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08.07.2026 à 09:39

FRANCE24
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Le 15 juillet, la justice kényane dira si, comme le réclament les rastafaris, la consommation de la "ganja" doit leur être autorisée au nom de la liberté de culte inscrite dans la Constitution. Le rastafarisme, mouvement politique et spirituel, est né en Jamaïque dans les années 1930, au moment du couronnement d'Haïlé Sélassié (empereur de 1930 à 1936, puis de 1941 à 1974), qu'il considère comme le messie venu sauver le peuple noir. Répandus désormais à travers le monde, ses adeptes se disent mystiques, panafricanistes, anticolonialistes et végétariens. Généralement coiffés de dreadlocks, ils revendiquent la pratique de la méditation via la consommation de marijuana. En 2019, en estimant que l'expulsion d'une élève de son école en raison de ses dreadlocks violait la liberté de culte, la justice kényane avait de facto reconnu le rastafarisme comme une religion. Malgré cette victoire judiciaire, les rastas kényans se disent toujours stigmatisés, que ce soit pour leurs dreadlocks ou leur consommation d'herbe. "Rastaman, arrête-toi!" Les gens "regardent vos cheveux, vous appellent +rastaman+ (...), disent que vous fumez de la ganja et vous associent à beaucoup de choses mauvaises", explique Moses Mudachi Isavwa, 50 ans, qui, comme ses coreligionnaires, s'est choisi un nouveau nom. Il s'est rebaptisé Ras Masinde - "Ras" signifie roi en amharique, langue de l'empire éthiopien, et "Masinde" est le prénom d'un militant kényan anticolonial puis prodémocratie - et se dit fier de porter les dreadlocks, comme avant lui les combattants de l'insurrection Mau Mau brutalement réprimée dans les années 1950 par le système colonial britannique au Kenya. Il se veut lui aussi un "combattant de la liberté", disant se battre pour les "persécutés qui pourrissent maintenant au cachot (...) simplement parce qu'ils ont été attrapés avec peut-être un joint de ganja". "Fumer de l'herbe (...) fait partie de notre culture. Nous devons donc la défendre", explique Mwendwa Wambua, alias Ras Prophet, 55 ans, porte-parole de la Société rastafari du Kenya (RSK), qui a lancé la présente action en justice et se trouve aussi être le père de la plaignante victorieuse en 2019. Les policiers "viennent chez vous et fouillent. Ils ne veulent même pas que vous ayez deux joints à fumer" et "peuvent vous emmener en prison", assure celui qui se dit "prophète" et dont les longues dreadlocks sont enveloppées dans un bonnet. - Optimisme sur la décision de justice - "Chaque fois que je marche dans la rue", un policier me dit "hé, rastaman, arrête-toi", et "ouvre mon sac pour vérifier" qu'il ne contient pas de cannabis, renchérit Ras Masinde. Selon la loi kényane, la possession de cannabis pour consommation personnelle est passible de jusqu'à 10 ans de prison et d'une forte amende. Si le nombre de rastas au Kenya est difficile à estimer, Ras Prophet assure que le mouvement attire de plus en plus, surtout des jeunes. Une dizaine de jours avant la décision de la justice kényane, le "prophète" et une poignée de rastas se sont rassemblés pour prier, chanter et fumer à l'occasion du "sabbat" (samedi), jour de culte et de repos. Leur modeste lieu de rassemblement à Kibera, le plus grand bidonville du Kenya au centre de Nairobi, héberge également la fondation Haïlé Sélassié, créée par des rastas pour éloigner les jeunes de la criminalité en les formant notamment au tissage et à la fabrication de bijoux ou de percussions et en leur enseignant leur mode de vie. Les rastas se disent optimistes quant au résultat de leur action en justice, en cours depuis 2021. Une décision positive pourrait changer leur vie, en leur permettant de ne plus avoir à se cacher des forces de l'ordre.
Texte intégral (631 mots)
Le 15 juillet, la justice kényane dira si, comme le réclament les rastafaris, la consommation de la "ganja" doit leur être autorisée au nom de la liberté de culte inscrite dans la Constitution. Le rastafarisme, mouvement politique et spirituel, est né en Jamaïque dans les années 1930, au moment du couronnement d'Haïlé Sélassié (empereur de 1930 à 1936, puis de 1941 à 1974), qu'il considère comme le messie venu sauver le peuple noir. Répandus désormais à travers le monde, ses adeptes se disent mystiques, panafricanistes, anticolonialistes et végétariens. Généralement coiffés de dreadlocks, ils revendiquent la pratique de la méditation via la consommation de marijuana. En 2019, en estimant que l'expulsion d'une élève de son école en raison de ses dreadlocks violait la liberté de culte, la justice kényane avait de facto reconnu le rastafarisme comme une religion. Malgré cette victoire judiciaire, les rastas kényans se disent toujours stigmatisés, que ce soit pour leurs dreadlocks ou leur consommation d'herbe. "Rastaman, arrête-toi!" Les gens "regardent vos cheveux, vous appellent +rastaman+ (...), disent que vous fumez de la ganja et vous associent à beaucoup de choses mauvaises", explique Moses Mudachi Isavwa, 50 ans, qui, comme ses coreligionnaires, s'est choisi un nouveau nom. Il s'est rebaptisé Ras Masinde - "Ras" signifie roi en amharique, langue de l'empire éthiopien, et "Masinde" est le prénom d'un militant kényan anticolonial puis prodémocratie - et se dit fier de porter les dreadlocks, comme avant lui les combattants de l'insurrection Mau Mau brutalement réprimée dans les années 1950 par le système colonial britannique au Kenya. Il se veut lui aussi un "combattant de la liberté", disant se battre pour les "persécutés qui pourrissent maintenant au cachot (...) simplement parce qu'ils ont été attrapés avec peut-être un joint de ganja". "Fumer de l'herbe (...) fait partie de notre culture. Nous devons donc la défendre", explique Mwendwa Wambua, alias Ras Prophet, 55 ans, porte-parole de la Société rastafari du Kenya (RSK), qui a lancé la présente action en justice et se trouve aussi être le père de la plaignante victorieuse en 2019. Les policiers "viennent chez vous et fouillent. Ils ne veulent même pas que vous ayez deux joints à fumer" et "peuvent vous emmener en prison", assure celui qui se dit "prophète" et dont les longues dreadlocks sont enveloppées dans un bonnet. - Optimisme sur la décision de justice - "Chaque fois que je marche dans la rue", un policier me dit "hé, rastaman, arrête-toi", et "ouvre mon sac pour vérifier" qu'il ne contient pas de cannabis, renchérit Ras Masinde. Selon la loi kényane, la possession de cannabis pour consommation personnelle est passible de jusqu'à 10 ans de prison et d'une forte amende. Si le nombre de rastas au Kenya est difficile à estimer, Ras Prophet assure que le mouvement attire de plus en plus, surtout des jeunes. Une dizaine de jours avant la décision de la justice kényane, le "prophète" et une poignée de rastas se sont rassemblés pour prier, chanter et fumer à l'occasion du "sabbat" (samedi), jour de culte et de repos. Leur modeste lieu de rassemblement à Kibera, le plus grand bidonville du Kenya au centre de Nairobi, héberge également la fondation Haïlé Sélassié, créée par des rastas pour éloigner les jeunes de la criminalité en les formant notamment au tissage et à la fabrication de bijoux ou de percussions et en leur enseignant leur mode de vie. Les rastas se disent optimistes quant au résultat de leur action en justice, en cours depuis 2021. Une décision positive pourrait changer leur vie, en leur permettant de ne plus avoir à se cacher des forces de l'ordre.

08.07.2026 à 09:09

FRANCE24
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La modeste bâtisse de trois étages en bord de mer, construite il y a 20 ans, a survécu aux deux séismes de magnitude 7,2 et 7,5, tandis que les complexes luxueux qui pointaient vers le ciel se sont écroulés comme des châteaux de cartes. "Sur le chemin, en traversant toute cette destruction, quand j'ai vu qu'il était toujours là, j'ai remercié Dieu", raconte Elias Eduardo, 37 ans. L'immeuble des Chayeb compte six appartements à Puerto Viejo, près de l'aéroport international desservant Caracas dont les terminaux ont été fortement endommagés. Elias Eduardo et son père, qui s'appelle lui aussi Elias, sont convaincus que la hauteur modérée de leur construction a été cruciale à sa survie. Mais ils citent aussi la qualité des matériaux et des fondations adaptées au terrain notoirement instable de La Guaira. "A passé l'épreuve" Certaines cloisons sont fissurées mais les fondations sont intactes, tout comme les encadrements de fenêtres, les escaliers et les piliers. Plus important encore, aucun des habitants n'a été blessé. "L'immeuble a passé l'épreuve", déclare Elias père, lui aussi soulagé. Constructeur d'immeubles, il affirme qu'en 60 ans de carrière il a toujours refusé des chantiers de bâtiments trop hauts, selon lui inadaptés à La Guaira, où un glissement de terrain en 1999 a fait des milliers de morts. Elias père dit aussi avoir redouté les risques sismiques, ayant vécu le tremblement de terre de 1967 qui a fait des centaines de morts à Caracas. "Beaucoup des immeubles qu'on m'avait demandé (de construire), et que j'ai refusés, se sont effondrés", confie-t-il à l'AFP en désignant une colline surplombant la mer où se dressaient autrefois des immeubles de plus de dix étages. La plupart se sont écroulés sans que leurs occupants aient le temps de fuir, révélant de graves défauts de conception. Les bâtiments parasismiques sont à l'inverse conçus pour absorber un maximum d'énergie. Ils peuvent se fissurer pour libérer cette énergie lors d'un séisme majeur mais ne s'effondrent pas complètement, souligne Elias Eduardo. La Guaira "n'existe plus" L'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS) a indiqué que les séismes se sont produits le long du système de failles de San Sebastian, qui s'étend le long de la côte nord du Venezuela. Il a averti que "les secousses sismiques pourraient rendre la zone propice aux glissements de terrain pendant quelques mois à quelques années". "Cette faille est là pour rester", prévient l'aîné des Chayeb, dont les parents syriens ont émigré au Venezuela pendant la Première Guerre mondiale. Il appelle à une refonte complète des règles d'urbanisme de la région côtière. Ingrid Palacios, 61 ans, se dit reconnaissante d'être sortie indemne, comme sa famille et ses voisins, de l'immeuble des Chayeb. Contemplant les scènes apocalyptiques de destruction autour d'elle, elle estime que La Guaira telle qu'elle la connaissait "n'existe plus". Selon elle, la ville devrait être reconstruite avec "des bâtiments de trois étages, des petits chalets et de toutes petites maisons".
Texte intégral (523 mots)
La modeste bâtisse de trois étages en bord de mer, construite il y a 20 ans, a survécu aux deux séismes de magnitude 7,2 et 7,5, tandis que les complexes luxueux qui pointaient vers le ciel se sont écroulés comme des châteaux de cartes. "Sur le chemin, en traversant toute cette destruction, quand j'ai vu qu'il était toujours là, j'ai remercié Dieu", raconte Elias Eduardo, 37 ans. L'immeuble des Chayeb compte six appartements à Puerto Viejo, près de l'aéroport international desservant Caracas dont les terminaux ont été fortement endommagés. Elias Eduardo et son père, qui s'appelle lui aussi Elias, sont convaincus que la hauteur modérée de leur construction a été cruciale à sa survie. Mais ils citent aussi la qualité des matériaux et des fondations adaptées au terrain notoirement instable de La Guaira. "A passé l'épreuve" Certaines cloisons sont fissurées mais les fondations sont intactes, tout comme les encadrements de fenêtres, les escaliers et les piliers. Plus important encore, aucun des habitants n'a été blessé. "L'immeuble a passé l'épreuve", déclare Elias père, lui aussi soulagé. Constructeur d'immeubles, il affirme qu'en 60 ans de carrière il a toujours refusé des chantiers de bâtiments trop hauts, selon lui inadaptés à La Guaira, où un glissement de terrain en 1999 a fait des milliers de morts. Elias père dit aussi avoir redouté les risques sismiques, ayant vécu le tremblement de terre de 1967 qui a fait des centaines de morts à Caracas. "Beaucoup des immeubles qu'on m'avait demandé (de construire), et que j'ai refusés, se sont effondrés", confie-t-il à l'AFP en désignant une colline surplombant la mer où se dressaient autrefois des immeubles de plus de dix étages. La plupart se sont écroulés sans que leurs occupants aient le temps de fuir, révélant de graves défauts de conception. Les bâtiments parasismiques sont à l'inverse conçus pour absorber un maximum d'énergie. Ils peuvent se fissurer pour libérer cette énergie lors d'un séisme majeur mais ne s'effondrent pas complètement, souligne Elias Eduardo. La Guaira "n'existe plus" L'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS) a indiqué que les séismes se sont produits le long du système de failles de San Sebastian, qui s'étend le long de la côte nord du Venezuela. Il a averti que "les secousses sismiques pourraient rendre la zone propice aux glissements de terrain pendant quelques mois à quelques années". "Cette faille est là pour rester", prévient l'aîné des Chayeb, dont les parents syriens ont émigré au Venezuela pendant la Première Guerre mondiale. Il appelle à une refonte complète des règles d'urbanisme de la région côtière. Ingrid Palacios, 61 ans, se dit reconnaissante d'être sortie indemne, comme sa famille et ses voisins, de l'immeuble des Chayeb. Contemplant les scènes apocalyptiques de destruction autour d'elle, elle estime que La Guaira telle qu'elle la connaissait "n'existe plus". Selon elle, la ville devrait être reconstruite avec "des bâtiments de trois étages, des petits chalets et de toutes petites maisons".
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