances de l’Ukraine au cours des quatre dernières années laisse penser qu’un tel investissement ne sera pas perdu. Il peut finalement conduire à la réalisation d’une paix juste entre l’Ukraine et la Russie.

Traduit de l’anglais par Desk Russie 

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