Pas de matador ni de mise à mort dans cet amphithéatre situé à Jiaxing, à l'ouest de Shanghai (est de la Chine). L'objectif est de mettre l'animal à terre à la force des bras.
Le "guanniu" (littéralement "faire tomber le taureau") existe depuis plus de 600 ans. Mais la discipline en manque de notoriété se bat pour continuer d'exister.
Des jeunes comme Wang Shuangshuang participent régulièrement à des compétitions. Mais faute de financements et de visibilité, rares sont ceux qui envisagent sérieusement d'en faire leur profession.
"La transmission de ce patrimoine n'est ni morte, ni vraiment vivante", résume Han Haihua, l'un des maîtres de la discipline, âgé de 72 ans.
"Pour attirer des talents, il faut de l'argent (...) Ce n'est pas pour me vanter, mais si vous me donniez 30 ou 50 gamins, je pourrais les former ici pendant trois ans, et je ferais connaître le guanniu au monde entier", affirme-t-il à l'AFP.
Le guanniu est arrivé à Jiaxing, dans la province du Zhejiang, par le peuple hui, principale minorité ethnique musulmane de Chine. A l'origine simple technique pour mener le bétail, la discipline a ensuite évolué en compétition.
L'âge d'or du guanniu à l'époque moderne a débuté dans les années 1980. Un vice-Premier ministre chinois l'avait alors qualifié de "véritable tauromachie à la chinoise". Dans les décennies qui ont suivi, ce sport est apparu au cinéma et à la télévision.
Il a reçu un coup de pouce supplémentaire au début des années 2000 quand l'actuel président Xi Jinping, alors numéro un provincial du Parti communiste, a poussé pour sa reconnaissance en tant que "patrimoine culturel immatériel", se rappelle Han Haihua.
"Force et technique"
Mais cette popularité s'estompe.
Une compétition réputée est pourtant organisée chaque année par l'école d'arts martiaux ouverte par M. Han. Les participants y affrontent des taureaux de plusieurs centaines de kilos.
"Il faut suivre ses mouvements, décaler constamment ses épaules pour épouser sa résistance, bloquer son cou, puis le faire tomber", explique Wang Shuangshuang.
"Ça demande force et technique. Les deux sont indispensables".
Un autre participant âgé de 20 ans, Xu Zhiqian, dit aimer se mesurer aux bêtes.
"Je trouve ce sport très jeune, très vigoureux", déclare-t-il.
Lui comme son camarade ont réussi à mettre leur taureau à terre lors de la finale, sous les yeux de quelques centaines de spectateurs.
Wang Shuangshuang dit "envisager" de poursuivre la pratique du guanniu pour en vivre, mais il reste indécis.
Li Bo, 30 ans, est une exception pour en avoir fait son métier.
Préservé de la controverse
Motivé par sa passion des films de kung-fu, il était adolescent quand il a rejoint l'école d'arts martiaux qui organise la compétition. Le maître Han le considère aujourd'hui comme le meilleur pratiquant de guanniu du pays.
L'absence de relève préoccupe Li Bo.
"Personne ne veut faire ça à plein temps. Ça rend la transmission de ce patrimoine extrêmement difficile".
Pour garder la tête hors de l'eau, l'école donne des spectacles sur des sites touristiques et tient un restaurant halal de baozi, petits pains chinois farcis à la viande et cuits à la vapeur.
Li Bo multiplie les initiatives: il soigne la présence médiatique et aide à développer la vente de souvenirs ou l'organisation de tournois.
Si la corrida espagnole s'attire les foudres des défenseurs des animaux, aucune controverse de ce type n'a éclaté en Chine autour du guanniu.
Depuis son inscription au patrimoine culturel immatériel au niveau national, l'Etat met à disposition des locaux gratuits et verse des subventions pour aider à l'organisation des épreuves. Des aides insuffisantes pour professionnaliser la discipline, note cependant Han Haihua.
Malgré les difficultés, il reste "déterminé à garder cette tradition vivante".
"Je trouverai de l'argent, ou j'emprunterai s'il le faut. Mais je la ferai continuer".