30.10.2026 à 05:00
Six mois après leurs enlèvements, Mountaga Tall, qui avait ouvertement critiqué la junte au Mali, et son fils, Cheick Mamadou Tall, sont toujours portés disparus ; on ignore ce qu’ils sont devenus et les autorités maliennes gardent le silence. Chaque jour qui passe sans nouvelle fait craindre pour leur sécurité et aggrave l’angoisse de leur famille.
Des hommes armés non identifiés ont enlevé Mountaga Tall à Bamako, la capitale du Mali, le 2 mai. Son fils a disparu le 16 mai après avoir reçu un appel l’informant qu’il pouvait apporter des effets personnels à son père, qui était apparemment détenu dans un lieu tenu secret.
Radio France Internationale a rapporté en juillet que le Comité des Nations Unies sur les disparitions forcées avait exhorté les autorités maliennes à localiser et à protéger Mountaga Tall et son fils.
Des médias internationaux ont indiqué que les services de renseignement maliens pourraient détenir Mountaga Tall dans un lieu secret. Les autorités maliennes n’ont toutefois ni reconnu la détention de Mountaga Tall ou de son fils, ni fourni d’informations sur leur localisation, leur situation juridique ou leur état de santé, malgré les demandes de la famille Tall et d’une équipe d’avocats.
Mountaga Tall, qui a occupé un poste de ministre entre 2014 et 2017, s’était initialement rallié aux autorités militaires maliennes, mais est ensuite devenu un détracteur de la junte, s’opposant à la dissolution des partis politiques voulue par le gouvernement militaire.
Les disparitions de Mountaga Tall et de son fils s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large menée par la junte militaire malienne, au pouvoir depuis 2021, à l’encontre de l’opposition politique, des médias et des dissidents. Les autorités ont suspendu et interdit des médias, dissous des organisations de la société civile, abolit le multipartisme et soumis leurs détracteurs à des détentions arbitraires et à des disparitions forcées. Depuis l’enlèvement de Mountaga Tall, d’autres personnalités politiques et leurs proches auraient été enlevés par des hommes armés encagoulés, un mode opératoire associé aux services de renseignement maliens, et certains sont toujours portés disparus.
En vertu du droit international des droits humains, une disparition forcée a lieu lorsque les autorités de l’État ou leurs agents détiennent une personne puis refusent de reconnaître cette détention ou de révéler le sort ou le lieu où elle se trouve, la plaçant ainsi hors de protection de la loi. Les victimes de disparitions forcées sont exposées à un risque accru de torture et d’exécution.
Les disparitions forcées infligent une profonde souffrance aux familles, les laissant dans l'incertitude quant au sort de leurs proches et les privant de justice. Les autorités maliennes devraient immédiatement révéler où se trouvent Mountaga Tall et son fils, garantir leur sécurité et les libérer.
29.10.2026 à 17:28
(Beyrouth) – Lana Zaki Nusseibeh, diplomate émiratie ayant occupé de hautes fonctions au ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis (EAU), a régulièrement nié et minimisé les violations des droits humains commises par son pays au Soudan et au Yémen, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le 21 octobre, les EAU ont officiellement désigné Lana Nusseibeh comme candidate au poste de Secrétaire générale des Nations Unies.
« Depuis des années, Lana Nusseibeh utilise sa position pour nier avec véhémence les crimes de guerre commis par les Émirats arabes unis au Yémen, ainsi que leur soutien aux Forces de soutien rapide (FSR) qui sont responsables d’abus au Soudan », a déclaré Bruno Stagno Ugarte, responsable principal du plaidoyer à Human Rights Watch. « La désinformation qu’elle propage au sujet du bilan des EAU en matière de droits humains, en particulier son rejet des rapports de l’ONU qui documentent les liens entre les EAU et les FSR, a gravement porté atteinte à la justice pour les victimes et à l’obligation de rendre des comptes. »
Lana Nusseibeh a nié à plusieurs reprises que les EAU apportent un soutien militaire aux FSR au Soudan, tout en refusant de répondre aux preuves manifestes du contraire. Les FSR, engagées dans un conflit avec les Forces armées soudanaises (FAS), sont responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité à grande échelle, notamment dans le cadre d’une campagne de nettoyage ethnique dans la région du Darfour. La mission d’enquête des Nations Unies sur le Soudan a conclu que leur assaut contre El Fasher, la capitale du Darfour-Nord, présentait les « caractéristiques d’un génocide ».
En septembre 2024, Lana Nusseibeh a affirmé dans une lettre adressée au rédacteur en chef du magazine britannique The Economist que « les EAU ne fournissent ni armes ni aucun autre soutien aux Forces de soutien rapide, ni à aucune des parties belligérantes au Soudan ». Cette lettre faisait suite à la publication du premier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur le Soudan, qui évoquait des « allégations crédibles » selon lesquelles les EAU fournissaient un soutien militaire aux FSR via le Tchad. Une lettre du gouvernement émirati datée de décembre 2023, figurant en annexe du rapport, affirmait que des vols au départ des EAU à destination du Tchad transportaient de l’aide humanitaire destinée aux civils soudanais. La lettre n’était pas signée, mais l’en-tête était celui de la Mission permanente des EAU auprès de l’ONU à New York, que Lana Nusseibeh a dirigé de 2013 à avril 2024.
En avril 2024, en réponse aux accusations du gouvernement soudanais selon lesquelles les EAU fournissaient aux FSR un soutien militaire, logistique et politique, Lana Nusseibeh a déclaré dans un communiqué qu’il s’agissait « allégations sans fondement » et a souligné le rejet catégorique par les EAU de ces « fausses allégations ». En juillet 2024, après qu’une journaliste CNN lui eut demandé si les EAU armaient les FSR, Lana Nusseibeh a répondu : « Non, ces allégations sont catégoriquement fausses. Les EAU, comme ils l’ont fait dans d’innombrables endroits à travers le monde en cas de crise humanitaire, ont acheminé de l’aide humanitaire aussi rapidement que possible, puis ont adapté leur intervention en conséquence. »
En novembre 2025, alors qu’elle occupait le poste de ministre d’État des EUA, Lana Nusseibeh a pris part à une « campagne de lobbying intensive » menée par les Émirats auprès de membres clés du Parlement européen, selon le magazine Politico ; elle a affirmé que les EAU jouaient « un rôle constructif au Soudan », à la veille d’un vote sur une résolution condamnant les atrocités commises au Soudan. Le Parlement européen a adopté la résolution sans faire mention du rôle des EAU dans le conflit. Plusieurs sources parlementaires ont déclaré à Euronews que Lana Nusseibeh avait « personnellement fait pression sur des députés européens à Strasbourg pour influencer le contenu de la résolution ».
Dans une résolution ultérieure adoptée en juillet 2026, le Parlement européen a dénoncé le rôle des EAU, accusés de soutenir les FSR, et a demandé que des sanctions soient prises à l’encontre d’une entreprise émiratie impliquée dans le recrutement et le transfert de mercenaires vers ce groupe armé.
Un rapport de Human Rights Watch publié en mai 2026 a révélé que des mercenaires colombiens, apparemment recrutés par une entreprise basée aux EAU, avaient transité par des bases militaires émiraties avant d’être déployés au Soudan pour soutenir les FSR et combattre à leurs côtés. Ceci s’est produit notamment lors de la prise d’El Fasher par les FSR, au cours de laquelle ces forces se sont rendues coupables de nombreux massacres, de violences sexuelles généralisées et d’enlèvements contre rançon. Ce rapport apportait des preuves supplémentaires que les EAU ont aidé ou contribué de manière substantielle à la capacité des FSR à commettre des crimes de guerre.
En août dernier, la mission d’enquête de l’ONU sur le Soudan a publié un rapport faisant écho à ces conclusions. Selon le rapport, « des personnes et des entités opérant depuis les EAU, y étant enregistrées ou liées à ce pays, ont joué un rôle significatif au sein de réseaux impliqués dans le recrutement, le financement, le transport et le déploiement de mercenaires étrangers, ainsi que dans la fourniture d’un soutien d’ordre militaire au profit des Forces de soutien rapide ». La Mission a noté que « plusieurs sources » indiquaient la présence de combattants colombiens à El Fasher et dans ses environs avant, pendant et après la prise de contrôle de cette ville.
Human Rights Watch a également documenté l’utilisation par les FSR de matériel militaire — des obus de fabrication serbe équipant un drone d’attaque — qui avait initialement été vendu au profit des forces armées des EAU.
Le 27 octobre, lors d’un dialogue interactif avec les États membres de l’ONU et des organisations de la société civile, Lana Nusseibeh a été interrogée sur son refus de reconnaître les conclusions du Groupe d’experts sur le Soudan et de la Mission d’enquête. Elle n’a pas répondu directement à la question de savoir si elle allait « continuer à rejeter les conclusions de l’organisation [l’ONU] » qu’elle cherche à diriger. Elle a déclaré qu’elle s’était mise en congé de ses fonctions de ministre des EAU et qu’elle renverrait toute question concernant les EAU au gouvernement de ce pays.
Lorsqu’elle était la Représentante permanente des EAU auprès de l’ONU, Lana Nusseibeh a défendu à plusieurs reprises son pays, affirmant qu’il respectait le droit international lors de son intervention au Yémen, tout en rejetant les preuves d’exactions largement documentées. À partir de mars 2015, les EAU ont joué un rôle de premier plan au sein d’une coalition de pays menant des opérations militaires au Yémen, notamment en engageant plus de 30 avions de combat pour mener des frappes aériennes, en fournissant des navires de guerre pour faire respecter le blocus maritime de la coalition et en soutenant des forces locales coupables d’exactions.
En 2016, Human Rights Watch a recensé 58 frappes aériennes illégales menées par la coalition saoudienne et émiratie, qui ont tué près de 800 civils et touché des habitations, des marchés, des hôpitaux, des écoles, des commerces et des mosquées, ainsi que l’utilisation d’armes à sous-munitions par la coalition.
En août 2016 et en mai 2018, Lana Nusseibeh a défendu les actions des EAU au Yémen, affirmant que les EAU « prennent très au sérieux leur responsabilité en matière de respect du droit international humanitaire et de protection des civils ». Sa déclaration de mai 2018 a été faite quelques mois avant l’ordre donné par les EAU aux organisations humanitaires présentes dans la ville côtière de Hodeida d’évacuer les lieux, malgré les immenses besoins humanitaires ; la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les EAU cherchaient alors à reprendre le contrôle de cette ville aux Houthis.
En 2021, les EAU, aux côtés de l’Arabie saoudite, ont mené avec succès une campagne de lobbying visant à mettre fin au mandat du Groupe d’experts éminents, un organe international, impartial et indépendant que le Conseil des droits de l’homme avait créé pour rendre compte des violations et des abus des droits humains au Yémen.
« Lana Nusseibeh a occupé pendant plus d’une décennie des fonctions au service du gouvernement des Émirats arabes unis et n’a cessé de minimiser le rôle abusif de ce pays au Yémen et au Soudan, présentant Abu Dhabi comme un acteur humanitaire tout en rejetant ou en occultant les preuves de plus en plus nombreuses de l’implication des EAU dans de graves abus », a conclu Bruno Stagno Ugarte. « Lana Nusseibeh ayant rejeté et discrédité les conclusions des rapports des Nations Unis, les États membres de l’ONU devraient poser des questions percutantes sur sa volonté de défendre l’indépendance et l’intégrité de cette organisation et de ses mécanismes d’enquête, y compris ceux qui dénoncent les exactions des EAU, à un moment où ces institutions sont la cible d’attaques. »
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29.10.2026 à 16:06
Plus de trois mois se sont écoulés depuis que des agents de sécurité en civil ont arrêté l’activiste pro-démocratie Clovis Kakule Mutsuva le 18 juillet dans la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Clovis Kakule Mutsuva, âgé de 32 ans et visé par plusieurs chefs d’accusation, attend d’être jugé par un tribunal militaire.
Click to expand Image Clovis Kakule Mutsuva. © PrivéLes Forces démocratiques alliées (Allied Democratic Forces, ADF), un groupe armé d’origine ougandaise actif dans l’est de la RD Congo, ont mené des attaques meurtrières dans la ville de Beni, dans le Nord-Kivu, près de la frontière ougandaise. Clovis Kakule Mutsuva et d’autres activistes ont appelé à l’arrêt des activités publiques dans cette ville, dans des vidéos et des discours publics.
La journée « ville morte », qui a eu lieu le 14 mai, s’est déroulée de manière pacifique selon le maire de Beni. Néanmoins, deux mois plus tard, Clovis Kakule Mutsuva a été arrêté et poursuivi pour incitation à la désobéissance à la loi, critique de l’autorité publique, organisation de manifestations non autorisées, outrage à l’armée, propagation de faux bruits et propagation de fausses informations sur les réseaux sociaux. Le ministère public a accusé Clovis Kakule Mutsuva d’avoir appelé les manifestants à « mettre le feu » aux rues la nuit pour protester contre l’insécurité et exiger que le gouvernement protège les civils.
Clovis Kakule Mutsuva a ouvertement critiqué les ordonnances de loi martiale émises dans le cadre de « l’état de siège » régional dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri depuis 2021. L’état de siège est un régime d’exception instauré par le président Félix Tshisekedi pour lutter contre l’insécurité et la violence des groupes armés dans l’est de la RD Congo. Il confère des pouvoirs étendus aux autorités militaires et restreint certaines libertés fondamentales, notamment en autorisant les tribunaux militaires à juger des civils.
La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a souligné que les tribunaux militaires ne devraient en aucun cas être compétents pour juger des civils.
Clovis Kakule Mutsuva est en détention provisoire depuis plus de trois mois, malgré de vives inquiétudes concernant la dégradation de son état de santé. Il a été hospitalisé le 11 août pendant près de deux mois avant d’être renvoyé à la prison centrale de Kangbayi à Beni le 7 octobre.
L’avocat de Clovis Kakule Mutsava a indiqué que l’Auditorat militaire supérieur du Nord-Kivu avait rejeté les demandes de mise en liberté provisoire de son client.
Human Rights Watch a appelé à plusieurs reprises les autorités congolaises à juger les civils devant des tribunaux civils, y compris dans les provinces où la loi martiale a été instaurée. Clovis Kakule Mutsuva devrait voir son procès renvoyé devant un tribunal local et être libéré sous caution dans l’attente de son procès, afin de pouvoir bénéficier de soins de santé appropriés.
29.10.2026 à 01:00
(Nairobi) – Les autorités nigériennes devraient d’urgence révéler où se trouve l’éminent journaliste Moussa Kaka, victime d’une disparition forcée il y a deux mois, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Elles devraient garantir sa sécurité et le libérer, à moins qu’il n’ait été inculpé d’une infraction pénale avérée.
Le 31 août 2026, Moussa Kaka, directeur général de la Radio Télévision Saraounia et ancien correspondant de Radio France Internationale (RFI), a quitté son bureau à Niamey, la capitale du Niger, pour rentrer chez lui ; mais il n’est jamais arrivé à destination, ce qui a immédiatement suscité des inquiétudes. Pendant des semaines, sa famille et ses collègues n’ont pas pu obtenir d’informations sur le lieu où il se trouvait. Le 25 septembre, lors de l’Examen périodique universel du Niger aux Nations Unies à Genève, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a reconnu que Moussa Kaka était détenu pour une « infraction » présumée, et que le journaliste devra en «répondre devant les juridictions », mais n’a fourni aucun détail sur l’accusation ni sur son lieu de détention.
« Deux mois après la disparition de Moussa Kaka au Niger, les autorités n’ont toujours pas indiqué où il se trouve, ni expliqué les raisons de sa détention », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « La famille de Kaka continuera de vivre dans l’incertitude jusqu’à ce que les autorités élucident les circonstances de sa disparition. »
Moussa Kaka est une figure respectée du journalisme d’investigation africain. Pendant des années, il a travaillé comme correspondant de RFI au Niger, jusqu’à ce que la junte militaire suspende les émissions de cette chaîne radio en 2023. Tout au long de sa carrière, il a poursuivi son travail sous plusieurs gouvernements au Niger, malgré les risques et les détentions répétées liées à son activité journalistique.
En septembre 2007, sous le président Mamadou Tandja, les autorités ont arrêté Moussa Kaka et l’ont accusé d’entretenir des liens avec des rebelles de l’ethnie touareg, à la suite de sa couverture approfondie de la rébellion touareg dans le nord du Niger. Il a passé 379 jours en prison avant d’être libéré en octobre 2008, à la suite d’une campagne nationale et internationale en faveur de sa libération.
En octobre 2025, la police de Niamey a arrêté Moussa Kaka ainsi que cinq autres journalistes, après qu’ils eurent annoncé sur les réseaux sociaux une conférence de presse concernant un fonds de solidarité créé par le gouvernement nigérien et destiné à soutenir les forces de sécurité nationales. Les journalistes ont été inculpés de « complicité de diffusion de document de nature à troubler l'ordre public » en vertu d’une loi de vaste portée sur la cybercriminalité. Les six journalistes ont par la suite été remis en liberté.
La récente disparition forcée de Moussa Kaka s’est produite dans un contexte de tensions politiques exacerbées à la suite d’une tentative de coup d’État militaire à Niamey, le 29 août. Après que des soldats mutins eurent tenté de s’emparer du pouvoir, la junte a arrêté des dizaines de soldats suspectés d’être impliqués dans cette tentative, ainsi qu’un ancien ministre. Les forces de l’Africa Corps, contrôlées par le gouvernement russe, ont été appelées en renfort pour aider à réprimer la mutinerie. Des collègues et amis de Moussa Kaka ont exprimé leur inquiétude quant au fait que sa disparition puisse être liée à la répression menée par la junte après la tentative de coup d’État.
L’organisation Reporters sans frontières (RSF) a saisi le Comité de l’ONU sur les disparitions forcées au sujet du cas de Moussa Kaka, après l’avoir préalablement porté cette affaire à l’attention de la Rapporteure spéciale de l’Union africaine sur la liberté d’expression et l’accès à l’information. Des organisations de la société civile africaine ont évoqué son cas devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples à la mi-octobre à Dakar, au Sénégal. Des journalistes et des défenseurs des droits humains de toute l’Afrique ont également appelé à sa libération.
« Moussa Kaka n’a pas sa place en détention », a déclaré Alioune Tine, éminent défenseur sénégalais des droits humains et ancien expert sdans ce domaine auprès des Nations Unies. « Sa détention est absolument injustifiée et viole les obligations internationales du Niger en matière de droits humains, notamment les dispositions de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, que le Niger a signée et ratifiée. »
Le cas de Kaka met en lumière les inquiétudes croissantes concernant la liberté de la presse et la répression politique au Niger, selon Human Rights Watch. Depuis sa prise de pouvoir lors d’un coup d’État en 2023, la junte militaire nigérienne a consolidé son pouvoir, démantelé les institutions démocratiques et intensifié la répression à l’encontre des dissidents. La junte a dissous des partis politiques, suspendu des dizaines d’organisations de la société civile, placé des journalistes en détention en vertu d’une loi de vaste portée sur la cybercriminalité, déchu de leur nationalité des opposants politiques en exil, annoncé le retrait du pays de la Cour pénale internationale et prolongé la transition politique sans organiser d’élections. Les autorités continuent également de détenir arbitrairement l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, ainsi que l’éminent défenseur des droits humains Moussa Tiangari.
En vertu du droit international en matière de droits humains, une disparition forcée a lieu lorsque des agents de l’État, ou des personnes agissant avec l’autorisation, le soutien ou l’acquiescement de l’État, privent une personne de sa liberté puis refusent de reconnaître cette détention ou dissimulent le sort ou le lieu où se trouve cette personne. La disparition forcée expose les victimes à un risque accru de torture et d’exécution extrajudiciaire. Elle inflige également de profondes souffrances aux familles, qui sont laissées dans l’incertitude quant au sort de leurs proches, et se voient refuser l’accès à la justice.
« Les autorités nigériennes devraient immédiatement révéler des informations précises au sujet de Moussa Kaka, et le libérer s’il n’a pas été inculpé à juste titre », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les gouvernements étrangers et les organisations internationales devraient faire pression sur la junte pour qu’elle prenne des mesures immédiates dans l’affaire de Moussa Kaka. »
28.10.2026 à 05:00
(Rio de Janeiro, 28 octobre 2026) – Des policiers ont manipulé à mauvais escient des caméras corporelles et n’ont pas pris des mesures d’enquête cruciales lors d'une opération dans un quartier défavorisé de Rio de Janeiro, au Brésil, le 28 octobre 2025, a déclaré Human Rights Watch dans une enquête publiée aujourd'hui. Les éléments de preuve indiquent que la police a fait un usage excessif de la force, et pourrait avoir intentionnellement tué des dizaines d'hommes et de garçons.
L’enquête, intitulée « “A Strategy of Death”: Investigating Brazil’s Deadliest Police Operation » (« “Une stratégie mortelle” : Enquête sur l’opération policière la plus meurtrière au Brésil »), porte sur l’Opération Confinement (« Opéração Contenção »), au cours de laquelle 122 personnes ont été tuées. Parmi les victimes figuraient deux enfants et quatre policiers tués ce jour-là, ainsi qu'un cinquième policier qui a succombé plus tard à ses blessures. Deux autres hommes ont été tués tôt dans la matinée du 28 octobre 2025, avant le début officiel de l’opération.
« Une stratégie mortelle »Opération policière létale au Brésil
Enquête (en anglais)Aucun de ces décès n’apparaît dans les milliers d’heures de séquences vidéo filmées par les caméras corporelles (« body cameras » portées par les policiers), transmises par la police militaire de Rio de Janeiro au Bureau du défenseur public (Defensoria Pública), et examinées par Human Rights Watch après avoir obtenu l’accès à ces enregistrements.
« Human Rights Watch a examiné des milliers d’heures de vidéos filmées par les caméras portées par les forces de l’ordre, et a analysé des dossiers d’enquête officiels et des rapports d’autopsie concernant chaque victime. Pourtant, des questions cruciales demeurent sans réponse, car la police n’a pas enregistré correctement certains homicides, ni préservé des scènes de crime, ni recueilli des données essentielles », a déclaré Sophia Jones, chercheuse en sources ouvertes auprès du Laboratoire d'enquêtes numériques à Human Rights Watch. « Les familles des personnes tuées, y compris celles des policiers décédés, méritent d’obtenir des réponses ainsi que la reddition de comptes, grâce à une enquête approfondie et indépendante. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 41 témoins, membres de familles et experts, et a analysé 4 150 heures d’enregistrements issus de caméras corporelles, 9 000 pages de dossiers d’enquête officiels, 122 rapports d’autopsie, des documents judiciaires, ainsi que des centaines de vidéos et de photographies. Human Rights Watch a analysé ces données à l’aide de plusieurs modèles d’intelligence artificielle (IA) développés en interne, suivis d’un examen et d’une évaluation individuelle par les chercheurs.
Human Rights Watch a analysé des données provenant de plusieurs organisations – le Groupe d’étude sur les nouvelles illégalités (Grupo de Estudos dos Novos Ilegalismos, GENI), basé à Rio ; le Forum brésilien de sécurité publique (Fórum Brasileiro de Segurança Pública, FBSP), un groupe de réflexion non gouvernemental, et Fogo Cruzado (« Tirs croisés »), une organisation indépendante qui suit les questions sécuritaires – ainsi que des rapports médiatiques. Ces données montrent que l’Opération Confinement a été l’opération policière la plus meurtrière en une seule journée au Brésil, pays où les forces de police tuent plus de 6 000 personnes par an.
L’État de Rio de Janeiro et une décision de la Cour suprême brésilienne imposent aux policiers le port de caméras corporelles ; toutefois, selon un porte-parole du gouvernement de Rio de Janeiro, seuls 23 % des 2 500 policiers civils et militaires ayant participé à l’opération en étaient équipés.
L’analyse par Human Rights Watch des enregistrements provenant de caméras de 527 policiers militaires a révélé, dans de nombreux cas. des pratiques visant à entraver ou manipuler leur fonctionnement. Des agents ont laissé les caméras allumées avant même le début de l’opération, épuisant ainsi les batteries. Ils ont parfois masqué les objectifs des caméras, ou les ont placées de sorte qu’elles ne puissent pas filmer leurs propres actions ; dans d’autres cas, ils ont laissé les appareils dans leurs véhicules.
Selon les chercheurs, ces manipulations sont survenues systématiquement à des moments cruciaux : lors d’arrestations, d’échanges de tirs ou lorsque les policiers pénétraient dans des domiciles. La plupart de ces obstructions concernaient des caméras portées par des agents appartenant à des unités engagées en première ligne, notamment le Bataillon des opérations policières spéciales (Batalhão de Operações Policiais Especiais, BOPE) de la police militaire ; cette unité était déployée dans la zone boisée où ont eu lieu la plupart des homicides, ce jour-là. Les chercheurs ont déterminé que 36 % des salves de coups de feu entendues sur leurs caméras se sont produites lorsque les caméras étaient obstruées.
Les images des caméras corporelles montrent des policiers en train d’agresser et de menacer de mort des personnes interpellées, dont un enfant, qu’ils ont contraint à s’allonger à côté d’un cadavre tout en le prenant en photo. Dans une autre séquence enregistree un policier donne pour consigne à ses collègues de tirer dans les jambes des détenus s’ils tentaient de s’enfuir. Dans un troisième extrait vidéo, un agent a exprimé sa frustration face au fait que les caméras corporelles les empêchaient de tuer des suspects.
Les chercheurs ont également analysé ou vérifié des centaines de vidéos et de photographies prises ce jour-là par des membres de la communauté locale. Dans une série de vidéos authentifiées, on voit des policiers entasser des cadavres, certains ayant les parties génitales exposées, dans un véhicule blindé, tout en plaisantant. « Regardez comme c’est merveilleux », lance l’un des agents. « On aime ça. »
Bien que la police ait affirmé avoir passé des mois à planifier l'opération, rien ne prouve qu'elle ait pris des dispositions préalables pour protéger les scènes de crime et procéder à des analyses médico-légales. De plus, la police civile n'a recueilli d'informations de base que pour deux des 117 victimes ne faisant pas partie de la police, dont les noms des policiers et des résidents qui amené les victimes à l'hôpital.
Seuls sept suspects ont été conduits à l’hôpital puis arrêtés, alors que 117 personnes ont été tuées par la police. Ce ratio exceptionnellement élevé de personnes tuées par rapport aux personnes blessées (17 pour 1) soulève de sérieuses questions quant à savoir si la police a privilégié la force létale, plutôt que l'arrestation des suspects.
Une analyse des rapports d’autopsie des victimes va également dans ce sens. Plus de 40 % des victimes qui n’étaient pas des policiers figurant dans les rapports analysés ont reçu des tirs à la tête, dont plus de 60 % ont été atteintes par quatre balles ou plus, et près de 75 % ont reçu au moins un tir dans le dos. Un homme a été abattu puis décapité.
Human Rights Watch a consulté le Groupe d’experts médico-légaux indépendants (Independent Forensic Expert Group, IFEG), qui fait partie du Conseil international pour la réadaptation des victimes de la torture (International Rehabilitation Council for Torture Victims, IRCT). Selon les experts de l’IFEG, les éléments de preuve recueillis suggèrent que plusieurs victimes ont été délibérément ciblées et tuées. Dans plusieurs cas, la trajectoire des tirs allait du bas vers le haut, ce qui peut indiquer une exécution — par exemple, lorsqu’une personne est abattue alors qu’elle est allongée ou dans l’incapacité de se défendre.
Les autorités brésiliennes devraient veiller à ce qu’une enquête approfondie et indépendante soit menée sur la planification et les décisions prises par les hauts responsables et les commandants de police qui ont conduit à cette opération meurtrière. Le nouveau gouverneur de Rio de Janeiro, qui prendra ses fonctions le 6 janvier 2027, devrait présenter un projet de loi visant à séparer les services médico-légaux des services de la police civile.
« Notre enquête montre que la police a bafoué la loi ainsi que ses propres protocoles lors de cette opération désastreuse », a conclu César Muñoz, directeur pour le Brésil à Human Rights Watch. « Les pratiques policières abusives compromettent la sécurité publique en rendant les communautés moins enclines à collaborer avec les forces de l’ordre, tout en alimentant un cycle de violence qui met en danger aussi bien les habitants que les policiers. Le Brésil a besoin de nouvelles stratégies de sécurité publique qui soient efficaces, mais aussi respectueuses des droits humains. »
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27.10.2026 à 14:50
Mise à jour 28/10/26 : Le 27 octobre 2026, après une seule audience, le tribunal correctionnel du Nouveau-Caire a reconnu Lina Attalah coupable des accusations la visant, lui a infligé une amende de 3 millions de livres égyptiennes (soit 53 474 dollars, ou 48 032 euros) et a ordonné la fermeture du site Mada Masr. Les autorités ont placé Lina Attalah en détention à l'issue de l'audience, avant de la relâcher quelques heures plus tard, suite au paiement de l’amende.
(Beyrouth, 27 octobre 2026) –Les autorités égyptiennes devraient abandonner les poursuites contre Lina Attalah, rédactrice en chef du média indépendant Mada Masr, avant son audience prévue le 27 octobre, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Le Parquet suprême de la sécurité de l’État a renvoyé Lina Attalah devant le tribunal le 22 octobre dans le cadre de l’affaire n° 9072/2026 ; elle est accusée d’avoir créé et géré le site web Mada Masr sans autorisation préalable. Cette mise en examen est intervenue au lendemain de son interrogatoire par le parquet au sujet des reportages publiés sur ce site. Elle encourt une amende pouvant aller jusqu’à 3 millions de livres égyptiennes (environ 53 400 dollars, ou 48 000 euros), ainsi que la fermeture de Mada Masr et la confiscation de son matériel.
« Les poursuites hâtivement engagées contre Lina Attalah marquent une nouvelle escalade dans les attaques éhontées menées par les autorités égyptiennes contre les médias indépendants du pays », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Aucun.e journaliste ne devrait faire l’objet de poursuites pénales pour avoir fait son travail. »
Le 19 octobre, les procureurs ont sommé Lina Attalah de se présenter pour un interrogatoire. Le 21 octobre, ils l’ont interrogée au sujet d’allégations de publication de « fausses informations » et d’exploitation d’un site web sans licence, puis l’ont libérée sous caution de 100 000 livres égyptiennes (environ 1 780 dollars). Le lendemain, le parquet l'a renvoyée en procès pour avoir exploité le site web sans autorisation. Selon Mada Masr, il s’agit de la sixième affaire intentée contre ce média ou ses journalistes au cours des six dernières années.
La loi égyptienne de 2018 sur la régulation de la presseet des médias impose aux sites web opérant en Égypte d’obtenir une licence auprès du Conseil suprême de régulation des médias. La loi autorise le Conseil à suspendre ou à bloquer les sites web opérant sans licence valide. Mada Masr a indiqué avoir déposé une demande de licence en 2018, puis à nouveau en 2020. Suite au rejet de sa demande, la plateforme a contesté ce rejet devant les tribunaux. En 2023, Mada Masr a déposé une nouvelle demande accompagnée de documents supplémentaires, mais les autorités n’y ont pas répondu.
Les poursuites engagées contre Lina Attalah soulèvent des inquiétudes quant à l’utilisation des exigences en matière d’agrément pour restreindre les médias indépendants, a déclaré Human Rights Watch. Les refus arbitraires d’agrément ou l’utilisation des exigences a mauvais escient, en ne répondant pas rapidement aux efforts de bonne foi visant à se conformer à la réglementation et en plongeant les entités dans un vide juridique, constituent une violation du droit international des droits humains.
Les autorités égyptiennes ont pris pour cible Lina Attalah et Mada Masr à plusieurs reprises. En septembre 2022, le parquet a interrogé Lina Attalah et trois journalistes de Mada Masr au sujet d’allégations de publication de fausses informations, de trouble à l’ordre public et d’atteinte à l’intérêt général. En novembre 2023, le parquet a convoqué Lina Attalah pour un interrogatoire à la suite d’une enquête menée par le Conseil suprême de régulation des médias. En août 2025, le parquet l’a de nouveau interrogée au sujet d’allégations de publication de « fausses informations » et d’exploitation d’un site web sans licence, à la suite d’un reportage de Mada Masr sur des abus présumés à la prison de Badr 3.
Plus d’une centaine d’organisations de la société civile, dont Human Rights Watch, ont appelé les autorités égyptiennes à mettre fin aux poursuites contre Lina Attalah, et à accorder une licence d’exploitation à Mada Masr.
Les poursuites engagées contre Lina Attalah s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large visant les médias indépendants en Égypte et interviennent moins d’un mois après l’arrestation, par les forces de sécurité, de six journalistes travaillant pour la plateforme indépendante de journalisme d’investigation Matsda2sh, les 28 et 29 septembre 2026. Ces journalistes, qui constituaient l’intégralité de la rédaction de la plateforme, sont toujours en détention provisoire ; ils sont accusés d’« adhésion et de financement d’un groupe terroriste », de « diffusion de fausses informations » et d’utilisation des réseaux sociaux pour les diffuser. Certains d’entre eux ont depuis affirmé que les autorités les avaient torturés pendant leur détention et avaient tenté de leur extorquer des aveux sous la contrainte, selon leurs avocats.
Les autorités devraient abandonner toutes les poursuites liées à l’exercice du droit à la liberté d’expression et mettre fin au harcèlement répété dont font l’objet les médias indépendants, a déclaré Human Rights Watch.
L’Égypte figure parmi les pays qui emprisonnent le plus de journalistes au monde, avec 25 journalistes derrière les barreaux début octobre, selon le Comité pour la protection des journalistes. Les autorités égyptiennes ont bloqué l’accès au site web de Mada Masr en Égypte depuis mai 2017.
L’Égypte est tenue, en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, de respecter la liberté d’expression, y compris la liberté de la presse. Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, qui interprète de manière faisant autorité ce pacte, a conclu que les gouvernements ne peuvent interdire à un site ou à un système de diffusion d’informations de publier des contenus au seul motif qu’ils pourraient être critiques à l’égard du gouvernement.
« Imposer des obligations d’enregistrement puis ignorer systématiquement les tentatives de bonne foi de Mada Masr pour s’y conformer constitue une tentative évidente de la part des autorités de saper cette plateforme, et viole le droit international relatif aux droits humains », a conclu Bassam Khawaja. « Les autorités égyptiennes devraient abandonner ces poursuites, et mettre fin à la répression en cours contre le journalisme indépendant. »
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Articles
ZoneBourse/Reuters - Courrier int.
LeSoir.be
26.10.2026 à 20:23
(Beyrouth) – Le 18 octobre, le groupe armé houthi a utilisé des explosifs pour endommager gravement une route essentielle menant à la ville assiégée de Taïz, au Yémen, mettant davantage en danger la vie et les moyens de subsistance des civils, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
La route Hayjat al-Abd constitue la principale voie d’acheminement de nourriture, de médicaments et de carburant vers les habitants de la ville de Taïz, assiégée par les Houthis depuis 2015. Les combats dans cette zone opposent principalement les Houthis aux forces alignées sur le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale. La destruction délibérée de tronçons de cette route par les Houthis, si elle visait à mettre hors d’état de fonctionner des infrastructures indispensables à la survie des civils, constituerait une violation du droit de la guerre et équivaudrait à un crime de guerre. Cette attaque pourrait également avoir causé des dommages disproportionnés à la population civile.
« L’attaque des Houthis contre la dernière voie d’approvisionnement commerciale menant à la ville de Taïz, assiégée, met encore davantage en danger les civils qui souffrent déjà de graves pénuries de nourriture, d’eau, de médicaments et de carburant », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Si l’accès des habitants de Taïz à cette voie vitale est coupé pendant une période prolongée, leur vie et leur santé pourraient être exposés à des risques encore plus graves. »
En octobre, Human Rights Watch a mené des entretiens avec huit sources bien informées au sujet de deux attaques survenues sur cette route et de leurs conséquences, notamment des activistes de la société civile et un proche d’un témoin de l’attaque du 18 octobre. Human Rights Watch a également analysé des images satellites et vérifié des photographies ainsi qu’une vidéo provenant de sources ou publiées sur les réseaux sociaux. En 2024, Human Rights Watch s’était entretenu avec six habitants de Taïz au sujet de la difficulté à subvenir à leurs besoins fondamentaux pendant le siège imposé par les Houthis.
Le 21 octobre, Human Rights Watch a écrit aux Houthis au sujet des attaques contre cette route, mais n’a pas reçu de réponse.
Le contrôle de Taïz est partagé depuis 2015, date à laquelle les forces houthistes ont pénétré dans le gouvernorat et encerclé sa capitale, la ville de Taïz, troisième plus grande ville du Yémen. La ville est restée sous le contrôle du gouvernement yéménite, mais les Houthis ont coupé les routes vitales qui la relient au reste du pays, notamment à la ville portuaire d’Aden, actuelle capitale du gouvernement yéménite.
Si le droit de la guerre n’interdit pas les sièges visant des objectifs militaires, il est toutefois interdit aux forces assiégeantes d’utiliser la famine des civils comme méthode de guerre et elles doivent autoriser et faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire. Human Rights Watch a constaté que le blocage par les Houthis des routes menant à Taïz a sévèrement restreint la capacité des civils à entrer et sortir de la ville et a entravé l’acheminement de biens essentiels, notamment l’eau, ainsi que l’accès humanitaire à la population civile.
Attaques contre la route Hayjat al-Abd, gouvernorat de Taïz Click to expand Image Sites de deux attaques menées par les Houthis contre la route de Hayjat al-Abd (gouvernorat de Taïz) au Yémen, en octobre 2026. © 2026 Human Rights Watch (graphisme)Vers 4 h du matin, le 18 octobre, les forces houthistes ont fait exploser des engins explosifs sur la route Hayjat al-Abd, dans la localité d’al-Turba, endommageant considérablement une partie de la chaussée. Des habitants de la région ainsi que deux autres sources bien informées ont indiqué que les Houthis contrôlaient al-Turba, située à environ 75 kilomètres au sud de la ville de Taïz, depuis le 4 octobre. Depuis lors, aucun combat terrestre n’avait eu lieu dans la région, y compris la nuit de l’attaque. Rien n’indiquait non plus que les forces gouvernementales ou d’autres groupes armés tentaient de reprendre le contrôle de la zone, ce qui laisse supposer qu’aucun autre groupe n’aurait pu mener cette attaque.
Une autre source a rapporté que l’un de ses proches lui avait dit : « C’était une explosion massive et terrifiante, tout le monde s’est réveillé. Des débris ont atterri jusqu’à ma maison. »
Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé quatre photographies et une vidéo provenant de sources montrant un ponceau endommagé sur les lacets de la route Hayjat al-Abd. Les dégâts correspondent à une détonation souterraine d’explosifs.
Deux semaines plus tôt, des forces apparemment houthistes avaient attaqué la route Hayjat al-Abd, à environ 85 kilomètres au sud-est de la ville de Taïz. Un activiste de la société civile à Taïz, qui s’est entretenu avec plusieurs personnes bien informées sur l’attaque, a déclaré que dans la nuit et au petit matin du 30 septembre au 1er octobre, les forces houthistes et les forces alignées sur le gouvernement yéménite se sont affrontées sur plusieurs fronts autour de Taïz. Selon ces sources, les forces houthistes se seraient infiltrées et auraient atteint la route Hayjat al-Abd, où elles auraient placé et fait exploser des explosifs dans un ponceau situé sous la route, juste après Souq al-Wahati, un marché local. Les forces houthistes se seraient ensuite retirées.
Deux autres sources ont fourni des récits similaires, fondés sur des échanges avec des habitants de la région. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de déterminer de manière concluante que les forces houthistes étaient à l’origine de cette attaque.
Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé deux autres photographies publiées sur les réseaux sociaux le 1er octobre, montrant un ponceau endommagé sur la route Hayjat al-Abd, au niveau du village d’al-Muharraqah, là où la route commence à monter vers la ville de Taïz. Les dégâts observés sur le ponceau sur ces images correspondent à une détonation souterraine d’explosifs. Des images satellites prises à 6 h 57 le 1er octobre montrent que le ponceau a été endommagé sur toute la largeur de la route.
Les forces gouvernementales ont rapidement repris le contrôle de la zone après la première attaque et ont ensuite comblé la partie détruite de la route avec de la terre afin de permettre le passage des véhicules. Deux sources ont indiqué que les autorités gouvernementales avaient en grande partie fermé la route pour éviter de nouvelles attaques contre les véhicules, bien que certains véhicules aient continué à circuler.
Depuis l’attaque du 1er octobre, toutes les routes menant à Taïz et en sortant ont été en grande partie bloquées par les forces affiliées au gouvernement yéménite et les forces houthistes en raison des hostilités. Cependant, avant la deuxième attaque, certaines fournitures, notamment de la farine, avaient encore été acheminées vers la ville de Taïz par la route Hayjat al-Abd, ont déclaré deux acteurs de la société civile présents dans la région.
Le 14 octobre, le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a toutefois déclaré que ses employés n’avaient pas pu accéder aux « plus de 600 000 personnes de Taïz qui dépendent de l’aide humanitaire », ce qui était « particulièrement alarmant » puisque la plupart des districts de Taïz sont considérés comme étant en situation d’urgence alimentaire. Le PAM a également indiqué que « les stocks de farine de blé sont presque épuisés » dans la ville et que « les réserves alimentaires restantes sur les marchés locaux ne dureront peut-être que peu de temps si les restrictions d’accès persistent ».
En vertu du droit international humanitaire, les routes sont présumées être des biens de caractère civil qui deviennent des objectifs militaires si, de par leur nature, leur emplacement, leur destination ou leur utilisation, elles contribuent effectivement à l’action militaire et si leur destruction, leur capture ou leur neutralisation procure un avantage militaire certain à ce moment-là. Même si la route Hayjat al-Abd pouvait être qualifiée d’objectif militaire, une attaque serait illégalement disproportionnée si les dommages collatéraux attendus à l’égard des civils étaient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct escompté. Compte tenu du rôle essentiel que joue cette route dans l’accès des civils de la ville de Taïz à la nourriture, à l’eau, aux médicaments et à d’autres besoins fondamentaux, l’évaluation devrait tenir compte des conséquences raisonnablement prévisibles de sa détérioration ou de sa fermeture.
Les Houthis auraient dû savoir, compte tenu notamment des avertissements répétés de l’ONU, que les réserves à Taïz s’épuisaient et que de nouvelles fermetures après le 1er octobre, résultant d’attaques contre la route, pourraient avoir de graves conséquences pour les civils assiégés de Taïz qui dépendent de cette route pour subvenir à leurs besoins essentiels.
Le droit international humanitaire interdit également d’attaquer, de détruire ou de rendre inutilisables les biens indispensables à la survie d’une population civile. L’attaque du 18 octobre a perturbé la dernière voie d’approvisionnement commerciale majeure vers la ville de Taïz. La question de savoir si elle a enfreint cette interdiction dépend du fait qu’elle ait été menée dans le but de priver les civils de l’accès à des biens indispensables à leur survie.
Les violations graves des lois de la guerre ordonnées ou commises avec une intention criminelle, c’est-à-dire délibérément ou par imprudence, constituent des crimes de guerre.
« Les combats à Taïz pourraient avoir des conséquences désastreuses pour les centaines de milliers de civils qui ont besoin d’aide », a conclu Niku Jafarnia. « Toutes les parties belligérantes devraient veiller à protéger les civils au Yémen, qui ont déjà enduré d’énormes souffrances au cours de ces 12 années de conflit. »
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26.10.2026 à 17:02
(São Paulo, 25 octobre 2026) – Luiz Inácio Lula da Silva, réélu président du Brésil, devrait mettre à profit son nouveau mandat pour s’attaquer aux problèmes chroniques en matière de droits humains dans ce pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Le président Lula a battu le candidat du Parti libéral, Flávio Bolsonaro, lors du second tour de l’élection présidentielle le 25 octobre, selon les résultats officiels du Tribunal électoral supérieur. Lula a recueilli 51,7 % des voix, contre 48,2 % pour Bolsonaro, avec 99,9 % des bulletins dépouillés, selon le Tribunal électoral supérieur.
« Au cours de son mandat actuel, le président Lula a soutenu les institutions démocratiques et réalisé des progrès importants en matière de protection de la forêt et des communautés locales dont la survie en dépend, mais son bilan a été mitigé dans d’autres domaines », a déclaré César Muñoz, directeur pour le Brésil à Human Rights Watch. « Son gouvernement devrait s’attaquer au nombre record d’homicides commis par la police et à d’autres problèmes de sécurité publique, et soutenir plus solidement les politiques en faveur des droits humains, tant au niveau national qu’à l’étranger. »
Les médias ont fait état d’une réduction des services de transports en commun dans plusieurs États brésiliens, ce qui a pu empêcher des électeurs de se rendre aux bureaux de vote le 25 octobre. La police fédérale enquêterait sur d’éventuels délits électoraux. La campagne de Lula a demandé une prolongation de la période de vote dans certains États en raison de ces perturbations. La campagne de Bolsonaro a également demandé une prolongation dans d’autres régions du pays, en raison de fortes pluies.
Alors que les bureaux de vote fermaient, un juge de la Cour suprême a prolongé la durée du scrutin de deux heures. Peu après, le Tribunal électoral, puis le juge de la Cour suprême, ont précisé que cette prolongation s’appliquait aux bureaux de vote qui étaient encore ouverts.
Après son entrée en fonction en janvier 2023, le président Lula a pris des mesures importantes pour réparer une partie des dommages que l’administration précédente avait infligés aux institutions démocratiques, à l’environnement et à la protection des droits humains en général.
Pourtant, certains problèmes chroniques en matière de droits humains ont persisté dans le pays, notamment les abus policiers, qui touchent de manière disproportionnée les Brésiliens noirs. Les homicides commis par la police ont atteint un niveau record — avec 6 589 personnes tuées en 2025 — et ont continué d’augmenter en 2026 jusqu’en septembre, en raison de l’échec des stratégies de politique publique qui ont permis un recours incontrôlé à la force létale par la police.
Les pratiques policières abusives sapent la sécurité publique — une préoccupation majeure pour les Brésiliens, selon de nombreux sondages — en alimentant la méfiance et en rendant les communautés moins disposées à collaborer avec la police, tout en alimentant un cycle de violence qui met en danger tant les civils que les policiers. Elles créent également un climat d’impunité face à l’usage excessif de la force, dans lequel la corruption policière et les liens avec le crime organisé prospèrent.
Si la sécurité publique relève principalement de la responsabilité des États au Brésil, le gouvernement fédéral a un rôle crucial à jouer dans la coordination et la promotion de politiques de sécurité publique plus efficaces pour démanteler les organisations criminelles, protéger la population contre la violence et faire respecter les droits humains.
Une mesure importante visant à améliorer les enquêtes, que le président Lula devrait soutenir, consiste à retirer les services médico-légaux de la police, afin de garantir une analyse indépendante dans les affaires d’abus policiers et d’autres crimes.
Lors d’une interview le 15 octobre, le président Lula a défendu l’idée de juger et de punir comme des adultes les mineurs âgés de 16 et 17 ans accusés de certains crimes graves. Cette mesure constituerait une violation du droit international, qui stipule que les mineurs doivent être soumis à des systèmes judiciaires distincts de ceux des adultes. Cette proposition risquerait également de compromettre, plutôt que de renforcer, les efforts du pays pour réduire la criminalité, a déclaré Human Rights Watch. Les mineurs qui enfreignent la loi peuvent et doivent être tenus pour responsables, mais selon une approche individualisée favorisant leur réinsertion.
En matière d’environnement, le président Lula devrait remédier aux incohérences qui mettent en danger les droits des Brésiliens. Son gouvernement a ramené la déforestation en Amazonie à son plus bas niveau jamais enregistré, selon les données officielles, et a repris la délimitation des territoires autochtones. Cependant, il n’a pas pris de mesures suffisantes pour réglementer l’industrie de l’élevage bovin, qui est historiquement le principal facteur de déforestation et des violations des droits humains qui y sont liées.
Son gouvernement a également lancé un programme national tant attendu visant à réduire l’utilisation des pesticides. Cependant, il a continué d’autoriser l’utilisation de pesticides hautement dangereux, dont beaucoup sont interdits dans l’Union européenne et ailleurs en raison de leurs effets nocifs avérés sur la santé et l’environnement. Cela expose les Brésiliens à un risque d’empoisonnement aigu et à d’autres conséquences graves pour la santé, en particulier les communautés autochtones, d’ascendance africaine et de petits agriculteurs.
Des importants scandales de corruption impliquant divers responsables politiques, partis politiques et institutions ont éclaté ces dernières années. Le gouvernement Lula devrait promouvoir des mesures visant à renforcer la lutte contre la corruption, notamment en collaborant avec le Congrès pour garantir la transparence et le contrôle des affectations budgétaires.
Parmi les autres problèmes de longue date en matière de droits humains auxquels le président Lula devrait accorder la priorité figurent la violence de genre, les obstacles majeurs à l’accès à l’avortement, la violence à l’encontre des défenseurs des droits humains et de l’environnement, ainsi que le placement en institution des personnes en situation de handicap en raison de l’absence d’ t de services de soutien communautaires suffisants.
Certains incidents ont entaché la campagne électorale. Des organisations à but non lucratif ont recensé 134 cas de menaces et de violences à l’encontre de candidats et d’hommes politiques de divers partis au cours des 50 premiers jours de la campagne électorale.
Les médias brésiliens ont également rapporté que Meta, qui exploite Facebook, Instagram et WhatsApp, avait restreint certains contenus et fonctionnalités faisant la promotion de la candidature de Lula à l’approche du scrutin. Meta a déclaré avoir rencontré des problèmes techniques, mais a affirmé ne pas avoir favorisé un candidat par rapport à un autre. Le tribunal électoral brésilien a ordonné à Meta de prendre des mesures pour garantir l’égalité de traitement entre les candidats.
Le Conseil de surveillance de Meta — un organisme externe habilité à infirmer les décisions de modération de Meta et à fournir des orientations non contraignantes en matière de politique — a exprimé son inquiétude face aux défaillances récurrentes dans les « efforts de la société en faveur de l’intégrité électorale », citant la « défaillance » qui a nui à la campagne de Lula.
« Le président Lula, qui ne pourra plus se présenter aux élections en 2030, a l’occasion de marquer l’histoire de son pays en cherchant des solutions à des problèmes de longue date, afin de réaliser de vrais progrès dans la protection des droits et des libertés de tou·te·s les Brésilien·ne·s », a conclu César Muñoz.
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26.10.2026 à 15:26
« C’est comme si un tsunami avait frappé la ville », a déclaré un habitant qui est revenu à El Fasher, au Soudan, pour découvrir une ville détruite et en grande partie abandonnée après la prise de contrôle par les Forces de soutien rapide (FSR) en octobre 2025.
Pendant 18 mois, les FSR ont assiégé la ville, creusant une tranchée tout autour de celle-ci les derniers mois, forçant les habitants affamés à survivre en se nourrissant de fourrage pour animaux, jusqu’à ce que même celui-ci vienne à manquer.
Au cours des dernières semaines du siège, les FSR ont de plus en plus recouru à des drones pour prendre pour cible les soldats du gouvernement, les groupes armés alliés et les civils pris au piège dans une zone exiguë, faisant de nombreux mutilés et morts.
Pendant les derniers jours de l’offensive, les FSR ont commis de nombreux massacres. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les droits de l'homme estime que plus de 6 000 personnes ont été tuées en seulement trois jours.
Les combattants des FSR ont également commis des violences sexuelles généralisées à l’encontre des femmes et des filles et se sont livrés à un vaste réseau d’enlèvements contre rançon, tuant celles et ceux qui ne pouvaient pas payer. Des milliers de civils pourraient encore croupir dans leurs cachots.
Des contractuels militaires privés colombiens, formés dans des bases militaires des Émirats arabes unis, ont été déployés aux côtés des FSR sur les lignes de front, où ils pilotaient des drones et maniaient l’artillerie. Les témoignages des survivants confirment que ces sous-traitants étaient présents lors de certaines des pires atrocités.
La mission d’enquête de l’ONU sur le Soudan a conclu que la campagne menée par les FSR présentait les « signes distinctifs d’un génocide », venant s’ajouter à un ensemble de preuves de plus en plus accablantes concernant les crimes graves commis par les FSR .
Les gouvernements n’ont pas agi pour empêcher ces atrocités. À la suite de ces événements, plusieurs gouvernements ont formé une coalition afin d’empêcher de nouvelles atrocités et de promouvoir la justice au Soudan ; ils doivent désormais agir conjointement pour répondre aux demandes des survivants, qui souhaitent que les responsables soient traduits en justice.
Un an plus tard, le commandant des FSR Mohamed Hamdan Dagalo « Hemedti », n’a même pas fait l’objet de sanctions – à l’exception d’une mesure prise précédemment par l’administration du président Biden – malgré les crimes commis par ses combattants. Le Global Security Services Group (GSSG), la société basée aux Émirats arabes unis qui aurait engagé les combattants colombiens, n’a pas été sanctionnée, et les Émirats arabes unis ne sont pas non plus tenus pour responsables de leur soutien militaire aux FSR, bien que cela constitue une violation de l’embargo sur les armes décrété par l’ONU au Darfour.
Au Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis font pression pour une extension à l’ensemble du pays de l’embargo sur les armes. Or, le régime actuel de l’ONU en matière d’armes et de sanctions n’a été renouvelé que pour quelques mois, et la publication du dernier rapport de son groupe d’experts a été reportée.
Contrairement aux tsunamis, les horreurs d’El Fasher auraient pu être évitées. Un an après, les acteurs internationaux devraient veiller à ce que cela ne se reproduise plus jamais, prendre des mesures audacieuses pour protéger les civils et demander des comptes aux responsables.
22.10.2026 à 20:47
(Bruxelles, le 22 octobre 2026) – Le 22 octobre, le Parlement européen a décerné le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit à la Cour pénale internationale (CPI) et à ses responsables.
Philippe Dam, directeur du plaidoyer de Human Rights Watch auprès de l’UE, a salué ce choix :
« En décernant le prix Sakharov à la Cour pénale internationale, le Parlement européen reconnaît le rôle essentiel qu’elle joue pour les victimes des crimes les plus graves à travers le monde, alors même qu’elle subit des attaques sans précédent de la part de l’administration Trump et d’autres gouvernements. Ce prix devrait inciter les États membres de la CPI à défendre la Cour ; la Commission européenne devrait d’urgence activer la “clause de blocage” de l’UE, afin de protéger la Cour et les personnes qui soutiennent son travail, contre les effets des sanctions américaines. »
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22.10.2026 à 18:36
Au Tadjikistan, un tribunal a condamné Asadullo Boboev, un activiste de l’opposition expulsé d’Allemagne en juin dernier, à 17 ans de prison. Human Rights Watch et d’autres organisations avaient précédemment averti les autorités allemandes que des activistes comme Asadullo Boboev risquaient de subir des mauvais traitements et de faire l’objet de poursuites pénales pour des motifs politiques, s’ils étaient renvoyés au Tadjikistan.
Âgé de 54 ans, Asadullo Boboev vivait en Allemagne avec sa famille depuis 2017. Il était impliqué dans le mouvement « Réformes et développement du Tadjikistan », un groupe d’opposition critique à l’égard du gouvernement du président Emomali Rahmon. Le 21 septembre, un tribunal tadjik l’a reconnu coupable d’accusions dont « extrémisme via Internet » en vertu de trois articles du code pénal, selon les médias. Les autorités tadjikes n’ont publié aucune information sur cette affaire.
Asadullo Boboev, qui a été expulsé d’Allemagne le 20 juin, avait précédemment déclaré aux médias que les autorités tadjikes avaient ouvert une procédure pénale pour extrémisme à son encontre en raison de publications sur les réseaux sociaux critiquant les autorités tadjikes. Il a indiqué que le tribunal allemand lui avait donné jusqu’au 1er juillet pour prouver l’existence d’une telle procédure, mais qu’il avait été expulsé avant cette date limite.
Asadullo Boboev et son fils Muhammad, un adulte, ont été expulsés vers Douchanbé. Asadullo a été placé en détention dès son arrivée.
Ce n’est pas la première fois que l’Allemagne expulse un citoyen tadjik, malgré les inquiétudes exprimées par des organisations de défense des droits humains. Trois autres activistes de l’opposition expulsés d’Allemagne depuis 2023 ont également été emprisonnés après leur retour au Tadjikistan. Abdullohi Shamsiddin, Bilol Qurbonaliev et Dilmurod Ergashev ont été condamnés respectivement à 7, 10 et 8 ans de prison, sur la base d’accusations apparemment fallacieuses.
Le droit international interdit le refoulement, c'est-à-dire le renvoi de toute personne vers un pays où elle court un risque réel de préjudice irréparable en raison de violations graves des droits humains. Bien que le gouvernement allemand se soit engagé à lutter contre la répression transnationale exercée par divers gouvernements, d'importantes lacunes subsistent dans la mise en œuvre de cet engagement.
L’Allemagne a continué à renvoyer des ressortissants tadjiks vers leurs pays, bien que ces renvois livrent des détracteurs du gouvernement directement aux mains des services de sécurité répressifs qu’ils avaient fui, dans plusieurs cas.
Les tribunaux et les autorités allemandes chargées de l’immigration ne devraient pas expulser sans autre forme de procès des dissidents vers le Tadjikistan. Les autorités allemandes devraient expliquer pourquoi Asadullo Boboev a été expulsé malgré les avertissements concrets concernant de graves risques en matière de droits humains ; elles devraient aussi faire pression sur le Tadjikistan pour qu’il divulgue des informations sur sa condamnation et sur le traitement qu’il subit, et veiller à ce qu’il ait accès à un avocat indépendant.
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22.10.2026 à 15:53
(Nairobi) – L’obligation des autorités ougandaises de mener une enquête efficace sur le meurtre violent d’un dissident rwandais implique d’examiner tous les éléments de preuve qui indiquent un possible meurtre à caractère politique, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les autorités ougandaises devraient garantir une enquête rapide, impartiale et crédible qui permette de traduire les responsables en justice.
Le corps du sergent-major Robert Kabera, chanteur et ancien membre des Forces rwandaises de défense ayant ouvertement critiqué le gouvernement rwandais, a été retrouvé le 17 octobre 2026 dans le village de Luwala, près de Kampala, où il faisait construire une maison. Il avait fui le Rwanda en novembre 2020 et avait demandé l’asile en Ouganda, en raison de persécutions politiques. Il avait signalé à plusieurs reprises à Human Rights Watch qu’il avait été menacé et agressé en Ouganda. Lors d’un entretien avec Human Rights Watch en septembre 2022, Robert Kabera avait déclaré : « Ils vont me tuer. Ils savent où je suis… Je mourrai avant d’avoir fini ma réinstallation [dans un pays tiers]. »
« Il ressortait clairement de nos conversations que Robert Kabera savait que ses critiques à l’égard du gouvernement rwandais faisaient de lui une cible et qu’il craignait pour sa vie », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Les autorités ougandaises devraient enquêter sur tous les motifs possibles de ce meurtre et prendre des mesures immédiates pour protéger les dissidents et les réfugiés rwandais présents dans le pays. »
Le corps de Robert Kabera a été retrouvé décapité et portant d’autres blessures, selon le témoignage d’un proche et d’après une photographie et trois vidéos analysées par Human Rights Watch. Une photographie publiée par un média local le 18 octobre montre le corps nu décapité de Robert Kabera, avec du sang sur le sol autour de lui, dans une zone boisée. La police a annoncé que Robert Kabera avait été retrouvé mort dans une plantation d’eucalyptus le 17 octobre.
Des témoins ont fourni trois vidéos montrant le corps de Robert Kabera transféré d’un véhicule sur un chariot dans un hôpital. Un expert médico-légal a indiqué à Human Rights Watch qu’il était probable que Robert Kabera ait été mutilé après sa mort et que la position anormale de ses épaules visible sur les images et les marques de ligature sur ses poignets suggèrent que ses mains étaient liées dans le dos lorsqu’il est mort. D’après un document consulté par Human Rights Watch, la police ougandaise a demandé un examen médical post-mortem, dont les résultats ne sont pas encore disponibles.
Il existe de nombreuses raisons de considérer la mort de Robert Kabera comme suspecte, a déclaré Human Rights Watch, et notamment le fait qu’il était un détracteur virulent du gouvernement rwandais. Dans une vidéo publiée sur YouTube quelques jours avant sa mort, intitulée « Tuez-nous si vous voulez », il évoquait les crimes présumés du parti rwandais au pouvoir, ainsi que les menaces et les persécutions dont il avait fait l’objet depuis qu’il avait fui vers l’Ouganda.
Un proche a expliqué à Human Rights Watch qu’un homme parlant kinyarwanda, qui s’était présenté comme un opposant politique ayant besoin d’aide, s’était rendu sur le chantier avec Robert Kabera dans l’après-midi du 16 octobre. « [Kabera] m’a appelé vers 23 heures, et après cela, il n’a plus répondu au téléphone », a raconté le proche. « L’homme avec qui il était m’a donné un faux numéro pour l’appeler. Le lendemain, lorsque je n’ai pas réussi à joindre [Kabera], j’ai appelé ce numéro sans succès. »
Le 23 novembre 2020, un communiqué de presse du département des poursuites militaires des Forces rwandaises de défense a annoncé l’ouverture d’une enquête à l’encontre de Robert Kabera pour des « allégations de viol », et a affirmé que le crime avait été commis le 21 novembre 2020, soit deux jours après la date à laquelle Robert Kabera a indiqué avoir quitté le pays.
Dans un courrier adressé à Human Rights Watch en mai 2023, l’inspecteur général de la police ougandaise a confirmé que Robert Kabera avait obtenu l’asile en Ouganda sur la base de ses allégations de persécution politique, qu’il bénéficiait d’une protection supplémentaire de la part de la police et des forces de sécurité, et qu’il se trouvait dans les dernières étapes de sa réinstallation dans un pays tiers.
Robert Kabera a fait l’objet d’une arrestation et de multiples agressions physiques en Ouganda. Le 16 mai 2022, des dizaines de policiers et de militaires ougandais ont arrêté Robert Kabera à son domicile temporaire à Kampala, apparemment pour des accusations de trafic d’armes. « Ils allaient m’emmener pour me livrer au Rwanda comme un cadeau », a-t-il expliqué à Human Rights Watch en 2022. Il a finalement été placé en garde à vue. Robert Kabera a raconté que des agents de police ougandais l’ont battu et lui ont fracturé la cheville. Un témoin qui l’a vu après sa libération a confirmé cette blessure.
Robert Kabera a constaté, au cours de sa détention, la présence de responsables rwandais au poste de police, dont certains travaillent au haut-commissariat de Kampala. Robert Kabera a été libéré sous caution le 20 mai et a déménagé vers un nouvel endroit en Ouganda. Le mandat d’arrêt à son encontre a ensuite été annulé et son dossier a été classé.
À la fin du mois de juillet 2022, un groupe de jeunes hommes l’a agressé et lui a pris son téléphone. « Je ne pouvais pas me battre parce que j’étais toujours blessé suite au passage à tabac en détention », a-t-il raconté à Human Rights Watch. « Les hommes ont dit en kinyarwanda : “Nous savons où tu habites. Nous te ramènerons à la maison, tu vas voir.” » Robert Kabera a signalé l’incident à la police le 1er août 2022.
En octobre 2023, trois hommes l’ont agressé et lui ont dit : « Tu mens ; même si tu pars en Amérique, nous te retrouverons et nous te tuerons », d’après ses déclarations aux autorités, qui figurent dans un rapport consulté par Human Rights Watch.
Les autorités rwandaises ont ouvertement – et apparemment aussi en privé – inclus le nom de Robert Kabera dans les demandes d’expulsion d’opposants au gouvernement connus vers le Rwanda, déposées auprès des autorités ougandaises. Dans un communiqué de la police du 14 septembre 2021 examiné par Human Rights Watch et rédigé en réponse à une demande de protection, un fonctionnaire de la ville de Kampala a déclaré que Robert Kabera « a besoin d’une protection, car nous ne pouvons pas lui fournir la sécurité nécessaire », parce que « son pays fait publier des articles dans les journaux indiquant qu’il forme des terroristes (rebelles) ». Le fonctionnaire a demandé à l’agence des Nations Unies pour les réfugiés et au Norwegian Refugee Council de prendre des mesures pour assurer sa sécurité. Robert Kabera a été cité à plusieurs reprises dans des publications en ligne concernant des opposants en Ouganda qui critiquaient le gouvernement rwandais.
Il est tragique que, malgré les nombreux avertissements et la reconnaissance officielle par les forces de sécurité ougandaises et les Nations Unies des risques qu’il courait, Robert Kabera soit resté en Ouganda, exposé à des menaces et à des attaques, a déploré Human Rights Watch.
Le Rwanda et l’Ouganda sont tous deux des États parties à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi qu’au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui imposent l’obligation de garantir le droit à la vie (articles 4 et 6 respectivement). Ces traités prévoient une interdiction absolue de la privation arbitraire de la vie et une obligation stricte de mener une enquête indépendante, impartiale, rapide, transparente et approfondie sur les décès suspects, permettant d’établir les faits et d’identifier les responsables. Le fait de ne pas mener une telle enquête constitue en soi une violation du droit à la vie.
Dans un rapport de 2023, Human Rights Watch a montré que les autorités rwandaises et leurs intermédiaires utilisent la violence, les mécanismes judiciaires et l’intimidation pour faire taire les critiques émises par les Rwandais vivant dans le monde entier. Human Rights Watch a documenté des dizaines de meurtres, d’enlèvements ou de tentatives d’enlèvement, de disparitions forcées et d’agressions physiques visant des Rwandais installés à l’étranger.
L’Ouganda et les autres pays d’accueil devraient protéger les réfugiés et les demandeurs d’asile rwandais, renforcer la sécurité des personnes qui font état de menaces ou de violences, et mener des enquêtes approfondies sur tous les incidents signalés afin de garantir la responsabilisation.
Les agences des Nations Unies devraient renforcer les programmes existants de réinstallation des réfugiés en incluant des ressources pour faire face à la menace d’abus extraterritoriaux contre les réfugiés par des agents ou des mandataires des gouvernements des pays d’origine connus pour pratiquer de tels abus, y compris le Rwanda.
« Le meurtre violent de Robert Kabera rappelle la gravité des risques auxquels sont confrontés les réfugiés rwandais », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les gouvernements et les institutions régionales et internationales devraient demander des comptes au Rwanda pour ses violations des droits humains sur son territoire et à l’étranger. »
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Articles
RFI . Jeune Afrique
France 24 (vidéo)
AfricaRadio
22.10.2026 à 11:01
Le parlement non élu du Burkina Faso a adopté à l’unanimité un nouveau code pénal qui rétablit la peine de mort pour haute trahison, terrorisme, actes d’espionnage, parricide et importation de produits périmés ou prohibés. Le pays avait aboli la peine de mort pour les crimes de droit commun en 2018, tandis que sa dernière exécution judiciaire connue remonte à 1988.
Le rétablissement de la peine capitale envoie un message effrayant aux détracteurs de la junte et risque de devenir un outil supplémentaire de répression de la dissidence. Depuis le coup d’État militaire de septembre 2022, la junte burkinabè n’a cessé de démanteler les droits civiques et politiques. Les autorités ont interdit des médias, suspendu des syndicats et des organisations de la société civile, aboli le multipartisme et soumis les détracteurs à des détentions arbitraires, des disparitions forcées, des conscriptions illégales et des actes de torture.
Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, a défendu la décision de rétablir la peine de mort, en la qualifiant de mesure nécessaire pour lutter contre le terrorisme. Il a déclaré que les groupes armés exploitaient la clémence de l’ancienne loi en promettant à leurs nouvelles recrues qu’elles ne risqueraient pas plus que la réclusion à perpétuité si elles étaient reconnues coupables d’actes terroristes.
Human Rights Watch s’oppose à toute forme de peine capitale en raison de sa cruauté inhérente. Les lacunes du système judiciaire burkinabè ne feront qu’exacerber l’injustice découlant des condamnations à mort. Toutes les affaires liées au terrorisme sont traitées par le Pôle judiciaire spécialisé dans la répression des actes de terrorisme, créée en 2017. En avril, Human Rights Watch a constaté que la lenteur des enquêtes menées par ce tribunal spécial ainsi que de graves manquements procéduraux portaient atteinte au droit des prévenus à un procès équitable.
Un jour, un ancien juge de la cour antiterroriste m’avait expliqué que les juges maintenaient parfois des suspects en détention malgré l’insuffisance de preuves, craignant que l’armée ne les exécute sommairement s’ils étaient remis en liberté. Il avait décrit ce dilemme en ces termes : « Il vaut mieux violer le droit à la liberté pour préserver leur droit à la vie. » Avec le retour de la peine de mort, même ce sombre calcul pourrait ne plus tenir la route.
Faire marche arrière sur la question de la peine de mort va à l’encontre d’un mouvement international plus large en faveur de son abolition. L’Assemblée générale des Nations unies et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ont exhorté les États à instaurer des moratoires sur les exécutions, à restreindre le champ d’application de la peine capitale et à réduire progressivement le nombre d’infractions passibles de la peine de mort, en vue de son abolition définitive.
Le rétablissement de la peine de mort ne résoudra pas la crise sécuritaire que traverse le Burkina Faso. Dans un système déjà entaché de graves manquements aux garanties procédurales, la peine de mort ne fait qu’accroître le risque d’injustice irréversible.
22.10.2026 à 06:00
(Nairobi) – Les forces armées maliennes et leur allié, l’Africa Corps contrôlé par la Russie, ont commis de nouvelles atrocités contre des civils dans le centre du Mali dans un contexte de reprise des combats, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Le 16 septembre 2026, une frappe de drone manifestement menée par l’armée contre le village de Guélédié, dans la région de Mopti, a tué huit civils et en a blessé au moins six autres. Entre mai et août, les forces de l’armée malienne et de l’Africa Corps ont détenu, dans des conditions inhumaines, de nombreux prisonniers dans un conteneur métallique sur une base militaire à Sévaré, dans la région de Mopti ; plusieurs d’entre eux y ont été violemment battus et torturés, notamment par des chocs électriques et des simulacres de noyade.
« Les civils sont les premiers touchés par l’incapacité de la junte malienne à contrôler ses forces et ses alliés, responsables d’abus », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Ces dernières atrocités impliquent l’armée malienne ainsi que l’Africa Corps contrôlé par la Russie, et pour lequel les autorités russes devraient également rendre des comptes. »
L’offensive de l’armée malienne intervient après des attaques coordonnées lancées à travers le Mali par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) lié à Al-Qaïda et le Front de libération de l’Azawad (FLA) à la fin du mois d’avril. Les forces maliennes et leur allié, l’Africa Corps, ont tué des civils, dont de nombreux enfants, et détruit des biens civils et des établissements de santé lors de frappes aériennes et d’autres attaques.
Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 15 personnes entre août et septembre, dont 3 témoins à Guélédié, 4 anciens détenus à la base militaire de Sévaré et 8 membres d’organisations non gouvernementales. Human Rights Watch a adressé des courriers aux ministres de la Défense malien et russe au début du mois d’octobre, mais n’a reçu aucune réponse.
Guélédié
Le 16 septembre, vers 10 heures du matin, un drone apparemment militaire a largué une munition sur des civils à la périphérie du village de Guélédié, tuant huit hommes âgés de 25 à 40 ans, et blessant six autres hommes. Les villageois s’étaient rassemblés autour d’un arbre, où un homme proposait un accès Internet payant via Starlink. Des habitants ont indiqué que les combattants du GSIM utilisaient souvent ce service pour soutenir leurs opérations.
Des témoins ont expliqué qu’un drone avait survolé le village pendant environ une heure avant de larguer sa munition, ce qui suggère que la zone était surveillée. « Le drone est passé au-dessus du village vers 9 heures du matin et est revenu au moins quatre fois », a déclaré un homme de 40 ans. « Il était blanc et avait de longues ailes minces et droites. Il virevoltait, disparaissait et revenait. » Cette description correspond largement aux drones de grande taille dont l’utilisation par le gouvernement malien est avérée.
Des témoins ont déclaré que le GSIM disposait d’une base à Guélédié et que plus de 100 combattants de ce groupe armé étaient présents dans le village au moment de la frappe, même si aucun combattant du GSIM ne figurait parmi les victimes. Ils ont également indiqué que des combattants du GSIM avaient averti la population locale par WhatsApp de la possibilité d’une frappe de drone sur le site de l’accès à Starlink, avant de quitter la zone avec de nombreux civils. Des témoins ont expliqué que seuls 14 civils étaient restés sur le site, pour continuer à utiliser la connexion, lorsque le drone a largué sa munition.
« L’explosion était assourdissante – vraiment très forte », a raconté un villageois de 30 ans. « J’ai vu une fumée noire très épaisse surgir de la zone de connexion à Starlink. »
Un professionnel de santé âgé de 52 ans a indiqué s’être rendu sur les lieux environ une heure plus tard et avoir trouvé six hommes morts et sept blessés « avec des brûlures sur le corps », dont l’un est décédé sur place. Il a ajouté qu’il a appelé le commandant de la base militaire de Ténenkou et lui a dit qu’il emmènerait les blessés au Centre de santé de référence de Ténenkou. « [N]on seulement il a refusé catégoriquement que nous les évacuions », a relaté le professionnel de santé, « mais il m’a aussi ordonné de ne pas leur porter secours. Pour lui, c’étaient des combattants du GSIM, et il m’a dit que le drone n’aurait pas pu cibler des civils. »
Les blessés ont finalement été évacués. Dans un communiqué du 24 septembre, Médecins Sans Frontières (MSF) a indiqué que son personnel dans le centre de santé avait soigné quatre personnes « gravement blessées » présentant des « brûlures sur tout le corps », et qu’une personne était « décédée peu de temps après son arrivée ».
Human Rights Watch a vérifié une vidéo partagée par des témoins et montrant les conséquences de la frappe, et l’a géolocalisée dans une zone à environ 600 mètres au nord-est du centre du village. On y voit les corps de trois hommes, deux sous un arbre calciné et brisé, et un dans un étang voisin. Deux motos brûlées et un panneau solaire détruit sont également visibles.
Dans un communiqué du 17 septembre, le chef d’état-major des Forces armées maliennes a déclaré que le 16 septembre, des unités militaires avaient « repéré, au nord-est de Guélédié, région de Mopti, des éléments terroristes dissimulés sous couvert végétal », disposant de « matériels de guerre et de moyens de communication satellitaire », avant de les « neutralis[er] » et de détruire leur équipement.
La junte malienne recourt de plus en plus souvent à des frappes aériennes contre les groupes armés. Human Rights Watch, d’autres organisations de défense des droits humains et plusieurs médias et organisations menant des investigations ont documenté des frappes aériennes qui ont tué des civils.
Sévaré
L’armée malienne et l’Africa Corps ont placé des centaines de civils en détention lors d’opérations de contre-insurrection à travers le Mali, et ont détenu illégalement de nombreuses personnes dans des bases militaires. Human Rights Watch, d’autres groupes de défense des droits humains et les médias ont documenté des actes de torture dans plusieurs bases.
Le 7 mai, des soldats et des combattants d’Africa Corps ont arrêté un civil de 30 ans à son domicile à Guirowel, un village situé dans une zone contrôlée par le GSIM dans la région de Mopti. Le 4 juillet, ils ont arrêté trois étudiants coraniques, âgés de 32, 37 et 40 ans, dans le village de Thy, dans la région de Mopti, après une attaque du GSIM contre une position militaire dans ce village.
Les quatre hommes ont raconté plus tard que les forces les avaient emmenés à la base militaire Hamadoun Bocary Barry de Sévaré, où ils ont été détenus au secret dans un conteneur d’expédition d’environ 20 mètres de long, sans fenêtres, ni toilettes, ni installations sanitaires, dans une chaleur extrême et sans ventilation, aux côtés de dizaines d’autres personnes. Les hommes ont décrit qu’ils recevaient une petite quantité de nourriture de mauvaise qualité une fois par jour, qu’on leur refusait les soins médicaux nécessaires et qu’ils subissaient des violences verbales.
« Nous recevions un petit morceau de pain et parfois des haricots, ainsi qu’une demi-bouteille d’eau une fois par jour », a raconté l’homme de 32 ans. « La chaleur était insupportable.Le premier jour, nous étions 27, mais au fil des jours, nous avons dépassé les 70 personnes. Nous faisions nos besoins dans un seau, qui était toujours plein et se déversait sur le sol. Ils ne le vidaient pas. »
Les hommes ont déclaré avoir identifié les soldats maliens grâce à leurs uniformes et aux langues qu’ils parlaient, notamment le français, le bambara et le peul. Ils ont indiqué que les combattants de l’Africa Corps avaient « la peau claire » et parlaient une langue étrangère qu’ils ne comprenaient pas.
Trois des hommes ont expliqué que des soldats maliens et des combattants de l’Africa Corps les avaient torturés à plusieurs reprises dans une pièce d’un bâtiment situé près de l’entrée de la base, le long de la route principale de Sévaré, de sorte qu’ils pouvaient entendre les bruits de la circulation. La pièce comportait un lit métallique, un baril rempli d’eau, une table et des fils électriques sur le sol. C’est là que les hommes ont décrit avoir été torturés et interrogés pour leur faire avouer une prétendue association avec le GSIM.
L’habitant de Guirowel a déclaré que des membres de l’armée malienne et de l’Africa Corps l’avaient torturé à deux reprises, chaque fois pendant environ deux heures. « J’ai failli perdre la vie lorsque deux militaires russes m’ont noyé dans une barrique d’eau », a-t-il raconté. « Chaque fois que je perdais connaissance, on me réanimait avec une décharge électrique et on me noyait encore. Ils m’ont brulé les fesses avec du plastique brûlé, et ils allumaient aussi un chiffon sur mon dos. Ils m’ont forcé à donner des informations sur le GSIM et à admettre que j’étais un combattant. »
L’homme de 37 ans a raconté qu’un soldat malien l’avait attaché à un lit et lui avait demandé : « Dis-nous tout ou nous te tuerons. » Puis « les coups ont commencé à pleuvoir sur mes fesses et sur mon dos. “Parle !”, m’ont-ils dit. [Un] soldat m’a étranglé et m’a cogné la tête contre le lit. Je ne me souviens de rien après ça. »
L’homme de 40 ans a décrit que des soldats lui avaient attaché les pieds à un lit et avaient menacé de le tuer s’il ne divulguait pas d’informations sur les combattants du GSIM. « On m’a frappé sur les fesses, on a mis le feu à mon dos », a-t-il expliqué. « Un soldat a attrapé mon sexe et y a appliqué du courant électrique », tandis qu’un autre « versait de l’eau sur mon dos et me frappait ».
Les hommes ont indiqué que plusieurs détenus étaient morts dans le conteneur à la suite de tortures. « Quand un détenu était sur le point de mourir, nous donnons des coups à la porte pour alerter les gardes », a raconté l’homme de 40 ans. « Ils nous disaient de ne les informer que lorsqu’une personne était morte. Ils n’avaient aucune pitié. Huit personnes sont mortes pendant ma détention. »
Les militaires ont libéré les trois hommes de Thy le 20 juillet et l’homme de Guirowel le 6 août. Des membres de leur famille auraient payé aux militaires 1,8 million de francs CFA (3 000 dollars US) pour les trois hommes de Thy et 1 million de francs CFA (1 800 dollars US) pour l’homme de Guirowel afin d’obtenir leur libération.
Toutes les parties au conflit armé au Mali sont soumises au droit international humanitaire, notamment à l’article 3 commun et au protocole II aux Conventions de Genève de 1949, ainsi qu’au droit de la guerre coutumier. Les parties doivent prendre toutes les précautions possibles avant une attaque, notamment en vérifiant que la cible est un objectif militaire. Les attaques qui n’ont pas d’objectif militaire ou qui ne font pas de distinction entre les civils et les militaires sont des attaques indiscriminées illégales.
Toute personne privée de liberté doit être traitée avec humanité en toutes circonstances et protégée contre le meurtre, la torture et les traitements cruels, humiliants et dégradants. Le fait de refuser des soins médicaux aux blessés ou aux détenus peut constituer un crime de guerre. Les individus qui commettent des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle ou qui sont impliqués au titre de la responsabilité de commandement peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre.
En mars, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a renouvelé le mandat de l’Expert indépendant sur le Mali, afin d’évaluer la situation des droits humains et d’aider les autorités nationales à promouvoir les droits humains et l’État de droit.
« Ces abus récents devraient servir de triste rappel pour inciter les gouvernements préoccupés et les institutions internationales à faire pression sur les autorités maliennes, afin qu’elles mènent des enquêtes crédibles sur les abus commis par l’armée et traduisent les responsables en justice », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU devrait renforcer sa surveillance de la situation au Mali, et prendre des mesures pour empêcher de nouveaux abus. »
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