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Directrice de publication : Aude Lancelin

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19.03.2026 à 10:26

Après la mort de Quentin Deranque : les « antifas » manifestent à Lyon

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« Alerta, alerta, An-ti-fa-scista ». 14 h 27, la musique gronde et fait vibrer le sol rosé de la place Bellecour (2ᵉ arrondissement). En évitant de marcher dans les quelques flaques boueuses qu’une bruine vient tout juste de créer, les premiers manifestants déambulent ce samedi 14 mars 2026 à Lyon, un mois après la mort … Continued
Texte intégral (4242 mots)

« Alerta, alerta, An-ti-fa-scista ». 14 h 27, la musique gronde et fait vibrer le sol rosé de la place Bellecour (2ᵉ arrondissement). En évitant de marcher dans les quelques flaques boueuses qu’une bruine vient tout juste de créer, les premiers manifestants déambulent ce samedi 14 mars 2026 à Lyon, un mois après la mort de Quentin Deranque, jeune militant d’extrême droite. Ils sont déjà plusieurs centaines. « La France Pétain plomb », peut-on lire sur la pancarte que Mathieu* serre dans sa main gauche. Venu d’une petite commune avoisinante, il s’est rendu, comme beaucoup d’autres, à Lyon spécialement pour l’occasion. « C’était important pour moi de venir manifester contre le fascisme, explique le jeune homme du haut de son mètre quatre-vingts. Surtout avec l’actualité… ce qu’il s’est passé après la mort de Quentin Deranque.« 

Au centre de la place, au pied de la statue de Louis XIV éclairée par un timide rayon de soleil, le service d’ordre de la grande marche « antifasciste et antiraciste » se prépare, à l’appel d’une cinquantaine d’organisations. Le contexte est bien plus sensible que d’habitude. « Il faut qu’on puisse se prévenir au moment de la dispersion à 18 heures, prévient la référente. Avez-vous tous un talkie-walkie ? » Une soixantaine d’individus, munis de brassards mauves, sont venus prêter main-forte. Ils sont d’habitude autour de 40.

Nini et Chacha, au centre de la place Bellecour, exposent fièrement les affiches qu’elles ont préparées la veille. 14 mars 2026. Photo Hugo Bachelet

Une marche en réponse à celle « pour Quentin »

Ce rassemblement se veut effectivement une réponse à l’hommage ayant eu lieu le 21 février “pour Quentin” qui avait rassemblé pas moins de 3 000 personnes. La mort de cet ex-membre du mouvement royaliste Action Française, le 14 février dernier, frappé au sol après la dispersion d’une rixe l’opposant à des sympathisants de « La Jeune Garde » (mouvement « antifa » dissous en juin 2025) avait suscité une immense polémique nationale.

Malgré la demande de retenue des organisateurs, cet « hommage » n’avait en effet pas échappé à la profération d’insultes racistes et homophobes. Des saluts nazis avaient également été épinglés par divers médias comme Mediapart et France info. Plusieurs manifestants avaient même été recensés comme appartenant à des groupuscules franchement néofascistes tels que « Lyon Populaire », ou ayant participé à des agressions à caractère raciste faisant l’objet de condamnations, comme c’était le cas pour Tristan Arnaud, dit « le Cogneur » ainsi qu’a pu le documenter le média lyonnais d’investigation « l’Arrière-Cour ».

La place se remplit peu à peu. Plusieurs milliers de Lyonnais et des habitants des alentours brandissent leurs pancartes et drapeaux. 14 mars 2026. Photo Hugo Bachelet

Ce samedi, Khadidja Lahlali, porte-parole du Pacte Lyon Respirable pour l’inter-organisation, resitue le contexte : « Cette marche nous a mis en colère. Lyon est la capitale de la Résistance. Nous devons réinvestir la rue ! » Un objectif réussi puisque plus de cinquante collectifs, organisations citoyennes et groupes syndicaux, ou militants, se sont mobilisés à travers sept cortèges (Attac Rhône, Nous Toutes Rhône, Tsedek, On s’en Mêle 69, La France insoumise, et autres).

« Nous avons un intérêt commun à dire non à la haine », insiste la porte-parole, en cette veille du premier tour du scrutin municipal. Avant le lancement du parcours, sur une scène installée au coin de la place, Djamel Attalah, marcheur historique pour l’égalité et contre le racisme de 1983, vient rappeler au micro l’héritage de la ville et de ses quartiers populaires: « Par votre présence, vous êtes la résistance. Vous faites vivre la mémoire de cette ville et l’honneur de son histoire. » En 1983, il avait parcouru la France avec un petit groupe de jeunes, derrière une banderole, mû par l’urgence de justice sociale et de lutte contre le racisme. Un mouvement lancé après de violents affrontements entre habitants et policiers à Vénissieux, banlieue populaire lyonnaise, au cœur du quartier bien connu des Minguettes.

« Lyon, Lyon antifa », tonne alors une dernière fois la foule, au milieu de quelques claquements de mains spontanés.

« Lyon est un bastion du fascisme en France »

Il est 15h15, la marche peut désormais commencer. 12.000 personnes se sont mobilisées selon l’organisation, 11.000 selon la préfecture. Les cortèges se constituent pour parcourir les 2,5 km prévus jusqu’à la place Jean Macé (7ᵉ arrondissement), avec un passage annoncé devant Sciences Po Lyon. C’est ici que le collectif Némésis avait protesté contre une conférence de la députée européenne Rima Hassan, juste avant le décès de Quentin Deranque, membre du service d’ordre des féministes identitaires.

Tout à gauche de la photo, Khadidja Lahlali. À ses côtés Karima, porte-parole du Pacte Lyon Respirable. 14 mars 2026. Photo Hugo Bachelet

Sacha*, lui, milite dans les rangs de « Young Struggle Lyon » (organisation de jeunes socialistes et internationalistes). Il plaisante avec ses amis et compagnons de lutte. L’ambiance est festive. « C’est important de réaffirmer notre antifascisme ici, particulièrement », assure-t-il en abaissant son masque chirurgical, laissant apparaître un piercing au nez.

Après les nombreuses agressions et dégradations subies par différents locaux de collectifs citoyens et militants, depuis la mort de Quentin, notamment celui de l’union syndicale Solidaires Rhône (Sud) dans la nuit du 14 au 15 février, puis un mois plus tard, dans la nuit du 12 au 13 mars, l’étudiant en sciences sociales à l’université Lyon 2 souligne auprès de QG combien les groupuscules identitaires et d’extrême droite « sévissent dans les rues de Lyon ».

Il nuance toutefois. Aujourd’hui, ce ne sont pas les rixes avec ces groupuscules qu’il craint le plus, mais davantage la police. Et le garçon de 22 ans d’ajouter: « Quand on voit aujourd’hui le nombre de personnes qui viennent se mobiliser, malgré un contexte de plus en plus répressif, je suis tout de même rassuré. » »

La machine médiatique

Élancée en direction du pont de la Guillotière, qui mène de l’autre côté du Rhône, la foule poursuit ses slogans. « Siamo tutti antifascisti ! » résonne depuis le quai du Docteur Gailleton. Au pied d’un arbre, une pancarte a été abandonnée : « Médias, bras droit qui se raidit ». Rapidement, la question des médias vient effectivement au cœur des enjeux de la marche.

« Personne ne devrait mourir pour ses idées » a déclaré Yaël Braun-Pivet à l’Assemblée Nationale, le 17 février dernier. 14 mars 2026. Photo Hugo Bachelet

« L’antifascisme est un terrorisme comme un autre. », pouvait-on lire dans les colonnes du JDD, ainsi que : « La mort de Quentin, symbole de la haine antifa. » Dans Le Figaro également: « Mort de Quentin : des voix s’élèvent pour classer les « antifas » comme organisations terroristes ». Des discours qui se retrouvent même dans les colonnes des médias supposément de gauche : « S’acharner sur un homme à terre, ce n’est pas antifa, c’est fa. » (Libération)

La médiatisation très hostile de la lutte contre le fascisme, après le décès du jeune Quentin Deranque, a laissé un goût amer aux principaux concernés, comme Sacha : « On a vu qu’un appareil médiatique s’est mis en place ces dernières semaines en France pour diaboliser les antifas, avec BFMTV, CNews et les grands médias publics aussi, comme France Info… que l’on pourrait pourtant considérer comme moins “d’extrême droite”. » Des discours dangereux qui, selon lui, ont même infiltré le palais Bourbon : « Yaël Braun-Pivet a repris mots pour mots ces hommages et a demandé une minute de silence pour un homme qui défendait des idées nazis. C’est assez éloquent. » 

« Pas une larme, pas une minute de silence pour @Gavariou ». 14 mars 2026. Photo Hugo bachelet

Mediapart a depuis révélé les nombreux posts publiés par le jeune nationaliste ultra sur le réseau social X, « autour d’une glorification du fascisme et d’une nostalgie du nazisme » (article du 12 mars 2026, signé Alexandre Berteau et Marie Turcan). « Moi, je soutiens Adolf, mais chacun son truc », « On ne veut pas vivre avec des Africains, qu’ils soient délinquants ou non », « On veut le fascisme » : autant de propos qui ont été tenus sur un compte anonyme, « Gavariou », identifié par le média en ligne cofondé par Edwy Plenel comme appartenant à Quentin Deranque. Lorsqu’un internaute poste un chapitre de Mein Kampf, ce dernier abonde à l’automne 2024 : « À faire lire à tous les lycéens ». La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a réagi à ces faits a posteriori, se disant horrifiée, tout en assumant malgré tout la minute de silence au Palais Bourbon.

Sacha insiste sur le fait que, derrière cette « machine », ce sont des milliardaires et de petits groupes patronaux qui tirent les ficelles. « Le paradigme a changé dans les médias. Ça fait peur. Car derrière, ce sont des millions d’euros qui enclenchent cette machine, pour défendre leurs intérêts et certaines idées. » C’est l’une des raisons qui l’a amené à se mobiliser ce jour-là à Lyon « pour construire un contre-discours à celui dominant. »

Bernard Arnault, Vincent Bolloré et Cyril Hanouna, présents en mascottes tout au long de la marche. 14 mars 2026. Photo Hugo Bachelet
L’antifascisme, un rempart contre le fascisme

Peu après 16 heures, juste avant l’entrée du pont, alors qu’un groupe de six individus à capuches et lunettes scande « Justice pour Quentin, Antifas assassins, LFI complice » en bordure de la foule, une agitation semble furtivement perturber le parcours. Le service d’ordre intervient rapidement, et tout revient au calme.

« Le fascisme et l’antifascisme ne peuvent pas être mis sur le même plan : soit vous êtes l’un, soit vous êtes profondément l’autre », affirme Julien*, un peu plus loin dans la foule, faisant référence à la Une de Marianne, dont le titre « anti » a été barré. Lui aussi est étudiant, non loin de la capitale des Gaules, et a été très touché par l’actualité qui a frappé la ville. Il ajoute: « On veut que la vérité prime. On est là pour montrer aux Françaises et aux Français ce qu’est la lutte antifasciste, et qu’on est nombreux et nombreuses à lutter. »

Sur le pont de la Guillotière, un graffeur dégaine discrètement une bombe de peinture de sa poche. 14 mars 2026. Photo Hugo Bachelet

Parmi celles qui sont venues pour rappeler le lien entre lutte féministe et antifascisme, se distingue Carmen, membre du collectif « Nous Toutes Rhône » depuis un an et demi. « Les femmes sont parmi les victimes désignées du fascisme », souligne-t-elle. « C’est important de laisser place à la parole féministe, et pas à celles qui prétendent l’être comme Némésis, alors qu’elles tiennent un discours raciste, xénophobe voire même homophobe. »

Une photo d’Alice Cordier, fondatrice du collectif Némésis, a également été récemment dévoilée sur les réseaux sociaux, depuis la mort de Quentin Daranque. On y voit ce qui semble être un geste formant le signe « SS », bien qu’elle nie toute implication assumée à cet égard.

Groupée aux côtés de plusieurs femmes, vêtues d’un dossard violet arborant « Nous Toutes », Carmen affirme : « Evidemment, personne n’a envie que cela mène à des morts. » Elle remarque toutefois un deux poids-deux mesures, dans la presse et les insitutions politiques: « Il n’y a pas eu de tels hommages pour les 164 femmes qui ont été tuées l’année dernière par leur conjoint ou ex-conjoint. Ni pour leurs enfants ».

Les CRS en rang face à la foule

Une fois de l’autre côté de la rive, accueilli par le chant des sirènes et une rangée de CRS, le défilé se poursuit sans incidents sur les quais Claude-Bernard. La préfecture du Rhône avait prévu le même service d’ordre que pour la marche féministe du 8 mars, postérieure à la polémique nationale.

« Plus d’hôpitaux, moins de fachos », peut-on lire sur la paroi d’un abribus. Aux fenêtres de l’hôpital Saint-Joseph Saint-Luc, les soignantes forment des cœurs avec leurs mains et des signes de remerciement à la foule. En réponse, celle-ci applaudit. 14 mars 2026. Photo Hugo Bachelet

Sur le trottoir du côté du fleuve, une manifestante flâne, accompagnée de ses trois filles de 7, 9 et 11 ans. Chacune tient dans ses mains différentes craies colorées. À chaque banc, les trois têtes blondes griffonnent un slogan, puis un autre : « All Antifa », « Acab »… les mêmes qu’inscrits sur leur masque chirurgical. « Elles connaissent déjà ça à leur âge ! », s’étonne avec humour un manifestant.

À peine quelques minutes plus tard, les CRS lancent une bombe de gaz lacrymogène au pied de la foule. « On était face à eux, on s’est tout pris ! », fulmine un militant arrivant à contre-sens de la marche. « Mais pourquoi ils viennent de nous gazer ? Le parcours a pourtant bien été validé ! », s’exclame l’un de ses proches en lui tendant un masque et du sérum physiologique.

Les CRS, regroupés devant l’université Lyon 2. Les manifestants se sont réfugiés à l’opposé. 14 mars 2026. Photo Louison Lecourt
Un volet historique fondamental : « Les mots ont un sens »

Les camions des différents cortèges avancent tant bien que mal avenue Berthelot, jusqu’au « Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation » (CHRD). Sur le chemin, nous croisons Sylvine Bouffaron, cofondatrice du collectif «Alternatiba Rhône». C’est la référente de la marche. « On est là pour renverser le game. Cette marche est une belle démonstration de ce que cette lutte représente, avec les premiers concernés et un volet historique », témoigne-t-elle avec émotion. Et la militante d’ajouter : « Je déplore absolument l’inversion des valeurs. On devrait tous être antifa. Les mots ont un sens. »

C’est aussi l’avis de Jean-Pierre*, 78 ans, qui habite Lyon depuis ses cinq ans. Ses parents ont fui l’Italie. « Toute ma vie, j’ai lutté contre le fascisme, indique-t-il à QG. Je suis issu d’une famille pour qui la lutte antifasciste a été omniprésente. » Membre de « Solidaires Rhône », reconnaissable au drapeau bleu et violet qu’il tient, il préfère rester anonyme, car « il se méfie plus que jamais » de la presse. « J’ai été indigné de la manière dont les dernières actualités de Lyon ont été médiatisées, on n’est pas dupe. Il y a un vrai virage fasciste en France, poursuit le sociologue à la retraite. Comment peut-on avaler ce type de conneries ? Cette violence médiatique est tout simplement anti-historique. »

« Celles et ceux qui sont victimes de racisme n’ont pas le droit à la mémoire », déplore-t-on au micro. Devant le CHRD, une pancarte est déposée aux côtés de Jean Moulin. 14 mars 2026. Photo Hugo Bachelet

Arrivés devant le « Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation », une minute de silence est initiée après un discours rappelant notamment l’histoire de Jean Moulin, figure mythique de la résistance française lors de la Seconde Guerre Mondiale, torturé par le chef de la Gestapo de Lyon, Klaus Barbie. « Merci pour elles et eux », annonce la fin de cette minute, début d’un long applaudissement. « Face au fascisme, face au racisme, Lyon et sa région font front. Lyon a résisté et nous résisterons », se voit scandé au micro depuis le camion du cortège.

Sur la place Jean Macé, la marche s’achève pacifiquement. Au croisement d’une rue, les CRS sont aperçus au loin. Un arc-en-ciel se forme juste au-dessus de leurs casques. «C’est lunaire », s’amuse une manifestante en montrant la scène du doigt à son amie. La dispersion se fait sous un torrent de pluie et même une grêle qui aura attendu, jusqu’au bout, pour tomber sur la ville de Lyon. « Quand les blés sont sous la grêle/ Fou qui fait le délicat/ Fou qui songe à ses querelles/ Au coeur du commun combat » écrivait Louis Aragon en pleine occupation française.

Louison Lecourt

*Les prénoms ont été modifiés

17.03.2026 à 21:15

« Face à un monde en train de se faire sauter » avec François Meyronnis et Aude Lancelin

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Aude Lancelin a reçu François Meyronnis, écrivain et cofondateur de la revue « Ligne de Risque ». Penseur singulier, il est l’auteur de nombreux romans et essais, pour la plupart parus chez Gallimard, parmi lesquels « Ma tête en liberté », « De l’extermination comme un des beaux-arts » ou encore « Le Messie ». Depuis les années 2000, il interroge la crise … Continued
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Aude Lancelin a reçu François Meyronnis, écrivain et cofondateur de la revue « Ligne de Risque ». Penseur singulier, il est l’auteur de nombreux romans et essais, pour la plupart parus chez Gallimard, parmi lesquels « Ma tête en liberté », « De l’extermination comme un des beaux-arts » ou encore « Le Messie ». Depuis les années 2000, il interroge la crise spirituelle globale que traverse l’humanité, la destruction du langage, la faillite de l’idéologie du progrès, et travaille à penser un dépassement du nihilisme. La réflexion de François Meyronnis apporte un éclairage profond sur les événements que nous sommes en train de vivre, qu’il s’agisse des progrès fulgurants de l’IA, de la marche à la guerre qui s’intensifie à l’échelle planétaire, ou encore des révélations récentes autour de l’affaire Epstein, symptôme du fonctionnement d’une certaine oligarchie mondiale.

12.03.2026 à 17:45

Quand les bulletins sont rebattus : Xavier Niel tente de bloquer Rachida Dati aux municipales

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« J’adorerais utiliser mon argent pour aider ma ville. » Ah, Xavier Niel, ce bon samaritain… Milliardaire, mais inconditionnellement altruiste. Patron de presse, non pour protéger son image ou obtenir des faveurs du pouvoir… mais parce qu’il admire le métier. Jusqu’à peu, il aimait aussi flirter avec les rumeurs d’une possible candidature à la mairie … Continued
Texte intégral (4632 mots)

« J’adorerais utiliser mon argent pour aider ma ville. » Ah, Xavier Niel, ce bon samaritain… Milliardaire, mais inconditionnellement altruiste. Patron de presse, non pour protéger son image ou obtenir des faveurs du pouvoir… mais parce qu’il admire le métier. Jusqu’à peu, il aimait aussi flirter avec les rumeurs d’une possible candidature à la mairie de Paris. Encore une fois sans intérêt, bien sûr, si ce n’est qu’il détesterait voir les clés de la ville qu’il aime tant, entre des mains mal intentionnées.

À défaut de se présenter, Xavier Niel s’est immiscé en réalité bien plus discrètement dans le scrutin. Et pour cause. L’enjeu est crucial pour l’empire immense qu’il a façonné : à 58 ans, ce sont près de 3 milliards d’euros qu’il a alloué à l’immobilier parisien, comme l’a estimé le Canard Enchaîné.

Le président Emmanuel Macron (au centre), la secrétaire d’État française chargée de l’IA et du numérique Clara Chappaz (à gauche) et l’homme d’affaires Xavier Niel. À Tirana, le 16 mai 2025. Photo Ludovic MARIN / AFP

Si Xavier Niel investit, ici et là, dans les start-up, la presse et les biens immobiliers de prestige, c’est aussi parce qu’il a su, dans ce dernier cas, tirer profit d’un contexte municipal particulièrement bienveillant pour renforcer ses appuis et élargir son influence. En témoigne sa proximité avec les proches d’Anne Hidalgo, maire sortante, et plus particulièrement avec l’ancien adjoint à l’urbanisme Jean-Louis Missika, condamné pour prise illégale d’intérêts en avril 2024. C’est avec ce dernier que Xavier Niel a coécrit son ouvrage Une sacrée envie de foutre le bordel, paru chez Flammarion en 2024, qui s’avère être « une conversation entre amis qui raconte un homme ».

Or, cette fois-ci, ce n’est pas son ami, mais une redoutable adversaire, qui pourrait bientôt décider du bon déroulement de ses affaires parisiennes.

Edile et milliardaire, la fin d’une idylle ?

Depuis près de six ans, le patron de presse et Rachida Dati, la tout juste démissionnaire ministre de la Culture, entretiennent des relations pour le moins houleuses. Insultes et piques sont lancés à la volée. « Je ne me réconcilierai jamais avec cet enfoiré », a-t-elle glissé au printemps 2025 à l’une de nos sources.

Alors que les Parisiens iront élire leur maire ces dimanches 15 et 22 mars, la querelle entre le milliardaire et la candidate des Républicains, tourne à l’obsession. Cette dernière étant placée en seconde place dans les sondages pour le premier tour, derrière le socialiste Emmanuel Grégoire, en tête de l’union de la gauche et des écologistes (hors LFI), est bien positionnée dans la course. D’autant plus qu’un sondage récent de l’Ifop, daté du 22 février 2026, donne Rachida Dati gagnante du second tour en cas de duel (53%-47%).

Au regard de cet inquiétant cas de figure, depuis de nombreux mois déjà, dès le lancement de la campagne, les Unes anti-Dati se multiplient dans nombre de journaux détenu par Niel. Effectivement, la presse, l’un des tremplins influents dans lesquels le fondateur de Free investit généreusement, semble être sommée de faire preuve de réactivité lorsqu’il s’agit d’un scoop concernant Rachida Dati. À l’inverse, l’actuelle maire du 7e arrondissement multiplie les dépôts de plaintes en diffamation contre les médias qui s’en prennent à elle. Peut-être Niel, très procédurier à une époque, lui a-t-il montré l’exemple ?

Des Unes avant les urnes

Si l’actualité de Rachida Dati mérite, assurément, un traitement médiatique attentif, au regard de la gravité des faits qui lui sont reprochés, elle monopolise tout particulièrement les colonnes des titres controlés par le milliardaire, à l’instar du quotidien Le Monde, du Nouvel Obs, ou de Télérama.

Le cambriolage du Musée du Louvre, la perquisition de son appartement dans le cadre d’une information judiciaire pour corruption, la « conspiration gay », « la convergence des brutes » avec son adversaire de la FI, Sophia Chikirou, quand ce ne sont pas des soupçons d’alliance avec la zemmouriste Sarah Knafo, ou encore la récente polémique du « WikiDati », autant d’épisodes largement relayés et traités en long, en large et en travers par ces titres.

Tête de turc du Nouvel Obs, hebdomadaire dont Xavier Niel est actionnaire à titre individuel via le groupe Le Monde, Rachida Dati apparaît dans pas moins de 42 titres du journal entre le 1er juin 2025 et le 10 mars 2026. Cette omniprésence fait même l’objet d’un “running gag” dans la rédaction. Selon nos informations, ces railleries récurrentes s’expliqueraient par le nombre d’affaires judiciaires qui la touche et la multiplication des plaintes en diffamation que celle-ci a porté contre le magazine. 

C’est ce même journal qui, rappelons-le, a été à l’origine des révélations, de l’affaire Renault en mars 2024, impliquant des faits de corruption et de trafic d’influence. Rachida Dati sera jugée à ce titre à partir du 16 septembre 2026. C’est également le Nouvel Obs et Complément d’Enquête qui, en juin 2025, ont révélé les liens financiers de la candidate avec GDF Suez lorsqu’elle était députée européenne.

Le Nouvel Obs, dossier de révélations sur Rachida Dati, 5 mars 2026

À titre de comparaison, sur la même période, les candidats aux municipales Emmanuel Grégoire (PS) et Sarah Knafo (Reconquête) ne totalisent que onze occurrences chacun, tandis que Sophia Chikirou (LFI) et Pierre-Yves Bournazel (Horizons) n’apparaissent respectivement que trois et cinq fois dans les colonnes du Nouvel Obs. Un écart éloquent.

“Ennemie du service public”

Le Monde, autre titre du même groupe, annonçait, le 20 janvier dernier, qu’Emmanuel Grégoire et Rachida Dati voulaient « imposer l’idée d’un match à deux » dans le cadre des élections municipales. Le journal semble toutefois avoir accordé davantage de sympathie à la parole du candidat socialiste. Depuis le 1er juin 2025, trois pages du site web ont été consacrées à Emmanuel Grégoire, dont une tribune dans laquelle il insiste sur le danger de la bolloréisation des médias, ainsi qu’un entretien lui permettant d’annoncer, selon ses mots, une rupture avec « la méthode Anne Hidalgo ».

À noter toutefois que si Emmanuel Grégoire assure de ses différences avec l’ancienne maire, il l’a toujours défendue. « Anne a réussi à créer une alchimie entre les jeunes hussards et les vieux briscards. C’est elle qui fait la synthèse », a-t-il lancé dans Libération lors des dernières élections municipales, au moment même où la multiplication des partenariats publics et privés faisaient largement débat.

L’ancienne magistrate, elle, figure sur neuf pages du site en ligne du quotidien de référence, mais décrite sous une plume principalement à charge. Tantôt “la fébrilité gagne la campagne de Rachida Dati”, tantôt “la campagne survoltée de Rachida Dati pour la mairie agace à gauche. Au-delà d’un état des lieux de sa campagne, les articles sont bien souvent consacrés au rappel des différentes affaires compromettantes la concernant.

Une de Télérama, 15 novembre 2025

Outre une multitude d’articles, l’ex sarkozyste a fait la Une du print de Télérama le 15 novembre 2026. “Amie de Bolloré” et“Ennemie du service public”, peut-on lire sur la couverture de l’hebdomadaire. Nous avons pu le vérifier : en un an, soit depuis le 12 mars 2025, c’est la seule personnalité politique à avoir fait la Une du magazine. Et Télérama appartient lui aussi… au groupe de Niel.

Xavier Niel et son empire parisien

La principale intéressée, Rachida Dati, n’y voit rien d’anodin. Ce ne seraient pas les intérêts des Parisiens, mais bien ceux de Xavier Niel lui-même, qui seraient défendus avec tant de zèle par ces rédactions. « Xavier Niel a fait beaucoup d’achats immobiliers sous Hidalgo et ils entretiennent de très bonnes relations », assure Rachida Dati, filant entre deux rendez-vous.

Depuis une quinzaine d’années, le mogul des télécoms, 7ᵉ fortune de France selon le magazine Challenges (propriété de Bernard Arnault) a, de fait, discrètement étendu ses investissements dans la ville, au point d’y constituer un empire immobilier monumental.

Et si parmi les acteurs économiques de la ville de Paris, Bernard Arnault, l’homme le plus riche de l’Hexagone, a souvent été épinglé pour ses caprices opulents, le concubin de sa fille, Delphine Arnault, s’est montré sensiblement plus discret dans ses nombreuses acquisitions… à moins que les journalistes ne montrent plus de mansuétude à son égard.

Car désormais, Xavier Niel cumule pas moins d’une dizaine d’hôtels particuliers, dont l’emblématique hôtel Lambert et l’hôtel Coulanges. S’ajoutent à son butin une partie de la tour Triangle, du forum des Halles et du Carrousel du Louvre via ses actions de plus de 26 % dans la multinationale Unibail-Rodamco-Westfield. Le milliardaire s’est offert, de surcroît, la tour CIT et les deux derniers étages de la tour Montparnasse qui la jouxte, ainsi que les locaux de son école 42, la Tour Morland, le musée Giacometti, et la liste est encore longue.

Le musée Giacometti

C’est d’ailleurs cette affaire « Giacometti », qui a partiellement rendu publique « la guerre » entre les deux protagonistes. Selon « Freenews » (fin novembre 2024), Rachida Dati, maire du 7ᵉ, s’était montrée opposée à l’évolution de la maquette de ce musée situé dans l’arrondissement. Tenace, elle avait fustigé l’ajout d’un centre commercial et d’un espace panoramique qui, d’après elle, s’éloignaient de l’objectif initial du projet, centré sur les métiers d’art et les activités non lucratives. Lui voyait, derrière cet affront, un moyen de faire diversion après la parution de l’enquête du Nouvel Obs paru auparavant dans l’année.

Vrai ou pas, les deux se regardent en chiens de faïence : un bref aperçu de la situation explosive qui pourrait s’installer si Rachida Dati venait à être élue maire ce 22 mars. Inquiet, l’homme d’affaires ne peut rester passif, sous peine de compromettre ses bonnes fortunes futures. « L’immobilier à Paris c’est son kiff », souffle à QG un fin connaisseur des investissements de Xavier Niel.

Parmi les « édifices d’exception » qu’il a négociés avec la Ville de Paris, arrêtons nous sur le rachat de l’ancienne gare de la Halle Freyssinet dans le 13e arrondissement.

Jean Louis Missika : le cheval de Troie

Ce projet ? Un « flagship (projet vitrine, NDLR) pour l’économie numérique parisienne », selon Jean-Louis Missika, alors adjoint à l’urbanisme de Anne Hidalgo. Inauguré en 2017 par Xavier Niel, la gare est devenue un campus qui abrite aujourd’hui un millier de start-up : la Station F.

Le chercheur du fait urbain, Hacène Belmessous, a mené l’enquête pendant de longs mois, avant de publier son essai « Paris n’est plus une fête » (éditions Les Voix Urbaines, 2024), notamment consacré à ce projet. « Missika a toujours été une sorte de cheval de Troie dans la capitale pour les projets de Niel. C’est lui qui a promu Station F auprès de Bertrand Delanoë. C’était un outil », indique-t-il à notre média. 

Jean-Louis Missika et Anne Hidalgo au Forum des Halles, Paris, 9 avril 2016. Photo A. Schneider

Il rappelle que Station F s’inscrit dans un plan plus large : « C’est quand même dans ce coin du 13ᵉ que Niel a imposé la localisation du siège du journal Le Monde, Télérama, Le Nouvel Obs, Courrier International, etc. » C’est d’ailleurs en fouillant méticuleusement qu’il s’est rendu compte de l’empire qu’avait réussi à façonner l’oligarque. « Je n’imaginais pas que c’était devenu un acteur si important dans l’immobilier. Et en cela, ça fait de lui un vrai moteur de l’urbanisme parisien », poursuit-il.

Une stratégie d’investissement tous azimuts qui, aussi discrète soit-elle, est étroitement liée à son influence dans les médias, selon l’écrivain-chercheur. « Il faut quand même se dire qu’un homme comme Xavier Niel a une vraie capacité d’influence dans la presse. Lui s’en défend, mais quand il dit que, lorsqu’un média l’ennuie, il l’achète… » Une référence à la phrase prononcée par Niel rapportée par l’ex journaliste du Nouvel Obs, Odile Benyahia-Kouider : « Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard, et ensuite ils me foutent la paix. »

Le milliardaire a ainsi, depuis longtemps, préparé le terrain.

Un « ami » et collaborateur de longue date

Car ce lien, entre Missika et Niel, a débuté dès les années 2000. Ils ont noué une relation de confiance alors que Xavier Niel développait l’opérateur de télécom Free. En 2004, Jean-Louis Missika, spécialiste des médias, est recruté au sein d’Iliad, la maison mère de l’entreprise. Quand Xavier Niel fut incarcéré pour « recel d’abus de biens sociaux » en 2004, c’est Jean-Louis Missika qui, avec une poignée d’associés, a assuré la continuité de la direction tout en développant ses relations avec les collectivités. Pour ainsi dire, il a fait du lobbying auprès des élus, avant de démissionner en 2008 pour rejoindre la Ville de Paris en tant qu’adjoint à l’innovation de l’ancien maire socialiste, Bertrand Delanoë.

Missika s’est ensuite vu confier la direction de la campagne d’Anne Hidalgo en 2013 avant de devenir, post-élection, son adjoint à l’urbanisme. Plus encore, il se présente comme son homme de confiance. Fièrement, le proche d’Hidalgo et de Niel rappelait, le 25 novembre 2024 sur BFM Business, les stratégies politiques qu’il avait pu mettre en place : « On avait des conversations sur la politique (avec Xavier Niel, NDLR). J’ai fait beaucoup de choses à la mairie de Paris pour aider les start-up. » L’ancien communicant avait-il gardé l’habitude de défendre sans relâche les intérêts de Xavier Niel entre les murs de l’Hôtel de Ville ?

Les jeunes hussards et les vieux briscards

Pour certains, Anne Hidalgo n’aurait en effet guère eu d’autre choix que d’accepter les volontés de l’ancien homme d’affaires. C’est en tout cas ce que rapporte Yves Contassot, membre du mouvement Génération.s et ancien co-tête de liste du 13ᵉ arrondissement (EELV) pour les municipales de 2014 : « Missika disait à Hidalgo : “Soit je fais ce que je veux, soit je rejoins Macron. À ce moment-là, je serais dans l’opposition. Et j’emmènerais un certain nombre de membres du PS qui hésitent à basculer chez lui. », se rappelle le septuagénaire.

À cette époque, l’influent personnage n’a plus à frapper à la porte avant d’entrer dans le bureau de la maire. « 2014-2020 est une période très « Missikaiène » », abonde dans le même sens, Bernard Landau, adjoint d’Elisabeth Borne à la direction de l’urbanisme de Paris jusqu’en 2014. Chacun d’entre eux conserve des anecdotes à ce sujet.

Jacques Baudrier, conseiller délégué auprès de Jean-Louis Missika jusqu’en 2020 et élu du Parti communiste, ne partage toutefois pas ce constat. « Avec Jean-Louis Missika, nous étions un peu de yin et de yang : le libéral et le communiste, replace-t-il. On a travaillé six ans ensemble, de façon tout à fait respectueuse. » Jacques Baudrier ajoute qu’il n’a été en rien freiné par Jean-Louis Missika dans la mise en œuvre de politiques « très sociales ». Et de prévenir : « Il ne faut pas caricaturer le bonhomme. »

Lorsque le sujet de Xavier Niel est abordé, il affirme ne l’avoir jamais rencontré : « Très franchement, ça, c’était la vie de Jean-Louis. Je nai jamais vu Xavier Niel à la mairie. C’est son ami, donc effectivement je pense qu’ils ont bossé ensemble. » Nous lui rappelons que Xavier Niel a été lauréat lors des deux éditions de “Réinventer Paris”, un appel à candidatures orchestré par… Jean-Louis Missika. « De mémoire, je n’ai pas participé à des jurys où Xavier Niel a été lauréat, se dédouane-t-il. En tout cas, pour les “Réinventer Paris”, ce sont des volumes d’investissement qui ne sont, au final, pas énormes. Le seul gros volume, c’est la tour Morland. » 

Jacques Baudrier admettra ensuite ne pas savoir que Xavier Niel était le président du projet Morland.

Réinventer Paris, pas vu, pas pris

Cette proximité constatée entre les deux vieux amis interroge en tout cas plusieurs personnalités politiques. D’autant plus que Jean-Louis Missika a été condamné, le 2 avril 2024, par le tribunal judiciaire de Paris. Le motif ? Une affaire de pantouflage impliquant « complicité et recel de prise illégale d’intérêts » avec les groupes immobiliers Novaxia et Gecina, dans le cadre des projets “Réinventer Paris” dont il était le chef d’orchestre. Il a écopé de 90 000 € d’amende et de deux ans d’inéligibilité. Il a également été suspendu de l’Ordre de la Légion d’honneur en décembre 2025 à ce sujet, pour une durée de trois ans.

« C’est ma plus grande victoire », se réjouit la députée Danielle Simonnet (L’Après), ancienne candidate de LFI aux élections municipales de 2020. C’est elle qui a sonné le tocsin auprès de la Commission de déontologie de la Ville de Paris, et du Parquet national financier. « Anne Hidalgo et Jean-Louis Missika trouvaient important d’entretenir des relations avec les grands milliardaires, souligne Danielle Simmonet. Sauf qu’après, ces relations sont devenus intéressées. » Elle explique à notre média avoir perçu, peu après l’arrivée de Jean-Louis Missika parmi les décideurs de la ville, une posture particulièrement favorable à certains projets, en particulier lors des « Réinventer Paris ». Et d’ajouter : « Quand il a démissionné, on a mis une alerte “Missika” sur Google, et un an après, on a vu qu’il avait été embauché par Gecina et Novaxia, deux lauréats de “Réinventer Paris”. » 

Si, malgré les investigations de plusieurs journalistes, aucun conflit d’intérêts n’a été établi entre les affaires de Jean-Louis Missika et celles de Xavier Niel, il est clair que ces relations n’ont pas été sans bénéfices pour ce dernier, au regard de ses différentes acquisitions.

Les milliardaires s’enrichissent et la mairie se laisse séduire

Pour comprendre jusqu’où bout, nous nous rendons dans le 20ᵉ arrondissement de Paris, juste en face de la librairie Le Genre Urbain, toute revêtue de bleu. Là, Xavier Capodano, libraire passionnée d’urbanisme, confie à QG ce qu’il observe plus largement comme une collaboration étroite entre les grandes fortunes et la Ville de Paris, d’une ampleur inédite. « C’est un milieu poreux et parasitaire », glisse-t-il entre deux gorgées de café crème.

Emmanuel Grégoire est en tête des intentions de vote au premier tour avec 35%, devant Rachida Dati à 27%, selon un sondage pour ICI Paris Ile-de-France. 6 mars 2026. Photo Louison Lecourt

« Jamais il n’y a eu une telle disproportion. Le budget annuel de la Ville de Paris, c’est 11,6 milliards d’euros (intra-muros, NDLR), le plus important de France ». Très peu, si on le compare à ce que sont devenues les grandes fortunes françaises. Xavier Niel possède en effet de son côté un pactole estimé à 27,9 milliards d’euros selon le magazine Challenges. 

Pour rappel, d’après un communiqué d’Oxfam daté de janvier 2025, la fortune des milliardaires a augmenté de plus de 24 milliards d’euros au total depuis 2019. Soit 13 millions d’euros par jour. La ville ne fait tout simplement plus le poids, selon le spécialiste d’urbanisme. « Ce sont des acteurs puissants, et le système leur déroule le tapis rouge, conclut‑il. Il sera difficile de faire marche arrière. »

Or cette fois, aux municipales, Xavier Niel pourrait bien se faire damer le pion par la dame.
Louison Lecourt

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