Publié par l’association Alter-médias / Basta !
22.01.2026 à 10:24
Il y a tout juste un an, Donald Trump faisait son grand retour à la Maison Blanche. Cette longue année a été marquée par la chasse aux migrants, l'alliance avec les milliardaires de la tech, une politique étrangère au service des multinationales et un démantèlement partiel de l'État fédéral. Mais aussi par des tentatives de réponse et des résistances. C'est l'occasion de faire un premier bilan et de vous repartager une sélection de nos articles sur le sujet.
La coalition Trump inspire les (…)
Il y a tout juste un an, Donald Trump faisait son grand retour à la Maison Blanche. Cette longue année a été marquée par la chasse aux migrants, l'alliance avec les milliardaires de la tech, une politique étrangère au service des multinationales et un démantèlement partiel de l'État fédéral. Mais aussi par des tentatives de réponse et des résistances. C'est l'occasion de faire un premier bilan et de vous repartager une sélection de nos articles sur le sujet.
La seconde victoire électorale de Donald Trump est aussi l'aboutissement d'une guerre culturelle de long terme menée par la droite américaine, sous le signe d'une alliance entre tenants de l'ultralibéralisme économique et mouvements évangélistes et ultraconservateurs. Cette guerre a été menée à travers des think tanks, des instituts de formation et d'autres organisations abondamment financées par des milliardaires comme les frères Koch – quand bien même ces derniers ne se reconnaissent pas forcément dans le résultat final.
L'expression la plus emblématique de cette synthèse est le « Project 2025 » coordonné par la Heritage Foundation, ex membre du réseau Atlas (lire « Project 2025 », ou comment la droite américaine imagine une seconde présidence Trump). Trump a cherché à s'en distancer durant la campagne électorale, mais ce qui s'est passé depuis son retour à la Maison Blanche ressemble d'assez près à une stricte mise en œuvre de ce programme [1].
C'est le même type d'alliance que les extrêmes droites françaises et européennes veulent faire advenir de ce côté de l'Atlantique.
À la « coalition Trump » se greffent d'autres composantes, comme le rappelle Maya Kandel dans l'entretien qu'elle nous a accordé : la droite populiste MAGA et les « Tech Bros ». Autant de familles aux intérêts et aux visions du monde souvent divergentes, mais qui réussissent à s'allier ne serait-ce que contre de leurs ennemis communs : l'État, les impôts, les services publics et les élites libérales et progressistes.
C'est le même type d'alliance que les extrêmes droites françaises et européennes veulent faire advenir de ce côté de l'Atlantique. Le RN de Jordan Bardella multiplie les gestes de séduction auprès du grand patronat français, et les financements d'un Pierre-Édouard Stérin dans la politique et la guerre culturelle – guidés par son bras droit François Durvye ou par Alexandre Pesey – sont directement inspirés par les modèles américains (lire par exemple Bourse Tocqueville : quand les milieux ultraconservateurs français vont chercher l'inspiration dans l'Amérique trumpiste).
À ne considérer que la dimension « populiste » de Trump et de sa coalition, on pourrait voir dans certaines de ses actions une réaffirmation du politique face aux pouvoirs économiques. Il aime se mettre en scène en train de donner des ordres aux grandes multinationales pour obtenir une relocalisation de leur production, une baisse des prix (des médicaments par exemple) ou la fin de leurs relations commerciales avec la Chine. Récemment encore, le locataire de la Maison blanche a promis un plafonnement des intérêts sur les cartes de crédit et une limitation par le gouvernement des dividendes, rachats d'actions et rémunérations patronales des grandes entreprises de défense vivant grâce aux contrats fédéraux. Autant de grain à moudre pour les électeurs MAGA de base, mais beaucoup de ces annonces ne se traduisent jamais en mesures concrètes.
Il n'y a pas besoin de gratter beaucoup cette façade populiste pour voir un État plus que jamais mis au service d'intérêts privés.
En réalité, il n'y a pas besoin de gratter beaucoup cette façade populiste pour voir un État plus que jamais mis au service d'intérêts privés. Trump semble vouloir l'administration fédérale et son appareil diplomatique comme une entreprise (qui lui appartiendrait), profitant de visites d'État pour signer des contrats bénéficiant aux sociétés qu'il contrôle ou mettant ses intérêts personnels ou ceux de ses amis dans la balance dans les négociations diplomatiques.
Du plan de paix et de reconstruction de Gaza donnant une large place aux intérêts financiers et immobiliers jusqu'à sa récente intervention militaire au Venezuela et sa prise de contrôle des ressources pétrolières du pays, en passant par ses velléités d'annexion du Groenland, riche en ressources naturelles, ou le soutien monnayé à l'Ukraine en échange de solides garanties économiques, toute la politique étrangère de l'administration actuelle mélange constamment les intérêts de sécurité des États-Unis, les intérêts des multinationales américaines et en particulier celles qui sont contrôlées par les alliés de Trump, et les intérêts particuliers de sa famille.
Cette fusion du politique et de l'économique est d'ailleurs totalement revendiquée par le président américain. En témoigne aussi à sa manière l'entrée de l'État fédéral au capital de multinationales comme le fabricant de semi-conducteurs Intel, le spécialiste du nucléaire Westinghouse ou encore des firmes minières.
Le gouvernement Trump est peuplé de milliardaires, comme le Secrétaire au Trésor Scott Bessent, du fonds d'investissement Key Square, le Secrétaire au Commerce Howard Lutnick, patron des fonds Cantor Fitzgerald et BGC Group, ou Chris Wright, le Secrétaire à l'Énergie, fondateur d'une entreprise de gaz de schiste. Et bien entendu Elon Musk, propulsé à la tête d'une nouvelle agence semi-officielle, le DOGE, censée réduire drastiquement les dépenses fédérales et le nombre de fonctionnaires.
D'autres exercent une influence plus indirecte. L'intérêt de Trump pour le Groenland remonte aux suggestions de son ami Ronald Lauder (héritier de la fortune Estée Lauder) qui a multiplié les investissements dans ce territoire. Plus récemment, au moment de la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro, ce sont les intérêts d'un autre allié et donateur de Trump, Paul Singer d'Elliott Management, qui ont attiré l'attention. En novembre 2025, son groupe a fait l'acquisition pour un prix avantageux d'un ensemble d'actifs pétroliers appartenant à une société vénézuélienne et notamment de raffineries sur la côte Sud des Etats-Unis conçues spécialement pour traiter le pétrole lourd de ce pays.
Parmi les milliardaires qui gravitent autour de Trump, nous nous sommes attardés sur le fondateur d'Oracle Larry Ellison. Oracle a collaboré au « Project 2025 » et est un bénéficiaire des politiques de soutien massif au développement de l'IA. Ellison doit également hériter de l'application TikTok aux États-Unis, pour compléter un empire médiatique qui inclut Paramount et la chaîne CBS et peut-être demain Warner et CNN.
Beaucoup de ces milliardaires sont âgés, de la même génération que Trump, et l'ont croisé au début de sa carrière alors qu'il n'était encore qu'un promoteur immobilier de New York. Un profil qui correspond aussi à celui de Bernard Arnault, le propriétaire de LVMH, qui ne cache pas ses liens avec le président américain.
L'alliance entre Trump et la tech ne reflète pas seulement des intérêts économiques partagés. C'est aussi une nouvelle pratique de gouvernement.
Dans une enquête en deux volets, nous sommes revenus sur les raisons du ralliement à Trump des patrons de la Silicon Valley. Les milliardaires de la tech peuvent déjà se féliciter de cet investissement puisqu'ils ont obtenu tout ce qu'ils souhaitaient ou presque : non seulement la fin des velléités de régulation, mais une politique de soutien massif à ces secteurs. Lire Les milliardaires de la tech et Trump : retour sur un basculement et Les milliardaires de la tech et Trump : ce qu'ils ont obtenu.
La dérégulation du secteur des cryptomonnaies bénéficie en outre directement à la famille Trump, comme nous l'a expliqué la spécialiste américaine Molly White.
L'alliance entre Trump et la tech ne reflète pas seulement des intérêts économiques partagés. C'est aussi, comme le rappelle Olivier Tesquet dans l'entretien que nous avons consacré au livre qu'il a cosigné avec Nastasia Hadjadji, Apocalypse Nerds, une nouvelle pratique de gouvernement utilisant les outils numériques pour démanteler une partie de l'administration fédérale avec le DOGE ou pour mener la répression contre les migrants et les opposants avec Palantir (lire notre article.
Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.
Faites un donDès 2024, nous avons révélé comment des filiales de certaines entreprises tricolores aux États-Unis avaient soutenu des candidats trumpistes (lire Campagne électorale américaine : les troublants financements d'Airbus, EDF et Sanofi).
Aujourd'hui, la plupart des groupes français préfèrent garder une attitude prudente, évitant de critiquer ouvertement l'administration américaine pour profiter des opportunités que leur offre le nouveau monde trumpien. Un groupe comme TotalEnergies par exemple est l'un des principaux bénéficiaires de la volonté d'inonder l'Europe de gaz venu des États-Unis. Le champion français du pétrole et du gaz a bénéficié d'une faveur de l'administration américaine, qui a débloqué un crédit à l'exportation pour ses projets gaziers au Mozambique, alors que les gouvernements européens ont choisi de ne pas le faire ou d'y renoncer.
Bernard Arnault s'est démené cet été auprès des responsables européens pour qu'ils modèrent leur réponse aux menaces de Trump et concluent un accord commercial avec lui.
Rodolphe Saadé, patron du groupe de transport et de logistique CMA-CGM, s'est rendu en personne à Washington pour montrer patte blanche au président américain et promettre, comme d'autres groupes français, des milliards d'investissements dans le pays (lire Les entreprises françaises face à la vague tarifaire américaine). Bernard Arnault, le patron de LVMH, s'est démené cet été auprès des responsables européens pour qu'ils modèrent leur réponse aux menaces de Trump et concluent un accord commercial avec lui.
Certaines entreprises françaises ont même choisi de collaborer activement aux politiques trumpistes même les plus controversées. C'est le cas, comme nous l'avons révélé ce mercredi, de Capgemini, qui a passé un nouveau contrat en décembre avec la force anti-migrants ICE pour lui fournir des services de « recherches de personnes » en vue de leur déportation.
Juste après l'élection de Trump, plusieurs dirigeants de grandes entreprises tricolores n'ont pas caché leur souhait de voir arriver en France le type de politiques mises en œuvre outre-Atlantique en matière de dérégulation, de coupes budgétaires, de numérique ou d'énergie.
Certes, on ne voit pas de reculs très visibles sur des questions comme les politique de diversité et de lutte contre les discriminations dans les entreprises, qui ont été l'une des premières cibles de Trump (lire Les entreprises face à la croisade anti-diversité). Et ce, alors que des grandes entreprises françaises avaient reçu une lettre de l'ambassade américaine à Paris les enjoignant de mettre fin à toute initiative dans ce domaine.
Sur d'autres sujets, par contre, l'alignement des agendas est beaucoup plus clair. Une alliance entre administration Trump, extrême droite et multinationales américaines et européennes a ainsi réussi à faire vider de son contenu la directive européenne sur le devoir de vigilance des multinationales, adoptée en 2024 après des années de lutte de la société civile (lire Comment ExxonMobil et Trump ont fait démanteler une législation européenne sur le climat et les droits humains).
Cette première cible était hautement symbolique puisqu'elle visait précisément à réaffirmer l'impunité des pouvoirs de l'argent face aux remises en causes sociales et écologiques. D'autres législations sont désormais dans le viseur, sur le numérique notamment.
[1] Voir ce « tracker ».