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19.11.2020 à 06:30

CAC40 : le véritable bilan annuel - édition 2020

Dividendes, climat, emploi, lobbying ... et Covid-19. L'Observatoire des multinationales publie ce jeudi 19 novembre l'édition 2020 de CAC40 : le véritable bilan annuel, une radiographie complète des grandes entreprises françaises sous l'angle économique, mais aussi social, écologique et démocratique.
Le millésime 2020 de CAC40 : le véritable bilan annuel met en lumière les profonds déséquilibres qui continuent à caractériser la gestion et la stratégie des grandes entreprises françaises : Tous les groupes (...)

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Article intégral (1008 mots)

Dividendes, climat, emploi, lobbying ... et Covid-19. L'Observatoire des multinationales publie ce jeudi 19 novembre l'édition 2020 de CAC40 : le véritable bilan annuel, une radiographie complète des grandes entreprises françaises sous l'angle économique, mais aussi social, écologique et démocratique.

Le millésime 2020 de CAC40 : le véritable bilan annuel met en lumière les profonds déséquilibres qui continuent à caractériser la gestion et la stratégie des grandes entreprises françaises :

  • Tous les groupes du CAC40 ont bénéficié d'aides publiques directes ou indirectes à l'occasion de la crise sanitaire. Seulement 8 d'entre eux ont renoncé au versement de dividendes. Plus de 60 000 suppressions d'emplois ont déjà été annoncées par les groupes du CAC40, sans parler des conséquences de leurs plans d'économie sur leurs fournisseurs et sous-traitants.
  • Les dividendes versés par le CAC40 ont augmenté de 269% depuis l'an 2000, alors que ses effectifs en France baissaient de 12% sur la même période.
  • Les rémunérations patronales se maintiennent à des niveaux records, avec une moyenne de 5,5 millions d'euros et un pic à près de 25 millions d'euros sur un an.

CAC40 : le véritable bilan annuel met également en lumière l'abîme qui sépare trop souvent les professions de foi publiques du CAC40 et la réalité des faits :

  • Cinq ans après la signature de l'Accord de Paris sur le climat, les grandes entreprises ne baissent pas réellement leurs émissions de gaz à effet de serre. Si l'on excepte Engie qui n'a souvent fait que revendre ses actifs dans le charbon à d'autres au lieu de les démanteler, le bilan carbone du CAC40, équivalent à 5% des émissions mondiales, est en hausse de 2,6% depuis 2017.
  • Les femmes continuent à occuper une place de plus en plus minoritaire à mesure que l'on monte dans la hiérarchie des groupes.
  • Le CAC40 publie pour la première fois cette année des « ratios d'équité » censés comparer la rémunération des dirigeants à celle des salariés moyens. Nous démontrons que de nombreuses entreprises ont calculé ce ratio de manière délibérément biaisée, pour cacher l'ampleur des inégalités en leur sein.

Cette édition 2020 se penche aussi sur la manière dont les groupes du CAC40 ont répondu à la crise sanitaire et économique entraînée par la pandémie de Covid-19. Celle-ci a justifié des mesures économiques exceptionnelles, en particulier des aides publiques sans précédent – et sans réelles contreparties – dont ont largement bénéficié les groupes du CAC40. Mais derrière les discours de solidarité et les invocations du « monde d'après », les grandes entreprises françaises ne montrent pour l'instant aucun signe de vouloir réellement remédier aux déséquilibres et aux lacunes pointées dans cette publication.

C'est ce dont témoignent à nouveau le choix de Carrefour de mettre une grande partie de ses salariés au chômage partiel, c'est-à-dire de les faire payer par les deniers publics, après avoir versé des dizaines de millions d'euros de dividendes. Ou encore les récentes annonces de LVMH et Orange sur le versement d'acomptes sur dividendes d'un milliard d'euros avant la fin de l'année.

Lire l'édition 2020 de CAC40 : le véritable bilan annuel (pdf, 76 pages)

Vous pouvez aussi lire chaque chapitre séparément :
- « Allô Bercy ? » Aides publiques : les corona-profiteurs du CAC40 (chap. 1).
-Des patrons au service de qui ? (chap. 2).
-Un fardeau croissant pour la planète (chap.3).
-Le prix de l'influence (chap. 4).
-Les femmes et les hommes du CAC40 (chap. 5).
-Le CAC, la France et le monde (chap. 6).
-Le CAC40 en temps de Covid (chapitre 7).

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19.11.2020 à 06:30

Vrai bilan du CAC40 : quatre infos à retenir et une question de fond

Olivier Petitjean

Le millésime 2020 de « CAC40 : le véritable bilan annuel » paraît ce jeudi 19 novembre 2020. On vous résume dans cet article les quatre informations essentielles à retenir de cette publication, ainsi que la question essentielle qui en ressort : les grandes entreprises françaises n'auraient-elles pas au final profité de la crise sanitaire pour devenir encore moins responsables vis-à-vis du reste de la société ?
La troisième édition de CAC40 : le véritable bilan annuel propose une radiographie complète (...)

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Article intégral (2063 mots)

Le millésime 2020 de « CAC40 : le véritable bilan annuel » paraît ce jeudi 19 novembre 2020. On vous résume dans cet article les quatre informations essentielles à retenir de cette publication, ainsi que la question essentielle qui en ressort : les grandes entreprises françaises n'auraient-elles pas au final profité de la crise sanitaire pour devenir encore moins responsables vis-à-vis du reste de la société ?

La troisième édition de CAC40 : le véritable bilan annuel propose une radiographie complète des grandes entreprises françaises sous l'angle économique, mais aussi social, écologique et démocratique. Dans cet ensemble de chiffres et d'analyses, quelles sont les informations nouvelles et importantes qui ressortent ? Il y en a essentiellement quatre.

Première info : des aides publiques massives sans réelle contrepartie

Toutes les entreprises du CAC40 ont bénéficié d'aides publiques à l'occasion de la crise sanitaire, sans avoir fondamentalement changé leurs pratiques en matière de versement de dividendes, d'emploi, de gaz à effet de serre ou de fiscalité.

Certains groupes comme Total ou Sanofi ont prétendu ne pas avoir bénéficié d'aides de l'État parce qu'ils n'avaient pas recours au chômage partiel ou aux reports de charge. En réalité, les pouvoirs publics ont débloqué bien d'autres formes de soutien financier, direct et indirect, dont ces groupes ont bien profité. Bien qu'abreuvées d'aides publiques, les entreprises du CAC40 ont largement maintenu leurs dividendes. Seulement huit les ont supprimés, parce qu'elles y étaient obligés par le gouvernement ou la Banque centrale européenne. Huit groupes du CAC40 ont même augmenté leurs dividendes ce printemps, et d'autres comme L'Oréal ne les ont réduits que de manière très marginale.

Ces entreprises ont ensuite multiplié les annonces de suppressions d'emplois en France et dans le monde. Le gouvernement n'a pas posé de réelles conditions à l'octroi de ses aides, mis à part la suspension des dividendes pour les prêts garantis et pour les reports de charge. En matière de chômage partiel, qui équivaut pourtant à une « nationalisation des salaires » dont le CAC40 a énormément profité et profite encore aujourd'hui, il n'y a rien. Et il n'y a rien non plus de concret en matière d'emploi, de protection du climat ou de lutte contre l'évasion fiscale.

Deuxième info : un impact de plus en plus lourd sur la planète

Les émissions de gaz à effet de serre déclarées par le CAC40 équivalent à 5% des émissions mondiales et, malgré des beaux discours écolos à profusion, elles ne baissent pas vraiment.

Globalement, les émissions du CAC40 ont baissé de 3,13% depuis 2017. Mais cette baisse doit tout à Engie, l'un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre de l'indice, qui s'est lancé dans une politique de désinvestissement de ses nombreux actifs liés au charbon. Si l'on enlève Engie, les émissions du CAC40 sont en réalité en hausse de 2,6% depuis 2017. Or Engie n'a souvent fait que revendre ses centrales et mines de charbon à des investisseurs moins sensibles à l'opinion publique. Vingt firmes de l'indice boursier parisien ont encore augmenté leurs émissions entre 2017 et 2019, dont le groupe pétrolier Total (+3,3% en deux ans), qui représente près de 30% des émissions du CAC40.

Le champion du grand écart entre les discours et la réalité est le groupe Danone. Il s'est donné cette année le statut d'« entreprise à mission », énumérant des objectifs plus vertueux les uns que les autres : « améliorer la santé », « préserver la planète », « construire le futur »... Dans le même temps, Danone émet davantage de gaz à effet de serre, y compris rapportés à ses effectifs et à son chiffre d'affaires, génère davantage de déchets, et consomme davantage d'eau, de plastique et d'huile de palme.

Troisième info : des patrons au service d'eux-mêmes et des actionnaires

Les patrons du CAC40 continuent à toucher des sommes stratosphériques, car leur rémunération est alignée sur les intérêts des marchés financiers, et de plus en plus déconnectée de la réalité des salaires au sein de leurs groupes.

Les patrons du CAC40 ont touché en 2019 une rémunération moyenne de 5,5 millions d'euros, avec un pic à 25 millions pour celui de Dassault Systèmes. C'est parce que la part fixe, autrement dit le vrai salaire, ne représente plus que moins d'un quart de leur rémunération. La part variable et les rémunérations en actions – c'est-à-dire la part de la rémunération liée à des critères financiers et boursiers – en représente plus de 75%. En outre, les patrons du CAC40 détiennent également des actions de leurs propres entreprises, et touchent donc eux-mêmes des dividendes - plus de 500 000 euros en moyenne au titre de l'exercice 2019.

Le CAC40 publie pour la première fois cette année des « ratios d'équité » censés comparer la rémunération des dirigeants à celle des salariés moyens. Nous démontrons que de nombreuses entreprises ont calculé ce ratio de manière délibérément biaisée, pour cacher l'ampleur des inégalités en leur sein.

Quatrième info : l'emploi en France, principale variable d'ajustement

Les effectifs du CAC40 en France continuent de s'étioler d'année en année. Ils ont baissé de 12% depuis l'an 2000, tandis que les dividendes étaient presque multipliés par 4.

Les effectifs du CAC40 atteignent 4,8 millions de salariés dans le monde, un niveau stable par rapport à 2018. Mais cette apparence de stabilité cache des réalités disparates. On observe dans certaines entreprises de fortes augmentations d'effectifs, mais elles sont souvent dues à des fusions plutôt qu'à de vraies créations d'emploi (Essilor avec Luxottica, Unibail-Rodamco avec Westfield, Safran avec Zodiac, Thales avec Gemalto). À l'inverse, certaines firmes du CAC40 sont clairement engagées dans une politique délibérée de réductions de leurs effectifs, comme Carrefour (-15% sur 2 ans), la Société générale (-6%) ou encore Sanofi (-5,8%). Ces mêmes groupes ont déjà annoncé des suppressions d'emplois supplémentaires.

Un enjeu politique

Au-delà de tous les chiffres, ce millésime 2020 de CAC40 : le véritable bilan annuel pose aussi et surtout une question essentielle.

Avec la crise sanitaire provoquée par le virus Covid-19, il a beaucoup été question de souveraineté, de relocalisation et de « monde d'après ». Au final, cependant, à mesure que s'éloignent les élans de solidarité des premiers temps du confinement, ce qui reste est l'impression d'un renforcement de l'emprise des grands groupes et d'une érosion supplémentaire de leur responsabilité démocratique vis-à-vis du reste de la société. Ils ont capté la plus grosse parties des aides débloquées par les pouvoirs publics, et – malgré ce que réclamaient nombre de syndicats, parlementaires et d'organisations de la société civile – ont obtenu que ces aides ne soient assorties d'aucune contrepartie réelle. Dans le contexte de la crise, les liens déjà étroits entre administration et industriels se sont encore resserrés, pour gérer l'urgence et ensuite pour concevoir les plans de sauvetage et de relance.

Avec la crise sanitaire, le gouvernement semble plus convaincu que jamais que son seul salut est de soutenir toujours davantage les multinationales françaises, avec pour résultat de s'en rendre encore plus dépendants et de les laisser capter davantage les richesses. Cette dépendance est habillée d'engagements verts et éthiques, et présentée comme l'émergence d'une « économie positive » [1], voire d'un nouveau « consensus de Paris » [2].

Ce « véritable bilan annuel » se penche justement sur la réalité des chiffres et des faits, occultée par cet habillage publicitaire. L'exercice montre qu'il y a un fossé béant entre les beaux discours et les actes. Et qu'il y a donc plus besoin que jamais de règles du jeu contraignantes, de transparence, de débat démocratique contradictoire, et généralement de sortir les pouvoirs publics de leur servitude volontaire envers les grandes entreprises. Mais c'est la direction inverse qui est empruntée depuis des années, et de manière encore plus marquée depuis les débuts de l'épidémie.

Olivier Petitjean

Lire l'édition 2020 de CAC40 : le véritable bilan annuel (pdf, 76 pages)

Vous pouvez aussi lire chaque chapitre séparément :
- « Allô Bercy ? » Aides publiques : les corona-profiteurs du CAC40 (chap. 1).
-Des patrons au service de qui ? (chap. 2).
-Un fardeau croissant pour la planète (chap.3).
-Le prix de l'influence (chap. 4).
-Les femmes et les hommes du CAC40 (chap. 5).
-Le CAC, la France et le monde (chap. 6).
-Le CAC40 en temps de Covid (chapitre 7).

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[1] C'est une notion popularisée par Jacques Attali via l'Institut pour pour une économie positive, parrainé par des géants du CAC40 et du capitalisme anglo-saxon, auquel le journal Le Monde s'associe cette semaine dans le cadre de la « semaine de l'économie positive ».

[2] Terme mis en avant ce lundi 16 novembre par Emmanuel Macron dans un entretien avec Le Grand continentle.

18.11.2020 à 07:00

Les grandes entreprises françaises restent solidement ancrées dans les paradis fiscaux

Olivier Petitjean

Selon les données publiques, les groupes du CAC40 ont plus de 17 000 filiales dans le monde. Environ 36% de ces filiales sont localisées en France, tandis que 15% relèvent de juridictions considérées comme des « paradis fiscaux et judiciaires ». Mais la définition de ce qui est ou non un paradis fiscal n'a rien d'évident.
Connaître la localisation des filiales d'un groupe permet de se faire une meilleure idée de son ancrage territorial. Cela permet aussi d'identifier les filiales situées dans des pays (...)

- Enquêtes
Article intégral (1284 mots)

Selon les données publiques, les groupes du CAC40 ont plus de 17 000 filiales dans le monde. Environ 36% de ces filiales sont localisées en France, tandis que 15% relèvent de juridictions considérées comme des « paradis fiscaux et judiciaires ». Mais la définition de ce qui est ou non un paradis fiscal n'a rien d'évident.

Connaître la localisation des filiales d'un groupe permet de se faire une meilleure idée de son ancrage territorial. Cela permet aussi d'identifier les filiales situées dans des pays ou des territoires réputés pour leurs règles fiscales ou judiciaires avantageuses, qui pourraient être utilisées pour des manœuvres d'évitement de l'impôt ou cacher des activités douteuses.

Les groupes du CAC40 ont des pratiques très variables en ce qui concerne la publication des listes de leurs filiales. Certains comme Engie, Orange, Vinci ou LVMH publient des listes très complètes, voire exhaustives, dénombrant plusieurs centaines de filiales un peu partout dans le monde. C'est aussi le cas des banques, pour lesquelles c'est une obligation légale. D'autres, comme Legrand, Thales ou ArcelorMittal, ne livrent que des listes très restreintes, d'une trentaine de sociétés, sans que l'on puisse en savoir davantage.

Selon les données publiques, le CAC40 comptait en 2019 environ 17 000 filiales, dont un peu plus de 6 000 en France (36%). Les pays qui abritent le plus de filiales du CAC40 sont, sans trop de surprises, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne. Dans la liste des principaux pays d'implantation des grands groupes français, on retrouve les voisins immédiats (Espagne, Italie), les grandes économies mondiales (Chine, Brésil), mais aussi un certain nombre de pays plus petits réputés pour les divers avantages fiscaux qu'ils offrent aux multinationales, comme les Pays-Bas ou le Luxembourg.

Qu'est-ce qu'un « paradis fiscal et judiciaire » ?

On qualifie généralement de paradis fiscal et judiciaire « une juridiction ou un territoire qui a intentionnellement adopté des régimes fiscaux et légaux permettant aux personnes physiques et morales non-résidentes de minimiser les impôts dont elles devraient s'acquitter là où elles ont leur résidence fiscale (personnes physiques) ou là où elles mènent une activité économique subs- tantielle (entreprises) et/ou de contourner des règlementations en vigueur dans les autres pays ».

Parmi les pays et territoires généralement considérés comme des paradis fiscaux et judiciaires, beaucoup sont des cas ambigus, puisque les filiales implantées dans ces pays peuvent l'être pour des activités industrielles ou commerciales tout à fait légitimes, sans rapport avec l'optimisation fiscale (Pays-Bas, Belgique...). La place de ces pays dans le peloton de tête des implantations du CAC40 suggère néanmoins que beaucoup de filiales y sont implantées pour des raisons de convenance fiscale ou juridique. D'autres sont des centres financiers (Luxembourg, Hong Kong, Singapour). Viennent enfin les petites nations qui correspondent davantage à l'image classique des paradis fiscaux comme Monaco (45 filiales du CAC40), les Bermudes (28 filiales), Jersey (22 filiales) ou les îles Caïmans (14).

Pour évaluer la proportion des filiales du CAC40 basées dans des paradis fiscaux, on peut se référer à trois listes distinctes.

La première est la liste officielle établie par le gouvernement français. Très restrictive, elle ne comprend que 13 pays et juridictions affichant le profil de paradis fiscaux au sens classique du terme : Anguilla, les Bahamas, les Fidji, Guam, les Îles Vierges américaines, les Îles Vierges britanniques, Oman, le Panama, les Samoa américaines, les Samoa, les Seychelles, Trinité-et-Tobago et le Vanuatu. On dénombre tout de même 72 filiales du CAC40 basées dans ces juridictions, soit 0,42% du total, notamment au sein des groupes Engie (18 filiales) et LVMH (17).

La seconde liste, largement utilisée par la société civile, comprend à la fois les paradis fiscaux classiques, les centres financiers et les pays comme les Pays- Bas ou l'Irlande, soit une soixantaine de juridictions39. Établie en 2009 par le Tax Justice Network, le réseau international de la société civile contre l'évitement fiscal, elle reste la base la plus parlante pour évaluer la place des grandes entreprises dans les paradis fiscaux et judiciaires. C'est celle que nous utilisons ici. Sur cette base, le CAC40 compte environ 15% de ses filiales dans des paradis fiscaux.

La troisième liste, également établie par le Tax Justice Network, ne comprend que les 15 pays les plus opaques du point de vue financier40. Plus à jour que la liste précédente, elle fait le choix d'inclure des nations entières qui sont aussi les principaux pays d'implantation du CAC40 : États-Unis, Allemagne et Royaume-Uni. On y trouve donc près de la moitié des filiales des grands groupes français à l'étranger.

Les groupes du CAC40 les plus présents dans les paradis fiscaux, en utili- sant donc la deuxième liste, sont LVMH (plus de 27% de ses filiales), Axa (25%) et Michelin (24,2%)41. En termes de nombre absolu de filiales, les plus présents dans les paradis fiscaux sont Engie (340 filiales), LVMH (305), Vinci (236), le Crédit agricole (226), BNP Paribas (194), Total (168) et la Société générale (146). Mais ces chiffres sont en partie faussés par le degré de transparence très élevé d'Engie et Vinci. On notera dans les deux cas la forte présence dans les paradis fiscaux de deux secteurs : le luxe et la banque.

À lire : « Le CAC, la France et le monde » (pdf, 8 p.), chapitre 6 de CAC40 : le véritable bilan annuel, édition 2020, publié par l'Observatoire des multinationales en partenariat avec Attac.

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Relire le premier chapitre : « Allô Bercy ? Aides publiques : les corona-profiteurs du CAC40 » (pdf, 16 pages), le second chapitre « Des patrons au service de qui ? » (pdf, 6 pages), le troisième chapitre « Un fardeau croissant pour la planète » (pdf, 6 pages), le quatrième chapitre « Le prix de l'influence » (pdf, 4 p.) et le cinquième chapitre « Les femmes et les hommes du CAC40 » (pdf, 4 p.).

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