22.06.2026 à 23:14
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Des manifestations menées en Syrie entre le 13 et le 17 juin afin de réclamer la justice pour les crimes commis sous le régime d’Assad ont coïncidé avec plusieurs attaques perpétrées par des foules d’auto-justiciers et des incitations à la haine fondées sur des critères identitaires, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Les manifestations se sont étendues aux gouvernorats d’Alep, d’Idlib, de Deir Ezzor, de Raqqa et de Damas. Les autorités syriennes devraient veiller à ce que les forces de sécurité protègent les personnes accusées d’avoir des liens avec l’ancien gouvernement contre toute attaque menées dans un esprit de justice populaire.
« Les massacres et les meurtres de membres de minorités religieuses syriennes en 2025 montrent à quelle vitesse le ciblage d’individus se transforme en punition collective de communautés entières », a déclaré Hiba Zayadin, chercheuse senior sur la Syrie à Human Rights Watch. « Les Syriens ont certes le droit de demander la justice, mais la justice ne devrait jamais servir de prétexte pour s’en prendre à des personnes simplement en raison de leur religion ou de leurs origines. Les autorités syriennes devraient tracer clairement cette ligne de démarcation. »
Le 16 juin, des dizaines de manifestants à Damas sont entrés dans le quartier de Mazzeh 86, et ont tenté de pénétrer dans le quartier d’Ush al-Warwar, tous deux à majorité alaouite. Les médias locaux ont fait état de de personnes blessées et de dégâts matériels à Mazzeh 86, tandis que les forces de sécurité ont bouclé Ush al-Warwar pour empêcher les manifestants d’y pénétrer.
Un commerçant de Mazzeh 86, qui a demandé à rester anonyme par crainte pour sa sécurité, a déclaré à Human Rights Watch que plusieurs hommes en civil, le visage couvert d’un keffieh, avaient attaqué son magasin dans la soirée du 16 juin. Il a indiqué avoir reconnu certains de ces hommes pour les avoir déjà croisés à plusieurs reprises dans le quartier, occasions lors desquelles ils avaient interpellé, insulté et frappé des habitants accusés d’être alaouites.
« Ils n’ont rien laissé intact », a déclaré le commerçant. Les hommes ont brisé les vitrines de son magasin, endommagé les fenêtres, arraché les rideaux et tiré des coups de feu à l’intérieur ; aucune balle ne l’a touché, a-t-il ajouté, mais les hommes l’ont frappé à coups de matraques électriques et l’ont poignardé, tout en lui lançant des insultes sectaires.
Ce commerçant a estimé que les dégâts causés à son magasin s’élevaient à environ 1 000 dollars US. Il a déclaré que des hommes qu’il pensait appartenir au même groupe étaient revenus plus tard et l’avaient emmené à l’hôpital al-Mouwasat pour qu’il y soit soigné. Human Rights Watch a examiné des photographies corroborant son récit des blessures physiques, montrant un œil au beurre noir, une plaie de couteau au bras, recousue, et des ecchymoses sur le dos et les bras.
Une habitante de Mazzeh 86, qui a également demandé à rester anonyme, a déclaré que, cette même nuit, une foule de 300 à 400 personnes s’était rassemblée au pied de la colline menant au quartier, l’empêchant d’entrer par l’entrée principale où se situe un poste de contrôle géré par des agents de la Sécurité générale syrienne. Elle est entrée par un autre chemin et a vu des hommes masqués et des agents de sécurité arpenter les rues. Elle a indiqué que les hommes masqués l’avaient interpellée, mais l’avaient laissée passer quand ils ont vu qu’il s’agissait d’une femme.
Human Rights Watch a aussi géolocalisé et vérifié deux vidéos filmées à Ush al-Warwar et publiées sur les réseaux sociaux le 15 juin, entre 22 h 30 et 23 h. Elles montrent des foules scandant des insultes vulgaires anti-alaouites sur la route principale menant à l’entrée du quartier, qui avait été bloquée par la Direction de la sécurité routière du ministère de l’Intérieur. D’autres vidéos prises au même endroit montrent la présence des forces de sécurité alors qu’une foule se rassemblait.
À Salqin, dans la province d’Idlib, des médias ont rapporté que des assaillants non identifiés avaient saccagé des commerces appartenant à des personnes accusées d’être des partisans de l’ancien gouvernement. L’Agence France-Presse, citée par Arab News, a fait état de menaces circulant en ligne à l’encontre d’anciens combattants paramilitaires présumés pro-Assad à Lattaquié.
Human Rights Watch a également examiné des vidéos documentant des violences collectives à l’encontre de deux hommes accusés d’avoir des liens avec l’ancien gouvernement. Plusieurs vidéos géolocalisées montrent un homme âgé, identifié comme étant Shukri Kayali, accusé d’être un ancien combattant paramilitaire pro-gouvernemental, ensanglanté et partiellement déshabillé, traîné dans les rues de Kafr Takharim, dans la province d’Idlib, puis abandonné au pied d’une tour de l’horloge locale. Selon les médias, Shukri Kayali est décédé à la suite de cette agression.
Une autre vidéo, publiée sur les réseaux sociaux vers 2 h 30 du matin le 15 juin, montre le corps sans vie d’un homme identifié comme étant Fadi Rabou, lui aussi accusé d’être un ancien combattant paramilitaire, tandis que des hommes dans la foule criaient « Allahu Akbar » (« Dieu est grand »). Plusieurs comptes sur les réseaux sociaux ont rapporté que le meurtre avait eu lieu dans le quartier d’al-Sheikh Talat, dans la ville d’Idlib. Human Rights Watch n’a pas pu géolocaliser de manière indépendante ces images, ni confirmer la mort de l’un ou l’autre de ces hommes sur la seule base de ces séquences vidéo.
Les autorités syriennes ont déployé des forces de sécurité dans certains quartiers marqués par des tensions à mesure que les troubles se propageaient, bloquant notamment l’accès à Ush al-Warwar, et les manifestations se sont depuis apaisées. Mais les tensions sous-jacentes qui ont poussé la population à descendre dans la rue restent sans solution, a déclaré Human Rights Watch.
La Commission d’enquête internationale indépendante des Nations Unies sur la Syrie a identifié l’absence d’un cadre juridique clair en matière de justice comme l’un des facteurs à l’origine de la poursuite des violences dans le pays, une lacune que les autorités syriennes ont reconnue. Le 15 juin, la Commission nationale syrienne pour la justice transitionnelle a déclaré que les sanctions collectives étaient incompatibles avec la justice. Le même jour, le ministère syrien de l’Intérieur a indiqué qu’il détenait près de 6 000 militaires et agents de sécurité de l’ère Assad et a exhorté les citoyens à fournir des preuves par les voies officielles plutôt que d’agir de leur propre chef.
Les autorités devraient enquêter d’urgence sur les auteurs des attaques violentes commises en juin, veiller à ce que les personnes incarcérées soient détenues dans des conditions sûres et conformes à la loi, et procéder systématiquement à des déploiements de protection en cas de nouvelles tensions. Ces attaques ont aussi démontré l’urgence de renforcer la confiance du public dans des procédures judiciaires indépendantes concernant les crimes de l’ère Assad, ainsi que d’autres crimes internationaux graves commis en Syrie.
Les autorités devraient mettre en place des réformes législatives exhaustives afin de permettre des poursuites efficaces, tout en garantissant le respect des normes internationales en matière de droits humains et de procès équitable, a déclaré Human Rights Watch. Elles devraient également protéger activement l’espace civique, et consulter les acteurs de la société civile syrienne et les associations de victimes de jouer au sujet des processus judiciaires. Cela implique notamment de clarifier la stratégie des autorités, ainsi que le calendrier et les modalités des consultations à l’échelle nationale ; les autorités devraient prévoir de manière significative la participation de la société civile à l’élaboration et au fonctionnement des institutions, y compris la Commission nationale pour la justice transitionnelle.
« Tant que les notions de vengeance et de justice seront confondues, le nombre de victimes croîtra et il sera difficile de mener à bien le processus de reddition de comptes », a conclu Hiba Zayadin.
………………………
22.06.2026 à 08:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Les autorités du Burkina Faso devraient d’urgence fournir des informations sur la disparition forcée du journaliste Atiana Serge Oulon, commise par les forces de sécurité de l’État il y a deux ans, et le libérer immédiatement, ont conjointement déclaré aujourd’hui Amnesty International, Human Rights Watch, l’Observatoire Kisal, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains – un partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) – et Reporters sans frontières (RSF).
Le 24 juin 2024, des hommes armés se présentant comme des agents du renseignement ont enlevé Atiana Serge Oulon, âgé de 40 ans, directeur du journal L’Événement, à son domicile à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. En juillet 2024, le président du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a reconnu qu’un journaliste avait été arrêté pour avoir prétendument répandu de fausses informations, référence manifeste à Atiana Serge Oulon. Le gouvernement a confirmé plus tard qu’Atiana Serge Oulon et d’autres journalistes avaient été enrôlés dans les forces armées. Cependant, en mai 2026, une enquête exclusive de RSF a révélé que les forces de sécurité, y compris de hauts responsables proches du président Traoré, ont secrètement détenu et torturé Atiana Serge Oulon dans des maisons privées transformées en prisons non officielles à Ouagadougou.
« Atiana Serge Oulon a été spécifiquement ciblé par le régime en raison de son travail journalistique et a été soumis à différents types d’abus et détenu sans aucun contact avec un avocat ou des membres de sa famille », a déclaré Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF. « La famille et les amis d’Atiana Serge Oulon sont en droit de savoir ce qui lui est arrivé et d’obtenir justice. »
Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation connu pour avoir dénoncé la corruption au sein des forces de sécurité, avait depuis longtemps alerté sur un détournement présumé de fonds publics. Dans une investigation datant de décembre 2022, il a allégué qu’un « capitaine [de l’armée] de la région du Centre-Nord » avait détourné 400 millions de francs CFA (environ 660 000 USD) destinés aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des auxiliaires civils appuyant l’armée. Le grade et la région de déploiement du « capitaine » correspondaient au profil du président Traoré. Quelques jours avant l’enlèvement d’Atiana Serge Oulon, les autorités ont suspendu le journal L’Événement après qu’il a réitéré les allégations de corruption.
RSF a indiqué que les forces de sécurité ont détenu Atiana Serge Oulon, ainsi que d’autres civils, dans au moins deux villas situées en face de l’ambassade des États-Unis à Ouagadougou, les ont sévèrement battus et les ont privés de nourriture.
Depuis leur prise de pouvoir en septembre 2022, les autorités militaires du Burkina Faso ont fortement réduit l’espace civique, ciblant les médias indépendants, l’opposition politique et la société civile. Elles ont utilisé une loi d’urgence radicale de 2023, introduite pour soutenir les efforts de contre-insurrection et réprimer la dissidence, y compris par la conscription illégale et motivée par des raisons politiques de journalistes, d’activistes de la société civile, de figures de l’opposition et de membres du système judiciaire.
« Plusieurs dizaines de détracteurs du gouvernement ont été illégalement enrôlés et déployés dans des zones de combat sans entraînement adéquat », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Cette pratique cruelle semble destinée à faire pression sur les détracteurs afin qu’ils se soumettent par la peur et la coercition. »
Les gouvernements peuvent conscrire des civils pour la défense nationale, toutefois les normes internationales exigent que le recrutement soit effectué dans le cadre d’un processus légal qui prévoit un préavis clair, des garanties de procédure régulière et la possibilité de contester la décision.
Entre juillet et octobre 2025, au moins sept journalistes et trois activistes précédemment enrôlés ont été libérés, tandis que Moussa Sareba, journaliste travaillant pour le média en ligne Fil Infos, qui a fait l’objet d’une disparition forcée en août 2025, est toujours porté disparu. D’autres sont toujours derrière les barreaux pour des chefs d’inculpation motivés par des raisons politiques, notamment Guy Hervé Kam, éminent avocat et membre fondateur du groupe de la société civile Balai Citoyen.
D’après de nombreux reportages et rapports de médias internationaux et d’organisations de défense des droits humains, les forces de sécurité ont transformé des dizaines de villas à Ouaga 2000, un quartier de Ouagadougou, ainsi que d’autres propriétés à la périphérie de la capitale, en lieux de détention non officiels où elles ont détenu secrètement et illégalement des centaines de personnes, y compris des détracteurs du gouvernement, des opposants politiques et d’autres personnes perçues comme des ennemis des autorités. D’anciens détenus ont décrit avoir été enfermés au secret dans ces prisons de fortune et avoir été soumis à des actes de torture et à d’autres formes de mauvais traitements.
« Des personnes sont détenues dans des prisons non officielles sans accès à des avocats, aux membres de leur famille ni à une assistance médicale », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « Parmi ceux qui ont finalement été libérés, beaucoup n’ont jamais été présentés à un juge ni inculpés officiellement et, par la suite, ils ont été empêchés de quitter le pays. »
Le Burkina Faso est un État partie à la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Aux termes du droit international, une disparition forcée survient lorsque les autorités étatiques ou leurs agents détiennent une personne puis refusent de reconnaître ou de divulguer son sort ou le lieu où elle se trouve, la plaçant hors de protection de la loi. Les personnes victimes de disparitions forcées courent un risque accru d’être soumises à des actes de torture, à d’autres mauvais traitements et à des exécutions extrajudiciaires.
« Les autorités du Burkina Faso devraient libérer immédiatement et sans condition Atiana Serge Oulon et toutes les personnes détenues arbitrairement et enrôlées illégalement », a déclaré Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH. « Elles devraient mettre fin à l’utilisation illégale de la conscription pour faire taire les journalistes et autres détracteurs des autorités militaires. »
Les autorités ont expulsé des journalistes étrangers et ont suspendu et interdit de nombreux médias et organisations nationaux et internationaux, invoquant souvent de vagues raisons administratives ou réagissant à des reportages ou rapports critiques.
La répression des médias indépendants par le gouvernement lui a permis d’exercer un contrôle beaucoup plus important sur le discours public tout en étendant la portée de la propagande et de la désinformation alignées sur l’État. Des réseaux d’activistes pro-gouvernementaux – y compris des groupes coordonnés connus sous le nom de bataillons d’intervention rapide de la communication chargés d’influencer l’opinion publique sur les médias sociaux – amplifient les messages du gouvernement, promeuvent le soutien au président Traoré, harcèlent les détracteurs et les défenseurs des droits humains, et attisent souvent la haine et la violence contre les minorités.
Les autorités militaires ont également réprimé les syndicats. En mai 2026, le ministre de l’Administration territoriale a suspendu le principal syndicat étudiant du pays, l’Union générale des étudiants burkinabè (UGEB), pendant trois mois, invoquant des faits d’« apologie du terrorisme ». Le décret n’a fourni aucune explication à la suspension, mais la mesure semble liée aux critiques du syndicat à l’égard du bilan du gouvernement en matière de sécurité près de quatre ans après sa prise de pouvoir.
« Alors que les autorités restreignent la liberté de la presse, les discours pro-gouvernementaux occupent de plus en plus l’espace médiatique », a déclaré Binta Sidibé Gascon, présidente de l’Observatoire Kisal. « Les autorités et les activistes pro-armée sur les réseaux sociaux ont contribué à attiser les tensions ethniques, notamment par une rhétorique qui assimile à tort l’ensemble de la communauté peule à des groupes armés islamistes, incitant ainsi à la stigmatisation et à l’hostilité. »
............
Articles
AfricaNews AfricaRadio- vidéo
18.06.2026 à 07:00
Human Rights Watch
(Minneapolis, 18 juin 2026) – Le déploiement par l’administration Trump de milliers d’agents fédéraux des services d’immigration dans l’État de Minnesota entre décembre 2025 et mars 2026 a entraîné des violations généralisées des droits humains, a terrorisé des habitants avec des conséquences durables et a mis en lumière des pratiques profondément abusives liées à l’application de la législation des États-Unis en matière d’immigration, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
18 juin 2026 “A Manufactured Crisis”Ce rapport de 180 pages, intitulé « “A Manufactured Crisis”: Minnesota Communities Terrorized by the Federal Government” » (« “Une crise fabriquée” : Des communautés du Minnesota terrorisées par le gouvernement fédéral »), documente de manière détaillée comment l’opération Metro Surge menée par le gouvernement américain a provoqué une crise des droits humains dans l’État du Minnesota, en particulier dans les villes jumelles de Minneapolis et Saint Paul et leurs environs. Cette campagne a donné lieu à deux homicides illégaux, à des cas répétés de recours excessif à la force, au profilage racial, à des détentions illégales et à des conditions de détention abusives. Ces abus et la terreur qu’ils ont semée ont également entraîné des préjudices moins visibles, forçant de nombreuses personnes à rester chez elles par peur, ce qui les a empêchées de se rendre au travail, à l’école et même de bénéficier de soins de santé essentiels. Le rapport appelle à la reddition de comptes aux plus hauts niveaux du gouvernement, et identifie les personnes qui étaient chargées de superviser l’opération.
« Le gouvernement fédéral a envoyé des hordes d’agents masqués et armés qui ont saisi des individus dans la rue, les ont menottés et emmenés, et ont maltraité des témoins de ces agissements », a déclaré Reagan Williams, chercheuse auprès de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Des habitants du Minnesota se sont mobilisés pour manifester, documenter les abus et s’apporter mutuellement une aide vitale. Une action au niveau national est nécessaire pour garantir la reddition de comptes, mettre fin aux abus en cours, réparer les préjudices subis et prévenir une nouvelle crise de cette ampleur. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec plus de 130 personnes, parmi lesquelles des immigrants, des défenseurs des droits humains, des avocats, des professionnels de santé, des enseignants, des responsables gouvernementaux actuels et anciens, ainsi que d’autres personnes ayant une connaissance directe de l’opération Metro Surge et de ses répercussions. Les chercheurs ont analysé des dizaines de photographies et de vidéos, des déclarations sous serment et des requêtes judiciaires, des décisions de justice, des documents établis par des défenseurs locaux des droits humains, des données gouvernementales, des enquêtes indépendantes, des études médicales et de santé publique, des articles de presse, ainsi que des dossiers tenus par des professionnels de santé, des « s » (agents chargés de l’application de la loi), des éducateurs, des entreprises et des organisations fournissant une aide alimentaire.
« Aucune couverture médiatique, quelle qu’en soit l’ampleur, ne saurait jamais rendre pleinement compte de l’ampleur des répercussions traumatisantes que cela a sur la ville de Minneapolis », a déclaré un habitant. « Et lorsque ces caméras seront parties, nous serons toujours là, en deuil et traumatisés. »
L’opération Metro Surge a constitué le plus grand déploiement d’agents de l’immigration à l’intérieur du pays depuis l’entrée en fonction du président Donald Trump, mais cette campagne et ses tactiques s’inscrivent dans un schéma plus large de déploiements concentrés et abusifs d’agents du Département de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) dans diverses villes aux États-Unis. Cependant, l’ampleur de l’opération Metro Surge – ainsi que la réaction rapide des habitants pour en être témoins et la documenter – a fourni de nombreuses preuves des pratiques et tactiques abusives de ces agences et, plus largement, des politiques d’immigration de l’administration.
Lors de deux incidents qui ont suscité l’indignation nationale en janvier, des agents fédéraux ont illégalement abattu deux citoyens américains, Renée Good et Alex Pretti. Des agents ont menacé d’autres habitants du Minnesota du possible recours à la force létale, en pointant leurs armes sur eux sans justification à de nombreuses reprises. Des agents ont également brisé des vitres de voiture sans justification, ont physiquement jeté ou poussé au sol des personnes qui ne résistaient pas, et ont utilisé des armes a létalité réduite, telles que des agents chimiques irritants et des grenades assourdissantes, parfois à bout portant et sans avertissement.
Au cours de cette campagne abusive, ainsi que l’a constaté Human Rights Watch, des agents du Service de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) ont placé en détention environ 4 000 immigrants, dont plus de 75 % n’avaient fait l’objet d’aucune condamnation pénale aux États-Unis ; de nombreuses personnes ont été placées en détention de manière arbitraire. Des avocats ont déposé des requêtes en habeas corpus pour contester ces détentions, dont beaucoup ont abouti à des ordonnances de libération ou à des audiences de mise en liberté sous caution, notamment près de 90 % des 532 affaires résolues entre le 1er décembre 2025 et le 15 mai 2026.
L'opération Metro Surge : une majorité d’arrestations de personnes sans antécédents judiciaires aux États-Unis Click to expand Image L'opération Metro Surge a conduit une majorité d’arrestations de personnes sans antécédents judiciaires aux États-Unis. Ce tableau recapitule les arrestations menées par l’agence ICE au Minnesota en décembre 2025-janvier 2026. La majorité des personnes arretees (2 404 personnes) avaient un casier judiciaire vierge aux États-Unis. Graphisme © 2026 Human Rights WatchLes agents fédéraux semblent s’être livrés à un profilage racial généralisé en interpellant, arrêtant ou plaçant en détention des personnes sur la base de leur race ou de leur origine ethnique présumée, notamment en utilisant ces facteurs comme indicateurs approximatifs de la nationalité apparente d’une personne. Selon une enquête menée par le Centre d’étude de la politique d'immigration des États-Unis (US Immigration Policy Center) de l’Université de Californie à San Diego, les personnes de couleur de Minneapolis étaient environ 40 % plus susceptibles que les résidents blancs d’avoir eu un contact avec des agents fédéraux. Des citoyens de couleur interrogés par Human Rights Watch ont déclaré qu’ils craignaient tellement le profilage racial qu’ils avaient commencé à emporter leur passeport partout avec eux.
De nombreux citoyens américains figuraient parmi les personnes illégalement interpellées, notamment en raison du profilage racial ou alors qu’ils observaient ou manifestaient contre les activités de l’ICE ou du Service des douanes et de la protection des frontières (Customs and Border Protection, CBP). Plus de 500 manifestants citoyens américains ont été arrêtés, selon les données la Guilde nationale des avocats (National Lawyers Guild) du Minnesota.
Pendant des mois, l’opération a perturbé tous les aspects de la vie quotidienne, et les activités normales, comme prendre le bus pour aller à l’école ou faire ses courses, sont devenues des situations comportant des risques pour la sécurité physique et la liberté. Au plus fort de l’opération Metro Surge, certaines cliniques ont enregistré une forte chute – jusqu’à 50 % dans certains établissements – du nombre de patients, y compris de personnes qui auraient nécessité des soins d’urgence. Des milliers d’élèves ont manqué l’école, ou sont passés à l’enseignement à distance. Des personne avaient peur de se rendre au travail en voiture, et ont subi des pertes de salaire et d’emploi.
La peur, l’anxiété et les difficultés ont eu de graves répercussions sur la santé mentale, en particulier chez les enfants. « J’ai très peur d’être ici parce que je ne veux pas que ça arrive encore à mon papa », a déclaré une fillette de 7 ans dont le père avait été emmené par l’ICE lors d’une descente à leur domicile en décembre. Son père, qui a ensuite été libéré, a expliqué que sa fille le suppliait parfois de ne pas quitter la maison. Sa mère, qui était enceinte, n’est pas sortie de chez elle pendant des mois après la descente, même pas pour ses rendez-vous prénataux.
Des habitants du Minnesota se sont mobilisés pour atténuer ces répercussions, s’organisant pour assurer la livraison de courses, apporter une aide au loyer et d’autres formes de soutien financier, assurer le transport vers l’école, le travail et les rendez-vous médicaux, ainsi que d’autres formes de soutien.
Bien que l’opération Metro Surge soit officiellement terminée, ses répercussions de grande envergure incitent à un examen et à la prise de mesures correctives. Le DHS et ses agences, notamment l’ICE et le CBP, devraient faire l’objet de réformes. Les autorités devraient rétablir et renforcer les mécanismes de transparence et de contrôle, mettre en place des protections efficaces contre le recours inutile à la force, et veiller à ce que les responsables à tous les niveaux, y compris ceux impliqués dans les abus commis lors de l’opération Metro Surge, rendent des comptes de manière cohérente.
Le 30 avril, Human Rights Watch a adressé aux agences du DHS un courrier présentant un résumé de ses conclusions et de ses questions, mais n’a pas reçu de réponse.
« L’opération Metro Surge a mis en évidence les pratiques violentes et abusives de ces agences », a conclu Reagan Williams. « Nous disposons de preuves claires de la manière dont elles opèrent lorsque l’impunité règne, d’où l’urgence de tracer une nouvelle voie à suivre, fondée sur la responsabilisation et des réformes structurelles, afin de mettre fin à ces abus. »
………………