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23.08.2022 à 05:33

Qui a trompé Poutine ?

Les dirigeants politiques ne s'attardent pas sur leurs erreurs et sont plutôt disposés à les cacher. De bonne guerre si les secrets ne faisaient des victimes. Il arrive toutefois que l'erreur soit si manifeste qu'elle ne peut plus être cachée. Ainsi en va-t-il de l'invasion de l'Ukraine par l'armée russe commencée le 24 février 2022.
Il n'y a pas de secret réel sur le fiasco de l'opération militaire russe rapidement embourbée dans sa conquête de Kiev malgré une supériorité matérielle colossale. Peu (...)

- La fabrique des sondages / , , ,
Texte intégral (1091 mots)

Les dirigeants politiques ne s'attardent pas sur leurs erreurs et sont plutôt disposés à les cacher. De bonne guerre si les secrets ne faisaient des victimes. Il arrive toutefois que l'erreur soit si manifeste qu'elle ne peut plus être cachée. Ainsi en va-t-il de l'invasion de l'Ukraine par l'armée russe commencée le 24 février 2022.

Il n'y a pas de secret réel sur le fiasco de l'opération militaire russe rapidement embourbée dans sa conquête de Kiev malgré une supériorité matérielle colossale. Peu d'observateurs auraient parié sur une résistance ukrainienne aussi efficace. Manifestement, l'agresseur s'était trompé sur ses propres forces et sur celles de l'adversaire. Cela n'a pu être caché mais a été de surcroît avoué par V. Poutine qui a limogé des responsables des services secrets et démis le FSB de sa responsabilité des opérations de renseignement dans la sinistre « opération militaire spéciale ». Poutine ne pouvait mieux désigner les coupables. On ne s'étonnera pas qu'une part de secret subsiste dans des services secrets. Une enquête du Washington Post a le mérite d'ouvrir un peu la boite noire sous un titre parfaitement clair : « Russia's spies misread Ukraine and misled Kremlinas war loomed » (The Washington Post, 19 août 2022 [1]).

Dans cet article comme d'autres, la mise en cause d'un pouvoir autocratique biaisant l'information du chef pour ne pas le contrarier et plaider sa propre cause a été avancée. Une hypothèse plausible en l'occurrence qu'on relève d'ailleurs dans toutes les bureaucraties où chaque échelon est porté à vanter ses performances. Au bout d'une chaîne d'évaluations, cela risque de donner des écarts faramineux entre les performances réelles et l'annonce finale augmentée successivement de quelques points.

Des systèmes d'armes ont ainsi pu être engagés sur des terrains de bataille avec des performances modestes sinon défectueuses pour avoir été évaluées dans une chaîne hiérarchique procédant par des exagérations successives. S'en contentera-t-on ? Sans doute sur la puissance de l'armée russe. Par contre comment des espions ont-ils pu se tromper et tromper à ce point ? Contrairement à ce qu'on affirmé longtemps les sondeurs, les régimes autoritaires utilisent bien les sondages [2]. Les espions ne peuvent pas se contenter d'enquêtes de proximité à la fois parce qu'existent des instruments modernes d'enquête sur l'opinion et parce que leurs chefs leur demandent plus que des impressions. Bref, là aussi il faut qu'ils produisent des pourcentages. Ce sont eux qui ont convaincu Vladimir Poutine que les Ukrainiens céderaient vite devant l'invasion et que les Russes approuveraient cette invasion.

- There are records that add to the mystery of Russian miscalculations. Extensive polls conducted for the FSB show that large segments of Ukraine's population were prepared to resist Russian encroachment, and that any expectation that Russian forces would be greeted as liberators was unfounded. Even so, officials said, the FSB continued to feed the Kremlin rosy assessments that Ukraine's masses would welcome the arrival of Russia's military and the restoration of Moscow-friendly rule. (The Washington Post, art. ibid)

Il semble que les espions russes aient oublié que les sondages d'opinion en régime autoritaire recelaient des biais spécifiques. Il est vrai que l'on ne connaît pas de livre critique sur les sondages publié en Russie. Cette seule lacune en dit long sur la rigueur des méthodes d'enquête et d'interprétation. Bien sûr, il paraît évident que le caractère autoritaire d'un régime pousse à masquer ses opinions. Du moins celles qu'on ne croit pas conformes aux attentes des commanditaires. Et dans ces régimes, nul doute que la plupart des sondés, n'ignorent pas que, derrière l'organisme qu'on leur vante comme indépendant, se profile un organisme officiel. Pas de raison de cacher ses convictions lorsqu'elles paraissent aller dans le bon sens, par contre, combien d'accommodements pour édulcorer voire cacher. Le légitimisme est alors une posture de repli facile. Il est plus facile d'approuver, surtout de belles idées morales que de contester l'autorité ou le sens commun.

Dans l'ensemble les sondages jouent comme des machines de consentement. A fortiori dans un régime de liberté réduite. Les sondeurs russes ont donc obtenu des résultats très favorables à une invasion en Ukraine dont les sondés ne savaient d'ailleurs pas qu'elle en était la forme, et les Ukrainiens craintifs n'ont pas voulu manifester une hostilité à la Russie, dont une perception élémentaire pouvait leur faire croire qu'elles attiseraient le feu. Et ces espions crédules ont livré des pourcentages à leurs chefs. On ne rirait si l'erreur n'était criminelle. Il reste à espérer que des informations filtreront de la machine à intoxication du Kremlin.


[1] Article en libre accès - pour l'instant - comme ceux qui constituent l'enquête dans son ensemble.

11.06.2022 à 20:56

Législatives 2022 : les sondeurs en service minimum

Après une campagne présidentielle de plus de six mois, conclue par la reconduction d'E. Macron, difficile pour la presse et les sondeurs notamment, de trouver le même attrait aux élections législatives qui depuis 2002 ont lieu dans la foulée du scrutin présidentiel réduit dans le même temps à 5 ans. Le raccourcissement de la campagne électorale et les conséquences politiques et institutionnelles de cette inversion du calendrier électoral expliquent principalement ce manque d'empressement et le nombre (...)

- Élections
Texte intégral (776 mots)

Après une campagne présidentielle de plus de six mois, conclue par la reconduction d'E. Macron, difficile pour la presse et les sondeurs notamment, de trouver le même attrait aux élections législatives qui depuis 2002 ont lieu dans la foulée du scrutin présidentiel réduit dans le même temps à 5 ans. Le raccourcissement de la campagne électorale et les conséquences politiques et institutionnelles de cette inversion du calendrier électoral [1] expliquent principalement ce manque d'empressement et le nombre réduit de publications sondagières. Les sondeurs en ont-ils profité pour affiner la qualité ou la finesse de leur mesure ? Pour l'intant Non.

Sur la trentaine de sondages publiés depuis fin avril 2022 et répertoriés tant bien que mal par la commission des sondages, six seulement, selon notre décompte, ont été réalisés dans le cadre territorial pertinent : la circonscription. Aucun, ce qui peut aisément se comprendre, ne porte sur le deuxième tour. Tout le reste est effectué au niveau national. Ce qui rend encore plus périlleux, ou grotesque, au choix, les projections en sièges des deux principaux adversaires en lice, la Nupes [2] et Ensemble [3] que voient émerger presse et sondeurs réunis. Si l'on ajoute la difficile, pour ne pas impossible, évaluation de l'abstention (les abstentionnistes répondent rarement aux sondages), que de nombreux commentateurs pressentent comme importante, il aurait été bien sûr raisonnable d'attendre les résultats du premier tour. Mais on le sait depuis longtemps les sondeurs et la presse ne savent pas se montrer raisonnables. On peut le comprendre pour les sondeurs qui ne sont jamais sanctionnés, contrairement à la presse, qui n'ignore plus depuis longtemps la défiance tous azimuts dont elle est l'objet.

Quant à la commission des sondages on pourrait presque être surpris par son « ardeur » au travail, elle n'avait pas publié autant de communiqués de mises en garde en si peu de temps [4]. Presque un paradoxe en cette période d'activité sondagière plutôt réduite. Mais le sondeur et les personnes « visés » par ses communiqués n'ont pas de crainte à avoir. Sans doute le savent-ils déjà sinon ils le comprendront rapidement. Qui pourrait en effet craindre de simples « appels à la prudence ».


[1] Renforcement du pouvoir présidentiel, marginalisation de l'Assemblée Nationale, et principal objectif de cette réforme : l'éventualité d'une cohabitation quasi improbable.

[2] Entité composée de candidats LFI, PS, EELV, PC

[3] LRM, Modem, et autres candidats soutenant E. Macron.

[4] Cinq entre le 26 mai et le 9 juin 2022. Cf. www.commission-des-sondages.fr, rubrique L'actualité.

27.05.2022 à 13:23

Un mandat sous de mauvais auspices

A peine formé le premier gouvernement d'Emmanuel Macron a été accueilli par une première salve d'évaluations sondagières négatives. L'expression pour ceux qui ont voté pour ce dernier, du moins une partie, des faibles d'illusions qu'ils nourrissent malgré leur choix pour son nouveau mandat de cinq ans ? Peut-être. Une manière d'entretenir le procès en illégitimité politique d'un président fraichement réélu tenté par les perdants à la présidentielle, qui a séduit des sondeurs (cf. Infox : Elabe dans la cour des « (...)

- L'opinion « ça se travaille » / , , , , ,
Texte intégral (583 mots)

A peine formé le premier gouvernement d'Emmanuel Macron a été accueilli par une première salve d'évaluations sondagières négatives. L'expression pour ceux qui ont voté pour ce dernier, du moins une partie, des faibles d'illusions qu'ils nourrissent malgré leur choix pour son nouveau mandat de cinq ans ? Peut-être. Une manière d'entretenir le procès en illégitimité politique d'un président fraichement réélu tenté par les perdants à la présidentielle, qui a séduit des sondeurs (cf. Infox : Elabe dans la cour des « grands ») ? Sans aucun doute.

Des sondages qui ne manqueront pas de satisfaire les opposants de toute obédience du président de la République fraichement réélu. C'est de bonne guerre. Certes. Ils auraient tort de croire toutefois que s'ils avaient été choisis pour gouverner, leur situation serait autre. Autrement dit « Calife à la place du Calife » chacun récolterait les mêmes « fruits sondagiers immangeables ». Car c'est devenu une régularité, depuis des lustres, élections après élections, les bilans de l'opinion sondagière à l'égard des gouvernants sont sans conteste négatifs. Si la « mémoire qui flanche » journalistique et sondagière n'a, c'est une évidence, pas la même saveur poétique que celle de Jeanne Moreau, on regrettera néanmoins que sondeurs et médias ne tirent pas les conclusions de leur litanie sans fin. Si on la (les) prend au sérieux il y a dans cette histoire quelque chose en trop. Au choix :
- Les élections, sapées de plus en plus durement par l'invasion sondagière.
- La légitimité du pouvoir, qui va et vient au gré des humeurs forcément changeantes des individus que les sondeurs « interrogent ».

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25.05.2022 à 21:58

Invasion de l'Ukraine : qu'en « pensent » les Russes ?

Les démocraties n'ont pas le monopole des sondages d'opinion. L'invasion de l'Ukraine par la Russie apporte, si besoin était, un nouveau démenti à ce mensonge grossier véhiculé par les sondeurs en France. La population russe continue majoritairement à soutenir la décision de V. Poutine même si le Centre d'études Levada de Moscou, l'un des principaux producteurs de sondages d'opinion du pays, enregistrait récemment un effritement de ce soutien depuis le début du conflit. Certes. Mais peut-on accorder le (...)

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Texte intégral (975 mots)

Les démocraties n'ont pas le monopole des sondages d'opinion. L'invasion de l'Ukraine par la Russie apporte, si besoin était, un nouveau démenti à ce mensonge grossier véhiculé par les sondeurs en France. La population russe continue majoritairement à soutenir la décision de V. Poutine même si le Centre d'études Levada de Moscou, l'un des principaux producteurs de sondages d'opinion du pays, enregistrait récemment un effritement de ce soutien depuis le début du conflit [1]. Certes. Mais peut-on accorder le moindre crédit aux réponses de sondés à un sondeur, fut-il comme il l'affirme « indépendant », vivant sous une dictature ?

Une question à la réponse pourtant évidente, qui n'a manifestement pas effleuré les médias français qui se réfèrent à ses sondages (cf. par exemple Sud-Ouest, 31 mars 2022). Sauf peut-être la chaine d'info en continu LCI qui dispose il est vrai des « lumières » d'un spécialiste averti de la Russie, Sergueï Jirnov, un ex-officier supérieur de renseignement (services extérieurs) du KGB. Sa réponse lapidaire n'a suscité aucune réprobation parmi les journalistes et invités sur le plateau au demeurant très « animés ».

- Darius Rochebin (LCI, « Brunet & Cie ») : est-ce que vous qui êtes spécialiste du renseignement, c'est votre métier quand même, est-ce que sous la couche - il n'y a pas de grandes manifs de rue, il n'y a pas de grand mouvement, il y a même eu de sondages d'organismes qui sont plutôt indépendants qui disaient qu'il y a un certain soutien à la guerre - sous la couche il n'y a pas ça ? [référence aux « merde à la guerre » (cf. ci-dessous) scandés par les spectateurs d'un concert, dont quelques images venaient d'être diffusées à l'antenne).

- Sergueï Jirnov : un sondage dans un camp de concentration où on demande aux prisonniers leur opinion sur le fürher qui dirige le camp, vous imaginez évidemment qu'ils vont dire on adore le führer...c'est ça les sondages sous Poutine. Mais par exemple dans la ville de Saint Pétersbourg sa réelle popularité est de 15%, si elle était vraiment suivie parce qu'il y a d'autres moyens de mesurer ça. A Moscou c'est 25% à peu près, en revanche en Tchétchénie et Ingouchie là c'est.... 120%.

15%, 20% ? D'où l'expert tient-il ces chiffres ? Il ne le dit pas, personne ne lui a demandé. Tant pis. Dans les grands centres urbains l'hostilité à la guerre et plus généralement à V. Poutine serait donc majoritaire contrairement aux régions rurales et du « fin fond » de la Russie. A priori rien de guère surprenant sociologiquement. Pour autant quelle alternative sérieuse aux sondages existe-t-il ? Quels sont ces autres moyens qu'évoque sans plus de précision Sergueï Jirnov ? Impossible de ne pas penser, comme très certainement l'ancien espion sans doute toujours « bien renseigné », aux technologies de surveillance, de traçage, de contrôle, de piratage, etc., de données et d'informations produites ou laissées sur les réseaux numériques (internet en premier lieu) que l'on regroupe sous le terme Big Data. Des moyens dont disposent, en dépit des disparités, les services de renseignements russes ou étrangers. Les sondeurs s'y intéressent depuis longtemps et commencent à y avoir recours sans s'en vanter bruyamment [2]. Ce n'est certainement pas, uniquement du moins, par attachement aux valeurs démocratiques qu'ils prétendent incarner.


[2] Cf. par exemple la communication de Brice Teinturier La fabrique des sondages, Académie des sciences morales et politiques, 8 octobre 2018.

13.05.2022 à 22:24

Comment stimuler les récalcitrants ou leur forcer la main ?

L'une des plus grandes menaces pesant constamment sur le métier de sondeur réside non comme on pourrait le penser spontanément dans leurs prédictions électorales erronées (très fréquentes), mais dans les refus de réponse à leurs « enquêtes » quelle qu'en soit la nature. Si la généralisation du « on line » a pour l'instant endigué le phénomène amorcé il y a plus de trente ans et fait baisser le coût des sondages, la gestion des répondants et de leurs qualités requises demeure une question stratégique pour la (...)

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Texte intégral (819 mots)

L'une des plus grandes menaces pesant constamment sur le métier de sondeur réside non comme on pourrait le penser spontanément dans leurs prédictions électorales erronées (très fréquentes), mais dans les refus de réponse à leurs « enquêtes » quelle qu'en soit la nature. Si la généralisation du « on line » a pour l'instant endigué le phénomène amorcé il y a plus de trente ans et fait baisser le coût des sondages, la gestion des répondants et de leurs qualités requises demeure une question stratégique pour la profession.

La rémunération des sondés initiée en France par Opinionway et Harris interactive a été adoptée par tous leurs sondeurs. Le recours aux panels (groupes de sondés pré-constitués et interrogés régulièrement) confiées à des entreprises spécialisées, s'est également généralisé (« l'effet panel » pourtant connu et reconnu a totalement disparu, lui, comme par enchantement [1]).

Mais comme tout bon commerçant Opinionway vient « d'innover » une nouvelle fois en matière d'incitation à « consommer du questionnaire ». A l'image de certaines promotions publicitaires figurant sur des produits de consommation courante (produits laitiers, d'hygiène, pour le petit déjeuner des enfants, « plats cuisinés », etc.), le sondeur propose depuis peu et à une partie de ses sondés de transformer leur rémunération ou leur gratification, faible il est vrai, en don à une association de leur choix [2].

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On imagine que les associations caritatives figurent parmi celles désignées par les sondés, que les sommes pouvant ainsi être récoltées sont sans commune mesure, quels que soient les montants, avec celle reçue par chaque sondé (généralement en bons d'achat cumulables). Chacun y trouve son compte, le sondeur un moyen pour assurer son contant de sondés disposés à répondre à ses QCM, le sondé qui voit quelque sentiment, (pour une « bonne cause » ou non) satisfait, et une association (pour « une bonne » cause ou non) une source de financement jamais négligeable.

Une manière également de faire passer la critique scientifique et les non répondants pour méprisables ?


[2] A notre connaissance, pour les sondages publiés, intention de vote ou « simple » sondage d'opinion, depuis décembre 2021 et une « enquête » pour l'association « Mieux voter »... Ceux qu'il interroge par exemple pour le compte de Cnews ne semblent pas disposer de cette option.

11.05.2022 à 18:46

Le Monde diplomatique se convertit-il à la politologie ?

La victoire d'Emmanuel Macron a mis très en colère Le Monde diplomatique qui le dit haut et clair. Jusqu'à utiliser des arguments utilisés d'habitude par d'autres. A la une, un long éditorial politologique à la Pascal Perrineau (qui serait devenu porte-voix de l'extrême gauche, hypothèse assez peu probable il est vrai).
Tout cela pour dire que le vainqueur était un mauvais vainqueur, mal élu, tricheur etc. Comme on le lance régulièrement aujourd'hui dans les confrontations footballistiques. La thérapie (...)

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La victoire d'Emmanuel Macron a mis très en colère Le Monde diplomatique qui le dit haut et clair. Jusqu'à utiliser des arguments utilisés d'habitude par d'autres. A la une, un long éditorial politologique à la Pascal Perrineau (qui serait devenu porte-voix de l'extrême gauche, hypothèse assez peu probable il est vrai).

Tout cela pour dire que le vainqueur était un mauvais vainqueur, mal élu, tricheur etc [1]. Comme on le lance régulièrement aujourd'hui dans les confrontations footballistiques. La thérapie aura-t-elle fonctionné ? D'un côté, rien d'étonnant pour un mensuel qui assume sa continuité politique. On est d'accord ou pas : question d'opinion. Par contre, on s'interroge sur un changement de paradigme : les doxosophes et la politologie n'avaient jusqu'à présent pas droit à de tels « honneurs » pour des raisons que l'on croyait avant tout, sans doute un peu naïvement, scientifiques. Voila ce que suggère aussi dans le même numéro un article de sondeurs de Cluster17 [2]. Nouveau venu qui, après une entrée provisoire dans l'hebdomadaire Marianne, investit le Monde Diplomatique. La reconnaissance est à ce prix.

Comment interpréter une proposition comme celle-ci ?

-Le président sortant se trouve reconduit par défaut alors que la plupart des Français estiment que son bilan est mauvais (56 %), que depuis cinq ans la situation du pays s'est dégradée (69 %), que son programme est dangereux (51 %) et qu'il sert surtout les intérêts des privilégiés (72 %) (Le Monde diplomatique, mai 2022, à propos du sondage Ipsos, le Cevipof, Le Monde 20 avril 2022) ).

On ne s'interrogera pas ici sur le sens général d'une telle proposition qui semble mettre en doute la légitimité de l'élection concernée - c'est permis - à moins que ce ne soit celle de toute élection si les électeurs mettent toujours des choses différentes - et souvent surprenantes - dans leur bulletin de vote. Ce que la sociologie électorale sérieuse nous a appris dès les années 1960. Plus précisément, comment interpréter des propositions dont le sens n'est pas établi. Un bilan mauvais ? Parce qu'il a été trop à droite, trop à gauche ? Trop répressif ? Pas assez répressif ? Situation dégradée ? La faute du Président ? Programme dangereux ? Les autres programmes ne le sont-ils pas ? Sont-ils d'ailleurs connus par les sondés ? Une mauvaise chose pour les Français ? Lesquels ? Les riches ? Les pauvres ? Tout le monde ? Le sondage ne le dit pas et les sondés ne l'ont pas su. Ils ont mis ce qu'ils voulaient dans ce qu'ils disaient. Peut-être rien qu'une humeur vague pessimiste comme il se doit dans les temps actuels. Il faudrait être sacrément optimiste pour voir un avenir radieux quand la guerre bat son plein, quand la crise économique menace, quand on n'est pas sûr d'être sorti de la pandémie, etc. etc.

Un peu désolant que des gens sérieux prêtent attention à des pseudos informations. Mais n'est-ce pas le propre de l'illusion que de prendre consistance parce qu'elle est partagée.


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