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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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21.08.2026 à 20:00

Espagne : Crise humanitaire et des droits humains à Ceuta

Human Rights Watch

Click to expand Image Deux migrants en provenance du Maroc, ayant rejoint l’enclave espagnole Ceuta à la nage fin juillet 2026, marchaient sur la plage de Trampolín à Ceuta, en août 2026.  © 2026 José Antonio Sempere Gálvez pour Human Rights Watch

(Milan) – Le gouvernement espagnol et les autorités locales de l’enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, devraient agir d’urgence pour fournir un hébergement adéquat à tous les migrants et demandeurs d’asile vivant sans abri depuis leur arrivée à Ceuta en provenance du Maroc fin juillet, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités espagnoles devraient permettre aux personnes qui souhaitent déposer une demande d’asile, de le faire.

« Des milliers de personnes se trouvent dans la rue à Ceuta, dans un contexte de vide juridique ; elles dont exposées à des violences sexuelles et dépourvues d’un abri, de nourriture ou d’installations sanitaires adéquats depuis près de trois semaines », a déclaré Judith Sunderland, directrice adjointe senior auprès de la division Droits des réfugiés et des migrants à Human Rights Watch. « Face aux défis de cette situation, l’Espagne devrait mobiliser rapidement des ressources suffisantes pour assurer une gestion humaine et ordonnée de la crise, dans l’intérêt tant des personnes migrantes que des habitants de Ceuta. »

Au cours d’un voyage d’enquête de quatre jours à Ceuta, du 15 au 18 août, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 76 personnes migrantes, dont 42 lors d’entretiens individuels (37 adultes et 5 enfants non accompagnés) et 34 lors de conversations en groupe ou de brefs échanges, parmi lesquels 4 enfants non accompagnés.

Les 30 et 31 juillet, des dizaines de milliers de migrants et de demandeurs d’asile ont traversé la mer à la nage depuis le Maroc pour rejoindre Ceuta ; on ignore combien d’entre eux s’y trouvent encore. Le 13 août , le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska Gómez, a déclaré que 5 000 migrants se trouvaient encore à Ceuta, tandis que certaines organisations locales ont indiqué à Human Rights Watch qu’il pourrait s’agir de 10 000 personnes.

Le 17 août, la ministre espagnole de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et de la Migration, Elma Saiz Delgado, a annoncé l’installation de quatre camps de tentes à Ceuta pouvant accueillir 1 500 adultes ; les autorités ont commencé à transférer des personnes vers deux sites le 20 août. Mais ces mesures ne suffiront pas à répondre aux besoins. De nombreuses personnes interrogées ont émis l’hypothèse que le gouvernement espagnol avait retardé l’aide, afin de convaincre ces personnes de retourner au Maroc.

Les organisations humanitaires estiment que plus d’un millier d’hommes et de garçons vivent dans des abris de fortune sur la plage de Trampolín, à Ceuta, et que des milliers d’autres vivent dans la rue, dans un quartier d’entrepôts près de la frontière marocaine et sur les collines boisées à la périphérie de la ville. Environ 700 à 750 femmes et filles se trouvent dans deux installations sportives en plein air mises en place par des associations de quartier, tandis que d’autres vivent dans la rue. Le manque de douches et de toilettes oblige les personnes à subvenir à leurs besoins hygiéniques dans des parcs, sur des terrains vagues et dans la mer.

Le 3 août, la Croix-Rouge espagnole a commencé à distribuer de la nourriture sur la plage de Trampolín ; le 17 août, le gouvernement a déclaré qu’il distribuait 4 000 sacs de nourriture par jour. Luna Blanca, une association caritative locale, a indiqué à Human Rights Watch qu’elle distribuait entre 2 700 et 3 500 repas par jour dans cinq lieux différents, grâce à un financement du gouvernement.

« Je suis resté sans manger pendant les deux ou trois premiers jours ; je ne buvais que de l’eau », a déclaré Mahmoud, un Palestinien de 36 ans originaire de Gaza. « Je suis resté dans les montagnes pendant dix jours avant de descendre à la plage avec les autres. Ce n’est pas vraiment une vie, mais je dis alhamdulillah (loué soit Dieu), ce n’est rien comparé à ce que vit ma famille à Gaza. »

Au 20 août, Human Rights Watch n’avait constaté aucun signe indiquant que les autorités espagnoles aient entamé des procédures juridiques ou des évaluations individuelles concernant les adultes. Si les Marocains semblent constituer la majorité des personnes arrivées fin juillet, Human Rights Watch s’est également entretenu avec des hommes et des garçons originaires du Tchad, du Sénégal, de Somalie, du Soudan, de Tunisie, du Yémen, d’Algérie, de Syrie et d’Égypte. Beaucoup avaient passé des années à effectuer des voyages éprouvants et ont exprimé leur souhait de demander l’asile en Espagne.

« Je veux demander l’asile », a déclaré Mohamed, un Soudanais de 20 ans. « Mais nous n’avons encore aucune information. »

De nombreuses femmes marocaines ont expliqué avoir fui des violences conjugales. Fatima, 47 ans, originaire de Tétouan, a rejoint Ceuta à la nage avec son fils de 11 ans pour échapper à son ex-mari violent.

« J’ai quitté mon pays non pas parce que j’ai faim, mais parce que mon mari est toxicomane ; il nous bat, mon fils et moi », a-t-elle expliqué. Elle a montré une longue cicatrice sur son bras, à l’endroit où, a-t-elle expliqué, il l’avait entaillée avec un couteau. Ses tentatives pour le dénoncer à la police marocaine, a-t-elle ajouté, ont été vaines. Fatima s’est rendue à la police de Ceuta, mais on lui a dit de se rendre dans le quartier des entrepôts où des centaines de personnes dorment en plein air « jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée ».

Selon le Pacte de l’Union européenne sur la migration et l’asile en vigueur depuis la mi-juin, l’Espagne aurait déjà dû procéder à un filtrage de toutes les personnes, comprenant des contrôles de sécurité et sanitaires ainsi qu’un « contrôle préliminaire de vulnérabilité » visant à identifier les apatrides, les survivants de la torture ou d’autres traitements inhumains ou dégradants, et les personnes ayant des « besoins particuliers », conformément au droit européen.

On ignore si l’Espagne compte recourir à l’accélération des procédures d’asile à la frontière, ce qui pourrait entraîner des renvois rapides, notamment parce que les demandeurs d’asile se trouvaient auparavant au Maroc, que l’UE considère comme un « pays tiers sûr » où les personnes auraient dû demander une protection internationale.

Les ressortissants marocains, y compris les femmes affirmant craindre des violences conjugales, risquent d’être renvoyés en raison d’un accord de réadmission avec l’Espagne qualifiant le Maroc de « pays d’origine sûr ». Le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en Espagne a demandé aux autorités de fournir des informations sur le droit d’asile et d’identifier les besoins de protection par le biais d’un examen approprié. Les migrants n’ayant pas besoin de protection internationale pourraient être éligibles au programme d’aide humanitaire de l’Espagne.

Sur la plage de Trampolín, la plupart des hommes et des garçons vus par Human Rights Watch vivaient dans des abris qu’ils avaient construits en utilisant des bâtons, des cartons et des sacs poubelles. Quelques groupes disposaient de tentes. Dans un quartier d’entrepôts près de la frontière avec le Maroc, des centaines de personnes — notamment des familles avec de jeunes enfants, des mères célibataires accompagnées de leurs enfants et des enfants non accompagnés — dormaient sur du carton.

Les associations de riverains des quartiers d’El Principe et de Sidi Embarek, à Ceuta, ont mis en place des abris de fortune dans deux complexes sportifs en plein air afin d’assurer la sécurité des femmes et des filles face aux signalements de violences sexuelles. Les autorités ont installé une tente à auvent sur chaque site, mais la plupart des personnes vivent sous des bâches tendues. Des bénévoles présents sur les deux sites ont indiqué que les autorités avaient transféré jusqu’à 200 filles du site d’El Principe vers des structures gérées par le gouvernement à Ceuta.

Quatre médecins des urgences à Ceuta ont déclaré avoir pris en charge au total deux femmes et six filles, dont une Marocaine de 14 ans et une fillette de 11 ans originaire d’un pays africain non identifié, suite à des agressions sexuelles et à des viols. Une Marocaine de 25 ans a déclaré qu’un homme parlant espagnol l’avait violée la nuit de son arrivée ; elle n’a pas signalé ce viol à la police. Le parquet de Ceuta a indiqué avoir reçu 13 signalements d’agressions sexuelles entre le 30 juillet et le 17 août, la majorité des victimes n’étant pas des résidentes de la ville.

La situation des mineurs non accompagnés est particulièrement préoccupante, a déclaré Human Rights Watch. Il n’existe pas de statistiques fiables sur leur nombre dans la ville. Une source au sein du gouvernement de Ceuta, qui, en vertu de la législation espagnole, est responsable des mineurs non accompagnés, a indiqué avoir pris en charge 1 385 d’entre eux au 18 août. Le même jour, le ministère de l’Intérieur a déclaré que la police avait enregistré 2 168 mineurs non accompagnés.

Deux écoles transformées en centres d’accueil temporaires pour enfants doivent être libérées avant la rentrée scolaire début septembre ; les autorités s’efforcent de trouver d’autres sites malgré les objections des riverains. Le 19 août, les médias espagnols ont indiqué que le ministère de la Jeunesse comptait transférer 500 jeunes filles non accompagnées de Ceuta vers d’autres régions d’Espagne.

À la fin de la journée du 31 juillet, le gouvernement espagnol a déclaré que la majorité des personnes ayant rejoint Ceuta à la nage au cours des 48 heures précédentes étaient retournées au Maroc de leur plein gré, alors que des informations faisaient état de rafles menées par les forces de sécurité espagnoles, qui auraient embarqué des personnes dans des camions pour les emmener à la frontière. Les autorités espagnoles ont officiellement recensé 82 décès ; il y aurait aussi eu au moins 67 décès du côté marocain de la frontière, selon l’association espagnole Caminando Fronteras.

Si de nombreuses associations locales et des habitants ont apporté leur aide aux migrants, les tensions qui règnent dans cette ville de 85 000 habitants ont fait craindre des violences. Halima Ahmed, de l’association Luna Blanca, a qualifié la situation de « catastrophique et sans précédent… Il y a tellement d’incertitude que cela engendre de la peur parmi les habitants, et le problème, c’est quand la peur se transforme en haine ». Mohamed El Harrak, de l’association à but non lucratif EXMENAS, s’est dit préoccupé par ce climat de haine, affirmant que les autorités espagnoles « [devraient] agir avant que la situation n’explose. La priorité, c’est l’aide humanitaire. Ceuta ne peut pas s’en occuper, seule ».

Les autorités espagnoles devraient mobiliser d’urgence des ressources suffisantes pour garantir un accueil adéquat, que ce soit à Ceuta ou ailleurs en Espagne, ainsi que des évaluations individuelles avec accès à des conseils juridiques dans une langue compréhensible pour les personnes concernées, a déclaré Human Rights Watch.

La Convention européenne des droits de l’homme, à laquelle l’Espagne est un État partie et qui s’applique à Ceuta, interdit les expulsions collectives. L’Espagne devrait garantir un examen complet des demandes d’asile et s’abstenir d’expulser vers le Maroc des ressortissants de pays tiers, tels que les Soudanais ou les Somaliens. Les autorités devraient recourir à des évaluations multidisciplinaires de l’âge pour identifier les enfants non accompagnés. Les lois de l’UE et de l’Espagne exigent que les enfants non accompagnés ne puissent être expulsés vers leur pays d’origine qu’à l’issue d’une évaluation individualisée, tenant compte de leur intérêt supérieur et des conditions de retour.

« Les autorités espagnoles ne devraient pas donner suite aux appels populistes en faveur d’expulsions sommaires massives, qui visent à les empêcher d’agir conformément à leurs obligations en vertu du droit international », a conclu Judith Sunderland. « Les autorités espagnoles devraient plutôt mener des évaluations équitables et individuelles des demandes de protection et de traiter tous les migrants avec dignité. »

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21.08.2026 à 20:00

Hong Kong : Deux activistes condamnés pour avoir organisé des veillées en hommage aux victimes de Tiananmen

Human Rights Watch

Click to expand Image Des milliers de personnes assistaient à une veillée aux bougies à Victoria Park, à Hong Kong, le 4 juin 2019, en mémoire des victimes de la brutale répression militaire ordonnée par le gouvernement chinois contre les manifestants sur la place Tiananmen, à Pékin, en juin 1989.  © AP Photo/Vincent Yu

(New York) – La Haute Cour de Hong Kong a condamné deux activistes qui militent depuis longtemps pour que justice soit rendue aux victimes du massacre de Tiananmen de 1989 en Chine, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les autorités de Hong Kong devraient annuler ces condamnations, qui violent les droits des accusés à la liberté d’expression et de réunion pacifique.

Le 21 août, le tribunal a condamné Chow Hang-tung, 41 ans, et Lee Cheuk-yan, 69 ans, deux anciens dirigeants de l’Alliance de Hong Kong pour le soutien aux mouvements démocratiques patriotiques de Chine (Hong Kong Alliance in Support of Patriotic Democratic Movements of China), organisation actuellement dissoute qui organisait une veillée annuelle en mémoire du massacre. Ils ont été reconnus coupables d’« incitation à la subversion » en vertu de la loi sur la sécurité nationale de Hong Kong. Un troisième ancien dirigeant de l’Alliance, Albert Ho, âgé de 74 ans, avait plaidé coupable pour le même chef d’accusation en janvier. Ils encourent jusqu’à 10 ans de prison.

« La condamnation de ces organisateurs de la veillée commémorant les victimes de Tiananmen montre que même les manifestations publiques de deuil sont désormais considérées comme un crime à Hong Kong », a déclaré Elaine Pearson, directrice de la division Asie à Human Rights Watch. « Ces activistes ont mis en lumière la crainte qu’éprouve le gouvernement chinois face au souvenir de ses propres atrocités et la manière dont il traite la commémoration comme une menace pour la sécurité nationale. »

En vertu de l’article 22 de la loi sur la sécurité nationale, la « subversion » désigne les actes visant à « renverser » le gouvernement chinois par la « force », la « menace de la force » ou d’autres « moyens illégaux » non précisés.

Le tribunal a jugé que la mission de l’Alliance de Hong Kong visant à « mettre fin à la dictature du parti unique » en Chine constituait une tentative de « renverser » le gouvernement chinois.

Le tribunal a reconnu que l’Alliance n’avait jamais recouru à la violence ni préconisé son utilisation pour atteindre cet objectif ; néanmoins, son action équivalait à un « moyen illégal » car son objectif contrevenait à la Constitution chinoise. Le tribunal a estimé que la Constitution chinoise avait établi la gouvernance perpétuelle du Parti communiste chinois et excluait « la possibilité d’une alternance des partis au pouvoir, selon le modèle occidental ».

Le tribunal a ajouté que les activistes avaient « attisé l’hostilité » envers le Parti communiste chinois en comparant le massacre de Tiananmen de 1989 au mouvement de protestation pro-démocratie de Hong Kong de 2019, « érodant et sapant ainsi la confiance du public dans la direction » du Parti communiste chinois.

La défense avait fait valoir que l’appel de l’Alliance de Hong Kong à « mettre fin à la dictature du parti unique » exprimait sa vision d’une Chine démocratisée, et que l’Alliance n’avait jamais préconisé de moyens spécifiques — et encore moins illégaux — pour atteindre cet objectif. La défense a soutenu que les accusés ne faisaient qu’exercer leur droit à la liberté d’expression.

Au cours du procès, les juges désignés par le gouvernement ont rejeté les demandes de Chow — qui estavocate et a pris la parole pour sa propre défense — visant l’intervention de plusieurs universitaires et activistes comme témoins. Les juges ont à plusieurs reprises interrompu les déclarations des témoins de la défense, et ont interdit à la défense de présenter des photographies et des enregistrements audio relatifs au massacre de Tiananmen.

Chow Hang-tung a dénoncé la nature politique du procès : « Dire la vérité est qualifié d’incitation à la haine… exiger des comptes et des limites au pouvoir est présenté comme une violation de la Constitution, et rendre le pouvoir au peuple est condamné comme de la subversion. »

Une audience visant à examiner les circonstances atténuantes est prévue le 28 août, suivie du prononcé de la peine. En vertu de l’article 23 de la loi sur la sécurité nationale, les accusés encourent de 5 à 10 ans de prison si l’infraction est jugée « grave », et jusqu’à 5 ans si elle est considérée comme « mineure ».

Poursuivre une personne pour avoir exercé ses droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique constitue une violation du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui est intégré au cadre juridique de Hong Kong par le biais de la constitution de facto de la ville, la Loi fondamentale, et qui se reflète dans l’ordonnance sur la Charte des droits. Le régime juridique de Hong Kong en matière de sécurité nationale est incompatible avec ces garanties des droits humains.

Sur les réseaux sociaux, Chow Hang-tung a signalé le 20 août qu’elle avait été conduite aux audiences dans un système de chaînes très contraignant — menottes, fers aux pieds, chaînes à la taille et une chaîne semblable à une laisse — qui immobilisait ses articulations dans des positions non naturelles et lui causait une douleur persistante ainsi que des tensions musculaires. Au regard du droit international des droits humains, ce traitement peut constituer un traitement cruel, inhumain ou dégradant.

Depuis 1990, l’Alliance de Hong Kong organisait chaque année des veillées pour commémorer le massacre de Tiananmen, au cours duquel des manifestants pacifiques en faveur de la démocratie avaient été tués. Ces veillées sont devenues un événement emblématique du mouvement démocratique de Hong Kong, attirant des centaines de milliers de participants. De telles commémorations sont interdites depuis longtemps en Chine continentale, où le gouvernement chinois n’a pas réussi à traduire en justice les responsables des meurtres, à fournir des informations aux familles des victimes ni à leur offrir une indemnisation.

Le rôle unique joué par Hong Kong pour perpétuer la mémoire du massacre de Tiananmen a pris fin après que Pékin a imposé la loi sur la sécurité nationale à la ville en 2020 ; le gouvernement chinois a rapidement démantelé la société civile autrefois dynamique de Hong Kong, ainsi que ses libertés fondamentales.

Les autorités de Hong Kong ont interdit la veillée annuelle sous prétexte de la Covid-19 en 2020 et 2021. En 2021, elles ont contraint l’Alliance de Hong Kong à la dissolution. Depuis 2020, chaque année vers le 4 juin, les autorités arrêtent des personnes qui tentent de commémorer le massacre en public, et certaines ont été emprisonnées sur la base d’accusations douteuses.

« Pendant des décennies, des dizaines de milliers d’habitants de Hong Kong ont pris la défense de ceux qui ont perdu la vie en manifestant pour la liberté en Chine », a conclu Elaine Pearson. « Les gouvernements du monde entier doivent désormais prendre la défense des Hongkongais sanctionnés pour avoir demandé des comptes à Pékin. »

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21.08.2026 à 17:03

Tchad : Des opposants politiques ont été libérés

Human Rights Watch

Click to expand Image Une pancarte appelant à la libération de l’opposant tchadien Succès Masra, ainsi que d’autres prisonniers politiques détenus au Tchad, était visible lors d’un rassemblement tenu à Paris le 31 mai 2025.  © 2025 Umit Donmez / Anadolu via AFP

(New York) – Les autorités tchadiennes devraient annuler ou infirmer la condamnation de Succès Masra, ancien Premier ministre tchadien et principal chef de l’opposition, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Succès Masra a été libéré de prison le 15 août, après avoir bénéficié d’une grâce présidentielle.

Cette grâce, également accordée à huit autres opposants politiques, a conduit à leur libération de prison. Cependant, leurs condamnations pour des actes constituant une expression politique légitime sont toujours en vigueur, et devraient être infirmées afin qu’ils puissent continuer à participer à la vie politique. 

« La libération de Succès Masra et d’autres opposants politiques est une bonne nouvelle », a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Mais soyons clairs, Succès Masra a été arrêté sur la base d’accusations forgées de toutes pièces dans une tentative de le réduire au silence. Les autorités tchadiennes devraient aller au-delà de la grâce présidentielle, et veiller à ce que sa condamnation soit annulée. »

Premier ministre du Tchad de janvier à mai 2024, Succès Masra a été arrêté le 16 mai 2025, après qu’il s’est présenté contre le président de la transition de l’époque, Mahamat Idriss Déby, lors de l’élection présidentielle de 2024. Les procureurs l’ont accusé d’incitation à la haine et à la violence après la mort de 42 personnes au cours d’affrontements intercommunautaires le 14 mai à Mandakao, dans la province du Logone-Occidental, dans le sud-ouest du pays.

Alors que les affrontements entre éleveurs et agriculteurs sont fréquents dans le sud du Tchad, les violences intercommunautaires se sont aggravées ces dernières années, faisant des dizaines de morts. Succès Masra a été accusé d’incitation à la haine et à la violence par le biais de publications sur les réseaux sociaux. À la suite des violences qui ont eu lieu dans le Logone-Occidental, Succès Masra avait exprimé ses condoléances aux victimes, déclarant en mai 2025 : « La vie d’aucun Tchadien ne doit être banalisée ».

Succès Masra, qui avait plaidé non coupable, a été jugé aux côtés de 74 autres prévenus, tous accusés de collaboration dans les décès survenus à Mandakao. Au moins 9 des prévenus ont été libérés à l’issue du procès, mais les autres ont été condamnés à 20 ans de prison. Les 65 coprévenus condamnés aux côtés de Succès Masra qui sont toujours en prison devraient également être libérés et leurs condamnations devraient être annulées, a déclaré Human Rights Watch. Human Rights Watch a été informé du décès possible de certains coprévenus en détention, mais n’a pas été en mesure de confirmer ces informations.

Huit dirigeants de la principale coalition d’opposition du Tchad, le Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), ont été graciés en même temps que Succès Masra. Les dirigeants du GCAP purgeaient des peines de huit ans de prison à la suite de leurs condamnations pour rébellion alors qu’ils avaient organisé une marche de protestation. Deux des huit dirigeants du GCAP avaient déjà été libérés pour des raisons de santé. La Cour suprême a dissous le GCAP en avril 2026, alléguant qu’il était impliqué dans des activités illégales.

Succès Masra avait fait appel de sa condamnation auprès de la Cour suprême, mais en mai, le tribunal a confirmé sa condamnation et sa peine de 20 ans d’emprisonnement. Alors que les grâces présidentielles accordées à Succès Masra et aux dirigeants du GCAP ont conduit à leur libération, leurs condamnations et leurs sanctions financières demeurent.

Succès Masra et ses coprévenus font toujours l’objet d’une amende impayée d’un total de 1 milliard de francs centrafricains (environ 1,8 million d’USD), infligée en même temps que leurs peines de prison. Leurs condamnations toujours en vigueur signifient également qu’ils conservent leur casier judiciaire et qu’ils restent inéligibles à toute élection. Les condamnations devraient donc être infirmées ou révisées conformément à la loi tchadienne, a déclaré Human Rights Watch.

L’affaire de Succès Masra a été marquante. Lui et ses partisans du parti d’opposition Les Transformateurs avaient subi des menaces avant les élections de mai 2024, lors desquelles Succès Masra s’était présenté contre le président de la transition de l’époque, le général Mahamat Idriss Déby. Après que ce dernier a été déclaré vainqueur, sa présidence a mis fin à la période de transition qui avait commencé en 2021, à la suite du décès de son père, le président Idriss Déby Itno, qui avait été tué lors de combats contre un groupe armé un jour après sa réélection à un sixième mandat.

La répression par le gouvernement de la liberté d’expression et d’association a parfois été très violente. Après la mort d’Idriss Déby Itno, les forces de sécurité ont fait usage d’une force excessive, notamment en tirant à balles réelles sans discernement, pour disperser les manifestations conduites par l’opposition dans le pays. Plusieurs manifestants ont été tués. Les autorités ont arrêté des activistes et des membres de partis d’opposition, et les forces de sécurité ont battu des journalistes qui couvraient les manifestations.

Le 20 octobre 2022, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les manifestants, tuant et blessant des dizaines d’entre eux, et ont passé à tabac et poursuivi des personnes jusque dans leurs maisons. Des centaines d’hommes et de garçons ont été arrêtés, et beaucoup ont été conduits à Koro Toro, une prison de haute sécurité située à 600 kilomètres de N’Djamena. Plusieurs détenus sont morts en route vers la prison, certains à cause du manque d’eau. À Koro Toro, les manifestants ont subi d’autres violences, y compris des mauvais traitements sévères infligés par d’autres détenus.

En octobre 2023, des dizaines de membres des Transformateurs ont été arrêtés à l’approche d’un référendum constitutionnel visant à permettre à Mahamat Déby de se porter candidat après la transition.

Alors que le décret de grâce présidentielle présentait les libérations de Succès Masra et des huit dirigeants du GCAP comme un geste en faveur de l’unité et de la réconciliation nationales, les autorités ont fait preuve d’intolérance au débat ou à la critique, y compris aux discussions ouvertes sur le passé du Tchad. Bien que les dirigeants aient été graciés, leurs arrestations s’inscrivaient dans le cadre d’une répression gouvernementale plus large contre les détracteurs et les opposants présumés, a déclaré Human Rights Watch.

« Les accusations portées contre Succès Masra manquaient de crédibilité et de preuves, et il n’aurait jamais dû être arrêté et détenu en premier lieu », a conclu Lewis Mudge. « Les autorités tchadiennes devraient mettre fin à cette affaire, annuler sa condamnation et le laisser exercer ses droits et se réengager en politique. »

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