
14.01.2026 à 10:36
Depuis le 28 décembre 2025, en Iran, des centaines de milliers de personnes s’emparent des rues contre un régime principalement maintenu par la coercition, dont le soutien populaire est désormais très limité et se cantonne essentiellement aux franges les plus conservatrices de la société. Les contestations sont à la fois d’ordre économique et liées aux restrictions des libertés alors que les conditions de vie dans le pays deviennent insupportables. Il s’agit de l’un des mouvements de contestation les plus massifs et les plus radicaux observés depuis la révolution de 1979. La répression est à la hauteur de l’ampleur du mouvement, avec des centaines de morts et la coupure du réseau internet. Le principal talon d’Achille de l’opposition iranienne demeure toutefois sa profonde fragmentation : aucune figure d’opposition consensuelle n’émerge, les principaux représentants de la société civile étant emprisonnés ou contraints à l’exil. La chute du régime iranien est-elle imminente ? Faut-il s’attendre à une intervention étrangère, notamment de la part des États-Unis ? Quoi qu’il en soit, cette séquence met en lumière les contradictions de certains acteurs qui applaudissent certaines contestations populaires mais en ignorent ou en disqualifient d’autres. C’est notamment le cas de ceux qui réclament la chute du régime iranien uniquement en raison de son opposition à Israël et aux États-Unis, sans réel intérêt pour sa nature tyrannique ni pour le sort du peuple iranien.
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Depuis le 28 décembre 2025, en Iran, des centaines de milliers de personnes s’emparent des rues contre un régime principalement maintenu par la coercition, dont le soutien populaire est désormais très limité et se cantonne essentiellement aux franges les plus conservatrices de la société. Les contestations sont à la fois d’ordre économique et liées aux restrictions des libertés alors que les conditions de vie dans le pays deviennent insupportables. Il s’agit de l’un des mouvements de contestation les plus massifs et les plus radicaux observés depuis la révolution de 1979. La répression est à la hauteur de l’ampleur du mouvement, avec des centaines de morts et la coupure du réseau internet. Le principal talon d’Achille de l’opposition iranienne demeure toutefois sa profonde fragmentation : aucune figure d’opposition consensuelle n’émerge, les principaux représentants de la société civile étant emprisonnés ou contraints à l’exil. La chute du régime iranien est-elle imminente ? Faut-il s’attendre à une intervention étrangère, notamment de la part des États-Unis ? Quoi qu’il en soit, cette séquence met en lumière les contradictions de certains acteurs qui applaudissent certaines contestations populaires mais en ignorent ou en disqualifient d’autres. C’est notamment le cas de ceux qui réclament la chute du régime iranien uniquement en raison de son opposition à Israël et aux États-Unis, sans réel intérêt pour sa nature tyrannique ni pour le sort du peuple iranien.
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13.01.2026 à 17:48
Depuis le 28 décembre, une nouvelle mobilisation sociale et politique traverse l’Iran et semble prendre une ampleur considérable. Les causes de la protestation, initialement organisée par les bazaris, réputés pour leur conservatisme et qui jouent traditionnellement un rôle important dans les structures économiques iraniennes, mais qui se trouvent graduellement marginalisés en raison de la corruption endémique des élites, sont liées à des raisons structurelles : augmentation brutale de l’or et des devises par rapport à la monnaie nationale qui aurait perdu 30 % de sa valeur en 2025, couplé à une inflation qui dépasse les 50 % selon les chiffres officiels. Cette situation et la détérioration du niveau de vie d’une grande partie de la population est due aux dysfonctionnements de la gestion économique du pays et la profonde inégalité de la redistribution des richesses. Ces questions sont amplifiées par les sanctions étatsuniennes qui affaiblissent le pays depuis plusieurs années et qui ont de plus été rétablies par l’ONU depuis septembre 2025, à l’initiative de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni. Très rapidement les manifestations, désormais quotidiennes et s’étendant visiblement sur la totalité du territoire, ont pris une tournure de plus en plus politique comme c’est quasiment toujours la logique en pareille situation. Les mots d’ordre contre le régime et contre le Guide suprême se sont en effet multipliés. La répression pour sa part semble aussi devenir plus brutale et coûteuse en vies humaines. Il convient pour autant de prendre ces éléments avec précaution tant l’accès aux informations recoupées est difficile, Internet et les réseaux sociaux ayant été bloquées par le pouvoir, signe d’une indéniable fébrilité de ce dernier. En ce sens les commentaires pronostiquant la fin du régime sont à ce stade prématurés. Rappelons tout d’abord que cette nouvelle vague de contestation s’inscrit dans la longue suite de mobilisations qui ont […]
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Depuis le 28 décembre, une nouvelle mobilisation sociale et politique traverse l’Iran et semble prendre une ampleur considérable.
Les causes de la protestation, initialement organisée par les bazaris, réputés pour leur conservatisme et qui jouent traditionnellement un rôle important dans les structures économiques iraniennes, mais qui se trouvent graduellement marginalisés en raison de la corruption endémique des élites, sont liées à des raisons structurelles : augmentation brutale de l’or et des devises par rapport à la monnaie nationale qui aurait perdu 30 % de sa valeur en 2025, couplé à une inflation qui dépasse les 50 % selon les chiffres officiels. Cette situation et la détérioration du niveau de vie d’une grande partie de la population est due aux dysfonctionnements de la gestion économique du pays et la profonde inégalité de la redistribution des richesses. Ces questions sont amplifiées par les sanctions étatsuniennes qui affaiblissent le pays depuis plusieurs années et qui ont de plus été rétablies par l’ONU depuis septembre 2025, à l’initiative de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni.
Très rapidement les manifestations, désormais quotidiennes et s’étendant visiblement sur la totalité du territoire, ont pris une tournure de plus en plus politique comme c’est quasiment toujours la logique en pareille situation. Les mots d’ordre contre le régime et contre le Guide suprême se sont en effet multipliés. La répression pour sa part semble aussi devenir plus brutale et coûteuse en vies humaines. Il convient pour autant de prendre ces éléments avec précaution tant l’accès aux informations recoupées est difficile, Internet et les réseaux sociaux ayant été bloquées par le pouvoir, signe d’une indéniable fébrilité de ce dernier. En ce sens les commentaires pronostiquant la fin du régime sont à ce stade prématurés.
Rappelons tout d’abord que cette nouvelle vague de contestation s’inscrit dans la longue suite de mobilisations qui ont ponctué la vie politique en Iran au cours des dernières années : révolte étudiante de 1999 ; mouvement Vert de contestation pendant et surtout après les élections présidentielles de juin 2009 ; rassemblements de colère de décembre 2017-janvier 2018, puis du printemps et de l’automne 2019 qui avaient des causes principalement économiques et sociales ; enfin, le mouvement « Femmes, vie, liberté » en 2022-2023. Toutes ont été violemment réprimées et n’ont pu voir leurs revendications satisfaites.
Ces mouvements, dont les acteurs font preuve d’un courage exemplaire, possèdent les mêmes limites que celles rencontrées lors des mouvements de contestation dans les mondes arabes en 2011 et au cours des années suivantes : l’absence d’un projet politique alternatif et d’un instrument organisé pour tenter de le mettre en œuvre. Cette limite est à ce stade rédhibitoire. Pour reprendre une célèbre image, tout mouvement de contestation sociale est telle la vapeur d’eau qui si elle n’est pas canalisée par un tube ne possède aucune force propulsive et voit son énergie s’évaporer. Tel est bien le défi qui se pose à celles et ceux qui descendent dans la rue jour après jour. Par manque d’avancées tangibles et de satisfaction de la moindre revendication, le mouvement, bien que possédant une impressionnante vigueur, risque de s’essouffler et de s’étioler, d’autant que la répression fait son œuvre mortifère et que les cadres organisateurs du dernier mouvement d’ampleur sont pour bonne partie d’entre eux en prison.
Deux éléments exogènes sont néanmoins nouveaux dans l’actuel mouvement. Tout d’abord les déclarations de Donald Trump menaçant d’intervenir si des manifestants étaient tués. De telles prises de position ne sont guère étonnantes de la part de celui qui professe le plus grand mépris à l’égard de ce qui subsiste du droit international, mais surtout peuvent s’avérer totalement contreproductives. Non seulement parce qu’elles alimentent les arguties du régime prétendant que les manifestations en cours sont téléguidées par des puissances étrangères, mais aussi parce qu’elles font fi du nationalisme persan qui n’accepte pas que son sort puisse dépendre de décisions provenant de l’étranger. Pour autant, on ne peut sous-estimer le danger d’une intervention extérieure – sous quelque forme que ce soit – dont on peut supposer que l’administration étatsunienne et le régime israélien ont d’ores et déjà étudié de possibles modalités, avec toutes les catastrophes politiques que ce type de décisions induit. Dans la région, les exemples afghan et irakien sont encore très négativement présents dans les mémoires.
Émerge ensuite ces derniers jours le facteur Reza Pahlavi, fils du shah chassé par la révolution de 1979. Cet homme, dont la fortune s’explique par le pillage des ressources nationales par feu son père à l’époque où il régnait à la tête d’un des pires régimes dictatoriaux de la planète, se donne le beau rôle en appelant des États-Unis à se mobiliser pour des manifestations qui de toute façon auraient eu lieu sans son appel… Dans l’état d’incertitude et de désorientation politiques qui caractérise l’Iran actuellement on ne peut certes écarter la tentation chez certains citoyens iraniens de s’en remettre à un soi-disant homme providentiel. Pour autant, Reza Pahlavi n’a aucune base sociale en Iran même et le fait qu’à ce jour Donald Trump n’ait pas jugé utile de le rencontrer indique que ce n’est pas la solution retenue à ce jour par la présidence étatsunienne. La visite de Reza Pahlevi auprès de Benyamin Netanyahou en 2023 et le soutien que lui a apporté ce dernier n’a pas véritablement été apprécié en Iran. Enfin, il s’avère que les quelques vidéos qui sont parvenues à l’extérieur du pays où l’on entend des manifestants scandant son nom sont en réalité des montages.
La question réside désormais dans l’issue de ce mouvement. Plusieurs possibilités existent et il convient d’être extrêmement prudent tant les dynamiques à l’œuvre sont floues.
La première est l’écroulement pur et simple du régime : peu probable, parce que même affaibli ce dernier possède encore un appareil répressif dont l’efficacité reste tristement réelle et qui s’arc-boute sur ses privilèges et prérogatives, même si nous savons par expérience que ce type d’appareil peut être submergé par un puissant mouvement de masse.
Une solution interne ensuite, en raison de divergences susceptibles de se cristalliser entre des tenants de projets politiques différents, certains préférant in fine procéder à des réformes, plus ou moins cosmétiques, pour sauver l’essentiel. Toutefois, force est d’admettre que les plus conservateurs comprennent que la moindre réforme pourrait signer leur perte définitive et, pour leur part, les réformateurs, minoritaires, n’ont guère les moyens d’imposer quoi que ce soit.
Soit le pouvoir accepte d’accéder à quelques revendications, mais alors, si nous considérons que celles-ci touchent au logiciel économique et idéologique du régime, ce dernier se déconsidère et surtout ouvre un immense appel d’air à d’autres revendications. Soit le pouvoir refuse de céder à quelque compromis que ce soit, c’est la voie qu’il a choisie à ce stade, ce qui lui permettra potentiellement de se maintenir encore au pouvoir, mais laissera des cicatrices douloureuses et annonciatrices de futures mobilisations.
Enfin, l’intervention extérieure, qui pour l’instant n’est guère crédible, même si on ne peut exclure des opérations étatsuniennes ou israéliennes ponctuelles. Mais cette hypothèse pourrait contradictoirement conduire à favoriser un sursaut en défense de la patrie.
On le voit, aucune solution ne s’impose véritablement aujourd’hui. Le nombre de victimes risque alors de s’accroitre.
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13.01.2026 à 12:30
Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis sur la multiplication des actions de Donald Trump sur la scène internationale, des conséquences et les réponses possibles face à sa politique étrangère.
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis sur la multiplication des actions de Donald Trump sur la scène internationale, des conséquences et les réponses possibles face à sa politique étrangère.
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13.01.2026 à 11:25
On October 16th, 2025, the Armament Industry European Research Group (ARES Group) hosted a seminar in Brussels dedicated to the funding of European Defence, and more specifically, to the question: What role and instruments for the EU? In recent years, the European Union (EU) has developed different programmes to support the defence industry through its Multiannual Financial Framework (MFF). However, the Russian invasion of Ukraine, increasing uncertainty regarding the transatlantic security guarantee, and the necessity for Europe to meet NATO’s new target of 5% of GDP for defence have collectively created a renewed sense of urgency. These developments have placed significant budgetary pressure on both Member States and EU Institutions.
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On October 16th, 2025, the Armament Industry European Research Group (ARES Group) hosted a seminar in Brussels dedicated to the funding of European Defence, and more specifically, to the question: What role and instruments for the EU? In recent years, the European Union (EU) has developed different programmes to support the defence industry through its Multiannual Financial Framework (MFF). However, the Russian invasion of Ukraine, increasing uncertainty regarding the transatlantic security guarantee, and the necessity for Europe to meet NATO’s new target of 5% of GDP for defence have collectively created a renewed sense of urgency. These developments have placed significant budgetary pressure on both Member States and EU Institutions.
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12.01.2026 à 17:03
Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les États-Unis ont mené une opération militaire au Venezuela, ayant abouti à l’enlèvement du président Nicolás Maduro. Bien qu’officiellement justifiée par la lutte contre le narcotrafic et par les menaces supposées que le régime de Nicolás Maduro ferait peser sur la sécurité intérieure des étatsunienne, la question énergétique apparaît comme centrale aux raisons de cette opération. Le pétrole, en particulier, occupe une place clé dans la vision stratégique de Donald Trump, qui fait des ressources énergétiques un instrument de puissance et une priorité nationale assumée. Le point avec Francis Perrin, directeur de recherche à l’IRIS et spécialiste des questions énergétiques. Au regard de ce que représente le Venezuela sur le plan pétrolier, en termes de réserves, de production et de place dans les équilibres énergétiques mondiaux, comment comprendre la stratégie de Washington ? Quelles sont ses ambitions à court et/ou à long terme ? Le Venezuela est effectivement un gros enjeu pétrolier, surtout en matière de réserves prouvées. Plusieurs sources clés, telles que l’OPEP et l’U.S. Energy Information Administration, citent un chiffre de 300 milliards de barils. Tout le monde n’est pas d’accord avec cette estimation mais il est certain que ce pays a un très gros potentiel. Si l’on retient le chiffre de 300 milliards de barils, le Venezuela contrôlerait les plus grosses réserves prouvées d’or noir dans le monde devant l’Arabie saoudite. Paradoxe, ce pays produit assez peu et exporte assez peu de pétrole. Pour la production de brut, on est sur un niveau compris entre 800 000 barils par jour et 1 million de barils par jour (b/j) seulement au cours des derniers mois, soit moins de 1 % de la production pétrolière mondiale et dix à onze fois moins que l’Arabie saoudite, deuxième producteur mondial après les États-Unis. En termes […]
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Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les États-Unis ont mené une opération militaire au Venezuela, ayant abouti à l’enlèvement du président Nicolás Maduro. Bien qu’officiellement justifiée par la lutte contre le narcotrafic et par les menaces supposées que le régime de Nicolás Maduro ferait peser sur la sécurité intérieure des étatsunienne, la question énergétique apparaît comme centrale aux raisons de cette opération. Le pétrole, en particulier, occupe une place clé dans la vision stratégique de Donald Trump, qui fait des ressources énergétiques un instrument de puissance et une priorité nationale assumée. Le point avec Francis Perrin, directeur de recherche à l’IRIS et spécialiste des questions énergétiques.
Au regard de ce que représente le Venezuela sur le plan pétrolier, en termes de réserves, de production et de place dans les équilibres énergétiques mondiaux, comment comprendre la stratégie de Washington ? Quelles sont ses ambitions à court et/ou à long terme ?
Le Venezuela est effectivement un gros enjeu pétrolier, surtout en matière de réserves prouvées. Plusieurs sources clés, telles que l’OPEP et l’U.S. Energy Information Administration, citent un chiffre de 300 milliards de barils. Tout le monde n’est pas d’accord avec cette estimation mais il est certain que ce pays a un très gros potentiel. Si l’on retient le chiffre de 300 milliards de barils, le Venezuela contrôlerait les plus grosses réserves prouvées d’or noir dans le monde devant l’Arabie saoudite. Paradoxe, ce pays produit assez peu et exporte assez peu de pétrole. Pour la production de brut, on est sur un niveau compris entre 800 000 barils par jour et 1 million de barils par jour (b/j) seulement au cours des derniers mois, soit moins de 1 % de la production pétrolière mondiale et dix à onze fois moins que l’Arabie saoudite, deuxième producteur mondial après les États-Unis. En termes de classement, le Venezuela n’est qu’à la 18e-20eplace, selon la période considérée. Il y a 25 ans environ, cette production était le triple au moins de ce qui est enregistré aujourd’hui. C’est donc un véritable effondrement depuis le début de ce siècle.
Au sein de l’administration Trump, on estime, notamment le président et le vice-président, que le Venezuela a volé du pétrole aux États-Unis, allusion à des nationalisations/expropriations, vers la fin des années 2000, d’actifs contrôlés en partie par des firmes américaines. Dans cette vision des choses, il convient donc de se faire rembourser de gré ou de force. Autre élément clé, contrôler le pétrole vénézuélien, c’est accroître le pouvoir des États-Unis sur le marché pétrolier mondial et sur les prix du pétrole, notamment dans une perspective de moyen et de long terme. Cela pourrait contribuer à faire baisser les prix du pétrole, ce qui est un objectif explicite de Donald Trump depuis un an. Par ailleurs, prendre le contrôle des exportations pétrolières du Venezuela, ce que Washington a obtenu il y a quelques jours, permet de frapper plusieurs oiseaux avec une seule pierre : Cuba ne pourra plus importer de pétrole vénézuélien à des conditions commerciales très favorables et la Chine, qui est le principal acheteur de brut du Venezuela, ne pourra plus bénéficier de ce pétrole gratuitement ou presque. Comme le dit Marco Rubio, secrétaire d’État et conseiller à la sécurité nationale, nous ne voulons pas que des pays extérieurs au continent américain et qui sont nos adversaires contrôlent des actifs stratégiques dans notre région, une référence on ne peut plus claire à la Chine. Enfin, utiliser le pétrole comme moyen de pression via le contrôle des exportations est un moyen efficace de faire en sorte que les autorités vénézuéliennes s’éloignent de l’Iran et du Hezbollah. On peut obtenir beaucoup de choses avec le pétrole.
Quel impact cette prise de contrôle ou mise sous influence du pétrole vénézuélien par les États-Unis a-t-elle ou peut-elle avoir sur les marchés pétroliers mondiaux ? À quels types de réactions doit-on s’attendre de la part des autres grands acteurs du pétrole dans le monde, voire des États qui seront les plus impactés par cette captation ?
C’est vraiment une prise de contrôle. Les États-Unis imposent une quarantaine pétrolière contre le Venezuela avec une force navale impressionnante et vont commercialiser le pétrole et les produits raffinés exportés par le pays. Le produit de ces exportations sera déposé sur des comptes bancaires en dehors du Venezuela et le gouvernement de ce pays n’aura pas la main sur ceux-ci. C’est le président Trump qui décidera d’allouer à Caracas une certaine part (non déterminée à ce jour) de ces recettes. Le nœud coulant est donc très serré.
L’impact sur le marché pétrolier est très limité pour l’instant. Entre le 2 janvier, veille de l’action militaire américaine à Caracas, et le 9 janvier, le prix du pétrole Brent de la mer du Nord a augmenté de près de trois dollars seulement. De plus, il n’y a pas que le Venezuela dans l’actualité pétrolière mondiale. Il faut aussi intégrer la guerre en Ukraine et la montée des tensions en Iran. Cela signifie que l’impact propre de la situation au Venezuela est très faible, voire quasiment nul. Cette indifférence des marchés s’explique par le fait que ce pays produit assez peu de pétrole, comme indiqué ci-dessus, et que le marché pétrolier mondial est très bien approvisionné. En raison de la hausse de la production de plusieurs pays américains (États-Unis, Canada, Brésil, Guyana et Argentine) et de plusieurs pays faisant partie de la coalition OPEP+, dont l’Arabie saoudite, l’offre pétrolière mondiale augmente beaucoup plus fortement que la demande et il n’y a donc pas d’inquiétudes à avoir sur l’équilibre offre/demande à court terme. Les marchés pétroliers seraient évidemment plus affectés si le Venezuela pouvait augmenter de façon importante sa production et ses exportations mais ceci demanderait beaucoup de temps et beaucoup d’investissements.
Comme le reste du monde, les acteurs pétroliers sont sidérés par ce qui s’est passé à Caracas le 3 janvier ainsi que par les suites pétrolières de cette opération militaire. Les grandes compagnies pétrolières sont incitées par l’administration Trump à investir des dizaines de milliards de dollars au Venezuela mais elles restent pour l’instant très prudentes au regard des incertitudes politiques et économiques considérables dans ce pays. L’Iran et Cuba font face à de très gros problèmes internes. L’Union européenne pense d’abord à la guerre en Ukraine, à ses relations avec les États-Unis et à l’avenir de l’OTAN et ne tient pas trop à indisposer Donald Trump. Quant à la Chine, elle comprend bien ce qui est en jeu et elle voit clair dans la stratégie de Washington mais il lui faudra un peu de temps pour préparer sa riposte. Les États-Unis sanctionnent également l’Iran et la Russie, deux pays dont la Chine est aussi le plus grand marché pour leurs exportations pétrolières.
Ce qui se passe au Venezuela marque-t-il, selon vous, un retour du pétrole comme outil central de puissance et de pression géopolitique ? Ce retour pourrait-il influencer les trajectoires énergétiques mondiales, notamment les ambitions liées à la transition verte ?
On peut difficilement parler de retour car cela supposerait que le pétrole n’était plus un outil central de puissance et de pression géopolitique. Il l’est depuis longtemps et le restera encore longtemps. Bien sûr, un outil central ne veut pas dire le seul outil central. De même, pour le Venezuela, le pétrole n’est pas le seul élément clé mais il est un élément clé. On peut aussi penser à des situations tout à fait différentes comme la guerre en Ukraine et une partie des tensions et conflits au Moyen-Orient. Et l’administration Trump a bien compris ce rôle central du pétrole.
Les ambitions de décarbonation au niveau mondial se heurtent à plusieurs obstacles, dont le poids du pétrole et celui des énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz naturel). Elles représentent en effet de l’ordre de 80 % la consommation mondiale d’énergie et font preuve de beaucoup de résilience. Derrière le pétrole, il y a aussi beaucoup d’intérêts, qu’ils soient étatiques ou non-étatiques. Et le retour au pouvoir il y a un an de Donald Trump, qui considère le changement climatique et les énergies « vertes » comme des arnaques, dont l’un des slogans clés est le fameux « Drill baby, drill » et qui soutient à fond toutes les énergies fossiles, est un très gros obstacle. Après avoir retiré son pays de l’Accord de Paris sur le climat (COP21, Paris, décembre 2015) le 20 janvier 2025, le président américain a annoncé il y a quelques jours le retrait des États-Unis de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et du GIEC. La COP30, qui s’est tenue en novembre 2025 à Belém au Brésil, n’a pas été un grand succès, c’est le moins que l’on puisse dire.
On annonce depuis longtemps le déclin du pétrole mais il se porte très bien pour l’instant. La consommation et la production mondiale sont à des niveaux record et continuent à croître, le marché pétrolier est très bien approvisionné et les prix sont relativement bas, en tout cas actuellement. Cela dit, on constate une croissance très rapide des énergies solaire et éolienne depuis plusieurs années et une réelle décarbonation progressive du secteur de la production d’électricité. À ce jour cependant, la part des énergies fossiles n’a pas commencé à décliner. Cela se produira mais elles resteront dominantes pendant encore pas mal de temps.
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12.01.2026 à 16:46
La publication par la Maison-Blanche le 5 décembre dernier du document sur la « stratégie de sécurité nationale des États-Unis »1 -ou NSS2025-a suscité de nombreuses réactions, portant en particulier sur le traitement attribué à l’Europe dans ce programme. Il révèle, au-delà de perspectives stratégiques, une nouvelle vision du monde et du rôle des États-Unis dans les prochaines années. Ce document, expression d’une « doctrine MAGA »2 constitue une véritable révolution idéologique et politique par rapport à son prédécesseur, publié par l’administration Biden en 2022, le NSS20223, qui actait lui-même une rupture tenant au changement profond de l’environnement international qui s’imposait alors. Si on peut relever combien ces documents s’opposent systématiquement, presque terme à terme, c’est la divergence de leur vision de la nature de la suprématie américaine que nous examinerons ici.
L’article La stratégie 2025 de sécurité nationale : une autre vision du monde est apparu en premier sur IRIS.
La publication par la Maison-Blanche le 5 décembre dernier du document sur la « stratégie de sécurité nationale des États-Unis »1 -ou NSS2025-a suscité de nombreuses réactions, portant en particulier sur le traitement attribué à l’Europe dans ce programme. Il révèle, au-delà de perspectives stratégiques, une nouvelle vision du monde et du rôle des États-Unis dans les prochaines années. Ce document, expression d’une « doctrine MAGA »2 constitue une véritable révolution idéologique et politique par rapport à son prédécesseur, publié par l’administration Biden en 2022, le NSS20223, qui actait lui-même une rupture tenant au changement profond de l’environnement international qui s’imposait alors. Si on peut relever combien ces documents s’opposent systématiquement, presque terme à terme, c’est la divergence de leur vision de la nature de la suprématie américaine que nous examinerons ici.
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