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Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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12.06.2026 à 06:00

Human Rights Watch
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• Les personnes atteintes d’albinisme au Malawi sont confrontées à la discrimination en matière d’embauche, d’éducation et d’accès à la sécurité sociale.

• La crainte de violences, la stigmatisation et le manque d’aménagements sur le lieu de travail entravent leur capacité à travailler dans des conditions sûres et dignes. 

• Le gouvernement devrait mieux mettre en œuvre les dispositifs qui protègent les droits des personnes handicapées et renforcer les conditions d’emploi inclusives.

(Nairobi) – Au Malawi, les personnes atteintes d’albinisme sont confrontées à la discrimination en matière d’emploi, à des obstacles pour accéder à l’éducation et à la protection sociale, ainsi qu’à un climat d’insécurité lié à des mythes néfastes et à de précédentes agressions, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et l’African Albinism Network dans un rapport conjoint. Ce rapport est publié à la veille de la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme, le 13 juin 2026.

Le rapport de 65 pages, intitulé « ‘“I Just Want to Work Without Fear”: Discrimination and Violations of the Right to Work for Persons with Albinism in Malawi » (« “Je voudrais juste travailler sans peur” : Discrimination contre les personnes atteintes d’albinisme au Malawi et violations de leur droit au travail ») expose en quoi la stigmatisation, la discrimination, la crainte de violences et le manque d’aménagements raisonnables portent atteinte aux droits des personnes atteintes d’albinisme au Malawi ; il s’agit notamment de leurs droits au travail, à l’éducation, à la santé et à la sécurité sociale. 

« Les personnes atteintes d’albinisme au Malawi sont privées de l’égalité d’accès au travail, en raison de la discrimination, de la stigmatisation et de la peur », a déclaré Elizabeth Kamundia, directrice de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch. « Le gouvernement a pris d’importantes mesures législatives et politiques ; mais sans mise en œuvre ni financement, beaucoup d’entre elles continueront à subir exclusion, pauvreté et insécurité. »

Margret, une Malawienne âgée de 26 ans, tenant sa fillette Peace (âgée d’un an) dans ses bras. Elle travaille dans des champs, effectuant des récoltes et du désherbage, gagnant entre 5 000 et 6 000 MWK (environ 3 à 4 dollars US) par jour. « Travailler dehors m'expose aux coups de soleil », a-t-elle expliqué. « Mais je n'ai pas le choix, car je dois survivre [et nourrir ma fille]. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Rose, une responsable administrative malawienne âgée de 47 ans, se souvient de sa recherche d’emploi : « Lorsque vous envoyez votre dossier de candidature, ils ignorent que vous êtes atteinte d’albinisme. Mais quand vous vous présentez à l’entretien, les expressions faciales sont frappantes... » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Adson B. et sa mère, Kerina, devant leur maison à Dowa, au Malawi. Après la naissance d'Adson, son père a quitté le foyer et Kerina a dû élever son fils toute seule, enchaînant divers petits emplois pour subvenir à leurs besoins. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Awese, 40 ans, chez elle dans le district de Mangochi au Malawi. Elle a trois enfants et n'est pas mariée. Lors de sa propre enfance, elle a subi la discrimination : « Je me souviens qu'à l'école primaire, un enseignant m'a ordonné de sortir de la classe parce que les personnes atteintes d'albinisme sentent mauvais. Ils m'ont chassée de la classe. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Chinsisi Gama (à droite), une Malawienne atteinte d’albinisme âgé de 30 ans, habitante de Dowa, a déclaré que sa vie s'est améliorée depuis qu'elle est devenue couturière en mai 2025 après avoir reçu une formation professionnelle et une machine à coudre du gouvernement du Malawi. Son précédent travail l’exposait au soleil, potentiellement dangereux en cas d’albinisme : « J’ai dû travailler dans les champs sous le soleil, parce que j’avais des enfants à nourrir et que je n’avais pas le choix. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch David Issa, un Malawien atteint d’albinisme âgé de 50 ans, habitant du district de Mangochi. Son témoignage : « Le plus grand défi pour trouver du travail réside dans la manière dont je suis perçu par les employeurs potentiels, qui craignent d'être tenus pour responsables si je venais à être enlevé ou blessé. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Jawadu London, 40 ans, habite à Mangochi au Malawi. Il travaille dans un stand de cuisine de rue, en attendant de réaliser son rêve, qui serait de travailler dans le secteur de l’habillement. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Rabecca Pengani, 25 ans, est une enseignante dans une école primaire au Malawi. Sa recherche d’emploi a été particulièrement difficile en raison de son albinisme, mais elle a persévéré. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Ian Simbota, défenseur des droits des personnes handicapées au Malawi et ex-président de l'Association des personnes atteintes d'albinisme au Malawi (APAM), photographié dans le magasin de motos où il travaille comme chargé de marketing. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Amido Million dirige un établissement d’enseignement secondaire privé dans le district de Mchinji, au Malawi. Son propre parcours l’incite à penser que la situation s’améliore progressivement au sein du système éducatif de ce pays pour les personnes atteintes d’albinisme, qu’il s’agisse des élèves ou des enseignants. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Mumderanji S., 25 ans, une habitante de Dedza au Malawi, a expliqué que les personnes atteintes d’albinisme sont confrontées à une forte discrimination : « Nous ne sommes jamais prises en compte » de la même manière que les autre personnes. © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch  Idrisa Yusugu, un homme malawien atteint d’albinisme, et sa femme Margret Ganizani, dans la maison où ils vivent avec leurs trois enfants. Au début, en raison des meurtres occasionnels de personnes atteintes d'albinisme au Malawi, les amis de Margret l'ont exhortée à quitter Idrisa, pour sa propre sécurité. Mais elle a refusé, expliquant : « Je l'aime et je serai avec lui, jusqu'au jour de ma mort » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Patricia J. a été agressée à deux reprises au Malawi en raison de son albinisme. Cela l’affecte toujours : « Je garde des séquelles de ce traumatisme ; je vis toujours dans la crainte d’être agressée à nouveau à tout moment. Je n’arrive pas à me défaire de cette pensée, surtout lorsque je me trouve dans un endroit inconnu. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch En 2023, Maureen Kamatu, 28 ans, a créé son propre kiosque de transfert d'argent par virement mobile à Lilongwe, au Malawi. Au début surtout, elle a été confrontée à des réactions sceptiques d’habitants du quartier, en raison de son albinisme.” © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch Lazarus K., un homme malawien âgé de 38 ans atteint d’albinisme, à Dowa. Son témoignage : « Je crains le risque d’un enlèvement, même si cette situation s’est améliorée. Les personnes non atteintes d’albinisme continuent de nous regarder de haut, et beaucoup nous considèrent comme des personnes sacrifiables et inférieures. Nous ne sommes pas invités à participer aux processus communautaires. » © 2025 Samer Muscati/Human Rights Watch

Entre octobre 2025 et avril 2026, les deux organisations ont mené des entretiens avec 96 personnes dont 80 personnes atteintes d’albinisme, dans neuf districts différents du Malawi. Les chercheurs ont également consulté les législations et politiques nationales ainsi que des rapports, notamment des Nations Unies et de la Banque mondiale. Les deux organisations ont présenté en mai leurs conclusions et recommandations préliminaires à des responsables du gouvernement et à d’autres parties prenantes.

Au Malawi, on estime que 134 600 personnes sont atteintes d’albinisme, affection génétique caractérisée par une réduction ou une absence de production de mélanine, qui entraîne souvent des problèmes de vue et une extrême sensibilité aux radiations ultraviolettes. Dans toute l’Afrique subsaharienne, les personnes atteintes d’albinisme ont un risque de cancer de la peau nettement accru. Au Malawi et dans d’autres pays de la région, des mythes et croyances délétères au sujet de l’albinisme alimentent des meurtres, des enlèvements, des violences sexuelles et des profanations de sépultures.

Même si moins d’agressions à l’encontre de personnes atteintes d’albinisme ont été rapportées ces dernières années, les violences du passé continuent d’imprégner leur quotidien. De nombreuses personnes interrogées ont témoigné qu’elles limitaient leurs déplacements et qu’elles évitaient les zones isolées ou certaines opportunités de travail – surtout celles qui exigent de voyager ou de travailler dans des conditions isolées – parce qu’elles avaient peur. Dans certaines communautés, les personnes atteintes d’albinisme sont surnommées « argent », en raison de l’idée que leurs organes peuvent être vendus de façon lucrative. Les personnes interrogées ont décrit des insultes et harcèlements routiniers dans les espaces publics, lieux de travail et marchés.

« Lorsque vous envoyez votre candidature, ils ne savent pas que vous êtes albinos », a témoigné Rose M., dont le nom complet n’est pas révélé ici par respect pour sa vie privée. « Lorsque vous vous présentez pour l’entretien, leurs expressions faciales sont très parlantes. Alors que j’entrais dans la salle de réunion, j’ai déjà entendu des cris étouffés de surprise. »

La discrimination commence tôt, ont constaté les chercheurs, même si certains progrès ont été réalisés afin d’améliorer l’inclusivité dans le système scolaire. Les enfants atteints d’albinisme sont victimes de harcèlements et d’environnements scolaires inaccessibles. Même si le Malawi a accentué des mesures telles que la fourniture de documents imprimés en gros caractères pour les examens nationaux, de nombreux élèves manquent de matériel adapté dans leur environnement scolaire de tous les jours. Ces obstacles contribuent à un taux d’abandon scolaire élevé.

À l’âge adulte, de nombreuses personnes atteintes d’albinisme ont rapporté qu’elles subissaient des refus d’embauche lorsque les employeurs voyaient leur apparence, qu’on les excluait des fonctions en contact avec le public, ou qu’on les rejetait parce qu’on supposait qu’elles étaient incapables, fragiles ou qu’elles représentaient un fardeau. Les employeurs leur fournissaient rarement des aménagements raisonnables tels que de la crème solaire, des tenues de protection, des documents imprimés en gros caractères ou des horaires de travail adaptés.

L’ensemble de ces obstacles favorise l’exclusion économique et sociale, ainsi que des taux élevés de pauvreté, chez les personnes atteintes d’albinisme, ce qui affecte aussi bien leur santé que leur éducation ou leur employabilité.

Près de 88 % des habitants du Malawi vivent dans des zones rurales, où les opportunités d’emploi formel sont limitées et où nombre de personnes, y compris celles atteintes d’albinisme, dépendent de l’agriculture de subsistance et du travail informel pour vivre. Or, pour les personnes atteintes d’albinisme, l’exposition prolongée au soleil peut causer de graves lésions cutanées et augmenter les risques de cancer de la peau. Plusieurs personnes interrogées ont expliqué qu’elles continuaient à travailler à l’extérieur, dans des environnements nocifs pour leur santé ou leur sécurité, parce qu’elles n’avaient aucune autre source de revenus.

Les chercheurs ont par ailleurs constaté que nombre de personnes atteintes d’albinisme avaient du mal à accéder aux programmes de sécurité sociale, notamment aux versements d’indemnités et aux subventions agricoles. Certaines ont témoigné que les leaders communautaires les excluaient des programmes d’aide en raison d’idées erronées selon lesquelles ils recevraient déjà une assistance de la part du gouvernement ou d’organisations humanitaires.

Ces constatations sont en accord avec les recherches de la Commission des droits de l’homme du Malawi, des organisations de défense des droits des personnes handicapées et des instances des Nations Unies relatives aux droits humains.

Quant aux femmes et aux filles atteintes d’albinisme, elles font face à une discrimination aggravée liée au genre, au handicap et à l’albinisme. Les personnes concernées ont décrit des risques accrus de violence sexuelle, de harcèlement, d’abandon et de dépendance économique, qui entravent leur participation au monde du travail et à la vie publique.

Le cadre légal du Malawi comprend en théorie des protections solides. La Loi de 2024 relative aux personnes handicapées interdit la discrimination en matière de travail et garantit des aménagements raisonnables, l’égalité des salaires à travail égal ainsi que l’inclusivité des lieux de travail. Le Malawi a adopté en 2025 une nouvelle Politique nationale en matière de handicap prévoit la publication, en ce mois de juin, d’un Plan d’action national renforcé pour les personnes atteintes d’albinisme.

Néanmoins, la mise en application demeure faible. Human Rights Watch et l’African Albinism Network ont constaté que les responsables publics connaissaient peu la loi, que les financements étaient insuffisants, que les décrets d’application manquaient et que les mécanismes de mise en œuvre étaient faibles.

Le gouvernement malawien devrait appliquer pleinement et financer en conséquence le Plan d’action national pour les personnes atteintes d’albinisme, renforcer l’application des protections contre la discrimination, rendre plus accessibles l’éducation inclusive, la formation professionnelle et la protection sociale, et garantir la participation significative de ces personnes dans la prise de décisions.

« Au Malawi, les personnes atteintes d’albinisme ne veulent ni charité ni pitié ; elles demandent simplement des opportunités égales, la sécurité, la dignité et un sentiment d’appartenance, ainsi que la possibilité de travailler sans crainte », a conclu Bonface Massah, directeur exécutif de l’African Albinism Network. « Le gouvernement, les employeurs et les communautés ont tous un rôle à jouer pour démanteler la stigmatisation et veiller à ce que les personnes atteintes d’albinisme puissent prendre pleinement part à la société à l’égal des autres. »

Sélection de témoignages

« Dans la communauté, on m’a traité de tout, y compris de “non-humaine” et de “stupide”, parfois en me demandant : “D’où viens-tu ?” J’ai peur quand je marche au sein de la communauté. S’ils me disent ces horreurs en face, qu’est-ce qu’ils peuvent bien avoir au fond de leur cœur contre moi ? Je ne sais pas ce qu’ils me feront de plus grave un jour. [...] J’ai peur d’être agressée, tabassée, voire tuée. Comme j’ai peur, je ne pars jamais très loin de chez moi. Je me sens anxieuse si je vais plus loin. Je voudrais juste pouvoir travailler sans avoir peur. » 
- Mphatso C., 19 ans, district de Dedza

« Le climat ici est tellement dur pour les albinos, surtout pour les femmes. [Avant de devenir tailleuse,] j'ai dû travailler dans les champs sous le soleil, parce que j’avais des enfants à nourrir et que je n’avais pas le choix. »
- Chinsisi Gama, tailleuse, district de Dowa

« Les gens sont heureux de me contacter lorsqu’ils voient mes réalisations artistiques, sans m’avoir rencontré. Mais à peine m’ont-ils vu [...] qu’ils se mettent à avoir des doutes et à remettre mes compétences en question. »
- Smart Vinti, graphiste, Blantyre

11.06.2026 à 20:15

Human Rights Watch
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Click to expand Image Un homme tenait un ballon de football lors d'une conférence de presse organisée près d’un stade où se joueront des matches de la Coupe du monde à Inglewood, en Californie, le 9 juin 2026. Le message inscrit sur le ballon, « ICE out of the Cup » (« ICE hors de la Coupe ») faisait allusion à l’agence de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE). © 2026 Frederic J. Brown / AFP via Getty Images.

(New York) – Les partenaires et sponsors de la Coupe du monde de la FIFA devraient se joindre aux appels en faveur d'une « trêve de l'ICE », un engagement public des autorités fédérales des États-Unis à s'abstenir de toute opération de contrôle de l'immigration sur tous les sites de matches et d’événements liés au tournoi, ont déclaré aujourd'hui Human Rights Watch et la Sport & Rights Alliance.

La Coupe du monde 2026, qui a débuté le 11 juin aux États-Unis, au Canada et au Mexique, s’est ouverte dans un contexte derépression brutale de l’immigration par l’administration du Président américain Donald Trump. En mai et juin, des organisations de défense des droits humains, des groupes de supporters et des syndicats ont écrit à 19 sociétés les exhortant à inciter la FIFA et le gouvernement des États-Unis à soutenir une « trêve de l’ICE » (« ICE Truce ») comme première pas vers la fin des pratiques abusives de détention et d'expulsion aux États-Unis et afin d'atténuer les risques que les politiques d'immigration du gouvernement américain font peser sur les supporters, les travailleurs et les communautés locales.

« Les sponsors de la FIFA versent collectivement des milliards de dollars parce qu'ils veulent être associés au « beau jeu », et non à la répression cruelle du gouvernement des États-Unis en matière d'immigration », a déclaré Minky Worden, directrice des Initiatives mondiales au sein de Human Rights Watch. « Les sponsors et partenaires de la Coupe du monde devraient appeler à une trêve de l'ICE comme meilleur moyen de garantir que le tournoi ne soit pas terni par les politiques d'immigration abusives de l'administration Trump. »

Six entreprises — Adidas, Coca-Cola, Lenovo, McDonald’s, Unilever et Visa — ont répondu en évoquant un dialogue régulier avec la FIFA sur les droits humains, sans toutefois commenter directement leur soutien à une « trêve de l’ICE ». Les autres sponsors et partenaires de la FIFA — AB InBev, Aramco, Betano, Bank of America, DoorDash, Globant, Hisense, Lay’s, Hyundai, Mengniu, Qatar Airways, Valvoline et Verizon — n’ont pas répondu.

Les opérations de l’agence américaine de l’Immigration et des douanes (ICE) ont visé des communautés à travers les États-Unis, pays qui accueillera la majeure partie des matchs de la Coupe du monde. Les agents de l'immigration ont procédé à des détentions arbitraires et violentes, ciblant souvent les personnes de couleur et terrorisant les communautés immigrées. Des agents fédéraux de l'immigration ont illégalement tué deux citoyens américains, tandis que 19 personnes sont déjà décédées en détention administrative en 2026.

Parmi les organisations ayant écrit aux sponsors et partenaires de la FIFA figurent Human Rights Watch, la Sport & Rights Alliance, Amnesty International, Building and Wood Workers’ International (BWI), Equidem, Football Supporters Europe, FairPlay, ILGA World, OpenStadiums, Reporters sans frontières et Transparency International.

Les six entreprises ayant répondu ont indiqué avoir échangé avec la FIFA au sujet des questions de droits humains liées à la Coupe du monde. Coca-Cola, par exemple, a déclaré « dialoguer avec la FIFA lors de réunions de travail entre sponsors, en contribuant aux discussions sur les évaluations des droits humains, les processus de diligence raisonnable et la mise en œuvre du Cadre de la FIFA relatif aux droits humains pour la Coupe du monde 2026 ». McDonald’s a affirmé « échanger régulièrement avec la FIFA et les parties prenantes concernées sur les risques en matière de droits humains associés à ses tournois [...] et partager la volonté de faire de la Coupe du monde 2026 une expérience sûre, inclusive et respectueuse pour tous les supporters, travailleurs, joueurs et communautés ».

La FIFA, cependant, n’a jusqu’à présent fait que très peu pour remédier aux risques posés par les politiques d’immigration cruelles de l’administration Trump. En décembre 2025, l’instance dirigeante du football a décerné à Trump le « Prix de la paix de la FIFA », saluant son « engagement indéfectible en faveur de la paix et de l’unité dans le monde ». Aucun des plans d’action élaborés par les villes hôtes américaines pour le tournoi — un élément clé du Cadre de la FIFA relatif aux droits humains pour la Coupe du monde 2026 — n’aborde explicitement les risques que les opérations migratoires abusives du gouvernement américain font peser sur les communautés.

Des organisations de défense des droits des immigrants et des organisations communautaires apportent leur soutien aux communautés immigrées pendant la Coupe du monde. Deux sponsors de la FIFA, Coca-Cola et Visa, ont mentionné dans leurs réponses le soutien qu’ils apportent au Centre for Sport and Human Rights (Centre pour le sport et les droits humains), une organisation non gouvernementale ayant élaboré un guide destiné aux supporters et aux communautés (« World Cup Fan + Community Guide ») afin d’aider les supporters à comprendre leurs droits pendant le tournoi.

Certains partenaires de la FIFA ont affirmé n'avoir qu'une responsabilité ou un contrôle limités concernant les questions de droits humains liées à la Coupe du monde. Lenovo, par exemple, a déclaré : « Le rôle de Lenovo dans le cadre des tournois de la FIFA est celui d'un partenaire technologique. Les questions relatives à la gouvernance du tournoi, à l'organisation de l'événement, aux dispositifs de sécurité, aux politiques gouvernementales, à l'application des lois sur l'immigration et aux engagements en matière de droits humains associés au tournoi relèvent de la responsabilité de la FIFA et des autorités compétentes des pays hôtes. » Adidas a affirmé : « En tant que sponsor, Adidas n'intervient ni dans le choix des pays hôtes de la Coupe du monde de la FIFA, ni dans la définition des accords conclus entre les gouvernements et les pays hôtes. Ces responsabilités incombent à la FIFA ».

« Les sponsors et partenaires de la Coupe du monde font fausse route s’ils pensent que la FIFA plaidera seule, auprès de l’administration Trump, en faveur de politiques migratoires respectueuses des droits », a conclu Andrea Florence, directrice exécutive de la Sport & Rights Alliance. « Les entreprises ont une réelle opportunité de faire pression sur la FIFA pour qu’elle réclame une trêve de l’ICE et protège les supporters ainsi que les travailleurs tout au long du tournoi. »

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11.06.2026 à 06:00

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des agents de santé vêtus de tenues de protection marchaient à l'extérieur de l'Hôpital général de référence de Mongbwalu, dans la province de l’Ituri dans l’est de la République démocratique du Congo, le 21 mai 2026 ; cette région a été particulièrement touchée par la propagation de l'épidémie d'Ebola. © 2026 Michel Lunanga/Getty Images Le gouvernement congolais et ses partenaires internationaux devraient donner la priorité à l’implication des communautés et limiter le rôle des forces de sécurité dans sa réponse à l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo.Le gouvernement et ses partenaires devraient surmonter des années de conflit, d’abus et de négligence qui ont mis à rude épreuve les systèmes de santé, érodé la confiance des citoyens et risquent de compliquer la réponse à Ebola.Les pays donateurs et les organisations internationales devraient réagir de toute urgence à l'épidémie, et veiller à ce que les fonds soient dépensés de manière efficace et responsable.

(Kinshasa, le 11 juin 2026) – Le gouvernement de la République démocratique du Congo et ses partenaires internationaux devraient donner la priorité à l’engagement communautaire et limiter le rôle des forces de sécurité dans la lutte contre la flambée épidémique de la maladie à virus Ebola dans l’est du pays, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

« Le gouvernement congolais et ses partenaires devraient surmonter les années de conflit, de violence et d’abandon qui ont affaibli les systèmes de santé et érodé la confiance des citoyens, et qui risquent de compliquer la réaction face à Ebola », a déclaré Ida Sawyer, directrice de la division Crises et conflits à Human Rights Watch. « Cela implique de prendre toutes les mesures nécessaires pour minimiser le rôle des forces de sécurité et dialoguer étroitement avec les communautés affectées. »

En mai et juin 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf travailleurs humanitaires et experts en santé publique impliqués dans la lutte contre les épidémies d'Ebola actuelle et passées.

Le 17 mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié l’épidémie d’Ebola d’« urgence de santé publique de portée internationale ». L’ébolavirus de Bundibugyo, une souche pour laquelle on ne dispose d’aucun vaccin ni traitement approuvé et qui est fatale dans près de 50 % des cas, s’est propagé depuis des mois sans être détecté. Le démantèlement par l’administration Trump de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) en 2025, venant s’ajouter à des années de sous-financement des interventions humanitaires dans l’est de la RD Congo, ont pu contribuer à la lenteur de la détection du virus et des systèmes d’intervention rapide.

À la date du 6 juin, l’OMS comptait 515 cas confirmés en RD Congo, dont 91 décès, ainsi que 19 cas confirmés et deux décès dans l’Ouganda voisin.

Le virus Ebola se propage par contact avec les fluides corporels et cause de la fièvre, de graves céphalées, des douleurs musculaires, des vomissements, de la diarrhée, des hémorragies, puis la mort. Les femmes présentent un risque d’exposition disproportionné en raison de leur rôle plus fréquent de soignantes dans le cadre familial ou professionnel. La toilette mortuaire rituelle précédant l’enterrement peut contribuer à la contamination et exige une communication en matière de santé publique soigneusement conçue et culturellement adaptée permettant de sensibiliser aux pratiques. Les équipements de protection individuelle inadéquats font courir des risques aux soignants et favorisent la transmission du virus.

L’épidémie de 2018-20 avait tué 2 299 personnes. Les hostilités avaient empêché la surveillance, le suivi et le traitement efficaces de la maladie – autant d’actions cruciales pour lutter contre ce type de flambée épidémique – et créé ce que l’OMS a qualifié de « tempête parfaite ». 

Lors de l’épidémie de 2018-20, l’implication des forces de sécurité congolaises avait entravé l’intervention sanitaire, politisé les soins et aggravé la méfiance au sein des communautés affectées, a déclaré Human Rights Watch. Des groupes armés avaient également tiré profit de l’afflux de financements en montant ce que les communautés locales décrivaient comme « le business Ebola ». Le Groupe d’étude sur le Congo, une organisation indépendante, a rapporté en 2021 que des belligérants exploitaient l’épidémie à des fins lucratives, créant des intérêts incitant à entraver l’intervention sanitaire.

L’épidémie actuelle est concentrée dans la province de l’Ituri, où les déplacements de masse et un système de santé dégradé par des années de conflit ont créé des conditions de risque élevé de propagation rapide d’Ebola. Or des groupes armés et les forces de sécurité de l’État avaient déjà  ciblé des hôpitaux, des cliniques et du personnel de santé, ainsi que pillé du matériel médical. Un rapport publié en mai 2026 par la Coalition pour la sauvegarde de la santé lors des conflits (SHCC), un regroupement international d’organisations non gouvernementales et universitaires, a constaté qu’en 2025 il y avait eu 325 attaques contre des services de santé de la RD Congo – essentiellement dans l’est –, soit près de trois fois plus qu’en 2024.

En mai, des organisations humanitaires présentes dans l’Ituri ont averti qu’une insécurité persistante gênait la distribution de l’aide et l’apport de services médicaux. Le fait que des habitants aient attaqué des centres de soin dédiés à Ebola dans les villes de Rwampara et de Mongbwalu, dans l’Ituri, les 21 et 22 mai, illustre la méfiance des populations locales vis-à-vis de l’intervention de santé publique.

À plusieurs reprises, des groupes armés se sont impunément livrés à des massacres de civils et à d’autres violences dans l’Ituri. Dans le contexte d’un conflit intercommunautaire autour des terres et des ressources, la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO) a attaqué des civils, surtout issus du groupe ethnique hema. À peine quelques semaines avant l’annonce de l’épidémie, il a été rapporté que les forces de la CODECO avaient tué 50 civils près de Pimbo, dans le territoire de Djugu, dans l’Ituri. Début 2026, les Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l’État islamique, ont elles aussi tué de nombreux civils, dont près de 60 personnes dans le sud de l’Ituri.

Les forces armées congolaises ont aussi été responsables de graves abus, que Human Rights Watch a documentés. Aussi bien le Groupe d’experts de l’ONU que le Service international d’informations pour la paix (IPIS) ont rapporté que le gouvernement congolais était impliqué dans des trafics d’or dans la région, en collaboration avec des groupes armés. 

La nécessité urgente de financements accrus et d’autres formes d’assistance – personnel formé, matériel médical et capacité de dépistage augmentée – devrait intégrer la transparence en matière d’attribution et de distribution des ressources ainsi qu’une communication efficace avec les communautés affectées. Il est important que la mission de maintien de la paix en RD Congo (MONUSCO) continue d’assurer son rôle de protection des civils, et que l’OMS coordonne étroitement ses activités avec cette mission.

L’étude des épidémies passées a démontré que l’engagement communautaire et les mesures de soutien social telles que l’aide alimentaire et les soins à domicile peuvent être plus efficaces que des mesures coercitives de confinement et peuvent contribuer à bâtir la confiance nécessaire à une réponse efficace. En novembre 2025, des niveaux alarmants de malnutrition aigüe ont été enregistrés dans des régions de l’Ituri et du Nord-Kivu, et près de 25 millions de personnes faisait face à un niveau élevé d’insécurité alimentaire entre septembre et décembre 2025, sachant qu’une aggravation des conditions était attendue en 2026. Or les gens sont plus susceptibles de se mettre en quarantaine volontaire s’ils ont de quoi se nourrir correctement. Lorsque les centres de traitement ne peuvent pas fournir des repas basiques, les familles risquent l’exposition en apportant des vivres elles-mêmes.

Le 28 mai, le gouvernement des États-Unis a annoncé une aide d’urgence à la RD Congo de 112 millions USD, mais cette somme est versée dans un système qui a été démantelé ces dernières années par des restrictions des budgets de l’aide humanitaire de la part de divers donateurs. Entre 2024 et 202, le gouvernement américain a réduit de plus de moitié l’aide aux interventions d’urgence en RD Congo, passée de 805 à 373 millions USD. Un médecin local a expliqué à Physicians for Human Rights qu’on « ne pouvait plus mener à bien la surveillance épidémiologique en raison de l’arrêt des financements d’USAID ». Un ancien haut responsable d’USAID, qui supervisait les interventions de l’agence lors d’épidémies précédentes de maladies infectieuses, a expliqué qu’autrefois « USAID investissait afin de garantir qu’on ait le personnel, la logistique et le soutien opérationnel prêts à être activés, en cas d’épidémie. Ces investissements ont été supprimés, donc les systèmes n’étaient plus en mesure d’être activés. »

Grace Tran, qui travaillait avec l’USAID sur les réponses à l’Ebola lors de l’épidémie de 2018, a expliqué que les coupes budgétaires avaient éliminé nombre de programmes de sensibilisation communautaire, essentiels dans un contexte de conflit : « Une grande partie de la confiance que nous avions établie a disparu. »

Le retrait des États-Unis de l’OMS, en janvier, a aggravé la situation en éliminant le partage de données en temps réel et en forçant l’OMS à réduire son équipe de près d’un quart. Les États-Unis étaient absents de l’Assemblée mondiale de la santé, à Genève en mai, où les dirigeants mondiaux ont discuté d’une réaction internationale face à l’épidémie. Commentant le retrait de l’OMS, un ancien haut responsable d’USAID a déclaré à Human Rights Watch : « Le manque de coordination cause des décès.Et notre incapacité à coordonner une réponse tue des gens. »

« La flambée d’Ebola dans une région ravagée par des atrocités et des années de négligence, aggravée par des fortes réductions des financements alloués à la santé mondiale, a créé une catastrophe humanitaire », a conclu Ida Sawyer. « Les pays donateurs et les organisations internationales devraient réagir d’urgence à cette épidémie, tout en s’assurant que les fonds alloués soient dépensés de manière efficace et transparente. »

Informations complémentaires

Violences intercommunautaires dans l’Ituri et abus commis par les belligérants

L’Ituri a connu des cycles de violences intercommunautaires entre des groupes armés prétendant représenter les intérêts des différentes communautés et les forces du gouvernement. Les conflits sont favorisés par les tensions anciennes autour des terres, la compétition pour les ressources naturelles, la mauvaise gouvernance ainsi que l’intervention de l’étranger.

En novembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 119 personnes sur les conflits armés dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Parmi elles se trouvaient des survivant·e·s de tueries, de violences sexuelles et de déplacements forcés, ainsi que des témoins des abus, des responsables de l’État et de l’armée et des représentants d’organisations humanitaires.

Le cycle de violences le plus récent a démarré en 2017, lorsque le meurtre supposé d’un prêtre éminent de la communauté lendu a débouché sur des accusations selon lesquelles une autre communauté, les Hema, tentaient de tuer les leaders lendu. Un groupe affirmant représenter les Lendu, la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO), a initié la plupart des violences qui se sont ensuivies. Une série d’attaques et de représailles entre les communautés lendu et hema ont entraîné la constitution par les Hema d’un « groupe d’autodéfense » appelé Zaïre, qui a attaqué les forces de l’État, d’autres groupes armés et des civils lendu.

En janvier 2025, Thomas Lubanga a mis en place un groupe armé appelé Convention pour la révolution populaire (CRP) en Ouganda. Lubanga avait déjà dirigé un groupe armé majoritairement hema qui fut responsable de graves abus entre 2001 et son arrestation en 2006. En 2012, Lubanga a été reconnu coupable par la Cour pénale internationale d’avoir recruté et employé des enfants soldats, avant d’être remis en liberté en 2020. Même si la CRP prétend représenter tous les habitants de l’Ituri, l’introduction de ce groupe armé dirigé par des Hema et fondé en Ouganda a nettement accentué les tensions dans l’Ituri.

Le 9 février 2025, des combattants de la CODECO ont attaqué un camp de personnes déplacées à Djaiba, tuant une femme et en blessant dix autres. La nuit suivante, des combattants de la CODECO ont attaqué le village de Lindo et les villages aux alentours, tuant au moins 48 personnes. Des témoins ont déclaré à Human Rights Watch, et le Groupe d’experts des Nations Unies sur la République démocratique du Congo a rapporté, que des combattants de la CODECO avaient tué plus de 80 civils dans les villages voisins du camp de Djaiba entre le 9 et le 11 février.

Un témoin a déclaré :

« Nous étions dans la maison lorsqu’ils sont arrivés. Nous avons entendu des gens en train d’essayer de casser la porte de nos voisins. Notre porte est solide – ils n’ont pas réussi à la casser, mais ils ont essayé. J’étais dans la maison avec à peu près 13 personnes. Tout le monde s’était enfui du site [de Djaiba] pour trouver refuge. Nous avons pu rester là jusqu’au matin. Mais tous nos voisins ont été tués [...]. Nous avons entendu les cris de ceux qui ont été brûlés dans les incendies. En quittant la maison le matin, nous avons vu les corps des autres. Puis nous nous sommes enfuis dans la campagne. »

Une femme a déclaré que les combattants de la CODECO avaient tué cinq de ses six enfants. Ils ont fracassé la porte de la maison où résidait la famille. Elle et d’autres habitants se sont précipités dans la chambre pour s’y barricader. Les combattants de la CODECO ont tiré et tué deux de ses fils, de 6 et 8 ans, ainsi que sa fille de 15 ans, a-t-elle témoigné. Ils ont donné des coups de machette à ses trois plus jeunes enfants, tuant son bébé de six mois et sa fille de 4 ans. Son seul enfant, un garçon de 3 ans, a été gravement blessé.

D’après cette femme, son fils est toujours traumatisé. « Chaque fois que je prépare à manger et que j’appelle [mon fils], il refuse », a-t-elle témoigné plus de neuf mois après les attaques. « Il dit : ‘Si tu veux que je mange, appelle d’abord mes frères, que je mange avec eux.’ […] Je ne peux pas quitter la maison pour chercher du travail. Chaque fois que je m’en vais, mes voisins me disent qu’il pleure toute la journée et qu’il refuse de manger quoi que ce soit. »

L’attaque de la CODECO semble avoir été menée en représailles d’une attaque du village d’Arr par des miliciens de Zaïre le 8 février. Les miliciens avaient incendié des domiciles et tué cinq civils, dont deux enfants, a affirmé un leader local, ce que l’ONU a également rapporté.

D’autres attaques ont eu lieu à Pimbo, une commune voisine, le 28 avril. Des sources locales ont déclaré que la CRP avait attaqué un camp de l’armée congolaise à Pimbo, tuant une quinzaine de personnes, dont deux femmes qui vivaient dans le camp avec leurs maris. À peu près à la même période, les forces de la CRP et de la CODECO se sont affrontées et la MONUSCO a évacué 191 civils. D’après Al Jazeera, 50 civils ont été tués durant ces combats. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de corroborer le nombre de victimes de façon indépendante.

Abus commis par les Forces démocratiques alliées 

Les ADF sont issues d’une rébellion islamiste en Ouganda qui a été repoussée en 1995 vers le nord-est de la RD Congo par l’armée ougandaise. En 2015, le dirigeant du groupe, Jamil Mukulu, a été arrêté en Tanzanie, et son successeur, Musa Baluku, a fait allégeance à l’État islamique (dit Daech) en 2017. L’État islamique a revendiqué les attaques menées par les ADF et leur fournit des financements. Sous la direction de Baluku, les attaques contre les civils se sont faites plus nombreuses.

D’après des sources de l’armée et des Nations Unies, ainsi que des témoins, un groupe des ADF, mené par un ressortissant tanzanien, Ahmad Mahmood Hassan, alias Abuwakasi, a été responsable de deux massacres, commis fin 2025 dans le nord-est de la RD Congo, qui ont tué une centaine de civils.

Le 8 septembre, les ADF ont tué au moins 70 personnes dans le village de Ntoyo de la province du Nord-Kivu. Les combattants ont brûlé véhicules et maisons et tué des civils. Une habitante de 35 ans a déclaré qu’elle était à la veillée funèbre de son beau-frère lorsque les combats ont commencé :

« Ils sont entrés dans la maison, en amenant des gens à l’intérieur. Je me suis enfuie, mais au moment où je sortais, certains d’entre eux m’ont attrapée et m’ont ligoté les mains. [...] Je me suis aperçu que les gens à l’intérieur de la maison étaient en train de se faire tuer. [...] Il y avait des tirs d’armes à feu. Un des bandits m’a dit : ‘Mama, tu as de la chance, je vais te libérer.’  Dès qu’ils m’ont détachée, je me suis enfuie vers la vallée, où j’ai passé la nuit. »

Lorsqu’elle est revenue le lendemain matin, elle a trouvé des dizaines de corps. Certains, notamment sa mère de 85 ans et son frère de 40 ans, semblaient avoir été tués à coups de marteau. D’autres avaient été abattus par balles ou tués à coups de machettes. Les ADF avaient mis le feu à la maison, en brûlant peut-être des gens encore vivants, a-t-elle estimé. Elle est la seule survivante de sa famille.

Des témoins ont affirmé que l’armée congolaise n’est pas arrivée à Ntoyo jusqu’à ce que le massacre soit terminé, ce qu’a confirmé un porte-parole de l’armée, Lt Marc Elongo.

La nuit du 14 novembre, les ADF ont attaqué le village de Biambwe, à 30 kilomètres à l’est de Ntoyo, également dans le Nord-Kivu. Deux témoins ont déclaré que les combattants avaient tué 28 civils, dont 17 dans un centre de santé géré par une église catholique. Une infirmière a témoigné que les ADF avaient attaqué la maternité, tuant des mères qui venaient juste d’accoucher. « Nous avons entendu des coups sur les portes et les femmes se sont mises à crier dans la maternité. Nous avons ouvert la porte [de la salle du personnel] et une femme enceinte est arrivée pour nous dire qu’il y avait des intrus en train de tuer les gens dans la maternité. »

Ces dernières années, les ADF ont enlevé des centaines de femmes et de filles, les forçant souvent à ‘épouser’ des combattants des ADF et les réduisant à l’état d’esclaves sexuelles. Certaines ont pu s’échapper après avoir été captives pendant des mois ou des années, tandis que d’autres sont toujours privées de liberté par le groupe armé.

Human Rights Watch a interrogé six femmes qui avaient été détenues pendant jusqu’à quatre ans dans les camps des ADF. La plupart avaient été enlevées à l’occasion d’attaques contre leur village ou leur exploitation agricole, pendant lesquelles les combattants avaient tué les hommes de leur famille, parfois en leur présence. Une femme de 18 ans a raconté : 

« Dans les camps, s’ils se rendent compte que tu veux t’échapper, tu es exécutée. Lorsqu’ils tuent quelqu’un, ils appellent tout le monde pour y assister. Je les ai vus tuer une femme d’une vingtaine d’années. Ils l’ont décapitée avec une machette, puis ont jeté le corps dans la rivière. »

Une autre femme a témoigné que les ADF l’avaient enlevée à l’âge de 14 ans. Les ADF avaient attaqué son village dans le territoire de Beni, dans le Nord-Kivu, tué son beau-frère devant elle, puis l’avaient enlevée, en même temps que sa belle-sœur. Ils l’ont retenue captive pendant quatre ans. Elle a été forcée d’« épouser » un combattant congolais : 

« Pendant ces quatre années, j’ai vécu une vie de pure souffrance. Le mari qu’ils m’avaient donné avait été recruté par les ADF. Ils ont dit qu’ils avaient du travail pour lui, mais lorsque nous sommes arrivés, nous avons compris que son travail, c’était de tuer des gens. Il avait des attentes à mon égard ; il voulait que je porte son enfant. Un jour, alors que nous étions au lit, il a dit qu’il allait me tuer parce qu’il voulait faire un enfant avec moi et que je ne tombais pas enceinte. »

Elle s’est échappée en se glissant hors du camp la nuit, pendant que l’homme dormait. Elle a marché pendant cinq jours jusqu’à ce que des gens l’amènent à l’hôpital de Beni, où elle a reçu des soins et un soutien psychologique.

Violations commises par les forces de l’État congolais 

Les groupes armés se sont servis du vide sécuritaire dans le nord-est de la RD Congo pour commettre des abus généralisés envers la population civiles, alors que l’armée congolaise redéployait beaucoup de ses forces pour combattre le groupe armé M23 soutenu par le Rwanda. 

Les forces armées congolaises demeurant dans le nord-est représentent souvent une menace pour les civils qu’elles ont la responsabilité de protéger. En 2025, Human Rights Watch a documenté les violences sexuelles commises par des militaires dans le nord-est de la RD Congo, en interrogeant des survivantes, notamment une fille de 17 ans qui témoignait que quatre soldats l’avaient gravement battue et violée en avril 2025 dans le territoire de Djugu : « Ils ont dit que si je ne voulais pas coucher avec eux, ils me tueraient. Certains m’ont entravé les bras. Ils m’ont battue, ils avaient des bâtons. Ils m’ont frappée avec les bâtons et avec leurs mains. » 

Les soldats congolais ont par ailleurs fréquemment vendu des armes et se sont livrés dans des activités commerciales illicites comme le trafic d’or, souvent en collaboration avec des groupes armés. Un rapport de 2025 du Groupe d’experts de l’ONU a souligné que début 2025, presque toutes les mines d’or de l’Ituri étaient contrôlées par la CODECO et la milice Zaïre. Pendant les six mois suivants, la CODECO a délogé les forces de Zaïre de zones importantes d’extraction de l’or. Un rapport de l’ONU de 2025, ainsi que deux mineurs d’or interrogés par Human Rights Watch, ont affirmé que la majorité de cet or était exporté vers l’Ouganda et le Rwanda.

Réaction internationale

Des coupes budgétaires affectant la mission de maintien de la paix des Nations Unies, la MONUSCO, ont gêné les efforts de protection des civils. En 2023, le président de la RD Congo, Félix Tshisekedi, a ordonné à la MONUSCO d’accélérer un retrait planifié du pays. Même si la MONUSCO s’est effectivement retirée du Sud-Kivu, le retrait a été reconfiguré en une approche plus lente et par étapes, en raison des craintes d’un vide sécuritaire et du conflit avec le groupe armé M23. Cependant, de nouvelles restrictions du financement des Nations Unies ont forcé la mission à fermer des bases d’opération et à redéployer ses troupes, notamment dans la province de l’Ituri.

Les responsables de graves crimes internationaux sont rarement traduits en justice, tandis que les efforts de justice nationaux font face à de graves difficultés, notamment des ressources et des capacités insuffisantes, la corruption, ainsi qu’un manque de volonté politique, surtout concernant les abus impliquant de hauts responsables. Les efforts internationaux visant à lutte contre l’impunité en RD Congo, tels que les entités mises en place par les Nations Unies, la Mission d’établissement des faits du HCDH sur la situation dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu en République démocratique du Congo et la Commission d’enquête indépendante sur la situation des droits de l’homme dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu en République démocratique du Congo, n’incluent pas ma province de l’Ituri. Quant à l’enquête de la Cour pénale internationale concernant la RD Congo, elle met actuellement l’accent sur le Nord-Kivu. De même, les pourparlers de paix menés à Washington, à Doha et à Lomé se sont concentrés presque exclusivement sur le conflit avec le M23 et sur les relations entre RD Congo et Rwanda.

Recommandations 

La République démocratique du Congo devrait :

Veiller à ce que les restrictions aux droits humains décidées au nom de la santé publique ou d’une urgence nationale respectent les critères de légalité, de nécessité prouvée et de proportionnalité.Enquêter rapidement, de façon transparente et impartiale sur les violations présumées des droits humains et du droit international humanitaire commises par toutes les forces armées et les groupes armés et garantir que les responsables des abus soient forcés à répondre de leurs actes de façon appropriée.Adopter des mesures pour renforcer le système judiciaire du pays, comprenant un mécanisme de justice internationalisé afin de juger les crimes de guerre. 

Le gouvernement de la RD Congo et ses partenaires internationaux devraient :

Exiger la transparence de la réception et de l’utilisation des financements étrangers et des autres aides.Veiller à ce que la lutte contre Ebola se fonde sur un dialogue avec les communautés affectées, plutôt que sur l’imposition de l’armée, notamment en :s’engageant activement avec les chefs coutumiers les leaders de la société civile ; consultant les communautés affectées ;lutter contre la peur et la désinformation en répondant aux inquiétudes des communautés et en réalisant des campagnes d’information publique adaptées au contexte ;minimisant la présence des forces de sécurité lors des campagnes de sensibilisation en matière de santé publique ; et enempêchant les groupes armés de participer à la lutte contre Ebola.

Les pays partenaires et les organisations internationales devraient : 

Maintenir leurs financements destinés à la lutte contre Ebola, y compris en déployant du personnel et du matériel médicaux, ainsi que des capacités de dépistage, tout en réduisant au minimum les obstacles à leur acheminement. Augmenter de toute urgence les financements destinés à protéger les civils.Garantir une attribution et une distribution des financements publiques et transparentes, y compris via des processus de recrutement et d’approvisionnement locaux, et une communication efficace sur ces procédures, y compris auprès des communautés affectées. Veiller à ce que le financement de la lutte contre Ebola soit conditionnée à une véritable consultation des communautés et à un dialogue avec les parties prenantes clés.Maintenir les financements pour les besoins sanitaires plus généraux, comme les soins de santé maternelle et les traitements contre le paludisme, la tuberculose et le VIH. Soutenir des mesures pour renforcer le système judiciaire de la RD Congo, comprenant la création d’un mécanisme de justice internationalisé afin de juger les crimes de guerre.Veiller à ce que la MONUSCO ait les moyens de mener à bien son mandat.

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10.06.2026 à 06:01

Human Rights Watch
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Click to expand Image Un garde-frontière polonais surveillait les environs devant une clôture de barbelés à la frontière avec le Bélarus à Polowce, dans l’est de la Pologne, le 21 juillet 2025. © 2025 AP Photo/Czarek Sokolowski

(Bruxelles) – Le nouveau Pacte de l’Union européenne sur la migration et l’asile introduit des changements de grande ampleur qui portent atteinte au droit d’asile, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. L’organisation a publié un document de questions-réponses (en anglais) expliquant les principales modifications apportées aux lois et procédures d’asile de l’UE, ainsi que les risques pour les droits des personnes. Adopté en 2024, le Pacte entrera pleinement en vigueur le 12 juin 2026.

« Bien qu’acclamé par des dirigeants européens, le nouveau pacte de l’UE sur l’asile claque la porte au nez de personnes qui méritent d’être traitées avec dignité et de voir leurs demandes de protection examinées équitablement », a déclaré Judith Sunderland, conseillère senior auprès de la division Droits des réfugiés et migrants à Human Rights Watch. « Ce Pacte porte un coup dévastateur au droit d’asile, alors même que le monde a plus que jamais besoin que l’Europe défende les droits humains. »

10 juin 2026 Questions and Answers: The EU Pact on Migration and Asylum

Le Pacte est un ensemble de 10 textes législatifs contraignants qui réforment en profondeur la manière dont l'UE gère ses frontières, traite les demandes d'asile et aborde le partage des responsabilités entre les États membres. Les nouvelles règles permettent aux gouvernements de prendre des décisions précipitées et de limiter les garanties dans le traitement des demandes d'asile, dont une grande partie se déroulera désormais dans le cadre de « procédures frontalières » tronquées, tout en augmentant le recours à la détention et sa durée. Un nouveau règlement relatif aux situations de crise autorise les pays de l’UE à refuser aux personnes le droit de demander l’asile dans des situations vaguement définies d’« afflux massif » ou d’« instrumentalisation » des migrations par des pays tiers.

Les pays de l'UE pourront désormais conclure des accords avec des « pays tiers sûrs » situés hors de l'Union et disposés à accueillir des demandeurs d'asile. Cela signifie qu'un État membre peut refuser d'examiner une demande d'asile et renvoyer le demandeur vers un pays avec lequel il n'entretient peut-être aucun lien culturel, familial ou communautaire, et où ses perspectives de soutien et d'intégration pourraient être compromises. En pratique, de tels dispositifs ont davantage servi à se soustraire à ses responsabilités qu'à garantir une protection efficace.

Ces changements ne contribuent guère à remédier aux relations dysfonctionnelles entre les pays de l'UE, laissant en place des règles qui font peser une part disproportionnée de la responsabilité des demandeurs d'asile sur les pays situés aux frontières extérieures de l'UE. Un nouveau « mécanisme de solidarité » permettra aux États de refuser la relocalisation de personnes provenant de pays dont le système d'asile est sous pression, pour privilégier à la place le financement de clôtures frontalières, de barbelés et de dispositifs de surveillance.

Le Pacte contient également des dispositions qui, si elles sont dûment priorisées et mises en œuvre, pourraient aider à identifier les migrants et les demandeurs d'asile ayant des besoins spécifiques en matière de soutien, notamment les personnes en situation de handicap et celles exposées à un risque accru d'abus. Les pays de l'UE sont tenus de créer des mécanismes indépendants pour contrôler le respect des droits humains lors des procédures aux frontières.

Les pays de l'UE devraient prendre toutes les mesures possibles, dans le cadre des contraintes imposées par le Pacte, pour en atténuer les conséquences les plus néfastes et garantir le respect de la Charte des droits fondamentaux de l'UE, selon Human Rights Watch. Les autorités devraient limiter le recours à la détention et aux procédures d'asile aux frontières, s'assurer de leur capacité à identifier correctement les personnes ayant des besoins spécifiques en matière de protection et de soutien, et cesser d'orienter les demandeurs d'asile vers des pays moins à même de leur fournir une protection efficace. Elles devraient limiter l'application du règlement sur les situations de crise à des circonstances véritablement exceptionnelles.

Des mécanismes de surveillance indépendants devraient disposer de mandats étendus leur permettant de signaler et d'enquêter sur toutes les allégations de violations des droits dans le cadre des activités aux frontières, tout en garantissant l'accès à des recours effectifs pour toutes les victimes.

« Malgré les nouvelles règles restrictives du Pacte sur la migration et l'asile, les pays de l'UE disposent encore de moyens d'agir de manière juste », a conclu Judith Sunderland. « À tout le moins, les pays de l'UE devraient limiter le recours à la détention, identifier les personnes exposées à un risque accru d'abus et veiller à ce qu'elles bénéficient d'un soutien, et s'abstenir de déléguer leurs responsabilités en matière d'asile à d'autres pays. »

10.06.2026 à 06:00

Human Rights Watch
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Click to expand Image Un combattant du M23 monte la garde pendant que des personnes montent à bord d’un camion lors du recrutement de civils, de policiers, et d’anciens soldats de l’armée congolaise à Goma, en République démocratique du Congo, le 23 février 2025.  © 2025 Michel Lunanga/AFP via Getty Images

(Nairobi) – Les forces militaires rwandaises et le groupe armé M23 ont mené une campagne de recrutement forcé et de détention abusive de milliers de combattants capturés et de civils dans l’est de la République démocratique du Congo, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.

Le rapport de 87 pages, intitulé « “La mort était partout” : Détention arbitraire, meurtres et recrutement forcé commis par le M23 et les Forces rwandaises de défense », documente les rafles de grande ampleur et arrestations dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu dans l’est de la RD Congo, ainsi que de graves abus commis contre des détenus dans les camps de formation militaire de Rumangabo et de Tshanzu dans la province du Nord-Kivu, entre mi-2024 et décembre 2025. Les combattants du M23, soutenus par le personnel militaire rwandais, ont commis des meurtres, des actes de torture, des châtiments corporels et ont eu recours au travail forcé et à des enfants soldats. Ces abus constituent des crimes de guerre, et devraient faire l’objet d’enquêtes en tant que possibles crimes contre l’humanité.

« Le M23, soutenu par le Rwanda, gère des soi-disant camps de formation militaire dans l’est de la RD Congo, où les recrues ont été soumises à des mauvais traitements et à des actes de tortures, aux effets parfois mortels », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Les organismes régionaux et les gouvernements partenaires devraient faire pression sur les autorités rwandaises pour qu’elles mettent fin à ces graves abus, et veillent à ce que les responsables répondent de leurs actes. »

10 juin 2026 « La mort était partout »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 102 anciens détenus qui se sont échappés des camps de Rumangabo et de Tshanzu, ont été déployés avec le M23 ou se sont rendus plus tard à l’armée congolaise, ainsi qu’avec des témoins d’abus et diverses sources au sein des Nations Unies, du M23, des services militaires et de renseignement, des médias et des services diplomatiques. Human Rights Watch a mené des entretiens avec les anciens détenus en personne en Ouganda et dans plusieurs villes en RD Congo, et par téléphone dans les zones contrôlées par le M23. Le rapport s’appuie également sur des vidéos et des photographies géolocalisées et vérifiées, des images satellite des camps de Rumangabo et de Tshanzu, ainsi qu’une reconstruction 3D pour estimer le nombre de personnes transportées dans des camions.

Selon les recherches de Human Rights Watch, le M23 procède à des campagnes de recrutement forcé parmi les civils et les combattants capturés depuis 2024. Ces efforts se sont intensifiés dans les zones sous le contrôle du groupe armé après qu’il s’est emparé de vastes pans de territoire et des principales villes de l’est de la RD Congo en 2025. Des milliers de soldats congolais, de miliciens Wazalendo alliés aux forces nationales, de policiers et de civils – y compris des enfants âgés d’à peine 12 ans – ont été recrutés, parfois volontairement, mais souvent de force.

Les combattants du M23 ont tendu des embuscades et mis en place des points de contrôle sur les routes, appréhendé des personnes dans des hôpitaux, des églises et des écoles, et convoqué des habitants sous de faux prétextes ou sous la menace avant de les transporter vers les deux camps dans des camions.

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Dans les camps, les personnes ont été battues et privées de nourriture, d’eau, de médicaments et de soins médicaux adéquats. D’anciens détenus ont décrit les exécutions sommaires et les passages à tabac de personnes qui tentaient de s’évader des centres de formation militaire ou qui buvaient de l’eau, mangeaient de la nourriture ou se soulageaient sans autorisation. « Si nous étions surpris en train d’essayer de boire dans des flaques d’eau par terre […] les gardes nous battaient sévèrement », a relaté un civil détenu pendant cinq mois. Le M23 détenait des enfants dans le camp de Tshanzu qui étaient soumis à l’entraînement et au travail forcé ; certains de ces enfants ont été choisis pour faire office de gardes et pour battre les autres détenus.

Le nombre total de morts dans les camps ne pourrait être déterminé que si toutes les fosses communes étaient localisées et exhumées. Toutefois, les anciens détenus ont indiqué que des centaines de personnes, et peut-être plus, sont décédées du fait des conditions difficiles, des passages à tabac et des exécutions dans les deux camps tout au long de l’année 2025.

Un ancien détenu qui a été enfermé à Tshanzu a raconté : « Je n’étais qu’un étudiant, je n’avais jamais vu un cadavre auparavant. Ils m’ont fait enterrer des corps sept fois, nous les avons mis dans une grande fosse. »

D’anciens détenus ont identifié des soldats rwandais lors de rafles et parmi les instructeurs et les commandants dans les camps en raison de leurs uniformes, de leur équipement, de leurs accents et de leur incapacité à s’exprimer en français ou en kiswahili – langues peu parlées au Rwanda – dans leurs conversations avec les détenus. Des sources militaires et au sein des services de renseignement, ainsi que de l’ONU, ont confirmé l’implication des forces rwandaises.

La présence militaire étendue et l’influence du Rwanda sur les opérations du M23 dans l’est de la RD Congo indiquent que les forces rwandaises exercent un contrôle effectif sur la région, qui répond aux critères d’une occupation belligérante en vertu du droit international humanitaire. Les autorités rwandaises pourraient être reconnues pénalement responsables des actions des forces du M23 dans les centres de formation.

Le gouvernement rwandais et les dirigeants du M23 ont longtemps rejeté les allégations d’abus, mais n’ont pas mené d’enquêtes. D’autres groupes armés en RD Congo, dont certains soutenus par le Rwanda, se sont livrés au recrutement forcé et à l’utilisation d’enfants soldats dans l’est de la RD Congo. Au fil des années, ni la RD Congo ni le Rwanda n’ont pris de mesures sérieuses concernant ces crimes graves, a déclaré Human Rights Watch.

En mai 2026, des chercheurs de Human Rights Watch ont mené des entretiens téléphoniques et se sont rendus à la prison de Makala à Kinshasa, capitale de la RD Congo, où sont détenus des dizaines de civils qui avaient été recrutés de force par le M23 avant leur reddition aux forces congolaises. Trente-quatre détenus, dont 14 enfants, ont expliqué que les services de renseignement militaires congolais les avaient enfermés et interrogés sur des périodes allant de quelques jours à un mois, avant de les transférer à la prison de Makala.

Le 9 juin, Human Rights Watch a écrit aux ministres de la Justice et de la Défense de la RD Congo pour solliciter des informations sur la base juridique de la détention de ces personnes et poser d’autres questions.

Les partenaires internationaux du Rwanda, y compris les Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne et ses États membres ainsi que les États-Unis, devraient aborder publiquement la question des cycles d’abus commis avec impunité par le Rwanda depuis longtemps dans l’est de la RD Congo, et revoir les programmes d’assistance et de coopération militaires avec le Rwanda pour s’assurer qu’ils n’alimentent pas de nouvelles violations graves. Ces pays devraient promouvoir l’obligation de rendre des comptes, notamment en imposant de nouvelles sanctions ciblées contre les commandants et les dirigeants du M23 et du Rwanda responsables d’abus, et en soutenant les efforts de justice nationaux et internationaux.

Les autorités judiciaires congolaises devraient veiller à préserver les preuves des crimes commis à Rumangabo et à Tshanzu, et engager des poursuites appropriées. Dans le cadre de son enquête en cours dans l’est de la RD Congo, le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale devrait enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité présumés commis par les forces rwandaises et par le M23 lors des campagnes de recrutement forcé et de la détention des recrues dans leurs camps de formation.

« Le recrutement forcé de civils, y compris d’enfants, fait partie d’un cycle d’abus qui dure depuis des décennies dans l’est de la RD Congo », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les gouvernements préoccupés devraient souligner que les atrocités commises par le Rwanda et le M23 dans leurs camps d’entraînement nécessitent une action urgente pour y mettre fin, et que nul n’est hors de portée de la justice. »

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07.06.2026 à 06:00

Human Rights Watch
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Click to expand Image Un véhicule des Nations Unies, faisant partie d’un convoi d’aide humanitaire de l’ONU et du Programme alimentaire mondial, était contrôlé par les forces houthies dans une zone gouvernée par les Houthis près de Hodeïda, dans le sud-ouest du Yémen, le 26 février 2019. © 2019 Abduljabbar Zeyad/Reuters

(Beyrouth) – Les autorités houthies de facto au Yémen devraient libérer immédiatement et sans condition les dizaines d’employés des Nations Unies et d’organisations yéménites et internationales de la société civile qui ont été arbitrairement arrêtés au cours des deux dernières années, ont déclaré aujourd’hui l’Institut du Caire pour les études des droits humains (Cairo Institute for Human Rights Studies, CIHRS), Human Rights Watch et Amnesty International. Les arrestations arbitraires de travailleurs humanitaires par les Houthis ont un impact direct sur l’acheminement de l’aide vitale aux personnes qui en ont grandement besoin.

« Le fait que les Houthis détiennent des travailleurs humanitaires alors que la famine s’aggrave démontre leur profond mépris à l’égard des habitants des territoires qu’ils contrôlent dans le nord du Yémen », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Les Houthis devraient immédiatement libérer toutes les personnes qu’ils détiennent arbitrairement, et répondre plutôt aux besoins fondamentaux de la population. »

À partir du 31 mai 2024, les Houthis ont mené une série de raids dans les zones sous leur contrôle, arrêtant arbitrairement 13 membres du personnel de l’ONU et au moins 50 employés d’organisations yéménites et internationales de la société civile. Depuis lors, les Houthis ont arbitrairement arrêté des dizaines d’autres membres du personnel de l’ONU et d’organisations de la société civile, ne libérant ensuite que sept personnes. Selon un communiqué de l’ONU du 25 mars 2026, 73 employés de l’ONU et des dizaines d’autres travailleurs humanitaires, tous de nationalité yéménite, étaient alors toujours détenus par les Houthis. 

Le 11 février 2025, un travailleur humanitaire du Programme alimentaire mondial (PAM) est décédé alors qu’il était détenu par les Houthis. Sa mort renforce les craintes pour la sécurité et le bien-être des autres personnes qui sont toujours incarcérés arbitrairement dans des centres de détention gérés par les autorités houthies, compte tenu des antécédents de torture et d’autres mauvais traitements infligés aux détenus par les Houthis.

Plusieurs individus actuellement détenus ont été arrêtés sans qu’on leur présente de mandat d’arrêt, et ont été victimes de disparitions forcées pendant des mois. Certains d’entre eux ont reçu des soins médicaux, mais ce n’est pas le cas de nombreux autres détenus, dont des personnes souffrant de graves problèmes de santé. 

Aucune des sources interrogées par Human Rights Watch n’avait connaissance de détenus ayant accès à un avocat, bien que les affaires de trois employés de l’ONU aient été transférées à la Cour pénale spécialisée du Yémen en décembre 2025. 

En janvier 2026, Human Rights Watch a constaté que ces détentions avaient exacerbé la crise humanitaire déjà désastreuse au Yémen.

Dans leur dernier rapport conjoint sur la faim dans le monde, publié en novembre 2025, le PAM et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont lancé cet avertissement au sujet du Yémen : « La situation d’insécurité alimentaire aiguë, déjà critique, risque de se détériorer davantage encore au cours de la période anticipée [novembre 2025 à mai 2026], ce qui exposerait certaines parties de la population au risque d’une situation catastrophique » dans quatre districts sous contrôle des Houthis.

Ces arrestations se sont accompagnées d’une campagne médiatique menée par les Houthis, accusant les organisations humanitaires et leur personnel de « conspirer » contre les intérêts du pays à travers leurs projets et soulignant les dangers de l’« espionnage ». Depuis 2015, Amnesty International a recensé des dizaines de cas dans lesquels les autorités houthies ont utilisé des accusations d’espionnage pour persécuter des opposants politiques, et réduire au silence la dissidence pacifique.

« La répression continue de l’espace civique dans le nord du Yémen, où les Houthis ont procédé à des dizaines d’arrestations, notamment de travailleurs humanitaires, de défenseurs des droits humains, de journalistes et d’activistes, doit cesser », a déclaré Diala Haidar, chercheuse sur le Yémen à Amnesty International. « Toutes les personnes détenues arbitrairement devraient être immédiatement libérées. Jusqu’à leur libération, les autorités houthies devraient veiller à ce qu’elles soient protégées contre la torture et autres mauvais traitements, qu’elles aient accès à des soins de santé et à une assistance juridique, et qu’elles puissent communiquer régulièrement avec leurs familles. » 

Les familles de certains détenus ont été informées que ceux-ci se voyaient refuser l’accès à un avocat, et étaient contraints par les autorités de faire des aveux filmés. 

En 2024, les Houthis ont diffusé des vidéos d’autres détenus « avouant » des activités d’espionnage et d’autres crimes dont ils étaient accusés.

Human Rights Watch, Amnesty International et d’autres organisations, dont le Groupe d’experts éminents de l’ONU sur le Yémen (dont le mandat a expiré en 2021), ont documenté le recours à la torture par les Houthis pour obtenir des informations ou des aveux. 

Les organisations de la société civile locales et internationales jouent un rôle essentiel dans l’atténuation de la crise humanitaire au Yémen. Les coupes drastiques dans l’aide financière apportée par des États donateurs, notamment par les États-Unis, ont mis en danger la santé et les droits humains de millions de personnes au Yémen ; cependant, des travailleurs humanitaires sur le terrain continuent de fournir une aide vitale et des services de protection aux habitants, y compris dans les territoires du Yémen contrôlés par les Houthis. 

Les autorités houthies ont déjà pris pour cible des défenseurs des droits humains et des travailleurs humanitaires. Quatre membres du personnel yéménite du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), arrêtés en 2021 et 2023, sont toujours détenus arbitrairement et maintenus au secret depuis leur arrestation. En septembre 2023, les Houthis ont arrêté le directeur de la sécurité de l’ONG Save the Children et l’ont maintenu au secret. Il est décédé le 25 octobre 2023, alors qu’il était toujours détenu arbitrairement. 

Les gouvernements ayant une influence sur les Houthis et les dirigeants de l’ONU devraient redoubler d’efforts pour obtenir la libération du personnel des organisations non gouvernementales et de l’ONU.

« La communauté internationale devrait aller au-delà des déclarations exprimant son inquiétude et apporter une réponse unifiée et ferme qui fasse pression sur les autorités houthies pour qu’elles libèrent immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues arbitrairement, mettent fin aux représailles contre les travailleurs humanitaires, et garantissent l’acheminement d’aide humanitaire sans entrave et de manière sûre dans tout le Yémen », a déclaré Amna Guellali, directrice de recherches au CIHRS.

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05.06.2026 à 18:51

Human Rights Watch
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Click to expand Image L'écran d'un iPhone affichait un post du compte Telegram d'OVD-Info, une importante organisation russe de défense des droits humains, à Moscou, le 25 décembre 2021. © 2021 AP Photo/Alexander Zemlianichenko

(Berlin, 5 juin 2026) – Le 4 juin, les autorités russes ont inscrit une importante organisation de défense des droits humains, OVD-Info, ainsi que 35 autres organisations, sur leur liste d’organisations « extrémistes », a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La désignation d’une organisation en tant qu’« extrémiste » implique l’interdiction de mener toute activité pour le compte de cette organisation, sous peine d’une longue peine de prison.

L’organisation OVD-Info, dont le nom est dérivé de l’abréviation OVD (Otdel Vnutrennikh Del, Département des affaires intérieures, ou plus communément « département de police »), a été fondée en 2011 en réponse à la répression massive de manifestations publiques pacifiques. Depuis lors, OVD-Info a fourni une aide juridique à des dizaines de milliers de personnes dans des affaires liées à la liberté de réunion et d’expression ; l’organisation gère une ligne d’assistance téléphonique accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, permettant aux victimes de signaler des abus et de demander de l’aide, et a documenté diverses violations des droits humains. OVD-Info a aidé plus de 2 300 personnes à obtenir des victoires juridiques après avoir porté plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme.

« Les autorités russes ciblent de plus en plus les organisations de défense des droits humains en les qualifiant à tort d’“extrémistes” », a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait valoriser le travail de ces organisations, au lieu de le diaboliser. »

OVD-Info a déclaré que, malgré cette décision, l’organisation poursuivrait son travail. « En qualifiant notre travail d’“extrémisme”, [les autorités russes] mettent hors-la-loi non seulement un projet, mais la capacité même de la société… à documenter les détentions, à aider les personnes confrontées à la persécution, et à dénoncer la répression », a déclaré Daniil Beilinson, cofondateur d’OVD-Info, à Human Rights Watch. « Cet État qui réécrit le passé ne tolère pas non plus les preuves d’abus actuels, et cherche donc à interdire la vérité sur les abus passés et actuels. Mais on ne peut pas interdire aux gens de connaître la vérité. Nous ne fermerons pas nos portes, et nous n’arrêterons pas notre travail. »

La liste fédérale des organisations « terroristes et extrémistes » a été mise à jour le 4 juin ; cette mesure est apparemment fondée sur la décision de la Cour suprême russe, le 9 avril, de qualifier le « Mouvement public international Memorial » d’« extrémiste », interdisant ainsi les activités de l’ONG Memorial et de ses branches présumées. Ce simulacre de procédure s’est déroulé en une seule audience, à huis clos, et le dossier a été classé « top secret ». Le tribunal n’a pas autorisé les avocats de Memorial à participer à la procédure. Les autorités avaient déjà contraint Memorial, la principale organisation russe de défense des droits humains, à la fermeture en décembre 2021 ; avant cela, le Centre Memorial des droits humains était un partenaire clé d’OVD-Info, qui fonctionne sans entité juridique.

Parmi les 36 organisations rajoutées à la liste d’organisations « extrémistes » le 4 juin figurent des associations régionales indépendantes affiliées à Memorial menant des recherches historiques et fournissant une éducation et une aide juridique aux victimes de violations des droits, des organisations basées en dehors de la Russie et utilisant le nom Memorial, le Projet Memorial sur les prisonniers politiques, et le Centre de défense des droits Memorial. En 2022, Memorial s'est vu décerner le prix Nobel de la paix pour ses « efforts exceptionnels visant à documenter les crimes de guerre, les violations des droits de l'homme et les abus de pouvoir ».

La participation aux activités ou au financement d'une organisation « extrémiste » en Russie est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 12 ans de prison. Les symboles des organisations « extrémistes » sont également interdits ; la publication d’un tel symbole ou logo et leur affichage est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 15 jours de détention pour une première infraction, et jusqu’à 4 ans de prison en cas de récidive. Les autorités peuvent inscrire les personnes soupçonnées d’appartenir à une organisation « extrémiste » sur la liste nationale, et geler leurs comptes bancaires.

« Les autorités russes ont depuis longtemps cessé de respecter le droit de manifester pacifiquement, réprimant toutes les formes de dissidence », a observé Hugh Williamson. « Elles devraient cesser d’abuser de la législation sur l’“extrémisme”pour décimer la société civile, et devrait plutôt annuler ces désignations absurdes. »

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05.06.2026 à 09:00

Human Rights Watch
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Click to expand Image Gikondo Transit Center, April 2015. © 2015 Human Rights Watch

Deux journalistes rwandais affiliés à la chaîne YouTube Imbarutso ya Demokarasi sont poursuivis pour avoir réalisé un reportage sur Kwa Kabuga, ou le Centre de transit de Kigali – un lieu de détention non officiel où les autorités détiennent des personnes jugées « indésirables », et l'un des secrets les moins bien gardés de la capitale.

Augustin Nsanzimana, caméraman et monteur, et Emmanuel Niyonshuti, journaliste de télévision, sont actuellement placés en détention provisoire, une mesure confirmée par un juge le 2 juin. Lors d'une audience tenue le 26 mai, le parquet a accusé les deux hommes d'avoir « publi[é] des rumeurs pouvant provoquer la peur » ; il s'agit là d'une infraction pénale suffisamment vague pour être utilisée afin de museler les voix critiques.

Lors de l'audience, leurs avocats ont déclaré que les accusés s'étaient vu refuser l'accès à un avocat pendant les six premiers jours de leur détention.

Augustin Nsanzimana aurait envoyé un message à des contacts le 1er mai, indiquant que des agents qui selon lui travaillaient pour le Bureau d'enquête rwandais (Rwanda Investigation Bureau) étaient entrés à son domicile à Kigali. Emmanuel Niyonshuti a également cessé de répondre aux appels et aux messages peu après avoir signalé des menaces. Le porte-parole du Bureau d'enquête rwandais a confirmé 72 heures plus tard que les deux hommes étaient sous leur garde. Ces arrestations ont fait suite à la publication sur YouTube d'une vidéo faisant état de décès de détenus à l'intérieur de Kwa Kabuga. Human Rights Watch a documenté des cas de détention arbitraire et de mauvais traitements graves à Kwa Kabuga, où des sans-abris, des travailleuses du sexe, des enfants des rues, des vendeurs ambulants et d'autres personnes sont souvent détenus sans procédure légale régulière. 

Ces détentions s'inscrivent dans le cadre d'une répression continue de la liberté d'expression : dénoncer les défaillances des services publics, donner la parole à l'opposition, notamment les personnes liées à Victoire Ingabire, figure d'opposition en détention, ou remettre en question les discours officiels du gouvernement, entraîne souvent des sanctions.

En mai, Aimable Karasira, condamné notamment pour « divisionnisme », est décédé le jour où il devait être libéré de prison, dans des circonstances douteuses. Karasira, universitaire et youtubeur, a été arrêté en 2021 après avoir témoigné publiquement de la perte de proches en 1994 tués par les auteurs du génocide et par le Front patriotique rwandais au pouvoir. Avant son arrestation, il m'avait confié : « Je voulais utiliser YouTube pour raconter mon histoire. »

Plus d'une douzaine de journalistes, de commentateurs et d’activistes de l'opposition demeurent emprisonnés au Rwanda, nombre d'entre eux à la suite de poursuites engagées pour avoir dénoncé des abus sur YouTube. Toutes les personnes injustement détenues devraient être libérées immédiatement et sans condition, et le cadre juridique abusif qui a permis les poursuites engagées contre elles devrait être réformé, conformément aux normes internationales en matière de liberté d'expression.

02.06.2026 à 21:14

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des membres de la Garde nationale bolivarienne vénézuélienne (Guardia Nacional Bolivariana, GNB) faisaient face à des étudiants participant a une manifestation antigouvernementale à Caracas, au Venezuela, le 16 février 2014. De nombreuses manifestations ont été violemment réprimées par la GNB. © 2014 Leo Ramirez/AFP via Getty Images

(Madrid) – Les efforts déployés par l’Argentine afin que l’ Espagne autorise l’extradition d’un ancien responsable vénézuélien, résidant en Espagne et accusé de crimes contre l’humanité, pourraient ouvrir la voie à la reddition de comptes, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; les autorités espagnoles ont accepté de faire avancer la procédure relative à cette demande d’extradition.

Un tribunal argentin a demandé l’extradition d’Ephraín Enrique Verdú Torrelles, un ancien officier de la Garde nationale bolivarienne vénézuélienne (Guardia Nacional Bolivariana, GNB), une force de police militarisée responsable de nombreuses violations des droits humains. La demande d’extradition transmise à l’Espagne vise à garantir la présence de Verdú Torrelles en Argentine, afin qu’il y soit interrogé au sujet d’allégations sur sa présumée implication dans des meurtres commis lors de la répression gouvernementale des manifestations de 2014 au Venezuela, et susceptibles de constituer un crime contre l’humanité. 

« Les victimes au Venezuela n’ont obtenu aucune justice dans leur propre pays, et la demande d’extradition déposée par l’Argentine nous rappelle que la justice peut traverser les frontières », a déclaré Michelle Reyes Milk, conseillère juridique senior auprès du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « Il appartiendra désormais au tribunal espagnol de décider s’il y a lieu de procéder à cette extradition. » 

Le Conseil des ministres espagnol a approuvé la poursuite de la procédure relative à la demande d’extradition, renvoyant l’affaire devant la Cour nationale de justice espagnole (Audiencia Nacional). Le représentant des victimes vénézuéliennes, Ignacio Jovtis, a déclaré à Human Rights Watch que les autorités espagnoles avaient informé Verdú Torrelles de la procédure relative à la demande d’extradition. Au cours des manifestations de 2014 au Venezuela, les forces de sécurité ont systématiquement recouru à une force excessive et illégale contre des manifestants majoritairement pacifiques, arrêtant arbitrairement des centaines de personnes et soumettant de nombreux détenus à de graves abus, notamment des passages à tabac et, parfois, des actes de torture, tout en leur refusant une procédure régulière. Les forces de sécurité et les gangs pro-gouvernementaux connus sous le nom de « colectivos » ont également commis des exécutions extrajudiciaires. 

La Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur le Venezuela, établie sous l’égide des Nations Unies, a conclu qu’il existait des « motifs raisonnables » de croire que certaines violations commises par le gouvernement vénézuélien constituaient des crimes contre l’humanité, ajoutant : « L’affaiblissement des mécanismes de la responsabilité démocratique, judiciaire et institutionnelle a entraîné une impunité grandissante. » En 2021, la Cour pénale internationale a ouvert une enquête sur des crimes contre l’humanité qui auraient été commis au Venezuela. 

La demande d’extradition déposée par l’Argentine fait suite à une plainte pénale déposée en juin 2023 par InterJust, une organisation de défense des droits humains, devant les tribunaux argentins, au nom des proches de personnes qui auraient été victimes d’exécutions extrajudiciaires par des membres de la GNB lors des manifestations de 2014. Cette affaire est rendue possible par le principe de compétence universelle, qui permet aux pays d'enquêter et de poursuivre certaines violations graves des droits humains constituant des crimes internationaux graves, quel que soit le lieu où elles ont été commises ou la nationalité des suspects ou des victimes. 

Parallèlement, une autre plainte distincte et parallèle a été déposée en janvier 2023 par le Forum argentin pour la défense de la démocratie (Foro Argentino para la Defensa de la Democracia), contre l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro et son ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello. Maduro est détenu par les autorités fédérales américaines depuis le 3 janvier ; il est visé par des chefs d’accusation de narcoterrorisme, de trafic de drogue et de détention d’armes, et sera jugé lors d’un procès tenu dans le district sud de New York. Cabello continue d’exercer les fonctions de ministre de l’Intérieur, de la Justice et de la Paix au Venezuela. Il fait également l’objet de poursuites aux États-Unis pour narcoterrorisme, trafic de drogue et détention d’armes. 

En septembre 2024, un juge d’instruction en Argentine a émis des mandats d’arrêt contre Verdú Torrelles et 13 autres officiers de la GNB, afin de les interroger dans le cadre de l’affaire engagée à leur encontre. Conformément aux normes de procédures pénales en vigueur en Argentine, Verdú Torrelles et les autres officiers n’ont pas été inculpés à ce stade. Cependant, Verdú Torrelles a été officiellement informé qu’il faisait l’objet d’une enquête pénale en cours, devenant ainsi, sur le plan procédural, un « accusé » (« imputado »).Par ailleurs, le juge a également ordonné la comparution de Maduro et Cabello, et émis des mandats d’arrêt à leur encontre.

S'il était extradé par l’Espagne, Verdú Torrelles deviendrait la première personne dans cette affaire à comparaître en personne devant les tribunaux argentins. Cette extradition permettrait à l'enquête d'avancer sur le plan procédural en Argentine, notamment par le biais d'un interrogatoire et d'une éventuelle mise en accusation, après quoi l'affaire pourrait être renvoyée devant un tribunal. 

Cela ferait de Verdú Torrelles, à ce jour, la personnalité la plus haut placée à comparaître devant un tribunal pour des violations graves des droits humains commises au Venezuela, a déclaré Human Rights Watch. 

D’autres affaires sont actuellement en cours en Argentine, relevant du principe de compétence universelle ; elles concernent des crimes présumés au regard du droit international commis au Myanmar, en Colombie, au Nicaragua, en Chine, en Israël et en Palestine, ainsi qu’en Espagne sous le régime franquiste. Ces affaires se sont heurtées à divers obstacles, notamment la difficulté d’assurer la présence des suspects sur le territoire argentin, l’absence d’unités spécialisées d’enquête et de poursuite chargées de traiter les affaires relevant de la compétence universelle, ainsi que d’autres contraintes en matière de ressources. Parallèlement, des juges et des procureurs argentins ont engagé des poursuites dans des affaires importantes concernant des crimes internationaux commis en Argentine par le passé. 

« Les démarches engagées par l’Argentine dans le cadre d’affaires relevant du principe de compétence universelle envoie un message clair et fort selon lequel il ne devrait y avoir aucun refuge pour les responsables de violations graves des droits humains », a conclu Michelle Reyes Milk. « La coopération d’autres États, comme l’Espagne, est essentielle afin que ces efforts soient fructueux. »

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02.06.2026 à 04:00

Human Rights Watch
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Click to expand Image Un homme atteint d'un handicap physique soudait une pièce métallique d’un fauteuil roulant dans un atelier au Caire, en Égypte, le 8 août 2017 ; cet atelier fabrique divers produits de mobilité pour des personnes handicapées vivant dans des quartiers défavorisés de la capitale.  © 2017 Mohamed Abd El Ghany/Reuters

(Beyrouth, 2 juin 2026) – Les personnes handicapées en Égypte sont confrontées à des entraves systémiques à leur droit au travail, liées a l’insuffisante mise en œuvre de la loi de 2018 sur les droits des personnes handicapées, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Parmi ces difficultés figurent des pratiques d’embauche discriminatoires, des lieux de travail inaccessibles, des obstacles à l’obtention d’une carte nationale confirmant le handicap, des quotas d’emploi non respectés, ainsi que le recours par des employeurs à des emplois factices et sous-payés (afin de remplir les quotas), qui privent ces personnes d’un véritable travail correctement rémunéré.

La loi de 2018 sur les droits des personnes handicapées a considérablement amélioré le cadre législatif régissant ces droits en Égypte, le rapprochant des normes internationales. Cependant, la mise en œuvre de nombreuses réformes se heurte à de sérieux obstacles, exposant les personnes handicapées à un risque accru de chômage, de pauvreté et de précarité économique. En 2025, le gouvernement a proposé des amendements à cette loi, lesquels sont actuellement examinés par le parlement ; certains amendements risquent toutefois de restreindre la définition du handicap, et d’affaiblir le respect des droits des personnes concernées. 

« La loi égyptienne de 2018 sur les droits des personnes handicapées a constitué une importante avancée, mais sa mise en œuvre inadéquate a laissé de nombreuses personnes exclues du marché du travail, confrontées à un chômage persistant et à une marginalisation économique », a déclaré Amr Magdi, chercheur senior auprès de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « L’inclusion exige plus qu’une simple législation. Elle nécessite que le gouvernement fasse respecter la loi, assure un suivi, forme les employeurs et rende les lieux de travail accessibles. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 17 personnes : 13 personnes en situation de handicap, deux représentants d’organisations égyptiennes de défense des droits des personnes handicapées, un représentant d’une organisation humanitaire internationale, et un ancien haut fonctionnaire égyptien. Le 7 avril, Human Rights Watch a écrit au ministère égyptien de la Solidarité sociale, mais n’a reçu aucune réponse.

D’après une enquête nationale menée par le gouvernement en 2022, les personnes handicapées en Égypte représentent environ 11 % de la population, soit environ 12 millions de personnes, bien que la prévalence du handicap puisse être sous-estimée en raison de la stigmatisation, du sous-diagnostic et d’autres obstacles à la divulgation d’un handicap.

Selon cette enquête, 40 % des personnes handicapées âgées de 4 ans ou plus n’avaient reçu aucune éducation, soit nettement plus que la moyenne de 27 % pour l’ensemble de la population, selon une autre enquête de 2018. Seulement 17 % avaient terminé leurs études secondaires, bien en-deçà de la moyenne de 59 % pour la population masculine âgée de plus de 25 ans. Parmi les personnes handicapées interrogées, 49 % n’avaient pas d’emploi. 

Une étude indépendante menée en 2019 a conclu que 80 % des personnes handicapées vivaient en dessous du seuil de pauvreté national, soit nettement plus que la moyenne de 30 % estimée pour l’ensemble de la population égyptienne. 

La loi n° 10 de 2018 relative aux droits des personnes handicapées a offert pour la première fois un cadre juridique axé sur les droits en matière de handicap. La loi exige que les employeurs comptant au moins 20 salariés de réservent 5 % des postes aux personnes handicapées, alors que la précédente loi de 1975 fixait le seuil minimum à 50 salariés. Cette loi prévoyait une amende de 10 000 à 30 000 livres égyptiennes (environ 190 à 570 dollars US) et/ou une peine de prison pouvant aller jusqu’à un an en cas de non-respect du quota.

Le gouvernement ne publie pas de statistiques périodiques sur le respect de la loi, comme l’exige celle-ci, bien que des sources officielles indiquent que les autorités collectent ces données. Les autorités devraient publier périodiquement des données exhaustives sur les personnes handicapées, y compris leur situation professionnelle et des indicateurs de pauvreté multidimensionnelle, a déclaré Human Rights Watch.

Les 13 personnes en situation de handicap et les experts interrogés ont tous décrit une pratique répandue consistant, pour les employeurs, à embaucher frauduleusement des personnes en situation de handicap sans leur attribuer de véritable travail, souvent à des salaires inférieurs, afin de remplir le quota. Selon l'enquête nationale de 2022 sur les personnes en situation de handicap, 32,2 % des personnes interrogées ont déclaré être employées mais ne pas se voir attribuer de véritable travail. 

Cette pratique renforce les stéréotypes préjudiciables selon lesquels les personnes handicapées ne peuvent pas contribuer au monde du travail, tout en leur refusant un accès égal à un emploi valorisant, à un salaire équitable, à l’indépendance économique, au développement professionnel et à l’inclusion sur le lieu de travail, a déclaré Human Rights Watch.

Un homme malentendant a déclaré qu’une banque l’avait embauché en 2025, aux côtés d’une centaine d’autres personnes handicapées, sans les avoir fait passer d’entretien. Il a indiqué que les responsables de la banque lui avaient dit qu’il recevrait 4 000 livres égyptiennes (80 dollars US) par mois, bien en dessous du salaire minimum égyptien, sans avoir à travailler. « Au cours des quatre dernières années, je me suis senti négligé », a-t-il déclaré. « J’ai des compétences que je n’ai pas pu mettre à profit ni développer. J’ai décidé de démissionner. » 

Certaines personnes interrogées ont déclaré s’être vu attribuer des tâches sans rapport avec leurs qualifications et ne reflétant pas leurs compétences. Un défenseur des droits des personnes handicapées, lui-même malentendant, a déclaré qu’une grande entreprise de communication l’avait affecté à la livraison de petits-déjeuners, malgré ses deux diplômes universitaires. 

Parmi les personnes interrogées dans le cadre de l’enquête nationale de 2022, 34 % ont déclaré penser que les employeurs avaient rejeté leur candidature en raison de leur handicap. et 63 % n’ont pas pu trouver d’emploi adapté. 

Les personnes interrogées ont indiqué que les lieux de travail étaient souvent inaccessibles. Un homme en fauteuil roulant a déclaré avoir refusé une offre d’emploi en raison de l’absence d’aménagements raisonnables, notamment une rampe d’accès et des toilettes accessibles. 

Certains ont déclaré être fréquemment confrontés à la stigmatisation sociale et à la discrimination, notamment à la perception des autorités et des employeurs selon laquelle les personnes handicapées sont incapables de travailler ou moins productives. « Ils nous considèrent comme des personnes incompétentes, mais nous sommes des personnes handicapées qui avons simplement besoin d’outils pour pouvoir accomplir notre travail », a déclaré une femme malentendante qui a indiqué avoir fait face à plusieurs refus pour des emplois pour lesquels elle remplissait pourtant les conditions requises. 

Les personnes handicapées ont déclaré être régulièrement victimes d’incompréhension et de harcèlement au travail de la part de leurs collègues. Une femme malentendante a expliqué que ses collègues pensaient qu’elle les ignorait, lorsqu’elle ne pouvait pas les entendre ou les comprendre. 

En Égypte, les personnes handicapées se heurtent également à des obstacles pour obtenir une Carte de services intégrés condition préalable pour accéder à certains services réservés aux personnes handicapées, comme les soins médicaux spécialisés, l’aide sociale, des exonérations fiscales et douanières, ainsi que des services liés à l’éducation ou à l’emploi.

En vertu de la loi de 2018 et des ses statuts les titulaires de cette carte qui se retrouvent sans emploi et en situation de pauvreté peuvent percevoir environ 700 livres (14 dollars US) par mois dans le cadre du programme de protection sociale Karama. Cependant, à la fin de 2025, seuls environ 10 % des personnes handicapées en Égypte (1,3 million de personnes) avaient pu obtenir une Carte de services intégrés. L'enquête nationale de 2022 a révélé qu'environ 70 % des personnes handicapées ignoraient l'existence de cette carte.

Le ministère de la Solidarité sociale, qui délivre la carte, a affirmé en 2024 que de nombreuses personnes ne la demandent simplement pas. Cependant, les personnes interrogées ont décrit d’importants obstacles, notamment une procédure longue pouvant durer jusqu’à un an ou plus, des coûts élevés pour des examens médicaux non disponibles dans les hôpitaux publics, et l’obligation de refaire toute la procédure lors du renouvellement de la carte. 

Les défenseurs des droits des personnes handicapées ont déclaré que dans certains cas, le ministère appliquait des critères restrictifs pour limiter l’éligibilité à cette carte. Human Rights Watch a examiné une directive du ministère de la Santé enjoignant aux établissements médicaux d’évaluer la perte auditive des demandeurs utilisant une aide auditive à tige, en fonction du degré de perte auditive en décibels, d’une manière susceptible de restreindre fortement l’éligibilité. En outre, un handicap devrait être évalué non seulement par le biais d’une évaluation médicale, mais aussi en tenant compte de certains facteurs sociaux et environnementaux. En mars, le ministère a annoncé des mesures visant à supprimer certains obstacles.

En vertu de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, que l’Égypte a ratifiée en 2008, chaque État a l’obligation de garantir l’égalité des chances en matière d’emploi aux personnes handicapées. Les gouvernements sont tenus de promouvoir des politiques d’emploi inclusives et de fournir des aménagements raisonnables pour permettre aux personnes handicapées de bénéficier d’opportunités d’emploi égales à celles des autres personnes. L’Égypte a également l’obligation de garantir le droit à la sécurité sociale, sans discrimination.

« Refuser aux personnes handicapées un accès égalitaire a des opportunités d’emploi, à des lieux de travail inclusifs et à la sécurité sociale perpétue la pauvreté et prive la société égyptienne de talents inexploités », a conclu Amr Magdi. « Investir dans l’accessibilité, dans la formation et dans une véritable inclusion n’est pas seulement un moyen d’améliorer des vies : cela renforce aussi l’économie, et construit un avenir plus juste pour toutes et tous. »

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01.06.2026 à 19:40

Human Rights Watch
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Click to expand Image Des étudiants chinois dansaient lors d’une manifestation pro-démocratie sur la place Tiananmen, à Pékin, le 22 mai 1989. Treize jours plus tard, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, des chars de l’armée ont investi la place, marquant le début du massacre de la place Tiananmen.. © 1989 Mark Avery/AP Photo

(New York) – Le gouvernement chinois intensifie ses efforts pour effacer le souvenir du massacre de Tiananmen de 1989, tout en renforçant son contrôle social dans tout le pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Le massacre de Tiananmen a été déclenché par le rassemblement pacifique d'étudiants, de travailleurs et d'autres personnes sur la place Tiananmen à Pékin et dans d'autres villes chinoises en avril 1989 ; ils réclamaient la liberté d'expression, des réformes démocratiques et la fin de la corruption. Les 3 et 4 juin, des soldats de l’Armée populaire de libération ont ouvert le feu et tué de nombreux manifestants et passants à Pékin. Les autorités chinoises interdisent depuis longtemps les commémorations du massacre en Chine continentale. À ce jour, aucune mesure n’a été prise pour fournir davantage d’informations et une indemnisation aux familles des personnes tuées, ni pour poursuivre les responsables de ces meurtres. 

« En enterrant le passé, le gouvernement chinois enterre également l’espoir d’un futur respect des droits fondamentaux », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur sur la Chine à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait cesser de censurer les informations sur le massacre de Tiananmen, autoriser les commémorations, indemniser les familles des victimes et libérer les personnes emprisonnées pour avoir demandé la justice et la reddition de comptes. »

Le 28 décembre 2025, à Pékin, le Bureau de la sécurité publique a interdit à l’association Mères de Tiananmen d’organiser un rassemblement à l’occasion du Nouvel An ; c’était la première interdiction de ce type depuis que ce groupe de défense des victimes a commencé à organiser de tels rassemblements annuels en 2009. L’association a déclaré avoir constaté « non seulement l’absence de toute initiative sincère de la part du gouvernement pour faire la lumière sur le massacre d’innocents lors du mouvement étudiant de 1989 […], mais aussi la froide réalité de l’abus de pouvoir par les forces de sécurité gouvernementales pour entraver les droits sociaux légitimes des citoyens ».

Le 27 mai 2026, les Mères de Tiananmen ont publié une déclaration, signée par 107 membres, exhortant le gouvernement chinois à « remédier, par des moyens légaux et dans un esprit de paix et de raison, à toutes les blessures et injustices non résolues issues de ces événements, et à rendre la justice et la dignité à chaque famille ayant perdu un être cher ».

En novembre 2025, un événement marquant a été la diffusion non autorisée (suite à une fuite) d’une vidéo de six heures enregistrée en 1990, lors du procès militaire secret du général Xu Qinxian ; selon les médias, il s’était opposé aux ordres des hauts dirigeants chinois d’utiliser la force contre les manifestants de la place Tiananmen. Dans une séquence de cette vidéo filmée le 17 mars 1990, le général Xu déclarait : « J’espérais avant tout résoudre le problème par des moyens politiques… J’avais des doutes quant à savoir si agir de la sorte [en recourant à la force] était bien ou mal… et j’ai fait des suggestions, quinn’ont pas été retenues. L’ordre a été transmis… Quant à moi, en tant que commandant, je ne voulais pas y prendre part. » Xu aurait été condamné à cinq ans de prison, et serait décédé en 2021.

Vidéo de juin 2014, à l’occasion du 25ème anniversaire du massacre de Tiananmen

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Les autorités chinoises censurent strictement tout ce qui concerne la place Tiananmen, y compris la célèbre photo de « l’homme au char » (« Tank Man »). Le média australien ABC a rapporté que même une image représentant une banane devant quatre pommes pouvait être signalée par l’algorithme de censure employé par les autorités chinoises, en tant que possible symbole de Tank Man, face aux 4 chars de l’armée.

À Hong Kong, au cours de plus de trois décennies, les commémorations annuelles du massacre de Tiananmen ont rassemblé des centaines de milliers de personnes. Les autorités de Hong Kong ont d’abord interdit la veillée annuelle en 2020 et 2021, officiellement pour des raisons liées à la pandémie de Covid-19. Puis en 2021, les autorités ont contraint l’Alliance de Hong Kong (Hong Kong Alliance), qui organisait ces commémorations, ainsi que son Musée du 4 juin, à la fermeture. Depuis 2022, le parc Victoria, lieu traditionnel de la veillée, accueille un « Carnaval gastronomique patriotique » aux dates proches de l’anniversaire du massacre.

Le 19 mai, un tribunal de Hong Kong a entendu les plaidoiries finales dans le procès de deux anciens dirigeants de l’Alliance de Hong Kong, Lee Cheuk-yan et Chow Hang-tung, qui sont accusés d’« incitation à la subversion » en vertu de la loi sur la sécurité nationale ; ils encourent une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison. Le verdict est attendu en juillet.

Malgré la répression, certaines personnes à Hong Kong ont précédemment tenté de commémorer le massacre. Début juin 2025, la police de Hong Kong a brièvement détenu 10 personnes âgées de 15 à 69 ans, soupçonnées d’« atteinte à l’ordre public », et a arrêté deux autres personnes pour « comportement suspect ». 

Le 4 juin 2025, la police de Hong Kong a également empêché des membres la Ligue des sociaux-démocrates, un parti politique pro-démocratie dissous peu après , de se rendre au parc Victoria pour commémorer le massacre.

Depuis 2020, la censure à Hong Kong concernant le massacre de Tiananmen ressemble de plus en plus aux contrôles stricts imposés depuis longtemps en Chine continentale. En juin 2025, le site Hong Kong Free Press a rapporté que le propriétaire d’une voiture avec la plaque d’immatriculation « US 8964 » (dont les quatre chiffres pouvaient rappeler la date 4.6.89), avait reçu des lettres anonymes contenant ses informations personnelles, des photos de sa voiture et des allégations selon lesquelles il pourrait enfreindre la loi sur la sécurité nationale. En mai 2025, peu avant le 36ème anniversaire du massacre, le propriétaire a expédié son véhicule à l’étranger ; il a expliqué que la situation à Hong Kong « a changé si rapidement […] qu’elle est devenue inacceptable pour ma famille et moi-même ».

Ces dernières années, des groupes de la diaspora et des comptes anonymes sur les réseaux sociaux à travers le monde ont organisé des débats publics, des expositions et des rassemblements, et publié des essais pour commémorer le massacre de Tiananmen. En 2026, des commémorations sont prévues dans plus de 30 villes de sept pays, dont l’Australie, le Canada, les États-Unis Royaume-Uni et Taïwan. 

À la suite du massacre de Tiananmen, le gouvernement chinois a mené une répression à l’échelle nationale ; les autorités ont arrêté des milliers de personnes pour « contre-révolution » et d’autres chefs d’accusation criminels, dont « incendie criminel » et « trouble à l’ordre public ». 

Le gouvernement n’a jamais reconnu sa responsabilité dans le massacre, ni tenu aucun fonctionnaire pour juridiquement responsable de ces meurtres. Il n’a pas enquêté sur les événements, ni publié de données sur les personnes tuées, blessées, victimes de disparitions forcées ou emprisonnées. Les Mères de Tiananmen ont recensé les meurtres de 202 personnes lors de la répression du mouvement à Pékin et dans d’autres villes.

Le gouvernement a ignoré les appels à la justice concernant ce massacre. Les sanctions imposées par le gouvernement américain en réponse au massacre ont été affaiblies ou contournées au fil des ans. L’absence de sanctions internationales significatives a facilité le bilan déplorable de Pékin en matière de droits humains au cours des décennies qui ont suivi, a déclaré Human Rights Watch.

Le gouvernement chinois devrait prendre les mesures suivantes :

Respecter les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique, et mettre fin au harcèlement et à la détention arbitraire des personnes qui contestent la version officielle du massacre de Tiananmen ;Rencontrer les membres des « Mères de Tiananmen » et leur présenter des excuses, publier les noms de toutes les personnes décédées ou injustement emprisonnées, et indemniser de manière appropriée les familles des victimes ;Autoriser une enquête publique indépendante sur le massacre de Tiananmen et ses conséquences, et publier sans délai ses résultats et conclusions ;Autoriser sans condition le retour des citoyens chinois exilés en raison de leurs liens avec les événements de 1989 ; etEnquêter sur tous les responsables gouvernementaux et militaires qui ont planifié ou ordonné l'usage illégal de la force meurtrière contre les manifestants, et les poursuivre en justice de manière appropriée.

Les gouvernements étrangers devraient redoubler d’efforts pour demander des comptes au gouvernement chinois au sujet des graves violations commises par le passé. 

« Malgré la censure, l’intimidation et la répression sévère exercées par Pékin, des personnes chinoises et hongkongaises qui vivent aujourd’hui ailleurs, partout dans le monde, continuent de commémorer le massacre de Tiananmen », a conclu Yalkun Uluyol. « Les gouvernements préoccupés devraient reconnaître leurs efforts et faire pression sur le gouvernement chinois pour qu’il assume la responsabilité du massacre, accorde des réparations et traduise en justice les responsables. »

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29.05.2026 à 06:01

Human Rights Watch
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Click to expand Image Un homme afghan regardait les décombres d'un centre de désintoxication détruit par une frappe aérienne menée par l’armée pakistanaise, selon les autorités talibanes, à Kaboul, en Afghanistan, le 17 mars 2026. © 2026 Sayed Hassib/Reuters

(New York, 29 mai 2026) – Dix ans après l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies de sa Résolution 2286 afin de protéger les soins de santé dans les conflits armés, les attaques contre les hôpitaux et le personnel de santé se poursuivent, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

La Résolution 2286, adoptée à l’unanimité le 3 mai 2016, oblige les États à « prévenir et réprimer » les attaques contre les services de santé. Une décennie plus tard, un nouveau rapport de la Coalition pour la protection de la santé lors de conflits (Safeguarding Health in Conflict Coalition, SHCC), un groupe international d’organisations non gouvernementales dont Human Rights Watch, révèle toutefois que les attaques contre les établissements de santé et le personnel médical se poursuivent à un rythme alarmant. Les gouvernements devraient protéger l’état de droit en prévenant efficacement ces attaques illégales, et en sanctionnant les responsables.

« La Résolution 2286 énonce des obligations claires visant à protéger le personnel et les établissements de santé dans les conflits armés, et à respecter le droit international », a déclaré Julia Bleckner, chercheuse senior auprès de l’Initiative pour la santé mondiale à Human Rights Watch. « Dix ans plus tard, non seulement les États membres n’ont pas rempli ces obligations, mais leurs dirigeants semblent peu soucieux tout en violant des lois et des normes. L’obligation de rendre des comptes exige plus que des résolutions. Elle exige des conséquences. »

Attaques contre la santé Dossier web

Human Rights Watch a créé une page web compilant ses recherches sur les attaques contre la santé au cours des dix années qui ont suivi l’adoption de la résolution.

La coalition SHCC a recensé 2 546 incidents signalés d’« attaques contre la santé » dans 33 pays en 2025. Parmi ces cas, 936 incidents étaient caractérisés par le meurtre, l’enlèvement ou l’arrestation de professionnels de santé ou d’humanitaires ; 790 incidents concernaient des attaques contre des infrastructures de santé, notamment des hôpitaux et des cliniques. La coalition a noté que « dans tous conflits examinés, les attaques contre les soins de santé en 2025 ont eu des répercussions interconnectées à travers les systèmes de santé ». Le rapport de SHCC a également révélé que la majorité des attaques avaient été perpétrées par des forces étatiques. Par ailleurs, le 7 mai, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a publié un rapport présentant des conclusions similaires, et soulignant que « [la] forte augmentation des actes de violence contre les services de santé observée depuis 2016 est principalement le fait d’acteurs étatiques ».

Le 19 mai, des représentants des États membres de l’ONU et d’organisations de la société civile se sont réunis à New York pour discuter des lacunes importantes en matière de reddition de comptes, et renouveler leur engagement à prendre des mesures concrètes pour réduire les attaques contre les services de santé.

Tous les gouvernements devraient prendre des mesures urgentes pour se conformer au droit international et aux exigences énoncées dans la résolution 2286, a déclaré Human Rights Watch. Cela implique notamment d’améliorer la collecte de données sur les attaques et les menaces contre les services de santé, d’intégrer des mesures pratiques visant à garantir le respect du droit international dans la doctrine et la formation militaires, d’étendre le droit national afin d’y incorporer les obligations juridiques découlant du droit international des droits humains et du droit humanitaire, et de restreindre la vente et l’exportation d’armes à des contrevenants connus. Les gouvernements devraient rendre compte régulièrement des mesures prises pour se conformer à ces obligations et à d’autres obligations découlant du droit, a déclaré Human Rights Watch.

Depuis plus de 25 ans, Human Rights Watch documente les attaques illégales contre la santé lors de conflits, mettant en évidence leurs graves conséquences ainsi que leur impact durable sur les droits humains bien après la fin du conflit.

En Syrie, les attaques illégales menées par le gouvernement d’Assad et les forces russes contre les établissements et le personnel de santé ont été une caractéristique marquante de la guerre qui a duré près de 14 ans. Ces attaques ont eu des conséquences négatives durables sur le système de santé du pays, et la voie vers la reprise reste incertaine.Au Myanmar, la junte militaire a entravé l’accès aux produits et services médicaux vitaux et décimé le système de santé depuis le coup d’État de 2021, en particulier dans les régions du pays contrôlées par l’opposition. Des années d’attaques illégales contre les services de santé menées par la junte militaire ont entravé les efforts d’urgence visant à répondre efficacement au séisme de mars 2025, qui a fait des milliers de morts et de blessés.À Gaza, les attaques illégales répétées menées par les autorités israéliennes contre les installations et le personnel médicaux ont entraîné l’« effondrement total » du système de santé. Pendant ce temps, des dizaines de milliers de Palestiniens à Gaza – principalement des enfants – continuent de souffrir de maladies d’origine hydrique, en grande partie à cause de la destruction intentionnelle des infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement tout au long du conflit.Au Soudan, les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) ont attaqué des infrastructures civiles essentielles à la santé, notamment des hôpitaux et des installations d’approvisionnement en eau. Les parties belligérantes ont délibérément entravé l’acheminement de l’aide et pris pour cible les travailleurs humanitaires. En août 2025, l’organisation Médecins Sans Frontières a été contrainte de fermer l’un de ses hôpitaux au Darfour malgré une épidémie de choléra en cours, à la suite d’une attaque armée à l’intérieur de l’établissement. En mars 2026, une attaque perpétrée contre l’hôpital universitaire d’Al Deain, dans l’est du Darfour, a fait au moins 64 morts et des dizaines de blessés. En Ukraine, les forces russes ont intensifié leurs attaques contre les infrastructures de santé, touchant plus de 2 665 établissements et membres du personnel. Dans les zones occupées, les autorités russes ont également restreint l’accès aux soins de santé afin de contraindre les habitants à accepter des passeports russes, et de renforcer illégalement l’imposition de lois et de structures administratives russes.Les États-Unis, Israël et l’Iran ont frappé des infrastructures civiles essentielles à la santé, notamment des centrales électriques, des usines de dessalement et des ponts. Ces attaques, qui ont violé les lois de la guerre, auront probablement des conséquences négatives durables sur la santé et l’environnement des civils, a déclaré Human Rights Watch. 

Le droit international accorde un statut de protection particulier aux hôpitaux et autres établissements médicaux, au personnel de santé et aux moyens de transport médicaux, tels que les ambulances. Les établissements de santé, le personnel et les moyens de transport ne perdent leur statut de protection que s’ils sont utilisés en dehors de leur fonction humanitaire pour commettre des actes préjudiciables à la partie adverse. Ces attaques peuvent néanmoins être illégales si elles sont aveugles ou disproportionnées. Le droit interdit également les attaques contre les infrastructures civiles essentielles à la survie de la population, telles que les centrales électriques et les installations d’approvisionnement en eau.

Human Rights Watch a également souligné que de telles attaques sont susceptibles de violer le droit international des droits humains, en particulier du droit à la santé. En vertu de ce droit, qui s’applique en temps de conflit parallèlement au droit humanitaire, les États doivent respecter certaines obligations fondamentales qui constituent les niveaux minimaux essentiels de ces droits, dont le non-respect ne peut être justifié, même en temps de conflit. Les niveaux minimaux fondamentaux du droit à la santé comprennent l’accès non discriminatoire aux établissements, biens et services de santé ; à la nourriture, à un abri et à un logement ; à l’assainissement et à l’eau potable ; ainsi qu’aux médicaments essentiels.

« Même en temps de guerre, le droit à la santé doit demeurer intact », a conclu Julia Bleckner. « Les preuves d’attaques contre les services de santé en période de conflit sont accablantes. La seule question est de savoir si les pays agiront contre ces violations, ou s’ils resteront silencieux et laisseront ces attaques se poursuivre en toute impunité. »

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