"Après moi, le déluge", troisième création du collectif depuis leur nomination à la tête du centre chorégraphique du ballet national de Marseille en 2019, est une succession de tableaux aux tonalités sombres et dystopiques, enchaînés sans narration et présentés mardi et mercredi dans ce grand rendez-vous de la danse contemporaine.
Nourrie d’une imposante scénographie associée à quelques rares instants chorégraphiés, cette nouvelle pièce vient clôturer une trilogie après "Room With a View" (2020) puis "Age Of Content" (2023).
C’est une "fable contemporaine", une pièce qui "traverse une vingtaine de thèmes", ont indiqué les membres de (La)Horde lors d'une conférence de presse donnée à Montpellier le matin de la première, évoquant pêle-mêle des sujets bien ancrés dans notre époque, "la course vers la jeunesse éternelle, la révolte, le soin de l’autre, la prise de pouvoir sur les corps".
Connu du grand public pour ses mises en scène de la tournée Lux de la chanteuse Rosalía, du Celebration Tour de Madonna ou plus récemment pour avoir réalisé les derniers clips de la chanteuse Angèle, (La)Horde a été créé il y a 13 ans par Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel, trois amis qui préfèrent être systématiquement cités par le nom de leur collectif "fondé sur un socle de valeurs communes qui nous habite dans notre vie de citoyen et dans l'art que l'on co-construit".
Sur une scène dont le centre a été éventré, les danseurs surjouent à travers le filtre d'une caméra, les images en direct plongeant le spectateur dans un voyeurisme oppressant. Puis, la scène se soulève. Un monde complètement inconnu apparaît, emprunté à la science-fiction de l'auteur français Alain Damasio, auteur de "La horde du contrevent" dont le titre a inspiré le collectif, qui a apporté son "regard extérieur" pour cette création.
Présent anxiogène
"On pourrait croire qu'avec le titre, +Après moi, le déluge+, on parle du futur", expliquent à l'AFP les membres de (La)Horde lors d'une interview donnée à Paris. Mais on parle d'un présent très anxiogène", ajoutant que cette pièce comporte "des plongées dans les abysses de nos sociétés parfois inquiétantes, mais aussi beaucoup de souffle, de respiration, de lutte et d'espoir".
Empruntant davantage de codes au théâtre que lors de leurs précédentes créations, le collectif s’est essayé, par l'utilisation de masques en silicone, à illustrer la monstruosité du "capitalisme", mais aussi "la nôtre" ou celle des "hommes", dénonçant l'extrême droite comme "le monstre par excellence".
"Dans cette pièce, on explore l'artifice, la prothèse. Ce sont des astuces de théâtre qui nous donnent la possibilité de créer une certaine distance avec ce que l’on voit et nous permettent des images assez monstrueuses", a souligné le collectif, citant la "Commedia dell'arte" et l'art grotesque comme références.
Malgré une scénographie poussée et un engagement sans faille des 12 "dans-heureuses et dans-heureux" tels que les membres du ballet sont nommés, "Après moi, le déluge" a divisé le public avec des spectateurs conquis criant au génie et ceux plus circonspects évoquant un "ennui profond". Quelques huées ont ainsi accompagné de généreux applaudissements.
Selon le collectif, cette première version de la pièce pourra "évoluer" au fil des représentations. Les suivantes sont prévues du 5 au 8 juillet au Festival de Marseille, puis en tournée en Allemagne, en Italie, en Espagne avec un passage par le théâtre de la Ville à Paris, du 5 au 12 septembre, avant une tournée française.