Dans la métropole alsacienne, la plus cyclable de France avec 15,3% des habitants allant travailler à bicyclette, selon les dernières données publiées par l'Insee, la maire écologiste Jeanne Barseghian, candidate à un second mandat, loue sa "révolution des mobilités".
Création d'un anneau cyclable autour du centre-ville, réseau de trains voulu comme l'équivalent du RER francilien, extension du tramway, nouvelles lignes de bus, gratuité des transports en commun pour les mineurs: dans une ville "pionnière en matière de transport collectif et de vélos", la maire affirme s'inscrire dans une tendance "qui correspond aussi aux demandes sociétales dans les centres urbains et métropoles".
A Paris, où le nombre de pistes cyclables a été démultiplié, pour atteindre 1.500 km, "le vélo a gagné sur les voitures", se félicitait mi-janvier la maire socialiste sortante Anne Hidalgo, qui dirige la capitale depuis 12 ans avec les écologistes.
A Lyon et dans son agglomération, les écologistes élus en 2020 ont eux aussi prolongé le réseau de tramway, créé des pistes cyclables et piétonnisé le centre-ville.
Le maire Grégory Doucet ou le président de la métropole Bruno Bernard veulent poursuivre avec la piétonnisation des berges du Rhône s'ils sont réélus. Conscients du "ras-le-bol" causés par les travaux, ils insistent toutefois davantage dans leur campagne sur les problématiques sociales, comme le logement.
"Ca va trop vite"
L'ancien patron de l'OL Jean-Michel Aulas, qui fait aujourd'hui figure de favori pour leur ravir la mairie, n'a de cesse de pester contre les embouteillages provoqués par ces aménagements. Dénonçant "l'incurie" ou le "dogmatisme" des sortants, ce candidat sans étiquette soutenu par la droite et le centre a pris le contre-pied de leur politique et propose notamment de creuser un tunnel routier de 8 km sous la colline de Fourvière.
Pour Mariane Thébert, chercheuse spécialiste des mobilités à l'université Gustave-Eiffel à Marne-la-Vallée, le fait d'être face à des majorités écologistes "incite, pour l'opposition municipale, à instrumentaliser cette question de la voiture".
"Il y a un consensus politique assez clair sur le fait que la voiture n'est pas un mode adapté à un environnement urbain dense", mais il est en revanche "politiquement admissible", pour les opposants, d'affirmer que le vélo "est gênant pour les piétons et les transports collectifs", dit-elle. En outre, "la méthode, le +ça va trop vite+, le +c'est pas assez concerté+, le +c'est dogmatique+, ça fonctionne très bien" comme angles d'attaque, ajoute-t-elle.
A Strasbourg, le candidat Les Républicains Jean-Philippe Vetter dénonce ainsi volontiers la méthode des écologistes.
Irréaliste
"Dès qu'on n'est pas d'accord avec eux, on est des pollueurs, on est souvent méprisés", avance le candidat, pour qui l'automobile, si "elle ne doit pas être partout", est cependant "utile parfois". Il dénonce un prix du stationnement en centre-ville "délirant" et "excluant pour les plus modestes".
Un autre angle d'attaque, pour les opposants à Jeanne Barseghian, est le naufrage d'un de ses projets-phares: l'extension du tramway vers le nord de la métropole strasbourgeoise, torpillée fin 2024 par un rarissime avis défavorable de la commission d'enquête publique.
Les enquêteurs ont été très sévères avec la réduction de la circulation automobile qui accompagnait les aménagements prévus pour le tram, jugeant irréaliste de penser que les automobilistes pourraient changer leurs habitudes.
A Paris, l'opposition pointe un développement des pistes cyclables mené au détriment des piétons, faute d'une vraie séparation de ces voies nouvelles. La candidate de droite Rachida Dati, qui dénonce un "chaos généralisé" dans les rues de la capitale, a proposé des mesures pour "apaiser" la circulation, sans toutefois prévoir une réduction de la place du vélo "à l'échelle du tout Paris".
A Strasbourg, la maire écologiste, en mauvaise posture dans les sondages derrière la socialiste Catherine Trautmann, assume cependant son bilan, et promet de poursuivre dans cette voie. "Je ne partage pas du tout le fait de dire que les transports en commun ou la marche et le vélo auraient moins la cote", dit-elle à l'AFP.