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19.06.2024 à 13:29

Film-annonce du film qui n'existera jamais. « Drôles de guerres » de Jean-Luc Godard

L'Autre Quotidien

fait bande à part, du côté des vaincus sans jamais plus qu'il n'y ait de vainqueurs. La joie des causes plus grandes que soi promet dans la nuit le bleu du ciel et, pour l'oncle de cinéma alors en partance, c'est une dernière bouffée d'enfance.
Texte intégral (2573 mots)

À part, en partance, prendre parti

Le film-annonce du film qu'il n'y aura pas est la présentation d'hiver de ses divers matériaux, découpés-coloriés, collés-gribouillés, empâtements de couleurs, rouge vif, noir profond. Une annonciation dédiée à tous les enfants mutilés et les militants désorientés, offerte à qui prend part et partie quand tout dans le monde fait bande à part, du côté des vaincus sans jamais plus qu'il n'y ait de vainqueurs. La joie des causes plus grandes que soi promet dans la nuit le bleu du ciel et, pour l'oncle de cinéma alors en partance, c'est une dernière bouffée d'enfance.

Pour Françoise Oliva

Le chat noir dans une chambre obscure

 Le film-annonce du film qu'il n'y aura pas est la présentation d'hiver de ses divers matériaux, découpés-coloriés, collés-gribouillés, empâtements de couleurs, rouge vif, noir profond. Un herbier de papiers dans le désordre, avec ses écritures appliquées comme celles d'un écolier et ses fougueux coups de pinceau, pareils à des idéogrammes. La maison Saint-Laurent qui voulait se payer la marque JLG pourra bien aller se rhabiller, le mécène en est à la fin tout barbouillé. Saint-Laurent compte pour peu face à l'inconnu, l'écrivain dissident et oublié Charles Plisnier, l'un des fondateurs en 1921 du PCB, le Parti communiste de Belgique, et auteur de Faux passeports, Prix Goncourt 1937.

 Tendre la main à l'oublié dont le recueil de nouvelles appartient au temps de la prime jeunesse (Jean-Luc Godard avait alors 7 ans), le faire revenir de l'oubli, c'est entrouvrir la porte étroite afin de mettre deux obscurcissements face à face, veille de la Seconde Guerre mondiale et notre temps.

Et Jean-Luc Godard de nous donner à le voir comme un carton écrit de sa main peut-être le décrit, tel un chat noir dans une chambre obscure, et d'autant plus difficile à distinguer qu'il n'y est pas.

 Babil et Babel

 On y repérera toutes les drôles de guerres de Jean-Luc Godard, 1793 et 1936, Sarajevo et la guerre d'indépendance algérienne. La Palestine insiste aussi, ostinato de notre musique. Loin du ton sépulcral des années 90, la voix chevrotante du vieux griffon fait revenir les bredouillements de l'enfance. La Babel des citations tient à ce babil-là, citations littéraires en particulier avec André Malraux, Jean-Paul Sartre et Saint-John Perse, et Le Bleu du ciel de Georges Bataille dont le personnage de Lazare est inspiré de Simone Weil. Ce babil rejoint la parole étouffée de militants dont les causes ont été raflées par la police et asphyxiées par l'idéologie, d'hier et d'aujourd'hui.

 Aveugles et sourds, en colère mais enfants quand même. De retour du Livre d'image, la petite Helen Keller d'Arthur Penn en est l'emblème qui ouvre ce « Drôles de guerres ». La fillette mutilée dans ses sens, aveugle, sourde et muette s'offre alors en allégorie du militant, à qui l'ordre policier des choses arrache tout, sauf la possibilité de s'exclamer, cette clameur que la main qui s'ouvre en étoile fait passer au dehors, ce soulèvement de soi qui lui donne des ailes en lui donnant à désirer le ciel.

 Faux passeports, voilà le vrai, n'est-ce pas Adolfo Kaminsky, le passeur et faussaire pour fausser compagnie aux fossoyeurs d'utopie ? La clandestinité pour faire passer en fraude des idées est une fiction nécessaire afin de déjouer les Ausweise de la frontière (et le mot allemand possède encore aujourd'hui une grande charge documentaire quand il sert à qualifier les identifiants numériques).

 La joie des causes plus grandes que soi (annonciation)

« Drôles de guerres » n'est pas le film-annonce du film qu'il n'y aura pas sur les causes tues et l'oubli de la littérature et de l'internationalisme : c'est une annonciation. Le ressouvenir apparaît comme Gabriel et l'un de ses noms est Carlotta, un nom moins propre qu'impropre, nom commun à Plisnier et Hitchcock. C'est qu'il n'y a pas de militantisme nébuleux, il y a seulement des militants et si tous le sont, c'est en constellation. Ainsi ils ne cèdent pas sur leur enfance, le soulèvement des grandes causes plutôt que sa triste retombée dans la volonté de devenir des grandes personnes.

 Les causes sont plus grandes que soi, comme l'écran de cinéma, et la cause dont on parle fait alors toute notre joie. Et si elles le sont, c'est parce que nous en sommes les enfants, passeurs, faussaires et fraudeurs. Il faut alors entendre comment la voix du vieil oncle de cinéma est coupée au moment où, évoquant l'art de l'écrivain Plisnier de narrer et figurer des allures comme un peintre, s'énonce le désir d'un film qui aurait pu ressembler au Silence de la mer de Jean-Pierre Melville d'après Vercors. La lame de la coupe fait entendre bien des choses alors, l'interruption en fait fuir dans plusieurs sens le sens, l'âme, l'amour et l'amer, elle fait aussi retentir plus fort le mot de silence.

 Ce qui surtout fait un grand retentissement, c'est de sentir comment la vieillesse qui réduit tous les possibles, comme un enfant est mutilé est dans son corps sensible, et comme un militant est coincé dans une époque saturée d'impossible, est une relève aussi, une remontée d'enfance. Après 1937 et la publication du livre de Charles Plisnier, c'est 1949 et la sortie du film de Jean-Pierre Melville, ce premier film de pure contrebande, à part, si décisif pour la génération de critiques à laquelle Jean-Luc Godard appartient, tous à l'enseigne d'un cinéma défendu sous la bannière de la politique des auteurs qui, toujours, a été la défense des vaincus et des minoritaires, des oubliés et des déclassés. Les peu nombreux sur lesquels on peut compter dans la préférence des contes aux mauvais comptes.



Bande à part, prendre partie

 Le cinéma minoritaire est un cinéma contraire, toujours du côté des vaincus, toujours dans le désir qu'il n'y ait plus ni vainqueurs ni vaincus, le combat ou la bataille toujours préférés à la guerre. L'obscurcissement des temps est la cause de grands désespoirs, elle est aussi la condition de la joie des causes plus grandes que soi, de celles qui font entrevoir le bleu du ciel dans la nuit la plus noire.

 Si « Drôles de guerres » a pour dernières paroles, revenues de Notre musique (2004), l'évocation de l'Agence juive, c'est pour rappeler le risque le plus grand quand les minoritaires d'hier deviennent les majoritaires d'aujourd'hui. Alors, la guerre est infinie, la guerre des vainqueurs sur les vaincus.

 Pas de vainqueurs ni de militaires, encore moins des miliciens mais des militants, hier des mille, maintenant des cents. En allemand, on les dit Aktivisten comme des communistes plutôt que le communisme dans Kommunisten (2015) de Jean-Marie Straub, le vieux camarade mort deux mois après Jean-Luc Godard, si près si loin de l'autre côté du Léman. Des militants, et nul besoin d'être d'un parti, il suffit de prendre part et partie, d'être un partisan, ainsi le vieil Algérien à dos d'âne et porteur d'un drapeau du Hirak. Quand tout dans le monde fait bande à part, quand il partitionne de partout, on en prend sa part en prenant partie, on fait soi-même bande à part, en partance toujours.

Comme les enfants privés de leurs sens, comme les militants désorientés et les partisans sans parti ou bien endeuillés de lui, comme le vieil oncle de cinéma dont la mort qui l'emplit lui fait remonter sur le seuil de la partance des bouffées d'enfance, les mules sont toutes camarades en égaliberté.

 « Mon parti m'a rendu mes yeux et ma mémoire
Je ne savais plus rien de ce qu'un enfant sait
Que mon sang fût si rouge et mon cœur fût français
Je savais seulement que la nuit était noire
Mon parti m'a rendu mes yeux et ma mémoire. 
»

 Louis Aragon, « La Diane française », 1944

Des nouvelles du front cinématographique
10 février-14 mai 2024


Des nouvelles du front cinématographique, comme autant de prises de positions, esthétiques, politiques, désigne le site d’un agencement collectif d'énonciation dont Alexia Roux et Saad Chakali sont les noms impropres à définir sa puissance, à la fois constituante et destituante. L'Autre Quotidien collabore avec cette revue en ligne autour du cinéma, mais pas que, puisque nous partageons avec elle d'autres passions et prises de position.

19.06.2024 à 09:02

New-York : la jeunesse LGBTQI+ sans-abri au cœur de la rue avec la rue au cœur

L'Autre Quotidien

Ernst Coppejans consacre ici une série de portraits documentaires centré sur les histoires personnelles de 30 jeunes et jeunes adultes LGBTQIA+ sans-abri à New York. Le projet qui a été initié et créé par ce photographe néerlandais est construit à partir d’interview de chacun des 30 sujets pour découvrir leur histoire et leur situation actuelle. Du désastre de la situation et de la beauté qui surnage… 
Texte intégral (3972 mots)

Ernst Coppejans consacre ici une série de portraits documentaires centré sur les histoires personnelles de 30 jeunes et jeunes adultes LGBTQIA+ sans-abri à New York. Le projet qui a été initié et créé par ce photographe néerlandais est construit à partir d’interview de chacun des 30 sujets pour découvrir leur histoire et leur situation actuelle. Du désastre de la situation et de la beauté qui surnage… 

Lily 36 : "Je viens d'une petite ville appelée Taunton, dans le Massachusetts. Je suis trans.” © Ernst Coppejans

La combinaison de portraits dignes et d'histoires souvent poignantes (y compris des clips audio nous permettant d'entendre la voix de chaque personne) crée une compréhension palpable et empathique de la façon dont ces personnes sont devenues ce qu'elles sont et où elles sont au moment présent.

Le projet témoigne du courage et de la résilience de personnes qui sont obligées de franchir des étapes très difficiles dans leur vie pour être fidèles à elles-mêmes - malgré d'énormes défis émotionnels et financiers, des dangers physiques et des préjugés quotidiens.

Voici l'un des 30 portraits documentaires et histoires du projet (faites défiler vers le bas pour voir plusieurs autres portraits) :

Faith 25. "Je m'identifie comme lui, lui, ils, eux, elle ou elle. En fait, les pronoms sont libres. C'est donc juste un humain, je suppose. Je suis le plus de LGBTQIA+. Je suis pan.” © Ernst Coppejans

"J'ai grandi à Newark, dans le New Jersey. Je suis venue ici il y a six ans pour être ce que je suis. C'est plus indulgent et plus libéral ici. C'est très proche de New York, mais c'est très différent sur le plan de la compréhension. J'ai eu beaucoup de problèmes avec les gens qui s'occupaient de mes affaires au lieu de s'occuper des leurs. J'ai grandi avec ma famille. Ma famille était compréhensive, en fait, mais elle ne comprenait pas ce que c'était. Jersey est très stupide en ce qui concerne l'aspect LGBTQIA+. Ils considéraient donc que c'était gay. Mais en réalité, être gay, c'est être un homme qui cherche un homme. Ce n'était pas mon cas. J'ai donc dû leur expliquer la différence entre chaque acronyme de LGBTQIA+".

Acceptation

"J'ai toujours été out. Je suis née dehors. Je suis née en étant qui j'étais. Je l'ai toujours su. C'est juste que je ne voyais pas spécifiquement un genre dans les personnes que j'aimais. Je vois une vibration et une énergie".

"Ma famille m'a acceptée, mais cela ne veut pas dire que Tom, Susan et Harry, les voisins ou d'autres personnes autour de vous accepteront que vous marchiez main dans la main avec un homme. Je suis pan, donc certains jours, ça peut être un mec ou le lendemain, ça peut être une femme trans ou une vraie femme ou quelqu'un de n'importe quel type de pronom ou de genre. Ils n'étaient donc pas prêts pour cela. Ce n'est pas ma famille qui était en cause. C'est la communauté qui n'avait pas de tolérance pour ce que j'étais".

La lutte à New York

"Lorsque je suis arrivée à New York, je suis automatiquement entrée dans le système des sans-abri. C'était soit le système des sans-abri, soit rester à Jersey avec le risque d'être agressé la nuit ou battu à mort ou toute autre situation de ce genre. Il m'est arrivé une fois dans le Jersey que quelqu'un me menace d'une arme alors que je marchais simplement dans la rue. Ils n'essayaient pas de me voler ou quoi que ce soit d'autre, ils ont juste sorti leur arme à cause de mon apparence. C'était la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Je me suis dit que si je pouvais perdre ma vie parce que j'étais qui j'étais, je préférais aller quelque part où je pouvais être qui j'étais et ne pas avoir ce que j'avais. Je suis donc venue ici. J'ai commencé par le bas de l'échelle. Je suis allée à Sylvia's Place. Je suis allée voir Ali Forney, Street Work et Safe Horizon. Ils m'ont sauvé la vie.

"Je vis dans un appartement de deux chambres. C'est partagé, mais pour l'instant je n'ai pas de colocataire. C'est un programme de logement par l'intermédiaire de Housing Works. Vous payez 30 % de vos revenus. Vous travaillez et vous avez des séances de gestion de cas et des séances de santé mentale.

Unité de stockage

"J'ai dû me battre pour la stabilité à 18 ans. J'ai dû trouver un logement, une assurance maladie, des bons d'alimentation, de l'argent. J'ai dû trouver de l'aide pour ma santé mentale. J'ai dû me construire une toute nouvelle vie ici. Il m'a donc fallu des années pour arriver là où je suis aujourd'hui. Aujourd'hui, je peux dire que je peux poursuivre des études supérieures. J'ai le temps et la stabilité. J'ai l'espoir d'aider d'autres personnes qui ont été dans ma situation.

"Je suis heureux de ce que j'ai. Je suis reconnaissant. Mais j'aurais pu aller plus loin si je n'avais pas eu à vivre ce que j'ai vécu. Mais je suis heureux parce qu'il y a eu des moments où je ne savais pas si j'allais dormir dans mon Cube Smart ou dehors parce qu'ils auraient pu m'attraper et que j'aurais perdu mon unité de stockage. Vous comprenez ce que je veux dire ? Mais je suis heureux de cette situation. Je n'ai plus à m'occuper de ça".

Liliana 33. "Je suis une demisexuelle, une demi-fille non-conforme au genre. C'est ainsi que je m'identifie. © Ernst Coppejans

L'ensemble du projet est actuellement exposé dans le cadre du festival Photoville à New York et restera ouvert au public jusqu'au 1er septembre 2024. La semaine précédant l'ouverture de l'exposition, Coppejans s'est entretenu avec Jim Casper de LensCulture au sujet de ce travail.

Jim : Il s'agit d'un projet monumental que vous avez développé pendant deux ans, ce qui vous a demandé beaucoup de temps, de gagner la confiance des gens, de voyager d'Amsterdam à New York pour de longues périodes de recherche, d'interviews et de réalisation de portraits. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans une entreprise d'une telle ampleur ?

Ernst : Environ un an avant de commencer, j'ai lu un article sur le nombre de jeunes LGBTQ qui s'installent à New York et s'y retrouvent sans abri. Cela m'a choqué, car nous n'avons pas ce problème (à ce point) à Amsterdam. Lorsque j'ai eu l'occasion de me rendre à New York pour deux expositions de mon travail en 2022, j'ai fait des recherches et j'ai trouvé une organisation appelée New Alternatives qui s'occupe de ce groupe particulier de sans-abri. J'ai appelé, et une femme nommée Kate a accepté de me rencontrer, puis m'a invitée à un dîner de groupe dans une église.

Ce dimanche-là, je suis donc entrée dans ce sous-sol, qui ressemblait à une sorte de cantine scolaire, où régnaient le chaos, l'amusement, le rire, la danse, le bavardage, les commérages, le flirt et tout ce qui s'ensuit. Je pensais très naïvement que j'allais prendre mon temps et faire en sorte que le groupe écoute ma présentation, qui j'étais, et leur montre un peu de travail. Et bien sûr, cela n'a pas fonctionné. La durée d'attention était très courte. Je me suis donc assis à chaque table et je me suis déplacé. Rien que ce soir-là, quatre personnes m'ont déjà dit : "J'aimerais vraiment participer à ce projet et raconter mon histoire".

Gia.30 : "Je m'identifie en tant qu'être humain et trans. Mes pronoms sont "elle" et "ils". © Ernst Coppejan

Comment leur avez-vous présenté votre idée de série ?

Je leur ai dit que je voulais faire une série de portraits sur vous, sur les sans-abri LGBTQ. Je suis également gay. Dans mon travail, j'aime prêter attention à des sujets socialement difficiles qui, selon moi, doivent être entendus par un plus grand nombre de personnes. Je sais que je suis privilégiée. Les Pays-Bas sont différents des États-Unis. Cependant, je pense que toutes les personnes LGBTQ vivent la même chose : quand on grandit, on est l'étrange. Vous êtes l'étrange. Et ce n'était pas différent pour moi.

J'ai grandi dans une petite ville du sud des Pays-Bas, et j'avais l'impression d'être le seul gay du village. Il devait y en avoir d'autres, pourtant. Je ne les connaissais pas. Mais c'est ainsi que je me sentais. Après le lycée, j'ai donc immédiatement déménagé à Amsterdam, ce qui s'est avéré similaire à la façon dont de nombreuses personnes que j'ai interrogées ont fini par se retrouver à New York. Elles ont grandi dans des États très conservateurs ou très religieux.

Les histoires sont assez déchirantes. Il semble que la plupart d'entre eux n'étaient pas bien préparés à ce que la vie à New York signifiait d'un point de vue pratique.

Oui, le premier objectif était de quitter la maison et de se rendre à New York. Et une fois sur place, tout peut arriver. La beauté de cette série, c'est qu'il y a toute cette histoire avant, puis ils sont à New York, et alors il y a des espoirs, des rêves et des possibilités.

Vous pouvez rester là où vous êtes né, mais vous devez alors vous cacher pratiquement tout le reste de votre vie. C'est dangereux. On ne peut jamais être soi-même. Ce n'est donc pas une option. Si vous êtes LGBTQ aux États-Unis, vous quittez votre domicile et vous allez soit à San Francisco, soit à New York.

Or, à New York, il est pratiquement impossible de trouver un logement, car même les personnes qui ont trois emplois ne peuvent pas se loger. Comment allez-vous faire si vous n'avez pas de travail ? Vous êtes nouveau, vous n'avez pas d'argent, que faites-vous ? On se retrouve alors dans la rue et dans le système d'hébergement, en gros. Malgré cela, ils se sentent plus en sécurité, plus respectés et mieux vus que dans les endroits où ils ont grandi.

Jaylin, 28 ans. "Je m'identifie à un tas de choses. Je m'identifie comme elle, elle, ils, elles ou leur. Je suis une femme trans. © Ernst Coppejans

Chacun de ces portraits semble calme, honnête, sincère et digne. Aviez-vous une stratégie visuelle en tête lorsque vous avez commencé le projet ?

Il fallait qu'ils soient au centre de la scène, car c'est d'eux qu'il s'agit. Ils doivent briller. C'est une ode à ce qu'ils sont, mais la ville était également importante. Je voulais donc le faire à l'extérieur, à la lumière naturelle. J'ai décidé de ne pas faire la mise au point sur l'arrière-plan et de me concentrer sur eux - pas d'autres personnes à l'arrière-plan, pas de voitures, juste un moment de calme, une sorte d'arrêt du temps, c'était l'idée.

Aviez-vous l'intention, dès le départ, de leur demander de raconter leur histoire avec autant de détails ?

Il n'y aurait pas eu d'intérêt à faire ces portraits si je n'avais pas raconté leur histoire. Le but de ce projet est de raconter leur histoire. Je suis photographe, c'est ce que j'aime faire. Faire un portrait, c'est formidable. Mais vous avez besoin de l'histoire et la combinaison de l'histoire et du portrait, je pense qu'elle est vraiment forte parce que ce que j'espère, c'est que ces portraits les montrent tels qu'ils sont. Ils sont forts et puissants, ils ont traversé beaucoup d'épreuves et ils ont survécu. Elles sont fières et se portent bien.

Paris 39.: "Je suis une femme transgenre, j'aurai bientôt 40 ans. Je suis originaire de la baie de Californie, mais je vis à New York depuis 16 ans." © Ernst Coppejans

Pour voir la série complète de portraits et d'histoires, vous pouvez visiter l'exposition gratuite en plein air à Photoville à New York, ou consulter le site web du projet : From the Streets to the Heart. Si vous souhaitez aider, vous pouvez faire un don à New Alternatives.

Jim Casper pour LensCulture, édité par la rédaction le 19/06/2024
Photographies et interviews de Ernst Coppejans
La jeunesse LGBTQI+ sans-abri à New-York

19.06.2024 à 08:35

La glaise comme esprit de la matière avec Karolina Romanowska

L'Autre Quotidien

Comment savoir quand votre œuvre est terminée ? Faut-il prendre du recul et respirer profondément en écoutant son intuition ? Ou alors continuer à travailler, en ses concentrant sur les moindres détails et en appliquant la loi des rendements décroissants ? La question de l’achèvement de l’œuvre est fréquente chez les créateurs, et Karolina Romanowska pense que le travail de la céramique aide à surmonter ce blocage intérieur. Exemples … 
Texte intégral (1569 mots)

Comment savoir quand votre œuvre est terminée ? Faut-il prendre du recul et respirer profondément en écoutant son intuition ? Ou alors continuer à travailler, en ses concentrant sur les moindres détails et en appliquant la loi des rendements décroissants ? La question de l’achèvement de l’œuvre est fréquente chez les créateurs, et Karolina Romanowska pense que le travail de la céramique aide à surmonter ce blocage intérieur. Exemples … 

"L'argile bouge avec le créateur. Elle est vivante et possède un esprit qui lui est propre", explique l'artiste basée à Madison. "C'est une danse constante qui exige de la discipline, et la nature du matériau m'oblige à être finie. Une fois que la pièce sort du feu de biscuit, je ne peux plus modifier sa structure. Je dois l'accepter, la nourrir et la décorer une couleur et une texture à la fois". Romanowska orne chacun de ses masques d'une multitude de motifs et de surfaces en relief dans des teintes vives qui recouvrent des caractéristiques distinctes telles que des cornes incurvées, des yeux abondants, des joues roses et des langues proéminentes. Leurs visages évoquent une gamme d'expressions allant de la peur et de la trépidation au contentement et à la jubilation.

En mettant l'accent sur la beauté du processus de fabrication et l'intégrité de l'argile, l'artiste explique : "Il ne s'agit pas vraiment de l'œuvre, mais des quelques jours que j'ai avec le matériau, où je peux m'imprimer sur lui et ensuite me laisser aller." Cultiver une relation saine avec sa pratique artistique l'a catapultée dans une position où elle peut produire de plus en plus d'itérations, plutôt que de se sentir bloquée. Mme Romanowska considère la création d'œuvres supplémentaires comme une occasion de multiplier les chances de réussite et d'échec. Remettre en jeu /sortir de soi … 

A l’heure à laquelle l’'artiste confie avec émotion que son prochain grand projet sera la naissance de son second enfant, de multiples pistes créatives s’ouvrent à elle, vous trouverez des pistes de ses futures créations sur son site et son Instagram. Enjoy !

Jean-Pierre Simard le 19/06/2024
Karolina Romanowska et l’esprit de la glaise

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