Accès libre Publié par l’association Alter-médias / Basta !

▸ les 10 dernières parutions

19.09.2022 à 17:08

Nouveau site, nouvelle association, nouvelles ambitions... l'Observatoire des multinationales a besoin de vous !

Tout nouveau, tout beau ! L'Observatoire des multinationales est fier de vous présenter son nouveau site web, fruit de plusieurs semaines de travail acharné.
Plus lisible, plus clair, notre nouveau site met davantage en valeur ce qui fait la spécificité et la force de notre travail : nos enquêtes de long cours, nos données et analyses sur les pratiques du CAC40, nos grands thèmes qui reflètent les valeurs que nous défendons : mettre les grandes entreprises face à leurs responsabilités, défendre le (...)

- Actualités
Texte intégral (702 mots)

Tout nouveau, tout beau ! L'Observatoire des multinationales est fier de vous présenter son nouveau site web, fruit de plusieurs semaines de travail acharné.

Plus lisible, plus clair, notre nouveau site met davantage en valeur ce qui fait la spécificité et la force de notre travail : nos enquêtes de long cours, nos données et analyses sur les pratiques du CAC40, nos grands thèmes qui reflètent les valeurs que nous défendons : mettre les grandes entreprises face à leurs responsabilités, défendre le droit à l'information, dénoncer le « greenwashing » et les fausses promesses des industriels, ou l'influence excessive qu'ils exercent sur nos décideurs...

Bien sûr, n'hésitez pas à nous transmettre vos commentaires, critiques et suggestions !

Mais ce n'est pas tout.

Au-delà d'un nouveau site, c'est aussi et surtout une nouvelle étape qui s'ouvre pour l'Observatoire des multinationales.

D'abord, nous allons reprendre un rythme de publication plus régulier, et nous sommes en train de vous préparer de nouvelles enquêtes et publications pour les prochaines semaines.

En outre, l'Observatoire des multinationales, après avoir grandi dans le cocon de l'association Alter-médias, éditrice du site basta !, est désormais une association à part entière. Notre objectif ? « développer et de promouvoir une information indépendante sur les grandes entreprises et plus généralement sur les pouvoirs économiques, ainsi que sur les relations entre pouvoirs économiques et le pouvoir politique, afin de nourrir le débat démocratique », ainsi que le précisent nos statuts. (Voir ici pour davantage d'information sur notre organisation, ou contactez-nous.)

Pour mener à bien cette nouvelle étape, nous avons plus que jamais besoin du soutien financier de nos lecteurs et lectrices et de nos allié.e.s.

Vous pouvez désormais nous faire un don directement en ligne.

Pour assurer l'indépendance et la pérennité de l'Observatoire des multinationales, nous avons besoin d'une base solide de soutiens, qui nous permette d'investir – c'est-à-dire d'accroître nos moyens humains tout en continuant à travailler avec des journalistes et chercheurs indépendants – et de nous projeter à long terme sans avoir à vous solliciter trop souvent pour boucler nos budgets ou lancer de nouveaux projets.

C'est pourquoi nous encourageons tous ceux qui le peuvent à rejoindre les rangs de nos soutiens pérennes, en nous faisant un don ponctuel de 100 euros par an ou un don récurrent de 10 euros par mois.

Devenir soutien pérenne, c'est être informé en avant-première sur nos publications et nos autres activités. Mais surtout c'est contribuer activement au renforcement et au développement de notre observatoire, pour qu'il continue à soulever les questions qui fâchent, à aller voir ce qui se cache vraiment derrière les beaux discours des entreprises et de nos gouvernants, et plus généralement continue à alimenter le débat médiatique et démocratique sur toutes les questions qui comptent.

Bien sûr, vous pouvez toujours donner moins … ou plus, selon votre envie et vos moyens.

Pour cette campagne de lancement de notre nouveau site et de l'association Observatoire des multinationales, nous visons au moins 500 soutiens pérennes. Nous comptons sur vous, et n'hésitez pas à faire circuler ce message autour de vous.

19.09.2022 à 14:23

Superprofits du CAC40 : que disent les chiffres ?

Olivier Petitjean

Les « superprofits » existent bel et bien – les données financières semestrielles publiées par le CAC40 le prouvent. Au-delà de la croissance de leurs ventes, la profitabilité des grandes entreprises françaises connaît depuis l'année dernière une augmentation exponentielle. TotalEnergies est loin d'être le seul groupe concerné.
Une fois encore, les énormes bénéfices engrangés par TotalEnergies ont défrayé la chronique cet été. Dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, la crise climatique et (...)

- Allô Bercy / , , , , , , , , , , ,
Texte intégral (2664 mots)

Les « superprofits » existent bel et bien – les données financières semestrielles publiées par le CAC40 le prouvent. Au-delà de la croissance de leurs ventes, la profitabilité des grandes entreprises françaises connaît depuis l'année dernière une augmentation exponentielle. TotalEnergies est loin d'être le seul groupe concerné.

Une fois encore, les énormes bénéfices engrangés par TotalEnergies ont défrayé la chronique cet été. Dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, la crise climatique et l'inflation, alors que des milliers de ménages se demandent comment ils pourront boucler leurs fins de mois, le groupe pétrolier a annoncé un résultat semestriel ajusté de plus de 18 milliards de d'euros (ramené à 10,4 milliards pour tenir compte de la dépréciation de ses actifs en Russie). D'autres grandes multinationales, notamment dans les secteurs de l'énergie, du transport et des matières premières, ont elles aussi accumulé des milliards de bénéfices sur les six premiers mois de 2022.

Tout ceci n'a pas manqué de relancer le débat sur les « superprofits ». En France, l'opposition de gauche et la société civile militent pour leur taxation, et une partie de la majorité présidentielle ne semble pas insensible à leurs arguments. L'Union européenne propose une « contribution exceptionnelle » des entreprises pétrolières et gazières au vu de leurs bénéfices historiques. Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, quant à lui, a voulu balayer le débat en déclarant « ne pas savoir » ce qu'est un superprofit, tandis que dans les milieux d'affaires, on fait valoir que les Français devraient être contents d'avoir des champions nationaux en bonne santé financière, dont on nous promet qu'ils utiliseront ces bénéfices pour nous préparer un avenir plus vert.

Qu'est-ce qu'un « superprofit » ? Constate-t-on effectivement une augmentation anormale des profits du CAC40 ? Cette augmentation concerne-t-elle également tous les groupes et tous les secteurs ? Comment s'exlique-t-elle ? Et que vont faire les entreprises de cet afflux d'argent frais ? Dans le cadre de la préparation de la prochaine édition de « CAC40 : le véritable bilan annuel », nous nous sommes penchés sur les chiffres publiés par les grandes entreprises françaises pour le premier semestre 2022, afin d'apporter des éléments de réponse à ces questions.

73 milliards de profits malgré les pertes liés à la Russie

Premier constat : avec 72,8 milliards d'euros de bénéfice net cumulé [1], le CAC40 poursuit effectivement sur la lancée des niveaux record de profits engrangés en 2021. Et ce alors même que plusieurs groupes de l'indice (Renault, Safran, Société générale, Worldline...) ont enregistré des résultats négatifs de plusieurs milliards sur les six mois écoulés.

Les pertes liées à la Russie n'ont qu'à peine entamé la dynamique de croissance des profits du CAC40.

Les pertes affichées par Renault et la Société générale s'expliquent par les cessions d'actifs en Russie auxquelles ils ont été contraints du fait de la guerre en Ukraine et des sanctions occidentales. Même TotalEnergies a dû rabaisser son résultat net de 18 à 10,4 milliards. Mais globalement, les pertes liées à la Russie n'ont qu'à peine entamé la dynamique de croissance des profits du CAC40.

72,8 milliards d'euros, c'est 23% de plus qu'au premier semestre 2021, 53% de plus qu'au premier semestre 2019, et plus de quatre fois les bénéfices réalisés dans la première moitié de 2020, en pleine première vague de la pandémie de Covid-19.

Les groupes qui affichent les profits les plus importants au premier semestre 2022 sont les mêmes qui ont déjà engrangé des bénéfices records en 2021 : TotalEnergies, Stellantis et ArcelorMittal en premier lieu, suivis par les grands groupes du secteur de la finance et du luxe, ainsi que par Engie pour le secteur de l'énergie.

Augmentation exponentielle du taux de profitabilité

Un bon point de départ pour caractériser des « superprofits » est de procéder à une comparaison entre les niveaux de bénéfices enregistrés cette année et ceux constatés dans une période « normale ». Nous avons donc comparé les chiffres pour 2022 avec la moyenne des chiffres déclarés par le CAC40 entre 2015 et 2019, c'est-à-dire avant la pandémie de Covid-19. Nous nous sommes penchés en particulier sur deux indicateurs : d'une part l'évolution du chiffre d'affaires, c'est-à-dire les revenus issus de la vente de leurs produits et services, et d'autre part le taux de profitabilité, autrement dit le ratio entre résultat net et chiffre d'affaires.

À eux seuls, ces indicateurs relativement simples sont loin de tout expliquer, mais ils sont tout de même révélateurs. Ainsi, si l'on compare les chiffres pour 2022 avec les chiffres moyens pour la période 2015-2019, on voit que les « superprofits » du CAC40 en 2022 résultent à la fois d'une augmentation du chiffre d'affaires (+38%) et d'une augmentation du taux de profitabilité (+20%). Autrement dit, les grandes entreprises françaises augmentent les revenus de leurs ventes mais surtout réussissent à garder une plus grosse partie de ces revenus sous forme de profits.

On peut d'ailleurs faire le même constat en ce qui concerne les résultats financiers annuels. Sur l'année 2021, les groupes français avaient déjà affiché des profits record de 157 milliards d'euros, qui ne s'expliquent qu'en partie par la reprise de l'activité (et donc des ventes) du fait de la sortie de la première phase pandémique. Le chiffre d'affaires cumulé du CAC40 n'a progressé « que » de 20% entre 2020 et 2021, bien moins que les profits (+321%). C'est en réalité le taux de profitabilité (résultat sur chiffre d'affaires) qui explose, de 3,1% en 2020 à 10,9% en 2021 – une multiplication par 3,5.

Lire aussi CAC40 : « Tout va très bien, madame la marquise »

Les gagnants de la crise

Considérons à présent les chiffres entreprise par entreprise. Certains groupes du CAC40 affichent une croissance spectaculaire de leur chiffre d'affaires au premier semestre 2022 par rapport à la moyenne 2015-2019, dans certains cas en raison d'une fusion (Peugeot-FiatChrysler, EssilorLuxottica) et dans d'autres du fait de la croissance rapide d'un secteur d'activité nouveau (les tests pour Eurofins, les centres d'appel pour Teleperformance) ou moins nouveau (le luxe). Restent deux cas particuliers. Le premier, TotalEnergies, n'est guère surprenant : porté par la hausse des cours du pétrole et du gaz, le groupe a logiquement vu le revenu de ses ventes augmenter en conséquence depuis quelques mois. Le second, ST Microelectronics, est moins attendu, mais s'inscrit aussi dans un contexte de demande accrue pour son produit phare : les semi-conducteurs.

Le taux de profitabilité – qui mesure de manière très grossière la capacité d'une entreprise à générer davantage de profits sur un niveau donné de ventes – est traditionnellement très variable selon les secteurs d'activité considérés. Il est faible, à quelques pourcents ou moins, pour les secteurs qui ont beaucoup de coûts, comme la grande distribution. Dans des secteurs comme la finance ou le luxe, par contraste, ce taux atteint facilement ou dépasse les 20%. Il est donc plus délicat de comparer les chiffres et leur évolution. On n'en observe pas moins des croissances spectaculaires chez certains groupes, à commencer à nouveau par ST Microelectronics dont le taux de profitabilité est passé de 4,2% en 2015-2019 à 26,4% en 2022.

Parmi les plus fortes augmentations du taux de profitabilité, on retrouve les autres groupes qui, avec TotalEnergies, affichent les plus importants bénéfices en valeur absolue au premier semestre 2022 : ArcelorMittal (taux de profitabilité passé de 3,1 à 18,1%, une multiplication par six), Engie (de 4,1 à 11,6%) et Stellantis (de 4% à 9%). Chez TotalEnergies, la hausse du taux de profitabilité est réelle mais plus modeste : de 5,9 à 7,6%.

Dans tous ces cas, les « superprofits » réalisés ce semestre ne découlent pas automatiquement d'une augmentation des ventes, mais surtout de la capacité accrue de ces groupes à extraire des profits de leur activité. Plusieurs facteurs peuvent entrer en ligne de jeu : le contrôle d'un marché stratégique et la hausse des prix des matières premières, certes, mais aussi les politiques de long terme d'économies et de suppressions d'emplois menées par certaines entreprises (ArcelorMittal et Stellants notamment).

Hors CAC40, un autre groupe a défrayé la chronique pour les immenses profits qu'il a réalisés au premier semestre 2022 : l'armateur CMA-CGM, propriété de la famille Saadé, qui a pu se prévaloir de bénéfices record de 14,8 milliards d'euros sur les six premiers mois de l'année. Société non cotée , CMA-CGM n'est pas soumise à autant d'obligations de transparence que ses homologues de l'indice boursier, mais les chiffres disponibles suggèrent que le groupe a connu, certes, une augmentation continue de son chiffre d'affaires, mais qu'il a surtout vu lui aussi exploser son taux de profitabilité. Alors que celui-ci était en moyenne de 0,7% entre 2015 et 2019 (sans jamais dépasser 3,6%), il atteint pas moins de 39,3% au premier semestre 2022 !

Aides publiques et paradis fiscaux

On pointe beaucoup du doigt aujourd'hui le secteur des hydrocarbures et de l'énergie, non sans raison puisqu'aussi bien TotalEnergies qu'Engie affichent des profits record. Ils ne sont pourtant pas les seuls dans ce cas. On peut trouver des « superprofiteurs » dans des secteurs d'activité inattendus. C'est le cas pour ST Microelectronics, qui voit donc à la fois son chiffre d'affaires et son taux de profitabilité croître de manière spectaculaire. Si le groupe n'apparaît pas encore dans les plus gros bénéfices du CAC40, c'est qu'il partait d'un niveau historiquement plus bas que les autres. Avec ses 1,8 milliard d'euros de bénéfices au premier semestre 2022, il est désormais au seuil du « top 10 » des profits de l'indice boursier parisien. Ce constat ne manque pas d'interroger pour un groupe très gourmand en subventions européennes, nationales et locales. ST Microelectronics est aussi parti pour être l'un des principaux bénéficiaires du « Chips Act » européen, le grand plan de soutien à 40 milliards d'euros au secteur des semi-conducteurs annoncé par Bruxelles en février 2022.

ST Microelectronics a son siège social en Suisse Stellantis aux Pays-Bas et ArcelorMittal au Luxembourg, trois pays également réputés pour leurs régimes fiscaux avantageux pour les multinationales.

ST Microelectronics, entreprise parapublique franco-italienne, est une société de droit néerlandais ayant son siège social en Suisse. C'est une situation similaire à celle de deux autres « superprofiteurs » du CAC40 : Stellantis a son siège social aux Pays-Bas et ArcelorMittal au Luxembourg, deux pays également réputés pour leurs régimes fiscaux avantageux pour les multinationales. Leur taux réel d'imposition sur les profits en 2021 est d'ailleurs parmi les plus bas du CAC40 – entre 13 et 14% pour les trois groupes – alors que le taux théorique d'imposition en France est aujourd'hui de 25%, et alors que ces entreprises ont été abondamment soutenues par les pouvoirs publics durant la pandémie. CMA-CGM a également bénéficié en 2020 d'un prêt garanti par l'État. La question des « superprofits » est donc bien aussi un enjeu de justice fiscale, et le débat sur leur taxation n'en apparaît que plus légitime.

Avec tous ses profits, le CAC40... rachète ses propres actions

Un dernier point. Le discours officiel des milieux patronaux, parfois relayé par le gouvernement, est que les bénéfices substantiels engrangés par le CAC40 sont une bonne chose, car ils permettront aux champions français de se préparer aux crises à venir en investissant, notamment dans la décarbonation de leur production. Qu'en est-il vraiment ?

L'histoire récente suggère que le CAC40 préfère utiliser ses profits pour rémunérer ses actionnaires directement (en versant des dividendes) ou indirectement (en rachetant ses propres actions sur les marchés pour les annuler). Alors que certains groupes comme TotalEnergies et LVMH ont déjà versé des acomptes sur dividendes importants, il n'y a pas de raison de penser qu'il en sera autrement au printemps 2023.

Certes, le chiffrage précis des dividendes qui seront versés par le CAC40 sur ses profits 2022 n'est pas encore connu. Il est d'ores et déjà possible en revanche de se faire une idée de la tendance en matière de rachats d'actions. En 2021, les groupes français ont racheté pour 23 milliards d'euros de leurs propres actions. Ce record historique pourrait bien être battu dès cette année. En effet, sur le seul premier semestre 2022, le même CAC40 a déjà racheté ses propres actions à hauteur de 12,4 milliards d'euros, et d'autres programmes sont en cours – par exemple chez Axa qui a racheté pour plus de 1,5 milliard d'euros de ses actions au cours de l'été.

Est-ce vraiment une surprise ? Les groupes du CAC40 qui ont dépensé le plus en rachats d'actions sont aussi ceux qui affichent les profits les plus conséquents.

Olivier Petitjean


[1] En excluant Alstom et Pernod-Ricard, qui déclarent leurs résultats financiers en année décalée. Les comparatifs que nous donnons ci-dessus portent sur les 38 autres entreprises qui composent l'indice du CAC40 au 12 septembre 2022, dont certaines n'étaient pas encore dans l'indice en 2015 ou les années suivantes.

26.08.2022 à 15:16

Bénéfice record pour TotalEnergies

Sur fond de guerre en Ukraine et d'explosion des prix de l'énergie, TotalEnergies affiche un résultat ajusté de 18,8 milliards de dollars pour le premier semestre 2022.

- Chiffres / , ,
Lire plus (260 mots)

Après avoir battu en 2021 son record historique de profits annuels à 16 milliards de dollars, TotalEnergies a annoncé un résultat net ajusté de 18,8 milliards de dollars (18 milliards d'euros au taux de change du 31 juin 2022) rien que pour la première moitié de l'année 2022.

La performance financière du groupe pétrolier français - que l'on constate également chez ses concurrents de l'industrie du pétrole et du gaz - est alimentée par l'explosion des prix de l'énergie et la guerre en Ukraine. Contrairement à la plupart de ses pairs occidentaux, TotalEnergies ne s'est pas vraiment retirée de Russie, se contenant d'un simple gel de ses nouveaux investissements.

Ces résultats record ont de quoi alimenter le débat sur la taxation des « surprofits » réalisés dans plusieurs secteurs d'activité (pétrole et gaz, transport maritime, agroalimentaire) dans le contexte de la guerre en Ukraine et des suites de l'épidémie de Covid-19.

Ce résultat « ajusté » ne tient pas compte des dépréciations d'actifs auquel le groupe pétrolier a été contraint du fait de la guerre en Ukraine et des sanctions occidentales contre la Russie. Dans ses comptes consolidés, le bénéfice de TotalEnergies pour le premier semestre 2022 n'est donc « que » de 10,4 milliards d'euros - loin devant tous les autres groupes du CAC40.

22.08.2022 à 15:41

Bouygues et ArcelorMittal, champions de l'entre-soi masculin

Il n'y a plus que deux groupes du CAC40, ArcelorMittal et Bouygues, qui ne comptent aucune femme dans leur direction.

- Chiffres / , , ,
Lire plus (247 mots)

Deux groupes du CAC40, Bouygues et ArcelorMittal, partagent le privilège douteux de ne pas compter de femmes dans leur comité exécutif. On pourrait d'ailleurs leur ajouter un troisième groupe, EssilorLuxottica, qui ne compte pas de comité exécutif à proprement parler du fait de sa structure de gouvernance spécifique.

On peut y voir un signe de progrès. Dans le cadre de l'édition 2018 de « CAC40 : le véritable bilan annuel », nous avions regardé ces chiffres pour la première fois, et il y avait encore douze groupes de l'indice parisien qui ne comptaient pas de femmes dans leur direction.

À l'époque, les femmes ne comptaient que pour 13,9% en moyenne des comités de direction du CAC40, contre 35,7% de l'effectif et 40,6% des conseils d'administration (parce qu'un seuil de 40% est légalement obligatoire). Cette proportion a eu tendance à augmenter depuis 2018, mais lentement et pas dans tous les groupes. Au sein des comités exécutifs, les femmes restent cantonnées à certaines fonctions stéréotypées comme les ressources humaines, la communication ou la RSE.

Lire aussi Dans les entreprises du CAC 40, le pouvoir reste aux mains des hommes

28.07.2022 à 00:37

TotalEnergies n'a pas payé d'impôt sur les sociétés en France depuis deux ans

Maxime Combes

TotalEnergies annonce de nouveaux profits records : plus de 17,7 milliards d'euros pour le premier semestre 2022. En parallèle, le groupe n'a pas payé d'impôts en France en 2020 et 2021. Une pratique habituelle chez ce géant de l'énergie.
Lors de la dernière réunion du G7, en Allemagne du 25 au 28 juin, Emmanuel Macron a fustigé les « profiteurs de guerre », ces entreprises qui profitent du contexte économique et géopolitique et de l'envolée des prix pour faire « des superprofits ». Pourtant, à la (...)

- Actualités / , , ,
Texte intégral (2781 mots)

TotalEnergies annonce de nouveaux profits records : plus de 17,7 milliards d'euros pour le premier semestre 2022. En parallèle, le groupe n'a pas payé d'impôts en France en 2020 et 2021. Une pratique habituelle chez ce géant de l'énergie.

Lors de la dernière réunion du G7, en Allemagne du 25 au 28 juin, Emmanuel Macron a fustigé les « profiteurs de guerre », ces entreprises qui profitent du contexte économique et géopolitique et de l'envolée des prix pour faire « des superprofits ». Pourtant, à la demande du ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, les députés soutenant le président de la République se sont opposés aux propositions instaurant une taxe sur ces bénéfices exceptionnels réalisés par les grandes entreprises énergétiques ou des transports.

Après avoir réalisé 14 milliards d'euros de profits en 2021 (40 % de plus qu'en 2019), TotalEnergies annonce ce 28 juillet avoir réalisé plus de 17,7 milliards d'euros de profits (18,8 milliards de dollars) sur le seul premier semestre 2022 [1]. Soit presque trois fois plus que sur le premier semestre 2021.

Voilà des résultats mirobolants battant les records précédents. En parallèle, le groupe TotalEnergies n'a pas payé un seul euro d'impôt sur les sociétés en France en 2020 et 2021.

Quels sont les « superprofits » réalisés par Total ?

« Y a-t-il des superprofits ? Je me méfie de ces mots », s'est exclamé Bruno Le Maire à l'Assemblée nationale pour convaincre ses députés de rejeter toute idée de taxer les gigantesques profits réalisés par les grands groupes de l'énergie et des transports.

Ces superprofits sont des profits d'aubaine réalisés sans qu'ils ne résultent d'investissements nouveaux, ni même d'une transformation de la production ou du niveau des ventes d'un grand groupe. Ils ne sont le fruit d'aucun effort ou prise de risque particuliers.

Comme la plupart des grands énergéticiens, TotalEnergies profite de l'inflation dans le secteur de l'énergie, entretenue par la reprise économique mondiale d'après-pandémie et les pénuries sur les chaînes d'approvisionnement, et surtout par la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine.

Avec des coûts de production de pétrole et du gaz relativement fixes à court terme, les producteurs mondiaux bénéficient d'un accroissement sans précédent de leurs recettes tirées des activités de production. Les résultats des activités de négoce (physique et financier) sont aussi en forte croissance en cette période d'inflation et d'instabilité sur les marchés mondiaux.

Enfin, généralement jugée peu rentable, l'activité de raffinage dégage désormais des marges plus généreuses : chez TotalEnergies, elle ont été multipliées par trois pour atteindre 145,7 dollars la tonne au second trimestre 2022.

Ces superprofits sont-ils très provisoires ?

Les gains qu'engrangent TotalEnergies progressent donc à toutes les étapes de son processus productif, sans que le groupe n'ait rien eu à changer à son outil de production. La multinationale française profite ainsi d'une rente de situation qui lui permet de prélever une part croissante du pouvoir d'achat des consommateurs dont les dépenses en carburants sont pour partie contraintes, sans raison économique effective et sans contribuer à l'intérêt général.

Le chiffre d'affaires et les profits explosent, tout comme la rémunération des actionnaires alors que l'inflation dont ils procèdent pèsent considérablement sur le budget du plus grand monde.

Loin de revenir « à la normale » comme l'exécutif français le promettait à l'automne 2021, les prix de l'énergie sont durablement orientés à la hausse. Selon l'Agence internationale de l'Énergie (AIE), « les conditions actuelles du marché pourraient conduire à des bénéfices excédentaires allant jusqu'à 200 milliards d'euros dans l'Union européenne en 2022 » pour les seules multinationales de l'énergie.

Entre le premier semestre 2021 et le premier semestre 2022, le chiffre d'affaires de TotalEnergies a ainsi augmenté de 58 % pour atteindre 135,6 milliards d'euros, et les profits semestriels ont presque triplé. À ce rythme, les profits annuels du groupe pourraient atteindre un montant stratosphérique record supérieur à 35 milliards d'euros, soit deux fois et demi plus qu'en 2021.

TotalEnergies s'en sert-il pour investir dans la transition écologique ?

Pour tenter d'écarter la critique, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné a récemment affirmé dans une interview pour Ouest-France que le groupe utilisait les superprofits réalisés dans les hydrocarbures pour accroître massivement ses investissement dans les énergies renouvelables.

Selon la dernière communication du groupe en la matière, TotalEnergies affirme investir chaque année environ 3,3 milliards d'euros dans les énergies renouvelables et l'électricité. Soit à peine 1,6 % de son chiffre d'affaires (205,9 milliards d'euros en 2021). C'est aussi presque trois fois moins que ce que le groupe a consacré à la rémunération de ses actionnaires en 2021 (8,7 milliards d'euros).

Depuis que le groupe accumule ces superprofits, il n'a pas annoncé de données chiffrées exprimant la volonté d'augmenter massivement ses investissements dans les énergies renouvelables. Les actionnaires passent avant la lutte contre le réchauffement climatique : une augmentation de 5 % du dividende portant sur l'exercice 2022 est programmée, ainsi qu'un montant minimum de 3 milliards de dollars de rachats d'action pour le seul premier semestre 2022 – soit plus que sur toute l'année 2021. TotalEnergies va donc augmenter la rémunération de ses actionnaires de l'exact montant qu'il dit investir dans les énergies renouvelables chaque année.

TotalEnergies n'utilise pas les surperprofits tirés des hydrocarbures pour accroître ses investissements dans les énergies renouvelables. Au contraire, le groupe continue à investir massivement dans de nouveaux champs pétroliers ou gaziers comme l'illustre l'annonce d'une association avec le Qatar en vue de l'exploitation d'un immense champ gazier, l'une des pires « bombes climatiques » au monde. Cette stratégie est en contradiction flagrante avec les recommandations de l'Agence internationale de l'énergie qui appelait en 2021 à stopper immédiatement le développement de nouveaux projets gaziers et pétroliers.

En parallèle, TotalEnergies continue à supprimer des emplois : 2300 en 2020 (dont 410 en France) et 4167 en 2021 (dont 700 en France) [2]. Alors que les syndicats du groupe multiplient les actions (interpellations, grèves) pour demander des hausses de salaire, le groupe s'est limité à débloquer en novembre 2021 une enveloppe d'environ 33 millions d'euros pour les salariés, soit l'équivalent de 0,4 % de ce que les actionnaires ont touché cette année-là.

TotalEnergies ne paie-t-il pas déjà pas suffisamment d'impôts ?

« Je n'aime pas les taxes », dit Bruno Le Maire pour écarter toute taxe sur les superprofits de TotalEnergies, laissant entendre que le groupe en paierait déjà suffisamment. Ce n'est malheureusement pas le cas. Alors que TotalEnergies engrange les profits record, le groupe n'a pas payé un seul euro d'impôt sur les sociétés en France en 2020 et 2021.

Ces informations explosives sont consignées dans un rapport que TotalEnergies a publié en mars de cette année et qui n'a pas eu l'attention qu'il mérite (TotalEnergies, Tax Transparency Report 2019-2020, mars 2022). Dans un effort, louable, de transparence, TotalEnergies y consigne des données portant sur les bénéfices réalisés et l'impôt sur les sociétés payé pays par pays. Si un tel rapport doit-être remis à l'administration fiscale depuis 2017, c'est la première fois que TotalEnergies le rend public, avec les données relatives aux exercices comptables des années 2019 et 2020.

Qu'y trouve-t-on ? D'abord la confirmation que TotalEnergies n'a pas payé d'impôt sur les sociétés en France en 2021 suite à ses résultats de 2020. Ce n'est guère surprenant si l'on tient compte du fait que l'impôt sur les bénéfices d'une année donnée est calculé en fonction des profits de l'année précédente. Ce n'est gère surprenant : en 2020, année de la pandémie, une bonne part de l'économie de nombreux pays, dont la France, était à l'arrêt.

Cette année-là, TotalEnergies a annoncé avoir réalisé 5,9 milliards d'euros de pertes mondiales cumulées, dont 0,9 milliard euros environ en France. Il paraît donc logique que le groupe n'ait pas payé d'impôt sur les bénéfices l'année suivante [3]. En 2020, Total a quand même versé 7,6 milliards d'euros à ses actionnaires, malgré ses pertes abyssales.

Plus surprenant, ce rapport nous apprend que TotalEnergies n'a pas payé d'impôt sur les bénéfices également en 2020. Le groupe avait pourtant réalisé en 2019 un bénéfice mondial très confortable de plus de 10 milliards d'euros. Le groupe précise qu'il a réalisé cette année-là une perte fiscale en France, selon les règles fiscales françaises en vigueur, qui l'ont conduit à ne pas y payer d'impôts sur les sociétés.

Il a même encaissé un chèque de 124 millions d'euros de la part du Trésor public en remboursement d'un trop perçu. Ici, l'étonnement est de rigueur. Comment un groupe qui fait 10 milliards d'euros de profits peut n'en avoir réalisé aucun dans un pays où son siège est installé et qui représente 21 % de son activité, 35 % de ses effectifs, 44 % du capital social de toutes les entités juridiques du groupe, ou encore 66,5 % des bénéfices cumulés et non distribués par le groupe ?

Le fait que TotalEnergies ne paye pas d'impôt sur les bénéfices en France n'est pas nouveau. Déjà en 2015, le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, reconnaissait que son groupe n'avait pas payé d'impôts sur les sociétés de 2012 à 2015 - alors que son groupe faisait des résultats mondiaux très largement positifs.

Comme de nombreuses autres entreprises multinationales du CAC40, TotalEnergies recourt à des pratiques d'optimisation fiscale afin de ne déclarer chaque année que des bénéfices négatifs, nuls ou faibles en France afin d'y limiter son imposition.

Baisser l'essence à la pompe plutôt que payer des impôts ?

Cela fait donc au moins deux ans que TotalEnergies n'a pas payé un euro d'impôt sur les sociétés en France. Mais le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, nécessairement informé de cette réalité par son administration, a préféré écarté toute possibilité de taxer les superprofits réalisés par le groupe : « Une taxe n'a jamais amélioré la vie de nos compatriotes », a-t-il déclaré, comme si une taxe ne pouvait financer une politique publique visant à développer des alternatives à la voiture, et aux dépenses contraintes de carburants.

Après avoir introduit une remise de 10 centimes en milieu rural en février, l'avoir étendu à toutes ses stations-services en avril, puis l'avoir transformé en une « remise été » de 12 centimes valable uniquement sur les autoroutes en juillet-août, TotalEnergies a accepté une nouvelle remise à la pompe de 20 centimes par litre de carburant pour les mois de septembre et octobre, puis de 10 centimes en novembre et décembre.

Là où le premier geste était évalué à 50 millions d'euros, celui de l'été à 100 millions d'euros, le nouveau coûterait 500 millions d'euros de recettes à TotalEnergies. Si ce montant est invérifiable, il ne représente que 0,2 % de manque à gagner sur le chiffre d'affaires annuel du groupe.

Cette remise à la pompe permet à TotalEnergies d'éviter une taxation de ses superprofits, ou de ses profits tout court, et, aussi, que l'administration de Bercy soit sommée par l'opinion publique de regarder d'un peu plus près la réalité et la localisation de ses profits. Annoncée suite à un discussion avec Bruno Le Maire, cette remise semble fonctionner comme le paiement d'une indulgence autorisant le groupe à amasser des superprofits et à en localiser l'essentiel ailleurs qu'en France afin d'y payer le moins d'impôt possible.

Taxer les superprofits, une mesure pourtant juste

Voilà donc un sacré paradoxe. Alors que la taxation des superprofits des géants de l'énergie est désormais au cœur du débat public, encouragée à la fois par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission européenne, mise en œuvre par l'Italie, l'Espagne ou le Royaume-Uni, on découvre que l'une des principales entreprises multinationales françaises, ne paie pas d'impôt sur les sociétés en France. Le tout avec l'accord explicite du ministre de l'Économie et des Finances.

Comment justifier que TotalEnergies, qui se retrouve chaque année en haut du classement des profits réalisés par le CAC40 et des dividendes versés aux actionnaires, ne contribue pas à l'effort collectif pour financer les mesures prises face à la pandémie, la guerre ou l'inflation ? Qui plus est alors que TotalEnergies bénéficie elle-même de ces aides publiques : outre le soutien de la BCE, la baisse des impôts de production et des crédits hydrogène des plans de Relance et France2030, TotalEnergies bénéficie de 783 millions d'euros d'aides publiques pour une usine de batteries électriques à Douvrin (Pas-de-Calais), qu'elle doit coconstruire avec Stellantis.

Puisque TotalEnergies est subventionné avec de l'argent public pour investir dans l'hydrogène ou les batteries électriques, le minimum serait que ses profits, et bien-entendu ses superprofits, soient taxés par les pouvoirs publics. Y compris une part des profits réalisés hors de France : le groupe ne se serait jamais tant développée à l'étranger sans le soutien de l'État.

Sur le plan pratique, on sait faire : calculer l'ampleur de parts de marché ou de profits anormaux et les taxer est techniquement aisé. Seule la volonté politique manque pour que les groupes comme TotalEnergies cessent de s'enrichir par temps de calamité publique et contribuent, par l'impôt, à l'intérêt général.


[2] Données rassemblées par l'Observatoire des multinationales, dans le cadre de l'opération AlloBercy.

[3] Mi-juillet, l'hebdomadaire l'Obs l'avait déjà noté dans son enquête sur les impôts payés par le CAC40 sur leur exercice, souvent déficitaire, de l'année 2020, année de la pandémie et du confinement.

04.07.2022 à 10:00

Présidence française du Conseil de l'UE : quel bilan ?

Lora Verheecke

La Présidence française du Conseil de l'UE, commencée début janvier, vient de s'achever. En décembre 2021, Emmanuel Macron avait annoncé en grande pompe ses priorités pour cette « PFUE », en promettant une Europe plus sociale, verte et démocratique. Six mois plus tard, quel bilan tirer de cette présidence tournante française, placée sous le signe non seulement de la campagne électorale des présidentielles puis des législatives (un choix délibéré d'Emmanuel Macron), mais aussi de la guerre en Ukraine ? (...)

- Une présidence sous influence / ,
Texte intégral (1842 mots)

La Présidence française du Conseil de l'UE, commencée début janvier, vient de s'achever. En décembre 2021, Emmanuel Macron avait annoncé en grande pompe ses priorités pour cette « PFUE », en promettant une Europe plus sociale, verte et démocratique. Six mois plus tard, quel bilan tirer de cette présidence tournante française, placée sous le signe non seulement de la campagne électorale des présidentielles puis des législatives (un choix délibéré d'Emmanuel Macron), mais aussi de la guerre en Ukraine ?

Comme souvent, malgré les grands discours mille fois entendus sur le besoin d'une Europe plus juste, plus verte et plus protectrice, dans les faits ce sont d'autres dossiers qui avancent – plus en phase avec les priorités effectives du pouvoir exécutif -, tandis que les tentatives de réforme se trouvaient désamorcées par les jeux d'influence des lobbies et les calculs des États membres.

Ce qui a avancé : une Europe plus souveraine …. et plus militarisée

L'immigration et les frontières avaient été les premiers mots du discours d'Emmanuel Macron en décembre 2021. La présidence française du Conseil de l'UE obtiendra, de sa propre initiative, une position des États Membres sur ce sujet en trois mois. Quelques semaines plus tard, sur fond de guerre en Ukraine, sera adoptée la « Boussole stratégique » de l'UE, un texte déjà en préparation depuis plusieurs mois qui consacre le choix d'une réponse essentiellement militaire aux enjeux de sécurité de l'UE, pour le plus grand bonheur des lobbies de l'armement.

Régulation du numérique : les questions demeurent

Deux nouvelles lois sur la régulation du marché numérique ont été finalisées durant la présidence française, le Digital Services Act (DSA) et le Digital Markets Act (DMA). Une avancée importante, « une vraie victoire » selon Guillaume Klossa qui conseilla Sarkozy lors la précédente présidence française, mais le résultat d'un travail commencé bien avant la présidence française. De plus, les textes adoptés ne vont pas assez loin d'après la société civile et « leur mise en œuvre posera un autre défi » d'après Guillaume Klossa.

Climat : les ambitions européennes enlisées dans le nucléaire et le gaz

Le climat était une autre priorité annoncée par Emmanuel Macron pour la présidence française du Conseil. Durant le premier semestre 2022, plusieurs dossiers législatifs importants ont laborieusement progressé au niveau du Parlement et du Conseil, mais avec des ambitions au final très modestes au regard des défis actuels en termes de changement climatique ou de préservation de la biodiversité. Plutôt que de pousser pour une vraie politique de transition climatique, la France a mis tout son poids politique (y compris diplomatique) pour faire reconnaître par la majorité des États Membres de l'énergie nucléaire et du gaz comme des énergies « vertes ».

Une Europe plus sociale … sur le papier

La présidence française du Conseil de l'UE se vante d'avoir conclu un accord sur un salaire minimum européen, mais cette dernière mesure ne relèvera pas le niveau du Smic en France, malgré l'inflation actuelle. Au moins Emmanuel Macron pourra-t-il se vanter d'avoir pu trouver un compromis parmi les États européens sur des quotas de femmes dans les conseils d'administration d'entreprises.

Une Europe toujours propice à l'évasion fiscale et pas plus humaine

C'est en matière de justice sociale et économique que les échecs sont les plus flagrants. Le Conseil n'a toujours pas trouvé un compromis sur une taxe minimum pour les entreprises basées en Europe malgré un accord au niveau de l'OCDE... et il n'a pas mis en place de nouvelles règles bancaires comme il est censé le faire en application de l'accord Bâle III, ni une obligation contraignante de respect des droits de l'homme pour les grandes entreprises européennes. Il faut dire que les banques françaises et les grands groupes européens y étaient opposés. Le gouvernement français a même cherché à réduire la portée d'une proposition de loi européenne pour améliorer les conditions de travail des travailleurs.ses de plateformes numériques telles qu'Uber ou Deliveroo.

Par rapport à il y a six mois, l'Europe est donc plus sécuritaire et militaire, un tout petit peu plus sociale et paritaire, mais certainement pas plus verte. Elle n'est pas non plus – et ceci explique sans doute cela – plus « proche des citoyens », pour reprendre une autre formulaire incantatoire de nos gouvernants. Il n'est pas facile d'avancer sur des dossiers complexes et des réformes ambitieuses dans un cadre européen marqué par l'opacité des tractations au sein du Conseil et par le poids exorbitant des lobbies industriels. Mais justement la France s'est toujours opposée à la transparence du Conseil et a choisi de faire sponsoriser la PFUE par deux constructeurs automobiles, Renault et Stellantis. Il y a quelques jours, certes, le Conseil a fini par approuver timidement la création d'un organe éthique européen. Mais le chemin reste long pour construire une Europe véritablement démocratique, et la présidence française du Conseil n'y a pas contribué.

Lora Verheecke
Infographies : Guillaume Seyral

Soutenez l'Observatoire

Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.

Faites un don
6 / 10

Médias

Open Source Intelligence
OpenFacto Bellingcat

GÉNÉRALISTES
Basta L'Autre Quotidien Alternatives-Economiques Blast La Croix Le Figaro Le Monde France 24 FTVI HuffingtonPost L'Humanité LCP Mediapart La Tribune Le Media Slate Korii

INTERNATIONAL
Orient XXI CADTM Courrier d'Europe Centrale Courrier International Eurojournalist Equaltimes Info Asie Inkyfada Jeune Afrique Rojava I.C NYT Toute l'Europe

MÉDIAS D'OPINION
L'Autre France-Presse Acta AOC Issues Les Jours Journal Minimal Le Monde Moderne LVSL Marianne Quartier Général Rapports de force Reflets Rézo StreetPress

OBSERVATOIRES
I.R.I.S Internet actu Armements Acrimed Catastrophes naturelles Conspis Conditions de travail Culture Extrême-droite Inégalités Information Médias Multinationales Sondages L'Obs-« 2049 » Routes de la Soie Vrai ou Fake ?

Revues

 GÉNÉRALISTES
Ballast Charlie-Hebdo Fakir La Voie du Jaguar Lava Le Diplo Lundi Matin Multitudes La revue des médias Smolny Socialter The Conversation Usbek & Rica UPMagazine Le Zéphyr

 CULTURE / IDÉES
Terrestres Contretemps A Contretemps Alter-éditions CQFD Le Comptoir Frustration L'Intimiste Jef Klak Lignes de Crêtes NonFiction Période Philo Mag Lettre PhiloMag Vie des Idées

 INTERNATIONAL
Alencontre Alterinfos CETRI ESSF Inprecor Guitinews Kedistan Quatrième Internationale Viewpoint Magazine

 PODCASTS 
Arrêt sur Images LSD Thinkerview

 WTF 
Ulyces Brut

Page de démarrage