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Observatoire des multinationales Publié par l’association Alter-médias (Basta !)

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08.07.2021 à 10:51

Plans de relance européens : l'hydrogène, bouée de sauvetage pour l'industrie des énergies fossiles

Comme les multinationales du pétrole et du gaz ont réussi à siphonner les fonds destinés à la relance en se cachant derrière l'hydrogène. Nouveau rapport dans le cadre du réseau ENCO avec nos partenaires en Espagne, en Italie, au Portugal et à Bruxelles et la campagne "Fossil Free Politics".
Alors que nous sommes confrontés à des catastrophes climatiques d'une fréquence effrayante, la Commission européenne a déclaré vouloir éviter que les plans de relance post-Covid ne servent à renflouer l'industrie des (...)

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Comme les multinationales du pétrole et du gaz ont réussi à siphonner les fonds destinés à la relance en se cachant derrière l'hydrogène. Nouveau rapport dans le cadre du réseau ENCO avec nos partenaires en Espagne, en Italie, au Portugal et à Bruxelles et la campagne "Fossil Free Politics".

Alors que nous sommes confrontés à des catastrophes climatiques d'une fréquence effrayante, la Commission européenne a déclaré vouloir éviter que les plans de relance post-Covid ne servent à renflouer l'industrie des énergies fossiles à coups de milliards d'euros. Une nouvelle enquête de Fossil Free Politics et du Réseau européen des observatoires de multinationales (ENCO) montre que c'est pourtant exactement ce qu'elle fait : en Italie, en France, au Portugal et en Espagne, 8,3 milliards d'euros des fonds de relance de l'UE seront consacrés à l'hydrogène et aux gaz renouvelables.

Cette place centrale de l'hydrogène et des gaz renouvelables est le résultat d'un effort concerté de lobbying de la part de l'industrie des énergies fossiles, aussi bien au niveau national qu'à Bruxelles. Les multinationales pétrolières et gazières voient dans l'hydrogène une bouée de sauvetage pour leur activité et pour leur principal produit : le gaz fossile. En France, les activités de lobbying relatives à l'hydrogène ont explosé en quelques années. France Hydrogène, qui regroupe des grands groupes comme Total, Engie ou Air Liquide, a déclaré que « les grandes lignes de [sa] feuille de route ont été reprises » par le gouvernement dans son plan de relance.

Lala Dadci, coordinatrice de la campagne, Fossil Free Politics : « Non seulement l'UE donne de l'argent public à une industrie connue pour bloquer ou retarder toute action climatique, mais l'importance excessive accordée à l'hydrogène pourrait enfermer l'Europe dans des décennies supplémentaires de consommation de gaz fossile. Pour une reprise sans énergies fossiles, nous avons besoin d'une politique sans énergies fossiles. »

Ce rapport est la première grande publication du projet « Recovery Watch », lancé par le réseau européen des observatoires de multinationales ENCO. Il révèle que l'Italie prévoit de consacrer une plus grande partie des fonds européens de relance à l'hydrogène et aux gaz renouvelables qu'aux unités de soins intensifs dont elle a tant besoin. Le plan de relance espagnol prévoit lui aussi de consacrer 50% de dépenses en plus pour l'hydrogène et les gaz renouvelables que pour le système national de santé.

Olivier Petitjean, Observatoire des multinationales (France) et réseau ENCO : « En France, en Italie, en Espagne et au Portugal, les plans de relance ont été élaborées en collaboration étroite avec les grandes entreprises, en tenant les citoyens et la société civile à l'écart. Les industriels ont réussi en grande partie à imposer leurs priorités et leurs intérêts. Le choix de financer massivement l'hydrogène se fait au détriment du véritable changement de modèle qui serait nécessaire pour faire face à l'urgence climatique. »

Comme le montre le rapport, l'industrie considère l'hydrogène renouvelable « vert » comme un cheval de Troie pour l'hydrogène « bleu » d'origine fossile. Si l'inclusion de l'hydrogène « bleu » dans les plans de relance est encore contestée, y compris au sein de la Commission elle-même, il reste de toute façon éligible à d'autres financements européens et nationaux, notamment ceux qui pourraient être débloqués dans le cadre du « Projet important d'intérêt européen commun » Hydrogène.

Notes :

Les responsables européens ont déclaré, à propos des fonds de relance de l'UE, ils souhaitaient éviter de répéter les erreurs commises après la crise financière de 2008, lorsque des milliards d'euros d'argent public avaient servi à renflouer l'industrie des énergies fossiles. https://www.euractiv.com/section/energy-environment/news/eu-does-not-exclude-funding-gas-highways-under-green-recovery-plan/

Ce rapport, première publication majeure dans le cadre de l'initiative « Recovery Watch » du réseau ENCO, révèle que l'industrie des énergies fossiles :

  • a eu plus d'une centaine de réunions avec des ministres et des hauts fonctionnaires italiens sur le plan de relance, dont les dépenses affectées à l'hydrogène ont quadruplé entre deux versions.
  • a obtenu 1,6 milliard d'euros pour des projets relevant de la Feuille de route espagnole sur l'hydrogène, par l'entremise du lobby des grandes entreprises CEOE, tandis que les projets relatifs à l'hydrogène pourront également bénéficier de financements provenant d'autres sources allant jusqu'à 17,8 milliards d'euros.
  • A vu « les grandes lignes » de sa feuille de route « reprises » par le gouvernement français dans son plan de relance, grâce au lobbying de plus en plus actif de France Hydrogène.
  • a été invitée à rédiger - et désormais à mettre en œuvre - le plan de relance portugais.
  • - Les entreprises d'énergies fossiles bénéficient directement des fonds alloués à l'hydrogène, qu'il soit produit à partir de sources fossiles ou d'électricité. Le groupe de pression Hydrogen Europe déclare : « En termes de [mégawatts], les entreprises dites 'd'énergies fossiles' sont impliquées dans 81% de tous les projets d'électrolyse dans l'UE, l'AELE et au Royaume-Uni ». https://fuelcellsworks.com/news/hydrogen-europe-reacts-to-false-accusations/

Les entreprises d'énergies fossiles entretiennent un battage médiatique délibéré sur l'hydrogène, afin que la demande dépasse l'offre limitée d'hydrogène « vert » et nous rende dépendants de l'hydrogène fossile avec capture et stockage du carbone (hydrogène « bleu »). Shell a déclaré publiquement que de grands volumes d'hydrogène « bleu » seront nécessaires à l'avenir, car il n'y aura pas assez d'électricité renouvelable pour décarboner le secteur de l'électricité et produire de l'hydrogène « vert ». https://www.rechargenews.com/energy-transition/large-scale-blue-hydrogen-may-still-be-needed-even-if-green-h2-is-cheaper-says-shell-vp/2-1-997772

Aujourd'hui, moins de 0,1 % de l'hydrogène produit en Europe est « vert », c'est-à-dire fabriqué à l'aide d'électrolyseurs à partir d'électricité renouvelable, la grande majorité provenant de gaz fossile. https://www.fchobservatory.eu/sites/default/files/reports/Chapter_2_Hydrogen_Molecule_Market_070920.pdf

Le rapport marque le lancement de l'initiative Recovery Watch du réseau ENCO, dédiée au suivi des plans de relance au niveau national et européen, et notamment au rôle des grandes entreprises dans leur conception et leur mise en oeuvre. Pour plus d'informations, voir https://corpwatchers.eu/fr/enquetes/recoverywatch/?lang=fr

Dans son plan de relance, l'Italie a quadruplé les dépenses consacrées à l'hydrogène entre deux versions, suite au lobbying de l'industrie des énergies fossiles en faveur de l'hydrogène bleu, avant que la Commission ne refuse tout financement pour des projets liés aux énergies fossiles sur les fonds de relance. Le gouvernement italien devrait néanmoins trouver d'autres sources de financement pour ces projets.

En Espagne, outre les 1,6 milliard d'euros prévus par la Feuille de route pour l'hydrogène, les projets relatifs à l'hydrogène peuvent également bénéficier de financements au titre des autres composants suivants du plan de relance : Mobilité durable, sûre et connectée (6,7 milliards d'euros) ; Plan choc pour une mobilité durable, sûre et connectée dans les environnements urbains et métropolitains (6,5 milliards d'euros) ; Réformes institutionnelles et renforcement des capacités des systèmes nationaux de science, de technologie et d'innovation (3,4 milliards d'euros) ; Déploiement et intégration des énergies renouvelables (3,2 milliards d'euros) ; Infrastructures électriques, promotion des réseaux intelligents et déploiement de la flexibilité et du stockage (1,4 milliard d'euros). https://objetivotransformacion.camara.es/documentacion-de-interes/componentes-del-plan-recuperacion-transformacion-y-resiliencia

Le dirigeant du secteur pétrolier António Costa Silva, qui a rédigé le plan de relance du Portugal, a depuis été nommé à la présidence de la commission portugaise qui supervisera la mise en œuvre de ce plan. La première réunion a été présidée par M. Silva en présence du Premier ministre portugais. https://www.portugal.gov.pt/pt/gc22/comunicacao/noticia?i=primeiro-ministro-na-reuniao-da-comissao-nacional-de-acompanhamento-do-plano-de-recuperacao-e-resiliencia


30.06.2021 à 12:27

Comment BlackRock étend son influence sur les politiques climatiques de l'Union européenne

Après avoir ignoré le sujet pendant des années, BlackRock, le plus gros fonds d'investissement au monde et le principal bénéficiaire des dividendes du CAC40, se pose aujourd'hui en champion du climat et de la finance verte. Un nouveau rapport publié par Reclaim Finance et l'Observatoire des multinationales montre que derrière les effets d'annonce, BlackRock cherche surtout à influencer les décideurs et imposer un modèle conforme à ses intérêts, sans règles claires et contraignantes et préservant ses (...)

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Texte intégral 1371 mots

Après avoir ignoré le sujet pendant des années, BlackRock, le plus gros fonds d'investissement au monde et le principal bénéficiaire des dividendes du CAC40, se pose aujourd'hui en champion du climat et de la finance verte. Un nouveau rapport publié par Reclaim Finance et l'Observatoire des multinationales montre que derrière les effets d'annonce, BlackRock cherche surtout à influencer les décideurs et imposer un modèle conforme à ses intérêts, sans règles claires et contraignantes et préservant ses sources de profit.

Le titan de la gestion d'actifs BlackRock est de nouveau critiqué pour ses tentatives d'influencer les plans de l'Union européenne en matière de climat, dans un nouveau rapport de Reclaim Finance et de l'Observatoire des multinationales. Le rapport, publié aujourd'hui, décrit une « toile de lobbying » déployée par BlackRock « dans le but d'empêcher une réglementation forte », et paraît peu avant la publication par BlackRock de son rapport controversé sur le changement des règles bancaires pour la Commission européenne [1].

Cette nouvelle enquête met en lumière le rôle invisible de BlackRock au cœur d'une formidable machine de lobbying. L'analyse montre comment BlackRock a joué un rôle de premier plan dans un réseau d'au moins 23 associations professionnelles et think tanks. Au total, ces groupes ont dépensé environ 30 millions d'euros par an en lobbying auprès des institutions européennes, menant l'opposition à une « taxonomie des activités polluantes » [2] et plaidant pour une régulation basée sur des mécanismes volontaires.

Le rapport soulève plus généralement des questions sur l'influence de BlackRock sur la stratégie tant attendue de l'UE en matière de finance durable, qui doit elle-même être publiée la semaine prochaine [3].

Lara Cuvelier, chargée de campagne investissements durables à Reclaim Finance, a déclaré : « Notre rapport révèle que la Commission européenne a laissé l'un des lobbys les plus puissants prendre le contrôle de ses plans sur la finance verte. BlackRock se trouve au cœur d'un réseau d'associations professionnelles, de groupes de pression et de réunions en coulisses qui n'ont qu'un seul but : s'assurer que les réglementations qui touchent le secteur financier en matière de climat soient les plus souples possibles. »

Olivier Petitjean, de l'Observatoire des multinationales, a déclaré : « L'offensive de lobbying de BlackRock porte déjà ses fruits, puisqu'elle a réussi à édulcorer la réglementation liée à la finance climat, en faisant par exemple pression pour que les standards européens d'obligations vertes restent volontaires. BlackRock a certainement mis le pied dans la porte, puisqu'il a signé neuf contrats avec les institutions de l'UE depuis 2016, mais le contrat sur les banques représente un nouveau degré d'influence, puisqu'il est désormais explicitement chargé de contribuer à la conception de la réglementation européenne. »

Le rapport montre également les liens que BlackRock a tissés avec des fonctionnaires de l'UE et des organes affiliés. Il détaille 24 réunions avec la Commission européenne liées à la finance durable et le recrutement d'anciens fonctionnaires de l'UE et du FMI à des postes de direction.

Enfin, les auteurs soulignent le rôle de BlackRock dans de multiples groupes d'experts ou de travail organisés par la Commission, y compris des groupes donnant des conseils sur les questions de finance climat [4].

La motivation de BlackRock à résister à une régulation plus forte, selon les auteurs, réside en partie dans ses intérêts dans le secteur des énergies fossiles [5], qui seraient à l'origine de son approche « 50 nuances de vert ».

Lara Cuvelier conclut : « Larry Fink n'est pas soudainement devenu un fervent défenseur de la cause climatique ; au contraire, BlackRock a fait des heures supplémentaires pour s'assurer que l'UE n'adopte pas de réglementation qui porterait atteinte à ses intérêts, surtout en lien avec l'industrie des énergies fossiles. Alors qu'elle s'apprête à publier le renouvellement de sa stratégie finance durable, la Commission doit maintenir une stratégie climatique ambitieuse et fondée sur la science, et non écrite par les lobbyistes. »

-Lire le rapport (en anglais) : Hijacked : Exposing BlackRock's Grip on the EU's Climate Finance Plans

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[1] Le rapport rédigé par BlackRock devrait être publié par la Commission européenne à l'approche de la publication du renouvellement de la stratégie finance durable de l'UE. Lisez l'analyse du projet de rapport par Change Finance.

[2] L'EFAMA, l'AFME, l'IIF et l'AIMA, qui comptent toutes quatre BlackRock parmi leurs membres actifs, se sont opposées à la création d'une taxonomie des "activités polluantes". BlackRock fait également partie de 5 autres groupes qui s'y sont opposés.

[3] Le renouvellement de la stratégie finance durable doit être publié début juillet. Reclaim Finance a publié une analyse de la bataille autour d'un élément clé, la Taxonomie.

[4] Il s'agit par exemple du Forum de Haut Niveau sur l'Union des marchés de capitaux mis en place par la Commission, de la Plateforme sur la finance durable de la Commission, ou des multiples groupes consultatifs organisés par l'ESMA (Autorité européenne des marchés financiers).

[5] BlackRock détient 5 % des actions ou plus de toutes les grandes entreprises pétrolières et gazières européennes. Son propre conseil d'administration a plusieurs liens avec le secteur (par exemple, Pamela Daley siège également au CA de BP et, jusqu'en 2016, au CA de BG Group, une entreprise gazière ensuite acquise par Shell). BlackRock entretient également des relations commerciales étroites avec de nombreuses majors de l'énergie fossile et semble avoir un fort biais dans sa façon de voter, y compris sur les propositions ESG, lorsqu'elle en a.


28.06.2021 à 12:26

Signataires de la tribune « Pour la transparence et pour conditionner les aides publiques aux grandes entreprises »

Ceci est la liste complète des signataires de la tribune Aides au privé : « l'Etat et les pouvoirs publics, s'affirment comme assureurs en dernier ressort de la rémunération des actionnaires » publiée par Le Monde le 16 juillet 2021.
Pour signer cette tribune, vous pouvez envoyer un mail à l'adresse observatoire [at] multinationales [.] org .
Maxime Combes (économiste) et Olivier Petitjean (journaliste) - Observatoire des multinationales.
Nadine Levratto, Thomas Coutrot, Geneviève Azam, Jean (...)

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Ceci est la liste complète des signataires de la tribune Aides au privé : « l'Etat et les pouvoirs publics, s'affirment comme assureurs en dernier ressort de la rémunération des actionnaires » publiée par Le Monde le 16 juillet 2021.

Pour signer cette tribune, vous pouvez envoyer un mail à l'adresse observatoire [at] multinationales [.] org [1].

Maxime Combes (économiste) et Olivier Petitjean (journaliste) - Observatoire des multinationales.

Nadine Levratto, Thomas Coutrot, Geneviève Azam, Jean Gadrey (économistes), Dominique Méda (sociologue)

Parlementaires

Elsa Faucillon, députée des Hauts-de-Seine

Emilie Cariou, députée de la Meuse

Fabien Gay, sénateur de Seine-Saint-Denis

Mathilde Panot, députée du Val-de-Marne

Sophie Taillé-Polian, sénatrice du Val-de-Marne

Dominique Potier, député de Meurthe-et-Moselle

Joel Labbé, sénateur du Morbihan

Jennifer de Temmerman, députée du Nord

Pierre Darrhéville, député des Bouches-du-Rhône

Organisations de la société civile

Elise Van Beneden, présidente d'Anticor

Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre France

Aurélie Trouvé, porte-parole d'Attac France

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT

Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement

Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France

Edgar Blaustein, membre du bureau de Sciences citoyennes

Nouveaux signataires

Charles Boubel
Véronique Boyer
Christian Clor
Adrien Lopez, ingénieur informatique
Philippe Quirion, économiste, directeur de recherche au CNRS
Vincent Truelle
Raymond Zaharia, Ingénieur en retraite


[1] Par défaut, nous vous inscrirons également à notre lettre d'informations spéciale relative à notre opération Allô Bercy, inscription qui sera révocable à tout instant. Si vous ne souhaitez pas recevoir cette lettre, merci de le préciser dans votre courriel. Lire notre politique de confidentialité dans notre charte de déontologie.


02.06.2021 à 06:43

« Carry back », un tour de passe-passe fiscal pour aider encore un peu plus les entreprises

Le gouvernement français veut débloquer 15,5 milliards d'euros d'aides supplémentaires pour le secteur privé, toujours sans condition sociale, fiscale ou environnementale. Il ouvre même la possibilité pour les entreprises déficitaires en 2020 de reporter leurs pertes sur les années précédentes... et de se faire rembourser les impôts qu'elles ont versés ! Une nouvelle aide publique qui ne dit pas son nom, dont pourraient bénéficier des groupes comme Total, Engie, Airbus ou Renault. Nouvelle publication (...)

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Texte intégral 805 mots

Le gouvernement français veut débloquer 15,5 milliards d'euros d'aides supplémentaires pour le secteur privé, toujours sans condition sociale, fiscale ou environnementale. Il ouvre même la possibilité pour les entreprises déficitaires en 2020 de reporter leurs pertes sur les années précédentes... et de se faire rembourser les impôts qu'elles ont versés ! Une nouvelle aide publique qui ne dit pas son nom, dont pourraient bénéficier des groupes comme Total, Engie, Airbus ou Renault. Nouvelle publication dans le cadre de notre campagne Allô Bercy ? Pas d'aides publiques aux grandes entreprises sans conditions.

L'argent public continue de couler à flots en faveur des entreprises. Un projet de loi de finances rectificative, présenté ce mercredi 2 juin en Conseil des ministres, prévoit 15,5 milliards d'euros supplémentaires pour le secteur privé. Ils s'ajoutent aux 155 milliards d'euros d'aides publiques débloquées entre mars et décembre 2020 (selon les estimations de la Commission européenne), dont une grande partie a déjà été prolongée en 2021. Et ce alors que les aides publiques aux entreprises existantes avant la crise santaire étaient déjà elles-mêmes estimées à 150 milliards d'euros.

Sur le principe, on ne peut pas contester le besoin de soutenir les acteurs économiques face à l'épidémie. Mais en l'absence de transparence sur les bénéficiaires des aides et de véritables conditions sociales, fiscales et environnementales, il est impossible de savoir si tout cet argent est utilisé à bon escient, c'est-à-dire s'il sert vraiment à soutenir l'activité et l'emploi, ou s'il ne va pas en partie dans les coffres d'entreprises qui n'en ont pas vraiment besoin, pour rémunérer les actionnaires ou financer des activités contestables.

Comme nous l'avons expliqué dans notre rapport Allô Bercy ? Pas d'aides publiques aux grandes entreprises sans conditions, publié la semaine dernière, les grands groupes du CAC40 ont capté une partie significative des aides publiques débloquées face à la crise sanitaire, tout en continuant à prioriser le versement de dividendes et les suppressions d'emploi.

Sur ces 15,5 milliards d'euros supplémentaires, une partie doit aller à la prolongation des aides mises en place il y a un peu plus d'un an : 6,4 milliards de plus pour le chômage partiel, 3,4 milliards pour le fonds de solidarité, 4 milliards pour les exonérations de cotisations sociales et de charges fiscales. Et 1,5 milliard pour des dépenses accidentelles et imprévisibles. Toujours sans transparence et sans conditions sociales, fiscales et environnementales.

Une subvention publique qui ne pas son nom

Le projet de loi de finances rectificative concocté par le gouvernement contient aussi un cadeau supplémentaire au secteur privé : une extension sans précédent du mécanisme fiscal dit de « carry back ». Celui-ci permet à des entreprises déficitaires de reporter une partie de leurs pertes rétrospectivement sur les années précédentes, et de se faire rembourser en conséquence l'impôt sur les bénéfices qu'elles avaient versé... Auparavant, ce dispositif était plafonné à 1 million d'euros et les pertes ne pouvaient être reportées que sur un an en arrière. Le plafond est aboli, et les pertes pourront désormais être reportées sur trois ans.

C'est une subvention publique directe qui ne dit pas son nom, qui viendra abonder directement la trésorerie des entreprises, et dont le coût est estimé à 500 millions d'euros.

Secret fiscal oblige, il sera impossible de savoir quels groupes en bénéficieront effectivement. Mais on peut au moins nommer les grands groupes du CAC40 qui ont encouru des pertes en 2020 : Renault (-8 milliards d'euros), Total (-7,2 milliards), Unibail (-7,2 milliards), Engie (-1,5 milliard), Airbus (-1,1 milliard) et Société générale (-0,3 milliard). Trois d'entre eux ont tout de même choisi de verser des dividendes ce printemps : Total (plus de 7 milliards d'euros), Engie (1,2 milliard), et Société générale (467 millions). Des versements aux actionnaires qui pourraient donc être en partie remboursés par les contribuables via ce nouveau tout de passe-passe fiscal.

OP


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