
26.01.2026 à 05:46

Dans le compte rendu suivant, les participant·e·s à une marche contre le Service de l’immigration et des douanes étatsunien (ICE) à Philadelphie réfléchissent à la manière de passer des manifestations symboliques et des modèles organisationnels descendants à une action autonome efficace. Alors que le conflit entre les mercenaires fédéraux et les habitant·e·s des « Villes Jumelles » s’intensifie, d’autres personnes à travers le pays cherchent des moyens concrets d’agir en solidarité afin de diviser et disperser l’attention et les ressources des forces fédérales. Nous encourageons toutes les personnes qui participent à des manifestations à s’y présenter en groupes affinitaires avec des plans concrets sur ce qu’elles espèrent accomplir et avec des propositions audacieuses à partager avec les autres.
Plus chacune et chacun d’entre nous fait preuve d’initiative et d’autonomie dans notre activité collective, plus nos mouvements seront puissants.
Dans la nuit du 23 janvier, le jour de la grève générale dans les « Villes Jumelles », une manifestation bruyante contre l’ICE a eu lieu dans le centre-ville de Philadelphie, rassemblant environ 300 personnes. À la fin de la manifestation, quelques dizaines de militant·e·s ont décidé de se séparer du cortège principal et de se diriger vers les bureaux de l’ICE situés à proximité. Les organisateurs de la manifestation, Socialist Alternative (Alternative Socialiste), avaient annoncé au début de la marche à l’ensemble des participant·e·s qu’ils prévoyaient de faire le tour de l’hôtel de ville, puis de marcher ensemble jusqu’au bâtiment de l’ICE.
Nous avions entendu parler de la manifestation seulement la veille. Un petit groupe d’entre nous avait donc rapidement préparé une banderole sur laquelle était inscrit « FUCK ICE » (« Nique l’ICE »). Pendant la manifestation, nous nous sommes frayé·e·s un chemin jusqu’à l’avant du cortège, malgré les ordres des organisateurs autoproclamés qui nous demandaient de « nous mettre sur le côté » et de laisser plus de place à leur contenu partisan.
La marche s’est déroulée dans une artère principale de la ville, la simple banderole « Fuck ICE » suscitant l’enthousiasme des passant·e·s. Puis, curieusement, alors que la foule n’était qu’à un pâté de maisons du siège de l’ICE, les organisateurs et leur service d’ordre ont dirigé tout le monde vers le centre de détention fédéral situé deux pâtés de maisons plus loin. Là, les organisateurs ont installé un système de sonorisation de mauvaise qualité et ont commencé à prononcer des discours devant une foule perplexe.
Au même moment, un membre d’une faction socialiste rivale, les Revolutionary Communists of America (Communistes Révolutionnaires d’Amérique), a sorti son propre mégaphone et s’est mis à haranguer les gens autour de lui à propos de la classe ouvrière, dans le but de prendre l’avantage sur ses concurrents. L’énergie, qui avait été vive tout au long de la marche, s’est rapidement dissipée.
Quelqu’un a demandé à l’un des responsables de la manifestation pourquoi nous ne nous dirigions pas comme prévu vers le bâtiment de l’ICE. « Les cibles ne manquent pas », ont-ils répondu.
Ce rassemblement a été explicitement organisé en solidarité avec la grève générale de Minneapolis, qui était elle-même une réponse à l’invasion de la ville par l’ICE et au récent meurtre de Renee Nicole Good. Le 24 janvier, au lendemain de la grève générale, les agents de l’ICE ont assassiné une autre personne à Minneapolis, Alex Pretti.
La soupe alphabétique habituelle des socialistes d’État était au rendez-vous. Outre Socialist Alternative (les principaux organisateurs), il y avait également les Revolutionary Communists of America, le Party for Socialism and Liberation (Parti pour le Socialisme et la Libération), et d’autres, chaque faction rivalisant pour occuper le devant de la scène avec des tables de recrutement, des discours prosélytistes et de la documentation promotionnelle. Ils ont prononcé de nombreux discours sur la nécessité d’aller au-delà des protestations symboliques et de passer à l’étape suivante, celle de l’action directe contre l’ICE.
Mais lorsque certain·e·s manifestant·e·s ont décidé de se séparer de la foule pour se rendre aux bureaux voisins de l’ICE, la plupart des participant·e·s se sont contenté·e·s d’observer ou de détourner le regard. Certain·e·s nous ont hué, ont fait des commentaires sarcastiques ou ont exprimé leur dédain. Néanmoins, quelqu’un·e·s se sont montré·e·s curieuses et curieux ou solidaires. Il convient de noter que, dans une manifestation composée à 95% de Blancs, bon nombre de celles et ceux qui ont rejoint la marche dissidente n’étaient pas blancs, mais plutôt jeunes et Noirs.
Alors que nous marchions vers la foule de policiers située devant les bureaux de l’ICE, encouragé·e·s par la rythmique enthousiaste d’un tambour, certaines personnes dans la foule ont commencé à scander « Migra, policia, la misma porqueria ! » (« ICE, police, c’est la même merde ! »). Quelqu’un·e a rapidement fait remarquer que l’autorité chargée du stationnement à Philadelphie et la police de Philadelphie protégeaient l’ICE. Quand quelqu’un·e dans la foule a crié « Fuck 12 » (équivalent de « Nique la police »), nous lui avons toutes et tous répondu en scandant « Fuck ICE! Fuck 12! » (« Nique l’ICE ! Nique la police ! »). Il était évident qu’il y avait trop de policiers devant l’immeuble et trop peu de personnes dans le cortège pour pouvoir pénétrer dans le bâtiment officiel. Ce dernier avait également été barricadé à l’avance avec des barrières métalliques anti-émeute. Au bout d’un moment, le groupe a décidé de quitter les lieux tout en faisant un doigt d’honneur aux policiers à vélo présents sur sa route.
Au moins, celles et ceux qui ne savaient pas exactement où se trouvait le siège de l’ICE savent désormais où il se trouve. Expérimenter le fait de se séparer de la marche principale comme tactique de protestation s’est également révélé utile, car cela a démontré ce qu’un petit nombre d’individus en tête de cortège peuvent accomplir au sein d’une foule plus importante, mettant ainsi en évidence le potentiel de l’action directe autonome dans le cadre d’un éventail plus large de tactiques.
Tous les socialistes d’État n’ont pas adopté une attitude paternaliste envers les militant·e·s qui ont tenté de prendre d’assaut le quartier général de l’ICE. L’un des responsables de la manifestation s’est finalement joint à nous et a fait un effort sincère pour nous montrer son soutien alors que nous approchions du bâtiment et des policiers postés à l’extérieur. Le problème ne réside pas dans les intentions de certains individus, mais plutôt dans le fait que les structures organisationnelles de ces groupes ne sont pas orientées vers l’action directe concrète. Ils restent enlisés dans le bourbier d’une politique représentative et du spectacle.
La lutte des classes, qui implique nécessairement un écosystème dynamique de différents types d’action, n’est pas le moteur du développement organisationnel et de l’innovation pour ces groupes. Au contraire, ils filtrent la lutte des classes à travers le tamis de la révolution dirigée par l’État propre à chaque groupe, que les responsables du mouvement et les politiciens en herbe de chaque faction respective tentent de nous vendre. Lorsque le fétichisme organisationnel est le moteur d’une lutte, les révolutionnaires n’apparaissent comme rien d’autre que des charlatans.
En conséquence, la nécessité urgente d’une action décisive est reportée indéfiniment. Plutôt que d’offrir des occasions de perturber le fonctionnement des infrastructures de la classe dirigeante, les manifestations militantes deviennent des occasions de vendre des journaux, de prendre des photos, de recruter des membres et de mener une compétition idéologique entre divers leaders politiques en herbe brandissant des mégaphones.
C’était réconfortant de voir des personnes détenues au sein de l’immeuble fédéral nous faire des signes et faire clignoter leurs lampes depuis l’intérieur. C’était bien de leur rendre visite. Mais il y a vraiment quelque chose qui ne va pas lorsque lors d’une manifestation contre l’ICE, les organisateurs nous éloignent volontairement du bâtiment que l’ICE utilise comme quartier général. À un certain moment, les révolutionnaires doivent faire un choix : s’organisent-iels pour une révolution ou construisent-iels une clique politique ?
Pour celles et ceux qui veulent faire la révolution contre la société de classes, le spectacle des manifestations symboliques et le fétichisme organisationnel sont des impasses. Le soulèvement suite au meurtre de George Floyd en 2020, la rébellion suite à l’assassinat d’Eddie Irizarry en 2023 et la rébellion anti-ICE à Los Angeles l’année dernière nous montrent qu’il existe une autre voie : celle de la solidarité militante, de l’entraide, de l’auto-activité et de l’auto-organisation autonomes. La révolte contre l’ICE qui se déroule à Minneapolis est actuellement l’itération la plus avancée de cette dynamique de masse historique aux États-Unis. Plutôt que de nous tourner vers les fantasmes du passé, nous devrions nous inspirer de ce qui se passe sur la ligne de front à Minneapolis et suivre leur exemple. Nous devons nous battre avec stratégie, organisation et vision, mais nous devons néanmoins faire le grand saut.
Le moment est venu de te réunir avec celles et ceux en qui tu as confiance, d’appeler à davantage de manifestations, d’organiser des réseaux d’intervention rapide avec tes voisins, de faciliter les rassemblements, d’élaborer des plans, d’expérimenter des tactiques audacieuses, de prendre des initiatives, de créer une dynamique, de repousser les limites du possible et, surtout, d’adopter toutes les stratégies à notre disposition – y compris en intervenant directement contre l’ICE et tous les agents de la répression étatique – pour détruire ce monde de merde et en construire un nouveau et meilleur.
On se voit dans la rue !
– Tes camarades autonomes au-delà des clivages partisans
25.01.2026 à 06:04

Le samedi 24 janvier, un agent de l’ICE a assassiné Alex Pretti à Minneapolis. Cinq agents l’ont plaqué au sol et tabassé, puis un agent lui a tiré dessus à plusieurs reprises. Une vidéo prise sous plusieurs angles confirme que l’agent a tiré sur Pretti après qu’il ait été désarmé. Immédiatement après le meurtre, le quartier de Whittier s’est soulevé et a affronté l’ICE, la police du Minnesota et les forces de l’ordre de l’État du Minnesota pendant plus de quatre heures, les forçant finalement à se retirer.
Ce meurtre a eu lieu un jour après une grève générale historique au cours de laquelle plus de 100000 travailleuses et travailleurs des « Villes Jumelles » ont manifesté contre l’occupation de l’ICE. De nombreuses personnes dans les rues ont exprimé l’opinion que les agents fédéraux avaient tué Alex pour se venger de la grève.
Une fois de plus, nous soulignons le rôle important joué par la police locale et étatique qui permet à l’ICE de continuer à commettre des meurtres en toute impunité. Les politiciens démocrates ont exprimé leur désapprobation face aux tactiques de l’ICE, mais ni eux, ni la police qui est censée leur rendre des comptes n’ont encore rien fait de concret pour empêcher les agents fédéraux de terroriser, d’enlever et d’assassiner des personnes.
Ce qui suit est le témoignage d’un·e anarchiste de Minneapolis.
Je me suis réveillé·e ce matin au son de mon téléphone qui vibrait sans arrêt. Le premier SMS que j’ai vu disait : « URGENT DE WHIT/UPT DEVANT GLAM DOLL DONUTS : quelqu’un a été abattu par l’ICE. » Encore à moitié endormi·e, j’ai versé un peu de sirop de caféine dans ma bouteille d’eau pendant que j’assimilais cette information. J’ai enfilé cinq couches de vêtements, une paire de lunettes de protection et une cagoule, j’ai appelé mon travail pour dire que j’étais malade et je me suis précipité·e sur les lieux du drame.
Quand je suis arrivé·e, un ruban jaune délimitant la scène de crime était déjà en place sur trois pâtés de maisons de la 26ème rue. Des agents masqués de l’ICE et de la police des frontières gardaient le périmètre, armés de fusils et de bombes lacrymogènes. Une ambulance était toujours sur place. Une foule d’individus commençait à se rassembler autour du ruban délimitant la scène de crime, mais ne le franchissait pas. Un·e ami·e m’a reconnu dans la foule et m’a tapoté l’épaule. Quelqu’un m’a dit que la victime était morte. Une personne pleurait. La plupart des gens insultaient les agents fédéraux. Une vieille femme criait « Vous irez en enfer ! » à un agent de la police des frontières qui la menaçait avec sa bombe lacrymogène.
Derrière nous, sur la 1ère Avenue, trois individus ont commencé à déplacer une benne à ordures au milieu de la rue. Un agent de l’ICE leur a lancé une grenade lacrymogène. Mon ami·e et moi-même avons commencé à courir vers le sud sur la 1ère Avenue pour échapper aux nuages de gaz. Nous avons tourné à droite, puis encore à droite sur Nicollet Avenue, ce qui nous a amené à l’intersection entre Nicollet Avenue et la 26ème rue, l’endroit où l’ICE avait tué un homme à peine une demi-heure auparavant. Il y avait ici une foule beaucoup plus importante qui faisait face et affrontait une ligne d’agents fédéraux. Nous avons reconnu un·e autre de nos ami·e·s et avons couru vers elleux.
À ce moment-là, nous avons entendu la forte détonation de grenades assourdissantes tirées à environ deux ou trois pâtés de maison au nord-ouest de notre position. « Prenons ma voiture », a crié notre ami. Il était garé juste là, sur Nicollet Avenue. Nous nous sommes entassé·e·s dans sa voiture, il a fait demi-tour et s’est éloigné à toute vitesse des agents de l’ICE. Après quelques virages et nous nous sommes retrouvé·e·s à l’angle de la 25ème rue et de Blaisdell.
Il y avait une ligne de policiers anti-émeutes appartenant au département de police de Minneapolis qui se trouvait de l’autre côté, plus près de Nicollet Avenue. Je les ai reconnus à leurs gilets jaunes. Entre nous et les flics, du côté de Blaisdell, un groupe d’individus construisait une barricade à partir de bennes à ordures, de poubelles, de parpaings et de palettes de bois. Nous avons entendu les chants de ralliement omniprésents « FUCK ICE, ICE OUT! » (« NIQUE l’ICE, ICE DÉGAGE ! »). Les gens tapaient sur les poubelles en rythme. Quelqu’un répandait ce qui semblait être des chausse-trappes faits maison devant la barricade.
Alors que nous approchions de la barricade, des personnes dans la foule ont commencé à faire rouler les bennes à ordures en direction de la ligne de police. Quelqu’un a mis le feu à l’une d’elles. Un homme criait après nous, essayant en vain de calmer et contrôler la foule, mais personne ne voulait l’écouter. Quelques individus l’ont rapidement escorté hors du lieu de l’action. La benne à ordures commençait à être engloutie par les flammes. Les gens l’ont également poussée en direction de la police.
La benne à ordures est engloutie par les flammes.
La police a commencé à tirer des gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Leurs tirs n’étaient pas particulièrement précis. C’était la première fois cette année que je les voyais utiliser des balles en caoutchouc plutôt que des balles au poivre ou des gaz lacrymogènes. La foule a reculé, et les policiers ont chargé et ont dépassé notre barricade. Trois d’entre eux ont plaqué au sol et arrêté une personne qui se trouvait près de moi, la jetant violemment sur le trottoir. J’ai crié et je me suis retourné·e une seconde, mais j’ai immédiatement été asphyxié·e par les gaz lacrymogènes et contraint·e de reculer vers Blaisdell. Certaines personnes lançaient des bouteilles en verre et des morceaux de glace sur les flics qui battaient en retraite.
La foule a sorti d’autres poubelles des ruelles adjacentes et a rapidement commencé à construire une nouvelle barricade un peu plus loin. J’avais perdu de vue la personne avec qui j’étais venu·e, mais j’ai rapidement retrouvé quelqu’un que je connaissais. Certains individus ont commencé à crier aux gens de reculer vers l’ouest sur la 26ème rue et de continuer à construire des barricades. Cette stratégie improvisée a fait son chemin. Les gens ont couru dans la rue laissant derrière elleux des poubelles et des pneus, créant ainsi une série de petites barricades à mesure que les policiers avançaient.
Une femme observait la scène depuis son porche. Quelqu’un s’est précipité vers elle et lui a dit : « Madame, nous sommes ici pour défendre le quartier contre l’ICE. Nous avons besoin de matériel pour construire des barricades. Y a-t-il quelque chose dans votre jardin dont vous pourriez vous séparer ? » Elle a acquiescé avec empressement et leur a montré son jardin, leur proposant un parterre de fleurs, un vieux canapé et une chaise de jardin. Trois personnes ont aidé à transporter ces objets et à les ajouter aux barricades.
Pendant que ce jeu du chat et de la souris se poursuivait, des messages Signal sont apparus provenant d’autres personnes qui tenaient une autre barricade à trois pâtés de maisons de là, sur Nicollet Avenue, au sud du carrefour. Notre groupe affrontait la police locale de Minneapolis, mais le leur affrontait l’ICE. Mon ami·e et moi avons décidé de les rejoindre. Nous avons traversé une série de ruelles jusqu’à ce que nous débouchions sur la 27ème rue.
Nous avons couru vers la gauche sur Nicollet Avenue, sur une portion pleine de restaurants que les habitant·e·s appellent « Eat Street ». Il y avait là une foule beaucoup plus importante qui se tenait derrière une barricade faite principalement de palettes en bois. Une ligne composée d’agents de l’ICE et du CBP (« US Customs and Border Protection », une autre agence fédérale en lien avec le Service des douanes et de la protection aux frontières) se tenait de l’autre côté. Nous pouvions voir la peur dans leurs yeux. Ça faisait du bien.
À peine avions-nous approché la barricade en question que l’ICE a ouvert le feu avec des gaz lacrymogènes. Je ne suis pas étranger·ère aux gaz lacrymogènes, mais ils en ont tiré plus que je n’en avais jamais vu. Des nuages blancs toxiques nous ont enveloppés. J’avais l’impression que mes poumons étaient en feu. Quelqu’un a ramassé une grenade et l’a renvoyée. Nous avons fui vers le sud sur Nicollet Avenue pour nous échapper. Quand je me suis retourné·e pour regarder derrière moi à travers les nuages de gaz, j’ai vu des SUVs de l’ICE et un véhicule blindé Bearcat quitter les lieux, se dirigeant vers l’est en direction de l’autoroute.
Nous avons couru jusqu’à la 1ère rue, là même où j’étais arrivé·e plus tôt dans la matinée, pour essayer d’attraper les agents qui battaient en retraite. Nous avons fait demi-tour et avons couru vers le nord jusqu’à la 26ème rue. Les gens lançaient des pierres et des morceaux de glace sur leurs voitures alors que les agents roulaient vers la bretelle d’accès de la 35W. Ils ont de nouveau tiré des grenades lacrymogènes et des grenades de gaz à « fumée verte » depuis leurs véhicules alors qu’ils s’enfuyaient sur l’autoroute.
Après que les manifestant·e·s aient chassé les agents de l’ICE, nous sommes revenu·e·s à l’angle de la 26ème rue et de Nicollet Avenue depuis l’est. Un grand nombre d’agents de la police d’État étaient alignés à une extrémité de la 26ème rue, face aux manifestant·e·s qui se trouvaient de l’autre côté. Ils avaient un LRAD (un dispositif de dispersion sonore, également connu sous le nom de « canon à son ») installé sur un véhicule Bearcat. L’un des policiers lisait un avertissement de dispersion à l’aide d’un mégaphone.
« FERME TA GUEULE ! » a répondu quelqu’un.
« TRAÎRES ! » hurla quelqu’un d’autre.
Les policiers d’État ont lancé une salve de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes dans notre direction. En retour, quelqu’un leur a jeté un puissant pétard qui a explosé à leurs pieds.
La foule s’est dépêchée de reculer et a tourné à gauche dans une autre rue. Tout le monde était épuisé après une longue matinée d’actions ; beaucoup d’entre nous commençaient à se déplacer plus lentement. J’ai vu les véhicules de la police d’État s’éloigner à toute vitesse dans leur propre nuage de gaz lacrymogène, tout comme l’avaient fait les agents de l’ICE. Il m’a fallu une minute pour réaliser qu’ils étaient partis.
Je me suis eclipsé·e de la manifestation en cours. Il était grand temps d’acheter un vrai masque à gaz. Je suis allé·e dans une quincaillerie et j’ai acheté un gros paquet de chauffe-mains à distribuer à la foule. Ce n’est que lorsque mon adrénaline est retombée que je me suis rendu·e compte que je n’avais pas encore mangé. J’étais affamé·e.
Je suis retourné·e sur le lieu du meurtre environ 45 minutes plus tard. Une foule immense de plus de 1000 personnes s’était rassemblée, occupant tout un pâté de maisons. Cela m’a immédiatement rappelé George Floyd Square. Le pâté de maisons qui était autrefois Eat Street s’était maintenant transformé en Alex Pretti Square.
Il semblait que toutes les petites barricades érigées par les habitant·e·s de Whittier avaient étaient déplacées ici, bloquant Nicollet Avenue aux deux extrémités. Les gens étaient assis sur des bennes à ordures, tapant sur les couvercles. La foule semblait plus diversifiée que je ne l’avais jamais vue dans ce quartier auparavant. Un drapeau mexicain flottait au milieu du rassemblement.
Une jeune femme a sorti une sono au milieu de la foule. Tout le monde s’est rassemblé autour d’elle et les gens ont pris la parole à tour de rôle.
Un jeune homme a pris le micro. Il ne devait pas avoir plus de 20 ans.
« SALUT TOUT LE MONDE. PERSONNE NE VIENDRA NOUS SAUVER. NOUS AVONS ÉCRIT L’HISTOIRE HIER. NOUS AVONS LANCÉ UNE GRÈVE GÉNÉRALE. NOUS AVONS PARALYSÉ TOUTE CETTE PUTAIN DE VILLE. C’EST LA MEILLEURE ARME DONT DISPOSE LES GENS, C’EST NOUS QUI FAISONS FONCTIONNER LE MONDE ET C’EST NOUS QUI POUVONS LE FAIRE S’ARRÊTER. MAIS UN JOUR CE N’EST PAS SUFFISANT. NOUS DEVONS CONTINUER LUNDI. »
La foule a réagi à cette intervention avec des applaudissement tonitruants, acclamant et tambourinant en rythme sur les couvercles des bennes à ordures.
Le jeune homme a entonné un slogan : « NO MORE MINNESOTA NICE! MONDAY MINNESOTA STRIKE! » (« La gentillesse du Minnesota c’est terminé ! Lundi, grève dans le Minnesota ! »).
Ce chant résonna à travers toute la place.
L’invasion des « Villes Jumelles » par l’ICE a depuis longtemps dépassé le point de non-retour. Il est impensable que la société puisse revenir à la « normale » après ce que nous avons vu et ressenti. Les pouvoirs en place savent très bien qu’ils doivent désormais jouer le tout pour le tout. Nous aussi.
Aujourd’hui, lors de la bataille de Whittier, même à travers les gaz lacrymogènes, nous avons pu entrevoir un avenir plus doux et paisible. Ces assassins fédéraux le savent aussi. Nous les enterrerons sous le nouveau monde qui vit dans nos cœurs.
24.01.2026 à 05:54

Le 23 janvier, des milliers de personnes se sont mises en grève dans les « Villes Jumelles » de Minneapolis et Saint Paul pour s’opposer à la campagne de kidnappings et de meurtres menée depuis deux mois par des mercenaires fédéraux au service du programme de nettoyage ethnique de Donald Trump. Plus de 1000 entreprises ont fermé leurs portes, certaines avec enthousiasme, d’autres contre leur gré. Dans le même temps, un petit nombre de manifestant·e·s se sont mobilisé·e·s pour empêcher les mercenaires fédéraux liés aux Services de l’immigration et des douanes (ICE) de mener à bien les enlèvements qu’ils avaient prévus pour cette journée.
Tôt dans la matinée du 23 janvier, par une température en dessous de zéro, environ 75 manifestant·e·s équipé·e·s de boucliers et de banderoles renforcées ont bloqué l’intersection de Minnehaha et Federal Drive, juste à côté du bâtiment Bishop Henry Whipple, que l’ICE utilise comme base opérationnelle dans les « Villes Jumelles ». Au même moment, quelqu’un a abandonné une caravane pour bloquer la route Airport Service Road située près de l’extrémité nord de Federal Drive (voir la carte). Cette action a permis de complétement bloquer deux des trois voies d’accès au bâtiment Whipple. On peut supposer que ce blocage visait à coincer l’ICE au niveau de l’extrémité nord de Federal Drive, en bloquant tous les points de sortie, mais en fin de compte, ils avaient toujours accès à une autre sortie.
La caravane qui bloquait Airport Service Road est restée en place pendant environ une demi-heure. Les manifestant·e·s ont bloqué l’intersection de Minnehaha et Federal Drive pendant deux heures et demie.
Pendant les deux heures et demie, il n’y a eu aucun signe de l’ICE ou du BorTac – l’unité tactique de la police des frontières, dont les membres ont déjà frappé et aspergé de gaz lacrymogène des manifestant·e·s lors d’actions précédentes devant le bâtiment Whipple. Le parc automobile de l’ICE semblait presque entièrement au complet pendant l’action, ce qui laisse penser qu’ils n’étaient pas en train de se rassembler depuis un autre endroit. Il est possible que cette action ait effectivement piégé un grand nombre d’agents de l’ICE au sein de leur quartier général.
Finalement, après que la caravane ait été retirée de la route, les shérifs du comté d’Hennepin ont menacé d’attaquer les manifestant·e·s avec des armes chimiques. Les participant·e·s au blocage se sont dispersé·e·s cinq minutes plus tard, avant que les armes chimiques ne soient utilisées. Deux arrestations ont été signalées dans la zone, apparemment sans rapport direct avec le blocage de l’intersection entre Minnehaha et Federal Drive.
Le rôle des shérifs mérite d’être souligné. De Chicago aux « Villes Jumelles », les forces de police locales et étatiques, censées répondre aux politicien·ne·s démocrates, ont joué un rôle fondamental dans la répression violente des manifestations afin de permettre à l’ICE de continuer à kidnapper et à brutaliser des personnes. Tout mouvement contre l’ICE devra faire face à ce bipartisme.
Il y a deux semaines, le 8 janvier, des manifestant·e·s ont bloqué les portes du bâtiment Whipple pendant une heure en réaction au meurtre de Renee Nicole Good par l’agent fédéral Jonathan Ross. La tentative d’aujourd’hui place la barre plus haut. Il est inspirant de voir que des milliers de personnes ont participé à la grève générale d’aujourd’hui. Le blocus du bâtiment Whipple montre que certaines personnes sont prêtes à aller plus loin, en prenant des mesures audacieuses et créatives pour influencer directement ce que l’ICE peut et ne peut pas faire.
Dans le récit suivant, soumis anonymement, les participant·e·s décrivent ce dont iels ont été témoins pendant le blocus et fournissent quelques éléments de contexte sur leur expérience de résistance à l’occupation de l’ICE.
Position 1 : des manifestant·e·s ont bloqué l’intersection entre Minnehaha et Federal Drive. Position 2 : une caravane abandonnée a bloqué Airport Service Road.
« Ça a été l’année la plus longue de ma vie. » On entend cette phrase partout dans les « Villes Jumelles », et nous ne sommes qu’au mois de janvier. Plus de cinquante jours d’occupation par les forces fédérales ont pesé sur la détermination et le bien-être des résistant·e·s et des occupants.
Le site fédéral de Fort Snelling, où se trouve le bâtiment Whipple, est connu pour avoir servi de camp de concentration où étaient emprisonné·e·s les Dakotas dans les années 1860. Cet héritage se perpétue aujourd’hui, le site servant de base à des milliers de ravisseurs masqués. Les 3000 agents fédéraux impliqués dans cette opération sont plus nombreux que les effectifs réunis des dix plus grandes forces de police des « Villes Jumelles ».
Les premiers enlèvements ont commencé au compte-gouttes, puis se sont multipliés jusqu’à former un torrent, puis un fleuve aussi puissant que le Mississippi. Les actes les plus odieux et les plus ignobles sont gravés dans nos mémoires, rappelant le type d’attaques menées par l’armée israélienne en Cisjordanie : embuscades dans des écoles et des hôpitaux, envahisseurs masqués utilisant des enfants terrifiés comme otages, fusillades, voire une exécution publique. Les sons stridents des sifflets imprimés en 3D nous brûlent les tympans comme des acouphènes. Pourtant, la violence de l’ICE a alimenté une rage collective dont beaucoup de gens ne se savaient pas capables de ressentir. De nombreuses nouvelles résistantes et de nombreux nouveaux résistants prennent conscience de cette réalité pour la première fois. D’autres ont connu des vagues successives de luttes dans les « Villes Jumelles », qui ont préparé nombre d’entre nous à ce moment.
Le fascisme n’est pas en marche. Il est déjà là.
En réponse, les personnes se sont préparées à passer à l’offensive le jour de la grève générale. Cette offensive comprenait trois luttes différentes, toutes aussi importantes les unes que les autres.
Comme beaucoup d’autres personnes à l’échelle internationale, nous nous trouvons en eaux inconnues. Les anciennes règles ont été jetées par la fenêtre. Dans les rues, l’ICE agit davantage comme des nazis que comme des policiers. Cela est particulièrement évident pour celles et ceux d’entre nous qui ont une expérience dans l’organisation antifasciste. Leurs tactiques terroristes combinent brutalité et lâcheté ; leur nature imprévisible a mis à rude épreuve même les vétérans les plus aguerris.
C’est la première forme de conflit à laquelle nous devons faire face : la lutte contre soi-même.
L’incertitude engendre la peur. Nous avons recours à la modélisation des menaces pour identifier les risques et déterminer ceux que nous sommes prêt·e·s à prendre. Les tactiques de déplacement telles que le positionnement de tireurs d’élite sur les toits, la mise en place de points de contrôle et l’envoi d’équipes de sécurité pour escorter les personnes dans les zones dangereuses sont redevenues courantes, comme elles l’étaient au plus fort des soulèvements de 2020. C’est désormais le cas même pour les grands rassemblements. Nous étudions et mettons en pratique ces compétences encore et encore, faisant de notre mieux pour surmonter nos peurs tout en cherchant à apaiser l’angoisse que nous ressentons au sujet de celles et ceux qui ont déjà disparu.
Il faut également faire preuve de prudence lors de délibérations, car la frustration peut facilement éclater pour des questions mineures ou sans importance. Reconnaître et réguler nos propres états émotionnels est essentiel pour éviter la tendance à agir sous l’emprise de la peur. Les techniques de visualisation en groupe offrent la possibilité d’imaginer les résultats possibles et de préparer nos réponses à l’avance.
Le crime contre l’humanité que nous appelons génocide n’affecte pas seulement celles et ceux qui sont enlevé·e·s ou tué·e·s. Celles et ceux qui restent doivent en supporter le poids. Au cours de la semaine qui a précédé la grève générale, nous avons été confronté·e·s à toutes ces problématiques. Néanmoins, nous avons persévéré.
Des manifestant·e·s équipé·e·s de boucliers et de banderoles renforcées bloquent l’intersection entre Minnehaha et Federal Drive
Il y a une différence entre le froid ordinaire et le froid glacial. C’est difficile à décrire si tu ne l’as jamais vécu. Dans le froid glacial, il y a presque une quiétude sereine dans l’air, la tranquillité apparente qui t’incite à sous-estimer sa dangerosité. Un froid polaire littéral peut envahir notre État. Une semaine avant la grève générale, il est devenu évident que la journée allait être très froide.
Cette deuxième forme de conflit est tout aussi dangereuse que n’importe quelle violence humaine : la lutte contre la nature.
J’ai déjà été témoin d’un décès dû à l’exposition au froid. Je n’oublierai jamais l’aspect vitreux de la peau noire de la victime. L’ICE s’est récemment inspirée des « Starlight Tours » (les « voyages sous la lumière des étoiles ») de la police de Saskatoon (ville canadienne) et relâche désormais des personnes arrêtées au beau milieu de la nuit dans des zones reculées, utilisant délibérément l’exposition aux intempéries comme une arme de torture. Le matin de la grève générale, la température ajustée en fonction du refroidissement éolien était d’environ -30 degrés Fahrenheit (-35 degrés Celsius). Cela peut provoquer des gelures sur la peau exposée en moins de 20 minutes, un défi qui nécessite une planification minutieuse et des vêtements spécialisés pour y faire face.
Dans l’État moderne de surveillance que nous connaissons, il faut également veiller à ne pas être identifié par ses vêtements d’hiver spécialisés. Malgré la mise en place d’endroits pour se réchauffer, plusieurs personnes venues d’autres villes ont sous-estimé les risques et ont été blessées par le simple fait d’être exposées au froid. Il y aurait certainement eu deux ou trois fois plus de participant·e·s au blocage s’il n’avait pas fait si froid dehors.
Comme lors de la lutte contre le Dakota Access Pipeline, on craignait que les forces étatiques ou fédérales n’utilisent l’eau comme une arme. À un moment donné, un éclaireur a repéré et signalé par radio ce qui semblait être des préparatifs en vue d’utiliser un canon à eau. Par ce temps, sans installation à proximité pour se réchauffer, une telle arme pouvait causer des dommages irréversibles. De même, l’eau utilisée généralement pour se rincer des armes chimiques peut présenter un risque avec de telles températures.
La tension était palpable, mais grâce à des vestes supplémentaires et des chauffe-mains, nous avons réussi à tenir bon.
La caravane abandonnée au milieu de la route Airport Service Road.
Situé de l’autre côté de l’autoroute pas rapport au reste de la ville, le bâtiment Whipple est difficile d’accès à pied et bien protégé des piétons. Deux jours avant l’action, nos adversaires ont ajouté des barrières supplémentaires afin de créer des points d’étranglements et des occasions de piéger les manifestant·e·s. Ils ont installé des murs « jersey » (des blocs de bêton généralement utilisés pour séparer des voies de circulation) et des clôtures de chaque côté de Federal Drive, sur toute la longueur, séparant la route du trottoir, bloquant toutes les allées et créant ainsi une sorte de tunnel. Considérée uniquement comme une tactique défensive, cette mesure était logique dans un état d’esprit obsédé par la violence. Elle a également facilité le blocage de la route, car leurs fortifications ne leur laissaient que trois points de sortie.
Quatre groupes différents se sont préparés à mener des actions pour bloquer ces points. C’est la dernière forme de conflit à laquelle nous devons faire face : la lutte contre les occupants.
Un groupe est arrivé à pied depuis la ville et la gare, portant des boucliers, des banderoles faites avec des tôles d’acier et d’autres objets. Leur objectif était de bloquer le point principal d’accès afin de détourner la circulation. Arrivé·e tôt, j’ai vu des objets être distribués alors que les gens se blottissaient les uns contre les autres pour se réchauffer sur le parking à ciel ouvert. Au début, leur nombre semblait préoccupant tant il était faible. Le groupe a avancé vers le point d’étranglement, occupant toute la zone devant le tunnel. Les manifestant·e·s ne pouvaient pas entrer, mais les mercenaires ne pouvaient pas sortir.
Peut-être que ces derniers n’étaient pas préparés à cette réalisation mutuelle des objectifs. Quoi qu’il en soit, les seules forces auxquelles ces manifestant·e·s ont été confronté·e·s étaient trois voitures de patrouille du département du shérif du comté de Hennepin. Les forces fédérales sont restées retranchées dans le bâtiment, apparemment effrayées à l’idée de sortir dans le froid. Les manifestant·e·s ont scandé des slogans et les ont provoqués pour attiser leur colère, mais les agents fédéraux ne se sont pas montrés. Ils n’ont pris aucune mesure offensive.
Peut-être que les agents fédéraux sont-ils eux aussi épuisés par leur longue campagne de violence méprisable. Peut-être étaient-ils débordés par les préparatifs en vue de la grève générale. Peut-être avaient-ils plus peur de la nature que les manifestant·e·s. Ou peut-être obéissaient-ils aux ordres stricts de leurs supérieurs hiérarchiques de ne pas intervenir, pour des raisons que nous ne pouvons que supposer.
Dans tous les cas, il était inhabituel qu’ils n’aient pas attaqué l’action de blocage. Les participant·e·s ont réussi à conserver tous les équipements et le matériel qu’iels avaient apportés pour l’action, ce qui est inhabituel dans ce type d’affrontements.
Pendant que ce groupe tenait l’entrée de la ville, d’autres groupes menaient des actions coordonnées ailleurs. Un groupe a transporté du matériel en vue de former une barricade jusqu’à l’entrée de l’autoroute. Le premier convoi de ce groupe a apparemment utilisé une caravane pour bloquer l’accès puis a quitté la zone. Le deuxième convoi du groupe a dû quitter la zone sans pouvoir ériger aucune sorte de barricade, car les shérifs avaient envahi la caravane à la dernière seconde. La seule caravane qui restait a néanmoins permis de bloquer la sortie du bâtiment fédéral pendant près d’une demi-heure.
Enfin, deux autres groupes ont apporté leur soutien et formé un barrage humain sur une route secondaire. Malheureusement, les shérifs ont procédé à deux arrestations lors d’une avancée agressive vers le « tunnel » fortifié. Selon certaines informations, des boules de neige auraient été lancées sur les véhicules fédéraux, brisant une vitre. La glace contre l’ICE.
Après l’utilisation de gaz lacrymogène, de nombreuses personnes présentes dans cette zone ont commencé à se diriger vers l’action de blocage principale, renforçant ainsi les effectifs à l’intersection entre Minnehaha et Federal Drive.
Lorsque les barricades solides étaient en train d’être détruites par les forces de l’ordre, les manifestant·e·s ont pris un moment pour évaluer la situation. Iels avaient déjà atteint leurs objectifs pour la journée, en coordonnant plusieurs groupes et en profitant de la grève générale pour paralyser le bâtiment Whipple. Ayant la possibilité de partir sans subir de pertes, iels ont choisi de la saisir, quittant les lieux avant que les armes ne soient déployées. Iels se sont replié·e·s en formant un seul bloc, toujours protégé·e·s par leurs boucliers et leurs bannières en acier, scandant « Le Minnesota a fait fondre l’ICE ! »
Pendant deux heures et demie, les manifestant·e·s ont bloqué toutes les voies d’accès au bâtiment Whipple, à l’exception d’une seule.
L’action d’aujourd’hui ne fait que renforcer notre détermination. Nous avons désormais davantage d’expérience en matière de coordination et une meilleure connaissance du terrain. Le fait que les forces fédérales ne se soient pas montrées renforce l’idée qu’elles ne sont pas prêtes à se défendre dans le cadre d’affrontements de grande ampleur, ou du moins qu’elles préfèrent éviter de le faire. Leur dépendance continue à l’égard de la police d’État et des shérifs nous pose des questions stratégiques complexes, mais pourrait également leur créer des complications à l’avenir.
Comme l’ont récemment déclaré nos camarades locaux à propos de la menace de Donald Trump d’invoquer la loi sur l’insurrection :
« Nous devons continuer à organiser les communautés, à patrouiller dans nos rues et à mettre en place des équipes d’intervention rapide, à faire pression pour obtenir des arrêts de travail et à les épuiser à chaque étape. Nous devons leur faire payer chaque empreinte qu’ils laissent dans notre neige. Lorsque l’occasion se présentera, nous les chasserons de nos rues et démolirons leur camp de concentration. L’ICE fondra lorsque la chaleur augmentera. »
À jamais vôtre dans la lutte.