18.09.2026 à 22:00
Human Rights Watch
(Washington) – Le gouvernement du Venezuela devrait prendre des mesures urgentes et mener des réformes institutionnelles pour protéger les droits fondamentaux des citoyens, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, à l’issue de sa première visite officielle dans le pays depuis 2008.
Des représentants de Human Rights Watch se sont rendus à Caracas cette semaine et ont rencontré la présidente par intérim Delcy Rodríguez, d’autres responsables gouvernementaux, des organisations de défense des droits humains, des journalistes, des proches de prisonniers politiques, des diplomates étrangers et d’autres personnes. Ils se sont également rendus à Petare, un quartier défavorisé situé à la périphérie de Caracas. Lors de sa précédente visite de Human Rights Watch en 2008, les autorités vénézuéliennes avaient arrêté des membres de l’organisation après la publication d’un rapport critique, et les avaient expulsés du pays.
« La présidente par intérim Delcy Rodríguez a mis un cran d’arrêt aux formes les plus manifestes de répression au Venezuela », a déclaré Federico Borello, directeur exécutif adjoint de Human Rights Watch. « Mais dans ce contexte politique fragile, ces avancées ne seront durables que si elles sont accompagnées de l’adoption d’importantes réformes institutionnelles solides, et la libération de tous les prisonniers politiques. »
Delcy Rodríguez a pris ses fonctions après la capture par les États-Unis de l’ancien président Nicolás Maduro, le 3 janvier 2026. Depuis lors, les autorités vénézuéliennes ont libéré des centaines de prisonniers politiques, adopté une loi d’amnistie, débloqué certains sites web de médias et annoncé des mesures visant à réformer le système judiciaire.
Des défenseurs des droits humains, des dirigeants de l’opposition et des journalistes ont déclaré à Human Rights Watch qu’ils se sentaient beaucoup plus libres d’exercer leur métier. Certains ont indiqué être sortis de la clandestinité après plus d’un an, ou avoir dénoncé pour la première fois l’arrestation arbitraire de leurs proches. Le 18 septembre, les autorités vénézuéliennes ont classé sans suite une affaire pénale contre Carlos Correa, directeur exécutif de l’organisation de défense de la liberté d’expression Espacio Público.
Toutefois, au moins 344 prisonniers politiques sont toujours derrière les barreaux, selon Foro Penal, une organisation vénézuélienne de défense des droits humains, et de nombreuses autres personnes sont toujours assignées à résidence ou soumises à d’autres restrictions. Parmi elles figurent des personnes qui ont été arrêtées pour avoir exercé leur liberté d’expression et d’autres qui ont été torturées ou ont subi de graves violations des garanties procédurales. D’autres personnes détenues arbitrairement ont été victimes d’extorsion de la part de magistrats, de procureurs et d’autres acteurs.
Les autorités vénézuéliennes devraient libérer sans délai et sans condition toutes les personnes détenues arbitrairement, a déclaré Human Rights Watch.
Les autorités ont continué, dans un petit nombre de cas, à placer des opposants en détention pour de courtes périodes. Le 18 septembre, les autorités vénézuéliennes ont arrêté Javier Oropeza, un ancien maire de l’opposition qui venait de rentrer au pays. Il a été libéré quelques heures plus tard.
Des proches de prisonniers politiques ont indiqué que certains détenus continuaient de subir des mauvais traitements derrière les barreaux, en particulier à la prison de Rodeo I à Caracas. Human Rights Watch a précédemment documenté des actes de torture et des conditions de détention abjectes à Rodeo I. La fermeture de Rodeo I enverrait un signal fort indiquant que les autorités ont l’intention de rompre avec l’héritage brutal du gouvernement en matière de pratiques de détention abusives.
Les autorités vénézuéliennes devraient garantir des conditions de détention humaines à tous les détenus, a déclaré Human Rights Watch. Elles devraient également permettre à des experts internationaux, tels que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), d’accéder sans entrave à toutes les prisons et aux autres lieux de détention.
Les autorités vénézuéliennes devraient également modifier ou abroger les lois qui ont permis des violations des humains, notamment les lois antiterroriste et « anti-haine », ainsi que les règles restreignant le travail des organisations de défense des droits humains et des médias.
Dans le cadre d’un processus de dialogue avec une partie de l’opposition politique, les autorités vénézuéliennes ont annoncé une réforme du Tribunal suprême de justice, la plus haute juridiction du pays, et du Conseil électoral. L’érosion de l’indépendance judiciaire au Venezuela dans les années 2000 a permis des violations généralisées des droits humains, et la mise en place d’une cour suprême indépendante et impartiale constituerait une première étape cruciale vers une refonte indispensable du système judiciaire, a déclaré Human Rights Watch.
Au cours de la dernière décennie, les autorités vénézuéliennes ont également empêché les candidats de l’opposition de se présenter aux élections. Des pratiques de répression plus générales ont également empêché les Vénézuéliens d’exercer librement leurs droits démocratiques lors des élections passées.
« Les Vénézuéliens méritent de participer à des élections libres et équitables, tenues dans des délais raisonnables », a déclaré Federico Borello. « Pour cela, il est urgent de permettre aux opposants politiques de prendre part au processus politique et de se présenter aux élections. »
Les autorités vénézuéliennes devraient également réformer les forces de sécurité du pays afin de mettre un terme à la persistance des violations des droits humains, a déclaré Human Rights Watch. Ces mesures devraient inclure la mise sous le coup de la justice des responsables de violations graves des droits, la garantie que les services de renseignement ne soient pas chargés d’enquêtes criminelles, le démantèlement des centres de détention clandestins et l’établissement de règles claires concernant le recours à la force.
Le 16 septembre, la Mission d’enquête internationale indépendante des Nations Unies sur la République bolivarienne du Venezuela (FFM) a publié un rapport avertissant que l’appareil d’État à l’origine de la répression reste solidement en place. Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies devrait renouveler le mandat de la FFM pour deux ans, a déclaré Human Rights Watch.
La situation humanitaire au Venezuela reste désastreuse, aggravée par les tremblements de terre de juin qui ont fait au moins 6 300 morts. Selon HumVenezuela, un regroupement d’organisations surveillant la crise humanitaire dans le pays, plus de 18 millions de personnes, sur une population de 28,5 millions, étaient déjà dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins fondamentaux avant les séismes. Dans de nombreuses régions du pays, la population subit quotidiennement des coupures d’électricité pouvant durer plusieurs heures et des pénuries d’eau s’étendant sur plusieurs jours, provoquant une impatience croissance.
Human Rights Watch exprime depuis longtemps ses inquiétudes quant au rôle des sanctions économiques américaines dans l’aggravation de la crise humanitaire au Venezuela. Depuis la destitution de Nicolás Maduro, l’engagement des États-Unis s’est principalement concentré sur la poursuite des objectifs économiques de l’administration Trump, au détriment d’une attention soutenue portée aux réformes.
« Les États-Unis devraient user de leur influence pour jouer un rôle de premier plan dans la promotion de changements significatifs en matière de droits humains au Venezuela », a affirmé Federico Borello.
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18.09.2026 à 21:28
Human Rights Watch
(Istanbul, 18 septembre 2026) – La répression sévère menée par le gouvernement turc contre les associations et les activistes qui défendent les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) menace l’état de droit et les droits fondamentaux en Turquie, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Du 12 au 14 septembre, la police turque a effectué plusieurs descentes coordonnées visant sept associations défendant les droits des personnes LGBT et deux associations venant en aide aux personnes vivant avec le VIH, ainsi que des bars et des boîtes de nuit à Istanbul, Ankara, Izmir, Aydın et Mersin. La police a arrêté au moins 112 personnes, dont 82 sont toujours détenues sur décision judiciaire. Au moins 24 personnes détenues sont des activistes LGBT, des fondateurs ou des dirigeants des associations visées, et l’une d’entre elles est une journaliste.
« Cette répression constitue une tentative flagrante de criminaliser et de marginaliser les personnes LGBT et de réduire au silence les organisations qui défendent leurs droits », a déclaré Benjamin Ward, directeur adjoint de la division Europe et l’Asie centrale à Human Rights Watch. « Le gouvernement turc devrait immédiatement libérer les activistes LGBT et les autres personnes arrêtées en l’absence de preuves crédibles d’actes criminels, et mettre fin à sa campagne contre les associations LGBT. »
Le 12 septembre, le ministre turc de la Justice, Akın Gürlek, a annoncé que 162 personnes faisaient l’objet d’une enquête dans le cadre d’une opération baptisée « Ma famille est en sécurité » ; cette opération a été menée dans le contexte du décret portant sur la « décennie de la famille », signé en mai par le président Recep Tayyip Erdoğan.
Ces dernières années, les autorités turques ont invoqué à maintes reprises la protection des soi-disant valeurs familiales pour justifier la discrimination à l’encontre des personnes LGBT. Mais cette répression, loin de protéger les familles, ancre plutôt une discrimination haineuse, selon Human Rights Watch.
Les arrestations et les descentes de police visant des associations et des entreprises dans différentes villes ont été menées dans le cadre d’enquêtes distinctes, sur ordre des parquets de ces villes.
Le ministre de la Justice a annoncé que ces enquêtes portaient sur des chefs d’accusation pénaux, notamment « l’obscénité », le travail du sexe et des infractions liées à la drogue. Il a également déclaré que les « associations LGBT et celles promouvant l’immoralité » étaient financées par des sources internationales.
Or, les financements étrangers – qu’il s’agisse de sources liées à l’Union européenne, de gouvernements étrangers ou de fondations privées – sont tout à fait légaux en Turquie, à condition que les bénéficiaires en informent les autorités. Il n’existe aucune preuve d’un manquement à cette obligation, les autorités turques contrôlant régulièrement toutes les associations pour s’assurer de leur conformité à la loi. Des associations et organisations proches du gouvernement d’Erdogan, et le gouvernement lui-même, bénéficient de financements provenant de l’UE.
À Ankara, la police a arrêté 14 responsables des conseils d’administration et de surveillance de Kaos GL, la principale organisation turque de défense des droits des personnes LGBT. Les avocats de Kaos GL ont déclaré à Human Rights Watch que la police les avait longuement interrogés sur diverses questions : les financements de source étrangère, le contenu publié sur son site Internet et sur les réseaux sociaux, le recrutement de nouveaux membres et le fonctionnement interne de l’association.
Un tribunal a ordonné la détention de sept membres des conseils d’administration et de surveillance de Kaos GL pour violation présumée de la loi sur les associations et pour « obscénité », et a remis en liberté sept autres personnes sous contrôle judiciaire. Parmi les éléments de preuve figurent des publications sur les réseaux sociaux comportant deux photos d’hommes s’embrassant.
Le tribunal a également ordonné la détention de la journaliste Tuğba Tekerek. La seule preuve invoquée par le procureur à son encontre est un article de presse datant de 2024 qu’elle a rédigé, évoquant les droits des personnes LGBT en Géorgie, et publié sur le site du portail d’information Kaos.
À Mersin, un tribunal a placé en détention six activistes, dont un avocat, ayant des liens avec deux organisations de défense des droits des personnes LGBT, les accusant d’« obscénité » et d’infractions liées au travail du sexe. À Kuşadası, un tribunal a placé en détention deux activistes d’une association locale qui défend les droits des personnes LGBT.
À Istanbul, l’enquête menée par le procureur général sur les associations de défense des droits des personnes LGBT et celles qui soutiennent le droit à la santé des personnes vivant avec le VIH a donné lieu à l’arrestation d’activistes, de fondateurs et de dirigeants de ces groupes ; ils sont suspectés d’avoir « fondé, dirigé ou appartenu à une organisation criminelle », d’« obscénité », d’infractions liées au travail du sexe et à la drogue, ainsi que de violations de la législation sur les associations.
Human Rights Watch a pu consulter une ordonnance de restriction portant sur le dossier d’enquête, limitant la divulgation d’ informations relatives aux éléments de preuve et au contenu de l’enquête.
Le 16 septembre, un tribunal a ordonné la mise en détention de neuf dirigeants, fondateurs et membres de quatre associations de défense des droits des personnes LGBT : Lambda Istanbul, Hevi LGBTİ, SPoD et Pozitif-İz (qui vient en aide aux personnes vivant avec le VIH). Ces neuf personnes sont détenues pour avoir prétendument enfreint la loi sur les associations.
Human Rights Watch a déclaré craindre sérieusement que les autorités n’engagent des procédures distinctes visant à dissoudre ces organisations, à la suite de la mise en détention de leurs dirigeants, fondateurs et membres.
À Izmir, Kuşadası et Mersin, les tribunaux ont également placé en détention des dizaines d’autres personnes soupçonnées d’« obscénité », ainsi que d’infractions liées au travail du sexe et à la drogue. Ces personnes ne sont pas connues pour être des activistes de la société civile ou des défenseurs des droits humains.
Le 14 septembre, à Izmir, la police est intervenue en recourant à du gaz poivré pour disperser un rassemblement tenu pour protester contre la répression anti-LGBT, et a arrêté deux personnes. Le 15 septembre, à Istanbul, la police a encerclé et arrêté plus de 100 personnes qui s’étaient rassemblées devant le tribunal de Caglayan pour protester contre la répression. Elles ont été détenues pendant plus de 24 heures, puis relâchées.
Selon l’Association pour la liberté d’expression (İfade Özgürlüğü Derneği, İFÖD), qui surveille les restrictions imposées aux contenus en ligne en Turquie, entre le 12 et le 16 septembre, les tribunaux ont rendu des ordonnances visant à bloquer des dizaines de plateformes de réseaux sociaux et de sites web appartenant à des associations LGBT et à d’autres groupes de défense des droits, à des activistes et à d’autres personnes. Les comptes X de la branche turque d’Amnesty International, du quotidien Evrensel, de l’Association d’études sur les médias et le droit (MLSA) et de l’organisation de défense des droits humains Hak İnisiyatifi ont également été bloqués.
Le 14 septembre, le ministre turc de la Justice a annoncé l’envoi d’une circulaire intitulée « Protection de la famille, des jeunes et de la société contre les atteintes à la morale publique et les contenus et entités préjudiciables » à l’intention des parquets de tout le pays. Cette circulaire encourage les procureurs à enquêter sur « les activités encourageant l’effacement des distinctions de genre chez les enfants et les jeunes », à recueillir des preuves numériques et à demander le blocage ou le retrait de contenus en ligne. Le document précise que ces enquêtes peuvent être menées selon les mêmes modalités que celles relatives au crime organisé et à la criminalité financière.
« La criminalisation systématique des groupes et activistes de défense des droits des personnes LGBT, ainsi que le blocage des contenus en ligne qui les défendent ou en rendent compte, s’inscrivent dans le cadre d’une attaque plus large menée par le gouvernement d’Erdogan contre les droits à la liberté d’expression et d’association », a conclu Benjamin Ward. « Se servir de la rhétorique des “valeurs familiales” comme d’une arme pour perpétuer la discrimination, la stigmatisation et la répression d’État met toutes les personnes en danger. »
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17.09.2026 à 18:45
Human Rights Watch
(Berlin, 17 septembre 2026) – Les condamnations pour crimes de guerre prononcées le 16 septembre à l’encontre de l’ancien président du Kosovo, Hashim Thaçi, et de trois anciens hauts responsables de l’Armée de libération du Kosovo (Ushtria Çlirimtare e Kosovës, UCK) constituent une avancée importante vers la justice pour les victimes du conflit du Kosovo de 1998-1999, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Les Chambres spécialisées sur le Kosovo, basées à La Haye, ont déclaré Hashim Thaçi, Kadri Veseli, Jakup Krasniqi et Rexhep Selimi coupables de crimes de guerre, notamment de meurtre, de torture, de traitements cruels et de détention arbitraire. Le tribunal a acquitté les quatre hommes des chefs d’accusation de crimes contre l’humanité. Ces condamnations concernaient des crimes commis pendant la guerre au Kosovo et dans le nord de l’Albanie, à l’encontre d’Albanais du Kosovo, de Serbes, de Roms et d’autres personnes. Le tribunal a condamné Hashim Thaçi et Jakup Krasniqi chacun à 25 ans de prison ; Kadri Veseli et Rexhep Selimi ont été condamnés respectivement à 18 ans et à 13 ans de prison.
« Ce verdict envoie un message important aux victimes et à leurs familles : même les dirigeants puissants ne sont pas à l’abri de la justice », a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Les conclusions du tribunal soulignent que l’obligation de rendre des comptes pour les crimes graves commis en temps de guerre doit s’appliquer à tous, indépendamment de leur position ou de leur affiliation. »
Le jugement rend compte de l’ampleur et de la gravité des exactions. Les juges ont estimé qu’entre avril 1998 et le 20 juin 1999, les accusés étaient pénalement responsables de l’arrestation et de la détention arbitraires de 385 personnes dans des centres de détention de l’UCK, de la torture de 303 personnes, des traitements cruels infligés à 49 personnes et du meurtre de 96 personnes. Parmi les victimes figuraient des Albanais du Kosovo considérés comme des opposants politiques ou des collaborateurs, ainsi que des Serbes et des Roms.
Les juges ont estimé que les accusés partageaient un dessein criminel commun visant à cibler, détenir et, si nécessaire, tuer ceux qu’ils considéraient comme des opposants à l’UCK, qui aspirait à l’indépendance vis-à-vis de la Serbie. Ils ont conclu que les quatre hommes avaient collaboré pour mettre en œuvre ce plan criminel, notamment par le biais de centres de détention, de la police militaire, des services de renseignement et d’unités spéciales.
Le tribunal a acquitté les quatre accusés des six chefs d’accusation de crimes contre l’humanité, estimant que l’accusation n’avait pas prouvé au-delà de tout doute raisonnable que les actes spécifiques étaient « dirigés contre une population civile » ; ce critère est l’un des éléments requis pour établir l’existence de crimes contre l’humanité, outre le fait que les actes s’inscrivent dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique. Le tribunal a également déclaré les quatre hommes non coupables de crimes de guerre présumés commis dans d’autres incidents. Le tribunal a jugé que ces crimes n’étaient pas prouvés au-delà de tout doute raisonnable, ou étaient déjà couverts par un autre chef d’accusation plus spécifique, ou encore étaient hors de son champ de compétence. Il s’agissait notamment d’incidents présumés postérieurs au 20 juin 1999, date à laquelle le tribunal a estimé que le conflit armé avait pris fin et que les faits ne pouvaient donc pas être qualifiés de crimes de guerre.
Les juges ont souligné que l’UCK elle-même n’était pas jugée et que l’affaire ne portait pas sur la légitimité de la lutte de l’UCK, ni sur les crimes commis par les forces serbes et yougoslaves à l’encontre des Albanais du Kosovo, ni sur une tentative de mettre en balance les crimes commis par une partie avec ceux commis par l’autre. Le jugement portait sur la responsabilité pénale individuelle des quatre accusés pour des crimes spécifiques commis à l’encontre de Serbes, de Roms et d’Albanais du Kosovo.
Les juges ont déclaré que le procès s’était déroulé dans un « climat d’intimidation des témoins ». La Cour a indiqué que certains témoins avaient menti devant les juges ou modifié leurs déclarations antérieures, et que la crainte pour leur sécurité avait pu influencer certains témoignages. Par ailleurs, Thaçi fait l’objet d’une deuxième affaire, aux côtés de quatre autres personnes, devant les Chambres spécialisées du Kosovo pour tentative d’obstruction présumée à la justice.
Ce jugement s’inscrit dans un contexte plus large de responsabilité incomplète pour les crimes commis pendant le conflit du Kosovo, y compris ceux perpétrés par les forces serbes et yougoslaves, a déclaré Human Rights Watch.
Comme l’a documenté Human Rights Watch, les forces serbes et yougoslaves se sont rendues coupables, pendant le conflit, de crimes systématiques et généralisés, notamment de torture, de meurtres, de viols et d’expulsions forcées.
Précédemment, l’ancien président serbe Slobodan Milošević et, lors de procès distincts, sept autres hauts responsables serbes et yougoslaves ont été jugés par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Milošević est décédé lors de la tenue de son procès ; parmi les sept autres accusés, six ont été condamnés et un homme a été acquitté. Certains responsables serbes et yougoslaves condamnés par ce tribunal des Nations Unies ont par la suite été célébrés publiquement en Serbie ; ceci souligne la nécessité pour les actuels dirigeants politiques de Serbie et de la région de reconnaître les faits établis concernant les crimes de guerre, et de soutenir la reddition de comptes pour ces crimes.
Au niveau national, des tribunaux serbes ont condamné 17 personnes par jugement définitif, dont 15 Serbes, pour des crimes de guerre lors du conflit au Kosovo. Les poursuites judiciaires menées en Serbie ont principalement visé des auteurs de rang subalterne plutôt que des hauts responsables militaires ou policiers. Pour la grande majorité des crimes de guerre, cependant, personne n’a été amené à rendre des comptes. Le verdict rendu à La Haye le 16 septembre devrait stimuler de nouveaux efforts pour rendre justice à toutes les victimes de la guerre du Kosovo, a déclaré Human Rights Watch.
Les Chambres spécialisées sur le Kosovo sont compétentes pour juger les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et d’autres infractions relevant du droit kosovar liées aux allégations formulées dans un rapport du Conseil de l’Europe de 2010. Dick Marty, le sénateur suisse qui l’a rédigé, a indiqué dans ce rapport que certains anciens hauts responsables de l’UCK étaient responsables d’enlèvements, de passages à tabac et d’exécutions sommaires pendant et après la guerre. Human Rights Watch a documenté des agressions commises après la guerre contre des Serbes et des Roms.
S’appuyant sur le rapport du Conseil de l’Europe, l’Union européenne, avec le soutien massif des États-Unis, a créé la Cellule d’enquête spéciale (Special Investigative Task Force, SITF), basée à Bruxelles et composée d’un personnel international, afin d’enquêter sur ces allégations. Le procureur en chef de la SITF a présenté ses conclusions en 2014, notamment concernant l’intimidation de témoins, et a conclu qu’il existait des motifs crédibles pour prononcer des mises en accusation.
Après que le Kosovo eut modifié sa Constitution et adopté une nouvelle loi en 2015, les Chambres spécialisées sur le Kosovo ont été créées, basées à La Haye et financées par l’UE, ainsi que par le Canada, la Norvège, la Suisse, la Turquie et les États-Unis. Les trois procureurs généraux successifs étaient tous originaires des États-Unis.
« Pour les Albanais du Kosovo, les Serbes, les Roms et les autres personnes qui ont subi ces crimes effroyables, ce jugement apporte une certaine mesure de justice, longtemps attendue », a conclu Hugh Williamson. « Ce verdict rappelle que toutes les victimes de crimes graves commis pendant et après la guerre du Kosovo méritent que justice leur soit rendue, indépendamment de l’origine ou appartenance ethnique des victimes ou des responsables. »
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