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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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26.05.2026 à 04:01

Soudan : Des Colombiens impliqués dans des atrocités ont suivi une formation dans des bases émiraties

Human Rights Watch

Click to expand Image Des contractuels militaires privés parlaient en espagnol près d’un combattant des Forces de soutien rapide, ou FSR (à gauche) derrière le mur d’une maison à El Fasher, capitale du Nord-Darfour au Soudan. Capture d’écran d’une vidéo publiée en 2025.  © 2025 Privé Avec le soutien apparent des EAU, des contractuels militaires privés colombiens ont été déployés au Soudan pour appuyer les Forces de soutien rapide (FSR), coupables d’exactions.Ce déploiement vient s'ajouter aux preuves attestant du soutien militaire des EAU aux Forces de soutien rapide, qui ont commis des atrocités généralisées au Soudan.D'autres pays devraient exiger l'ouverture d'enquêtes, en vue de sanctions éventuelles et visant tous les individus, dont des responsables émiratis, contre lesquels il existe des preuves crédibles qu’elles ont fourni une assistance militaire aux Forces de soutien rapide.

(Beyrouth) – Des contractuels militaires privés colombiens apparemment engagés par une société basée aux Émirats arabes unis (EAU) ont transité par des bases militaires des EAU avant d'être déployés au Soudan pour y soutenir les Forces de soutien rapide (FSR), responsables d'abus, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui. Ceci constitue une preuve supplémentaire indiquant que les EAU fournissent une assistance aux Forces de soutien rapide, ou contribuent de manière substantielle à leur capacité à commettre des crimes de guerre.

25 mai 2026 From Bogotá to El Fasher

Le rapport de 83 pages, intitulé « From Bogotá to El Fasher: UAE’s Role in the Deployment of Colombian Fighters and Other Backing to the Rapid Support Forces in Sudan » (« De Bogotá à El Fasher : Le rôle des EAU dans le déploiement de combattants colombiens et autres formes de soutien aux Forces de soutien rapide au Soudan »), apporte des preuves démontrant que, depuis 2024, la société de sécurité Global Security Services Group (GSSG), basée à Abou Dhabi, a recruté des centaines de combattants colombiens qui ont ensuite été déployés au Soudan pour combattre aux côtés des FSR, qui affrontent les Forces armées soudanaises (FAS). Human Rights Watch a recueilli des preuves indiquant que des contractuels militaires privés se trouvaient à El Fasher, la capitale du Darfour du Nord, en octobre 2025, lorsque les FSR ont pris le contrôle de la ville et ont commis des massacres et des viols à grande échelle. La Mission internationale d’établissement des faits de l’ONU sur le Soudan a déclaré que ces événements présentaient « les caractéristiques d’un génocide ».

« Le recrutement de contractuels militaires privés colombiens vient s'ajouter aux preuves de plus en plus nombreuses que les EAU apportent un soutien militaire aux Forces de soutien rapide, responsables d'atrocités répétées au Soudan », a déclaré Mausi Segun, directrice de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les autres gouvernements devraient exiger publiquement que les EAU cessent de fournir des armes, du matériel, du personnel et tout autre forme de soutien militaire aux Forces de soutien rapide. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec deux contractuels militaires privés colombiens déployés au Soudan, un ancien employé de GSSG, huit habitants d'El Fasher et sept autres sources, dont d'anciens officiers de l'armée colombienne. L'organisation a examiné des documents d'entreprise et des documents officiels, et vérifié et géolocalisé des photographies et des vidéos publiées en ligne, notamment par les combattants eux-mêmes. Certaines montraient des contractuels colombiens combattant aux côtés des FSR au Soudan et s'entraînant dans des installations militaires des EAU.

Le recrutement était officiellement mené par des entités privées, mais Human Rights Watch a constaté que les recrues transitaient par une base militaire des EAU à Ghiyathi et par une installation militaire à Al Wathba, toutes deux situées dans l'émirat d'Abou Dhabi.

Un contractuel a déclaré qu'à son arrivée aux EAU, il avait contourné les contrôles d'immigration : « Ils n'ont pas tamponné nos passeports. » Il a ajouté qu'avec d'autres combattants, il avait été immédiatement transféré à la base de Ghiyathi, où il a reçu une formation dispensée par des Émiratis. Human Rights Watch a également identifié quatre autres contractuels qui, comme le montrent des photos et des vidéos authentifiées, ont fait escale aux EAU avant leur déploiement au Soudan. Les premières preuves publiques de la présence de Colombiens au Soudan sont apparues dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux en novembre 2024, soit 19 mois après le début du conflit. Les Forces conjointes des mouvements armés, une coalition de groupes armés alliés aux Forces armées soudanaises, qui ont filmé ces vidéos, avaient intercepté un convoi de Colombiens entrés au Soudan par la Libye.

Itinéraires des combattants colombiens vers le Soudan, via les EAU et la Libye

Click to expand Image Carte montrant l'itinéraire du voyage de certains contractuels militaires privés colombiens vers le Soudan via les Émirats arabes unis et la Libye, selon les informations fournies par l’un d’entre eux à Human Rights Watch.  © 2026 Human Rights Watch (graphisme)

Itinéraires des combattants colombiens vers le Soudan, via la Somalie, les EAU et le Tchad

Click to expand Image Carte montrant l'itinéraire du voyage d’autres contractuels militaires privés colombiens vers le Soudan via la Somalie, les Émirats arabes unis et le Tchad.  © 2026 Human Rights Watch (graphisme)

Les Colombiens étaient en possession d'obus de 81 mm de fabrication bulgare, qui, selon la chaîne française France 24, provenaient des stocks des forces armées des EAU. Il s'agissait de l'un des trois types d'équipements militaires qui se sont retrouvés entre les mains des FSR en violation de leurs accords d'utilisation finale, selon des recherches menées par Human Rights Watch, Amnesty International et France 24.

Human Rights Watch a authentifié et géolocalisé des vidéos montrant des contractuels militaires privés étrangers, apparemment colombiens, combattant à El Fasher lors de la prise de la ville par les FSR à l'automne 2025. Les habitants ont subi des exactions généralisées, notamment des meurtres, des viols, la famine et des attaques ciblées contre des personnes handicapées. Six témoins ont déclaré avoir vu des combattants étrangers « blancs » sur les lieux des massacres perpétrés par les FSR, portant le même équipement de protection que celui visible dans ces vidéos : casques, gilets pare-balles et genouillères.

Un combattant colombien a affirmé avoir entraîné des recrues des FSR dans des camps situés autour de Nyala — utilisée par les FSR comme base principale au Darfour du Sud — vers avril 2025, et que bon nombre de ces recrues étaient de « jeunes enfants ». Le média colombien La Silla Vacía a également rapporté que certains contractuels avaient entraîné des enfants soldats pour les FSR.

Le droit international interdit le recrutement et l'utilisation d'enfants dans les conflits armés, ce qui constitue un crime de guerre lorsque les enfants ont moins de 15 ans. En 2024, le Secrétaire général de l'ONU a vérifié 16 cas de recrutement d'enfants par les FSR et a inscrit ce groupe armé sur la « liste noire » de l'ONU pour les graves violations commises contre les enfants dans les conflits.

La société Global Security Services Group a été fondée en 2016 par Ahmed Mohammed al-Humairi, Secrétaire général de la Cour présidentielle des Émirats arabes unis, selon un rapport de 2025 de The Sentry, une organisation non gouvernementale d'investigation. Al- Le supérieur hiérarchique d’Ahmed al-Humairi est le Vice-président des EAU, Cheikh Mansour bin Zayed Al Nahyan, frère du Président Mohamed bin Zayed Al Nahyan et président de la Cour présidentielle. En 2017, Ahmed al-Humairi a cédé ses parts dans GSSG à Mohamed Hamdan al-Zaabi, un partenaire commercial de longue date, d'après The Sentry.

GSSG se targue d'être « la première société de sécurité privée des Émirats arabes unis à avoir obtenu une licence de sécurité armée ». Jusqu'à récemment, elle mettait également en avant le fait que des ministères émiratis clés figuraient parmi ses clients et qu'elle était « le seul prestataire de services de sécurité privée armée pour le gouvernement des EAU ». Un ancien employé a déclaré que des membres éminents de la famille régnante comptaient probablement parmi les clients de la société, une affirmation corroborée par un ensemble de courriels divulgués et examinés par Human Rights Watch. Mohamed Al-Zaabi continue de faire des affaires avec Ahmed al-Humairi.

Les EAU ont toujours nié fournir un soutien militaire aux FSR, affirmant que l'assistance apportée est humanitaire. Cependant, les autorités de l'État émirati devraient être pleinement informées des activités se déroulant sur le territoire émirati, et plus particulièrement sur les propriétés gouvernementales ainsi que les bases militaires. Les EAU sont un État autoritaire fortement centralisé.

Selon la législation des EAU, les sociétés de sécurité privées sont tenues de coordonner leurs activités avec les autorités des EAU et de veiller à ce que leurs activités ne soient pas en conflit avec d'autres mesures de sécurité.

Human Rights Watch a écrit à GSSG, aux autorités des EAU ainsi qu’à d'autres parties impliquées dans le recrutement et le déploiement apparents de contractuels militaires privés ou d'autres formes de soutien militaire aux FSR, en leur fournissant un résumé de ses conclusions, mais n'a reçu aucune réponse.

Le Conseil de sécurité de l'ONU devrait demander à son Groupe d'experts sur le Soudan d'enquêter sur GSSG, y compris sur Mohamed al-Zaabi, pour leur rôle apparent dans le soutien aux FSR, en violation de l'embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité de l'ONU au Darfour en 2004. Le Conseil devrait également demander au Groupe d’experts d'enquêter sur d'autres acteurs, notamment les entreprises privées susceptibles d'aider les FSR, et imposer des sanctions aux personnes physiques et morales fournissant un tel soutien.

Les autres gouvernements, ainsi que l'Union européenne et l'Union africaine, devraient également enquêter sur GSSG et Mohamed al-Zaabi, en vue d'adopter des sanctions ciblées. Les États devraient suspendre toute coopération militaire et toute vente d'armes aux EAU. L’UE et d’autres États devraient utiliser l’effet de levier que leur confèrent les négociations bilatérales avec les EAU pour faire pression sur leurs autorités afin qu’elles mettent fin à leur soutien aux FSR.

« Les victimes civiles paient le prix du manque de volonté de dénoncer le soutien des EAU aux FSR », a conclu Mausi Segun. « Les autres pays devraient cesser d’accepter les démentis catégoriques des EAU concernant leur soutien aux FSR, qui contredisent les faits, et mettre fin à leur impunité pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. »

………….

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25.05.2026 à 12:00

Tchad : Dix ans après, le procès Habré continue d’inspirer la justice mondiale

Human Rights Watch

Click to expand Image L'ex-dictateur tchadien Hissène Habré, lors de son procès à Dakar, au Sénégal, en 2015. © 2015 Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS)

(Nairobi) – La condamnation en 2016 au Sénégal de l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré a constitué un moment décisif dans la lutte contre l’impunité pour les crimes les plus graves, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et la Commission internationale de juristes (CIJ). Ce verdict a couronné une campagne de 25 ans menée par les victimes de Habré. C’était la première fois que les juridictions nationales d’un pays jugeaient et condamnaient l’ancien dirigeant d’un autre pays pour des crimes internationaux graves, en application du principe de compétence universelle.

Le 30 mai 2016, les Chambres africaines extraordinaires (CAE), un tribunal soutenu par l’Union africaine au sein du système judiciaire sénégalais, ont condamné Habré à la réclusion à perpétuité pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture, y compris des faits d’esclavage sexuel et de viol. Habré a dirigé le Tchad de 1982 à 1990 avec le soutien des États-Unis et de la France. Son gouvernement a été responsable d’exécutions politiques généralisées, d’actes de torture systématiques et de milliers d’arrestations arbitraires. Habré est décédé en août 2021, après huit années de détention.

« Les victimes de Habré l’ont poursuivi pendant 25 ans et l’ont traduit en justice alors que presque tout le monde disait que c’était impossible », a déclaré Reed Brody, membre de la Commission internationale de juristes qui a travaillé avec les victimes de Habré au nom de Human Rights Watch. « Leur message aux dictateurs d’aujourd’hui est clair : la justice peut vous rattraper. Et aux victimes du monde entier : ne baissez jamais les bras. »

Cette affaire a façonné durablement la justice internationale à plusieurs égards, ont indiqué la CIJ et Human Rights Watch.

Le modèle des CAE, tribunal hybride « régionalisé » chargé de poursuivre des crimes internationaux, a inspiré l’adoption en décembre 2024 du statut d’un tribunal hybride entre la Gambie et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), destiné à juger les crimes commis sous l’ancien président gambien Yahya Jammeh.

Les Chambres africaines extraordinaires ont été créées à la suite de l’arrêt rendu en 2012 par la Cour internationale de Justice dans l’affaire Belgique c. Sénégal, jugeant que le Sénégal était tenu, en vertu de la Convention des Nations Unies contre la torture, soit de poursuivre Habré, soit de l’extrader. La Cour a également jugé que ces obligations étaient dues par le Sénégal à l’ensemble des États parties au traité — erga omnes partes —, permettant ainsi à tout pays ayant ratifié la Convention, dont la Belgique, de saisir la Cour internationale de Justice en cas de non-respect. Cette voie juridique a ensuite inspiré les procédures engagées par le Canada et les Pays-Bas contre la Syrie pour torture, ainsi que les affaires Gambie c. Myanmar et Afrique du Sud c. Israël au titre de la Convention sur le génocide.

« L’affaire Habré a permis le procès d’un ancien chef d’État devant un tribunal régional doté d’un mandat de l’Union africaine, avec les survivants au centre du processus », a déclaré Liz Evenson, directrice du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « La campagne pour la justice face aux crimes de Habré continue d’inspirer les efforts de lutte contre l’impunité en Afrique et dans le monde entier. »

Le jugement a également fait progresser la jurisprudence sur la torture et les violences sexuelles, notamment le viol et l’esclavage sexuel, en reconnaissant par exemple que l’esclavage sexuel relève de l’interdiction coutumière de l’esclavage en tant que crime de guerre, et de la réduction en esclavage en tant que crime contre l’humanité. Des Tchadiennes survivantes de viol ont rompu 25 ans de silence pour témoigner dans cette affaire.

La condamnation de 2016 a été confirmée en avril 2017 par la Chambre d’appel des CAE, qui a accordé environ 123 millions d’euros de réparations à près de 7 400 victimes et survivants nommément désignés.

En 2024, le gouvernement tchadien a distribué environ 15 millions d’euros aux survivants et aux familles — soit environ 1 400 euros par victime —, une avancée longtemps attendue mais partielle, entachée d’irrégularités. Le fonds fiduciaire de l’Union africaine établi pour collecter et verser les réparations ordonnées par les CAE n’est toujours pas opérationnel.

Au Tchad, une condamnation parallèle prononcée en 2015 contre 20 hauts responsables de la police politique de Habré prévoyait également des réparations ainsi que la construction d’un mémorial et la transformation du siège de la police politique en musée — mesures dont aucune n’a été mise en œuvre. Au contraire, le gouvernement tchadien a cherché à « réhabiliter » la mémoire de Habré, ont indiqué la CIJ et Human Rights Watch. Le gouvernement a expulsé Reed Brody du Tchad en 2024, alors qu’il s’y était rendu pour participer à une conférence sur l’héritage de cette affaire.

Les deux organisations ont déclaré que le dixième anniversaire du verdict devrait conduire l’Union africaine, le Sénégal, le Tchad et les États donateurs à appliquer pleinement les réparations ordonnées, à remédier aux irrégularités constatées dans la distribution opérée par le Tchad en 2024, à rendre opérationnel le fonds fiduciaire de l’Union africaine et à mettre en œuvre les mesures symboliques ordonnées par la justice tchadienne.

« Dix ans après, les survivants qui ont rendu ce procès possible attendent toujours les réparations intégrales que les tribunaux leur ont accordées, et que le gouvernement reconnaisse leurs souffrances », a déclaré Jacqueline Moudeina, avocate tchadienne des victimes. « L’héritage de cette affaire ne se mesurera pas seulement à ce que les juges ont écrit il y a dix ans, mais à ce que le gouvernement tchadien fera aujourd’hui. »

22.05.2026 à 06:30

RD Congo : La répression accrue et l’impunité, préoccupations majeures en matière de droits humains

Human Rights Watch

Click to expand Image Le directeur exécutif de Human Rights Watch, Philippe Bolopion, serrait la main de la Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, à Kinshasa, le 21 mai 2026.  © 2026 Cabinet de la Première ministre, CELCOM, CNTIC

(Kinshasa) – Le directeur exécutif de Human Rights Watch, Philippe Bolopion, a exhorté les hauts responsables congolais à respecter la liberté d’expression, à mettre fin aux arrestations et détentions arbitraires et à garantir l’obligation de rendre des comptes pour les abus, lors de sa visite en République démocratique du Congo du 17 au 21 mai 2026, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Cette visite s’est déroulée dans un contexte marqué par l’occupation de l’est de la RD Congo par le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda ; par une vague de répression à l’encontre des journalistes, des activistes et des membres de l’opposition politique ; et par une utilisation à nouveau de sites de détention secrets dans la capitale, Kinshasa.

« La répression actuelle en RD Congo rappelle de manière inquiétante l’ère Joseph Kabila, de nombreux activistes congolais et opposants politiques vivant dans la crainte de représailles de la part des autorités simplement pour avoir exprimé leur opinion », a déclaré Philippe Bolopion. « Human Rights Watch craint que les restrictions de la liberté d’expression et des critiques envers des responsables ne débouchent sur une répression plus large. »

Lors de son séjour à Kinshasa, Philippe Bolopion a rencontré des hauts responsables gouvernementaux, notamment la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, ainsi que les ministres de la Défense, de la Communication et des Médias, et de la Justice. Il a également rencontré des victimes de violations des droits humains et leurs proches, des dirigeants de la société civile et des chefs religieux, des activistes des droits humains, des membres de la communauté banyamulenge (une minorité tutsie congolaise originaire de l’est de la RD Congo), des membres de partis politiques d’opposition, la Commission Nationale des Droits de l’Homme, des représentants des Nations Unies, et des diplomates étrangers. Philippe Bolopion a tenu une conférence de presse à Kinshasa le 21 mai.

Human Rights Watch a documenté plusieurs cas dans lesquels le Conseil national de cyberdéfense (CNC), une agence rattachée à la présidence, a arbitrairement arrêté et fait disparaître de force des dissidents, les détenant dans des lieux secrets sans inculpation officielle ni accès à un avocat.

« Je vois mon mari une fois par semaine, mais je ne sais pas où il se trouve », a déclaré une femme dont le mari avait été enlevé à leur domicile une nuit. « On me bande les yeux et je ne sais pas où on m’emmène. »

« Les informations en provenance de Kinshasa faisant état d’un vaste réseau de lieux de détention secrets, hors de toute procédure judiciaire, envoient un message effrayant à la société civile congolaise », a déclaré Philippe Bolopion. « C’est une pratique que le président Félix Tshisekedi s’était engagé à faire cesser lors de son entrée en fonction. »

Des responsables gouvernementaux ont indiqué à Philippe Bolopion que certaines des personnes arrêtées étaient détenues dans des villas et que les autorités étaient encore en train de finaliser les enquêtes à leur encontre avant de les transférer au système judiciaire. Ils ont également indiqué que des réformes concernant le CNC étaient en cours et qu’à l’avenir, aucune arrestation ne serait effectuée sans la présence de la police judiciaire, qui agit sous l’autorité du parquet pour enquêter sur les crimes.

« Les graves défis sécuritaires auxquels la RD Congo est confrontée ne peuvent justifier une atteinte à l’état de droit et aux droits humains fondamentaux », a déclaré Philippe Bolopion. « Les autorités devraient transférer les personnes détenues arbitrairement vers le système judiciaire, fournir à leurs familles des informations sur leur lieu de détention, et respecter les normes de procédure régulière. »

Des membres de l’opposition politique et des activistes de la société civile ont exprimé leur inquiétude quant à un éventuel amendement constitutionnel visant à prolonger le mandat du président au-delà de la limite de deux mandats. Cette question s’était déjà posée lorsque le président de l’époque, Joseph Kabila, était resté au pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle.

Lors de ses entretiens avec des responsables, Philippe Bolopion a fait part de ses préoccupations concernant les graves exactions commises par les parties au conflit dans l’est de la RD Congo, y compris l’armée congolaise, la milice alliée Wazalendo et les groupes armés pro-gouvernementaux, ainsi que l’armée rwandaise et le M23. Il a réaffirmé l’importance de respecter le droit international humanitaire, y compris lors de frappes aériennes, et d’assurer la protection et la libre circulation des civils ; il a aussi appelé à un regain d’efforts internationaux pour garantir la reddition des comptes pour les crimes commis par toutes les parties.

« Depuis des décennies, les civils de l’est de la RD Congo subissent de plein fouet les exactions commises par les forces gouvernementales et les groupes armés », a déclaré Philippe Bolopion. « Malgré certains progrès importants réalisés par les tribunaux congolais, les autorités judiciaires ont en grande partie échoué à poursuivre les hauts commandants responsables d’atrocités. »

Philippe Bolopion a encouragé les responsables gouvernementaux à donner la priorité à la reddition des comptes pour les crimes internationaux actuels et passés, notamment en créant des chambres mixtes spécialisées comprenant des magistrats internationaux, ou un mécanisme internationalisé similaire au sein du système judiciaire congolais. Les responsables congolais devraient également continuer à soutenir les poursuites nationales et les enquêtes de la Cour pénale internationale.

En avril, Human Rights Watch a sollicité une rencontre avec le président rwandais Paul Kagame pour discuter des exactions commises par l’armée rwandaise et le M23 dans l’est de la RD Congo, mais n’a reçu aucune réponse.

« L’impunité engendre davantage d’exactions », a conclu Philippe Bolopion. « Les gouvernements donateurs, y compris l’Union européenne, devraient soutenir les efforts de la RD Congo en matière de reddition des comptes, et sanctionner les hauts responsables congolais et rwandais qui soutiennent des groupes armés auteurs d’exactions. »

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