Cette année, elles sont cinq sur vingt-deux à pouvoir prétendre à la Palme d'or: Charline Bourgeois-Tacquet ("La Vie d'une femme"), Jeanne Herry ("Garance"), Marie Kreutzer ("Gentle Monster"), Léa Mysius ("Histoires de la nuit") et Valeska Grisebach (L'Aventure rêvée").
"Trop peu", tranche l'actrice Charlotte Le Bon. "Il faut continuer à s'indigner pour qu'il y ait plus que trois femmes qui aient gagné la Palme d'Or", défend-elle.
En 1993, Jane Campion est la première femme à recevoir une Palme d'Or, pour "La leçon de piano". En 2021, Julia Ducournau en décroche une pour "Titane", avant Justine Triet, deux ans plus tard, pour "Anatomie d'une chute". Les 75 autres ont été remportées par des hommes.
Un sentiment partagé par la réalisatrice et comédienne Géraldine Nakache, présente à Cannes pour défendre "Si tu penses bien", son dernier film sur l'emprise. "Je me sens un peu impuissante", confie-t-elle. "Je suis là avec mon film et puis je me dis +j'ai la chance d'être là+, que ça avance et puis, on me montre des statistiques..."
Et ces chiffres sont sans appel. Selon une étude du Collectif 50/50, qui oeuvre pour l'égalité et l'inclusion dans l'industrie du cinéma et de l'audiovisuel, la part des réalisatrices en compétition à Cannes progresse à petits pas, passant de 12% entre 2011 et 2020 à 25% entre 2021 et 2025. Le record reste celui de l'édition 2023 avec 33% de femmes.
La Mostra de Venise affiche des chiffres similaires, tandis que la Berlinale fait figure de bonne élève: 33% de réalisatrices en compétition entre 2021 et 2025 avec un pic à 44% en 2019.
Malus
"La Berlinale est le festival qui est le plus avancé sur les questions d'inclusion et d'égalité", souligne Fanny De Casimacker, déléguée générale du Collectif 50/50.
Le festival allemand propose notamment un programme dédié aux professionnels sous-représentés - personnes racisées, transgenres ainsi qu'un lot d'accréditations réservé aux profils marginalisés dans l'industrie cinématographique.
"La programmation, c'est un acte politique en soi", insiste Mme De Casimacker. "Si on n'a que 23 % de réalisatrices, il va nous manquer des récits", estime-t-elle.
Le choix de l’affiche officielle de la 79e édition du festival de Cannes, représentant les héroïnes de Thelma & Louise incarnées par Geena Davis et Susan Sarandon, a également été critiqué. Certains reprochent au délégué général du festival, Thierry Frémaux, de pratiquer un "féminisme washing".
Mais l'influent patron se défend de toute récupération et refuse d'appliquer une "politique de quota".
"Aujourd'hui, on voit de plus en plus de réalisatrices dans le jeune cinéma donc cela arrive en compétition, au fur et à mesure", a-t-il fait valoir au début des festivités.
"Les chiffres disent que cela progresse, que c'est lent, que c'est pas assez", reconnaît toutefois Thierry Frémaux, estimant que la place des femmes dans le cinéma doit faire l’objet d’un débat collectif car les inégalités restent structurelles.
Selon l’Observatoire de l’égalité femmes-hommes du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), près de 70% des postes clés dans les productions audiovisuelles et cinématographiques sont occupés par des hommes. Les écarts de salaires persistent également, aussi bien chez les artistes que parmi les techniciens.
Autre constat: les films réalisés par des femmes disposent de budgets nettement inférieurs à ceux dirigés par des hommes. En 2024, l’écart moyen atteint 38%, contre 23% en 2023. "On ne confie pas aux femmes les grosses productions", dénonce le collectif 50/50.
Pour le CNC, acteur clé du financement du 7e art, l'heure n'est plus à l'incitation mais à la sanction. À partir de janvier 2027, l'institution pénalisera les productions ne respectant pas la parité femmes-hommes aux postes de direction.
Un changement de cap après six années de politique incitative : le bonus de 15% accordé aux films composés d'équipes paritaires n’a pas suffi à rééquilibrer durablement la situation.