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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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13.10.2026 à 06:00

Turquie : Le pays hôte de la COP31 réprime les défenseurs de l'environnement

Human Rights Watch

Click to expand Image Des habitants de la région du plateau de Perşembe, située dans le nord de la Turquie non loin de la mer Noire, ainsi que des représentants d'organisations écologistes, manifestaient contre un projet d’exploration aurifère présentant certains risques environnementaux pour cette région, le 19 juillet 2026.  © 2026 Privé

(Istanbul, le 13 octobre 2026) – Alors que la Turquie s’apprête à accueillir en novembre la 31ème Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP31), les autorités de ce pays procèdent à des arrestations et à des poursuites arbitraires à l’encontre d’activistes et d’autres personnes participant à des manifestations pour la défense de l’environnement, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

« Alors que la Turquie s'apprête à accueillir le sommet annuel de l'ONU sur le changement climatique, la répression qu'elle exerce en matière d'environnement rappelle de manière frappante son intolérance à l'égard de la contestation », a déclaré Deniz Bayram, chercheuse adjointe auprès de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Les autorités turques devraient prêter attention aux préoccupations de la population concernant l'impact environnemental d'activités telles que l'exploitation minière dans leurs régions et y répondre, au lieu d'arrêter et de poursuivre des manifestants. »

En août 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 23 personnes ayant participé en Turquie à des manifestations en faveur de la protection de l'environnement et a examiné les reportages, documents et procédures judiciaires pertinents. 

Human Rights Watch a également documenté le traitement réservé aux défenseurs de l’environnement dans deux régions actuellement affectées par des projets industriels. Des manifestations contre l'exploitation du charbon dans la forêt d'Akbelen, située dans la province de Muğla (sud-ouest de la Turquie), ont lieu depuis 2023, tandis qu’un projet d'exploration aurifère dans la zone du plateau de Perşembe et aux alentours, dans la région de la mer Noire (nord de la Turquie), ont suscité des protestations tout au long de l'année 2026. Les autorités des deux zones ont dispersé par la force des manifestants non violents, notamment en recourant aux gaz lacrymogènes, aux canons à eau et au gaz poivre. La police a arrêté et verbalisé des manifestants, et a intimidé les habitants en procédant à des contrôles d’identité arbitraires.

En septembre, Human Rights Watch a écrit au ministère de l’Intérieur turc ainsi qu’aux parquets de Milas (province de Muğla), de Korgan (province d’Ordu) et de Tirebolu (province de Giresun), pour solliciter des informations complémentaires et une réponse à ses constatations. À ce jour, Human Rights Watch n’a toutefois reçu aucune réponse à ces courriers.

Les forces de l'ordre et de sécurité turques ont arrêté des membres de la société civile, des avocats et des journalistes lors de manifestations. Les manifestants font face à diverses poursuites pénales et enquêtes fondées sur des allégations douteuses, notamment pour rassemblement illégal, recours à la violence pour empêcher un agent public d'exercer ses fonctions, intrusion, outrage à agent public et diffusion de fausses informations. Les autorités ont également arrêté temporairement au moins deux personnes ayant exprimé en ligne leur soutien aux manifestations.

Dans un incident survenu le 29 juillet, les autorités ont arrêté des manifestants dans la région orientale de la mer Noire et les ont retenus jusqu'à huit heures sans procédure légale régulière. Parmi les personnes arrêtées figuraient deux enfants et une femme de 84 ans.

Des défenseurs de l’environnement ont également fait face à des poursuites pénales, à des amendes administratives et à d’autres formes de pression juridique pour avoir surveillé les atteintes à l’environnement ou cherché à protéger leurs terres et leur environnement.

Peu avant le sommet de l'OTAN tenu en juillet dernier à Ankara, les autorités ont ordonné l'arrestation de 225 personnes, y compris des activistes politiques à des défenseurs de la nature, suspectés d'« appartenance à des organisations armées ». Les 25 et 26 juin, les tribunaux ont placé 178 d'entre elles en détention provisoire et 34 sous contrôle judiciaire, sans toutefois invoquer d'éléments probants attestant d'une activité criminelle. Parmi les personnes arrêtées figuraient 13 membres d'une organisation de protection de la nature, qui ont été libérés par la suite, tout comme 14 autres personnes qui avaient été placées en résidence surveillée.  

Les enquêtes pénales et les arrestations de défenseurs de l’environnement qui se poursuivent depuis 2023 ont eu un effet dissuasif considérable sur les droits à la liberté d’expression et de réunion, pourtant protégés par le droit international des droits humains et par la Constitution turque. Si nombre de ces procédures ont abouti à des décisions de non-lieu ou à des acquittements, les enquêtes font peser une charge immense sur les personnes visées, car elles s’étendent sur des années et les contraignent à comparaître à maintes reprises devant les autorités chargées de l’application des lois.

Une femme âgée de 75 ans à Denizli, dans l'ouest de la Turquie, a écopé d’une amende en mai 2024 pour avoir refusé l'accès à sa propriété à deux employés d'une compagnie minière, dans le cadre d'une action de protestation contre l'extraction de charbon. Elle a été accusée d'avoir frappé ces employés, allégation qu'elle dément avec véhémence. La décision fait l'objet d'un appel.

Des policiers et des gendarmes ont empêché des journalistes et des passants de filmer des manifestations pour l'environnement dans les zones touchées – en recourant parfois à la violence – et ont procédé à des arrestations, ainsi qu'à l'ouverture d'enquêtes visant des journalistes qui couvraient ces manifestations, selon les médias. 

Human Rights Watch a précédemment fait part de ses préoccupations aux autorités turques, soulignant que les efforts visant à développer l'extraction du charbon et les capacités de production d'électricité à partir de charbon en Turquie font peser de graves risques sur la santé publique, la protection de l'environnement et le respect d'autres droits humains.

La répression à l'encontre des défenseurs de l'environnement s'inscrit dans une offensive plus large contre l'espace civique en Turquie, a déclaré Human Rights Watch, incluant la détention d’activistes à Istanbul qui protestaient contre une répression anti-LGBT le 15 septembre 2026. Certains d'entre eux affirment avoir été maltraités durant la période de plus de 24 heures qu'ils ont passée en détention.

La participation de la société civile est importante pour amener les États à rendre des comptes sur leurs politiques environnementales, selon Human Rights Watch. Elle est également essentielle dans les contextes où les décisions prises par le gouvernement central peuvent avoir de graves répercussions environnementales à l'échelle locale.

En tant que pays hôte de la COP31 en novembre, la Turquie a l'obligation de faciliter la participation de la société civile à la conférence..

« Le gouvernement turc a ignoré les mesures de protection de l'environnement et s'en est pris aux populations locales qui dénoncent les atteintes à l'environnement touchant leurs communautés », a conclu Deniz Bayram. « Les États participant à la COP31 devraient s’exprimer contre la répression exercée par la Turquie à l’encontre des défenseurs de l’environnement, et rappeler à leurs hôtes que la participation de la société civile est essentielle pour atteindre les objectifs de la COP. » 

Suite détaillée en anglais.

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13.10.2026 à 01:00

Philippines : Un projet de contrôle des inondations bafoue les droits des habitants

Human Rights Watch

(Manille) – Les autorités philippines ont bafoué les droits des habitants qui ont été déplacés d’une petite île de la province de Pampanga dans le cadre d’un projet de contrôle des inondations, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; ces personnes ont été réinstallées sur un nouveau site qui subit lui-même des inondations chroniques, et offre peu de possibilités de gagner sa vie. 

En 2022, les autorités de Macabebe, dans la province de Pampanga, ont procédé à la réinstallation de 90 familles qui vivaient sur l’île de Pulo, située sur la rivière Pampanga, vers un quartier de Macabebe ; toutefois, elles l’ont fait sans consulter convenablement ces familles au préalable, ni leur fournir d’informations adéquates. Le site de leur réinstallation à Macabebe est une zone de faible altitude qui était autrefois un étang piscicole ; ce site est lui-même en proie à des inondations tout au long de l’année, ce qui entrave l’accès des habitants à divers services et à des possibilités d’’emploi. Bien que la communauté de Pulo ait souhaité rester unie, sur le nouveau site, certains membres sont depuis partis en raison des répercussions des inondations sur leur vie, et sur leurs moyens de subsistance.

« Les autorités philippines de Pampanga ont mis en danger la sécurité et les moyens de subsistance des habitants de l’île de Pulo en les relogeant dans une zone de faible altitude, dans le cadre d’un projet de contrôle des inondations mal conçu », a déclaré Lian Buan, chercheuse sur l’Asie du Sud-Est à Human Rights Watch. « Le gouvernement philippin devrait consulter cette communauté afin de trouver une meilleure solution, et veiller à ce que les futures réinstallations liés à des questions d’ inondation respectent les droits des personnes concernées. »

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La province de Pampanga, située sur l’île de Luzon dans le nord des Philippines, subit les inondations les plus graves du pays, en raison des tempêtes, de l’élévation du niveau de la mer et de la capacité limitée des barrages ; cette situation risque de s’aggraver à mesure que le changement climatique s’accélère. De 2015 à 2025, les inondations et l’élévation du niveau de la mer ont déplacé 6,6 millions de personnes aux Philippines.

Le gouvernement philippin a adopté une politique nationale de déplacement de communautés, lié aux inondations, intitulé « Cadre politique national de réinstallations » (« National Resettlement Policy Framework », NRPF). Cependant, les autorités chargées du déplacement de la communauté de l’île de Pulo n’ont pas respecté les normes nationales ni internationales visant à protéger les droits des personnes concernées. Selon les Guide des Nations Unies sur la protection des personnes contre les catastrophes et les changements environnementaux grâce à la réinstallation planifiée, une telle réinstallation doit constituer une mesure de dernier recours visant à protéger la vie et la santé des habitants ; ces mesures doivent être précédées d’une consultation des communautés concernées, ou répondre à leur propre demande.

Entre juillet et août 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 35 personnes qui habitaient sur l’île de Pulo avant d’être réinstallées dans le quartier (« barangay ») de Candelaria, à Macabebe, dans la province de Pampanga, ainsi qu’avec neuf responsables locaux de Pampanga et des experts en changement climatique. Human Rights Watch a également analysé des images satellite de l’île de Pulo et du nouveau site à Macabebe, et a eu recours à la photogrammétrie (technique de mesure utilisant des photos prises sous divers angles) afin de déterminer la différence d’altitude entre le site de Macabebe et une digue située à proximité.

Entre 2020 et 2023, la municipalité de Pampanga et le ministère philippin des Travaux publics et des Routes (Department of Public Works and Highways, DPWH) ont procédé au dragage de l’île de Pulo et à la réinstallation de ses habitants. Human Rights Watch a constaté que cette réinstallation s’était toutefois déroulée sans consultation adéquate des habitants qui n’ont pas eu accès à des informations complètes, et sans aboutir à la sélection d’un nouveau site approprié. 

« Ils nous ont chassés [de l’île de Pulo] et nous ont placés dans cet endroit, où nous avons l’impression d’avoir été jetés comme des déchets », a déclaré une mère de deux enfants âgée de 48 ans.

Des ingénieurs du ministère des Travaux publics ont expliqué à Human Rights Watch que la défunte maire de Macabebe, Anette Balgan, avait demandé le dragage – c’est-à-dire l’excavation des sédiments, de la terre et d’autres matériaux – du lit de la rivière Pampanga, ainsi que la relocalisation de la communauté de Pulo. Le but était de supprimer la petite île de Pulo, afin d’augmenter la capacité d’écoulement de la rivière et de prévenir les inondations dans la région, renforçant ainsi la sécurité des habitants relogés et des communautés situées le long de la rivière. 

À partir de 2018, les responsables gouvernementaux ont organisé plusieurs réunions avec les familles concernées, dont certaines se sont déroulées en kapampangan, la langue locale. Aucun des habitants interrogés par Human Rights Watch n’a eu le sentiment d’avoir eu le choix concernant leur réinstallation.

Les membres de la communauté ont déclaré avoir été informés du lieu de relogement en 2021, et ont fait part de leurs inquiétudes quant à son adéquation lors de réunions avec les autorités. Le site de relogement se trouve en contrebas d’une digue, une crête surélevée construite parallèlement à la berge du fleuve pour empêcher les eaux de crue d’atteindre les zones résidentielles voisines. Une route longe le sommet de la digue à côté du site de relogement, et constitue la principale voie d’accès à la ville.

« Ils ne nous ont proposé aucune autre solution », a déclaré l’habitante âgée de 48 ans. « Il n’y avait pas d’autre choix. »

Les habitants de longue date ont déclaré s’être sentis contraints de déménager sans comprendre véritablement les raisons de cette décision, ni les modalités d’indemnisation et d’aide proposées.

Les habitants ont été contraints de démolir eux-mêmes leurs maisons pour percevoir une indemnisation. Beaucoup craignaient que, s’ils ne démolissaient pas leurs habitations assez rapidement, les fonds alloués ne s’épuisent, selon des rumeurs qui circulaient en l’absence d’informations officielles. Certains ont déclaré s’être sentis intimidés par les autorités.

« Le personnel sur place nous harcelait un peu aussi, en nous disant que nous étions obligés de partir, que nous n’avions pas le choix et qu’ils nous dénonceraient aux autorités supérieures », a déclaré un agriculteur de 57 ans.

Plusieurs familles qui vivaient sur l’île de Pulo sont apparentées, et souhaitaient rester ensemble. Les lignes directrices de l’ONU indiquent que toute réinstallation planifiée doit être « effectuée de manière à respecter et à maintenir la cohésion sociale, familiale et communautaire ainsi que les liens de parenté ».

Une masseuse de 44 ans a raconté qu’un responsable s’était mis en colère lorsqu’elle avait posé des questions sur l’adéquation du site de relogement : « L’ingénieur m’a pointée du doigt et m’a dit qu’ils avaient suivi des études d’ingénierie et qu’ils ne mettraient pas en jeu leur licence pour ce projet [s’il n’était pas adapté]. »

Les membres de la communauté ont indiqué qu’en réponse à leurs préoccupations, les autorités locales leur avaient assuré que le site serait surélevé au même niveau que la digue routière, afin de les protéger des inondations. Cependant, les travaux de remblayage n’ont jamais atteint cette hauteur, et le site reste en contrebas de la digue. Un ingénieur ayant travaillé sur le projet de relogement a expliqué que la conception de la digue routière ne permettait pas de surélever le site au même niveau.

Human Rights Watch s’est rendu sur le site de relogement du 12 au 14 juillet 2026, au début de la saison des pluies, période durant laquelle, à marée haute, l’eau atteignait une hauteur comprise entre les genoux et les cuisses. Human Rights Watch a observé des enfants pataugeant dans les eaux de crue, ainsi que des personnes âgées qui ne pouvaient pas quitter leur domicile tant que celui-ci était inondé. Les habitants, qui ont décrit des inondations similaires tout au long de l’année, devaient traverser à pied les zones inondées pour rejoindre la route près de la digue.

Le ministère philippin des Établissements humains et du Développement urbain, qui aurait normalement dû être impliqué dans ce projet de relogement, a déclaré à Human Rights Watch que, dans l’attente d’évaluations supplémentaires sur place, « les caractéristiques physiques du site signalées soulèvent des inquiétudes quant à son adéquation pour un logement permanent ».

18 février 2026 Philippines : Des déplacements dus au changement climatique menacent les droits

Les personnes handicapées vivant sur l'île de Siargao, dévastée par un typhon, sont exposées à de graves risques

En vertu du droit international des droits humains, les Philippines sont tenues de respecter, de protéger et de garantir les droits économiques, sociaux et culturels de chacun. Cela inclut la protection des personnes contre les risques raisonnablement prévisibles liés au changement climatique, notamment les inondations et autres impacts. La réinstallation des habitants de l’île de Pulo n’était pas conforme aux normes internationales telles qu’elles sont énoncées dans les lignes directrices des Nations Unies.

La Commission philippines des droits de l’homme a déclaré à Human Rights Watch que si le projet lui avait été soumis, elle aurait pu contribuer à garantir le respect de procédures fondées sur les droits. La commission a également indiqué qu’elle mènerait une enquête sur cette affaire.

« Les communautés philippines vivant dans des zones inondables subissent déjà les conséquences du changement climatique, et ne devraient pas avoir à souffrir davantage à cause de réinstallations mal gérées par le gouvernement », a conclu Lian Buan. « Les bailleurs de fonds qui soutiennent la réponse des Philippines aux effets du changement climatique devraient exhorter le gouvernement à s’assurer que chaque aspect d’une réinstallation respecte les normes internationales en matière de droits humains. »

Suite détaillée en anglais.

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12.10.2026 à 10:31

Les sanctions des États-Unis contre la CPI mettent en danger la justice internationale

Human Rights Watch

Click to expand Image Le siège de la Cour pénale internationale à La Haye, aux Pays-Bas. © 2019 Peter Dejong/AP

(New York) – La décision de l’administration Trump d’imposer des sanctions à la Cour pénale internationale (CPI) constitue une attaque sans précédent contre la justice internationale et l’état de droit, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le 9 octobre 2026, le secrétaire d’État des États-Unis, Marco Rubio, a annoncé l’imposition de sanctions à l’encontre de la CPI. 

« L’administration Trump a clairement indiqué son objectif de détruire la CPI pour protéger les responsables étasuniens et israéliens contre des accusations devant la Cour », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « En s’attaquant à la Cour, le gouvernement étasunien menace la justice pour les victimes d’abus, depuis la Palestine jusqu’en Ukraine, ainsi qu’au Myanmar et au Soudan. »  

La CPI est un tribunal international permanent créé pour juger des personnes, y compris de hauts responsables, accusées de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, de génocide et de crime d'agression. À la suite des génocides du milieu des années 1990 au Rwanda et en ex-Yougoslavie, la communauté internationale a créé la CPI afin d’empêcher les principaux responsables de crimes graves d'échapper à la justice. Près des deux tiers des pays membres de l’ONU ont rejoint la Cour. En plus de son enquête sur la Palestine, la Cour a ouvert des enquêtes sur des crimes présumés dans 17 situations, notamment en Afghanistan, au Darfour, Soudan, au Bangladesh/Myanmar, en Ukraine, et au Venezuela.

La décision du gouvernement américain de sanctionner la CPI a été annoncée le jour même où le Comité Nobel norvégien a décerné le prix Nobel de la paix 2026 à Navi Pillay, ancienne juge de la CPI et avocate internationale de renom, en reconnaissance de son rôle central « pour garantir que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide soient poursuivis ».  

Dans son annonce du 9 octobre, Rubio a affirmé que les sanctions visaient à protéger les ressortissants étasuniens des enquêtes et des poursuites devant la CPI. L’administration Trump s’est déjà opposée à l’enquête menée par la Cour sur des ressortissants israéliens pour leur conduite en Palestine. La CPI a émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes graves commis à Gaza. La Palestine est devenue membre de la CPI en 2015 et a donné à la Cour le mandat de traiter les crimes graves commis sur son territoire ou par ses ressortissants depuis le 13 juin 2014. 

L’administration Trump a déjà sanctionné des procureurs de la CPI, neuf juges de la CPI, trois éminentes organisations palestiniennes de défense des droits humains, ainsi que la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, et a appelé les pays membres de la CPI à quitter la Cour.

Les sanctions américaines ont de graves conséquences sur les personnes ciblées, notamment le gel ou la fermeture de comptes bancaires, le refus de transactions financières, le refus d'accès aux services numériques et l'interdiction d'entrée aux États-Unis. Les sanctions étasuniennes ont également un effet dissuasif sur les banques non étasuniennes et sur d’autres entreprises situées en dehors de la juridiction étasunienne, qui pourraient elles-mêmes perdre l’accès au système bancaire étasunien si elles ne respectaient pas les sanctions. Cela signifie que la CPI pourrait perdre l’accès aux entreprises sur lesquelles elle s’appuie pour ses fonctions quotidiennes, depuis les opérations bancaires jusqu’à l’information, ainsi que la technologie et les voyages. 

Le 11 août 2026, Human Rights Watch, conjointement avec trois autres organisations de défense des droits humains, a intenté une action en justice devant un tribunal fédéral étasunien afin d'obtenir l'annulation du régime de sanctions précédemment utilisé pour autoriser des sanctions visant l'ensemble du système judiciaire. Un grand nombre d’organisations de défense des droits humains, d’experts et d’anciens responsables gouvernementaux étasuniens ont déposé des mémoires d’ « amicus curiae » (amis de la Cour) en soutien à cette action.

Des pays membres de la CPI, notamment les Pays-Bas qui accueillent la CPI à La Haye, l’organe dirigeant de l’Assemblée des États parties à la Cour, l’Union européenne, des experts des droits humains de l’ONU, le Secrétaire général de l’ONU, le Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, des organisations de la société civile, ainsi que la CPI elle-même se sont prononcés à plusieurs reprises contre les sanctions. 

La CPI et ses pays membres ont également pris des mesures importantes afin de protéger la Cour de l’impact potentiel des sanctions, mais des mesures supplémentaires sont nécessaires pour protéger la capacité de la Cour à poursuivre son travail crucial. L'UE devrait immédiatement activer son statut de blocage, qui vise à protéger les opérateurs européens des effets des sanctions extraterritoriales.

Les sanctions de l’administration Trump visant la justice internationale s’inscrivent dans le cadre d’une attaque plus vaste contre les lois, les institutions et les organisations créées pour protéger les droits humains, selon Human Rights Watch. Les États-Unis se sont également retirés des Accords de Paris sur le climat et de l’Organisation mondiale de la santé, tout en se désengageant du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Le président Donald Trump et d'autres hauts responsables étasuniens ont également exprimé leur mépris du droit international et menacé de commettre des crimes de guerre. 

« La CPI a été créée pour garantir qu’aucun individu, aussi puissant soit-il, ne puisse échapper à la justice pour les crimes les plus graves », a conclu Philippe Bolopion. « Les gouvernements du monde entier devraient prendre toutes les mesures disponibles pour contrer les effets des sanctions américaines, et se tenir aux côtés de la Cour et de ceux qui comptent sur elle pour obtenir justice. »

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