Publié par l’association Alter-médias / Basta !
05.03.2026 à 07:00
Les capitales comme Paris et Bruxelles n'ont pas le monopole du lobbying. De nombreuses grandes entreprises renforcent leurs stratégies d'influence à l'échelle locale avec l'aide de cabinets spécialisés comme Stan. Obtenir un marché public, implanter un projet, trouver des alliés pour une stratégie d'influence nationale... Les objectifs sont multiples. L'approche des élections municipales des 15 et 22 mars met en effervescence ce secteur insuffisamment encadré, qui échappe encore largement (…)
- Le lobbying à l'échelle locale / France, Lobbying et influence, marchés publics, corruption, pouvoir des entreprises, Alternatives et réponses locales
Les capitales comme Paris et Bruxelles n'ont pas le monopole du lobbying. De nombreuses grandes entreprises renforcent leurs stratégies d'influence à l'échelle locale avec l'aide de cabinets spécialisés comme Stan. Obtenir un marché public, implanter un projet, trouver des alliés pour une stratégie d'influence nationale... Les objectifs sont multiples. L'approche des élections municipales des 15 et 22 mars met en effervescence ce secteur insuffisamment encadré, qui échappe encore largement aux regards du public et des médias. Enquête.
Elles s'appellent Stan, Plead, Calif ou encore Rumeur Publique. Elles, ce sont les principales agences françaises spécialisées dans le lobbying à l'échelle locale. Leur mission consiste à promouvoir les intérêts de leurs entreprises clientes auprès des représentants locaux, comme les maires, les membres de cabinets, ou les conseillers régionaux ou départementaux. Et à l'approche des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, elles sont plus occupées que jamais. « On assiste à une territorialisation très nette des relations d'affaires publiques, analyse le politiste Guillaume Courty. Nous entrons en pleine période d'effervescence. Il y a vraiment un boom du lobbying à l'échelle locale avant les municipales. »
Ces cabinets de lobbying n'ont cependant pas attendu l'approche du scrutin pour s'implanter localement. Depuis 2016, la loi Sapin 2 oblige les représentants d'intérêts à enregistrer leurs activités dans un répertoire public géré par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). D'après un rapport de Transparency France, 3 748 lobbys se sont inscrits sur le répertoire depuis 2017, dont 86 % à but lucratif. Parmi eux, l'ONG recense 320 agences de lobbying. Ce n'est que depuis 2022 et l'entrée en vigueur de la loi dite « 3DS » que celles exerçant au niveau local doivent aussi y déclarer leurs activités. Un décalage dû notamment au manque de moyens de l'autorité administrative.
Bien que très parcellaire (lire notre analyse), le répertoire donne quelques indications sur le type d'opérations menées par ces lobbyistes des territoires - par exemple, « organiser des discussions informelles ou des réunions en tête-à-tête », « transmettre des suggestions afin d'influencer la rédaction d'une décision publique », ou encore « transmettre aux décideurs publics des informations, expertises dans un objectif de conviction » - et pour quels clients.
Grâce à ces données, on sait ainsi que l'agence Rumeur Publique travaille au niveau local pour, entre autres, la multinationale états-unienne Equinix, spécialiste des datacenters. Depuis 2021, elle rémunère chaque année entre deux et cinq employés pour « promouvoir », « soutenir » ou « favoriser » l'implantation de datacenters en Île-de-France, notamment en Seine-Saint-Denis et dans les Hauts-de-Seine pour le compte de ce client. D'après une cartographie réalisée par le collectif Le nuage était sous nos pieds, Equinix possèderait actuellement dix datacenters dans la région.
Les lobbyistes de Plead ont ciblé le conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, l'eurométropole de Metz ou encore la commune de Toulon pour le compte de McDonald's.
Autre exemple : McDonald's France a rétribué en 2024 l'agence Plead (une filiale d'Havas) pour « favoriser le développement local de l'enseigne » auprès d'une trentaine d'« élus ou membres de cabinet d'une collectivité territoriale ». Seul le nom des collectivités visées est divulgué, pas celui des décideurs rencontrés. En l'occurrence, les lobbyistes de Plead ont ciblé le conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, l'eurométropole de Metz ou encore la commune de Toulon. Parmi les autres clients de cette agence, on peut citer Unibail-Rodamco-Westfield (propriétaire de nombreux centres commerciaux partout en France) , pour « plaider en faveur du projet de développement du centre commercial Westfield Rosny 2 » auprès d'un élu de Seine-Saint-Denis. Elle a également agi au nom de Coca-Cola en vue d'obtenir « des aménagements réglementaires en faveur du développement industriel local » auprès de la métropole de Toulouse, de celle d'Aix-Marseille-Provence ou encore du conseil régional d'Île-de-France.
L'un des clients récurrents de Plead est l'entreprise Cityz Media (ancienne filiale de la multinationale états-unienne iHeartMedia). Elle a rémunéré le cabinet de lobbying en 2024 pour des actions dans plusieurs communes et communautés de communes (Paris, Boulogne-sur-Mer, Lyon, Valenciennes…). Depuis, l'entreprise a remporté de nombreux contrats d'affichage publicitaire dans les réseaux de transport, y compris dans les quatre communes citées.
Le recours à des cabinets spécialisés n'est pas le seul moyen d'influence des entreprises au niveau local. Certaines préfèrent « passer par des organisations professionnelles locales, comme des syndicats ou des fédérations pour faire entendre leur voix auprès des responsables locaux », complète Guillaume Courty. Des grands groupes comme La Poste, la SNCF ou EDF possèdent des directions des affaires territoriales, capables de les représenter auprès des élus. D'autres choisissent de se rapprocher des associations d'élus, comme Google France, partenaire de l'association Villes de France, ou Amazon, qui a profité du Salon des maires 2022 (organisé en partie par l'Association des maires de France, AMF) pour « sensibiliser les élus aux effets positifs de [sa] présence en France ».
Le Salon des maires sert depuis toujours de haut lieu de lobbying pour des centaines d'entreprises vivant de la commande publique.
Ce dernier événement qui réunit chaque année près de 15 000 élus locaux sert depuis toujours de haut lieu de lobbying pour des centaines d'entreprises vivant de la commande publique. En 2016, l'Oeil du 20 heures révélait que la multinationale française Veolia avait profité du Salon des maires pour inviter une soixantaine d'élus ou membres de cabinets locaux à une soirée privée au Palais de la découverte. Un des directeurs régional de l'entreprise, cité par le média, ne cachait pas l'objectif : « L'intérêt c'est de tisser des liens, on va dire extra professionnels [...] c'est déjà de voir comment ça se présente, qui sera le prochain, voir qui tire les ficelles. »
Tisser des liens avec les élus, c'est également la mission de l'AMIF Partenaires, un club d'entreprises lié à l'Association des maires d'Île-de-France (AMIF). Il regroupe une soixantaine de grands groupes comme Bouygues, Carrefour, Eiffage Immobilier ou TotalEnergies et leur permet de « bénéficier d'un accès privilégié aux élus » afin de « co-élaborer sur les grandes politiques publiques qu'ils auront à mettre en œuvre pour leurs habitants ». Notamment lors du salon annuel de l'AMIF, qui en 2025 a accueilli, en plus des élus parisiens, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse ou l'ancien Premier ministre et désormais président de la SNCF Jean Castex. Un lieu parfait pour « entretenir un réseau de relations avec des personnels politiques tout en se plaçant auprès des élus locaux pour obtenir des contrats », analyse Guillaume Courty.
Les agences de lobbying profitent de la période de campagne pour les élections municipales pour multiplier les événements afin de « rencontrer les candidats et appuyer certains aspects de leur programme », détaille le chercheur. L'agence Stan, poids lourd du secteur, a ainsi lancé un plan baptisé « Vigie municipales 2026 », consistant à faire se rencontrer des dirigeants d'entreprises et des candidats, pour « comprendre les rapports de force électoraux, identifier les acteurs influents et anticiper les évolutions politiques à venir ». À Lille par exemple, les candidats Violette Spillebout (Renaissance) et Stéphane Baly (Les Écologistes) ont participé à ces rencontres.
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Stan, qui revendique la place de leader dans « l'ancrage national et territorial des entreprises », a son siège à Marseille et possède des bureaux au sein d'autres métropoles françaises (Nice, Strasbourg…). Le cabinet travaille pour de nombreuses multinationales, comme Vinci, Axa, Saint-Gobain, Amazon, Airbus ou Netflix – ainsi que – selon le registre de la HATVP, Lafarge France à Laval et la multinationale états-unienne des data centers Digital Realty à Marseille, où elle est très implantée.
Stan propose une nouvelle offre aux acteurs économiques en leur disant : “il y a des enjeux très forts à l'échelle locale, donc venez chez nous si vous voulez obtenir des marchés.”
« Nous sommes clairement en train de voir éclore quelque chose de nouveau avec Stan, constate Guillaume Courty. Jusqu'alors, on parlait de marketing territorial, soit de la valorisation des territoires payée par les territoires. Stan renverse ce principe, et propose une nouvelle offre aux acteurs économiques en leur disant : “il y a des enjeux très forts à l'échelle locale, donc venez chez nous si vous voulez obtenir des marchés.” » Une rhétorique qui semble payer, au vu de la croissance constante du groupe EnTerritoires, dont Stan fait partie, qui a racheté en 2023 le cabinet de lobbying national Séance Publique. Le groupe est formé de plusieurs autres entités, comme le think tank Instituts en territoires et l'agence de communication Nats.
Stan compte à elle seule près de 90 salariés, dont plusieurs peuvent se targuer d'une bonne connaissance du processus de décision au sein des institutions locales ou nationales. Par exemple, la directrice générale du groupe, Delphine Scaini, est une ancienne collaboratrice parlementaire de Jean-Noël Barrot, et fut cheffe de cabinet au sein du ministère de l'Économie de 2020 à 2022. Jean de Mendiguren, directeur régional Alpes-Maritimes, a quant à lui travaillé sept ans à la ville de Cannes, avant de rejoindre le conseil départemental. David Ouvrard, autre directeur régional, est passé avant de rejoindre Stan en 2022 par les cabinets de communes et d'agglomérations de Laval et Saint-Brieuc, du département du Morbihan et de la région des Pays de la Loire. David Brexel, directeur régional Île-de-France, occupe encore aujourd'hui un poste de conseiller municipal au commerce à la mairie de Courbevoie. Des mobilités public-privé que l'Agence française anticorruption qualifie de potentiellement à risque dans son Guide pratique à l'attention des élus locaux.
Nicolas Barthe, fondateur et président de Stan, cultive également des relations au niveau national grâce à l'ancien ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. Oyam, la holding détenant Stan, dont Nicolas Barthe est l'unique actionnaire, a participé en 2025 à un déjeuner avec des députés et sénateurs organisé par la société créée par Christophe Castaner à sa sortie du gouvernement, Villanelle Conseil. Déjà en 2024, le média La Lettre révélait que Christophe Castaner s'était rendu à un repas, cette fois-ci organisé par l'agence Stan, avec le président de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, Stéphane Travert, et plusieurs clients de l'agence. Parmi ces derniers, on compte d'ailleurs le Grand port maritime de Marseille, dont Christophe Castaner est président du conseil de surveillance...
Un mélange des genres auquel est habitué l'ancien ministre, qui s'est fait remarquer pour la mission de « conseil » que lui a confié la marque de fast-fashion Shein, au sujet de laquelle nous avons alerté la Haute autorité de la transparence pour la vie publique (lire notre enquête). Shein et le principal intéressé ont livré plusieurs explications successives sur la nature de cette mission – conseil sur la responsabilité sociale de Shein, relations publiques avec la « société civile », liaison avec les entreprises du secteur de la logistique pour défendre l'impact économique positif de la marque chinoise en France. Les réseaux de Christophe Castaner parmi les élus locaux, en tant que chef de parti et ancien ministre de l'Intérieur, peuvent aussi fournir une partie de l'explication. En plus du port de Marseille, il est en effet aussi président du conseil d'administration d'Autoroutes et tunnel du Mont-Blanc, dont l'un des autres membres statutaires est la Chambre de commerce du Grand Lyon... elle-même cliente de sa société de conseil Villanelle ! Un autre client dévoilé par l'ancien ministre sur le registre de la HATVP est Transdev, entreprise de transport public dont les principaux clients sont – là encore – des collectivités locales.
Lire aussi Pourquoi il faut faire la lumière sur le lobbying de Shein et le rôle de Christophe Castaner
Malgré la reconduction du contrat entre Stan et TotalEnergies en 2024, aucune des parties ne l'a fait apparaître dans les dépenses déclarées à la HATVP.
En 2023, La Lettre révélait que la major pétrolière TotalEnergies avait signé un contrat de 800 000 euros avec l'agence Stan. Malgré la reconduction de ce contrat en 2024, aucune des parties ne l'a fait apparaître dans les dépenses déclarées à la HATVP – ce qui est une bonne illustration des lacunes du registre actuel. Selon La Lettre, les consultants de Stan devaient fournir des listes de personnalités (élus locaux, représentants du Medef, des chambres de commerce ou d'agriculture) aux directeurs régionaux de TotalEnergies pour promouvoir les intérêts de la firme. Et ce, notamment pour favoriser « l'acceptabilité des projets d'infrastructures éoliennes ou, dans une moindre mesure, photovoltaïques ».
En 2024, la major pétrolière affirmait posséder « plus de 660 centrales éoliennes, solaires, hydrauliques et de stockage par batterie » en France. La firme a récemment noué un partenariat avec l'Association des petites villes de France (APVF), et participe régulièrement à des rencontres entre élus locaux. Avec l'objectif « d'échanger sur les enjeux énergétiques, de transformation économique ou sociale ou d'aménagement du territoire et de nourrir un dialogue sur les solutions adaptées pour leurs transformations et leurs transitions », explique la firme. Elle s'est également associée à la Banque des Territoires en octobre 2025 pour « soutenir le déploiement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques en France ». Sa présence n'est pas non plus passée inaperçue au Salon des maires 2025, auquel a assisté Kévin Gernier, chargé de plaidoyer au sein de Transparency France : « TotalEnergies fait partie des grandes entreprises puissantes au niveau local. » Selon lui, certaines d'entre elles n'hésitent parfois pas à s'affranchir du cadre légal du lobbying pour promouvoir leurs intérêts : « Une stratégie récurrente consiste à financer des clubs ou des associations sportives locales pour être dans les petits papiers des maires. »
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donLes élus locaux ont parfois du mal à se positionner face aux représentants d'intérêts : « Beaucoup me disent ne pas rencontrer des lobbyistes mais des représentants d'entreprises », remarque Kévin Gernier. Face à ce constat, l'ONG a lancé en 2023 le Forum des collectivités engagées, qui réunit des collectivités locales désireuses de « faire progresser la culture de la transparence de la vie publique ». Lors des dernières élections municipales en 2020, 27 candidats élus s'étaient engagés à mettre en place au moins une des six mesures défendues par Transparency France. Parmi elles, on trouve notamment la publication d'un agenda ouvert des rencontres avec des lobbyistes, que certains élus de grandes communes ont mis en place, comme Anne Hidalgo à Paris, Pierre Hurmic à Bordeaux ou Grégory Doucet à Lyon. Un volontarisme qui rejoint l'expérience de terrain de Farah Zaoui, juriste spécialisée en droit des collectivités territoriales et directrice du cabinet de conseil Probitas, qui intervient auprès des dirigeants du public et du privé : « Il y a de l'optimisme à avoir d'un point de vue local. Je vois de plus en plus d'élus qui se questionnent, qui font appel à mes services, qui se forment. »
Le nombre d'élus locaux condamnés pour le motif d'atteinte à la probité pourrait s'élever à 460 pour la mandature 2020-2026.
Pourtant, d'après le rapport annuel 2024-2025 de l'Observatoire des risques de la vie territoriale et associative, lancé par la Smacl, une compagnie d'assurance des collectivités territoriales, 307 élus locaux ont été condamnés pour le motif d'atteinte à la probité sur la mandature 2014-2020. Le rapport estime que ce chiffre pourrait s'élever à 460 pour la mandature 2020-2026. Une hausse que Farah Zaoui attribue d'abord à « la meilleure qualité du thermomètre en France. On a des magistrats qui s'intéressent davantage à ces sujets-là, des juridictions interrégionales spécialisées qui sont saisies plus en amont, des systèmes de détection plus performants depuis la loi Sapin 2. »
De son côté, la Cour des comptes souligne dans un rapport sur la lutte contre la corruption en France paru en décembre dernier de l'amélioration des dispositifs anticorruption au sein des grandes collectivités territoriales, mais déplore que « le niveau communal reste en retrait de cette dynamique ». Elle note également « une faible implication des associations représentatives d'élus locaux dans les enjeux de lutte contre la corruption, thème sur lequel elles sont rarement sollicitées par leurs adhérents. » À titre d'exemple, l'Association des maires de France, contactée plusieurs fois pour cet article, n'a jamais répondu à nos sollicitations. Aucun groupe de travail ou commission permanente de l'association n'est dédié à ce sujet. Lors du Salon des maires 2024, seule une poignée d'élus ont participé à un atelier organisé par l'AFA sur les risques d'atteintes à la probité, rapporte le Courrier des Maires.
À Compiègne, dans l'Oise, le maire Les Républicains Philippe Marini est ainsi suspecté d'avoir prolongé le contrat de délégation de service public (DSP) à la multinationale française Engie pour la gestion de son réseau de chaleur urbain, sans appel à candidature. Les magistrats de la Chambre régionale des comptes avaient pourtant alerté la commune dans un rapport en 2021, déplorant « un manquement substantiel aux principes de la commande publique ». Surtout, Mediapart a révélé qu'Engie était l'un des mécènes d'une association équestre locale, Compiègne équestre, fondée et dirigée par l'épouse de Philippe Marini.
« Beaucoup d'argent transite à l'échelon local via des délégations de service public, ce qui peut parfois mener à du détournement ou du favoritisme, appuie Kévin Gernier. Il y a également peu de transparence à cet échelon, notamment dans l'octroi de marchés publics. » L'association Anticor recense de nombreux cas d'irrégularités dans l'attribution de marchés publics, comme à Carquefou, près de Nantes, à Beaumont-de-Lomagne, dans le Tarn-et-Garonne, ou à Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées. Le secteur de l'eau et de l'assainissement en Île-de-France a été marqué par plusieurs affaires retentissantes qui dont donné lieu à des procédures judiciaires.
Tant que la culture de l'éthique ne sera pas soutenue au niveau de l'État, on ne va pas progresser au niveau local.
Cela n'a pas empêché le gouvernement du Premier ministre Sébastien Lecornu de publier un décret fin décembre pour « simplifier la commande publique ». Concrètement, le gouvernement a relevé les seuils de dispense de publicité et de mise en concurrence des marchés publics. « Sous ces seuils, les acheteurs publics pourront passer des marchés de gré à gré avec l'acheteur de leur choix, sans publication préalable d'une annonce publique permettant à des entreprises non informées de candidater », détaille Transparency France. Et l'obligation de publier les données de la commande, déjà peu respectée, est très « incertaine », selon l'ONG.
D'après les recherches de Kévin Gernier, les lobbys ayant milité pour ce décret sont les associations d'élus locaux (Association des maires ruraux, Régions de France…), les organisations parapubliques (RATP, RTE…) et certaines entreprises des travaux publics (Fédération nationale des travaux publics, Fédération française du bâtiment...). À l'inverse, des contributeurs anonymes, s'exprimant au nom de petites entreprises, estiment que ce décret va favoriser les grands groupes bien implantés localement. Cette loi s'oppose aussi au Plan national pluriannuel de lutte contre la corruption 2025-2029 publié par le gouvernement en novembre dernier, après un an passé dans les tiroirs de l'AFA. Celui-ci décrit les marchés publics comme un « secteur particulièrement à risque ». Un deux poids, deux mesures qui agace la consultante Farah Zaoui : « Tant que la culture de l'éthique ne sera pas soutenue au niveau de l'État, on ne va pas progresser au niveau local. »
Améliorer la transparence décisionnelle au sein des collectivités locales permettrait de réduire l'existence de « zones grises qui génèrent défiance et fantasme chez les citoyens », souligne Transparency France. Avec l'expansion en cours du lobbying au niveau local, la faible volonté politique et l'insuffisance des règles déontologiques en place, ces « zones grises » ne semblent pas encore près de se résorber.
04.03.2026 à 07:00
Alors que plus en plus de pays - dont la France - envisagent de restreindre l'accès aux réseaux sociaux aux mineurs, l'Union européenne prépare une législation, le « Digital Fairness Act » (DFA), destinée à encadrer les designs addictifs mis en oeuvre par les plateformes pour garder leurs usagers collés à leurs écrans.
Cette législation mise en chantier en 2024 pourrait par exemple obliger les plateformes à désactiver par défaut les fonctionnalités visant à attirer l'attention (…)
Alors que plus en plus de pays - dont la France - envisagent de restreindre l'accès aux réseaux sociaux aux mineurs, l'Union européenne prépare une législation, le « Digital Fairness Act » (DFA), destinée à encadrer les designs addictifs mis en oeuvre par les plateformes pour garder leurs usagers collés à leurs écrans.
Cette législation mise en chantier en 2024 pourrait par exemple obliger les plateformes à désactiver par défaut les fonctionnalités visant à attirer l'attention (notifications, lecture automatique, etc.), à privilégier la pagination plutôt que le « scrolling » infini, à déclasser les contenus nuisibles ou addictifs, et à promouvoir et privilégier les systèmes de recommandation alternatifs basés sur l'ordre chronologique ou un contrôle accru de la part des utilisateurs, plutôt que sur les algorithmes des plateformes.
Mais les Big Tech ont déjà lancé leur contre-attaque. Selon le registre de transparence de l'UE, les hauts fonctionnaires de la Commission ont eu au moins 96 réunions avec des lobbyistes au sujet du DFA depuis décembre 2024 (réunions mentionnant le Digital Fairness Act comme sujet). Pas moins de 83 % de ces réunions ont eu lieu avec des représentants de l'industrie. Parmi les entreprises les plus actives, on trouve Meta (Instagram, Facebook, WhatsApp), Google, Snap, Inc. (Snapchat), TikTok, mais aussi Spotify. On notera d'ailleurs que les acteurs européens du secteur numérique semblent totalement alignés sur ce dossier avec les géants américains.
Les industriels ont également recruté pour mener leur croisade des cabinets de lobbying, des think tanks comme Epicenter, ainsi qu'un groupe qui se présente comme une association de consommateurs, le Consumer Choice Center. Ces deux dernières entités sont liées au réseau libertarien-réactionnaire Atlas, comme nous l'avions raconté dans cette enquête.
Lire l'enquête complète de Corporate Europe Observatory en anglais
25.02.2026 à 12:41
30 millions, c'est le nombre d'actions du géant pétro-gazier TotalEnergies détenues par la Caisse des dépôts et consignations. C'est environ 1,37% du capital, ce qui fait de la Caisse - et à travers elle de l'État français - l'un des tout premiers actionnaires du géant pétro-gazier.
Alors que TotalEnergies est l'objet d'un procès historique pour sa responsabilité dans la crise climatique, la Caisse des dépôts, bras financier de l'État français, s'est retrouvée contrainte par les règles de (…)
30 millions, c'est le nombre d'actions du géant pétro-gazier TotalEnergies détenues par la Caisse des dépôts et consignations. C'est environ 1,37% du capital, ce qui fait de la Caisse - et à travers elle de l'État français - l'un des tout premiers actionnaires du géant pétro-gazier.
Alors que TotalEnergies est l'objet d'un procès historique pour sa responsabilité dans la crise climatique, la Caisse des dépôts, bras financier de l'État français, s'est retrouvée contrainte par les règles de transparence états-uniennes de révéler cette discrète mais substantielle présence au capital du groupe.
Une participation qui vaut aujourd'hui 1,7 milliard d'euros et qu'elle gardait soigneusement cachée jusqu'à présent. Le sujet n'a pas été évoqué une seule fois lors de la commission d'enquête sénatoriale sur les liens entre TotalEnergies et l'État d'il y a deux ans.
Avec cette participation, l'État et la Caisse des dépôts et consignations se donnent sûrement l'illusion d'agir pour protéger la « souveraineté » de la France et de son économie. En réalité, comme nous l'expliquons dans notre article, on peut se demander si l'effet n'est pas exactement inverse.