26.05.2026 à 22:18

Harold Bernat a reçu Francis Dupuis-Déri, politiste auteur de « L’art de la guerre culturelle » aux éditions Textuel. Au programme de cette émission, guerre culturelle, combat des idées, engagement politique et résistance à la bêtise satisfaite. Ce qui est en jeu n’est autre qu’une lutte, inégale et souvent peu visible, contre les assauts de la pensée réactionnaire. Que faut-il entendre par là ? Des dominants qui se victimisent sur les plus gros canaux médiatiques, des puissants qui dénigrent et méprisent des exploités, un déni de réalité qui fonctionne par amplification et amputation de la complexité réelle. Derrière la critique du « politiquement correct », nous assistons à une véritable guerre contre la nuance vécue et l’intelligence sociale. Trop souvent perdus dans des querelles de valeurs mises en spectacle cyniquement, nous finissons par oublier la réalité désespérante d’une offensive qui refuse d’être critiquée.
22.05.2026 à 18:26

Le salon de l’agriculture 2026 a connu une baisse de fréquentation de 27,9% par rapport à l’an dernier, en lien avec l’absence de bovins dans le contexte de l’épidémie de dermatose nodulaire. De quoi renforcer une extrême morosité dans le monde agricole, qui va subir le traité de libre-échange entre l’Union Européenne et le Mercosur, avec notamment l’importation de bœuf sud-américain. Pour QG, Manon Rousselot-Pailley, présidente du Mouvement rural de jeunesse chrétienne, alerte sur le risque de voire une agriculture française ne plus être en mesure d’être protégée avec ce traité, suivant une trajectoire analogue à celle de l’industrie hexagonale depuis plus de 40 ans, fustigeant au passage le « double jeu » du gouvernement par rapport aux négociations sur le traité avec le Mercosur. Interview par Jonathan Baudoin


Quel est votre regard sur la signature du traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur ?
Au MRJC, on était opposé à la signature de ce traité. On fait partie du collectif Stop UE-Mercosur. Même si on s’est préparé, on est atterré, déçu par la signature. Ce qui nous inquiète le plus dans les conséquences que cela va avoir pour les paysans en France, mais aussi en Amérique du Sud, c’est le fait que cet accord qui faisait office de digue, retenant d’autres accords de libre-échange un peu partout dans le monde, notamment avec l’Union Européenne, qui vont désormais aller bon train. C’est un peu le dernier rempart qui est tombé.
Et puis bien sûr, on est hyper déçus de la position de la France, qui a prétendu se positionner contre mais qui n’a rien fait diplomatiquement, à Bruxelles et ailleurs, pour entraver les négociations.
Quelles vont être les conséquences les plus immédiates, puis les plus durables, de l’application de ce traité sur l’agriculture française, selon vous ?
On parle de 99.000 tonnes de bœuf importées d’Amérique du Sud par an. Forcément, il y a le risque assez certain de voir la production française supplantée. En revanche, cela favorisera les exportations de voitures, de pesticides, de produits pharmaceutiques, qui ressortiront très clairement gagnantes, elles, de ce deal.
Le problème, c’est que cette manière de voir les choses est similaire aux calculs faits au moment de la désindustrialisation dans les années 1980. On voit les conséquences que cela a aujourd’hui, et l’incapacité pour les États de légiférer sur ces questions-là parce que le principe de concurrence s’applique, qu’on ne peut pas aller contre ça. L’agriculture, qui était un des derniers bastions à n’être pas complètement tombé dans le libre-échange, va finalement tomber comme les autres. On va être les spectateurs impuissants des conséquences que cela va avoir, qui seront les mêmes que pour l’industrie.

En quoi ce traité pourrait signer pour l’agriculture française une situation analogue à celle que connaît l’industrie hexagonale depuis les années 1980 ?
Ce qui porte profondément atteinte aux agriculteurs en France, c’est la pression exercée sur les prix, l’impossible régulation publique. Ce qu’on peut observer dans le monde industriel, en conséquence des politiques menées dans les années 1980, c’est qu’il est quasi impossible de mettre en place des politiques publiques qui favorisent la production locale.
Une fois qu’on a démantelé tout un tas de protections dont on dispose, comme le font des accords comme celui du Mercosur, il est très difficile de revenir dessus ensuite. Cela ne veut pas dire que l’agriculture, dans son ensemble, va souffrir. Des filières comme Lactalis, en mettant la main sur marché du lait brésilien, sont très clairement gagnantes. Cela veut-il dire pour autant que l’agriculture est gagnante ? C’est une question de curseur à mettre.
Il y a aussi des filières qui vont être un peu protégées parce qu’elles bénéficient d’un degré de protection important. La filière Comté va pouvoir résister par rapport à d’autres filières de lait qui ne bénéficient pas du même degré de protection. C’est la question des petits producteurs et de la manière dont ça vient complexifier la possibilité d’un mode d’agriculture qui ne s’inscrit pas dans une logique industrielle.
Comment jugez-vous la position du gouvernement sur l’agriculture hexagonale, par rapport au traité de libre-échange UE/Mercosur et par rapport à l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse des bovins ?
Sur la question du Mercosur, ce que je reproche principalement au gouvernement, c’est son double jeu. Officiellement, c’est afficher une position critique sur l’accord du Mercosur. Mais la France n’a jamais demandé, ces cinq dernières années, à revoir le mandat de négociation qui a été donné, il y a 25 ans, à la Commission européenne. Au moment même où l’Assemblée nationale se prononçait contre l’accord, demandant à Macron de ne rien valider, ce dernier recevait, au ministère des Affaires étrangères, JBS, une filière brésilienne. On avait un double jeu politique insupportable mais qui est assez classique de la part de la France. Notamment sur les enjeux agricoles. À savoir passer son temps à se cacher derrière l’Union européenne comme la cause des problèmes, comme si la France ne jouait pas un rôle prédominant au niveau européen sur ces questions-là, comme si elle ne participait pas aux politiques décidées qui ont des conséquences désastreuses dans l’agriculture. J’ai travaillé à Bruxelles. J’ai vu cela de près. La France a une vraie capacité d’influence. Ensuite, le discours qui est tenu aux Françaises et aux Français est le suivant : « c’est pas de notre faute, c’est l’Union européenne ».
D’une certaine manière, la même rhétorique est appliquée concernant la DNC. Une espèce de discours « c’est pas nous, c’est l’ordre des vétérinaires. C’est pas nous, c’est les normes européennes« . Se déresponsabiliser en permanence du manque de démocratie qui a été appliquée dans la manière de gérer la situation. Il y avait plein d’organisations agricoles qui proposaient des situations alternatives, mais qui ont été d’office écartées.
À chaque fois, peu importe la situation, la DNC, le Mercosur, la PAC, le fait est que le ministère de l’Agriculture est en cogestion avec la FNSEA, qui est le syndicat majoritaire. Il n’y a pas de place pour des discussions qui sortiraient de l’agenda de la FNSEA. Elles sont automatiquement écartées.
On a vu une vraie mobilisation des agriculteurs, très forte, qui a fait bouger les lignes entre les divers syndicats. Mais la position du ministère n’a pas bougée, restant dans la lignée de celle de la FNSEA.

Quelles solutions seraient les plus adéquates pour une agriculture française en mesure de nous fournir une souveraineté alimentaire ?
Pour répondre à cette question, il faut d’abord définir le terme souveraineté alimentaire. À l’origine, ce terme a été travaillé par la Via campesina (mouvement altermondialiste international qui coordonne des organisations de petits et moyens paysans, d’ouvriers agricoles, de fermes rurales, de communautés indigènes d’Asie, des Amériques, d’Europe et d’Afrique : NDLR). Il a été repris ensuite, en étant un peu vidé de sa substance. À la base, le concept de souveraineté alimentaire est présenté comme une alternative aux politiques néolibérales. Depuis qu’il est devenu un thème majeur, il a été réapproprié dans le débat public puis vidé de sa substance. Dans l’idée de souveraineté alimentaire, il y a une part importante qui est donnée à la question de la démocratie. La souveraineté est une question de droit, à la base. Le droit des paysans et paysannes à pouvoir produire des aliments; le droit des consommateurs et consommatrices à décider de ce qu’ils veulent consommer de ce qui est produit chez eux et pourquoi; puis le droit des États à se protéger des importations agricoles et alimentaires qui sont à bas prix, avec un coût certain pour les agriculteurs.
La première solution, pour moi, serait déjà de se réapproprier le concept, tel qu’il a été pensé à l’origine et de le décorréler de l’imaginaire d’après-guerre (« iI faut produire beaucoup pour pouvoir nourrir l’Europe ») parce qu’on est dans des politiques qui ne s’intéressent pas aux conséquences environnementales et sociales de la manière dont on produit. Ce qui signifie: revoir la manière dont on gère le libre-échange, la mondialisation de manière plus large, qui ne serait ni le scénario de l’Union Européenne qui veut continuer le « business as usual », ni celui de l’extrême droite à la Trump qui décide tout seul s’il reste, s’il sort, de ce qu’il laisse, de ce qu’il garde.
Ce serait plutôt un scénario de régulation, où la question n’est pas de s’extraire du commerce international, mais de le réguler avec une visée de solidarité internationale, où on n’est pas là pour appauvrir les paysans du Sud afin d’enrichir les agriculteurs chez nous. Puis, il serait question de redéfinir la PAC. Il y a différentes propositions travaillées par diverses organisations agricoles et paysannes. Il faudrait aussi reprendre un débat démocratique autour de cette question et la manière dont elle est censée protéger les agriculteurs, permettre l’implantation des jeunes.
Au MRJC, on défend la question d’arrêter la course à l’agrandissement. Cela ne veut pas dire arrêter toutes les grandes fermes, mais simplement enrayer ce système qui fait qu’il est impossible pour les jeunes de s’installer, ni d’avoir des fermes familiales à taille humaine. Un de nos slogans est: « 10 petites fermes valent mieux qu’une grande ! »
La question posée est très large. Il y a 1.000 volets de réponses possibles, nécessitant des jours de discussion. Mais les enjeux autour de la PAC, du libre-échange, des pouvoirs de décision des agriculteurs et de ce qu’ils peuvent penser pour leur ferme, avec une certaine autonomie et un accompagnement de l’ordre de ce qui est proposé par Solidarité paysans, qui les aide souvent à sortir de situations intenables, en pensant leur modèle autrement que celui soufflé par les prestataires de différentes filiales de l’agro-business.
Propos recueillis par Jonathan Baudoin
20.05.2026 à 21:15

En France, 160.000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année. Pourtant, 75 % des plaintes pour inceste sont classées sans suite et 99 % des pères incestueux ne sont jamais condamnés. Ces dernières années, plusieurs affaires comme celle de Joël Le Scouarnec ont brutalement remis ce sujet au premier plan, et choqué l’opinion. Qui sont ceux qui commettent ces crimes ? Comment s’organisent-ils et se protègent-ils ? C’est ce que Laurence Beneux explore depuis des années. Journaliste d’investigation, elle a consacré une partie importante de son travail à documenter ces zones d’ombre, ces dysfonctionnements, mais aussi les mécanismes sociaux et institutionnels qui permettent à ces violences de rester, trop souvent, invisibles ou impunies. Auteure de « Pédocriminalité, l’hypocrisie française » (Cherche Midi), elle était l’invitée d’Itzel Marie Diaz sur QG
18.05.2026 à 23:31

À un an de la présidentielle, tout le monde voit déjà le match comme plié. Le RN domine les sondages, un macronisme en bout de course, et la gauche se déchire plus que jamais. Sur le papier, l’histoire paraît écrite. Cependant l’expérience de toutes les présidentielles depuis 25 ans montre que rien ne se passe jamais comme prévu. Ni les médias, ni leurs instituts de sondages, ne maîtrisent les variables qui peuvent faire exploser le scénario actuel: crise économique, affaire faisant tomber un favori, candidature surprise, échappée belle d’un outsider à la faveur d’événements imprévisibles. Pour faire l’état des lieux des forces politiques en présence, et se rappeler que tout reste encore possible, Aude Lancelin a reçu Monique Pinçon-Charlot, sociologue, Aurélien Taché, député LFI du Val-d’Oise, Hadrien Mathoux, directeur adjoint de la rédaction de Marianne et Vincent Jarousseau, photo journaliste, spécialiste de terrain du vote RN
13.05.2026 à 21:15

Pendant des dizaines de milliers d’années, les humains ont vécu au milieu des animaux, les chassant tout en les respectant. Puis quelque chose a changé. Aujourd’hui, les animaux sont à la fois omniprésents et invisibles : plus de 80 milliards d’animaux terrestres sont abattus chaque année pour l’alimentation humaine, alors même que nous sommes très attachés à nos animaux de compagnie. Comment expliquer ce paradoxe ? Comment peut-on aimer certains animaux et en exploiter d’autres à une échelle industrielle ? Est-ce une contradiction morale ou le produit d’une longue histoire ? Les humains ne se sont pas toujours vus comme supérieurs au vivant. Alors, quand avons-nous cessé d’être “un animal parmi les autres” et que dit ce basculement de nous aujourd’hui ? Pour en parler, Itzel Marie Diaz a reçu Marylène Patou-Mathis, auteure de « Nous étions si proches » et spécialiste de la Préhistoire
11.05.2026 à 21:15

Au terme de deux articles récemment publiés sur le site Hors-Série, Manuel Cervera Marzal, sociologue, auteur en 2021 d’une étude intitulée « le Populisme de gauche : sociologie de la France insoumise », défend une hypothèse pour le moins audacieuse : la victoire de Mélenchon en 2027. Cette vision va à l’encontre du discours des médias dominants, qui le présentent comme rejeté par une grande majorité du pays. Cette construction médiatique et sondagière est-elle conforme à la réalité du pays ? Ces dernières années, les instituts de sondage ont montré leurs limites. Dans un contexte de grande volatilité lié notamment à la perte de confiance dans les institutions, il est de plus en plus difficile d’anticiper les résultats d’un scrutin national. Dès lors, les déclarations de toute une classe politique et médiatique constituent-elles vraiment d’honnêtes prédictions, ou participent-elles plutôt d’une stratégie pour empêcher la gauche de rupture d’accéder au pouvoir ? QG a donné la parole à l’intellectuel de 38 ans pour expliquer son point de vue.
05.05.2026 à 22:52

67 jours après le déclenchement des hostilités en Iran, le constat est sans appel: la guerre éclair que Trump pensait pouvoir soutenir aux côtés d’Israël a échoué. Le conflit s’éternise, les décisions américaines semblent toujours plus erratiques. Loin d’asphyxier l’Iran, ce sont plutôt les économies occidentales que les États-Unis sont en train d’asphyxier chaque jour davantage. Le détroit d’Ormuz reste en effet sous contrôle iranien, tandis que les conséquences de cette « guerre pour rien » se rapprochent: risques de récession, pénuries et flambée générale des prix à prévoir dès la rentrée prochaine. Alors que la reprise d’un affrontement militaire direct avec l’Iran peut intervenir à tout moment, QG vous propose de faire le point sur la situation avec les meilleurs spécialistes : Caroline Galactéros, fondatrice du think tank Geopragma, experte en questions militaires, Sébastien Regnault, auteur de « La modernité iranienne » et Akram Belkaïd, rédacteur en chef du « Monde Diplomatique » pendant de nombreuses années.
29.04.2026 à 21:10

Figure de la cause palestienne en France depuis près de 25 ans, Olivia Zemor est l’objet de vives attaques. Son franc parler et ses prises de position ne plaisent pas aux avocats inconditionnels de la politique de Netanyahou. Elle a notamment été la cible d’une véritable campagne de haine de la part de l’extreme droite pro-israélienne en France. C’est également le cas en Israël où, juive par ses origines, elle est interdite de séjour par les autorités. Elle a également été condamnée pour « apologie du terrorisme » fin mars 2026. Une condamnation dont l’appel est en cours aujourd’hui. Que pense la présidente d’EuroPalestine de la position des médias français et israéliens sur la question palestinienne? De celle des juifs de France ? De la loi adoptée en Israël permettant d’appliquer la peine de mort aux seuls détenus palestiniens accusés de « terrorisme » ? Elle était l’invitée de David Libeskind pour un entretien fort et très rare.
27.04.2026 à 22:56

La lutte contre le complotisme est devenue un outil de pouvoir. C’est le constat dressé par Laurent Dauré, journaliste, spécialiste des dispositifs de propagande dans les sociétés occidentales, à travers son essai « L’anticomplotisme officiel – une idéologie au service de l’ordre établi » aux éditions Critiques. Son enquête explore les coulisses de l’anticomplotisme officiel, en s’appuyant sur une analyse inédite de l’entité Conspiracy Watch et de ses figures de proue. L’auteur met en lumière les liens entre pseudo expertise, pouvoir, financements et médias, et montre comment se redéfinissent les limites du débat démocratique. Sans défendre aucunement les théories du complot, il invite à renouer avec un esprit critique éclairé pour comprendre qui façonne aujourd’hui la « vérité officielle » et pourquoi. Il était l’invité d’Aude Lancelin et Harold Bernat dans Quartier Populaire
20.04.2026 à 23:56

Emmanuel Macron symbolise pour beaucoup de Français le déni même de la démocratie. Pour Marc Joly, sociologue, chercheur au CNRS, et Christian Savestre, expert en évasion fiscale, il incarne le déni pervers, un mode de gouvernance qui prévaut aujourd’hui dans une certaine oligarchie transnationale. Dans « En finir avec le déni » (Anamosa), ils sont remontés aux origines de cette entreprise politique: les activités d’Emmanuel Macron lorsqu’il était banquier d’affaires. Vampirisation des ressources publiques, cession d’actifs stratégiques à des intérêts étrangers, manipulation systématique du langage et des affects, opacité organisée à tous les niveaux, y compris personnel. Cette enquête comporte des accusations graves : les déclarations de patrimoine faites par Macron à la HATVP ne pourraient en aucun cas être sincères. Aude Lancelin les a reçus en exclusivité sur QG pour affronter l’énigme Macron, essentielle à déchiffrer pour libérer la France de ceux qui s’organisent déjà pour poursuivre sa politique après 2027