14.05.2026 à 09:00
Human Rights Watch
(Washington) – Les coupes abruptes opérées par le gouvernement des États-Unis dans la quasi-totalité de son aide étrangère en 2025 ont porté préjudice au mouvement mondial en faveur des droits humains ainsi qu’à d’innombrables personnes en danger, a révélé Human Rights Watch dans un rapport de 42 pages rendu public aujourd’hui.
Every Autocrat’s Dream: A Global Snapshot of the Human Rights Harms of US Foreign Aid CutsCe rapport, intitulé « Every Autocrat’s Dream: A Global Snapshot of the Human Rights Harms of US Foreign Aid Cuts » (« Le rêve de tout autocrate : Aperçu mondial des atteintes aux droits humains causées par les coupes dans l’aide étrangère américaine », examine les conséquences immédiates de ces coupes budgétaires sur le travail des défenseurs des droits à travers le monde. Des enquêtes sur des exactions ont été interrompues, le soutien aux victimes a été fortement réduit, et des organisations qui contribuaient à la prévention des violations ont été contraintes de limiter voire parfois de cesser leurs activités.
« Le retrait du soutien du gouvernement américain au mouvement mondial des droits humains a été une véritable bénédiction pour les autocrates », a déclaré Sarah Yager, directrice du bureau de Washington de Human Rights Watch. « Les coupes dans l’aide étrangère ont rendu plus difficile la documentation des violations des droits humains, la protection des communautés menacées et la poursuite en justice des auteurs de ces violations. »
Le gouvernement des États-Unis a été le principal donateur en faveur des initiatives de défense des droits humains à travers le monde pendant des décennies, jusqu’à ce que l’administration Trump démantèle l’aide étrangère américaine entre janvier et mars 2025. Même si certains programmes ont fait l’objet de critiques légitimes, les réductions soudaines et massives de l’aide étrangère ont eu des effets néfastes immédiats à l’échelle mondiale.
Human Rights Watch a examiné l’impact de ces coupes budgétaires sur la liberté des médias, l’accès à l’information et la sécurité numérique ; sur la lutte contre la discrimination et la violence ciblée ; ainsi que sur la justice, la reddition de comptes et l’état de droit. Cet aperçu inclut des études de cas réalisées dans 16 pays : l’Afghanistan, le Bangladesh, le Cameroun, la Corée du Nord, la Géorgie, le Guatemala, Haïti, le Myanmar, le Nicaragua, la République démocratique du Congo, le Salvador, la Tanzanie, la Thaïlande, le Turkménistan, l’Ukraine et le Venezuela.
Ces études de cas portent sur les semaines et les mois qui ont immédiatement suivi les coupes dans l’aide, et visent à illustrer les répercussions sur les droits humains des décisions prises par l’administration Trump dans divers contextes.
Bien qu’aucun gouvernement ne soit tenu de fournir une aide étrangère, la manière dont les États-Unis ont mis fin à cette assistance a causé des préjudices prévisibles, exigeant que des comptes soient rendus, a déclaré Human Rights Watch. Le Congrès américain devrait exiger un examen indépendant afin d’évaluer les conséquences sur les droits humains des réductions d’aide et des suppressions de programmes prévues pour 2025, et rétablir les financements alloués à la défense des droits humains dans les futures lois budgétaires. Les législateurs, les autres pays donateurs et les acteurs du secteur philanthropique devraient agir d’urgence pour reconstruire le soutien au mouvement mondial de défense des droits humains, d’une manière durable et respectueuse de ces droits.
« En mettant fin aux financements de manière si rapide et si radicale, le gouvernement américain a retiré des bouées de sauvetage cruciales pour de nombreuses personnes confrontées à des abus », a conclu Sarah Yager. « La résilience des organisations de défense des droits humains face à la montée de l’autoritarisme et aux crises mondiales a été extraordinaire ; toutefois, leur détermination ne saurait se substituer à un soutien durable. »
14.05.2026 à 06:01
Human Rights Watch
(Kinshasa) – Le groupe armé M23 et les forces militaires rwandaises ont mené une occupation abusive de la ville d’Uvira, située dans l’est de la République démocratique du Congo, pendant un mois, à partir de décembre 2025, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
14 mai 2026 « Nous sommes des civils ! »Le rapport de 26 pages, intitulé « “Nous sommes des civils !” : Meurtres, violences sexuelles et enlèvements commis par le M23 et les forces rwandaises à Uvira, en République démocratique du Congo », documente l’occupation d’Uvira, la deuxième plus grande ville de la province du Sud-Kivu, par le M23 et les forces rwandaises, du 10 décembre 2025, quelques jours seulement après la signature des Accords de Washington négociés par les États-Unis, au 17 janvier 2026, date de leur retrait. Pendant cette période, ces forces ont tiré sur des civils qui fuyaient, exécuté sommairement plus de 50 personnes lors d’opérations de fouille menées de porte à porte, violé au moins huit femmes et fait disparaître de force au moins 12 personnes.
« Après avoir pris le contrôle d’Uvira, les combattants du M23 et les forces rwandaises sont allés de porte en porte pour tuer sommairement des hommes et des garçons et ont commis des viols et des enlèvements », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Human Rights Watch a documenté de nombreux abus horribles, mais n’a peut-être qu’effleuré la surface. Des enquêtes pénales, notamment par la Cour pénale internationale, sont nécessaires pour garantir que ces crimes ne restent pas impunis. »
Ce rapport, issu de la première enquête de terrain sur les exactions commises à Uvira pendant l’occupation du M23 et des forces rwandaises, s’appuie sur plus de 120 entretiens menés en mars et en avril 2026. Human Rights Watch a écrit au gouvernement du Rwanda et à Bertrand Bisimwa, chef du M23, pour leur communiquer les conclusions préliminaires du rapport, mais n’a reçu aucune réponse.
Le 2 mars, le gouvernement des États-Unis a imposé des sanctions à l’armée rwandaise et à ses commandants pour leur rôle dans la prise et l’occupation d’Uvira.
Le M23, initialement formé en 2012 en tant que mouvement de rébellion contre le gouvernement congolais, a refait surface fin 2021 avec le soutien du Rwanda. Depuis lors, les combats entre d’une part le M23 et les forces rwandaises et d’autre part les forces armées congolaises et leurs alliés, y compris les milices responsables d’abus connues sous le nom de « Wazalendo », ont déplacé des centaines de milliers de personnes dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, dans l’est de la RD Congo. Les parties belligérantes ont commis des meurtres illégaux et des viols, et sont également responsables de recrutement et de travail forcés.
Lors de la prise de contrôle d’Uvira, le M23 et les forces rwandaises ont tiré à plusieurs reprises sur des civils, les tuant et les blessant, y compris ceux qui tentaient de fuir pour se mettre en sécurité. Un homme qui a tenté de fuir avec des membres de sa famille a vu quatre d’entre eux se faire tirer dessus alors qu’ils tentaient de quitter la ville le 10 décembre. « C’était le chaos », a-t-il déclaré. « Nous avions de petits sacs que nous avons jetés et nous avons couru. Je n’ai pas été touché, alors j’ai simplement couru vers le lac. J’ai vu mon frère, sa femme et deux de ses enfants tomber. »
Une fois qu’elles ont pris le contrôle d’Uvira, le M23 et les forces rwandaises ont commencé à traquer des hommes et des garçons lors d’opérations de porte-à-porte, les accusant d’avoir des liens avec les Wazalendo et en exécutant beaucoup sur-le-champ. Human Rights Watch a documenté les exécutions sommaires de 53 civils par le M23 et les forces rwandaises, la plupart le 10 décembre.
Human Rights Watch a également documenté huit cas de viols de femmes commis par des combattants du M23 et des soldats rwandais à Uvira et dans ses environs. Les survivantes ont évoqué le manque quasi total de services de santé accessibles pendant l’occupation, en particulier l’absence de traitement prophylactique post-exposition (PEP) en temps voulu pour prévenir la contamination par le VIH, ainsi que de soins adéquats pour les blessures et infections résultant de violences sexuelles.
Le M23 a également enrôlé des civils de force dans ses rangs pendant l’occupation d’Uvira. Dans au moins 12 cas documentés, on ignore toujours où ces civils se trouvent.
Les autorités congolaises et rwandaises, avec le soutien de la communauté internationale, devraient s’engager à rendre compte, de manière exhaustive, des abus commis par le M23 et les forces militaires rwandaises pendant l’occupation d’Uvira.
Le Rwanda devrait cesser de soutenir le M23 responsable d’abus a déclaré Human Rights Watch. Le gouvernement congolais, en collaboration avec les organismes internationaux, devrait mener des enquêtes rapides, transparentes et impartiales sur les violations graves du droit international humanitaire et relatif aux droits humains commises par les parties au conflit, et veiller à ce que les responsables soient traduits en justice dans le cadre de procès équitables et transparents.
Des fosses communes subsistent dans toute la ville. Le gouvernement congolais devrait faciliter les enquêtes menées par des observateurs indépendants des droits humains et ordonner aux autorités militaires et administratives de leur faciliter l’accès, de protéger les témoins et de préserver toutes les preuves. Les autorités congolaises devraient garantir la protection des civils d’Uvira, notamment en mettant fin à leur soutien aux milices Wazalendo responsables d’abus et en les retirant de la ville.
Les partenaires internationaux de la RD Congo et du Rwanda devraient soutenir la Commission d’enquête indépendante sur la situation des droits de l’homme dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, mandatée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en 2025, afin qu’elle puisse remplir son mandat. Ces gouvernements devraient également sanctionner les commandants rwandais et du M23 ainsi que toute autre personne impliquée dans des violations graves, et réexaminer l’aide et la coopération militaires et sécuritaires avec le Rwanda afin de s’assurer que ce soutien n’alimente pas de nouvelles violations.
« L’occupation d’Uvira a mis en lumière les méthodes abusives utilisées par le M23 et les forces rwandaises », a conclu Philippe Bolopion. « Les victimes ainsi que leurs familles à Uvira demandent la justice et la fin de l’impunité qui alimente ces crimes. Les pays qui soutiennent la RD Congo devraient se mobiliser pour appuyer ces efforts. »
………….
Articles
RFI TV5Monde Zonebourse
Actualite.cd (1) Actualite.cd (2) RadioOkapi LaLibre.be
BBC Afrique PourElle
Vidéos
TV5Monde France24 AfricaNews
Audio
RFI (podcast) Sur X
13.05.2026 à 22:11
Human Rights Watch
(La Haye, 13 mai 2026) – L’audience historique de la Cour pénale internationale (CPI) qui se tiendra prochainement dans l’affaire de Khaled Mohamed Ali El Hishri, soupçonné de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, constitue une avancée attendue depuis longtemps par les victimes de crimes graves en Libye, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Du 19 au 21 mai, les juges de la CPI examineront les preuves à charge contre El Hishri lors d’une audience de « confirmation des charges » visant à déterminer si l’affaire le concernant doit être renvoyée en jugement. El Hishri est la première personne à comparaître devant la CPI pour des atrocités commises en Libye depuis que le Conseil de sécurité des Nations Unies a renvoyé la situation en Libye au Procureur de la CPI en 2011, afin d’enquêter sur les crimes graves commis à la suite du soulèvement dans le pays. Human Rights Watch a publié un document « questions-réponses » (en anglais) concernant la procédure.
« Le fait de voir enfin un suspect comparaître devant la CPI, 15 ans après la fin de la révolution libyenne de 2011, envoie un message fort aux milliers de victimes de crimes graves en Libye, leur indiquant que leur lutte pour la justice n’a pas été oubliée », a déclaré Alice Autin, chercheuse auprès du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « Alors que les atrocités persistent à travers la Libye, les progrès réalisés dans cette affaire devraient inciter les autorités libyennes et la communauté internationale à agir pour mettre fin à l’impunité généralisée qui continue d’alimenter la violence. »
Khaled Mohamed Ali El Hishri est un ancien haut responsable de l’Appareil de dissuasion pour la lutte contre le terrorisme et le crime organisé (al-Radaa), une milice basée à Tripoli affiliée au Conseil présidentiel et anciennement connue sous le nom de Force spéciale de dissuasion.
Le Bureau du Procureur de la CPI a inculpé El Hishri de 17 chefs d’accusation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, notamment de torture, de viol, de violences sexuelles, de meurtre, d’esclavage et de persécution. Ces accusations portent sur des crimes qui auraient été commis à la tristement célèbre prison de Mitiga, à Tripoli, entre 2014 et 2020, à l’encontre de détenus libyens et non libyens. El Hishri est soupçonné d’avoir directement commis, ordonné et facilité ces crimes grâce à l’autorité qu’il exerçait sur la prison.
Les autorités allemandes ont arrêté El Hishri en juillet 2025 sur la base d’un mandat d’arrêt de la CPI pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité présumés commis à la prison de Mitiga. Elles l’ont remis à la Cour, à La Haye, en décembre 2025.
Human Rights Watch, d’autres organisations de défense des droits humains et humanitaires ainsi que l’ONU ont documenté les conditions inhumaines qui règnent dans les centres de détention et les prisons à travers la Libye, dont beaucoup sont gérés par des groupes armés abusifs et échappant à tout contrôle, affiliés de manière nominale aux autorités. Les gouvernements libyens successifs et les autorités intérimaires n’ont pas réussi à mettre fin à cette pratique ni à enquêter et à traduire en justice les responsables des graves abus commis dans les centres de détention.
La CPI a émis des mandats d’arrêt publics contre 14 personnes dans le cadre de l’enquête sur la Libye, dont El Hishri. Quatre d’entre elles sont décédées ou ont été tuées depuis, et huit autres sont toujours en fuite. Les juges de la CPI ont déclaré irrecevable devant la Cour l’affaire contre Abdullah al-Senussi, le chef des services de renseignement sous l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.
L’arrestation et la remise d’El Hishri à la CPI par les autorités allemandes revêtent une importance particulière, car elles démontrent comment les États membres de la CPI peuvent contribuer à la justice rendue par la Cour lorsqu’ils s’acquittent de leur obligation de coopérer avec celle-ci, a déclaré Human Rights Watch.
En janvier 2025, l’Italie, également membre de la CPI, n’a pas remis à la Cour le complice présumé d’El Hishri détenu à la prison de Mitiga, Osama Elmasry Njeem, après l’avoir arrêté. Au lieu de cela, les autorités italiennes l’ont renvoyé en Libye. En octobre 2025, les juges de la CPI ont estimé que l’Italie avait manqué à son obligation de coopérer avec la Cour et, en janvier 2026, ont renvoyé l’affaire devant les pays membres de la Cour pour qu’ils prennent les mesures qui s’imposent.
En vertu de la résolution du Conseil de sécurité qui a renvoyé la situation en Libye au procureur de la CPI et de la décision prise en 2025 par les autorités libyennes d’accepter la compétence de la Cour de 2011 à 2027, la Libye – bien qu’elle ne soit pas membre de la CPI – a une obligation claire de coopérer avec la Cour. Cela inclut l’arrestation et le transfert à la CPI des personnes recherchées par la Cour qui se trouvent sur son territoire. Cependant, la coopération de la Libye avec la Cour est restée jusqu’à présent largement insuffisante. Certaines autorités libyennes se sont opposées par principe au jugement de Libyens hors du territoire libyen et ont remis en cause la nécessité de l’intervention de la CPI dans certaines enquêtes menées dans le pays.
Les autorités libyennes auraient arrêté au moins deux suspects également recherchés par la CPI pour des crimes graves commis à Tarhuna, sur la base d’enquêtes menées au niveau national. Elles auraient également arrêté Njeem à Tripoli en novembre 2025 et l’auraient placé en détention provisoire.
La CPI est une juridiction de dernier recours et les tribunaux nationaux ont la responsabilité première d’enquêter et de poursuivre les crimes graves commis sur leur territoire. Toutefois, lorsque les enquêtes de la CPI ont déjà abouti à des mandats d’arrêt, les autorités nationales doivent démontrer à la Cour qu’elles jugent les suspects de la CPI pour les mêmes crimes que ceux jugés par la Cour. L’avocat de la défense de Njeem a déposé une requête auprès des juges de la CPI, affirmant qu’une procédure pénale est en cours contre Njeem en Libye et porte essentiellement sur les mêmes faits pour lesquels il est recherché par la CPI. La question est actuellement en instance devant les juges de la CPI. Les autorités libyennes devraient transférer sans délai tous les suspects de la CPI détenus par elles à la Cour de La Haye, a déclaré Human Rights Watch.
Human Rights Watch a constaté que le secteur judiciaire libyen, fragmenté, reste entaché de graves violations des garanties procédurales et de lois contraires aux normes internationales, et que le pouvoir judiciaire n’est ni disposé ni capable d’enquêter de manière sérieuse sur les crimes graves.
« L’audience de confirmation des charges contre El Hishri souligne à quel point il est important que les pays coopèrent avec la CPI », a conclu Alice Autin. « Les futurs progrès en matière de justice pour les crimes graves commis en Libye dépendront de la volonté des autorités libyennes de s’acquitter de leur obligation légale de remettre les autres suspects recherchés par la CPI. »
…………….