Le projet du groupe Morgane, porté par Marie Parisot, ex-cadre des éditions Dargaud et des Humanoïdes Associés, et Céline Bagot, fondatrice du Pop Women Festival à Reims, a été retenu mardi par l'Association pour le développement de la BD à Angoulême (ADBDA), missionnée par les pouvoirs publics après l'éviction de l'organisateur historique.
La société 9e Art+, qui organisait le Festival international de la bande dessinée (FIBD) depuis deux décennies, avait été la cible d'une fronde massive de la part des auteurs de BD, très critiques de sa gestion.
Le projet retenu, parmi quatre candidatures dont celle du groupe d'événementiel Côte Ouest, "répond aux attentes de l'ensemble de la filière en termes d'exigence artistique, de diversité des esthétiques" et "confirme la place centrale des autrices et auteurs", a fait valoir l'ADBDA dans un communiqué.
Le groupe Morgane, créé en 1992, est aux manettes de deux festivals français de musique, les Francofolies de La Rochelle et le Printemps de Bourges.
Il réunit plusieurs filiales de production audiovisuelle et événementielle, et emploie 140 salariés selon son site internet. Marie Parisot l'a intégré en janvier. Céline Bagot, elle, est une ancienne salariée de 9e Art+ et a longtemps œuvré, dans le passé, pour le FIBD.
9e Art+ dénonce aujourd'hui une "appropriation brutale" du rendez-vous charentais de la bande dessinée et a engagé une action en justice au civil, pour "parasitisme" et "concurrence déloyale", aux côtés de l'association FIBD qui détient les droits du festival d'Angoulême depuis sa création en 1974.
Selon l'assignation, l'ADBDA, créée en 2017 après une précédente crise de gouvernance, cherche à "récupérer à son profit" l'évènement, l'un des plus grands au monde pour le secteur, alors que 9e Art+ en est l'organisateur, en droit, jusqu'en 2027 inclus.
"Tentative de spoliation"
Les requérantes réclament ainsi l'annulation de l'appel à projets et l'interdiction de "tout acte tendant à l'organisation" d'un événement alternatif l'an prochain, s'estimant victimes d'une "tentative de spoliation".
Une audience, reportée la semaine dernière, est prévue le 20 mai à Angoulême.
"Cette situation met en péril la tenue du FIBD en 2027 : une décision de justice favorable à l'association historique et son partenaire annulerait l'appel à projets et rendrait matériellement impossible l'organisation du Festival pour la deuxième année consécutive", ont réagi mardi soir la société 9e Art+ et l'association FIBD, qui restent "ouvertes à une solution négociée".
La semaine dernière, elles en avaient appelé à la ministre de la Culture, Catherine Pégard, pour sortir de cette crise et éviter la "disparition" de l'évènement.
Après une édition 2025 marquée par des polémiques, de nombreux auteurs et autrices avaient appelé au boycott du festival 2026, dénonçant une dérive mercantile et le licenciement, en 2024, d'une salariée de 9e Art+ qui venait de déposer plainte pour un viol survenu en marge de l'événement.
Tandis que de grands noms de la BD se joignaient à la fronde, dont la lauréate du Grand Prix de la BD 2025 Anouk Ricard, éditeurs et financeurs publics ont fini par lâcher les organisateurs et l'édition 2026 a été annulée, pour la première fois depuis la création de l'événement en 1974 (hors période de Covid-19).
Fin janvier dernier, il avait été remplacé par un "Grand Off" placé sous le signe de la gratuité dans la ville, fruit d'une volonté des auteurs de "se réapproprier" un festival où ils ne trouvaient plus leur place.
Plus gros événement culturel du département de la Charente, le FIBD attirait jusqu'ici quelque 200.000 visiteurs à Angoulême, selon la municipalité, avec d'importantes retombées économiques pour le secteur de l'hôtellerie-restauration.