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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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14.05.2026 à 06:01

RD Congo : Les rebelles du M23 ont commis des atrocités dans une ville de l'est du pays

Human Rights Watch

Click to expand Image Des combattants du groupe armé M23 patrouillaient dans un véhicule (en arrière-plan de la photo) à Uvira, dans l'est de la République démocratique du Congo, le 13 décembre 2025. © 2025 Jospin Mwisha / AFP via Getty Images Le groupe armé M23 et les forces militaires rwandaises ont mené une occupation violente d'une ville de l'est de la République démocratique du Congo pendant un mois à partir de décembre 2025.Au cours de cette période, ces forces ont tiré sur des civils qui fuyaient, exécuté sommairement plus de 50 personnes lors d’opérations de fouille menées de porte à porte, violé au moins huit femmes et fait disparaître de force au moins 12 personnes.Des enquêtes pénales, notamment par la Cour pénale internationale, sont nécessaires pour garantir que ces crimes ne restent pas impunis.

(Kinshasa) – Le groupe armé M23 et les forces militaires rwandaises ont mené une occupation abusive de la ville d’Uvira, située dans l’est de la République démocratique du Congo, pendant un mois, à partir de décembre 2025, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.

14 mai 2026 « Nous sommes des civils ! »

Le rapport de 26 pages, intitulé « “Nous sommes des civils !” : Meurtres, violences sexuelles et enlèvements commis par le M23 et les forces rwandaises à Uvira, en République démocratique du Congo », documente l’occupation d’Uvira, la deuxième plus grande ville de la province du Sud-Kivu, par le M23 et les forces rwandaises, du 10 décembre 2025, quelques jours seulement après la signature des Accords de Washington négociés par les États-Unis, au 17 janvier 2026, date de leur retrait. Pendant cette période, ces forces ont tiré sur des civils qui fuyaient, exécuté sommairement plus de 50 personnes lors d’opérations de fouille menées de porte à porte, violé au moins huit femmes et fait disparaître de force au moins 12 personnes.

« Après avoir pris le contrôle d’Uvira, les combattants du M23 et les forces rwandaises sont allés de porte en porte pour tuer sommairement des hommes et des garçons et ont commis des viols et des enlèvements », a déclaré Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Human Rights Watch a documenté de nombreux abus horribles, mais n’a peut-être qu’effleuré la surface. Des enquêtes pénales, notamment par la Cour pénale internationale, sont nécessaires pour garantir que ces crimes ne restent pas impunis. »

Ce rapport, issu de la première enquête de terrain sur les exactions commises à Uvira pendant l’occupation du M23 et des forces rwandaises, s’appuie sur plus de 120 entretiens menés en mars et en avril 2026. Human Rights Watch a écrit au gouvernement du Rwanda et à Bertrand Bisimwa, chef du M23, pour leur communiquer les conclusions préliminaires du rapport, mais n’a reçu aucune réponse.

Le 2 mars, le gouvernement des États-Unis a imposé des sanctions à l’armée rwandaise et à ses commandants pour leur rôle dans la prise et l’occupation d’Uvira.

Le M23, initialement formé en 2012 en tant que mouvement de rébellion contre le gouvernement congolais, a refait surface fin 2021 avec le soutien du Rwanda. Depuis lors, les combats entre d’une part le M23 et les forces rwandaises et d’autre part les forces armées congolaises et leurs alliés, y compris les milices responsables d’abus connues sous le nom de « Wazalendo », ont déplacé des centaines de milliers de personnes dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, dans l’est de la RD Congo. Les parties belligérantes ont commis des meurtres illégaux et des viols, et sont également responsables de recrutement et de travail forcés.

Lors de la prise de contrôle d’Uvira, le M23 et les forces rwandaises ont tiré à plusieurs reprises sur des civils, les tuant et les blessant, y compris ceux qui tentaient de fuir pour se mettre en sécurité. Un homme qui a tenté de fuir avec des membres de sa famille a vu quatre d’entre eux se faire tirer dessus alors qu’ils tentaient de quitter la ville le 10 décembre. « C’était le chaos », a-t-il déclaré. « Nous avions de petits sacs que nous avons jetés et nous avons couru. Je n’ai pas été touché, alors j’ai simplement couru vers le lac. J’ai vu mon frère, sa femme et deux de ses enfants tomber. »

Une fois qu’elles ont pris le contrôle d’Uvira, le M23 et les forces rwandaises ont commencé à traquer des hommes et des garçons lors d’opérations de porte-à-porte, les accusant d’avoir des liens avec les Wazalendo et en exécutant beaucoup sur-le-champ. Human Rights Watch a documenté les exécutions sommaires de 53 civils par le M23 et les forces rwandaises, la plupart le 10 décembre.

Human Rights Watch a également documenté huit cas de viols de femmes commis par des combattants du M23 et des soldats rwandais à Uvira et dans ses environs. Les survivantes ont évoqué le manque quasi total de services de santé accessibles pendant l’occupation, en particulier l’absence de traitement prophylactique post-exposition (PEP) en temps voulu pour prévenir la contamination par le VIH, ainsi que de soins adéquats pour les blessures et infections résultant de violences sexuelles.

Le M23 a également enrôlé des civils de force dans ses rangs pendant l’occupation d’Uvira. Dans au moins 12 cas documentés, on ignore toujours où ces civils se trouvent.

Les autorités congolaises et rwandaises, avec le soutien de la communauté internationale, devraient s’engager à rendre compte, de manière exhaustive, des abus commis par le M23 et les forces militaires rwandaises pendant l’occupation d’Uvira.

Le Rwanda devrait cesser de soutenir le M23 responsable d’abus a déclaré Human Rights Watch. Le gouvernement congolais, en collaboration avec les organismes internationaux, devrait mener des enquêtes rapides, transparentes et impartiales sur les violations graves du droit international humanitaire et relatif aux droits humains commises par les parties au conflit, et veiller à ce que les responsables soient traduits en justice dans le cadre de procès équitables et transparents.

Des fosses communes subsistent dans toute la ville. Le gouvernement congolais devrait faciliter les enquêtes menées par des observateurs indépendants des droits humains et ordonner aux autorités militaires et administratives de leur faciliter l’accès, de protéger les témoins et de préserver toutes les preuves. Les autorités congolaises devraient garantir la protection des civils d’Uvira, notamment en mettant fin à leur soutien aux milices Wazalendo responsables d’abus et en les retirant de la ville.

Les partenaires internationaux de la RD Congo et du Rwanda devraient soutenir la Commission d’enquête indépendante sur la situation des droits de l’homme dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, mandatée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en 2025, afin qu’elle puisse remplir son mandat. Ces gouvernements devraient également sanctionner les commandants rwandais et du M23 ainsi que toute autre personne impliquée dans des violations graves, et réexaminer l’aide et la coopération militaires et sécuritaires avec le Rwanda afin de s’assurer que ce soutien n’alimente pas de nouvelles violations.

« L’occupation d’Uvira a mis en lumière les méthodes abusives utilisées par le M23 et les forces rwandaises », a conclu Philippe Bolopion. « Les victimes ainsi que leurs familles à Uvira demandent la justice et la fin de l’impunité qui alimente ces crimes. Les pays qui soutiennent la RD Congo devraient se mobiliser pour appuyer ces efforts. »

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13.05.2026 à 22:11

CPI : Première audience historique dans l'affaire des atrocités commises en Libye

Human Rights Watch

Click to expand Image Khaled Mohamed Ali El Hishri, lors de comparution devant la Chambre préliminaire I de la Cour pénale internationale, à La Haye (Pays-Bas), le 3 décembre 2025.  © 2025 Cour pénale internationale

(La Haye, 13 mai 2026) – L’audience historique de la Cour pénale internationale (CPI) qui se tiendra prochainement dans l’affaire de Khaled Mohamed Ali El Hishri, soupçonné de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, constitue une avancée attendue depuis longtemps par les victimes de crimes graves en Libye, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Du 19 au 21 mai, les juges de la CPI examineront les preuves à charge contre El Hishri lors d’une audience de « confirmation des charges » visant à déterminer si l’affaire le concernant doit être renvoyée en jugement. El Hishri est la première personne à comparaître devant la CPI pour des atrocités commises en Libye depuis que le Conseil de sécurité des Nations Unies a renvoyé la situation en Libye au Procureur de la CPI en 2011, afin d’enquêter sur les crimes graves commis à la suite du soulèvement dans le pays. Human Rights Watch a publié un document « questions-réponses » (en anglais) concernant la procédure.

« Le fait de voir enfin un suspect comparaître devant la CPI, 15 ans après la fin de la révolution libyenne de 2011, envoie un message fort aux milliers de victimes de crimes graves en Libye, leur indiquant que leur lutte pour la justice n’a pas été oubliée », a déclaré Alice Autin, chercheuse auprès du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « Alors que les atrocités persistent à travers la Libye, les progrès réalisés dans cette affaire devraient inciter les autorités libyennes et la communauté internationale à agir pour mettre fin à l’impunité généralisée qui continue d’alimenter la violence. »

Khaled Mohamed Ali El Hishri est un ancien haut responsable de l’Appareil de dissuasion pour la lutte contre le terrorisme et le crime organisé (al-Radaa), une milice basée à Tripoli affiliée au Conseil présidentiel et anciennement connue sous le nom de Force spéciale de dissuasion. 

Le Bureau du Procureur de la CPI a inculpé El Hishri de 17 chefs d’accusation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, notamment de torture, de viol, de violences sexuelles, de meurtre, d’esclavage et de persécution. Ces accusations portent sur des crimes qui auraient été commis à la tristement célèbre prison de Mitiga, à Tripoli, entre 2014 et 2020, à l’encontre de détenus libyens et non libyens. El Hishri est soupçonné d’avoir directement commis, ordonné et facilité ces crimes grâce à l’autorité qu’il exerçait sur la prison.

Les autorités allemandes ont arrêté El Hishri en juillet 2025 sur la base d’un mandat d’arrêt de la CPI pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité présumés commis à la prison de Mitiga. Elles l’ont remis à la Cour, à La Haye, en décembre 2025. 

Human Rights Watch, d’autres organisations de défense des droits humains et humanitaires ainsi que l’ONU ont documenté les conditions inhumaines qui règnent dans les centres de détention et les prisons à travers la Libye, dont beaucoup sont gérés par des groupes armés abusifs et échappant à tout contrôle, affiliés de manière nominale aux autorités. Les gouvernements libyens successifs et les autorités intérimaires n’ont pas réussi à mettre fin à cette pratique ni à enquêter et à traduire en justice les responsables des graves abus commis dans les centres de détention.

La CPI a émis des mandats d’arrêt publics contre 14 personnes dans le cadre de l’enquête sur la Libye, dont El Hishri. Quatre d’entre elles sont décédées ou ont été tuées depuis, et huit autres sont toujours en fuite. Les juges de la CPI ont déclaré irrecevable devant la Cour l’affaire contre Abdullah al-Senussi, le chef des services de renseignement sous l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. 

L’arrestation et la remise d’El Hishri à la CPI par les autorités allemandes revêtent une importance particulière, car elles démontrent comment les États membres de la CPI peuvent contribuer à la justice rendue par la Cour lorsqu’ils s’acquittent de leur obligation de coopérer avec celle-ci, a déclaré Human Rights Watch.

En janvier 2025, l’Italie, également membre de la CPI, n’a pas remis à la Cour le complice présumé d’El Hishri détenu à la prison de Mitiga, Osama Elmasry Njeem, après l’avoir arrêté. Au lieu de cela, les autorités italiennes l’ont renvoyé en Libye. En octobre 2025, les juges de la CPI ont estimé que l’Italie avait manqué à son obligation de coopérer avec la Cour et, en janvier 2026, ont renvoyé l’affaire devant les pays membres de la Cour pour qu’ils prennent les mesures qui s’imposent.

En vertu de la résolution du Conseil de sécurité qui a renvoyé la situation en Libye au procureur de la CPI et de la décision prise en 2025 par les autorités libyennes d’accepter la compétence de la Cour de 2011 à 2027, la Libye – bien qu’elle ne soit pas membre de la CPI – a une obligation claire de coopérer avec la Cour. Cela inclut l’arrestation et le transfert à la CPI des personnes recherchées par la Cour qui se trouvent sur son territoire. Cependant, la coopération de la Libye avec la Cour est restée jusqu’à présent largement insuffisante. Certaines autorités libyennes se sont opposées par principe au jugement de Libyens hors du territoire libyen et ont remis en cause la nécessité de l’intervention de la CPI dans certaines enquêtes menées dans le pays. 

Les autorités libyennes auraient arrêté au moins deux suspects également recherchés par la CPI pour des crimes graves commis à Tarhuna, sur la base d’enquêtes menées au niveau national. Elles auraient également arrêté Njeem à Tripoli en novembre 2025 et l’auraient placé en détention provisoire.

La CPI est une juridiction de dernier recours et les tribunaux nationaux ont la responsabilité première d’enquêter et de poursuivre les crimes graves commis sur leur territoire. Toutefois, lorsque les enquêtes de la CPI ont déjà abouti à des mandats d’arrêt, les autorités nationales doivent démontrer à la Cour qu’elles jugent les suspects de la CPI pour les mêmes crimes que ceux jugés par la Cour. L’avocat de la défense de Njeem a déposé une requête auprès des juges de la CPI, affirmant qu’une procédure pénale est en cours contre Njeem en Libye et porte essentiellement sur les mêmes faits pour lesquels il est recherché par la CPI. La question est actuellement en instance devant les juges de la CPI. Les autorités libyennes devraient transférer sans délai tous les suspects de la CPI détenus par elles à la Cour de La Haye, a déclaré Human Rights Watch.

Human Rights Watch a constaté que le secteur judiciaire libyen, fragmenté, reste entaché de graves violations des garanties procédurales et de lois contraires aux normes internationales, et que le pouvoir judiciaire n’est ni disposé ni capable d’enquêter de manière sérieuse sur les crimes graves.

« L’audience de confirmation des charges contre El Hishri souligne à quel point il est important que les pays coopèrent avec la CPI », a conclu Alice Autin. « Les futurs progrès en matière de justice pour les crimes graves commis en Libye dépendront de la volonté des autorités libyennes de s’acquitter de leur obligation légale de remettre les autres suspects recherchés par la CPI. » 

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13.05.2026 à 06:01

Le traité de l’OIT devrait protéger tous les travailleurs des plateformes numériques

Human Rights Watch

Click to expand Image Des livreurs transportant des repas ou d’autres produits commandés via des plateformes numériques circulaient à moto à New Delhi, en Inde, au printemps 2026. © 2026 Human Rights Watch

(New York) – Partout dans le monde, les travailleurs des plateformes numériques (« gig workers » en anglais) endurent de longues heures de travail, une rémunération imprévisible et en baisse, ainsi que de graves risques sécuritaires, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport rendu public aujourd’hui. En juin, sous l’égide de l’Organisation internationale du Travail (OIT), des gouvernements participeront à des négociations afin d’élaborer un traité historique portant sur le « travail décent dans l’économie des plateformes » ; ils devraient adopter des normes solides et contraignantes afin de garantir aux travailleurs de ce secteur, partout dans le monde, une rémunération équitable, des conditions de travail sûres et l’accès à une protection sociale.

« Algorithmes d’exploitation » Rapport (en anglais)

Ce rapport multimédia, intitulé « Algorithms of Exploitation : Rights Abuses in the Gig Economy and the Global Fight for Change » (« Algorithmes d’exploitation : Violations des droits dans l’économie des plateformes numériques et les efforts mondiaux visant des réformes »), documente les expériences de travailleurs des plateformes dans neuf pays : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Inde, le Kenya, le Koweït, le Liban, le Mexique, le Pakistan et le Royaume-Uni. Human Rights Watch a constaté que, dans tous les pays étudiés, ces travailleurs perçoivent une rémunération peu enlevée et instable dans des conditions de travail peu sûres, et ne bénéficient que d’une protection faible ou inexistante en cas d’accident du travail ou d’incapacité à travailler.

« Les entreprises gérant des plateformes numériques ont bâti un modèle économique qui contourne les protections du droit du travail et transfère des risques et des coûts aux travailleurs », a déclaré Lena Simet, chercheuse senior sur les questions de pauvreté et d’inégalité à Human Rights Watch. « Les négociations en vue d’un traité de l’OIT constituent le premier effort mondial visant à contraindre les gouvernements à garantir que l’utilisation de ce modèle ne se fasse pas au détriment des droits des travailleurs. »

Human Rights Watch s’est entretenu avec des chauffeurs et des livreurs en Inde, au Kenya, au Liban, au Mexique, au Pakistan et au Royaume-Uni, ainsi qu’avec des migrants de retour dans leurs pays d’origine (Bangladesh et Népal) qui avaient auparavant travaillé en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et au Koweït. L’objectif était de documenter, par des exemples concrets, l’impact humain du travail non réglementé au sein de l’économie des plateformes.

L’OIT estime que la taille du marché des plateformes numériques a presque doublé entre 2016 et 2021 ; selon la Banque mondiale, près de 435 millions de personnes dans le monde en tirent un revenu. Cependant, les protections liées au droit du travail n’ont pas suivi la même évolution.

La convention en cours de négociation devrait combler les lacunes existantes en matière de protection en incluant des garanties essentielles pour tous les travailleurs des plateformes, quel que soit leur statut, a préconisé Human Rights Watch. Étant donné qu’elles classent systématiquement leurs travailleurs comme prestataires indépendants ou travailleurs autonomes, ceux-ci se retrouvent, dans de nombreux pays, exclus des garanties relatives au salaire minimum, à la sécurité sociale et à la sûreté au travail.

Des travailleurs ont fait état de longs horaires, de rémunérations imprévisibles et en baisse, ainsi que de graves risques sécuritaires, souvent en l’absence de sécurité sociale ou de soutien en cas d’accident du travail ou de maladie les empêchant de travailler.

Apraham, chauffeur à Beyrouth, a raconté que ses revenus n’avaient cessé de diminuer depuis 2015, l’empêchant de couvrir ses dépenses quotidiennes ou de cotiser à la sécurité sociale. Après le vol de sa voiture et de son téléphone lors d’une agression violente survenue alors qu’il travaillait pour Uber, il s’est retrouvé sans revenus et a affirmé n’avoir reçu aucun soutien de la part de cette compagnie.

Agnes Mwongera, chauffeuse à Nairobi, a déclaré avoir été agressée par un passager et n’avoir reçu aucune réponse lorsqu’elle a signalé l’agression à son employeur.

Graeme Franes, coursier à vélo assurant des livraisons de repas en Écosse, au Royaume-Uni, a indiqué avoir été incapable de travailler pendant six mois après une agression au cours de laquelle son bras a été fracturé « J’ai dû compter sur mes amis et ma famille », a-t-il confié. « Ce fut une période vraiment difficile. »

En classant les travailleurs de plateformes numériques comme prestataires indépendants, les entreprises parviennent, dans de nombreux pays, à se soustraire aux obligations relatives au salaire minimum, à la sécurité au travail et à la sécurité sociale. Parallèlement, elles exercent un contrôle considérable sur ces travailleurs par le biais d’algorithmes qui déterminent la rémunération, attribuent les tâches et peuvent mener à des suspensions, souvent sans transparence ni possibilité de recours effectif.

Human Rights Watch a précédemment constaté qu’une fois les frais déduits, de nombreux travailleurs des plateformes aux États-Unis gagnent un revenu nettement inférieur à un salaire décent, ou au salaire minimum légal. Des travailleurs d’autres pays ont fait état de dynamiques similaires, leurs revenus étant souvent insuffisants pour couvrir leurs dépenses quotidiennes. Ce modèle d’exploitation permet aux entreprises concernées d’accaparer une part croissante des revenus tout en reportant les coûts sur les travailleurs, contribuant ainsi à des inégalités croissantes sur ce marché du travail.

Human Rights Watch appelle les gouvernements à adopter des normes rigoureuses qui :

Établissent la présomption que des travailleurs sont considérés comme des employés d’une entreprise, dès lors que celle-ci contrôle leurs activités professionnelles, afin d’éviter toute classification erronée de leur statut ;Exigent une rémunération équitable, couvrant l’intégralité du temps de travail effectué, avec des revenus atteignant au moins le seuil du salaire minimum ou du salaire vital ;Garantissent l’accès à la sécurité sociale pour tous les travailleurs, y compris en cas d’accident du travail, de maladie, de chômage ou de vieillesse ;Imposent aux plateformes une transparence quant aux algorithmes utilisés, et dans leur communication aux travailleurs d’informations sur le mode de calcul de leur rémunération, la tarification et l’attribution des tâches et des missions, ainsi que le fonctionnement des programmes d’incitation ;Assurent la responsabilisation des plateformes, notamment en offrant aux travailleurs des voies de recours accessibles pour contester les décisions automatisées, y compris celles entraînant la désactivation de leur compte ;Étendent les protections en matière de santé et de sécurité au travail à l’ensemble des travailleurs des plateformes, y compris la prise de mesures de protection contre la chaleur extrême et d’autres conditions dangereuses ;Garantissent aux travailleurs le droit de se syndiquer et de négocier collectivement, sans crainte de représailles.

Human Rights Watch a contribué au processus de l’OIT en cours en transmettant ses recommandations concernant la réglementation du travail via les plateformes, d’une manière respectueuse des droits humains ; Human Rights Watch a élaboré certaine propositions conjointement avec des organisations de la société civile.

« Les décisions que les gouvernements prendront maintenant façonneront l’avenir des conditions de travail pour des millions de personnes », a conclu Lena Simet. « Ils devraient veiller à ce que le travail via les plateformes numériques soit régi par les principes d’équité salariale, de sécurité et de protection sociale, et non par l’exploitation. »

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