21.03.2025 à 11:16
Critique des médias : une revue de presse hebdomadaire. Si ce n'est exhaustive, au moins indicative [1]. Au programme : du 14/03/2025 au 20/03/2025.
« "Pensions ou munitions ?" : la fabrique du consentement à "l'effort de guerre" », Acrimed, 14/03.
« Guerre en Ukraine : montagnes russes dans les médias français », Arrêt sur images, 14/03.
« 8 Mars : "Nous Vivrons", et l'offensive antiféministe dans les médias », Arrêt sur images, 18/03.
« "Qui veut être mon associé ?" sur M6 : le concours Lépine de la start-up nation », Télérama, 14/03.
« "Prisons Club Med", "massages en prison" : derrière les barreaux, la désinformation », Arrêt sur images, 16/03.
« Guillaume Erner et la critique des médias : esquives et aveuglements », Acrimed, 17/03.
« Gaza, chronique d'une faillite médiatique », Off Investigation, 17/03.
« Procès Le Scouarnec : "vulnérabilité chimique", la notion oubliée ? », Arrêt sur images, 17/03.
« Élections professionnelles des TPE : les médias encore démissionnaires », Acrimed, 19/03.
« Mafia médiatique », Contre Attaque, 20/03.
« "60 millions de consommateurs" : mobilisation des salariés et des associations contre la privatisation du magazine », L'Humanité, 14/03.
« La bataille d'agendas continue autour de la holding de l'audiovisuel public », La Lettre, 20/03.
« "J'espère qu'on ne va pas être racheté par Bolloré" : l'École des métiers de l'information se bat pour sa survie, L'Humanité, 15/03.
« Les radios Franceinfo et Ici en grève pour protester contre les coupes budgétaires et la réforme de l'audiovisuel public », Le Monde, 20/03.
« Les journalistes de Nice-Matin en grève », Ici, 20/03.
« Comment "Midi Libre" a déclenché la révolte de ses correspondants locaux », Arrêt sur images, 19/03.
« Guerre d'Algérie : le report par France Télévisions d'un documentaire sur le recours aux armes chimiques par l'armée française suscite la polémique », Le Monde, 15/03.
« L'arrivée de L'Opinion et de L'Agefi inquiète la rédaction des Échos », La Lettre, 18/03.
« Nathalie Saint-Cricq devient directrice de la rédaction nationale de France Télévisions et attise déjà la colère des syndicats », L'Humanité, 19/03.
« 3 000 euros pour une invitée, une chroniqueuse payée sans travailler... Le vrai coût du système Hanouna », Mediapart, 18/03.
« Menaces, lynchage et règlements de comptes : bienvenue chez Cyril Hanouna hors caméra », Mediapart, 18/03.
« Franceinfo se réorganise après les polémiques », Le Monde, 18/03.
« L'achat du silence : enquête RSF sur les clauses de confidentialité qui font taire les journalistes en France », RSF, 18/03.
« Procès des fausses accusations du "Point" : Raquel Garrido et Alexis Corbière dénoncent un travail "bâclé" », Libération, 14/03.
« Actu.fr, Europe 1, France 2, France Info TV, France Inter, Le Point, Ouest France : le CDJM publie huit nouveaux avis », CDJM, 14/03.
« NRJ épinglé pour parjure par la commission d'enquête parlementaire sur les violences dans la culture », Libération, 15/03.
« Déménagement forcé, harcèlement fasciste : comment StreetPress fait face à des défis constants », L'Humanité, 15/03.
« Et si Hanouna n'allait jamais sur M6 ? », Arrêt sur images, 15/03.
« Le magazine d'extrême droite "Frontières", un "organe de propagande antirépublicaine" ? », Le Monde, 16/03.
« Cinq ans après le confinement, les Français n'ont pas abandonné la télé », Télérama, 17/03.
« Quand l'IA se met au service de la lutte contre la désinformation climatique », Télérama, 14/03.
« Après son émission sur Decathlon et les Ouïghours, "Cash Investigation" accusé de bidonnage et visé par une violente campagne de Pékin », Libération, 19/03.
Et aussi, dans le monde : Syrie, Haïti, Kurdistan irakien, Argentine, États-Unis, Chine, Russie...
Retrouver toutes les revues de presse ici.
[1] Précisons-le : référencer un article dans cette revue de presse ne signifie pas forcément que nous y souscrivons sans réserve.
21.03.2025 à 10:49
Un tract pour les marches du 22 mars.
- Racisme, antisémitisme, xénophobie, homophobieUn tract d'Acrimed pour les marches « contre le racisme et le fascisme » (22 mars). Disponible en pdf ici.
Mise en avant de Bruno Retailleau, banalisation du RN, « polémiques » incessantes sur le voile, discours anti-immigration, cabale contre l'humoriste Merwane Benlazar… Sécurité, islam, immigration, autorité : les obsessions de l'extrême droite et de la droite réactionnaire saturent l'agenda des grands médias.
De CNews à (feu) la chaîne C8 en passant par le JDD et le JDNews, Europe 1, Sud Radio, Valeurs actuelles ou Frontières, le pôle réactionnaire se consolide avec l'appui du capital – Vincent Bolloré en tête, puissant promoteur de « l'union des droites » – et influence d'autant plus facilement le reste du paysage médiatique que le barrage à l'extrême droite y est en carton-pâte.
La construction de « la peur de l'islam » est notamment loin d'être une nouveauté, à laquelle contribuent, depuis 2020, les cabales incessantes de la sphère politico-journalistique contre « l'islamo-gauchisme ». De logiques structurelles en routines professionnelles ordinaires, nombreux sont en effet les mécanismes qui, au sein des médias dit « respectables », contribuent depuis au moins quatre décennies à la banalisation de l'extrême droite, à la légitimation de mots d'ordre sécuritaires et identitaires… et de leurs représentants politiques. Éric Zemmour en aura largement profité, dont la candidature à l'élection présidentielle de 2022 a polarisé l'agenda journalistique. Le racisme ? Un formidable outil de carrière au sein des grands médias.
Face à la déprogrammation de C8, les estafiers de Bolloré s'érigent en « défenseurs de la liberté d'expression » et hurlent à la censure alors qu'Hanouna continue d'être diffusé sur les box et que l'extrême droite dispose d'autres fréquences audiovisuelles. La passivité de l'Arcom et des pouvoirs publics face à ce type d'outrances démontre la fragilité des « garde-fous » censés encadrer le débat public. Quand il ne s'agit pas, plus simplement, de complicité : loin d'opérer le moindre « cordon sanitaire » avec les médias Bolloré, les ministres d'Emmanuel Macron ont donné des interviews au JDD chaque semaine entre septembre et mars 2025, tout en figurant fièrement sur plus de la moitié des Unes de l'hebdomadaire à la même période.
Nous assistons donc ni plus ni moins qu'à la radicalisation (à droite toute) du champ politique et de la plupart des chefferies médiatiques ; à l'alignement croissant du « cercle de la raison » sur le pôle le plus réactionnaire de la vie publique, avec lequel il communie dans une fuite en avant autoritaire.
Entamé de longue date, ce processus se durcit et s'accompagne d'une diabolisation systématique de la gauche de rupture et des mouvements antiracistes. De CNews à Europe 1, la marche du 22 mars est assimilée à « une manifestation contre les juifs » (Europe 1, 19/03), une « manif antisémite » selon Plantu (X, 13/03), et La France insoumise est clouée au pilori alors qu'il y a quelques semaines, une large partie des médias s'interrogeaient gentiment sur la signification… du salut nazi d'Elon Musk. Bref, l'orwellisation du débat public bat son plein.
De ce point de vue, le traitement de la question palestinienne est absolument central et agit depuis un an et demi à la fois comme un symptôme… et un accélérateur. Il donne à voir l'état de déliquescence du débat public et les mécanismes par lesquels les médias dominants jouent structurellement contre la pensée critique… et contre la pensée tout court. Il met à jour l'impensé colonial et les œillères racistes qui structurent la lecture de cette guerre génocidaire, d'emblée pensée dans la plupart des grands médias comme « guerre de civilisation » de l'État d'Israël au nom de la défense des « valeurs occidentales ». De déshumanisation des Palestiniens en accompagnement de la propagande israélienne, le naufrage journalistique continue alors qu'à Gaza, des centaines de Palestiniens ont encore péri sous un tapis de bombes au cours des derniers jours.
Face au chaos orchestré par les (extrêmes) droites et leurs relais, il faut faire front et inclure de toute urgence la question médiatique à l'agenda des luttes. Revendiquer notre droit à une information réellement pluraliste et indépendante et mettre enfin à l'ordre du jour une transformation radicale des médias, contre la prédation des capitalistes de tout bord et la marchandisation de l'information !
19.03.2025 à 11:34
Plus de 5 millions de salariés sont concernés par les élections professionnelles dans les très petites entreprises (TPE). Et pourtant, à chaque fois, c'est le néant médiatique. Après 2012, 2017 et 2021, même rengaine pour les élections 2024 (25 novembre – 9 décembre).
Comme lors des scrutins antérieurs, les (rares) premiers articles soulignent l'importance de l'élection : l'enjeu est « majeur » pour Les Échos (22/10), L'Opinion (24/11) ou Le Progrès (25/11), « crucial » pour Le Républicain Lorrain, Challenges et La Croix (23/11). « Élection capitale », complète Ouest-France (4/12).
« Majeur » et « crucial » ? On a étudié les productions médiatiques d'une cinquantaine de médias entre le 1er novembre et le 10 décembre 2024 (voir le détail en annexe). Bilan : un désintérêt total pour le scrutin. Il y a certes de très rares exceptions : signalons par exemple que le 25 novembre, premier jour du scrutin, Le Progrès y consacre son « dossier spécial de la semaine », décliné en 9 articles.
Mais dans l'audiovisuel, en particulier, c'est le désert. En 40 jours, on atteint un total de 36 minutes de couverture, dont 16 minutes chez Mayotte La 1ère, 8 sur France Culture [1] et 6 sur Ici Pays Basque (ex-France Bleu) [2] – ce qui laisse 6 minutes… pour tout le reste du PAF. De fait, les interviews des « grandes » matinales passent à côté du sujet, y compris quand l'invitée est une représentante syndicale. Aucune question à Natacha Pommet (CGT) sur RTL (15/11) ni à Sophie Binet (CGT) sur France 2 (19/11). Et quand question il y a, c'est à la dérobée. Reçues respectivement sur Franceinfo (12/11) et RTL (26/11), Sophie Binet et Marylise Léon (CFDT) sont toutes deux interrogées sur une décision de la Cour de cassation concernant la possibilité pour l'Union des syndicats Gilets jaunes de concourir au scrutin : 2 minutes pour la première montre en main, et seulement 1 minute pour la seconde. Les deux syndicalistes ont beau préciser que l'enjeu principal n'est en outre pas tant celui-ci que la situation des travailleurs des TPE, les intervieweurs ne s'attardent pas. Et c'est de nouveau à cette question que se résume la couverture des élections par RMC, soit une chronique de 2 minutes : « Élections professionnelles : qu'attendre de la liste "gilets jaunes" qui irrite certains syndicats ? » (25/11).
Le 23 novembre, Sud Ouest pointe des élections « généralement plutôt boudées par les salariés qui connaissent mal leurs modalités ». Même constat dans Challenges – « un scrutin boudé par les salariés » (23/11) –, Libération – « des scrutins [qui] peinent toujours à intéresser les quelque 5 millions de salariés concernés » (28/11) – ou France Inter : dans « Ma vie au boulot » (20/12), si Sandrine Goulon concède qu'« une grande campagne d'information nationale [sur le sujet], oui, ce serait toujours mieux », c'est pour mieux fermer le ban : « Les salariés des très petites entreprises ne voient pas l'intérêt direct de ce scrutin. » De fait, la très faible participation est indéniable (4,07 % en 2024). Mais les médias peuvent-ils s'exonérer de toute responsabilité, alors même qu'ils ne couvrent quasiment jamais ces élections ? D'autant qu'au-delà de l'aspect quantitatif, le désastre principal demeure l'absence de reportages mettant en lumière les conditions de travail de ces travailleurs, dont la parole est, plus que jamais, rendue inaudible [3].
Denis Perais
Annexe : Liste des médias observés entre le 1er novembre et le 10 décembre 2024.
BFM-TV/BFM Business, CNews, Franceinfo, France 2, France 3, France 5, Ici, LCI, M6, TF1, Europe 1, France Inter, Radio Classique, RMC, RTL, Sud Radio, Franc-Tireur, La Croix, Le Figaro, L'Humanité, Le Monde, Le Parisien/Aujourd'hui en France, Les Échos, Libération, L'Opinion, La Tribune, quelques titres de la presse quotidienne régionale (La Montagne, La Provence, La Voix du Nord, Le Républicain Lorrain, Ouest-France, Paris Normandie et Sud Ouest), Le Journal du dimanche, Challenges, L'Express, Le Nouvel Obs, Le Point, Marianne, Paris Match, Politis, Valeurs actuelles, Capital, Alternatives économiques, Causeur, Le 1, Regards, Le Monde diplomatique, Front Populaire, Elle, Madame Figaro, Madmoizelle, Marie Claire, Vanity Fair, ainsi que les sites d'information en ligne Atlantico, Brut, Mediapart, Rue 89 et Slate.
Seule une portion très congrue de la presse fait état des élections professionnelles :
- Le Progrès (11) ;
- Les Échos, Le Républicain Lorrain (7) ;
- Ouest-France (5) ;
- L'Humanité (3) ;
- La Croix, Libération (2) ;
- Challenges, La Montagne, Le Figaro, Le Monde, L'Opinion, Le Parisien/Aujourd'hui en France, Le Point, La Tribune, Sud Ouest (1).
[1] 3min50 dans le « Journal de l'éco » et 4 min de « terrain » dans le Finistère (« Le reportage de la rédaction », 28/11).
[2] À l'occasion de la visite de Mercedes Graciet (CFDT) dans « L'invité de la rédaction » (28/11). On recense également un court article dans la déclinaison Nord-Pas-de-Calais du réseau « Ici » (3/12).
[3] On vous renvoie à ce propos à notre vidéo sur les médias et le travail.