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INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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15.04.2026 à 10:56

Un pontificat en recomposition : bilan de la première année de Léon XIV entre repositionnement diplomatique, tensions transatlantiques et recentrage africain

Coline Laroche              
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Un an après son élection, le pontificat de Léon XIV s’inscrit dans une phase de reconfiguration progressive de la diplomatie pontificale et, plus largement, du rôle du Saint-Siège dans les relations internationales contemporaines. Loin de constituer une rupture doctrinale ou institutionnelle majeure, cette première année apparaît plutôt comme un moment d’ajustement stratégique, caractérisé par une redéfinition des modes d’intervention du pape sur la scène internationale, par une recomposition des relations avec les grandes puissances – au premier rang desquelles les États-Unis – et par un déplacement assumé du centre de gravité ecclésial vers le Sud global. Dans cette perspective, le voyage africain du printemps 2026 ne peut être compris comme un simple déplacement pastoral : il constitue un moment de cristallisation de ces dynamiques, révélateur des tensions et des orientations d’un pontificat encore en ouverture. La première inflexion notable concerne la transformation du registre diplomatique du Saint-Siège. Léon XIV n’a pas bouleversé la diplomatie vaticane, mais en a changé la grammaire. Cette modification, qui peut sembler stylistique, renvoie en réalité à une évolution plus profonde des modalités d’exercice de l’autorité pontificale dans un environnement international marqué par la fragmentation des normes et la remise en cause du multilatéralisme. Là où le pontificat précédent s’inscrivait dans une logique que l’on pourrait qualifier de « protestataire et militante », à bien des égards contraire à l’exercice diplomatique, reposant sur la dénonciation publique des injustices et sur une forte exposition médiatique, Léon XIV privilégie une approche plus institutionnelle, centrée sur la médiation, la négociation et l’inscription de ses prises de position dans un cadre juridique universel. Cette orientation s’est manifestée de manière particulièrement nette lors du premier déplacement en Turquie et au Liban, au cours duquel le pape a systématiquement mobilisé le langage du droit international et des droits fondamentaux pour structurer ses […]

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Texte intégral (1681 mots)

Un an après son élection, le pontificat de Léon XIV s’inscrit dans une phase de reconfiguration progressive de la diplomatie pontificale et, plus largement, du rôle du Saint-Siège dans les relations internationales contemporaines. Loin de constituer une rupture doctrinale ou institutionnelle majeure, cette première année apparaît plutôt comme un moment d’ajustement stratégique, caractérisé par une redéfinition des modes d’intervention du pape sur la scène internationale, par une recomposition des relations avec les grandes puissances – au premier rang desquelles les États-Unis – et par un déplacement assumé du centre de gravité ecclésial vers le Sud global. Dans cette perspective, le voyage africain du printemps 2026 ne peut être compris comme un simple déplacement pastoral : il constitue un moment de cristallisation de ces dynamiques, révélateur des tensions et des orientations d’un pontificat encore en ouverture.

La première inflexion notable concerne la transformation du registre diplomatique du Saint-Siège. Léon XIV n’a pas bouleversé la diplomatie vaticane, mais en a changé la grammaire. Cette modification, qui peut sembler stylistique, renvoie en réalité à une évolution plus profonde des modalités d’exercice de l’autorité pontificale dans un environnement international marqué par la fragmentation des normes et la remise en cause du multilatéralisme. Là où le pontificat précédent s’inscrivait dans une logique que l’on pourrait qualifier de « protestataire et militante », à bien des égards contraire à l’exercice diplomatique, reposant sur la dénonciation publique des injustices et sur une forte exposition médiatique, Léon XIV privilégie une approche plus institutionnelle, centrée sur la médiation, la négociation et l’inscription de ses prises de position dans un cadre juridique universel.

Cette orientation s’est manifestée de manière particulièrement nette lors du premier déplacement en Turquie et au Liban, au cours duquel le pape a systématiquement mobilisé le langage du droit international et des droits fondamentaux pour structurer ses interventions. En recourant à ce registre, il opère une traduction de la morale catholique en normes universalisables, susceptibles d’être entendues par des acteurs étatiques souvent réticents à toute interpellation confessionnelle. Cette stratégie permet au Saint-Siège de préserver sa capacité d’influence dans des contextes politiques contraints, en évitant la confrontation directe tout en maintenant une forme de pression normative indirecte. Elle confère également au pape une position d’arbitre, fondée sur une prétention à l’universalité qui ne passe plus exclusivement par la référence théologique, mais par l’invocation de principes juridiques partagés.

Toutefois, cette diplomatie de la discrétion et de la normativité implicite n’est pas exempte d’ambiguïtés. D’une part, elle peut apparaître moins lisible, voire moins mobilisatrice, dans un espace médiatique globalisé où la visibilité constitue une ressource essentielle. D’autre part, elle se heurte à la persistance d’un déséquilibre structurel entre l’autorité morale du Saint-Siège et son absence de moyens coercitifs. Le bilan de cette première année souligne ainsi le caractère encore limité des résultats obtenus dans les grands conflits internationaux, confirmant que le Vatican demeure une « puissance morale » dont l’influence dépend largement de la réceptivité des acteurs étatiques. Léon XIV semble dès lors engagé dans une tentative délicate : transformer une diplomatie de témoignage en une diplomatie d’influence effective, sans disposer des instruments classiques de la puissance.

Dans ce contexte, les relations avec les États-Unis constituent un révélateur particulièrement éclairant des tensions contemporaines entre religion et politique. L’émergence d’un catholicisme nord-américain traversé par des courants post-libéraux, critiques du pluralisme et du libéralisme culturel, entre en résonance avec certaines orientations politiques portées par Donald Trump. Ce dernier incarne une vision du monde fondée sur la souveraineté nationale, la centralité des identités et une instrumentalisation assumée du religieux dans le champ politique. À l’inverse, Léon XIV s’inscrit dans une logique universaliste, articulée autour du droit international, de la dignité humaine et du multilatéralisme.

Cette divergence ne se traduit pas nécessairement par des affrontements explicites, mais par un décalage croissant des cadres normatifs et des registres discursifs. Là où l’administration américaine privilégie une approche transactionnelle et conflictuelle des relations internationales, le Saint-Siège propose une vision régulée, fondée sur des principes et des normes. Les prises de position pontificales sur les migrations, les minorités religieuses ou la protection des droits fondamentaux s’inscrivent ainsi en tension implicite avec certaines politiques américaines, sans pour autant donner lieu à des confrontations directes. Cette tension est d’autant plus significative que Léon XIV apparaît comme un pape « post-occidental », attentif aux dynamiques du Sud global et soucieux de relativiser la centralité historique de l’Occident dans la gouvernance de l’Église.

C’est précisément dans ce déplacement du regard que s’inscrit le voyage africain du printemps 2026. Celui-ci doit être analysé à l’aune d’un basculement structurel du catholicisme mondial, marqué par la croissance démographique et institutionnelle des Églises du Sud. Avec environ 281 millions de fidèles et une part croissante des vocations sacerdotales, l’Afrique s’impose désormais comme un pôle central du catholicisme global. Cette évolution ne se limite pas à une dimension quantitative ; elle s’accompagne d’une transformation qualitative des formes de présence ecclésiale et des modes d’articulation entre religion et société.

Le choix des pays visités (de l’Algérie à l’Angola en passant par le Cameroun) permet de mettre en lumière la diversité des configurations africaines. Il révèle l’existence de plusieurs modèles de catholicisme : une Église minoritaire et discrète dans des contextes majoritairement musulmans, une Église médiatrice dans des sociétés traversées par des conflits, et une Église majoritaire participant activement à la structuration du lien social. Cette pluralité souligne la plasticité du catholicisme, mais aussi les défis que pose le maintien de son unité dans des contextes culturels et politiques différenciés.

Au-delà de cette diversité, l’Afrique apparaît comme un espace d’expérimentation et de redéfinition du catholicisme contemporain. Les Églises africaines se caractérisent par une forte visibilité sociale, un ancrage communautaire marqué et une capacité d’intervention dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la médiation politique. Elles incarnent un catholicisme public, souvent plus affirmé doctrinalement que dans les sociétés occidentales sécularisées. Cette situation favorise des convergences partielles avec certaines critiques contemporaines du libéralisme culturel, tout en restant profondément enracinée dans des enjeux locaux liés au développement, à la gouvernance et à la gestion des conflits.

Le voyage pontifical met également en évidence l’existence de circulations intellectuelles transnationales, notamment entre l’Afrique et l’Amérique du Nord. Certaines figures africaines, à l’instar du cardinal Robert Sarah, participent à des réseaux où s’élaborent des critiques du relativisme et des réflexions sur le bien commun. Toutefois, ces circulations ne doivent pas être interprétées comme une simple diffusion de modèles idéologiques. Elles font l’objet de réappropriations et d’hybridations, donnant lieu à des configurations originales où se combinent traditions locales, doctrine sociale de l’Église et influences extérieures.

Dans cette perspective, l’Afrique ne peut être réduite à un simple réservoir démographique ou à un terrain d’expérimentation. Elle apparaît de plus en plus comme un acteur à part entière de la recomposition du catholicisme mondial, susceptible d’influencer les orientations doctrinales et pastorales de l’Église. Le déplacement de Léon XIV participe de cette reconnaissance, tout en posant la question des équilibres internes de l’institution. Comment maintenir l’unité d’une Église de plus en plus diverse dans ses pratiques, ses priorités et ses ancrages culturels ? Cette interrogation, déjà présente dans les pontificats précédents, prend une acuité particulière dans le contexte actuel de post-synodalité.

En définitive, le bilan de la première année de Léon XIV met en évidence un pontificat en construction, marqué par une volonté de repositionnement stratégique du Saint-Siège dans un monde en recomposition. La transformation de la diplomatie pontificale, les tensions avec les États-Unis et le recentrage africain ne constituent pas des dynamiques indépendantes, mais les différentes facettes d’un même processus. Le pape ne cherche pas seulement à adapter l’Église aux évolutions du système international ; il tente également de redéfinir les conditions de son unité et de son influence.

Le voyage africain apparaît dès lors comme un moment charnière, à la fois bilan et projection. Il clôt une première phase d’ajustement et ouvre un pontificat appelé à se déployer dans un environnement marqué par l’incertitude et la pluralisation des normes. Léon XIV ne se présente pas comme un acteur de rupture, mais comme un opérateur de recomposition, cherchant à maintenir une capacité d’arbitrage dans un système international où les repères traditionnels sont en voie de transformation. L’enjeu, pour les années à venir, sera de savoir si cette stratégie permettra au Saint-Siège de conserver une influence significative, ou si elle restera cantonnée à une fonction symbolique dans un ordre mondial de plus en plus fragmenté.

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14.04.2026 à 17:27

Retour sur mon débat avec Ousmane Sonko

Déborah Yapi
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La semaine dernière, j’étais à Dakar pour débattre aux côtés du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko, lors d’une conférence consacrée aux transformations de l’ordre international et à la souveraineté. Un sujet plus que jamais d’actualité, alors que la puissance américaine remet en cause les équilibres mondiaux. Ousmane Sonko tranche avec beaucoup de dirigeants africains : il bénéficie d’un lien fort avec la jeunesse et porte une vision claire de la souveraineté, loin des logiques de corruption ou des accessions au pouvoir par la force que l’on observe ailleurs sur le continent. Cette invitation a suscité des critiques, notamment en raison de la récente loi durcissant la pénalisation de l’homosexualité au Sénégal ; c’est une loi qui ne correspond pas aux valeurs que je défends. Pour autant, le débat contradictoire reste nécessaire, et le Sénégal est un État souverain. Ousmane Sonko parait incarner un espoir réel pour son pays, malgré les défis structurels et financiers considérables. Contrairement à ce qu’on entend parfois, il n’est pas antifrançais : il défend la souveraineté du Sénégal et nous invite à repenser nos relations sur de nouvelles bases.

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La semaine dernière, j’étais à Dakar pour débattre aux côtés du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko, lors d’une conférence consacrée aux transformations de l’ordre international et à la souveraineté. Un sujet plus que jamais d’actualité, alors que la puissance américaine remet en cause les équilibres mondiaux.

Ousmane Sonko tranche avec beaucoup de dirigeants africains : il bénéficie d’un lien fort avec la jeunesse et porte une vision claire de la souveraineté, loin des logiques de corruption ou des accessions au pouvoir par la force que l’on observe ailleurs sur le continent.

Cette invitation a suscité des critiques, notamment en raison de la récente loi durcissant la pénalisation de l’homosexualité au Sénégal ; c’est une loi qui ne correspond pas aux valeurs que je défends. Pour autant, le débat contradictoire reste nécessaire, et le Sénégal est un État souverain.

Ousmane Sonko parait incarner un espoir réel pour son pays, malgré les défis structurels et financiers considérables. Contrairement à ce qu’on entend parfois, il n’est pas antifrançais : il défend la souveraineté du Sénégal et nous invite à repenser nos relations sur de nouvelles bases.

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14.04.2026 à 17:05

Macron’s State Visit and the Case for a Deeper Korea-France Security Partnership

Coline Laroche              
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President Macron’s first visit to South Korea in nearly a decade opens a window for structural defence cooperation – from conventional arms to submarine propulsion – that neither side can afford to miss. When French President Emmanuel Macron touched down in Seoul on April 2, the optics were unmistakable. Coming just a month after his landmark speech at the Île Longue naval base — in which he announced the first increase in France’s nuclear warhead count since 1992 and unveiled a doctrine of dissuasion avancée — the French president’s arrival on the Korean Peninsula was not routine diplomacy. It was a strategic signal.

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President Macron’s first visit to South Korea in nearly a decade opens a window for structural defence cooperation – from conventional arms to submarine propulsion – that neither side can afford to miss.

When French President Emmanuel Macron touched down in Seoul on April 2, the optics were unmistakable. Coming just a month after his landmark speech at the Île Longue naval base — in which he announced the first increase in France’s nuclear warhead count since 1992 and unveiled a doctrine of dissuasion avancée — the French president’s arrival on the Korean Peninsula was not routine diplomacy. It was a strategic signal.

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14.04.2026 à 14:56

Ce que les élections hongroises nous apprennent de l’Union européenne

Coline Laroche              
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Les élections tenues en Hongrie le 12 avril 2026, qui ont conduit à la défaite de Viktor Orbán après plus de seize années au pouvoir, ont fait couler beaucoup d’encre en Europe comme dans le reste du monde. Un tel intérêt peut surprendre. Comment le scrutin d’un petit pays de moins de dix millions d’habitants a-t-il pu à ce point capter l’attention non seulement des capitales européennes, mais aussi de Moscou, de Washington et sans doute de Pékin ? La réponse à cette question ne se trouve pas à Budapest, mais à Bruxelles. Elle éclaire sur les effets indirects, mais très concrets, que le fonctionnement de l’Union européenne (l’UE) exerce bien au-delà du Vieux continent. L’attention portée aux élections hongroises était en réalité parfaitement justifiée. La chute de Viktor Orbán est susceptible d’avoir des répercussions importantes à plusieurs niveaux : sur le fonctionnement de l’UE, sur les équilibres politiques internes des États membres, sur les États-Unis et leurs relations avec les Européens, sur la guerre en Ukraine et, plus largement, sur les capacités d’influence russe et chinoise en Europe. Rien que cela. Orbán et l’Union européenne Pour l’Union européenne, Viktor Orbán constituait à la fois un obstacle politique et un défi normatif. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Hongrie s’était régulièrement opposée aux initiatives européennes en faveur de Kiev, contribuant à freiner, retarder ou affaiblir certaines décisions communes. Sa proximité avec la Russie de Vladimir Poutine avait fait de Budapest un facteur d’affaiblissement et d’inconsistance pour l’Union. Une première conséquence de sa défaite pourrait donc être le déblocage des 90 milliards d’euros que l’UE a prévu de prêter à l’Ukraine pour qu’elle puisse continuer à survivre financièrement et à se battre militairement. Mais le problème posé par la Hongrie d’Orbán dépassait la seule question ukrainienne. Son régime incarnait […]

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Texte intégral (1378 mots)

Pour l’Union européenne, Viktor Orbán constituait à la fois un obstacle politique et un défi normatif. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Hongrie s’était régulièrement opposée aux initiatives européennes en faveur de Kiev, contribuant à freiner, retarder ou affaiblir certaines décisions communes. Sa proximité avec la Russie de Vladimir Poutine avait fait de Budapest un facteur d’affaiblissement et d’inconsistance pour l’Union. Une première conséquence de sa défaite pourrait donc être le déblocage des 90 milliards d’euros que l’UE a prévu de prêter à l’Ukraine pour qu’elle puisse continuer à survivre financièrement et à se battre militairement.

Mais le problème posé par la Hongrie d’Orbán dépassait la seule question ukrainienne. Son régime incarnait une remise en cause directe des principes de l’État de droit sur lesquels repose la construction européenne. En mettant en place ce qu’il revendiquait lui-même comme une « démocratie illibérale », Viktor Orbán contestait non seulement certaines politiques de l’Union, mais aussi les valeurs fondamentales qui fondent son identité politique.

La défaite de Viktor Orbán soulève également plusieurs interrogations concernant les États-Unis et, plus particulièrement, l’influence de Donald Trump sur les droites nationalistes et souverainistes dans le monde.

L’administration Trump s’était fortement investie en faveur de Viktor Orbán. Le soutien affiché de responsables américains de premier plan, notamment celui du vice-président J. D. Vance, témoignait de l’importance symbolique accordée par Washington à cette élection. Dès lors, l’échec d’Orbán peut être interprété de plusieurs manières.

Il est d’abord permis de se demander si le soutien de Donald Trump n’a pas, en définitive, joué contre le Premier ministre hongrois en transformant l’appui américain en facteur de rejet auprès d’une partie de l’électorat. Plus largement, cette défaite pourrait marquer un premier coup d’arrêt à la dynamique politique portée par le trumpisme à l’échelle internationale depuis le début de l’année 2025. Elle invite en effet à s’interroger sur l’évolution plus générale des droites souverainistes en Europe et dans le monde. Le mouvement de progression observé ces dernières années a-t-il atteint son point culminant ? Un reflux est-il en train de s’amorcer, en partie en réaction aux excès, aux outrances et aux effets de polarisation liés à Donald Trump ?

À ce stade, il est trop tôt pour répondre à ces questions. Néanmoins, plusieurs signaux laissent penser qu’une forme de prise de distance est en train de se manifester en Europe, y compris parmi des dirigeants initialement proches de Washington.

Le cas italien est révélateur. Giorgia Meloni, pourtant proche de Donald Trump et de J. D. Vance, a déjà commencé à marquer certaines distances à l’égard de l’administration américaine. Cette évolution semble refléter un malaise plus large au sein de l’opinion publique italienne, y compris à droite, face au comportement international des États-Unis.

Dans ce contexte, une question s’impose : Donald Trump est-il en train de devenir un repoussoir électoral en Europe ? Et cette dynamique pourrait-elle également se manifester aux États-Unis, notamment lors des élections de mi-mandat prévues à l’automne ? Même sans réponse immédiate, le simple fait que cette interrogation se pose est politiquement significatif.

Pour la Russie, la défaite de Viktor Orbán constitue également une mauvaise nouvelle. Moscou perd de fait un siège au Conseil européen. Pendant des années, Budapest a servi de point d’appui à une stratégie russe de division interne de l’Europe, en freinant ou en contestant certaines positions communes, notamment sur l’Ukraine.

La Russie se retrouve ainsi un peu plus isolée dans l’espace politique européen. Sans modifier de manière décisive le cours de la guerre en Ukraine, cette évolution réduit néanmoins la capacité de Moscou à s’appuyer, au sein des instances européennes, sur un relais politique influent.

La Chine, elle aussi, perd un partenaire précieux. Sous Viktor Orbán, la Hongrie était devenue l’un des principaux points d’entrée des investissements chinois en Europe, y compris dans des secteurs considérés comme stratégiques, par rapport auxquels l’UE tente de mettre en place des politiques de contrôle.

Ces éléments ne répondent toutefois pas à la question initiale : qu’est-ce qui a rendu la petite Hongrie de Viktor Orbán suffisamment puissante et influente pour devenir un interlocuteur privilégié des grandes puissances, en se plaçant ainsi au centre de l’échiquier mondial ?

L’épisode hongrois invite à une réflexion plus fondamentale sur le fonctionnement de l’Union européenne. Si la Hongrie a pu acquérir une telle influence sur la scène internationale, ce n’est pas seulement en raison de la stratégie de son dirigeant. C’est aussi, et peut-être surtout, parce que les règles de fonctionnement de l’Union, fondées sur l’unanimité en matière de politique étrangère, ont conféré à Budapest un pouvoir de blocage sans commune mesure avec son poids démographique, économique ou stratégique.

Voilà pourquoi la source du problème ne se situait pas seulement à Budapest, mais aussi à Bruxelles. En théorie, l’Union européenne devrait agir comme un formidable multiplicateur de puissance au service de l’ensemble de ses États membres. En pratique, son fonctionnement a fini par produire l’effet inverse : il est devenu un multiplicateur de puissance pour ceux qui cherchent à entraver son action et à la paralyser. Décidément, Viktor Orbán doit beaucoup à cette institution qu’il a tant vilipendée.

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13.04.2026 à 16:03

De Lobito à Project Vault : la montée en gamme de la stratégie minière états-unienne en Afrique

Coline Laroche              
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Depuis le retour au premier plan de la « sécurité économique » américaine, l’Afrique réapparait comme un théâtre explicite de sécurisation des ressources : cuivre pour l’électrification, cobalt et lithium pour les batteries, fer pour l’acier, sans compter les métaux critiques nécessaires aux semi-conducteurs et à certaines applications de défense. Le point de départ de Washington est connu : il n’existe pas de souveraineté minérale sans souveraineté industrielle. Or, sur une large partie des chaînes de valeur critiques, la Chine demeure dominante à la fois dans l’amont minier et surtout dans l’aval, c’est-à-dire le raffinage, la transformation et l’intégration industrielle. Dans ce contexte, la stratégie états-unienne ne peut plus être lue uniquement à travers le prisme des corridors. Les développements de début 2026 montrent une montée en gamme : les États-Unis cherchent désormais à sécuriser simultanément les routes, les volumes, les droits d’achat, et dans certains cas des positions capitalistiques dans les actifs eux-mêmes. Les corridors ne sont plus une fin, mais un levier de négociation.

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Depuis le retour au premier plan de la « sécurité économique » américaine, l’Afrique réapparait comme un théâtre explicite de sécurisation des ressources : cuivre pour l’électrification, cobalt et lithium pour les batteries, fer pour l’acier, sans compter les métaux critiques nécessaires aux semi-conducteurs et à certaines applications de défense. Le point de départ de Washington est connu : il n’existe pas de souveraineté minérale sans souveraineté industrielle. Or, sur une large partie des chaînes de valeur critiques, la Chine demeure dominante à la fois dans l’amont minier et surtout dans l’aval, c’est-à-dire le raffinage, la transformation et l’intégration industrielle.

Dans ce contexte, la stratégie états-unienne ne peut plus être lue uniquement à travers le prisme des corridors. Les développements de début 2026 montrent une montée en gamme : les États-Unis cherchent désormais à sécuriser simultanément les routes, les volumes, les droits d’achat, et dans certains cas des positions capitalistiques dans les actifs eux-mêmes. Les corridors ne sont plus une fin, mais un levier de négociation.

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10.04.2026 à 17:46

The Department of Justice After Pam Bondi

Déborah Yapi
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John Mitchell (no relation) was Richard Nixon’s Attorney General during his first term. Mitchell then served as Nixon’s campaign manager in 1972, a role that, naturally, led him to become enmeshed in the Watergate Scandal. In 1975, a few months after Nixon resigned, Mitchell was found guilty of perjury, obstruction of justice and conspiracy. He served 19 months in a federal penitentiary. When it comes to being a disgrace to the Department of Justice, Mitchell had nothing on Pam Bondi.

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John Mitchell (no relation) was Richard Nixon’s Attorney General during his first term. Mitchell then served as Nixon’s campaign manager in 1972, a role that, naturally, led him to become enmeshed in the Watergate Scandal. In 1975, a few months after Nixon resigned, Mitchell was found guilty of perjury, obstruction of justice and conspiracy. He served 19 months in a federal penitentiary.

When it comes to being a disgrace to the Department of Justice, Mitchell had nothing on Pam Bondi.

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