Dans les années 90, "Act up jetait du sang sur les murs pour interpeller sur le sida et a permis de changer le regard sur les malades, nous on se dit que c'est la même chose au niveau de nos enfants", souligne auprès de l'AFP le président de l'association Mouv'enfants, lui-même victime de viols dans son enfance.
"Il faut absolument qu'on retourne la table, qu'on lutte contre le déni, qu'on arrive à faire bouger les choses", martèle le militant des droits de l'enfant de 44 ans dont la barbe de trois jours et les grands yeux verts s'invitent régulièrement devant caméras et objectifs.
Son modus operandi est bien rodé: capter l'attention médiatique par des actions symboliques et savamment orchestrées.
Quelques mois plus tard, en novembre, il mène une action devant le BHV à Paris pour dénoncer l'arrivée de Shein en pleine polémique sur les poupées sexuelles d'apparence enfantine.
À son actif également, plusieurs actions contre des figures de l’Église accusées de pédocriminalité - et des interpellations des politiques en cascade sur ses réseaux sociaux où il poste en quasi continu.
Cet anthropologue de formation sait de quoi il parle. À 8 ans, il est victime d'inceste de la part d'un grand oncle, prêtre missionnaire en Afrique. Quatre ans plus tard, il subit des viols de la part de deux cousins, des agressions dont il ne se souviendra que dans sa vingtaine après une longue amnésie traumatique.
Hyperactif
La naissance de son fils est un déclic et marque le début de son engagement plein et entier dans la lutte contre les violences faites aux enfants.
Pendant trois ans, il est membre de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) puis fonde Mouv'enfants, collectif de survivants de violences.
Il est également à l'origine du collectif Prévenir et protéger avec Ghada Hatem, fondatrice emblématique de La Maison des femmes de Saint-Denis, et de l'association "M'endors pas" de lutte contre la soumission chimique aux côtés de Caroline Darian, la fille de Gisèle Pelicot.
Un hyperactif qui fait feu de tout bois - et qui parfois s'effondre. En février, sa chaise à l'Assemblée nationale où il devait être entendu dans le cadre de la commission d'enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales reste vide.
Il révèle avoir fait deux tentatives de suicide, rappelant que "les violences sexuelles tuent parfois lentement, parfois des années après".
"Cette réalité de l'inceste doit être connue: il y a une victime sur deux qui fait une tentative de suicide", souligne-t-il.
Dans la foulée de son hospitalisation, il reçoit de nombreuses marques de soutien, de la haute commissaire à l'Enfance Sarah El Haïry en passant par la députée MoDem Maud Petit et Caroline Darian.
Se brûler les ailes
"Arnaud a choisi d'être lanceur d'alerte donc il s'expose énormément", déclare à l'AFP Michèle Créoff de l'association Face à l'Inceste, qui se dit à la fois "inquiète pour lui et admirative". "J'ai peur qu'il se brûle les ailes et en même temps le bruit qu'il fait autour de la protection de l'enfance est absolument nécessaire."
"C'est quelqu'un d'entier, c'est un peu à la vie, à la mort en fait", abonde la députée Maud Petit, qui évoque "un écorché vif" au "cœur énorme" qui "combat l'injustice de tout son être et se met au service des plus fragiles".
"C'est quelqu'un qui a décidé de tout donner à la cause", complète Ghada Hatem.
Tout en saluant la "sincérité" du combat d'Arnaud Gallais, un acteur associatif du secteur met en garde pour sa part contre le risque d'une "lassitude" et d'un "essoufflement de l'intérêt" médiatique face à ce mode d'action.
Mais pour Arnaud Gallais, l'agit-prop a d'ores et déjà fait ses preuves - il cite notamment les fermetures de Bétharram et du lieu de mémoire de l'Abbé Pierre. Face "aux massacres de masse" avec "11% de la population victime d'inceste", il ne faut "rien lâcher", ajoute-t-il. À peine sorti de l'hôpital, il évoque l'objectif de faire passer ce taux de 11% à 0%.