
21.06.2026 à 11:55
Ayant commencé la guerre par la conquête de territoires, la Russie finira par les perdre – non seulement ceux qu’elle a occupés en 2014 et 2022, mais aussi ceux qu’elle s’était appropriés au cours des siècles précédents.
<p>Cet article Les drones contre l’empire a été publié par desk russie.</p>
Pour le philosophe politique russe exilé, les dernières attaques ukrainiennes dans la profondeur de la Russie marquent non seulement un tournant dans la guerre russo-ukrainienne, mais annoncent l’éclatement prochain de la Russie elle-même : son immense territoire passe d’un avantage stratégique à un handicap potentiellement fatal.
Le 3 juin, sous le slogan « Un dialogue pragmatique – la voie vers un avenir stable », le Forum économique international s’est ouvert à Saint-Pétersbourg. Tôt dans la matinée du même jour, l’avenir a fait son apparition dans la ville sous la forme de drones ukrainiens. Des dizaines de drones, ayant survolé sans encombre plus d’un millier de kilomètres depuis la frontière ukrainienne et franchi le bouclier de défense aérienne « impénétrable » de la capitale du Nord, ont attaqué des infrastructures dans les districts de Kronstadt, Kirovski et Krasnosselski. À Kronstadt, les drones ont touché la corvette Boïky (porteuse d’armes à missiles guidés, qui accompagnait encore récemment les pétroliers de la « flotte fantôme » russe à travers la Manche) et, dans la zone du Grand Port, le terminal pétrolier de Saint-Pétersbourg, le plus grand complexe de transbordement de pétrole du nord-ouest de la Fédération de Russie.
Malgré l’interdiction de publier des vidéos de ces frappes dans les médias, les réseaux sociaux regorgent d’images spectaculaires de terminaux en feu, accompagnées des jurons admiratifs des observateurs : la bande-son des vidéos montrant les drones ukrainiens survolant les villes russes est un sujet à part : les commentateurs, surtout les hommes, s’extasient comme si les frappes ne les visaient pas eux, mais un décor de cinéma – on peut sans doute parler ici d’une forme grave d’infantilisme. Une fumée noire envahit le ciel, et sur ce fond, les symboles architecturaux blancs du nouveau Saint-Pétersbourg ressortent particulièrement bien : le Lakhta Center de Gazprom et les viaducs ajourés du périphérique de Saint-Pétersbourg ; la vieille cathédrale Saint-Isaac, encadrée par des nuages noirs et éclairée par les lueurs de l’incendie, n’est pas mal non plus.
Les vidéos mises en ligne par les unités de défense aérienne depuis les toits environnants suscitent un enthousiasme particulier : les jeunes soldats apprécient visiblement ce qui se passe, ils posent devant les terminaux en feu. Le spectacle des drones ukrainiens a irrémédiablement gâché la fête préférée de Poutine et principal événement mondain de l’année. Des blagues ont déjà commencé à circuler au sujet d’un décret de Volodymyr Zelensky, similaire à celui du 8 mai, autorisant la tenue du forum aux dates et lieux indiqués, à condition que toutes les discussions soient traduites simultanément en ukrainien. Mais trêve de plaisanteries : en 2026, les drones ukrainiens ne se contentent pas de changer le cours de la guerre, ils réécrivent le scénario de la politique russe.
De la même manière, les drones bouleversent aujourd’hui les projets de vacances des Russes : toute la côte de la mer Noire subit les conséquences des attaques de drones – des « pluies de pétrole », aux marées noires et aux plages fermées à Tuapse et Anapa, jusqu’à la « pénurie d’essence » en Crimée, où les Forces armées ukrainiennes, selon le ministre ukrainien de la Défense Mikhaïl Fedorov, ont entamé une campagne d’ « isolement logistique ».
Des drones américains de nouvelle génération, dotés de systèmes de vision artificielle et d’intelligence artificielle, ont commencé à attaquer les camions-citernes et autres véhicules de transport de marchandises approvisionnant la péninsule annexée, transformant la route P-280 « Novorossia » en « route de la mort ». Les accotements de la route sont jonchés de dizaines de carcasses de camions calcinés, les chauffeurs refusent d’effectuer des trajets même pour un tarif triplé, et les rares camions-citernes kamikazes qui parviennent à pénétrer en Crimée sont accueillis par des applaudissements et des « hourra ».
Il est pratiquement impossible de se procurer de l’essence en Crimée, les bons d’essence imprimés (calculés à raison de 20 litres par jour) sont devenus des bouts de papier inutiles, et des files d’attente de plusieurs kilomètres se sont formées devant les quelques stations-service encore ouvertes. En substance, l’un des principaux acquis symboliques de la Russie dans cette guerre – le corridor terrestre vers la Crimée – est réduit à néant. Et il ne s’agit pas seulement de la population de la péninsule et des milliers de vacanciers bloqués là-bas, mais aussi de l’approvisionnement des groupements de troupes russes « Dniepr » et « Vostok » stationnés dans les régions de Kherson et de Zaporijjia. Ils comptaient 150 000 hommes au plus fort de la soi-disant « offensive estivale » des forces armées russes, qui s’essouffle à peine commencée.
Une fois de plus, la Crimée se transforme en forteresse assiégée, rappelant les 350 jours de Sébastopol pendant la guerre de Crimée (1854-1855) et les 250 jours pendant la Seconde Guerre mondiale (1941-1942). Cette fois-ci, la péninsule est assiégée par la mer (les forces principales de la flotte de la mer Noire ont été retirées à Novorossiïsk, et les restes de celle-ci sont enfermés dans la baie de Sébastopol), par la terre et par les airs. Et en effet, la Crimée est « l’île de la malchance » de la Russie, le point sensible de l’Empire, un territoire que, sur les trois mille ans de son histoire écrite, la Russie n’a possédé que pendant 171 ans (1783-1954), tout en le défendant et en le perdant sans cesse. Et rien ne laisse présager qu’elle parviendra à la conserver cette fois-ci : la désoccupation de la Crimée n’est qu’une question de temps.
Au final, au cours du dernier mois, les drones ukrainiens ont réduit à néant les trois principales réalisations symboliques de la Russie de Poutine : le défilé de la Victoire du 9 mai, qui s’est transformé en un « défilé de la défaite » timoré et bâclé, le projet chéri de Poutine – le Forum économique de Saint-Pétersbourg – et la « route de la vie » vers la Crimée annexée. Et avec l’augmentation de la fréquence et de la portée des frappes ukrainiennes sur la Russie – l’ensemble du territoire européen et l’Oural sont désormais menacés –, cela soulève la question fondamentale de la viabilité stratégique du pays dans ses frontières actuelles. Pendant des siècles, conformément aux théories militaires et géopolitiques classiques, on considérait que l’étendue territoriale et la profondeur stratégique d’un pays (associées à un climat rigoureux, à l’impraticabilité et au sous-développement du territoire, à l’absence de routes, d’infrastructures, etc.) constituaient la meilleure garantie de l’invulnérabilité d’une puissance, comme l’a confirmé le sort des armées de Napoléon et d’Hitler.
Mais dans cette nouvelle ère technologique des drones, des armes autonomes, des communications par satellite et de l’intelligence artificielle, la distance s’amenuise, l’espace devient transparent, perméable et vulnérable – et plus l’espace est vaste, plus sa vulnérabilité est grande. L’immense corps territorial de la Russie, dont l’extension a pris cinq cents ans et au nom duquel d’innombrables sacrifices ont été consentis, n’est plus un avantage mais une faiblesse : il est pratiquement impossible de le couvrir et de le protéger. L’infrastructure pétrolière et gazière, dispersée à travers le pays, s’avère sans défense, tout comme les longues lignes de communication, y compris le fil ténu du Transsibérien avec ses centaines de ponts, qui longe la frontière chinoise2. Les entreprises dispersées du complexe militaro-industriel, héritage du système soviétique de division du travail, les dépôts militaires et aérodromes isolés (héritage de la confrontation avec le monde extérieur), tout cela est pratiquement impossible à couvrir et à protéger contre des drones discrets, silencieux et omniprésents. De plus, même les zones particulièrement surveillées, comme Moscou et Saint-Pétersbourg, cessent d’être invulnérables, comme l’ont montré les dernières attaques ukrainiennes.
Ajoutons à cela les difficultés logistiques croissantes des enclaves : pour se rendre à Kaliningrad, il faut désormais suivre une trajectoire complexe, en passant par les eaux neutres de la mer Baltique, tandis que la Crimée annexée est tout simplement menacée d’isolement.
Il en résulte un pays accablé par un territoire excédentaire, déficitaire et sans défense, qu’il n’est pas en mesure d’emporter avec lui dans le XXIe siècle : tout comme les dinosaures, avec leurs corps gigantesques, leurs dents acérées et leur peau impénétrable (ainsi que leur petit cerveau) se sont révélés non compétitifs dans la nouvelle ère géologique et ont été condamnés à l’extinction. À l’instar d’un animal préhistorique, la Russie ne survivra pas jusqu’à la fin du siècle actuel avec son corps territorial lourd et peu maniable – et la guerre ne fait qu’accélérer ce processus de décolonisation et de perte de contrôle sur l’espace.
Ayant commencé la guerre par la conquête de territoires, la Russie finira par les perdre – non seulement ceux qu’elle a occupés en 2014 et 2022, mais aussi ceux qu’elle s’était appropriés au cours des siècles précédents. Et en ce sens, la matinée du premier jour du Forum de Saint-Pétersbourg a véritablement donné une image de l’avenir de la Russie : une fumée noire et les reflets sanglants d’un incendie.
Traduit du russe par Desk Russie
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<p>Cet article Les drones contre l’empire a été publié par desk russie.</p>
21.06.2026 à 11:55
Cessons de confondre la liberté d'expression avec le soi-disant droit d'une propagandiste pilotée par une capitale étrangère à retourner nos médias contre notre démocratie.
<p>Cet article Notre élection présidentielle n’est pas un théâtre d’opérations a été publié par desk russie.</p>
Cette tribune collective complète le dossier de Desk Russie que signent Iouri Izotov et Vincent Laloy sur Xenia Fedorova. Les signataires font une distinction entre la liberté d’expression et le prétendu droit d’une propagandiste pilotée par une capitale étrangère à retourner notre opinion publique contre notre démocratie.
La campagne présidentielle qui s’ouvre en France est le moment-clé où, pour délibérer de son avenir, la démocratie se rassemble. C’est précisément l’instant que choisit une puissance étrangère pour s’y glisser. La Russie ne s’en cache plus. Sa propagandiste en chef, Margarita Simonian, proclamait récemment « combattre l’ensemble de l’Europe ». Ce combat ne se déroule pas seulement dans les tranchées du Donbass : il se livre sur les plateaux de télévision, dans les journaux, dans la fabrique de l’opinion.
Il a désormais un visage. Lorsqu’Édouard Philippe et Bruno Retailleau, deux candidats à la magistrature suprême, se rendent à Kyïv pour réaffirmer le soutien de la France à l’Ukraine, une voix leur répond depuis une chaîne parisienne que ce déplacement est malvenu, qu’il vaudrait mieux « dialoguer avec la Russie », tandis que celle-ci assassine chaque jour des civils ukrainiens. Critiquer le voyage à Kyïv de candidats à l’élection présidentielle, c’est viser la diplomatie française dans ce qu’elle a de plus déterminant – l’affirmation de nos alliances – au moment même où la nation s’apprête à choisir celui qui la conduira. Cette voix est celle de Xenia Fedorova, ancienne présidente de RT France. Qu’une porte-parole des intérêts du Kremlin entreprenne d’infléchir notre diplomatie en pesant sur le débat électoral : voilà l’ingérence, non plus soupçonnée, mais à l’œuvre, à visage découvert.
Comme chacun de nous, Mme Fedorova peut avoir des opinions. Mais elle n’est pas une simple citoyenne. Elle est l’instrument d’un appareil. Elle a dirigé l’information de RT France, un organe que l’Union européenne a interdit – justice à l’appui – comme vecteur de désinformation contrôlé par l’État russe. Reconvertie dans des médias à forte audience à la tête d’une société de « conseil », elle y poursuit la même fonction comme « chroniqueuse » sur CNews. La « défense » de Mme Fedorova par Arnaud Lagardère, pour Europe 1, et Gerald-Brice Viret, directeur général de Canal +, dans LeJournal du Dimanche (autre acquisition du groupe Bolloré) invoque à grands cris la liberté d’expression. Or le scandale ne vient pas des convictions de Xenia Fedorova : c’est qu’elle puisse asséner ses contre-vérités sans jamais rencontrer la moindre contradiction, sur des antennes qui ont renoncé au pluralisme pour ouvrir leur micro avec complaisance à tous les porte-parole du Kremlin. Le paradoxe est saisissant : une chaîne, CNews, obnubilée par les « dangers venus de l’étranger » se montre pourtant d’une docilité sans égale face au discours d’une puissance nucléaire, non seulement hostile à nos intérêts, mais qui ne cesse de nous menacer. L’ironie prêterait à sourire si l’échéance – l’élection présidentielle – ne la rendait inquiétante.
Dans l’expression de son « point de vue », Mme Fedorova ne cesse de franchir les lignes de l’ignoble. Dans une chronique récente, elle s’emploie à nier l’enlèvement d’enfants ukrainiens par la Russie – crime contre l’humanité qui fonde le mandat d’arrêt délivré contre Vladimir Poutine par la Cour pénale internationale en 2023. Mettre en doute la déportation d’enfants n’est pas une opinion parmi d’autres : c’est non seulement épouser la défense d’un accusé devant la justice internationale, mais nier la matérialité avérée des faits. Le ministre des Affaires étrangères ne s’y est pas trompé, qui l’a qualifiée de « propagandiste patentée, relais de la désinformation du Kremlin ». Interrogée naguère en public, lors du Salon du livre 2025, sur ces déportations d’enfants ukrainiens, elle avait préféré se taire.
Mesurons le danger. À quelques mois de la présidentielle, la « libre opinion » de la chroniqueuse, adossée à la puissance de frappe de l’ensemble des médias du groupe Bolloré et mise au service de Moscou, n’est plus seulement une opinion nuisible : c’est un risque pour nos institutions, nos intérêts et notre diplomatie. Des antennes à très large audience offrent chaque semaine une caisse de résonance française à la désinformation d’un État agresseur au cœur de notre vie démocratique.
Or une démocratie n’est pas désarmée. Elle dispose d’instruments – les sanctions individuelles de l’Union européenne, le droit des étrangers, le registre des influences étrangères institué en 2024 – qui ne jugent pas des idées, mais des fonctions. Nous demandons trois choses. D’abord, que l’Arcom contrôle l’honnêteté de l’information et le pluralisme sur des chaînes du groupe Bolloré qui ouvrent leurs antennes à la propagande d’un gouvernement hostile. Ensuite, que le gouvernement saisisse les autorités européennes en vue de sanctions individuelles, comme il l’a déjà fait avec succès. Enfin, et surtout, que le droit au séjour de Mme Fedorova soit réexaminé : le droit français permet d’éloigner l’étranger dont la présence porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État, et l’on ne saurait conférer un titre de séjour sur notre sol à qui met sa fonction au service de la guerre cognitive d’une puissance hostile.
Cessons de confondre la liberté d’expression avec le soi-disant droit d’une propagandiste pilotée par une capitale étrangère à retourner nos médias contre notre démocratie, notre diplomatie et nos institutions. Ne nommons pas tolérance ce qui n’est que renoncement, n’acceptons pas que l’élection présidentielle devienne un théâtre d’opérations hostiles. C’est une question de sécurité nationale.
L’année qui vient dira si la France a pris conscience de la guerre cognitive et informationnelle que mène contre elle le Kremlin.
Galia Ackerman, historienne, rédactrice en chef de Desk Russie
Cyril Amoursky, journaliste, chroniqueur et correspondant de guerre indépendant
Julien Bayou, avocat au Barreau de Paris
Alexandre Melnik, professeur de géopolitique à ICN Business School, ancien diplomate russe
Florent Murer, président de Kalyna
Pierre Raiman, historien, vice-président de Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !
Sylvie Rollet, professeure émérite des universités, présidente de Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !
Nicolas Tenzer, analyste des questions internationales, auteur notamment de Notre Guerre. Le crime et l’oubli
<p>Cet article Notre élection présidentielle n’est pas un théâtre d’opérations a été publié par desk russie.</p>
21.06.2026 à 11:55
Son discours anti-occidental et anti-français trouve un large écho dans la sphère complotiste.
<p>Cet article Xenia Fedorova, la porte-voix inconditionnelle de Moscou a été publié par desk russie.</p>
Le personnage de Xenia Fedorova, la propagandiste russe, a une influence considérable au sein de l’empire médiatique de Bolloré et sur Bolloré lui-même. Son discours anti-occidental et anti-français trouve un large écho dans la sphère complotiste. Il est temps que Fedorova cesse de pérorer et de vaticiner dans nos médias !
Imaginons une journaliste française installée à Moscou, portant la « bonne parole », pour autant qu’elle ait pu trouver un média où s’exprimer, et condamnant la guerre de Poutine contre l’Ukraine. Il y a longtemps qu’elle aurait fait l’objet d’une expulsion voire d’une arrestation suivie d’un emprisonnement. Et Xenia Fedorova, depuis Paris, ose avancer que dans son pays d’accueil, la liberté d’expression est menacée, voire constamment bafouée. Pas comme en Russie !
Alors à la tête de Russia Today, elle prétendait : « Nous ne sommes pas la voix de Moscou », (voir l’excellent ouvrage de Maxime Audinet, Russia Today (RT), publié en 2021, auteur d’ailleurs attaqué par la chaîne RT, qui a été déboutée par la justice). Et l’inféodée à Moscou d’insister, le 3 mars 2022 via le site Riposte laïque, son constant soutien à RT : « Un acte de censure pur et simple qui viole l’État de droit et va à l’encontre même des principes de la liberté d’expression », rejointe par les Onfray, Bercoff et Asselineau.
Yann Barte, en précurseur dans Franc-tireur (26 février 2025, 20 mai 2026), Simon Blin dans Libération (5 mars 2025), Isabelle Mandraud dans Le Monde (26 mars 2025), Ariane Chemin et Ivanne Trippenbach dans ce dernier quotidien (29 mai 2026), Anne-Sophie Mercier dans Le Canard enchaîné (10 juin 2026) se sont attardés sur cet agent patenté de la Russie. Assourdissant silence de L’Humanité, toujours et encore aligné sur Moscou, sauf pour condamner le 2 mars 2022 l’interdiction de RT, de même que le SNJ-CGT, dénonçant « un acte de censure3 ».
Riposte laïque continue d’approuver Fedorova, déplorant que soit « salie la Russie, notre amie, les Russes, nos amis » (2 juin 2026). Jacques Guillemain, tel un agent permanent de Moscou, qu’il soutient de façon systématique, la défend sur trois pages (7 juin) ; selon ce subtil penseur, il n’y a plus de liberté d’expression en France ni en Europe, qui prennent le chemin de la Corée du Nord ! Tout ce qu’écrit ou dit Fedorova, qui vit un « enfer » (sic), est « vrai », « l’Allemagne est davantage une menace que la Russie », le rapt des enfants est une invention, « jamais la Russie, depuis la dissolution du pacte de Varsovie, n’a manifesté la moindre intention belliqueuse », « nous voilà revenus aux pires heures du terrorisme intellectuel, avec mensonges, insultes, menaces, procès d’intention et chasse aux sorcières au menu, […] dignes d’un régime totalitaire ».Ledit site publie aussi la prose, sur cinq pages, d’un séide absolu de Poutine – qu’il propose presque de canoniser de son vivant –, un certain Marc Rousset, lequel soutient le 11 juin, sans la moindre réserve, la Fedorova bien sûr, mais aussi les Xavier Moreau et Jacques Baud, dont les liens avec Moscou ne sont plus à démontrer.
Si tout a été écrit concernant Fedorova, reprenons, dans l’ordre chronologique de 2025, ses élucubrations tirées essentiellement du JDNews, sauf indication contraire :
Desk Russie, le 13 avril 2025, s’était à juste titre fait l’interprète de plusieurs associations s’indignant de sa participation au Festival du livre – où elle présentait son mensonger Bannie –, qu’elle a été contrainte de quitter malgré la présence de son imposant garde du corps, sous la pression pacifique des manifestants. Des édifiantes pages sur son parcours, Maxime Audinet retient que « son livre et ses interventions dans les médias soutiennent l’agression impérialiste et génocidaire contre l’Ukraine. Ils ne relèvent pas du journalisme mais de la propagande de guerre. Il n’y a pas de symétrie entre les sanctions européennes et la censure par les autorités russes : la Russie censure l’opposition à la guerre tandis que l’Europe sanctionne les médias russes parce qu’ils soutiennent l’agression d’un État souverain et mettent en péril l’ordre et la sécurité publics de l’Union européenne4. »
Le JDD du 20 juillet 2025 lui attribue une pleine page sur de prétendues menaces de remilitarisation de l’Allemagne : « Ce dangereux réveil, conclut Fedorova, pourrait dégénérer en un conflit bien plus vaste que quiconque ne le souhaite. » Ainsi, la menace russe est à n’en pas douter un fantasme de l’Europe libre. N’était-ce pas l’inventeur du poutinisme, Vladislav Sourkov, qui annonçait sans hésiter peu auparavant : « Nous nous étendrons dans toutes les directions, aussi loin que Dieu le voudra et que nous en aurons la force » ? ; dès 2021, il se réjouissait que « la projection du chaos à l’extérieur [soit] la seule manière pour la Russie de mettre fin au désordre interne5 ».
À propos de l’Église orthodoxe affiliée au patriarcat de Moscou en Ukraine, auxiliaire du pouvoir russe, elle s’indigne qu’on puisse la « persécuter6 » (JDNews, 19 novembre 2025).
Et comment ne pas évoquer Charles De Gaulle, dont elle considère que la France lui est infidèle : « Une France gaullienne serait aujourd’hui naturellement une puissance médiatrice. Elle ne suivrait pas Washington par réflexe et ne s’alignerait pas automatiquement sur Bruxelles, elle cultiverait le dialogue avec toutes les grandes puissances, y compris la Russie. » (3 décembre) Nostalgie de la complaisance du défunt général pour l’Union soviétique, qui a été magistralement explorée par Jean-François Revel dans le chapitre « De l’inventeur de la détente » dans son ouvrage, Comment les démocraties finissent (Grasset, 1983).
Une fois de plus, Fedorova revient sur ses obsessions, à savoir que « la liberté [en France est] sous surveillance » (10 décembre), estimant que « le discours politique reste obsédé par la Russie, présentée comme la principale menace existentielle » (17 décembre). Il est condamnable, se lamente-t-elle à la veille de Noël, « d’utiliser les avoirs gelés […]. Présentée comme une nécessité, cette décision établit un précédent politique dangereux. »

Persiste et signe en 2026
L’année 2026 débute avec les mêmes idées fixes, à savoir que l’élargissement de l’OTAN constitue pour Moscou non « un processus neutre mais un défi direct à son environnement sécuritaire » (7 janvier), feignant d’ignorer que l’OTAN est une alliance défensive et non offensive.
S’agissant de l’envoi éventuel de soldats français en Ukraine – pur effet d’annonce –, Fedorova s’en formalise : « Loin de stabiliser l’Europe, un déploiement militaire français en Ukraine après un cessez-le-feu risquerait de prolonger le conflit » (14 janvier). Et de raconter que « depuis des années, l’Ukraine a été poussée [par l’Europe] à la confrontation plutôt que vers le compromis. […] [L’Europe] se retrouve aujourd’hui confrontée aux conséquences d’avoir encouragé la guerre tout en oubliant comment construire la paix » (28 janvier). Et de reprendre le récitatif mensonger de la Russie au sujet de prétendues promesses de l’OTAN de ne pas s’élargir (18 février)[5]Cf. Jean-Sylvestre Mongrenier, « L’OTAN et la Russie : la légende moscovite de la trahison », Desk Russie, 25 février 2022 ; prétendue trahison, reprise par le tandem Mélenchon-Le Pen et, bien sûr, Le Monde diplomatique..
S’est-elle jamais interrogée sur la responsabilité de Moscou ? Pas une fois. Ce sont les « agresseurs occidentaux » qui ont provoqué la guerre : « En rompant avec Moscou, en s’engageant dans l’escalade des sanctions et en se coupant des ressources énergétiques russes dans le sillage de Washington, [l’Europe] s’est enfermée dans une logique dont elle mesure aujourd’hui le coût ». Et de s’en prendre, avec un acharnement renouvelé, à l’Allemagne. « L’UE, conclut-elle, prétend chercher sa sécurité. Mais une sécurité fondée sur la peur, sur la confrontation permanente avec la Russie et sur le réveil militaire de l’Allemagne risque de produire exactement l’inverse de la stabilité promise » (25 mars).
Elle s’indigne que « l’espace médiatique français déroule un tapis rouge quasi permanent aux responsables ukrainiens, aux porte-voix de Kiev, aux experts alignés sur la même ligne de lecture, ainsi qu’aux récits politiques présentés comme moralement indiscutables » (1er avril). Et de rejoindre un traître ukrainien, réfugié à Moscou, pour qui « l’Europe glisse vers une grande guerre qu’elle perdra » (22 avril).
Sous le titre « L’Europe finance la guerre, pas la paix », Fedorova écrit aussi que « l’Europe organise la poursuite du conflit » (29 avril). Là encore, elle est approuvée par Guillemain (Riposte laïque, 4 mai). Et bien sûr, notre Fedorova de justifier les milliers d’enfants volés à l’Ukraine, arrachés à leur famille afin de les convertir de force au poutinisme (6 mai). Cette donneuse de leçons ne voit qu’un seul État corrompu sur terre, l’Ukraine, d’aucune façon les oligarques russes milliardaires, obligés de Poutine (12 mai). Elle va jusqu’à se demander si l’Europe, « inquiétante et sponsor de guerre », veut vraiment la paix (10 juin).
Les Vincent Hervouet, Onfray et autres Philippe de Villiers ne paraissent pas gênés de diffuser leur prose hebdomadaire7 aux côtés de cette pseudo-journaliste, laquelle serait détestable sur le plan humain : elle a écarté de CNews l’intègre Céline Pina et le général Bruno Clermont qui, il est vrai, ne sont pas des agents de Moscou8.
Pourquoi les titulaires de l’Intérieur n’ont pris aucune mesure visant à son éloignement ? On préfère la qualification de « propagandiste patentée du Kremlin » qu’en a donnée leur collègue des Affaires étrangères. N’est-ce pas le chef de l’État qui, en 2017, rétorqua sèchement à Fedorova : « Quand des organes de presse répandent des contre-vérités infamantes, ce ne sont plus des journalistes, ce sont des organes d’influence9. »
Le JDNews du 10 juin accorde sa couverture aux séides connus de Poutine, les Villiers, Guaino, Luc Ferry et Dupont-Aignan , qui accusent tous, sur six pages, l’OTAN et l’Europe d’être à l’origine du conflit russo-ukrainien, sans jamais condamner Moscou. Évidemment, le Guillemain de service s’enthousiasme de leurs prises de position, prenant, comme toujours, fait et cause pour l’agresseur (Riposte laïque, 15 juin).
Ajoutons, même si cela s’écarte du sujet, que Renaud Girard, si bienveillant avec la Russie, dans le dernier numéro d’Omerta – autre organe de propagande russe – se lamente, à l’instar de Riposte laïque le 21 décembre 2025, que Jacques Baud soit frappé de sanctions par l’Union européenne : rappelons que ce complotiste avéré, fidèle de la défunte Russia Today, est complètement inféodé à Moscou, sans parler de sa bienveillance pour le terrorisme (dénoncée, pour être juste, par Riposte laïque du 4 septembre 2024). Régis Le Sommier, l’un des fondateurs d’Omerta, ayant travaillé pour RT, lui accorde une pleine page d’interview dans Le Journal du dimanche du 15 juin 2025 à propos de son livre Guerres secrètes en Ukraine.
À lire également :
Iouri Izotov. Lumière sur Xenia Fedorova (enquête)
Notre élection présidentielle n’est pas un théâtre d’opérations (tribune)
<p>Cet article Xenia Fedorova, la porte-voix inconditionnelle de Moscou a été publié par desk russie.</p>