29.07.2026 à 12:21

À l'heure où plusieurs incendies demeurent actifs en Europe, notamment en France et en Espagne, et où les surfaces brûlées atteignent un niveau exceptionnel, l'Union européenne vient en aide en déployant des moyens aériens et terrestres grâce à la mobilisation de plusieurs pays européens. Dans la pratique, chaque pays demeure toutefois responsable de sa première […]
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À l'heure où plusieurs incendies demeurent actifs en Europe, notamment en France et en Espagne, et où les surfaces brûlées atteignent un niveau exceptionnel, l'Union européenne vient en aide en déployant des moyens aériens et terrestres grâce à la mobilisation de plusieurs pays européens.
Dans la pratique, chaque pays demeure toutefois responsable de sa première ligne de défense face aux feux de forêt. L'UE intervient lorsque les capacités nationales sont dépassées, via deux niveaux de soutien.
Un double niveau d'intervention européen face aux incendies
Le premier repose sur le "pool européen de protection civile", un réseau d'équipes pré-identifiées prêtes à être déployées rapidement.
Le second, plus structurant, est le dispositif RescEU, créé en 2019. Il constitue une réserve stratégique commune. Pour l'été 2026, l'Europe déploie 23 aéronefs et 777 sapeurs-pompiers issus de 14 pays, prépositionnés dans six pays du sud de l'Europe : Portugal, Espagne, France, Italie, Grèce et pour la première fois Chypre.
Mais alors, de quels moyens "propres" les pays membres disposent-ils et la France, particulièrement touchée par les incendies, est-elle plus ou moins bien lotie que ses voisins ?
Depuis le début de l'été 2026 et les violents incendies en Gironde, dans les Landes, le Var où encore la Corse, la sécurité civile et les services départementaux d'incendies ont déjà dû déployer leurs ressources sur une grande partie du territoire.
Longtemps cantonnés au bassin méditerranéen, les incendies gagnent désormais de nouvelles régions sous l'effet du réchauffement climatique, contraignant les services de secours à renforcer et adapter leurs moyens de lutte, aussi bien au sol que dans les airs.
La flotte aérienne de la sécurité civile repose sur 23 appareils, dont 12 Canadair, capables d'écoper 6 000 litres d'eau en douze secondes pour enchaîner rapidement les largages. Malgré un âge moyen de 30 ans selon Le Monde, 11 des 12 appareils étaient opérationnels à la mi-juillet 2026. Cette flotte comprend également 8 Dash, utilisés pour combattre les incendies et assurer des missions de surveillance préventive, ainsi que trois "Beechcraft" dédiés à la reconnaissance et à la coordination des opérations. 40 hélicoptères répartis sur 23 bases complètent ce dispositif.
La France peut aussi compter sur les aéronefs des services départementaux d'incendie et de secours. S'y ajoutent des appareils loués par la sécurité civile à des opérateurs privés. Une ressource qui "ne peut être qu'une solution d'appoint" compte tenu de son coût, comme le soulignait un rapport de la commission des finances publié en juillet 2025.
Dans les faits, il est difficile de mesurer réellement la "force" d'une flotte de lutte contre les incendies. Tout dépend du type de moyens comparés. Si l'on se concentre sur les moyens aériens les plus souvent cités, avec ses 12 Canadair, la France dispose d'une flotte plus réduite que certains de ses voisins européens.
L'Italie en a par exemple 18, dont 15 opérationnels pour la campagne estivale 2026, tandis que l'Espagne prévoyait d'en mobiliser "jusqu'à 10" pour l'été 2026 (sur un total de 14). À l'inverse, le Portugal, pourtant régulièrement confronté à de violents incendies, exploite trois Canadair (dont un bombardier de réserve) en attendant l'acquisition de deux appareils en 2029 quand la Croatie, elle, en compte six (Canadair CL-415) pour la saison estivale selon le centre de commandement de lutte contre les incendies. Rapportée à la taille de son territoire et de sa population, la Croatie dispose ainsi de l'une des flottes de bombardiers d'eau les plus denses d'Europe, avec également six "Air Tractor" en complément.
À noter que tous les pays européens ne sont pas dotés de ce types d'appareils. Par exemple, la Belgique et l'Allemagne, qui ne sont pas confrontés au même niveau de risque d'incendies de forêt que ses voisins plus au sud, ne disposent pas d'avions bombardiers d'eau.
Par ailleurs, il est aussi important d'évaluer la capacité de largage des appareils déclenchés pour lutter contre les incendies. Concrètement, Canadair, Dash ou "Air Tractor" ne peuvent pas contrer les feux à la même échelle. En cumulé, l'Espagne disposerait de la plus grande force de frappe en matière de lutte contre les feux de forêt, avec une capacité à larguer 194 tonnes d'eau au-dessus des flammes (contre 152 tonnes d'eau en un passage en France et 154 en Grèce).
Une autre façon de lire les capacités nationales de lutte contre les incendies réside aussi dans la comparaison des moyens humains. Avec 43 448 sapeurs-pompiers professionnels et 13 952 militaires en 2024 selon Eurostat, la France compte près de 57 400 pompiers de métier. À titre de comparaison, l'Espagne dispose d'environ 39 000 pompiers professionnels, l'Italie de 43 500 et le Portugal, pays de 10,6 millions d'habitants en 2025, de 12 800.
Les effectifs français sont donc supérieurs à ceux de plusieurs pays européens, même si les organisations diffèrent selon les États.
En outre, comme le rappelle France info, la France, pays plus peuplé que ses voisins du Sud, fait surtout la différence avec sa réserve de pompiers volontaires. Ces derniers sont plus de 200 000. Selon la fédération européenne des services publics, ce contingent serait de 40 000 au Portugal. L'Italie compte elle 7 000 pompiers volontaires, soit près du double que l'Espagne (4 000).

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24.07.2026 à 17:43

"Aujourd'hui, nous entrons dans l'ère de l'indépendance énergétique totale de l'Europe vis-à-vis de la Russie", déclarait Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, le 3 décembre 2025, après l'accord provisoire du Conseil de l'UE et du Parlement européen sur la suppression progressive des importations de gaz russe. A la suite de l'invasion russe […]
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"Aujourd'hui, nous entrons dans l'ère de l'indépendance énergétique totale de l'Europe vis-à-vis de la Russie", déclarait Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, le 3 décembre 2025, après l'accord provisoire du Conseil de l'UE et du Parlement européen sur la suppression progressive des importations de gaz russe.
A la suite de l'invasion russe de l'Ukraine, le 24 février 2022, la Commission européenne a présenté le 18 mai 2022 le plan REPowerEU, dont l'objectif était de réduire massivement les importations de gaz, de pétrole et de charbon russes et de s'en passer totalement à l'horizon 2027. Plus de quatre ans après, les Européens sont-ils sevrés des énergies fossiles russes ? Toute l'Europe fait le point.
Les chiffres sont sans équivoque. Depuis 2022, les Européens ont considérablement réduit leurs importations en provenance de Moscou. Début 2022, la Russie couvrait 27 % des importations totales de pétrole dans l'UE. Cette part est descendue à 2 % en 2025. Les Européens ont également totalement arrêté d'acheter du charbon russe, alors que celui-ci représentait 50 % des importations de l'UE en 2021. Ils ont enfin drastiquement diminué leurs importations de gaz russe, passant de 45 % en 2021 à 12 % en 2025. Pour le gaz acheminé par gazoduc, une seule voie relie désormais l'UE et la Russie, depuis que le transit via l'Ukraine a pris fin le 1er janvier 2025 : le gazoduc TurkStream et son prolongement BalkanStream.
Si les Européens ont décidé de se coordonner pour moins acheter de gaz russe, la baisse du transit est, au départ, une décision de Moscou. Déjà fin 2021 puis au début de la guerre en Ukraine, le Kremlin avait coupé les robinets vers l'ouest afin de faire pression sur les Européens. "Les Russes ont pris la décision d'interrompre le transit via le gazoduc Yamal, entre la Pologne et la Biélorussie", rappelle Céline Bayou, chercheuse associée au centre de recherches Europe-Eurasie de l'Inalco. Fin septembre 2022, les pipelines Nord Stream ont par ailleurs fait l'objet d'un sabotage, dont les auteurs restent à ce jour inconnus.
Mais l'Union européenne ne compte pas s'arrêter là. Elle a adopté, le 26 janvier 2026, le règlement portant sur la suppression progressive des importations dans l'UE de gaz provenant de Russie. Les Vingt-Sept doivent ainsi totalement éliminer les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) d'ici janvier 2027 et les importations de gaz par gazoduc d'ici l'automne 2027, selon un calendrier progressif.
Les contrats conclus avant le 17 juin 2025 et non modifiés après cette date, bénéficient quant à eux d'un régime transitoire, dont les dates diffèrent selon qu'il s'agisse de contrats courts (inférieur ou égal à un an) ou longs (supérieur à un an) et de gaz importé par gazoduc (état gazeux) ou de GNL (état liquide).
Une exception est prévue pour les pays enclavés (sans accès à la mer), comme la Hongrie ou la Slovaquie : certains contrats courts d'importation par gazoduc peuvent bénéficier du même horizon que les contrats longs, jusqu'au 30 septembre 2027, voire au 1er novembre 2027, au lieu du 17 juin 2026.
En plus de l'interdiction des importations de gaz russe, le règlement prévoit des mesures de surveillance et de diversification de l'approvisionnement énergétique. Avant d'autoriser des importations de gaz sur le territoire de l'Union, les États membres devront vérifier le pays dans lequel le gaz a été produit.
En parallèle, chaque État membre devait soumettre à la Commission européenne un plan national de diversification énergétique au plus tard le 1er mars 2026. L’objectif est d’éviter toute rupture d’approvisionnement, même pour les pays les plus dépendants, tout en renforçant la résilience du marché européen de l’énergie.
Pour répondre aux besoins énergétiques de l'Union malgré la sortie programmée des énergies fossiles russes, le plan REPowerEU a défini quatre piliers dont trois ambitionnent de rendre l'UE moins dépendante énergétiquement : économiser de l'énergie, accélérer la production locale d'énergies renouvelables et investir à cette fin dans de nouvelles infrastructures. Le dernier pilier vise à diversifier l'approvisionnement de l'UE en énergies fossiles en développant d'autres partenariats. Bruxelles a ainsi approfondi ses relations énergétiques avec les États-Unis, la Norvège, ainsi qu'avec des partenaires d'Afrique du Nord, du Caucase du Sud et du Moyen-Orient.
S'agissant du pétrole tout d'abord. En 2024, d'après les derniers chiffres d'Eurostat, les États-Unis abondaient l'UE en pétrole et produits pétroliers à hauteur de 16 %, suivis de la Norvège (12 %), du Kazakhstan (9 %), de l'Arabie saoudite (8 %), du Royaume-Uni et de la Libye (tous deux 6 %). Concernant les combustibles fossiles solides, surtout le charbon, ceux-ci étaient majoritairement fournis par l'Australie, à hauteur de 31 %.
Pour les importations de gaz naturel (gaz acheminé par gazoduc et GNL), la Norvège arrivait cette fois en tête avec 30 %, suivie des États-Unis (17 %), de l'Algérie et de la Russie (14 % chacune). Mais si Oslo reste en tête, toutes importations de gaz confondues, le pays dirigé par Donald Trump est à ce jour le principal fournisseur en gaz naturel liquéfié (GNL) de l'UE, faisant peser sur l'Union européenne le risque d'une nouvelle dépendance énergétique. Au premier trimestre 2026, l'approvisionnement de l'UE en GNL provenait à 57 % des États-Unis.
Fin mars 2022, Washington et Bruxelles s'étaient engagés à atteindre 50 milliards de mètres cubes de GNL américain supplémentaire par an jusqu'en 2030 au moins. Ainsi, de 2021 à 2025, l'UE a quasiment multiplié par quatre ses importations de GNL américain, passant de 21 milliards de mètres cubes à 81 milliards. L'Union pourrait s’approvisionner à hauteur de 80 % de ses importations de GNL auprès des États-Unis d'ici à 2028, selon les estimations de l'Institut d'économie énergétique et d'analyse financière.
En effet, l'accord commercial conclu le 27 juillet 2025 entre l'Union européenne et les États-Unis prévoit que l'UE achète "davantage de GNL, de pétrole et de combustibles nucléaires ainsi que des technologies et des investissements de pointe aux États-Unis au cours des trois prochaines années, jusqu'à la fin de 2028", pour une valeur estimée à 750 milliards de dollars (environ 700 milliards d'euros) sur l'ensemble de cette période.
En plus de diversifier leur approvisionnement, les Européens ont réalisé d'importantes économies d'énergie. Entre août 2022 et janvier 2026, l'UE a réduit sa demande de gaz d'environ 19 % par rapport à la période de référence d'avant-crise. La consommation finale d'énergie a quant à elle diminué de 5,1 % entre 2021 et 2024.
Les énergies renouvelables ont aussi contribué à ce que les Européens consomment moins d'énergies fossiles russes. En 2024, les énergies vertes représentaient 25,2 % de la consommation finale d'énergie de l'UE. Ces dernières sont en progression, alors qu'elles représentaient 10 % de la consommation d'énergie en 2006 selon la Commission européenne. Toutefois, elles demeurent encore loin de l'ambition fixée par la directive du 18 octobre 2023 : atteindre a minima 42,5 % de ces énergies dans la consommation finale d'énergie de l'UE d'ici 2030, voire pousser l'effort collectif à 45 %.
Bien que les quantités soient moindres, les Européens continuent toutefois d'importer de l'énergie russe. Le 12 mars 2025, Dan Jørgensen, le commissaire européen à l’Énergie, faisait ce constat amer : depuis le début de la guerre en Ukraine, l’UE avait versé davantage d’argent à la Russie pour ses importations d’énergies fossiles qu’elle n’en a accordé à Kiev sous forme d’aide. Le montant global des achats de gaz russe était ainsi estimé à près de 200 milliards d’euros - soit, "l’équivalent de 2 400 avions de chasse F-35" - contre 135 milliards d’euros d’aide européenne à l’Ukraine.
En 2025, selon l'Institut d'économie de l'énergie et d'analyse financière (IEEFA), 11 % des importations européennes de gaz par gazoduc provenaient de Russie via la Turquie, plaçant Moscou en troisième position des pays exportateurs. Les importations ont même augmenté de 8 % en 2025, faisant monter la facture à 5,9 milliards d'euros l'an passé.
Concernant le GNL, Moscou reste le deuxième fournisseur de l'UE, laquelle a dépensé 6,7 milliards d'euros pour ces importations en 2025. Les importations dans l'Union ont même atteint un record trimestriel au cours des trois premiers mois de 2026, sous le coup de la guerre au Moyen-Orient, selon l'IEEFA. Celles-ci ont progressé de 16 % au premier trimestre 2026 par rapport à l'année précédente, sous l'effet des livraisons à la France, à l'Espagne, à la Belgique, aux Pays-Bas et au Portugal.
Sur le pétrole russe, malgré un embargo de l'UE imposé dès 2022, la Hongrie et la Slovaquie, pays enclavés, importent encore à ce jour l'or noir russe via l'oléoduc Droujba, qui transite par l'Ukraine. "En 2024, la Hongrie et la Slovaquie restaient dépendantes à 87 % du brut russe transporté par un seul pipeline", soulignait en 2025 le CREA, le Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur. Ces pays sont en effet exemptés de l'embargo qui concerne les importations acheminées par voie maritime et non par pipeline.
Par ailleurs, la Russie aurait continué après 2022 à abonder l'Union en pétrole de manière indirecte, par l'importation de produits pétroliers raffinés via des pays tiers. Des enquêtes menées par le CREA sur des expéditions spécifiques suggèrent que des pays européens pourraient avoir importé des produits pétroliers russes réexportés à partir de terminaux de stockage de pétrole en Turquie. Côté indien, les importations de pétrole brut russe en Inde ont plus que doublé entre 2022 et 2023, quand dans le même temps, les importations de pétrole raffiné de l'UE en provenance d'Inde ont atteint des niveaux records en 2023. Il est ainsi très probable que l'UE ait consommé de l'essence, du diesel et du kérosène russe, malgré les sanctions imposées.
En somme, l'invasion russe de l'Ukraine a eu pour conséquence la réduction drastique de la dépendance européenne à l'égard des énergies fossiles russes, et ce sur un temps relativement court. L'Union européenne n'est toutefois pas pleinement sevrée du pétrole et surtout du gaz russe, notamment du gaz naturel liquéfié.
Et la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février 2026, pourrait contrarier la trajectoire de REPowerEU. "La guerre au Moyen-Orient a accru la dépendance de l’Europe envers ses deux principaux fournisseurs de GNL, les États-Unis et la Russie. La crise énergétique de 2026 démontre que tant que les pays européens choisiront de dépendre du gaz, ils devront accepter les risques géopolitiques qui en découlent", estime Ana Maria Jaller-Makarewicz, analyste en énergie de l'IEEFA. Se débarrasser du gaz russe dans le contexte de la crise au Moyen-Orient "est plus difficile, mais pas impossible", assure de son côté Dan Jørgensen.
Bruxelles devait également présenter le 15 avril 2026 une proposition pour bannir définitivement le pétrole russe, mais ce rendez-vous a été reporté sans indication de nouvelle date.

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20.07.2026 à 17:12

Une bataille juridique. Depuis quelques mois, la France mène un combat contre les réseaux sociaux avec une proposition de loi qui vise à interdire leur accès aux moins de 15 ans. Ce texte, porté par la députée Ensemble Laure Miller, a été adopté par l'Assemblée nationale le 26 janvier 2026 et modifié par le Sénat […]
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Une bataille juridique. Depuis quelques mois, la France mène un combat contre les réseaux sociaux avec une proposition de loi qui vise à interdire leur accès aux moins de 15 ans. Ce texte, porté par la députée Ensemble Laure Miller, a été adopté par l'Assemblée nationale le 26 janvier 2026 et modifié par le Sénat le 31 mars.
Le gouvernement souhaite une entrée en application à la rentrée. Si la mesure aboutit, la France deviendrait le premier État européen à fixer un seuil d'âge légal aussi strict pour une partie de la population.
Ce n’est pas sa première tentative. La France avait déjà tenté d'imposer une majorité numérique en 2023, avec la loi Marcangeli. Adoptée par les parlementaires français, cette dernière n'a jamais pu être appliquée faute de compatibilité avec le droit européen. Le nouveau projet de loi connaîtra-t-il le même sort ?
Au niveau européen, le règlement sur les services numériques (DSA) limite la diffusion de contenus illicites (haineux, pédopornographiques, terroristes…) et la vente de produits illicites (contrefaits ou dangereux) en ligne. Il n'instaure pas d'âge minimum d'accès aux réseaux sociaux mais fixe des règles communes aux plateformes dans toute l'Union européenne : transparence, modération, gestion des risques…
Les États membres peuvent légiférer pour protéger les mineurs, à condition que leurs règles restent compatibles avec le droit de l'Union. Leurs décisions au sujet du numérique doivent toujours être conformes au DSA, sous peine de procédure d'infraction.
Au sujet de la proposition de loi française, la Commission considère que “les autorités françaises ont le droit d’instaurer une majorité numérique qui s’adresse à ses citoyens”. Autrement dit, fixer un âge minimal peut relever du droit national, à condition de ne pas créer de nouvelles obligations nationales directement imposées aux plateformes lorsque celles-ci relèvent du DSA.
En revanche, “imposer des obligations supplémentaires aux très grandes plateformes” dépend du DSA, rappelle Thomas Regnier, porte-parole de la Commission chargé du numérique. C'est pourquoi la première version du texte, qui prévoyait “l’obligation pour les plateformes de mettre en œuvre des dispositifs afin de contrôler l’âge de leurs utilisateurs’”, a été remodelée. Dans la version votée par les députés le 26 janvier 2026, le terme "obligation" a ainsi disparu.
Cependant, la loi ne peut être appliquée que si la plateforme contrôle l'âge à l'inscription ou à l’accès. Dans les faits, la proposition de loi française "revient à imposer aux plateformes un tel contrôle", précise Maud Lambert, avocate spécialisée dans le numérique et la protection des données. Pour bloquer l'accès des moins de quinze ans, les plateformes doivent donc mettre en place des systèmes de vérification de l'âge. Ainsi, la France "reste dans une zone grise de 'contrainte indirecte' sur les entreprises”, explique Murielle Cahen, avocate spécialiste en droit du numérique.
Merav Griguer, avocate spécialisée en data et cyber-conformité, parle même d'"imperfection juridique” pour désigner le fait que la loi a “pour effet mais pas pour objet” de créer de nouvelles obligations et de potentielles violations du DSA. Sollicité par Toute l'Europe, le cabinet de la ministre chargée du numérique, Anne Le Hénanff, assure toutefois que le projet est “pleinement conforme au DSA” puisque la “mise en œuvre technique relève du cadre européen”.
Le 15 avril 2026, la Commission européenne a annoncé le lancement prochain d’une nouvelle application européenne de vérification d’âge. Sept États membres pionniers - Chypre, le Danemark, la France, la Grèce, l'Irlande, l'Italie et l'Espagne - travaillent avec la Commission sur cette solution, qui pourrait être disponible dans l'ensemble de l'UE d'ici la fin 2026.
Elle pourra être utilisée par les plateformes, qui pourront toutefois opter pour des systèmes alternatifs. “On ne va pas imposer l'outil que nous développons. Les grandes plateformes pourront utiliser l'outil qu'elles veulent, tant que cela fonctionne”, explique un haut-fonctionnaire à la Commission. Si le cadre européen harmonise davantage la vérification de l'âge, la proposition de loi française pourrait être plus facile à sécuriser juridiquement, estime Merav Griguer.
Jusqu'à récemment opposée à la mise en place d'un âge minimal européen pour l'accès aux réseaux sociaux, la Commission européenne apparaît aujourd'hui plus ouverte à l'idée. Lundi 13 juillet, lors d'une conférence de presse, Ursula von der Leyen a soutenu l'idée que les enfants très jeunes ne devraient pas utiliser les écrans et les plateformes numériques. Elle a également appelé à renforcer la protection des mineurs sur les réseaux sociaux. "Nous devons envisager un accès progressif et gradué pour différentes classes d’âge" aux réseaux sociaux et autres plateformes en ligne, a-t-elle plaidé.
La position de la Commission évolue, d'autant que d'autres pays européens réfléchissent à des projets similaires. Et que le Parlement européen y est lui-même favorable : le 26 novembre 2025, ses membres ont adopté une résolution recommandant de fixer à 16 ans l’âge minimal d’accès aux plateformes. Des initiatives qui ouvrent la voie à une solution européenne.
La conformité de la proposition de loi au droit européen dépendra du texte final et surtout de la manière dont la vérification d'âge est imposée aux plateformes, un domaine largement encadré au niveau européen, en particulier pour les très grandes plateformes.
Lundi 6 juillet, la Commission européenne a estimé que la proposition de loi française sur l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans n'était pas pleinement compatible avec le droit européen. Selon la Commission, si elle était mise en œuvre dans sa version actuelle, cette proposition de loi empiéterait sur les dispositions du DSA.
L'exécutif européen vise la dernière version du texte, adoptée par le Sénat en mars. Les sénateurs ont intégré un mécanisme à deux niveaux qui distingue les plateformes interdites aux moins de 15 ans et celles accessibles sous conditions, notamment avec autorisation parentale. "Nous devons réduire au minimum la fragmentation des systèmes nationaux, qui pourrait créer une insécurité juridique ou affaiblir l'application de la loi", a déclaré Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne en matière de numérique.
Selon le Sénat, la Commission redoute surtout que la proposition de loi ne confie des pouvoirs trop importants au régulateur français des médias, l'Arcom, empiétant sur ses propres prérogatives dans le cadre du DSA pour les très grandes plateformes.
Le 20 juillet, députés et sénateurs se sont accordés sur une version définitive du texte, dans le cadre d'une commission mixte paritaire (CMP). Le texte pourrait être définitivement adopté le lendemain par les deux chambres, après la présentation des conclusions de l'accord. Le gouvernement vise une application de la loi dès le mois de septembre.
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25.06.2026 à 11:28

Au 30 avril 2026, les États-Unis avaient apporté un total de 115,4 milliards d'euros (130,9 milliards de dollars US) d'aide à l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe, contre 214,8 milliards d'euros pour l'Europe selon les derniers chiffres en date de l'Institut Kiel, un groupe de réflexion basé en Allemagne. Un montant partagé entre l'Union […]
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Au 30 avril 2026, les États-Unis avaient apporté un total de 115,4 milliards d'euros (130,9 milliards de dollars US) d'aide à l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe, contre 214,8 milliards d'euros pour l'Europe selon les derniers chiffres en date de l'Institut Kiel, un groupe de réflexion basé en Allemagne. Un montant partagé entre l'Union européenne et ses États membres, auxquels s'ajoutent le Royaume-Uni, l'Islande, la Norvège et la Suisse. Ces chiffres incluent l'aide militaire, financière et humanitaire.
Pour les seules dépenses de l'Union européenne (c'est-à-dire distinctes de celles des États membres), ce sont 84,42 milliards de fonds qui ont été alloués depuis le début du conflit, répartis entre l'aide financière (81,21 milliards) et humanitaire (3,21 milliards). L'aide militaire, quant à elle, a été majoritairement fournie par les États membres en leur propre nom, quitte à être partiellement remboursée par l'Union européenne (ce qui apparaît comme une aide financière). L'UE n'est en effet pas compétente pour effectuer directement des dépenses militaires.
Zoom sur les principaux outils de l'UE d'aide à l'Ukraine
Le soutien financier de l'UE à l'Ukraine peut prendre plusieurs formes, à commencer par l'assistance macro-financière ou les "prêts AMF". L'objectif est de fournir un soutien financier à court terme, de financer les besoins immédiats de l'Ukraine et, à terme, d'accompagner l'Ukraine sur sa trajectoire d'intégration européenne.
Autre levier financier de l’UE : la Facilité pour l'Ukraine. Cet outil fournit au pays en guerre, entre 2024 et 2027, jusqu'à 50 milliards d'euros sous forme de prêts et de subventions pour soutenir son redressement, sa reconstruction et sa modernisation. Le Conseil de l'Union européenne a déjà mobilisé 40,4 milliards d'euros au titre de cette facilité, en ayant déjà approuvé sept versements à l'Ukraine.
La Facilité européenne pour la paix (FEP) contribue au soutien à Kiev. Instrument de la politique étrangère et de sécurité commune, elle finance des actions extérieures de l'UE ayant une dimension militaire ou de défense. Elle n'est pas financée par le budget de l'UE mais par des contributions des États membres.
Entre 2022 et 2025, l'Union européenne a mobilisé pour l'Ukraine 6,4 milliards d'euros via la FEP. Dans ce cadre, l'UE a pour la première fois de son histoire en 2022, financé l'envoi d'armes à un pays en proie aux combats, avec la livraison à Kiev d'armes létales, de matériel de protection et de carburant.
Son plafond pour la période 2021-2027 s'élève à 17 milliards d'euros : 5,69 milliards initiaux en prix courants lors de la création de l'instrument en mars 2021, auxquels se sont ajoutés successivement 2,29 milliards (mars 2023), 4,06 milliards (juin 2023) et 5 milliards (mars 2024). Une part importante de cet outil est fléchée vers l'Ukraine, puisque l'UE réserve une capacité totale à l'Ukraine s'élevant à 11,1 milliards d'euros.
De plus, l'UE a validé le 23 avril 2026 l'octroi d'un prêt de 90 milliards d'euros au pays de Volodymyr Zelensky. Cette nouvelle aide n'étant pas encore versée, elle n'est pas encore intégrée à la somme des fonds alloués. Financée par un emprunt commun de l'Union sur les marchés, elle doit servir à couvrir les besoins budgétaires et militaires ukrainiens pour 2026 et 2027. Le prêt, à taux zéro, ne sera remboursé qu'après d'éventuelles réparations versées par la Russie. 60 milliards d'euros alloués sont consacrés à l'aide militaire et 30 milliards à l'assistance macro-financière, via la Facilité pour l'Ukraine. Il est prévu que l'Union verse 45 milliards d'euros en 2026 et la même somme en 2027.
En termes de soutien militaire, les États-Unis sont longtemps restés devant l'Europe. Si l'aide totale de l'Europe était déjà supérieure en comptant l'aide financière et humanitaire, les Américains restaient les premiers pourvoyeurs d'armes. Du moins jusqu'au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. Le pays de l'Oncle Sam a en effet annoncé un dernier paquet d'aide à Kiev le 9 janvier 2025, soit quelques jours avant l'investiture de Donald Trump le 20 janvier.
Ainsi, sur la période courant de février 2022 au 30 avril 2026, Washington a fourni un total de 64,6 milliards d'euros pour aider l'Ukraine à s'armer et se défendre. Les Européens ont finalement devancé l'an passé leur voisin outre-Atlantique en matière de soutien militaire. Celui-ci atteint désormais 102,2 milliards d'euros pour l'Europe, comprenant les montants alloués par les États membres de l'Union européenne, le Royaume-Uni, la Norvège et l'Islande. Le financement de la Facilité européenne pour la paix, instrument de l'UE, est inclus dans les données, puisqu’elle est alimentée par les contributions des États membres.
L'Europe se distingue également par son soutien financier. Depuis 2022, ce sont près de 93,4 milliards d'euros d'aide fournis à l'Ukraine, incluant l'aide de l'UE, de ses États membres et des États européens pourvoyeurs de fonds (Royaume-Unis, Norvège, Suisse, Islande). À titre de comparaison, l'aide financière des États-Unis s'élève à 47,3 milliards d'euros.
Enfin, s'agissant du volet humanitaire, tandis que les États-Unis affichent un soutien s'élevant à 3,5 milliards d'euros, l'aide humanitaire de l'Europe - UE, États membres, Royaume-Uni, Islande, Norvège et Suisse compris, atteint 19,3 milliards d'euros. De plus, l'Union européenne a activé en parallèle le mécanisme de protection temporaire pour accueillir des réfugiés ukrainiens sur son territoire, un dispositif de 17 milliards d'euros.
Ainsi, que ce soit sur le plan militaire, financier ou humanitaire, le soutien européen dépasse largement celui des États-Unis depuis le début de la guerre en Ukraine.
Méthodologie
Les chiffres relatifs à l'aide militaire, financière et humanitaire de l'Europe à l'Ukraine peuvent différer selon les sources, par exemple entre l'Institut Kiel et le Conseil de l'Union européenne.
Ces écarts proviennent de divergences méthodologiques dans la manière de classer les différentes formes d'aides d’une part, et des pays inclus ou non dans les chiffres, d'autre part. L'institut Kiel détaille par exemple tous les États membres de l'UE et intègre les États européens non membres, tandis que le Conseil agrège les aides fournies par les institutions de l'UE et par ses États membres, tout en excluant les États non membres.
L'aide européenne a augmenté significativement en 2025 selon les chiffres de l'Institut Kiel : le soutien militaire européen s'est accru de 67 % et l'aide non militaire, de 59 % par rapport à la moyenne de 2022-2024. Grâce à l'effort européen, le volume total de l'aide allouée à Kiev est resté relativement stable l'an passé, malgré l'arrêt total du soutien américain.
Toutefois, sur le plan militaire, le soutien global à l'Ukraine s'effrite. L'aide militaire allouée au pays en guerre en 2025 était inférieure de 13 % à la moyenne annuelle entre 2022 et 2024, en raison du retrait complet des États-Unis depuis l'investiture du président Trump en janvier 2025. Les efforts européens pour compenser le désengagement des États-Unis n'ont pas suffi à renverser la vapeur. Sur le plan humanitaire et financier, la baisse a été moins importante, l'aide totale ayant diminué de 5 % par rapport aux trois dernières années.
S'agissant de l'aide financière et humanitaire, la part des allocations versée par l'UE est passée d'environ 50 % en 2022 à près de 90 % en 2025. Le soutien à l'Ukraine tend donc à se répartir de manière plus équitable au sein de l'Union, en fonction de la part du PIB de chaque pays. Sauf pour l'aide militaire, qui repose très majoritaire sur des contributions bilatérales des États membres, et dont la répartition est moins équitable.
D'après l'Institut Kiel, l'augmentation de l'aide militaire pour compenser le retrait des États-Unis se concentre de plus en plus sur un petit nombre de pays. Les États d'Europe occidentale ont contribué à 62 % du total des aides militaires européennes en 2025. Entre 2022 et 2025, l'Allemagne et le Royaume-Uni (pays non membre de l'UE) ont représenté environ les deux tiers de l'aide militaire de l'Europe occidentale entre 2022 et 2025. L'Europe du nord figure en deuxième position. En revanche, les États d'Europe de l'est et du sud ont progressivement réduit leur contribution à l'effort européen depuis le début de la guerre : en Europe de l'est, la part est passée de 17 % en 2022 à 2 % en 2025 ; en Europe du sud, elle a diminué au cours de la même période, passant de 7 à 3 %.

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22.06.2026 à 18:38

"Take back control" ("reprendre le contrôle"), tel était le slogan des Brexiters, les partisans de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, lors de la campagne électorale pour le référendum britannique sur le Brexit en juin 2016. Une promesse de souveraineté retrouvée, de contrôle des frontières et de prospérité. D'un point de vue économique, la […]
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"Take back control" ("reprendre le contrôle"), tel était le slogan des Brexiters, les partisans de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, lors de la campagne électorale pour le référendum britannique sur le Brexit en juin 2016. Une promesse de souveraineté retrouvée, de contrôle des frontières et de prospérité.
D'un point de vue économique, la sortie de l'UE devait signifier la fin de la contribution britannique au budget européen. Et donc plus d'argent pour le Royaume-Uni et plus de liberté dans sa gestion. Qu'en est-il réellement aujourd'hui, alors que Keir Starmer, comme un clin d'oeil à l'histoire, a annoncé sa démission du poste de Premier ministre, lundi 22 juin ? Le Royaume-Uni a "usé" six Premiers ministres en 10 ans, depuis David Cameron.
Dès la victoire du “Leave” (quitter) le 23 juin 2016, les premières répercussions économiques du Brexit se manifestent. Les marchés financiers, anticipant les effets négatifs de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, réagissent immédiatement. La livre sterling chute de 7 % par rapport à l'euro. L’incertitude liée à l’issue des négociations sur la nouvelle relation qui se dessine entre Londres et Bruxelles provoque aussi une baisse significative de l’investissement outre-Manche.
Dans une note révélée par la presse en 2018, le Trésor britannique évaluait la perte de croissance du Royaume-Uni de 2 à 8 % dans les quinze années suivant la sortie de l'UE. L'année suivante, une étude menée par six économistes des universités de Stanford, de Nottingham, de la London School of Economics et de la Banque d'Angleterre pour le compte du National Bureau of Economic Research (NBER) estimait le recul des investissements causé par l'anticipation du Brexit à 11 %.
Depuis, de nouvelles études sont venues confirmer l'existence d'un réel manque à gagner pour le Royaume-Uni. En novembre 2025, une nouvelle analyse du NBER estimait que le PIB britannique aurait été, en 2025, inférieur de 6 à 8 % à ce qu'il aurait été dans une trajectoire sans Brexit. Les auteurs évaluent également la baisse de l'investissement entre 12 et 18 % et une diminution de 3 à 4 % de l'emploi et de la productivité. Une autre analyse de Bloomberg Economics parue en juin 2026 dresse un constat un peu moins alarmiste. Selon celle-ci, le Brexit aurait coûté à l'économie britannique entre 2 et 4 % du PIB.
Malgré des conclusions chiffrées différentes, ces travaux concluent tous à un effet négatif du Brexit sur l'économie, le PIB, les investissements et la productivité britanniques.
La sortie du Royaume-Uni s'est déroulée en deux temps, avec le retrait de l'UE le 31 janvier 2020, puis du marché unique et de l'union douanière le 31 décembre de la même année. Selon les termes de l'accord de commerce et de coopération, signé par Londres et Bruxelles, les deux parties continuent leurs échanges de biens sans droits de douane ni quotas dans certaines conditions. Mais de nombreuses formalités administratives et contrôles douaniers, inexistants auparavant, font leur apparition. Ce qui complique significativement le commerce.
Dans les années qui suivent la sortie du marché unique, des difficultés d'approvisionnement en fruits et légumes frais, importés depuis le continent, sont constatées dans les supermarchés britanniques. En cause, les difficultés d'acheminement dues aux nouveaux obstacles commerciaux liés au Brexit, mais aussi les conséquences de la pandémie de Covid-19 créant des tensions logistiques sur l'ensemble de la planète. La fin de la libre circulation avec les autres pays européens a également contribué aux tensions de recrutement dans plusieurs métiers comme le transport routier (provoquant des problèmes de distribution d'essence), l'agriculture et la santé, même si elle n'en est pas l'unique cause.
Rapidement, la pandémie de Covid-19, puis la guerre en Ukraine provoquent un choc économique qui affecte lourdement les économies européennes, dans et hors de l'UE, avec une forte inflation et un ralentissement de la croissance. Dès lors, difficile pour le Royaume-Uni de séparer l'impact de ces phénomènes mondiaux de celui du Brexit. À partir de la mi-2023, le pays enchaîne deux trimestres consécutifs de croissance négative, ce qui le fait entrer en récession technique. Les hausses de taux d'intérêt, les choix budgétaires britanniques et les tensions commerciales mondiales compliquent également l'identification d'un effet propre au Brexit.
Sur l'ensemble de l'année 2023, la croissance n'aura atteint que 0,3 %. Un chiffre plus faible que dans l'Union européenne et la zone euro, à 0,5 % de croissance en 2023. Au niveau national, les "grands" pays d'Europe de l'Ouest font alors tous mieux que le Royaume-Uni : 0,9 % en France et en Italie, 2,5 % en Espagne… à l'exception notable de l'Allemagne, qui fait pire, avec -0,2 % de PIB.
En 2024, l'économie britannique a progressé de 1 %, puis de 1,4 % en 2025. Celle-ci était respectivement de 1,1 % et 1,5 % sur les mêmes périodes dans l'UE.
Les échanges avec l'Union européenne restent au cœur du bilan économique britannique, malgré le Brexit. En 2025, l'UE représentait 41 % des exportations britanniques de biens et de services et 50 % de ses importations, selon une note de la Chambre des communes britannique. Mais en volume, les exportations de biens vers l'UE restaient inférieures de 14 % par rapport à leur niveau de 2019. Les exportations de services ont connu une évolution plus favorable : leurs exportations vers l'UE dépassaient de 28 % leur niveau de 2019.
Autre enseignement : le Brexit aurait nui davantage aux plus petites entreprises. D'après une synthèse rédigée par le Global Trade Policy Observatory, le nombre d'entreprises exportant vers l'UE a reculé entre 2019 et 2024 de 31 % parmi les micro-entreprises, de 22 % parmi les petites entreprises et de 14 % parmi les moyennes, tandis qu'il est resté presque stable pour les plus grandes. Le même document estime que ces nouvelles barrières non tarifaires crées par le Brexit ont conduit à une augmentation de 6 % des prix de l'alimentation entre 2020 et 2021, soit près de 210 livres par foyer, avec un poids proportionnellement plus élevé pour les ménages les plus modestes.
Pour atténuer ces retombées du Brexit, Londres et Bruxelles ont convenu, lors du sommet du 19 mai 2025, de négocier un espace sanitaire et phytosanitaire commun afin de réduire la majorité des certificats et contrôles sur les produits agroalimentaires. Ces négociations sont toujours en cours au 22 juin 2026, à un mois un mois du prochain sommet UE-Royaume-Uni.
Si la fluidité des échanges et la confiance des investisseurs ont donc bien pâti du Brexit, certains chercheurs invitent cependant à la prudence. En d'autres termes, il serait assez juste de considérer que si l'accord conclu avec l'UE n'a pas tenu les promesses d'une transformation économique majeure au Royaume-Uni, il n'a pas non plus provoqué une véritable catastrophe économique comme certains le prédisaient.
Selon les données de l'OCDE, le PIB réel cumulé a progressé de 12,2 % au Royaume-Uni entre 2016 et 2025, contre 13 % en France et 6 % en Allemagne. Cette comparaison descriptive ne permet toutefois pas de savoir ce qu'aurait été la trajectoire du Royaume-Uni s'il était resté dans l'UE. Pour 2026, l'Office for Budget Responsibility prévoit une croissance de 1,1 %, positive, mais modeste et soumise à une forte incertitude.
Sorti de l'Union européenne, le Royaume-Uni est désormais libre de mener une politique commerciale autonome et de nouer des accords avec d'autres États du globe. Le 8 mai 2025, le Royaume-Uni et les États-Unis de Donald Trump ont annoncé un accord économique présenté comme "historique". Certaines de ses dispositions sont depuis entrées en vigueur : les véhicules britanniques bénéficient d'une taxe réduite à 10 % au lieu de 27,5 %, dans la limite d'un quota annuel de 100 000 voitures ; un accès réciproque a été ouvert pour le bœuf ; le droit britannique sur l'éthanol américain a été ramené à zéro ; et les produits pharmaceutiques britanniques bénéficient d'un droit nul aux États-Unis depuis avril 2026.
Mais la portée économique de ce compromis reste incertaine. Les exportations britanniques de biens vers les États-Unis, hors métaux précieux, ont chuté de 24,7 % en avril 2025 après l'introduction des droits de douane et sont restées relativement faibles depuis. Une grande partie des produits britanniques demeure par ailleurs soumise aux droits américains de base.
Le Global Trade Policy Observatory recense quatre autres accords commerciaux conclus depuis le Brexit : avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le partenariat transpacifique et l'Inde. Les gains estimés pour Londres s'élèvent à 0,32 % du PIB. Le gouvernement britannique a également conclu un accord avec les pays du Golfe en mai 2026, qui n'est pas pris en compte dans ce calcul. Enfin, d'autres textes signés par Londres seraient simplement des accords reprenant des arrangements négociés lorsqu'il était membre de l'UE. Selon l'étude, ces gains estimés ne compensent donc pas, à eux seuls, les frictions apparues avec le marché européen à cause du Brexit.
Si l'impact réel du Brexit sur l'économie britannique est difficile à évaluer, les Britanniques sont quant à eux majoritairement critiques à l'égard de la décision de quitter l'UE. Le 23 juin 2016, ils étaient déjà 48,11 % à vouloir rester dans l'Union. Ils étaient même majoritaires en Irlande du Nord (55,8 %) et en Écosse (62 %).
Aujourd'hui, la part de Britanniques critiques à l'égard du Brexit a durablement pris le dessus. Depuis dix ans, l'institut de sondages YouGov réalise par exemple une enquête avec pour question "Avec le recul, pensez-vous que la Grande-Bretagne a eu raison ou tort de voter en faveur de la sortie de l'Union européenne ?". Depuis le mois de juillet 2022, une majorité des personnes interrogées répondent de manière constante que leur pays a eu tort. Les derniers résultats publiés le 9 juin indiquent que 57 % des sondés jugent le Brexit comme une "mauvaise décision". À l'inverse, ils ne sont que 30 % à considérer ce bouleversement comme une "bonne décision".

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13.05.2026 à 18:20

Chaque année, la France comme les autres États membres doivent présenter à la Commission européenne leurs prévisions budgétaires ainsi que les réformes, notamment économiques, envisagées au niveau national. Est-ce à dire que l'Union européenne dicte aux États ce qu'ils doivent faire en matière économique et budgétaire ? Des plafonds fixés par les traités Conformément aux […]
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Chaque année, la France comme les autres États membres doivent présenter à la Commission européenne leurs prévisions budgétaires ainsi que les réformes, notamment économiques, envisagées au niveau national.
Est-ce à dire que l'Union européenne dicte aux États ce qu'ils doivent faire en matière économique et budgétaire ?
Conformément aux traités européens, le déficit public d'un État de l'Union européenne ne doit pas dépasser 3 % de son produit intérieur brut (PIB). La dette publique, elle, est plafonnée à 60 % du PIB.
Ces obligations, mentionnées pour la première fois dans le traité de Maastricht de 1992, ont été précisées par le Pacte de stabilité et de croissance adopté en 1997 (lors de la signature du traité d'Amsterdam). Elles visent à maintenir la stabilité des finances publiques et la bonne santé économique des États de l'Union européenne, notamment ceux de la zone euro. Et s'assurent qu'aucun dérapage économique de l'un d'eux ne menace ses voisins.
Ces règles budgétaires sont aujourd'hui détaillées dans l'article 126 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) et le protocole n°12 annexé aux traités. La nouvelle version du Pacte de stabilité et de croissance, adoptée en 2024, ne modifie pas ces deux plafonds.
La règle imposant un plafond de déficit aux États membres de l'Union européenne a été voulue par l'Allemagne au début des années 1990. En contrepartie de la création d'une monnaie commune, Berlin voulait s'assurer de ne pas payer pour d'autres États peu vertueux en cas de problème.
Le chiffre, lui, a toutefois été proposé par la France. En 1981, son déficit public menaçait de franchir le seuil symbolique des 100 milliards de francs, soit 2,6 % du PIB. Pour fixer un plafond qu'elle-même pensait ne pas pouvoir dépasser, c'est le chiffre "rond" de 3 % qui a alors été retenu, selon l'ancien chargé de mission au ministère des Finances, Guy Abeille.
Le chiffre de 60 % de dette publique découle de ces 3 % : avec un taux de croissance estimé à 5 %, un taux d'inflation de 2 %, les économistes d'alors calculent que la dette maximale serait de 60 % du PIB.
Si ces chiffres n'ont pas de justification économique particulière, le principe même d'un plafonnement du déficit et de la dette est en revanche accepté par tous les États membres.
En principe, si la dette ou le déficit d'un État excède ces plafonds, une procédure de déficit excessif peut être lancée par le Conseil des ministres des Finances de l'UE (Ecofin), sur la base des recommandations formulées par la Commission. La France y est soumise depuis le 26 juillet 2024.
Neuf autres États membres font l'objet d'une telle procédure : la Belgique, l'Italie, la Hongrie, Malte, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, l'Autriche et la Finlande. À l'exception de la Roumanie, ces procédures sont tenues en suspens par la Commission : aucune nouvelle étape n'a été engagée, mais les pays restent soumis aux recommandations du Conseil.
Le pays soumis à un avertissement doit mettre en œuvre un certain nombre de mesures pour rétablir l'équilibre entre ses recettes et ses dépenses. À défaut, et au bout d'un certain nombre d'étapes intermédiaires, un pays de la zone euro encourt une amende de 0,05 % du PIB, qui peut s'accumuler tous les six mois, jusqu'à ce que l'État prenne des mesures efficaces pour résorber son déficit et sa dette. Avant la réforme de 2024, les sanctions pouvaient atteindre de 0,2 à 0,5 % de son PIB.
Les pays non membres de la zone euro ne sont pas soumis à ces sanctions. Une telle situation les rend toutefois inéligibles pour adopter la monnaie unique. Et comme pour les autres États, le déclenchement d'une procédure pour déficit excessif reste une très mauvaise publicité, notamment auprès des marchés financiers. De quoi les inciter aussi à rétablir leurs comptes publics.
En 2018 par exemple, la moitié des pays de l'UE avait une dette publique supérieure au plafond des 60 %… sans grandes conséquences à Bruxelles.
Si un certain nombre de procédures ont été ouvertes au motif de déficits trop importants, aucun État membre n'a jamais été sanctionné pour avoir dépassé son plafond de déficit ou de dette. En 2011, 24 États membres faisaient l'objet d'une procédure. La France, qui a enregistré entre 2007 et 2017 des déficits systématiquement supérieurs à 3 % de son PIB, a ainsi fait l'objet d'une procédure de déficit excessif pendant une décennie… sans jamais payer d'amende. Elle est sortie de ce processus en 2018, avant d'y retourner en 2024.
Entretemps, la pandémie de Covid-19 et l'invasion russe de l'Ukraine sont passées par là. Au-delà de leurs conséquences tragiques, ces deux bouleversements ont considérablement accru le déficit et la dette des États membres. En 2020, la Commission européenne a décidé d'activer une clause dérogatoire prévue par les traités pour suspendre temporairement l'application des règles budgétaires. Après avoir été prolongée à trois reprises, cette clause a pris fin le 1er janvier 2024.
L'Union européenne a également travaillé sur une réforme des règles de stabilité. Puisque celles-ci n'ont jamais été appliquées et sont plutôt jugées inefficaces, voire économiquement contre-productives, de nouvelles dispositions sont entrées en vigueur en 2024. Le nouveau Pacte de stabilité et de croissance maintient les plafonds de dette (60 % du PIB) et de déficit publics (3 % du PIB), mais les États ont désormais des périodes de 4 à 7 ans pour les atteindre et des plans de réformes plus adaptés à leur situation particulière. Les sanctions, moins lourdes, peuvent en revanche être appliquées plus efficacement qu’auparavant.
Dans le cadre du Semestre européen, les États membres discutent chaque année de leurs orientations économiques et budgétaires avec la Commission européenne et le Conseil de l'Union européenne. Ce cycle se déroule de l'automne au début de l’été.
Depuis la réforme du Pacte de stabilité, chaque État doit présenter un plan budgétaire et structurel national à moyen terme. Les premiers plans ont été transmis à la Commission à l’automne 2024. Ils fixent, pour quatre ou cinq ans selon la durée de la législature nationale, une trajectoire de dépenses ainsi que les principales réformes et investissements prévus.
Ces plans doivent notamment tenir compte des priorités de l'Union européenne, comme les transitions climatique et numérique, la sécurité énergétique ou encore la défense. Ils ne sont pas entièrement réécrits chaque année : leur mise en œuvre est suivie grâce à des rapports annuels de progrès, qui permettent à la Commission de vérifier si les États respectent leurs engagements.
La Commission publie également chaque année, généralement en juin, des recommandations par pays. Elle évalue les plans nationaux, puis le Conseil de l’Union européenne les approuve.
Ces recommandations de la Commission européenne ne sont pas elles-mêmes juridiquement contraignantes : un État qui ne les respecterait pas ne risque pas de se retrouver devant la Cour de justice de l'Union européenne pour infraction au droit de l'Union, comme dans le cas d'une directive mal appliquée, par exemple. Toutefois, un État qui "persiste à ne pas donner suite [à ces] recommandations" (art. 126 TFUE) s'expose plus ouvertement aux amendes prévues par le Pacte de stabilité et de croissance.
Surtout, les États placés sous procédure de déficit excessif doivent réduire leur dette d'environ 1 % par an si elle dépasse 90 % du PIB, et d'environ 0,5 % par an si elle se situe entre 60 % et 90 % du PIB. Ils ne sont pas contraints de la ramener à moins de 60 % du PIB d'ici la fin de la période du plan, mais leur dette doit suivre une “trajectoire descendante plausible”. Si le déficit public d'un pays dépasse 3 % du PIB, il doit être réduit pendant les périodes de croissance afin d'atteindre un niveau de 1,5 % du PIB, créant ainsi une réserve de dépenses pour faire face à des conditions économiques difficiles. Et un État sous procédure de déficit excessif qui ne respecte pas ses obligations peut être soumis aux sanctions prévues.
Depuis 2025, certains États peuvent aussi bénéficier d'une flexibilité spécifique pour leurs dépenses de défense. Une clause dérogatoire nationale leur permet de s'écarter temporairement de leur trajectoire budgétaire, dans la limite de 1,5 % du PIB par an entre 2025 et 2028, à condition que cela ne compromette pas la soutenabilité de leurs finances publiques. Dix-sept clauses nationales ont été activées : quinze en juillet 2025, puis l'Allemagne en octobre 2025 et l'Autriche en février 2026. À ce jour, la France n'en fait pas partie.
En 2020, l'Union européenne a mis en place un instrument inédit pour faire face aux conséquences de la pandémie de Covid-19 : un plan de relance de 750 milliards d'euros (807 milliards en prix courants aujourd'hui), baptisé NextGenerationEU.
Pour bénéficier des prêts et subventions de ce plan, chaque pays a dû soumettre un plan national de relance et de résilience (PNRR), corrélé aux recommandations faites en 2019 et 2020.
Le versement des fonds européens peut aussi être conditionné au respect de certaines étapes ou réformes. Dans le cadre du plan de relance européen, les États doivent atteindre des objectifs prévus dans leurs plans nationaux. D'autres mécanismes, notamment liés à l'état de droit, peuvent également conduire à la suspension de fonds européens, comme dans le cas de la Hongrie.
Alors, Bruxelles impose-t-elle ses exigences budgétaires aux États de l'Union européenne ? En bref, les traités européens fixent depuis 1992 des plafonds de déficit public (3 % du PIB) et de dette publique (60 % du PIB). Les États qui outrepassent ces limites risquent certes des amendes en principe, mais les procédures n’ont jusqu'à maintenant abouti à aucune sanction. Les règles budgétaires ont depuis été réformées.
Bruxelles ne rédige donc pas les budgets nationaux à la place des États. Les gouvernements restent responsables de leurs choix de dépenses, de recettes et de réformes. En revanche, ils ont accepté un cadre commun dans les traités : si leur déficit ou leur dette s'écarte trop des règles européennes, ils doivent présenter une trajectoire de correction et peuvent, en théorie, être sanctionnés.
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30.04.2026 à 18:16

Dès lors qu'un pays adopte la monnaie unique, une même inquiétude refait surface. Le passage d'une monnaie nationale à l'euro serait synonyme d'inflation et d'érosion du pouvoir d'achat. Le 1er janvier 2026, la Bulgarie a été le 21e pays à intégrer la zone euro, et les mêmes inquiétudes sont réapparues. Qu'en est-il ? Toute l'Europe […]
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Dès lors qu'un pays adopte la monnaie unique, une même inquiétude refait surface. Le passage d'une monnaie nationale à l'euro serait synonyme d'inflation et d'érosion du pouvoir d'achat. Le 1er janvier 2026, la Bulgarie a été le 21e pays à intégrer la zone euro, et les mêmes inquiétudes sont réapparues. Qu'en est-il ? Toute l'Europe fait le point.
Pour évaluer l'impact de l'euro sur le niveau de vie, on peut observer l'évolution du revenu brut réel disponible des ménages dans les années qui suivent son introduction. Cet indicateur du pouvoir d'achat moyen correspond au revenu disponible des ménages après impôts et autres déductions, corrigé de l'inflation, en vue d'être dépensé ou épargné. Il permet de suivre l'évolution moyenne des ressources des ménages.
Ainsi, la plupart des pays de la zone euro ont connu une hausse du revenu brut réel disponible dans les années qui ont suivi l'introduction de l'euro. En Belgique par exemple, ce revenu a augmenté de 3,57 % entre 1999 (date du passage à l'euro en monnaie scripturale) et 2003, d'après Eurostat. Une augmentation qui s'est maintenue les années suivantes, avec une augmentation de 8 % entre 1999 et 2015.
De telles augmentations sont également visibles dans les autres pays de la zone comme la France (+19,95 % entre 1999 et 2015), l'Allemagne (+16,43 %), le Luxembourg (+18,25 %) et l'Espagne (+9,83 %). Dans certains pays, l'augmentation est encore plus flagrante comme en Estonie, où le revenu brut réel disponible des ménages par habitant a augmenté de 44,29 % entre 2011 (année d'entrée dans la zone euro) et 2021. En revanche, il a diminué en Grèce (-20,5 % entre 2003 et 2015) et en Italie (-5,45 % entre 1999 et 2015), avant de remonter.
Pour Stéphanie Villers, économiste spécialiste de la zone euro interrogée par Toute l'Europe, cette augmentation du niveau de vie s'explique par plusieurs facteurs . "L'euro a créé de la stabilité", explique-t-elle. "On a su maintenir sur une longue période une stabilité de l'inflation, puis on a ensuite vu le gain de cette stabilité", ajoute-t-elle. Celle-ci a entraîné une baisse des taux d'intérêt, ce qui a dynamisé plusieurs secteurs comme l'immobilier. "Le passage à l'euro a également permis de développer le commerce intra-zone : une entreprise française qui, auparavant, voyait "hexagonal" a pu envisager son marché au niveau européen", explique Stéphanie Villers.
Toutefois, l'évolution du niveau de vie ne peut être uniquement attribuée à l'adoption de la monnaie unique : elle s'inscrit dans un contexte plus large. Le passage à l'euro est intervenu en même temps que le développement du commerce mondial. Par ailleurs, certains États membres de l'Union européenne n’ayant pas adopté l'euro, notamment en Europe centrale et orientale, ont également connu une progression du revenu réel des ménages. Ces comparaisons invitent donc à la prudence.
Dans la grande majorité des États membres, le passage à l'euro s'est en tout cas accompagné d'une augmentation du niveau de vie. Mais alors comment expliquer le ressenti inverse ? Une étude de l'Insee révèle que le changement de monnaie a "nettement accru la divergence entre la mesure de l'inflation et la perception qu'en ont les ménages".
"On observe une distorsion entre le ressenti et la réalité, les Européens ont tendance à prendre en compte, dans leur panier global, les prix qui ont augmenté sans penser à ceux qui ont extrêmement baissé", complète Stéphanie Villers. Par ailleurs, le consommateur prête davantage d'attention aux produits qu'il achète fréquemment comme la baguette de pain, le plein d'essence… puisque ce sont les produits les plus susceptibles de rogner sur le budget. Or ceux-ci ont plutôt augmenté depuis le passage à l'euro : de 32 % pour la baguette entre 1992 et 2017 par exemple, "mais [cette augmentation] correspond à une hausse annuelle moyenne de seulement 1,9 % par an, ce qui est un peu plus rapide que l’inflation d’ensemble mais sans rupture par rapport à la décennie précédant le passage à l’euro", conclue l'Insee.
En outre, le passage à l'euro a aussi brouillé les repères de prix, certains ménages continuant longtemps à comparer les montants avec ceux exprimés en monnaie nationale. Enfin, ce ressenti tient aussi à la confusion fréquente entre évolution nominale et évolution réelle. Les ménages constatent d'abord la hausse des prix affichés (une baguette, un café ou un plein d’essence coûtent plus cher qu'au moment du passage à l'euro) mais cette hausse ne dit pas, à elle seule, si le pouvoir d'achat a diminué. Pour l'évaluer, il faut comparer ces prix à l'évolution des revenus : un prix peut augmenter en euros courants tout en pesant autant, voire moins, dans le budget si les revenus ont progressé dans le même temps. À l'inverse, une hausse modérée des prix peut être très douloureuse si les revenus stagnent.
La crise économique de 2008 a traversé la zone euro, bouleversant plus particulièrement l'économie grecque. De 2008 à 2015, le revenu brut réel disponible des Grecs a ainsi chuté de 31,34 %.
Cette dernière était l’une des plus dynamiques de la zone euro de 2000 à 2007, notamment grâce à l’apport de capitaux étrangers. Mais à l’automne 2009, en pleine crise économique, les problèmes structurels du pays sont mis en lumière : système fiscal défaillant, faible développement industriel… "Si la Grèce n'avait pas eu l'euro, elle aurait pu dévaluer sa monnaie ce qui aurait amoindri les effets de la crise, or avec la monnaie unique la dévaluation n'a pas été une option", pointe Stéphanie Villers.
Selon d'autres économistes toutefois, une dévaluation aurait certes pu redonner de la compétitivité à court terme, mais en renchérissant les importations (énergie, biens alimentaires, médicaments, biens intermédiaires) et donc en pesant in fine sur le pouvoir d'achat des ménages. Elle aurait également alourdi le poids des dettes libellées en euros ou en devises étrangères, au risque d’aggraver la crise bancaire et la défiance des investisseurs. Autrement dit, la dévaluation aurait déplacé une partie de l'ajustement vers l'inflation, les épargnants et les créanciers, sans garantir à elle seule un redressement durable.
L'ajustement s'est donc fait en interne. En mai 2010, Athènes a obtenu des crédits de l'Union européenne et du FMI, à hauteur de 110 milliards d'euros sur trois ans. Un prêt conditionné à la mise en place de mesures structurelles, parfois très lourdes socialement (gel des salaires des fonctionnaires, allongement de la durée de cotisations retraites, hausse de la TVA). Le Parlement grec votera près d'une dizaine de plans d'austérité de 2010 à 2013, provoquant une contestation sociale.
Si la situation économique du pays s'est depuis stabilisée, cet épisode a mis en évidence une contrainte majeure de la zone euro : les États membres ne disposent plus d'une politique monétaire nationale ni de la possibilité de dévaluer leur monnaie pour répondre à un choc propre à leur économie. En contrepartie, l'appartenance à la zone euro offre aussi des protections collectives : intervention de la BCE, accès à des mécanismes européens d’assistance financière et, depuis la crise de la zone euro puis la pandémie, développement d'outils de solidarité et de stabilisation à l'échelle européenne.
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01.04.2026 à 14:23

Les membres de l'Otan contribuent de deux manières au budget de l'Alliance, via un financement direct (quote-part) et de manière indirecte par leurs dépenses de défense nationale. Le financement direct sert à alimenter les budgets et à financer le développement des capacités et l'exécution des programmes qui permettent à l'Alliance de fonctionner et de travailler […]
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Les membres de l'Otan contribuent de deux manières au budget de l'Alliance, via un financement direct (quote-part) et de manière indirecte par leurs dépenses de défense nationale.
Le financement direct sert à alimenter les budgets et à financer le développement des capacités et l'exécution des programmes qui permettent à l'Alliance de fonctionner et de travailler à la réalisation de ses objectifs et de ses priorités.
Les financements indirects correspondent aux dépenses prises en charge par les différents pays membres. Il s'agit des forces et des capacités nationales qui sont mises à la disposition de l'Otan pour des activités de dissuasion et de défense ou des opérations militaires. Ils représentent la partie la plus substantielle du financement de l'Otan.
Les budgets et programmes annuels de l'Otan ont représenté en 2025 environ 4,6 milliards d'euros et pourraient s'élever jusqu'à 5,3 milliards en 2026.
Dans le détail, trois budgets communs sont financés directement par les pays membres : le budget civil (fonctionnement du siège de l'Organisation), le budget militaire (structure de commandement de l'Otan) et le programme Otan d'investissement au service de la sécurité (infrastructure et capacités militaires).
Le plus important est le budget militaire de fonctionnement, doté de 2,4 milliards d'euros pour l'année 2026, contre 528,2 millions d'euros pour le budget civil. Cela représente respectivement une hausse de 2 % et 9 % des dépenses par rapport à 2025. Le dernier budget est le programme d'investissement au service de la sécurité (infrastructures et capacités militaires).
La contribution directe des membres de l'Alliance, ou quote-part, est calculée selon une formule prenant en compte le revenu national brut (RNB) des États. Elle est fixée pour deux ans. De mars 2024 à décembre 2025, les principaux contributeurs de l'UE étaient l'Allemagne, avec une participation à hauteur de 15,9 % du budget commun, la France (10,2 %), l'Italie (8,5 %) et l'Espagne (5,8 %). Les autres États membres de l'UE ont tous une quote-part inférieure à 5 % du budget, voire à 1 % le plus souvent.
Les États-Unis, qui auparavant avaient la contribution la plus importante, contribuent désormais à la même hauteur que les Allemands : 15,9 %.
Pour tous ces pays, les financements directs diminueront légèrement selon les projections pour 2026 et 2027, mais le classement reste identique : l'Allemagne et les États-Unis contribueront à hauteur de 14,9 %, la France à 10,1 %, l'Italie à 8 % et l'Espagne à 5,8 %.
L'Otan ne disposant pas de ses propres forces armées, ce sont les Alliés qui mettent des troupes et du matériel à sa disposition sur une base volontaire. Les contributions des pays diffèrent tant par leur nature que par leur ampleur.
En 2006, les alliés au sein de l'Otan ont fixé la "règle des 2 %", ce qui signifie que chaque État doit consacrer au moins 2 % de son PIB à ses propres dépenses de défense chaque année.
Après que le président américain Donald Trump a critiqué les trop faibles dépenses militaires de certains pays européens, les Alliés se sont engagés, au sommet de La Haye en juin 2025, à porter à 5 % la part de leur PIB consacrée chaque année à leurs dépenses de défense, d'ici 2035. 3,5 % du PIB seraient ainsi affectés chaque année au financement des besoins ayant trait à la défense proprement dite. 1,5 % serait dédié aux investissements visant à protéger leurs infrastructures critiques, défendre leurs réseaux, assurer la préparation du secteur civil et la résilience, libérer le potentiel d’innovation et renforcer leur base industrielle de défense.
En 2025, sur les 23 États de l'UE membres de l'Alliance atlantique, tous respectaient la règle des 2 %. Ils étaient seize en 2024 et seulement neuf en 2023. La Pologne a fourni en 2025 l'équivalent de 4,3 % de son PIB en dépenses militaires, suivie de la Lituanie (4 %), de la Lettonie (3,74 %) et de l'Estonie (3,42 %). La France est loin de ce podium, avec 2,05 % de son PIB consacré aux dépenses militaires. Enfin, le Portugal, la Belgique et l'Espagne se situent à tout juste 2 %.
Le débat relatif au "burden sharing" (partage du fardeau) remonte à des décennies et s'est accentué après la fin de la Guerre froide, lorsque les Européens ont progressivement réduit leurs dépenses de défense. Mais la tendance s'inverse depuis deux ans, en raison notamment de la guerre russo-ukrainienne et des annonces de Donald Trump qui menace de ne pas respecter l'article 5 du Traité de l'Atlantique nord vis-à-vis des pays qui ne consacreraient pas une part suffisante de leur budget à la défense.

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01.04.2026 à 14:06

La contribution budgétaire des États membres de l'Otan prend en compte d'une part, les financements directs des pays (appelés aussi quote-part), lesquels sont utiles au fonctionnement de l'alliance militaire et à l'exécution de ses programmes, et d'autre part, les financements indirects qui correspondent aux dépenses allouées à la défense au niveau national. Il s'agit des […]
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La contribution budgétaire des États membres de l'Otan prend en compte d'une part, les financements directs des pays (appelés aussi quote-part), lesquels sont utiles au fonctionnement de l'alliance militaire et à l'exécution de ses programmes, et d'autre part, les financements indirects qui correspondent aux dépenses allouées à la défense au niveau national. Il s'agit des forces et des capacités de chaque pays membre qui sont mises à la disposition de l'Otan pour des activités de dissuasion et de défense ou des opérations militaires.
Dans les deux cas, les États-Unis sont le plus gros contributeur. Leur contribution au financement direct de l'Otan s'élève en 2025 à 15,9 % (au même niveau que l'Allemagne), tandis que leurs dépenses de défense nationale sont les plus élevées parmi les 32 pays membres de l'Alliance.
A eux seuls, les États-Unis ont dépensé 980 milliards de dollars dans leur défense en 2025, ce qui représente 60 % des dépenses totales de l'ensemble des pays de l'Otan pour la défense. Les 31 autres pays membres ont, à eux tous, dépensé 657 milliards de dollars pour leur défense l'an passé.
À titre de comparaison, l'Allemagne est au deuxième rang de ce classement de dépenses militaires au sein de l'Otan, avec un budget de 120,7 milliards de dollars, devant le Royaume-Uni (92,9 milliards de dollars) et la France (68,9 milliards de dollars). Enfin, les dépenses des 23 États membres de l'UE qui appartiennent à l'Otan atteignent, en cumulé, 495,9 milliards de dollars en 2025.
À la suite de son investiture en janvier 2025, Donald Trump a exhorté les Européens à porter leurs dépenses militaires à hauteur de 5 % de leur PIB national. Pourtant, la Pologne (4,3 %), la Lituanie (4 %), la Lettonie (3,74 %), l'Estonie (3,42 %) et la Norvège, État européen non membre de l'UE (3,2 %) devancent les États-Unis (3,19 %) concernant cet indicateur.
En 2025, sur les 23 États de l'UE membres de l'Otan, tous respectaient la règle des 2 %, fixée au sein de l'Alliance depuis 2006 mais très peu respectée jusqu'alors. Ils étaient seize en 2024 et seulement neuf en 2023.
Ces dernières années l'augmentation la plus spectaculaire a eu lieu en Pologne, qui partage une longue frontière avec la Russie et l'Ukraine. Le pays consacrait 1,86 % de son PIB à la défense en 2014, contre 4,3 % en 2025, soit une hausse de 131 %.
Une part qui devrait continuer d'augmenter partout en Europe, compte tenu de la guerre russo-ukrainienne et du désengagement américain en matière de défense du continent européen. Les Alliés se sont d'ailleurs engagés, lors du sommet de l'Otan de La Haye en juin 2025, à porter à 5 % la part de leur PIB consacrée chaque année à leurs dépenses de défense, d'ici 2035. 3,5 % du PIB seraient ainsi affectés chaque année au financement des besoins ayant trait à la défense proprement dite. 1,5 % serait dédié aux investissements visant à protéger leurs infrastructures critiques, défendre leurs réseaux, assurer la préparation du secteur civil et la résilience, libérer le potentiel d'innovation et renforcer leur base industrielle de défense.

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19.01.2026 à 18:00

Propos hostiles du vice-président américain J.D. Vance durant la Conférence de Munich, suspension de l'aide à l'Ukraine, rapprochement avec la Russie… depuis février 2025, le changement de ton de l’administration américaine est clair. La menace d'un désengagement militaire des États-Unis sur le Vieux Continent n'a jamais été aussi prégnante. De quoi illustrer la dépendance de […]
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Propos hostiles du vice-président américain J.D. Vance durant la Conférence de Munich, suspension de l'aide à l'Ukraine, rapprochement avec la Russie… depuis février 2025, le changement de ton de l’administration américaine est clair. La menace d'un désengagement militaire des États-Unis sur le Vieux Continent n'a jamais été aussi prégnante.
De quoi illustrer la dépendance de l'Europe vis-à-vis de Washington et son incapacité à se défendre elle-même ? Bien sûr, les États-Unis jouent un rôle déterminant dans la protection des Européens à travers l'Otan (Organisation du traité de l'Atlantique Nord), où ils occupent une position centrale. Car l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord, signé par les 32 membres de l'organisation, prévoit une assistance mutuelle si l'un d'entre eux était agressé. Mais affirmer que la défense européenne n'est rien sans l'Alliance atlantique apparaît comme une simplification des réalités militaires en Europe, qu'elles soient nationales ou communes.
Souvent considérée comme la plus puissante au monde, l'armée américaine compte plus de 1,3 million de militaires d'active, avec près de 800 000 réservistes. Elle est par ailleurs dotée d'une puissance de frappe atomique très importante. Selon un rapport de 2025 de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), 5 177 ogives nucléaires seraient en possession des États-Unis. Sans compter du matériel et des équipements militaires très développés et à la pointe de la technologie.
Depuis la création de l'Otan en 1949, ce gigantisme de l'armée des États-Unis a su convaincre les Européens, de l'Ouest d'abord, puis de l'Est après la Guerre froide, du bien-fondé du parapluie militaire américain pour garantir leur sécurité. Rien d'étonnant donc à ce que 30 pays européens, dont 23 États membres de l'Union européenne, en fassent aujourd'hui partie.
Derniers venus, la Finlande en 2023 et la Suède en 2024. En réaction à l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, et à la menace que Moscou fait peser sur leur sécurité, ces pays ont ainsi rompu avec leur neutralité historique. Deux adhésions qui témoignent de l'importance accordée par les Européens à l'Alliance atlantique pour assurer leur défense.
Si leur taille est modeste en comparaison avec l'armée américaine, les forces nationales de défense en Europe sont loin d'être dérisoires. Parmi les États membres de l'Union européenne, quatre comptent plus de 150 000 militaires d'active : la Pologne (202 100), la France (200 000), l'Allemagne (181 600) et l'Italie (165 500).
Surtout, la France fait partie des rares puissances nucléaires dans le monde. Elle disposerait de 290 ogives nucléaires. Une quantité bien inférieure à celle des États-Unis et de la Russie, avec ses 5 459 ogives. Mais l'Hexagone se classe tout de même au quatrième rang mondial, derrière la Chine (600 ogives). Ce qui permet aux Vingt-Sept, liés depuis le traité de Lisbonne en 2009 par une clause de défense mutuelle (article 42.7) analogue à l'article 5 du traité de l'Otan, d'être aussi associés à une force européenne de dissuasion nucléaire.
La France est également la seule parmi les Vingt-Sept à être membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, instance au cœur des questions de sécurité internationale, aux côtés des États-Unis, de la Chine, de la Russie et du Royaume-uni. Ce dernier a quitté l'UE en 2020, mais reste un proche partenaire des Vingt-Sept. Et il tient une place particulière en Europe en matière de défense : membre de l'Otan et pourvu de l'arme atomique, le Royaume-Uni possède l'une des armées les plus puissantes au monde.
Depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, les États membres de l'UE ont par ailleurs fortement augmenté leur budget militaire et ainsi musclé leur sécurité collective.
La menace russe et le détournement des États-Unis de ses alliés historiques ont précipité la réflexion autour d'une véritable politique européenne de défense, complémentaire de l'Otan. Des initiatives communes en ce sens ont toutefois vu le jour dès la fin des années 1990.
À partir de 2003, l'UE a mené des missions militaires de gestion des crises dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Les Etats membres ont ainsi dépêché hors des frontières européennes des soldats agissant au nom de l'Union. 40 opérations de ce type ont ainsi été lancées depuis plus de 20 ans, que ce soit en Bosnie-Herzégovine, au large des côtes somaliennes ou encore dans la mer rouge. Mais, comme le souligne la Fondation Schuman, l’effectif des opérations de l’Union européenne tourne autour de 5 000 personnes, contre plusieurs dizaines de milliers pour les grandes opérations de l'Otan. Depuis le début de la guerre en Ukraine, 40 000 soldats internationaux ont ainsi été déployés sur le flanc est de l'Alliance, de la Finlande à la Bulgarie. La fondation rappelle aussi que la plupart des missions européennes sont des missions civiles ou civilo-militaires.
En parallèle de ces missions européennes, les Vingt-Sept cherchent aussi à renforcer leurs capacités militaires et leur industrie de défense. En janvier 2026, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a par ailleurs annoncé un renouvellement de la stratégie de défense de l'Union. "Dans le contexte actuel de sécurité et de défense, nous avons décidé qu’il était temps, durant votre présidence, de mettre en place une nouvelle stratégie européenne de sécurité", a-t-elle déclaré lors d’une allocution à Limassol, à l'occasion du lancement de la présidence chypriote du Conseil.
Pour contrer les menaces qui pèsent sur l'intégrité du continent et muscler la défense des États européens, la Commission a également proposé le 4 mars 2025 le plan "ReArm Europe" ("Réarmer l'Europe"), un programme qui devrait permettre de mobiliser près de 800 milliards d'euros, dont 150 milliards sous forme de prêts à disposition des Vingt-Sept. Rebaptisé quelques mois plus tard, "Readiness 2030", ce plan vise à rétablir les capacités militaires et industrielles de l'UE d'ici la fin de la décennie. Bruxelles a ainsi proposé en juillet 2025, une série de mesures juridiques et réglementaires pour accélérer la production de matériel militaire, faciliter les investissements et lever les freins au développement du marché européen de la défense.
Bien que la défense européenne se construise petit à petit, elle est toutefois loin de remplacer l'Otan et agit pour l'instant plutôt en complémentarité. Comme le résumait l'historienne spécialiste des questions de défense Nicole Gnesotto en 2022, "l’Otan reste le forum prioritaire pour la défense de l’Europe, alors que la politique de défense européenne consiste à gérer les crises extérieures à l’Europe". Et la spécialiste d'affirmer : "La vraie condition pour que l’Europe soit un acteur militaire efficace, c’est que les pays de l’UE en soient d’accord. Ce qui manque, c’est très souvent la volonté politique et non les capacités".

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06.11.2025 à 12:30

Seule institution de l'UE dont les membres sont élus au suffrage universel direct depuis 1979, le Parlement européen continue parfois de souffrir d’un manque de considération. À sa naissance en 1957, il n'est certes qu'une assemblée sans réel pouvoir. Il est d'ailleurs composé de parlementaires nationaux, délégués par leurs parlements respectifs. Mais au fil des […]
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Seule institution de l'UE dont les membres sont élus au suffrage universel direct depuis 1979, le Parlement européen continue parfois de souffrir d’un manque de considération.
À sa naissance en 1957, il n'est certes qu'une assemblée sans réel pouvoir. Il est d'ailleurs composé de parlementaires nationaux, délégués par leurs parlements respectifs. Mais au fil des années, le Parlement européen va progressivement gagner en compétence et en autonomie. Il conserve toutefois un certain nombre de différences avec l'Assemblée nationale.
Une des différences souvent soulignée entre députés nationaux et européens est la capacité à proposer des textes de lois. Au sein de l'Union européenne, c'est la Commission européenne (l'exécutif européen) qui dispose de l'initiative législative. Et pour cela, celle-ci doit généralement suivre les orientations définies par le Conseil européen, qui rassemble les chefs d'État et de gouvernement des pays membres. La Commission soumet ensuite ses propositions de "lois" (directives ou règlements pour l'essentiel) au Conseil de l'UE et au Parlement européen en vue de leur adoption.
Côté français en revanche, les députés de l'Assemblée nationale, tout comme les sénateurs, peuvent déposer eux-mêmes des "propositions de lois" et ne s'en privent pas. Au cours de la XVIe législature (juin 2022 - juin 2024), 1 260 textes ont ainsi été proposés par les parlementaires français (178 par les sénateurs).
Bien que les députés européens ne disposent pas sur le papier d'un tel pouvoir, la réalité est plus nuancée. D'une part, les députés nationaux partagent ce pouvoir avec le gouvernement. Or si ce dernier n'a déposé que 120 "projets de lois" pendant cette période, la majorité de la législation française est plutôt d'origine gouvernementale : 81 textes (57 %) arrivés à terme sont issus du gouvernement, contre 60 issus de parlementaires.
D'autre part, le Parlement européen peut tout de même inviter la Commission à élaborer une proposition sur un sujet particulier, en adoptant un rapport d'initiative législative (article 225 du traité sur le fonctionnement de l'UE). L'exécutif européen est alors libre de suivre ou non la proposition, mais s'engage à présenter "une proposition législative dans un délai d'un an" ou à inscrire celle-ci "dans son programme de travail de l’année suivante". En cas de refus, il doit "en précise[r] les motifs circonstanciés au Parlement", précise un accord-cadre entre les deux institutions. Et d'après une étude menée par le service de recherche du Parlement européen (EPRS) couvrant le mandat 2019 - 2024, la Commission a fait 23 propositions législatives, satisfaisant 33 des 58 demandes des eurodéputés.
Dans le cadre de la procédure législative ordinaire, qui concerne un grand nombre de domaines, le Parlement européen et le Conseil de l'UE sont sur un pied d’égalité pour amender et adopter des nouvelles mesures européennes. Toutes les lois doivent être votées par les deux institutions avant d'entrer en vigueur.
Le Parlement européen peut d'ailleurs être ambitieux et modifier en profondeur les textes proposés par la Commission européenne. Pour ne citer que quelques exemples, le Parlement européen a par exemple musclé certaines dispositions du règlement européen sur les services numériques (DSA), qui vise à combattre les produits et les contenus illicites en ligne. Les eurodéputés y ont ajouté par la voie d'amendements l'interdiction de la publicité ciblant les mineurs.
Le Parlement européen peut en revanche être considéré par certains comme un "purgatoire médiatique", où il est plus difficile de faire parler de soi. Ce qui n'empêche pas de nombreux parlementaires européens de considérer que leur rôle a une influence notable sur la vie des citoyens. Certains parviennent aussi à faire entendre leurs voix depuis Bruxelles ou Strasbourg, à l'image de Manon Aubry (La Gauche), Pascal Canfin (Renew) ou Raphaël Glucksmann (S&D).
À l'inverse de l'Assemblée nationale, le Parlement européen n'a cependant pas le dernier mot pour adopter un texte seul. Une approbation du Conseil de l'Union européenne, qui représente les 27 États membres, est inévitable pour entériner un projet européen.
Dans les faits, le Conseil de l'UE peut d'ailleurs bloquer un tel projet sur une période indéterminée. Ce qui arrive notamment lorsque ses membres ne parviennent pas à s'accorder… par exemple, un projet de directive visant à mettre fin au changement d'heure est entre les mains du Conseil de l'UE depuis 2019 et ne peut avancer tant que l'institution ne se prononce pas.
Dans plusieurs domaines par ailleurs, certaines décisions ne relèvent pas de la procédure ordinaire. Comme en matière de fiscalité ou de sécurité, où le Parlement européen n'a qu'un pouvoir de véto et ne peut pas amender les projets législatifs.
En matière budgétaire aussi, le pouvoir du Parlement européen connait quelques limites. Le budget annuel sur lequel il se prononce est plafonné par un cadre financier pluriannuel de sept ans, largement déterminé par les États membres. Contrairement à l'Assemblée nationale, qui de son côté se prononce sur un budget non contraint.
Contrairement aux députés français à Paris, les eurodéputés jouissent en revanche d'une totale autonomie vis-à-vis de l'exécutif. "Le parlementaire européen est un homme libre, maître de son bulletin de vote", écrivait en 2019 Jean-Louis Bourlanges (MoDem), ancien député des Hauts-de-Seine (2017-2024), après avoir été eurodéputé pendant près de 19 ans.
L'autonomie des députés européens peut également se faire sentir au sein de leur groupe politique, où se côtoient plusieurs nationalités et donc des sensibilités différentes. Malgré des consignes de vote communes au groupe, il est fréquent (et admis) de voir des voix dissidentes. En témoigne par exemple les vote sur le Pacte européen sur la migration et l'asile en avril 2024. Les eurodéputés français des groupes S&D (socialistes et démocrates) et PPE (Parti populaire européen) ont tous voté contre une majorité des textes du paquet. À contre-courant de la plupart des autres membres de leurs groupes respectifs.
Du côté de l'Assemblée nationale, le groupe politique dont est issu le gouvernement a de plus grandes chances d'obtenir une majorité absolue. Le mode de scrutin de la Ve République favorise en effet l'émergence de telles majorité solides. L'opposition est donc généralement plus encline à s'opposer d'une seule et même voix aux textes.
L'argument semble toutefois moins valable depuis les deux derniers renouvellement de la chambre en 2022 puis en 2024, où aucun groupe ne détient la majorité, rendant plus que jamais nécessaire la recherche de compromis sur chaque projet ou proposition de loi. Comme au Parlement européen donc, et comme dans beaucoup de parlements nationaux, où la culture du compromis est beaucoup plus présente.
La Constitution française prévoit que l'Assemblée nationale peut adopter une motion de censure ou "désapprouver le programme ou une déclaration de politique générale du gouvernement". Deux situations qui entraînent sa démission. Sur la centaine de motions déposées sous la Ve République, deux ont été adoptées : en 1962, conduisant à la démission du gouvernement Pompidou, puis en décembre 2024 faisant chuter celui de Michel Barnier.
Le Parlement européen dispose d'un pouvoir similaire. Selon le traité sur l'Union européenne, il "exerce des fonctions de contrôle politique". Les eurodéputés peuvent adopter une motion de censure pour obliger les membres de la Commission à "démissionner collectivement de leurs fonctions". Une dizaine de tentatives ont été menées depuis 1999, mais aucune d'elles n'ont jamais abouti. La menace d'un tel scénario en 1999 a tout de même poussé la Commission dirigée par Jacques Santer à démissionner.
En revanche, si l'Assemblée nationale peut être dissoute par le président de la République (ce qui s'est produit à 6 reprises sous la Ve République), le Parlement européen est à l'abri d'une telle menace.
Enfin, les eurodéputés se démarquent des parlementaires français d'une autre manière : ils sont chargés d'élire le président de la Commission européenne, sur proposition des chefs d’États et de gouvernement. Le Parlement européen procède également à des auditions de chaque commissaire désigné. Ce qui n'est pas une formalité, certains n'ayant effectivement pas franchi cette étape en 2019. Les eurodéputés procèdent enfin à un vote pour valider l'ensemble du collège.

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05.08.2025 à 12:10

"Non, l’Europe n’impose pas seule les taux de TVA en France !". C'est par ces quelques mots que la Commission européenne a éteint un début de polémique autour de la hausse des factures de gaz et d’électricité des Français. Depuis le 1er août, le gouvernement a relevé la TVA sur les abonnements énergétiques de 5,5 % […]
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"Non, l’Europe n’impose pas seule les taux de TVA en France !". C'est par ces quelques mots que la Commission européenne a éteint un début de polémique autour de la hausse des factures de gaz et d’électricité des Français.
Depuis le 1er août, le gouvernement a relevé la TVA sur les abonnements énergétiques de 5,5 % à 20 %. Cette mesure, prévue par la loi de finances 2025, a été prise pour se mettre en conformité avec le droit européen, qui impose des taux de TVA uniformes pour un même service. Certains pays ont ainsi choisi d'harmoniser à des taux plus bas, comme la Belgique (6 %) ou l'Italie (10 %).
Concrètement, cette nouvelle taxation ne s’applique que sur le prix de l’abonnement, toujours fixe quelle que soit la consommation. La baisse de deux autres taxes sur la consommation devrait contrebalancer cette hausse. Si les usagers craignent une hausse des prix, certains y voient surtout une mesure imposée par Bruxelles.
En matière de politique fiscale, les États membres de l’Union européenne conservent, de manière générale, une grande partie de leur compétence. Concernant la TVA en revanche, l’UE dispose d’une compétence plus étendue. L'objectif : assurer le bon fonctionnement du marché intérieur, ce dernier relevant de la compétence partagée de l’Union avec les États membres.
L’UE a mis en place en 2006 une directive afin d’éviter des taux de TVA trop différents entre les États. Ce texte fixe un seuil minimal du taux normal, en deçà duquel les États ne peuvent pas descendre. Celui-ci est fixé à 15 %. En revanche, l’Union ne fixe aucun plafond en la matière : chaque pays est libre de le fixer au-dessus du seuil minimal de 15 %.
Ainsi, "le taux normal de TVA le plus bas dans l’Union aujourd’hui est celui fixé à 17 % par le Luxembourg et le plus haut est celui fixé à 27 % par la Hongrie", indique l'exécutif européen dans son communiqué, rappelant expressément que "l’Europe n’impose pas seule les taux de TVA en France" comme aux autres.
En matière de TVA, la fixation des taux appliqués aux biens et services dans chaque État-membre résulte toujours de la combinaison de règles européennes adoptées par les États membres au niveau européen et de décisions politiques prises ensuite dans chaque État membre, en fonction de ses propres politiques fiscales.
Les Vingt-Sept peuvent aussi choisir d'appliquer des taux réduits sur certains biens et services, selon l’article 98 de la même directive, jusqu'à 5 % au minimum. La liste concernée couvre notamment des "produits alimentaires, des produits de protection hygiénique féminine, des livres, de la construction de logements sociaux, [ainsi] que la fourniture d’électricité et de gaz".
La France, elle, "a fixé deux taux réduits : un a 10 % et un autre à 5,5 %", écrit la Commission. À titre d'exemple, le taux réduit à 10 % s'applique aux droits d’entrée dans les cinémas, aux fêtes foraines ou encore à la location meublée, tandis que celui de 5,5 % vise les denrées alimentaires ou les services aux personnes handicapées. Certains pays bénéficient aussi de dérogations spéciales : s’ils avaient au 1er janvier 1991 des taux inférieurs à 5 % sur certains produits, ils ont pu les garder et les maintenir à ce taux-là. En France, le taux de TVA est ainsi "super-réduit" à 2,1 % pour les médicaments remboursables, les journaux, ou encore les billets de théâtre.
Cependant, jusqu’au 1er août 2025, la France appliquait une double taxation non conforme au droit européen : la TVA sur l’abonnement énergétique, qui correspond à la part fixe de la facture liée à l’accès au réseau, était à 5,5 %, alors que la TVA sur la consommation, la part variable basée sur l’énergie utilisée, était à 20 %. Cette différence de taux pour un même type de service était contraire aux règles européennes. Dans un arrêt du 18 janvier 2018, la Cour de justice de l'Union européenne a affirmé qu’une prestation unique composée d’un élément principal et d’un élément accessoire doit être taxée au même taux de TVA.
Face à cette situation, la France aurait donc pu choisir d’harmoniser ses taux en réduisant la TVA sur la consommation d’énergie. Au lieu de cela, elle a opté pour aligner tous les taux à 20%. Pour limiter l'impact de cette hausse sur la facture finale des consommateurs, deux autres taxes ont été diminuées : l’accise, taxe sur la consommation, est passée de 33,70 €/MWh à 29,98 €/MWh, et le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE) a également été réduit légèrement.
En définitive, l’Union européenne n’a pas contraint Paris à augmenter la TVA sur les abonnements de gaz et d’électricité à 20 %. Elle a seulement exigé une harmonisation des taux.

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