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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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14.04.2026 à 11:20

RD Congo : L’aide humanitaire et les déplacements entravés dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu

Human Rights Watch

Click to expand Image Les Hauts Plateaux vus depuis le village de Namesha, dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, mars 2026. © 2026 Emmet Livingstone

(Nairobi) – Les forces armées congolaises et les groupes armés présents dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu entravent l’acheminement de l’aide humanitaire et empêchent les civils de fuir les combats dans l’est de la République démocratique du Congo, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui se réunira sur la situation en RD Congo le 15 avril 2026, devrait appeler toutes les parties belligérantes à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire et le passage en toute sécurité des civils, et envisager de nouvelles sanctions à l’encontre de commandants coupables d’exactions.

« Les civils des Hauts Plateaux du Sud-Kivu sont confrontés à une crise humanitaire grave et vivent dans la crainte des exactions commises par toutes les parties », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Il faut accorder davantage d’attention à ce conflit largement sous-médiatisé, sinon cette situation déplorable ne fera qu’empirer. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec six sources à Minembwe, la principale ville des Hauts Plateaux actuellement sous le contrôle des groupes armés Twirwaneho et M23 ; avec quatre sources à Baraka, dans le territoire de Fizi, sous le contrôle de l’armée congolaise et des milices Wazalendo ; et avec plus d’une douzaine de sources humanitaires, militaires, diplomatiques et médiatiques, de la société civile et des Nations Unies. Human Rights Watch a également examiné des rapports, des photographies et une vidéo faisant suite à deux attaques manifestes de drones.

L’ONU a qualifié de « sévères » les restrictions humanitaires pesant sur l’accès aux Hauts Plateaux du Sud-Kivu, une zone couvrant certaines parties des territoires de Fizi, Mwenga et Uvira. Les incidents de sécurité impliquant l’armée congolaise et des groupes armés au Sud-Kivu se sont multipliés après que la mission de maintien de la paix de l’ONU en RD Congo, connue sous son acronyme français MONUSCO, s’est complètement retirée de la province en juin 2024 dans le cadre d’un accord entre l’ONU et le gouvernement. Les informations sur les violations en cours sont rares en raison de l’accès limité à la zone et des moyens de télécommunication très restreints.

Human Rights Watch a reçu des informations crédibles concernant huit incidents impliquant des frappes de drones dans le Sud-Kivu entre janvier et mars 2026. L’analyse des données du projet ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project), qui compile et vérifie les rapports sur la violence politique, montre une augmentation significative des frappes aériennes et des frappes de drones signalées dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu depuis novembre 2025.

Ce conflit de longue date oppose d’un côté le Twirwaneho, groupe issu de la communauté banyamulenge, désormais allié aux forces rwandaises et au M23, et qui aurait des liens avec certains groupes armés burundais. Ces groupes sont combattus par les forces armées congolaises et les groupes armés Wazalendo (anciennement Mai-Mai) issus des communautés babembe, bafuliru et banyiundu, entre autres. Selon des sources sécuritaires, l’armée burundaise compte actuellement environ 4 000 soldats déployés dans les territoires de Fizi et de Mwenga pour combattre aux côtés des forces armées congolaises.

Click to expand Image Evolution et localisations des frappes aériennes et frappes de drones rapportées entre janvier 2025 et mars 2026 dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu. Data © 2026 ACLED. Graphique © 2026 Human Rights Watch

Selon des sources onusiennes et militaires, une présence accrue de forces armées et de groupes armés a été remarquée dans les centres urbains. Des témoins et des proches ont déclaré à Human Rights Watch que des attaques de drones dans les Hauts Plateaux avaient tué au moins deux personnes issues de la communauté banyamulenge en mars 2026. Le 23 mars, un homme de 86 ans a été tué alors qu’il gardait son bétail près de Minembwe. Le 30 mars, un garçon de 14 ans a été tué dans un champ près de son village, sur le territoire de Fizi. On ignore si ces attaques visaient des cibles militaires. Des habitants ont également déclaré que des dizaines de têtes de bétail avaient été tuées et des maisons détruites lors d’attaques de drones.« Nous sommes bombardés en permanence, et de nombreuses personnes sont blessées », a déclaré un professionnel de santé à Minembwe.

Une station de radio communautaire à Madegu, près de Minembwe, a été endommagée lors d’une attaque manifeste de drones le 9 mars, perturbant l’accès à l’information dans une région où le réseau téléphonique est perturbé depuis plus d’un an. « Il y avait des journalistes à la [station de] radio qui se sont enfuis », a déclaré un témoin présent sur place. « À Minembwe, quand nous voyons des drones de reconnaissance, nous savons que nous devons fuir. […] Après leur départ, les drones ont tiré [sur la station] et les ont poursuivis dans un champ voisin. » Un témoin a envoyé à Human Rights Watch une photographie de la station montrant au moins quatre panneaux solaires endommagés.

En mars, une autre attaque manifeste de drones a visé une église du village d’Ilundu de nuit. Human Rights Watch a examiné neuf photographies et une vidéo qui, selon des témoins, montraient l’église, avec deux grands trous dans le toit.

Bien que Human Rights Watch n’ait pas pu établir avec certitude la responsabilité pour ces frappes, les cibles suggèrent que l’armée congolaise ou des combattants alliés contrôlaient les drones, a déclaré Human Rights Watch. Human Rights Watch a échangé avec le commandant régional de l’armée congolaise le 4 avril pour demander des informations complémentaires sur les frappes et les cibles militaires, mais n’a pas reçu de réponse.

Le Twirwaneho a menacé et enrôlé de force des civils dans les Hauts Plateaux. Des habitants de Minembwe ainsi que des sources onusiennes et diplomatiques ont déclaré que le Twirwaneho avait contraint des familles à fournir un combattant ou à verser une compensation financière au groupe armé, et qu’ils exerçaient des représailles en cas de refus. Selon ces sources, le Twirwaneho aurait également empêché les civils de quitter Minembwe, malgré les attaques en cours dans la région, afin de se protéger contre les attaques et de renforcer son image de groupe de « défense locale ».

Depuis la prise de Minembwe par le M23 et le Twirwaneho en mars 2025, la zone est encerclée par les forces congolaises et leurs alliés. Les combats en cours ont gravement affecté l’acheminement de l’aide humanitaire et contribué à des pénuries alimentaires dans la ville. Les organisations humanitaires n’ont pratiquement pas accès à la région depuis plus d’un an. Les établissements médicaux souffrent d’une grave pénurie de médicaments et de produits de première nécessité. Le manque de produits de base tels que le sucre et le sel a poussé les prix à la hausse, qui sont désormais cinq fois plus élevés que dans d’autres villes du Sud-Kivu. Le 14 avril, le commandant régional de l’armée congolaise, le général Fabien Dunia, a déclaré à Human Rights Watch qu'il prenait des mesures pour faciliter l'accès des organisations aux Hauts Plateaux et pourrait intervenir sur les groupes Wazalendo qui constituent une menace.

Les civils dans les zones restant sous contrôle congolais ont également été confrontés à des pénuries de médicaments et de produits de première nécessité selon des informations relayées par les médias et des sources humanitaires.

Des combattants Wazalendo ont également harcelé et attaqué des personnes, notamment des membres de la communauté banyamulenge, selon des témoignages de résidents et des rapports des médias. Des combattants Wazalendo, y compris le groupe armé dirigé par William Yakutumba, ont arbitrairement arrêté et détenu des personnes accusées de soutenir le M23.

Une personne récemment détenue dans une cellule de détention informelle à Baraka a déclaré avoir dû payer des centaines de milliers de francs congolais pour être libérée. « Ils m’ont sévèrement battu », a-t-il déclaré. « Ils harcèlent la population et nous accusent de soutenir le M23 pour nous faire payer. »

Les Wazalendo ont mis en place des barrières pour prélever entre 1 000 et 2 000 francs congolais (entre 0,43 et 0,86 dollar américain) aux passants. « De Baraka à Fizi, il y a plus de 10 barrières mises en place par les Wazalendo et l’armée congolaise », a déclaré un habitant de Baraka. « À chaque fois, il faut payer 1 000 francs congolais », a-t-il ajouté. Un autre habitant a déclaré avoir compté huit barrières tenues par les Wazalendo entre Baraka et Misisi, sur une distance de 130 kilomètres.

En février et mars, le général Fabien Dunia a rencontré des groupes Wazalendo à Uvira et Baraka afin de chercher à interdire à toute personne armée d’entrer dans les centres urbains. Il a déclaré à Human Rights Watch que ses forces avaient arrêté plusieurs combattants Wazalendo auteurs d’exactions à Uvira et Baraka.

Toutes les parties au conflit dans le Sud-Kivu devraient respecter pleinement le droit de la guerre. Les autorités congolaises ont l’obligation d’enquêter et de poursuivre comme il se doit les auteurs présumés de crimes de guerre commis par leurs forces ou sur leur territoire.

La MONUSCO devrait envisager de reprendre ses activités dans le Sud-Kivu en vertu d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU de décembre 2025 qui permettrait la reprise de ses missions de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, a déclaré Human Rights Watch.

« Les autorités congolaises devraient contrôler la coalition Wazalendo et mener des enquêtes impartiales ainsi que poursuivre en justice tous les responsables d’abus graves, y compris ceux qui entravent l’acheminement de l’aide », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les gouvernements concernés devraient exhorter de toute urgence les parties belligérantes à prendre toutes les précautions possibles pour minimiser les dommages causés aux civils et faciliter l’acheminement de cette aide vitale. »

Un commentaire supplémentaire du général Fabien Dunia le 14 avril a été ajouté au rapport après sa publication.

14.04.2026 à 04:00

Iran : Les frappes israéliennes contre des dépôts pétroliers mettent en danger l'environnement et la santé

Human Rights Watch

Click to expand Image Des habitants de Téhéran, en Iran, regardaient les flammes et un épais nuage de fumée noire à la suite d’une frappe aérienne israélienne contre une installation de stockage de pétrole près de la capitale, dans la nuit du 7 mars 2026. © 2026 Alireza Sotakbar/ISNA via AP Les attaques israéliennes contre quatre dépôts pétroliers autour de Téhéran le 7 mars pourraient causer des dommages à long terme pour la santé des civils et l’environnement.Les frappes visant principalement des infrastructures civiles et causant des dommages prévisibles à la population civile constituent des violations du droit international humanitaire, et sont susceptibles de constituer des crimes de guerre. Les forces israéliennes ne semblent pas avoir pris en compte les dommages prévisibles à long terme dans les environs de Téhéran, dont elles devraient être tenues responsables.

(Beyrouth) – Les attaques israéliennes du 7 mars contre quatre dépôts pétroliers situés aux alentours de Téhéran, en Iran, risquent d’entraîner des dommages sanitaires et environnementaux à long terme pour les civils, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les frappes visant principalement des infrastructures civiles et causant des dommages prévisibles à la population civile constituent des violations du droit international humanitaire, et sont susceptibles de constituer des crimes de guerre. 

Le 8 mars, la société nationale iranienne de distribution de pétrole a indiqué que « quatre sites utilisés pour le stockage et la distribution de produits pétroliers, ainsi qu’un centre de transport de produits pétroliers, dans les provinces de Téhéran et d’Alborz ont été attaqués par des avions ennemis ». Le même jour, l’armée israélienne a indiqué sur X qu’elle avait pris pour cible « plusieurs complexes de stockage de carburant appartenant au CGRI [Corps des gardiens de la révolution islamique] à Téhéran ». 

« Les attaques menées par Israël le 7 mars contre des dépôts pétroliers situés aux alentours de Téhéran risquent d’avoir des conséquences dévastatrices sur l’environnement et la santé des habitants pendant de nombreuses années, et ont probablement constitué des crimes de guerre », a déclaré Bahar Saba, chercheuse senior sur l’Iran à Human Rights Watch. « Les forces israéliennes ne semblent pas avoir pris en compte les dommages prévisibles à long terme dans les environs de Téhéran, dont elles devraient être tenues responsables. »

Human Rights Watch a mené des entretiens, directement ou par l’intermédiaire de tiers, avec huit personnes à Téhéran et à Karaj au sujet des effets des frappes, ainsi qu’avec neuf experts en environnement et en santé. Les chercheurs ont analysé des images satellite et vérifié des vidéos liées aux attaques. Le 26 mars, Human Rights Watch a écrit aux autorités israéliennes et iraniennes afin d’obtenir des éclaircissements supplémentaires concernant ces attaques. Les autorités iraniennes n’ont pas répondu.

Le 30 mars, les autorités israéliennes ont répondu à Human Rights Watch, affirmant que les attaques avaient été « menées conformément aux principes de distinction, de proportionnalité et de précaution ». Elles ont indiqué que les dépôts pétroliers attaqués « étaient destinés à fournir du carburant directement aux unités des forces armées du régime [iranien], afin de soutenir les opérations de l’aviation militaire, des drones, des navires de guerre et d’autres infrastructures militaires ». 

Human Rights Watch a pu confirmer que les dépôts de pétrole étaient utilisés à des fins civiles, mais n’a pas été en mesure de déterminer s’ils servaient également à soutenir l’armée iranienne. Une source bien informée a déclaré que ces dépôts de pétrole ne contenaient que de l’essence et du diesel, qui ne seraient pas utilisés pour des avions militaires, des drones ou des navires de guerre.

Human Rights Watch a confirmé les attaques contre les quatre dépôts pétroliers à l’aide d’images satellite et de vidéos vérifiées, dont certaines ont été géolocalisées par le site GeoConfirmed, géré par des bénévoles. 

Click to expand Image Carte montrant les sites de quatre attaques confirmées contre des installations pétrolières et gazières dans les environs de Téhéran, en Iran, le 7 mars 2026. © 2026 Human Rights Watch (infographie)

Des images satellite enregistrées le 9 mars, soit plus de 24 heures après les frappes, montraient encore de gros panaches de fumée s’élevant au-dessus des dépôts pétroliers de Shahran, d’Aghdasieh et de Shahr-e Rey.

Effets des frappes du 7 mars 2026 contre quatre dépôts pétroliers à Téhéran et dans ses environs Click to expand Image Quatre images satellite, enregistrées après les quatre frappes du 4 mars 2026. : EN HAUT À GAUCHE : Dépôt pétrolier de Fardis. Image satellite du 11 mars, montrant des réservoirs de pétrole détruits, ains qu’une école endommagée et une installation médicale détruite, à proximité. : EN HAUT À DROITE : Dépôt pétrolier de Shahran. Image satellite du 9 mars, montrant un épais nuage de fumée noire. EN BAS À GAUCHE : Dépôt pétrolier de Shahr e-Rey. Image satellite du 9 mars, montrant un panache de fumée noire. : EN BAS À DROITE : Dépôt pétrolier d’Aghdasier. Image satellite du 9 mars, montrant aussi un tel nuage noir. © 2026 Planet Labs PBC (images satellite) / © 2026 Human Rights Watch (analyse et graphisme)

Des images du 11 mars montrent des réservoirs de stockage de carburant détruits dans le dépôt pétrolier de Fardis. L’Université des sciences médicales d’Alborz a signalé qu’un centre de dialyse situé près du dépôt de Fardis « a été incendié et que son équipement et son bâtiment ont été détruits » lors de l’attaque. Des images satellite haute résolution datant du 18 mars montrent des dégâts apparents sur un établissement médical et une école primaire situés près d’un réservoir détruit, sur le site du dépôt pétrolier de Fardis.

Des images satellite du 11 mars montrent également un panache de fumée noire s'élevant au-dessus du dépôt de Shahr-e Rey en direction du centre de Téhéran. Des dizaines de réservoirs de stockage de carburant sont visiblement endommagés ou détruits sur les quatre sites sur les images du 17 mars ; des flammes et de la fumée sont visibles sur l’image du dépôt pétrolier d'Aghdasieh.

Panache de fumée provenant du dépôt pétrolier de Shahr-e Rey, Iran (11 mars 2026) Click to expand Image Cette image satellite du 11 mars 2026 montre un panache de fumée noire s'élevant au-dessus du dépôt pétrolier de Shahr-e Rey (vers le centre de l’image), au sud de Téhéran, non loin des zones densément peuplées de la capitale de l’Iran. © 2026 Copernicus Sentinel-3 (image satellite) / Human Rights Watch (graphisme)

Le gouverneur de la province d’Alborz a déclaré que la frappe sur le dépôt pétrolier de Fardis avait fait au moins six morts et 21 blessés ; Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier ces chiffres. Aucun bilan des victimes n’a été communiqué pour les trois autres attaques. 

Une habitante du nord de Téhéran a déclaré à Human Rights Watch : « Le lendemain de l’attaque [contre des dépôts pétroliers], on ne voyait plus le ciel – il était noir. »

« La ville avait un aspect apocalyptique », a déclaré une habitante de Shahrak-e Gharb, au nord-ouest de Téhéran. « Les façades des bâtiments blancs, les voitures, les mosaïques dans les cours, les buissons et les plantes, et même les chats de la ville étaient recouverts d’une couche de suie noire. » 

Click to expand Image Un gigantesque écran de fumée noire était visible derrière un immeuble résidentiel dans la banlieue nord-ouest de Téhéran, en Iran, le 8 mars 2026, à la suite de frappes aériennes israéliennes menées le 7 mars contre la raffinerie de pétrole de Shahran, non loin de là. © 2026 AFP via Getty Images

Des habitants ont décrit des symptômes respiratoires immédiatement après les attaques, tels que l’essoufflement, une toux persistante, des douleurs thoraciques et des irritations cutanées et oculaires. 

Des experts en environnement et en santé ont déclaré que les attaques contre les dépôts de pétrole avaient provoqué l’émission de polluants atmosphériques dangereux, gazeux et parfois visibles ; ils ont ajouté que ces polluants risquent d’avoir des effets sévères et chroniques sur la santé des habitants des environs, peut-être pendant des décennies.

Le 13 mars, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a observé ceci : « La fumée dense provenant de la combustion du pétrole, qui contient des composés dangereux, est désormais directement inhalée par la population iranienne – y compris les jeunes enfants –, ce qui soulève de graves inquiétudes quant aux impacts à long terme sur la santé humaine et l’environnement… La pollution issue d’incendies incontrôlés peut également pénétrer dans le sol et l’eau, s’infiltrer dans les nappes phréatiques et être absorbée par les cultures, contaminant ainsi les réserves alimentaires. » 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que ces attaques soulevaient « des inquiétudes quant à une pollution élargie dans la région », ajoutant que « les pollutions toxiques et les polluants qui affectent la santé respiratoire et contaminent l’eau peuvent avoir des effets à long terme ».

En vertu du droit de la guerre applicable au conflit armé international en Iran, les attaques ne peuvent viser que des objectifs militaires. Les parties belligérantes doivent prendre toutes les précautions possibles pour minimiser les dommages causés aux civils et aux biens de caractère civil, notamment en évitant de placer des cibles militaires à proximité de zones densément peuplées. 

Les dépôts de pétrole et autres infrastructures énergétiques sont présumés être des biens de caractère civil, mais ils peuvent devenir des objectifs militaires s’ils sont utilisés pour soutenir l’armée. Toutefois, les attaquer serait illégalement disproportionné si les dommages attendus pour les civils et les structures civiles dépassaient le gain militaire escompté. 

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a publié des Directives sur la protection de l'environnement naturel en période de conflit armé, selon lesquelles les évaluations de proportionnalité doivent prendre en compte les impacts environnementaux indirects « raisonnablement prévisibles ». Ceux-ci comprennent les « effets de répercussion » (« reverberating effects », parfois appelés « effets domino ») sur l’eau, sur les systèmes alimentaires et sur la santé des civils. Les attaques contre des objectifs militaires sont également illégales si elles sont susceptibles de causer des dommages « étendus, durables et graves » à l’environnement naturel, mesurés en mois ou en années.

« Israël, tout comme les États-Unis et l’Iran, devrait savoir que le droit de la guerre prévoit des protections spécifiques pour l’environnement », a conclu Bahar Saba. « Les attaques visant les infrastructures pétrolières et gazières sont susceptibles d’affecter des millions de personnes bien plus longtemps que le conflit lui-même. »

Suite détaillée en anglais.

………………

 

14.04.2026 à 01:00

Hongrie : Le nouveau gouvernement devrait rétablir l'état de droit

Human Rights Watch

Click to expand Image Des partisans du parti hongrois Tisza, dirigé par l’avocat et député européen Peter Magyar, célébraient à Budapest à la suite de la victoire de ce parti aux élections législatives en Hongrie, le 12 avril 2026. La victoire du Tisza (« Parti Respect et liberté » - Tisztelet és Szabadság Párt, ou Tisza) a mis fin à 16 années de pouvoir du Fidesz, dirigé par Viktor Orbán. © 2026 Sipa via AP Images

(Budapest, 14 avril 2026) – Le nouveau gouvernement hongrois devrait prendre des mesures immédiates pour rétablir les droits fondamentaux, abroger des lois iniques, démanteler des institutions utilisées de manière abusive et renforcer les institutions démocratiques qui ont subi des années de recul, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Au cours de ses premières semaines au pouvoir, le nouveau gouvernement devrait démontrer un engagement clair en faveur du rétablissement des droits fondamentaux et de la réinstauration des garanties démocratiques, notamment en respectant les obligations de la Hongrie envers l’UE et la communauté internationale. Des mesures rapides visant à rétablir l’indépendance judiciaire, à mettre fin à la gouvernance par décrets et à abroger les lois utilisées pour cibler les détracteurs du régime indiqueraient une rupture claire avec les politiques antidémocratiques des 16 dernières années.

« Le nouveau gouvernement a une occasion majeure de commencer à remédier à la crise des droits en Hongrie en rétablissant l’état de droit et en redynamisant les institutions démocratiques », a déclaré Lydia Gall, chercheuse senior auprès de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Des mesures rapides visant à mettre fin à la gouvernance par décrets enverraient un signal immédiat indiquant que la Hongrie est prête à tourner la page, après plusieurs années d’érosion des droits. »

Au cours des 16 dernières années, le gouvernement hongrois dirigé par le Premier ministre Viktor Orbán, et formé par l’alliance entre le parti Fidesz et le KDNP (Parti populaire chrétien-démocrate), n’a cessé d’aggraver la crise des droits humains. Les modifications constitutionnelles et législatives ont de plus en plus concentré le pouvoir entre les mains de l’exécutif, affaibli l’indépendance judiciaire et sapé les organismes de contrôle indépendants.

Le gouvernement Orbán a exercé des pressions sur les médias indépendants et sur la société civile, restreint la liberté de réunion pacifique, stigmatisé les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) par le biais d’une législation discriminatoire, et adopté des politiques portant atteinte aux droits des migrants et demandeurs d’asile, ainsi que des femmes et des filles.

Le nouveau gouvernement hongrois devrait immédiatement suspendre les activités de l’Office de protection de la souveraineté et abroger la loi qui l’a créé. Cet office, créé en 2023, dispose de pouvoirs étendus pour enquêter sur les journalistes, les organisations de la société civile et les universitaires recevant des financements étrangers et les présenter comme des menaces pour la souveraineté de la Hongrie. Il a harcelé à plusieurs reprises des organisations de la société civile et des médias critiques à l’égard du gouvernement, notamment l’organisation anti-corruption Transparency International Hongrie et le média indépendant Atlatszo.

Le nouveau gouvernement devrait aussi retirer le projet de loi sur la transparence de la vie publique. Ce projet de loi a été conçu pour permettre à l’Office de protection de la souveraineté d’enquêter sur les groupes de la société civile et les médias recevant des financements étrangers, de les sanctionner et de les soumettre à une surveillance financière intrusive.

Le nouveau gouvernement devrait également mettre fin à l’utilisation prolongée des pouvoirs d’urgence qui ont permis aux autorités de gouverner par décret pendant de longues périodes avec un contrôle parlementaire minimal. La Hongrie fonctionne sous des états d’urgence successifs depuis 2020, ce qui permet à l’exécutif d’adopter des mesures radicales sans rapport avec les situations d’urgence déclarées. La Hongrie est actuellement soumise à deux états d’urgence, liés respectivement à la guerre en Ukraine et à l’« immigration de masse » ; pourtant, la Hongrie n’est ni une partie au conflit ukrainien, ni confrontée à un afflux significatif de migrants.

Les législateurs devraient modifier la loi hongroise sur les rassemblements afin de garantir que les marches de la Fierté et autres manifestations pacifiques ne puissent être interdites. Le Parlement a adopté en 2025 des lois qui ont été utilisées pour interdire les événements liés à la Fierté et restreindre l’expression publique relative à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre, en invoquant des préoccupations vaguement définies de « protection de l’enfance ».

Le nouveau gouvernement devrait également abandonner les poursuites pénales engagées en lien avec les événements de la Pride, notamment les accusations portées en janvier 2026 contre le maire de Budapest, Gergely Karácsony, qui a aidé à organiser la Budapest Pride après que la police eut interdit l’événement, et celles portées en février 2026 contre Géza Buzás-Hábel, l’organisateur de la marche de la Pride de 2025 à Pécs.

Poursuivre des élus et des activistes pour avoir organisé des rassemblements pacifiques porte atteinte aux droits humains fondamentaux et n’a pas sa place dans une société démocratique fondée sur l’état de droit, a déclaré Human Rights Watch. Les autorités devraient également abandonner immédiatement l’enquête visant Szabolcs Panyi, un journaliste, qui semble constituer une mesure de représailles pour ses reportages sur des questions d’intérêt public, ce qui soulève de graves préoccupations quant à la liberté de la presse.

Le nouveau gouvernement devrait également veiller à ce que les poursuites contre le pasteur Gábor Iványi soient abandonnées et à ce que le harcèlement financier et administratif dont sont victimes Iványi et son Église cesse. Iványi dirige la Communauté évangélique hongroise, à laquelle le gouvernement a retiré son statut officiel d’Église en vertu de la loi hongroise sur les Églises de 2011. La Cour européenne des droits de l’homme a jugé cette mesure illégale en 2014 et a condamné le gouvernement à payer une amende. Le nouveau gouvernement devrait rétablir le statut de l’Église et payer sans délai les amendes ordonnées par la Cour.

Le nouveau gouvernement devrait également agir rapidement pour respecter les étapes clés en matière d’État de droit exigées par la Commission européenne. Des réformes portant sur l’indépendance judiciaire, les garanties anticorruption et la transparence démontreraient l’engagement de la Hongrie à rétablir la protection des droits et les garanties démocratiques, et permettraient à la Hongrie d’accéder à des milliards d’euros de fonds de l’Union européenne gelés en raison des violations répétées du droit de l’UE par le gouvernement précédent.

Le gouvernement devrait également réaffirmer l’engagement de la Hongrie en faveur de la responsabilité internationale en adhérant au Parquet européen, en annulant le retrait de la Hongrie de la Cour pénale internationale (CPI) et en soutenant l’action extérieure de l’UE pour lutter contre les violations des droits humains et du droit de la guerre.

« C’est aux mesures concrètes que prendra le nouveau gouvernement hongrois au cours des premières semaines et des premiers mois de son mandat qu’il faudra juger de sa volonté de rétablir le respect des droits et de l’état de droit », a conclu Lydia Gall. « Mettre fin au gouvernement par décrets, démanteler les institutions utilisées pour intimider les détracteurs, garantir que la Pride et d’autres manifestations pacifiques puissent se dérouler librement, et mettre un terme aux poursuites judiciaires motivées par des considérations politiques montreraient que la Hongrie est sérieuse dans sa volonté de rétablir une gouvernance démocratique fondée sur les droits. »

Suite détaillée en anglais.

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